Avec ou sans masques

»Posted by on Mai 26, 2020 in Corona Circus | 0 comments

Avec ou sans masques

 

                                                             Avec ou sans masques.

 

 

 

Le déconfinement a donc bien eu lieu le 12 Mai. Cela fait déjà deux semaines. A première vue, notre monde n’a pas changé. Nous avons toujours deux bras et deux jambes. Nous nous déplaçons toujours de la même manière en gardant les mêmes symptômes qu’auparavant : nous habitons ensemble des couloirs et des histoires différentes en boitant. Parfois en gagnant. D’autres fois en perdant. Mais, toujours, en respirant. Et lorsque nous jouissons ou éjaculons, notre respiration part faire une ou plusieurs boucles avant de se rappeler de nous et, comme le marteau de Thor  ou la « planche » du Surfer d’Argent, de nous revenir.  Car ça aussi, ça n’a pas changé. En principe.

 

Nous avons eu peur. Nous avons encore peur d’une certaine manière puisque nous sommes nombreux maintenant à porter des masques. Mais, dans l’ensemble, une fois de plus, nous avons survécu. Ça, aussi, ça n’a pas changé. Sauf qu’une bonne partie d’entre nous sont devenus des fantômes masqués. Car les masques sont arrivés et nous les plaçons devant notre nez et notre bouche. Certaines personnes rajoutent des lunettes ou des protections plastifiées devant tout le visage. Nous ne savons plus ce que ça fait que de respirer à visage découvert dans la rue, dans des commerces, des transports ou au travail en présence de nos collègues à proximité.

 

Il y a les masques jetables et réutilisables. Ceux achetés dans les supermarchés, d’autres commerces ou dans les pharmacies ou en ligne. Ceux offerts par la mairie de notre ville, notre employeur, la SNCF ou la RATP.

 

Il y a des résistants au masque. Et des résistants à la distance sociale.  Ce qui démontre bien que nous sommes toujours la même espèce humaine :

 

Il faut toujours qu’il y en ait un ou plusieurs qui se singularisent. Peu importe de savoir qui a tort ou raison. Mais nous sommes quand même beaucoup plus nombreux aujourd’hui à porter des masques dans les rues, dans les transports, dans les commerces et au travail qu’il y a trois mois.

 

Il y a trois mois, notre gouvernement considérait comme inutile d’en porter. Il y a trois mois, nous étions un grand nombre d’ignorants concernant le mode de propagation du virus. Nous avons aussi pété plus haut que notre nez et sans doute été d’un certain mépris pour ce qui se pratique à l’étranger, en Asie en particulier, depuis des années :

 

Porter un masque dans un monde pollué, dans un monde infecté.

 

Aujourd’hui, dans les transports en commun ainsi qu’au travail, le port du masque est devenu obligatoire. Soit nous avons appris de l’étranger. Soit nous appliquons les règles et la loi qui nous ont été indiquées par le gouvernement et les chiffres. Les chiffres des malades et des morts, inconnus ou familiers : amis, voisins, proches, collègues.

 

En France, il y a trois mois, nous aurions sûrement porté des masques plus vite. Sauf qu’il y a trois mois, en France comme dans d’autres pays, il y avait très peu de masques à disposition pour la population, professionnels de la santé inclus. Et les masques FFP2, parmi ceux protégeant le mieux  (parmi les masques jetables) coûtaient au moins 3,99 euros l’unité (voir l’article Coronavirus ). Sachant que la durée de vie de ce masque est d’environ quatre heures, il aurait fallu être plutôt riche pour s’en fournir pour une durée de deux à trois mois.

 

A nouveau, ce n’est pas nouveau, les riches s’en sortent le mieux. Ainsi que celles et ceux qui distribuent, calculent, anticipent et décident des chiffres qui sont souvent les mêmes personnes.

 

Bientôt, nous allons nous faire avoir par tout un tas d’impôts, de conditions et de vie et de travail de plus en plus répressives au profit de la minorité des riches, des dirigeants et de notre gouvernement et cela va se passer comme d’habitude car nous sommes toujours dans le même monde qu’avant l’épidémie. C’est ce que nous croyons pour la plupart d’entre nous. Même s’il y aura des contestations sociales qui s’opposeront à la distanciation sociale imposée pendant l’épidémie.

 Mais nous croyons que ça va se passer comme d’habitude parce-que nous sommes cramponnés à notre monde. Nous y sommes entraînés même s’il nous en fait voir. Nous sommes installés en lui autant qu’il est installé nous. Lui et nous avons fusionné jusqu’à un certain point. Un point assez pathologique. Mais nous nous en rendons moyennement compte, et pas longtemps, puisque tout le monde fait pareil. Et on ne peut pas vivre tout seul ni se battre- et gagner- contre le plus grand nombre. En plus, l’ennemi, est invisible, multicartes et quasiment interchangeable. Prénom, genre, préférence sexuelle,  taille,  âge, couleur de peau, adresse postale, niveau d’études, nombre d’enfants, profession, religion, régime alimentaire, appartenance politique, langues parlées et écrites, chemise, veste, pantalon, jupe, couche-culotte pampers, legging, maillot de bain, soutien-gorge,  il peut ruisseler de l’un à l’autre avec facilité. Il finira toujours par nous avoir.  

 

Pourtant croire et penser que tout reste exactement et toujours à l’identique reviendrait à dire que depuis vingt, trente ou quarante ans, tous les jours, nous portons toujours la même tenue léopard, nous mangeons toujours les mêmes carottes, le même couscous, les mêmes donbrés, matin, midi et soir ; que nous écoutons toujours le même titre de musique ; que nous portons encore le même vêtement de la même couleur ;  que nous adressons les mêmes mots aux mêmes visages que nous avons devant nous ; que nous vivons toujours au même endroit et que nous sommes toujours dans la même position corporelle au millimètre près; que nous avons toujours les mêmes voisins….

Cela reviendrait à dire qu’en 1989, le mur de Berlin est resté intact. Ou que dans la série Game of Thrones le Mur reste immuable. Ce qui signifierait que pour le mur de Berlin, on est soit ignorant de ce qui s’est passé dans les faits et que pour Game of Thrones, on n’ait pas vu la série dans son intégralité ou que l’on n’en n’ait jamais entendu parler. C’est possible. Il est possible que des gens n’aient jamais entendu parler de la chute du Mur de Berlin comme de la série Game of Thrones. Il y a bien des événements de par le monde, et même dans notre vie personnelle, qui nous ont marqués et qui sont passés totalement inaperçus ou ont été considérés, volontairement ou involontairement, comme insignifiants par beaucoup d’autres. C’est une bonne partie de notre vie et cela peut être très dur à accepter comme à digérer. D’où l’explication de la présence de la haine et de la rancune sur terre sans doute entre les êtres humains.

 

Mais je crois que nous pensons que notre monde n’a pas changé depuis l’épidémie par habitude. Ou parce-que nous voudrions qu’il se transforme comme dans les contes de fées. Du jour au lendemain et pour le meilleur, pendant notre sommeil, pendant que l’on regarde ailleurs ou que l’on est en train de faire ses courses afin de changer de carottes, de voisins ou de collègues. 

 

Aujourd’hui, celles et ceux qui ont un regard sont avantagés dans notre monde de masques jetables et réutilisables. Celles et ceux qui portent un masque. Et celles et ceux qui les regardent. J’ai l’impression que l’on se regarde un peu plus, les uns et les autres, dehors. Il y a bien sûr de la méfiance. Mais il y a aussi une certaine attention qui avait pratiquement disparu au profit de tous ces écrans qui sont devenus nos nouvelles frontières entre nous et les autres. Des frontières aux serrures de plus en plus sophistiquées qui deviendront peut-être plus difficiles à ouvrir que ces frontières physiques pour lesquelles des migrants meurent à l’extérieur de notre pays et dans « nos » mers.

 

Quand nos masques tomberont, une fois l’épidémie passée, et que nous les rangerons et les oublierons (même si je crois qu’ils reviendront), nos yeux redeviendront des linceuls et des impasses pour les autres:

 

Celles et ceux qui nous sont inconnus et que nous ignorons par habitude.

 

La pandémie a simplifié nos agendas. Elle a aussi, malheureusement, tué, rendu malade, mis en colère et poussé au chômage. Elle a aussi permis le crime (violences conjugales, maltraitance sur enfants). Des délits (trafics de drogues, vols et trafics de masques et de matériel médical et paramédical…). Des enrichissements en bourse pour les plus riches. Des stratégies politiques. Mais elle a aussi permis à celles et ceux qui en avaient le souhait, celles et ceux qui étaient déjà en train de le faire…de changer. De façon de vivre. De façon de penser.

 

Assiette de la fête de l’Aïd que nous a offert un de nos voisins, ce matin.

 

Par exemple, en France, on a pu faire toute une histoire concernant le port du voile « musulman ». Or, actuellement, depuis l’épidémie, nous sommes nombreux, avec nos masques, à ressembler à des musulmans. Même celles et ceux qui ont eu et ont des points de vue antimusulmans.

 

La culture du masque, en cas de risque de pollution ou d’épidémie, n’est pas française. C’est parce-que la culture française, comme d’autres cultures, a su incorporer, assimiler et adopter le Savoir, les connaissances et les expériences d’autres cultures qu’elle a pu s’en sortir, perdurer…et devenir une grande culture. Ce qui implique pour la culture française et  d’autres cultures si « importantes », y compris scientifiques, de par le monde, de Savoir reconnaître ce qu’elle Doit à d’autres cultures et, avant cela, d’Apprendre à les Connaître.

 

 

 

Mais si la culture française- ou toute autre culture « triomphante »- continue de préférer ses chiffres, ses pendentifs, ses médailles et ses vitrines aux personnes qui l’animent, la guident, la soignent, l’entretiennent, la lavent, la convoient et la nettoient jour après jour elle finira victime de ses latrines, de ses blessures et de ses guerres, un jour ou l’autre, avec ou sans ses masques.

 

Franck Unimon, mardi 26 mai 2020.

 

 

 

 

 

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Coronavirus Circus 2ème Panorama 15 avril-18 Mai 2020 par Franck Unimon

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Coronavirus Circus 2ème Panorama 15 avril- 18 Mai 2020.

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Sankara n’est pas mort

»Posted by on Mai 15, 2020 in Cinéma | 0 comments

Sankara n’est pas mort

 

 

 

                   Sankara n’est pas mort : Au Pays des Hommes intègres

 

                    Réalisé en 2019 par Lucie Viver. Musique : Rodolphe Burger.

                    Langues parlées   : Français, Moré, Dioula. 

                     Film Disponible en VOD sur la plateforme  25 ème Heure

                     Distribué par Meteore-Films

                     Agence de Presse : Makna Presse/ Chloé Lorenzi

 

D’un point de vue occidental, j’ai l’impression que chaque fois que l’on parle de l’Afrique, qu’en fait, on parle d’un pays. Comme si l’Afrique était une fresque saccadée et fragile, qui, pour se tenir et s’ériger, nécessitait le cours et les contours de tous ses fleuves, de tous ses mirages et de tous ses peuples. Et qu’elle héritait constamment de sillons- en partie coloniaux- la séparant de ses aimants. Un destin qui peut ressembler à celui de toute minorité disparue ou menacée de finir dans une décharge un jour ou l’autre que ce soit en Asie, en Amazonie ou en Europe. Car une minorité qui ne se fond pas dans la masse ou dans la forêt ombilicale de la majorité est généralement considérée comme usagée. Sauf que l’Afrique est beaucoup trop grande, trop peuplée et trop ancienne, pour être uniquement un bout de terrain même si elle sert souvent de parking et d’antres-peaux à certains entrepreneurs, à certaines castes familiales et politiques d’Afrique et d’ailleurs.

 

Pendant ce temps, en occident, en Asie ou ailleurs, certaines Nations se démarquent sans qu’on leur colle la même exigence d’unité que l’on impose à l’Afrique. Nous l’avons vu récemment avec la pandémie du Covid-19 : On nous a parlé de l’Allemagne,   des Pays-Bas, la Chine, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Russie, la Corée du Sud, Taïwan, l’Italie, l’Espagne…. et de l’Afrique qui était à nouveau appelée à souffrir- un peu comme si l’Afrique était de la même taille qu’Haïti- car trop peu structurée.

 

L’Afrique est peut-être le continent dont on parle le plus sans le connaître, en occident. Sans même prendre la peine de présenter ses excuses pour notre ignorance la concernant. Lorsqu’on parle d’elle. Elle est cette gigantesque silhouette dans l’arrière champ d’un film. Celle qui fait le ménage ou est un mauvais exemple, dont on retient à peine le nom et dont on oublie la fiche de paie.

 

Lorsqu’on parle de l’Afrique, en occident, le plus souvent, c’est pour nous parler d’un vertige bloqué. D’un continent qui dégringole. Et qui dégringole sans cesse. Rimbaud a écrit Le Bateau ivre. C’est toujours un modèle. Depuis l’occident, avec nos yeux d’occidentaux standardisés,  on pourrait presque surnommer l’Afrique, le continent ivre. Et ce n’est pas pour la citer en exemple. Car nous avons alors les yeux de celle ou celui qui quitte le sol et voit déjà double rien qu’en fixant le fond de son verre et cela avant même de commencer à boire ce qu’il contient.

 

Je suis un occidental. Je suis né comme ça. Je répète seulement à ma façon ce que l’auteur noir américain Richard Wright (mort à Paris en 1960) avait pu dire il y a un demi-siècle siècle ou davantage.

Thomas Sankara connaissait sans aucun doute des auteurs comme Richard Wright, une référence occidentale. Par contre, en occident, nous connaissons moins bien les auteurs africains.

 

Je ne connais rien à l’Afrique. Je n’y suis jamais allé. Personne, dans ma famille, n’y est jamais allé. Plusieurs de mes ancêtres, il y a longtemps, ont été forcés d’en partir. C’est tout. On ne sait même pas exactement qui ils sont. Ni d’où ils venaient précisément dans l’Afrique des siècles passés. A quels peuples ils appartenaient. Moi, je suis né en île-de-France.

 

L’Afrique actuelle compte un peu plus de trente pays. Je viens de l’apprendre en comptant sur une carte. Il me semble que l’Europe actuelle compte moins de pays que l’Afrique. Mais je n’ai pas compté.

Le Burkina Faso ou Burkina, l’ancienne Haute Volta, fait partie de l’Afrique de l’Ouest.   

Autour du Burkina Faso ( 20 millions d’habitants), situé en Afrique de l’Ouest, on trouve le Mali, le Niger, le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Certains de ces pays, avant l’époque coloniale et aussi pendant l’époque de l’esclavage ont été de grands royaumes africains tant par la force militaire, économique que culturelle. Leurs frontières étaient aussi différentes.

 

Le Burkina n’a pas d’accès direct à la mer.

 

Thomas Sankara, Président d’orientation marxiste, a appelé l’ancienne Haute Volta, le Burkina Faso:

«  Le Pays des hommes intègres ».

 

C’était en 1984. Après le Putsch Militaire qui l’a amené à devenir le Président du pays. Jusqu’en 1987 où il aurait été assassiné par le capitaine Blaise Compaoré, un de ses anciens alliés, qui a ensuite dirigé le pays jusqu’en 2014 où l’insurrection populaire l’a vidé du Pouvoir. Aujourd’hui, Blaise Campaoré vivrait en Côte d’Ivoire ( le journal Le Monde diplomatique, Mai 2020, article de Rémi Carayol, Les milices prolifèrent au Burkina Faso).

 

Le Burkina a été un pays où des « groupes communautaires et des religions y coexistaient de manière pacifique :

Mossis, Bobos, Dioulas, Peuls, Gourmantchés, Sénoufos, Bissas, Touaregs etc….Selon le recensement de 2006, le pays compte 60,5% de musulmans, 19% de catholiques, 15,3% d’animistes et 4,2% de protestants. Les mariages mixtes y sont nombreux ; les familles, multiconfessionnelles » (article de l’envoyé spécial Rémi Carayol, dans le journal Le Monde diplomatique de Mai 2020, article Les milices prolifèrent au Burkina Faso, page 12).

 

Actuellement, les Peuls sont accusés d’être proches des djihadistes.  Certains Peuls ont été « massacrés » par certaines confréries  (dont les dozos ou donsos) de chasseurs traditionnels. Depuis des siècles, les dozos «  assurent la protection des villageois, régulent la pratique de la chasse pour préserver la faune et pratiquent la médecine traditionnelle ».  Mais des Peuls ont aussi été tués par « les gardiens de la brousse » ou Koglweogo  (dans la langue des Mossis) après qu’un chef de village Mossi ait été assassiné par des djihadistes.  Les milices des Koglweogo sont apparues dans «  les années 90 » et se « sont multipliées après la chute de M.Compaoré » ( article Les milices prolifèrent au Burkina Faso dans Le Monde diplomatique, Mai 2020).

 

 

A l’époque de Thomas Sankara, le climat inter-ethnique était sûrement plus apaisé au Burkina. Et puis, Sankara était un meneur charismatique. Je me rappelle de lui en tenue militaire. Et d’un article où il expliquait qu’il dormait peu et s’imposait une discipline assez stricte en terme d’exercice physique. Ce qui lui donnait les yeux rouges. Et, il anticipait le fait que certaines personnes allaient en déduire qu’il se droguait. Si sa figure de combattant « puriste » pourrait, pour un occidental, spontanément faire penser à une sorte de Che Guévara “africain”, il faut peut-être plus lui trouver de points communs avec Patrice Lumumba du Congo-Kinshasa, assassiné en 1961 avec la complicité de Mobutu, son ancien allié, devenu ensuite dirigeant du pays rebaptisé Zaïre de 1965 à 1997. Le Zaïre, pays où eut lieu, en 1974, le match de boxe Historique entre les deux noirs américains, Georges Foreman et Muhammad Ali, héros de millions de gens. 

 

“Loin” de tout ça, le film-reportage Thomas Sankara n’est pas mort de Lucie Viver ( son premier film), débute par des images nous montrant l’usine Ideale où l’on conditionne de l’eau minérale dans des sacs en plastique. Ces sacs sont destinés à la vente. De ces sacs en plastique remplis d’eau, nous passons à  quelques images de rue lors du renversement du gouvernement de Blaise Campaoré.

Un homme explique que le « règne interminable » de Blaise Campaoré a assez duré :

 

«  Il a été le Président de mon papa. Il ne peut pas être le Président de mes enfants ! ».

 

 

Puis, nous suivrons l’écrivain-poète Bikontine à travers le pays. Lequel espère «  se sortir de son chancèlement » au cours de ce voyage qu’il accomplit en grande partie à pied :

 

Beregadougou, Bobo-Dioulasso, Bagassi, Pompoï, Zamo, Ouagadougou et Kaya sont les étapes de ce voyage assorties chacune d’un titre. « L’illusion d’une vie meilleure » ; «  sans jamais y croire » ; «  c’est le même monde » ; «  je veux changer »…..

Bikontine, au premier plan.

Bikontine avait 5 ans en 1987, lors de la mort de Sankara. Avec Bikontine, nous découvrons un pays encore paisible (c’est en tout cas que nous montre Thomas Sankara n’est pas mort) où le souvenir de Sankara est resté vivace alors que certains des chantiers qu’il avait lancés sont quelque peu moribonds :

 

«  Depuis que Sankara est parti, on a eu un faux-départ ».

 

La monnaie semble être le compas d’un ancien temps. Un stylo peut coûter 3000 francs. Et l’instruction de qualité est peut-être encore plus chère. Pourtant, les personnes que l’on croise avec Bikontine semblent tenir le choc devant la caméra malgré des conditions d’existence qui pourraient donner le hoquet. Une institutrice enseigne en Français à sa classe (de près de cent élèves) la signification des couleurs du drapeau Burkinabé :

 

« Rouge pour le sang versé par nos grands-pères contre les Blancs ; Jaune pour la couleur de l’étoile qui guide vers un Burkina où il fait bon vivre ; Vert, pour le pays agricole qu’est le Burkina ».

 

Plus loin, Bikontine, devant des travailleurs dans une plantation de canne à sucre, parle de « l’écume des ouvriers au milieu du soleil ».

 

Une femme-taxi explique que Sankara considérait la femme comme l’égale de l’homme et qu’il impliquait tout le monde. «  La femme, c’est la lumière du monde ». Pourtant, la contraception des femmes conserve un statut fragile. Une jeune femme souhaite se faire retirer son stérilet qu’elle porte depuis un an et quatre mois car il en a été décidé ainsi avec son mari et, celle-ci affirme à la professionnelle de santé qui la reçoit :

« Il ne va rien arriver ».

 

Avec un jeune qui a arrêté l’école avant ses 18 ans pour trouver du travail, Bikontine parle de Camara Laye, Césaire et Senghor. Ailleurs, il fait l’expérience de descendre sous terre, à la corde, sur le campement installé par des chercheurs d’or qui se disent qu’ils ont peut-être leurs chances vers les 40 mètres de profondeur. L’installation est plutôt artisanale.

 

Vers la fin de Thomas Sankara n’est pas mort, nous atteignons le bout de l’unique voie ferrée du pays qui date de l’époque de Sankara et dont la construction a été abandonnée. Bikontine s’est inspiré du sillon de cette voie ferrée pour son trajet à travers le Burkina.

La voie ferrée se délabre. Un arbre a poussé au milieu des rails et ce n’est pas un arbre à palabres. L’enfant isolé que rencontre Bikontine dans la nuit, près du feu qu’il a fait, lui répond n’avoir jamais vu le train. L’enfant refuse de suivre Bikontine car il a « peur d’aller loin ».

 

Un peu plus tôt, Bikontine s’est demandé si un poète peut « apporter quelque chose à sa société » et « si cela sert à quelque chose d’écrire des textes que personne ne va lire »…

 

 

Franck Unimon, vendredi 15 Mai 2020.

 

 

 

 

 

 

 

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The Charmer

»Posted by on Mai 13, 2020 in Cinéma | 0 comments

The Charmer

 

                                       The  Charmer : Esmaïl, homme de fois.

 

Esmaïl est iranien. Il vit au Danemark depuis deux ans. Il n’a rien à voir avec Milo et Kurt le con qui « vivaient » dans le monde de la drogue de Pusher III, l’Ange de la mort. ( Pusher III : Journée de merde pour papa-poule ). 

Esmaïl, c’est un ange des corps. Un verre de vin à la main, toujours dans le même bar, il sait plaire aux Danoises. Il sait parler. Il s’exprime bien en Danois. Il a de l’humour. Et, sexuellement, il fait salle comble. Moitié talentueux Mr Ripley/ moitié Esmaïl, c’est l’homme araignée mais sans sa toile et sans sixième sens. Une fois séduites, une à une, ses conquêtes se détachent. On regarde donc Esmaïl tirer son coup puis avoir du mal à joindre les deux bouts. On l’envie d’abord puis on le plaint.

 

Avec The Charmer, j’ai appris qu’il existait une diaspora iranienne en Suède et au Danemark. Cela semble quasi-culturel. Avec Esmaïl, on est aussi un peu dans le surnaturel car s’il est bien éduqué,  on ignore qui il est véritablement. Et lui, ignore qu’il existe une diaspora iranienne au Danemark. Il se croyait le seul. C’est vrai qu’il est un peu unique en son genre.

 

Car pour cette diaspora iranienne, bien plus aisée que lui, le souvenir de l’Iran est un musée sacré dont Esmaïl a peut-être plus entendu parler que connu. Il se retrouve donc exilé au royaume du Danemark parmi ses conquêtes mais aussi parmi d’autres Iraniens, eux-mêmes exilés au Danemark et accrochés à leur communauté où Esmaïl est un étranger.

Car ils n’ont pas les mêmes rêves. Et, de l’homme araignée sans toile véritable, Esmaïl devient de plus en plus sirène. Tellement sirène que si ce film nous entraîne, il entraîne aussi Esmaïl dans une vie différente de la sienne. Ce qui se tient :

Les grands séducteurs sont aussi ceux qui savent se convaincre eux-mêmes.

 

Reste à convaincre les autres que le rêve dairnois d’Esmaïl sera encore là au moment du réveil et qu’il pourra le tenir par la taille. The Charmer est l’histoire d’un homme travailleur, intelligent et charmant plutôt doué pour les relations comme pour fae des rencontres mais qui reste le seul à croire à un rêve auquel les autres ne croient pas. C’est peut-être aussi un film sur la foi, finalement. Esmaïl n’est pas fait de la même foi que les autres.

 

 

Franck Unimon, mercredi 13 Mai 2020

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Je me suis couché un peu tard cette nuit. Après deux heures du matin. Ce matin, dans mon lit, je me le suis très vite reproché. J’aimerais faire tellement. Reprendre la lecture de tel livre commencée il y a plus de deux mois avant que la pandémie du Covid-19 ne colonise une grande partie de nos pensées et de nos émotions. Continuer de faire le tri dans des magazines que j’ai depuis 2017 et même avant. Faire mes étirements. Aller acheter des fruits et des légumes. Passer voir mon vélo pour vérifier si la roue arrière est restée gonflée depuis la dernière fois afin de pouvoir reprendre mon vélo, rassuré, ce soir, pour me rendre à mon travail. Ce qui nécessitera plus d’une heure de vélo à l’aller.

 

Ma compagne et notre fille étaient parties lorsque je me suis levé environ trente minutes plus tard. J’ai commencé par mes étirements. A jeun. Comme ça, j’étais sûr de les faire.

 

Hier soir, je me suis couché tard parce-que je suis resté regarder des images de combats. Le combat Georges Foreman/ Muhammad Ali dont j’avais entendu parler, enfant, et sur lequel j’avais lu et aussi vu un très bon documentaire, When we were kings.

J’ai aussi lu le résumé de la biographie de l’acteur Donnie Yen que j’avais découvert dans Hero peut-être. Et que je redécouvre dans des extraits de Ip-Man. Bruce Lee, Scott Adkins, Jacky Chan, Jet Li, Van Damme, Chuck Norris, Tony Jaa, Amy Johnston, quelques combats de MMA…. J’ai regardé ou revu des extraits de leurs films. Ainsi que des démonstrations de Self-Défense.

 

J’ai aussi regardé des extraits d’interviews d’anciens membres du GIGN, mais aussi de Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série que j’avais interviewé deux fois, qui m’avait particulièrement déniaisé concernant les tueurs en série, et qu’un article du Monde de ce 21 avril soupçonne d’être un affabulateur.

 

A ces images de combats et de mort, j’avais préféré des images d’humoristes au cours de la journée ou un ou deux jours plus tôt : Mustafa El Atrassi, Bill Burr, Bun Hay Mean, Haroun, Louis C.K. Il faut bien se détendre avant un combat ou entre deux combats. Même si l’on y participe uniquement en tant que… spectateur.

 

Je n’ai pas la carrière de combattant ou d’humoriste qu’idéalement, je souhaiterais, aurais souhaité ou ai pu souhaiter avoir. Pour arriver au niveau de ces humoristes, combattants et ex- intervenants du GIGN, et des autres que je n’ai pas cités, il faut généralement commencer tôt, souvent avant ses 10 ans, cumuler des heures et des heures et des années d’entraînement, donner de sa personne, et, à ce que je comprends, cumuler des expériences dans diverses disciplines, complémentaires ou opposées. Ce qui suppose une extrême persévérance ou une certaine détermination ( d’autres parleront d’engagement) ainsi qu’une marge d’erreurs.

 

Des erreurs, j’en ai faites et je continue d’en faire. Hier, en aidant ma fille à faire ses devoirs, je lui ai affirmé :

 

« Les erreurs, ça sert à apprendre ! ». Ma fille avait refait la même erreur que quelques heures plus tôt avec exactement la même opération et les mêmes chiffres. Une erreur de retenue dans son addition. Je croyais qu’elle avait bien mémorisé d’autant qu’elle s’implique dans ses devoirs. Mais, non, la distraction, l’insouciance et un trop grand sentiment de facilité sans doute l’avaient bernée.

 

J’aurais peut-être pu ou dû ajouter :

«  Les erreurs, ça sert à apprendre ! A condition de savoir ou de pouvoir s’en rendre compte ».

 

Evidemment, un enfant, un novice, un débutant ou un innocent a du mal à s’apercevoir de ses erreurs. Comme pour trouver la solution. C’est donc aux personnes qui les entourent et qui en sont responsables de, autant que possible, les éduquer,  les sensibiliser et de les préserver de certaines déconvenues.

 

Je ne suis pas toujours persuadé, en tant qu’adulte et en tant que père, de toujours être le bon exemple pour ma fille. Tant mieux pour eux si certains parents sont convaincus, lorsqu’ils se regardent, d’être ou d’avoir été les meilleurs parents de l’univers. Mais, hier, alors que nous déjeunions ensemble et que ma fille me parlait, je l’écoutais tout en voguant dans ma tente psychique.

Ma fille était et est dans l’instant présent comme tous les enfants. Moi, j’étais dans un de ces moments où ma conscience  chemine, entre le passé, le présent et le futur. On dira que j’étais dans la contemplation. Ou dans l’extrapolation : ma fille me parlait et tandis que je l’écoutais à la surface, en profondeur, j’étais ailleurs. Il y a d’autres moments où c’est elle qui est ailleurs alors que nous lui parlons, ma compagne et moi. Et il est plein d’autres fois où celles et ceux à qui l’on cherche à s’adresser sont ailleurs.  Il y a aussi d’autres fois où nous portons notre attention sur les autres véritablement mais où, ceux-ci, ne nous voient pas et restent ensuite persuadés d’être sans valeur. C’est l’Histoire des êtres humains. Nous avons beau avoir des agendas, beaucoup de bonnes intentions théoriques et pleins d’inventions technologiques, lorsque ce moteur que nous avons tous à l’intérieur nous pousse vers cet ailleurs, il est difficile de savoir quand nous nous rencontrons vraiment.

 

Heureusement, en partageant l’intimité d’une personne ou avec la répétition des rencontres, mathématiquement, il arrive des moments où nous sommes bien disposés en même temps. Où nous sommes en phase, comme on dit. Ceci pour dire que, finalement, dans l’Histoire des relations humaines, sans doute sommes nous en permanence comme la terre, le soleil et la lune. Nous nous tournons autour. Un certain nombre de fois, tout est bien aligné. D’autres fois, comme nous vivons dans le même périmètre physique et géographique, c’est la collision, l’illusion ( nous croyons être proches les uns des autres mais, en fait, des milliers de kilomètres nous séparent) ou l’ignorance.

 

Depuis, j’ai oublié de quoi je voulais précisément parler. Etre ailleurs, ou vouloir être ailleurs, ça, j’ai commencé avant mes dix ans. Comme tout le monde, je pense. Et, de ce côté-là, j’ai continué l’entraînement comme tout le monde, aussi, je pense.

Evidemment, en regardant cette nuit ces images de combat, j’ai sans doute essayé de voir si j’y étais ou si je pouvais y être. Ce qui est impossible, ne serait-ce que physiquement. C’est bien à ça que nous servent les images. A faire l’expérience cérébrale, émotionnelle, voire physique d’un événement que l’on ne peut pas vivre directement, physiquement, dans l’instant présent. On le vivra peut-être un jour. On l’a peut-être pleinement vécu dans le passé. Mais lorsqu’on le regarde, on ne le vit pas totalement. Les images que nous regardons et qui nous captivent sont peut-être souvent des étoiles mortes que, nous, les vivants, nous regardons afin de pouvoir nous guider….

 

 

J’avais prévu de parler du don. Du don de soi. Je sais que la pandémie du Covid-19 a fait de nous, «officiellement », les soignants, des « héros » avec d’autres professions :

 

les cytokines, les pompiers, les éboueurs, les caissiers, les enseignants ( oui, je mets les enseignants dedans car le travail à distance effectué par les enseignants, même s’il a été limité par les moyens de certains parents et par la technologie elle-même, est pour moi une très grande force d’engagement ), travailleurs sociaux, policiers etc….

 

Dans la vie courante, « normale » et ne serait-ce qu’avec notre administration ( je pense ici au service de la Direction de notre employeur) on verra ce  qu’il restera du crédit que l’on porte aux héros. Mais, en attendant, j’ai bien compris qu’il ne suffit pas de donner de soi aveuglement pour recevoir une quelconque reconnaissance et compensation. Non. Cela ne suffit pas. En étant même un peu provocateur, je crois qu’il faut donner moins pour recevoir plus. Car, lorsque l’on donne trop, sans compter, on encourage forcément quelqu’un, à un moment ou à un autre, à se reposer sur nous tandis que l’on s’épuise. Et, au final, on termine K.O.

C’est ce qui est arrivé à Georges Foreman à Kinshasa en 1974 face à Muhammad Ali, un de mes héros d’enfance.

De Georges Foreman, avant le match, on louait la force physique hors norme. Muhammad Ali partait perdant selon certains pronostics. En regardant et en (re)découvrant le match, cette nuit, je me suis demandé comment tous ces experts avaient pu ignorer à ce point certaines évidences :

Georges Foreman était beaucoup plus limité techniquement que Muhammad Ali. Sa gamme de coups. Ses déplacements étaient monolithiques. Ali esquivait beaucoup mieux, était plus mobile. Ali était plus rapide sur ses appuis et sur ses directs. Il a touché Foreman au visage très vite. La plupart des coups qu’il porte à Foreman sont situés au visage. Signe qu’il n’avait pas peur. Signe de sa détermination. Il est allé à l’essentiel. Là où il savait pouvoir faire le plus mal à Foreman. Le mettre en colère, lui faire perdre la raison. Le désaxer mentalement. Muhammad Ali avait aussi pour lui la ruse, la stratégie. 

En outre, Muhammad Ali a donné à Foreman ce qu’il a voulu lui donner. Et Foreman a foncé sans réfléchir. Il a donné de sa personne comme il le pouvait en se faisant manipuler par Ali : Foreman a réagi comme Ali le souhaitait. Ali était pourtant connu. Foreman avait trop d’assurance. Il a boxé sans sa tête. Il s’est vidé tout seul de sa puissance et de sa résistance. Et Muhammad Ali l’a mis K.O vers la fin du 8ème round.

D’après les images, Ali s’attendait à ce que le match dure plus longtemps même si Foreman, depuis un ou deux rounds, glissait de plus en plus.

Ce match de boxe montre la différence qui existe entre un boxeur stratégique et un boxeur exécutant. Et sans doute aussi entre un boxeur qui a débuté assez tôt et incorporé une gestuelle ou une grammaire technique et un autre qui devait principalement ses victoires à sa force physique hors norme.

 

 

Nous, les spectateurs du quotidien, qui sortons peu à peu du confinement, j’espère que nous serons plus des Muhammad Ali que des Georges Foreman. Même si Muhammad Ali a aussi fait de sacrées erreurs dans sa vie (concernant Malcolm X ou Joe Frazier par exemple) et que Georges Foreman, par ailleurs, est une personne de valeur.

 

Franck Unimon, ce mardi 12 Mai 2020. 

 

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Il était difficile

»Posted by on Mai 7, 2020 in Corona Circus, Micro Actif | 0 comments

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La Reprise

»Posted by on Mai 4, 2020 in Corona Circus | 2 comments

La Reprise

Paris, 1er Mai 2020, près du Louvre, en allant au travail.

 

 

                                                       La Reprise

Lui ressembler, c’est déjà être sa proie. Je refuse de la nommer. Mais c’est de plus en plus difficile. Dans quelques jours, ce 11 Mai, à la reprise de l’activité scolaire, après plusieurs semaines de confinement dans la peur pour cause de pandémie du covid-19, il y aura encore plus de peur et de colère. Elle sera à nouveau là pour en profiter.

 

Adroite fille de son père, elle a récupéré son parti politique d’abord avec l’aide et les encouragements de celui-ci. Puis, ils se sont fâchés. Cela fait des années qu’on dirait qu’ils font leur thérapie familiale à travers la scène politique et publique.

 

Mais elle est un modèle de réussite familiale dans un pays, la France, qui reste une grande puissance Mondiale dont la société assez traditionnaliste voire conservatrice sait être raciste :

 

En France, en 2020,  il vaut mieux être un homme, plutôt blanc, plutôt de religion catholique, être marié à une femme et avoir effectué de grandes études, dans des écoles réputées, pour accéder aux plus hautes fonctions et aux meilleurs salaires.

Et, elle, femme divorcée, patronne d’un parti selon elle devenue le premier parti de France, n’est pas sortie de ces grandes écoles élitistes.

Même si elle a fait des études et a plus qu’un BEP, elle incarne donc une certaine modernité par rapport à la France d’avant Mai 1968. Cependant, elle se réclame de la Grandeur d’une France d’avant qu’elle n’a pas connue mais que- comme son père- elle idéalise et aime à jeter au visage de celles et ceux qu’elle vise et entend provoquer, humilier et dominer.

 

Après bientôt un demi siècle de présence- en incluant la carrière de son père- dans la politique, les média, les sondages, refuser totalement de la voir ou  l’oublier reviendrait à se comporter comme un climato-sceptique. 

 

C’est donc par Devoir que, pour la première fois, la nuit dernière, je me suis imposé de la regarder et de l’écouter lors de son allocution du 1er Mai 2020. J’ai voulu m’abstenir de cette réaction viscérale de rejet que j’ai pour elle et qu’elle a, je crois, pour les autres :

 

Celles et ceux qui pensent différemment d’elle et ne lui ressemblent pas.

 

Moi, le Français noir, d’origine antillaise, plutôt fier de me rappeler que son père n’avait pas pu débarquer en Guadeloupe lorsqu’il s’y était rendu en avion plusieurs années auparavant (on ne parlait pas beaucoup d’elle, alors) j’ai pris sur moi pour regarder sa vidéo sur Youtube, une innovation technologique étrangère, contemporaine, entrée dans les mœurs, qui n’existait pas dans cette France du passé à laquelle elle se réfère.

 

Son allocution durait environ 21 minutes. Je suis resté dix minutes.

 

Souriante, dans un intérieur évoquant plus le salon d’une maison de privilégiés que l’appartement exigu, dans un quartier bruyant, elle rayonne dès le début. Lovée dans ce système politique et démocratique qu’elle aime saturer et persifler, elle est tellement contente d’être là une fois de plus. De déranger. De se montrer. De s’exprimer sans la moindre interruption ou intervention extérieure.

Très à l’aise, sans lire ou sans sembler lire une seule note ( au contraire du maire de ma ville mais aussi de certains députés et d’un certain nombre de ministres) elle distribue les sarcasmes à l’intention de ses rivaux politiques actuellement au Pouvoir qu’elle nomme à visage découvert.

Mais, d’abord, elle nous parle de Jeanne d’Arc et des travailleurs. Je ne connais pas personnellement Jeanne d’Arc mais elle semble très bien la connaître comme elle semble aussi savoir ce que celle-ci aurait pensé et fait dans la France d’aujourd’hui qui serait envahie. Par des étrangers. Par Youtube et les réseaux sociaux, aussi, mais, ça, ça ne la contrarie pas apparemment.

 

Je suis persuadé de faire partie des étrangers pour elle, son père et sa nièce. Mais je n’ai pas de preuves.

 

Par contre, je fais partie des travailleurs depuis des années. Et, dans ce domaine, j’ai des preuves. En France, je suis un travailleur parmi des millions d’autres. Je fais également partie des travailleurs susceptibles de travailler n’importe quel jour de l’année. Le Week-end comme un jour férié. De nuit comme de jour. Je sais que d’autres travailleurs n’aimeraient pas travailler les week-end, les jours fériés ou la nuit. Je sais aussi que d’autres travailleurs exercent dans le froid, portent des charges pénibles, nettoient, respirent et débarrassent la saleté du monde.

Je sais que des travailleurs ont voté, votent et voteront pour elle. Qu’il y en a de plus en plus parmi mes collègues. Peut-être des femmes plus que des hommes. Question d’identification.

Mais, femmes comme hommes, il y a différentes sortes de travailleurs. Celles et ceux qui ont un emploi légal. Celles et ceux qui travaillent au noir. Celles et ceux qui ont une situation professionnelle précaire. Celles et ceux qui sont fonctionnaires. Celles et ceux qui sont en colère. Celles et ceux qui ont peur. Celles et ceux qui gagnent à peu près correctement leur vie. Celles et ceux qui gagnent très bien leur vie. On peut  très bien gagner sa vie et être en colère. Je ne sais pas si elle est très en colère contre la vie, la France ou les autres, par contre, je crois qu’elle gagne beaucoup mieux sa vie qu’un travailleur comme moi. Je crois aussi que ses horaires et ses conditions de travail sont plus confortables que les miens. Pourtant, je ne me plains pas là où je suis.

Ce matin, j’ai discuté avec deux de mes jeunes collègues. Elles ont la trentaine. Elles faisaient le constat qu’elles avaient désormais de plus en plus de mal à enchaîner plusieurs journées de travail de suite en commençant à 6h45. Et elles aspiraient à moins travailler le week-end que ce soit pour leur vie personnelle et familiale.

Je comprenais de quoi elles parlaient concernant la difficulté de commencer à travailler, de façon répétée, à 6h45. Cela fait plus de dix ans que je n’ai plus eu ce genre d’horaire de travail et je m’en passe très bien. Pourtant, je suis plutôt un lève-tôt.

 

Mes collègues de ce matin font partie des « Héros de la Nation » depuis le discours du Président de la République, Emmanuel Macron, le 16 mars, je crois.  Avant que ne débutent les mesures de confinement pour contrer la pandémie au Covid-19 que la France, dans son ensemble, a embrassé sans expérience épidémiologique, sans masques, sans protection, avec des hôpitaux et des personnels soignants pris de court car pris de haut depuis des années par les responsables politiques, et avec un manque de moyens de dépistage. Comme si la France, une des plus grandes puissances mondiales, première destination touristique mondiale, pays aux références culturelles multiples, était un pays sous-développé sauf pour délivrer des mensonges et des bobards à ses citoyens.

 

Ce matin, mes collègues ne se plaignaient pas. Elles n’étaient pas en colère. Elles constataient simplement leurs limites au moins physiologiques comme je pouvais moi-même connaître les miennes concernant cet horaire qui consiste à débuter sa journée de travail à 6h45. Comme d’autres millions de travailleurs peuvent finir par connaître leurs limites vis-à-vis d’un horaire, d’un certain type de travail, de ses conditions d’exécution, d’un mode de vie ou d’un salaire. Parmi ces travailleurs qui constatent ces limites, beaucoup d’entre eux doivent pourtant continuer au delà de leurs limites parce qu’ils n’ont pas d’autre choix ou se sentent  privés d’horizons.

 

Lorsque je la regarde et l’écoute sur Youtube (un médium que Jeanne d’Arc aurait peut-être dédaignée), je ne crois pas qu’elle aille au delà de ses limites. Revancharde et sans limites, elle aime faire peur et menacer. Déja candidate aux élections présidentielles en 2022, si elle est en état, elle sera encore là en 2042. A son niveau, la politique est un jeu. Son père a bien tenu jusqu’à au moins ses 70 ans voire davantage. Il a plus de 80 ans maintenant. Elle en a une cinquantaine. Et elle n’a pas ou très peu de comptes à rendre contrairement à la majorité des Français.  Même Jeanne d’Arc a dû rendre des comptes.

 

Elle le sait, c’est mathématique : il peut suffire d’une fois, pour, qu’aux élections présidentielles, elle soit finalement élue. Elle n’a pas si besoin que ça de se métamorphoser. Il lui suffit de continuer de durer. Et les autres classes politiques l’aident bien. Ce système de caste politique et sociale qu’elle méprise- ce n’est pas une pauvre- est complice et responsable de sa réussite comme il l’a été de celle de son père :

 

Dans une vie politique et sociale ambitieuse, et aussi plus vertueuse et démocratique, on aurait des hommes politiques qui ressembleraient moins à des VRP pour les grandes entreprises et les grands groupes financiers. On est sans doute passé des carriéristes de lutte aux carriéristes de luxe. Les travailleurs, une fois leur vote obtenu, ça ne rapportait plus assez. Alors, on les a délocalisés des grandes équations et des grandes questions. Ils ont  été livrés à eux-mêmes sans masques, sans protections. Ce qui lui permet à elle, à la suite de son père, de marquer l’Histoire de France dans le domaine politique. Ou de pouvoir faire son possible pour en faire partie à côté de celles et ceux qui sont dans l’Histoire officielle.

 

J’ai envie de croire que si elle était élue, que très vite, elle serait perdue. Parce-que depuis des années, elle a la place la plus facile : critiquer sans gouverner.

Si elle avait été membre d’un parti politique classique, comprendre « socialement » fréquentable, je crois qu’elle aurait sans doute déja été nommée Ministre plusieurs fois. Mais ça se serait mal passé car elle aime le Pouvoir et, avec elle, c’est toujours de la faute de l’autre.  Elle fait partie des personnes qui ont les moyens d’imposer ça comme principe : ce n’est jamais de sa faute. Et, il lui avait fallu plusieurs semaines pour comprendre qu’elle avait raté sa prestation face à Emmanuel Macron lors du débat d’avant le second tour des élections présidentielles de 2017.

 

Mais si elle était élue présidente, je crois que des femmes et des hommes politiques très «respectables » viendraient toquer à sa porte pour obtenir un poste de Ministre et nous expliqueraient de façon didactique avec des polycopiés qu’ils font ça par Devoir, pour la France, ou qu’ils estiment qu’elle est- profondément- attachée au rayonnement de la France.

 

Je crois aussi qu’il y a peut-être pire qu’elle en politique mais que nous ne le connaissons pas encore. Je ne sais pas si sa nièce est ce « pire-là » mais je me dis que si elle et son père peuvent, comme ils le font, prospérer sur la scène politique française depuis des années, que le pire est possible. Même si, pour moi, elle fait plus partie du passé que du futur.

 

 

La reprise scolaire et un “déconfinement” gradués ont été prévus pour la semaine prochaine, à partir du 11 Mai. Je ne serais pas étonné que, finalement, le gouvernement change d’avis et repousse la date. Mais, en attendant, le gouvernement a “découpé” la France en trois couleurs, selon le niveau de la pandémie. Vert, orange, rouge. Sur la carte de France affichée dans le journal Le Parisien du samedi 2 Mai 2020, on peut voir qu’une bonne majorité des départements de l’ouest de la France est en vert. La pandémie y est moins sévère. La Guadeloupe, la Martinique la Guyane, la Réunion mais aussi la Corse sont aussi en vert. Mayotte, par contre, est en rouge comme tout le Nord-Est de la France, île-de-France, incluse. 

 

 

“Après le 11 Mai, il sera possible d’effectuer des déplacements dans un rayon de 100 km à partir de son domicile. Au delà, il faudra pouvoir justifier d’un motif professionnel ou d’un “impératif familial impérieux”. Mais l’exécutif, par la voix d’Olivier Véran, appelle à limiter les déplacements “entre les territoires plus ou moins éloignés, mais très différents sur le plan de la circulation du virus” (….)

“En clair, un habitant d’un département rouge est prié de ne pas se déplacer dans un département vert” ( article d’Aurélie Sipos et Frédéric Gouaillard, dans le journal Le Parisien du 2 Mai 2020, page 2 et 3 dans la rubrique Le Fait du Jour : Crise du Coronavirus avec le titre Du flou sur la carte). 

Le retour des enfants à l’école, même en prenant en compte les mesures de prévention recommandées par l’Etat a mis et met beaucoup de parents en colère :

On a l’impression d’envoyer nos enfants et notre santé au casse-pipe pour permettre à l’économie de reprendre. Il est imposé à l’échelle nationale une logique qui a fixé de plus en plus, depuis des années, les conditions de travail des soignants dans les établissements de santé :

L’économie et la rentabilité avant la santé, la relation humaine et la réflexion. 

On essaie avant tout de voir comment on peut se faire encore plus de fric en un minimum de temps. On pensera peut-être à (sa)voir plus tard les éventuels dégâts que cette logique cause et creuse.

 

Les conditions pour la reprise de l’école la semaine prochaine ont été qualifiées ” d’usine à gaz” par le maire de ma ville, Georges Mothron. J’ai regardé sa vidéo sur youtube après que ma compagne me l’ait envoyée. Il y avait trois cents ou quatre cents vues. Beaucoup moins de vues sans doute que pour elle.

L’intervention de Georges Mothron date du 1er Mai mais la vidéo a été ajoutée le 2 Mai.  Sur la vidéo, Georges Mothron avait beaucoup moins d’éclat qu’elle. Elle et lui ne sont pas du même camp politique

Malgré sa prestation dépourvue de charisme, le maire de ma ville m’a donné le sentiment d’un élu sincèrement préoccupé par la santé de ses concitoyens. Il a précisé qu’il attendait encore d’autres informations, dont certaines des associations de parents d’élèves, pour arrêter une décision concernant la reprise de l’école. 

 

Dans ce même exemplaire du journal Le Parisien, page 6 ( Le Parisien de ce samedi 2 Mai 2020), l’article Acheter un masque en grande surface, mode d’emploi nous apprend que ” Dès lundi ( ce lundi 4 Mai 2020) ils seront en vente libre, mais sous certaines conditions”. 

 

 

L’article de Sylvie De Macedo et Odile Plichon nous informe que des millions de masques vont être en vente à Carrefour, Casinon, Franprix, Intermarché, Leclerc, Lidl, Monoprix, Système U. Des millions de masques, jetables mais aussi réutilisables. “à prix coûtant” annonce Carrefour soit 0,58 euro le masque chirurgical et ” Pour ceux en tissu, les premiers prix seront à ” moins de 1 euro”. Un prix plus abordable que celui que j’avais payé fin février ( 3,99 euro) pour un masque FFP2 dans une pharmacie parisienne. ( Coronavirus ).

 

 

Dans Le Parisien de ce 2 Mai, il y a même de la Pub pour Leclerc, Carrefour et Intermarché qui nous informent qu’ils vont nous vendre des masques et du gel hydroalcoolique et que leur offre commerciale a pour but de veiller sur notre santé, accomplissant un geste plein de civisme.  

Malgré ce cynisme économique ( les rayons alimentaires- et autres- des hypermarchés ont plutôt fait un très bon chiffre d’affaires durant ces semaines de confinement), j’imagine facilement les files d’attente – et les bagarres- à partir d’aujourd’hui dans les hypermarchés pour acheter des masques.

 

En bas de page de ce même article, les mêmes journalistes ont rédigé un autre article L’attaque choc de la santé contre les enseignes de distribution Les professionnels s’indignent de la disponibilité soudaine de gros volumes de masques). L’article prend deux à trois fois moins de place, en bas de page, que celui nous informant de la vente de masques dans les hypermarchés. Mais, au moins existe-il. 

Avant d’apprendre cette information en achetant le journal Le Parisien, j’en étais resté sur l’information que le gouvernement avait passé commande en avril de masques à la Chine. Et que deux milliards de masques étaient prévus en provenance de la Chine…fin juin. Je ne comprenais pas comment le gouvernement d’une Grande Puissance telle que la France pouvait accepter de dépendre de la Chine ou d’un autre pays pendant deux mois pour recevoir des masques en période de pandémie. Je n’avais pas été surpris de voir de plus en plus de personnes ces deux dernières semaines portant des masques faits main. Je crois même que fabriquer- et vendre- des masques est désormais un bon filon commercial puisque je m’attends désormais à d’autres pandémies de ce genre à l’avenir. 

Mais je ne m’attendais pas à ces millions de masques en vente libre progressivement- en nombre limité par personne– à partir d’aujourd’hui dans des hypermarchés. Plus de 300 millions de masques selon l’article du Parisien.

Je dois au hasard le fait d’avoir acheté et lu ce numéro du Parisien où j’ai appris que des chiens pourraient être “utilisés” pour détecter les personnes touchées par le Covid-19, une démarche qui m’inspire certaines réserves.

 

 

 

Mais le 2 Mai, donc,  après une nuit de travail, je suis allé acheter le livre que j’avais commandé une semaine plus tôt dans un point presse où j’ai pris mes habitudes. Je préfère lire les informations sur du papier, surtout celles concernant la pandémie du Covid-19. Je trouve que ça filtre beaucoup mieux cette angoisse permanente dans laquelle nous sommes installés depuis plusieurs semaines. Et puis, ça m’informe sur d’autres sujets tout en soutenant, un petit peu économiquement, la presse écrite qui souffre beaucoup de la fermeture des kiosques à journaux et de sa moindre distribution. 

 

 

 

 

Ce samedi 2 Mai, au matin, je suis donc allé récupérer  le livre Déni, Mémoire sur la terreur de Jessica Stern que je ne connaissais pas il y a encore deux semaines. Jusqu’à ce que dans la salle d’attente où le médecin-chef  (pédopsychiatre) de mon service reçoit ses consultations, je découvre la revue Cercle Psy de mars-avril 2020. 

En sortant du point presse, ce samedi 2 Mai, j’ai été sollicité par un homme d’une soixantaine d’années. Au lieu de me demander de l’argent, il m’a demandé si je pouvais  lui acheter Le Parisien. Avec le livre de Jessica Stern, j’avais déja acheté deux ou trois autres journaux. Mais pas Le Parisien que je lis aussi de temps en temps.  Je suis retourné au Point Presse et en suis ressorti avec deux exemplaires du Parisien.

 

Même si je suis en colère, je ne voterai pas pour elle.

 

 

Franck Unimon, ce dimanche 3 Mai 2020 + ce lundi 4 Mai 2020. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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