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| Balistique du quotidien

La Peur a changé de camp

»Posted by on Août 17, 2019 in Puissants Fonds | 0 comments

La Peur a changé de camp

 

 

 

 

La peur a changé de camp, un livre de Frédéric Ploquin paru en 2018.

 

 

C’est en commençant à travailler dans un service de pédopsychiatrie que j’ai- frontalement et dès le début- découvert la « conviction » de territoire :

 

Cette attitude ferme et de défi qui consiste à vous faire comprendre que vous êtes le nouveau venu. Que vous êtes incompétent pour représenter la Loi, l’autorité et la connaissance, ici. Que vous devez en quelque sorte la fermer et vous soumettre, ici. Car vous n’êtes pas sur votre territoire. Vous êtes un étranger. Un outsider. A moins que vous ne parveniez à faire vos preuves.

 

C’est une jeune de 15 ou 16 ans qui m’avait fait ressentir ça. Elle pouvait être insolente mais pas forcément si méchante que cela. Plusieurs années plus tard ( c’était fin 2000) je crois pouvoir encore me rappeler de son prénom.

Cependant, ce n’est pas avec elle que par la suite, mes collègues et moi avions eu le plus de difficultés relationnelles. Cette jeune était ensuite  définitivement “sortie” du service quelques jours plus tard et nous ne l’avions plus revue.

Fin 2000, j’avais pourtant la trentaine. Soit le double de l’ âge de cette jeune. Mais ça n’était pas un problème :

Avec son assurance- et l’Intelligence– de celle qui était déja sur les lieux avant mon arrivée, et le fait que je prenais mes marques dans le service, elle avait réussi en une remarque à prendre un certain ascendant sur moi.

Je venais d’arriver par mutation en tant que titulaire dans ce service. Auparavant, néanmoins, j’avais fait des études d’infirmier dès ma sortie du lycée. Cela m’avait donc quelque peu déniaisé. J’avais aussi déjà un peu voyagé à l’étranger, fait quelques études dans d’autres domaines. J’avais aussi au préalable exercé dans divers établissements de soins en tant qu’infirmier intérimaire, vacataire. Mais aussi en tant qu’infirmier titulaire : dans un service fermé d’hospitalisation en psychiatrie adulte et, cela, dès mon service militaire alors obligatoire.

Dans mes 20 ans, j’avais découvert le travail de nuit en tant que soignant vacataire dans le service d’une clinique privée. Les patients avaient en moyenne l’âge de mes grands-parents soit le triple de mon âge. Lors de mes nuits de douze heures, j’étais responsable d’eux, seul soignant sur deux étages. En cas de problème, je pouvais solliciter mes collègues du dessus, également seuls dans leur service. Cela était une règle assez implicite : car je ne me souviens pas que la direction qui m’avait employé pour ces vacations ait beaucoup insisté pour me le faire savoir. Le médecin d’astreinte, lui, arriverait de chez lui au bout d’une heure ou deux si on l’appelait. J’en ai fait l’expérience. Je me rappelle encore de lui débouchant tranquillement dans le service en espadrilles, avec sa cigarette maïs allumée dans la bouche, alors que je m’inquiétais pour une grand-mère tombée sur la tête depuis son lit. Elle avait une belle bosse.

Trente ans plus tard, cette clinique existe toujours. Elle fait aujourd’hui partie d’un groupe privé florissant qui possède plusieurs cliniques : Orpéa ou Korian. Pour certaines entreprises privées, ou laboratoires, le secteur de la santé est un marché juteux en termes de bénéfices.  Aujourd’hui, plus qu’hier et moins que demain, les hôpitaux publics ont pris pour modèle ces entreprises privées. Les hôpitaux publics se sont donc mis sur les rails afin de se rapprocher le plus possible de ces modèles de réussite et de profit économique.

Je me sens tenu de rappeler que l’on décide rarement de devenir infirmier dans le but de devenir millionnaire ou afin de se faire de l’argent sur le dos, la souffrance et le désespoir des autres, soignants inclus.  Ou alors, il s’agit très certainement d’infirmiers que j’ai peu côtoyés, qui représentent à mon avis une minorité ou qui se sont en quelque sorte reconvertis ou quelque peu éloignés de cette temporalité particulière où nous “sommes” vraiment avec les patients et les autres. Et non le temps de quelques secondes et de quelques formules interchangeables faites d’ éléments de langage impersonnels.

 

 

Enfin, à titre personnel, un an avant d’arriver dans ce nouveau service de pédopsychiatrie, pour permettre à ma sœur (de neuf ans ma cadette) et à notre frère (de 14 ans mon benjamin) d’avoir un toit et de poursuivre leurs études et de s’installer dans leur vie d’adulte, j’avais rendu mon appartement de célibataire et obtenu de la mairie de notre ville un appartement non loin de notre ancienne maison familiale, vendue pour cause de mutation de notre père dans notre pays d’origine : la Guadeloupe.

 

Plusieurs de mes ex-collègues de psychiatrie adulte, pourtant des professionnels plus expérimentés que moi pour certaines et certains, de l’infirmier au médecin chef, m’avaient regardé partir pour l’aventure de la pédopsychiatrie ( dans un service fermé de soins et d’accueil urgents) avec une certaine réserve polie voire avec une admiration qui m’avait étonné :

j’étais un novice en tant qu’infirmier en pédopsychiatrie. On aurait presque dit que c’était comme si j’avais annoncé à mes anciens collègues de psychiatrie adulte que j’allais descendre en rappel au fond d’un gouffre dont j’ignorais tout. Et, il est vrai qu’à mes débuts dans ce service, j’ai dû apprendre beaucoup. Et aussi, rapidement, apprendre à affirmer mon autorité. Cette jeune de 15 ou 16 ans, et d’autres jeunes, me l’avaient très vite fait comprendre d’une façon ou d’une autre. Peu importait ce à quoi on ressemblait et ce que l’on avait pu vivre et connaître auparavant ni ce que l’on était dans notre vie personnelle par ailleurs. Il importait, dans ce service, de savoir s’affirmer en tant qu’adulte et en tant que représentant de l’Autorité. Que l’on soit une femme ou un homme. Que l’on mesure 1m60 ou 1m80. Que l’on porte des lunettes ou non. Que l’on soit blanc, arabe ou noir. Que l’on soit musulman pratiquant, catholique ou athée. Que l’on soit homo ou hétéro. Que l’on ait 20 ou 35 ans. Pigé ? Et, cela était une règle implicite, instinctive. Immuable. Incontournable.

Ce que je raconte là semble très bien s’appliquer à l’univers de la police dont parle Frédéric Ploquin dans son livre. Même si, évidemment, il est d’autres univers professionnels avec lesquels on pourra trouver des points communs.

 

 

 

Aujourd’hui alors que j’ai quitté ce service de pédopsychiatrie (après quatre années de pratique), je garde de cette expérience intense un souvenir fait de considération et d’attachement. Pour cette époque. Pour mes anciens collègues. Pour les jeunes rencontrés et un certain nombre de situations faciles et difficiles. Mais je me souviens, aussi, que c’est dans ce service où j’avais fait l’expérience, comme la plupart de mes collègues d’alors, de ces tests et rapports de force répétés, usants et blessants entre certains jeunes difficiles- que nous essayions pourtant « d’aider »- et nous :

Insultes, menaces de mort, agressions physiques, intimidations, crachats et destruction des lieux avaient été le moyeu de certaines de nos relations avec quelques jeunes qui étaient heureusement une minorité. A ce jour, je n’ai pas connu d’équivalent devant cette forme “d’avalanches” d’insultes, de menaces de mort, d’agressions physiques, d’intimidations, de crachats et de destruction des lieux vécues dans ce service. Ainsi qu’à propos de cette nécessité de savoir rappeler constamment un certain cadre et certaines limites. Même lorsque tout se passait “bien”.

Il est vrai qu’en quittant ce service, je me suis dispensé de rechercher un poste  présentant les mêmes caractéristiques ou d’y rester aussi “longtemps” : quatre années dans un tel service étant une durée plus longue que dans d’autres. Même si ces troubles du comportement étaient le fait, je le rappelle, d’une minorité des jeunes hospitalisés. Et qu’il y’a eu aussi des périodes calmes et avec moins d’accrocs relationnels- ou plus supportables- avec la majorité des jeunes rencontrés.

 

Mais cette minorité difficile suffisait un certain nombre de fois à tout oblitérer ou à nous déstabiliser lorsque la violence et l’affrontement se faisaient les principaux modes de relations.

Car nous étions soignants et pas matons, CRS, vigiles, gardes du corps et encore moins là pour pratiquer la boxe, du MMA ou du Ju-jitsu brésilien ou du judo.

Car nous étions dans un hôpital et pas dans la rue ou dans une famille dysfonctionnelle.

Pendant ce temps-là, d’autres patients, plus « calmes » et plus faciles, devaient certaines fois être un peu délaissés afin que nous puissions nous concentrer sur cette patiente ou ce patient difficile. La répétition de ces actes ou de ces propos volontaires et violents étaient d’autant plus déconcertants qu’ils émanaient, pour la plupart, de mômes âgés en moyenne de 10 à 13 ou 14 ans, parfois plus. Un âge que nous avions eus et où, jamais, nous ne nous serions permis d’avoir le même genre d’attitudes envers nos pairs, envers des adultes et des lieux, quelles que puissent être nos difficultés et nos impasses émotionnelles et personnelles. Et je parle ici « uniquement » des actes de violence que ces jeunes ont pu porter contre autrui (patients ou soignants) ou contre les locaux. Il y’avait aussi les actes violents que certains de ces jeunes réalisaient contre eux-mêmes et que nous nous efforcions de canaliser ou de prévoir. Il y’avait aussi ces comportements à risque tels que la fugue que d’autres pouvaient avoir en raison de leurs troubles du discernement.

 

Certaines situations frontales vécues avec plusieurs de ces  jeunes ” violents” ont donc été des chocs. Culturels, moraux, intellectuels, psychologiques. Et physiques. Plusieurs collègues ont ainsi été en arrêt de travail suite à une agression. Ces situations ont aussi été l’occasion d’apprentissages de part et d’autres. Elles ont aussi sans aucun doute amené le fondement d’une solidarité particulière entre collègues. Ce qui explique sûrement le fait qu’à ce jour, même si pour la plupart nous travaillons désormais dans d’autres services voire dans d’autres régions, il nous reste un quelque chose de cette unité ou de cette amitié. Et nos retrouvailles le temps d’un pique-nique l’an passé par exemple, pour celles et ceux qui y étaient, une dizaine d’années après avoir quitté ce service, en atteste.

Ce matin, c’est ce que m’inspire à l’écriture le livre La Peur a changé de camp de Frédéric Ploquin. Ce livre, que je n’ai pas fini de lire, parle…de la dégradation générale et progressive des conditions de travail des flics. On me dira sans doute- y compris parmi mes pairs infirmières et infirmiers- qu’il n’y’a aucun rapport entre le travail d’un flic et celui d’une infirmière ou d’un infirmier en soins psychiatriques ou pédopsychiatriques. Et que mon goût pour le cinéma m’aura fait perdre pied ainsi que le contact avec la bobine du réel.

Alors, je commencerai par rappeler qu’il arrive que soit reproché à la psychiatrie d’une manière générale d’être abusive et coercitive au détriment de la liberté et de la santé de personnes vulnérables :

Et, j’invite chacune et chacun à se remémorer certains documentaires, reportages, expériences personnelles ou faits divers montrant la psychiatrie sous un visage tragique, choquant et défavorable. Ou sensationnel.

Je rappellerai aussi que certains modes d’hospitalisation en psychiatrie sous contrainte mettent le soignant, qu’il le veuille ou non, dans la position de celle ou celui qui doit faire respecter la Loi et qui a, aussi, un certain Pouvoir :

Parce-que le patient (et/ ou son entourage et sa famille) est un danger pour autrui et/ou pour lui. Mais aussi parce-que le patient (et/ ou son entourage et sa famille), d’après la situation rencontrée et son comportement, a démontré un manque de discernement qui l’empêche de reconnaître la gravité de ses troubles du comportement et/ou de jugement. Et de donner son consentement pour recevoir certains soins.

 

Il me semble qu’après ces deux rappels, on commence déjà à mieux comprendre en quoi, par moments, le travail d’une infirmière ou d’un infirmier en soins psychiatriques, peut ressembler ou donner l’impression de ressembler à un travail de « flic ». Surtout si l’on exerce dans un service de soins fermé et que certaines restrictions sont imposées – même si elles sont généralement expliquées au préalable- aux patients :

Pas de téléphone ou alors des appels téléphoniques limités et parfois en présence des soignants ; pas de sortie du service pendant quelques temps ou sous condition et accompagné d’un ou de plusieurs soignants lorsque cela est possible ; le droit de fumer à certaines heures et en certains lieux ; relations sexuelles interdites dans le service etc…..

Cette analogie apparente entre le métier de flic, voire de maton,  et celui d’infirmier voire d’éducateur en soins psychiatriques et pédopsychiatriques peut expliquer certains « affrontements » avec le patient et/ou son entourage :

Fort heureusement, ces « affrontements » entre patient et soignants peuvent être provisoires et minoritaires. Le temps de faire connaissance et d’apprendre à connaître les soignants qui sont des individus inconnus dont on ignore au début, quel que puisse être leur discours de présentation, les réelles intentions. Le temps de décider si l’on va faire alliance ou non avec les soignants ou si l’on va rester « fidèle » ou « loyal » aux codes de conduite que l’on a toujours suivi jusque là et qui nous ont permis jusqu’alors d’exister, d’être accepté, de nous affirmer et de survivre dehors. Le temps de certaines crises qui permettent au patient d’exprimer un mal-être, une impuissance ou un désespoir, plus ou moins longtemps contenus, et dont le corps soignant présent devient alors…le récepteur.

Et ce qui différencie un soignant d’un flic ou d’un individu lambda non-préparé ou non-formé, c’est le type de relation.  Le type d’action et de rôle face à la violence exprimée.  C’est le fait que le soignant va essayer de comprendre cette violence. Il va essayer de la retraduire et d’amener le patient à saisir que cette violence qui lui échappe, alors qu’il croit sans doute la contrôler, le handicape plus qu’elle ne lui sert. Il va essayer – quand c’est possible- de la « divertir », de la détourner voire de la  canaliser.

Il va aussi essayer d’encourager le patient à employer son énergie vers d’autres projets que ceux menant à la destruction.

Cela est évidemment bien plus facile à théoriser qu’à réaliser : puisqu’il arrive que ces patients que l’on veut « aider » agressent les soignants fautifs d’être ces interlocuteurs imparfaits et constants. Fautifs de rappeler certaines règles et certaines limites. Fautifs de rappeler certains faits. Fautifs d’être celles et ceux qui détiennent la clé qui ouvrent et ferment les portes.

Il est aussi des personnes de la société civile, ni infirmiers, ni éducateurs, ni psychologues, ni médecins, qui excellent à aider et soutenir bien des personnes en difficulté morale et sociale. Mais cela se passe alors en dehors de l’enceinte de l’hôpital et dans  un certain angle mort de la connaissance et de l’expérience hospitalière. Pour le pire ( sectes, groupuscules extrémistes,  et autres) ou pour le meilleur.

 

Fort malheureusement, aussi, à l’hôpital, certains de ces « affrontements » avec certains patients et/ou leur entourage et famille, peuvent plus ou moins durer, plus ou moins « planer » dans l’atmosphère d’un service et peser en restant à la limite du supportable.

Un des autres points communs du travail de flic avec le métier de soignant en psychiatrie mais aussi dans d’autres disciplines de soins (somatiques comme mentales) est de voir l’envers du décor d’une société. Dans cet envers du décor, il n’y’a nul maquillage, campagne de communication ou de place pour la mise en scène. On s’y révèle avec nos viscères, nos faiblesses, nos limites, nos mauvais profils comme avec nos forces morales et autres. Pratiquement sans faux semblant. On pourra dire de même avec les métiers de pompiers ou d’assistante sociale pour citer quelques unes de ces professions où l’on est au contact, à visage découvert, avec la vie et l’intimité des gens. Et c’est, ici, le but principal de cet article :

 

Lire, en plein mois d’août, La peur a changé de camp , de Frédéric Ploquin, grand reporter, spécialiste du grand banditisme, de sujets ayant trait à la police et au renseignement, mais aussi réalisateur de reportages ?!

Il est  des lectures plus relaxantes et plus ensoleillées. Et, j’ai hésité à en commencer la lecture (il me reste deux cents pages à lire) avant ce samedi où il pleut. D’autant qu’avec le mouvement des gilets jaunes mais aussi du fait de certaines bavures policières, les flics, comme souvent, voire comme toujours, ont une très mauvaise image. Surtout si l’on ajoute, une ou deux (voire beaucoup plus) expériences personnelles désagréables que l’on a pu vivre soi- même ou dont on a été le témoin ou dont on a entendu parler.

 

Le livre de Frédéric Ploquin explique aussi les raisons de certaines erreurs et dérives policières. Lesquelles raisons sont bien-sûr multiples et aussi personnelles :

De même qu’il y’a de très bons flics, il y’a aussi des très mauvais flics.

Mais celles et ceux qui décident, au dessus de leurs têtes, ont aussi leur part de responsabilité. Sauf que ces décideurs et décideuses, même lorsqu’ils font des erreurs ou font certains choix politiques délétères, peuvent tranquillement poursuivre leur carrière en restant à l’abri contrairement aux policiers qui restent sur le terrain et doivent en rendre compte.

Je me doute bien que pour certaines et certains, les flics resteront des ennemis et « doivent » rester ces femmes et ces hommes responsables de tous les travers ou ces “fourmis” qu’il faudrait écraser et démembrer une à une. Je me doute aussi que pour certaines et certains, nuancer l’image de la police, c’est trahir et passer pour un gogo sans honneur et amnésique tout prêt de se faire enrôler comme boy ou serviteur bénévole au service du Rassemblement National ( ex-Front National) ou autre nostalgique nazi et esclavagiste.

Pourtant, à mesure que je lis ce livre où Frédéric Ploquin parle pourtant de la police, et rien que de la police, je m’aperçois que les conditions de travail dégradées de la police dont il parle, ressemblent à ces mêmes conditions de travail dégradées que connaissent depuis plusieurs années les services publics de l’école et des hôpitaux dans une société de plus en plus inégalitaire. Pour ne parler que de la dégradation des conditions de travail dans les écoles publiques et dans les hôpitaux publics.

D’autres services publics sont sans doute touchés par les mêmes dégradations des conditions de travail : qu’il s’agisse des transports ou de certaines entreprises publiques aujourd’hui privatisées….

Comment continuer de s’abstenir de faire le rapprochement en lisant La Peur a changé de camp ?

Nous sommes au mois d’août. C’est encore les vacances. Le livre de Frédéric Ploquin détaille et explique les raisons pour lesquelles, la rentrée et le retour de vacances seront suivis, comme souvent depuis plusieurs années, malheureusement, de certaines crises sociales et autres.

Parce que certaines de nos élites continuent de mépriser et de méconnaître l’avenir. Ainsi que toute ou partie de nos histoires, de nos valeurs et de nos espoirs. Ce qui explique l’ascension sans filtre et apparemment sans frein de certains extrémismes et de certaines peurs. Pendant le mois d’août mais aussi lors des autres mois de l’année.

En attendant d’autres articles sur des thèmes différents, et je l’espère plus légers,  on pourra trouver à celui-ci une continuité avec mon article sur le livre Mes rêves avaient un goût de sel.

Franck Unimon, ce samedi 17 aout 2019.

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Mes rêves avaient un goût de sel

»Posted by on Août 9, 2019 in Puissants Fonds | 0 comments

Mes rêves avaient un goût de sel

 

 

 

 

 

Tandis que ma fille faisait sa sieste hier après-midi, j’ai terminé le livre Mes rêves avaient un goût de sel , publié en 2013, de J-Pierre Roybon, ancien nageur de combat. Il me restait à peine vingt ou trente pages à lire.

 

Dans les débuts de son livre, J-P Roybon, 65 ans en 2013 lorsque son livre a été publié, se sent obligé de prévenir, page 9 :

« Je ne suis ni écrivain, ni bardé de diplômes universitaires mais seulement détenteur d’un certificat d’études primaires ». Sans doute des restes du « mauvais » élève qu’il était, dans une autre vie, dans cette école obligatoire qu’il n’avait pas choisie et qui ne lui correspondait pas comme à tant d’autres hier, aujourd’hui et demain.

Je soussigné, moi, Franck Unimon, l’apprenti-écrivain anonyme connu seulement de lui-même, le plus ou moins universitaire avorté, le littéraire, et sans doute aussi l’artiste raté, je déclare avoir eu plaisir à lire son Mes rêves avaient un goût de sel comme je peux avoir plaisir à écouter certaines personnes qui ne sont pas de mon monde extérieur et immédiat. A première vue.

 

Je me suis retrouvé dans certaines de ces valeurs qui tiennent J-Pierre Roybon en tant qu’homme et militaire :

J’ai déjà pensé que mon père aurait pu être militaire compte-tenu de sa rigidité et de sa « rusticité ». Dans son récit, J-Pierre Roybon , alias Royco, insiste à plusieurs reprises sur le point qu’un bon nageur de combat se doit d’être « rustique ». En plus de démontrer de sérieuses aptitudes physiques, mentales, morales, techniques ainsi qu’ à la pratique de la solidarité et…obéissance aux ordres.

 

Dans les faits, mon père (de la même génération que J-Pierre Roybon et de quatre ans son aîné) avait été exempté de son service militaire car il était devenu « fou » au moment de le faire ou après avoir échoué au bac. J’ai un peu oublié la chronologie aujourd’hui. Par contre, j’ai fait mon service militaire même si j’ai passé la plus grande partie de mon service militaire à exercer en tant qu’infirmier diplômé d’Etat…en psychiatrie : pas mal pour quelqu’un dont le père était devenu « fou » une génération plus tôt au moment de faire son service militaire ou après avoir échoué au bac !

Pendant mon service militaire- encore obligatoire alors- je me suis un moment demandé si j’allais m’engager. En tant qu’infirmier. Non pour des raisons patriotiques ou guerrières. Je n’ai jamais été séduit par les attraits du clairon nous commandant de servir de chair à canon pour quelques décideurs protégés et dont les motivations profondes m’étaient étrangères. Peut-être aussi que ma filiation antillaise ainsi qu’avec l’histoire de l’esclavage m’a fait grandir dans une certaine méfiance envers la Nation française et blanche. Et je reste sceptique devant le sacrifice (« oscarisé » pour Denzel Washington) lors de la guerre de sécession de certains esclaves noirs américains dans le film Glory réalisé en 1989 par Edward Zwick.

 

A Lourdes, pendant mon service militaire en 1993, on nous avait ainsi servi des défilés militaires de différents pays et des images montées afin de nous sensibiliser à l’horreur- réelle- de la guerre au Kosovo. Si d’autres appelés venus comme moi à Lourdes avaient alors manifesté leur bruyant et enthousiaste patriotisme ainsi que leur émotion, j’étais resté discrètement perplexe devant la mise en scène de ces défilés militaires comme devant les images- et la musique- que l’on nous avait présentées.

Néanmoins, en lisant le livre de J-P Roybon, il m’est apparu que j’étais aussi attaché à ce qu’il décrit en matière d’abnégation de soi, d’efforts, d’entrainement physique et mental intense, d’éducation personnelle, de rite initiatique et d’apprentissage de la vie d’adulte et de la rencontre d’amis véritables et durables. Comme on peut le dire quelques fois crument :

Lorsque l’on en chie avec quelqu’un, on apprend à se connaître et il est impossible de se mentir à soi-même comme aux autres. Et J-P Roybon, lors de ses diverses formations, en a « chié » avec d’autres.

Dans son récit, on retrouve donc de manière amplifiée ces valeurs- et d’autres- que l’on peut admirer et courtiser lorsque l’on regarde la figure des samouraï ou de toutes ces femmes et ces hommes combattants qui sont au rendez-vous de certains codes d’honneur et actes héroïques. Quelle que soit leur place vis-à-vis de la « Loi » :

Qu’il s’agisse d’une femme ou d’un homme résistant lors de la Seconde guerre Mondiale ou lors de la guerre d’Algérie, côté algérien. Qu’il s’agisse d’une femme ou d’un homme esclave qui marronne. D’une personne déportée qui s’échappe d’un camp de concentration. D’une victime qui se soustrait à son agresseur. Qu’il s’agisse d’un soldat ou d’un Samouraï.

Bien-sûr, au cinéma, on peut penser aux yakuzas tels que nous les a montrés un réalisateur comme Takeshi Kitano dans ses films Sonatine, Hana-Bi , Aniki, mon frère ou autres. Mais on peut aussi penser au personnage interprété par De Niro dans Heat de Michael Mann. Au personnage de garde du corps puis de tueur tenu par Denzel Washington dans Man on Fire de Tony Scott. Ou au rôle tenu par l’acteur Mads Mikkelsen dans le film Michael Kholhaas réalisé en 2013 par Arnaud des Pallières. On peut aussi penser à la première heure du film Jeanne d’Arc de Luc Besson. On peut également penser à certains intellectuels qui, à certains moments de l’Histoire, ont fait entendre leur voix, leur conscience et leur identité : Les Aimé Césaire, Gilbert Gratiant, Dany Laferrière et d’autres dont les musiciens et chanteurs Arthur H et Nicolas Repac ont mis en musique certains des textes et poèmes dans le très bel album L’Or noir sorti en 2012.

 

 

 

On peut bien-sûr penser à beaucoup d’autres figures féminines, masculines, historiques, contemporaines ou « fictives » qu’elles soient connues, oubliées ou inconnues, consensuelles, contrastées ou transgenres, chacun et chacune choisissant ses modèles selon ses propres critères, besoins et urgences personnelles et morales. Certaines personnes penseront à l’exemple de Simone Veil, d’autres à la navigatrice Ellen Mac Arthur, à la militante Angela Davis, à l’artiste Nina Simone, ou à PJ Harvey, Lady Gaga, Madonna, Beyoncé….

 

 

Ma vie personnelle et ma personnalité ont connu, connaissent et accomplissent un engagement moins extrême que ces exemples réels ou fictifs. J’ai pourtant connu des moments de ma vie où je me dirigeais vers ce genre d’engagement ou de rapport à la vie. Et où j’étais plus « rustique ». Plus engagé. Plus dur au mal. Je pense par exemple à ces deux ou trois années de ma vie, ou, adolescent, je m’entraînais avec assiduité à l’athlétisme avec certains copains. Et où j’aurais été capable- sans dopage- de donner encore plus de ma personne si mes résultats m’y avaient encouragé et que ma forme physique et morale me l’avaient permis.

Je pense aussi évidemment au moins à mes études d’infirmier d’Etat qui, dès la sortie du lycée, avant mes 18 ans, m’ont fait rentrer dans la tête une vision et une expérience du Monde et de la vie bien différente de celle que l’on peut s’en faire en allant au lycée, à l’université ou en effectuant des études où sang, viscères, éliminations de l’organisme et diverses maladies et états de santé restent, sauf drame familial et personnel, une expérience limitée dans l’espace et le temps ou circonscrite à la lecture d’un livre, la vision d’un film, d’un reportage ou à la découverte d’un fait divers dans les média et les réseaux sociaux.

Pour avoir passé trois ans à la Fac après l’obtention de mon diplôme d’Etat d’infirmier, je peux témoigner que mon regard sur le monde et sur la vie était assez différent de celui d’un certain nombre de mes sympathiques camarades de DEUG d’Anglais. J’avais pourtant à peine deux ou trois ans de plus que la majorité d’entre eux. Et si j’étais sorti du lycée comme eux en arrivant à la fac, j’aurais sans aucun doute été dans le même état d’esprit que la plupart d’entre eux. Même si j’avais pu y côtoyer un camarade se rendant avec ses parents au Kénya pour y faire un safari durant les vacances de Noël, une autre dont le rêve était que ses parents lui achètent un cheval avec le box qui va avec. Même si j’avais pu voir une étudiante engueuler – telles de vulgaires gouvernantes- deux secrétaires de l’âge de sa mère au motif que lors des dates de partiels de rattrapage elle serait…en vacances !

 

Je crois que mon « décalage » mental avec mes camarades de l’université, sans doute déjà à l’œuvre en sourdine bien avant, m’a en fait poursuivi, rattrapé et s’est accentué à mesure de mes années d’exercice infirmier et de ma vie d’adulte. Dans mes relations personnelles mais aussi professionnelles :

Signe que je suis encore un naïf et un « gentil », je reste étonné devant la vanité de certaines relations et rencontres dont je parle un peu dans mon article Paranoïa Sociale.

 

Il est aussi vrai qu’à mon niveau, je me suis « embourgeoisé ». Je me suis détendu avec les années et « laissé aller ». Je le vois à des indices très simples qui pourraient faire sourire mais qui, moi, me gênent un peu :

J’estime avoir entre trois et cinq kilos en trop et avoir un peu de ventre. Et j’ai beaucoup de mal à les perdre. La solution, pourtant simple, qui consiste à se dépenser physiquement, intensivement, de manière régulière, me résiste. Pourtant, j’aime faire du sport. Et je suis capable d’en faire seul, peu importe la température extérieure. Avec une préférence, quand même, pour les températures basses lorsqu’il s’agit de courir à l’extérieur.

J’ai aussi un découvert bancaire chronique. Avec les années, j’ai accumulé des objets dont je ne me sers pas ou très peu. Si je m’étais dispensé de la moitié voire du quart d’entre eux, mon solde bancaire serait sans doute créditeur et cela jusqu’à ma mort voire au-delà.

Je continue pourtant assez régulièrement de me trousser de jolies petites histoires où il est question de nouveaux objets à acquérir.

Nous avons dû obtenir un crédit immobilier pour l’achat de notre appartement.

 

« Avant », j’aurais sans doute déjà perdu ces kilos et ce ventre. « Avant », je me serais habillé comme un chien. J’aurais mangé du pain industriel et acheté les paquets de gâteaux ou de biscuits les moins chers au kilo.

« Avant », je serais demeuré locataire de mon appartement. Je n’aurais pas fait d’enfant. Je ne me serais pas marié.

 

Mais j’aurais quand même été incapable de supporter les entraînements et les risques que J-P Roybon nous décrit lors de sa formation de nageur de combat. Comme j’aurais été incapable d’obtenir la multitude de qualifications qu’il a obtenues. Et je n’aurais pas pu, je crois, désirer comme lui mettre en pratique ce qu’il a appris pour son « métier des armes ». Car contrairement à lui, à la destruction, j’ai dès le début préféré…la reconstruction, la guérison. L’apaisement. La compréhension. L’intellectualisation du Monde qui m’entoure. Ou à peu près tout ce qui pouvait me permettre de m’en rapprocher. C’est peut-être seulement une question de tempérament. Ou de paquetage émotionnel personnel.

Même si dans son récit, il ne dit rien concernant un éventuel besoin de revanche familial qu’il aurait eu à satisfaire suite à un conflit armé passé ou à un drame intime ( viol, agression, meurtre d’un des membres de la famille). Même s’il parle quand même de quelqu’un de sa famille ou de son entourage qui a eu un parcours militaire, il parle de son « destin » militaire comme d’un rêve qu’il faisait depuis son enfance. Les posters dans sa chambre et autres trophées de la mer en attestaient.

C’est un fait : là où certains rêvent de guerres, d’autres rêvent de paix. Enfant, je sais que je rêvais beaucoup. Mais je ne rêvais pas de guerres et pas de la mer non plus.

De mon côté, question violence familiale et intrafamiliale, sociale, et personnelle, j’estime avoir été suffisamment « nourri » dès ma naissance : esclavage, milieu social modeste voire pauvre et rural, rejet de ma mère par sa famille avant ses 18 ans car enceinte( fausse couche), immigration de mes parents noirs de peau- et « Français » en métropole (la France, ex-pays colonisateur) depuis leur Guadeloupe natale depuis des générations, immeuble HLM en banlieue parisienne, etc….

 

Et afin de prévenir- ou d’éclaircir- à nouveau ce malentendu courant :

Je ne vois aucune vocation dans ma décision, avant mes 18 ans, de faire des études d’infirmier d’Etat. C’est simplement qu’en raison de mon milieu social moyen et de la vision du Monde, du marché du travail et de la vie, disons, un peu anxiogène, que m’ont transmis mes parents ( mes oncles et tantes, des cousines et des cousins, et avant eux, mes grands-parents et sans doute mes ancêtres)  j’ai opté pour un repli stratégique et plus « sûr » dans le fonctionnariat et des études d’infirmier d’Etat. Lesquelles études, je le rappelle, sont au départ principalement orientées vers la médecine et la chirurgie et non sur le travail psychique et psychiatrique qui était et reste, lui, plutôt perçu de manière péjorative.

Je suis un infirmier diplômé d’Etat qui, à un moment donné, a choisi de travailler en psychiatrie. Dans les années 90. A une époque où j’étais plus « rustique » que maintenant.

Le caractère ou le tempérament plus ou moins « rustique » de mes parents les a à la fois pourvus- comme pour tant d’autres parents et individus- de cette robustesse qui leur a évité alcoolisme, dépression, délinquance, chômage, cancer et autres défaillances humaines. Et on retrouve sans aucun doute cette robustesse et cette “rusticité” chez les pionniers, les explorateurs, les aventuriers, les guerriers, les survivants mais aussi chez bien des héroïnes, héros et sauveteurs. Ainsi que chez beaucoup d’autres personnes « normales » que nous connaissons et rencontrons ou auxquelles nous devons beaucoup. Raison pour laquelle il faut essayer de se garder de juger de manière expéditive celles et ceux que l’on a spontanément envie de qualifier de personnes « bourrines » ou peu éduquées parce qu’elles manqueraient de délicatesse, de discussion, de charme ou de sex-appeal.

Je repense au navigateur Eric Tabarly qui répondait de manière laconique aux interviews. Je repense à Vélo, un cousin éloigné du côté de ma mère, que je n’ai jamais rencontré, mort pauvre, sans doute alcoolique et SDF. Vélo, Maitre Ka, est aujourd’hui une référence dans la musique antillaise. Et moi, plus lettré que lui, si on met un tambour devant moi, je ne sais même pas où poser mes doigts et c’est alors moi, « l’île-lettrée ». Bien-sûr, c’est déjà bien que je connaisse son nom ainsi que celui d’Alain Péters dont la trajectoire a finalement été assez jumelle. C’est peut-être pour ça, d’ailleurs, que l’histoire personnelle de ce dernier me parle autant. Alain Péters et Vélo font peut-être partie de mes Twin Towers intérieures que le Monde a vu s’effondrer le 11 septembre 2001.

 

Mes parents, eux, ont sûrement fléchi plus d’une fois. Mais ils sont restés droits. Ils ne sont pas tombés comme ces tours immenses, arrogantes et voyantes. Et lorsque j’écris que les Twin Towers étaient « arrogantes et voyantes », j’écris ici ce que j’imagine de ce qu’elles devaient inspirer aux intégristes qui les ont détruites et qui voudraient aussi détruire les femmes sans voile : si cela avait tenu à moi, les Twin Towers seraient toujours présentes. Comme mes parents, mes premières Twin Towers, sont aujourd’hui toujours présents.

 

Néanmoins le caractère ou le tempérament plus ou moins « rustique » de mes parents fait aussi qu’ils ont fait et font partie de ces nombreuses personnes qui n’ont jamais consulté et ne consulteront jamais un psychologue ou un professionnel lui ressemblant en cas de détresse ou de souffrance morale. Et qu’ils n’ont donc jamais considéré que cela pourrait éventuellement servir à un de leurs enfants.

 

Aujourd’hui et demain, il subsiste et subsistera des parents hermétiques à la psyché telle qu’on l’appréhende en occident. Pour ces quelques raisons, je crois être suffisamment équipé pour comprendre l’esprit qui a pu animer J-Pierre Roybon lors de son apprentissage militaire et tel qu’il nous le décrit dans son livre que j’ai bien aimé. Même si, contrairement à lui, je ne suis pas un guerrier. Du moins, est-ce ce que je crois ou ai besoin de croire et de me trousser comme histoire.

 

Dans une des conclusions de son livre, il écrit, page 443 :

« Certes, ma vie personnelle n’a pas été à la hauteur de mes réussites militaires mais les joies que m’avaient procurées ces années sous les drapeaux ont su combler certaines désillusions ».

Un peu plus loin, il confie son regret, devant la fin de la guerre du Vietnam, d’avoir été en quelque sorte « privé » de guerre sur le terrain et de la possibilité de mettre en pratique ce qu’il avait appris. S’il est né en 1948, J-P Roybon mentionne très indirectement et de très loin Mai 1968 et les mouvements pacifistes et hippies des années 60 par ce biais :

Seulement pour dire comme cette transformation du Monde, de la Société et de la Politique l’ont privé, lui et d’autres, de certaines sagas militaires. Et aussi que certaines valeurs d’honnêteté, d’engagement, de courage, de respect du drapeau et de la Marseillaise, se sont perdues. A ce stade, et même avant, on peut craindre que son témoignage soit porté par un courant profondément frontiste, raciste, passéiste, colonial et paramilitaire.

Sauf qu’il refuse l’aventure de l’Afrique, substitut aux militaires engagés en manque d’action pour cause de fin de guerre du Vietnam comme il nous l’explique en quelques lignes, page 444 :

« En 1973, la signature des accords de Paris mettait fin au conflit en prévoyant le retrait des forces US dans un délai de 60 jours. Tout était plié, terminé. Les combattants super-entraînés que nous étions devenus n’auraient donc pas la possibilité de mettre en pratique ce à quoi ils étaient destinés ; en fait nous étions des pur-sang interdits de courses. Alors plutôt que d’aller brouter l’herbe des hippodromes ou terminer dans un haras uniquement pour la reproduction équine, autant reprendre la vie sauvage vers des horizons nouveaux. L’Afrique en ce temps-là offrait ces perspectives, pour des hommes aux « aptitudes particulières », mais la formation qui avait été la mienne m’interdisait moralement de me battre en échange d’un chèque, fut-il très conséquent… Comme d’autres camarades, sans attendre l’âge de la retraite, je me suis remis en question et j’ai alors quitté la Marine pour la vie civile. L’appel de la mer était toujours très fort pour moi et en fonction de mes qualifications, je n’avais que l’embarras du choix pour trouver un travail dans le milieu sous-marin ».

 

Dans ce choix que J-P Roybon fait de refuser, comme plusieurs de ses camarades, de devenir mercenaire, j’ai immédiatement pensé à la personnalité d’un Bob Denard dont les agissements avaient pu être médiatisés dans les années 80-90. Sur un autre terrain et dans un autre cadre, cela peut aussi expliquer que Ange Mancini , ex-patron du Raid, ex-préfet de la Martinique, à la retraite depuis 2013, soit depuis associé au groupe Bolloré en Afrique pour la construction d’un chemin de fer de « 3000 kms en Afrique de l’Ouest ».

Ange Mancini est l’aîné de quatre ans de J-P Roybon. Mais les deux hommes, de la même génération, ont sûrement bien des points communs dans leur parcours personnel et professionnel. Bolloré, quant à lui, pour des générations plus « jeunes », nées dans les années 60 et après, c’est le fossoyeur d’un certain esprit Canal+, d’une certaine insolence et fantaisie. La fin d’un Monde ou du Monde. D’une certaine façon, on peut dire que Bolloré a officialisé le retour d’une certaine rusticité -mais dans le mauvais sens du terme- dans le milieu de la politique, de la télé, de l’économie, de l’art de s’exprimer et du divertissement. Du fric. Lorsque le groupe Chic chante ” Le Freak, c’est chic”, quarante ans plus tard, ça peut toujours entraîner et faire danser malgré le jeu de mot Monstre/ fric. Mais lorsque Bolloré a commencé à agir sur Canal+, danser signifiait être éjecté de la piste de la chaine cryptée. Etre déclassé et dégradé. Partir à la casse.

 

Un peu plus loin, J-P Roybon écrit, page 445 : « (….) Dans cette ambiance très particulière qui se trouvait en total décalage avec mes plongées civiles ou militaires, j’appris à construire ou reconstruire des ouvrages portuaires que j’avais été précédemment formé à démolir, activité dans laquelle je m’étais montré assez compétent(…) ». « (….) Mon nouveau statut m’emmena dans l’océan pacifique, sur les sites nucléaires ainsi que les îles ou atolls sur lesquels mes services étaient demandés, puisque j’étais responsable des plongeurs polynésiens de l’AMM ( Arrondissement Mixte de Mururoa). Je rencontrai alors les peuples de la mer et je dois avouer qu’ils m’ont beaucoup appris, dans un domaine où je pensais tout connaître ».

 

« (…) Bien des années plus tard, je quittai le monde professionnel et de nouvelles aventures beaucoup plus paisibles s’ouvraient à moi car comme tout plongeur ayant eu le privilège de voir et connaître ce qu’il y’a de mieux sous la surface des mers, au fil du temps je suis devenu un contemplatif « subaquatique ».

 

Elle est peut-être là, la principale différence entre un guerrier, une personne qui s’agite et consomme, un terroriste et un pacifiste :

les trois premiers ont besoin d’action pour espérer s’accomplir et s’apaiser quitte à tout raser autour d’eux s’il le faut. Le dernier, lui, cherche davantage à maintenir le calme en lui et autour de lui et à accéder à la contemplation.

Finalement, le récit de J-P Roybon est une autre version de la quête du Ying et du Yang. Et il semble qu’après bien des épreuves, il s’en soit rapproché.

Franck Unimon, ce vendredi 9 aout 2019. 13h08.

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Journée Portes Ouvertes au Qu4tre à Argenteuil 2ème et dernière partie

»Posted by on Août 7, 2019 in Croisements | 0 comments

Journée Portes Ouvertes au Qu4tre à Argenteuil 2ème et dernière partie

Oeuvres de l’artiste Chemmane.

 

 

 

 

 

On se souvient que les 25 et 26 Mai derniers se déroulaient les journées portes ouvertes au Qu4tre, à Argenteuil, dans le quartier du croissant ferré. J’en avais donné un aperçu dans mon article Journées Portes Ouvertes au Qu4tre à Argenteuil les 25 et 26 Mai 2019.

J’avais laissé d’autres photos à quai. Il était temps de les laisser (re) prendre le chemin des regards et des pensées.

 

 

Oeuvres de l’artiste Cécile Thonus.

 

 

Sculptures, photos, peintures, êtres imaginaires ou invisibles aux ossatures écloses. Ils se sont entendus avec leurs “révélateurs” pour être épandus.

 

 

Photos de l’Association ” Vues d’En Bas” qui a pour but de rendre à nouveau visibles les personnes invisibles et précaires.

 

 

Courroies de distribution, figures de bitume que triturent des esprits-proies, des écrits au trot recommencé, effiloché, sur la pointe des pieds.

 

 

Oeuvre de Virginie Jacquette.

 

 

Corps arrêtés, coeurs vitrés.

 

 

 

Photos de Xavier L comme Lahache.

 

 

Instants donnés. Instantanés.

 

 

Oeuvre de l’artiste Hopare.

 

Sous la tente, entre un soleil couchant qui maintient éveillé(e).

 

 

Photo Xavier L.

 

 

L’Indienne Patti. C’est elle qui est prise, c’est elle qui nous prend.

 

 

Oeuvres de Cécile Thonus.

 

 

Modèles réduits de ces explorations que l’on fait avec les doigts, bronze et bois.

 

 

 

Figées de vie, connues d’une lave sortie.

 

Photos de l’association ” Vues d’en Bas”.

 

Au fond de la cuisine.

 

 

“Je n’habite pas ici” ( L’artiste Virgine Jacquette).

 

 

Photo Xavier L.

 

Cherche petit studio meublé avec un bon couloir où se défouler. Et plus, si éternité…

 

 

 

” Je ne suis vraiment pas photogénique”. ( L’artiste Chemmane).

 

 

Assise dans le canapé, à contre-jour, l’artiste Virginie Jacquette.

 

Dans une salle d’attentes.

 

 

Oeuvres de Cécile Thonus.

 

Mais que font-ils ?

 

 

 

Oeuvres de l’artiste Chemmane.

 

Nous sommes prêtes, Toni.

 

 

Oeuvre de Cécile Thonus.

 

 

Textes et photos de Franck Unimon ( exceptions faites des photos de l’association ” Vues d’en bas” et de  Xavier L comme mentionnées).

 

Franck Unimon, ce mercredi 7 aout 2019.

 

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The Fall

»Posted by on Août 6, 2019 in Cinéma | 0 comments

The Fall

 

 

                  The Fall, une série crééé, scénarisée et réalisée par Allan Cubbit.

 

 

Je n’avais jamais entendu parler de cette série (2013-2016) comme d’Allan Cubbit auparavant. Un jour, ma compagne est rentrée avec le dvd de la saison 1 de The Fall. Une de ses connaissances la lui avait donnée. Ce dvd m’a d’abord fait l’effet de ces dvds que l’on trouve bradés à un ou deux euros dans les supermarchés.

J’avais bien reconnu l’actrice Gillian Anderson, l’un des personnages principaux ( Scully) de la série X-Files. C’était au vingtième siècle. La série, malgré son succès, m’avait peu captivé. J’ai le souvenir de créatures extra-terrestres maquillées grossièrement.

Le DVD de la saison 1 de The Fall est resté parmi d’autres durant un bon mois. Puis, j’ai rappelé à ma compagne l’existence de ce dvd qu’elle avait un jour ramené du monde extérieur. Entretemps, je n’avais faite aucune tentative de recherche de renseignements à propos de cette série. A l’image d’un mauvais enquêteur ou d’un mauvais journaliste, seuls mes a priori faisaient loi. The Fall a fait tomber ces mauvaises pensées. Plusieurs jours sont passés depuis que nous avons regardé le dernier épisode de cette série qui compte trois saisons. Et aujourd’hui subsiste un étonnement grandissant devant The Fall :

Un étonnement fait de ces cercles dans l’eau, qui, depuis leur isolement et leur discrétion d’abord microscopique ceinturent subitement toute la mesure de notre regard avant de se faire attraper par l’horizon.

The Fall se passe aujourd’hui en Irlande. Stella Gibson (l’actrice Gillian Anderson), enquêtrice londonienne de pointe est sollicitée par une vieille connaissance :

Un officier irlandais à visage de Droopy. Un de ces hommes consciencieux, trop sérieux, à la carrière honnête, qui s’est éloigné du terrain pour se rapprocher de fonctions plus politiques où il s’agit de se mettre bien dans le cadre et d’être conforme à l’image et au protocole. Mais ça presse et il y’a plus important que de détailler son profil. Car une femme d’une trentaine d’années, belle, a été assassinée. Et il n’y’a aucune piste.

La véritable « particularité » de cette femme est son statut social. Architecte célèbre, Alice Munro, la trentaine, est l’ex-belle fille d’un homme important de la société irlandaise. Un peu comme si, sans le souhaiter, demain, l’ex-belle fille d’un des grands patrons de France, se faisait assassiner. Si la victime avait été une femme de classe moyenne, gilet jaune, sans papiers ou migrante, peut-être que la « blonde » Stella Gibson n’aurait pas été appelée pour guider et mener cette enquête.

Une des originalités de The Fall est donc qu’un homme d’expérience appelle une femme d’expérience dans le domaine de l’enquête policière. Et que cette femme est une « étrangère » et une adversaire historique ( se rappeler l’Histoire entre l’Angleterre et l’Irlande). Ce qui signifie que les rapports entre les deux pays a évolué pour le mieux au point de pouvoir désormais s’entraider l’un et l’autre. Mais aussi que The Fall confie à une femme le rôle du héros encore majoritairement attribué à un homme dans les séries comme dans les films.

The Fall brille aussi par quelques défauts. Si la série est un très bon moyen de découvrir l’Irlande de l’intérieur et son identité duelle et fratricide, le réalisateur se montre moins engagé ou moins inspiré lorsqu’il fait intervenir certains activistes irlandais : il en fait des beaufs. Mais ces ratés – et d’autres- sont consommables.

Stella Gibson, elle, brille de mille peaux : Highly Educated ( très qualifiée, très cultivée), Emancipated ( Libre de tous ses frémissements d’organes), Extremely Attractive ( il faut vraiment faire l’article ?) Utterly Reliable ( Totalement fiable). C’est simple, The Fall m’a réconcilié avec l’Anglais. Peut-être parce-que l’accent « saucisson » de l’Américain m’avait détourné des terres académiques de l’accent britannique. Et scolaire. Mais avec Gillian, pardon, avec Stella Gibson, l’Anglais académique se fait la classe du trouble.

En plus, Stella est une éminente pédagogue, une fervente psychologue, une sportive accomplie (elle nage). Un quart de siècle après X-Files, on regrette d’avoir sous-estimé la très belle femme et la très subtile actrice qu’est Gillian Anderson. On voudrait se jeter à l’eau et faire bien des langueurs avec elle mais notre crime a été commis bien des années plus tôt. Et c’est irréparable. Et puis, Stella Gibson n’est par nourrice agréé. Plutôt épingle. Aussi rude que délicate, aussi imparfaite que son éclat, telle est Stella Gibson. Attirante, touchante et protectrice par endroits, froide, provocatrice et technique par ailleurs. Toujours précise.

L’autre triomphe de The Fall est de développer les répercussions des meurtres et de la gestion de l’enquête sur plusieurs des protagonistes que l’on apprend à connaître. Et chacun, malgré ses forces environnantes, connaît sa chute personnelle plus ou moins forte.

Il y’a dans The Fall un lien équitable entre la progression de l’enquête, l’opposition entre les enquêteurs et le tueur, et les incidences sur celles et ceux, non préparés, qui s’y trouvent confrontés.

The Fall, série policière qui se déroule en Irlande est une histoire explosive sans une seule explosion. Les attentats, ici, sont les meurtres et certaines mœurs. Comme souvent sauf qu’on l’oublie ainsi que la solitude qui, généralement, s’ensuit.

Franck Unimon, ce mardi 6 aout 2019.

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Lille J + 4

»Posted by on Juil 25, 2019 in Voyage | 0 comments

Lille J + 4

Oeuvre de l’artiste Iwy Lahcen

 

 

 

 

 

 

Lille J + 4

 

 

Notre séjour à Lille s’est terminé dimanche. Lille était nouvelle pour nous, en couple avec enfant. Nous n’attendions rien de particulier de Lille. Nous avions eu de différents bons échos depuis des années. Mais elle était restée cette ville secondaire dans nos pensées : Trop proche. A une heure de Paris en TGV. Trop au Nord. Et aussi trop loin de la mer et de la montagne. Même si « Lille, c’est pratique pour aller ensuite à Amsterdam, en Belgique ou à Londres ». Et puis, « La Grande braderie de Lille… ».

Six nuits sur place ont été insuffisantes pour échapper à cet effet secondaire de Lille : Cette ville nous a beaucoup plu. Devant Bordeaux et Rennes. C’en est même suspect. Très suspect. Qu’est-ce qu’on nous a caché ?

Cette ville nous a sûrement caché quelque chose.

Dans Lille-centre près de la rue de la Monnaie ou dans la rue de la Monnaie.

 

Essayons donc d’être méthodiques : durant cette petite semaine à Lille où nous avons effectué tous nos déplacements en transports en commun ou en marchant, il a fait beau la plupart du temps. Nous sommes bien-sûr allés dans les « vannes » à touristes. Dans les « bons » coins. En semaine à partir du lundi et aux heures creuses. Et de jour. Nous n’avions pas de raison particulière d’aller effectuer des selfies nocturnes en famille dans certaines sphères sensibles a priori situées-concentrées au « sud » de Lille.

 

 

Néanmoins, mes perceptions sur cette ville ont assez peu varié depuis notre retour. On sent à Lille un héritage historique particulier. Je le dis parce-que je l’ai lu :

Cette ville a morflé à chaque fois durant les deux Guerres Mondiales du 20 ème siècle. Son patrimoine picard et flamand ainsi que les diverses immigrations ont aidé à sa reconstruction et à son impulsion actuelle. La naissance sur son sol de Charles de Gaulle a fait de cette ville une terre Gaulliste. Et il m’a fallu ce séjour pour mieux comprendre à travers une ou deux plaques de commémoration comme, pour Pierre Mauroy, Maire de Lille en 1981, cela avait dû être une très forte victoire politique, personnelle et symbolique d’être le premier Premier Ministre du président socialiste François Mitterrand, un demi-siècle après Léon Blum.

 

 

Même si, ensuite, Pierre Mauroy avait dû laisser sa place de Premier Ministre et que peu à peu, le parti socialiste de François Mitterrand s’était révélé moins « beau » que ce qu’il avait promis d’être.

 

 

En se déplaçant dans le centre de Lille et ses quartiers les plus emblématiques, on perçoit la volonté- socialiste ?- depuis des années, de faire de cette ville un essaim d’horizons. Par ses deux gares à TGV, bien-sûr, Lille-Europe et Lille-Flandre (une station de métro ou dix minutes de marche à pied les séparent). Par son métro qui, s’il est moins dense que le métro parisien, est bien pratique couplé à ses autres moyens de transports en commun. Et par ses infrastructures, étudiantes, commerçantes…

 

Le sens de l’accueil lillois s’est confirmé à plusieurs reprises. Mais il faut aussi savoir se rappeler lorsqu’on s’attèle à critiquer le mépris parisien que Lille et sa région sont nettement moins peuplées que Paris et ses villes de banlieue. Par ailleurs, ce samedi vers 18h, j’ai brièvement fait l’expérience de remonter la rue Esquermoise à une heure de grande affluence. J’y ai été bousculé- à l’épaule- sans ménagement et sans un regard par une femme d’un certain âge qui m’a semblé faire partie de ce grand troupeau qui allait se vider vers le « Vieux-Lille ».

Dans le Vieux-Lille.

 

 

A défaut de pouvoir nous rendre sur le marché de Wazemmes (un des plus grands de France) quelques heures plus tôt, nous nous étions rabattus sur ses Halles le samedi midi au même endroit.

Les Halles de Wazemmes ce samedi. Le marché a lieu les mardis, jeudis et dimanches. Il semblerait qu’il soit plus beau les jeudis et les dimanches.

 

Les Halles de Wazemmes sont elles ouvertes du mardi au dimanche comme indiqué.

 

Les Halles de Wazemmes est/sont un lieu très agréable, entouré de bâtiments qui, déjà, montraient une ville de Lille moins épanouie même si ce quartier, en raison de sa mobilisation artistique et culturelle, ferait partie des quartiers qui « montent » à Lille.

 

 

 

En sortant du métro, des affiches annonçaient la manifestation du 20 juillet – à Paris- en mémoire d’Adama Traoré.

 

 

Cependant, dans ce quartier de Wazemmes, il y’avait de la vie et une ambiance paisible.

 

Ensuite, notre passage à Roubaix avait été assez déprimant. Une ou deux semaines avant nos vacances à Lille, j’avais croisé deux jeunes de Roubaix près de la rue Montorgueil, à Paris. Lorsque je leur avais demandé ce qu’il y’avait à voir ou à faire à Roubaix, les deux jeunes, d’une vingtaine d’années, m’avaient répondu stoïquement :

« Il n’y’a rien à Roubaix… ».

 

 

J’avais alors tenté : « Et la piscine de Roubaix ? ». Assurément, ils savaient de quoi je parlais mais ça les concernait très peu. Le musée de la Piscine de Roubaix a une très bonne côte y compris à Paris.

 

Je voulais absolument y aller pour l’exposition consacrée à l’Algérie. J’avais simplement oublié que cette exposition s’était terminée le 2 juin de cette année. Nous y sommes néanmoins allés car c’était un endroit « où aller » lorsque l’on est à Lille. Et les photos aperçues de la piscine de Roubaix m’avaient donné envie. Ainsi que l’exposition de l’artiste ISE.

 

 

ça m’a fait tout drôle, en sortant du métro, non loin de la gare de Roubaix, de voir ces rues désertes et ces commerces fermés un samedi, vers quatorze heures. J’ai pensé à ce que j’avais pu entendre dire de Detroit ( aux Etats-Unis), ville coulée économiquement et socialement par la crise et la fermeture des usines automobiles. Même si certains projets en particulier écologiques s’y développeraient. En nous rapprochant de la piscine de Roubaix, un peu plus bas, une statue commémorait celles et ceux de Roubaix qui s’étaient, de par le passé, sacrifiés.

Au fond à gauche, la statue à la mémoire des martyrs de la résistance.

 

Je me suis dit que cela devait être ça : à un moment de son histoire, Roubaix, qui est à 16 stations de métro de Lille soit à une vingtaine de minutes, et sa population avaient été sacrifiés et beaucoup de monde, ici, avait décidément beaucoup de mal à s’en remettre.

 

Le musée de La piscine de Roubaix a été une espèce d’oasis. Nous y avons aussi sans doute croisé autant de personnes que dans les rues de Roubaix.

 

 

 

 

 

Buste de jeune fille, oeuvre en marbre et lapis-lazuli réalisée en 1889 par l’artiste Jean Dampt.

 

 

 

 

 

 

En sortant de la piscine de Roubaix, nous nous dirigions vers un « commerce » où l’on pouvait être susceptible d’acheter du linge de maison de bonne qualité. Après avoir dépassé un terrain de basket où quelques jeunes jouaient. Le terrain de basket était derrière le musée de la piscine.

Je m’étais demandé si ces jeunes qui jouaient au basket en plein soleil étaient allés une seule fois se mettre à l’ombre au musée de la Piscine. Par expérience, je sais que l’on peut multiplier pendant des années nos regards sur un lieu « prestigieux » et vecteur d’avenir et s’en soustraire car on le trouve trop abstrait. Même s’il est ouvert au plus grand nombre et à l’addition des chances.

 

 

Nous nous étions éloignés d’une bonne centaine de mètres de ce terrain de basket quand j’ai entendu plusieurs coups de klaxon suivis de : « Hé, Négro ! ». Un angle de mur et plusieurs mètres me séparaient de celui qui appelait. Estimant que cette personne devait sûrement s’adresser à quelqu’un d’autre, après une ou deux secondes, sans même me retourner, j’ai donc repris ma marche. Ça ne pouvait pas être moi. Et puis, j’ai entendu deux hommes qui se parlaient, contents de se revoir.

 

 

Il nous a fallu plus de temps pour aller jusqu’au magasin de linge de maison que pour en repartir.

 

 

Une ouvrière très aimable m’a ouvert la porte puis est retournée à son atelier. Je la voyais comme elle me voyait à travers deux fenêtres ouvertes. J’ai regardé les serviettes. Et d’une, toutes ces serviettes étaient laides avec cette inscription « La piscine ». Et de deux, cela me mettait très mal à l’aise de déranger cette ouvrière qui, si elle bénéficiait sans doute de meilleures conditions de travail qu’ailleurs, me donnait l’impression de remplir ainsi deux fonctions. Nous sommes très vite repartis. Bien-sûr, Roubaix n’est pas Lille. Et le Maroilles n’est pas le camembert. Et, Bien-sûr, à Roubaix comme à Lille, il y’a des personnes pleines d’énergie et qui s’en sortent. A notre arrivée à Roubaix, il s’était mis à pleuvoir et il faisait assez gris. Lorsque nous sommes sortis de la piscine de Roubaix, il avait arrêté de pleuvoir. Et il y’avait un très beau ciel bleu. A la gare, un homme nous a dit qu’il n’y’avait pas de train aujourd’hui. Alors, nous sommes repartis comme nous étions arrivés. Par le métro.

 

Je suis descendu à la station Rihour où j’ai vécu un peu le centre de Lille un samedi en fin d’après-midi, à une heure d’affluence. Avant notre départ le lendemain, je voulais faire quelques derniers achats de pâtisseries. J’ai eu de la chance : j’ai obtenu la dernière brioche sucrée et le dernier pot de glace à la vanille de 500 ml chez Méert où des gens faisaient désormais la queue tandis que dans la rue des passants lorgnaient sur la vitrine.

 

Juste derrière moi, une femme arrivait trop tard pour acheter sa brioche sucrée. L’employé a fait un peu d’humour : « Faites monter les enchères… ».

 

 

 

Devant moi, un couple de jeunes (re)faisait l’expérience de se sentir des personnalités importantes en commandant des pâtisseries pour eux et leurs amis. Chez le pâtissier Alex Croquet, j’ai eu la chance d’acheter la dernière ensaimada.

 

 

 

Puis, je me suis fait un peu secouer par une femme-bovidé en retournant au métro. J’ai néanmoins réussi à retourner à notre appartement sans me faire encorner.

 

A Lille et dans ses environs, nous n’avons pas pu prendre le temps d’aller découvrir la gare St Sauveur, le marché de Wazemmes, les Prés de Hem, le Musée de l’Air ainsi que sa vie nocturne. Sa célèbre grande braderie a lieu « le premier week-end du mois de septembre ». La ville de Lille possède sans aucun doute encore bien d’autres attraits.

 

Cet article clôture mes portraits de Lille démarrés dans mes articles précédents Lille-Jour 1Premières impressions lilloisesLille. Troisième portrait et Lille, vendredi 19 juillet 2019.

 

Franck Unimon, ce jeudi 25 juillet 2019.

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Lille, vendredi 19 juillet 2019.

»Posted by on Juil 20, 2019 in Voyage | 0 comments

Lille, vendredi 19 juillet 2019.

Dans le Vieux-Lille. A quelques rues, se trouve la maison natale de Charles de Gaulle.

 

 

Hier encore, en apprenant où je passais mes vacances, mon interlocuteur, alors au Cap Ferret, m’a répondu :

” Lille, c’est bien. Mais je préfère être près de la mer”. Je ne peux pas lui en vouloir. Etre aux abords de la mer, dessus ou dessous, cela fait de nous des libellules du possible.

Mais Lille nous plait beaucoup. Et nous allons continuer de profiter encore – un peu- de notre bulle “lilloise” pour apposer d’autres photos qui sont bien-sûr les fenêtres que nous choisissons d’ouvrir.

Cet article est la suite des articles Lille-Jour 1 , Premières impressions lilloises et Lille. Troisième portrait.

 

Au fond, le palais des beaux-arts.

 

Un danseur répète ses pas.

 

 

L’école supérieure de journalisme de Lille, très réputée.

 

Après l’enseigne Méert, cela a été un plaisir particulier de tomber par hasard sur le magasin de chaussures La Botte Chantilly et d’y entrer pour la première fois. Même si j’en suis ressorti les mains vides.

 

Dans la rue Esquirmoise ou près de la rue Basse, j’ai aperçu un passage qui n’a l’air de rien et que je n’avais pas remarqué les autres fois. En le prenant, je me suis trouvé dans cet endroit. En poursuivant, j’ai fait d’autres “découvertes”.

 

Iwy Lahcen est l’auteur de cette oeuvre.

 

 

Oeuvre d’Iwy Lahcen.

 

Je n’avais pas entendu parler de cet endroit. Mais je me suis aussitôt dit que j’étais bien tombé.

 

En outre, à quelques jours près, nous n’aurions pas pu en profiter.

 

 

 

 

 

 

 

Franck Unimon, ce vendredi 19 juillet 2019.

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Lille. Troisième portrait

»Posted by on Juil 18, 2019 in Voyage | 0 comments

Lille. Troisième portrait

 

 

 

Lille. Troisième portrait.

Une des sorties possibles de la gare Lille-Europe en se dirigeant vers la gare Lille-Flandre, vers le centre-ville et le vieux Lille.

 

En allant vers la gare Lille-Europe.

 

C’est dans cette rue que nous avions croisé les deux jeunes qui nous avaient recommandé le restaurant ” Les 3 Brigands de Di Napoli”, rue St-Etienne. ( Mon article Lille-Jour 1 )

 

Dans le quartier St-Maurice.

 

 

 

 

C’est le journal qui m’a été présenté comme étant celui de référence concernant Lille.

 

A la Vieille Bourse de Lille.

 

A portée de voix de la place du Général de Gaulle.

 

 

Le long du quai du Wault.

 

Le Quai du Wault avec le coup d’oeil du soleil.

 

Un documentaire vu à Paris avant notre départ pour Lille. J’espère le chroniquer bientôt ainsi que  Le Chant de la Forêt et  Parasite.

 

Un incontournable. Je n’en n’avais jamais mangé.

 

Après être descendus au terminus de la ligne 1 du métro ( arrêt CHU-Eurasanté), nous avons pris un car ( fréquence : environ un car par heure). Vingt minutes plus tard, ce car ( le 229) nous a déposé près du parc Mosaic. Constitué d’aires ludiques pour les enfants et les familles, le parc Mosaic aspire au rassemblement des cultures, à la (re)connaissance de la nature ainsi qu’aux bienfaits de l’écologie. Nous sommes alors à une dizaine de kilomètres de Lille. Les trois photos suivantes ont été prises au parc Mosaic.

 

 

 

 

 

 

 

 

Franck Unimon, ce jeudi 18 juillet 2019.

 

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