Chemin de halage

»Posted by on Avr 13, 2021 in Argenteuil, Corona Circus, Musique | 0 comments

Chemin de halage

Sur le chemin de halage entre Argenteuil et Epinay sur Seine. Vers Argenteuil et la A15, ce mercredi 7 avril 2021, un peu avant midi.

                                                      Chemin de halage

 

Je suis parti interroger mon corps. J’avais besoin d’informations. Il a bien voulu se laisser faire. Même si, au préalable, il m’a fallu tout un tas de préparatifs. C’en était ridicule. C’était beaucoup plus simple lorsque j’étais plus jeune.

Mais, là, avais-je les bonnes chaussures ? Mes chaussettes étaient-elles assez minces pour ne pas trop martyriser mes petits pieds ? Car les baskets, pendant le footing, avec le poids du corps et l’afflux du sang, ça comprime.

La veste. Avais-je la bonne veste ? Non, pas ce k-Way- là dans lequel j’allais suer tel un champignon rissolé mais plutôt celle en goretex. Si je l’avais achetée, c’était bien pour qu’elle me serve. Ah, oui, mes clés. Juste celles dont j’avais besoin. Je n’aime pas quand ça fait bling-bling quand je cours. Peut-être parce-que je crains que l’on confonde le bruit des clochettes avec celui du mouvement de recul de mes testicules.

Et, la petite compote, facile à avaler, ça peut servir en cas d’hypoglycémie. Avale-donc un peu d’eau avant de partir. Tu as la bouche sèche. Et un petit bout de chocolat, aussi, car la matinée est avancée. Tu as pris ton petit-déjeuner il y a plus de quatre heures. Et, on dirait que tu commences à avoir faim…

 

J’ai rajouté un masque anti-covid que j’ai mis dans une de mes poches. J’ai ouvert la porte de l’appartement et me suis engagé sur le palier….une pensée.

 

J’allais partir sans mes clés posées à l’entrée.

 

J’ai attrapé mes clés, un peu contrarié. Enfin, j’étais prêt. Un vrai marié. 

 

Dehors, la température extérieure était de 7 degrés. Mais, plus froid, ça n’aurait rien changé. Je reste étonné de voir que certaines personnes attendent qu’il fasse chaud pour sortir le vélo ou faire un peu de sport. « Viens, on va se mettre au sport, il fait beau, aujourd’hui ». Mais lorsque les températures augmentent, notre corps se déshydrate plus vite. C’est rapidement la transe ou le sauna. Il faut être entraîné, condamné ou se préparer à aller courir dans le désert pour sortir faire du sport en pleine chaleur. Ou, bien-sûr, ne rien changer à sa vie sportive habituelle lorsque l’on a en une. Cela est assez oublié, mais l’un des propos du sport est aussi de nous préparer à nous adapter à notre environnement immédiat (rivière, escalade, barrière de corail ou autre obstacle naturel ou mental se trouvant sur notre passage…). Cela dépasse le simple fait de perdre des calories et du gras afin d’être suffisamment “slim” pour la séance plage ou photo. La pratique sportive, seule, ne suffit pas à faire de nous des aventuriers ou des guerriers redoutables. Mais elle peut nous aider à nous élever au delà de certaines de nos faiblesses.

 

Ces faiblesses peuvent aussi bien être d’avoir le souffle court ou d’avoir le réflexe de facilement croire ou penser que tout ce qui vient de nous est forcément nul. Pratiquer régulièrement et à son rythme. En restant proche de la limite du plaisir. Cette règle est valable pour beaucoup de disciplines. 

 

A « l’ancienne » :

 

Je fais toujours mes footing à « l’ancienne » : comme je l’ai appris à l’adolescence.

Pas d’écouteurs dans les oreilles. Pas de podomètre. Pas de cardio fréquencemètres, de montre connectée. Je préfère. 

Si je laisse mon téléphone portable allumé, c’est davantage pour connaître la distance parcourue, peut-être en cas d’appel ou de message important. Ou pour faire des photos. Surtout, aujourd’hui. Il fait beau. Et, ce matin, vers 7h, j’ai repensé au viaduc où la jeune Alisha est morte le 8 mars dernier.

 

Si je ne disais que ça, je paraitrais être sous l’emprise d’un atavisme morbide.

 

Inconsolable

 

 

Lorsque ce matin, j’ai eu l’idée d’y retourner, j’ai d’abord pensé appeler cet article Inconsolable. Dans la musique que j’écoute désormais, Jimi Hendrix avait remplacé Agnès Obel depuis longtemps. Agnès Obel dont un critique avait écrit, il y a quelques années, qu’au début d’un de ses concerts, concert auquel il avait assisté, il avait d’abord eu l’impression qu’elle sortait d’un réfrigérateur. Tant sa musique était froide. Si j’avais aimé et envié cet humour, le critique avait néanmoins remarqué qu’à mesure de l’écoute, la musique d’Obel avait fini par l’atteindre.

 

En écoutant Jimi Hendrix, ce laveur de solo, ce technicien de toute notre surface cérébrale mais aussi crépusculaire, j’avais fini par comprendre la raison pour laquelle, même si j’ai dansé sur ses titres, j’ai toujours conservé une réserve envers Prince, ce génie musical. Je me rappelle d’un article où l’on parlait de la guitare de Prince, comme de son « arme de destruction massive ». Mettez vos oreilles au contact du coffret Songs for Groovy Children , lors des concerts donnés par Jimi Hendrix fin 1969, début 1970 et vous changerez d’avis. Prince devait avoir 12 ou 13 ans en 1969. Il a sûrement entendu parler de ce concert, et encore plus d’Hendrix.

Quand je pense qu’il a fallu payer « seulement » 6 dollars ( les dollars de l’époque) pour voir Hendrix en concert en 1969.

 

Un de mes collègues m’a dit récemment : « Lorsque des gens disent que Prince était un très grand guitariste, ils mentent. Même si c’était un génie ». On peut trouver ce jugement ingrat. A moins d’avoir écouté Hendrix et de se rappeler, à nouveau, qu’Eric « God » Clapton, lui-même, avait pris peur en découvrant Hendrix sur scène en Angleterre, dans son royaume uni. J’ai lu que Clapton peut raconter qu’il avait en quelque sorte trouvé son rythme de croisière avec son groupe (loin d’être des musiciens amateurs) et qu’il se croyait établi. Lorsque Hendrix, arrivant des Etats-Unis, a débarqué sur scène. Hendrix qui avait, à ses débuts, tourné un peu avec Ike Turner, avant que celui-ci, selon certains dires, en aurait eu assez. Car Hendrix prenait trop de solos. En écoutant le coffret de Songs For Groovy Children, la durée des titres ( plusieurs dépassent la dizaine de minutes) et la “longueur” des solos de Jimi Hendrix, on peut s’amuser à imaginer la tête d’Ike Turner s’il avait été sur scène dans ces moments-là. 

Hendrix n’était pas un artiste de foire. Et il était encore moins prêt à rester enfermé dans une cage tel un hamster auquel on viendrait parler de temps en temps. Sa musique, dans ce coffret, m’a tellement consolé qu’en l’écoutant, j’avais envie de pleurer. Le bibliothécaire à qui j’en ai parlé a paru surpris. Alors qu’il avait été le premier à avoir un air un peu navré, lorsqu’il y a quelques mois, je m’étais décidé à emprunter une anthologie de Johnny Halliday. Oui, Johnny Halliday. Dans un magazine de musique réputé, j’avais lu une bonne critique sur un de ses albums qui datait des années 60 ou 70. Je “savais” peut-être déja que Johnny avait sollicité Hendrix afin que celui-ci fasse sa première partie. Par contre, je savais beaucoup moins que Johnny et Jacques Brel étaient très proches. Dans la musique, comme en art et dans la vie d’une façon générale, les gens les plus ouverts et les plus rock’n’roll, peuvent ressembler assez  peu à celles et ceux à qui l’on s’attendait en prime abord. 

Bien que nos yeux soient souvent des guichets ouverts, nous regardons souvent celles et ceux qui nous entourent tels des aveugles…

 

Tout amateur de musique attend ces moments où l’artiste va lâcher un solo. Et où ce solo le saisira le plus longtemps possible. Dans le coffret Songs for Groovy Children, Hendrix en lâche, des solos. Ce faisant, il les tient en laisse bien au delà de la durée réglementaire. Et, sa voix ! Ce Blues. Solo/voix, solo/voix. Cela pourrait être deux personnes. C’en est une. Et, avec Hendrix, ses deux autres musiciens, basse, chant, batterie qui suivent et sont loin d’être des scissions secondaires.

 

 

Cependant, avant Jimi Hendrix, j’avais réécouté le Zouk de Jean-Michel Rotin. Un autre style. Un artiste plus “récent”, encore vivant, que j’ai sans doute très mal présenté.

 

 

Depuis, Jimi a été remplacé ( le coffret Songs for Groovy Children, fastueux) par le concert d’Aretha Franklin Live at filmore West. J’ai emprunté ce cd, avec d’autres, avant que le nouveau confinement dû à la pandémie ne « close » à nouveau les médiathèques et autres lieux estimés « non essentiels ».

Non-essentiels :

 

 Les deux artistes, Jimi Hendrix et Aretha Franklin ont réalisé ces performances sur scène vraisemblablement dans le même festival, mais à un ou deux ans d’intervalle.

 

 

On imagine un certain nombre de duos entre deux artistes que l’on aime bien. Même si, souvent pour des histoires d’ego et de sous, la plupart de ces duos ou de ces collaborations, sont morts nés. Un artiste en plein épanouissement poursuit souvent une trajectoire vers ce qu’il pense être son chemin. Et, personne ne peut ou ne doit le faire en dévier, sauf s’il le décide. Aretha Franklin, par exemple, à ce que j’ai lu, toute croyante et fervente chanteuse de Gospel qu’elle était, n’aspirait à rien d’autre qu’être la meilleure et a considéré d’autres chanteuses comme ses rivales, forcément moins légitimes qu’elle (Natalie Cole, Diana Ross….)

 

 Ce matin, j’ai pensé à un duo Jimi Hendrix/ Aretha Franklin. Il n’y avait peut-être pas de rivalité entre les deux. Je ne sais pas s’ils se sont parlés ou rencontrés.

 

Après Aretha Franklin, j’ai écouté le dernier album d’Aya Nakamura. Aujourd’hui, Aya Nakamura est une vedette internationale. On a pu voir des images du footballeur brésilien, Neymar, superstar du Foot, et de l’équipe du PSG, danser sur son titre Djadja. Youtube n’existait pas à l’époque d’Aretha Franklin et de Jimi Hendrix.

 

 

 

J’aime la musique d’Aya Nakamura. Et ce n’est pas la première fois que je la cite. Mais en découvrant son album (acheté  hier à la Fnac St Lazare demeurée ouverte, en pleine pandémie du Covid, alors que la médiathèque de ma ville, pour les mêmes raisons, a été obligée de fermer son accès au public depuis samedi dernier), j’ai bien été obligé de constater que, comme me l’avait fait remarquer un des employés de la même Fnac il y a environ deux ans, les paroles des chansons d’Aya Nakamura sont loin d’être…. des.prophéties.  Les gros mots ne me dérangent pas. C’est surtout le projet des textes :

 

«  Je t’ai aimé. Tu m’as désiré. Tu m’as menti. Tu m’as trahi. Tu m’as pris pour une conne. Tu parles sur moi. Tiens, prends, ça dans ta figure. Et encore, ça. Je suis libre, j’ai de la fibre, je t’emmerde. Et je peux vivre sans toi. En plus, j’ai beaucoup de succès. Et, toi, tu n’as rien. Qui te connaît ?!  Tchip !».

 

ça fait trois albums que ça dure, et ça peut encore continuer comme ça longtemps puisque ses chansons ont du succès. Je ne discute pas les atouts de sa musique. En écoutant ses paroles, je comprends qu’une certaine jeunesse, en grande partie féminine dans un monde encore réglé par et pour les hommes, puisse s’identifier à ses émois ainsi qu’à ses “exploits” ( sexuels, affectifs, économiques ou autres).

Et puis, la musique d’Aya Nakamura donne particulièrement envie de danser, toutes générations confondues. Ce qui est important pour toute personne qui aime danser ou qui est plutôt à l’aise pour le faire. Ce que peut avoir beaucoup de mal à comprendre toutes celles et ceux, pour qui, le simple fait de taper nerveusement du pied suffit pour danser. Mais aussi celles et ceux qui voudraient décortiquer du Shakespeare ou, pourquoi pas, du Césaire, en toute circonstance.

La musique d’Aya Nakamura emballe tout le corps Ses titres, limités à 3 ou 4 minutes, semblent étudiés pour ça. Ses phrases sont très simples à retenir. Et, j’imagine très facilement un public conquis répéter ses paroles en choeur en plein concert avec une très grande spontanéité libératrice. Et, aussi, frondeuse. 

 

Je constate bien, depuis que j’ai commencé à écouter son album hier que deux ou trois titres me pendent à l’oreille, tels Doudou ou Mon chéri, au moins. Si bien que je dois faire un effort pour remettre l’album d’Aretha Franklin afin de bien choisir le titre que je compte vous présenter. Alors que, spontanément, j’ai surtout envie de remettre le Cd d’Aya Nakamura. Alors que je « sais » comme l’album live d’Aretha Franklin est plus que bon. Et qu’Aya Nakamura n’approchera sans doute jamais de sa voix les contrées et les inspirations qu’Aretha est allée chercher et a fait descendre sur terre pour qu’on puisse les entendre. Mais aussi, que même en matière de “vice”,  Soeur Aretha était encore bien plus indocile que petite soeur Aya. Amen.

 

Travailler, travailler, travailler :

 

Je ne doute pas non plus qu’Aya Nakamura soit une travailleuse dans sa veine artistique et musicale. Ainsi que celles et ceux qui l’entourent et la conseillent plutôt bien.

 

 

 

Dans le dernier numéro du magazine Self &Dragon, il est demandé au comédien Bruno Putzulu, un comédien dont j’aime beaucoup le travail et que j’avais aimé voir au cinéma dans le film L’Appât, film qui m’avait marqué à sa sortie au début des années 90, de feu Bertrand Tavernier- réalisateur décédé récemment – les conseils qu’il pourrait donner à quelqu’un voulant se lancer dans le métier de comédien.

 

 

Pour pouvoir espérer réussir dans le métier de comédien, Putzulu commence par répondre qu’il conseillerait à un (e) apprenti( e ) comédien (ne) de :

« Travailler, travailler, travailler ».

Putzulu connaît évidemment son sujet. Mais je vais pourtant le contredire. D’abord, en tant que comédien, même s’il vit de son métier, il fait partie de ces très bons comédiens, qui sont à mon avis sous-employés. Des comédiens auxquels on ne propose pas des « grands rôles » leur permettant d’étaler véritablement ce qu’ils savent faire. Parce-que l’on ne pense pas à eux. Parce-que l’on ne les choisit pas. Et, cela n’a rien à voir avec leur capacité de travail.

 

Et que l’on ne me parle pas de la « grâce ». Parce-que, personne ne trouve Samuel Jackson ou Joey Starr ou Jean-Pascal Zadi Tout simplement Noir), ni même Omar Sy Yao, Police-un film d’Anne Fontaine ) gracieux. Pourtant, personne, aujourd’hui, ne contestera leur « particularité », leur « originalité », leur « style », leur « personnalité » ou leur « talent ». Parce-que, entre leurs débuts, et maintenant, ils ont chacun, de différentes façons, rencontré le succès. Et se sont rendus “désirables”. 

 

Et, le succès, tout comme le désir, lorsque tu évolues dans un domaine artistique et public, ça se respecte voire ça se gère ou ça se craint. Car cela représente un jackpot économique potentiel si tu fais partie du “deal” ou de l’entourage immédiat du poulain ou de la pouliche qui est très en vue ou qui peut remporter d’autres grands prix. 

 

Que tu t’appelles Aya Nakamura, Aretha Franklin ou Jean-Pascal Zadi. Peu importe le message que tu passes ou que tu essaies de faire passer. Peu importe que, dans le cas d’une Aretha Franklin, Martin Luther King soit venu dormir chez ton père, lors de certains meeting, ou que tu aies fait des concerts, gratuitement, en soutien pour le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis dans les années 60. Ou que, comme Aya Nakamura, tu parles de ruptures sentimentales, et de mecs qui n’assurent pas.

 

Le succès, ça se respecte, et, il n’y a pas de règle établie pour y parvenir. On peut se défoncer toute sa vie pour réussir. Y compris avec son derrière. Et échouer. C’est ça, le secret que tout le monde connaît. Et pour enterrer un peu plus l’idée selon laquelle, la grâce permettrait de différencier une personne qui en a d’une autre qui en serait dépourvue, on va se rappeler que, pour certaines et certains, la grâce est tout de même bien mise sur orbite, ou “aidée”, par l’entourage stratégique que l’on connaît, et le moment, aussi, où l’on apparaît en public. Ensuite, c’est à nous de jouer. Soit on fait tout de travers. Soit on “fait le travail” pour lequel on a été préparé. 

 

Cependant, pour réussir, il faut bien, à un moment ou à un autre, rencontrer, décider ou dérider quelqu’un qui jettera sur notre trajet un peu de cette de poudre magique qui nous permettra de réussir. Et, réussir, qu’on le veuille ou non, cela signifiera toujours réussir économiquement. 

Ce que n’ont toujours pas compris quantités d’idéalistes et d’abrutis- dont je fais partie- qui se condamnent d’eux-mêmes. C’est parce-que je me suis condamné à faire partie des invisibles et des ratés du box-office économique que je fais partie des abrutis.  

 

 

Si des professions comme les professions soignantes sont maltraitées de manière répétée, c’est aussi, parce-que, à moins d’être une personnalité très médiatisée ( ça existe parmi quelques soignants généralement médecins ou psychologues), la majorité des soignants sont des anonymes, donc, éloignés du “succès” public mais, surtout, économique. Lorsque l’on contribue à sauver une vie, par exemple, cela ne fait pas des millions d’entrées au box-office. Cela ne fait pas vendre de la pub, du pop corn ou du coca-cola. Il n’existe pas de festival de Cannes du soin qui serait convoité et visité par des millions de spectateurs, avec limousine, grandes célébrités et retransmission médiatisée dans le monde entier de l’événement. Alors, au mieux, on “admire” les soignants ou on les applaudit. Et, tout ordinairement, on peut les négliger. On peut aussi les plaindre car cela ne coûte pas grand chose non plus. Pourtant, les soignants, comme bien d’autres gens, des artistes inconnus, ou d’autres personnes exerçant dans d’autres professions, sont des travailleurs. Mais pas de petite poudre magique pour eux afin d’améliorer leur statut ou leurs conditions de travail. Pour eux, et pour tant d’autres- les invisibles et les ratés du box-office de la réussite économique- la vie sera dure. Les conditions de travail. Le salaire. L’épargne ou la retraite. La santé. Tout sera susceptible d’être dur ou de le devenir pour eux, s’ils n’apprennent pas à encaisser et à esquiver.

A un moment donné, soit, on sait encaisser. Soit, on se fait lessiver. 

Enfin, si les polars connaissent autant de succès, c’est aussi parce qu’ils racontent souvent l’histoire de grâces et d’innocences qui ont été saccagées. Et nous connaissons, intimement, ce genre de vérités. Donc, travailler, travailler, travailler, ne suffit pas.

 

C’est étonnant comme le simple fait de reprendre les footing peut  vous dévergonder. J’étais plus éteint que ça en partant courir ce matin.

La “petite” Aya Nakamura, elle, avait compris tout ça bien plus tôt que moi, et sans avoir besoin de faire des footing. C’est pour ça qu’elle a réussi et, qu’aujourd’hui, elle peut nous faire danser.

 

 

 

La librairie Presse Papier :

Il y a quelques jours, un collègue habitant aussi dans ma ville, a un moment fait allusion à la mort d’Alisha ( Marche jusqu’au viaduc). Mais c’était pour lui un événement comme un autre. Il a vite occupé ses pensées à tenir sa tasse de café ou à d’autres sujets. ( Quelques jours plus tard, sans que cela ait évidemment de rapport avec le décès de la jeune Alisha,  j’apprenais que ce collègue avait attrapé le Covid)

Ce matin, en allant acheter le journal dans la librairie du centre-ville, j’ai pris le temps de discuter avec le gérant et un habitué. Les deux hommes se connaissent bien visiblement. Le premier habite Argenteuil depuis quarante ans. Le second, enseignant à la retraite, est né à Argenteuil. Militant, je l’ai déjà vu distribuer des tracts à la sortie de l’école. Il m’a appris ce matin être à l’origine de la création du salon du livre d’Argenteuil. Mais aussi de l’association Lire sous les couvertures.

 

Mais il m’a appris davantage : la voie expresse qui, aujourd’hui, coupe les Argenteuillais des berges de la Seine n’existait pas avant….1970. Grosso modo, lorsque Jimi Hendrix a fait son concert fin 1969 et début 1970 ( le concert d’Aretha Franklin date de 1971), il existait une promenade le long de la Seine. On organisait même des cross sur cette promenade qui aurait existé de 1820 à 1970.

 

Sur le chemin de halage, vers Argenteuil, ce mercredi 7 avril 2021. Sur la fin de mon footing, de retour d’Epinay Sur Seine. C’est sous ce viaduc que le 8 mars, Alisha….

 

 

Tout à son récit, D m’a parlé du chemin de halage du côté du viaduc. Marcheur, D s’est enthousiasmé pour le travail « extraordinaire » qui avait été réalisé sur ce chemin de halage pour le rendre agréable. Il m’a confirmé brièvement. Oui, c’était bien là, sous le viaduc qu’il y avait eu le fait divers….puis, il a poursuivi son argumentaire concernant la façon dont l’aménagement de la ville était mal géré. D m’a appris qu’il avait un blog, très bien fait, alimenté régulièrement, dans lequel il parlait d’Argenteuil. Il m’a invité à le lire. Je lui ai aussi parlé du mien mais cela n’a pas paru lui parler plus que ça. Je ne sais pas si D préfère écouter Aya Nakamura ou lire son blog. Je ne sais pas non plus si elle en a un. Par contre, en quittant la librairie, je savais que j’allais retourner au viaduc. J’ai un moment pensé à faire le parcours à vélo afin de bien profiter de la Seine sans trop me fatiguer. Puis, je me suis rapidement dit que ce serait une bonne occasion de reprendre le footing. Afin de voir où j’en étais.

 

Le chemin de halage :

Je m’étais mis en tête de courir trente minutes pour une reprise. Sans aucune idée du temps qu’il me faudrait pour arriver au viaduc.

 

Les dix premières minutes ont été un peu inconfortables. Car mon corps n’était plus habitué au footing. Mais, très vite, j’ai perçu que mon cœur, lui, était au rendez-vous. Peut-être les effets de mes trajets à vélo depuis bientôt deux mois depuis la gare St-Lazare pour aller à la travail. A chaque fois, à l’aller comme au retour, trente minutes de vélo.

 

 

Il m’a fallu douze minutes, à allure douce, pour arriver au viaduc. J’avais le soleil de face. J’ai continué sur le chemin de halage jusqu’à arriver à Epinay sur Seine, ville de tournage de cinéma. Mais ville, aussi, où se trouve une clinique psychiatrique où il a pu m’arriver de faire des vacations. Je pouvais alors m’y rendre en environ vingt minutes en voiture. Là, j’avais mis à peu près trente trois minutes en footing. A vélo, j’en aurais sûrement pour 20 minutes, peut-être quinze, par le chemin de halage. Le centre Aqua92 de Villeneuve-la-Garenne, où les trois fosses et le bassin de 2,20 de profondeur, permettent de pratiquer apnée et plongée n’était pas si loin que ça. Même s’il devait rester quinze à vingt minutes de footing pour y arriver.

 

Je me suis arrêté pour marcher. Prendre le temps de souffler. Quelques photos. Après dix minutes, je suis reparti en sens inverse. A l’aller comme au retour, les gens que j’ai croisés, promeneurs, coureurs, étaient enclins à dire bonjour. L’absorption des relations sociales par le confinement et la pandémie favorisaient peut-être ces échanges simples.

 

 

Je prenais des photos de ce “bateau-école” lorsque G…, me voyant faire, a ouvert la porte pour me renseigner. Elle m’a donné quelques explications, m’a remis une brochure avec les tarifs. Puis, je suis reparti.

 

Je commençais à en avoir plein les cuisses. L’acide lactique. Ça m’a étonné parce-que je ne courais pas particulièrement vite. Cela devait venir du manque d’entraînement, sans doute.

 

A l’approche du viaduc, j’ai ralenti. Encore quelques photos. J’étais près du mur des fleurs à la mémoire d’Alisha, lorsque la sirène du premier mercredi du mois a retenti. Je ne pouvais pas filmer meilleure minute de silence qu’avec cette sirène.

 

 

 

Devant tout ce bleu, tout ce soleil, je me suis dit que la mort d’Alisha, d’une certaine manière était un sacrifice. Et, qu’est-ce qu’un sacrifice, si ce n’est une mort- ou un soleil- qui permet à d’autres de vivre ou qui leur indique le chemin qu’ils doivent suivre pour continuer de vivre ?

 

Photo ce mercredi 7 avril 2021, depuis l’endroit où le 8 mars, Alisha a été poussée dans la Seine après avoir été tabassée.

 

 

Après la minute de silence, j’ai fait le tour du viaduc dans le sens inverse de la dernière fois sans m’attarder. En faisant ça instinctivement, j’ai eu la soudaine impression de défaire le cercle de la mort.

 

Même endroit que la photo précédente, ce mercredi 7 avril 2021. En regardant dans la direction d’Epinay-sur-Seine.

 

Evidemment, je n’irai pas expliquer ça aux parents d’Alisha, ni à ses proches ou à celles et ceux qui l’ont connue de près. Et, je ne crois pas que j’aimerais que quelqu’un vienne me tenir ce genre de propos si je perdais une personne chère.

 

Ce mercredi 7 avril 2021, en rentrant sur Argenteuil vers la fin de mon footing.

 

 

Pourtant, sans cette mort le 8 mars, je ne serais pas venu jusqu’à ce viaduc. Je n’aurais peut-être jamais pris ce chemin de halage alors que cela fait déjà 14 ans que je vis à Argenteuil.

Ce chemin de halage, je l’avais supposé depuis Epinay Sur Seine où je m’étais rendu en voiture ou à vélo. Mais sans savoir qu’il pouvait aller jusqu’à Argenteuil.

Et, j’avais déjà entendu un Argenteuillais, adepte du footing, en parler, il y a trois ou quatre années, mais cela était resté très abstrait pour moi. Je n’imaginais pas un tel chemin, aussi étendu, aussi large, aussi agréable. Et, à travers tout le bleu de ce mercredi 7 avril,  je comprends qu’Alisha, le 8 mars, ait pu très facilement accepter de suivre celle qui a servi d’appât, comme le titre du film de Bertrand Tavernier qui avait été inspiré d’un fait divers. 

Lorsque je suis venu ici pour la première fois ( Marche jusqu’au viaduc ),  il faisait plus sombre. Et je m’étais dit qu’Alisha avait vraiment dû se sentir en confiance pour venir dans un endroit pareil. Mais le 8 mars, il faisait peut-être beau.

 

Lorsque l’on compare les photos que j’ai faites de cet endroit la première fois que j’y suis venu, le 16 mars, avec celles de ce mercredi 7 avril, on remarque que la lumière et l’atmosphère sont très opposées. Ce mercredi 7 avril, la lumière est très belle. J’ai posté une des photos de ce jour, prise depuis le chemin de halage ( celle qui ouvre cet article) sur ma page Facebook, et elle a plu à plusieurs personnes. Elle me plait aussi. Tout ce bleu. Ce soleil. 

Comme ces photos prises deux jours différents, malgré tout le béton dont l’être humain s’entoure, notre nature se lézarde et mue. Ces mues ne sautent pas aux yeux à première vue. Elles sont d’abord invisibles, souterraines, imperceptibles, légitimes ou illégitimes. Mais elles surviendront, pour le pire ou le meilleur, si elles trouvent un moyen ou un chemin pour s’affirmer et s’affranchir de nos secrets.  De nos codes. De nos limites.

Ces mues, nos changements, de comportement, tenteront de s’adapter et de s’habituer au grand jour et au monde. Ils seront parfois aussi violents qu’éphémères. On peut d’abord penser à des crimes ou à des actes monstrueux. Mais on peut aussi penser à certaines carrières fulgurantes :

Jimi Hendrix est mort ultra-célèbre à 27 ans alors qu’il ne pratiquait la guitare que depuis une douzaine d’années…… on nous parle encore d’Amy Winehouse, de Janis Joplin, de tel acteur ou tel actrice “parti(e) trop vite…” . On peut aussi penser à des aventuriers de l’extrême morts trop jeunes tels que l’apnéiste Loïc Leferme . Ou même à l’apnéiste… Audrey Mestre.

 

En m’éloignant du viaduc, un homme noir d’une soixante d’années semblant venir de nulle part, partait comme moi. Il marchait et avait du mal à remonter la pente. Il avait baissé son masque anti-covid sûrement pour mieux reprendre son souffle. Je l’ai dépassé en reprenant mon trot. Ce faisant, je l’ai salué. Il m’a répondu, un peu étonné. Puis, je l’ai distancé. Je serai peut-être ce vieil homme, un jour.

 

Lorsque j’ai retrouvé la route d’Epinay, en allant vers Argenteuil, un bus 361 m’a dépassé. Puis, j’en ai un croisé un autre un peu plus loin. A l’aller, aussi, j’avais croisé un 361. Cet itinéraire est vraiment bien desservi par le bus.

 

En rentrant chez moi, je suis repassé devant le hammam. Il avait l’air ouvert. Je me suis dit que j’y retournerais. Et que cela me permettrait, aussi, de profiter de leur très bon thé à la menthe.

 

Franck Unimon, ce mercredi 7 avril 2021.( complété et finalisé ce mardi 13 avril 2021).

 

 

 

 

 

 

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Vélo taffe : Jimi Hendrix contre le Covid

»Posted by on Avr 4, 2021 in Corona Circus, Vélo Taffe | 0 comments

Vélo taffe : Jimi Hendrix contre le Covid

 

            Vélo Taffe : Jimi Hendrix contre le Covid

 

Il faisait entre 3 et 6 degrés ce matin, lorsque j’ai quitté le travail sur mon vélo.

 

Depuis quelques jours, les températures se sont refroidies. Alors que jeudi après-midi, on aurait presque pu croire à une journée d’été.

 

L’écart entre les températures du matin et celles de l’après-midi « mouche » désormais régulièrement les dix degrés ou davantage. Cependant, comme l’année dernière, à la même époque, la luminosité extérieure est vaste et belle lorsqu’elle nous interpelle.

 

C’est peut-être la luminosité intérieure qui se fait parfois repasser selon ce que l’on vit.

 

Mon moral se maintient malgré l’avancement d’une semaine, ce vendredi, des vacances scolaires de Pâques. Pour cause de pandémie sanitaire due au Covid, vedette presque planétaire : on en parle moins en Afrique, par exemple où l’on connaît d’autres brides.

 

L’année dernière, à la même époque, comme beaucoup en France, je croyais la pandémie du Covid passagère. Aujourd’hui, la série des variants du Covid, les seconds couteaux de la pandémie, se multiplie et se rallonge. Afin d’essayer de contrer un certain nombre de râteaux, la course à la vaccination, comme aux tests de dépistage, s’intensifie. En une semaine, j’ai dû me faire trifouiller les narines deux fois pour un  test antigénique :

 

Deux de mes collègues, à une semaine d’intervalle, ont été déclarés positifs. L’un, sans équivoque. L’autre, avait une « trace ».  Avant ça, à part une sérologie sanguine de dépistage effectuée dans mon précédent service il y a plus de six mois, je n’avais pas eu à faire d’examen. Alors que là, en une semaine, je me suis retrouvé deux fois « cas contact ».  Pareil pour les « variants ». Encore des termes qui vont devenir de plus en plus populaires et entrer dans les consciences. Alors que nous étions une majorité à les ignorer il y a encore un an et demi. Il y a un an et demi, malgré nos contraintes, nos peurs et nos insatisfactions, nous vivions davantage pour le plaisir. Aujourd’hui, le Devoir nous dicte davantage comment nous sommes supposés vivre et nous comporter.

 

Il y a plus de vingt ans, en Guadeloupe, un de mes oncles paternels avec lequel je discutais, m’avait affirmé : « Il n’y a pas de plaisir dans la vie, Franck ! ». A l’époque, j’avais rigolé.

 

Je relate ça pour la mémoire. Parce-que lorsque la pandémie du Covid sera passée – et ça passera même si à mon avis ça durera au delà de cet été -on oubliera.

 

On oubliera parce-que notre mémoire se fera loger par d’autres événements moins drôles que le Covid. Oui, c’est possible.

 

Mon moral se maintient.

 

Même si je suis resté en région parisienne contrairement à d’autres qui ont filé sur la route, ou par train, dès qu’ils ont pu, après l’annonce du reconfinement et l’avance des vacances de Pâques. A ne pas confondre avec l’avance sur recettes.

 

On ne parle plus aujourd’hui d’applaudir les soignants, depuis son balcon, à vingt heures. Pourtant, pour les soignants touchés par le Covid ou confrontés directement à des conditions de travail rendues particulièrement difficiles par la pandémie, la situation est identique voire pire que celle de l’année dernière. Pour sincères qu’aient pu être ces applaudissements, et je crois qu’un certain nombre des applaudissements de l’année dernière étaient sincères, leur abandon et leur oubli reflètent à mon avis à la fois un découragement général, un certain épuisement aussi, mais aussi le traitement qui a souvent été celui des soignants. Et de toute personne dont le métier consiste à traverser des pics de souffrance et de violence avec leur blouse, leurs compétences techniques, mais aussi leurs engagements physiques, mentaux, émotionnels et culturels :

 

On leur assure une admiration ainsi qu’une certaine distance prudente et sécurisée. En attendant- en exigeant- d’eux qu’ils fassent le boulot pour lequel ils ont été embauchés. Sans toujours vraiment regarder ce que cela peut leur coûter car on a d’autres choses à faire. Et puis, ils l’ont bien cherché (les soignants) à choisir ce métier. Donc, qu’ils ne se plaignent pas ! C’est déjà bien qu’ils aient un travail et qu’on les paie à peu près correctement et plus que d’autres. Peu importe que la profession de soignant puisse imposer des contraintes qui feraient fuir ou vomir un certain nombre de ces « autres » ( pipi, caca, la vue du sang, les crachats, les plaies, la maladie, la mort, les insultes, les menaces de mort, les horaires de travail, les diverses hiérarchies omniscientes et incendiaires. Ah, la jolie carrière- politique ?- de Martin Hirsch/ Ah, la parfaite démonstration de déontologie, de justice et de démocratie que le jugement des labos Servier pour “l’affaire” du Mediator etc….).

 

 

Mon moral se maintient parce-que j’ai déjà « connu » ça l’année dernière. Pour ce qui est de la pandémie. Même si, j’avais connu un peu, aussi, celle du Sida, à la fin des années 80. J’avais 18 ans en 1986.

 

 

Mon moral se maintient vis-à-vis de la pandémie du Covid même si cette fois-ci, plus de personnes, et plus jeunes, se font manifestement contaminer par « Lui » ou par « Elle ». Et on ne parle pas des magazines  Lui et Elle,  ici, même si, bien-sûr, je l’aurais préféré.

 

 

Mon moral se maintient parce-que je sors pour le travail. Le seul télétravail qui me convienne a priori, c’est celui que j’effectue actuellement alors que j’écris, à des heures qui me conviennent, selon mes possibilités, mes envies et mes besoins.

 

J’ai aussi le moral parce-que j’ai des masques. Parce-que j’ai un vélo et je fais quelques  photos qui me permettent de voir la vie et les rues « autrement ». De ruser avec une certaine fatalité. Parce-que j’ai une vie affective chez moi, aussi. Parce-que j’ai des amis. Une famille. Parce-que j’écris. Parce-que je lis. Oui, je me répète parce-que répéter ce qui nous fait du bien en renforce les effets.

Parce-que j’écoute des podcast. Parce-que mon travail me plait comme me plait l’alternance de jour comme de nuit.

 

Parce-que j’écoute de la musique. Beaucoup Jimi Hendrix, depuis quelques jours. Je le redécouvre. C’est plus stimulant de l’écouter que d’écouter du Jacques Brel que j’aime entendre mais que je délaisse pour le moment. C’est étonnant.

 

J’ai commencé à réécouter Jimi Hendrix d’abord par le coffret de Cds Songs for Groovy Children emprunté il y a plus d’un mois à la médiathèque de ma ville.  Oui, la culture, l’accès à la culture, les discussions avec les bibliothécaires, font aussi du bien, même derrière un masque. Mais, depuis hier soir, la médiathèque de ma ville, est de nouveau fermée au public. On peut réserver sur le site de la médiathèque et venir chercher sur place, à certains horaires, les documents que l’on aura préalablement réservés. Pour cela, il faut une connexion à internet et, bien-sûr, savoir se servir d’internet.

 

Jimi Hendrix, c’est de la musique de « vieux ». Je me le dis bien en l’écoutant. Car je « devrais » plutôt parler d’Eddy de Pretto, de Lous and The Yakuzas, deux artistes français parmi bien d’autres qui « marchent » bien en France, de plus en plus, et que je n’ai pas encore pris le temps de vraiment écouter. Comme je n’ai toujours pas pris le temps de m’initier à beaucoup de jeux vidéos, au rétro gaming. Alors que je suis « rétro ».  Daté. Dépassé.

 

Mais je veux bien être rétro s’il faut dire ça pour continuer d’écouter Jimi Hendrix et d’autres. Cela ne m’empêchera pas ensuite d’aller fouiller dans la musique des « jeunes ».

 

Jimi Hendrix, c’est de la musique de vieux, donc, mais qu’est-ce que j’aimerais être vieux comme sa musique pendant encore plusieurs années !

 

On pensera peut-être au titre Voodo Chile de Jimi Hendrix contre le Covid. Mais ce n’est pas à lui que je pense en premier. Même si je peux comprendre que l’on titube en écoutant ce tube.

 

Je vous invite par exemple à écouter  les titres ” Machine Gun”  et ” Foxey Lady”, dans leur intégralité et leurs diverses déclinaisons, dans le coffret ” Songs for Groovy Children”. C’était il y a 51 ans. Assez peu de grands artistes “d’aujourd’hui”, pourtant, la ramèneraient devant Jimi Hendrix. 

 

Voici quelques photos prises ce matin en rentrant du travail. Je me suis dit ce matin que j’avais vraiment bien fait de m’acheter ce vélo pliant il y a bientôt deux mois. Même si je continue de lorgner sur les vélos Brompton. Cette marque- ou quelqu’un qui connaît un de ses décideurs- devrait penser à me sponsoriser vu le nombre de fois, déjà, où je la cite. Un peu tel l’amateur qui repère une belle mécanique qui sort de l’ordinaire mais qu’il ne peut s’offrir. Je devrais peut-être démarcher un de ses représentants. En leur disant que je veux bien rouler pour les solos de Jimi et pour  un de leurs vélos.

 

Franck Unimon, ce dimanche 4 avril 2021, dimanche de Pâques.  

 

 

Du côté de St-Germain des Prés.

 

 

 

 

 

 

Place Vendome.

 

 

 

 

Vers l’Opéra Garnier.

 

 

Sur la gauche, Galeries Lafayette ou Grand magasin Printemps ? En haut à gauche, l’actrice d’un “seul” rôle, Sharon Stone ( “Basic Instinct”) “encadre” un article ” Déradicalisation. Enquête sur un fiasco” avec l’artiste Lous and The Yakuza qui pose en modèle pour une marque de vêtement ou de chaussures, orientée sport.

 

 

Salle de cinéma fermée, comme toutes les autres accessibles au public, depuis des mois. Bar d’images fermé près de la gare St Lazare plus que déserté pour raisons sanitaires liées au Covid.

 

 

 

 

Contrairement à la salle de cinéma précédente ou à la salle de concerts de l’Olympia, l’enseigne Fnac était encore ouverte il y a quelques jours.

 

 

 

 

Vue depuis une des sorties de la gare St Lazare, Paris.

 

 

Dans la gare St-Lazare.

 

 

 

 

” Hear my Train A Comin’ ” : ).

 

 

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Vélo Taffes : photos de février-mars 2021

»Posted by on Mar 31, 2021 in Corona Circus, Vélo Taffe | 0 comments

Vélo Taffes : photos de février-mars 2021

 

Vélo taffes : Photos de février-mars 2021. 

 

” Tu m’as abandonné ! Je suis devant la BNP… “. 

Une cousine africaine parlait au téléphone, de l’autre côté de la rue, il y a quelques heures, à Argenteuil. Avant le couvre-feu. Elle portait un tailleur, des talons aiguilles, et malgré son masque anti-covid, personne, pas même un représentant de la BNP, n’aurait pu hypothéquer le bel arrangement de son apparence. 

Quelques mètres plus haut, j’ai croisé une autre cousine. Alors qu’elle s’éloignait, et distançait peu à peu un cousin de l’âge de son père, celui-ci a regardé son postérieur. Il était aussi large qu’un avenir limitrophe mais encore trop proche des frontières d’un pays qu’il ne pourrait jamais atteindre. Et, il le savait. 

 

Ces remarques n’ont rien à voir avec la rubrique Vélo Taffe puisque je revenais à pied – et bredouille- du magasin Babou lorsque j’ai assisté à ces deux micro-scènes de la vie courante. Mais je les trouve amusantes. Beaucoup plus que ce qui concerne les campagnes de vaccination et les vaccins anti-covid      ( Pfizer, Moderna, Astrazeneca, Sputnik V, Johnson&Johnson) ou la manière dont il aurait fallu ou dont il faudrait s’occuper de l’épidémie du Covid. Peut-être que de même qu’il y a trois ou quatre opérateurs de téléphonie mobile qui se répartissent le marché des téléphones portables en France, qu’il y aura bientôt trois ou quatre labos qui se répartiront le marché de notre santé en France ou dans le monde. Mais nous sommes encore un petit peu loin de tout ça.

 

Il y a deux ou trois jours, maintenant, je suis tombé devant chez moi sur un couple d’amis. Nous nous sommes reconnus malgré nos masques.

Ils découvraient le magasin de produits exotiques africains qui a ouvert il y a bientôt six mois maintenant. Ils étaient là à regarder la vitrine sans trop oser y entrer quand j’y repense maintenant. Ils m’ont demandé si les articles alimentaires étaient bons. Oui. Ce magasin marche plutôt bien. Nous saluons régulièrement la commerçante.

Je n’avais pas croisé ces amis depuis un moment. Ils habitent à une dizaine de minutes de chez nous.

En discutant avec eux, j’ai compris qu’ils n’étaient plus sortis de chez eux depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois. Lui, m’a dit : ” On respecte les consignes”. Ils m’ont expliqué qu’ils pouvaient travailler depuis chez eux. Moi, j’avais un peu l’impression qu’ils sortaient de leur caisson de cryogénisation. Même s’ils étaient parfaitement présentables et que nous avons eu une conversation tout à fait convenable, comme “auparavant”. Ils avaient toujours la même syntaxe. Au moins en apparence.  Car j’ai compris avec eux qu’il existait des comportements radicalement opposés par rapport à cet événement qu’est le Covid. Ou la Covid. Y compris au sein des couples.

Le Covid nous met devant nos rapports personnels avec la mort. Il y a très peu de mise en scène possible avec nos angoisses. Ce couple d’amis était apparemment encore uni et raccord par rapport à ce sujet. Lui, avait attrapé des cheveux blancs depuis la dernière fois que je l’avais rencontré. Cela n’a peut-être aucun rapport avec l’épidémie mais ça m’a fait un drôle d’effet. 

Je ne leur ai pas dit que le matin, dans une pharmacie à Odéon, j’avais passé mon premier test antigénique. Car un de mes collègues était présumé positif au Covid. Et que, comme mes autres collègues, j’avais été considéré ” cas contact”. J’ai eu le résultat au bout de quinze minutes comme deux employés sympathiques des impôts dont l’un des collègues avait attrapé le Covid :

Nous étions tous les trois négatifs. 

Pour moi, le pire de l’angoisse, comme je l’ai répété à ce couple d’amis, même si depuis les variants du Covid se multiplient et que de plus en plus d’enfants l’attrapent apparemment( six classes ont été fermées dans l’école de ma fille après qu’un enfant ou une personne ait été positive au Covid dans chacune de ces classes), ça a été au mois de mars de l’année dernière.  

Les premières semaines du premier confinement de l’année dernière avaient été les plus angoissantes. Je continuais comme aujourd’hui d’aller au travail. Et, au départ, il y avait une pénurie de masques. Jusqu’au début du mois de Mai où les masques avaient commencé à être “parachutés” dans les supermarchés et les pharmacies.

Puis, à partir de mi-juillet de l’année dernière, en partant quelques jours en vacances, je m’étais un peu plus “séparé” de l’angoisse. Même si je continue de vivre masqué lorsque je sors de chez moi. 

Mais lorsque je suis à vélo pour partir au travail, je retire mon masque pour pédaler. Pour écrire aussi, sans doute. 

 

Quelques remarques complémentaires à propos de l’expérience vélo pliant 

Pour ce deuxième article de la rubrique Vélo Taffe après ( Vélo Taffe : une histoire de goudron), je joins des photos prises pendant mon trajet de travail lors de ces mois de février-mars 2021.

Si ma lampe avant- fixée à mon vélo lors de la vente- ne marche déja plus sans doute du fait des piles, je continue mes parcours à vélo pour aller au travail. Je viens de commander une lampe avant et une lampe arrière de la marque Lezyne que je ne connaissais pas. Je me suis fié au site d’un magasin de vélo devant lequel je passe, boulevard Raspail, en allant au travail. Magasin, ou plutôt chaine de magasins, que je ne connaissais pas non plus avant ces itinéraires à vélo : En selle Marcel

Sur la route, je croise différentes sortes de vélos. Pliants, non pliants, course, non-course, vélib. Je me demande si, un jour, un type ou deux ou trois types de vélos s’imposeront. En espérant que ce ne soit pas le Vélib actuel. “Le” Brompton, dans les vélos pliants, continue d’avoir une aura particulière à mes yeux. Depuis mon premier article, j’ai appris en discutant un peu à un feu rouge avec un “bromptonien” que si le vélo est très bien, ses accessoires coûtent cher : 35 euros pour changer une plaquette de freins ? Mais ses pièces durent peut-être plus longtemps.

Le Brompton a aussi pour particularité d’avoir des roues de 16 pouces. Contre 20 pour mon vélo pliant (je m’étais trompé en disant que c’était des roues de 26 pouces). Concernant son prix, j’ai vu sur le site de En Selle Marcel qu’il est possible de payer son Brompton en quatre fois sans frais. Mais il faut quand même pouvoir donner 300 à 400 euros quatre mois de suite. Une seule mensualité de 400 euros, pour un Brompton, équivaut presque au prix de mon vélo B’Twin. 

Je reste tout autant perplexe devant le nombre de têtes recouvertes par le casque de la marque Kask. Plus de cent cinquante euros, près de deux cents euros ou plus, le casque. On le leur aura peut-être offert. 

 

Je croise aussi assez fréquemment des livreurs Deliveroo ou Uber Eats à vélo. Je m’applique généralement à les laisser passer. Leurs conditions de travail sont si difficiles. 

Pour mes premiers trajets “vélo taffe”, je passais par le carrefour de l’Odéon, un endroit très sensible pour la circulation. Que ce soit à vélo ou à pied. J’ai changé de parcours et je m’en trouve mieux. Même si le Boulevard Raspail m’apparait encore un peu long à monter. 

 

Les photos seront sûrement un peu dans le désordre. 

Franck Unimon, ce mercredi 31 mars 2021. 

 

 

Cette photo a été prise il y a plusieurs semaines, maintenant. Il s’agit du théâtre de l’Odéon où des banderoles sont toujours présentes comme on le verra sur deux photos plus récentes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Théâtre de l’Odéon, ce vendredi 26 mars 2021.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Barnay-Bambuck, athlètes engagés-un documentaire d’Aurélie Bambuck

»Posted by on Mar 28, 2021 in Cinéma | 2 comments

Barnay-Bambuck, athlètes engagés-un documentaire d’Aurélie Bambuck

Ghislaine Barnay.

         Barnay-Bambuck, athlètes engagés / un documentaire d’Aurélie Bambuck

 

 

C’était il y a un demi-siècle. Mais cela aurait pu être une demi-seconde.

 

Quand il s’agit de jeter nos forces dans une action, une demi seconde, en trop ou en moins, ça peut être pareil qu’un demi siècle.  

 

Le temps, la pesanteur, que l’on soit danseur ou d’ailleurs, nous leur devons toujours des comptes.

 

La France, ex grande puissance coloniale, ne compte plus les victoires et les chronos qu’elle doit sur une piste d’athlétisme aux descendants de ses esclaves et de ses indigènes. Ghislaine Barnay et Roger Bambuck ont fait partie de ceux-là en saut en hauteur et en sprint.

 

 

 

Bambuck participait aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964 et à ceux de Mexico en 1968. Barnay, à ceux de Mexico et de Munich en 1972. On ne parle pas d’Usain Bolt, là. Pas même de Carl Lewis pour celles et ceux qui s’en rappellent. Mais gagner des championnats de France et d’Europe, sauter jusqu’à 1m80 en ventral, courir le 100 mètres en 10 secondes 11 ne se fait pas en  vapotant. Pour cela, il faut détaler. Pousser. Ouvrir en grand les fenêtres de son souffle.

 

Pour cela, il a aussi fallu quitter sa Martinique et sa Guadeloupe natale.

 

 

 

Des jeux de Tokyo, de Mexico et de Munich, j’ai le souvenir de l’Américain Bob Hayes sur 100 mètres. De Bambuck qui finit cinquième sur 100 mètres derrière Jim Hines, le vainqueur. Du poing noir ganté et levé de Tommie Smith, de Lee Evans et John Carlos. Des terroristes palestiniens.

 

Parce-que j’ai lu. Barnay et Bambuck l’ont vécu.

 

Je ne connaissais pas Ghislaine Barnay.

 

Elle et Bambuck, d’abord athlètes individuels, puis couple,  ont concouru sur les pistes dans un monde en pleine décolonisation mais aussi en pleine mutation civique et politique.

 

Il y a l’engagement médiatique façon « poing levé » ou arme à la main. Et l’autre, qui consiste à rester présent là où l’on ne nous attend pas. C’est cet engagement-là, le second, que choisira le couple Barnay-Bambuck et que raconte leur fille, Aurélie, réalisatrice du documentaire.

 

Pour Barnay, ce sera, après sa retraite sportive, son travail d’éducatrice sportive. Pour Bambuck, après plusieurs tâtonnements, cela passera par un engagement en politique dans les années 80.

 

D’après le portrait qui est fait du couple, l’opportunisme ne fait pas partie de sa culture. Ni l’adoration du prestige passé.

 

Cela fait drôle de voir la famille Bambuck assister à la finale du cent mètres masculin aux jeux de Séoul en 1988. Lorsque Ben Johnson, l’astéroïde propulsé sous stéroïdes, sort d’abord le majestueux Carl Lewis de l’écrin de la première place. Je me rappelle de cette finale pour l’avoir regardée à la télé. C’était aussi l’année de « Flo-Jo Griffith », toujours détentrice du record du monde féminin sur 100 mètres, décédée avant que n’ait pu être prouvé son plus que probable dopage. 

 

Le dopage ne se trouve pas non plus sur la planète Barnay-Bambuck. Discrétion, conscience morale et professionnelle ressortent comme les pointes- homologuées- avec lesquelles le couple s’est déplacé sur le tartan de la vie. On ne peut pas dire qu’ils aient toujours été suivis.

 

Avec ce documentaire, Aurélie Bambuck effectue un double tour d’histoire : Celui d’une partie de l’histoire de l’athlétisme français. Celui de l’histoire de ses parents. On peut les voir à l’image s’exprimant de nos jours. Ou entendre Laura Flessel, ancienne championne d’escrime mais aussi ancienne Ministre, expliquer que les Barnay-Bambuck ont pu l’inspirer.

 

 

Peu d’athlètes, même champions et recordmen du monde, bénéficieront d’un tel traitement un demi-siècle après la fin de leur carrière sportive.

 

Franck Unimon, ce samedi 27 mars 2021.

 

 

 

 

 

 

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La Nuit Des Rois-un film de Philippe Lacôte

»Posted by on Mar 25, 2021 in Cinéma | 0 comments

La Nuit Des Rois-un film de Philippe Lacôte

“Roman” ( l’acteur Koné Bakary)

 

                                          La Nuit des Rois/ un film de Philippe Lacôte

 

 

Une fois que l’on aura dit – ou cité- que ce film a à voir avec Shakespeare et un pays d’Afrique noire (ici, la Côte d’Ivoire), il faudra pouvoir ensuite accepter, même sans bien les connaître, que la folie serve ici – comme ailleurs- de filtre et d’intermédiaire entre les deux.

 

Au début du film La Nuit des Rois de Philippe Lacôte, on survole d’abord le poumon vert d’une forêt en Afrique. Après un an de pandémie du Covid, et alors que nous sommes en France dans une période de « reconfinement » et d’impossibilité – sauf pour raisons impérieuses-  de voyage à l’étranger, ces images sont d’abord agréables et dépaysent.

 

Sauf que près de cette forêt, se trouve une prison, la MACA d’Abidjan ( Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan). La prison , surpeuplée, du pays.  C’est là que nous « allons ».  

 

Rappelons que malgré sa croissance économique – qui peut faire penser à un « miracle» avec le développement d’une certaine classe moyenne- quarante pour cent de la population de la  Côte d’Ivoire, aujourd’hui, est pauvre.

 

 “Roman” ( l’acteur Koné Bakary) le héros, à peine adulte, est menotté et transbahuté à l’arrière d’un quatre-quatre. Face au garde armé qui le fixe, il est difficile de s’en remettre à l’espoir en cas de tentative de fuite.

 

Si ce jeune homme faisait partie d’un groupe armé ou de résistance bien entraîné, on pourrait s’attendre à ce qu’une attaque surprise change son trajet. Mais à son air apeuré, on comprend qu’il est vraiment seul et désarmé. Et qu’il n’a rien à voir avec les membres de  L’Armée des ombres  de Melville.  Un destin à la Tahar Rahim dans Un Prophète, alors ?

 

Autant demander à un grillon s’il peut terrasser le vent.

 

A la MACA d’Abidjan, il y a d’abord et surtout….  Barbe Noire, l’acteur Steve Tientcheu (Les Misérables, La Mort de Danton, Qu’un sang impur, Qui Vive….).

 

Barbe Noire ( l’acteur Steve Tientcheu)

 

Barbe Noire, incarcéré parmi les autres, est au dessus d’eux. Mais son règne expire. Malgré toute la chlorophylle environnante, il a du mal à respirer et il lui faut une bouteille d’oxygène à proximité en permanence. Son être peut se situer entre le Caïd de Daredevil et des traits de Marlon Brando dans Apocalypse Now. Mais s’il  compose un danger  repérable, ses mots, eux, en effritent le couperet. Car l’acteur Tientcheu a un peu trop la vulnérabilité du Lennie de Steinbeck.  C’est donc dans une adaptation des Souris et des hommes que je crois qu’il pourrait davantage décoller.

 

Cependant, des souris et des hommes, il y en a dans La nuit des rois de Philippe Lacôte.  Ainsi que des corps et des regards menaçants- plutôt hypnotiques- dont il est difficile de s’extraire :

 

« C’est pas en dansant qu’on a atterri ici ! ».

 

Pourtant, Roman est bien sous l’emprise d’une danse collective. Cette danse sourde, qui soude tous les autres, il ne l’a pas apprise. Car c’est celle de sa mort que tous ont décidée dès qu’il a reçu le titre de…Roman. Celui qui, lors d’une nuit de lune rouge, doit leur raconter une histoire et les étreindre avec.

 

Sa seule chance de survie lui est soufflée discrètement par le personnage… de Silence, le seul blanc du film – interprété par l’acteur Denis Lavant– dont on se demande ce qu’il fait, là.

 

Si tout est possible dans cet univers où les règles peuvent s’inverser ( « La seule prison au monde gouvernée par les détenus »), le blanc reste un souvenir colonial. Or, ici, il devient l’équivalent de l’ange gardien. Et son personnage est trop peu développé pour que l’on comprenne pourquoi il reste à part dans cette prison avec son coq ou son poulet sur son épaule où il va et vient tranquillement sans être inquiété. A moins que son personnage ne soit en fait “rêvé” par Roman ou le résultat d’une vision….

 

Il faut du souffle et du courage à Roman pour trouver quoi dire à tous ces hommes plus âpres et plus âgés que lui. Mais il n’a pas l’érudition ou le lyrisme du Ray-Joshua du film Slam de Sam Levin.

 

Si son histoire est la même que tous ses « guetteurs »,  qui connaissent aussi bien que lui le « quartier sans loi »,  il est par contre encore innocent. C’est d’ailleurs aussi pour ça que Barbe Noire, le premier, le condamne dès son arrivée :

 

« On ne change pas les sentiments. C’est ce qu’on ressent qui est réel…même si c’est injuste ».

 

Réplique de la vie politique récente du pays avec l’évocation de l’arrestation de l’ancien Président Laurent Gbagbo, cette Nuit des rois a aussi son cortège de prénoms distributeurs d’indices mais aussi de sortilèges :

 

Nivaquine ( L’acteur Issaka Sawadogo)

 

Nivaquine (l’acteur Issaka Sawadogo) fait penser à la nécessité d’un traitement pour contrer les convulsions d’un pays en perdition. On découvrira que le traitement est limité et sanglant.

 

Demi Fou (l’acteur Digbeu Jean Cyrille) et Lass (Abdoul Karim Konaté) en opposants politiques cherchant à succéder à Barbe Noire font bien penser à des dirigeants politiques qui préfèrent l’usage des forces ( tant mystiques que physiques) à celui de la raison.

 

 

La nuit des Rois de Philippe Lacôte est un monde à suivre et à voir. Il sortira au cinéma dès que ce sera possible au printemps ou en été 2021.

 

Franck Unimon, ce jeudi 25 mars 2021.

 

 

 

 

 

 

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Un déménagement de 22 ans

»Posted by on Mar 23, 2021 in Corona Circus, self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Un déménagement de 22 ans

 

Un déménagement de 22 ans :

En 1999, il y a 22 ans, j’aidais Vassili, un ancien collègue, à emménager dans son nouvel appartement à Asnières.  Nous devions être quatre ou cinq.

 

Nous nous étions finalement retrouvés tous les deux, lui et moi, à transporter ses meubles depuis son appartement d’Auvers sur Oise jusqu’à son nouvel appartement à Asnières sur Seine. Près de la gare de Bécon les Bruyères. Un appartement de 60 mètres carrés ou un peu plus dans un immeuble ancien des années 30.

 

A cette époque, j’étais encore locataire. Et je n’avais encore jamais été « propriétaire » moi-même de mon propre appartement…moyennant un crédit immobilier de plusieurs années. Il m’avait fallu du temps pour accepter de changer de mentalité :

 

Pour passer de locataire où je payais un loyer mensuel. A l’idée d’un crédit immobilier que j’allais m’engager  à rembourser tous les mois pendant plus de quinze ans. Car j’avais bénéficié, pour partie, d’un prêt à taux zéro. Ce qui était une nouveauté à l’époque, pour inciter à acheter.

 

 

Je connaissais des collègues, souvent en couple avec enfants, qui avaient « acheté » leur maison depuis plusieurs années. Leur exemple et les encouragements de certains d’entre eux avaient fini par me convaincre que c’était une bonne décision, pour moi, à mon tour, bien qu’encore célibataire, « d’acheter » et de devenir propriétaire, même d’une petite surface.

 

En 1999, j’aurais été incapable d’acheter cet appartement que  venait d’acquérir Vassili. Plus âgé que moi d’environ dix années, Vassili avait aussi économisé. Vassili n’est pas du genre « coquet ». Il fait peu de dépenses. Moins que moi. Je crois aussi qu’il avait perçu un peu d’héritage. Son appartement me faisait envie pour sa surface, sa localisation et sa proximité avec Paris. Mais je crois n’avoir jamais eu les moyens de m’en acheter un pareil. A l’époque, je crois qu’il l’avait acheté – moyennant un apport financier et un crédit immobilier-  550 000 francs. A l’époque, ma capacité d’emprunt maximale était de 430 000 francs sur vingt ans. Je m’en étais tenu à un prêt de 350 000 francs pour l’appartement que j’allais acheter ensuite sur plan. Un 23 mètres carrés.  

 

J’aurais sûrement « dû » prendre une surface plus petite que son appartement en cherchant dans l’ancien comme lui. Mais, à l’époque, j’avais besoin d’acheter dans du neuf. Cela me rassurait. J’avais sûrement besoin, aussi, de rester près de ma famille à Cergy-Pontoise :

 

De ma mère, de ma sœur et de mon frère au moins. Ma sœur avait alors 22 ans et commençait à peine à travailler pour gagner sa vie. Notre frère, lycéen, avait 17 ans. Bientôt, à la demande de notre mère, j’allais finalement accepter de renoncer à ma vie de célibataire et de locataire. Afin de permettre à ma sœur et à mon frère de vivre avec moi dans un F3 que nous allions louer et obtenir de la mairie de Cergy-StChristophe en moins de trois mois. Ce qui serait impossible aujourd’hui en 2021 où toute demande de location prend facilement deux à trois ans voire plus, je crois, avant d’obtenir une réponse ou d’être satisfaite.

 

 

Enfin. En 1999, Vassili et moi en avions chié pour son déménagement. Sortir ses meubles de son appartement d’Auvers sur Oise avait été simple :

 

C’était au rez de chaussée.

 

Les monter dans son nouvel appartement avait été plus épuisant :

 

C’était au quatrième étage sans ascenseur.

 

Vers la fin,  alors que nous avions monté une bonne partie des meubles, cela en devenait comique, Vassili décrétait que tout nouveau meuble qui restait allait finir sa marche :

 

«  A la cave ! ».

 

 

J’étais sous le coup d’une rupture amoureuse. Cette rupture amoureuse m’avait donné suffisamment de motivation pour ces travaux de « force ». Mais, malgré elle, à la fin, j’avais approuvé ces décisions de fourguer ce qui restait des meubles…à la cave !

 

Après que nous ayons eus terminés, Vassili m’avait dit :

 

« Je te remercie infiniment ». Il avait aussi parlé d’une « reconnaissance éternelle ». Ces propos m’avaient un peu étonné.

 

Mais il est vrai que, même si par la suite, lui et moi nous sommes modérément revus ou appelés, notre relation est restée. Et, chaque fois que je l’ai sollicité par la suite pour un de mes déménagements, il a toujours été présent.

 

Depuis 1999, notre monde et nos vies ont plus que changé.

 

Prince et Michaël Jackson sont morts. Le Rap et internet ont essaimé.  Les réseaux sociaux, les sites de rencontres type Tinder, Tok Tok ( Tik Tok ? ), Twitter, Snapchat, Instagram et autres aussi.

 

Le Ghosting s’est normalisé au même titre que la marchandisation des rapports humains.

 

On parle des mouvements Me#too et de Balance ton porc.

 

La numéro 2 de Facebook, une Américaine, Sheryl Sandberg,  proclame :

 

« Le monde irait mieux avec les femmes aux commandes ». Mais aussi :

« Les pays gouvernés par des femmes ont eu les taux de mortalité dus au coronavirus les plus bas » (page 11 du journal « gratuit » Vingt minutes du lundi 22 mars 2021). « (….) Lorsque les hommes réussissent, les gens attribuent cela à leurs compétences. Lorsqu’une femme réussit, on attribue cela à la chance et au travail (….) ».

 

 

Toute personne qui a du succès ou une certaine réussite sociale, femme ou homme, blanche ou noire, le doit souvent, à mon avis, en plus de ses compétences, à la chance et au travail.

 

Chance d’être « arrivé » au bon moment, au bon endroit. « Chance » d’avoir rencontré les bonnes personnes au bon moment. A la place, d’autres, tout autant « compétentes » et « travailleuses » ont plutôt la malchance de rencontrer leur « fossoyeur », leur futur proxénète, leur exploiteur ou la mauvaise substance qui va les liquider.

 

Mais peu importe que ce que raconte Sheryl Sandberg puisse manquer de nuance ou occulter les travers de la firme puissante (Facebook) qu’elle représente. Comme toute personne qui a réussi (femme ou homme, de couleur blanche ou autre) ses paroles, du fait, de son « succès » auront toujours plus d’éclat et plus de légitimité que ceux de la personne lambda.

 

Même si Sheryl Sandberg – comme toute personne publique ayant réussi- raconte n’importe quoi. Cela me rappelle ces propos d’un joueur de Foot qui, après avoir rencontré Lilian Thuram, avait dit un jour à son propos :

 

« C’est un Monsieur ! ». 

 

Là encore, peu importe d’être d’accord avec les positions de Lilian Thuram à propos du racisme, ou d’autre sujets. Puisque son très bon palmarès- récent et encore dans les mémoires– de Footballeur professionnel lui attribuait une aura immédiate. Sauf que si  Lilian Thuram avait eu les mêmes idées en n’ayant qu’un CV de Footballeur de quatorzième division, le même footballeur professionnel, en le rencontrant, l’aurait sans doute à peine considéré.

 

 

Nous sommes nombreux à avoir ce genre d’attitude. Nous sommes souvent ébahis devant telle personne parce qu’elle a accompli ce que nous aimerions accomplir ou que peu ont accompli. Ce faisant, nous oublions qu’à notre niveau, nous réalisons l’impossible bien plus souvent que nous ne le croyons. Sauf que ce n’est pas médiatisé. Et que nous avons le tort, aussi, de l’oublier ou d’estimer que cela a bien moins de valeur que les actions de toutes ces « grandes personnes » surmédiatisées – souvent très bien entourées– que nous regardons. Parce-que, contrairement à elles, nous ne sommes pas le numéro un ou le numéro deux d’une émission de télé, d’une grande entreprise, d’un média réputé ou d’une équipe de Foot prestigieuse.

 

 

 

Lorsque hier matin, je me suis préparé pour aller donner un coup de main à Vassili pour ce déménagement, j’ai eu un moment de doute. Je me suis demandé pourquoi, à nouveau, j’allais me retrouver dans une situation où nous allions être si peu pour ce déménagement : Même la chaine TF1 serait absente.

En plus, la veille, j’avais commencé à avoir mal au genou au point de me demander si j’allais pouvoir être en capacité d’y participer. J’aime participer à des déménagements. Mais vingt deux ans étaient passés.

 

Pendant le déménagement, j’ai aussi connu quelques moments de flottement devant l’organisation un peu « empirique » de mon ami Vassili. Lorsqu’arrivés devant la porte du garage donnant accès au double box où nous allions entreposer ses meubles, lui-même ignorait si le camion allait « passer ». Il a aussi exposé quelques limites lorsqu’il s’agissait de piloter le dit-camion. 

 

Le camion ne pouvait pas passer. Et entrer dans le garage. Heureusement que nous avons pris le temps de vérifier tous ensemble au préalable.

 

J’ai un peu entrevu le moment où ce déménagement supposé être « light » pouvait se transformer en épopée ou en sinistre. Ou en supplice de longue durée.

 

Finalement, cela s’est bien passé. Il a fallu un peu guider notre ami de temps à autre pour bien diriger le camion. Ainsi que dans les escaliers de l’immeuble en descendant un ou deux meubles volumineux assez lourds. Ou lui rappeler, en pleine pandémie du Covid, la nécessité de porter un masque voire lui en donner un alors que nous nous retrouvions à trois, côte à côte, dans le même camion.

 

Cependant, vingt deux ans plus tard,  à nouveau, tout s’est bien déroulé.

 

Ce déménagement m’a permis de rencontrer une personne qui s’avère être scénariste de documentaires, être allé plusieurs fois en Afrique et dont la compagne est monteuse. Soit une personne que je suis en principe appelé à revoir.

 

 

Et, à la fin, notre ami Vassili, nous a  pleinement exprimé sa reconnaissance. Alors que nous n’attendions rien de particulier de lui à ce moment-là, je crois, l’autre ami et moi.

 

Il m’a semblé que tous les vaccins contre le Covid, et tout ce fatras de certitudes que nous pouvons avoir sur bien des sujets ne valaient alors pas grand chose en comparaison avec ces remerciements de Vassili, cet engagement commun de nos corps pour réaliser ce déménagement, et la concrétisation ou la confirmation de cette amitié. 

 

Sans doute parce-que je suis vieux jeu, has been mais aussi un loser. Car ce n’est certainement pas en m’y prenant comme ça que je passerai à la télé ou deviendrai numéro deux d’un grand média ou d’une grande entreprise.

 

 

Franck Unimon, ce mardi 23 mars 2021.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rété Simp

»Posted by on Mar 21, 2021 in Musique, self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Rété Simp

 

                                                                Rété Simp

Ce fut le titre que je n’ai pas cité le 16 mars. Lorsque j’ai marché jusqu’au viaduc où, ce 8 mars 2021, la jeune Alisha Khalid a été battue par deux de ses camarades puis « déchargée » dans la Seine. Où son affaiblissement – du à ses blessures-  ajouté à l’hypothermie, l’impuissance et le désespoir sans doute lui ont enlevé sa vie par noyade.

 

Rété Simp ( « Reste simple »/ “Reste modeste”/ “arrête de te la péter” en créole guadeloupéen mais aussi martiniquais) est un titre de zouk de l’artiste Jean-Michel Rotin qui date des années 90 ou peut-être du début des années 2000. Il faisait alors partie du groupe Energy. Il est le deuxième en partant de la gauche sur la photo. 

 

Je n’avais pas envie de zouker quand j’ai écritMarche jusqu’au viaduc . C’est sûrement pour cela que j’ai alors « oublié » de citer Rété Simp.

 

Pourtant, ce titre, je l’avais aussi « entendu » alors que je me rapprochais du viaduc sous la A 15. Mais d’autres émotions avaient enserré le dessus de mes pensées. Des émotions que plusieurs personnes – qui ont lu l’article- m’ont aussi exprimé que ce soit par un mot sur ma page Facebook, un « signe » ou un sms.

 

Avant hier, particulièrement, j’ai passé quelques moments difficiles émotionnellement à « repenser » de près ou de loin, au meurtre d’Alisha. Il arrive aussi que depuis le train que je prends pour aller au travail, j’aperçoive au loin, furtivement, le viaduc sous lequel cela s’est passé.

 

Au vu de ma sensibilité « augmentée », je me suis demandé si j’étais proche d’un « ressenti traumatique». Mais je crois être  « simplement » névrosé. Et touché par ce qui est arrivé.

 

Les images que « j’ai »

 

 

Moi, le cinéphile, je n’ai pas revu beaucoup de films depuis quelques mois. Mais cela a plus à voir avec le contexte Covid qui a remixé nos existences- et en partie nos consciences- depuis un an, maintenant.

 

Le « nouveau » reconfinement depuis un ou deux jours, à mon avis, m’affecte nettement moins que le tout premier de l’année dernière également au mois de mars. L’année dernière, à la même date, comme la plupart, je me faisais tabasser par l’atmosphère de fin du monde qui menaçait de m’encorner pratiquement à n’importe quel moment avec la puissance du phacochère. Une époque où les masques anti-Covid étaient une denrée rare ou vite épuisée. Et où on se rendait au travail en franchissant les « tranchées » de rues vides la gueule offerte faute de masques. Lesquels ont commencé par être parachutés par milliers dans les supermarchés à partir du début du mois de Mai. J’avais réalisé quelques diaporamas ( Panorama 18 mars-19 avril 2020 )de cette « période » alors étrange et hors norme, aujourd’hui, assez banalisée : aujourd’hui tout le monde a un masque anti-Covid sur lui voire plusieurs de rechange. Et ne pas en porter est un délit. Sauf si l’on fait son footing ou que l’on se déplace à vélo. Ou que l’on est seul en voiture. Ou en famille.

 

Paris, Place de la Concorde, en allant au travail, ce vendredi ou ce samedi matin.

 

 

Ce Mercredi, avant ce nouveau « reconfinement » déclaré,  je suis donc allé faire provision de nouveaux blu-ray dans un des magasins où je « m’alimente » près du centre Georges Pompidou. Ce ravitaillement n’a rien à voir avec le nouveau confinement alors encore hypothétique. J’étais alors dans le coin et cela faisait plusieurs mois que je n’étais pas allé dans ce magasin où l’on peut trouver des Blu-Ray et des dvds neufs en promotion.

 

Les images que j’ai, ces derniers jours, sont principalement faites de ces moments que je vis au quotidien avec mes proches ou d’autres, au travail ou ailleurs. Mais aussi de ces photos que je prends et dont j’ai commencé à parler dans la nouvelle rubrique Vélo Taffe Vélo Taffe : une histoire de goudron). C’est peut-être le monde tel que j’aspire encore à le voir.

 

Il y a peu de livres, aussi, qui m’apportent des images en ce moment. Ainsi, je n’ai pas réussi à terminer Verre cassé d’Alain Mabanckou, livre que j’avais pourtant commencé à lire il y a bientôt deux mois. Alors qu’il me reste seulement trente pages à lire et que je l’ai aimé par endroits. Mais je reste un assidu du Canard Enchaîné  et du Télérama que je parcours par « strates ». Et du journal gratuit quand je tombe dessus.

 

Plusieurs fois par semaine, aussi, depuis plusieurs semaines, j’écoute des podcasts. Pour cela, je peux remercier la technique de plus en plus performante en matière de stockage et de téléchargement de nos smartphones que nous payons si chers. Même si les conditions d’extractions des minerais nécessaires à la construction de nos « doudous-portables » en font aussi l’équivalent de doudous de sang. Surtout en en changeant au bout de quelques mois ou chaque année.  

 

Enfin, grâce à un podcast consacré au photographe «  de guerre » Patrick Chauvel -que je ne connaissais pas- je vais peut-être recommencer à lire. Car il a écrit :

 

Rapporteur de guerre, Sky et un autre livre que j’ai réussi à trouver d’occasion sur le net.

 

 

« Tu veux être bon,  va où est le carnage » :

 

Le Maitre d’Arts martiaux Kacem Zoughari a cité cette phrase – en Japonais- d’un de ses anciens Maitres japonais.

 

J’avais cité cette phrase lors de mon pot de départ pendant mon discours il y a un peu plus de deux mois maintenant dans mon précédent service :

 

«  Tu veux être bon, va où est le carnage ».

 

 

 Après l’article Marche jusqu’au viaduc, je peux maintenant m’apercevoir un peu plus à quel point j’étais raccord avec cette phrase. Et ce n’est peut-être que le début.

 

Je n’ai jamais aimé le mois de  Mars. Pourtant, le mois de Mars, si je réfléchis maintenant, c’est bien le mois ou le Dieu de la guerre.

 

Lorsque ce mois de mars a commencé cette année, je me suis dit qu’il allait passer vite compte-tenu de mes divers projets. Et c’est vrai. Même si je ne m’attendais pas à certains événements dans ma ville et dans ma vie comme la mort de la jeune Alisha que je ne connaissais pas.

 

 Aujourd’hui, nous sommes déja le premier jour du printemps, le 21 mars 2021.

 

Reste simple :

 

Jean-Michel Rotin, un temps surnommé «  le Michaël Jackson » du Zouk, est beaucoup moins connu que le groupe Kassav’ ou le « fameux »…..Francky Vincent. Mais il a apporté une nouveauté en mélangeant la « r’n’b » et le « Rap » avec le zouk dans les années 90. Kassav’ avait frappé plusieurs fois à coups de maillet à partir du milieu des années 80 sur la production musicale antillaise mais aussi mondiale. Scellant l’envolée du Zouk. En Afrique, en Amérique du sud et jusqu’au aux Etats-Unis où un Miles Davis, « un peu » condescendant, avait pu faire la « leçon » à un journaliste :

«  Cette musique, ça s’appelle le Zouk. Kassav’, vous connaissez ? ».

 

Dans les années 90, sans atteindre l’envergure internationale de Kassav’, Rotin était apparu avec son style qui le démarquait d’autres artistes de zouk qui rejouaient la « formule » Zouk sans trop de particularités.

 

Aujourd’hui, Jean-Michel Rotin fait partie des « vieux » artistes ( les années 90-2000, c’est « loin ») et je ne sais pas si on peut encore le trouver novateur. Mais, à une époque, certains artistes de zouk bonifiaient leur musique lorsque Rotin se retrouvait impliqué à  la partition ou dans la production.

 

Il y a quelques mois, j’ai trouvé une interview  de lui. Elle date de plusieurs années, avant la pandémie du Covid. Dans cette interview, il exprimait une certaine amertume envers l’industrie du disque. Il estimait s’être fait arnaquer au moins économiquement du fait de sa « naïveté » et de son « ignorance » lors de sa période fastueuse. Il faisait aussi part de cette période où sa principale activité, comme l’artiste Prince (qu’il cite) était de créer un titre par jour. Mais aussi qu’on lui aurait « dit » qu’il allait « trop loin » dans sa recherche musicale. Cela aurait eu pour effet de brider sa production musicale. D’autant qu’il avait pu lui être reproché d’avoir « dénaturé » le Zouk. Je suis sûr que d’autres personnes –artistes ou non- ailleurs dans le monde pourraient retrouver une partie de leur vie dans ce témoignage. L’artiste Cédric Myton de l’ancien groupe de Reggae Congo ne raconte pas autre chose que Jean-Michel Rotin dans le documentaire Inna De Yard : The Soul of Jamaica réalisé en 2018-2019 par Peter Webber

 

Quoiqu’il en soit, aujourd’hui, Rotin a son public. Et ce public comporte plusieurs générations.

 

Jean-Michel Rotin a d’autres titres bien plus connus que Rété Simp : Lé Ou Lov’ , par exemple, a été un de ses premiers gros tubes. Ou Adié An Nou.  Il y a pu aussi y avoir le titre Stop qui, dans sa version studio, m’avait moyennement plu, mais qui sur scène prenait toute sa force. Plus récemment, même si ça date de plusieurs années maintenant, sa reprise du titre Begui Begui Bang avait bien marché à ce que j’avais compris. Et il a fait d’autres tubes.

 

 

 

Un ou une compatriote « opiniâtro- Rotinophile » me reprochera sûrement d’avoir omis une quantité astronomique des tubes produits par Jean-Michel Rotin. Et me fera sûrement remarquer qu’une sérieuse formation de remise à niveau s’impose de manière urgente- et critique- pour moi.

 

Mais ma priorité, ici, est de parler de Jean-Michel Rotin et de contribuer, selon mes moyens, à le faire connaître un petit peu plus. Je rappelle qu’en France, comme d’autres artistes antillais, Rotin reste bien moins connu que Francky Vincent.

 

Francky Vincent a aussi œuvré pour la musique antillaise et est loin d’être le grand « niais » ou l’animateur « pour virées tropicales » façon Club Med qu’il a l’air d’être pour certains amies  et amis « métros ». Francky Vincent a aussi pu composer des titres engagés sur la société antillaise. Mais, même si je suis très loin d’être à jour, il  y a d’autres artistes qui « comptent » en dehors de Francky Vincent et de Kassav’ lorsque l’on parle de Zouk aux Antilles. Jeunes et moins jeunes. Comme le groupe Akiyo dont Kassav’ a utilisé un des titres pour l’ouverture de ses concerts il y a deux ou trois ans. A la fête de l’Humanité par exemple : 

Kassav’  et Quelques photos de la fête de l’Huma 2019 

 

Cependant, pour reparler de Jean-Michel Rotin, je trouve que le titre Mwen Ni To reste sous-estimé. Mais je n’étais pas « au pays » à sa sortie pour pouvoir être péremptoire.

 

Les clips des chanteurs et chanteuses de Zouk peuvent apparaître très kitsch, clichés ou ridicules. Plusieurs révolutions de la pellicule sont sans doute nécessaires.

 

Toutefois, il faut alors se rappeler que le but du Zouk n’est pas de rivaliser avec le cinéma d’un Wong-Kar-Wai ou d’un Lars Von Trier. Ni de se préparer à effectuer des études de philo ou de sociologie à la fac en réfléchissant à la pensée d’un Cioran ou d’un Durkheim. Mais d’abord de trouver et de donner de la force et du plaisir pour vivre et être ensemble malgré la dureté de la vie.  Et, cela part du corps et du bassin. Ce que le groupe Kassav’énonce dans son titre Zouk La Sé Sel Médikaman Nou Ni, un de ses nombreux tubes. Mais aussi au moins…. le réalisateur Quentin Dupieux alias Mr Oizo à travers Duke le flic ripoux- et mélomane- de son film Wrong Cops que l’on put d’abord voir dans une version court-métrage ( 2012-2013). Film dans lequel on peut voir le chanteur Marilyn Manson hilarant dans son rôle de David Dolores Frank.

 

Le titre Zouk La Sé Sel Médikaman Nou Ni est peut-être moins connu – pour certains « jeunes » et moins jeunes- que le Djadja d’Aya Nakamura. Mais c’est néanmoins un tube mondial. Et presque aussi intergénérationnel que le Sex Machine de James Brown lâché dans les oreilles….en 1966. Si je ne me trompe pas.  

 

Enfin, rappelons que Jocelyn Béroard, une des meneuses du groupe Kassav’, faisait partie des chœurs lors de l’enregistrement du titre Rété Simp de Jean-Michel Rotin.

Un Art suprême :

 

 

John Coltrane a composé entre autres le titre A Love Supreme.

 

 

Pour moi, la musique fait partie des Arts suprêmes. Avant et devant le cinéma. Si les images nous parlent, la musique, elle, est l’étincelle qui peut nous déclencher avec très peu. Qu’un titre ait deux jours, cinq mois ou cinquante ans, si le cuivre dont est fait son rythme, son horizon ou son poids, sont calibrés pour nous, ils peuvent nous suivre jusqu’à la mort. Ou semblent nous avoir toujours attendus.

 

Parfois, ce même titre parlera aussi à d’autres. Parfois, pas. Mais ça ne changera rien pour nous. Il fera toujours partie de notre appareil vestibulaire et de notre vestiaire. Il sera toujours à notre adresse.

 

Bien-sûr, tous les arts comptent. Mais un monde sans musiques….

 

La musique que l’on aime écouter brûle l’horreur. Elle nous aide à la soutenir, à la convertir et à la contourner. Bob Marley a pu chanter :

 

« Hit me with Music ! ». Il n’a pas chanté : « Frappez-moi avec des mathématiques ! ». Ou « Frappez-moi avec les concepts spécifiques à la Phénoménologie ! ». Même si ces disciplines ont bien-sûr leur rôle à jouer.

 

La musique peut nous aider à nous redresser. Elle nous entraîne afin de continuer- à vivre- même lorsque l’horreur et la tristesse nous passent et nous repassent dessus.

 

 

Pour moi, le rire est pareil. C’est aussi notre révolution : on ne passe pas notre temps qu’à subir et à se réduire. On réagit, aussi. On crée son Big Bang. On anticipe.

 

Cela ne fait pas de nous des Dieux, des super-héros ou des super puissances. Mais on existe. On apprend à supporter notre matière et les tourments qui peuvent aller avec.

 

Le rire et la musique nous donnent le droit d’exister. Ce droit n’est pas donné à tout le monde. Il y a des personnes qui en sont privées. Et d’autres qui s’en détournent.

 

Ce dimanche 21 mars 2021, je ne vais pas me priver.

 

Depuis quelques jours, je « découvre » Georges Brassens. Jusqu’à maintenant, je n’aimais ni sa voix ni son rythme. Mais, il y a quelques jours, par le titre Je me suis fait tout petit, je crois avoir trouvé une entrée, mon entrée, dans son œuvre. Là où des alpinistes vont trouver une-nouvelle- voie pour escalader une montagne.

 

 

 

Il faut quelques fois un titre pour trouver son propre passage vers un artiste. Comme il faut quelques fois son moment particulier pour trouver son passage vers quelqu’un ou vers une nouvelle discipline.

 

Ensuite, chef d’œuvre, raté, meurtre, ou massacre, le résultat dépend de la co-composition – ou co-création- des uns et des autres.

 

De ce que l’on est capable de détecter et de fabriquer. Des ressources que l’on peut –accepter- trouver chez d’autres. Ou leur apporter.

 

Après  Brassens, il y aura le titre Hear my Train A Comin’ de Jimi Hendrix car, pour moi, c’est l’un des meilleurs alliés du titre de John Lee Hooker Oh, Come back, Baby, Please Don’t Go… One More Time.

 

( il existe différentes versions souvent plus étendues du titre ” Hear My Train A Coming”).

 

 

 

Une autre fois, je parlerai peut-être de Dub,  de Maloya ou de Miles (Davis).

Paris, ce vendredi 19 mars ou samedi 20 mars 2021, le matin.

 

 

Franck Unimon, dimanche 21 mars 2021.

 

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