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Stéphane Bourgoin et l’inimaginable

Stéphane Bourgoin dans sa librairie le 3ème Oeil. Photo vraisemblablement prise le 28 octobre 2009. Photo©Franck.Unimon

Stéphane Bourgoin et l’inimaginable

Il convient plutôt d’avoir entendu parler de lui avant la pandémie du Covid et d’y avoir survécu mentalement et physiquement pour avoir l’idée ou l’ambition de savoir – à peu près- qui est Stéphane Bourgoin.

Et aussi de l’avoir cru.

Aujourd’hui, ce mercredi 21 janvier 2026, sa page wikipédia le présente comme « auteur français spécialisé dans le cinéma bis et les faits divers criminels ». Cependant durant à peu près une trentaine d’années, de 1990 à 2020, il fit autorité en France en matière de tueurs en série.

Stéphane Bourgoin fut d’ailleurs un formateur apprécié de la gendarmerie Nationale. Il anima des débats à la suite de projections de films. Il fut au centre d’événements consacrés aux tueurs en série auxquels des Magistrats et des Inspecteurs de Police participèrent. Où des livres et des bandes dessinées consacrées aux tueurs en série y furent vendus ou dédicacés.  Je me rappelle par exemple de cet événement organisé dans le 13ème arrondissement de Paris, près des anciens frigos de Paris devenus des résidences d’artistes, où fut entre-autre présent un inspecteur de Police qui avait croisé Richard Durn, un de mes anciens camarades du lycée de Nanterre, après sa tuerie à la mairie de Nanterre en 2002.

Je me souviens de la projection du film L’etrangleur de Boston réalisé en 1968 par Richard Fleischer, non loin de l’université de Jussieu. Et de ce groupe de femmes, plutôt dans la trentaine, belles, qui, sitôt le film terminé s’était levé et avait subitement quitté la salle de cinéma avant que ne commence le débat animé par Stéphane Bourgoin. Je ne me rappelle pas du débat.

Je me rappelle aussi de cette sorte de colloque organisé dans une des salles du Sénat en présence de journalistes, de gendarmes, de proches de victimes mais aussi du juge Gilles Latapie qui avait jugé le tueur en série Michel Fourniret. Colloque auquel j’avais pu assister parce-que Stéphane Bourgoin, également présent, m’avait proposé de venir voire m’avait permis d’y accéder. J’y avais échangé quelques mots avec une jeune gendarme, à peine la trentaine, qui adressait à Stéphane Bourgoin une estime inébranlable.

Lorsqu’en 2009, je me rendis pour la première ou la seconde fois à ce qui était alors « sa » Librairie, la Librairie du 3èmeŒil, rue Montholon, dans le 9 ème arrondissement de Paris, c’était pour l’interviewer. Journaliste cinéma bénévole pour le mensuel papier Brazil, j’avais proposé à mon rédacteur en chef, Christophe Goffette, un dossier sur les tueurs en série.

Le projet  était que plusieurs de mes collègues journalistes cinéma et moi, nous écrivions une centaine d’articles sur des films « de » tueurs en série en y ajoutant mon interview de Stéphane Bourgoin.

Stéphane Bourgoin était alors- pour moi- une référence. Et il était Français, visible à Paris, ce qui était plus pratique pour le rencontrer que s’il avait vécu aux Etats-Unis ou au Botswana.

Il était celui qui, à la suite du meurtre de son ancienne fiancée aux Etats-Unis en était venu, à la fin des années 70, à « s’intéresser » aux tueurs en série. Bien avant que le sujet et des films tels que Le Silence des agneaux ou Seven ne deviennent des « succès » cinématographiques et économiques.

Son « trauma » originel, « le meurtre » donc de sa fiancée, couplé à son aptitude combattive voire héroïque à le surmonter en devenant un spécialiste des tueurs en série ainsi que son érudition, son accessibilité ou sa simplicité mais aussi son humour noir me l’avaient rendu plutôt « sympathique » tout en ouvrant en moi des mannes d’empathie qui ne demandaient sans doute qu’à s’exprimer. Devant moi, dans sa librairie, en 2009, j’ai vu Stéphane Bourgoin être ému, presque aux larmes, à me parler un peu de son ancienne fiancée américaine assassinée par un tueur en série une vingtaine d’années plus tôt.

Stéphane Bourgoin apparaissait aussi un peu ou beaucoup comme une espèce de guide solide et rassurant devant ces expériences définitives et effroyables ou le sol mais aussi le socle de certaines de nos certitudes et croyances morales et humaines se pulvérisent. Face à cette apothéose des horreurs dont les êtres humains sont capables et qu’il leur est impossible d’attribuer à des forces extérieures, immigrées, surnaturelles ou divines, Stéphane Bourgoin offrait une présence persistante, une vie, une résistance modèle et apparemment inusable. Il apportait également des réponses que l’on ne trouvait pas dans les livres. Car il avait du vécu. Il était en quelque sorte la vigie qui n’avait pas peur d’observer toutes ces morts dont on préférait se détourner.

En plus d’être un des pionniers à propos des tueurs en série, il avait aussi pour lui d’être plutôt bon pédagogue ou vulgarisateur. Et, il était aussi d’être très autodidacte. Il était donc aussi celui qui avait « réussi » en dehors des processus scolaires et universitaires.

Et cela était admirable.

Ajoutons à cela que la possibilité de l’aborder revenait, aussi, à accéder à travers lui à une certaine forme d’auto-gratification narcissique et sociale. Puisque rencontrer Stéphane Bourgoin revenait à rencontrer à la fois une personne assez médiatisée mais aussi une sommité dans son domaine. Un homme qui avait vendu un certain nombre d’exemplaires de ses livres sur les tueurs en série et qui avait son émission télévisée…

 En 2009, le jour de cette interview en deux parties que l’on pourra trouver à la fin de cet article, j’étais journaliste cinéma bénévole pour le mensuel papier Brazil. Je souhaitais devenir journaliste professionnel. J’essayais encore -aussi- de devenir acteur professionnel de cinéma en passant plutôt par des expériences théâtrales professionnelles.

Cependant, d’un point de vue concret, socialement, économiquement et intellectuellement, je vivais grâce à mon métier d’infirmier en psychiatrie et en pédopsychiatrie depuis un peu plus d’une quinzaine d’années. Toutefois, malgré ces expériences personnelles et professionnelles assez encourageantes et gratifiantes, on peut dire que j’étais encore dans une certaine quête de moi-même alors que j’allais, en la personne de Stéphane Bourgoin, rencontrer un homme certes un peu plus âgé que moi, mais qui, surtout, lui, était établi dans ce qu’il faisait au point d’être reconnu économiquement, médiatiquement et socialement pour cela. Et cela, depuis plusieurs années.

D’autre part, j’étais amateur de polars. Et, j’avais alors débuté- ou arrêté- de suivre au bout d’une année- une « formation » en criminologie dans un institut, l’IHECRIM, dont le fondateur et dirigeant était Laurent Montet. Laurent Montet, que Stéphane Bourgoin me décrivit – avec l’assurance de celui qui avait pour lui la légitimité de sa pratique – comme une sorte d’affabulateur dangereux et incompétent….

Ce qui fut d’ailleurs confirmé environ dix ans plus tard, soit en 2019, quand Laurent Montet fut condamné pour escroquerie avec interdiction d’enseigner. Néanmoins, durant cette « formation », de une année que j’avais suivie à l’IHECRIM,  des professionnels, des psychologues, des policiers ou autres, étaient venus faire cours. Patrick Dils y était venu témoigner. Ainsi qu’un des proches des disparus de Mourmelon. Et parmi les nombreux étudiants que nous avions été (plusieurs centaines) étaient présents un certain nombre de policières et policiers, d’étudiants en Droit et en psychologie ainsi que quelques personnes aspirant à devenir profileuses ou profileurs. Jusqu’à une lycéenne dont le but était de pouvoir « rencontrer » un jour Michel Fourniret….

Cela pour commencer à dire que la criminologie (qui ne se résume pas uniquement aux tueurs en série) attire différents profils de personnes, légitimes et moins légitimes, scrupuleuses et moins scrupuleuses, averties et moins averties, et qu’il est nécessaire d’apprendre à faire le tri avant de s’y engager.

Et, je l’ai un peu mieux compris durant la pandémie du Covid. Lorsque j’appris, par hasard, que certains des bobards de Stéphane Bourgoin avaient été débusqués :

Celui-ci avait été convaincu de mensonge – comme un sportif de haut niveau peut être convaincu de dopage- par un collectif se prénommant 4ème Œil Corporation.

Ensuite, des média plus traditionnels mais aussi plus officiels avaient véritablement fait leur travail et confirmé les conclusions apportées par 4ème Œil Corporation.

La première réaction de Stéphane Bourgoin avait été de nier et de menacer de représailles judiciaires. Puis, il avait dû se résigner à reconnaître ce qui lui était reproché :

Il n’avait jamais été Footballeur de haut niveau. Sa « fiancée » américaine assassinée n’avait jamais existé. Il n’avait pas rencontré 70 tueurs en série comme il l’avait affirmé mais beaucoup moins. Il s’était attribué les compétences d’experts officiels….il n’avait jamais été formé par le FBI….

Aujourd’hui, cette petite liste de mensonges entre amis de Stéphane Bourgoin me fait rire. Mais je peux rire parce-que, malgré mon admiration devant Stéphane Bourgoin, celui-ci n’a jamais été pour moi une figure parentale. Je ne l’ai jamais perçu non plus comme « un frère » ou un « ami » avec lequel j’ai pu avoir le sentiment de partager une peine commune.

Et si j’avais continué, après nos rencontres, à aller de temps à autre sur son site comme à revenir sur des sujets relatifs aux tueurs en série, ce fut par intermittence, voire j’avais sensiblement décroché là où, lui, restait fondu dans les rails. Ainsi, peu après la parution du livre Utoya de Laurent Obertone, paru en 2013 aux éditions Ring, Stéphane Bourgoin, plutôt enthousiaste, m’avait demandé- sans doute lors de cet événement organisé près des anciens frigos de Paris dans le 13èmearrondissement de Paris- si je l’avais lu !

J’avais alors noté le palpable décalage entre lui qui semblait carburer constamment à ce genre de régime là où je procédais beaucoup plus par intermittence. A ce jour, du reste,  je n’ai toujours pas lu l’ouvrage de Laurent Obertone même si je me suis un peu informé sur Anders Breivik et suis allé voir le film réalisé en 2018 par Erik Poppe. voir ( Utoya, 22 juillet ) .

Stéphane Bourgoin avait/a d’indiscutables connaissances à propos des tueurs en série.

Mais apprendre ses mensonges m’interpella beaucoup. Et ce fut une nouvelle leçon, déstabilisante, que je reçus « de » ou via Stéphane Bourgoin.

L’une des premières leçons marquantes que j’avais reçue de Stéphane Bourgoin avait été que j’étais un grand benêt à propos des tueurs en série. Moi, qui me croyais « préparé » et au fait de la psychologie des tueurs en série « grâce » à mes quelques années d’expérience en psychiatrie et en pédopsychiatrie. « Grâce » à mon intérêt et à mes quelques lectures sur le sujet.

Je n’y connaissais rien.

C’est Stéphane Bourgoin qui m’a appris que les tueurs en série étaient rarement psychotiques.

Je n’avais jamais rencontré de tueurs en série dans les services où j’avais travaillé. Et ces tueurs en série hommes – ou ces femmes- se distinguaient des quelques patients ou patientes qui auraient pu un petit peu leur ressembler.

« Face » aux tueurs en série, j’étais une de ces innombrables personnes qui, après s’être familiarisée un peu dans un domaine, principalement en théorie ou en tant que spectatrices ou observatrices, s’imagine suffisamment compétente. Un peu comme si après être allé assister quelques dimanches à des courses de chevaux à l’hippodrome de Longchamp, je m’étais persuadé d’être capable non seulement de distinguer parmi tous les autres Le cheval capable de gagner le Grand Prix mais aussi d’en être le meilleur jockey possible.

A lire certains commentaires sur internet, j’ai aussi vu qu’un certain nombre de personnes qui se croyaient amies avec Stéphane Bourgoin ou qui faisaient partie de ses admiratrices ou admirateurs ont été beaucoup déçues ou très en colère.

Je les comprenais.

Pendant des années, Stéphane Bourgoin leur avait servi un personnage. Je n’ai fait partie d’aucun groupe en particulier attaché aux œuvres et aux déplacements de Stéphane Bourgoin mais il semble que certaines personnes aient été des habituées. Et que certaines des actualités de Stéphane Bourgoin rythmaient en quelque sorte leurs vies.

J’ai bien sûr aussi pensé à ces personnes qui l’avaient « connu » au travers de cette association de victimes de proches de tueurs en série. Et à la blessure traumatique ou personnelle que cette trahison avait pu constituer pour elles.

Pour ma part, je n’ai pas ressenti de colère. Et je ne me suis pas davantage refugié ou protégé par le sarcasme à l’encontre de Stéphane Bourgoin. A la place,  dans ce que j’ai pu lire comme commentaire désapprobateur – bien-sûr, je n’ai pas lu tous les commentaires relatifs à Stéphane Bourgoin après sa « chute »- je me suis « étonné » qu’il semble exister si peu d’examen de conscience parmi celles et ceux qui s’étaient faits « avoir ».

Tant mieux pour celles et ceux qui, comme j’ai pu le lire, affirmaient s’être toujours méfiés de Stéphane Bourgoin. Mais ce qui m’a marqué c’est d’avoir « vu » ou « lu » si peu de personnes s’interrogeant quant au fait qu’elles avaient pu se faire berner. Alors qu’avant Stéphane Bourgoin, il y a eu bien d’autres mystificateurs et mystificatrices beaucoup plus célèbres :

Bernie Madoff, Christophe Rocancourt, Elizabeth Holmes, Grégory Zaoui….

On peut aussi plus simplement penser à ces personnes qui se sont inventées des proches victimes lors des attentats terroristes de 2015….

On peut également penser à n’importe quel dealer, proxénète ou simplement à un agent commercial qui embobine celle ou celui à qui il/elle veut vendre du « rêve ».

On peut penser à certains gourous.

On peut évidemment opter pour juger moralement Stéphane Bourgoin et se contenter de ce jugement.

Mais si cet article n’a aucune intention d’innocenter Stéphane Bourgoin., il n’a pas plus l’intention de le condamner davantage. Parce qu’il a suffisamment été démontré qu’il avait menti. Parce-qu’il n’est plus aujourd’hui dans la lumière comme auparavant.

Mais aussi parce-que je crois qu’il est possible d’apprendre quelque chose de certaines des supercheries de Stéphane Bourgoin.

Cet article a donc principalement pour but, pour moi, et celles et ceux qui le souhaitent, d’essayer de déceler a posteriori ce qui, non seulement, m’a conduit à boire comme du petit lait ce qu’avait pu me dire Stéphane Bourgoin lorsqu’il mentait devant moi ou d’autres – car il a aussi dit des vérités- mais ce qui aurait pu, peut-être, me/nous rendre un peu suspicieux à son égard.

Cette démarche est principalement intellectuelle et théorique. Car, dans la vraie vie, le « charme » des mystificatrices et des mystificateurs agit lors de certaines périodes de notre vie et sans doute selon le contexte où l’endroit où nous les rencontrons. Et il n’existe pas de caméra ou de possibilité de ralenti, comme lors des matches de Foot ou de Tennis, pour revoir une séquence de la partie afin de voir s’il y a eu faute en vue de donner une pénalité ou d’exclure celle ou celui qui a enfreint les règles.

Il faut déjà avoir en soi une inclinaison, une vulnérabilité, une proximité ou une disponibilité toute personnelle pour un « sujet » pour prêter attention à ce qui se rapporte à sa « thématique » qu’il s’agisse des tueurs en série ou d’une nouvelle poussette révolutionnaire pour bébés qui vient de sortir.

La première fois :

Les premières fois nous influencent beaucoup. Qu’elles soient désagréables ou entrainantes.

Je n’en n’ai plus la certitude mais avant de venir interviewer Stéphane Bourgoin, il me semble que je m’étais présenté une première fois dans sa librairie. Vraisemblablement après l’avoir eu au téléphone.

Alors que j’étais encore à quelques centaines de mètres de sa librairie, j’avais aperçu ce jour-là l’acteur Simon Abkarian qui attendait, seul, à une station de bus. La scène était assez insolite et drôle. Il était là, debout, avec l’air d’attendre depuis un moment. J’étais allé lui dire quelques mots. Des mots d’admiration. Il était plutôt prêt à discuter mais je n’avais pas plus de propos en stock. 

J’avais ensuite trouvé Stéphane Bourgoin seul dans sa librairie, fournie de livres. J’avais été très agréablement surpris par sa disponibilité et sa simplicité. Son amabilité. Sa « franchise » ou ce que j’avais pris comme tel. Et lorsque je m’étais étonné devant lui de son accessibilité, il m’avait répondu, très détendu, qu’il était assez courant dans le monde anglo-saxon d’agir de cette façon.

Je n’ai jamais rien acheté, je crois, dans la librairie de Stéphane Bourgoin. Je ne me suis jamais fait dédicacer quoique ce soit par lui non plus. Par contre, je suis revenu le voir une ou deux fois, peut-être trois dans sa librairie qui, certaines fois, pouvait être fermée en raison de ses déplacements professionnels.

Les éventuelles réserves :

Une seule fois, j’ai entendu un de mes collègues journalistes du mensuel Brazil émettre des réserves concernant l’histoire de la fiancée américaine assassinée de Stéphane Bourgoin.

Cet ancien collègue, Alex Masson, souvent – très bien- renseigné, très critique, très cultivé, avait fait sa remarque sans s’attarder. Et, moi, qui étais tout content d’avoir pu rencontrer et de pouvoir revoir Le grand Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série, j’avais préféré ne rien faire de cette remarque. Pourtant, si je m’en rappelle encore aujourd’hui, cela signifie bien qu’elle m’avait un peu tiré l’oreille mais pas suffisamment.

Cela ne transparait pas dans cette interview audio en deux parties que j’avais faite de Stéphane Bourgoin dans sa librairie fin 2009 et que l’on trouvera à la fin de cet article, mais lorsque j’avais évoqué la profileuse Sud Africaine Micki Pistorius dont il nous parle dans son livre Profileuse, j’avais aperçu une lueur d’agressivité dans les yeux de Stéphane Bourgoin. Cela avait duré quelques secondes. Deux, trois. Ce fut suffisamment long pour trancher avec l’intensité de son regard jusqu’alors.

Vu qu’il venait de me dire que Micki Pistorius, désormais, se consacrait exclusivement à la criminalité en « col blanc » et non plus aux tueurs en série, j’en avais alors déduit qu’il reprochait à celle-ci d’avoir abandonné la chasse aux tueurs en série. Comme s’il avait estimé qu’elle s’était abandonné la cause en quelque sorte. J’ai appris par la suite sans doute grâce  au travail de  4ème œil Corporation qu’il avait surtout beaucoup pompé sur les enquêtes de Micki Pistorius pour ses écrits. Et cette lueur « d’agressivité » que j’avais aperçue était peut-être une forme d’avidité ou de jalousie. Car Micki Pistorius était une véritable inspectrice émérite reconnue.

Mais bien-sûr, il m’était alors impossible de pouvoir déduire tout ça d’une simple lueur dans le regard qui plus est chez un homme que je connaissais uniquement au travers de son image publique. Et que j’admirais.

 Un autre aspect m’avait intrigué chez Stéphane Bourgoin :

Lorsque je lui avais demandé s’il avait déjà consulté un thérapeute, celui-ci, imperturbable, m’avait déclaré qu’il n’en n’avait jamais rencontré. Là aussi, je me suis fait berner par cette illusion d’invulnérabilité qui semblait émaner de lui. Moi-même, à cette époque, il est possible que je n’avais alors jamais consulté de thérapeute (ce qui a changé depuis). Et chaque personne ayant ses limites, je m’étais alors imaginé que celles de Stéphane Bourgoin lui permettaient de se dispenser de voir un thérapeute malgré l’univers mortifère quotidien qui était le sien. Il est des personnes qui ne supportent pas la vue du sang ou certains symptômes hallucinatoires et délirants par exemple alors que, régulièrement, des soignants sont au contact du sang, des selles, de maladies ou de certains troubles psychotiques sans que cela leur occasionne obligatoirement des cauchemars.

J’ai donc cru ou ne demandais qu’à croire que Stéphane Bourgoin avait la capacité d’endosser comme de « digérer » ce qu’il passait son temps à ingurgiter et à regarder à propos des tueurs en série. Aujourd’hui, je « « sais » bien sûr que tout cela était non seulement une devanture mais aussi uniquement une question de temps avant que son « travail » ne le détruise en partie.

Sa page Wikipédia, toujours, m’a informé aujourd’hui que le père de Stéphane Bourgoin avait une double vie que celui-ci n’a découvert qu’après ses vingt ans. La page Wikipédia précise qu’après cette découverte, Stéphane Bourgoin a commencé à s’inventer une autre vie.

 Je « savais » aussi que Stéphane Bourgoin avait été un élève « médiocre ». J’avais plutôt oublié que son père mais aussi son grand-père avaient été Polytechniciens. Je « savais » qu’avant de faire le nécessaire pour devenir un « spécialiste » des tueurs en série, que Stéphane Bourgoin avait essayé de faire carrière dans le cinéma aux Etats-Unis. Soit une façon de réussir sa vie et de s’illustrer si cela avait marché. Mais ça n’a pas marché.

Avec le temps, la présentation physique de Stéphane Bourgoin s’est dégradée. Je repense à ces images vidéos où on le peut le voir, répondant à une interview avec une très mauvaise dentition. On peut être simple et peu coquet sans pour autant se négliger à ce point d’autant que Stéphane Bourgoin, en principe, n’était pas dans le besoin financièrement.

Pour moi, rétrospectivement, ce manque de soin de Stéphane Bourgoin pour son image, signifie qu’il a très vraisemblablement été méprisé, voire maltraité, au moins par son père.

A mon avis, consulter un ou une thérapeute serait revenu pour Stéphane Bourgoin, s’il s’était vraiment engagé dans sa thérapie, à non seulement devoir voir en face toute cette maltraitance et ce mépris au moins paternel mais aussi la mésestime voire le dégoût qu’il avait de lui-même. Et puis, il aurait moins pu s’autoriser à « enjoliver » sa vie d’expert spécialiste en tueurs en série comme il l’a fait : Il aurait fait une dépression ou, voire, aurait peut-être fait une tentative de suicide réussie ou non.

Mais ça, c’est aussi très facile à écrire et à supposer a posteriori.

Une autre particularité relationnelle m’a plusieurs fois étonné :

 J’ai décrit Stéphane Bourgoin comme plutôt sympathique, accessible, simple….

Pourtant, malgré cette forme d’admiration que j’avais pour lui, malgré certains intérêts qui pouvaient ressembler à des « points communs » avec lui, malgré l’humour dont il pouvait être capable, j’ai pu m’étonner, après l’avoir rencontré plusieurs fois, de continuer de me sentir extérieur à lui.

Si certaines personnes, parmi ses admiratrices et admirateurs, ont eu le sentiment ou l’illusion de devenir ses amis, je n’ai jamais ressenti ça. Sans me méfier pour autant de lui, il subsistait entre nous une certaine réserve qu’il m’était impossible de m’expliquer.

Sur internet, j’ai pu lire que certaines personnes le soupçonnaient d’être également un tueur en série. Je n’y ai jamais vraiment cru. Ce que je crois par contre, c’est qu’il a eu, véritablement, assez peu d’amis, même avant d’être « démasqué ». Et ce qui est, « troublant » lorsqu’il s’exprime dans l’interview à propos de ces tueurs en série qui mentent lorsqu’ils sont interviewés ou lorsqu’il les critique parce-que ceux-ci manquent d’empathie pour leurs victimes, c’est de savoir aujourd’hui qu’il a lui-même eu les mêmes comportements durant des années.

Bilan narcissique :

De la même manière qu’il existe un bilan carbone des activités humaines, on peut estimer qu’il en existe aussi un bilan narcissique.

Ma vanité, ajoutée à ma crédulité et à une certaine forme de vulnérabilité m’ont amené à me rapprocher d’une personnalité comme Stéphane Bourgoin.

En réécoutant cette interview en deux parties que j’ai faite de lui dans sa librairie fin 2009, je remarque qu’il se livre peu finalement. Ses réponses sont rôdées ou prudentes. A plusieurs reprises, ses projets épousent des sujets pour lesquels j’exprime un intérêt. Le seul moment où je le trouve véritablement spontané, c’est vers la fin de l’interview – qui dure un peu plus d’une heure- lorsqu’il donne son avis sur les jeux vidéos. Si, à l’époque, j’avais trouvé très sensés ses arguments et ses inquiétudes vis-à-vis des jeux vidéos, aujourd’hui, en le réécoutant, je m’aperçois qu’il était aussi rétrograde. Car résumer les jeux vidéos comme il le fait- même si ceux-ci peuvent avoir pour certaines personnalités des effets délétères-  est le propre d’un homme – déjà-dépassé par son époque :

Bien que je m’y connaisse très peu en jeux vidéos, le peu d’intérêt catégorique déclaré par Stéphane Bourgoin pour eux est le propre d’un homme qui les rejette en bloc d’une manière très conservatrice. Et, finalement, passer son temps à parler de celles et ceux qui donnent la mort, de manière répétée, c’est, finalement, rester un passager et un observateur privilégié d’un passé, d’une peur ou d’une souffrance bloquée plutôt que de l’avenir.

En percevant aujourd’hui Stéphane Bourgoin comme un homme conservateur, je m’avise que même sans ses mensonges, il aurait fini par être dépassé et écarté. Ne serait-ce que pour des raisons d’image et d’esthétique :

Les tueurs en série continueront de fasciner et d’inquiéter. Mais la forme compte. Le site de Stéphane Bourgoin, assez « rudimentaire », aurait eu besoin d’un véritable rafraichissement. Cela, il y serait parvenu en se faisant aider par des personnes compétentes et plus jeunes que lui. Lors de cet événement dédié aux tueurs en série près des anciens frigos de Paris dans le 13ème arrondissement de Paris, je me rappelle que de jeunes femmes proches de la trentaine, assez mignonnes, l’assistaient. Je crois me souvenir que l’une d’entre elles était étudiante en psychologie ou peut-être psychologue diplômée.

Mais il reste que lorsqu’il apparaissait à l’écran pour ses émissions, Stéphane Bourgoin n’était pas ciné-génique. On le suivait parce qu’il faisait référence et aussi parce qu’il était sans doute la seule alternative à Christophe Hondelatte, lequel a neuf ans de moins que Bourgoin né en 1953. Or, l’âge aussi est un redoutable tueur en série lorsque l’on passe à la télé.

Autocritique :

Le fait d’admirer Stéphane Bourgoin, de le savoir socialement reconnu et pourvu d’une autorité en termes de très hautes compétences dans son domaine, m’a prédisposé à certaines faiblesses et limites.

Au début de l’interview, je donne la date et le mois mais je manque de rigueur en omettant de mentionner l’année. En réécoutant cette interview, je déduis que nous sommes alors en 2009 d’après une remarque de Stéphane Bourgoin qui précise que cela fait trente ans exactement qu’il s’intéresse aux tueurs en série depuis 1979.

En réécoutant cette interview, je me « reproche » de ne pas avoir interrogé Stéphane Bourgoin sur son Etat civil. Je me suis adressé à lui comme s’il était né adulte. Ce qui était sans doute son objectif. Occulter tout ce qui avait trait à son enfance.

Je me « reproche » aussi de ne pas l’avoir interrogé sur sa conception de l’éducation. Alors que je savais qu’il avait un fils. Cela m’aurait peut-être permis de l’interroger sur son rapport personnel à la violence. Idéalement, j’aurais aimé avoir pensé à l’interroger sur son histoire avec la violence. Car nous avons tous notre histoire personnelle, notre héritage, avec la violence. Mais, sans doute me suis-je autocensuré devant l’annonce du « meurtre » de sa fiancée américaine. Et qu’il m’a été impossible de lui parler de son histoire avec la violence alors que je le voyais comme un homme toujours en deuil.

Je me « reproche » d’être passé trop vite sur Micki Pistorius.

Par moments, on m’entend assez peu dans l’interview. Mais ce qui est remarquable, c’est que Stéphane Bourgoin, lui, parle suffisamment fort. Comme on le comprendra en l’entendant, cette interview était en partie préparée mais aussi assez improvisée par moments. Et, je crois que Stéphane Bourgoin, parfois, a dû se demander ce que je lui voulais.

Dans l’ensemble, néanmoins, je suis assez satisfait de cette interview. Et si je publie cet article, seulement aujourd’hui, avec ces deux photos et cette interview de Stéphane Bourgoin, c’est parce-que je n’avais pas été assez inspiré pour le faire jusqu’alors. Débuté le mercredi 21 janvier 2026, je termine cet article ce vendredi 23 janvier 2026 vers 0h30.

PS : Le dossier Tueurs en série n’a jamais été publié par Brazil car le journal a arrêté d’être publié avant sa rédaction. Et ce n’était pas du fait de Stéphane Bourgoin.

L’interview en deux parties de Stéphane Bourgoin ce 28 octobre 2009 est ici :

 

1ère partie.

 

2ème partie.

Franck Unimon, ce vendredi 23 janvier 2026.

 

 

 

 

 

 

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