Leave no Trace

»Posted by on Nov 18, 2019 in Cinéma | 0 comments

Leave no Trace

L’actrice Thomasin McKenzie et l’acteur Ben Foster. Photo issue du site allociné

                                                 Leave no Trace

 

Instinctivement,  et avec un petit peu de chance, pour survivre à une guerre,  il est peut-être nécessaire de préférer sa vie à son âme. Plus tard, où que l’on soit, notre âme saura nous rappeler ce choix : il n y a pas de meilleure proie pour elle que celle ou celui que l’on croît être. Le trauma ou la culpabilité feront alors partie des tomahawks de notre âme. Et nos parcours de reconnaissance, les plus prudents comme les plus sophistiqués, seront plus d’une fois pris de court par la trajectoire de ses tomahawks.  

 

Leave no trace raconte l’histoire d’un père et de sa fille Tom, adolescente. Tous deux ont décidé de vivre en autarcie en pleine nature, dans les Etats-Unis d’aujourd’hui, à l’abri des hostilités du monde urbain contemporain. Ils ont rompu le fil avec la toile d’internet, des réseaux sociaux et des multiples mutations technologique comme avec la toile de Spiderman. Bien que blancs, leur mode de vie est bien plus proche de celui des Amérindiens d’avant l’arrivée des colons européens et du départ du génocide que du mode de vie résiduel des geeks. A les voir aussi bien rôdés  dès le début du film, on comprend que cela fait déja un bail  que ça dure. Pour nous, citadins remorqués par toute une gestuelle industrielle et administrative, leur quotidien sera l’équivalent de vingt fois le sommet de l’Annapurna et de plusieurs générations d’existences à la dure. Pour eux, vivre de cette façon est tout ce qu’il y a- à peu près- de plus normal. Ils ne lisent donc pas les diverses chroniques du site UrbanTrackz et n’en n’entendront sans doute jamais parler. En plus, ils n’ont même pas la radio. Mais quelques livres dont un dictionnaire.

 

Jennifer Lawrence, dans ” Winter’s Bone”. En voyant ce film au cinéma à sa sortie, même si j’avais beaucoup aimé le film, je ne m’attendais pas à ce que moins de cinq ans plus tard, cette actrice connaisse une telle accélération de sa carrière. Photo issue du site allo ciné

 

 

Dans son film Winter’s Bone (réalisé en 2010), déjà, qui avait fait connaître l’actrice Jennifer Lawrence et lui avait ensuite permis en à peu près cinq ans, top chrono, de devenir une actrice oscarisée et remarquable, la réalisatrice Debra Granik, mettait en scène la « relation » de Ree, jeune femme de 17 ans, avec son père. La jeune Ree (l’actrice Jennifer Lawrence, donc), aînée de plusieurs enfants,  vivait dans cette Amérique- blanche- oubliée ou profonde, rurale et régulatrice de ses propres lois. Cette Amérique, dans la forêt des Ozarks, étant l’une des révélatrices et des cicatrices d’un certain inconscient américain.

Au début de Winter’s Bone,  Ree apprenait que leur père, «  ancien dealer », avait mis leur maison en caution et qu’ils  risquaient donc l’expulsion (ça vous rappelle un chouïa  The Hunger Games ?). Cela la décidait à sortir de la maison et à partir à la recherche de leur père parti plus longtemps que d’habitude. Dehors, dans ce patelin de l’Etat du Missouri, la fréquentation de la famille paternelle s’avérait être un danger potentiel parmi d’autres :

 

L’acteur John Hawkes dans ” Winter’s bone” que j’ai plutôt été habitué à voir jouer des gentils garçons. Jusqu’à ce que je le voie dans ” Winter’s bone”. Photo issue du site allociné.

 

Le frère aîné du père ( l’acteur John Hawkes, très bon dans ce rôle et si différent de celui qu’il tient dans Moi, toi et les tous autres de et avec Miranda July, 2005)  étant la version humaine d’un loup très superficiellement socialisé et  pouvant se montrer aussi menaçant que violent.  

 

 

MYAB_05-17_02449.CR2. L’actrice Thomasin McKenzie et l’acteur Ben Foster dans ” Leave no Trace”. Photo issue du site allociné

 

 

 

Dans Leave no trace, la jeune Tom (l’actrice Thomasin Mc Kenzie) et l’acteur Ben Foster vont un peu plus loin dans la relation entre un père et sa fille. Dans une forêt, ils dorment côte à côte dans une même tente en pleine nature à l’écart de tous et entretiennent entre eux la même relation fusionnelle et symbiotique que celles qu’ils fondent avec cet environnement naturel situé aux abords de la ville de Portland, Oregon.  Ils y ont établi leur campement provisoire. On pourrait les voir comme des espèces de babas cool ; comme un père et une fille ayant une relation incestueuse ou comme ces nombreux « évaporés » de la société japonaise qui font partie des déclassés de la société.

 

 

Rambo I
Rambo: first blood
1982
RŽal. : Ted Kotcheff
Sylvester Stallone
Collection Christophel Photo issue du site allociné

 

On pourrait aussi voir ce film comme une déclinaison du personnage de Rambo vivant dans la forêt avec sa fille puisque le type d’entraînement que le père (l’acteur Ben Foster), ancien vétéran de guerre (en Irak ou en Afghanistan ? Ce n’est pas précisé) enseigne à sa fille marche sur ses traces :

 

Leave no Trace.

 

L’actrice Saoirse Ronan et l’acteur Eric Bana dans le film “Hanna” de Joe Wright. Photo issue du site allociné

 

 

L’âge un peu plus juvénile du personnage de Tom par rapport au personnage de Ree rappelle aussi celui de Hanna réalisé par Joe Wright en 2011 avec l’actrice Saoirse Ronan dans le rôle principal face à Eric Bana et Cate Blanchett.

 

L’actrice Thomasin McKenzie dans ” Leave no Trace”. Photo issue du site allociné.

 

Mais dans Leave no Trace, Debra Granik délimite très bien son sujet : on n’est ni dans une relation incestueuse et ni dans un film de Rambo. Et c’est une des nombreuses habilités de son film qui, pourtant, par certains côtés, en tant que réalisatrice, rappelle aussi le cinéma d’une Kathryn Bigelow pour sa capacité à savoir filmer, quand l’histoire le nécessite, un certain mode de contact classifié comme « viril » et « masculin ». Mais  Debra Granik donne plus d’importance aux femmes et à la relation. Kathryn Bigelow est plus portée sur la « castagne ».

 

Une photo tirée du film ” Démineurs” de Kathryn Bigelow. Photo issue du site allociné.

 

 

Démineurs qui donnera l’Oscar en 2010  à Kathryn Bigelow est plutôt un film de « mec » réalisé par une femme. Pendant que dans le cinéma d’un Jeff Nichols (Take Shelter, Mud, Midnight Special), ce sont plutôt des hommes qui, malgré leur sensibilité maternelle et leur vulnérabilité, restent maitres de leur destin en faisant des sacrifices.   

 

 

Dans Leave no Trace, L’intervention des Rangers et leur façon d’entrer en contact, de façon « virile » et « masculine », avec le père de Tom et celle-ci dans la forêt, succède ici à l’intervention  de l’armée américaine ou des des cow-boys du temps de la colonisation des Etats-Unis au détriment des Amérindiens. Sauf qu’ici, le père de Tom, ancien vétéran de l’armée qui a donc sans doute pratiqué ce même genre d’intervention à l’étranger, est ici l’égal de l’Amérindien délogé de son rêve terrestre. Traqué, capturé puis persécuté par un Etat américain qu’il a contribué- comme des milliers d’autres- à maintenir puissant et omniprésent  au delà de ses frontières, le père de Tom se retrouve réintroduit de force avec elle dans ce rêve américain qu’il avait décidé de fuir et dont il a voulu, coûte que coûte, la préserver.

Dans Leave no trace, l’ennemi n’est pas le Noir, le Latinos, l’Homosexuel, le transexuel, le musulman, le Mormon, le tueur en série, le dealer, le proxénète, la bande rivale, le mafieux ni même le marginal ou la femme. Mais bien l’Etat Américain, son consumérisme, et sa norme dominante qui sont ce rêve qu’il entend continuer de perpétuer et d’imposer à marche forcée avec une bienveillance aussi sincère qu’inquiétante à ses citoyens.  

 

Cette bienveillance bien rôdée, bien éduquée, aussi puissante économiquement que psychiquement, est bien entendu un poison invasif aussi destructeur que le glyphosate dans les cultures ou le plastique dans les océans :

 

Tom et son père, comme les Amérindiens, font l’expérience- obligée- de la vie dans une réserve. A partir de là, on « sait » que cette expérience aura des effets contraires et secondaires sur Tom et son père. Et que celui-ci, comme n’importe quel parent devant son enfant devenu adolescent puis adulte, va  bientôt être touché par l’obsolescence malgré tous ses combats et tous ses souhaits pour son enfant. Car ses projets de vie sociale comme ceux proposés par l’Etat américain finissent par tourner dans le vide. Ce vide est fait de mort et de dépression. Face à cette mort et à cette dépression, le père de Tom propose et impose une  marche et une fuite perpétuelle, concrète et nomade dans la nature.  Sur le territoire américain, il est resté ce soldat engagé dans une guerre par l’Etat américain hors du territoire américain quelques années plus tôt et qui continue de chercher à préserver  sa survie.  Cette guerre est un Tomahawk  dont l’impact quelque peu mystique lui a pris sa vie,  lui laissant l’éclat apparemment intact de son corps et de certaines convenances sociales telles que la politesse. Mais les élans chaloupés du titre Natural Mystic de Bob Marley ont malheureusement été largement arrachés par l’implantation d’un lancinant syndrome post-traumatique ou PTSD en Anglais.

 

Cette guerre qui séquestre le père de Tom est une fenêtre aussi impossible à refermer qu’à expulser. Soit tout le contraire de son corps dont la présence sur le sol américain dérange les Lois de l’Etat américain. Son corps sans dérogation peut donc être expulsé ou manipulé par les rangers ou sollicité par les forces sociales qui essaient de le réinsérer dans un bercail (la réserve, un métier imposé) qui est en contradiction avec ses entrailles…mais qui séduit et rassure en partie sa fille, Tom, la moitié saine de ses entrailles, qui est la seule personne avec laquelle son esprit accepte et souhaite encore être relié. Si le professeur Xavier des X-Men était là, il dirait à propos du père de Tom que celui-ci refuse de le laisser entrer dans ses pensées et ses émotions.  

 

 

De son côté, face à la mort à la dépression, l’Etat américain, lui,  propose et impose à ses citoyens, séduits ou forcés, de rester reliés à une fuite perpétuelle, concrète et sédentaire dans le consumérisme et une certaine vie urbaine et connectée. Il faut se rappeler que des citoyens tels que Edward Snowden ou Bradley Manning( désormais Chelsea Manning), considérés comme des traitres à la Nation américaine ou comme des  « lanceurs d’alerte », sont au départ des citoyens américains. Mais aussi des militaires particulièrement compétents dans le domaine informatique.

 

Ce n’est peut-être pas un hasard si un Edward Snowden, par exemple,  hyper-connecté, apparemment plus Geek et plus urbain que nomade, et semblant plus proche de la figure fictive lambda du civil Mr Anderson ( Néo sous son pseudo) dans Matrix (1999) des ex-frères Wachowski (désormais Lana et Lilly) que du père de Tom dans Leave no Trace, est au départ un citoyen américain :

 

Pour parodier un peu les ex-frères Wachowski, Edward Snowden, en étant dans la “vraie vie” un des agents actifs au sein de «  la matrice » des services secrets américains, était particulièrement informé de cette manière dont nous sommes constamment privés de nos libertés individuelles et de nos possibilités réelles de nous épanouir en tant qu’individus malgré les vitrines, les écrans, les selfies, mais aussi les crédits, et les miroirs séduisants et rassurants où nous prenons plaisir à rester captifs pendant des heures, de nuit comme de jour, seuls ou avec nos proches et nos aussi nombreux que «virtuels », réels ou éphémères amis et connaissances.

 

Et, afin de prévenir tout malentendu, il faut aussi voir les religions, les partis politiques, la façon dont on les pratique, certaines associations, sectes, groupes et organismes auxquels on s’identifie comme faisant aussi, potentiellement, partie de ces « vitrines, écrans, selfies et miroirs séduisants où nous prenons plaisir à rester captifs… » car ils nous servent d’antidépresseurs et d’anxiolytiques. Notre mode de vie connecté nous laisse en effet souvent la liberté de  choisir entre une certaine dépression et une certaine parano ambiante avec plein d’ilots de consommation au milieu afin de nous ressourcer.  

 

 

 Dans Leave no Trace, Tom, grâce  aussi aux apprentissages qu’elle a faits aux côtés de son père, a cerné ces miroirs aux alouettes. Ceux de la société américaine ainsi que ceux de son père, qui se révèle, malgré ses extraordinaires compétences pour la survie, être une sorte de petit poucet, incapable de se retrouver un foyer. Parce-que ses plaies sont devenues son véritable foyer. Et Tom a compris qu’elle ne pourra pas l’aider davantage à se séparer de ce foyer.  

 

On pourrait reprocher au film d’être une apologie idéalisée du mode de vie survivaliste car il est vrai que Debra Granik nous montre une vision plutôt apaisée et « peace and love » de cette tendance.  L’argent est ici délaissé ou seulement utilisé ponctuellement lorsque l’on doit en repasser, furtivement, par le « continent » de la société de consommation qui ressemble alors à une gigantesque étendue délétère.  La priorité est donnée à l’entraide,  la spiritualité, la tranquillité, l’acceptation des autres et à la cohabitation avec la nature.

 

 

Tom est aussi une de ces ados « modèles » que le cinéma nous pond régulièrement. Même si Leave no Traceappartient plus au cinéma d’auteur ou dit indépendant qu’au cinéma grand spectacle. On peut concevoir que sa relation privilégiée avec son père, faite d’affection réciproque, alors que tant d’enfants souffrent de l’absence et du manque de complicité avec leurs parents, puisse expliquer une telle harmonie. Mais, en général, dans la « vraie vie », lorsque l’on vit vingt quatre heures sur vingt quatre, en exclusivité avec celles et ceux qu’on aime, même à l’air libre, on finit par se créer quelques embrouilles à deux balles. Alors, on en déduira que Debra Granik a voulu adoucir un peu  l’histoire suffisamment chargée comme ça.

 

Car Leave no Trace est peut-être un titre trompeur.

 

Après la guerre contre les Anglais pour obtenir son indépendance, après la traite Négrière et les Etats esclavagistes, après le génocide des Amérindiens, l’Etat Américain, Première puissance mondiale, semble incapable d’enrayer sa marche guerrière hors de ses frontières comme à l’intérieur de ses terres. Ses citoyens mutilés, lynchés, déportés,  massacrés et oubliés en sont les multiples traces.  

 

 

Cet article a été rédigé avec une pensée particulière pour Aude et Pierre.

 

 

Franck Unimon, lundi 18 novembre 2019.

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Ad Astra

»Posted by on Nov 6, 2019 in Cinéma | 0 comments

Ad Astra

Photo issue du site Allociné.

 

 Ad Astra, un film de James Gray.

 

A travers ce nouveau film de James Gray, il y a au moins deux histoires : celle du cinéma qui réplique à l’infini des histoires qui ont enchanté nos aînés cinéphiles- avec d’autres acteurs- et que l’on nous a plus ou moins racontés ou que l’on a aperçus. Et celle de l’Humanité qui, pour différentes raisons, souvent du fait de ses carnages et de ses naufrages intérieurs et extérieurs, s’oblige à chercher une meilleure vie dans un au-delà. Pour accéder à cet au-delà, l’Humanité est prête à commettre d’autres crimes et d’autres horreurs tout en prétextant que c’est pour avancer et pour faire évoluer l’Humanité.

Pour accéder à un autre cinéma, James Gray est prêt à s’engager derrière d’autres films réalisés par d’autres dont il connaît sûrement chaque plan par cœur.

 

Il y a au moins du Apocalypse Now (Francis Ford Coppola en 1979) dans Ad Astra. Mais Brad Pitt a remplacé Martin Sheen et Tommy Lee Jones (cela aurait pu être Nick Nolte) est ici le Marlon Brando du nouveau film de James Gray. On parlera sûrement aussi de Stanley Kubrick, Terrence Malick….

James Gray est un réalisateur cultivé et multi-médaillé. Dans l’alcôve des cinéphiles, les films de James Gray sont fait de ce cuivre que bien des regards seront toujours prêts à polir alors on le suit dans ce film qui est bien le sien quelles que soient les œuvres qui l’on précédé et qui ont pu l’inspirer.

 

 

Brad Pitt est ici un super-héros américain de plus qui traverse  son Vietnam, son Afghanistan, son Algérie, son Rwanda, son Irak ou sa Syrie intérieure et antérieure ( sa furie mystérieuse) tout le long du film pour trouver et rejoindre- peut-être-  ce père (Tommy Lee Jones), astronaute pionnier et autre « héros », parti s’établir dans l’espace en abandonnant femme et enfant (le personnage de Brad Pitt alors qu’il avait 16 ans) et que beaucoup décrivent comme étant une étoile morte.

 

Entre la mémoire de celle ou de celui qui nous a abandonné et l’espoir de le retrouver intact dans le corail intergalactique, mais aussi qu’il nous guérisse de notre naufrage moral, il existe bien des récifs et des rencontres qui nous dévient ou cherchent plutôt à nous forcer à changer de sujet. Brad Pitt, homme mûr quitté par sa femme (Liv Tyler), épuisée de son absence, connaît tout ça dans Ad Astra.

 

Le film est-il réussi ? S’agit-il d’une singerie facticement métaphysique ? Tommy Lee Jones est une étoile moindre que Marlon Brando, ça c’est sûr. Néanmoins, ce film est un fruit mur que James Gray nous tend et que l’on aurait tort d’ignorer même si on peut lui reprocher, un petit peu, de ne pas assumer assez la fin de son film comme s’il avait hésité entre une conclusion à la Gravity et la fin fracassante (de l’Humanité ?) que sa conscience lui a pourtant, sûrement, maintes fois commandée au vu de sa filmographie mais à l’imminence de laquelle il continue de se dérober. James Gray n’est pas un réalisateur de commande, c’est certain. Et, nous, on en redemande.

 

Plus bas, il y a un article à propos d’un autre film. Oui, le titre initial Ad Astra de cet article ne le laisse pas supposer. Et alors ? Il y a même ensuite un autre article sur un troisième film. Vous verrez, c’est court et rapide à lire. 

 

                                                           

 

Photo issue du site allociné.

 

 

 

Papicha , un film de Mounia Meddour

 

 

 

Dans l’Algérie des années 90 du terrorisme religieux et du couvre-feu,  une génération après la guerre de la libération, Nedjma ( l’actrice Lyna Khoudri)  est une brillante étudiante et une couturière douée. La nuit, avec une de ses amies, Nedjma prend la mesure de sa jeunesse :

 Elle fait le mur, se maquille, fume et se rend en boite de nuit -en taxi- où elle vend ses robes à des algéroises aisées. Cela, aussi, grâce aux backchichs qu’elle donne au gardien de la cité universitaire qui pourrait être son père et qui fait l’aveugle lorsqu’elle sort et rentre au petit matin.

 

Les étoiles de Nedjma sont son pays et cette vie qu’elle veut faire défiler par ses doigts dans ses robes. Mais l’avenir de Nedjma et de ses amies se coud de plus en plus dans la toile d’araignée grandissante de l’intégrisme religieux.

 

Nedjma doit apprendre en grandissant que ce pays dans lequel elle a grandi est devenu, pour elle, un pays rêvé dont le seul succès véritable, c’est la tombe et le sang. Mais incapable de se laisser convertir par cette pénombre, elle s’oppose au renoncement. Contrairement à un Brad Pitt dans Ad Astra, Nedjma n’a pas d’autre planète où espérer se panser en compagnie d’un père éventuel. Même si, pour elle aussi, l’amour est une déroute. Patriote jusque-boutiste, Nedjma et ses amies sont menacées par celles et ceux qui s’estiment les plus purs et les plus justes tandis que d’autres, « justes » opportunistes, en profitent pour faire des affaires ou pour obtenir par la force ou le chantage ce que les lois de la paix réprouvent.

 

Le film  Papicha nous met devant les yeux ce « passé » de plus en plus présent pour lequel certains héros et martyrs sont prêts à mourir afin d’en faire notre futur et notre résidence principale. Ce n’est plus le rêve américain et mégalo dont le personnage de Tommy Lee Jones, dans Ad Astra, incarne l’impuissance devant la vie mais le rêve du suicide pour tous.

 

 

Photo issue du site allociné.

 

Terminator : Dark Fate un film de Tim Miller.

 

 

 

Après avoir vu Papicha, il fallait bien sortir de la tombe et remonter la pente. Terminator : Dark Fate est fait pour ça. Même si dans les Terminator, l’avenir est très sombre, on sait que cela va bien se finir à un moment donné pour les héros. Pour les autres, celles et ceux qui font partie du décor, hé bien, ils font partie du décor. Donc, il faut bien qu’ils servent à quelque chose, à mourir par exemple, afin de rendre la menace crédible et pour que nos héros gagnent du relief et nous étonnent. Et puis, on ne va quand même pas plaindre tous ces gens qui se font éclipser dans le film :

Ils sont payés pour ça car c’est du cinéma.

 

Donc, en allant voir Terminator : Dark Fate, on ne va pas (trop) plaindre les victimes. De toute façon, les héros font très vite leur deuil de leurs proches. Le stress post-traumatique est vite éliminé chez eux. Là où beaucoup de personnes resteraient prostrées, se feraient sur elles et seraient incapables de s’alimenter ou d’avoir une conversation sérieuse ( sur le résultat du prochain match de Foot par exemple), là, on a affaire à des vrais soldats qui ne se plaignent jamais et encaissent très bien les coups durs. Même sans entraînement comme c’est le cas de Dani Ramos (l’actrice Natalia Reyes) qui, cette fois-ci, doit être protégée.

 

Car dans Terminator : Dark Fate l’intrigue est devenue encore plus féministe qu’à l’origine. Trois héroïnes pour un héros. Ça donne bien-sûr de la nouveauté. Trois femmes et, pourrait-on dire, trois types de femmes :

 

Sarah Connor (l’actrice Linda Hamilton) une vieille blonde très masculine.  Grace (l’actrice Mackenzie Davis) une (grande) femme blonde augmentée à la Ghost in the shell ou empruntée à Blade Runner (il y a bien des prêts de joueurs entre clubs de Football)  mais en plus humaine et en plus friable. Et Dani Ramos, une Latinos qui va se découvrir l’héroïne d’une histoire dans un pays ou le Président américain actuel (Trump) qu’elle ne connaît pas et qui n’est jamais cité en veut à son peuple de l’autre côté de la frontière.

 

Même le méchant (l’acteur Gabriel Luna) a un physique de Latinos. Schwarzie, lui, vieillit bien (72 ans) comme souvent. Et en voyant le film, je me suis dit que cela allait nous faire tout drôle lorsqu’il allait disparaître pour de bon. Parce qu’à force de l’avoir vu dans Terminator et revenir, surtout, plusieurs fois dans Terminator, je suis sûr que nous sommes des millions à désormais croire que cet homme est indestructible car il a toujours été là sur nos écrans. Avant Trump. Avant Daech. Avant Bachar El Assad. Avant Poutine. Avant les gilets jaunes. Avant Macron. Ça va nous faire tout drôle lorsqu’il sera parti pour de bon. Alors on profite bien de son humour dans Dark Fate car c’est lui qui en transporte le plus tout en nous parlant des Etats-Unis et de leurs rapports aux armes à feu. Terminator/Schwarzie a aussi une certaine vision- drôle- de la vie de couple.

 

Mais ayons un mot tout particulièrement pour l’actrice Linda Hamilton qui rempile dans le film à près de 70 ans ou peut-être plus (63 ans dans les faits : pourvu qu’elle ne lise pas mon article). Oui, elle a vieilli. Mais quelle vieille ! On ne la trouvera pas à l’EHPAD, elle. Ou alors, c’est elle qui dirigera le personnel et lui fera faire des pompes (à insuline ou à héparine).

 

Les actrices Linda Hamilton et Dani Ramos. Photo issue du sité allociné.

 

Cependant, un détail en particulier me retient lorsque je repense à Linda Hamilton dans le film :

J’ai plutôt entendu dire qu’avec la ménopause, les femmes devenaient de grandes candidates à l’ostéoporose et aux fractures. Dans Dark Fate, l’actrice Linda Hamilton (Sarah Connor) se fait brutaliser plus d’une fois par le Terminator létal ( l’acteur Gabriel Luna). Et elle n’a pas une fracture. A peine un petit bleu. Même pas un œdème ou une varice qui explose. C’est un indice : Linda Hamilton, aussi, nous survivra. Et, c’est tant mieux.

 

Lorsque nous serons morts, nous la laisserons, elle et Schwarzenneger/Terminator s’expliquer avec les intégristes qui ont fait tant de mal à Nedjma et ses amies dans Papicha. En espérant qu’outre-tombe, il y ait des écrans plats partout avec beaucoup de bons programmes télés, avec des bons films, des bons documentaires, des bons débats et une bonne télécommande. Mais sans la pub. La pub, ça attire les vers et après ça, on ne peut plus rien voir jusqu’à ce que le programme reprenne.

 

Franck Unimon.

 

 

 

 

 

 

 

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Crédibilité

»Posted by on Nov 5, 2019 in Echos Statiques | 0 comments

Crédibilité

 

 

                                                                     Crédibilité                                                   

 

 

Nous étions une cinquantaine ce matin à attendre l’arrivée des membres de la direction. Il faisait un peu frais et l’atmosphère était humide. Certaines et certains portaient le brassard de leur délégation syndicale voire un drapeau. Un bon nombre, comme moi, portait uniquement ses vêtements ordinaires.

 

La veille, une de mes collègues avait insisté pour être présent afin d’exprimer de nouveau à notre direction certaines de nos doléances. Elle m’avait convaincu de venir. Et, ce matin, je ne la voyais pas. Mais j’avais reconnu deux autres collègues que je n’attendais pas. Et, j’avais fait la toute dernière partie du trajet avec une militante qui était venue un matin faire un remplacement dans notre service et que j’avais reconnue.

 

Un des délégués syndicaux, animant la manifestation, a fait du bruit avec d’autres manifestants. Assez vite, une personne est venue « nous » prier de nous faire plus discrets car des personnes étaient en train de passer un examen. Je suis resté là à regarder et à écouter ce qui se passait :

Ce matin, comme lors des quelques fois où j’ai manifesté depuis mes études, j’étais venu pour être présent, écouter, éventuellement faire des rencontres et comprendre un peu mieux ce qui se passait. Pas pour faire du bruit et encore moins pour casser que ce soit une ambiance ou des objets.

 

Devant la persistance du « bruit », d’autres personnes, présentes comme nous dehors devant le bâtiment de la direction, ont alors entrepris de nous « raisonner » afin de faire moins de bruit. Jusqu’alors, je les prenais pour des manifestantes comme nous (c’étaient exclusivement des femmes). Un de mes collègues, dont j’ai découvert ce matin le militantisme éprouvé, a rétorqué à l’une d’entre elles que ce n’était pas son problème ! Puis, il lui a tourné le dos.

 

J’ai essayé d’en savoir un peu plus. Je me suis approché de ce groupe de femmes qui nous avait adressé quelques sourires et dont plusieurs fumaient une cigarette en attendant une échéance qui se révélait être différente de la nôtre.

L’une d’elle m’a alors expliqué que le bruit que nous faisions alors que d’autres personnes, des collègues, passaient leur examen, nuisait à notre démarche. Et que notre attitude avait plutôt pour effet de nous retirer de la « crédibilité ». Il fallait donc comprendre que nous étions une cinquantaine de demeurés et que nous ferions mieux de la fermer tel un troupeau en quarantaine afin d’être écoutés et pris en considération.

 

J’ai répondu plutôt diplomatiquement à cette personne :

« Il n’y a pas de façon idéale pour s’y prendre ». «  Avant ce matin, il y a eu toutes ces fois où nous n’avons pas fait de bruit et où nous nous sommes bien tenus. Et, finalement, nous sommes obligés de revenir pour redire des choses qui ont déjà été dites ».

J’ai ajouté :

« Ce matin, je ne suis pas venu pour faire du bruit ou pour déranger celles et ceux qui passent un examen ».

 

Je ne me souviens pas de ce que m’a alors répondu cette « collègue ». Mais j’ai néanmoins retenu que celles et ceux que nous étions susceptibles de perturber lors de leurs examens avaient pour but de devenir de futurs cadres. Et que celle à laquelle je venais de m’adresser faisait vraisemblablement partie de ces futurs cadres ou en tout cas aspirait à le devenir.

Je n’ai pas développé ce sujet avec elle. Je n’étais pas venu pour ça et le dialogue, ce matin, était déjà devenu impossible entre elle, ses semblables, et nous. Mais je me suis ensuite demandé quel genre d’employé(e) avait été cette éphémère interlocutrice et ses semblables et ce qu’elle avait bien pu percevoir de son milieu professionnel.

 

L’ironie veut qu’en me rendant ce matin à cette manifestation, je suis passé à côté du bâtiment de l’ANFH. L’ironie réside dans le sujet marqué au tableau dans une des salles de l’ANFH devant un groupe de professionnels :

 

« Connaissez-vous vraiment l’environnement professionnel dans lequel vous évoluez?».

 

En m’éloignant de cette salle de cours, aperçue depuis la rue, afin de me rendre à cette manifestation, j’avais jugé cette question très sensée d’une manière générale. J’ignorais que dix minutes plus tard, j’allais faire l’expérience concrète que nous pouvons, en exerçant le même métier, avoir une connaissance opposée de notre environnement professionnel. A moins que mon interlocutrice éphémère et moi ayons, dès le début, toujours évolué dans des environnements professionnels totalement différents en exerçant, pourtant, le même métier.

 

Il y a presque dix ans maintenant, je m’étais rendu à l’hôpital Ville-Evrard pour assister à un colloque dont le sujet était : « Patients difficiles et dangereux ».

 

Lors d’une intervention, une cadre infirmière, accompagnée d’une infirmière, avait décrit une situation dans un service où, « administrée » au moins par une pénurie de personnel et de tabac, en l’absence d’un médecin un jour de week-end, le personnel soignant présent pouvait se retrouver durement exposé à la violence- et aux manques- des patients. J’avais voulu faire le beau et, au micro, j’avais alors dit qu’en entendant cette description, cela donnait l’impression d’une « profession à bout de souffle ». Très vite, des soignantes s’étaient empressées de me voir comme le traître qui les méprisait et les jugeait. Et plusieurs d’entre elles avaient tenu à affirmer qu’elles n’étaient pas à bout de souffle !

 

J’avais opté pour ne pas répondre. J’aurais sans doute dû. J’aurais sans doute dû reprendre la parole- et le micro qui s’était « envolé »- et mieux expliquer que je ne comprenais pas que des professionnels continuent- encore- d’accepter des conditions de travail contraignantes et dévalorisantes en restant dans le même service. Tout en se plaignant. Pendant des années.

Ce jour-là, j’aurais sans doute dû dire aussi que dans ce colloque, comme souvent, la parole était (reste ) la propriété et la proie de celles et ceux qui ont le pouvoir hiérarchique et administratif tandis que le « petit » personnel attend plutôt sagement ou avec crainte qu’on la lui donne ou que les « puissants » délivrent la solution magique tant espérée ou un quelconque sortilège à même d’annihiler tous ces cauchemars qui repoussent plus vite que l’hydre.

 

Depuis, environ dix ans plus tard, et plusieurs fois, lors de manifestations (pas uniquement à l’hôpital), j’ai déjà vu écrit les termes «  à bout de souffle ». Je ne connais pas ces personnes qui ont écrit ça.

 

 

Ce matin, il y avait trop de bruit pour moi dans les escaliers lorsque nous sommes montés rejoindre les dirigeants de l’hôpital. Nous étions pourtant censés le faire discrètement. Fort heureusement, nous avons seulement eus un ou deux étages à monter.

 

La salle était déja préparée pour un CTE. Et d’une cinquantaine, nous sommes passés à environ soixante dix ou quatre vingt personnes dans cette assez grande salle. Du café chaud, du sucre et du jus d’orange étaient à disposition à l’entrée. Quelques personnes, parmi les manifestants, se sont servies.

 

Le directeur de l’hôpital et ses adjoints étaient debout côte à côte. Sur la « pancarte » posée sur la table devant eux, à leur place, se trouvaient leur prénom et leur nom.  C’était la première fois que je pouvais mettre un visage sur trois de ces noms dont j’avais déjà entendu parler. Je ne crois pas qu’ils se soient amusés à intervertir leur place. Je ne crois pas non plus que ce soit eux qui aient écrit leur propre prénom et leur propre nom sur leur « pancarte ». Et, je ne crois pas non plus qu’ils se soient chargés de l’intendance qui avait permis à cette salle d’être présentable comme elle l’était.

 

Le délégué syndical « animateur » s’est adressé en priorité à nos trois dirigeants principaux. Trois hommes. Tout le reste du staff des dirigeants était constitué de femmes. La secrétaire du CTE était aussi une femme. Mais séparons-nous tout de suite de certains préjugés si c’est possible :

 

Dès qu’une personne adopte les codes et la culture d’un certain mode de management et de décision, le fait qu’il soit un homme ou une femme importe peu. Là, je souligne que les trois dirigeants principaux et officiels sont des « hommes » pour rappeler comment s’organise encore le Pouvoir dans « notre » hôpital à l’image du monde politique, de notre pays, de notre culture. Et du monde.

 

C’est bien à des hommes politiques que nos trois dirigeants en costume m’ont fait penser ce matin. Chacun son style :

 

L’un avait un visage avec les yeux cernés du cuir de celui qui a de la poigne, de l’endurance et dont l’énergie est celle d’une locomotive que rien ni personne ne doit arrêter.

L’autre, crâne rasé, lunettes bien pensées, avait l’attitude zen de celui qui  reste en équilibre stable quelle que soit l’averse ou le courant.

Le troisième enfin, avait le petit sourire fin, presque invisible, de celui qui vous lacère entre deux rais de lumière avec le savoir-faire et le savoir-taire de la hyène.

Et puis, il y avait celles qui étaient à leurs côtés ou de part et d’autre de la pièce et dont il est difficile de connaître avec précision l’exacte capacité de décision et de réflexion ainsi que leur plan de carrière ou de cimetière.

 

Le trio nous a tranquillement regardé entrer dans la salle comme s’il assistait pour la énième fois au même cirque de manifestation : slogans, quelques coups de sifflet.

 

Après deux ou trois minutes, le calme s’est fait et le délégué syndical « animateur » a parlé et dit que la parole allait être donnée aux employés présents. Le directeur de l’hôpital a répondu qu’une CTE était prévue pour débuter à 9h30 (à peu près l’heure où nous sommes entrés dans la salle). Il a demandé à la secrétaire de la CTE s’il était possible d’accorder «  cinq minutes » pour écouter. La secrétaire de la CTE, debout et à l’écart des dirigeants, derrière les manifestants, a rapidement répondu qu’elle était d’accord ! Elle ne paraissait pas plus effrayée que ça.

 

 Après un petit silence, un employé a pris la parole. Au bout d’une minute environ, le directeur lui a coupé la parole au ton de :

« Nous n’abordons pas les situations personnelles en CTE ! ». L’employé ne s’est pas laissé faire. Un délégué syndical a fait valoir que cet employé exprimait une situation qui concernait tout un service.

 

D’autres doléances ont été exprimées. Des heures sup non payées. L’impossibilité de joindre le service de la DRH et l’obligation d’en passer désormais par une boite vocale. La pénurie de personnel. L’absence d’une stratégie de recrutement. La fermeture des services. La disparition de ce qui faisait l’attractivité d’un hôpital (crèche, aide au logement…). L’hygiène : une employée a remarqué qu’il y avait des souris dans certains services mais a constaté qu’il n’y en n’avait pas dans cette salle de réunion !

 

Une militante a interpelé le directeur :

« Certaines personnes ont fait une heure trente de trajet pour venir ce matin, alors regardez-les bien!». Le directeur a alors répondu qu’il venait de remercier toutes les personnes présentes. Comme il avait aussi dit que certains des sujets qui venaient d’être évoqués allaient être abordés lors de cette CTE.

 

Un peu plus tôt, le dirigeant « zen », lorsqu’il avait répondu, avait levé l’index tout en s’exprimant. Le dirigeant « hyène », lui, n’a pas lâché un seul mot.

Une des dirigeantes a eu quelques sourires. Cela a fini par lui être reproché par une employée qui a trouvé insupportable qu’elle puisse sourire ainsi alors que l’on parlait de « burn-out » du personnel. La dirigeante s’est alors défendue de prendre cela à la légère.

 

J’aimerais revoir plusieurs de ces personnes, isolées et sorties de leur rôle de dirigeant lors de circonstances imprévues, par exemple en vacances, avec femmes ou compagnons ainsi qu’avec leurs enfants voire avec leur animal domestique s’ils en “ont”. Si certaines resteraient bien-sûr emmurées dans le même type de relation, d’autres seraient sans doute plus fréquentables. Mais nous n’étions pas là pour parler de ça.

 

Nous sommes partis vers 10h. Nos cinq minutes d’intervention avaient finalement duré vingt bonnes minutes.

Puis, en bas, et dehors, à nouveau devant le bâtiment où nous nous étions donnés rendez-vous ce matin, le délégué syndical « animateur » a fait la conclusion de ce qui s’était passé. Il a dit que nous nous étions très bien exprimés. Que maintenant allait se dérouler la CTE au cours de laquelle des représentants du personnel allaient nous défendre. Et qu’il importait d’être présent pour la manifestation le 14 novembre.

 

 

Ce 20 novembre, le film Les misérables ( prix du jury à Cannes cette année)  de Ladj Ly va sortir en salles. Dans une interview, Ladj Ly a déclaré que cela faisait des années que bien des gens sont  des gilets jaunes dans les banlieues. Dans différentes catégories de la population et de certaines professions, les gilets jaunes sont légion depuis des années voire depuis une bonne génération. Et c’est bien-sûr le cas dans le milieu de la Santé. Dans les années 80, le professeur Schwartzenberg, bref Ministre de la Santé et cancérologue réputé, devant les manifestations infirmières, avait à peu près dit :

 

«  Le gouvernement n’a pas le droit de laisser pourrir cette grève ». C’est pourtant ce qui s’était produit. Il y a trente ans et depuis plus de trente ans, les différents gouvernements ont laissé pourrir bien des grèves infirmières et autres ( voir le documentaire récemment sorti de Jean-Pierre Thorn L’âcre parfum des immortelles).

C’est une certaine vision du monde, une certaine méthode de gestion et de management intensive et répétitive qui nous a amenés à être là, ce matin, comme d’autres et d’autres fois. Pourtant, ce matin,  aucun d’entre nous ne portait de gilet jaune. Bien qu’il soit possible que certains d’entre nous aient déja manifesté avec des gilets jaunes. Comme si, sans même nous concerter, nous nous étions tous appliqués à bien nous démarquer du mouvement des gilets jaunes.

Et, évidemment, aucun d’entre nous n’a cassé, menacé ou insulté non plus qui que ce soit ou quoique ce soit. Un classique lors de nos manifestations. Comme il est aussi classique que le personnel soignant, lui, parte à la casse, le plus souvent en silence et dans l’oubli des «dirigeants ». Lesquels dirigeants font peut-être véritablement, par moments, quand ils sont pris d’un sursaut de conscience et lorsque la durée de leur “mandat” le leur permet, ce qu’ils peuvent, mais qui ne peuvent pas, aussi, combler tout ce qui a pu être négligé et oublié pendant des années avant eux.

 

Les trois dirigeants que nous avons vus ce matin n’avaient pas peur de nous. A l’hôpital, c’est une tradition séculaire d’avoir des employés qui ont, dans leur grande majorité, peur de leurs dirigeants. Que les dirigeants soient directeurs d’hôpital, responsables du service de DRH, médecins ou cadres. Comme dans toute entreprise, il y a une sorte d’organigramme un peu militaire qui y régente les relations humaines selon les vertiges hiérarchiques. Avec cette particularité, je le rappelle, que nous parlons d’un personnel majoritairement féminin dans un monde dirigé par des hommes. Personnel soignant dont les principales motivations sont de soigner et d’assister et non de se bagarrer à l’image de ces combattants- armés- qui sont entraînés et aguerris pour survivre, nuire, détruire, tuer et proscrire. Les dirigeants politiques-  et bien d’autres dirigeants- savent construire leurs discours, leurs attitudes et leurs projets en fonction de ces motivations et de ces particularités d’engagement :

On ne s’adresse pas à Rambo ou à Terminator de la même façon que l’on va s’adresser à un soignant, celui-ci fut-il légitimement en colère et en nombre.

 

 

Ce matin, nous sommes repartis sans faire de bruit. Le jour où des dirigeants décideront de faire matraquer  par des forces de l’ordre celles et ceux dont le métier est de soigner, sans doute que beaucoup changera. En attendant, nous continuons de nous adresser à celles et ceux qui ont pouvoir de décision, et, en principe de réflexion, car nous pensons que c’est comme ça qu’il faut faire. Que c’est comme cela que nous pouvons gagner en crédibilité.

 

 

 

Franck Unimon, mardi 5 novembre 2019.

 

 

 

 

 

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Massage assis

»Posted by on Nov 3, 2019 in Voyage | 0 comments

Massage assis

 

 

                                                              Massage Assis

« A un moment, il faut rendre leur corps aux gens » m’avait dit ma tutrice en formation massage. C’était il y a trois ou quatre ans. Je me trouvais alors chez elle et sa compagne près de la gare de l’Est. Je venais de lui faire un massage sur table.

 

«  Le corps, c’est l’inconscient » m’avait dit un collègue pédopsychiatre et lacanien que je n’ai jamais massé et que j’ai du mal à imaginer recevant un massage. Ce collègue brillant et attachant fait selon moi partie de toutes ces personnes atteintes profondément par ce que j’appelle la névrose de «  la pensée souveraine ».  Mais il est possible que je me plante complètement :

Dans certaines conditions -qu’elles choisissent- beaucoup de personnes peuvent  nous étonner par leur ouverture d’esprit.

 

«  Le massage peut permettre certaines dérives sectaires » m’avait à peu près dit une amie kiné avec laquelle nous avions, un moment, envisagé de réaliser des massages à quatre mains sur table.

 

«  Le massage, c’est un bon moyen de drague ? » m’avait demandé lors d’un événement techno, avec un air « complice », un jeune commercial sûrement déjà particulièrement doué pour séduire.

 

«  J’ai déjà fait (reçu) plein de massages » m’avait dit mon « cobaye » : un robuste moniteur de plongée et d’apnée, motard par ailleurs. Il se trouvait alors sur la table de massage et j’étais en train de lui masser le dos dans ce centre de plongée et d’apnée que je démarchais afin d’y proposer mes services.

 

Un de mes amis d’enfance avait, soudainement, entrepris de satisfaire un besoin urgent alors que je le massais sur table : consulter ses sms.

 

Mon petit frère (déjà adulte) était resté endormi cinq bonnes minutes sur la table après que j’aie eu fini de le masser la première fois.

 

Lors d’un échange de pratiques de massages, il m’est arrivé de me faire masser par un homme qui, en cours de route, avait eu envie d’un autre genre d’échanges. Nous étions chez lui et j’étais sur la table tandis que le programme radiophonique de France Culture diffusait son contenu. Cette erreur d’aiguillage, régulée à un moment donné, a aussi fait partie de ma formation. Et de celle de ma compagne. Comme elle me l’a ensuite dit lorsque je lui ai raconté :

« Tu as de la chance d’avoir une femme comme moi ».

 

Après le judo, après quelques expériences de comédien au théâtre et au cinéma dans des courts-métrages, après l’écriture, après la plongée, après le journalisme (bénévole) cinéma, après des années d’exercice en psychiatrie et en pédopsychiatrie, je m’étais décidé à suivre l’exemple d’autres collègues de mon service afin de me former au massage bien-être. Avant « ça », plus jeune, je voulais être kiné pour travailler dans le sport. Je voulais être journaliste. Faire de la philo et de la psycho.

Je m’étais finalement arrêté à la formation d’infirmier. C’est encore ce métier qui, aujourd’hui, économiquement, administrativement et socialement me fait « vivre » et, aussi, « m’estampille » et « m’étiquette ».

 

Le métier d’infirmier qui suscite tant de « correctes » et de sincères admirations est aussi un métier de femmes- et d’executant(es)- dans une société et un monde masculin où les dirigeants sont principalement certains hommes. Un certain type, un certain genre d’hommes.

 

Le métier d’infirmier ne m’a jamais suffi. Même si une partie de ses valeurs me suivent souvent dans ce que je fais ailleurs, mon identité est à cheval sur plusieurs cultures. Et je bascule régulièrement de l’une à autre. Aujourd’hui, je « suis » infirmier en pédopsychiatrie mais m’incarcérer dans cette gestuelle, cette pensée et ce vocabulaire, c’est me réduire en cendres. Je suis vivant et mobile. Ma poitrine se soulève, s’abaisse et je respire. Dans mes pensées, je chasse autant que possible les cendres et la déprime qui peuvent m’encombrer. Je les perçois lorsque elles commencent à devenir trop présentes, les perce. Et j’évacue.

 

 

Je n’étais pas particulièrement déprimé lorsque j’ai décidé, au début de cette semaine, de répondre à cet appel du 1er novembre.

 

 

Quelques fois, comme d’autres « anciens » stagiaires, je reçois de certains de mes anciens formateurs en massage « bien-être » des messages. Il peut s’agir, comme pour ce 1er novembre, d’être volontaire pour réviser et de permettre à la formatrice d’avoir un nombre pair de participants.

 

Aujourd’hui, j’ai renoncé à me reconvertir dans le massage bien-être. Une de mes anciennes partenaires de jeu au théâtre ( pour la pièce La Comédie des erreurs de Shakespeare que nous avions jouée avec d’autres au théâtre du Nord-Ouest)  avait raison :

Faire du massage bien-être est la continuité du métier d’infirmier or ce que je voudrais développer en priorité, c’est plutôt ma personnalité culturelle et artistique. Mais le massage, comme d’autres actes (respirer, écrire, lire, pratiquer l’apnée, la photo) fait aujourd’hui partie de moi. Proche de l’Art martial et de la méditation, le massage est un arc et aussi le miroir de ce que nous sommes. Entre la flèche et nous, ce qui changera la donne, plus que d’établir des records ou de vouloir devenir le meilleur masseur « du monde », c’est et ce sera l’intention.

 

Récemment, à une formation sur le thème de Spiritualité et addictions, j’ai demandé à un intervenant quels étaient les gardes fous contre une emprise sectaire ou jihadiste. Il m’a répondu :

 

Liberté, gratuité et charité.

 

On peut évidemment devenir un professionnel (en massage bien-être ou dans une autre spécialité) et se faire légitimement rémunérer à hauteur de notre engagement. Et s’épanouir. Mais les rapports que l’on adopte et que l’on adoptera avec la liberté, la gratuité et la charité conditionnent et conditionneront beaucoup nos intentions ainsi que, souvent, ce que l’on vivra véritablement.

 

Ce 1er novembre, jour férié, je suis peut-être venu dans cet état d’esprit :

 

Je n’ai pas gagné d’argent. J’ai été massé et j’ai massé. J’ai écouté, parlé et interrogé. Puis, à la fin de la journée, je suis parti faire ma nuit de travail à l’hôpital en ayant eu le sentiment d’avoir passé une très bonne journée. D’avoir été au rendez-vous avec moi-même.

 

 Ma journée avait d’abord bien commencé- et tôt- avec ma fille. Je m’étais bien entendu avec elle afin qu’elle laisse sa mère se reposer. J’étais parti de la maison plutôt content de moi. Au lieu de m’être à nouveau fâché :

 

J’allais passer ce jour férié avec d’autres personnes, la plupart inconnues, mais auparavant, je lui avais transmis quelque chose de la vie et du monde dans l’entente, l’apaisement et une compréhension, je l’espère, réciproques. C’est ce qui, je crois, est à l’oeuvre dans tout « bon » massage comme dans toutes ces relations avec les autres ainsi qu’avec nous-mêmes que nous recherchons et essayons quelques fois- ou souvent- de vivre.

 

 

Franck Unimon, ce dimanche 3 novembre 2019.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Marseille-Toulon-La Ciotat, octobre 2019

»Posted by on Oct 29, 2019 in Voyage | 0 comments

Marseille-Toulon-La Ciotat, octobre 2019

 

 

Marseille.

 

 

Nous étions à Marseille la semaine dernière. Nous sommes passés quelques heures à Toulon et avons aussi pris un peu la lumière à La Ciotat. Au moment d’écrire cet article, je me dis que rien ne m’oblige à parler de cette expérience lunaire qu’est un voyage de manière scrupuleusement chronologique. Lorsque j’ouvre mon robinet en ce moment j’entends ça :

 

 

 

Cette sculpture, nous l’avons déja vue. Je suis retourné la voir, cette fois, pour connaître le nom de son auteur. Car, sans le nom de son auteur, cette oeuvre est un peu une sépulture. Pour l’artiste et pour ce qu’il a voulu dire :

 

 

Maintenant, nous “savons”. 

 

 

 

Dans mon précédent article sur Marseille(  Marseille, octobre 2019)  , j’écrivais qu’il m’avait fallu du temps pour aimer cette ville. Cette fois-ci, Marseille s’est très vite défendue à sa manière. De sa bouche, les premiers jours, sont d’abord sortis du froid, de la pluie ( des averses jusqu’à faire déborder provisoirement le Vieux-Port) et des jours gris. C’était la première fois que je voyais Marseille comme ça. 

 

Je n’ai pas pas de photo d’inondation. Nous rentrions à Marseille par le train  en provenance de Toulon lorsque l’averse est tombée. Elle nous a douché avec passion à notre sortie de la gare. 

 

Dans Toulon.

 

Nous sommes allés à Toulon parce-que s’y trouve un magasin de vêtements techniques supposés résistants et pratiques ( aussi bien faits pour le voyage que pour la ville) qui y a ouvert en 2014. Et il n y a qu’à Toulon, pour l’instant, que la marque dispose d’un magasin physique. Autrement, il faut commander sur internet. Or, j’ai préféré me rendre sur place afin d’essayer les vêtements et de me faire mon idée concernant les articles et les tailles. Lors des quelques heures passées à Toulon, je me suis dit que cette ville a des atouts pour être plus attractive qu’elle ne l’est. Mais des -très- mauvais choix au moins architecturaux ont été réalisés pour cette ville située en bord de mer. On résume souvent Toulon à une ville raciste et d’extrême droite mais j’ai l’impression qu’elle est un peu plus nuancée que ça. 

 

Dans la rue D’Alger, à Toulon.

 

 

Et,  évidemment, ce “bateau” ( photo précédente) est selon moi, au contraire, lui, une très belle réalisation. Même si je ne sais pas comment on vit dans ces immeubles. Concernant les vêtements, pour l’instant, je suis plutôt content.Ils sèchent vite en cas de lavage et sont agréables à porter même par temps plutôt chaud.

Il est une autre marque ( crééé en 2008) de vêtements très techniques et tout autant présentables en ville que j’ai découverte récemment. Non seulement, elle est plus onéreuse. Mais en plus, cette fois-ci, le seul magasin physique se trouve à Brooklyn. On peut commander par internet mais ça m’ennuie pour des raisons pratiques évidentes ( essayage, coût…). Je regrette, en 2011, alors que nous étions à New-York, de ne pas avoir alors connu cette marque. Je connais bien “quelqu’un” pour qui la ville de Brooklyn a un sens et une importance très particuliers. Mais demander ce genre de service m’embarrasse un peu. 

 

 

 

 

Sur l’île de Frioul.

 

Je portais les vêtements achetés à Toulon sur moi ( un tee-shirt et un pantalon) pour la première fois, à Frioul. Et, le soleil était revenu sur Marseille et les environs. En partant de chez nos amis en fin de matinée, nous sommes arrivés sur le Vieux-Port pour embarquer environ cinq à dix minutes avant le départ du bateau. Parmi les personnes qui faisaient la queue pour embarquer, j’ai reconnu La Virée à Paname avec leurs deux enfants. La dernière fois que j’avais rencontré C et H, réalisatrice et réalisateur de La Virée à Paname, c’était, je crois, au festival du court-métrage de Clermont Ferrand il y a peut-être quatre ou cinq ans. Comme nous, ils habitent dans l’île de France, et, comme nous, ils étaient venus passer quelques jours à Marseille. Comme nous aussi, ils étaient dans le TGV que nous avions pris depuis Gare de Lyon le lundi. L’après-midi passée avec eux fut très agréable. C’est la seconde fois qu’à Marseille, je rencontre quelqu’un que je connais personnellement de la région parisienne. La première fois, c’était G que j’avais croisé à la terrasse d’un restaurant sur le Vieux-Port. Il était là pour un tournage de Plus belle la vie. Et, d’ailleurs, je l’avais présenté aux amis marseillais qui nous ont hébergé la semaine dernière. 

 

Sur l’île de Frioul.

 

Entre Marseille et les îles Frioul.

 

De retour à Marseille. Sur notre gauche, le Mucem.

 

 

Marseille, vers les docks.

 

 

 

En revenant à Marseille, j’ai aussi revu d’autres amis installés depuis plusieurs années à Auriol. La dernière fois que j’étais allé chez eux, je me souviens que leurs deux fils étaient au plus loin à l’école primaire. Aujourd’hui, l’un des deux effectue ses études à Luminy.

J’ai aussi revu une ancienne collègue rencontrée à Montesson il y a plus de 15 ans maintenant. Elle habite désormais à Ensues la Redonne.

 

Gare d’Ensues La Redonne.

Il y avait un petit côté gare de western désolée en arrivant. Mais nous sommes en provence.

 

Le trajet depuis Marseille St Charles pour Ensues La Redonne m’a fait passer par l’Estaque. Je n’étais jamais passé par l’Estaque. La vue depuis le train a été très agréable. Nous étions plusieurs passagers, à activer pathétiquement nos appareils photos pour prendre des clichés de la vue à travers la vitre. Mais il me reste un petit fond de dignité et je garderai ces photos pour moi. 

Après avoir discuté de Marseille, de Lyon et d’autres sujets avec elle et son mari, C m’a emmené à Carry le Rouet qu’elle m’a fait découvrir ( merci encore!). 

 

A Carry Le Rouet avec C.

 

 

 

 

 

 

 

Carry Le Rouet.

 

Il nous restait encore quelques jours et Pépita, mon amie qui a quitté Paris il y a une vingtaine d’années pour revenir vivre à Marseille, était désormais de repos à la fin de la semaine. Alors que j’étais parti pour Ensues la Redonne, Pépita a emmené ma compagne et notre fille en vadrouille. Je les ai retrouvées en fin d’après-midi. Ce qui m’a permis de prendre le bus et de revoir la corniche que j’avais découverte pour la première fois avec S. il y a plus de vingt ans.

Le long de la corniche. Au bout à gauche, le cercle des nageurs de Marseille par où est passée et où se trouve une partie de l’élite de la natation française ( Alain Bernard, Camille Lacourt….). Il est possible d’y avoir accès en tant que pratiquant “lambda”, moyennant si j’ai bien retenu, deux cooptations, 1700 euros d’adhésion la première année + 1700 euros.

 

Pépita m’a donné rendez-vous près de la statue de David. Cela me parlait. Il y a plusieurs années, j’avais passé quelques nuits dans l’auberge de jeunesse qui se trouve un peu plus loin vers les calanques. A cette époque, Pépita vivait encore à Paris.

 

En attendant de retrouver Pépita, ma compagne et notre fille, j’ai regardé “David”. Il m’a fait penser à quelqu’un qui s’était statufié à force d’être laissé en plan et d’attendre que quelqu’un accepte de l’emmener quelque part. Ne te laisse pas faire, David ! La première station de bus n’est pas loin. 

Après nous être retrouvés, nous sommes allés nous asseoir au bord de la mer.

 

 

David était encore au même endroit la dernière fois que je l’ai regardé. Mais il a peut-être le pouvoir de revêtir plusieurs formes.

 

Marseille.

 

David, le bénévole, ramassait maintenant les détritus laissés sur la plage. Une femme est venue l’aider. Notre fille aussi. Je l’ai laissée faire un petit peu puis je l’ai appelée et lui ai expliqué que c’était bien. Mais qu’il fallait qu’elle arrête car elle ramassait tout avec ses mains alors que David, lui, portait des gants et avait une pince. Je me suis abstenu de dire à notre fille que j’estimais, aussi, que c’était aux adultes qu’il revenait d’abord de prendre ce genre d’initiative et de responsabilité avant de s’en décharger sur des enfants. Ensuite, j’ai expliqué à David la raison pour laquelle j’avais appelé notre fille. Ce qu’il a très bien compris. 

Marseille, hôpital de la Timone.

 

En rentrant peut-être, ou en repartant le lendemain, nous sommes passés devant l’hôpital de la Timone. L’hôpital n’est pas un lieu de vacances et nous sommes simplement passés devant. Mais ça faisait des années que j’entendais parler de cet hôpital et, là, il était près de nous.

 

Au “dessus” de Cassis.

 

 

Nous aurions pu nous rendre à Cassis. Mais je n’avais pas envie de m’y rendre même si Pépita nous a dit que c’était très joli. Et, aussi très touristique. Or, nous étions un samedi.

Au “dessus” du vide. A notre arrivée, deux alpinistes venaient de terminer leur ascension. Ils m’ont répondu que cela s’était très bien passé et qu’il faisait “limite” trop chaud.

 

 

Couple assis au dessus de Cassis.

 

 

Je préférais aller à La Ciotat.

La Ciotat.

 

 

Chaque fois que j’étais venu à Marseille, je n’avais jamais eu l’envie d’y aller. Mais cette fois, j’avais particulièrement envie. Peut-être parce-que je l’avais aperçue lors de notre trajet en train pour Toulon. Egalement pour le son du nom de cette ville. L’idée que la ville ait perdu de son faste économique m’attirait d’autant plus. Ainsi que le fait que le compagnon de Pépita, Marseillais, et Pépita nous disent soit méconnaître cette ville ou y être allée il y a plusieurs années. 

 

 

En arrivant à la Ciotat, Pépita m’a rappelé qu’elle était aussi la ville des Frères Lumière, ceux qui avaient inventé le cinéma. ça m’a d’autant plus donné envie d’être là et d’aller voir ce qui restait de cette Histoire.

 

 

 

 

Le cinéma Lumière, la photo des frères Lumières, le décorum, pour nous, c’était bon ! C’était là que ça s’était passé. Voir le dernier Terminator à l’affiche du cinéma des Frères Lumière était un détail très amusant.

 

Heureusement, Pépita a eu le réflexe d’entrer dans le cinéma et de demander aux employés présents s’il était possible de le visiter. Ils ( une femme et un homme) nous ont rapidement détrompé : auparavant, cent ans plus tôt, cet endroit était une halle. Le véritable cinéma où les frères Lumière avaient marqué l’Histoire du cinéma se trouvait ailleurs dans la ville.

 

La Ciotat.

 

Pépita s’est rendue à l’office du tourisme pour s’informer. Puis, en passant, nous avons acheté du vrai savon de Marseille de la marque Sérail. Ensuite, nous sommes repartis chercher le “vrai” cinéma des frères Lumière.

 

La Ciotat.

 

 

Ma compagne venait de me dire : ” ça fait drôle de voir encore les traces de vie dans ces appartements” et de s’éloigner. Je commençais à prendre des photos de cet endroit lorsqu’une femme s’est arrêtée sur un petit vélo, type vélo pliable. Elle m’a demandé avec sympathie si j’étais de la Ciotat. Je lui ai répondu non mais qu’est-ce que j’en savais, finalement, au vu de mon intérêt soudain pour La Ciotat. En sortant un petit appareil photo, la dame, d’une soixantaine d’années, m’a expliqué que c’était une partie de l’Histoire de la ville qui partait. Et tout ça, pour construire ” un hôtel 36 étoiles !”. Elle m’a raconté qu’enfant, il y a 40 ans ( ou plus), elle s’était rendue dans ce théâtre. Et, aussi qu’il y a encore peu, cette caserne de pompiers était active. Elle envisageait d’envoyer ensuite ses photos à des amis et de leur dire :

“Voilà, ce que c’est devenu !”. 

La dame était engageante et j’aurais pu rester discuter un peu plus avec elle. J’ai néanmoins pris congé. Notre fille est venue me chercher en courant. Ma propension à prendre des photos faisait que j’étais régulièrement distancé et elle s’inquiétait que je me perde. 

 

C’est là où ça s’est passé avec les frères Lumière.

 

Voici le véritable endroit où les frères Lumière ont fait parler d’eux. L’endroit est assez décevant extérieurement et nous nous sommes demandés si l’on nous cachait quelque chose. Mais un des employés nous a confirmé que c’était bien-là. Chaque mercredi et chaque samedi, à 15h, ( il était alors plutôt 17h), a lieu une visite guidée et les piliers d’origine ont été conservés. L’employé a ajouté que l’on “sent” , à l’intérieur du cinéma, que le lieu a une histoire. Nous aurions pu entrer en allant à la séance de 20h mais il nous fallait rentrer.

A défaut de séance cinéma et de visite, nous avons un peu profité de la terrasse extérieure qui donne vue sur la mer, de l’autre côté de la rue. J’ai aussi regardé la programmation que l’employé m’a confirmé être du cinéma d’auteur en version originale.

 

La Ciotat.

Oui, ça donnait envie de revenir à La Ciotat. Pépita, elle-même, a été agréablement surprise par cette visite de la ville.

 

Avant de rentrer, nous sommes allés nous tremper les pieds dans l’eau. A l’entrée d’un club de plongée, dans le centre-ville, j’avais lu que la température était à vingt degrés. Nous avons fait l’erreur étonnante en venant à Marseille de laisser nos maillots de bain chez nous. Mais en définitive, ce séjour nous a bien plu alors nous reviendrons. D’autant que ma compagne a préféré Marseille à Lille ( Lille J + 4). Notre fille, elle, a aimé les deux villes. 

 

 

Franck Unimon.

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Marseille, octobre 2019

»Posted by on Oct 24, 2019 in Voyage | 0 comments

Marseille, octobre 2019

 

Marseille, octobre 2019

 

J’avais une vingtaine d’années lorsque j’ai découvert Marseille. C’était après un séjour à Edimbourg.

 

Je me persuadais d’être plus original et plus libre que la moyenne en suivant pourtant, à quelques détails près, le même parcours que tout le monde. J’avais peur de l’engagement, du sida et du chômage.

 

Pour moi, Marseille était une ville idéale car elle était à première vue compatible avec mes clichés : Le sud, l’accent, la sensualité, le soleil, la mer. Avant elle, des années auparavant, j’avais rêvé de New-York et ça m’était passé. Il y avait aussi eu Grenoble. Ça m’était aussi passé. Comme pays, mon séjour un peu plus tard au Japon allait être un acmé et aussi une rupture avec une partie de mon passé. 

 

A l’arrivée, mon histoire avec Marseille ne se fit pas. Aujourd’hui, si je suivais mon envie de vivre dans une ville de province en France, ce serait plutôt en Bretagne ou dans les Hauts de France.  

Néanmoins, et cela m’avait pris du temps, mais j’avais fini par aimer Marseille malgré tout. Marseille exige certainement du temps pour être aimée.

 

C’est une amie revenue vivre à Marseille il y a bientôt une vingtaine d’années qui m’a rappelé il y a quelques mois que je pouvais revenir, cette fois avec femme et enfant. Son invitation tenait toujours et je l’avais oubliée.

 

 

 

J’ai donc retrouvé la gare de Marseille St-Charles. Je n’avais pas d’attentes particulières hormis le fait de revoir le Vieux-port, Notre Dame de la Garde ainsi que cette amie, son compagnon, et une ancienne collègue venue s’installer dans la région avec son mari et leurs enfants.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Franck Unimon, mercredi 23 octobre 2019.

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L’âcre parfum des immortelles

»Posted by on Oct 22, 2019 in Cinéma | 0 comments

L’âcre parfum des immortelles

 

 

 

 

 

 

 

L’âcre parfum des immortelles un film de Jean-Pierre Thorn avec la voix de Mélissa Laveaux. 

Au cinéma le 23 octobre 2019. 

 

Article de Franck Unimon

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