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Moon France Musique

Jacob Desvarieux

Jacob Desvarieux, Ă  la guitare, au centre. A gauche, Ă  la basse, Georges DĂ©cimus. FĂŞte de l’HumanitĂ©, 2019. Photo©️Franck.Unimon

                                  

                                                 Jacob Desvarieux

La fatigue attendra.

 

J’étais un “Moon France” adolescent occupĂ© de CrĂ©ole, lorsque j’ai entendu pour la première fois la voix de Jacob Desvarieux Ă  la radio. Sa voix « blues et macho Â» comme en parlerait Jocelyne BĂ©roard, des annĂ©es plus tard.

 

Ce devait ĂŞtre Ă  Morne Bourg, chez mes grands parents paternels. Ou Ă  Carrère, chez ma grand-mère maternelle. A la campagne. Je dirais,  plutĂ´t durant les congĂ©s bonifiĂ©s de 1983 en juillet et en aoĂ»t que durant ceux de 1980.

 

 

Pour le titre Oh, Madiana !

 

 

Il y avait aussi eu le titre Zombi. Aujourd’hui, c’est amusant de se dire que ce titre Ă©tait sorti aux Antilles avant le Thriller de MichaĂ«l Jackson dont on nous parle «  en corps Â».

 

Le Oh, Madiana ! de Desvarieux m’avait plu. Desvarieux avait alors une bonne bedaine et portait souvent une salopette. C’était environ deux ou trois ans avant que le zouk de Kassav’ ne me cloue et ne me rĂ©cupère dans une boite de nuit, au quartier de la DĂ©fense oĂą, avec mon entraĂ®neur d’athlĂ©tisme et des copains de notre club de Nanterre, nous venions de voir en concert le groupe Apartheid Not.

 

Les premières notes de guitare de Desvarieux sur le Zouk-La-SĂ©-Sel-MĂ©dikaman-Nou-Ni suivies de sa voix grave « An Nou Ay ! Â» avaient eu le temps de s’insĂ©rer dans ma tĂŞte alors que nous nous en allions.

 

De la musique antillaise, j’en entendais depuis mon enfance. En France et aux Antilles. Georges Plonquitte, Simon Jurad, les Aiglons, les Vikings, Ibo Simon, Perfecta, les « squales Â» de la musique haĂŻtienne, tous les « Combo Â» : Bossa, Tabou, Sugar et tous les autres, haĂŻtiens ou non. Plusieurs tubes de ces groupes font partie de mon histoire que j’en connaisse les titres ou non. Mes compatriotes ont souvent cru que, parce-que j’étais nĂ© en MĂ©tropole, que les ondes des musiques de « lĂ -bas Â», du « pays Â», mais aussi qu’une certaine mĂ©moire, coulaient dans l’ocĂ©an bien avant d’arriver jusqu’Ă  la MĂ©tropole ( la France) oĂą grandissaient les Moon France comme moi.

 

En Guadeloupe, le Oh, Madiana ! de Desvarieux m’avait Ă©tonnĂ©. Peut-ĂŞtre pour son cĂ´tĂ© funky qui le diffĂ©renciait d’une frĂ©quente production antillaise. 

 

Quelques annĂ©es plus tard, alors que nous Ă©tions en train de quitter cette boite de nuit de la DĂ©fense oĂą nous venions d’écouter le groupe Apartheid Not, un garçon qui entrait dans la salle pour danser s’était alors Ă©tonnĂ© :

 

« Mais, vous partez ?! Â». Un de ses amis l’avait alors entraĂ®nĂ© en lui disant :

« Laisse-les, ils ne connaissent rien Ă  la musique ! Â».  Nous avions dĂ» retenir notre ami JĂ©rome qui, courroucĂ©, que l’on porte atteinte Ă  sa vie privĂ©e musicale, avait très mal pris ce jugement. Car, nous Ă©tions Ă  cet âge oĂą, comme la plupart des jeunes, nous Ă©tions d’éminents spĂ©cialistes et critiques musicaux. Des musiques et des dĂ©couvertes, nous en faisions rĂ©gulièrement en allant les chercher. Nous Ă©coutions par exemple du jazz, du free-jazz. Miles Davis, pour nous, Ă©tait aussi frĂ©quentable ( ou allait le devenir) que Stevie Wonder, Black Uhuru, Sun Ra, Bob Marley, Aswad, Eddy Grant, Burning Spear, Steel Pulse, Stanley Clarke ou Georges Duke. En plus de The Jacksons, Marcus Miller, T-Connection, Prince, Rick James…

 

« Ils ne connaissent rien Ă  la musique ! Â».

Durant pratiquement l’intĂ©gralitĂ© du concert d’Apartheid Not, nous avions Ă©tĂ© Ă©tonnĂ©s par l’incorrection permanente des spectateurs. Un spectateur ( un homme noir) avait mĂŞme lancĂ© lors d’un solo du batteur plutĂ´t rĂ©ussi un « No Good ! Â» avec un accent francisĂ©. Lui et d’autres spectateurs n’attendaient qu’une chose :

Que la musique de cette boite de nuit commence. Et, ça avait débuté par ce titre de Kassav’ chanté par Jacob Desvarieux.

 

An-Nou-Ay ! ( « On y va ! Â»/ On dĂ©colle ! Â» ).

 

La bonne musique de Desvarieux et de Kassav’, je l’ai retrouvée ensuite bien des fois. En Guadeloupe, lors d’autres séjours.

 

En concert. A Basse-Terre. Mais aussi en mĂ©tropole, Ă  Nanterre, Ă  l’ancien parc de la mairie. A La DĂ©fense Arena ( en 2018 ?) puis Ă  la fĂŞte de l’HumanitĂ© en 2019.

 

 

L’année dernière, lors du premier confinement dû à la pandémie du Covid, sur les réseaux sociaux, j’avais reçu l’annonce que Desvarieux était malade. L’information avait été rapidement démentie par Desvarieux ou un(e ) de ses proches.

 

Le fait que ce genre d’annonce erronĂ©e puisse circuler m’avait contrariĂ©. Puis, je m’étais rappelĂ© que la perte d’un membre pouvait faire mourir un groupe. Et qu’un groupe comme Kassav’,  lui, avait tenu 40 ans ! Ce qui est exceptionnel. Peu de grands groupes durent autant avec un public aussi nombreux Ă  leurs concerts. Les Rolling Stones. Un petit peu, Led Zeppelin. Quels autres grands groupes ? AC/DC ? Des groupes de Rock, le plus souvent.  

Desvarieux, MarthĂ©ly, derrière, Naimro. J’ai oubliĂ© le nom du saxophoniste. FĂŞte de l’Huma, 2019. Photo©️Franck.Unimon

 

Mais, cette fois, Jacob Desvarieux est bien mort. Ma mère me l’a confirmé tout à l’heure au téléphone, depuis la Guadeloupe.

 

Lors du concert de Kassav’ Ă  la DĂ©fense Arena- oĂą nous Ă©tions cent mille spectateurs nous avait annoncĂ© Desvarieux- celui-ci avait fait un petit peu d’humour quant au fait que Kassav’ ne pourrait peut-ĂŞtre pas fĂŞter ses cinquante ans de carrière. Des photos gĂ©antes de Patrick St-Eloi avaient aussi Ă©tĂ© affichĂ©es durant le concert.

 

Le propos du zouk et du titre Zouk-La-SĂ©-Sèl-MĂ©dikaman-Nou-Ni, c’est de pouvoir continuer Ă  danser, Ă  vivre et Ă  rĂŞver malgrĂ© les diverses scories de la vie. Grâce Ă  la musique. Grâce au Zouk, ce genre musical Ă©peronnĂ©, Ă©talonnĂ©, par quelques personnalitĂ©s dont Desvarieux au sein du groupe Kassav’ et qui a modifiĂ© le courant musical des Antilles  En travaillant. En osant. En se perfectionnant. En se professionnalisant encore davantage. En se diversifiant. Tout en se remĂ©morant.

 

Ce sera ça que je préfèrerai, d’abord, retenir de Jacob Desvarieux.

 

FĂŞte de l’Huma, 2019. Au centre, Jacob Desvarieux. Photo©️Franck.Unimon

 

Photos, vidĂ©os, article  par Franck Unimon, Moon France, ce samedi 31 juillet 2021.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Crédibilité

Le Chiffre zéro en Santé Mentale

Le chiffre zéro en Santé Mentale

 

“Tout travail mesure salaire”. Mon salaire, aujourd’hui, sera de parvenir Ă  vous faire rire ou sourire au moins une fois. N’hĂ©sitez pas, donc, après lecture, Ă  me le faire savoir. Ps : les pleurs sont Ă©liminatoires. 

 

 Chaque fois que ma bouche salive, elle fait son travail. Devant certaines vitrines, et en prĂ©sence de certaines personnes, ma bouche salive. Je devrais donc, Ă  chaque fois, toucher un salaire. Sauf que je ne perçois pas de rĂ©munĂ©ration pour cela. A la place, comme tout le monde, je dois payer.

 

Je ressens donc rĂ©gulièrement un très fort sentiment d’injustice. Il  y en a qui, Ă  ma place, ne paient pas. On les paie pour saliver. Je voudrais ĂŞtre comme ces personnes. Comme je ne peux pas, chaque fois que je salive, j’en veux Ă  la Terre entière.

 

Le travail, pour lequel je touche un salaire légal et officiel, fait partie des métiers pénibles. Mais sa pénibilité, comme pour la fabrication de ma salive, est selon moi largement sous évaluée. Puisque je me sens victime d’une grande injustice. Et, il me faut trouver le moyen de la réparer.

 

C’est là où les chiffres vont nous sauver. Car nous sommes dans un monde de chiffres. Et les chiffres sont à la fois les pionniers et les très grands réparateurs de notre monde.

 

C’est en fonction de nos chiffres que nous devenons des personnes importantes. Etre un zĂ©ro est très mauvais pour notre fiche de paie  mais aussi pour la santĂ©. Le chiffre Un, lui, fait de nous des personnes du plus haut niveau. Mais il faut faire très attention avec les chiffres. Il ne faut pas jouer avec eux. Parce que nous ne sommes rien devant eux et sans eux.

 

 

Pour la pĂ©nibilitĂ© au travail du personnel infirmier en psychiatrie et en SantĂ© mentale, je ne sais pas si des recherches ont Ă©tĂ© faites dans les domaines suivants :

 

DurĂ©e d’Exposition Ă  la psychose, aux angoisses, au morcèlement, aux menaces de mort,  aux insultes, aux menaces suicidaires, aux auto-agressions…

 

Les effets de ce genre d’exposition prolongée sur un être humain lambda.

 

Les préconisations pour préserver le personnel soignant exposé de façon répétée à ce genre de situations et d’expériences.

 

Le ratio entre la durĂ©e de vie d’un soignant en santĂ© mentale, ses conditions de travail, et le dĂ©clenchement d’une maladie telle que cancer, trouble musculo-squelettique, apathie, boulimie, prise de poids, anorexie, dĂ©pression, nymphomanie, Ă©jaculations prĂ©coces et rĂ©troactives, alcoolisme, spiritisme, paranoĂŻa, insomnie, aigreurs d’estomac, dĂ©clenchement des règles, adĂ©nome de la prostate, appĂ©tence pour des mauvaises sĂ©ries tĂ©lĂ©, dĂ©veloppement des caries dentaires, Ă©pistaxis sĂ©dentaire, culpabilitĂ© dĂ©gĂ©nĂ©rative, exhibitionnisme saisonnier, allergies aux fantĂ´mes, mythomanies itĂ©ratives et autres pathologies classĂ©es confidentielles.  

 

En santĂ© mentale, une grande partie du travail rĂ©alisĂ©  est rĂ©gulièrement invisible

 

Il passe sous les radars des signes, des symptĂ´mes et des examens exploratoires complĂ©mentaires :

 

Sang, pipi, caca, radios, prise de sang, nombre de globules blancs, IRM….

 

Mais aussi des chiffres et des résultats chiffrés.

 

Il y a toujours cette idĂ©e qu’en SantĂ© mentale on ne fait « rien Â».

 

Mais, aussi que ne rien faire, c’est ne pas travailler.

 

Alors que la présence, être attentif, préventif , à l’affut ou savoir se rendre disponible au bon moment , cela échappe au chiffre, à l’examen exploratoire, à la prise de sang, à la prise de rendez-vous. Et cela nécessite pourtant un effort, une intuition, une certaine tension et des compétences particulières d’un soignant. Même s’il ne fait rien. Même si cela ne se chiffre pas.

 

Ne rien faire, c’est aussi écouter. Et, ensuite, si c’est possible, si c’est nécessaire, essayer de parler, de se faire admettre et écouter dans la conscience bousculée de l’autre.

 

 

Beaucoup de gens ont besoin d’être écoutés. Tout le monde a besoin d’être écouté. Mais aussi d’être regardé. Pas seulement en Santé Mentale. Partout. Tout le temps. Du plus petit nombril au plus grand nombril. Jusqu’à la mort.

 

Et, ce travail là ne se chiffre pas. Chiffrer le nombre de fois où l’on prend vraiment le temps d’écouter une personne. Où l’on prend vraiment la peine de la regarder et de la considérer.

 

MĂŞme si elle sent mauvais. MĂŞme si elle dĂ©lire. MĂŞme si son Ă©locution est difficile Ă  comprendre. MĂŞme si ses propos et ses comportements nous heurtent. MĂŞme si cette personne est rĂ©gulièrement persuadĂ©e que nous sommes des abrutis.  Ce qui peut ĂŞtre vrai. MĂŞme si elle pense que nous sommes des tortionnaires. Ses tortionnaires.  Des domestiques. Mais, aussi, des incapables et des incompĂ©tents !

 

Ce genre de situation, plus ou moins répétée, ne se chiffre pas. Autrement, autant énumérer le nombre de fois où nous clignons des yeux. Où nous salivons. Où nous réfléchissons. C’est impossible.

Pourtant, nous vivons ce genre de situation. En SantĂ© Mentale, nous le faisons. Autrement, la relation, la matière première, le fusible direct de notre travail, avec les patients ( ou les « clients Â» ) ne se fait pas. Ne se crĂ©e pas.

 

Parce qu’il faut la créer, cette relation. Elle ne nous est pas donnée. Il nous faut aller la chercher. Et, malgré ça, malgré nos essais, la relation ne se fait pas forcément. Car il est très difficile de se mettre toujours au diapason d’une relation avec une autre personne. Même si c’est notre métier. Même si c’est notre volonté. Dans la vraie vie, c’est pareil. Nous ne sommes pas toujours synchrones avec tout le monde.

 

 Parce-que, contrairement aux chiffres, nous avons tous des limites. MĂŞme dans la vraie vie. Surtout dans la vraie vie. C’est pareil en SantĂ© Mentale.

 

 

Regarder l’autre, l’ Ă©couter, ĂŞtre avec lui, cela engage personnellement les soignants en SantĂ© Mentale. Ce n’est pas la blouse qui fait le soignant. Ni le protocole. Ni le code d’accès. MĂŞme si ça peut aider.

 Il n’y a pas de trucage possible. Il n’ y a pas de « truc Â». De formules toutes faites. De Com’. De pschit-pschit. De sourire avec des dents ultra blanches pour que cela suffise Ă  dĂ©tartrer dĂ©finitivement une angoisse, un dĂ©ficit de l’attention, une impulsivitĂ©, le dĂ©ni, une immaturitĂ© Ă©motionnelle, une nĂ©vrose obsessionnelle ou autre. Cela peut paraĂ®tre vrai dans une publicitĂ© ou se rĂ©aliser dans un film grand spectacle en 3D et en 4 ou 5K en contre-plongĂ©e. Mais cela ne se passe pas comme ça en SantĂ© Mentale. Autrement, beaucoup de soignants en SantĂ© Mentale feraient carrière sur scène, Ă  Hollywood  ou sur Netflix ou HBO et gagneraient beaucoup plus d’argent.

 

Tout le monde a envie et besoin d’être regardé et écouté. Même notre Président de la République et tous les autres avant et après lui. Même ses Ministres. Même les chefs d’entreprise. Il n’y a pas que les Divas et les Stars ou les célébrités qui ont envie d’être regardées et écoutées.

 

Tout le monde, lorsqu’il prend la parole ou fait un discours, aime être écouté et être regardé et se sentir particulièrement brillant. Et important. Le nombre de fois où cela arrive ne se chiffre pas. Cela ne se chiffre plus.

 

 

Si nos sommitĂ©s politiques et nos grands dĂ©cideurs et dĂ©cideuses, chefs d’entreprises, chefs de service, managers et autres, se retrouvaient seules dans l’espace,  sur une Ă®le ou dans une citĂ© dĂ©serte Ă  s’adresser de plain-pied face Ă  une camĂ©ra ou un robot. Sans savoir s’il est Ă©coutĂ©. S’il est regardĂ©. ObĂ©i. Sa vie serait très stressante. Peu gratifiante. MĂŞme en Ă©tant archi bien payĂ©, bien coiffĂ©, bien habillĂ©. MĂŞme en voyant graviter en permanence autour de son sourire fait de belles dents extra blanches, un drĂ´ne, un satellite, une camĂ©ra ou un robot attentif Ă  ses faits et gestes. 

 

Cette personne dĂ©primerait et serait alors très contente qu’un( e )  soignant ( e ) en SantĂ© mentale – qui ne fait rien– soit juste lĂ , pour quelques temps, pour l’entendre ruminer. Pour l’entendre. Car le/la soignant  ( e) de SantĂ© Mentale propose son entendement.

 

Donc, cette personne déprimée, délirante ou suicidaire, voire dangereuse pour la société pourrait raconter au soignant en santé mentale présent ( femme ou homme) ce qui lui passe par la tête. Y compris, si c’est ce que pense cette personne, à quel point elle a des grands plans pour la planète. Des plans de la plus haute importance. Et à quel point, elle souffre, aussi, de ne pas être reconnue à sa juste valeur.

 

Mégalomane ou non, aimable, introverti, extraverti, désagréable, fuyant, abandonné, de manière chronique ou passagère, tous les profils de postes et de personnes , avec ou sans inhibition, se retrouvent nez à nez avec nous, soignants en Santé Mentale.

 

MĂŞme si nous ne faisons rien, nous les recevons comme nous pouvons.  Que les relations soient faciles ou difficiles avec elles et leurs proches et leurs familles.

 

Ce travail ne se chiffre pas. Nous ne pouvons pas ĂŞtre partout Ă  la fois.

 

A la comptabilité. Dans des services administratifs. Au téléphone. Dans des réunions. Face à des caméras et des micros. En déplacement. Dans notre bureau. Devant un ordinateur.

 

Nous rĂ©sistons au changement ? Nous sommes anachroniques ? Parce-que les gens ont moins besoin qu’auparavant d’être Ă©coutĂ©s, regardĂ©s, compris,  acceptĂ©s , rattrapĂ©s, protĂ©gĂ©s, encouragĂ©s, soignĂ©s et conseillĂ©s ?

 

Il est vrai que nous sommes rarement des girouettes. C’est plus simple pour être des personnes rassurantes et de confiance.

 

Nous ne rĂ©alisons pas non plus de sondages. Parce-que nous manquons d’ambition et estimons que nos intentions et nos actions ont plus d’importance que notre prestige, notre image ou notre carrière. C’est vrai, nous avons tort. Dans le monde des chiffres, il faut ĂŞtre carriĂ©riste. 

 

 Nous ne changeons pas non plus rĂ©gulièrement d’interlocuteur et de lieu, et de milieu,  toutes les deux ou trois heures. Ou tous les deux ou trois jours. Ces lieux et ces interlocuteurs Ă©tant sĂ©parĂ©s de plusieurs kilomètres et de plusieurs heures, les uns avec les autres.

 

Il n’existe pas d’interface, de journalistes, de ministres, de porte-parole, d’auteurs de nos discours, de sous-secrĂ©taires, d’attachĂ©s de presse, de coiffeurs, de maquilleuses, de porte-plume, de chauffeurs, de mĂ©decin personnel, d’avocat, de vigile, de garde du corps, et de quantitĂ©s d’autres intermĂ©diaires et de professionnels plus ou moins anonymes, transitoires ou autres qui font tampon entre nous et les situations  diversement et directement rencontrĂ©es.

 

C’est sans doute aussi pour cela qu’en Santé Mentale, nous ne faisons rien.

 

Car  si nous faisions vĂ©ritablement quelque chose, les chiffres le formuleraient. Car les chiffres disent tout. Les chiffres n’oublient jamais.

 

Nous devrions, tous les jours, et toutes les nuits, nous incliner devant toutes les divinitĂ©s  magnifiques des chiffres et leur demander Ă  toutes de nous pardonner et de nous Ă©loigner de l’obscuritĂ© du chiffre zĂ©ro.

 

Franck Unimon, ce vendredi 30 juillet 2021.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Corona Circus

Connaître son corps

                                       ConnaĂ®tre son corps

 

On vit vieux, dans ma famille. « Vieux Â», c’est une moyenne d’âge comprise entre environ 80 et 90 ans.

 

C’est peut-être une croyance. Cela ne repose sur aucune connaissance spécifique que j’aurais en particulier. Je n’ai pas d’explication scientifique à ce sujet. Je ne l’ai pas vu sur internet. Mais ce sont des exemples, ou des modèles, que j’ai devant les yeux depuis mon enfance. Et ces exemples sont devenus partie intégrante de mes croyances. Ils m’ont convaincu que je vivrais, aussi, vieux. Cela fait partie de ces certitudes intimes, ou de ces secrets, que l’on a tous et dont on parle peu ou prou. Si j’en parle maintenant, c’est évidemment au vu du contexte. Du contexte et des circonstances que nous connaissons.

 

On accepte encore plus facilement une croyance lorsqu’elle nous convient.  Que cette croyance soit vraie ou fausse. Qu’elle soit religieuse ou non. Qu’elle soit vĂ©rifiable ou non.

 

Toutefois, pour l’âge réel de ma mort, que je l’accepte ou non, j’aurais la possibilité, et même l’exclusivité, dans le carré VIP ou j’entrerai sans payer, de vérifier si ma croyance familiale était fondée.

 

 

Dans ma famille, on ne se pend pas. Et on ne meurt pas non plus d’un cancer, ou alors, très vieux. C’est rare.

 

D’autres sont moins chanceux. Comme cet ancien collègue, un de mes modèles dans les premières années de ma carrière d’infirmier en psychiatrie, retrouvé dans sa maison, pendu, par son fils adolescent. Ou comme mon ami Scapin, décédé d’un cancer moins de cinq ans avant son départ à la retraite.

 

Je suis un (très) lent. C’est peut-ĂŞtre pour ça que je vivrai un peu vieux. Dans le quotidien, je parle « Toujours sur le mĂŞme ton Â» avec une voix en sourdine, intestine, du genre fouine. Ou monocorde. Les gens n’aiment pas ça. Ce qu’ils veulent, c’est faire la fĂŞte sans arrières pensĂ©es et sans barrières. Avec moi, il y a souvent une impression menaçante et bizarre qui plane. D’ennui. Une mauvaise conscience qui accouche comme dans l’album Mezzanine de Massive Attack. Je n’en n’ai rien Ă  faire de faire le « vieux Â» en parlant de cette Ĺ“uvre aujourd’hui oĂą le Rap et les musiques de consoles et de jeux vidĂ©os sont devenus la norme et la forme. Car ma durĂ©e de vie sera peut-ĂŞtre bientĂ´t Ă©quivalente Ă  celle d’un hamster en cage. Deux ou trois ans.

Ps : Ci-dessous, je mets le lien vers cette vidĂ©o du titre Angel (chantĂ© par Horace Andy) du groupe Massive Attack en concert il y a 13 ans. VidĂ©o que je dĂ©couvre et qui me plait beaucoup. Cependant, je recommande de voir la vidĂ©o officielle du titre que je n’ai pas pu importer. Je la trouve encore “mieux”. Elle montre très bien, je crois, la chorĂ©graphie de cette peur dont nous nous sommes de plus en plus munis dans notre quotidien depuis un an et demi. Je recommande aussi, mais pour l’extase cette fois, de voir en concert- Ă©galement en 2008- le titre Teardrop ( toujours de Massive Attack ) chantĂ© par Elizabeth Fraser. Le fait qu’Elizabeth Fraser soit Ă©cossaise a peut-ĂŞtre aussi jouĂ© pour moi un rĂ´le dans mon attachement Ă  son interprĂ©tation. L’Ecosse Ă©tant un pays oĂą j’ai vĂ©cu, dans le passĂ©, des moments importants.

 

Je ne suis pas celui dont on recherche la compagnie. Je ne suis pas encore mort et, pourtant, c’est comme si. C’est sans doute pour cette raison que j’étais allĂ© aux enterrements de ces deux ex collègues et amis ( D… et Scapin). Par attachement, tristesse et aussi surprise. Car il est impossible, en rencontrant quelqu’un de pronostiquer d’emblĂ©e :

 

« Celle-ci ou celui-ci, elle ou il n’en n’a plus que pour tant d’annĂ©es de vie courante Â».

 

 

Après toutes ces années, je ne connais toujours pas mon corps. Il m’est donc difficile de connaître les ressorts de celui des autres. Par contre, il est possible de les aimanter. Car tous les corps ont des besoins, des désirs et des déclics. Au point que cela peut en devenir un capharnaüm à moins qu’il n’existe, quelque part, un ou plusieurs rouages, ou un chef d’orchestre, pour aiguiller ça. Ou des personnes dont c’est le métier.

 

Cette personne a souvent le visage ou l’attrait de ce qui nous inspire confiance. Celui d’un acteur. De la Maitre-Nageuse qui nous apprend Ă  nager. Cela peut aussi ĂŞtre une Ĺ“uvre ou un travail que l’on aimera et que l’on choisira de suivre ou de poursuivre.

 

Il y a plusieurs annĂ©es, alors que j’interviewais une danseuse, chorĂ©graphe et rĂ©alisatrice cĂ©lèbre, j’avais osĂ© lui dire :

 

« C’est vrai que le corps est une prison…. Â». 

 

Avec un petit rire gĂŞnĂ©, elle avait très vite repoussĂ© ma proposition, pourtant asexuĂ©e :

 

« Non, non, le corps n’est pas une prison ! Â». Elle m’avait donnĂ© l’exemple d’une personne handicapĂ©e motrice qui, grâce Ă  la danse,  Ă©tait « libre dans son corps Â».

 

Je voyais ce qu’elle voulait me dire. Bien-sĂ»r, elle avait raison. Incapable de la contredire,  je m’étais senti dĂ©placĂ© devant son autoritĂ© et son assurance de danseuse et de chorĂ©graphe, très grande connaisseuse de la gravitĂ© et du corps. Comme si je n’avais jamais arrĂŞtĂ© de n’être qu’un petit soldat. J’avais essayĂ© de penser. Je venais d’être ramenĂ© aux ordres et Ă  la raison par une plus qu’illustre GĂ©nĂ©rale.

 

Néanmoins, il m’est resté un grain de cette impression. C’est en partie avec ce grain que je fabrique la poudre de ce texte.

 

Un de mes anciens collègues, psychanalyste lacanien, très peu sportif, m’avait lui, dit un jour :

 

« Le corps, c’est l’inconscient ! Â».

 

Quand j’étais allé à l’enterrement de ce modèle et collègue retrouvé pendu chez lui par son fils, Scapin faisait partie des présents. Avec lui et un autre collègue, Spock, nous nous étions racontés des histoires drôles poudrées à l’humour noir. Un humour que j’ai appris à développer au contact de personnes comme eux, mes aînés de dix ans, et que je produisais très certainement en moi auparavant.

 

Mais je me rappelle aussi que Scapin m’avait surpris en disant subitement Ă  propos de notre collègue  disparu ( et dont personne n’avait prĂ©vu le geste) :

 

« Je n’aurais pas aimĂ© ĂŞtre dans sa tĂŞte (ou Ă  sa place) dans les quinze minutes qui ont prĂ©cĂ©dĂ© le moment oĂą il s’est pendu ! Â».

 

Nous n’avons jamais su pourquoi. Et le Savoir n’aurait rien changĂ©.  Je ne sais pas comment, par la suite, le fils de ce collègue a vĂ©cu dans son propre corps. Et s’il a rĂ©ussi Ă  s’y sentir libre.

 

Lorsqu’il a été atteint de son cancer, Scapin n’en n’a pas parlé tout de suite. Je me rappelle qu’avant qu’il ne me l’apprenne, il avait pris soin de venir voir ma fille, encore bébé, chez une amie commune dans la ville de US.

 

Comme Ă  mon habitude, j’avais pris plaisir Ă  l’embĂŞter en le photographiant et en le filmant. « ArrĂŞte avec ça ! Â». Après cette rencontre, m’avait ensuite appris Milotchka, sa  femme, Scapin avait arrĂŞtĂ© de voir des gens. Lui, si curieux des gens,  barjos inclus, plusieurs mois avant sa mort, avait dĂ©cidĂ© de rentrer « dans sa tente Â». Il me l’avait Ă©crit par sms.  Il refusait toute sollicitation extĂ©rieure comme me le confirma plus tard Milotchka.

 

Lorsqu’il m’envoyait un sms, il le concluait toujours par un pĂ©remptoire « Surtout, ne rĂ©ponds pas Ă  ce message ! Â». C’était Ă  la fois touchant et très drĂ´le. Je croyais pouvoir en rire un jour avec lui car, pour sur, je souhaitais qu’il vive davantage. Je n’ai pas pu en rire avec lui.

 

Scapin n’était pas très sportif. C’était encore moins un artiste martial. Sa plus grande performance sportive devait consister Ă  revĂŞtir son jogging et Ă  mettre une paire de baskets. Après ça, il Ă©tait Ă©puisĂ©.  Cependant, Ă  un moment, il avait compris qu’il n’en n’avait plus pour très longtemps. Et, il a choisi sa façon. Sa femme m’a racontĂ© un peu le jour oĂą, Ă  l’hĂ´pital, en sa prĂ©sence, il avait dĂ©cidĂ© de mourir.

 

Dans son livre UCHIDESHI ( Dans Les Pas Du Maître) , Sensei Jacques Payet, 8ème dan, Shihan, au sein de l’organisation Aikido Yoshinkan, nous parle plusieurs fois du Shugyo

 

Page 173 :

 

« Pendant tout ce temps, j’ai toujours gardĂ© les mots de Kancho sensei Ă  l’esprit.

« Acceptez et mĂŞme provoquez une situation dans laquelle toutes les chances sont contre vous, oĂą vous n’avez aucun contrĂ´le, aucun Ă©chappatoire et aucun autre choix que de faire face Ă  votre peur. Notre shugyo est de trouver un moyen de renverser une telle situation, en transformant la pire situation en notre meilleur alliĂ© (…) dans le cas du budo, on attend de chacun de nous que l’on fasse de notre mieux chaque jour, dans les pires ou les meilleures conditions, lorsqu’on est malade ou ivre, dans les bons ou les mauvais moments. Le processus est aussi important que les rĂ©sultats, et il n’y a pas de but prĂ©cis, si ce n’est une lutte de toute une vie avec soi-mĂŞme Â».

 

Un peu plus loin, page 177, Jacques Payet Ă©crit :

 

« Apprends avec ton corps Â» nous disait-on- c’est vraiment la seule et unique façon d’apprendre le budo Â».

 

En occident, on peut avoir une vision très idĂ©alisĂ©e du Japon ou des Arts martiaux. Je l’ai eue, cette vision idĂ©alisĂ©e. 

 

Le dogme est un puissant hypnotique. La conviction paranoĂŻaque et dĂ©lirante, aussi. On les secrète abondamment lorsque certains de nos rĂ©cepteurs intimes se retrouvent au contact d’un territoire et d’une logique qui coĂŻncide avec notre histoire sensible. On se sent comme chez soi dans cette seconde peau et cette nouvelle vie. Chez soi, pour Ă©viter  les intrusions, on met des verrous. Et on ouvre uniquement aux personnes de confiance, qui pensent comme nous. Cette seconde peau et cette nouvelle vie se mĂ©ritent. On a franchi certaines Ă©tapes pour y arriver. Pour « Ă©voluer Â».  Souvent, les autres, veulent nous retirer ça ou nous inciter Ă  nous en sĂ©parer. Ce sont des antagonistes. Au mieux, des personnes avec lesquelles on reste poli et Ă  distance. Que l’on affronte ou que l’on doit supporter si elles nous emprisonnent.

 

Bien-sĂ»r, aujourd’hui, au vu du contexte de la pandĂ©mie du covid, en parlant de dogme, je pense au moins aux personnes les plus radicales parmi les anti-vaccins Covid et  les pro-vaccins Covid.

 

 

Hier, pourtant, j’ai pris rendez-vous pour me faire vacciner. Après avoir lu dans les journaux papier Charlie Hebdo, Le Canard EnchaĂ®nĂ© et Le Parisien, le joli comitĂ© d’exclusion qui se concocte pour celles et ceux qui refusent de se faire vacciner. Ils seront privĂ©s du sĂ©same du passe sanitaire. Charlie Hebdo ( ainsi que le Le Canard EnchainĂ©) s’inquiète du fait  que ce passe sanitaire soit contraire Ă  un certain nombre de libertĂ©s et aussi crĂ©ateur de violentes inĂ©galitĂ©s entre les citoyens. Dès l’annĂ©e dernière, avec le premier confinement, nous avions commencĂ© Ă  perdre des libertĂ©s.

 

Le “Charlie Hebdo” paru ce mercredi 28 juillet 2021.

 

L’hebdo s’inquiète aussi de la mainmise renforcĂ©e de l’informatique sur nos corps et sur nos vies. C’est malheureusement « logique Â» : Le PrĂ©sident Macron fait partie de cette file active de dĂ©cideurs très technophiles et aussi adorateurs du chiffre et du logiciel devant l’humain. Pour ces spĂ©cialistes, la nuance de l’être humain est une tare prĂ©historique. Le prĂ©sent et le futur, c’est des codes Ă  la virgule près, des oups en cas d’erreur ou d’oubli de code. Et de s’adresser Ă  des chiffres et Ă  des logiciels.  Qu’ils soient virtuels ou matraquĂ©s par des humains.  

 

Si nous sommes des asservis volontaires d’internet et des GAFAM, et que ceux-ci permettent aussi des plaisirs et des libertés, je suis aussi marqué par le fait que la plus grande partie des informations qui cisaillent les avis entre les anti-vaccins et les pro-vaccins provient aussi d’internet. Et, il n y a pas de garde-fous.

 

Cependant, Charlie Hebdo, comme Le Canard EnchaĂ®nĂ©, comme Le Parisien et d’autres journaux papier restent des adeptes des vaccins  contre le Covid qu’ils ne nomment pas. Parmi eux, les « vaccins Â» des laboratoires Pfizer et Moderna  Ă  ARN messager  qui nĂ©cessitent chacun deux injections Ă  plusieurs semaines d’intervalle (3 semaines d’intervalle entre la première et la seconde injection pour moi en aout avec le Pfizer). Le vaccin Pfizer semble le plus utilisĂ© autour de moi dĂ©sormais.

 

Il y a aussi le vaccin Johnson & Johnson (1 seule injection) moins prisé car plus d’effets secondaires graves ont été constatés avec lui. Et le vaccin Astrazeneca (2 injections).

Le journal “Le Parisien” de ce mercredi 28 juillet 2021.

 

Savoir que la plupart des journaux papier encouragent Ă  la vaccination et discuter avec plusieurs personnes vaccinĂ©es- que je connais et crois suffisamment critiques et sensĂ©es-  m’a aussi dĂ©cidĂ© malgrĂ© mes rĂ©serves sur ces vaccins que ma santĂ© et moi allons apprendre Ă  dĂ©couvrir au fur et Ă  mesure.

 

 

Connaître son corps, connaître son sort, on dirait que ça se ressemble. Mais c’est peut-être une croyance et une idée fausse. Dans ma famille, on vit vieux. J’essaierai de faire de mon mieux.

 

Franck Unimon, ce jeudi 29 juillet 2021.

 

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Gagner plus d’argent

 

Gagner plus d’argent

 

Quantités et cent façons

 

 

La façon dont je gagne de l’argent a plus d’importance que sa quantitĂ©. J’ai failli Ă©crire :

 

« La façon dont je gagne de l’argent commence Ă  avoir plus d’importance… Â».

 

Puis, j’ai un petit peu rĂ©flĂ©chi et je me suis corrigĂ©. Depuis le dĂ©but, la façon dont je le gagne, cet argent, ce miroir, cette excroissance particulière de soi, a eu plus d’importance que sa quantitĂ©. C’est un automatisme et un conditionnement si bien assimilĂ©s depuis des annĂ©es que je l’avais oubliĂ©. Ça m’a inspirĂ© spontanĂ©ment beaucoup de mes choix lorsque, vers ma majoritĂ©, accĂ©dant au monde des adultes mais aussi Ă  celui de mes « libres Â» choix, je me suis dirigĂ© vers un mĂ©tier plutĂ´t que vers un autre. Vers une relation plutĂ´t que vers une autre. Vers certaines destinations plutĂ´t que vers d’autres. Vers certaines discriminations plutĂ´t que vers d’autres. Vers certaines expĂ©riences plutĂ´t que vers d’autres.

 

Il n’y a aucune noblesse dans mon attitude de départ.

 

La peur du chĂ´mage au moins, la peur du monde ainsi que le peu de valeur que je m’accordais, plus que l’adĂ©quation avec mes aspirations profondes, m’ont fixĂ©. Puis, prĂ©sentĂ© certaines dĂ©cisions et objectifs comme « rĂ©alistes Â» pour une personne comme moi.

 

Réalisme que d’autres refusent et ont refusé.

 

Avec plusieurs annĂ©es de retard, une trentaine, j’ai Ă©coutĂ© et rĂ©Ă©coutĂ© hier l’album Live At Reading du groupe Nirvana « de Â» feu Kurt Cobain. Le concert date de 1992. Un cd de plus empruntĂ© Ă  la mĂ©diathèque de ma ville il y a environ quinze jours avant qu’elle ne ferme pour quinze jours, pour la première fois, pendant l’Ă©tĂ©. Je verrai bien si, lors de sa rĂ©ouverture, la nouvelle obligation de prĂ©senter un pass sanitaire sur un lieu public- pour causes de pandĂ©mie due au Covid- me privera dĂ©sormais de l’accès Ă  la mĂ©diathèque oĂą j’ai mes habitudes. Et oĂą j’emmène ma fille rĂ©gulièrement depuis qu’elle a moins de un an. ( Dans la peau d’un non-vaccinĂ©)

 

Sans a priori, pourtant, on peut dire que mes rapports avec le réalisme diffèrent de ceux qu’ont entretenus Kurt Cobain et les autres musiciens du groupe avec lui.

 

A priori :

 

 

En 1992, je « connaissais Â» le groupe Nirvana par son titre Smells like Teen Spirit. Un titre que j’aimais bien alors que Nirvana, la musique grunge, ne faisait pas partie, a priori, de mes entitĂ©s musicales.

 

A priori.

 

Car, pour paraphraser l’humoriste DĂ©do qui avait pu demander, avec son allure de hard-rocker ou de gothique « Est-ce que j’ai une gueule Ă  Ă©couter du Zouk ?! Â», en 1992, j’étais « dans Â» d’autres genres musicaux que le grunge. Et, pour en avoir fait et refait l’expĂ©rience, je ne crois pas que la majoritĂ© des adeptes de Nirvana de cette Ă©poque ou d’aujourd’hui, soient prĂŞts Ă  Ă©couter du Zouk, du Dub, de la Salsa, du Maloya ou du LĂ©woz. Et, encore moins Ă  en danser.

 

Les adeptes de Nirvana prĂ©fèrent entrer – et rester- dans d’autres atmosphères afin de chasser leurs fantĂ´mes ou de communier avec eux. Pourtant, dans beaucoup de ces univers de « gratteux Â», lorsque l’on regarde de plus près Ă  la source des religions musicales de ces prĂŞtresses et de ces prĂŞtres du Rock – pour Ă©lectrifier ou simplifier – on retrouve des croisements et des inspirations « Ă©tonnantes Â».

 

Le Bluesman Leadbelly pour Kurt Cobain ? BB King pour Bono du groupe U2 qui, dix ans avant Nirvana, dans les annĂ©es 80, avait sans doute eu le mĂŞme Ă©clat ?

 

Et, avant U2, AC/DC, dans les annĂ©es 70, dont l’écoute de quelques titres en concert suffisent pour retrouver le goulot du Blues ?

 

En nommant AC/DC, U2 et Nirvana, je cite seulement trois groupes musicaux qui, avant l’avènement du Rap, et même après son avènement (nous sommes le mardi 27 juillet 2021) aujourd’hui encore, je le crois, vont parler à beaucoup de personnes.

 

Jeunes et moins jeunes. Adeptes de Rap ou d’autres genres musicaux.

 

Au dĂ©part, je n’avais pas du tout aimĂ© le groupe U2 et son titre Sunday, Bloody Sunday par exemple. Mais j’avais aimĂ© With or Without you avant d’autres titres. Comme avec la musique classique, lorsqu’un musicien ou un compositeur « compte Â», il y a toujours une Ĺ“uvre ou un titre que l’on va aimer ou que l’on a aimĂ© sans le savoir.

 

Si des jeunes d’aujourd’hui, comme je l’ai « Ă©tĂ© Â», font d’abord la grimace en entendant  parler de AC/DC, de U2 ou de Nirvana ou de leurs titres, c’est peut-ĂŞtre parce qu’ils ne sont pas encore suffisamment « mĂ»rs Â» ou suffisamment « sĂ»rs Â» de ce qu’ils ressentent pour s’apercevoir que ces groupes, comme bien d’autres groupes de diffĂ©rents genres musicaux, parlent d’eux.

 

Je n’étais pas suffisamment « mĂ»r Â» pour m’apercevoir de l’importance du groupe NTM lorsque le groupe existait dans les annĂ©es 90. Pourtant, je le « connaissais Â». J’avais mĂŞme achetĂ© le Cd d’un de leurs albums :

 

J’appuie sur la gâchette.

 

Mais, si j’étais allé, seul, au Zénith au concert de Mc Solaar (concert qui m’avait déçu) comme à celui, à l’Olympia, du groupe I AM (un des meilleurs concerts auxquels je sois allé) j’avais manqué de courage pour aller à celui de NTM.

 

Ce n’était pas la musique de NTM qui m’avait effrayĂ©.  Car certaines musiques font « peur Â». 

 

C’est le public de NTM qui m’avait fait peur.

 

Je n’avais pas de bande, de potes ou d’amis à même de me protéger ou de me défendre si, en me rendant à un de leurs concerts, dans les années 90, on avait commencé à me chercher noise. Je voulais aller à un concert. Pas à un combat UFC contre plusieurs assaillants potentiels pour une histoire de casquette, de blouson ou d’apparence.

 

Je ne me posais pas ce genre de question pour ma sécurité ou ma survie en me rendant, souvent seul, aux autres concerts. Je me l’étais et me la suis posé seulement pour un concert de NTM dans les années 90.

 

 Et, c’est seulement après la dissolution du groupe, vers 2005, que je m’étais aperçu de l’importance du groupe dans ma vie. En rĂ©entendant certains titres. En voyant certains passages de leur concert.

 

Avant 2005, même si j’avais aimé plusieurs des tubes de NTM, je rejetais moralement l’image et certains des comportements du groupe (de Joey Starr en premier lieu) au travers de divers faits divers commentés et très médiatisés.

 

Le temps me semblait sûrement cimenté alors que des groupes comme NTM ou Nirvana savent le fracturer et promouvoir leur éclosion au travers des fissures là où je m’arrêtais devant le mur.

 

La Base de L’Oncle Tom ?

 

Pour l’élaboration d’une bonne pizza, il faut commencer par la base, c’est à dire la qualité de la pâte alimentaire que l’on utilise, les ingrédients, le tour de main, la température de la cuisson et ensuite le type de four que l’on emploie.

Etais-je de la bonne pa-pâte Ă  Oncle Tom ?

 

Vingt ans plus tĂ´t, au lycĂ©e Joliot-Curie de Nanterre, Pascal, un « grand Â», Rasta, l’antithèse de l’Oncle Tom, musicien, ami d’un ami qui faisait alors figure, pour moi, de grand frère de substitution, m’avait subitement interpellĂ© :

 

« Qu’est-ce que tu fais ?! Â».

 

C’était jour de classe et je venais d’entrer dans la cour du lycĂ©e. Pascal, ancien basketteur, plus âgĂ© que moi d’un ou deux ans, plus grand que moi de vingt bons centimètres, Ă©tait debout, appuyĂ© contre un arbre chĂ©tif situĂ© sur un petit promontoire. Tel un surveillant observant la façon dont les uns et les autres pĂ©nĂ©traient en dĂ©filant dans le lycĂ©e. Une fonction complètement officieuse. Pascal devait ĂŞtre en terminale. J’étais en première. A cĂ´tĂ© de lui,  se trouvait un autre garçon Ă  peu près de son âge.

 

Devant ce tribunal improvisĂ©, j’avais Ă©tĂ© dĂ©sarçonnĂ©. Cette interpellation ne faisait pas partie des matières prĂ©vues dans mon emploi du temps.  

 

Je m’étais senti obligĂ© de rĂ©pondre. Je « connaissais Â» Pascal. Je l’admirais et le craignais aussi. Son autoritĂ©. Son allure. Son assurance. Tout cela, Ă©videmment, j’en Ă©tais dĂ©pourvu. Je me sentais son infĂ©rieur.

 

J’avais rĂ©ussi Ă  rĂ©pondre : « Je vais Ă  l’école… Â».

Pascal avait alors rĂ©pĂ©tĂ©, avec un air un peu sardonique : « Tu vas Ă  l’école ?! Â». A ses cĂ´tĂ©s, l’autre « grand Â» s’était marrĂ© tout doucement en se tournant vers Pascal. Pour ajouter : « Il va Ă  l’école… Â».

 

J’aurais pu répondre que c’était déjà plus que bien que je sois au lycée, et assez bon élève. Mes parents, d’origine modeste, avaient accédé à la classe moyenne, en quittant jeunes leur île natale et tropicale – plus tard, j’allais apprendre que leur île natale faisait rêver beaucoup de monde par ailleurs- pour la France.

 

Mon père, afin de m’assurer un avenir, avait eu le projet pendant des années de faire de moi un futur mécanicien de voitures. Moi qui ne savais même pas changer une roue de vélo et qui étais beaucoup plus un petit intello à lunettes qu’un manuel. Hier encore, même si je me suis un peu civilisé pour certaines œuvres manuelles, juste pour essayer devant ma fille une nouvelle petite pompe à vélo très esthétique -présentée comme très pratique par la vendeuse- je n’ai pas été très convaincu par mes compétences. Ainsi que par la pertinence de mon achat.

 

Mais pour mieux répondre à Pascal, il aurait déjà fallu que je comprenne à qu’avoir obtenu l’accord de mon père pour aller au lycée revenait presque au fait d’accéder à une grande école du genre l’ENA, Polytechnique ou Sciences Po. Cela, grâce à l’intervention de ma prof de Français de 3ème, Mme Askolovitch /Epstein.

 

Peut-ĂŞtre que certaines et certains de mes camarades connaissaient ces grandes Ă©coles. Je pense Ă  ceux qui m’étonnaient dès le dĂ©but de l’annĂ©e scolaire lorsqu’ils lâchaient un :

« J’ai regardĂ© le programme de cette annĂ©e Â». Ou qui se montraient plus que critiques sur tel collège ou tel lycĂ©e dont le niveau avait « baissĂ© Â».

 

Evidemment, mes parents et les membres de ma famille, eux, n’avaient jamais Ă©tĂ© concernĂ©s par ces histoires de « programme de l’annĂ©e Â», de « niveau qui avait baissĂ© Â» ou par l’existence de ces grandes Ă©coles.

 

Par contre, la mécanique automobile, niveau BEP, ma famille connaissait.

 

Nous étions au milieu des années 80. L’époque de François Mitterrand, Président socialiste. De U2. Ou de Kassav’pour celles et ceux qui savent. Quelques années après AC/DC. Avant Nirvana. NTM n’existait alors pas en tant que groupe de Rap.

 

Alors, Kool Shen, Joey Starr, ou MC Solaar et AkhĂ©naton, qui ont Ă  peu près le mĂŞme âge que moi, auraient pu ĂŞtre des « connaissances Â» si nous avions habitĂ© dans la mĂŞme citĂ© ou dans les mĂŞmes environs. Des personnes que j’aurais pu saluer ou dont j’aurais pu connaĂ®tre le nom et certains « faits Â». Comme cela a Ă©tĂ© le cas pour plusieurs jeunes de ma citĂ© et des environs que je croisais ou dont les noms parfois circulaient.  Je me rappelle encore des noms de famille et des prĂ©noms de certains.

Que ces jeunes aient « mal Â» tournĂ© ou se soient « bien Â» intĂ©grĂ©s dans la sociĂ©tĂ© et le monde des adultes. Des jeunes qui, comme les fondateurs de Nirvana ou de NTM, Ă  un moment ou Ă  un autre, ont Ă©tĂ© en colère et tristes comme beaucoup de jeunes mais qui ont voulu prendre du bon temps et ont suivi certaines règles autrement, d’abord les leurs,  lorsque le monde des adultes s’est rapprochĂ© d’eux et que leur tour d’y entrer est arrivĂ©.

 

Hormis pour Hypokhagne, je ne peux pas affirmer que connaĂ®tre alors l’existence de l’ENA, Polytechnique, Sciences Po ou d’autres grandes Ă©coles, aurait beaucoup changĂ© mes « choix Â» d’orientation Ă  la fin du lycĂ©e. Mais nos dĂ©cisions peuvent changer ou Ă©voluer selon les perspectives et les exemples que l’on connaĂ®t près de soi ou autour de soi. Avec les expĂ©riences que l’on s’autorise.

 

Peut-ĂŞtre Ă©tais-je un Oncle Tom dès le lycĂ©e ? Moi qui avais dĂ©jĂ  lu plusieurs livres de Richard Wright, sans doute de Chester Himes, qui Ă©coutais du Bob Marley Ă  la maison depuis mon enfance ; qui m’intĂ©ressais Ă  la philosophie, et qui, avant mes dix ans, avais eu droit Ă  des leçons rĂ©pĂ©tĂ©es de mon père Ă  propos de l’esclavage ?

Je m’intĂ©ressais aussi aux Black Panthers, Ă  Malcolm X et Ă  Martin Luther King, Ă  L’ANC et Ă  Nelson Mandela, alors encore en prison. Mais rien de cela ne transparaissait dans mon comportement de lycĂ©en scolaire et  soumis. On peut ĂŞtre un Oncle Tom lettrĂ©.

 

Ce jour-lĂ , j’avais rĂ©ussi Ă  rĂ©pondre plutĂ´t timidement Ă  Pascal et Ă  son partenaire :

 

« J’écris des poèmes… Â».

 

Si son comparse, sans doute un annexe secondaire, s’était tu, Pascal, lui, de manière surprenante, avait donné du crédit à cette nouvelle donnée.

 

Il ne m’a pas dit : «  C’est très bien. Continue ! Â». Ni : « Ce serait bien que tu me montres Â». Mais j’ai perçu que ces quelques lignes que j’avais pris l’habitude de tracer sur des feuilles de papier m’avaient donnĂ© un petit peu plus de consistance Ă  ses yeux. MĂŞme si je ne voyais pas en quoi ce que j’écrivais me distinguait tant que ça de toutes celles et tous ceux qui allaient « seulement Â» Ă  l’école, j’avais compris que je faisais quand mĂŞme quelque « chose Â» qui trouvait grâce Ă  ses yeux. Je n’étais pas un Oncle Tom ou un benĂŞt en voie de finalisation.

 

Je veux bien croire que Pascal ait rapidement oublié cette anecdote. Comme il a pu oublier qui je suis, alors que je m’en rappelle encore plus de trente années plus tard. Ce genre de situation m’arrive régulièrement. Plusieurs années plus tard, je reconnais et me rappelle de personnes qui m’ont totalement oublié. Ceci pour dire comme j’étais peu marquant comme individu.

 

Il y a Ă  peine deux semaines, j’ai refait le mĂŞme coup Ă  quelqu’un. La dernière fois que je l’avais vu, c’était…en 1989. Il ne se souvenait absolument pas de moi. J’ai pu lui restituer le contexte avec tellement de dĂ©tails qu’il a Ă©tĂ© obligĂ© d’accepter que notre rencontre avait bien eu lieu.  Comme lui dire, qu’à cette Ă©poque, le tube de Laurent Voulzy qui passait Ă©tait Le Soleil donne. Et qu’au cinĂ©ma, on parlait pas mal du film Faux-semblants  de David Cronenberg. Finalement, avant de se rendre dĂ©finitivement, il a fini par me demander :

« Mais comment ça se fait que tu te souviens de moi ?! Â».

Je lui ai alors rĂ©pondu, très sĂ»r de moi :

« Pourquoi je ne me souviendrais pas de toi ?! Â».

 

En cherchant sur internet il y a quelques années, j’ai appris que Pascal était devenu éducateur spécialisé. Je n’ai pas l’impression qu’il ait continué de faire de la musique pour des raisons que je ne m’explique pas. Et, la dernière fois que je l’avais croisé, cela devait être à l’université. Il avait alors rasé ses locks et était devenu facteur à vélo.

 

Le hasard veut que l’homme que j’avais rencontré en 1989- et à qui j’ai fait la surprise de le reconnaître récemment- porte aujourd’hui des locks et est musicien. En 1989, je ne le savais pas musicien ( ou je l’ai oublié) et il avait une coupe de cheveux plutôt similaire à celle de Pascal, la dernière fois que j’avais croisé celui-ci et qu’il était devenu facteur.

 

Nirvana :

En Ă©coutant et en rĂ©Ă©coutant hier cet album live du groupe Nirvana, j’ai eu l’impression d’écouter et d’entendre ce qui me manquait dans ma jeunesse. Et ce qui fait, en principe, le panache de la jeunesse avec l’insouciance :

 

 Le fait de vivre sans s’arrĂŞter et sans contrĂ´le.

 

Le groupe Nirvana, et Kurt Cobain, me font penser Ă  des personnes qui, dans un restaurant, casseraient tout. Que l’on applaudirait ensuite. Et Ă  qui l’on glisserait discrètement Ă  l’oreille :

« Vous avez fait ce que j’avais envie de faire depuis longtemps Â». « Ou très souvent Â».

 

Et, au moment de payer l’addition et les rĂ©parations, les spectateurs ou tout un tas de mĂ©dias et de personnalitĂ©s les plus diverses se dĂ©pĂŞcheraient soit de rĂ©pĂ©ter :

 

«  C’est de l’art ! Ce n’est pas Ă  eux de payer ! Ils ont raison ! Â». Rapidement, quelqu’un justifierait leur comportement et expliquerait en quoi, lĂ , prĂ©cisĂ©ment, le fait d’avoir tout cassĂ© dans ce restaurant, Ă©tait un acte salvateur et nĂ©cessaire pour la sociĂ©tĂ© et le monde entier.

 

La diffĂ©rence entre Nirvana, ou tout groupe, artiste ou personnalitĂ© qui casse ainsi la baraque, symboliquement ou concrètement, et le citoyen lambda ou scolaire, c’est d’abord d’être les premiers Ă   « dĂ©frayer la chronique Â» lĂ  oĂą la majoritĂ© le pense et le souhaite mais n’ose pas le faire.  

 

Ensuite, l’autre différence avec la majorité, c’est que ces artistes et ces personnalités sont prêtes à assumer les risques de leurs comportements. Sur leur vie et sur leur santé. Ou acceptent d’être regardés de travers par la majorité voire provoquent cette majorité, ou cet ordre social ou autre, qui les contraint ou cherche à les contraindre.

 

Leur attitude n’est pas gratuite. On parle alors de SincĂ©ritĂ© de leur engagement. Lequel engagement servira ensuite d’exemple ou sera reconnu par une bonne partie de la majoritĂ©. C’est ce que l’on appelle la « commercialisation Â» ou la « rĂ©cupĂ©ration Â». Ou la reconnaissance. Si ces artistes ou ces personnalitĂ©s ont la chance, ou la malchance – Kurt Cobain comme d’autres artistes a très mal vĂ©cu l’énorme succès de Nirvana- d’arriver Ă  la bonne Ă©poque. En prĂ©sence des tĂ©moins qui rendront compte ; qui sauront bien expliquer l’œuvre ; et qui sauront aussi trouver les moyens qu’il faut pour dĂ©fendre l’œuvre, les artistes ainsi que leur souvenir.

 

Le citoyen lambda ou scolaire, lui, s’il se met à tout casser dans un restaurant, terminera en garde à vue. Cela sera peut-être marqué dans son casier judiciaire. Sauf s’il est reconnu irresponsable au moment des faits car sous le coup de troubles psychiatriques.

 

Cet incident, si le citoyen lamba ou scolaire, a un emploi « normal Â» comme la majoritĂ© des citoyens, peut lui faire perdre son emploi. Et, il devra, seul, rembourser les rĂ©parations de ses dĂ©gâts dans le restaurant. S’il a de la chance, et s’il avait contractĂ© une bonne assurance, celle-ci pourra peut-ĂŞtre l’aider financièrement. S’il a moins de chance, sa femme le quittera peut-ĂŞtre. Ou, elle le trompera avec le restaurateur qui aura besoin de consolation.

 

Les artistes ou les personnalités, elles, pourront voir, jusqu’à un certain degré, leur CV se bonifier avec ce genre de dégâts. Elles se feront peut-être inviter par le restaurateur où tout cela s’était passé. Afin de les remercier pour toute la bonne publicité que l’incident a apporté à l’établissement. Le citoyen lambda ou scolaire, lui, devant le même établissement, sera déclaré tricard. Au mieux, s’il s’y prend bien, il aura peut-être le droit de faire la manche ou d’obtenir l’autorisation de venir vendre des fleurs aux clients du restaurant.

 

 

 Je crois que l’on s’attache, non Ă  un marchand de fleurs, mais Ă  un groupe de musique, ou Ă  un auteur en particulier, parce qu’il exprime nos manques. Nos peines. Parce qu’il « display Â»- il dĂ©voile ou exprime- ce courage qui nous a manquĂ© ou que l’on aurait voulu avoir en certaines circonstances et Ă©tapes de nos vies. Car qui, n’a pas eu envie, un jour ou l’autre, dans certaines situations, de tout casser et s’est retenu ?

 

Ce genre d’expĂ©riences et de miroir avec un groupe ou une personnalitĂ©, n’a pas d’époque,  d’âge ou de genre musical ou mĂŞme de domaine de discipline spĂ©cifique.

C’est pour cela que le nom d’un groupe, ses origines, sa couleur de peau, son style de musique ou sa langue importent peu. Tout ce qui compte, c’est le moment, oĂą, dans notre existence, la rencontre avec notre « double Â» ou notre « alter-ego Â» public est possible et se fait.

 

Il y a tant de rencontres et d’opportunités ratées, avec soi-même et avec les autres, que lorsque certaines de nos rencontres réussissent, nous faisons le plein- et à ras bord- de ces rencontres. Par la musique ou dans d’autres domaines.

 

Sauf que pour qu’un Nirvana, un AC/DC, un U2, un Bob Marley, un NTM, Un MC Solaar ou un I AM « rĂ©ussisse Â», beaucoup d’autres Ă©chouent. Et, davantage encore, en deviennent spectateurs. Faute de pouvoir tout casser, prendre des drogues ou des positions ultimes, autant laisser d’autres le faire Ă  notre place. Et, pour quelques unes et quelques uns d’entre eux, Nirvana ou d’autres, une certaine rĂ©ussite arrive.

 

 Car la rĂ©ussite, pour ces artistes et ces personnalitĂ©s, n’est pas totale.

 

Finir comme Kurt Cobain ? Il y en a quelques unes et quelques uns que cela fait et fera rĂŞver. Selon moi, une minoritĂ©, et Ă  une certaine pĂ©riode de la vie comprise, allez, entre 13-14 ans et…. 30 ans. Car c’est la pĂ©riode des ( plus) grands engagements. Corps et âme. 

 

Mais, d’une part, mĂŞme si l’on a aujourd’hui entre 13 et 30 ans, c’est trop tard pour prendre la place de Kurt Cobain. A moins de dĂ©cider de devenir son sosie.

Ensuite lui, comme bien d’autres cĂ©lĂ©britĂ©s, n’avait pas prĂ©vu ce qui lui est tombĂ© dessus comme succès. Il y a tant d’artistes inconnus aujourd’hui qui le seront encore demain ou après demain, ou dans plusieurs annĂ©es, alors qu’ils sont actuellement en activitĂ©. Plus ou moins douĂ©s. Plus ou moins engagĂ©s. Plus ou moins dĂ©vouĂ©s. 

 

 Et puis, rĂŞver et nous souvenir de nos rĂŞves, souvent, nous suffit. Autrement, nous serions très nombreux Ă  avoir des vies qui ressemblent Ă  celles des membres de groupes de musique, des auteurs, et des personnalitĂ©s, que nous admirons tant.

 

Voir et acheter

 

Je parlais d’argent au dĂ©but de cet article. Au fait de gagner plus d’argent. Plusieurs fois par jour, depuis des annĂ©es, nous voyons gratuitement ce que nous pourrions vivre. Nous le voyons de manière si familière, que mĂŞme en nous appliquant Ă  ĂŞtre raisonnables,  nous finissons par acheter.

 

Nous baignons dans ce monde. Voir et acheter. Voir et vivre. Voir et participer. Voir et vouloir en ĂŞtre.

 

En réécoutant cet album de Nirvana, hier, je me suis demandé comment j’avais pu être aussi sourd à l’époque. Puisqu’ à part le titre Smells Like Teen Spirit et le fait de me rappeler qu’Eric B- un collègue psychiatre dont les compétences et le personnage m’avaient marqué- avait parlé de ce groupe, je n’ai rien fait pour écouter davantage Nirvana. Donc, pour m’écouter moi-même d’une certaine façon.

 

Gagner plus d’argent est devenu une obsession avant le fait de vivre. Ce constat donne plutôt envie de tout casser. Ou de voler.

 

Chaque article que je fais sort peut-ĂŞtre de mon kit de survie contre cette obsession.

 

Aujourd’hui, cet article est sorti de mon kit parce qu’hier, j’ai Ă©coutĂ© et rĂ©Ă©coutĂ© la musique en concert du groupe Nirvana. Autrement, j’aurais peut-ĂŞtre parlĂ© du film The Black Widow avec l’actrice Scarlett Johansson que j’ai vu au cinĂ©ma il y a bientĂ´t deux semaines maintenant.

 

D’autres n’ont pas ce kit.

 

 

Franck Unimon, ce mardi 27 juillet 2021.

 

 

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Dans la peau d’un non-vaccinĂ©

Au jardin des plantes d’Amiens, juillet 2021.

Dans la peau d’un non-vaccinĂ© 

 

C’est les grandes vacances depuis  bientĂ´t un mois. Cette pĂ©riode estivale qui sert souvent de grand sas Ă  des millions de personnes en France et ailleurs. Pour partir et s’extraire autant que possible de ce qui nous nuit ou nous ennuie dans le quotidien.

 

Le quotidien, selon ses quantités et ses absurdités, peut devenir un poison apte à tuer à petit feu ou à faire pousser des infirmités. Il convient de savoir le diluer au bon moment. Et sans trop attendre. Des vacances choisies peuvent y contribuer. Pour celles et ceux qui peuvent s’en offrir, chez soi ou quelques kilomètres plus loin.

 

On ne voit pas celles et ceux qui ne partent pas ou jamais. A moins de les connaître personnellement ou par le biais du travail. Je n’en connais pas.

 

Je n’en connais pas encore.

 

Il est rare, exceptionnel plutĂ´t, qu’au travail ou que parmi mes connaissances quelqu’un m’affirme fièrement : «  HĂ© bien, moi, je ne pars pas en vacances ! Â». Assez rĂ©gulièrement, autour de moi, quelqu’un part, Ă  un moment donnĂ©, ne serait-ce que pour un week-end.

 

Peu importe oĂą.

 

C’est souvent un étonnement poli qui résonne, lorsqu’en période de vacances, courte ou longue, on répond que, cette fois, nous allons rester sur place. Sauf si l’on a un projet particulier tel que refaire la cuisine ou se faire opérer.

 

Ne pas partir en vacances, en week-end, ou en sortie, c’est un peu une anomalie sociale, une honte rétrécie voire signifier que l’on vit dans la zone. A moins d’être partout chez soi. Ou de vivre dans un endroit où il y a tout ce qu’il nous faut. Etant donné que cet endroit n’existe pas, hormis au cimetière, nous avons toujours, j’ai toujours, une bonne raison d’aller voir ailleurs. Seul ou accompagné.

 

Je ne compte pas les concerts oĂą je suis allĂ© seul. Et encore moins les sĂ©ances de cinĂ©ma.  Certaines personnes ont besoin d’être accompagnĂ©es pour sortir de leur rĂ©serve. Moi, aussi. Mais pas pour Ă©crire.

 

Il y a des personnes qui, cette année, ou cette année encore, ne partiront pas. Je les imagine un peu. J’en ai sûrement croisé de loin. Pourtant, ces personnes n’ont pas disparu. Les gilets jaunes n’ont pas disparu. Les chômeurs non plus. Ni les malades. Ni les SDF. Nie et nie…

 

Mais le temps des vacances, on va oublier ça. Les vacances, ça sert à ça. Les mauvaises nouvelles, morbides ou autres, on va les mettre de côté. D’ailleurs, je suis encore en vacances. La semaine dernière, nous sommes partis quelques jours à Amiens.

Dans la cathĂ©drale d’Amiens, juillet 2021.

 

 

C’est moins exotique que le sud de la France, l’Outre-Mer ou la Bretagne, mais c’est très pratique. A 1h20 en voiture de la région parisienne, on y arrive par la A16 qui est une autoroute que j’ai chérie une nouvelle fois pour son absence d’embouteillage.

 

La ville d’Amiens ne paie pas de mine sur le papier comparativement à des vacances à Marseille, en Corse, au Pays Basque ou à la Réunion. Mais j’ai aimé la brièveté du détour pour y arriver et cette maison de ville avec cour intérieure privée que nous avons louée pour quatre jours.

 

Amiens est une ville qui détend. Sa cathédrale. Son centre-ville. Ses itinéraires le long de la Somme. Environ une heure de route nous permet d’aller voir la mer. Nous nous sommes immergés dans la plage du Crotoy où j’ai conversé un peu avec un chasseur alpin qui s’amusait à faire le crocodile dans l’eau pour amuser sa fille. Et ça se passait très bien.

Les Hortillonages d’Amiens, ce jeudi 22 juillet 2021.

 

 

Ce jeudi 22 juillet 2021, nous sommes arrivĂ©s une heure trente avant l’ouverture des hortillonnages pour les  promenades commentĂ©es de l’après-midi. Cela faisait trente ans que j’avais entendu parler des hortillonnages d’Amiens. Et, cela allait devenir concret.

 

L’impasse sanitaire

 

 

Jusqu’au moment oĂą j’ai aperçu l’inscription : Le Pass Sanitaire est obligatoire. Ou une phrase assez proche.

 

Si nous étions venus deux jours plus tôt, le mardi, soit le lendemain de notre arrivée à Amiens, nous aurions échappé à cette inscription. Car c’est à partir du 21 juillet, si je ne me trompe, que les nouvelles dispositions gouvernementales concernant les mesures Covid ont commencé à être appliquées.

Centre-ville d’Amiens, juillet 2021.

 

 

Depuis un peu plus d’un an, le port du masque est obligatoire dans les lieux professionnels et publics. Et, depuis dĂ©but juillet Ă  peu près, nous pouvons nous passer du port du masque Ă  l’extĂ©rieur. Mais depuis une dizaine de jours Ă  peu près maintenant, le gouvernement nous a fait savoir, que Ă  compter de ce 15 septembre, tout soignant contrĂ´lĂ© qui ne serait pas vaccinĂ© contre le Covid ( donc sans son pass sanitaire) serait « licenciĂ© Â» et ne percevrait plus son salaire. Et les adolescents ont Ă©tĂ© encouragĂ©s Ă  se faire vacciner au plus vite contre le Covid.

 

Je suis plus soignant qu’adolescent ou peut-être aussi encore très adolescent car je ne suis pas vacciné. Pas encore vacciné. Ou toujours pas vacciné.

 

Si je ne connais pas encore de personnes qui sont privĂ©es de vacances et de travail, je connais des personnes qui se sont faites vacciner. Leur nombre croĂ®t. Parmi elles, au moins deux personnes, un mĂ©decin libĂ©ral dĂ©sormais Ă  la retraite et mon thĂ©rapeute m’avaient dit plusieurs semaines plus tĂ´t :

 

« Je ne comprends pas que cela n’ait pas Ă©tĂ© rendu obligatoire pour les soignants ! Â».

 

Et, je peux concevoir que certains adeptes de la vaccination anti-Covid, en apprenant ma «dĂ©convenue Â» devant les hortillonnages d’Amiens, concluent :

 

« C’est normal ! Â» ou «  C’est bien fait pour sa gueule ! Â».

 

Cela a été une drôle de sensation que de me découvrir un peu l’équivalent d’un paria devant ces hortillonnages. Et, j’ai commencé à entrevoir qu’il en serait de même pour me rendre au cinéma désormais. Ou à la piscine.

 

 

Le conservatoire de notre ville, s’alignant sur les nouvelles décisions gouvernementales, même si la loi n’a pas encore été votée, m’a ainsi relancé pour savoir si je disposais bien d’un pass sanitaire afin d’accompagner ma fille à la sortie organisée le 21 aout. Soit, là aussi, une sortie culturelle pour ma fille et moi qui va nous être interdite.

 

Ma fille a moins de dix ans. Il y a moins d’un an, comme tous les enfants de son âge, elle ne portait pas de masque Ă  l’extĂ©rieur ou Ă  l’école. Il avait Ă©tĂ© estimĂ© par notre gouvernement que le port du masque ne s’appliquait pas Ă  cette catĂ©gorie d’âge. Et, c’est très sĂ»r de moi que j’avais pu rĂ©pondre Ă  un passant qui s’étonnait qu’elle ne portait pas de masque :

 

« Elle a moins de dix ans ! Â». Le sujet avait Ă©tĂ© rĂ©glĂ©. Ma fille, comme les enfants de son âge, pouvait sortir sans masque sur le nez et la bouche. Et, moi, son père, qui portais un masque en permanence, cela m’allait.

 

Et puis, ça a changĂ©. Depuis six mois Ă  peu près, mĂŞme les mĂ´mes de l’école primaire doivent porter un masque. Deux masques sont Ă  prĂ©voir pour la journĂ©e. Un pour le matin, un pour l’après-midi. MĂŞme moi, j’ai changĂ©. Je suis devenu le gendarme de ma fille pour le port du masque. J’exige qu’elle porte son masque convenablement sur son nez et sur sa bouche. Ou pas du tout lorsque c’est possible. Le masque seulement sur la bouche pour ma fille, ça ne passe pas avec moi.  

 

Mais toutes ces bonnes intentions, le fait de vivre pratiquement sans masques entre mi-mars 2020 et début Mai 2020, comme l’acceptation pendant plusieurs mois de nos restrictions d’heures de sortie, et la limitation géographique de nos déplacements, pour cause de pandémie du Covid, n’ont pas suffi.

 

Centre-ville d’Amiens, juillet 2021.

 

Les vaccins anti-Covid sont arrivĂ©s Ă  partir de fĂ©vrier-mars de cette annĂ©e 2021 (ou plus tĂ´t ?) et ont Ă©tĂ© attribuĂ©s, selon les quantitĂ©s, et par ordre prioritaire Ă  certaines tranches d’âge (les personnes les plus âgĂ©es d’abord). Avant  cet Ă©tĂ© 2021, il Ă©tait possible pour l’ensemble de la population en âge de se faire vacciner de prendre rendez-vous pour le faire. Mais la France manque de volontaires pour se faire vacciner comparativement Ă  d’autres pays citĂ©s en exemple. MĂŞme si de plus en plus de personnes se sont faites vacciner, il y a quinze jours, officiellement, nous Ă©tions encore en dessous de 60 % de vaccinĂ©s pour la population en âge d’être vaccinĂ©e.

 

 

Là où des frontières se ferment, des blessures s’ouvrent.

 

 

J’ai fait de mon mieux pour me préserver des mauvaises nouvelles liées aux courbes de croissance relatives à la pandémie du Covid en France ou ailleurs. Cependant, jusqu’à mon départ en vacances mi-juillet de l’année dernière (soit en juillet 2020), comme la majorité des gens en France, je me suis fait intoxiquer par tous ces cursus de mauvaises nouvelles liées au Covid que nous avons suivi de force.

Entre mi-mars 2020 et juillet 2020, comme beaucoup, j’avais vĂ©cu quatre mois de camisole anxiogène. J’estime pourtant avoir Ă©tĂ© moins Ă  plaindre que d’autres :

 

Le fait de partir travailler –même si sans masque pour les premières semaines- de sortir de chez moi et d’être actif m’avait permis de ne pas subir la totalité du tabassage médiatique et/ou gouvernemental à propos des chiffres mortels du Covid. Nous devions nous attendre à clamser tels des cafards enserrés dans les vaporisations d’une bombe insecticide de la marque Covid. Finalement, j’ai échappé à mon extermination. Mais plus pour très longtemps, manifestement.

 

J’ai, pour l’instant, conservĂ© mon emploi lĂ  ou d’autres l’ont perdu. J’ai eu droit Ă  une prime, comme d’autres collègues soignants, pour mon « courage Â» ou mon « hĂ©roĂŻsme Â». Alors que d’autres collègues et d’autres personnels (Ă©boueurs, caissières, caissiers….) exposĂ©s eux-aussi, n’ont pas, semble-t’il, touchĂ© de prime. Cette prime, je l’ai acceptĂ©e. Je ne suis pas riche.

 

Mais depuis quelques jours- depuis que le vaccin anti-Covid est devenu obligatoire avec la date butoir du 15 septembre 2021-  je suis obligĂ© de retourner dans le purgatoire des informations que je peux trouver Ă  propos des bienfaits et des effets des vaccins anti-Covid actuellement Ă  disposition. Jusque lĂ , je comptais sur le temps. J’attendais qu’un vaccin Ă©prouvĂ© et fiable pratiquement Ă  cent pour cent, avec le moins d’effets secondaires graves possibles soit crĂ©e. Ou que le pandĂ©mie tombe. Mais, dĂ©sormais,  j’ai officiellement suffisamment pris mon temps comme ça !  

Au jardin des plantes d’Amiens, juillet 2021.

 

 

Pour le bien du patient

 

« Pour le bien du patient Â» est une expression très utilisĂ©e dans le milieu soignant pour faire passer certaines mesures. Elle peut ĂŞtre remplacĂ©e par les termes « dĂ©ontologie Â» ou « Ă©thique Â». Avec ces trois termes, on peut Ă  peu près tout exiger des soignants. Autant pour se dĂ©vouer Ă  leur travail dans d’assez saines conditions que  pour accepter toutes sortes de dĂ©gradations de leurs conditions de travail.

 

En décidant de sanctionner, à partir du 15 septembre 2021, (en licenciant et autres) tout soignant qui, en cas de contrôle, ne serait pas vacciné contre le Covid, le gouvernement semble avoir trouvé en quelques semaines la solution pour contrer la pénurie soignante. Une pénurie incurable depuis des décennies et qui s’est aggravée depuis la pandémie du Covid d’après ce que j’avais lu dans un numéro du journal Le Parisien il y a quelques jours.

 

D’un point de vue pratique, le gouvernement estime peut-ĂŞtre qu’en cas de licenciement massif de soignants non vaccinĂ©s Ă  partir de mi-septembre que les conditions de travail vont s’amĂ©liorer dans les lieux de soins. Qu’il y a encore beaucoup trop de soignants en exercice. Ou que les soignants n’ont pas d’autre choix que faire ce qu’on leur demande…pour le bien du patient. Ou, alors, l’augmentation de salaire promise Ă  certains soignants ( aides-soignants et infirmiers) pour cet automne est peut-ĂŞtre trop difficile Ă  assumer. Il faut peut-ĂŞtre diminuer le plus possible la masse salariale. Ou conditionner l’attribution de cette augmentation salariale ( qui aurait dĂ» avoir lieu depuis des annĂ©es) Ă  la dĂ©tention du pass sanitaire avec une vaccination anti-covid Ă  jour. 

 

 

Avant d’en arriver lĂ , l’annĂ©e dernière, lors du premier confinement, j’estimais avoir  eu de la chance. Et, j’avais un peu raison.

 

 

La « chance Â» de l’annĂ©e dernière

 

 

En effet, dans ma ville, nous avons eu de la « chance Â» : notre enfant ayant un père et une mère soignante, une « Ă©cole Â» proche de chez nous l’accueillait sur nos horaires de travail.

 

Mais ça, c’était l’année dernière entre Mars et juillet. Lorsque je croyais encore que nous avions vécu le plus difficile. Ou que le port du masque suffirait.

 

Mais ça ne suffit pas. Il faut désormais se faire vacciner.

Au jardin des plantes d’Amiens, juillet 2021.

 

 

Il y a quelques jours, des manifestants anti-vaccination obligatoire contre le Covid ont porté l’étoile jaune des juifs du temps des camps de concentration. Je ne vais pas jusque là.

 

J’ai aussi été étonné d’apprendre récemment que le frère d’un ami considère que la pandémie du Covid est une fumisterie et une émanation d’un complot sioniste. Je ne vais pas jusque là non plus. Et j’ai dit à cet ami – vacciné contre le Covid- que cette croyance avait permis l’existence des camps de concentration il y a plus d’un demi-siècle. Mon ami a acquiescé.

 

 

J’ai plus de mal dans le fait de donner ma pleine et mon immédiate confiance dans des vaccins dont certains effets secondaires, pour rares qu’ils soient, peuvent être graves (thromboses…). Ainsi qu’avec cette part de voyage dans l’inconnu pour des vaccins pour lesquels on manque de recul.

 

Cela en sachant que pour bien des décisions importantes, je prends du temps.

 

Je me dis aussi que si j’ai pu échapper au Covid jusqu’à maintenant sans vaccin, que cela peut continuer.

 

Avant de partir pour notre sĂ©jour Ă  Amiens, j’ai effectuĂ© une sĂ©rologie Covid ainsi qu’un bilan complet. J’ai espĂ©rĂ© ĂŞtre « porteur sain Â». Je me suis dit que j’avais Ă©tĂ© cas contact- comme d’autres collègues- deux fois au mois de mars. MĂŞme si le rĂ©sultat avait Ă©tĂ© nĂ©gatif Ă  chaque fois, j’avais peut-ĂŞtre dĂ©veloppĂ© une rĂ©action immunitaire effective et indolore. Le rĂ©sultat de ma sĂ©rologie Covid a Ă©tĂ© impitoyable. Aucune rĂ©action immunitaire notable.

 

 

Sauf que ce que je comprends maintenant, c’est que l’obligation de la vaccination va endurcir une radicalisation déjà existante des personnes anti-vaccins. Et, sans doute aussi endurcir une radicalisation déjà existante chez les personnes pro-vaccins. Mais aussi des mesures politiques, économiques et policières. Et, ce que je n’avais pas prévu, c’était que cette radicalisation des anti-vaccins et des pro-vaccins va créer des séparations douloureuses et intimes au sein des familles, des amis et des couples.

 

En Mars 2021, lors de son premier discours «  Covid Â», le PrĂ©sident Macron avait sorti son « Nous sommes en guerre Â». Son faux air de De Gaulle lui avait donnĂ© un cĂ´tĂ© guignol. Parce-que trop jeune pour cette parole. Parce-que trop prĂ©servĂ© et trop gâtĂ© par la vie et par sa rĂ©ussite. Pourtant, en repensant Ă  ce « Nous sommes en guerre Â», je me dis que, pour la première fois de notre vie, pour nous qui n’avons pas vĂ©cu la Seconde Guerre Mondiale, l’Indochine ou la Guerre d’AlgĂ©rie, cette vaccination maintenant obligatoire contre le Covid (mĂŞme si elle n’a pas encore Ă©tĂ© votĂ©e) nous met- au moins symboliquement- dans la mĂŞme situation que ces appelĂ©s qui devaient s’enrĂ´ler dans l’armĂ©e pour participer Ă  un conflit militaire. A ceci près qu’il y a des annĂ©es maintenant que le service militaire n’est plus obligatoire et que nous nous faisons aujourd’hui enrĂ´ler de manière moins frontale. Le plus souvent, avec notre consentement. Ou en nous laissant, aussi, l’impression de pouvoir choisir.

 

Or, les conditions de cette vaccination ne sont pas sĂ©curisĂ©es Ă  cent pour cent. Et nous savons maintenant qu’il y aura d’autres variants.  Et que cette pandĂ©mie va durer plus que trois ou quatre mois puisque cela va bientĂ´t faire un an et demi maintenant.

 

Il y a aussi cette croyance, cette rumeur ou cette « information Â» selon laquelle les vaccins anti-Covid seraient si nĂ©fastes que toute personne se faisant vacciner contre le Covid serait amenĂ©e Ă  dĂ©cĂ©der d’ici deux Ă  trois ans.

 

 

Nous vivons dans une époque où nous acceptons facilement qu’une série télévisée puisse durer des années. Mais pas de nous retrouver dans la série. Or, avec la pandémie du Covid, ses variants et ses vaccins, nous sommes dans la seringue de la série.

Au point que je me suis demandĂ© tout Ă  l’heure, si, dans un monde sans la pandĂ©mie du Covid qui nous recouvre depuis un an et demi, un film comme Titane de Julia Ducournau aurait pu avoir la palme d’Or comme cela est arrivĂ© cette annĂ©e au festival de Cannes. ( Titane- un film de Julia Ducournau )

 

Dans Titane, Alexia fuit sa mĂ©moire. Elle est entraĂ®nĂ©e dans sa fuite et doit improviser son histoire. A l’inverse, si le personnage de Jason Bourne est amnĂ©sique, au moins est-il surentraĂ®nĂ© pour se dĂ©fendre et pour tuer. Au point qu’il peut se fier Ă  son corps lorsque celui-ci prend le relais de sa mĂ©moire. Il n’a pas Ă  penser.

Vis-Ă -vis du vaccin anti-covid, je n’ai ni entraĂ®nement et ni mĂ©moire. J’ai donc du mal Ă  rĂ©agir aussi vite qu’un Jason Bourne. Et, contrairement Ă  Alexia qui est jugĂ©e pour voir tuĂ©, je peux ĂŞtre jugĂ© – sans volontĂ© et sans possibilitĂ© de fuir- car je pourrais tuer.

D’autres peuvent se passer d’entraînement et de mémoire et se font vacciner contre le covid. J’envie leur confiance envers la vaccination anti-Covid.

 

Franck Unimon, lundi 26 juillet 2021.

 

 

 

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Cinéma

Titane- un film de Julia Ducournau

 

Titane un film de Julia Ducournau

 

 

Prise d’adolescence

 

Titane, le deuxième long métrage de Julia Ducournau, a obtenu la palme d’Or lors de ce dernier festival de Cannes, la semaine dernière. Je l’ai appris par hasard le jour-même. Aussitôt, j’ai ressenti des sentiments contrastés.

 

J’étais allĂ© voir le film deux Ă  trois jours plus tĂ´t. Et, en sortant de la salle, j’avais prĂ©fĂ©rĂ© parler d’un autre film plus ancien, regardĂ© en dvd :

 

 Sex & Fury de Norifumi Suzuki rĂ©alisĂ© pratiquement un demi-siècle plus tĂ´t. ( Sex & Fury un film de Norifumi Suzuki

 

On peut donc dire qu’en « nĂ©gligeant Â» Titane, en termes de stratĂ©gie et d’anticipation -lorsqu’il s’agit de faire son possible pour obtenir le maximum de vues avec un article- j’avais ratĂ© la marche de tout mon long.

 

Heureusement, pour moi, Black Widow, réalisé par Cate Shortland, vu quelques jours avant Titane n’a pas eu de prix à ce dernier festival de Cannes.

 

Alexia/Agathe Rousselle

 

Mais j’avais fait le choix de faire « patienter Â» Titane , avant de parler de lui, car il m’avait moyennement enthousiasmĂ©. J’avais presque regrettĂ© d’être allĂ© le voir.

 

En me levant pour quitter la salle à la fin du film, j’avais même eu l’impression qu’une partie des spectateurs présents- dont un certain nombre de femmes- était à peu près dans le même état émotionnel que moi.

 

Cette impression en dit bien-sĂ»r plus sur moi que sur les autres : peut-ĂŞtre que la majoritĂ© des spectateurs prĂ©sents ce jour-lĂ  avaient beaucoup et secrètement aimĂ© Titane.

 

Donc, parlons de « moi Â» qui avais peut-ĂŞtre Ă©tĂ© le seul Ă  regretter d’être venu voir  Titane au cinĂ©ma. Au lieu de Teddy, rĂ©alisĂ© par Ludovic et Zoran Boukherma.  

 

 

J’avais vu Ă  sa sortie le prĂ©cĂ©dent long mĂ©trage de la rĂ©alisatrice : Grave. Je le prĂ©fère largement Ă  Titane.

 

L’actrice Garance Marillier dans “Grave”

 

Avant d’aller voir Titane  en salle, coĂŻncidence, j’avais lu dans TĂ©lĂ©rama l’interview de la rĂ©alisatrice. J’y avais appris que les parents de Ducourneau, dermatologue et gynĂ©cologue, l’avaient en quelque sorte exhortĂ©e Ă  ce qu’elle les « laisse tranquilles Â» dans ses films. Tant les parents, dans les deux films de Ducournau, sont loin d’être transparents.

 

Dans cette interview, j’avais aussi appris que Ducournau avait eu une Ă©ducation de cinĂ©phile en famille- avec sa mère et son père, donc- comme d’autres peuvent en avoir avec les consoles de jeux vidĂ©os. Et qu’elle avait aimĂ© regarder les films de David Cronenberg tels que Crash. Film que j’avais vu au grand jour Ă  sa sortie au cinĂ©ma- et qu’il serait bien que je revoie aujourd’hui- tandis qu’elle, avait vu ce film et d’autres de Cronenberg, en cachette. On voit le rĂ©sultat de certains plaisirs interdits.

  

 

Sur la planète Ducournau, les mĂ©langes sont des habituĂ©s. Et  le cinĂ©ma « parisien Â», intello,  bourgeois et propre sur lui a Ă©tĂ© Ă©vacuĂ©. Cela fait partie des attraits de sa filmographie ainsi que son cĂ´tĂ© Pardonnez-moi de MaĂŻwenn pour cette façon de fureter près de la porte de la chambre de ses parents. Et, cela, pour mieux les tourmenter pour dĂ©faut de dĂ©faillance Ă©ducative et affective mais aussi pour des raisons scĂ©naristiques.

 

Dans Titane, les parents  sont moins aimables que dans Grave. Moins cannibales, aussi. C’est peut-ĂŞtre dĂ» aux bienfaits de la thĂ©rapie. La thĂ©rapie est un organe alimentaire. 

Mais je n’ai pas aimĂ© la façon de montrer le « trauma Â» initial qui fera ensuite de l’hĂ©roĂŻne Alexia (l’actrice Agathe Rousselle) une psychopathe. Oui, je parle de psychopathie. MĂŞme si pour la mentionner, on en parle ensuite comme d’une « tueuse en sĂ©rie Â». Dans la pyrotechnie des crimes d’Alexia devenue adulte, moi qui suis souvent invitĂ© Ă  des barbecues avec des tueuses et des tueurs en sĂ©rie, je ne retrouve pas leurs alchimies attitrĂ©es.  

 

 

De toute façon, dès le dĂ©but du film, la rĂ©alisatrice nous enferme dans son parti pris. Cela se passe dans une caisse (une voiture). Fi-fille asticote papa (Bertrand Bonello, que je n’ai pas reconnu) qui conduit. L’ambiance est lourde. Papa est peu aimant. On dirait le beau-père dont la prĂ©sence de la petite Ă©quivaut Ă  une peine de prison. Aucune parole entre les deux. La petite est en  recherche de frĂ©quence et d’attention par des provocations. L’adulte recherche le solo et l’évasion par la radio.

 

On comprend que dans ce duel sourd, les deux préfèrent l’affrontement à la communion ou à la confession. Finalement, le père s’impose mais c’est au prix de l’accident coupable.

 

On entre alors dans le titane : ce mĂ©tal en transition, lĂ©ger et rĂ©sistant, nous dit wikipĂ©dia. Mais ce que je sais sans l’aide de wikipĂ©dia, pour avoir assistĂ© dans le passĂ© au mariage d’un couple de tueurs en sĂ©rie dans le Val d’Oise, c’est que le titane sert aussi Ă  la constitution des alliances.

 

Je me suis nĂ©anmoins demandĂ© si Titane pouvait aussi signifier « Tite Anne Â» tant nous sommes dans le registre de l’enfance. Une enfance dĂ©boutĂ©e par les parents. En particulier par le père (Bertrand Bonello, donc) qui en prend plein la gueule dans le film. L’expression « plein la gueule Â» est Ă©clairĂ©e plein phares. Car la tronche de l’acteur Bonello- qui assure bien la relève de l’acteur Laurent Lucas prĂ©sent dans Grave est bien choisie pour ce rĂ´le.

 

Si Titane m’a laissĂ© un goĂ»t dĂ©crĂ©pi, je lui reconnais des aventures et des plaisirs. Telle cette scène oĂą le père d’Alexia s’enfourne une assiette de pâtes Ă  cheval entre le vomi et le repas insipide qui en disent long sur la touche grise du personnage qui est l’incarnation de l’anti-orgasme.

Ducournau est très habile avec le comique de situation. Je repense encore Ă  cet Ă©change de regards entre l’hĂ©roĂŻne et son père lorsqu’elle lui dit «  au revoir . Aucune phrase. Ducournau sait se servir du silence et des intentions. De l’instinct, aussi. 

 

J’ai bien-sûr aimé revoir ce visage familier que j’ai réussi à identifier parce-que j’avais lu l’interview. Celui de l’actrice Garance Marillier, Justine, l’héroïne de Grave.

 

Justine/ Garance Marillier dans ” Titane”

 

 

J’ai aimĂ© la capacitĂ© de Ducournau Ă  entremĂŞler scènes de meurtre, leur labeur et l’humour. MĂŞme si le premier meurtre, de dĂ©fense plus ou moins lĂ©gitime dĂ©rive très vite vers la jubilation. Dans l’action d’occire, il y a aussi beaucoup d’excitation Ă  regarder Alexia agir. Et cette excitation est difficile Ă  apprĂ©hender. A moins de se dire que, comme le titane, elle Ă©tait en transition, et que le premier meurtre a Ă©tĂ© le dĂ©clic vers sa transformation. Ou sa « libĂ©ration Â».  

 

Alexia/ Agathe Rousselle en recherche d’un peu de chaleur humaine.

 

 

Auparavant, j’avais aimĂ© l’attitude bornĂ©e de l’hĂ©roĂŻne. Sorte de figure de Rosetta des frères Dardenne. Mais, cette fois, une Rosetta qui gagnerait sa vie en dansant, dans un corps longiligne, plutĂ´t grand et sec, en effectuant des dĂ©rapages contrĂ´lĂ©s sur la tĂ´le immaculĂ©e de carrosseries de voitures dans des salons d’exposition.  Alexia n’est pas une jolie femme mais elle crĂ©e un dĂ©sir chez les autres alors que son rĂ©servoir Ă  dĂ©sir est vide pour les autres. Dans Exotica (1994) d’Atom Egoyan, ZoĂ© (l’actrice ArsinĂ©e Khanjian), danseuse dans un club de strip-tease, Ă©tait reliĂ©e Ă  Francis. Dans Titane, Alexia n’est reliĂ©e qu’à ses danses sur des voitures et cela suffit pour que des individus (hommes et femmes) souhaitent s’inviter dans son intimitĂ©.  

 

Puis, arrive Vincent (Vincent Lindon), beau camion musclĂ© mais aussi muselĂ© par ses injections rĂ©gulières de stĂ©roĂŻdes. Lui et Alexia sont deux astĂ©roĂŻdes gravitant autour d’un dĂ©ni prononcĂ©. Ils sont  forts mais ont aussi besoin d’être sauvĂ©s de leurs fuites et de leurs culpabilitĂ©s. Comme, peut-ĂŞtre, de certaines de leurs volontĂ©s.

 

Vincent/ Vincent Lindon

 

Vincent, en commandant de pompier à qui ses hommes doivent une obéissance totale mais qui ne rend jamais compte de rien à personne, manque plusieurs fois de crédibilité, ou, le film, de réalisme. Et, Ducournau, plusieurs fois, redresse le tir. Titane vise alors juste (la scène avec l’ex-femme de Vincent, jouée par Myriem Akheddiou).

 

L’obĂ©issance totale, pourtant, Vincent comme Alexia en sont bien incapables, mais Ă  quel prix !

 

Il a Ă©tĂ© dit de Titane qu’il Ă©tait un film « viscĂ©ral Â». Adjectif facile pour ce film si peu tactile qu’il vaut mieux perforer son prochain, se perforer soi-mĂŞme ou s’arracher Ă  lui, plutĂ´t que de simplement se toucher et s’embrasser ( voir la relation entre Alexia et Justine ou, bien-sĂ»r, entre Alexia et son père).

 

Je reproche aussi Ă  ce film qui se veut un film d’émancipation- au moins dans la cinĂ©matographie française- de rester cramponnĂ©, pour la partie musicale, Ă  des rĂ©fĂ©rents rock and roll, forcĂ©ment anglo-saxons. Evidemment, le mĂŞme film , avec du Dub ou de la valse, serait moins « dur Â». Mais quitte Ă  s’émanciper, autant tenter autre chose.

 

Enfin, comme dans Grave, j’ai aimĂ© que dans Titane soit prĂ©sente Ă  l’écran une diversitĂ© de peaux et de couleurs que Ducournau prĂ©sente Ă  chaque fois comme Ă©vidente, alors que dans d’autres productions françaises, elle est encore très souvent absente ou balbutiante. Comme lors du tout premier bal. 

 

Franck Unimon, ce dimanche 25 juillet 2021.

 

 

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Corona Circus self-défense/ Arts Martiaux

Dojo 5

Intérieur du salon de thé Tencha à Angers.

 

                                                       Dojo 5

Le Dojo 5 se trouve près d’une piscine de 33 mètres de longueur. Celle-ci est en rénovation, rue de Pontoise.

 

Pour beaucoup, la rue de Pontoise se trouve à Paris. Pour moi, Pontoise est soit une ville soit une couleur où j’ai vécu et travaillé.

 

Ce samedi 17 juillet, j’arrive au dojo 5 afin d’assister au stage d’AĂŻkido dispensĂ© par Sensei LĂ©o Tamaki. J’ai appris la tenue de ce stage Ă  Paris, ce 17 et ce 18 juillet un peu par hasard il y a deux ou trois jours. A la fin de son interview de Franck Ropers dans le magazine Yashima de ce mois de juillet 2021, on tombe sur plusieurs dates de ses stages cet Ă©tĂ© en France.  

 

J’ai croisĂ© une fois LĂ©o Tamaki dans la rue. C’était par hasard il y a quelques mois près des Galeries Lafayette. Lors des prĂ©paratifs des fĂŞtes de NoĂ«l de l’annĂ©e dernière.  Après ĂŞtre allĂ© rencontrer Sensei Jean-Pierre Vignau Ă  son domicile. Autrement, LĂ©o Tamaki et moi avons principalement communiquĂ© par mails. C’était en vue d’une interview pour mon blog. Cet Ă©tĂ©, ce serait plus simple avec la pandĂ©mie du Covid.

 

J’arrive sans prévenir au dojo 5. J’ai bien envoyé un mail à Léo Tamaki il y a quelques jours. Il ne m’a pas répondu. Il doit être très occupé. Je ne sais pas comment il va réagir. Afin de m’aider à appréhender au mieux cette inconnue, je suis assez fraîchement imprégné par ma lecture de l’ouvrage Uchideschi ( dans les pas du Maitre) de Jacques Payet, Sensei d’Aïkido 8ème Dan.

 

Lors de mon trajet en train pour Paris St Lazare, afin de me rendre Ă  ce stage, je n’ai pas pu m’empĂŞcher de rire lorsque Jacques Payet (page 79) raconte la mĂ©saventure de Yamada, l’un de ses partenaires lors de sa formation particulièrement difficile d’UCHIDESHI  dans les annĂ©es 80 :

 

« Mais nous n’osions pas nous effondrer au risque d’affronter la fureur des instructeurs. C’est ce qui est arrivĂ© Ă  Yamada. Il n’était pas très fort physiquement et il avait du mal Ă  rester si bas sur ses jambes pendant une si longue pĂ©riode. L’instructeur lui a criĂ© dessus une fois, puis deux fois, puis a commencĂ© Ă  lui donner des coups de pied. Lorsqu’ils ont rĂ©alisĂ© qu’il n’en pouvait plus, ils l’ont sĂ©parĂ© du groupe et l’ont mis devant un miroir pour qu’il puisse voir son propre visage et savoir Ă  quel point c’était humiliant d’être un lâcheur. Au bout d’un moment, il a rejoint la classe, mais seulement après avoir Ă©tĂ© sĂ©vèrement rĂ©primandĂ© devant ses pairs Â».

 

Mais impossible pour moi de savoir si je rirai autant lorsque je ferai face à Léo Tamaki dans le dojo 5. Surtout que j’ai quelques minutes de retard. A St Lazare, en me dirigeant vers la ligne 14, j’ai reconnu une amie dont je n’avais pas eu de nouvelles depuis environ deux ans. Nous avons été contents de nous revoir.

 

Après avoir fait le code d’accès, la lourde porte s’ouvre. Une cour intérieure et, au bout, le dojo avec la silhouette de Léo Tamaki parmi ses élèves. Aucune possibilité de laisser mon vélo pliant. J’ai bien fait de le laisser chez moi.

 

Le cours a débuté. Je me rapproche. Je suis à un ou deux mètres de l’entrée du dojo que Léo Tamaki vient vers moi en souriant. Il semble bien se souvenir de moi. Ne paraît pas plus surpris que ça.

Lorsque je lui demande si je peux assister au cours, il accepte aussitôt. Et m’invite à me mettre dans un coin sur le tatami.

 

Instinctivement, je m’installe en seiza. Prévenant, il m’informe que je peux me mettre à l’aise. Puis, il repart.

 

Il y a une vingtaine de stagiaires. Dont une majorité d’hommes. Deux ou trois pratiquants peut-être ont la cinquantaine. Autrement, la fourchette d’âge est entre 25-28 ans et 45 ans, je dirais. Il y a des pratiquants expérimentés. Et des débutants.

 

 Le stage a dĂ©butĂ© ce matin mais je n’ai pas pu venir. Le travail s’effectue alors avec le bokken. LĂ©o Tamaki passe rĂ©gulièrement parmi les Ă©lèves. Corrige en montrant Ă  nouveau. Fait parfois de l’humour. Laisse travailler quelques minutes. Puis interpelle le groupe et refait sa dĂ©monstration ou insiste sur telle particularitĂ© avant de demander :

« Recommencez s’il vous plait Â».

 

Nous sommes très loin de l’ambiance japonaise décrite par Jacques Payet.

 

LĂ©o Tamaki parle de « dissocier Â». Et de « structure Â». Ce sont des mots qui lui sont assez familiers, je crois. Un autre moment, il souligne : « Par dĂ©faut, considĂ©rez toujours que votre adversaire peut sortir une arme Â». Il a Ă  cĹ“ur de rendre la pratique aussi rĂ©aliste que possible, fait des parallèles avec d’autres pratiques martiales. Je regarde celles et ceux qui s’entraĂ®nent. Les dĂ©placements. Je me dis que cela doit ĂŞtre difficile de rester concentrĂ© sur une si longue durĂ©e pour porter des atemis. Mais « j’aime Â» que la main remplace le sabre lors de certaines attaques.

 

Certaines techniques me semblent plutĂ´t hors de ma portĂ©e. Je rĂ©flĂ©chis Ă  la solution Ă  trouver face Ă  un adversaire plus grand. Je me dis que cela doit ĂŞtre un bon apprentissage que de s’entrainer Ă  voir un bokken s’abattre sur soi ou sur sa tĂŞte. Mais LĂ©o Tamaki insiste :

« C’est lui que tu dois regarder. Pas le sabre Â».

 

Lorsque j’ai pratiquĂ© un peu le judo, je venais seulement pour « faire Â» et pour « jaillir Â». Trop peu pour regarder. C’est une erreur que j’ai beaucoup rĂ©pĂ©tĂ©e. Peut-ĂŞtre que quelques participants ont Ă©tĂ© intriguĂ©s par ma prĂ©sence.

 

Les deux heures sont passĂ©es. A la fin du cours, j’attends que LĂ©o Tamaki soit disponible pour lui parler un peu. Il me dit alors « Tu Â». MĂŞme si je n’ai fait « que Â» regarder, je comprends qu’il m’a vu durant son cours. Et, il m’a vu sans dĂ©tour. Mon ego et mes ruminations Ă©taient au repos sur le tatami.

 

Je croyais que ce dojo Ă©tait un dojo de circonstance pour le stage. Il m’a appris que le lieu oĂą il enseignait auparavant a « fait faillite Â». Une de ces nombreuses consĂ©quences, pour l’instant invisibles,  dues Ă  la pandĂ©mie du covid.

 

Il est convenu que je reviendrai fin aout pour l’interview. J’ai prévu de venir avec un caméraman et une photographe. Le premier m’a été recommandé par une amie, journaliste et productrice, spécialiste du cinéma africain. J’ai connu et joué avec la seconde lorsque j’avais repris des cours d’interprétation théâtrale au conservatoire d’Argenteuil.

 

En aout, si je peux, je participerai aussi à un cours ou deux d’Aïkido.

 

Je me sens bien en quittant le dojo 5.

 

 

Franck Unimon, ce lundi 19 juillet 2021.

 

 

 

 

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self-défense/ Arts Martiaux

L’aspiration Ă  l’excellence de Franck Ropers

 

L’aspiration Ă  l’excellence « de Â» Franck Ropers

 

 

Eclats

Il peut se passer des années, parfois plusieurs vies, avant que ne nous parviennent certains éclats.

Cet Ă©clat peut ĂŞtre un souvenir, une blessure, une rencontre ou un objet que l’on avait rangĂ© quelque part, dĂ©laissĂ©, et puis que l’on « retrouve Â».

 

Un objet, un souvenir, une blessure ou une rencontre où, pour nous, le temps s’est arrêté.

 

A ce jour, je n’ai jamais rencontré Sensei Franck Ropers. Mais j’ai rencontré au moins une ou deux personnes qui l’ont rencontré. La dernière de ces personnes n’est autre que Sensei Léo Tamaki que j’ai revu hier après-midi, lors du stage d’Aïkido qu’il donnait au 26 rue de Pontoise, en plein Paris, au Dojo 5. Stage auquel j’ai pu assister et auquel je me suis rendu afin de me faire une idée de l’endroit où, fin août, avec son autorisation, je reviendrai pour l’interviewer. Et, peut-être aussi pour participer à un ou deux de ses cours lors du stage qu’il redonnera fin août au même endroit.

 

 

J’ai oubliĂ©, quand, pour la première fois, j’ai entendu parler de Franck Ropers. Sans doute par des vidĂ©os de lui sur Youtube il y a quatre ou cinq ans. Pourtant, Franck Ropers est actif dans le domaine des arts martiaux et de la Self-DĂ©fense depuis une bonne trentaine d’annĂ©es. Il s’est passĂ© des annĂ©es avant que son Ă©clat…ne me parvienne. Sans doute parce qu’avant d’être rĂ©ceptif Ă  ses « Ă©tats de service Â», j’étais plus axĂ© sur d’autres disciplines et sur d’autres centres d’intĂ©rĂŞt.

 

Pour cette interview de Franck Ropers par Léo Tamaki, dans le Yashima de ce mois de juillet 2021, j’ai été plus réceptif.

 

Lorsque je pense au Penchak Silat– Dont Ropers est le plus haut gradĂ© en France, je crois- je ne peux m’empĂŞcher de penser au film The Raid du rĂ©alisateur Gareth Evans. En particulier Ă  The Raid 2 (2014) qui a pour l’instant ma prĂ©fĂ©rence.

 

Même si le premier The Raid, réalisé en 2011, avait marqué les esprits.

 

En Ă©coutant Franck Ropers dans des vidĂ©os, j’avais Ă©tĂ© très vite marquĂ© par sa très bonne aptitude et sa très grande aisance pour s’exprimer face Ă  une camĂ©ra. Par sa grande maitrise corporelle bien-sĂ»r.  Ainsi que par sa très bonne pĂ©dagogie. Car on peut ĂŞtre un très bon pratiquant, quel que soit notre domaine professionnel, et ĂŞtre mal Ă  l’aise face Ă  une camĂ©ra comme sur scène ou face Ă  un public. Et, Ă  travers mes propos, ici, c’est autant l’élève, que le spectateur ou l’intervenant et le comĂ©dien, qui s’exprime.

 

Les propos de Franck Ropers sont pointus, concrets et faciles Ă  comprendre. Convaincants.

 

Quel que soit l’interlocuteur en face de lui, journaliste ou reprĂ©sentant d’une discipline martiale dite Â« efficace Â» ou « rĂ©aliste Â» type MMA, Franck Ropers m’a toujours semblĂ© lĂ©gitime dans ses propos et bien au fait de ce qui se passe dans la « vraie Â» vie. Et, par « vraie vie Â», ici, je pense bien-sĂ»r au combat de rue dans des conditions rĂ©elles.

 

MĂŞme si Franck Ropers « prĂ©sente bien Â», il n’est pas un animateur de tĂ©lĂ©vision qui, parce qu’il porte un costume, du maquillage et une oreillette devant plusieurs camĂ©ras Ă  des heures de grande Ă©coute et qu’il perçoit un très haut salaire, finit par se croire plus beau, plus intelligent et plus fort qu’il ne l’est vĂ©ritablement.

 

Non. A ce que je vois, quotidiennement, Franck Ropers continue de rester dans la juste note de sa grille d’accords. Et cette grille tient dans son corps et dans ce qu’il a compris et comprend, avec luciditĂ©, des sports de combat mais aussi du monde, ou des mondes, dans lesquels nous vivons. Et, si cela Ă©tait faux,  et n’était qu’une mise en scène ?

 

Il suffit de disposer d’un tout petit peu d’expérience de sport de combat ou d’art martial pour comprendre que Franck Ropers dispose d’un niveau de pratique – et d’une détermination- qui ne repose pas sur une simple effervescence cosmétique, sur de l’illusion ou de la prestidigitation.

 

 

Conquis avant mĂŞme le combat ou la rencontre ?

 

On pourrait se dire que je suis conquis avant même- je ne l’ai jamais rencontré- d’avoir rencontré Franck Ropers. Et que c’est de cette manière que l’on perd, d’avance, un combat.

 

D’abord, j’ai bien d’autres aspirations dans la vie que de devoir me bagarrer constamment avec tout le monde afin de prouver ou de me prouver quoique ce soit.

 

J’ai appris cette semaine- dans un livre que j’ai retrouvĂ© chez moi- que « feu Â» Bruce Lee, lors du tournage du film OpĂ©ration Dragon, avait donnĂ© une bonne partie de son temps- et de son influx- Ă  rĂ©pondre Ă  des dĂ©fis que lui lançaient des figurants.

 

Au point d’être en permanence sous tension. Entre le tournage du film, ces défis permanents et – pour ce que j’avais lu ailleurs- les menaces de certaines triades chinoises qui le voyaient désormais comme une poule aux œufs d’ors alors qu’il était devenu une vedette internationale.

 

Si bien que Bruce Lee trouvait du réconfort, entre-autres, dans des space cakes composés de Marijuana. La consommation répétée et conséquente de ces space cakes aurait provoqué sa mort prématurée. Plus récemment, Michaël Jackson et d’autres vedettes ou personnalités, ont bien été retrouvées mortes après l’abus courant de certaines substances stupéfiantes ou médicamenteuses.

 

Enfer ou aliĂ©nation :

 

Ensuite, devenir une star et une rĂ©fĂ©rence martiale et passer son temps Ă  rĂ©pondre Ă  des dĂ©fis, des ultimatums et des exigences, pour devoir prouver que l’on est bien toujours le « meilleur Â», dans « le coup Â» ou le plus « fort Â», cela ressemble pour moi Ă  l’enfer ou, au minimum, Ă  de l’aliĂ©nation.

 

Devenir aussi fort pour ĂŞtre prisonnier ?  Je n’envie pas du tout ce genre de vie et d’apothĂ©ose. MĂŞme si, un demi-siècle plus tard, Bruce Lee reste une rĂ©fĂ©rence pour beaucoup de monde, combattants, spectateurs ou admirateurs.

 

Il est d’autres combattants, et d’autres cĂ©lĂ©britĂ©s, aujourd’hui, qui sont Ă©galement plus enfermĂ©s que libres grâce Ă  leur « rĂ©ussite Â». Prenons Conor McGregor, vedette de MMA. MĂŞme si McGregor « aime Â» le spectacle, comme Mohamed Ali avant lui, peut-il ou a-t’il la possibilitĂ© d’être autrement que le McGregor qui « provoque Â» en plus d’être un très bon combattant ?

 

Celles et ceux qui courent sans relâche après le buzz prennent aussi le risque d’être rattrapĂ©s par cet effet qui consiste Ă  ĂŞtre ensuite poursuivi sans relâche par le mĂŞme genre de tourments sans fin : Etre bon ou le meilleur. Ou rien.

 

Pour ces quelques raisons, aussi, je ne chercherai pas Ă  mettre en doute ou Ă  « challenger Â» les compĂ©tences de Franck Ropers ou d’autres dans les Arts martiaux ou dans tout autre domaine. Je prĂ©fère plutĂ´t essayer de m’en approcher et de m’en inspirer dans des proportions, je l’espère, prĂ©ventives et thĂ©rapeutiques. Vers mon bien-ĂŞtre. Mais, pour cela, encore faut-il savoir ce qu’est le bien-ĂŞtre.

 

Franck Ropers et « le bien-ĂŞtre Â» :

Franck Ropers sait-il c’est qu’est le bien-ĂŞtre ? Il s’y emploie en tout cas. Et, pour moi, c’est une (très) bonne nouvelle qu’une personnalitĂ© comme lui (un million d’abonnĂ©s  sur yourtube) se prĂ©occupe de son propre bien-ĂŞtre. Ce qu’un Bruce Lee avait sĂ»rement perdu de vue avant sa mort.

 

Voici quelques extraits de son interview réalisée par Sensei Léo Tamaki pour le Yashima de ce mois de juillet.

 

« Nous crĂ©ons nos propres limites. Nous avons tous un passĂ© et, parfois, ce vĂ©cu mal compris ou interprĂ©tĂ© nous bloque dans nos aspirations Â».

 

« (…) Il y a aussi le rapport Ă  l’échec. Si on entreprend quoi que ce soit, l’échec est inĂ©vitable Ă  un moment ou Ă  un autre et il ne faut pas le redouter (….) Â».

 

« Pour moi, l’essence des arts martiaux est le dĂ©veloppement personnel et on y apprend Ă  s’engager, savoir changer de direction, dĂ©velopper et entretenir son physique (……) j’ai suivi diverses formations et je suis notamment devenu sophrologue et hypnothĂ©rapeute. Comprendre son fonctionnement et comment le modifier de façon positive peut se faire seul, avec un psy, un coach ou un sensei. Les chemins ont leurs particularitĂ©s mais l’objectif de bien-ĂŞtre et d’évolution est identique Â». ( Extraits de l’interview L’aspiration Ă  l’excellence de Franck Ropers par LĂ©o Tamaki dans le Yashima de ce mois de juillet 2021. Interview d’une dizaine de pages).

 

Franck Unimon, ce dimanche 18 juillet 2021.

 

 

 

 

 

 

 

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Cinéma self-défense/ Arts Martiaux

Sex & Fury un film de Norifumi Suzuki

 

L’actrice Reiko IKI

Sex & Fury un film de Norifumi Suzuki

 

 

Direction l’ère Meiji :

 

Un an après Nous ne vieillirons pas ensemble du rĂ©alisateur français Maurice Pialat, le rĂ©alisateur japonais Norifumi Suzuki sortait Sex & Fury (1973). La mĂŞme annĂ©e, toujours en 1973,  Bruce Lee, d’origine chinoise, première superstar asiatique internationale, dĂ©cĂ©dait lors du tournage du film Le jeu de la mort.  

 

Trois ans plus tard sortira L’Empire des sens de Nagisa Oshima, autre œuvre cinématographique japonaise.

 

 

Quel est le rapport entre Sex & Fury, qui fait partie de la catĂ©gorie Pinku Eiga et Yakusa Eiga, oĂą l’histoire se passe Ă  l’ère Meiji, ces autres Ĺ“uvres et ces artistes ? Car Sex & Fury n’est pas un remake du Nous ne vieillirons pas ensemble de Pialat. Encore moins du film Le Jeu de la mort.  Et, on imagine peu Marlène Jobert et  Jean Yanne, les deux acteurs principaux de ce film de Pialat, ou mĂŞme Bruce Lee- qui est absent de la filmographie de Pialat- Ă©voluer dans  l’époque relatĂ©e dans Sex & Fury :

 

En 1868, au Japon, Ă  l’ère Meiji.   

 

Les titres de ces films les rapprochent, bien-sûr.

L’actrice Reiko IKI dans le rĂ´le d’Ocho.

 

Celles et ceux qui affronteront Ocho, interprétée par l’actrice Reiko Ike, dans Sex & Fury ne vieilliront pas avec elle même si sa vision dégaine leur désir.

 

Ad Libido :

 

Selon le niveau oĂą se situe la libido et le sadisme du spectateur ou de la spectatrice – le film est rĂ©servĂ© aux plus de 16 ans–  Sex & Fury peut ĂŞtre vu comme un de ces films « druides Â»  qui savent modifier la constitution et la perception des corps et faciliter les fluides ainsi que toute Ă©tude les concernant :

 

Même si les scènes de combats et certaines séquences de jeu sont assez enfantines, la photographie, elle, n’a pas pris une ride. Entre le visage et le corps de Ocho/ l’actrice Reiko Ite et celui de Christina/ l’actrice Christina Lindberg, on a de quoi fuir l’ennui.

 

Si Reiko Ite est la femme parfaite très au fait de la bassesse et de la violence des hommes, Christina Lindberg, sait très bien ajouter l’innocence à la froideur.

L’actrice Christina Lindberg dans le rĂ´le de Christina.

 

Cependant, il existe d’autres plaisirs cinéphiliques dans la découverte de ce film.

 

Tarantino :

 

Sur la jaquette du dvd, il est spĂ©cifiĂ© que Tarantino s’est – aussi- inspirĂ© de ce film pour rĂ©aliser ses deux Kill Bill (2003 et 2004).  Et, cela saute aux yeux tant pour les membres que pour les combats -au sabre- d’Ocho/ Reiko Ite que pour la prĂ©sence de Christina/l’actrice Christina Lindberg. Laquelle interprĂ©tera- en 1974- le rĂ´le de Frigga/Madeleine dans le film Thriller (ou Crime Ă  froid) de Bo Arne Vibenius. Film qui a aussi influencĂ© Tarantino pour le rĂ´le de Elle Driver jouĂ© par l’actrice Darryl Hannah dans Kill Bill.

 

La plupart des hommes de Sex & Fury sont cupides, pervers et, bien-sĂ»r, lubriques. Les hommes honnĂŞtes et idĂ©alistes sont isolĂ©s ou minoritaires. Trahis et assassinĂ©s. Suzuki nous dĂ©peint donc un Japon corrompu Ă  l’intĂ©rieur alors qu’il s’agit d’un Japon de la majestuositĂ© et de l’honneur Ă  l’extĂ©rieur :

 

Ce Japon a défait la Chine et la Russie militairement et se modernise à toute vitesse.

 

Trois portraits de femmes :

 

Ocho/ l’actrice Reiko IKI

 

Dans ce Japon où les femmes sont opprimées, trois portraits de femme dominent dans ce film féministe. Celui d’Ocho ( l’actrice Reiko Iki), intrépide, dure au mâle, orpheline qui a grandi dans la rue après avoir assisté à l’assassinat de son père. Et qui doit son salut au fait d’avoir été recueillie par une femme qui lui a appris à voler et sans doute à se prostituer.

 

Celui de Christina (l’actrice Christina Lindberg) « l’occidentale Â» britannique, la jeune femme talentueuse, devenue espionne pour son pays, alors plus grande puissance coloniale, par amour pour revoir…. un Japonais.

 

Le dernier portrait de femme « dominant Â» est celui de Yaeji/l’actrice Yoko Mihara, qui campe la femme d’un haut dignitaire japonais. Yaeji est toute respectable jusqu’à ce que l’on comprenne qu’elle perd toute conduite devant le sexe. Et que «  sa peau dĂ©vore les hommes Â».

 

ProtĂ©ger ou couper :

 

Ocho/l’actrice Reiko IKI

 

Ces trois femmes sont trois tentatives  de coexistence avec les hommes de ce Japon. Pour Ocho, le rĂ©sultat de cette coexistence se dĂ©compose de la manière suivante :

 

Elle protège ou elle coupe.

 

Soit elle a un homme Ă  venger (son père) ; soit elle est porteuse des dernières volontĂ©s d’un homme ; soit elle sauve un homme (« l’anarchiste Â» Shunosuke interprĂ©tĂ© par l’acteur Masataka Naruse)  poursuivi par la police ;  soit elle tue des hommes aussi brutaux que des animaux derrière leurs airs raffinĂ©s. Car certains de ces nouveaux aristocrates qui ont rĂ©ussi sont d’anciens yakusas qui ont rĂ©alisĂ© des crimes et sont prĂŞts Ă  tout pour parvenir Ă  leurs fins. Tortures, viols, meurtres, trafic de drogue….

En tuant ces hommes, on pourrait dire qu’Ocho les libère car ils n’ont pas Ă©voluĂ©. Ils sont enfermĂ©s dans des instincts et des comportements dont ils sont devenus insĂ©parables. Elle, a Ă©voluĂ©. Au point qu’elle tient le sabre, arme souvent masculine, mieux que les hommes. Dans Sex & Furyune femme telle qu’Ocho est le vĂ©ritable honneur du Japon. Cet honneur vit dans la rue et est orphelin. 

Cependant, au contraire de Christina et de Yaeji, aucun dĂ©sir et aucun amour ne retient Ocho Ă  un homme en particulier. Et, il semble que cela contribue non seulement Ă  en faire une femme libre mais aussi Ă  lui sauver la vie en tant qu’individu. Ce qui, bien-sĂ»r, Ă©tait un sacrĂ© affront adressĂ© au Japon des annĂ©es 70 (et d’aujourd’hui ?) oĂą le groupe prĂ©vaut sur l’individu. Et oĂą la femme se doit d’être mariĂ©e Ă  un homme et de baisser les yeux.

 

Ocho/ L’actrice Reino IKI

 

 

Ocho fait tout le contraire. C’est ce qui lui permet, plusieurs annĂ©es plus tard, de faire toute la lumière sur le meurtre de son père. Et, nous, si nous arrivons Ă  lever les yeux,  cela nous permet de regarder ce film autrement après les Ă©vĂ©nements relatifs au harcèlement des femmes ou Ă  des mouvements tels que #balancetonporc.

 

Franck Unimon, ce samedi 17 juillet 2021.

 

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Corona Circus

Vacciner plus pour soigner plus !

 

Vacciner plus pour soigner plus !

 

 

Ce que j’aime dans les enterrements, c’est que l’on y vit des moments de sincérité. C’est pareil avec l’humour.

 

Il y a deux ou trois jours, le PrĂ©sident de la RĂ©publique, Emmanuel Macron, le Ministre de la SantĂ©, Olivier VĂ©ran,  puis la Ministre du Travail, Elizabeth Borne, nous ont fait savoir qu’à partir du 15 septembre tout soignant non vaccinĂ© contre le Covid, en cas de contrĂ´le, s’exposerait Ă  des sanctions:

 

Mise Ă  pied, licenciement, suspension du salaire.

 

Ce n’est pas cela qui m’a fait sourire. Et, je n’ai pas vu de sincĂ©ritĂ© particulière non plus dans ces nouvelles dispositions dans l’intention de pousser les soignants Ă  se faire vacciner Ă  double dose d’ici le 15 septembre. J’ai plutĂ´t vu un passage en force. Je m’attendais Ă  ce que la vaccination anti-Covid devienne obligatoire pour les soignants ou, simplement, pour voyager hors de la France. Mais pas Ă  ce qu’elle le devienne aussi « vite Â». ( Des soignants hĂ©roĂŻques et irresponsables)

 

Un succès sanitaire et politique. Pour l’instant.

 

Le 15 septembre, c’est dans deux mois. Depuis l’intervention tĂ©lĂ©visĂ©e du PrĂ©sident Macron, « tout le monde Â» veut se faire vacciner. Donc, son intervention serait un succès.

 

Sanitaire. Et politique. Pour l’instant.

 

Mais si j’ai parlĂ© d’enterrement au dĂ©but de cet article, c’est parce-que le lendemain de l’allocution prĂ©sidentielle d’Emmanuel Macron pour « nous Â» exhorter, nous les soignants, Ă  nous faire vacciner, j’ai appris le dĂ©cès du père de mon meilleur ami. Cela m’a ramenĂ© Ă  Nanterre oĂą j’ai grandi, près du collège oĂą cet ami et moi nous Ă©tions rencontrĂ©s la première fois. Le collège Evariste Galois qui va bientĂ´t disparaĂ®tre en raison de l’impasse pĂ©dagogique oĂą il s’est emmurĂ©.

 

Je suis allĂ© Ă  l’enterrement le jour-mĂŞme. Ainsi que dans une mosquĂ©e, pour la première fois de ma vie. Une part de chagrin m’inspire donc peut-ĂŞtre certaines de mes pensĂ©es dans cet article. Mais, comme je l’ai annoncĂ©, j’aime, dans les enterrements «  les moments de sincĂ©ritĂ© Â» que l’on y vit. Et, je ne vais pas renoncer Ă  ces moments de sincĂ©ritĂ© alors que j’écris.

 

Les réactions de quelques journaux après l’allocution télévisée du Président Macron, ce 12 juillet

 

Il m’est déjà arrivé de rire ou de sourire lors d’un enterrement. Et je souhaite qu’on le fasse lors du mien. On pourra même danser. Avec ou sans vaccination anti-Covid.

Mais ce qui m’a fait sourire ou rire aujourd’hui, c’est plusieurs dessins du dernier numĂ©ro du journal Charlie Hebdo que je lis rĂ©gulièrement depuis « les attentats Â» de 2015.

 

 

 

Il y a quelques jours, je parlais de l’éditorial du journal La Croix dans mon article Des soignants hĂ©roĂŻques et irresponsables. Aujourd’hui, je parlerai plutĂ´t du dernier numĂ©ro de Charlie Hebdo : le numĂ©ro 1512 du 14 juillet 2021 que je n’ai pu acheter que ce matin( jeudi 15 juillet).

 

J’avais besoin de lire les réactions de différents journaux après l’intervention du Président Macron et des Ministres Véran et Borne. Car j’avais exposé mes réserves envers la vaccination anti-Covid. Même si je suis favorable à la vaccination. Mais pas n’importe comment.

 

En première page de Charlie Hebdo, parmi les titres, on peut lire : Les soignants boudent le vaccin (le verbe « boudent Â» est Ă©crit en rouge). Il y a la caricature du PrĂ©sident Macron qui plante sa seringue dans la tĂŞte d’un travailleur d’un certain âge, plutĂ´t fourbu, et qui dit, sur un fond rouge, avec un air assez diabolique ou sadique :

 

« Vacciner plus….pour travailler plus ! Â».

 

Soit une allusion à la réforme des retraites dont le Président Macron compte reculer l’âge. Je viens à l’instant de m’inspirer de cette phrase pour le titre de cet article qui était totalement différent au départ.

 

Puis, en deuxième page de Charlie Hebdo, dĂ©bute le bal Ă  propos du sujet qui me concerne particulièrement en tant que soignant non vaccinĂ© contre le Covid Ă  ce jour. Sujet qui touche aussi visiblement beaucoup plus de Français qu’il n’y a de soignants en France depuis l’intervention du PrĂ©sident Macron.  Puisque depuis, la prise de rendez-vous par Doctolib est dĂ©bordĂ©e :

 

Pour une vaccination anti-Covid.

 

Les dessins de Charlie Hebdo agrĂ©mentĂ©s du titre ANTIVAX A L’HĂ´pital (Pourquoi le personnel soignant rechigne-t’il Ă  se faire vacciner ?) m’ont fait sourire voire rire.

 

 

 

 

Pour moi, vivre, faire de l’humour et de l’autodérision vont de pair avec ma santé mentale.

 

L’article de GĂ©rard Biard qui suit est intitulĂ© Pour une vaccination inclusive. Seul le mot « inclusive Â» est inscrit en noir. Les mots qui le prĂ©cèdent sont en plus gros caractères et de couleur rouge.

Et le but de GĂ©rard Biard n’est pas de faire rire. Sauf un peu lorsqu’il avance que :

 

 Â« (….) depuis  un an et demi, les pontes de l’hĂ´pital public sont davantage susceptibles de contaminer un journaliste tĂ©lĂ© ou une maquilleuse qu’un patient…. Â».

 

Plus prĂ©cis que l’éditorialiste JĂ©rĂ´me Chapuis du journal La Croix pour son article Une obligation morale, GĂ©rard Biard, dans son article, Ă©nonce que les soignants rĂ©calcitrants au vaccin anti-Covid sont majoritairement des personnels infirmiers et aides-soignants ou autre personnels soignants. « 46% Â» d’entre eux, dit-il ne sont « toujours pas vaccinĂ©s Â». Alors que d’après les chiffres de l’AP-HP « seuls 9% des mĂ©decins ne sont Ă  ce jour pas du tout vaccinĂ©s, et 70 % ont reçu les deux doses Â».

 

Soit beaucoup mieux que les personnels aides-soignants et infirmiers.  Est-ce dĂ» Ă  leur esprit matheux, scientifique,  ou Ă  leur cĂ´tĂ© « premier de la classe Â» ? De toutes façons, les mĂ©decins ont toujours besoin de se dĂ©marquer par rapport Ă  nous, les personnels aides-soignants et infirmiers.

 

 

Si Biard reconnaĂ®t que la «  raison Â» de la rĂ©ticence de ces personnels soignants «  face Ă  la vaccination anti-Covid n’est pas forcĂ©ment inaudible (….) Â» il met cependant l’accent sur la prioritĂ© qui doit ĂŞtre accordĂ©e aux patients. Et, il conclut son article par ces deux phrases :

 

« On choisit de travailler Ă  l’hĂ´pital. On ne choisit pas d’y ĂŞtre soignĂ© Â».

 

La vaccination , un autre pass navigo

 

 

J’étais en dĂ©saccord avec les conclusions de Biard. Cependant, depuis l’intervention tĂ©lĂ©visĂ©e de Macron et celle de VĂ©ran et Borne, j’avais lu quelques articles supplĂ©mentaires sur le sujet de la vaccination. Dans des journaux de sensibilitĂ© assez diffĂ©rente :

 

Charlie Hebdo, donc, La Croix, mais aussi Le Canard Enchainé et L’Humanité. Si Charlie Hebdo et Le Canard Enchainé sont assez cousins, ils sont assez éloignés de La Croix et du journal L’Humanité. Sauf, peut-être, par le fait qu’ils sont, je crois, les quatre seuls journaux encore indépendants financièrement en France. Et ces quatre journaux font consensus en faveur de la vaccination anti-Covid. De même que le journal Les Echos.

J’ai aussi contacté une amie, connue durant mes études d’infirmier il y a plus de trente ans, qui, d’une part, perçoit la stratégie de Macron et de son gouvernement comme une stratégie dictatoriale derrière une effigie de démocratie mais qui, d’autre part, m’a répondu s’être faite vacciner contre le Covid, ainsi que son mari et leurs enfants ( 18 ans et plus). Afin de pouvoir voyager.

 

De mon cĂ´tĂ©, je vis près de Paris. Et je dĂ©pends Ă©conomiquement de mon travail en plein Paris, soit dans une rĂ©gion de plus en plus quadrillĂ©e. Une rĂ©gion oĂą il est dĂ©sormais impĂ©ratif d’avoir son pass navigo pour passer des portiques qui ont poussĂ© partout ces dix dernières annĂ©es et, oĂą, aussi, les contrĂ´les de titres de transport sont devenus rĂ©guliers. Nous sommes de plus en plus contrĂ´lĂ©s pour tout. ContrĂ´le technique pour la voiture. Niveau de pollution de la voiture. Nous nous devons d’avoir un tĂ©lĂ©phone portable. Mais aussi une connexion internet. Et d’avoir des mots de passe. Dans ce monde-lĂ , pour vivre sans le « pass Â» qui ouvre les portes,  les comptes ou qui dĂ©verrouille le tĂ©lĂ©phone, la tablette numĂ©rique ou l’ordinateur, il faut soit ĂŞtre un gĂ©nie de la fraude ou un Evariste Galois de l’informatique. Soit ĂŞtre Ă©tranger Ă  ces normes. Ou ĂŞtre un exclu ou un « inadaptĂ© Â». La personne « normale Â» ou nĂ©vrosĂ©e, elle, prĂ©fèrera avoir son « pass Â» afin de s’éviter d’avoir Ă  formuler tout un tas  de calculs en vue de se dĂ©barrasser de bien des contrĂ´les et des portiques de son quotidien.

 

Je vois donc cette vaccination anti-Covid, pour le sujet citadin lambda que je suis, comme une Ă©preuve de rĂ©alisme. Si je vivais en pleine campagne et dans une certaine autonomie  Ă©conomique, j’opterais sans doute pour une prolongation de mon abstinence vaccinale.

 

Je tenais Ă  ce passage dans mon article.

 

Par ailleurs, en repensant Ă  l’article de Biard et Ă  celui d’autres journalistes, je me suis aperçu que trois mots au moins manquent invariablement chaque fois qu’est mentionnĂ©e la « dĂ©fiance Â» des soignants envers la vaccination anti-Covid. Chaque fois qu’il est suggĂ©rĂ© que les soignants qui refusent la vaccination anti-Covid sont des irresponsables et des Ă©goĂŻstes.

 

L’épidĂ©mie des mots :

 

« Irresponsables Â», « Ă©goĂŻstes Â», « immatures Â», « idiots Â»,  «  capricieux Â» ce sont, pour, rĂ©sumer les quatre ou cinq mots qui servent de piliers pour essayer de comprendre cette « dĂ©fiance Â» ou cette « rĂ©ticence Â» ou ce « refus Â» de certains soignants concernant la vaccination anti-Covid.

 

Et, le fait que trois autres mots, au moins, soient rarement rappelĂ©s atteste, selon moi, que le mal est vraiment profond et bien antĂ©rieur, une fois de plus Ă  la pandĂ©mie du Covid. Et contre l’ « oubli Â» de ces mots, je me demande s’il y aura jamais un vaccin efficace. Car, ce n’est pas faute de connaĂ®tre ces mots Ă  propos des soignants :

 

 

Saturation. Epuisement. Surmoi.

 

On va commencer par le Surmoi des soignants. Je vais parler ici de celui des aides-soignants et des infirmiers. Tous les soignants ont un Surmoi. Mais concernant la vaccination anti-Covid, les « mauvais Ă©lèves Â» sont visiblement les personnels aides-soignants et infirmiers.

 

Le Surmoi des soignants :

Le « Surmoi Â» des soignants- ou leur sens du Devoir- est si prononcĂ© qu’à mon avis, il s’accompagne rĂ©gulièrement d’une certaine autodĂ©prĂ©ciation constante.

 

Ce qui est bien pratique.

 

Pour les gouvernements qui, depuis vingt Ă  trente ans, doivent se sentir en toute sĂ©curitĂ© lorsqu’ils entendent parler de manifestations de soignants qui espèrent des amĂ©liorations de leurs conditions de travail. Et, cela, aussi, pour «  le bien des patients Â».

 

Ce « Surmoi Â» des soignants est aussi bien utile Ă  bien des managers, responsables hiĂ©rarchiques ou directeurs d’hĂ´pitaux afin de faire accepter certaines conditions de travail difficiles et durables. Mais, aussi, pour culpabiliser les soignants qui feraient « mieux Â» ou « bien Â» de penser avant tout «  au bien des patients Â» ou d’être « solidaires Â» de leurs autres collègues. Et, c’est comme ça depuis vingt ans, trente ans, plus, moins, selon les services, selon les Ă©tablissements, selon les personnalitĂ©s des uns et des autres, selon les circonstances.

 

Il n’y a rien de nouveau.

 

Et puis, arrive la pandémie du Covid.

 

Surmoi + Pandémie du Covid =

Parmi ces journalistes, dont Biard et Chapuis, j’en suis sûr, qui ont su décortiquer le mal-être des soignants depuis des années, il se trouve aujourd’hui des journalistes qui ont oublié ou qui oublient ce qu’endurent bien des soignants depuis des années. Et, cela, bien avant la pandémie du Covid. En termes de conditions de travail.

 

Or, lorsque la pandémie du Covid a été officialisée en France l’année dernière avec le premier confinement, ce qui a été exigé de ces soignants, c’est d’en faire encore plus que d’habitude. Et avec moins de moyens. Dont, moins de masques ou pas de masques. Moins de personnel à certains endroits. Et, pas de vaccin anti-Covid fiable à cent pour cent.

 

S’il est « admis Â» maintenant que la vaccination anti-covid est actuellement le meilleur moyen, mĂŞme s’il est imparfait, pour peut-ĂŞtre se sortir de la pandĂ©mie du Covid, il est aussi « admis Â» que cette pandĂ©mie du Covid, en un an et demi, a aussi beaucoup Ă©prouvĂ©. Il y a les morts.  Et, il y a les vivants.

 

Dessin dans le “Charlie Hebdo” de ce 14 juillet 2021.

 

Beaucoup, parmi les vivants, ont Ă©tĂ© touchĂ©s Ă©conomiquement. Et, autant ont Ă©tĂ© touchĂ©s physiquement et moralement. Parmi ces personnes Ă©prouvĂ©es, on retrouve des soignants. Des soignants qui, depuis un an et demi, ont donnĂ© de leur personne encore plus que d’habitude, du fait de la pandĂ©mie, et qui constatent un an et demi plus tard que, malgrĂ© leurs efforts, la pandĂ©mie est toujours lĂ . Mieux : aujourd’hui, on les voit comme des irresponsables lorsqu’ils se disent opposĂ©s Ă  la vaccination anti-Covid. Car il est « admis Â» qu’il y a un manque de recul. Mais, aussi, qu’il peut y avoir des effets secondaires. Ou que, comme Biard le dit dans son article :

 

« Certes, il paraĂ®t que la vaccination n’empĂŞche ni la contamination ni la contagion. Mais elle en diminue grandement le risque et les effets (….) Â».

 

 

Face Ă  ces rĂ©serves des personnels soignants, la rĂ©ponse, ferme et, dĂ©sormais, autoritaire et gouvernementale, donc, hospitalière, est toujours la mĂŞme depuis vingt Ă  trente ans :

 

« Pan-pan, cul-cul ! Â».

 

Culpabilisation et infantilisation des soignants depuis des annĂ©es mène aussi Ă  cette saturation des soignants. Car, culpabiliser et infantiliser des soignants, c’est assez banal dans le milieu. Et, c’est ce que fait aussi Biard dans son article. Lorsqu’il conclut :

 

« On choisit de travailler Ă  l’hĂ´pital. On ne choisit pas d’y ĂŞtre soignĂ© Â». Sa phrase est pleine de bonne sens. Et, elle est inattaquable. On ne va pas reprocher Ă  un patient d’avoir besoin de soins. Ou alors dans un sketch humoristique.

 

Sauf que Biard, comme d’autres, oublie un autre mot, finalement : les limites.

 

Les limites des soignants :

Avoir un surmoi, un sens du Devoir, une conscience professionnelle, ça incite bien des fois Ă  se surpasser. A ne pas compter ses heures. A accepter de vivre- parfois jusqu’Ă  la saturation et l’Ă©puisement- des situations professionnelles et personnelles que le citoyen lambda sera bien content d’éviter. C’est ce qui s’est passĂ©, encore plus que d’habitude, l’annĂ©e dernière lorsque nous Ă©tions applaudis depuis des balcons. Avions-nous vraiment le choix d’aller mourir Ă  l’hĂ´pital en partant y travailler ? Ou avions-nous vraiment le choix de partir travailler Ă  l’hĂ´pital ?

Non.

 

Je ne crois pas que des soignants puissent s’offrir le luxe de « choisir Â». C’est plutĂ´t le contraire. Etre soignant, mĂŞme si l’on « choisit Â» de le devenir, ou de l’être, cela devient assez vite un non-choix. Puisque très vite, le Surmoi, le sens du Devoir, du sacrifice, la conscience professionnelle, ou le fait d’être sollicitĂ© ou dĂ©signĂ©, nous oblige en quelque sorte Ă  ĂŞtre lĂ .  Donc, parler de choix pour un soignant, c’est presque très vite une abstraction. Puisqu’être soignant, c’est faire abstraction de soi. Quel choix ?!

 

Constamment, régulièrement, les soignants doivent répondre ou ont à répondre à des injonctions diverses.

 

L’un des apprentissages les plus difficiles à faire pour le personnel soignant, lors de son exercice professionnel, lorsqu’il fait cet apprentissage, c’est celui de ses limites.

Un des dessins du Charlie Hebdo de ce 14 juillet 2021, page 2.

 

 

Si le personnel soignant s’en remettait uniquement à sa hiérarchie pour que celle-ci respecte ses limites ou les fasse respecter, il y aurait sans doute encore plus de personnel soignant en situation de burn-out ou en arrêt maladie. Tant le personnel soignant peut être incité, pour différentes raisons, à en faire plus. Donc, le choix, dans tout ça…..

 

 

Un profond malaise

 

 

Au lieu de percevoir les personnels soignants récalcitrants ou réticents à la vaccination anti-Covid, comme seulement des grands irresponsables, des grands égoïstes ou des grands idiots, il faudrait plutôt, je crois, se dire, que pour que des professionnels aussi dévoués s’arque-boutent de cette manière contre un vaccin, c’est qu’il existe un profond malaise. Envers ce vaccin. Dans la profession. Dans la société. Dans le monde. Et que c’est peut-être de là que vient toute cette résistance contre la vaccination anti-Covid.

 

Et si le malaise est aussi profond, ce passage en force du gouvernement pour la vaccination anti-Covid va dĂ©boucher sur des troubles  sociaux radicaux du type gilets jaune.

 

Franck Unimon, ce vendredi 16 juillet 2021.