Ton appel

»Posted by on Fév 26, 2021 in Pour les Poissons Rouges | 0 comments

Ton appel

 

 

                                                                  Ton appel

Je sais que tu n’appelleras pas. Il me reste suffisamment de lucidité. Mais je continuerai de m’en tenir au même emploi du temps. A attendre cet appel. Trois fois par semaine, à la même heure, je me posterai près de chez toi. Grâce au résultat d’une filature de précaution, je sais où. Je ferai très attention.  Si cela s’apprenait, ce serait le désastre.

 

Tout a commencé lorsque nous nous sommes rencontrés. C’était peut-être il y a des années maintenant. Au travail ou ailleurs. Cela n’a aucune d’importance. Il ne s’est rien passé ou dit de particulier.  Tu m’as sûrement oublié depuis comme d’autres avant toi car je fais partie du décor. J’ai simplement été sensible à ton aura. Mais impossible de l’expliquer. A toi comme à qui que ce soit. Je n’ai pas envie de déranger. Cela ne sert à rien d’essayer d’expliquer. Il faut séduire, c’est tout. Or, moi, je ne séduis pas.

 

D’autres ont déjà été enfermés pour des situations similaires à la mienne. Lorsqu’ils ont joué leur va-tout et se sont jetés à l’eau. Ils croyaient qu’on les écouterait, qu’on les accepterait.  Cela a été catastrophique ou ridicule. Ils se sont fait humilier.

 

Je n’ai pas cette naïveté. Moi, je me tais. Je ne me répands pas sur l’espace public. J’en fais une affaire privée. Personne ne peut me reprocher quoique ce soit tant que je reste à ma place. C’est ce que je fais. Je le fais très bien et tous les jours.  Depuis le temps, j’ai acquis une certaine expérience dans ce domaine. Tous les jours, je me polis et me rends irréprochable. Il n’y a que durant cette heure « avec » toi, où, enfin, je suis autrement.

 

Qu’est-ce je te trouve exactement ? Difficile à définir. Difficile à retenir. Je te trouve tout. C’est comme un rêve déclaré qui ne peut se soustraire à mes pensées. Cette heure avec toi, j’en fais mon affaire. Rien ne doit dépasser. Personne ne doit interférer. Pas même mes propres peurs. Alors, je prépare toujours tout à l’avance. Je m’entraine mentalement à revenir secrètement. Pour l’instant, tu ne vois rien, tu ne sens rien. Enfin, je ne crois pas et c’est aussi bien. C’est très bien comme ça, cette sorte d’entente sans conflit. On peut croire que l’absence de conflit est synonyme d’ennui. Pas pour moi. Je préfère rester dans mon coin telle une béquille posée contre un mur. Ou céder chaque fois que l’on veut que je me batte ou que l’on me contredit. Je n’ai rien à perdre et rien à prouver non plus. Je veux juste être tranquille avec toi de temps en temps. Et, pour ça, je veux pouvoir ne laisser aucune trace.  Après ça, le reste suivra puisque tout est réglé. Et qu’il suffit de s’en tenir à une routine consentie de part et d’autres. Avoir très peu d’ambition m’aide beaucoup. Cela m’évite bien des désillusions. Je ne suis pas comme toutes ces personnes qui attendent beaucoup chaque fois qu’elles entreprennent une action. Je me concentre seulement sur cette heure avec toi sur laquelle je veille comme s’il s’agissait d’une fleur qui pousse dans un pot. Je prends soin de la qualité de la terre, de l’eau que j’y mets. Mais aussi de la façon dont je la verse. Il faut être doux et parler délicatement. Sans brusquer. C’est un bercement de tout mon poids au dessus de toi. Pour l’instant, tu ne sens rien mais ça viendra. Tu verras.

 

Franck Unimon, ce mercredi 20 janvier 2021.

 

 

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Le mec foireux

»Posted by on Fév 26, 2021 in Pour les Poissons Rouges | 0 comments

Le mec foireux

 

                                                Le mec foireux

Corps uniformes. Horaires chloroformes.

 

 

Pour réussir un projet, il faudra d’abord apprendre à se séparer du mec foireux, conduit incessant de problèmes dans lequel on finit par tomber sans pouvoir remonter. Ou  difficilement. Et seulement par les égouts.

 

Alors que vous ferez connaissance en toute décontraction, le mec foireux ne vous dira jamais, la voix suave et entêtante :

 

«  Je suis un mec ou une fille foireuse ».  D’abord parce qu’il estime avoir une vie normale. Ensuite, parce-que, comme tout le monde, il a besoin de compagnie.

 

Le mec foireux est intelligent et grand travailleur : il travaille à votre perte.

 

Souvent sympathique, vous vous attacherez facilement à lui quelle que soit sa composition :

 

Laine, cachemire, coton, papier toilette,  bois, soie, aqueux, huileux, gazeux, laiteux, synthétique ou plastique. Parce-que le mec foireux a beaucoup de charisme.

 

Si votre projet se résume à partir faire des courses sur le marché près de chez nous, vous pourrez emmener le mec foireux avec nous. Il surviendra bien une tonne d’incidents entre le moment où vous sortirez et rentrerez chez vous. Mais il y a de fortes chances pour que cela soit drôle. Et puis, le mec foireux a de la conversation. On s’ennuie rarement avec lui.

 

Lorsque des projets avancés se présenteront, le plus difficile sera de savoir s’éloigner de lui discrètement sans le vexer. Après tout ce temps passé ensemble.

 

Le mec foireux est très susceptible et a beaucoup de mémoire. La vengeance d’un mec foireux a tous les attributs de la sanction interplanétaire et héréditaire. D’ailleurs, le mec foireux est né à la suite d’une histoire qu’il trimballe vraisemblablement depuis plusieurs mythologies. Ou après d’officieuses et illégales manipulations génétiques- qui ont foiré- dont les auteurs n’ont jamais été identifiés avec certitude :

 

Divinités ? Grammairiens ? Mathématiciens ? Philosophes ? Médecins ? Artistes ? Escargots ? Spermatozoïdes ?

 

 

Le mec foireux peut être votre meilleur ami, votre conjoint ou votre conjointe. Un cousin ou une cousine. Mais il peut aussi être un très bon collègue, votre médecin votre patron….et, avant tout, vous-même. Parce-que là où le mec foireux excellera, ce sera en pédagogie pour bien vous faire comprendre que si tout a foiré et ne pouvait que foirer depuis le début, c’est à cause de vous.

 

 

 

Franck Unimon, ce dimanche 21 février 2021.

 

 

 

 

 

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Maudit !- un film d’Emmanuel Parraud

»Posted by on Fév 19, 2021 in Cinéma | 0 comments

Maudit !- un film d’Emmanuel Parraud

 

 

L’île de La Réunion est aussi le pays où se déroule une course de trail très dure mais aussi mondialement connue:

La diagonale des fous- ou le Grand Raid- qui perce l’île sur une distance de 164 kilomètres.

 

A première vue, Alix (Farouk Saïdi) et Marcellin (Aldo Dolphin) sont deux sportifs du coin qui reviennent d’un entraînement de trail. Ils ont la trentaine, ont un travail, se débrouillent et ont l’air plutôt cool. Nous sommes en 2020 ou en 2021. C’est aujourd’hui. 

 

Le sport, dont la course à pied, fait partie des valeurs culturelles fortes et des attraits de l’île. La Réunion, c’est joli, avec ses paysages  admirables. Les fées y ont les pieds dans l’eau. Maudit débute d’ailleurs avec la prestation de la belle et blonde Dorothée (Marie Lanfroy, membre et chanteuse dans la vie du groupe réunionnais Saodaj’) alors qu’elle est sur scène. La chanteuse aborde la transe lors d’un concert sans doute au moins de Maloya.

 

Une idylle s’ensuit entre l’artiste Dorothée et Marcellin, le tombeur, vainqueur de plusieurs courses. Tout cela se passe devant Alix qui assiste à ce nouveau succès de son meilleur ami. 

Marcellin est le plus clair des deux hommes. Celui qui semble aussi être le mieux dans cette peau. Cette particularité “pigmentaire” est  sans doute une petite coïncidence.

Ou l’indice d’une certaine forme de paranoïa.

Mais cette distinction pigmentaire est aussi une convention bien assimilée- et pratiquée- lors des critères de séduction et de sélection de son ou de sa partenaire :

Car c’est seulement en me réveillant ce matin, après avoir publié cet article hier ( le 19 février 2021) que je me suis rappelé de ces deux aspects qui différencient les deux amis. 

Nous sommes pourtant sur l’île de la Réunion, une des régions les plus métissées au monde, souvent présentée comme un pays où la tolérance inter-ethnique, multiculturelle et religieuse serait vécue quotidiennement telle une évidence. Avec Maudit ! subtilement, nous faisons une autre expérience de cette “croyance”. Ensuite, nous avons un choix à vivre : 

Préférer à cette “croyance” toutes les beautés étalées et immédiatement accessibles de la Réunion. Ou essayer, aussi, comme le réalisateur, d’entrer dans ce que cette île a de moins supportable.  

 

L’enivrement touche peut-être Emmanuel Parraud, qui, après Sac la Mort (2016), poursuit sa reconnaissance de la Réunion avec un nouveau tandem masculin d’acteurs non professionnels. Le personnage d’Alix lui sert ici d’avatar. Et, vers la fin du film,  on apercevra l’acteur Patrice Planesse, son précédent avatar, un des protagonistes principaux de Sac la Mort.

 

Moins égal que  celui-ci, Maudit !  est aussi plus ambitieux dans son traitement formel pour présenter “l’ire-rationnelle” que contient l’île et qui ne tient pas dans quelques bouteilles en verre. Au même titre que la violence subite qui  part des coulées de terre de cette histoire que nous verse Parraud. Les bouteilles à la mer, si elles existaient du temps de l’esclavage, n’ont servi à rien.    

 

Un film sur la Réunion loin des pistes touristiques,  et, en  Créole, c’est rare au cinéma. Alors, on en profite.

 

Alix et Marcellin ont grandi dans la même famille d’accueil. Orphelins, ils sont devenus inséparables comme les doigts de la main. Cela tient comme ça pendant des années. Puis, arrive la lueur de la femme blanche (Dorothée). On la croit l’éclaireuse magique vers une histoire qu’Alix et Marcellin, malgré leurs kilomètres parcourus en pleine nature, n’ont  pas bouclée. Une histoire où la douleur et la colère, plutôt qu’absentes, s’activent parmi les plantes.  

 

Car lorsque la femme libre- Dorothée- s’évapore, la dépression des deux amis, autrefois relayée, devient une discipline individuelle pour forcenés. Chacun retourne au bercail comme vers les poings… de son cyclone. Et ça cogne fort. Le rhum, sérum ou filtre, est utilisé bien-sûr. Mais c’est un miracle grossier qui, s’il racle et se raccroche à  la gorge, rapproche aussi des traits et de l’acier de la folie.

 

Alix ( l’acteur Farouk Saïdi)

 

Parraud nous parle d’un pays plus mûr pour le fait divers que pour la parole qui libère. Car, selon lui, les beaux paysages, la joie de vivre officielle et les trophées sportifs se lézardent encore devant les fracas du passé.

 

Sortie prévue dans les salles au printemps 2021.

 

Franck Unimon, ce vendredi 19 février 2021.

 

 

 

 

 

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Conventions

»Posted by on Fév 18, 2021 in Corona Circus | 0 comments

Conventions

 

Forum des Halles, Février 2021.

                               Conventions

Vouloir faire resurgir le passé, c’est aspirer au voyage avec le navire coulé.

 

 

Ce jour que l’on voit  enfin se rapprocher arrive peut-être avec une pierre. Et cette pierre sera pour nous. Même si l’on a travaillé avec intelligence afin que notre trajectoire s’améliore.

 

Il y aura bientôt pire que ce que nous vivons. Je suis désolé de l’écrire. Ce n’est pas dans mes habitudes d’être pessimiste. Et, je ne me sens pas particulièrement pessimiste, ce qui est peut-être pire.

 

Si la majorité l’emporte en théorie, je constate autour de moi que la majorité n’attend qu’une chose. Car, comme la majorité, je suis très nombriliste et résume le monde à ce que je vis et à mon entourage immédiat :

 

Recommencer à vivre, aussi vite que possible, comme « avant » l’épidémie. Retrouver certaines libertés.

 

Forum des Halles, Février 2021.

 

Les vaccins anti-Covid sont beaucoup attendus parce-que l’on espère qu’ils vont aussi nous inoculer le passé d’avant l’épidémie.

 

Je « sais » très bien que des personnes ont perdu leur emploi, vont le perdre ou risquent de le perdre à cause du Covid et ses variants. Ainsi qu’à cause du bizness que font certains labos- et quelques gouvernements- avec les vaccins.  

 

Je « sais » aussi que d’autres personnes sont décédées, vont décéder, ont perdu un proche ou une connaissance ou sont tombées malades. Et, je peux faire partie d’eux bientôt sans le voir venir même si j’ai été prévenu.

 

Je m’abstiendrai de comparer ma vie à celle d’une personne en prison que ce soit dans un centre pénitentiaire ou enfermée dans une maladie mentale et physique. En ce moment, alors que j’écris, j’ai toute latitude pour exposer mon idiotie. Et comme tout idiot, je me répands en me croyant un peu original. Je ferais sûrement mieux de faire des mots croisés ou de regarder une série dans mon coin comme d’autres le font. D’ailleurs, j’ai  commencé à regarder la dernière saison, la cinquième, de la série Le Bureau des Légendes crééé par Eric Rochant. Je n’envie pas du tout la vie de ces agents secrets qui passent leur temps à frôler leur dernier souffle comme à se méfier de tous.

 

Il y a tellement de décisions et d’habitudes que nous prenons de nous-mêmes depuis des années et qui nous verrouillent un peu plus tous les jours. Pour toutes sortes de raisons que nous sortons de notre manche et que nous justifions. C’est notre magie  personnelle. Celle qui nous guidait et va continuer de le faire. Comme avant l’épidémie. On peut donc comparaitre libre tous les jours et être déjà plus ou moins en prison. Et aussi contribuer à emprisonner d’autres personnes autour de nous. 

 

 

C’est ce que j’appelle des conventions.

 

Des conventions de pensée. Des convictions intimes. Des conventions de comportements et d’attitudes envers la vie. L’inconvénient des conventions – ou des protocoles – c’est que même si elles sont foireuses, une fois rôdées, on les laisse nous guider de manière automatisée. Puisque la majorité les adopte ou les accepte, c’est donc qu’elles sont justifiées. Et puis, une fois lancées, il est très difficile de les arrêter.

 

C’est bon, pour vous ?!

 

Ce jeudi matin, la secrétaire de cette clinique du 15ème arrondissement de Paris finalise au téléphone la prise d’un nouveau rendez-vous. Elle a la trentaine. Un peu plus tôt, de manière accueillante, elle m’a reçu. J’avais quinze minutes d’avance. J’ai fait un peu d’humour quand elle a d’abord cru comprendre que j’étais pompier. Elle a souri.

 

Puis, je me suis installé dans la salle d’attente vide où se trouvaient deux stagiaires en pédicurie-podologie. Peu après, ceux-ci sont partis rejoindre un des chirurgiens dans son bureau. De temps à autre, par les portes restées ouvertes des bureaux, j’entends donc des bouts de conversation. La leur. Et celle que la secrétaire a de temps à autre avec une autre femme qui se trouve dans un des bureaux. L’ambiance est détendue. Bien qu’il ait gelé la veille ou l’avant veille et qu’il fasse assez froid dehors, il y a également une belle luminosité. En arrivant, j’ai repéré une boulangerie qui m’a l’air de faire du bon pain. J’y passerai après mon rendez-vous.

 

Dans le train Paris-Argenteuil, fin janvier 2021.

 

 

La secrétaire vient de m’apprendre que la chirurgienne que je viens consulter va avoir « quinze minutes de retard ». J’accepte assez facilement les retards des autres. D’abord parce qu’il m’arrive d’être en retard. Mais aussi parce-que je trouverais idiot d’avoir un accident parce-que l’on se presse pour un rendez-vous pour lequel on est en retard. Ce qui m’importe, c’est, une fois sur place, la disponibilité que l’on a pour l’autre ou pour son travail. Bien-sûr, Il y a des rendez-vous où il faut être ponctuel ou en avance. Il ne servirait à rien de se rendre à un aéroport en retard et de crier depuis le taxi alors que notre avion a décollé : « Maintenant, je suis disponible ! ».

 

Je viens voir cette chirurgienne pour un troisième avis. En banlieue parisienne, à Cormeilles en Parisis, un chirurgien m’a bien opéré il  a trois ans. Il est réputé dans son domaine. Mais chaque fois que je lui pose certaines questions, il ne me répond pas vraiment. Je vais le revoir bientôt à Eaubonne. A cause du Covid et de mon emploi du temps qui a changé  en commençant un nouvel emploi, j’ai dû repousser plusieurs fois ma prochaine consultation avec lui.

 

Pendant les vacances de Noël, j’ai vu un second chirurgien dans une clinique du 16ème arrondissement de Paris. Sympathique, celui-ci a aussi été pédagogue et suffisamment convaincant pour l’opération du pied à propos de laquelle je m’interroge. Deux techniques sont possibles. J’avais refusé jusqu’alors l’une des deux techniques. Ce chirurgien m’a donné des bons arguments. Puis, il m’a invité à prendre le temps de la réflexion. J’avais dit à ce chirurgien que je sortais d’une nuit de travail et que j’étais infirmier.  Il a refusé de me répondre lorsque je lui ai demandé le coût de l’opération. Le premier chirurgien, lui, m’avait donné son tarif quand je lui avais posé la question : 400 euros. Une toute petite partie remboursable selon ma mutuelle. Mes consultations avec lui me coûtent entre 50 et 80 euros. C’est déjà cher pour moi. Mais l’opération était nécessaire. Et j’ai préféré mettre le prix pour me garantir la meilleure opération possible. Plutôt que de me livrer au premier chirurgien venu.

 

Dans la clinique du 16ème arrondissement, la consultation avec le second chirurgien m’avait coûté environ 110 euros. Quand j’avais présenté ma carte bancaire, la secrétaire m’avait rappelé que l’on pouvait payer uniquement en espèces ou par chèque ! C’était indiqué ! Il y avait bien un distributeur de billets mais c’était « loin » m’avait-t’elle alors répondu. Elle allait donc attendre que je lui envoie mon chèque par la poste pour m’adresser ensuite ma feuille de soins me permettant d’être remboursé. Partiellement. Puisque ce chirurgien pratique aussi le dépassement d’honoraires.

 

Je ne compte plus toutes ces personnes qui m’ont affirmé qu’un lieu était « loin » dès lors qu’il s’agit de marcher quelques minutes.

 

J’avais pris soin d’aller tirer de l’argent dans ce DAB qui était « loin » et de revenir quelques minutes plus tard donner l’argent de la consultation à la secrétaire de cette clinique du 16ème arrondissement.

 

La chirurgienne que je viens voir aujourd’hui dans le 15ème arrondissement de Paris m’a été recommandée par le médecin du sport fédéral que je consulte ces derniers mois. Il m’a dit que l’atout de cette chirurgienne est qu’elle n’a pas :

 

« Le bistouri entre les dents ! ».

 

Je consulte ce médecin du sport à Levallois, une ville de banlieue parisienne, dans les Hauts de Seine, le département du 92. Levallois est une ville plutôt cossue. C’est la petite sœur de Neuilly, dans le 16èmearrondissement. Depuis un peu plus de dix ans, je suis venu habiter à Argenteuil pour me rapprocher de Paris. L’immobilier, dans l’ancien, y était plus abordable que là où j’habitais auparavant à Cergy-le-Haut, une ancienne ville nouvelle plus éloignée de Paris et plus proche du Vexin. 

 

Ce médecin du sport de Levallois m’a aussi conseillé un nouveau podologue. J’étais devenu insatisfait du second podologue que je voyais depuis quelques années dans la ville de St-Leu la Forêt. 

 

La veille de mon rendez-vous avec cette chirurgienne, j’ai revu ce nouveau podologue dans un cabinet situé près du jardin du Luxembourg. Pour venir chercher mes nouvelles semelles orthopédiques. La pratique du sport et l’âge m’ont rendu indispensable l’usage de semelles orthopédiques. On peut aimer les œufs sur le plat. J’ai les pieds plats. C’est moins grave que d’avoir le diabète, un cancer, une psychose, de l’hypertension, des problèmes de poids, de dos…. ou le Covid.

Mais, d’un point de vue biomécanique et pratique, avoir les pieds plats, lorsque l’on sollicite son corps sur la terre en faisant du sport,  cela entraîne des déséquilibres et des tensions de l’appareil locomoteur qui peuvent donner des tendinites, des douleurs musculaires ou ligamentaires. Si j’étais une personne strictement sédentaire et imperméable au sport, évoluant uniquement dans l’eau, sur l’eau, ou dans les airs,  ou jouant régulièrement d’un instrument de musique, j’aurais peut-être pu me passer de ces semelles. Mais le sport terrestre fait partie de ma vie. Même si j’en pratique moins qu’auparavant et moins que je ne le voudrais.

 

 

Pour ce podologue, avec mes nouvelles semelles conçues avec la 3D, une opération du pied n’est plus justifiée. Le cabinet de ce podologue se trouve donc près du jardin du Luxembourg, à Paris. Cet endroit, pas plus que le 15èmearrondissement ou le 16ème arrondissement de Paris, ou Levallois, ne fait partie de mes foyers de vie.  J’ai beau avoir un travail  et un salaire fixe depuis plus d’une vingtaine d’années, je n’en n’ai pas les moyens. J’ai toujours vécu en banlieue parisienne. Dans une ville où se loger était financièrement plus accessible. Lorsque j’entendais parler d’un loyer de 3000-3500 francs en plein Paris pour un appartement de 25 à 30 mètres carrés, un montant courant dans les années 90, je me comportais comme un cheval refusant mentalement et physiquement de franchir l’obstacle.

 

Je suis allé très loin dans mon refus et mon ignorance : Il  y a plus de vingt ans, lorsque le prix de l’immobilier à l’achat, à Paris, dans l’ancien, était encore présentable, j’ai raté le coche. J’ai préféré jouer la “sécurité”. Faire un prêt immobilier sur 15 ans pour acheter sur plan dans le neuf un studio de 23 mètres carrés à Cergy-le-Haut, dans le Val d’Oise, une ville que je connaissais et où j’habitais depuis une quinzaine d’années. A plus de 45 minutes en transports en commun du jardin du Luxembourg ou du 15 ème arrondissement où j’ai rendez-vous avec cette chirurgienne.

Je me rendais alors à Paris, souvent dans les mêmes endroits, toujours pour mes loisirs ou pour des achats.

Pour le même prix que mon studio, un ou deux ans plus tôt,  une de mes amies qui vivait alors à Paris, avait acheté dans le 19ème arrondissement, près de la Villette, un appartement de 45 mètres carrés, en loi carrez, dans l’ancien, au sixième et dernier étage sans ascenseur d’un immeuble. Elle avait fait faire quelques travaux.

 

Elle avait eu une très bonne intuition. C’était avant le passage à l’euro.

 

A moins d’être « parrainé » par quelqu’un de bienveillant et de clairvoyant, lorsque l’on ignore la façon dont tourne l’horloge du monde ou d’une société, on accumule rapidement plusieurs fuseaux horaires de retard. On prend donc de plus ou moins bonnes décisions en s’appuyant sur nos conventions. Même si l’on est travailleur et passablement intelligent. Et nos décisions, lorsqu’elles sont mauvaises, peuvent être de bonnes décisions que nous avons prises avec plusieurs fuseaux horaires de retard….    

 

Je ne suis pas riche. Mais, comme beaucoup, je suis travailleur et je peux me lever tôt. Y compris pour effectuer un certain travail non rémunéré.  On dit qu’il faut aussi faire ce que l’on aime par plaisir et sans attendre pour autant de faire de l’argent avec. J’applique cette convention au moins pour ce blog mais aussi en amitié et dans mon métier d’infirmier en psychiatrie et en pédopsychiatrie : lorsque je m’engage dans mon travail, généralement,  je ne pense pas à l’argent qui va arriver sur mon compte en banque. Ce n’est pas ma première motivation. Et, c’est sans doute, aussi, ce qui, depuis des années, m’a lourdement pénalisé. Pour ne pas dire  “planté” dans une certaine évolution personnelle et sociale.   

Car, pour ma santé, que j’estime prioritaire, par contre,  j’accepte de mettre le prix lorsque je pars consulter. On est bien capable de lâcher bien plus d’argent dans une nouvelle paire de sneakers, des écouteurs bluetooth – qui nous rendront peut-être sourds-, un nouveau téléphone portable ou pour tout un tas de vêtements et d’objets que l’on utilisera assez peu et que l’on oubliera ensuite. Nous sommes incités à ça en permanence.Cela fait partie des conventions de la majorité d’entre nous. 

Quelques jours avant les fêtes de Noël 2020, près des Galeries Lafayette et des Magasins Printemps, à Paris près de l’Opéra Garnier.

 

Mais  je ne crois pas non plus que les meilleurs spécialistes de la santé soient toujours celles et ceux qui nous font payer leurs consultations les plus chères ou qui disposent du matériel le plus moderne. Mais pour commencer à le comprendre, j’ai d’abord dû passer à la caisse plusieurs fois….  

D’ailleurs, dans cette clinique du 15ème arrondissement, le chirurgien qui m’avait opéré il y a trois ans pour 400 euros consulte aussi. Mais un autre jour.

 

Gare de Paris St-Lazare, novembre 2020.

 

 

Plus jeune, en particulier à l’adolescence, et même un peu après, j’avais tendance à négliger tout ce qui est suivi médical après une blessure sportive. Il est convenu dans la mentalité de bien des sportifs, qu’il faut être prêt à se faire mal lorsque l’on pratique. Donc, une blessure, ça peut  aussi attendre pour être soignée ou correctement soignée. Lorsque j’allais consulter, plus jeune, je ne faisais pas toujours attention au fait que certains médecins se contentaient d’appliquer des protocoles de traitements.

Avec l’expérience, plus d’une fois, c’est moi qui ai dû demander la prescription d’un certain nombre de séances de kinésithérapie en plus du traitement médicamenteux censé tout résoudre par lui-même. Je prends le moins de médicaments possible.

 

Après mon intervention chirurgicale du pied il y a trois ans, le chirurgien m’avait prescrit une certaine quantité d’antalgiques qui aurait permis à un toxicomane de monter un petit commerce. Ou à une personne lambda de peut-être devenir toxicomane. Cette pharmacie aurait aussi pu constituer le début d’un trésor pour de la médecine de guerre. Il fallait bien compenser l’absence de présence médicale- et surtout paramédicale- alors que la personne opérée retourne chez elle quelques heures après l’intervention chirurgicale.

 

J’avais dû insister auprès de ce chirurgien pour obtenir un certain nombre de séances de kiné pour ma rééducation. Il était persuadé que son intervention chirurgicale se suffisait et que je pouvais reprendre le travail après trois semaines d’arrêt. A l’écouter, je me devais seulement de faire ma rééducation tout seul chez moi.

 

 Il m’avait fallu deux bonnes semaines d’arrêt de travail supplémentaires, davantage de séances de kiné et en retournant au travail, je boitais encore du fait de la douleur consécutive à l’opération chirurgicale.

La profession infirmière, aussi, même non sportive, peut avoir tendance à se surmener ou à être surmenée même lorsqu’elle devrait lever le pied. Il existe aussi d’autres professions, paramédicales, ou autres, qui sont soumises durablement aux mêmes conflits de loyauté entre leur sens du Devoir ou du sacrifice et leurs conditions de vie, de travail ou salariales, plutôt défavorables. C’est peut-être le cas de cette secrétaire qui m’a accueilli pour cette consultation.

Et c’était comme ça bien avant l’épidémie du Covid. 

 

En venant voir cette chirurgienne ce jeudi, j’aimais, aussi – c’est peut-être un cliché-  l’idée d’obtenir l’avis d’une femme.

 

Venir en avance m’a donné le temps d’apprendre le montant de la consultation : 112 euros. Déduction faite de ce que me rembourseraient la sécurité sociale et ma mutuelle, 93 euros resteraient à ma charge. Le prix de cette consultation, 112 euros, correspond à peu près à ce que je gagne en une journée de travail comme infirmier après bientôt trente ans d’ancienneté. 

 

Comme j’attends, une jeune femme vient se présenter au secrétariat. Elle explique avoir trente minutes de retard. Elle avait rendez-vous à 9h15. Il est 9h45. J’avais quant à moi rendez-vous à 9h30. Et je suis là depuis 9h15.

 

Quelques minutes plus tard, la chirurgienne, la cinquantaine, sort de l’ascenseur. Je suis assis presque en face, à côté du secrétariat. La secrétaire lui dit bonjour en l’appelant par son prénom alors qu’elle file vers un bureau. Bureau où elle est bientôt rejointe par la secrétaire. Je l’entends donner des nouvelles de sa fille qui  vient d’emménager avec son copain. «  C’est bien » conviennent, ravies, la secrétaire avec l’autre femme qui était déjà présente dans un des bureaux à mon arrivée.

 

 

La chirurgienne reparaît quelques minutes plus tard. Elle appelle la personne qui est arrivée avec trente minutes de retard. Laquelle se lève et va à la rencontre de la chirurgienne. Je la laisse partir. Je me lève alors calmement. Je viens annoncer à la secrétaire, revenue à sa place, que je m’en vais.

 

Bien que je n’aie ni la tête et ni la voix de Serge Gainsbourg, il faut quelques secondes à la secrétaire pour rassembler l’information que je viens de lui donner.  Alors,  je l’aide avec mes mots qui ne deviendront jamais un tube à la radio :

 

«  J’ai passé trois quarts d’heure dans les transports en commun pour venir. Je suis arrivé avec 15 minutes d’avance. Madame arrive avec 20 minutes de retard et prend une personne qui est arrivée après moi…. ».

 

La secrétaire,  demi-sourire gêné, je crois qu’elle a subitement chaud au visage, reste  professionnelle et pédagogue. Et m’explique :

 

« Oui, j’ai bien vu que vous veniez de loin. …c’est une patiente qui avait rendez-vous avant vous…. ». Je lui fais comprendre que cet argument, pour moi, ne tient pas. Elle n’insiste pas :

 

« Je le lui dirai. Je vous laisse rappeler pour reprendre rendez-vous ? ».

 

« Peut-être, peut-être pas ! ». Puis, je m’en vais en prenant le temps de passer aux toilettes auparavant.

 

 

 

Confinement doré

 

Dans le train Paris-Argenteuil, fin janvier 2021.

Depuis le début de l’épidémie du Covid, nous nous plaignons du couvre-feu, du confinement. Et, nous avons raison de nous plaindre de la perte de libertés occasionnée – ou justifiée- par l’épidémie. Je pense à certains lieux obligés de rester fermés telles que les salles de cinéma, les musées et les salles de théâtre dont nous avons aussi besoin.  Comme certains lieux de pratique sportive. Voire, de restauration…

 

 

A côté de ça, pour moi, la secrétaire et la chirurgienne de cette clinique, au moins, et toutes les personnes qui leur ressemblent, femmes comme hommes, vivent dans un monde confiné. Dans un confinement doré. Et cela n’est pas dû à l’épidémie du Covid. C’était déjà comme ça avant l’épidémie du Covid.

Je n’ai pas de problème particulier, au départ, avec le fait de parcourir un certain nombre de kilomètres ou de passer un certain temps dans les trajets pour me rendre quelque part. Si j’ai une bonne raison de m’y rendre. Mais c’est peut être un tort. Et cela peut être une très mauvaise habitude, le résultat de mon éducation, que j’ai contractée tôt, avant l’âge adulte et qui consiste en quelque sorte à être capable de se donner, de manière répétée, sans compter. Car, selon le type d’interlocuteur ou d’interlocutrice auquel on a affaire, accepter facilement ou comme une évidence de réaliser certains efforts- et trouver cela normal de manière implicite- créé d’emblée un handicap ou un rapport de dominé-dominant. Cela revient à se brader même si on vous parlera de “gentillesse” ou de “générosité” vous concernant :

Dans le monde confiné de cette secrétaire ou de cette chirurgienne, dans leur royaume, il est « normal » de faire attendre des patients. De disposer d’eux.  Et de les faire raquer ensuite. Il y a bien d’autres fois où je l’ai accepté.

 

J’accepte que la chirurgienne ait eu une bonne raison d’être en retard. J’aurais même accepté qu’elle prenne le temps de se rendre aux toilettes ou de se laver les mains si elle en avait eu envie ou besoin.

 

Par contre, j’ai plus de mal à digérer l’absence de bonjour de cette chirurgienne en arrivant après quinze à vingt minutes de retard. Pour une consultation à 112 euros. Or, cette absence de « bonjour » d’une professionnelle de la santé qui passe devant la salle d’attente de son lieu de consultations est aussi une convention très courante.

 

Pour moi, l’ambition de la secrétaire ne doit pas se limiter au fait de pouvoir appeler la chirurgienne par son prénom. Si elle peut appeler la chirurgienne par son prénom, alors, elle est aussi capable de faire valoir à cette chirurgienne le fait que j’étais le patient à voir d’abord. Mais il y a une telle habitude à ce que les gens qui viennent consulter s’en tiennent à certaines conventions de prosternation totale devant des professionnels de la santé.

 

Pourtant, je n’ai rien de particulier contre les chirurgiens et les médecins. Et, j’ai été très fréquentable. Voire sans doute trop fréquentable. Car j’ai respecté certaines conventions de politesse et de diplomatie. D’autres personnes, plus « nerveuses » ou plus « fières »,  à  ma place, auraient retourné la salle d’attente.

 

Visiblement, cette secrétaire et cette chirurgienne ne connaissent pas cette vie-là. Où un certain manque de considération peut se payer cash. Leur confinement est un confinement doré.

 

Je n’attends aucun changement particulier dans leurs conventions de pensées. Je suis sûrement passé pour un « caractériel » ou pour quelqu’un qui ne sait pas vivre.

 

En sortant de la clinique, je me suis rendu à la boulangerie que j’avais repérée en arrivant. Les baguettes traditions que j’ai achetées y sont vraiment bonnes.

Puis, j’en ai profité pour marcher jusqu’à apercevoir la Tour Eiffel.

 

Février 2021. Non, il ne fait pas froid !

 

J’ai eu une pensée pour cet homme qui, poussé par ses hallucinations vraisemblablement, s’est rendu à la Tour Eiffel, et s’est mis à errer autour. Lorsque la police, appelée par un employé de la Tour Eiffel, est arrivée à quatre heures du matin, l’homme n’a pas pu expliquer la raison de sa présence. Il semblait confus, ne pas avoir toute sa tête, bien que très calme.

Ensuite, j’ai pris le bus 80 vers St Lazare.

 

En passant près de Matignon, j’ai pensé à cette femme venue chercher protection auprès du Président Macron. Un mois et demi plus tôt, elle s’était rendue au commissariat pour les mêmes raisons. Mais on ne l’avait pas crue. Alors, cette fois, elle avait décidé de s’adresser à plus haut. Elle craignait pour sa vie. Elle était «  Un Trésor vivant » mais personne ne voulait la croire !

Elle avait sur elle sa clé de voiture, ses papiers, son téléphone portable, trois cartes bancaires, deux chéquiers et quelques affaires.

 

Ces deux personnes, on s’en doute, bien que de bonne foi, avaient contre elles d’avoir enfreint les «bonnes » conventions. Les conventions où l’on reste à sa place. Et où l’on s’en tient aux horaires et aux lieux où l’on a le droit d’agir et de se comporter d’une certaine façon. Les religions, aussi, peuvent fournir et prescrire leur lot de conventions. La particularité de certaines conventions, même lorsqu’elles nous interdisent de vivre, c’est d’avoir une date de péremption très lointaine ou indéfiniment renouvelable. 

 

Si j’avais retourné la salle d’attente de cette clinique, peut-être que, comme cet homme et cette femme, j’aurais, moi, aussi, été interpelé par les forces de police.

 

 

Franck Unimon, ce jeudi 18 février 2021.  

 

 

 

 

 

 

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Une ligne 14 à bloc !

»Posted by on Fév 12, 2021 in Corona Circus, Le Blog du poisson rouge | 0 comments

Une ligne 14 à bloc !

 

Gare de Lyon, ce vendredi 12 février 2021 au matin, vers 9h10. Cette rame du ligne 14 du métro vient d’arriver à la gare de Lyon après être restée immobilisée trente minutes dans le tunnel. Jusqu’à ce qu’une agent de la RATP parvienne à la conduire manuellement. Cette rame de métro va repartir sans passagers.

                                            Une ligne 14 à bloc !

Le Grand Paris, environ trente millions d’habitants, c’est pour bientôt. Les Jeux olympiques de 2024 en France, et ses millions ou ses milliards de visiteurs, ses heures de retransmissions et ses pubs, encore plus tôt.

 

Si cette date est retenue. Si nous avons le droit de sortir.

 

Les pharaons d’Egypte, en exploitant et en tuant dans l’oeuf des  quantités indénombrables d’ouvriers, ont entre-autres laissé des pyramides qu’aujourd’hui, nous admirons. Car elles sont bien plus célèbres que tous ces clandestins, aujourd’hui disparus, qui auront contribué à leur élévation.

 

Nous, pour nos grands projets, nous avons besoin de transports en commun ad hoc. Et, peu importe que nous soyons anonymes. Pourvu que ça roule dans la farine.

 

Pour cela, nous pouvons compter sur la Ligne 14 entièrement automatisée. La ligne 14, ça fuse ! Et ça ne se refuse pas. Depuis la gare St Lazare, la ligne 14 a été bien des fois mon arme de réduction temporelle pour aller dans les salles de cinéma.

Mais depuis plusieurs mois, les cinémas et les salles de théâtre sont fermées, remplacées par les festivals pandémie, vaccins, couvre-feu et confinement qui s’opposent aux rapprochements humains. Heureusement que des bibliothèques et des librairies sont ouvertes ou ont rouvert pour compenser un peu ce traitement au scalpel – sans anesthésie- que subissent  bien des espaces culturels.

 

Pour le bien-être de l’économie, il a aussi été plus rapidement permis de s’attrouper  de nouveau aux heures de pointe dans les transports en commun parisiens. Comme ce matin, ce vendredi 12 février 2021, ou, après une nuit de travail de douze heures, je me dirige vers la ligne 14 à la station Bercy. La température extérieure est alors d’environ -1 degré. Nous connaissons une vague de froid depuis deux à trois jours.

 

Mon rêve, alors qu’il est près de 8h30, en finir au plus vite avec ce trajet jusqu’à Paris St Lazare. Puis, là, prendre mon train de banlieue. J’aurais bien-sûr préféré vivre dans un appartement avec vue dégagée sur la Pyramide du Louvre. Mais on fait ce que l’on peut. Même si c’est sûrement de ma faute si j’ai raté une bonne partie de ma vie. Je n’avais qu’à choisir de devenir pharaon au lieu de manquer d’ambition. Quand on veut, on peut.

 

Faute d’ambition, je me contente ce matin d’avoir une place assise dans la ligne 14. Et de me dire que dans dix minutes, je marcherai vers le grand hall de la gare St Lazare.  C’est un bon début vers mon destin de moins que rien.

 

Mais j’ai à peine imaginé ce scénario de film de série V que le métro de la ligne 14 se bloque sur les rails en plein tunnel. Sans doute la ligne 14 a-t’elle été vexée par mes pensées indignes. Parce-que, très vite, je me fais la remarque que, première lame des rails pendant des années, la ligne 14 semble être devenue un second couteau alors qu’elle dessert, depuis quelques semaines maintenant, les nouvelles stations Sanofi,  4 milliards, Actionnaires, et Vaccin anti-Covid prévu pour la fin de l’année. Heureusement qu’elle ne dessert pas en plus les stations Pfizer, Moderna, Astrazeneca, Sputnik V, Masque chirurgical. Mais ça viendra sûrement.  Chaque pirogue en son temps. Mais comme c’était mieux, lorsque la Ligne 14 avait Paris St Lazare pour départ et terminus.

 

 

Assez rapidement, une voix Off nous informe que nous sommes arrêtés. Cette voix  nous quittera seulement lorsqu’une femme agent de la RATP viendra nous rejoindre afin de conduire « manuellement » la superbe ligne 14.

 

Heureusement, notre sauveuse arrive assez rapidement. Cela fait alors environ quinze minutes que nous sommes dans l’au-delà des rails. Là où je suis, pratiquement en tête du métro, au niveau des troisièmes portes, personne ne panique. Tout le monde reste calme même s’il semblerait qu’une personne essaie, sans insister, d’ouvrir les portes. L’agent de la RATP lui demande de ne rien en faire. L’homme avorte sa tentative.

 

Un autre passager s’avance pour prendre une photo puis retourne à sa place. Une autre passagère, assise en face de moi, prévient qu’elle sera en retard pour son rendez-vous de 9h. Il lui est proposé un autre rendez-vous à 11h15.

 

Avant de me décider pour la ligne 14, j’avais testé d’autres itinéraires. Depuis deux à trois semaines, j’ai l’impression que les défauts techniques dans les transports en commun se multiplient. Ligne J, Ligne 6 du métro. Une amie m’a parlé de la ligne B du RER. L’usure due à la pandémie semble avoir gagné le matériel qui nous transporte. Or, les transports en commun, lorsqu’ils permettent à des femmes, des enfants et des hommes, de se rendre d’un point vers un autre, afin d’accomplir leur mission, leur travail ou un projet quelconque, deviennent l’équivalent du système sanguin d’une société.

Si le système sanguin d’une société se bloque, celui-ci peut finir par se détériorer. Car il a besoin d’échanges entre son intérieur et l’extérieur. D’une certaine fluidité comme d’une certaine mobilité. Une société qui se fige peut ainsi finir par se retrouver sous dialyse ou sous galère.

 

 

Après quinze minutes d’échanges d’un certain nombre de protocoles et de procédures techniques avec son collègue- ou son supérieur- l’employée de la RATP réussit à redonner un élan vital au métro de la ligne 14. On dirait Sigourney Weaver aux commandes d’un vaisseau dans Alien.  La gare de Lyon, et la sortie du tunnel, n’était pas si loin que ça, finalement. L’état de choc du métro de la ligne 14 aura duré trente minutes.

 

Des applaudissements justifiés saluent la réussite de l’agent de la RATP. Après ça, il  faut trouver un itinéraire bis. Pour moi, ça sera la ligne A du RER jusqu’à Opéra. Puis, je préfère marcher jusqu’à la gare St Lazare.

Gare de Lyon, ligne 14 ce vendredi 12 février 2021 vers 9h10. Après avoir réussi à rejoindre la gare de Lyon, il nous est demandé de descendre et de prendre un autre itinéraire pour la suite de notre voyage. Le temps que le trafic de la ligne 14 vers St Ouen reprenne.

 

Contraint à lézarder avec d’autres dans le métro immobilisé, j’ai repensé au vélo pliant que j’avais commandé la semaine dernière. Car j’en avais assez de dépendre de ces « défauts techniques » répétés. En moins d’un mois, j’estime avoir rencontré plus de déconvenues dues à des ” défauts techniques” liés aux transports en communs qu’en plusieurs années de trajets. Néanmoins, un de mes nouveaux collègues, adepte de la ligne 13 du métro, m’avait dit que je m’étais un peu trop précipité. J’avais commencé à me dire que partir plus tôt de chez moi permettait d’échapper à ce genre de désagrément. Et, ce collègue avait même réussi à me convaincre de recommencer à prendre la ligne 13, une ligne de métro dont j’ai choisi de limiter l’usage au strict minimum pendant des années. Au point de presque exclure son existence de ma mémoire.  Alors que la ligne 13, lorsqu’elle marche, est en effet rapide.

Mais tout usager de la ligne 13 connait sa réputation de ligne souvent marquée par les arrêts pour causes techniques ou de sur-encombrement. Sans oublier la “culture” de pickpocket qui lui est accolée. Mais l’extension de la ligne 14 a aussi pour but d’alléger la ligne 13. Et, je me suis dit que ce collègue avait finalement raison. En prenant la ligne 13, cela s’était bien passé.  Jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’un autre collègue, un mordu de la ligne 14, avait pu mettre encore moins de temps que moi pour son trajet. 

 

 Mais maintenant…..

Gare de Lyon, ce vendredi 12 février 2021. Le trafic est interrompu jusqu’à environ 9h15 sur la ligne 14 du métro du fait de l’impair technique que nous avons connu pendant trente minutes. Il est donc demandé aux voyageurs que l’on voit en haut d’attendre la reprise du trafic de la ligne 14 vers la Porte de St Ouen.

 

Franck Unimon, ce vendredi 12 février 2021.

 

 

 

 

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Tu ressembles à ça ?!

»Posted by on Fév 9, 2021 in Corona Circus, Pour les Poissons Rouges | 0 comments

Tu ressembles à ça ?!

 

 

J’ai aperçu son visage grâce à la porte entre-ouverte de son bureau. C’était la première fois que je le voyais vraiment. Lui et tous les autres se connaissaient depuis des années. Mais, moi, le petit nouveau, je les découvrais tous à cette époque des masques. Cela faisait à peine un mois que j’étais avec eux, et ce que je voyais, c’étaient des yeux, des fronts, des cheveux et assez peu de visages sauf, bien-sûr, au moment des repas. Pour ceux que je partageais avec certaines et certains d’entre eux. Ou épisodiquement lors de certaines pauses.

 

Je devais avoir presque dix ans, lorsque je me suis avancé pour lui dire :

 

« Ah ? Tu ressembles à ça ?! ». Il était près de 19H. Comme la veille, pour débuter cette journée qui allait se terminer vers 20h, je m’étais levé à 5h50. Et, jusque là, tout s’était bien passé avec l’ensemble des personnes et des situations rencontrées.

 

Après avoir dit ça, je suis resté là, sur le seuil. Il était seul, assis derrière son bureau. Il n’avait pas l’air occupé. Quelques jours plus tôt, lors de notre première rencontre où il avait opté pour garder son masque alors que je déjeunais, ça s’était passé de façon détendue. J’avais fait de l’humour à propos de son refus de se découvrir. J’avais mentionné l’importance de préserver sa pudeur. Il l’avait bien pris.

 

Il a commencé à m’expliquer plutôt sérieusement qu’il s’était laissé pousser la moustache. C’était comme une sorte de confession que je ne demandais pas. J’ai compris qu’il n’était pas très satisfait du résultat. Mais qu’il avait fait de son mieux. Et puis, il a tiqué sur le terme : « Tu ressembles à ça ?! ». J’ai aussitôt récupéré toutes mes années. Je n’avais pas dix ans. J’étais dans mon nouvel emploi depuis à peine un mois. Et, j’y faisais connaissance avec un nouvel environnement ainsi qu’avec une bonne cinquantaine de nouvelles et de nouveaux collègues. Dès les débuts, j’avais déjà entendu parler de Radio Langue de pute, qui, ici, émettait sur bien des fréquences comme partout. Sauf qu’ici, les fréquences affleuraient davantage au grand jour. Le matin, un collègue qui terminait sa nuit, proche de la retraite, que je croisais pour la première fois, m’avait dit avec le sourire :

 

« J’ai entendu parler de toi. Tu verras, ici, c’est une petite famille…. (sous-entendu : tout se sait rapidement et les ragots sont fournis avec le wifi et la fibre optique intégrés) ».

 

Debout, de l’autre côté du bureau de ce nouveau collègue, je l’ai regardé buter sur ce que je venais de dire. Nos propos peuvent être bilingues ou trilingues. Mais il était trop tard pour que je me reprenne. Ni lui ni moi n’avions dix ans. Je savais pertinemment qu’isolé et pris au pied de la lettre, le terme « ça » pouvait être dégradant. Mais ce n’était pas mon intention en disant « ça ». Et le contexte avait aussi son importance :

 

Hormis nos proches et celles et ceux que nous connaissions déjà avant la pandémie du covid et l’épopée des masques que nous vivons depuis plusieurs mois, notre cerveau compose une certaine image avec le peu que nous voyons du visage des autres. Le décalage est fréquent mais il nous apprend quelque chose sur notre perception- imparfaite-  et immédiate de notre environnement.  Et ce n’est pas une histoire de manque d’intérêt.

 

Un peu plus tôt, ce jour-là, je crois, alors qu’elle déjeunait, j’avais vu de profil une personne que j’avais vue jusque là seulement de face. Mais que je connaissais uniquement porteuse d’un masque. En la voyant démasquée pour la première fois alors qu’elle mangeait devant moi, je m’étais demandé si c’était bien la même personne. Alors que je savais que c’était  elle ! Je pensais, pourtant, l’avoir plus d’une fois plus que que bien regardée :

 

Je l’avais rencontrée lors de mes trois entretiens de pré-embauche, elle comme moi portant notre masque.  Je la trouvais plutôt sympathique. Elle était désormais ma supérieure hiérarchique en chef.

 

 

Mais impossible de parler de ça à mon nouveau collègue. J’étais trop imbibé par ce qui était en train de se dérouler. D’autant qu’à deux reprises, pour essayer de désamorcer le malentendu, j’avais baissé mon propre masque et lui avais dit avec le sourire :

 

« Moi, je ressemble à ça ! ».

 

 A le voir continuer de régurgiter ma phrase « Tu ressembles à ça ?! », je me suis dit :

 

Soit cet homme, toute sa vie durant, a aspiré à s’élever socialement.

Soit, malgré son envergure, il a toujours eu une mauvaise image de lui. Et moi, le « jeune » nouveau  collègue, en moins de dix secondes, j’avais écrabouillé tout ça.

 

 

Je n’avais pas rêvé de lui  par la suite. Mais j’allais savoir assez vite lorsque je retournerais au travail si Radio Langue de pute avait lancé un avis de recherche à mon sujet. Ou si une vendetta était en cours me concernant.

 

Des histoires de vengeance peuvent se décider pour bien moins que ça.

 

Franck Unimon, ce mardi 9 février 2021.

 

 

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Pourtant, je ne lui voulais aucun mal.

»Posted by on Fév 9, 2021 in Pour les Poissons Rouges | 0 comments

Pourtant, je ne lui voulais aucun mal.

 

 

Nous nous sommes revus tout à fait par hasard. J’ai été étonné mais aussi content de le revoir.

Je l’ai appelé par son prénom pour être sûr.

 

Félix ?

 

Il a approuvé, assis au milieu de deux ou trois inconnus.

Je me suis avancé vers lui. Ils n’existaient plus ou alors seulement comme assistants de cette rencontre.

 

Enthousiaste, j’ai débité le peu dont je me rappelais. Félix a souri. Son sourire était un feuilleté d’embarras, de sénilité et de surprise. C’était le sourire de celui qui regrettait. Pourtant, je ne lui voulais aucun mal. 

Félix regrettait, quinze ans plus tôt, d’avoir choisi de m’oublier. Alors que moi, je pouvais encore parler de la marque de sa voiture, du groupe de musique qu’il aimait écouter. Des prénoms de plusieurs femmes avec lesquelles il avait besognées. Là où il avait travaillé.

Mais, lui, il ne savait rien de moi.

Félix m’a appris être à la retraite depuis quatre ans. Ensuite, il m’a raccompagné prudemment vers la sortie. Pourtant, je ne lui voulais aucun mal. On l’a laissé faire.

Nous nous reverrons peut-être dans quinze ans. Et ce sera peut-être moi qui, ce jour-là, fermerai définitivement la porte derrière lui. Celle de l’oubli.

 

Franck Unimon, ce mardi 9 février 2021.

 

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