Les gens ne se rendent pas compte

»Posted by on Jan 17, 2021 in Musique | 0 comments

Les gens ne se rendent pas compte

Photo prise en novembre 2020, à la gare de Paris St Lazare.

 

                                            Les gens ne se rendent pas compte

«  Cela va provoquer une révolution des mœurs ! » Il y a trente ans, j’étais demeuré incrédule lorsqu’un enthousiaste avait parlé d’internet. Ce fut notre seule rencontre. Peut-être avais-je trouvé qu’il en faisait un petit peu trop avec son internet. C’était une connaissance d’une amie rencontrée lors d’un séjour en Ecosse. Amie, que je ne vois plus depuis longtemps.

Quant à lui, je me rappelle à peine du non-lieu- un salon auquel m’avait convié cette amie qui faisait des hautes études de commerce- où nous nous étions croisés. J’ai oublié son nom et son visage. Je ne pourrais pas le reconnaître. Mais je me rappelle encore de sa formulation. 

 

 

Entre la station de métro et la statue du Lion, intuitivement, je me dirige vers cet homme. Nous ne nous sommes donnés aucun indice. Mais, aussitôt, son grand sac à la main, il se dirige vers moi. Nous avons rendez-vous.

 

Sur un site internet de vente entre particuliers, celui-ci proposait un CD qui a attiré mon attention. Cela faisait des mois que l’annonce était en ligne. Depuis l’été. Machinalement, j’ai tapé un nom sur ce site et son annonce est apparue.

Ce Cd existerait seulement en mille exemplaires. Et les deux artistes présents sur l’album, bien-sûr, ont eu une incidence sensible sur ma vie personnelle à un moment ou  à un autre. Sans doute que leur musique a filtré à certaines périodes de mon existence. Ces périodes correspondent à  ma révolution des mœurs. Et, je recherche à nouveau la dynamique de ces cycles en venant acheter ce Cd. Ce sont pourtant des artistes- morts aujourd’hui- que j’écoute beaucoup moins qu’à une certaine époque. Mais on sait l’importance qu’il y a à savoir retourner vers certaines de nos origines. Pour ensuite mieux repartir ou, tout simplement, pour mieux faire le tri.

 

Surtout, qu’entre-temps, je me suis diversifié.  Mon père a été un véritable amateur de musique (ses anciens numéros de Best et de Rock & Folk en attestent). Ma mère était plutôt une sentimentale avec ses albums de Dalida, Nana Mouskouri ou de Julio Iglesias. Néanmoins, à la maison, il existait un consensus parental implicite ainsi qu’une frontière tant culturelle que mentale.  Et cette frontière pouvait être une carapace ou un blockhaus à même de stopper toute organisation sonore suspecte ou non reconnue. La musique, c’était plutôt fait pour danser. On n’y aurait pas entendu de la musique classique, et encore moins des artistes comme Depeche Mode, Björk, Christophe Maé, Julien Doré,  Slimane ou Kenji Girac.

 

 J’ai vu mes parents, et bien des membres de ma famille, danser dans des soirées ou dans des mariages sur des musiques noires. Des Antilles, d’Amérique latine et des Etats-Unis, bien-sûr. Et, j’ai dansé aussi. Confirmant sans y penser des rituels et des alliances que ma famille avait noué et respecté envers  la vie et la mort.  Jamais sur du Jacques Brel, du Georges Brassens, du Alain Souchon, du Johnny Halliday , du Michel Polnareff ou du Christophe. Ni sur du Blues non plus, d’ailleurs.  Même si mon père possédait un album de John Lee Hooker. Chaque famille a ses rituels et ses alliances envers la vie et la mort. C’est comme ça depuis longtemps.

 

 

Oui, parce-que je suis comme les vampires ou comme la femme rouge Mélisandre de Game of Thrones, interprétée par l’actrice Carice Van Houten (on pourra la revoir plus jeune dans le très bon film Black Book de Paul Verhoeven) . Je parais plus jeune que mon âge. A la fin de cet article, je m’évaporerai aussi. Plusieurs de mes « divinités » musicales et scéniques ont vécu à  une époque préhistorique. La plupart de celles et ceux qui font les tubes d’aujourd’hui en France et ailleurs les connaissent généralement. Car une très forte culture musicale- souvent éclectique et étonnante- fédère régulièrement les artistes qui réussissent (et même ceux qui restent « inconnus »). Mais parmi les millions d’adorateurs du moment que compte la musique et le numérique, cette connaissance ou cette curiosité historique est parfois absente ou délaissée.

 

 

Cela peut faire rire de lire ça – et c’est très drôle- mais cela signifie, aussi, que lorsqu’ensuite, on fait des rencontres en dehors de chez soi, hors de son cercle, nos codes, notre identité et nos approches émotionnelles et corporelles s’activeront et parleront bien des fois pour nous, sans même que l’on s’en aperçoive. Et, peu importe que nos intentions soient sincères et amicales. Il y aura des malentendus réciproques, pour ne pas dire stéréophoniques. Même si nous avons des projets conjoints. Il s’agira d’apprendre à s’écouter et à se coordonner comme pour tout projet que l’on réalise avec d’autres. 

 

Cependant, je reste étonné par cette facilité avec laquelle, désormais, des inconnus peuvent se rencontrer après s’être découverts un intérêt commun (une vente, un achat, un loisir, un désir, un besoin, un service) sur….internet.

 

« Les gens ne se rendent pas compte… » m’avait  dit ce vendeur deux jours plus tôt.

 

C’était au téléphone lors de notre premier contact direct. Il ne me parlait pas de Jul, Dinos, Damso, Soprano, Niska, Ninho, Aya Nakamura, Booba, Maes, Soolking, Lou and the Yakusa, Stromae, Angèle, Julien Doré, Eddy de Pretto et de bien d’autres artistes en France qui sont aujourd’hui ou depuis des années les « héros » de millions d’auditeurs. Dont certains seront les rois ou les fléaux musicaux de demain.

 

Lui, il me parlait de James Brown, Tina Turner, Charles Aznavour. Des artistes d’envergure comme on n’en verrait plus et qu’il avait vu de près en concert.  Il me parlait aussi de…Prince (qu’il avait vu trois fois en concert)  et de Miles Davis. Il allait me vendre le Cd sur lequel se trouve le seul concert enregistré où ils ont joué tous les deux ensemble. C’était à Paisley Park le 31 décembre 1987.

 

 

Nous aurions pu nous rencontrer deux jours plus tôt. Mais j’avais préféré reporter. Deux jours plus tôt, je faisais mon dernier pot de départ dans mon service. Et, je voulais prendre le temps de bien le faire.

 

Alors qu’il me répète pratiquement mot pour mot, ce qu’il m’avait dit au téléphone, je m’avise qu’il a vécu bien des moments extraordinaires au bord de la scène. Mais au bord, aussi, d’une certaine solitude. Sans doute suis-je aussi seul que lui et que je me répète comme lui. Raison pour laquelle je suis peut-être parti de mon service pour un autre. Et que je me retrouve ce soir devant lui, place Denfert-Rochereau.

 

Lorsque je me séparerai de lui, muni de son CD que je lui aurai acheté, ce sera comme si, d’une certaine façon, j’aurais essayé de me procurer un nouveau moyen, un nouveau gri-gri. Afin de retrouver ou de mieux  me rapprocher du meilleur de ce que je crois être mon passé. Celui d’une certaine insouciance, du plaisir et de la créativité. Pas un monde de couvre-feu et de pandémie où l’on a principalement la peur comme pilule du lendemain. Même si, lorsque j’étais plus jeune, la peur pouvait déjà être omniprésente et le sera encore demain. En 1987,  j’exerçais mon insouciance à temps partiel. J’avais quitté le lycée un an plus tôt après le Bac. J’avais peur de connaître la déchéance traumatisante du chômage. C’était en pleine épidémie du Sida (Prince en parle dans son titre-tube Sign’O Time : «  a big disease with a little name »). Je découvrais le monde adulte et du travail à l’hôpital. Plusieurs fois, je m’étais demandé ce que je faisais là. Plutôt que d’assister à une révolution des mœurs, j’avais l’impression d’évoluer dans un univers clos. Cet univers me tutoyait et m’intimait, par ses divers intervenants,  d’apprendre à lui obéir. Le but ultime étant de lui ressembler. Lorsque j’effectuais mes stages de formation, bien des collègues en poste, plus âgées que moi, me donnaient le sentiment de n’avoir « que » leurs enfants, leur mari ou leur travail à vivre et à raconter. Pour moi, l’idéaliste, c’était déprimant. Après l’obtention de mon diplôme, j’ai été en colère pendant trois ans envers ces études. Je suis néanmoins resté raisonnable.

Mais peut-être étais-je trop vieux avant de devenir adulte. Et que je commençais déja, sans même m’en rendre compte, à être à court d’une certaine lucidité en acceptant d’être raisonnable. Petit à petit, l’idiot- comme le dément- fait aussi son nid.

 

 

Tout le monde dormait chez moi quand j’ai commencé à écouter le CD au casque. Si j’ai aimé danser sur des tubes de Prince, si j’ai pu aimer voir et revoir la reprise de Beautiful Ones par Bilal en son hommage- à la suite de la prestation d’Erykha Badu– je reste extérieur à son Art supérieur. Je ne crois pas que cela ait quoique ce soit à voir avec le fait que Prince ait « recyclé » ses aînés tels Jimi Hendrix ou ses contemporains. Bien des artistes le font. En moins bien même s’ils sont plus artistes que prothésistes musicaux. Lenny Kravitz, par exemple.

 

Pour moi, les groupes Blur et Oasis dont on nous avait beaucoup parlé dans les années 90-2000 doivent beaucoup aux Beatles. Un groupe dont je subis quelques fois l’écoute ou l’éloge et que je continue de repousser hors de mon assiette musicale avec suspicion malgré ou à cause de toute l’admiration qu’il génère. Même si je me souviens très bien du titre d’un 45 tours des Beatles dans la discothèque paternelle : Lady Madonna. A côté d’albums 33 tours de Bob Marley, Jimmy Cliff, Steel Pulse, James Brown, Les Aiglons, Black Uhuru, Simon Jurad, Ophélia, Parliament, U-Roy, Stevie Wonder, Eddy Grant…. Ces disques de mon père, je les ai soit entendus à la maison, soit je les ai mis ou remis un jour sur sa platine disque à son insu lors de mon adolescence. J’ai fait pareil avec ses anciens numéros de L’Equipe Magazine ainsi qu’avec ses Play-Boy et ses Lui. Même « cachés » ou prétendument bien rangés au dessus d’étagères.

 

Mais si Prince m’est tombé dessus un jour par la voie de la radio, Miles, c’est l’artiste écouté pour la première fois dans la chambre d’un copain, sur sa chaine Technics, vers mes 17 ans. Pour aller chez ce copain, dans notre immeuble HLM, il me fallait descendre. Je le faisais en prenant les escaliers. La musique de Miles, elle, me faisait prendre l’ascenseur. Mystérieusement, avec son départ pour son service militaire et l’entrée dans « l’âge » adulte, les possibilités de cette  amitié avec ce copain  se sont taries. Mais les virtualités de la musique de Miles sont restées en ma possession à moins que ce ne soit plutôt elles qui se soient mises à me posséder de manière durable. La musique de Miles n’est pas la plus joyeuse qui soit. Il m’arrive donc d’être surpris par son aura auprès de certains intellectuels. Comme si c’était la fête. Miles n’incite pas à rouler des pelles à sa voisine ou à son voisin. On entre plus dans la tombe du défunt que l’on n’assiste à l’avènement du dauphin. Miles nous annonce superbement que notre vie commencera par la fin. Et c’est définitif. Il ne peut en être autrement. Mais, bon, Lou Reed, Johnny Cash, David Bowie ou les Cure non plus n’étaient pas et ne sont pas des horizons très drôles. Pas plus que d’autres artistes de Rap, de variétés ou de techno. Et, personne ne s’en plaint. C’est donc qu’il existe un besoin au moins cathartique de les écouter et de s’en mettre plein les enceintes et les écouteurs.

 

Entre le réchaud de Prince et l’échafaud de Miles, j’attendais que ce CD m’apporte la touche finale. Mais d’abord, rien. Peut-être que personne ne s’en étonnera vu ce que j’ai pu écrire de ma relation avec Miles.

 

Le son était effectivement passable. Les titres se bouclaient bien. Mais « rien ». Ce « rien » provient sûrement d’une faute de frappe :

Sur la couverture du CD, on peut  voir une photo de Miles ainsi que le titre Miles From The Park. Nous sommes en 1987 et je suis alors « en plein » dans Miles. Un an plus tôt, il a sorti l’album Tutu. La première fois que j’avais entendu ce titre ou Don’t Lose Your Mind par hasard sur FIP (une radio  très écoutée par les vampires adolescents et adultes. Les animatrices y ont des voix de jeunes pousses féminines d’avant l’anesthésie générale), j’avais « reconnu » le son sans trop oser le croire. Il était revenu avec un nouvel album !

 

Au téléphone, l’animatrice ou la standardiste m’avait confirmé la nouvelle avec un son d’évidence. Mais il m’avait fallu quelques secondes pour bien intercepter sa résonance.

 

Sauf que sur ce Cd vendu par un amateur de Prince, Miles joue à peine. C’est un album de Prince. Pas de Miles. Alors, je me dis que la nostalgie m’a vraiment rendu ringard. Et, c’est très dur de devoir admettre que ma ringardise m’a administré un trajet de quarante cinq minutes et fait dépenser vingt euros. Qu’est-ce que ce sera la prochaine fois ?!

Un album de Vanessa Paradis avec Aretha Franklin en couverture ?!

 

 

Je raisonne comme ça jusqu’au dernier soupir : le titre It’s going to be a beautiful night.  D’une durée de 33 minutes et 55 secondes contre un peu plus de 10 minutes sur l’album Sign’ O’ The Time. Mais c’est ici davantage un medley. Après l’avoir écouté une première fois, je n’hésite pas. Je le remets une seconde fois. Puis, une troisième fois.

Sur mon ordinateur, le CD Rom a beau refuser de me livrer les images vidéos de ce concert, je me dis que j’ai bien fait d’acheter ce CD. Je l’ai réécouté depuis. Non, rien de rien, je ne regrette rien.

 

 

Franck Unimon, ce dimanche 17 janvier 2021.

 

 

 

read more

Les Kage-Shihans : Les Maitres de l’ombre aux pratiques supérieures

»Posted by on Jan 15, 2021 in self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Les Kage-Shihans : Les Maitres de l’ombre aux pratiques supérieures

Photo prise le 5 décembre 2020. Au bout, l’Opéra Garnier.

Les Kage-Shihans ou « Maîtres de l’ombre aux pratiques supérieures »

 

 

 

Tous ces Maitres……

 

 

En parcourant hier le numéro 4 de la revue Aikido Self & Dragon Special, je suis à nouveau tombé sur des Maitres d’Arts martiaux présentés dans des interviews. Ou nommés par les uns et les autres. Laurent Boucher, Daniel Blanchet, Ellis Amdur, Robert Paturel…

 

 

Ensuite, quand je l’ai pu, j’ai fait quelques recherches sur internet. J’ai lu quelques résumés ou des commentaires sur certains ouvrages. J’ai regardé un peu le site de Sensei Laurent Boucher qui a fondé son CDRAM (Centre de Développement et de Recherche sur les Arts Martiaux). Avant la lecture de son interview par Germain Chamot, fils de Sensei et Sensei lui-même, je crois, je ne connaissais pas Laurent Boucher. J’ignorais où se trouvait son CDRAM. Dans la Drôme.

 

Je vais me répéter : avec tous ces Maitres, je ne savais pas par lequel commencer. Même si j’ai débuté en rencontrant Sensei Jean-Pierre Vigneau Sensei Jean-Pierre Vignau : Un Monde à part à la fin de l’année dernière et qu’il est prévu que j’interviewe, dans quelques jours, Sensei Léo Tamaki ( L’Apparition). 

 

C’est en commençant à lire les liens sur son parcours que m’a adressé Léo Tamaki avant que je ne l’interviewe, que j’ai découvert, entre-autres, l’expression Kage-Shihan « Maitre de l’ombre aux pratiques supérieures ». Expression que Léo Tamaki, lui-même, a lue dans des écrits de Sensei Henry Plée. Maitre  d’Arts martiaux décédé en 2014, que je n’ai jamais rencontré mais dont je connaissais l’existence plusieurs années avant sa mort.

 

Kage-Shihan est une expression que j’aime beaucoup et je remercie déjà Léo Tamaki de me l’avoir indirectement transmise.

 

Il est bien d’autres Maitres d’Arts martiaux que je n’ai pas cités. Et, si je ne nomme que des hommes pour l’instant, j’espère bien, aussi, pouvoir citer des Senseï femmes dans cet univers où la gente masculine reste souvent surreprésentée que ce soit en Europe ou ailleurs. Peut-être, tout simplement parce qu’historiquement et sociologiquement, c’étaient plutôt les hommes qui partaient faire la guerre. Aujourd’hui encore, il  reste assez mal vu pour un homme de manquer de courage et de calme en certaines circonstances.

Photo prise ce vendredi 15 janvier 2021, près de la gare St Lazare.

 

Mais évitons tout malentendu : je tiens à croiser et à nommer des Sensei femmes non pour me mettre bien et me faire bien voir aujourd’hui où «  ça fait bien » d’être homme et de se dire féministe. Mais par strict intérêt personnel :

 

Par sa  pratique voire sa maitrise d’un Art Martial, une femme peut d’autant plus démontrer, même si je n’aime pas ces termes de « démontrer ou de faire ses preuves », comme celui-ci est « efficace » ou peut être « efficace ». Même si je n’aime pas ce terme « d’efficacité » non plus.

 

Enfin, à titre encore plus personnel, j’aspire aussi à rencontrer des Sensei femmes dans les Arts martiaux parce-que, idéalement, l’enfant que je suis resté aurait souhaité que sa mère, celle qui m’a enfanté et éduqué, ait cette faculté martiale. Ma mère a beaucoup de vertus et je lui dois la vie- et le peu que j’ai de raison- de bien des façons. Mais elle a, à mon avis, très peu d’aptitudes martiales. Sa constante anxiété de mère et de personne  explique peut-être sa piété ardente ainsi que toutes les piétés du monde tant modérées qu’extrêmes. Elle a su et pu trouver néanmoins une certaine protection en la personne de mon père. Sauf que celui-ci vit sous la tutelle d’une certaine violence mais aussi d’une autre force d’anxiété, toutes deux ventriloques, dont semble bannie l’amnistie et où perdurent déni et amnésie. 

Mon père a évidemment également ses vertus. Sans doute qu’une d’entre-elle est de m’avoir appris que toute vertu a un prix. Si j’écris aujourd’hui avec une relative aisance, originalité incluse, comme avec une certaine discipline, c’est sans nul doute en partie grâce à lui.  

J’ai été le fidèle enfant aîné des mes parents pendant des années. Cette folie et cette névrose familiale, héritée et transmise depuis plusieurs générations, a souvent servi de magnésie à mes mains alors que j’escaladais la vie. Et, je suis aujourd’hui père. Donc, j’ai plutôt intérêt à bien assurer mes prises dans ce que je transmets à ma fille.

 

 Idéalement, j’aimerais transmettre ça :

 

La Maitrise de soi, le discernement, la combattivité, des capacités d’adaptation à son environnement proche et lointain, l’optimisme, la persévérance, le relâchement….

 

Je crois que ce sont quelques  unes des aptitudes que la pratique d’un art martial ou de plusieurs arts martiaux permet de découvrir et de développer en soi.

 

 

Mais je ne parle ici, et pour l’instant, « que » des Maitres d’Arts martiaux. Il est aussi bien d’autres Maitres dans d’autres domaines qui sont selon moi à peu près équivalents quand il s’agit de bien vivre. En dehors d’une guerre,  d’une famine, d’une émeute ou d’un champ de bataille.

 

Pour moi, les humoristes sont aussi des Maitres. Ou en voie de l’être ou de le devenir. Je n’ai pas encore parlé du spectacle de l’humoriste Haroun  passé à Argenteuil il y a quelques mois. Avant notre confinement partiel actuel.

 

J’ai beaucoup aimé lire, aussi, récemment, l’interview d’Alex Lutz dans l’hebdomadaire Télérama. Un artiste dont tout ce que j’ai pu voir ou entrevoir, jusqu’à maintenant, m’a épaté ou beaucoup plu.

Je me sens aussi très proche de l’univers de l’humoriste Blanche Gardin. Même si je suis régulièrement inquiet pour  elle lorsque je la « vois » sur scène. Je lui trouve une sensibilité un peu trop proche de celle de la chanteuse décédée Amy Winehouse. Lorsque j’avais regardé le documentaire que lui a consacré le réalisateur  Asif Kapadia, en voyant Amy Winehouse, en concert, je m’étais dit que j’aurais été très embarrassé par son mal-être si j’avais été présent dans la salle. Je crois que j’aurais été incapable d’apprécier sa performance artistique. Mes ouïes et mon cerveau se seraient faits emporter par les cataractes de sa souffrance évidente pour ne pas dire protubérante. Blanche Gardin, qui a déjà vécu plus longtemps que Winehouse, oscille à mes yeux entre l’abysse intime et l’autodérision grand public. Mais, pour l’instant, elle me fait beaucoup plus rire qu’Amy Winehouse.

 

 

Il y a beaucoup d’autres Maitres et Maitresses en termes d’humour. Et, là aussi, je ne sais pas toujours par où commencer tant il y en a en France et ailleurs.

 

Cependant, il y a aussi les conteurs. Que l’on parle  du Malien Amadou Hampâté Bâ ou du Breton Per  Jakez Hélias. Je parle ici de conteurs et d’écrivains décédés mais il y en aussi des vivants.

Il y a par exemple les écrivains Alain Mabanckou, Dany Laferrière (auteur entre-autres, non pas de Comment faire l’amour avec un nègre sans se suicider mais bien de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ).  On peut lire ici mon avis sur un des livres de Laferrière ( Dany Laferrière-Tout bouge autour de moi )

Beaucoup d’autres écrivains ou auteurs sont aussi des Maitres.

 

Hier soir, j’ai lu quelques lignes du dernier ouvrage La Sardine et le Diamant ( de l’utilité de l’ordre et du désordre » de la scientifique Catherine Bréchignac. Je ne la connaissais pas. J’ai été époustouflé. Et, je me suis dit que son livre serait peut-être le prochain que j’achèterais.  Voici un extrait de son livre :

 

« (….) Fasciné par la beauté de l’ordre, l’homme le traque et découvre qu’il est pluriel : il est statique, dynamique, local ou s’étend à perte de vue (…..). Ce livre raconte l’attrait qu’exerce l’ordre sur l’homme, la recherche de la raison d’être de la répétition de l’organisation (….). L’ordre se dévoile dans la nature. Il est perçu à la faveur d’un vol d’oiseaux migrateurs (….). Il suffit alors d’une perturbation locale de direction, provoquée par un très petit nombre, pour entraîner l’ensemble dans un mouvement collectif aux morphologies changeantes (….). L’ordre peut aussi être dynamique. Ainsi, les planètes ne gravitent pas en désordre autour du soleil (….). L’être vivant, qui ne semble pourtant pas être le propre de l’ordre mais plutôt son contraire, est issu de l’ordonnancement des quatre bases moléculaires qui composent l’ADN de ses parents. L’expression tu es «  la chair de ma chair », « le sang de mon sang » n’est en fait que :

« tu es l’ordre de mon ordre ».

 

 

Pour moi, parmi les participants actuels de la course en solitaire en bateau du Vendée Globe, il y ‘a des Maitres de l’ombre. Y compris au sein de ceux qui ont dû abandonner.

 

 

En musique, c’est pareil, il y a plein de Maitres qui peuvent nous correspondre et nous atteindre. Qu’ils soient Morts ou vivants. Assez « âgés » ou jeunes. Peu importe leur genre musical ou leur origine ethnique ou culturelle. Spontanément, je pense à Miles Davis et à Jacques Pellen car je tiens ici à les citer. Mais tout le monde a son panthéon de chanteurs et de musiciens qui l’entretient et l’entraîne dans la vie.  

Photo prise ce vendredi 15 janvier 2021, après avoir effectué mes démarches administratives pour mon nouvel emploi.

 

Il y a plein de Maitres (femmes et hommes) partout et dans les univers les plus divers. Mais il s’agit de les trouver. Il s’agit de les « voir ». Il s’agit d’aller vers eux car ils ne sautent pas aux yeux. Il est plutôt rare que ce soit leurs œuvres ou leurs actions dont on voit le plus la pub ou la promotion dans les gares, dans les rues, sur les réseaux sociaux ou sur internet. C’est en cela que je vois aussi ces Maitres qui ne relèvent pas d’un Art martial comme des sortes de Kage-Shihan.

 

Pourtant, je crois que ce sont tous ces Kage-shihans (martiaux et non-martiaux) qui peuvent davantage nous rassurer et continuer de nous éduquer en notre époque anxiogène.

 

Même si chaque époque connait ses vibratos anxiogènes.

 

Ce qui est souvent le plus accessible, immédiatement,  à gros tirages et à gros débits, c’est rarement l’exemple ou la présence d’un Maitre (femme ou homme) qui apaise, encourage et nuance malgré des peurs et des menaces réelles et supposées.

 

Photo prise ce vendredi 15 janvier 2021.

 

Ce qui nous saute régulièrement au visage et à la tête, de façon massive, c’est la poudre aux yeux. Le shoot d’adrénaline. Une certaine facilité. Et on finit par se laisser prendre en main plus ou moins. Par se laisser guider puisque tout est organisé et que l’on est dans une certaine norme ainsi qu’une certaine forme de présent et d’avenir commun avec d’autres.  C’est mieux que rien. Et, puis, ça nous fait vibrer, bouger, et ressentir quelque chose. Ça nous change les idées, et c’est vrai.

 

C’est  pareil pour le chef-d’œuvre au cinéma. Il est souvent plus rare,  plus confidentiel et plus tardif que le « blockbuster » qui fait rapidement un « carton », dont tout le monde va parler, qui écrase d’autres films et les  empêche d’exister comme d’être découverts.

 

La peur et l’anxiété générales, lorsqu’elles s’imposent et remplissent tous les murs de nos pensées font le même effet que plusieurs blockbusters. Plus rien d’autre ne semble exister. Plus rien d’autre ne semble pouvoir exister. Plus rien d’autre ne semble devoir exister. Hé bien, si ! Il existe des Maitres de l’ombre, un peu partout autour de soi, comme en soi-même, qui permettent d’éviter de se faire annihiler ou mettre en boite ou en bière comme à l’intérieur d’une boite de conserve (ou d’un cercueil) par une peur et  une anxiété  permanentes et indélébiles. Et, il s’agit de savoir aussi les débusquer, ces Maitres de l’ombre. Il s’agit aussi de les solliciter. De rechercher, de préférer mais aussi d’exiger leurs enseignements et leur présence.

 

Au lieu de se contenter d’attendre que le bonheur – ou le suicide- nous soit livré.

 

Franck Unimon, ce vendredi 15 janvier 2021.

 

 

 

 

 

read more

Sur le marché de Dieu

»Posted by on Jan 8, 2021 in Argenteuil, Corona Circus, Croisements/ Interviews | 0 comments

Sur le marché de Dieu

Le marché d’Argenteuil, Boulevard d’Héloïse, ce vendredi 8 janvier 2021.

 

                                                Sur le marché de Dieu                                                  

 

“Certains estiment avoir été secourus parce qu’ils ont été élus.

D’autres estiment avoir le droit de tuer parce qu’ils ont été élus.

Moralité : Dieu nous sauvera tous”.

 

Hier matin, j’avais quitté ce délirium très mince ainsi que ma colère envers Dieu et certains de ses adeptes, lorsqu’à l’entrée de l’école de ma fille, je me suis adressé au directeur.

Celui-ci m’a répondu qu’il partageait  mon inquiétude. Les absences répétées de la maitresse depuis la rentrée au mois de septembre ne lui permettaient pas, jusqu’alors, de « visibilité ». Mais, celle-ci étant désormais officiellement en congé, depuis ce mois de janvier, du fait de sa grossesse, il allait pouvoir véritablement faire les démarches.  Pour obtenir une remplaçante ou un remplaçant attitré (e). Mais, impossible pour lui de savoir quand cette remplaçante ou ce remplaçant arriverait.

 

Il m’a conseillé de me rendre sur le site du CNED, en accès libre, afin de trouver des cours en rapport avec la scolarité de ma fille. Tout en reconnaissant que cela ne vaudrait pas la présence d’une maitresse ou d’un maitre. Il a ajouté que si la nomination d’une remplaçante ou d’un remplaçant traînait, qu’il solliciterait l’association des parents d’élèves ou FCPE dont il se trouve que je suis un des membres intermittents.

 

Malgré ses éléments de langage, j’ai cru en la sincérité du nouveau directeur de l’école publique où ma fille est scolarisée. Croisant la maitresse de l’année dernière de ma fille, nous nous sommes mutuellement adressés nos vœux de bonne année. Celle-ci m’a dit qu’elle espérait vraiment qu’il y aurait une remplaçante ou un remplaçant pour la classe de ma fille.

 

Après ça, je me suis rendu dans mon service, à Paris, à quarante cinq minutes de là en transports en commun. Pour mon pot de départ. Dans quelques jours, je commencerai dans un nouvel établissement.

J’étais en retard à mon pot de départ mais j’ai choisi de prendre mon temps.  Au lieu de débuter à 10h comme je l’avais annoncé, mon pot a plutôt débuté vers 10h50. Il devait se terminer pour midi.

 

En raison des mesures sanitaires dues à la pandémie, nous étions un nombre limité de personnes dans la salle à manger du service. Pas plus de quinze. Cela n’avait rien à voir avec ces pots de départ d’ « avant », où nous pouvions être une quarantaine ou beaucoup plus dans une même salle et sans masques. Mais, alors, que courent angoisse et polémiques à propos de la nécessité –ou non- de la vaccination anti-covid, ce pot de départ, même s’il signifiait la fin de mon histoire dans ce « pays » qu’ a été ce service, était pour moi capital.  Dans ce contexte où nos peurs deviennent nos plus vibrantes ambitions, ou nos nouveaux extrémismes, tout moment de réjouissance, en respectant les gestes barrières, est un acte de résistance. Je crois que dans toute épreuve, les fêtes et les périodes de pause permettent- en prenant  certaines précautions- de passer des caps difficiles. Cela peut nécessiter parfois de l’entraînement ou de devoir produire certains efforts pour s’obliger à continuer de vivre alors que notre premier réflexe- ou notre humeur- serait d’attendre dans un coin. 

 

A chaque fin d’année, nous achetons des objets de « bonheur ». Nous en offrons par affection. Mais nous en offrons aussi par obligation. 

Mon âge ou le corona circus fait que les cadeaux qui m’ont le plus porté pendant mon pot de départ- et aussi en dehors de lui- ont d’abord été ces collègues présents, leurs regards, leurs sourires, leurs rires ainsi que leurs mots en public ou en aparté.

 

Je suis revenu le soir pour dire au revoir à d’autres collègues. A nouveau, des moments qui comptent. Même si j’étais fatigué en rentrant chez moi, pendant les horaires du couvre-feu. A la gare St-Lazare, en attendant l’affichage de la voie de mon train de 23h43, il y avait pratiquement autant voire plus d’agents de sécurité que de « voyageurs ».  Je me suis partiellement endormi dans le train comme d’autres fois. Mais je me suis réveillé au bon endroit et au bon moment.

 

Ce matin, après avoir emmené à nouveau ma fille à l’école, je suis retourné au marché d’Argenteuil.  Pour la première fois depuis le premier confinement de mi-mars 2020. Dehors, il faisait un degré celsius. 

Sur le marché d’Argenteuil, Bd Héloïse, ce vendredi 8 janvier 2021.

 

 

J’ai été content de le revoir. Lui, le doyen du marché, avec ses plus de 80 ans. Il connaît le marché d’Argenteuil depuis environ cinquante ans. Il y a bientôt deux ans maintenant, je lui avais dit que je reviendrais l’interroger. Pour mon blog. Il avait accepté. Mais je ne l’avais pas fait. Nous avons pris rendez-vous pour ce dimanche où il sera sur le marché à partir de 6h30.

 

Devant la poissonnerie, une femme m’a interpellé, tout sourire. Je l’avais connue quelques années plus tôt à l’atelier d’écriture animé à la médiathèque d’Argenteuil. Il était arrivé de nous recroiser par la suite dans la ville. Avec son masque sur le visage, je ne l’avais pas reconnue. Infirmière anesthésiste à la retraite, elle m’a appris continuer de faire quelques vacations à l’hôpital d’Ermont. Elle avait pris sa retraite après quinze ans et quelques mois d’activité professionnelle après avoir été maman trois fois.

Elle m’a expliqué, un peu ironique, que son nombre de vacations était limité. Plus on a travaillé en tant qu’infirmière durant sa carrière et plus on peut faire de vacations, une fois à la retraite. Elle se trouve dans la situation inverse.

 

Elle m’a dit que les noix de st Jacques se congelaient très bien. Qu’elle les faisait décongeler dans du lait de vache et un peu d’eau, la veille pour le lendemain.

 

Plus loin, la commerçante à qui j’achetais des pains aux dattes ainsi que des Msemen m’a appris que son père était décédé en avril. Il avait 75 ans. Elle m’a précisé qu’il n’était pas mort du coronavirus. Avant de mourir, celui-ci lui a dit de continuer son commerce :

 

« Même si c’est un euro, gagne-le avec ton travail ». Je voyais bien qui était son père, assez souvent là, avec deux de ses frères et, quelques fois, une de ses jeunes sœurs.

 

Trente ans qu’elle est là. Je me souviens que deux ou trois ans plus tôt, elle m’avait expliqué comme le froid lui rentrait dedans alors qu’elle travaillait sur le marché. Je lui avais conseillé de se procurer l’équivalent d’une polaire. Elle m’avait écouté avec attention. Mais je doute qu’elle n’ait fait le déplacement pour s’acheter le vêtement en question.

 

La dame qui faisait les Msemen et les pains aux dattes a arrêté. C’était déjà le cas avant la pandémie.  Je m’étais déplacé une ou deux fois en vain jusqu’au marché.

La pâtissière,  âgée de 66 ans, que je n’ai jamais vue, a des problèmes de santé avec son bras. Notre «virtuose » des pains aux dattes et des Msemen, ai-je appris ce matin, les faisait bénévolement, sans rien dire. Pour aider des pauvres. L’argent donné pour acheter ses pains aux dattes et ses Msemen permettait d’aider des pauvres.

 

Sur le marché, d’autres personnes font aussi des Msemen continue la commerçante, qui vend aussi du pain et des croissants, mais ce n’est pas fait de façon traditionnelle et c’est moins bon. J’acquiesce.

 

Avant de la quitter, elle me demande si ça va bien pour moi. Ma famille. Si j’ai une famille. Et, elle me souhaite le meilleur et de prendre soin de moi, Inch Allah. Je pars en la saluant.

 

Alors que, mes courses contre moi, je me rapproche de l’avenue Gabriel Péri, je laisse passer un homme derrière moi. Casquette type béret, baskets Nike, Jeans, manteau type redingote, l’homme élégant me remercie rapidement. Un sac de pain à la main, il revient vraisemblablement aussi du marché. C’est alors que je vois sa silhouette s’éloigner devant moi que je crois le reconnaître.

Quelques années plus tôt, cet homme tenait une boulangerie-pâtisserie, de l’autre côté de l’ avenue Gabriel Péri, quelques dizaines de mètres devant nous. Issu d’un milieu modeste peut-être de la ville d’Argenteuil où il est sans doute né et a vécu bien plus longtemps que moi, il avait réussi à faire une école dans la restauration plutôt prestigieuse. Son portrait avait été fait dans le magazine local – gratuit- quelques mois après l’ouverture de son commerce.

Je faisais partie de « ses » clients. Ses produits étaient bons voire très bons. Pourtant, chaque fois que j’avais essayé de nouer une forme de contact un peu personnel avec lui, il avait toujours esquivé, méfiant. Etrange pour un commerçant qui a plutôt intérêt à fidéliser sa clientèle. Chez le marchand de primeurs du centre ville où j’ai mes habitudes, et où il avait les siennes, je l’avais vu, une fois, s’empiffrer comme un crevard, de quelques bouchées d’un fruit. Hilare, il avait été content de son coup. Comme celui qui, gamin, avait beaucoup manqué. Sauf qu’il était alors un commerçant respecté et plutôt en bons termes avec le marchand de primeurs.

 

A Argenteuil, le bail commercial de la première année est offert par la ville. A la fin de cette première année, « notre » boulanger-pâtissier avait disparu. Un jour, on avait retrouvé son commerce fermé. Le marchand de primeurs m’avait appris que notre homme aurait été infidèle à sa femme. Laquelle tenait régulièrement la caisse.

Ce matin, alors que je marche derrière notre homme, je le vois qui regarde une première femme, de l’autre côté de la rue. Alors qu’il traverse le boulevard Gabriel Péri et s’arrête au milieu afin de laisser passer les voitures,  à quelques mètres, sur sa droite, une femme lui fait face. Nouveau regard très concerné de notre boulanger-pâtissier.

 

Il m’arrive aussi de regarder les femmes de façon aussi pavlovienne. Mais je repense à l’historique de       « notre » homme.  A la façon dont il a coulé sa propre entreprise -qui ne demandait qu’à marcher- pour s’enfuir.  Puis, pour réapparaître plus tard dans la ville, incognito, comme s’il lui était impossible de s’en dissocier. Tout ça, pour mater comme un affamé ou un mendiant la moindre femme qu’il aperçoit. Préférer les miettes à un festin. Préférer les oubliettes à un destin…. Je me dis que cela est pour lui une addiction. On ne peut pas bien nourrir les autres avec sa boulangerie et sa pâtisserie si l’on pétrit en soi -en permanence- un gouffre. 

 

Pourtant, il a une belle allure et marche bien plus vite que moi. A cause de mon masque et de mon souffle, j’ai de la buée sur mes lunettes. Je ne fais donc que l’apercevoir pour la dernière fois avant qu’il n’entre dans un immeuble qui borde le boulevard Gabriel Péri où se trouvait son commerce.  Je ne peux pas affirmer que c’était véritablement lui. Cependant, Dieu, lui,  n’a jamais de buée devant les yeux. Et, il le sauvera aussi.

Sur le marché d’Argenteuil, Bd Héloïse, ce vendredi 8 janvier 2021.

 

Franck Unimon, ce vendredi 8 janvier 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

read more

Au Fair Play Sport ce samedi 26 décembre 2020

»Posted by on Déc 30, 2020 in self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Au Fair Play Sport ce samedi 26 décembre 2020

                          Au Fair Play Sport ce samedi 26 décembre 2020

Lorsque j’ai appris à ma sœur que j’allais emmener ma fille à Paris, dans le 20ème arrondissement, afin qu’elle fasse une initiation de karaté, elle a été étonnée.  J’habite à Argenteuil, en banlieue parisienne.  Il y a des clubs de karaté plus proches. Pourquoi faire autant de trajet ?!

 

Cela fait des années que je fais marrer ma sœur avec mes « excentricités ». Ou que je la déconcerte avec ma logique. Cela nous a aussi valu de sérieux accrochages. 

 

Elle n’est pas la seule personne que je  déconcerte. Cela m’a déjà desservi. Cela continue de me desservir.

 

J’ai néanmoins essayé d’expliquer à ma sœur la raison pour laquelle je tenais à ce que ma fille découvre le karaté avec Jean-Pierre Vignau. D’accord, on peut faire son apprentissage du Karaté ou de toute autre activité physique, sportive ou martiale, avec un professeur proche de chez soi. On peut aussi faire des rencontres décisives près de chez soi.

 

Cependant, les Maitres sont assez rares. Et, Jean-Pierre Vignau en est un. On pourrait penser que je suis un énième père phagocyté par sa vanité et son ego démesuré, pressé de livrer son enfant à cette espèce de « divinité » qu’est un Maitre. Dans l’attente de voir se réincarner dans le corps de ma fille une vie meilleure que toutes celles que j’ai pu rater et espérer.

 

Mais j’ai, je crois, quelques arguments pour réfuter cette idée.

 

Entre Sensei Jean-Pierre Vignau, ancien enfant chétif, placé à l’assistance publique, puis adopté dans une ferme dans le Morvan et ma fille, née chétive car grande prématurée, il y a une relation. Ma fille pesait 880 grammes à la naissance. Bien-sûr, il y a moi entre les deux, bébé bien portant de plus de 4 kilos à la naissance. Et moi, d’une certaine manière, on peut dire que j’ai adopté l’un et l’autre. Car je ne confierais pas ma fille à n’importe qui.

 

Par ailleurs, on peut peser son poids à la naissance et plus tard et être chétif. L’ignorance rend chétif. La bêtise rend chétif. Le découragement rend chétif. La peur rend chétif. La connerie rend chétif. Le manque d’estime de soi-même rend chétif. Et, ça, ce sont des sentiments et des émotions que j’ai connus et que je connais. A ceci près que, contrairement à d’autres peut-être, je m’en souviens. Quelles que soient mes « réussites » ou mon assurance supposées ou éventuelles, j’essaie d’être « meilleur » que je ne le suis ou ne l’ai été. Mes moments d’autosatisfaction existent et sont nécessaires. Mais ils sont provisoires et nécessitent d’être régulièrement réapprovisionnés.

 

En tant que père, et avant même d’être père, j’ai toujours considéré le fait de nager, d’apprendre à lire et à écrire, d’apprendre à se défendre et à faire du vélo comme des apprentissages indispensables. Il est d’autres apprentissages que je vois comme indispensables. Comme savoir prendre la parole, par exemple. Ou savoir s’affirmer. Ce qui revient à savoir se défendre.

 

Alors, il y a un peu partout des enseignants, des formateurs, des éducateurs  comme des spécialistes dans différents domaines qui sont compétents. On peut,  aussi, simplement, s’en remettre au bon sens pratique. Aller près de chez soi. Puisque c’est là que l’on habite. Et partir du principe que «  ça va le faire ». Ou que ça va suffire. Un peu comme on s’en remet au petit bonheur la chance ou, pour dire ça plus prétentieusement, comme on laisse un certain déterminisme décider à notre place. Et, ça peut « marcher ».  D’autant qu’il peut être stérile de s’agiter dans tous les sens par peur du vide ou du néant.

 

Mais on peut aussi mal tomber. Et si l’on aperçoit, quelque part ou quelqu’un, un ailleurs accessible qui peut nous « élever », autant s’accorder cet ailleurs. Plutôt que de le négliger ou de le repousser comme on repousserait un plat ou une œuvre de premier choix juste parce-que l’on a déja un sandwich ou un bouquin avec soi.

 

 

Par ailleurs, je ne crois pas que les « champions » dans une discipline soient obligatoirement les meilleurs pédagogues.  Ou les plus disponibles. Les « champions » ont souvent des « objectifs » élitistes et sont plutôt pressés. Ils sont aussi plus concentrés sur eux-mêmes.  Cela se comprend : on ne peut pas être dévoué aux autres, et tourné vers eux,  et, en même temps, vouloir se consacrer à sa carrière, ses performances et ses records.

Ce n’est pas vers le « champion » Jean-Pierre Vignau que j’ai emmené ma fille.  Mais vers l’Homme que j’ai rencontré.

 

 

Un enfant peut entendre parler de telle personne qui, à tel endroit, pratique telle discipline. Mais ce qui est assez courant, aussi, c’est que dans sa découverte du Monde et de la vie, un enfant va se référer à son environnement immédiat. A ce qu’il voit, entend et comprend de son foyer parental, la famille, l’école, le centre de loisirs, là où il habite, son voisinage. « L’Au-delà » de cet environnement immédiat est souvent un No Man’s Land à moins d’en capter quelques images au travers de media ou de quelques paroles entendues parfois ou souvent à l’insu des adultes.

 

Généralement, « L’Au-delà » de  l’environnement immédiat de l’enfant est le « territoire » des adultes et des parents. Celui des loups et de toutes les créatures qui peuvent faire peur à un enfant.  Là où les « grands » disparaissent durant quelques heures, voire quelques jours ou quelques semaines, et dont ils rapportent dans leur « gueule » ensuite, en rentrant, des paroles, des souvenirs, des objets ou des expériences plus ou moins marquantes pour un enfant. Le Père Noël et ses cadeaux, même si ce sont devenus aujourd’hui des conditionnements commerciaux, ont peut être été conçus pour récompenser les enfants d’être restés bien sagement à la maison. Loin des dangers d’une certaine vie. Même s’il peut être plus risqué pour certains enfants de rester à la maison….

 

 

Si Internet, aujourd’hui, permet peut-être d’accélérer ou de rapprocher cette expérience de « l’Au-delà » du Monde et des adultes, ces derniers, conservent encore la primauté de la répétition de « l’exercice concret » de cette expérience. A moins d’avoir des parents abattus ou reclus à domicile, et des enfants qui prennent possession de l’extérieur de la maison ou qui fuguent, ce qui existe aussi.

 

 

En faisant le trajet jusqu’à Paris, dans le dojo de Jean-Pierre Vignau, je n’ai fait que mettre à portée de ma fille, un trajet, une intention, une intuition, une personne ainsi qu’un lieu, qu’à son âge, elle n’aurait pas pu découvrir par elle-même. Ou qu’elle n’aurait pas eu l’idée d’aller « voir » ou de faire. On sait assez, comment, ensuite, avant même de devenir adultes, nous adoptons assez rapidement une attitude qui consiste à nous « contenter » des mêmes endroits, des mêmes rencontres, des mêmes façons de cuisiner, de vivre et de penser. Par automatisme. Même lorsque cela nous empêche de rêver.

 

 

C’est donc à peu près pour ces raisons qu’il m’importait de me rendre au Fair Play Sport de Jean-Pierre Vignau avec elle. Même si l’on pourrait aussi se dire qu’emmener son enfant quelque part, et observer son comportement, est aussi un bon moyen pour regarder cet endroit, ou une personne, autrement. Afin de mieux voir s’ils nous correspondent.

Mais je n’avais pas cette intention là ce samedi alors que nous allions pour la première fois au Fair Play Sport, à la cité Champagne, métro Maraîchers, dans le 20 ème arrondissement de Paris.

 

 

Comme il m’arrive d’être en retard à mes rendez-vous et que ce projet  de découverte était le mien, j’espérais être à l’heure. Mais, aussi, que ma fille maintienne sa volonté de venir. Ces deux conditions ont été réunies. Le trajet s’est déroulé calmement dans ce Paris d’après Noël. Nous avons pris les transports en commun. Il y avait moins de passagers qu’aux heures de pointe, ce samedi après-midi. Le parcours a duré environ 45 minutes.

 

Il faisait assez froid dehors. Et presque aussi froid dans le dojo où nous sommes arrivés avec une bonne demie heure d’avance. Jean-Pierre et sa femme étaient déjà présents. Ainsi que quelques pratiquants ou  des habitués.

 

Devant notre avance, Jean-Pierre nous a dit : « C’est bien, comme ça vous allez pouvoir vous mettre dans l’ambiance ». Puis, il nous a indiqué le vestiaire. Ensuite, il nous a expliqué où mettre nos chaussures et nos affaires, dans les casiers à l’entrée du tatami.  Il m’a aussi autorisé à prendre des photos comme à filmer.

Nous avons donc découvert les deux ponts dont il m’avait parlé. Lesquels symbolisent la séparation entre le monde extérieur où l’on laisse sa vie coutumière. Et le monde du dojo. Nous avons aussi fait la connaissance de ces tableaux ou représentations de combattants, ainsi que de quelques photos de Maitres que je n’ai pas reconnus.

Dans la salle de musculation, sur la gauche, deux ou trois personnes s’entraînaient. Un homme nous regardait avec curiosité. Deux jeunes étaient déjà présents. Un autre homme m’a appris pratiquer avec Jean-Pierre depuis plus de trente ans. Il m’a parlé du précédent dojo de Jean-Pierre, rue Volga, plus grand, où il pouvait y avoir jusqu’à 60 enfants sur le tatami.

 

La « froideur » du lieu et sa relative austérité ne m’ont pas dérangé. D’une part, parce qu’en plein effort, on a d’autres préoccupations que s’attarder sur la couleur du crépi ou la température de la pièce. Mais aussi parce-que je crois depuis un certain temps que les personnes sont plus importantes que les murs à l’intérieur desquels on s’exerce. Même si, évidemment, je suis sensible à l’esthétique et au confort des lieux où je transite.

 

 

Quelques minutes avant le début du cours, Jean-Pierre s’est mis en kimono. Deux groupes ont été constitués. A gauche, les avancés, plus âgés, dont une femme. A droite, les enfants, dont une fille plus petite que la mienne d’une bonne dizaine de centimètres.

 

J’ai assisté aux dix premières minutes du cours. Depuis ma première rencontre avec Jean-Pierre, j’ai commencé à me rappeler un peu de mes un ou deux ans de karaté lorsque j’avais 12 ou 13 ans. Il y a quarante ans. Nous vivions alors dans une cité HLM à Nanterre qui existe toujours avec ses immeubles de 18 étages.

Je me suis dit que je retournerais peut-être dans ce gymnase, près de mon collège, où ces cours avaient eu lieu. Je me souviens encore du prénom de mon prof de karaté. Danko ou Danco. Je n’ai jamais su de quel pays il était originaire. Je me rappelle qu’il était assez petit et qu’après son départ, il avait été remplacé par un de ses élèves.

 

Alors que Jean-Pierre donnait ses consignes, il m’a semblé retrouver des « origines » de gestes.  Il m’a semblé que certains mots me parlaient. Il est vrai que la pratique du kata m’avait plu, enfant. Et que j’avais aimé les réviser chez moi dans ma chambre. C’est peut-être ça qui m’était resté et qui me revenait un petit peu.

 

Du côté de ma fille, ça se passait « moins » bien.  Tant que nous étions tous les deux côte à côté à arpenter le tatami, tout se passait bien. Puis, juste avant le début du cours, elle avait commencé à dire : «  Je suis timide… ». C’est devenu une espèce de rituel lorsqu’elle se trouve devant une certaine nouveauté. Mais je vois dans ce rituel l’équivalent d’un sortilège auquel elle s’est habituée, avec lequel elle se berce, qui a la puissante faculté de la priver de ses moyens avant même de tenter quoique ce soit. Et alors même qu’elle se trouve en terrain « ami ».

 

Je suis à chaque fois dérouté, et passablement agacé, par la survenue, répétitive et pourtant à chaque fois surprenante, de ce que je crois pouvoir appeler un « rituel ». L’observation et la réflexion ont du bon. Je l’admets. Mais l’autocensure quasi-systématique m’est difficile à supporter.

 

Jean-Pierre ne s’est pas alarmé. Il a dit gentiment à ma fille :

 

« Soit tu regardes, soit tu fais. C’est comme tu veux. Copie sur les autres ».

 

 

De son côté, un pratiquant expérimenté, ceinture noire, a dit à ma fille avec humour :

 

« C’est normal, si tu te trompes. Si tu réussis tout, c’est qu’il y a un problème ! ».

 

 

Après quelques minutes  (dix minutes) j’ai dit à ma fille, immobile, sur le tatamis :

 

« Profite-en ». Puis, je me suis éclipsé. Pour me mettre dans un angle mort de la salle, derrière le tatami, où ma fille ne pouvait pas me voir. Mais d’où, éventuellement, je pourrais la voir si elle se décidait à s’élancer.

 

 

Comme des panneaux indiquaient explicitement que l’usage du téléphone portable était interdit à l’intérieur de l’enceinte, je suis resté là, assis, à écouter. Près des vitrines où des kimonos et du matériel de protection était exposé et en vente. Le kimono de karaté coûtait 50 euros.

 

Par moments, j’entendais Jean-Pierre placer ses instructions en Japonais ainsi que ses exclamations. A un moment, je l’ai entendu dire, sur un ton complice :

« On a moins froid quand on bouge, hein ? ». Etait-ce ma fille ? J’ai essayé de voir. Rien.

 

 

Puis, le cours s’est terminé. Ma fille avait mangé sa compote sur le tatami. Un peu de compote tâchait son manteau qu’elle avait remis.

 

 

S’adressant à ma fille, pas du tout étonné, Jean-Pierre lui a dit :

 

« Moi, aussi, j’ai été un grand timide. Lorsque j’ai débuté le karaté, je suis d’abord resté deux semaines dehors à regarder. Je n’osais pas entrer. Un jour, il s’est mis à pleuvoir. Et, c’est le prof, qui m’avait vu, qui m’a dit d’entrer ». Ma fille n’a rien répondu.

 

 

Avant de partir, nous avons dit au revoir à Jean-Pierre ainsi qu’à Tina, sa femme. J’ai remercié Jean-Pierre.

 

Dehors, ma fille m’a répondu que cela lui avait plu. Mais j’étais contrarié. Je ne savais pas quoi ressentir et penser. Devant Jean-Pierre, je ne pouvais que m’incliner. C’était lui le Maitre. Il savait mieux que moi comment réagir devant une enfant comme ma fille qui n’avait, à mon sens, pratiquement pas bougé pendant l’intégralité du cours. Hormis pour donner quelques coups de poing et quelques coups de pied, si j’avais bien compris.

 

Mais, dehors, et en tant que père, j’étais partagé entre l’impatience, l’incompréhension, la colère, et l’inquiétude. Parce-que s’engager physiquement, pour moi, c’était apprendre à se défendre. Et, rester spectatrice ou spectateur, c’était apprendre à être victime. Voire, pire, peut-être : choisir d’être victime. Insupportable pour moi.

 

 

A côté de moi, ma fille était sereine. Nous marchions main dans la main sur le chemin du retour.

 

 

Je n’ai pas cherché lui tirer les vers du nez. A lui faire subir un interrogatoire tel que :

« Mais pourquoi ?! ».

 

J’ai essayé d’intégrer la leçon. Car, pour moi, la façon dont cela s’était passé ainsi que la manière dont Jean-Pierre avait réagi calmement était ma leçon de karaté. Ma leçon martiale. Mes inquiétudes de père devaient céder devant la patience, l’optimisme et la confiance. Je sais que l’on peut être lent au départ d’un apprentissage et, ensuite, lorsqu’intervient le déclic, connaître une évolution tout à fait correcte. Je suis comme ça. Ma fille peut être « pire » que moi.

 

 

Par ailleurs, je me suis rappelé qu’elle avait accepté de venir sans se faire prier. En outre, en la « laissant » sur le tatami, lorsque je me suis « éclipsé », j’ai été un moment touché par cette très grande confiance que peuvent placer les enfants…dans les adultes. Les enfants peuvent accepter tant de choses des adultes qu’en retour, ceux-ci se devraient ou se doivent de faire leur possible pour être à la hauteur d’une telle confiance mais aussi d’une telle innocence.

 

 

J’étais sûr, aussi, que cette expérience avait sans aucun doute été marquante pour ma fille. Cette grande salle. Ces représentations et ces tableaux. Ces enfants en kimono. Ces termes dans une langue inconnue. Les exclamations de Jean-Pierre. Ce qu’il lui avait dit. Il en resterait forcément quelque chose. A moi de m’assurer que ce serait du « bon ».

 

 

Alors que nous nous rapprochions de la gare St Lazare, j’ai pu trouver où acheter un chocolat chaud. J’ai tendu le gobelet à ma fille. Nous avons terminé le chocolat dans le train.

 

 

Deux ou trois jours plus tard, peut-être hier lorsque j’ai commencé à écrire cet article et que ma fille est venue regarder, elle m’a demandé :

 

« Tu aimes bien, Jean-Pierre Vignau ? ».

 

J’ai répondu :

 

« Oui, je l’aime bien. Autrement, je ne t’aurais pas emmenée le rencontrer ».

 

 Elle m’a écouté. Puis, elle s’est éloignée sans dire un mot.

 

 

Franck Unimon, ce mercredi 30 décembre 2020.

 

read more

Le changement

»Posted by on Déc 28, 2020 in Corona Circus, Echos Statiques, Ecologie | 0 comments

Le changement

 

                                                         Le Changement

 

 « Ellen MacArthur, dans le Vendée Globe, c’est 200 000 euros de facture téléphonique ». Dans cette phrase laconique (son livre Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle ), Olivier de Kersauson, « mon » Bernard Lavilliers des océans, résumait l’évolution matérielle des conditions de navigation lors du Vendée Globe. Course maritime qui se tient encore en ce moment. Evolution confirmée par le navigateur Fabrice Amedeo qui, ce 11 décembre dernier, a dû abandonner la course après que son système informatique de bord ait lâché en pleine mer.

 

Peiné d’avoir dû abandonner, Fabrice Amedeo a néanmoins expliqué que «  Tabarly doit sans doute se retourner dans sa tombe » au vu de la dépendance aux ordinateurs de plusieurs des participants du Vendée Globe. Amedeo a ajouté qu’il aurait pu continuer « à l’ancienne ». Mais que sans l’assistance de ses ordinateurs de bord, son bateau serait devenu «  diabolique ».

Je crois que son ami Yannick Bestaven, actuellement en tête, peut gagner le Vendée Globe. Lorsque Charlie Dalin “menait” la course , j’avais été marqué par la tranquillité de Bestaven, alors qu’il était sur une mer agitée. Mais aussi par sa façon de rassurer- tel un bercement- quant au fait que le bateau se portait bien. Plus tard, j’avais appris qu’il avait dû attendre 12 ans pour participer à nouveau à la course du Vendée Globe. Je crois voir en Bestaven un certain croisement du nouveau et de l’ancien monde dans le domaine de la navigation plus que chez Charlie Dalin. Un peu comme s’il était “entre” un Jean Le Cam et un Charlie Dalin.  

 

Dans mon article sur le livre ( il en a écrit d’autres) de Kersauson, Le Monde comme il me parle, je n’avais pas cité cette phrase à propos d’Ellen MacArthur. Car, pour ironique ou vacharde que soit cette formulation selon moi assez « Kersausonienne », j’admire toutes ces personnes que je viens de citer. D’Ellen MacArthur à Fabrice Amedeo. En incluant Kersauson évidemment. Je n’oublie pas qu’avant de devenir une navigatrice reconnue, MacArthur avait été une jeune femme. Et, qu’à 16 ou 17 ans, seule sur son bateau ( Kersauson l’ignore peut-être ou l’a peut-être oublié)  elle avait tourné le dos à un certain conformisme. Conformisme dans lequel, pour ma part, j’étais devenu de plus en plus performant. Alors que j’affirmais m’en éloigner. Ce qui est pire. 

 

Devant mon “indulgence”, pour les navigateurs actuels “aidés” par la technologie, on pourra penser que je ne me mouille pas. Que je suis « mou » du genou. Ou que je manque d’aplomb pour parler proprement. De mon côté, système informatique ou pas, si je « donne » à Kersauson et aux autres anciens une dimension a priori plus imposante qu’aux navigateurs actuels dans le Vendée Globe, cette épreuve reste néanmoins hors de portée de l’individu ordinaire et lunaire. Hors de ma portée en tout cas.

Car il s’agit toujours de réaliser un tour du Monde en solitaire sur un bateau avec tous les risques que les vagues, les vents, les courants, l’environnement et l’épuisement produisent et imposent. De jour comme de nuit. Avec pour seuls pouls et seuls réconforts, la peau, les os, les muscles et ce que l’on a dans la tête. C’est d’abord la femme et l’homme sur le bateau qui décide de quitter le port. Et de poursuivre la mer.  Aucun système informatique ou téléphonique aussi ergonomique soit-il, à moins d’être kidnappé, distrait  ou endormi au moment du départ du bateau, ne prendra cette décision.

On a sans doute pu s’émerveiller, bien tranquillement chez soi, du sauvetage de Kevin Escoffier par Jean Le Cam comme si le scénario avait été écrit à l’avance. Et penser ou croire que ce sauvetage avait été une formalité. Vu qu’il a été « réussi » et que, depuis, Jean Le Cam, a repris sa route.  On est souvent très inspiré pour banaliser rapidement ce qui a été réussi. Et pour ensuite « passer à autre chose ».

 

Lorsque je le pourrai, je relirai et regarderai à nouveau le récit de ce sauvetage en mer.

 

On peut aussi envier ces participantes et ces participants devant le spectacle de cette liberté dont ils nous envoient régulièrement- grâce aux innovations technologiques- l’image et le son. Liberté qui contraste encore plus que d’habitude avec nos vies du fait de nos moeurs doublement confinées pour raisons sanitaires.   

On peut aussi reprocher à ces aventuriers d’être plus ou moins les complices- ou les ouvriers- sponsorisés d’une certaine société spectacle qui fait de nous des êtres de plus en plus passifs, soumis, et rapidement adeptes du premier anxiolytique; du premier antalgique; ou du premier programme venu au moindre inconfort.

Mais je « plains » aussi ces marins- femmes et hommes- lorsque je pense à leur retour au bercail. Lorsqu’elles et ils devront tenir sur terre en réduisant de nouveau leurs empreintes aux cendres et aux confettis d’une vie « ordinaire ». Car il faut bien une certaine force surhumaine pour rester à l’endroit et endurer une vie quotidienne qui nous entraîne régulièrement, et assez facilement, à partir de travers.  

En attendant, ces chemins qu’ont pris et prennent ces femmes et ces hommes sur leur bateau restent des horizons dégoupillés. Aujourd’hui ou demain, on ne sait pas ce qui peut en sortir. Un accident,  un imprévu. Tout peut survenir. Le naufrage ou l’état de grâce. Peu importe la beauté des photos ou des vidéos envoyées antérieurement. Peu importe la « noblesse », « l’intelligence », « l’expérience », « la vaillance » ou le « courage » de celle ou celui qui se retrouvera en état de faiblesse convoqué par ses dernières limites. Elle ou il remplacera alors le chaînon manquant entre la parole et le silence.

C’est pour beaucoup la peur d’une disparition effrayante, et solitaire, qui nous fait accepter 365 jours sur 365, une certaine vie plus terre à terre, routinière, sécurisante. En grappillant, après en avoir demandé l’autorisation, ça et là, quelques « sorties » destinées à nous permettre de nous « vider la tête ». Pour ensuite recommencer à la remplir avec diverses pollutions.

Système informatique performant ou non, la peur d’une mort imposée a peu changé. Hormis peut-être sa présentation.

Il y a quelques mois, Mi-Mars, lors du premier confinement dû au Covid, était considérée comme naïve , ou le crâne porté par la cocaïne, toute personne pensant que le Monde allait changer. Aujourd’hui, neuf mois plus tard,  il est sans doute plus facile de s’apercevoir que le Monde a changé. Et qu’il va continuer de changer du fait de la pandémie du Covid. Comme il avait déjà changé après d’autres événements. Qu’il s’agisse d’attentats ou d’autres catastrophes marquantes ici et ailleurs. Mais le changement, même s’il s’affirme, peut être moins perceptible que lorsqu’une navigatrice ou un navigateur, en pleine mer, cesse d’émettre pour disparaître.

 

On s’habitue et on s’adapte aussi plus ou moins au changement. Pour l’instant, cela me fait tout drôle, lorsque je vais consulter mon « ethno-médecin », spécialisée en médecine chinoise, de pouvoir payer par avance par virement. J’ai encore l’impression, si je le faisais, que mon argent partirait directement sur un compte occulte dans les îles Caïman. En la payant à chaque fois en espèces, j’ai l’impression d’être un mafieux qui blanchit de l’argent ou d’être un homme qui la drague et qui veut lui en mettre plein la vue avec ses- petits- billets de banque.

Cela reste étonnant de recevoir ses prescriptions par mail.

Cela me fait encore un peu drôle de prendre certains rendez-vous médicaux sur le net sans passer par une personne «réelle » que j’ai d’abord au bout du fil.

Je suis encore déconcerté de n’avoir jamais rencontré la conseillère en gestion de patrimoine qui nous a pourtant permis de renégocier- l’an passé- le rachat de notre prêt immobilier. Je ne lui ai parlé qu’une fois directement au téléphone. Ensuite, tout s’est fait exclusivement par mails. Chaque fois que je l’appelle, je tombe systématiquement sur son répondeur. Elle me rappelle ensuite et me laisse un message. Mais elle me répond surtout par mails. Je vais finir par croire qu’elle m’évite ou qu’elle est un logiciel.

A côté de ces expériences de « vie » de plus en plus dématérialisées ou « augmentées », il reste encore possible de faire des rencontres en « direct ». Mais, peut-être qu’un jour, il sera devenu normal de dire : 

«  Ma relation avec untel, c’est 25 millions de sms. Donc, c’est une relation qui a compté. Par contre, untel,  10 millions de sms, c’était juste une relation de boulot. Et, lui, 75 000 sms. Une relation de politesse ! Juste bonjour, au-revoir ».

Pour terminer cet article, un petit jeu en laissant la parole à quatre anciens. A vous d’attribuer le bon auteur aux affirmations suivantes :

” Il ne faut jamais se laisser emmener par les éléments, il faut aller “avec”, il faut tenter de les accompagner et de les comprendre”. 

” S’il arrive que tu tombes, apprends vite à chevaucher ta chute. Que ta chute devienne cheval, pour continuer le voyage”. 

” Pour avoir l’idée d’un mouvement, il faut le faire mille fois. Pour le connaître, il faut le répéter dix mille fois. Et pour le posséder, il faut l’accomplir cent mille fois”. 

La berceuse démente des tempêtes les balançait dans sa camisole de force“. 

 

( Frankétienne. Melville, extrait de son livre Moby Dick. Olivier de Kersauson. Un proverbe japonais ancien). 

 

Franck Unimon, Lundi 28 décembre 2020.

 

read more

Sensei Jean-Pierre Vignau : Un Monde à part

»Posted by on Déc 26, 2020 in Croisements/ Interviews, self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Sensei Jean-Pierre Vignau : Un Monde à part

 

Sensei J-Pierre Vignau, ce lundi 21 décembre 2020 dans sa salle de musculation.

 

 

Sensei Jean-Pierre Vignau : Un monde à part

 

 

Il pleuvait ce lundi 21 décembre 2020 lorsque je suis retourné voir Sensei Jean-Pierre Vignau à son domicile. Depuis notre première rencontre fin novembre, j’avais lu ses deux livres Corps d’Acier ( 1974) et Construire sa légende   (2020)  distants de 26 ans. ( Corps d’Acier/ un livre de Maître Jean-Pierre Vignau ). 

 

 

J’avais aussi rappelé Jean-Pierre plusieurs fois. A chaque fois, il avait pris le temps de me répondre.

 

Cependant, la veille ou le matin de cette seconde rencontre, Jean-Pierre m’apprend qu’il a eu entre-temps des ennuis de santé. Un AVC.  Qu’il a été hospitalisé quelques jours. Mais que ça va mieux maintenant. Je m’en étonne :

 

« Et tu ne m’as rien dit ?! ».

Jean-Pierre : « C’est que je suis un peu cachottier…. ».

 

Ce 21 décembre,  sa femme Tina est en télétravail.  Aussi, Jean-Pierre me reçoit-il cette fois dans sa salle de musculation qu’il m’avait présentée la dernière fois.

 

Dès que je sors de ma voiture, je lui explique que la « dernière fois » j’avais enlevé mon masque chirurgical de prévention anti-covid. Mais qu’au vu de ses ennuis de santé récents, je préfère le garder. Lui, toujours à visage découvert, sa casquette sur la tête, me répond :

 

« Je m’en fous ! ».

 

Ma réaction est immédiate : « Mais, moi, je ne m’en fous pas ! ». Sourire de Jean-Pierre.

 

J’ai donc gardé mon masque. Ce qui donne à ma voix ce son un peu étouffé alors que je tiens mon caméscope lors de l’interview.

 

Celle-ci débute en parlant de celui qu’il cite comme son Maitre de Karaté : Sensei Kase.

 

Cette interview filmée aurait pu s’appeler ” 3553 mouvements de base. ” Savoir ce qu’on est”. “Tu réussis ou tu te tues” .” Mettre les ego de côté”. “Ce n’est pas à moi d’exclure ou d’interdire”. “Le plus important, c’est de savoir tenir sa place”. “La compète, c’est un faux jugement”. “En six mois ou deux ans, tu n’as pas le temps de comprendre“.

 

Mais, finalement, j’ai trouvé que le titre  Un Monde à part correspondait très bien à Sensei Jean-Pierre Vignau et aussi qu’il incluait ces autres titres « délaissés ».

 

 

A la fin de l’interview,  alors que j’ai éteint mon caméscope, je parle à Jean-Pierre de ma rencontre fortuite de Sensei Léo Tamaki quelques jours plus tôt.  j’en parle dans mon article L’Apparition . Aussitôt, Jean-Pierre relève la tête et me dit :

 

« On croit que l’on décide dans la vie mais c’est le hasard qui choisit ».

 

Je lui parle de mon projet de solliciter Léo Tamaki pour une interview. Jean-Pierre cherche alors le numéro de téléphone de celui-ci et me le donne.

 

Je joins Léo Tamaki au téléphone le lendemain ou le surlendemain. Nous convenons, lui et moi de nous rencontrer début ou fin janvier 2021. Depuis, j’ai acheté le dernier numéro du magazine Yashima dans lequel il interviewe Richard Douïeb, plus haut représentant du Krav Maga en France. J’ai d’abord été un peu surpris de voir Richard Douïeb en couverture de Yashima, magazine qui traite «  des Arts Martiaux et de la Culture du Japon ».

 

 

Cependant, le Krav Maga est une discipline à laquelle je me suis aussi intéressé sans que je me décide à « l’essayer ». Il y a trois ans maintenant environ,  ou peut-être plus, je m’étais ainsi déplacé au club de Krav Maga dans le 9ème arrondissement de Paris où il arrive que Richard Douïeb intervienne. A « l’époque », pratiquer un sport de combat ne me suffisait plus. Je cherchais déjà un Maitre.

 

Aujourd’hui, ce samedi 26 décembre, j’irai voir Sensei Jean-Pierre Vignau dans son club, le Fair Play Sport, dans le 20ème arrondissement de Paris avec ma fille. Si les enfants peuvent depuis quelques jours reprendre une activité physique en club (en raison du contexte de la pandémie du Covid) , les adultes, eux, doivent encore patienter. C’est donc ma fille qui découvrira avant moi le Maitre sur le tatamis.

 

Franck Unimon, ce samedi 26 décembre 2020.

 

read more

L’Apparition

»Posted by on Déc 18, 2020 in Corona Circus, Croisements/ Interviews, self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

L’Apparition

 

L’Apparition

 

 

J’étais très content de devoir aller dans une agence de l’opérateur Orange. Il fallait faire tester la livebox. Eventuellement en avoir une nouvelle qui marcherait mieux que celle que j’avais depuis des années.

 

Et me faire tester aussi, peut-être. J’étais parfois saisi de microcoupures. Alors, j’avais du mal à me connecter. Quand on me parlait, j’avais la parole vide. Cela devenait une idée fixe.

 

Au bout du fil, quelques jours plus tôt, Anissa, la technicienne que j’avais contactée, avait fait son possible. Elle avait fait des tests à distance. Pour conclure qu’il me fallait me rapprocher physiquement d’une agence de l’opérateur Orange. Celle de ma ville, et peut-être de ma vie, avait fermé deux ou trois ans plus tôt.

 

J’ai pris le train.

 

Cela m’a semblé plus pratique d’aller à l’agence d’Opéra. Près de l’Opéra Garnier. Internet et la téléphonie mobile côtoyaient la musique classique.  Nous habitons dans ces paradoxes en permanence. Et cela nous semble normal.

 

 

Très vite, en arrivant à Paris, je me suis retrouvé dans les décors de Noël. Il y avait du monde dans les rues et devant les magasins. Les achats de Noël. C’était une seconde raison d’être content. Cette obligation de faire la fête sur commande. De faire des achats.

 

Impossible de changer de cerveau. Aussi, tout ce que je voulais, c’était que l’on me change ma livebox. Mais le manager m’a très vite contrarié. Il m’a expliqué qu’il me fallait un bon. La technicienne ne m’en avait pas fourni. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était tester la livebox. Il m’a demandé de patienter. Cela pouvait prendre cinq ou dix minutes.

 

Nous étions dans un sous-sol sans fenêtres et surchauffé. Un éclairage veillait à simuler la lumière du jour mais elle échouait à faire oublier notre enfermement. Enfermement auquel les  employés semblaient indifférents. Quelques ordinateurs, quelques stands, l’esprit d’équipe et une fonction définie pour quelques heures suffisaient pour oublier.

Moi, je n’oubliais pas. J’avais dû me déplacer.

 

Je suis reparti avec ma livebox. Elle marchait très bien. Le manager m’a remis le bordereau du test. Par geste commercial ou par diplomatie, il m’a remis une clé 4 G wifi provisoire valable deux mois. Il m’en a expliqué le fonctionnement très simple :

 

«  On allume là où on éteint ».

 

La bonne nouvelle, c’est que j’avais peu attendu dans l’agence.

 

Dans une rue que je n’avais aucune raison de prendre dans ce sens vu qu’elle m’éloignait de la gare du retour, j’ai croisé un homme.  Le magasin Le Printemps était sur ma gauche de l’autre côté de la rue.

 

Plus petit que moi, l’homme avançait masqué comme nous tous en cette période Covid. Il portait un catogan. Ce que j’ai perçu de son visage m’était familier. Le temps que son identité se forge dans mes pensées, il m’avait presque passé. Je me suis retourné et l’ai regardé marcher. Ses jambes étaient très arquées. Alors qu’il s’éloignait, j’ai imaginé les moqueries, plus jeune, et une de ses phrases :

« J’ai eu une jeunesse un peu compliquée » qui laissait supposer qu’il avait dû beaucoup se bagarrer, enfant.

 

Son sac sur le dos, un repas de l’enseigne Prêt à manger à la main, le voilà qui s’arrête à cinquante mètres. Il a enlevé son masque et commence à boire à la paille ce qui est peut-être une soupe. Je me rapproche.

 

Mon masque sur le visage, je le salue et lui demande :

 

« Vous êtes Léo Tamaki ? ». Mais avant même qu’il ne me le confirme, je savais.

 

Je lui ai parlé de son blog, de Jean-Pierre Vignau ( Arts Martiaux : un article inspiré par Maitre Jean-Pierre Vignau). Il m’a écouté. Je me demandais s’il était encore dans son école vu que j’avais cru comprendre qu’il était souvent en voyage. Avec le sourire, il acquiesce concernant ses voyages fréquents. Puis, me précise qu’il est toujours présent dans son école qui se trouve «  à quinze minutes à pied d’ici ». Qu’il espère rouvrir en janvier.

 

Sa question arrive vite : «  Vous avez déjà pratiqué ? ». «  J’ai pratiqué un peu de judo ».

Lorsque je lui parle de mes horaires de travail de nuit, je retrouve le tranchant de sa pensée telle que je l’ai perçue dans une vidéo où il est face à Greg MMA. Mais aussi dans ses articles pour les magazines Yashima et Self& Dragon. C’est un homme qui réagit avant même que l’on ait eu le temps de saisir les conséquences de ce que l’on formule. On imagine facilement que c’est pareil en cas d’attaque.

 

L’échange est bref. Un moment, j’enlève mon masque afin qu’il voie mon visage lorsque je me présente. Je me dis souvent que cela doit être insolite de se faire aborder par un inconnu masqué. Mais cela ne semble pas le désarmer plus que ça. C’est une question de contexte et de tranquillité d’esprit peut-être. Nous sommes en plein jour, dans une grande avenue fréquentée. Et, je suis venu calmement. Il y a quelques années, assis dans un recoin de la rue de Lappe, en soirée, j’avais aperçu l’acteur Jalil Lespert qui passait avec ses deux enfants.  C’est un acteur dont j’aime beaucoup le jeu. Dont la carrière est étonnamment discrète. Je l’avais salué à distance. Mais, à sa façon de faire avancer ses enfants, j’avais compris que je l’avais surpris et un peu effrayé. Ça m’a étonné d’apprendre récemment que Jalil Lespert, le discret, vit désormais une idylle avec Laeticia Halliday, la « veuve » de Johnny. Celle qui pleurait son « homme » il y a encore deux ans. Mais on a le droit de vivre.

 

Léo Tamaki, c’est un autre monde que Johnny, Laeticia, Jalil Lespert et le cinéma. C’est le monde de l’Aïkido et des Arts martiaux. Les deux mondes peuvent se concilier : show « bises » et Arts Martiaux. Mais pour cela, dans le désordre, il  faut avoir quelque chose de particulier qui répond à une nécessité voire des affinités et, avant cela, des lieux de fréquentation communs.

 

Franck Unimon, ce vendredi 18 décembre 2020.

 

 

 

read more