Posts made in janvier, 2019

Feuilles séparées

»Posted by on Jan 31, 2019 in Voyage | 0 comments

Feuilles séparées

Feuilles séparées

 

 

Nous sommes faits de feuilles séparées. Nos assemblées ont sur les lèvres bien des histoires commencées qui resteront secrètes.

 

Ce vendredi 18 janvier 2019, nous l’avons pourtant décidé.

 

Dans ce salon d’appartement du 18ème arrondissement de Paris, nous sommes venus nous enrouler dans le souffle de Mickaël Attias et de Jean-Brice Godet. Ce souffle frein, ce souffle train, est un emprunt. Et nous avons ce soir-là la chance de le regarder et de l’écouter nous ferrer de face plutôt que de l’avoir sur les talons. Car on ne sait jamais véritablement de quoi est fait un souffle, d’où il provient, où il se branche, où il va et ce qu’il nous veut. Comme nous ignorons souvent exactement de quoi nous sommes faits.

Notre vie est pleine de souffles, certains éteints, d’autres incertains. Et tous se cherchent un domicile, une gare, un réchaud, une frontière, un silence, une demie heure ou une gestuelle à entraîner. Nous sommes souvent de bons clients pour eux même si nous avons parfois du mal à savoir comment nous en sortir avec eux.

Dehors, il fait assez froid, entre sept et huit degrés. Mickaël et Jean-Brice ont des poussées de souffle et des variations sans domicile fixe.

 

 

Ce soir, en les écoutant, nous essayons peut-être de nous rappeler où se trouve notre véritable maison. Si nous en sommes encore loin et si nos itinéraires – et nos rêves- sont les bons. Bien-sûr, cela ne se dit pas aussi grossièrement. Nous sommes aussi là pour passer un bon moment, seul ou avec d’autres, tout simplement. Pour casser la route des chemins obligés comme de nos ordures quotidiennes et ménagères. Nous oublions pratiquement tout de ces mauvaises habitudes. Car cela est maintenant autorisé. Tant que l’espace où nous sommes acceptera le souffle de ces deux hommes. L’un, petit, vif, presque teigneux par moments tout en demeurant contemplatif. L’autre, taille de géant, peut-être plus ample, peut-être plus conciliant en apparence mais néanmoins avide des coins. Le but de ce duo est d’éviter de se laisser séduire et composer par le confort. Alors, on prend les devant. On prend aussi son temps pour s’écouter et s’inspirer de l’autre. Pour laisser passer la note depuis le silence à travers le tamis de la tête de l’auditoire, sorte de couture sonore. On trace des reflets que l’on ne dresse pas, qui tournent et tiennent par leur propre volonté. On amorce puis on renonce. On met son solfège dans les ronces tout en le poursuivant jusque dans la doublure des sons. On produit ses propres embruns même si le vent autour de nous est fixe et que la planète est restée la même.

Et lorsque s’arrêtent les épopées au plus près des pourtours de la note, on peut quelques fois entendre ce refrain :

Nous sommes faits de feuilles séparées mais nous rejoignons les mêmes notes.

 

Franck Unimon, ce jeudi 31 janvier 2019.

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Yao

»Posted by on Jan 30, 2019 in Cinéma | 2 comments

Yao

                                                Yao un film de Philippe Godeau sorti le 23 janvier 2019.

 

 

 

D’autres écrits et d’autres priorités m’ont un peu éloigné de Balistique du quotidien. Des articles de rattrapage devraient bientôt suivre après celui-ci. Au moins un sur la nuit de la lecture à la médiathèque d’Argenteuil centre-ville. Un second sur un entretien. Un troisième sur un concert de jazz donné par Mickaël Attias et Jean-Brice Godet. Un quatrième parlera du livre L’instinct de vie de Patrick Pelloux. Les autres ?

 

Cette « pause » blog m’a permis de me détendre. Et de me défaire un peu de cette injonction de présence en surrégime qui nous commande en particulier sur les réseaux sociaux, cette addiction en plein essor. Stratégiquement, je crois bien-sûr que ce blog bénéficierait de bien plus de vues si j’y postais davantage de vidéos via Youtube ainsi que des enregistrements audio type blog radio. Mais rien ne presse.

 

J’écris cet article en réécoutant l’album Lost & Found de Jorja Smith. Un album emprunté à la médiathèque. J’ai d’abord été perplexe lorsque j’ai entendu parler de Jorja Smith- encore une artiste anglo-saxonne !- comparée à feu Amy Winehouse. Comme si Jorja Smith se devait absolument de remplacer quelqu’un. Amy Winehouse…je souhaite à Jorja Smith d’avoir un destin plus serein. Mais il est vrai que bien des artistes et des célébrités ont ce « pouvoir » de supprimer certaines de nos peines tues comme d’être parfois les réincarnations de certains de nos proches ou de nos moments perdus. Je ne ferai pas ici la critique de l’album de Jorja Smith. Avant le sien, je devrais au moins parler de celui d’Ann O’Aro.

 

 

Mais je peux quand même écrire que Jorja Smith, aussi, chante son âme à pleine bouche. Et, pour avoir aperçu un bout d’une de ses performances en Live, je crois qu’aller l’écouter et la voir en concert est sûrement une expérience aussi singulière que d’aller écouter et voir Ann O’Aro.

 

 

 

 

Avec tout ça, je n’ai toujours par parlé du film Yao de Philippe Godeau. Yao est sorti la semaine dernière, le mercredi 23 janvier 2019. Avant hier, au lieu de Yao, j’aurais pu choisir d’aller voir Another Day of Life de Raül De La Fuente et Damian Nenow :

Le journaliste polonais Ryszard Kapuscinski- dont il est question dans le documentaire- a par exemple écrit Ebène ( aventures africaines) qui m’avait beaucoup marqué. Il avait aussi écrit sur le Négus Haïlé Sélassié, personnage qui a marqué l’inconscient de toute personne un peu concernée par le Reggae et le Rastafarisme.

J’aurais pu aller voir le documentaire Eric Clapton : Life In 12 Bars de Lili Fini Zanuck. Cela fait des années que j’entends dire que Clapton est « God » et aussi qu’il a pris peur ce jour où, la première fois, il avait croisé Jimi Hendrix à un concert. Jimi Hendrix était donc le diable? Je n’ai jamais été converti à « God » Clapton mais d’après certains avis, ce documentaire est très bien.

Avant hier, j’aurais aussi pu aller voir Green Book : sur les routes du sud de Peter Farrelly avec Viggo Mortensen et Mahershala Ali. J’aime ces deux acteurs. Et, évidemment, j’avais découvert Mahershala Ali dans le film Moonlight (2016) de Barry Jenkins.

J’aurais aussi pu aller voir Continuer de Joachim Lafosse. L’actrice Virgine Efira m’épate pour son apparente « banalité » : il est des actrices qui captent bien plus le regard qu’elle. Et, pourtant, on la voit dans des rôles qui nécessitent une grande agilité dramatique ainsi qu’une intelligence de jeu largement supérieure à la moyenne. Et puis, aller au Kirghizistan avec le film m’aurait plu.

La Mule de Clint Eastwood, L’ordre des médecins de David Roux, The Hate U Give : La Haine qu’on donne de Georges Tillman jr. sont des films sortis également ce 23 janvier 2019.

Autant dire qu’avant hier, il y’avait plein de raisons d’aller voir un autre film que Yao de Philippe Godeau. Omar Sy a beau être la personnalité « préférée » des Français ou l’une des premières personnalités « préférées » des Français ainsi que l’acteur dont le statut a changé depuis ses 20 millions d’entrées ( 19,5 plus exactement) avec Intouchables de Toledano et Nakache aux côtés de François Cluzet ( acteur déjà plus que confirmé). Ses 20 millions d’entrées pèsent assez peu face aux poids lourds du cinéma que sont Clint Eastwood, Viggo Mortensen et ses Le Seigneur des Anneaux ( j’ai aussi beaucoup aimé ses films avec Cronenberg)…ou l’Aura de la musique d’un Eric « God » Clapton.

Dans une autre vie, j’aurais vu tous ces films et documentaires et bien davantage. Mais je n’ai plus cette vie. Il m’a fallu faire un choix. L’anecdote que je relate dans l’article Don’t Forget Me m’a poussé vers Yao.

Dans ce film, Omar Sy est Seydou Tall, un « célèbre acteur français » qui « se rend un jour au Sénégal pour dédicacer son livre ». Le Sénégal est son pays d’origine. Mais il s’y rend alors pour la première fois de sa vie, autant dire comme un étranger à son propre passé. On comprend que son livre est plutôt autobiographique.

Yao est sans doute moins bien maitrisé qu’un film comme La Mule de Clint Eastwood, vieux roublard de l’histoire qui empoigne. Mais Yao étale très vite un attachement sincère au Sénégal ainsi qu’une connaissance solide de ce pays (le Sénégal, est-ce l’Afrique ?).

Omar Sy met sa célébrité d’acteur au service de sa double culture et de ce film. A travers son personnage « de célèbre acteur français », on pense bien-sûr à lui. Même si, dans les faits, Omar Sy connaît mieux son pays d’origine. En filigrane, Yao est un film plus critique qu’il n’y paraît :

il reste rare dans le cinéma français qu’un Noir (cela ne dérange personne lorsque l’on parle d’un « Noir américain ») incarne la réussite sociale en ayant le premier rôle d’un film. J’ai par exemple lu beaucoup de bien sur la série Hippocrate et les autres films de Thomas Lilti que j’aurai sûrement beaucoup de plaisir à découvrir. Comme j’ai pu lire une de ses récentes interviews avec beaucoup de plaisir. Mais je m’étonne que ce milieu médical et paramédical -où il existe une certaine diversité dans les faits- reste aussi peu représenté au cinéma. En France. Avec Yao, l’histoire se déroulant en Afrique, il est visiblement plus facile à faire accepter au cinéma que le héros soit Noir. Bon.

L’autre regard critique du film porte sur le grand galop entamé par l’Islam. Un Islam présent depuis plusieurs siècles au Sénégal et dans d’autres pays d’Afrique noire mais devenu envahissant. Le film étant peu porté sur la polémique, il s’attarde peu sur le sujet. Mais lors d’une scène qui doit sûrement avoir été en partie improvisée ou écrite en tenant compte du contexte religieux existant, le visage d’Omar Sy dit beaucoup à propos de son effarement voire de son inquiétude.

La critique du colonialisme mais aussi de l’exploitation des forces vives de l’Afrique par l’Occident (ici, la France) est douce-amère. Yao n’est pas un film rageur.

Une autre critique indirecte vise peut-être ce manque de tolérance du Français moyen, blanc, envers ses autres concitoyens Français d’autres « origines ». Dans Yao, le personnage de Seydou Tall joué par Omar Sy reste vraiment très très sympa lorsque son ex-femme, mère de leur enfant, lui fait ce qu’il faut bien appeler un coup de crasse :

Les séparations conjugales sont à la fois très douloureuses et très difficiles. On ignore ce qui a provoqué la séparation entre Seydou Tall et son ex-femme blanche. On peut supposer qu’il était peu disponible voire qu’il a pu se montrer infidèle au même titre que certaines personnalités publiques. Mais je trouve qu’il prend vraiment avec beaucoup de diplomatie le «coup » qu’elle lui fait avant son départ pour son pays d’origine. J’ai parlé de « manque de tolérance ». Mais c’est plus que ça, ici. Il y’a une forme de mépris qui la rend assez peu pardonnable à mes yeux quels que soient les sentiments amoureux qu’elle ait pu avoir ou qu’elle a toujours pour Seydou Tall.

Evidemment, d’un point de vue scénaristique, cela permet la rencontre avec le jeune Yao. Et si le procédé est sûrement modérément original, cette rencontre permet à deux enfants (Yao et Seydou Tall) de se reconnaître l’un en l’autre. Je ne suis jamais allé en Afrique mais le film semble montrer assez fidèlement ce que peut être le Sénégal. Dans son livre Ebène, je crois, Kapuscinski parle de cette lumière-assez aveuglante- spécifique à l’Afrique. Yao est fait de cette lumière ainsi que de cette temporalité auxquelles nos existences d’occidentaux névrosés nous ont rendu étrangers. Je me demande ce que cela aurait donné si un réalisateur comme Woody Allen avait pu s’en inspirer.

Dans ce film, on parlera bien-sûr de voyage initiatique pour Seydou Tall mais aussi pour Yao. L’un vers son enfance et son passé. L’autre vers son visage d’adulte et son avenir. Un passage en particulier- à la mer- m’a fait penser au film Moonlight. C’est peut-être une coïncidence.

On pourra penser aussi au chemin de Compostelle. Et cela m’a rappelé le récit qu’en a fait la journaliste Laurence Lacour dans son ouvrage Jendia, Jendé ( Tout homme est homme) . Bien que célèbre et riche matériellement et socialement, Seydou Tall accepte de se dépouiller au fur et à mesure du film. Car ce qui lui importe le plus, finalement, à lui l’autodidacte qui a tout fait pour « réussir », n’est pas dans le matériel. C’est aussi ce que rappelle d’une autre façon- plus douloureuse- le médecin urgentiste et journaliste Patrick Pelloux dans son livre-témoignage L’instinct de vie :

« (….) Contrairement à ceux qui pensent que les indemnités ou de l’argent pourraient aider à reconstruire…non, ça, c’est du matériel, ce n’est pas ça qui va reconstruire. Ce qui aide à se reconstruire, c’est la bienveillance et l’amour ».

 

 

Je crois que les films réalisés par Clint Eastwood font mouche parce qu’ils rappellent aussi peu ou prou les mêmes thèmes mais dans un style cow-boy, macho. A savoir que ce qui compte le plus, c’est la capacité de sacrifice et d’héroïsme dont on est capable pour soi ainsi que pour celles et ceux que l’on décide d’aimer et de protéger.

 

Yao fera sûrement assez peu d’entrées comparativement à d’autres films sortis ce 23 janvier 2019 et après cette date. Car d’autres affiches sont plus attractives. Et Yao est un film «gentil». Il fait et fera peu de bruit. Mais c’est un film tout public qui devrait très bien vieillir. J’ai plusieurs fois été ému devant ce film avec des larmes en formation. Je comprends qu’Omar Sy ait eu envie d’en faire partie. On parlera sûrement pour lui de film de « la maturité ». J’ai envie de croire qu’il était en France pour assurer la promotion de ce film plutôt que pour Le Chant du Loup d’Antonin Baudry qui sortira le 20 février. Même si voir à ses côtés François Civil (que j’ai beaucoup aimé dans la première ou la deuxième saison de Dix Pour Cent) et Reda Kateb me donne envie d’aller voir Le Chant du Loup.

 

Sorti le 23 janvier 2019, Yao aurait dû sortir un mois plus tôt car c’est un vrai film de Noël.

 

Franck Unimon, ce mercredi 30 janvier 2019.

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C’est Comportemental !

»Posted by on Jan 21, 2019 in Echos Statiques | 0 comments

C’est Comportemental !

 

«(….) Mais pas d’inquiétude : si vous n’êtes pas physiquement apte à danser à corps perdu, le simple fait de synchroniser de petits gestes de la main avec votre voisin suffira pour que votre cerveau baigne dans le bonheur musical » conclut Aurore Braconnier dans son article Born To Dance (P4-P11) publié dans le hors-série numéro 49 (décembre 2018) consacré à la danse de la très bonne revue Sport & Vie.

 

Il y’a encore quelques années, je dansais assez régulièrement dans des soirées ou dans certains de ces lieux consacrés : les boites de nuit. La danse avait débuté dans l’enfance où, initié par l’Autorité paternelle, plus que par ma volonté, j’avais dû me montrer à la hauteur de ma valeur sociale, culturelle et raciale :

« Dépi Ki Ou Sé Nèg Ou Dwet Sav Dansè ! » (« Tout Nègre se doit de savoir danser ! ») dirait un jour mon père en voyant à la télé l’artiste noir américain James Ingram se déhancher tout en interprétant le tube Yah-Mo Be There. J’étais alors ado et Michaël Jackson, avec ses clips, ses pas de danse, sa voix et sa musique de granit, régnait sur la musique.

Si je m’étais écouté, et sans l’intervention de mon père, aux nombreuses festivités antillaises où il nous emmenait (baptêmes, mariages et autres ), je serais plus souvent resté assis, prenant plaisir à regarder le spectacle vivant qui se déployait devant moi , à ausculter ces musiques qui prolongeaient l’existence de ce monde et , bien-sûr, à ingérer toutes ces spécialités culinaires qui défilaient sur un plateau à portée de bouche. Lesquelles spécialités culinaires autant que la langue créole, la sexualité, la musique et la famille font partie de l’identité culturelle antillaise : chaudeau, boudin, accras, colombo, salade de concombres au citron et au piment….

A la maison, aussi, mon père maintenait une occupation musicale assez constante. A l’âge de dix ans, il m’était impossible d’ignorer qui était Bob Marley. Jimmy Cliff, Ophélia, Coupé Cloué, James Brown et d’autres tubes de célébrités antillaises ignorées (sous-estimées ?) par le Français lambda m’étaient tout autant familiers même si je n’en retenais ni les noms ni les titres.

 

J’ignore si je serais entré un jour de moi-même dans la danse. Si j’admire une personnalité comme la navigatrice Ellen Mac Arthur qui, dans son livre Du Vent dans les Rêves, raconte aussi son étonnement – et sa lucidité !- à apercevoir à 17 ans des filles de son âge perchées sur des talons aiguilles afin de se rendre d’un pas mal assuré vers la boite de nuit du coin –un peu comme on se rend dans un abattoir social- j’ai depuis compris, aussi, la grande force en même temps que le Savoir, que la musique et la danse peuvent transmettre à un corps et à une âme. . Et, je regrette, enfant, de n’avoir pas pu ou pas su prendre des notes de ce que je voyais et découvrais à ces soirées antillaises comme à propos de plusieurs de ces titres que j’ai pu entendre. Il est assez vraisemblable qu’avec une caméra dans les mains, enfant, j’aurais filmé lors de ces soirées. Un stylo, un crayon ou un pinceau, écrire, dessiner, peindre, ce sont peut-être les moyens du bord pour celle et celui qui ne dispose pas de caméra ou d’appareil photo et qui s’attache durablement à ce qu’il voit comme à ce qu’il vit mal ou bien.

 

Sans qu’un mot ne se soit jamais échangé sur le sujet entre mon père et moi, alors qu’ado, j’entamais ma croissance en tant qu’amateur de musique, lui, cessait d’en écouter comme de se procurer des magazines tels que Rock&Folk ou Rolling Stones. Peut-être avait-il renoncé à rêver ? Et, peut-être, est-ce, sensiblement au même âge, que j’ai, à mon tour, arrêté de danser dans quelques lieux ou soirées, il y’a quelques années. Bien que mon attrait pour la musique et la découverte de nouveaux genres musicaux et de nouveaux titres soient conservés. Lorsque j’y réfléchis, j’ai l’impression que je n’ai plus faim. Et qu’il faut avoir faim d’espaces et de gestes pour avoir envie et besoin de danser. Comme il faut avoir faim pour apprendre à penser autrement ou autre chose. Si l’on est repu, désabusé ou déprimé, on se lasse devant le moindre apprentissage et l’on s’en tient à un minimum d’actions et de pensées.

 

« (….) Le danseur intègre en effet perpétuellement des gestes inhabituels et abstraits, ce que les autres espèces ne font pas ou exceptionnellement » nous confirme Aurore Braconnier, toujours dans le même article ( Page 9) du hors-série numéro 49 de la revue Sport& Vie mentionnée au début de cet article.

 

Ce dimanche du mois d’octobre dernier, il serait plus qu’exagéré de dire que j’intégrais des gestes inhabituels et abstraits. J’effectuais certes « les mêmes petits gestes avec la main » que certains de mes voisins directs, précédents ou ultérieurs, avaient produit ou réaliseraient, mais je ne me reconnaitrais pas dans l’expression : « (….) Votre cerveau baigne dans le bonheur musical ». Si j’y avais mis un peu du mien en écoutant de la musique, comme cela se fait désormais couramment, au moyen d’un casque ou d’oreillettes, peut-être me serais-je un peu introduit dans le bonheur musical décrit dans cet article d’Aurore Braconnier. Mais je n’étais pas dans ces dispositions ce jour-là même si tout allait plutôt bien. Comme j’empruntais mon trajet habituel de travail afin de venir- volontairement- effectuer des heures supplémentaires (rémunérées) dans mon service. Et, « les mêmes petits gestes avec la main » que, comme mes voisins, j’effectuais ce jour-là, consistaient au moins à sortir mon Pass Navigo afin de franchir les portes de validation.

 

Arrivé à la gare St-Lazare, je me dirigeais vers l’endroit où j’allais rejoindre la correspondance pour prendre le métro. Un trajet que j’avais étudié et fini par sélectionner parmi plusieurs. Le plus direct. Le moins de pas gaspillés. Je le prenais désormais sans réfléchir. Lorsque les portes de validation ont refusé de me laisser passer, je ne me suis pas formalisé. Assez régulièrement, à cet endroit, il arrive que ces portes de validation soient capricieuses. Mais je finis toujours par passer. Après plusieurs passages de mon Pass Navigo sur la borne, à un moment donné, la porte de validation me laisse entrer. Lorsque l’on se rend au travail ou à un rendez-vous, l’enjeu d’un parcours le plus fluide possible est simple : Moins on perd de temps pour passer d’un endroit d’une gare à un autre, et moins on prend le risque de rater notre correspondance et de devoir attendre sur le quai des minutes supplémentaires dont on aurait pu se passer. Et, j’avais finalement choisi ce trajet pour cette raison.

Mais ce dimanche, ça ne passe pas pour moi malgré plusieurs tentatives avec mon Pass Navigo tout à fait valide. Finalement, un autre usager qui passe après moi réussit, lui, à passer. Très poliment, il me retient la porte afin que je puisse passer à mon tour. Je le remercie. Je passe et commence à descendre les marches. Et, là, un homme en civil peu aimable avec un brassard autour du bras se dirige vers moi. Avec autorité, il me demande une pièce d’identité. Je m’exécute tout en lui expliquant tout de suite : « Les machines ne marchent pas ». L’homme ne me répond pas. Ma carte d’identité dans la main, je comprends qu’il me séquestre alors qu’il m’intime de le suivre un peu plus loin où, près d’un mur, dans un angle où il est impossible de les apercevoir lorsque l’on se trouve près des portes de validation, se trouvent des contrôleurs en tenue. Le flic, car, pour moi, il ne peut s’agir que d’un agent de police, remet ma pièce d’identité à un des contrôleurs sans prendre la peine de restituer un seul des mots que je viens de lui énoncer et qui sont, pourtant, des faits :

Ces portes de validation marchent quand elles « veulent » et quand elles peuvent. Je peux en témoigner puisqu’il s’agit de mon trajet habituel de travail.

Une fois sa mission effectuée avec « efficacité » (interpeller toute personne qui franchit les portes “sans” valider son titre de transport), le flic repart se mettre à son poste. Comme si je n’avais jamais existé. Je n’aurai du reste plus le moindre contact avec lui.

Pour moi, c’est décidé dès le début de mon « interpellation » : Je refuse de payer une quelconque amende pour des machines qui dysfonctionnent !

J’explique au contrôleur que j’ai bien précisé à l’agent de police que les portes de validation ne marchent pas. Celui-ci m’écoute un petit peu. Contrôle mon Pass Navigo. Puis, constatant qu’il est en règle, me dit très vite :

« C’est un Pass Navigo. Je ne vous le fais pas ! ». Traduction : « Je ne vous mets pas d’amende». Mais je suis encore sous le coup de l’agression de cette interpellation absurde et bornée : Plusieurs agents de la police et de la RATP (environ une dizaine) sont là, en embuscade, en contrebas de ces marches d’escaliers afin de harponner des usagers fraudeurs. Mais aucun d’entre eux ne se préoccupe du bon état de fonctionnement des portes de validation comme du confort des usagers qui, comme moi, sont en règle, et doivent pourtant régulièrement se farcir les désagréments occasionnés par des dérèglements techniques qui sont de la responsabilité au moins de la SNCF et de la RATP. Entreprises que les usagers- comme moi- paient. Cela, j’essaie de l’expliquer au contrôleur.

Mais il n’est pas de mon avis.

Il me répond qu’il y’a d’autres portes de validation en cas de problème. Il ajoute :

« C’est comportemental. Si des usagers vous voient faire ça, ça les poussera à faire pareil ». Son argument se tient. Mais où se trouvent ces autres portes de validation dont il me parle ?! J’aimerais bien qu’il me les montre vu qu’il s’agit quand même de mon trajet de travail et que je n’ai jamais remarqué ces autres portes dont il me parle ! Et, menant le geste à la parole, je lui indique de me montrer ! Et, il me montre.

En effet, à deux ou trois mètres sur la gauche des portes de validation que j’emprunte habituellement, je découvre d’autres portes de validation.   Sur le panneau indicatif qui les surplombe, sont signalées d’autres lignes de métro que la mienne. Ce qui est sans doute la raison pour laquelle, si un jour – lors de mes premiers passages- j’avais porté un vague regard sur ce panneau indicatif, mon cerveau avait rapidement éliminé cet itinéraire et cette information. Sans prendre la peine de venir regarder, contrôler, de près. Sauf que là, “guidé” en quelque sorte par le contrôleur qui vient de contredire mes affirmations et mon expérience d’usager, je prends le temps d’aller regarder où mènent ces portes de validation dont il vient de me parler.

Le suspense est très court :  Je me rapproche. Et, en prenant le temps de les regarder, je découvre qu’en passant par ces portes de validation, je peux ensuite facilement rejoindre mon itinéraire de travail.  Jusqu’alors, je ne l’avais jamais remarqué et je n’y avais jamais pensé. Je m’étais persuadé que si je prenais cet itinéraire, donc ces autres portes de validation situées à deux ou trois mètres à gauche de celles que je prends habituellement, que cela serait impossible. J’étais convaincu que ce trajet était séparé de mon trajet par un mur. Sauf que le mur était, dans les faits, dans ma tête. C’était une construction de mon esprit. Et, j’étais resté focalisé sur mon seul trajet.  Sur “mes” portes de validation habituelles . Celles que j’avais sélectionnées de manière définitive.  Et,  une fois celles-ci  sélectionnés, face à un problème de dysfonctionnement de leur part, au lieu d’essayer d’élargir mon champ d’horizon, de pensée et d’action, je m’étais obstiné à rester dans la même logique : passer uniquement par ces portes de validation habituelles. Un peu comme si j’étais marié avec elles pour la vie. Pour le meilleur et pour le pire. Et qu’il m’avait été impossible de concevoir de leur faire une petite “infidélité” en quelque sorte. De prendre un peu de liberté par rapport à leur fermeture rigide et obstinée. En cela, avant d’être confronté à ce contrôleur, je m’étais montré aussi rigide et aussi obstiné, aussi buté, que ces portes de validation. 

J’ai failli être sanctionné d’une amende, voire de plus si je m’étais agité ou rebellé, parce-que je suis un usager des transports “fidèle”…à des portes de validation qui ne me calculaient pas.  

 

On peut dire beaucoup à propos de cette expérience. D’abord, ce flic, pour moi, reste un individu et un professionnel qui suscite la colère. Une attitude comme la sienne, transposée dans un autre métier, aussi terre à terre, aussi butée, suscitera de la colère chez d’autres personnes. Mais comme c’est un flic, toute personne qui, à ma place, se serait révoltée physiquement ou verbalement au delà de ce qui est « tolérable » sur un espace public en présence d’un représentant de la loi ou de l’ordre, se serait retrouvée malmenée au moins physiquement. Fort heureusement pour moi, lors de cette situation d’interpellation, en dépit du stress de la situation, j’ai pu rester calme, confiant et capable de me maitriser et de m’exprimer « convenablement » : de façon policée et assez facilement compréhensible et supportable. Mon comportement a donc demandé assez peu d’efforts d’adaptation intellectuelle, morale, culturelle, psychologique et physique à mes interlocuteurs policier, et contrôleur.

Ce contrôleur « comportementaliste », on peut avoir envie de le critiquer. D’autant que celui-ci n’a pas compris mon insistance lorsque j’ai essayé de lui faire comprendre ce qu’il pouvait y avoir de violent dans le fait de se faire interpeller par le flic comme je l’ai été alors que je suis en règle. Et que je n’ai fait que m’adapter quant à moi au dysfonctionnement d’une machine dont je ne suis pas responsable. Ce contrôleur ne semble pas non plus avoir compris que je me sois aussi exprimé pour de futurs usagers éventuels qui, comme moi, alors qu’ils auront un Pass Navigo ou un titre de transport en règle, ne penseront pas à se rendre vers les autres portes de validation, et se comporteront comme moi si celles-ci bloquent. Ce qu’il m’a traduit de la façon suivante : « Je suis gentil, je ne vous mets pas d’amende et vous essayez encore de négocier ! Sinon, ça ferait 60 euros à payer sur place ! ». Je lui ai répondu que je voyais bien le geste de gentillesse. Mais que j’essayais de lui faire comprendre que j’étais de bonne foi ! La bonne foi, il la percevait bien m’a-t’il répondu. Mais sa perception demeurait comportementaliste. Nous nous sommes séparés sur un « Bon week-end » sans amende.

 

Quel est le rapport avec ces articles sur la danse ?

Le plus facile pour moi qui étais en colère serait de spontanément déclarer que cet agent de police qui m’a contrarié a été incapable « d’intégrer perpétuellement »…des gestes mais aussi des pensées inhabituels. Il m’a vu passer à la suite d’un autre usager et en a déduit que j’étais en fraude. Par contre, il n’a pas vu ou il lui a été impossible de concevoir que j’aie pu essayer au moins cinq fois – en changeant de porte de validation- de passer au moyen de mon Pass Navigo parfaitement valide. Cela pour la version la plus optimiste.

Car la version la plus pessimiste donnerait ceci : Cet agent de police savait que les portes de validation étaient défectueuses. Mais, sciemment, afin de faire du chiffre en termes de contrôle et se donner et donner l’illusion d’une efficacité, il a intercepté toutes les personnes qui, comme moi, ce jour-là, ont eu le même comportement.

Personnellement, je crois à la version optimiste qui est déjà suffisamment irritante.

Je pourrais aussi avancer que le contrôleur « comportementaliste », aussi, a eu du mal à

« intégrer» une pensée et des gestes inhabituels. Sauf que, dans cette histoire, il est aussi celui qui a pris la décision de ne pas me donner d’amende. Et de désarmer tout de suite la crise ou l’injustice éventuelle. Ce en quoi, j’ai eu de la chance. Et, je l’en remercie encore. Car si je m’étais trouvé face à un contrôleur aussi borné que l’agent de police, il m’aurait été plus difficile d’éviter une amende.

En outre, le contrôleur que j’ai croisé m’a démontré/rappelé, qu’au lieu de foncer tête baissée vers les mêmes portes de validation et vers les mêmes décisions qu’il importe, aussi, de savoir prendre le temps de regarder un peu autour de soi. Aussi, je dois conclure que, dans cette expérience, j’ai aussi eu beaucoup de mal, au moins par habitude, à « intégrer perpétuellement des gestes inhabituels et abstraits ». Cette habitude vient aussi de notre façon d’apprendre.

 

Toujours dans ce numéro de la revue Science & Vie que j’ai cité, il est aussi dit : « (…..) Les chercheurs Timothy Lee, Stephan Swinnen et Sabine Verschueren ont montré en 1995 que, même après soixante essais pratiques, le cerveau ira toujours dans le sens des mouvements qu’il connaît. Ce n’est qu’après 180 essais qu’il reproduira systématiquement le nouveau schéma de mouvements » (interview de Deborah Bull, ancienne ballerine du Royal Ballet de Londres, par Aurore Braconnier, P24-31 dans Sport & Vie Hors série numéro 49).

 

 

 

Et, également dans cette interview de Deborah Bull, nous apprenons que, selon Paul Fitts et Michael Posner, nous savons depuis 1967 que l’apprentissage d’une habileté motrice se déroule en « trois étapes » : D’abord, « la phase cognitive ». « A ce stade, les erreurs sont fréquentes et, bien que l’on sache généralement que l’on fait quelque chose de mal, on ignore comment le corriger ». Puis, vient « la phase associative où on commence à associer certains indices au mouvement. Les normes de performance deviennent un peu plus cohérentes et on commence à détecter certaines de nos erreurs ». Enfin, « Après une pratique sérieuse et soutenue – qui peut prendre de nombreuses années- certaines personnes (pas toutes) entrent dans la troisième phase, la phase autonome. Maintenant, la compétence est devenue presque automatique. On n’a plus besoin de penser à ce que l’on fait et on peut souvent effectuer une autre tâche en même temps – comme parler à une caméra pendant que l’on danse ou tenir une conversation pendant que l’on conduit. C’est le mode pilotage automatique. On possède tous un vaste répertoire de compétences quotidiennes que l’on exécute automatiquement ».

 

J’ai été suffisamment autonome pour me rendre jusqu’à ces portes de validation en « mode pilotage automatique ». L’incident causé par ce double contrôle (policier et contrôleur ) m’a donné la possibilité de me rappeler comment, finalement, cette forme de confort peut aussi faire perdre…une certaine autonomie de pensée et d’action et me rendre hors-service.

Lorsque je suis repassé après ma journée de travail, une affiche spécifiait que les portes de validation en question étaient hors-service.

 

 

Je prends toujours le même trajet. Il ne m’est plus arrivé la même mésaventure depuis.

 

Franck, ce lundi 21 janvier 2019. ,

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Don’t Forget Me un film de Ram Nehari

»Posted by on Jan 18, 2019 in Cinéma | 4 comments

Don’t Forget Me  un film de Ram Nehari

 

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Don’t Forget Me un film de Ram Nehari (Sortie en salles ce 30 janvier 2019)

 

 

 

 

 

 

Nation prématurée – au sens où un bébé nait prématurément- entraînée par son instinct de survie, Israël est devenue une grande Puissance économique, politique, culturelle et militaire. Refuge, prodige et espoir pour certains, elle est aussi cet Etat exterminateur qui en confine d’autres dans la colère et le désespoir. Pour cela au moins, Israël a le visage de l’Humanité. On peut classer les films qui nous montrent certaines facettes du visage d’Israël comme des œuvres de propagande et les condamner. On peut aussi les regarder. Car qu’on les aime ou qu’on les rejette, ils nous parlerons de nous.

 

Dans Don’t Forget Me, ce visage situé entre les consciences du passé, du présent et de l’avenir, entre celles de l’Orient et l’Occident, entre celles de la vie et la mort, est principalement celui de Tom et Neil ( ou Niel). Tom ( l’actrice Moon Shavit), prénom ou surnom d’homme sur un corps de femme, et Neil ( l’acteur Nitai Gvirtz), prénom du premier astronaute- et du premier homme- à prendre pied sur la lune sont les guirlandes qui vont nous guider à travers certains orifices de l’Etat d’Israël. Ce sont deux êtres à la lisière de plusieurs mondes. Tom le dit à un moment du film : « Je suis un millier de choses ».

 

 

 

 

Israël, de par son statut géopolitique, est un monde à part. Tom et Neil essaient d’incruster leurs univers à l’intérieur de ce monde. Une fois passés les check-points et les faux-semblants de la réussite de la société israélienne. Ce film déplaira donc à toutes celles et à tous ceux qui préfèrent donner ou exporter d’Israël l’image exclusive d’un pays glamour ou exotique. Mais ce film heurtera aussi toute personne qui recherche une comédie facile.

 

J’avais faim en entrant dans la salle. Je venais pourtant de prendre mon petit-déjeuner. La faim m’est passée pendant le film. L’affiche sentimentale du film est trompeuse. Il y’a bien une histoire d’amour. Mais c’est évidemment la représentation de l’ange dominant un démon à l’arrière-plan qui illustre le mieux la routine de Tom et Neil. L’une est aux arrêts dans un centre pour troubles alimentaires après avoir été identifiée/diagnostiquée comme anorexique. Le second est en rémission. Après un passé- que l’on devine plus ou moins long- dans un établissement psychiatrique, Neil essaie de rattraper les notes du Temps. Sur la lune, ce serait peut-être possible. Mais nous sommes en Israël.

 

 

 

 

Disque rayé, le sourire de Tom et celui d’autres protagonistes du film font d’elles (ce sont majoritairement les femmes, dans ce film, qui s’ankylosent dans le sourire) des cousines de Lara-Victor dans le film Girl de Lukas Dhont. Sauf que plusieurs de leurs simulacres sont démasqués par une caméra qui se fait parfois la traîne des soignants qui, ici, font plutôt penser à des matons emmurés dans le protocole. Devant certaines scènes et certaines répliques, on criera peut-être au film « glauque ». J’ai préféré y trouver un certain humour noir- jubilatoire et cathartique- comme Nehari renverse plusieurs fois le schéma des normes et de la bienséance.

 

Il est connu que les personnes ( ce sont majoritairement des adolescentes ou des femmes) anorexiques ont des corps de rescapés d’espaces concentrationnaires alors qu’elles vivent généralement dans des conditions matérielles leur permettant de « bien » s’alimenter. Don’t Forget Me, plutôt réaliste pour restituer le climat d’un centre de troubles alimentaires, nous en donnera un aperçu dans une scène qui est le contre-pied total de bien des scènes érotiques et romantiques de la vie et du cinéma.

 

Plus d’une heure trente dans cet environnement aurait été quelque peu étouffant. Aussi, Ram Nehari nous fait-il sortir de tout ça en permettant à Tom et Neil de se retrouver à l’extérieur. Cela nous apporte, comme à eux, une bouffée d’air. Mais Ram Nehari, contrairement à Tom et Neil, est en règle avec le réel. Le repas de famille chez les parents de Tom est un des “sommes-mets” les plus délectables  ( Très bonne prestation de l’actrice Rona Lipaz-Michael dans le rôle de la mère de Tom) de ce film qui, s’il indisposera, est pourtant plus qu’à consommer. On doit bien pouvoir trouver dans celui-ci quelques correspondances avec le cinéma d’un Yorgos Lanthimos, d’un Robert Altman ou d’un Todd Solondz.

 

Jeunes adultes Israéliens, Tom et Neil sont en exil dans leur vie et dans leur pays qui leur sont des mondes interdits. Ram Nehari nous dit que malgré toute sa puissance et ses succès, plusieurs générations après la Shoah, Israël a des enfants et des parents qui ne savent pas vivre. Ensemble comme séparément. L’intelligence sur-effective, mais aussi affective, d’une Tom et l’optimisme naïf d’un Neil n’y suffisent pas. Et ceux qui, à l’instar d’Alon ( l’acteur Eilam Wolman), incarnent ces jeunes Israéliens aisés, insouciants et cosmopolites sont guettés par les addictions, le vide et la violence.

Même le langage est une terre de déception. Il est tantôt une bande qui tourne à vide et qu’il faut faire semblant d’écouter- pour ne pas blesser l’autre- ou un organe plutôt propice au développement de sentiments d’abandon et de désolation en donnant de mauvaises nouvelles. Ram Nehari ne parle pas de la Palestine. Ou pas directement.

 

Mais le sourire de Tom est bien fait de ce métal hurlant jusqu’au soleil couchant. Celui d’un certain inconscient qui refuse d’être oublié et de disparaître.

 

 

Franck Unimon, ce vendredi 18 janvier 2019.

Ps : le film est bien meilleur que la bande annonce et les photos.

 

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Mise en bouche

»Posted by on Jan 17, 2019 in Voyage | 0 comments

Mise en bouche

J’espère bientôt vous faire découvrir la chanteuse Mama Toumani Kone. En attendant, voici  un petit tour d’horizon de quelques assiettes rencontrées entre l’été et l’hiver. Prix de la découverte :

20 euros au maximum à chaque fois.

 

Il y’a d’abord eu le restaurant végétarien et vegan Too.Ti Bon à Lannion. C’est un peu loin de Paris.

Mais on a aussi le droit de s’y rendre. Nous y sommes allés déjeuner avant de nous rendre à la mer.   Je voulais un autre repas qu’une galette. Extérieurement, l’endroit m’a fait bonne impression. Ce restaurant a été une très bonne surprise. C’était effectivement très bon. L’absence de viande a été très vite engloutie.

 

La clientèle était variée. J’ai discuté avec un couple. Si je me rappelle-bien, Monsieur était Australien et Mme venait d’un  pays comme la Hollande. Ils m’ont appris que le restaurant où nous nous trouvions était réputé et recommandé dans les guides.

 

 

Quelques semaines plus tard, après être allé voir le film The Spy Gone North,  j’avais faim. L’effet de la guerre froide entre la Corée du Nord et la Corée du Sud ou l’heure tout simplement. Pour remédier à cela, je suis allé découvrir des spécialités chinoises.

Sympathique et connecté, le patron m’a accueilli avec le sourire. Mais il était un petit peu inquiet lorsque je lui ai dit que je comptais créer un blog. Il craignait que je critique sa boutique. J’ai écrit le nom du blog sur un bout de papier. Il l’a gardé avec précaution. C’était en septembre-octobre…

A côté de moi, une habituée m’a appris venir de province. J’ai bien perçu que ce restaurant avait ses initiés. La clientèle semble plutôt être constituée de cadres décontractés. En tout cas lorsque j’y étais sur l’heure du déjeuner.

Ces petites boules cuites à la vapeur peuvent contenir du salé comme du sucré. Du fromage comme de la viande. En en prenant cinq, je me demandais si j’aurais encore faim ensuite. On m’a assuré que cela parlerait à ma faim. On a eu raison de me dire ça. La nourriture est bien-sûr une histoire de palais et d’éducation. J’ai mangé mes “boules” sans rechigner. Elles portent évidemment un autre nom que j’ai la fainéantise, ce soir, de retrouver. Seraient-ce des Bao ?

Hé oui, c’est bien ça. L’endroit peut être un peu petit lorsqu’il y’a du monde. Mais, par temps calme, il doit être bien agréable de s’y poser. Ici, nous sommes près des Halles dans le premier arrondissement de Paris.

Puis, petit détour par le 18ème arrondissement avec ce repas décrit dans l’article Etat Satisfaisant . 

La présentation est différente mais le repas avait ses atouts. De tous les plats présentés dans cet article, celui-ci était le plus copieux ( voici là le repas servi pour une personne) et le moins onéreux. Se méfier, sur la feuille d’aluminium de droite, des petits copeaux verts : plutôt que des signes d’espoir, il s’agit de piment à l’état sauvage qui prend souche dans la bouche et vous la rend seulement après qu’elle se soit livrée à la confession. Depuis, j’ai cherché ce restaurant sur le net. Il y est introuvable.

Bon ! Il est temps de conclure. Ce matin, je suis allé à la projection de presse de Don’t Forget Me de Ram Nehari. Je l’avais raté la dernière fois. J’en parle dans l’article Don’t Forget Me . Je parlerai bientôt du film.

Après l’avoir vu, je suis passé par l’Italie . Depuis la rue, en apercevant le restaurant J Ghiotti, dans le 17ème,  on devine que l’on est ici dans de la cuisine authentique. Et non dans une quelconque chaine à pizzas. D’ailleurs, pas de pizza sur la carte, c’est un signe, non ?

L’accueil est d’abord serré, le sourire, avalé. Mais le service est précis.

J’avais oublié ce que c’était que de se rendre seul au restaurant. C’est aussi agréable. On regarde les gens. On écoute ce qui se raconte à côté de soi. On contemple ce qui nous environne. Les menus sont en Italien. Je crois avoir commandé un Rigatoni Alla Personna . Pas de viande.

Et c’est très bien. En cinq minutes, mon assiette est vide. Quelques minutes plus tard, Attenzione ! Le Tiramisu du chef. Son goût surprend un peu au début. Car je suis très traditionnel avec le Tiramisu.  Mais ça se déguste. Comme le sourire de la serveuse qui est apparu.

 

Franck, ce jeudi 17 janvier 2019.

 

 

 

 

 

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