La Fabrique du Monstre / Un livre de Philippe Pujol

»Posted by on Déc 3, 2020 in Puissants Fonds, self-défense | 0 comments

La Fabrique du Monstre / Un livre de Philippe Pujol

 

 

 

 

 

Marseille a d’abord été un amour étranglé. Il m’a fallu du temps pour aimer cette ville. L’élan de l’accent, du soleil et de la mer, stoppé. Elle était blanche. J’étais noir.

 

J’aurais dû le savoir dès notre première rencontre à Paris, à la Gare du Nord. Elle partait en Irlande. Moi, en Ecosse. Elle écoutait U2 et des groupes comme Simply Red. J’écoutais Miles Davis, des groupes comme Black Uhuru mais aussi du Zouk.

 

Ses parents ne votaient peut-être pas pour le Front National mais sans doute louaient-ils certaines de ses idées.

La littérature, sujet de ses études universitaires en lettres classiques avec le Latin et le Grec, nous avait aussi rapprochés. Par « réalisme » économique et social,  quatre ans plus tôt, au lycée, j’avais renoncé à aller à la Fac. Et, peut-être qu’avec elle, je me rattrapais.

 

Je fus prêt à venir m’installer à Marseille. J’avais prévu de postuler à l’hôpital Edouard Toulouse ou dans n’importe quel autre établissement hospitalier. Elle m’en dissuada.

 

Après une première « séparation » et quelques années, comme tant d’autres qui vivent par espoir et par amour, je finis par être déshérité par cette histoire de rejet.

 

Notre première rencontre datait du 20 ème siècle. En 1990. Deux de mes amis, une femme et un homme, elle, parisienne blanche, lui, Arabe originaire d’Algérie qui, enfant, avait connu les bidonvilles de Nanterre, ne croyaient pas à cette histoire de couleur de peau.

 

Je n’ai jamais douté de cette histoire. Il a toujours été évident pour moi que tout sacrifice de sa part en faveur de notre relation me serait reproché plus tard.

 

Je rencontrais néanmoins ses parents. Et cela se passa bien. Je pris une chambre d’hôtel avec vue sur le Vieux-Port. Ce fut pour son mariage avec un autre. Un Marseillais comme elle avec lequel la rencontre avait coulé de source.

 

Quelques années plus tard, nous nous sommes brouillés officieusement. Peut-être définitivement. J’imagine que, pour elle, c’est du fait de ma connerie.

 

Depuis, je suis retourné à Marseille. Sans l’appeler.

 

J’ai appris avec cette histoire que l’Amour partagé et sincère ne suffit pas.

 

 

Philippe Pujol a quarante et un ans lorsqu’il écrit La Fabrique du Monstre, paru en 2016.

Ce livre a un sous-titre : «  10 ans d’immersion dans les quartiers nord de Marseille, parmi les plus inégalitaires de France ».

 

Pujol aime Marseille qu’il qualifie de «  plus jolie ville de France » à la fin de son livre. Mais lorsqu’il  parle de Marseille, l’Amour n’est pas son seul atout.

 

Pujol s’est fait connaître pour d’autres ouvrages. Il a obtenu le prix Albert Londres de l’année 2014 «  pour sa série d’articles Quartiers Shit publiés dans le quotidien régional La Marseillaise » nous apprend la quatrième de couverture.

 

C’est sans doute ce prix Albert Londres, un de ses ouvrages relatif à Marseille ou celui qu’il a consacré à son cousin fasciste qui m’a permis d’entendre parler de Philippe Pujol pour la première fois il y a deux ou trois ans.

 

Je croyais que Pujol, d’origine corse nous apprend-t’il, était né à Marseille. Il est né à Paris dans le 12èmearrondissement selon Wikipédia. Par contre, il a grandi et vit à Marseille depuis sa petite enfance. Au gré de certaines de ses connaissances qu’il nous présente, on devine qu’il a dû grandir dans un milieu social moyen ou au contact de personnes d’un milieu social moyen et modeste avec lesquelles il a su rester en relation. J’aurais peut-être pu devenir un petit peu comme lui si j’étais resté vivre dans ma cité HLM de Nanterre. Pas en faisant une école de journaliste. Mais en rencontrant d’abord comme je l’ai fait et comme je continue de le faire différentes sortes de personnes de par mon métier d’infirmier en psychiatrie et en pédopsychiatrie.

 

La ville de Marseille que Pujol raconte dans La Fabrique du Monstre est celle des tranchées. Peut-être, aussi, celle des trachées. On y respire moins bien qu’en terrasse ou au bord de la plage où l’on vit débranché de ce que Pujol raconte.

 

En cherchant un peu, on apprend vite que Pujol a tenu pendant des années la colonne fait divers d’un journal de Marseille. Et qu’il a appris à écrire de cette manière. De ses débuts de journaliste-reporter, Pujol peut dire lui-même qu’il faisait « pitié » question écriture.

Alors que je rédige cet article, je me dis qu’il y a un peu du David Simon (l’auteur de Sur Ecoute, Treme…..) chez Philippe Pujol. Pour cette façon qu’il a de coller ses branchies, ses six-trouilles et son cerveau dans certains milieux de Marseille tapis dans l’hostilité ou la clandestinité où il vaut mieux être accepté. Et pour pouvoir en parler ensuite dans ses livres.

 

Pujol a sans aucun d’autres modèles que Simon et il en cite quelques uns à la fin de son livre. Mais je ne crois pas qu’il me reprochera de le rapprocher- un peu- de David Simon.

 

Car son La Fabrique du Monstre est un travail de pelleteuse lorsqu’il parle de Marseille. Il retourne la ville pour nous l’expliquer. Tantôt en sociologue ou en historien, tantôt en expert comptable ou comme un auteur de polars. Qu’il parle des petits trafiquants de shit, des règlements de compte, d’autres trafics ; du monde politique marseillais depuis ces trente dernières années (Gaudin, Guérini…) ; des alliances politiques avec le Front National ; des immeubles insalubres, des difficultés de logement, de cafards à cinq centimes et de Mac Do ; des projets immobiliers discordants, du clientélisme ; de certains bandits qui investissent ou s’arrangent avec de grandes entreprises, de racket, d’un certain «bordel » concernant la conduction des projets ; de la mainmise du syndicat F0 sur certaines transactions… Pujol décrit presque Marseille comme s’il s’agissait d’une simple cité (une cité faite d’un certain nombre de villages). Et qu’il en connaissait presque chaque atour. Ainsi que les murmures et les rumeurs qui vont avec.

 

 

La ville qu’il « enseigne », je l’ai à peine effleurée. Et, l’on se dit que toute personne qui souhaiterait venir s’installer à Marseille pourrait être bien inspirée de lire son ouvrage. Selon son projet de vie, y aller seule, investir dans l’immobilier ou y faire grandir ses enfants, celle ou celui qui lira son livre aura de quoi éviter de s’illusionner sur le côté en prime abord décontracté de la ville. Même si Pujol souligne aussi qu’il y a des personnes qui réussissent à venir habiter à Marseille. Et à y rester.

 

 

En parcourant La Fabrique du Monstre, on apprend que Marseille, cela reste loin, pour le gouvernement parisien. D’où cette espèce de « carte blanche »  laissée aux différents acteurs économiques et politiques de la ville et de la région abonnés aux excès. Au détour d’une anecdote, on croise ainsi le mépris aujourd’hui lointain d’un Lionel Jospin, alors Ministre, qui, sollicité pour intervenir sur un dossier marseillais réplique en quelque sorte qu’il a d’autres mistrals à fouetter. Sa future défaite aux élections présidentielles peut-être….

 

Pujol précise que, malgré le soleil, la mer et diverses réalisations qui ont fait du bien à l’image de Marseille, celle-ci reste pour beaucoup une ville «  en voie de développement ». D’autres parlent d’une paupérisation de ses classes sociales moyennes et modestes. Ce qui l’amène à voir Marseille comme un condensé de la France où, de plus en plus, les pauvres vivent avec les pauvres, et les riches avec les plus riches. 

 

 

Néanmoins, Pujol souligne que deux ou trois grandes avancées pour Marseille viennent de l’Etat ou de l’Europe :

 

Le TGV qui a mis Marseille à trois heures de Paris. Le projet Euroméditerranée.

Marseille, ville européenne de la Culture 2013.

 

 

Pour conclure, Pujol salue la grande aptitude des Marseillais à continuer de se parler. J’ai été agréablement étonné d’apprendre qu’il existe à Marseille un militantisme  antifasciste actif qui a plus d’une fois pris le dessus sur certaines initiatives du Front National.

Plus tôt, il a affirmé que Marseille a plus une culture du grand banditisme que du terrorisme islamiste.  

Pour lui, Marseille n’est pas le monstre régulièrement présenté dans certains média. Mais la France telle qu’elle peut être dans d’autres régions. Sauf que sa misère et ses travers se voient davantage en plein soleil que coulés dans le béton et dans certaines banlieues plus ou moins éloignées.  

 

Franck Unimon, ce jeudi 3 décembre 2020.

 

 

 

read more

( Arts Martiaux) A Toute épreuve : une interview de Maitre Jean-Pierre Vigneau

»Posted by on Déc 1, 2020 in Corona Circus, Croisements, self-défense | 0 comments

( Arts Martiaux) A Toute épreuve : une interview de Maitre Jean-Pierre Vigneau

Maitre Jean-Pierre Vignau chez lui, ce samedi 21 novembre 2020.

 

” Tu as le feu vert”. Cette phrase de Jean-Pierre Vigneau, je m’en suis rappelé quelques heures plus tard, hier soir (ce mardi 24 novembre 2020). 

Dans l’article Arts Martiaux : un article inspiré par Maitre Jean-Pierre Vignau

j’évoquais cette interview filmée de Maitre Jean-Pierre Vignau. C’était ce samedi 21 novembre 2020. 

Hier ( mardi 24 novembre) j’ai tenté de joindre Jean-Pierre avant de publier mon article. Pour le prévenir. Mais aussi pour voir avec lui s’il préférait lire l’article auparavant. Répondeur. Finalement, j’ai publié l’article. Puis, quelques heures plus tard, je lui ai envoyé le lien de l’article par sms. Jean-Pierre m’a alors appelé.

” J’ai raté l’appel tout à l’heure” m’a-t’il dit. Je lui ai alors expliqué où j’en étais et lui ai demandé comment il voulait que l’on s’y prenne. Et, là, la phrase de Jean-Pierre est arrivée simplement.

 

Le Feu vert.

 

Dans cette simple phrase, toute la confiance de Jean-Pierre. Nous nous sommes rencontrés une seule fois. Il n’a jamais rien lu de moi. Et, je devine qu’il ne lira peut-être pas l’article tout de suite s’il le fait. Il a mieux à faire ailleurs. Comme, par exemple, écouter dans quelques heures (ce mardi 24 novembre au soir) ce que va dire “Le Président” concernant le maintien ou l’assouplissement des mesures concernant le confinement à propos de la pandémie du Covid. 

 

” Le président ?!”. Je pense alors au Président de la Fédération de Karaté ou des Arts Martiaux même si je ne sais pas de qui il s’agit.

Non ! Le Président Macron, me répond Jean-Pierre. Je me suis tellement “moulé” dans un certain mode de vie depuis la pandémie et les mesures de confinement. J’ai été si convaincu qu’il allait nous falloir faire montre de patience, que, depuis le tout premier discours – Mi-mars- du Président de la République, Emmanuel Macron, “notre” Président, je n’écoute plus ses discours. 

Ou, peut-être, que je n’ai toujours pas digéré cette ambiance de fin du monde de son premier discours Mi-Mars. Je n’ai jamais cru non plus à mon statut “de héros de la nation”. Je n’ai jamais compté sur la production expresse et miraculeuse du vaccin “magique”. Alors que je m’étais inquiété quant à la perte de certaines de nos libertés. Même si je me suis rapidement “fait” à cette nécessité des gestes barrières. Et à un petit peu de discernement quand c’est possible. 

Mon “indifférence” actuelle envers le Président Emmanuel Macron vient peut-être aussi du fait que, même s’il prend la parole et essaie de paraître comme celui qui reste le chef d’orchestre,  j’ai fini par considérer que la pandémie est depuis quelques mois devenue notre véritable présidente installée.

Une “Présidente” Covid autour de laquelle sont très vite venus graviter quelques parasites, dont “notre” Président, alors qu’elle ne devait être que passagère. A la suite de cela, j’ai en quelque sorte “flouté” l’image de “notre” Président actuel, persuadé de sa propre impuissance.

Mais j’ai sûrement tort de banaliser Emmanuel Macron et celles et ceux qui gouvernent avec lui et les autres. Mon manque de clairvoyance à leur sujet vient certainement du fait que je n’ai aucune compétence politique. Que je vis un peu au jour le jour et avec une  perspective assez limitée. Ce confinement et cette distanciation sociale ont des effets abortifs sur notre imaginaire.  Sauf pour certains qui continuent d’agir, d’entreprendre et de décider. L’épreuve du Vendée Globe est là pour nous le rappeler. Si certains concurrents en tête peinent, à certains moments, à récupérer le vent qui les fera avancer de nouveau, ils sont néanmoins toujours en mer, en avance sur d’autres. Et, lorsque le vent “rejaillit”, ils sont, à nouveau, bien plus avancés que d’autres qui traînent derrière.

Lorsque la pandémie du covid régressera pour de bon, et que l’horizon se dégagera, on devrait voir apparaître, installées à des fonctions clé, pour notre époque et notre société, certaines personnes que l’on avait jusque là ignorées ou sous-estimées. Ces personnes auront su profiter du contexte du Covid pour entreprendre ou bien se placer.

De mon côté, c’est parce-que, depuis Mi-Mars,  j’ai toujours respecté les gestes barrières que je me suis autorisé à aller rencontrer Jean-Pierre chez lui ce samedi 21 novembre. Cela a été mon Vendée Globe. Pour cela, il m’a suffi de dépasser la distance kilométrique “autorisée” de un kilomètre autour de chez soi.  J’en avais besoin et j’étais inspiré. Parce-que je me suis dit qu’en temps ordinaire, il aurait été plus été difficile d’obtenir aussi rapidement une telle rencontre avec Jean-Pierre, à son domicile.

Dans ce “feu vert” qu’il m’a  donné, je mesure à la fois la responsabilité, pour moi, de faire au mieux. Mais je me demande aussi, si moi-même, il m’arrive de donner mon feu vert aussi facilement et aussi rapidement autour de moi. J’ai du mal à le croire. 

 

Mais ce feu vert, où cette autorisation, correspond aussi très bien à Jean-Pierre. Car, comme on pourra le voir et l’entendre dans ces images, il est particulièrement vert. J’ai donné comme titre à cette interview A Toute épreuve. Je crois qu’il sera facile de comprendre la ou les raisons de ce titre.

Ps : je rappelle qu’une fois chez Jean-Pierre et Tina, après avoir obtenu leur accord pour l’interview, j’ai posé mon caméscope de poche sur la table et l’ai laissé filmer tant qu’il pouvait (un peu plus d’une heure). L’interview n’était pas prévue. Elle était seulement véhiculée par ma tête dès que Jean-Pierre m’avait proposé de venir chez lui pour acheter son livre Construire sa Légende. Mais encore fallait-il, une fois sur place, que lui et Tina acceptent l’interview. 

Lors de l’interview, Tina reste hors champ. J’estime que cela préserve sa tranquillité. Et, que, d’autre part, ses interventions- hors champ, donc- ajoutent une plus value à l’interview. 

Franck Unimon, ce mercredi 25 novembre 2020. ( Pour regarder l’interview, cliquer sur le lien vimeo ci-dessous).

https://vimeo.com/482901714

 

 

read more

Arts Martiaux : un article inspiré par Maitre Jean-Pierre Vignau

»Posted by on Nov 24, 2020 in Corona Circus, Croisements, self-défense | 0 comments

Arts Martiaux : un article inspiré par Maitre Jean-Pierre Vignau

Jean-Pierre Vignau, chez lui, ce samedi 21 novembre 2020.

 

           Arts Martiaux : un article inspiré par Maitre  Jean-Pierre Vignau

 

L’inconnu :

 

 Jean-Pierre Vignau, pratiquant d’Arts Martiaux au moins depuis 1958, Maitre (ou Sensei) depuis plusieurs décennies  m’était inconnu il y a encore sept mois. Son école d’Arts Martiaux, le Fair Play Sport, se trouve dans le 20 ème arrondissement de Paris.

Sur cette photo ci-dessus que j’ai prise chez lui ce samedi après-midi, Jean-Pierre Vignau a l’allure d’un gentil papy tranquille. Cela s’explique par le sens de l’accueil avec lequel sa femme Tina et lui m’ont reçu. Et, avant ça, cela s’explique aussi par le fait que lorsque cette photo a été prise, nous en étions à la fin de notre rencontre. D’abord, je suis convaincu qu’avant même que je ne me déplace pour venir chez lui, qu’il savait déja que je n’étais pas un ennemi. Je crois que certaines personnes savent “lire” ou percevoir les réelles intentions de celles et ceux qui les entourent et les sollicitent.

 

Il est quantité de gens qui se pensent doués et perspicaces lorsqu’il s’agit de décoder ou de jauger les autres et qui s’illusionnent. Je ne mettrais Jean-Pierre ni dans cette catégorie de personnes et encore moins dans cette illusion. Pourtant, j’étais détendu en sa présence. Et,  je me suis rendu chez lui et sa femme en toute confiance. L’arme posée sur la table à côté de lui n’est pas un objet de décoration que Jean-Pierre aurait achetée dans une brocante pour se faire plaisir. Pas plus qu’elle n’est là pour ouvrir le courrier des factures d’électricité ou afin d’éplucher les pommes de terre pour faire des frites. Jean-Pierre est allé la chercher pour m’illustrer le mot d’une arme que je ne connaissais pas. Pour avoir un peu eu cette arme dans la main, je peux certifier qu’elle pèse son poids. Ce n’est pas du liège. Ni un jouet en aluminium. 

Jean-Pierre Vignau est «  9ème Dan I.B.A Hanshi ». Je l’écris parce-que j’ai l’information sous les yeux lors de la rédaction de cet article. Car le grade du Maitre a une importance formelle et est aussi un gage de légitimité officielle. L’équivalent d’un « diplôme » reconnu. Même si un grade, ou un Dan, est sûrement plus qu’un diplôme. Ce n’est pas son nombre de Dan, pourtant, qui m’a donné envie d’aller vers Jean-Pierre Vignau.

 

Son interview par Léo Tamaki – dans le numéro 7 du magazine Self & Dragon– m’a appris son existence.

Malgré la petite faute de frappe sur le nom, il s’agit bien du même homme que celui que j’ai pris en photo. Sauf qu’il est là en pleine démonstration.

 

Avant notre premier confinement, en février, j’avais eu la possibilité de découvrir un cours de Self-Défense dispensé par Sifu Roger Itier, que je rencontrais pour la première fois. La seule fois à ce jour. Mais quelques semaines après cet essai, qui m’avait plu, une certaine douleur persistante m’avait obligé à me rendre à cette  évidence : Je m’étais blessé et j’allais devoir en passer par un kiné. Puis, le premier confinement dû à la pandémie du Covid-19, ses fermetures, ses peurs et ses inconnues,  était arrivé mi-Mars.

 

Par chance, près de mon travail, se trouve un centre de presse resté ouvert pendant le confinement. Centre où j’ai pris l’habitude de me procurer des journaux relatifs aux actualités. Et où, en prenant le temps de passer dans les rayons, j’ai aperçu les magazines Yashima, Self & Dragon, Taichi Chuan mais aussi Self & Dragon Special Aikido.Inspiré par un certain besoin d’Arts Martiaux, j’ai commencé à acheter régulièrement leurs numéros.

 

J’avais entendu parler de Roger Itier, Maitre en Arts Martiaux chinois, en suivant deux ou trois ans plus tôt une formation Massage bien-être au centre Tao situé dans le 19ème arrondissement. Formation que j’ai « terminée » à ce jour. Lors de cette formation, de façon plus ou moins intuitive, influencé sans doute par mes précédentes expériences  sportives, erreurs incluses, j’avais commencé à percevoir l’importance du souffle. On nous avait sensibilisé à l’importance de nos gestes, de notre rythme, de notre présence, mais aussi du placement comme du balancement de notre corps dans l’espace par rapport à l’autre. Afin d’éviter de nous épuiser le moins possible. Mais aussi, afin de ne pas nous faire du mal à nous-mêmes. La personne qui pratique le massage pour le bien-être d’autrui est aussi supposée faire attention à sa personne lorsqu’elle pratique.  Je crois que l’on peut retrouver ça dans un Art Martial.

 

Pendant cette formation massage bien-être, j’avais été étonné de finir par comprendre que dans bien des pratiques sportives, et depuis des années, ne serait-ce que pour faire de simples étirements, peu d’attention était apportée à notre respiration. A travers le sport, trop de fois, notre rapport au corps est un rapport raide, brutal et mécanique. Machinal. Il est plus que courant de voir des sportives et des sportifs tirer sur des extrémités de leur corps sans y penser et sans tenir compte de leur respiration après ou avant une séance d’entraînement. On leur a dit ou ils ont appris qu’il faut faire ça, alors, elles et ils font ça. J’ai fait partie de cette population. Et j’en fais sûrement encore partie.

J’ai pris du temps pour m’apercevoir que la plus grande partie des étirements que nous « faisons » découle souvent de postures de yoga où savoir bien respirer est indispensable.

 

Si ce comportement que nous avons adopté envers notre corps et notre respiration a d’abord des incidences telles que des blessures diverses – physiques et morales-  par entêtement, négligence, imprudence ou ignorance, ce comportement a aussi des retombées sur nos rapports avec les autres comme avec le monde. Mais j’écris ça maintenant. Je n’ai pas raconté tout ce bla-bla à Roger Itier ce jour où je l’avais rencontré. Lui, il savait déjà tout ça largement.

 

J’ai fait mon essai. A la fin du cours, je me suis rhabillé après avoir pris le temps de me doucher et de discuter. Je me suis ensuite aperçu que je m’étais blessé. Le confinement est arrivé. Et, là, j’ai fait comme tout le monde. A ceci près que j’ai fait partie de celles et ceux qui ont continué de se rendre à leur travail comme si «  de rien n’était » pendant la première vague du Covid. Puisque ma profession de soignant fait partie des professions en activité tous les jours de l’année et sur toutes les « branches » horaires de jour comme de nuit. Et, durant le premier confinement, donc, après mes nuits de travail, le centre de presse a en quelque sorte remplacé la médiathèque de ma ville.

 

 

Dans le Self & Dragon numéro 7,  Léo Tamaki m’avait permis de découvrir Jean-Pierre Vignau. Léo Tamaki, aussi, m’était inconnu. Aujourd’hui, je peux écrire son prénom et son nom de tête car je me suis désormais un peu mieux familiarisé avec eux. Je « sais » que Léo Tamaki est un Maitre d’Aïkido, qu’il a été un élève de Jean-Pierre Vignau,  qu’il travaille, aussi,  en tant que journaliste, pour le magazine Yashima. Qu’il tient un blog. Qu’il a créé son école d’Aïkido, Kinshikaï. Et que plus de deux cents jours par an, de par le monde, il dispense des cours d’Aïkido.

 

Mais soyons- à peu près- concis :  

 

A mesure que je parcourais ces divers magazines traitant des arts martiaux asiatiques,   j’apprenais l’existence d’un certain nombre de Maitres d’Arts Martiaux semblant, d’un seul coup, sortir d’une même boite tels ces automates meurtriers d’allure enfantine dans l’adaptation cinématographique de l’œuvre de Philippe K.Dick : Planète Hurlante.

 

Sauf qu’ils ne criaient pas sur le papier. C’était principalement des hommes. Asiatiques ou occidentaux. La plupart avaient à leur actif vingt à trente années, en moyenne, de pratique cumulée dans différentes disciplines martiales.  Plusieurs de ces pratiquants étaient des Maitres enseignant depuis plusieurs décennies.  Jean-Pierre Vignau fait partie de ces « derniers ».

 

Un certain nombre de ces Maitres étaient passés ou enseignaient dans des villes, Paris et des villes de la banlieue parisienne par exemple, où je ne comptais plus mes allées et venues. Et, moi, « amateur » d’Arts Martiaux depuis des années, plutôt sportif, à peu près ouvert et curieux, attaché à une certaine polyvalence, j’étais passé à côté.

 

C’était à se demander où j’avais vécu, par quelles vitrines je m’étais laissé happer et, aussi, qui j’avais rencontré pendant toutes ces années.  

 

Je sais avoir fait et continué de faire des rencontres importantes en dehors des Arts Martiaux.

 

Pourtant, plusieurs fois, en lisant Yashima, Self & Dragon, Self & Dragon spécial Aïkido, Taï Chi Chuan ou Taï Chi Mag, j’ai eu le sentiment d’avoir raté une partie de ma vie.  En « occultant » tous ces Maitres et tous ces enseignements dont j’entrevoyais les traits -au travers de persiennes – dans ces articles que je lisais.

 

Si tout dans la vie peut être Art Martial et que la pratique d’un Art Martial ne se résume par à la satisfaction ressentie dans un dojo ou sur un tatamis, il y a quand même, pour moi, un sentiment de gâchis, dans le fait d’avoir ignoré des personnes (Maitres, pratiquantes et pratiquants d’Arts Martiaux) pendant tant d’années.

 

 

 

Aujourd’hui, si je cite Conor McGregor, vedette du MMA présenté par Google comme un « pratiquant d’Art Martial » ou Aya Nakamura, il y a des chances pour qu’une certaine partie de la jeunesse masculine et féminine de France sache de qui je parle. Il y a une vingtaine d’années, les « équivalents » de Conor McGregor avaient aussi une certaine notoriété. Les Gracie, Fédor Emelianenko, Bertrand Amoussou, Jérome Le Banner, Gilles Arsène, Andy Hug et d’autres concernant le MMA et l’UFC.  Et, n’oublions pas dans le registre de la boxe, Mike Tyson. Je les « connaissais » eux et d’autres : j’avais vu des vidéos ou lu à leur propos.

 

Photo prise à la gare de Paris St Lazare, ce 25 novembre 2020.

 

Si je cite Aya Nakamura, plus chanteuse de son état que combattante de MMA, même si l’on peut comparer son succès médiatique et ses punchlines  à ceux de certaines vedettes de MMA, c’est parce-que, comme Conor McGregor, ses vidéos sur Youtube ou sur les réseaux sociaux totalisent généralement beaucoup plus de vues, et de loin, que les vidéos montrant Jean-Pierre Vignau ou d’autres Maitres d’Arts Martiaux en démonstration sur youtube.

 

C’est un peu l’histoire du Blues ou du Jazz, ou d’une « quelconque » musique ou œuvre artistique, par exemple, qui se répète. Aujourd’hui, des grandes vedettes de Rock, de Pop ou de Rap doivent beaucoup à leurs aînés du Blues ou du Jazz. Pourtant, ce sont les vedettes de Rock de Pop ou de Rap dont on connaît le plus les œuvres, les spectacles, l’image ou le succès. Et ce sont leurs concerts qui affichent complet dans des salles gigantesques dont le prix d’accès peut être excessif tandis que les plus « anciens » et les moins « people » jouent dans des salles plus modestes pour des sommes pouvant être deux à trois fois moins élevées. Aujourd’hui, la pandémie du Covid, sorte d’ogre sanitaire qui annihile et dévore nos volontés, empêche les concerts. Mais lorsqu’il se sera un peu éloigné,  de même que la menace terroriste, on peut s’attendre à ce que, pour compenser, beaucoup d’entre nous aurons besoin de se distraire dans toutes formes de réjouissances et de festivités immédiates et extérieures. Dont des concerts et des festivals.  

 

J’aime écouter la musique d’Aya Nakamura comme il m’est arrivé de regarder des combats de Conor McGregor et d’autres combattants ou d’aller à des concerts et des festivals. Je m’étonne simplement d’avoir pu être en partie captivé par une certaine partie du « spectre » des possibilités qui nous est offert en permanence sur internet ou ailleurs. Au détriment des Arts Martiaux par exemple. Parce-que, je me crois et me croyais assez ouvert.

 

C’est ouvert :

 

 J’avais entendu parler de Maitre Henry Plée de son vivant (celui-ci est décédé en 2014 à l’âge de 91 ans).  J’ai pratiqué un peu de judo. J’ai lu, il y a une vingtaine d’années, La Pierre et le Sabre d’ Eiji Yoshikawa, roman inspiré de la vie de Miyamoto Musashi. Une fois, dans ma vie, grâce à une amie, je suis allé au Japon. C’était en 1999, l’année de la sortie du film Matrix des frères Wachowski, avant qu’ils ne deviennent deux femmes, film que j’avais tenu à aller revoir au Japon dans une salle de cinéma. Avec cette amie, j’étais allé assister à un tournoi de Sumo à Tokyo.

 

Comme nous le savons, nous disposons aujourd’hui d’un très grand accès- quasiment illimité- à l’information et aux connaissances.

Mais tout dépend de ce que nous cherchons.  Et comment nous le cherchons. Nous disposons de plus en plus facilement « d’armes » de plus en plus puissantes. Mais nous régressons peut-être de plus en plus concernant la Maitrise de nos émotions, de nos jugements comme de nos actions. Nous manquons peut-être, de plus en plus, d’éducation. Me concernant, par exemple, il est évident que si, aujourd’hui, je retournais au Japon, que j’irais y chercher autre chose qu’il y a une vingtaine d’années. Et ce serait sans doute pareil pour les autres destinations où je me suis déjà rendu de par le passé.

 

Mais si nous sommes de plus en plus agressifs envers les autres et envers nous-mêmes, c’est sans doute, aussi, parce-que, dans le fond, malgré les  « progrès »,  notre sentiment d’insécurité personnel a  également augmenté.

 

 

Ma rencontre ce week-end avec Jean-Pierre Vignau est peut-être une tentative de début de réponse à cette question :

 

Qu’est-ce qu’un Maitre ?

 

 

Qu’est-ce que l’on recherche chez lui ?

 

Est-ce celle ou celui auquel on se soumet parfois ou souvent aveuglement, jusqu’à l’étranglement, en l’échange d’un peu de (sa) protection ?  

 

Est-ce celle ou celui qui nous permet de devenir résistants et autonomes quelles que soient les difficultés ou les handicaps que nous rencontrerons dans la vie ?

 

Pour certains, Le Maitre est celui qui vous forme, qui vous délivre un permis de tuer et d’intimider qui sera le moyen de devenir célèbre en même temps que meurtrier et terroriste.  Ou mercenaire. Je ne recherche pas ce genre de Maitre. J’ai « lu » cependant que Jean-Pierre Vignau avait été un temps, mercenaire.

 

Pour d’autres, le Maitre ou la Maitresse est celle ou celui qui vous isole et vous protège du Monde comme de tous ses dangers et de ses perversités et vous «  aide ( ?!!) » à vous en « purifier » en vous séparant de toutes vos possessions matérielles, spirituelles mais aussi de vos vies relationnelles acquises dans notre Monde « malsain ». Ce n’est pas pour moi.

Pour d’autres, le Maitre ou la Maitresse est celle ou celui qui vous promettra un Etat militaire et policier. La paix dans les rues. La torture et la censure derrière les murs. Je ne veux pas de ce genre de Maitre, non plus.

 

Il est aussi des Maitres et des Maitresses qui acquièrent une très forte position sociale et économique qui se mesure aussi à l’étendue des possessions matérielles. Disposer d’une voiture luxueuse, d’un château ou d’une villa à montrer ne m’a pas conquis. Cette « absence » d’ambition, dans un monde où avoir des « relations »  peut être bien plus avantageux que les compétences et la bonne volonté m’a sûrement desservi. Mais cela n’empêche pas d’apprendre et de s’en tenir à certaines priorités :  

 

On ne « voit » pas un Maitre ou une Maitresse dans une vidéo, sur un site ou dans un article. On les rencontre. Au même titre que si l’on se contente de voir sa vie plutôt que de l’expérimenter, on se contente alors de l’envisager. Tel le fumeur de shit devant son joint,  le buveur devant son verre, l’escroc devant sa combine,  le tueur devant son arme, l’agresseur devant sa victime.

 

L’exigence vis-à-vis de soi même :

 

Si je suis exigeant envers moi-même, Jean-Pierre Vignau l’est sans doute encore beaucoup plus envers lui-même. Et depuis bien plus longtemps que moi.

 

C’est sans doute, pour moi, une des différences nécessaires entre un Maitre et un élève. Et c’est parce-que cette différence se perçoit concrètement que se créent l’autorité, la légitimité et l’écoute du Maitre.

 

Si certaines valeurs aujourd’hui se « perdent » ou semblent se perdre, c’est peut-être, aussi,  parce qu’elles sont d’un côté réservées, telles des places de parking, à quelques titulaires avant même leur naissance. Tandis que ces mêmes valeurs continuent d’être livrées telles des jolies phrases ou des emballages sous vide à d’autres qui doivent se contenter de parpaings pour sommiers lorsqu’ils s’endorment le soir. Après que ces derniers se soient faits « arnaquer » un certain nombre de fois, certains d’entre eux finissent par se méfier de tout y compris des meilleures volontés qu’ils rencontrent peut-être trop tard.

 

Il y a aussi des histoires de « clan » peut-être de plus en plus ancrées. Des histoires et des croyances héréditaires qui guident, qui brident, et qui nous disent que lorsque l’on fait partie d’un clan, d’un quartier ou d’une famille, qu’il est impossible de faire partie d’un autre ou de plusieurs autres. Mais il y a peut-être aussi cette revendication identitaire jusque-boutiste et suicidaire  qui consiste à vouloir absolument retrouver ailleurs ce que l’on vit et pense tous les jours chez soi. Même si on y tourne en rond et que cela nous détruit, nous et notre entourage.

 

On choisit de rencontrer une Maitresse ou un Maitre plutôt qu’un (e ) autre selon là où on est. Parce qu’elle ou lui nous semble la personne la plus crédible mais aussi la plus accessible et la mieux disponible pour nous aider à nous éloigner ou nous sortir de certaines impasses.

 

Une Maitresse ou un Maitre est une personne exigeante. Lorsque l’on se présente devant elle ou lui, nous venons avec nos aptitudes, notre potentiel mais, aussi, avec certaines  attitudes et ignorances qui nous maintiennent dans une certaine incomplétude. Nos ambitions et la façon que nous avons de nous percevoir font aussi partie de nos habitudes et de nos ignorances.

 

L’exigence, l’exemple, autant que l’empathie, la persévérance, l’optimisme mais, aussi, l’autocritique font, selon moi, partie de la panoplie du Maitre. Même si, bien-sûr, toute Maitresse et tout Maitre est aussi un être humain avec ses faiblesses. Et que si certains Maitres ont plus de réussite avec certains élèves, certains élèves ont aussi plus de réussite avec certains Maitres.

 

Dans son interview, lors de notre rencontre,  Jean-Pierre Vignau le dit :

 

« Mon but, c’est de décourager… ». Et, il explique que, pendant les trois premières années de pratique, il s’emploie à décourager l’élève. Cela a de quoi intimider. Trois ans, dans notre vie où beaucoup doit être obtenu rapidement ou aller vite, c’est très long.

 

J’ai connu un kiné sportif, il y a plusieurs années, qui m’avait presque tenu les mêmes propos que Jean-Pierre Vignau. Il m’avait expliqué que lorsqu’un sportif venait le voir pour une rééducation, il le mettait « minable ! » pendant les séances. Mais qu’en contrepartie, celui-ci se remettait sur pied. Dans d’autres expériences, on peut retrouver ce genre d’exigence. On peut bien-sûr penser à l’armée. Mais aussi à une école prestigieuse réservée à une élite. Pour moi, une élite, cela peut être aussi bien une très bonne école de menuiserie, de pâtisserie, de boulangerie, de mécanique ou de cuisine. Pas uniquement une école d’intellos. L’intellect, le fait d’avoir une certaine aisance pour le verbe, la culture, les concepts et la théorie,  même si j’y souscris, cela ne fait pas tout.

 

On peut s’inscrire dans un club d’art martial sans faire partie d’une élite. On peut être un modèle sans être un intello.

 

Dans son livre, paru en 2016, La Fabrique du Monstre, (10 ans d’immersion dans les quartiers nord de Marseille, parmi les plus inégalitaires de France) que je suis en train de lire, le journaliste Philippe Pujol nous explique que certains- une minorité- sont prêts à vendre du shit, à faire des braquages mais aussi à tuer pour… « réussir » à exister socialement de façon expresse. Rapidement. Même si leur vie et celle des autres autour d’eux doit être courte.

 

Jean-Pierre Vignau, pour exigeant qu’il soit, est le contraire d’un Monstre. Dans l’interview que je fais de lui, on pourra ainsi entendre, à un moment donné, le  peu d’estime qu’il peut se porter.

 

« Analphabète jusqu’à ses 28 ans », il fait partie de celles et ceux qui ont beaucoup vécu, beaucoup vu et entendu, qui continuent de pratiquer et qui, selon moi, sont un exemple. D’abord, parce qu’ils sont toujours vivants. Ensuite, parce-que, si l’on vient les rencontrer avec les « bonnes » intentions, simplicité et honnêteté, je crois que ces gens-là, nous recevrons bien et ne nous raconterons pas de bobards. Même si, et c’est normal, ils garderont leurs secrets. Car Les secrets s’éliminent à mesure que l’on fait ses preuves. Or, on peut mourir sans jamais faire ses preuves. Comme on peut passer à côté d’elles toute notre vie durant.

 

Construire sa légende

 

Le numéro de téléphone portable de Jean-Pierre était noté en bas de l’annonce pour son club, Fair Play– dans le 20ème arrondissement de Paris- à la fin du magazine Self-Défense. Je crois être passé devant son club l’année dernière en me rendant pour la première fois chez un ami. Je vérifierai.

 

Lorsque la semaine dernière,  j’ai composé le numéro de téléphone de Jean-Pierre la première fois, je pensais tomber sur un répondeur. J’ai eu Jean-Pierre directement. J’avais lu qu’il dédicaçait son dernier ouvrage, Construire sa Légende, paru en 2020.

 

C’était il y a plus d’un mois. Je me rappelle que dans le magazine Self & Dragon, Vignau répondait à un moment donné à Léo Tamaki :

 

« Moi, pour certaines personnes qui pratiquent le Karaté, je fais partie des malades mentaux. Je pratique et j’enseigne des techniques qui se rapprochent de la réalité, mais en les dosant évidemment». (page 28 de Self & Dragon numéro 7). Ce genre de propos ainsi que le reste m’ont sans doute parlé.

 

Lorsque je l’ai appelé, j’en étais à l’étape où je cherchais la rencontre. Après être resté des années sous cloche en quelque sorte. La rencontre des Maitres. Mais aussi celle de la vie loin du Covid et du second confinement que nous «connaissons ». Ou que nous apprenons à connaître :

 

Au nom du Covid, nous acceptons un certain mode de vie que nous aurions refusé il y a encore quelques mois. Cette semaine, en partant chercher ma fille au centre de loisirs, j’ai croisé la mère d’un de ses copains. Celle-ci, comme nous, quittait le centre de loisirs avec son fils et sa fille. Une fois en dehors du centre de loisirs, cette mère, infirmière comme moi (elle, en soins somatiques, moi en pédopsychiatrie) avait très vite retiré son masque et l’avait fait enlever à ses enfants. Elle m’avait expliqué :

 

« Dès que je peux, je leur fais retirer leur masque ! ». A côté d’elle, moi, qui, il y a encore un mois, acceptais tranquillement de sortir avec ma fille sans que celle-ci porte un masque anti-covid, jusqu’à ce que l’école et le centre de loisirs rendent son port obligatoire, j’ai confessé, plutôt penaud :

 

« Moi, je ne sais plus ce qu’il faut faire… ». J’approuvais totalement la réaction de cette mère et « collègue ». Mais je considérais aussi que cela ne pouvait pas faire de « mal » à ma fille- vu qu’elle entendait parler du Covid depuis des mois- de garder son masque jusqu’à la maison. Sauf qu’imposer le masque sur le visage à nos enfants lorsque cela est injustifié, c’est comme leur poser sur le visage l’équivalent d’une muselière. Et, déjà, d’une certaine façon, dès leur plus jeune âge et avec notre complicité, c’est leur apprendre à être dociles voire imbéciles. Ou à devenir, plus tard, des enragés.

 

Me refuser à ma part imbécile

 

Lorsque Jean-Pierre Vignau m’a proposé de venir chez lui pour lui acheter son livre au lieu de le commander sur internet, j’ai aussitôt accepté.  Cela signifiait sans doute aussi pour moi que je pouvais, encore, jusqu’à un certain point, me refuser à ma part imbécile.

Je m’en serais voulu si j’avais refusé ou si j’avais préféré commander son livre comme une pizza  sur internet.

 

J’étais serein en prenant la route. Ma compagne était à la maison avec notre fille. Je n’avais pas à penser à l’heure du retour pour aller chercher notre fille à la sortie de l’école ou du centre.

 

A mon arrivée, je me suis garé devant le domicile d’un des voisins de Jean-Pierre.

Jean-Pierre m’a proposé de me garer dans l’enceinte de son parking extérieur. Il m’a guidé alors que j’effectuais ma marche arrière. En sortant de ma voiture, j’avais mis mon masque anti-Covid. Lui, m’a d’emblée reçu à visage découvert. Sa femme Tina, aussi. Lorsque j’ai abordé le sujet du masque avec Jean-Pierre, celui-ci m’a rapidement fait comprendre que je pouvais enlever le mien.

 

En me tenant à distance bien-sûr, j’ai donc enlevé mon masque. C’est de cette façon que la rencontre s’est faite. Si je crois bien-sûr que l’on peut se dire beaucoup avec nos yeux, il était pour moi inconcevable de garder mon masque, donc de cacher mon visage, alors que Jean-Pierre et Tina, qui me voyaient pour la première fois, et étaient sans masque, m’admettaient chez eux.

 

 Cette interview, samedi après-midi, était informelle. Quelque peu improvisée. Si, officiellement, je venais acheter le dernier livre de Jean-Pierre, c’est une fois sur place que je lui ai demandé si je pouvais filmer pour mon blog. Bien-sûr, dès qu’il m’a proposé de venir chez lui, je me suis dit que je me devais de l’interviewer.

 

Jean-Pierre en a parlé à son épouse. J’ai obtenu leur accord. Jean-Pierre était déjà assis. J’ai posé mon caméscope de poche, l’ai allumé et l’ai laissé filmer comme ça venait. Tant qu’il pouvait.  J’ai effectué deux incises dans le montage. Mes remarques auraient pu être mieux préparées et l’on m’entend moyennement lorsque je parle. J’aurais préféré, idéalement, avoir une meilleure élocution, moins bafouiller. En somme, lorsque je regarde et écoute ces images, j’aurais aimé mieux faire l’acteur et le comédien.  Maquiller mes interventions afin que ça passe « mieux » comme dans un clip d’Aya Nakamura ou lors d’une provocation de Conor McGregor sans doute. Mais je n’étais pas venu pour fabriquer mon rôle ou pour tourner mon clip. Et,  on entend très bien les réponses, fournies, de Jean-Pierre comme celles de sa femme. Donc, pour moi, le principal est présent et bien audible.

 

 

Cela a duré un peu plus d’une heure. L’interview en images s’arrête brutalement mais je crois qu’il y a suffisamment de matière. Quel que soit ce que ce que j’ai été capable de retenir de ces moments, je suis persuadé d’avoir appris quelque chose ce samedi. Par exemple, en reprenant aujourd’hui cet article depuis le début pour la quatrième fois, je sais y avoir incorporé des idées qui m’ont été inspirées par notre rencontre il y a maintenant deux jours (trois jours maintenant). Et d’autres arriveront sans doute après la publication de cet article et de cette interview.

 

Je n’ai pas encore lu le dernier livre de Jean-Pierre, Construire sa légende.

 

Dans le numéro 9 du magazine Yashima d’octobre 2020, page 8,  Léo Tamaki mentionne la biographie de Jean-Pierre Vignau, Corps d’acier  (je l’ai achetée d’occasion via le net) . Ainsi que le documentaire Le maître et le batard qui lui est consacré. L. Tamaki encourage surtout à « un moment de pratique avec lui » ( Jean-Pierre Vignau).

Léo Tamaki présente Jean-Pierre Vignau comme «  simple et direct ». C’est ce à quoi je m’attendais. Et c’est ce que j’ai vécu et qui se retrouve, je crois, dans ce que mon caméscope, qui a sa vie propre, a filmé.  

 

Je suis convaincu que Jean-Pierre et Tina, samedi après-midi, m’ont donné quelque chose.

 

J’espère, évidemment, que cet article et, plus tard, la vidéo de mon interview leur rendra la pareille. Ainsi qu’à d’autres. Pour l’instant, mon ordinateur « rame » pour exporter ce que j’ai filmé. C’est peut-être mieux comme ça pour le moment. En attendant, je publie déjà cet article. Parce-que je pense qu’il prépare un peu à l’interview filmée de Jean-Pierre. Et, peut-être, je le souhaite, parce qu’il contribuera un peu, à bien ou mieux appréhender les Arts Martiaux d’une certaine façon.  

 

Cet article est long. Peut-être trop long. Il découragera sans doute un certain nombre de lectrices et de lecteurs. Mais sa longueur est peut-être aussi une forme de « protection » contre ce Big Bang permanent du « clash et du buzz » qui constelle et éparpille désormais  nos existences. Big Bang dont tout et n’importe quoi peut sortir à n’importe quel moment. Le pire comme le meilleur. Alors que si je parle- un peu- d’Arts Martiaux, je tiens particulièrement à ce que ce soit le meilleur qui ressorte et qui soit retenu par celles et ceux qui liront cet article et qui verront- ou non- l’interview de Sensei Jean-Pierre Vignau lorsque je la posterai.

 

Franck Unimon, ce mardi 24 novembre 2020.

 

 

read more

M

»Posted by on Nov 21, 2020 in Argenteuil, Corona Circus, self-défense | 3 comments

M

 

                                                               M

Je devrais être couché. Il est cinq heures du matin. Je « dormais ». J’ai bien des lâchetés et bien des faiblesses. Mais lorsque j’ai un texte ou un article à écrire, je me lève. C’est l’avantage de ces mélanges entre le sommeil et les pensées : cela nous met des phrases dans la tête.

Ensuite, c’est à nous qu’il revient de choisir. Nous censurer et nous rendormir. Ou nous lever et les exprimer.

 

 

Ce n’est pas la première fois que je me lève en pleine nuit. Ou en plein jour.

 

 

Nous avons revu M, sans doute cet été, dans son nouvel appartement.  Dans une nouvelle ville. Avec son nouveau compagnon. Et son second enfant. Nous la voyons beaucoup moins qu’avant lorsqu’elle habitait dans la même ville que nous.

 

Auparavant, il nous arrivait de nous croiser près de la gare d’Argenteuil lorsqu’elle revenait du travail ou dans la ville, carrément. M fait partie de ces personnes que l’on pouvait rencontrer dans une des rues d’Argenteuil en allant faire une course. Il suffit que deux ou trois personnes de ce profil s’en aillent pour que, très vite, on se sente plus seuls dans une ville. E, par exemple, travaillait à la médiathèque du Val d’Argenteuil. Mais je l’avais connue au club de boxe française où, pendant un temps, elle avait été assidue.

 

Voilée, convertie à l’Islam, et alors célibataire, E  habitait encore plus près de chez nous. Je la croisais régulièrement dans la ville également. Ou à la médiathèque où, hilare, elle prolongeait facilement la durée de mes prêts. Pour nous saluer, nous nous serrions la main. Nous rigolions et discutions bien ensemble, en toute intelligence.

 

Puis, un jour, j’ai à peine reconnu E. Elle s’avançait en direction de la gare alors que je m’en éloignais. Maquillée, dévoilée, portant une jupe, E s’était séparée de l’Islam. Elle m’avait fait la bise.

En quelques mots, elle m’avait raconté s’être faite « humilier » en tant que femme lors de sa pratique de l’Islam. Depuis, elle s’était mise en couple avec quelqu’un qu’elle connaissait depuis des années. Peu après, E a quitté Argenteuil pour le Vésinet ou Chatou où elle a retrouvé un emploi de bibliothécaire.

 

Ensuite, elle est devenue mère. Aujourd’hui, elle a deux enfants et vit avec son compagnon à la Rochelle d’où, de temps à autre, elle envoie des photos qui donnent envie. Un jardin, un potager, de l’espace, la mer.

 

 

Avant, je rencontrais K, aussi. Comédienne, metteure en scène, prof de théâtre. Elle et moi, nous étions rencontrés en thérapie de groupe, à Argenteuil. A une époque, où, après une énième rupture amoureuse, je m’étais dit qu’une thérapie s’imposait.

K, aussi, a quitté Argenteuil avec son compagnon et père de leurs deux enfants. Pour Cormeilles en Parisis. C’est plus près que la Rochelle. Mais on se voit beaucoup moins. Peut-être une fois par an. Quand je me rends à la journée des associations d’Argenteuil qui se déroule chaque année sur le parking de la salle des fêtes Jean Vilar ainsi que dans la salle des fêtes Jean Vilar. Laquelle salle des fêtes Jean Vilar est menacée d’être détruite. Le maire Georges Mothron et son équipe ont pour projet de mettre à la place un hôtel de luxe, quelques commerces, dont une Fnac, ainsi qu’une salle de cinéma afin de rendre la ville plus attractive. Si ce projet se réalisait, la librairie Presse Papier (restée ouverte malgré le confinement) située à l’entrée de la ville serait aussitôt concurrencée par la Fnac. Et le centre culturel Le Figuier Blanc, qui projette des films, pourrait l’être par la salle de cinémas.

 

 

K m’a un jour répondu avoir quitté Argenteuil car elle en avait « marre » des pauvres. Ce ne sont pas les pauvres en eux-mêmes dont K a eu marre, à Argenteuil. Je pense que c’est plutôt des incivilités régulières. De certains comportements. Du bruit.  Sans doute de certains trafics, aussi.

 

Locataire en appartement à Argenteuil, K et son compagnon sont devenus propriétaires à Cormeilles En Parisis. Comme certains parents des copains et des copines de l’école maternelle de ma fille qui ont rapidement fait le nécessaire pour faire admettre leurs enfants dans l’école privée Ste-Geneviève de la ville, M, K et E font partie de ces forces vives qui, pour diverses raisons, un jour, se retirent d’un endroit. Ensuite, même si l’on peut faire d’autres rencontres, et que l’on connaît d’autres personnes toujours présentes dans notre environnement immédiat, c’est une affaire entre soi et soi. De choix et d’espoir. Mais tout départ, comme toute séparation, nous éloigne et nous sépare un peu de nous-mêmes.

 

 

Cet été, après environ quarante minutes de route, nous sommes arrivés dans le nouvel habitat de M.  C’est un ensemble d’immeubles avec parking. Nous avions du mal à trouver où nous garer. Car beaucoup de places étaient privées. En m’approchant de M, descendue à notre rencontre, j’hésitais sur l’attitude à avoir concernant…. « les gestes barrières ». M a tranché :

 

« C’est bon ! ». Et nous nous sommes fait la bise. Je n’ai pas cherché à contredire M. Je n’en n’avais même pas envie. M, c’est un char d’assaut. Et, à propos de la vie et de la mort, M est la mémoire directe, et la plus proche, de cette expérience que nous avons connue ensemble concernant ces sujets. On pourra toujours argumenter que notre attitude a été parfaitement irresponsable en pleine période du Covid et alors que nous avons des enfants plutôt jeunes. Mais chaque rencontre dicte ses règles.

 

M et nous, nous nous sommes rencontrés à la maternité de l’hôpital d’Argenteuil. Tout le monde a entendu parler de la maternité, de la grossesse, d’un accouchement et de la naissance d’un enfant. Le plus souvent, ça se passe « plutôt bien » lorsque la grossesse se réalise. Pour M et nous, la grossesse a effectivement eu lieu. Mais l’accouchement  a été prématuré. Nos deux filles ont été de grandes prématurées. La prématurité, c’est devenu banal quand on en parle. Une personne m’avait par exemple dit :

« Je connais quelqu’un qui a eu un enfant prématuré ». Et quelqu’un d’autre m’avait dit aussi : «  Ma nièce, à sa naissance, pesait 540 grammes. Elle était à peine plus grosse qu’un steak. Aujourd’hui, elle va très bien, elle a deux ( ou quatre) enfants ». C’était des marques de sympathie et d’encouragement.

 

La prématurité de nos filles, cependant, cela a été un petit peu notre Vendée Globe émotionnel. Un mois et demi d’hôpital en réanimation puis en soins intensifs pour la fille de M. Deux mois et demi pour la nôtre. Des visites quotidiennes. Des appels téléphoniques quotidiens. Soit le contraire d’une vie «normale » où, souvent, après quelques jours d’hospitalisation, la mère repart à la maison avec son enfant ou ses enfants. Puis, ensuite, la « réadaptation » à la maison et à la vie extérieure pour tout le monde à la sortie du bébé de l’hôpital.

 

M représente ça pour nous. Et, sans doute que nous représentons ça aussi pour elle. Nous discutons ou avons assez peu discuté de cette « époque », elle et nous. Ou, alors, j’étais absent à ce moment-là. Mais il est facile de concevoir que cette « époque », nous l’avons encore dans la peau. D’une façon ou d’une autre. Alors, il était impossible de ne pas nous faire la bise en nous revoyant.

 

Nous avons passé une bonne après-midi chez M et son nouveau compagnon, avec leurs enfants.

 

Franck Unimon, ce samedi 21 novembre 2020. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

read more

Santé Mentale

»Posted by on Nov 20, 2020 in Corona Circus, Crédibilité | 0 comments

Santé Mentale

 

                                                 Santé Mentale

Lorsque l’on se préoccupe des autres, on oublie parfois de s’occuper de soi. Il est des personnes dont c’est le métier et aussi la volonté de s’oublier.  On peut préférer s’ignorer ou estimer que notre vie peut attendre. Les autres, d’abord. Ensuite, on verra bien pour soi. S’il reste encore un peu de place dans la glace que l’on regarde.

 

Covid-19, deuxième prise. Nous sommes au mois de novembre 2020. Je suis un privilégié. Je travaille. J’ai touché une prime Covid. J’ai un salaire. Je n’ai pas été malade du Covid. Mes proches, non plus. Mon métier de soignant n’a peut-être jamais été aussi important.

Ah, oui, j’allais oublier : nous avons obtenu une augmentation salariale. 183 euros en deux temps.  Beaucoup de personnes en France aimeraient percevoir cette somme en plus sur leur salaire à la fin du mois.

 

Comme la majorité, à partir de mars, j’ai été matraqué lors des premières semaines du confinement numéro un au mois de mars. Par l’anxiété, l’angoisse et la peur. Au début du confinement en mars, j’ai cru qu’à n’importe quel moment, dans un couloir de métro, le virus pouvait me sauter dessus. Et me tuer en quelques secondes. Comme une bombe insecticide peut tuer un cafard.

 

 

J’ai aussi été exposé comme d’autres au manque de masques chirurgicaux les premières semaines. Dans mon service, j’ai oublié quand nous en avons eu. Mais nous en avons eus pour travailler.

 

Puis,  dans le monde extérieur, les masques sont arrivés début Mai. Tels des millions de parachutes de Noël dans les supermarchés. Aujourd’hui, on peut trouver des paquets de masques bradés. J’en ai acheté hier, dans la pharmacie, où, en février, un pharmacien m’avait vendu deux ou trois masques FFP2 à 3,99 euros l’unité. Avant que l’épidémie, le confinement de Mars et la pénurie de masque ne nous tombent dessus. Jusqu’en Mai.

Hier, à la pharmacie, j’ai « seulement » payé cinq euros pour une boite de cinquante masques jetables. Il m’en a coûté « seulement » cinq euros la boite.

 

Il m’a fallu quatre mois, entre mars et juillet, pour débloquer mes neurones. Pour redevenir capable de lire des livres. Partir en vacances mi-juillet pendant une dizaine de jours m’a bien aidé. Je fais partie des privilégiés qui ont pu partir en vacances à la mer cet été.

 

Depuis Mai, je porte un masque sur le visage chaque fois que je sors. Et, évidemment, au travail. Depuis mes vacances d’été, j’écoute ce qui a trait au Covid de « loin ». Je m’en tiens à quelques règles principales :

 

Porter mon masque sur mon nez et ma bouche. Eviter de le masturber. En changer régulièrement. Me laver les mains avec du savon quand je rentre dans un endroit. Lorsque je sors des toilettes. Avant de manger. Aérer les pièces où je me trouve. Embrasser seulement ma compagne et notre fille. Je me permets quelques fois de poser ma main sur certaines personnes mais c’est court. Je m’autorise certaines fois à être à visage découvert en présence d’autres mais à un ou deux mètres. J’ai accepté de prendre ma collègue M-J dans mes bras le lendemain de sa dernière nuit de travail, avant son départ à la retraite. J’ai posé ma main un instant sur l’épaule d’une collègue qui venait de m’apprendre avoir perdu sa grand-mère de 94 ans. Ce matin, j’ai aussi posé ma main sur l’épaule de ma collègue de nuit après que nous soyons restés discuter un peu dans la rue, devant le service, au moment de nous dire au revoir. Lorsque je me présente à un nouveau patient ou à une nouvelle patiente, j’enlève mon masque afin que celui-ci ou celle-ci voie mon visage même si c’est à un ou deux mètres. 

 

 

Accepter d’être près de quelqu’un physiquement n’a peut-être jamais été autant synonyme d’affection,  de sympathie ou de « révolte » qu’aujourd’hui. Puisqu’il existe un risque et un interdit sanitaire.

 

 

A l’école de ma fille, nous avions déjà à composer avec le plan Vigipirate toujours actif dans notre département. Depuis, nous devons faire avec nos masques sur nos visages. Même ma fille  y a maintenant droit dans l’enceinte de l’école et du centre de loisirs. Comme ses copines et ses copains.

 

Les échanges téléphoniques et les réunions en visio-conférence pour le conseil de l’école sont en passe de devenir la norme à l’école de ma fille.

 

Cette semaine a eu lieu le premier conseil de l’école avec les enseignants et les parents d’élèves. En écoutant parler untel ou untel, je me suis étonné de mon incapacité à comprendre ce qui se racontait. Je me sentais plus que ralenti tant j’avais de mal à saisir les propos tenus. Des propos pourtant simples et largement à ma portée.

Ensuite, ma connexion internet est devenue mauvaise. Je voyais les images fixes de mes interlocuteurs mais sans le son. Ou alors, le son était haché. J’ai dû renoncer à participer. Je sais bien que mon désistement n’affecte pas en soi notre présence auprès de notre fille et ni ses résultats. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de voir dans ma déconnection une sorte de décrochage scolaire alors que les autres participants, une majorité de femmes, semblaient parfaitement à l’aise avec ce nouveau dispositif.

 

 

Il y a deux ou trois semaines, maintenant, je suis arrivé en retard d’une demi-heure à une réunion à mon travail. J’avais pris le temps d’attendre que ma compagne et notre fille rentrent pour les voir. Mais j’avais mal anticipé la diminution du nombre de trains desservant Paris du fait de la pandémie.

 

Au travail, personne ne m’en a voulu pour mon « retard ». J’étais quand même arrivé avec une heure d’avance avant ma deuxième nuit de travail.

 

Pour cette réunion, nous étions plusieurs dans la salle d’attente attenante au bureau du médecin-chef. Il était là ainsi que deux ou trois autres collègues et notre cadre de pôle. Nous étions tous masqués. Nous étions sagement assis sur nos sièges. Environ un mètre nous séparait les uns des autres. Sur l’écran de l’ordinateur du médecin-chef, on pouvait voir la tête de nos autres collègues qui, depuis leur domicile, assistaient et participaient également à la réunion.

 

Ce soir-là, parmi les collègues présents physiquement, il y avait M-J. C’était sa dernière nuit avant son départ à la retraite.

Quand je suis arrivé, le sujet concernait le Covid. Les mesures à prendre par rapport au Covid. Masques, lavage des mains, aérer les pièces, nombre de personnes.  

Nous avons aussi été briefés à propos du fait que, malades, sous certaines conditions, nos pouvions ou devions venir travailler. Masqués évidemment. Et en respectant- formule désormais familière – «  les gestes barrières ». Voire, selon les situations, après avoir observé une période de confinement chez soi de sept ou huit jours.

 

Il n y avait rien de révolutionnaire ou de choquant dans ces « nouvelles ». En fait, mon retard m’avait fait rater le plus « choquant ». Je l’appris plus tard par une de mes collègues :

 

La Direction de notre hôpital faisait appel à des volontaires afin de se rendre dans un service où la majorité des patients avait le Covid et où, beaucoup de soignants, l’avaient également attrapé. Ce service avait besoin de renforts. Il se trouvait à une bonne heure en transports de notre service dans un département d’île de France. Les « volontaires » pouvaient choisir les horaires qui leur convenaient, soir ou matin. Rappelons les horaires du soir : 13h45/21H15. Rappelons les horaires du matin : 6h45-14h15.

 

A défaut de volontaires, la Direction faisait savoir qu’elle désignerait du personnel pour se rendre dans ce service. Dans notre hôpital, il manquerait deux cents infirmiers. Récemment, l’application qui propose des remplacements payés en heures sup dans d’autres services de l’hôpital a été remplacée. Désormais, la nouvelle application qui «  révolutionne la gestion des ressources humaines dans la santé »  et forte du fait que «  1500 entreprises nous font déja confiance » nous signale que tel service a « besoin » de nous.

 

Sur ma boite mail, c’est une première, j’ai aussi reçu un message, d’un groupe privé qui recherche des aides-soignants et des infirmiers :

 

« Dans le contexte d’épidémie Covid-19 et pour accompagner nos patients et résidents, nous avons besoin de renfort dans nos équipes soignantes au sein de nos Ehpad, Cliniques SSR et HAD.

Nous recherchons des Aides Soignant(e)s et des Infirmier(e)s pour des contrats en vacations, CDD ou CDI »

 

 

16 euros brut de l’heure sont annoncés pour un infirmier qui a plus de trois ans d’expérience. Ainsi qu’une prime Ségur mensuelle et une prime pour tout travail effectué durant le week-end.  

 

 

« L’argent » et le sacrifice, ou le sacrifice et « l’argent » continuent d’être les seules façons de s’adresser aux soignants.

 

Ce matin, sur la chaine Cnews, j’ai écouté une partie du dernier discours à ce jour du Ministre de la Santé, Olivier Véran. Il prévenait que le confinement allait sûrement devoir continuer. Il précisait que le gouvernement se préoccupait, aussi, de l’état de santé mental des Français : peur, anxiété, angoisse, dépression etc…

Et, il invitait les personnes concernées à s’adresser à des…. professionnels de la Santé.

 

 

La pénurie des soignants qui a été constatée en mars de cette année est pourtant la même en novembre. Elle dure depuis vingt à trente ans. Et, aujourd’hui, elle est peut-être pire. Pourtant, c’est à ces mêmes soignants que l’on demande d’être « volontaires » pour partir en renfort ailleurs. Que l’on sollicite par mail pour venir faire des vacations dans un autre établissement (en plus de leur poste de titulaire). Ou que l’on présente comme totalement disponibles pour toutes ces personnes qui, et cela se comprend, sont durement éprouvées psychologiquement, moralement et économiquement par cette pandémie du Covid.

 

 

Et nous n’en sommes « qu’à » la  deuxième  vague du Covid.

 

Nous sortirons un jour de ces tourments dus au Covid. Mais ça nous paraîtra long. C’est d’ailleurs déjà très long pour beaucoup de personnes. Moi, y compris.

 

Par exemple, je ne supporte plus de devoir remplir une feuille de justificatif lorsque je sors de chez moi. Porter le masque, oui. Me laver les mains, oui. Etre prudent en présence d’autres personnes, oui, même si, lorsque le métro est plein, je suis bien obligé de rester dedans pour me rendre à mon travail. Mais devoir accepter de rester chez moi alors que je souhaiterais rendre visite à quelqu’un devient très contraignant. Il faut un justificatif. Il faut rester dans un périmètre compris dans un kilomètre autour de chez soi.

 

Le pire, c’est que je réagis comme ça parce-que j’ai connu autre chose. Mais pour celles et ceux, qui, dans quelques années, vivront confinées dès leur naissance, cela paraitra normal d’être cloîtrées ou de fournir un justificatif au moindre déplacement. Et, tout ça, tout en étant déjà « repérés » par nos navigations sur internet ou par l’usage de nos smartphones. Ou, bientôt, peut-être, par des drones, ou, pourquoi pas, par des automates à forme humaine ou par des animaux ou des arbres artificiels.

 

 

En ce moment, en cette période d’hébétude, trois activités en particulier me font beaucoup de bien en plus de mes étirements quasi-quotidiens :

 

Lire

 

Ecouter des Podcasts

 

Lire sur les Arts Martiaux, comme des ouvrages ou des interviews de Maitres.

 

 

Nos relations au travail avec nos collègues, mais aussi avec certains  voisins ou commerçants se resserrent  sans doute. Ainsi qu’avec celles et ceux avec lesquels nous gardons le contact.

 

C’est sûrement, ça, la bonne nouvelle. Nous devenons des adeptes du « développé toucher » en quelque sorte. Le toucher relationnel. Ou nous devenons de bons petits paranos.

 

Franck Unimon, ce vendredi 20 novembre 2020.

 

 

 

 

 

 

 

read more

Renaître/ un livre écrit avec Marion Bartoli

»Posted by on Nov 17, 2020 in Puissants Fonds, self-défense | 0 comments

Renaître/ un livre écrit avec Marion Bartoli

   

 

        Renaître/ un livre écrit avec Marion Bartoli

« Bartolir : prendre une décision irréfléchie ». 7 ans plus tard, ce néologisme porté sur un réseau social ( Twitter ou instagram) par un lettré médiatisé continue à ne pas me revenir.

 

C’était fin 2013, après la victoire de la joueuse de tennis Marion Bartoli à Wimbledon. Celle-ci venait d’annoncer sa retraite sportive. Et, Bernard Pivot, référence littéraire en France depuis les années 70 avec l’émission Apostrophes, s’était exprimé.

 

J’ai grandi « avec » Apostrophes. Même si j’ai peu regardé cette émission, je savais que c’était une institution intellectuelle. Même Mohammed Ali était passé à Apostrophes. Lycéen et ensuite, si j’avais pu, j’aurais aimé écrire un livre ou pouvoir susciter l’intérêt des pointures qui s’y sont présentées. Comme de Bernard Pivot.

 

Evidemment, comme la majorité des lycéens et des spectateurs, cela n’est jamais arrivé. Je me suis rabattu sur L’école des fans de Jacques Martin où je ne suis jamais passé non plus.

 

Puis, ça m’était passé. Bernard Pivot et Apostrophes ou sa dictée ne faisaient plus partie de cette lucarne de but où je cherchais à entrer. Ou peut-être aussi, que comme la majorité, je m’étais résigné au babyfoot.

 

Aujourd’hui, on dirait plutôt : « Comme la majorité, je m’étais résigné à la console de jeux et aux réseaux sociaux ». Après avoir obtenu un travail, m’être inséré, fait des amis, quelques voyages, j’avais trouvé ailleurs et avec d’autres de quoi me regarder.

 

« Bartolir ».

 

Visiblement, en 2013, Bernard Pivot continuait de compter pour moi.

Lorsque j’avais lu ce mot, je m’étais dit que j’aurais bien voulu le voir, le Bernard Pivot, en short et chaussettes, avec une raquette de tennis, se mangeant les séances d’entraînement massives et quotidiennes de Marion Bartoli !

 

J’en ai beaucoup voulu à ce lanceur de dictée. Je me suis rappelé de ma lecture d’un article racontant sa « rencontre » avec le navigateur Eric Tabarly. Pivot, l’intello de plateau, y avait été décrit comme une sorte d’animateur prenant Tabarly de haut, car incapable de s’ajuster au fait que cet homme des vagues se tenait là sans se prêter à l’eau pâle des alexandrins et des cotillons verbaux. 

 

En 2013, amateur de sport, comme Bernard Pivot, j’imaginais pourtant facilement l’usure mentale et physique de celle qui s’était engagée mais aussi esquintée en pratiquant le sport à très haut niveau. C’était peut-être dû aux séquelles de mes propres blessures de sportif amateur depuis mon adolescence. A ce que j’avais fini par en apprendre.

 

C’était peut-être dû à la lecture de quelques articles dans les journaux concernant Marion Bartoli. Ou à celle d’ouvrages d’anciens joueurs de tennis de haut niveau :

 

Déclassée de l’ancienne numéro un française Cathy Tanvier m’avait sans doute beaucoup éduqué.

 

Plus jeune, adolescent, je me marrais devant les défaites répétées de Cathy Tanvier pendant les tournois de tennis. En apprenant qu’elle avait été « éliminée » dès les premiers tours de tel tournoi du grand Chelem, « notre » numéro vingt mondial.

 

 Puis, j’avais lu son Déclassée, (paru en 2007). Non seulement, il était très bien écrit, m’avait ému. Mais, en plus, ce livre m’avait remis à ma place.

 

En découvrant la vie personnelle de Cathy Tanvier, j’avais compris que le parcours professionnel de haut niveau qu’elle avait tracé en parallèle avait nécessité des efforts gigantesques. Et que ces efforts qu’elle avait dû produire en « surcharge » avaient sûrement plus d’une fois fait la différence avec les autres championnes qui gagnaient les finales car, délestées, elles, de ces contraintes. Mais aussi de certaines blessures physiques. Car Cathy Tanvier avait participé à certains de matches en étant blessée.

 

 

Open écrit par André Agassi (paru en 2009) m’avait aussi éduqué. Si la carrière tennistique d’André Agassi a bien sûr été plus triomphale que celle de Cathy Tanvier, il existe pourtant des points communs entre leurs carrières et celle…d’une Marion Bartoli dont « le » livre, Renaître, est paru en 2019. Aujourd’hui, Marion Bartoli, née en 1984, a 36 ans.

 

La précocité :

Marion Bartoli a quatre ou cinq ans lorsqu’elle tient sa première raquette de tennis en main. Contrairement à un André Agassi et une Cathy Tanvier qui se révèlent très tôt particulièrement doués, dans Renaître, Marion Bartoli répète qu’elle avait seulement pour elle une concentration supérieure à la normale ainsi qu’une certaine rage.

 

 

Modèle et environnement familial :

J’ai oublié comment Cathy Tanvier en était arrivée à jouer au tennis. Mais je me rappelle que le père d’André Agassi avait d’abord voulu faire de son frère et de sa sœur aînée des champions de tennis. En vain. Avant de s’apercevoir que le « dernier », André, avait des aptitudes particulières : dont un certain coup d’œil pour évaluer la trajectoire de la balle.

 

C’est en regardant son père et son frère Franck, de neuf ans son aîné, jouer au tennis que Marion Bartoli eu envie de participer.

 

Pendant toute sa carrière, Cathy Tanvier n’a eu de cesse de courir après les balles de tennis et les tournois afin de compenser les infidélités conjugales et les pertes financières de son père.

 

André Agassi a eu à faire avec un père tyrannique, d’origine arménienne, déterminé et imposant.

 

Le Clan des Bartoli :

 

Marion Bartoli, elle, nous parle d’un clan familial obligé de partir de Marseille, leur ville de chair, en se coupant du reste du monde afin d’aller s’établir à Retournac, petit village pépère de 2500 habitants.

« Papa » Walter Bartoli a perdu sa mère lorsqu’il avait deux ans. Son père a refait sa vie sans lui. « Maman » Sophie, elle, est manifestement brouillée également avec sa propre famille. Mais la petite Marion ignore la raison de ces différends. Papa, maman, Franck et Marion Bartoli partent s’installer à Retournac et vivent en clan.

Retournac se trouve en Auvergne. L’Auvergne est une très jolie région. Mais cela n’a rien à voir avec le climat et l’ambiance de Marseille.

 

Dans la région d’Auvergne, donc, les Bartoli forment un clan d’amour où la rudesse économique est perceptible. Papa Bartoli est médecin libéral. Maman, ancienne infirmière de nuit, est la secrétaire. En été, pendant les vacances, la famille s’en sort financièrement. Autrement, il y a deux ou trois fois moins de travail pour le Dr Bartoli et donc moins d’argent pour la famille. 

 

A lire Renaître, il semblerait aussi que « Les » Bartoli soient un clan fermé : apparemment, aucun cousin, cousine, tonton ou tata du côté du père comme de la mère n’est présent dans le cadre de la maison.

 

La petite Marion Bartoli est très bonne élève. Elle aime être la première de la classe et ne sourcille pas lorsque son père lui demande de prendre de l’avance sur ses cours. En outre, au vu des difficultés concernant les fins de mois, elle s’applique à être exemplaire.

 

Le tennis va devenir un cocon pour faire plaisir, pour exister, pour prendre une revanche mais, aussi, pour donner une certaine revanche aux parents.

 

Construire ses matches comme on construit les marches de son  destin :

Le goût de la compétition, de l’effort, ainsi que l’envie de rendre les parents fiers, vont petit à petit gagner du terrain. Le père et la fille, au moins, vont de plus en plus se prendre au jeu. Marion, pour réussir et donner cette réussite à sa famille. Le père, pour être présent et soutenir sa fille mieux et plus que son propre père ne l’a fait pour lui.

Le frère aîné va s’engager dans l’armée. Marion, elle, va devenir un soldat volontaire de l’entraînement. Pour réussir, elle apprend très vite qu’il lui faut travailler bien plus que les autres.

 

Une critique du système éducatif dans son ensemble :

 

Dit comme ça, on pourrait penser que ce tandem que va former Marion Bartoli avec son père est « juste » l’histoire de deux personnes qui pansent leurs plaies à travers l’autre. Ou  l’histoire d’une enfant qui fait son possible pour sauver ses parents d’une certaine détresse.

 

Mais la carrière de Marion Bartoli, « peu douée pour le tennis », est aussi une critique du système éducatif dans son ensemble. Même si, dans Renaître, Marion Bartoli s’en prend principalement à la Fédération Française du Tennis qui, à plusieurs reprises, s’obstine à vouloir faire d’elle une simple exécutante de la balle jaune. Alors que, très tôt, celle-ci a été l’associée de son père et entraîneur. Et que c’est par lui et avec lui qu’elle s’est sortie du lot des joueuses jusqu’à se faire remarquer, du fait de ses résultats, par cette même Fédération Française du Tennis.

 

Dans son livre, on est marqué par le très grand manque de compétence psychologique de plusieurs personnalités, pourtant émérites, de la Fédération Française de Tennis. Et, on se dit qu’il doit y avoir bien d’autres fois, ou en d’autres circonstances, et dans d’autres institutions, où ce genre de situation arrive :

 

Des cadres qui ont le Pouvoir- et dont la carrière et le palmarès font autorité -s’estiment légitimes pour disqualifier les méthodes d’apprentissage d’un athlète ou d’un candidat dont les performances font pourtant partie du plus haut niveau. Un peu comme si un professeur de guitare au conservatoire méprisait la façon dont un jeune Jimi Hendrix avait appris à jouer des notes.

 

 Il faut attendre Amélie Mauresmo, un profil peut-être « différent » ou hors norme de par sa vie personnelle en tant que femme homosexuelle affirmée, pour trouver une interlocutrice plus ouverte. Ou, peut-être aussi que lorsque cette rencontre survient entre Amélie Mauresmo, capitaine de l’équipe de France de Tennis, que Marion Bartoli est alors mieux disposée pour s’affranchir de son père.

 

La retraite sportive et la vraie vie :

Avec sa retraite sportive, on retrouve cette « petite » mort déjà racontée par d’autres.  A la fin de la carrière intense et des jets d’adrénaline, pousse un vide et un sentiment de surplace sans limites qu’il faut remplir. Marion Bartoli peine à digérer son « départ » à la retraite mais aussi sa sortie du cocon familial qu’a été sa relation en particulier avec son père au travers du tennis.

 

Pendant des années, au travers du tennis, Marion Bartoli a vécu dans un cocon. Dans ce cocon, sa famille, son clan, était constamment présent grâce au cordon qui la reliait à son père. Sa retraite sportive coïncide avec l’âge où elle quitte ses parents. Ça fait beaucoup.

 

S’ensuit une sévère dépression. Pour Marion Bartoli, ça passe à la fois par des troubles alimentaires… mais aussi par une relation sentimentale « banque-cale » avec un homme.  Puisqu’il en faut un pour essayer de colmater l’absence de papa. Ou de maman.

 

Cela a pu arriver à d’autres y compris dans des professions rigoureuses comme espionnes (Les Espionnes racontent, un livre de Chloé Aeberhardt, paru en 2017).

 

Car l’armature et la très haute habilité affective que l’on peut avoir sur un terrain de sport ou dans un environnement professionnel ne suit pas forcément dans la vie intime. Les règles et les limites y sont plus floues et plus incertaines. Sur un court de tennis, lorsque la balle est dans le filet  ou dans le couloir, il y a faute et le jeu s’arrête. Dans la vraie vie, le jeu peut malgré tout continuer. La vie intime est tel un hymen docile. S’offrir  à l’autre, en vue de rester avec lui ou de le garder, est le contraire de la performance. Dans une performance, on cherche à annuler, bloquer, détourner, dépasser, déstabiliser ou détruire l’autre.

 

Dans Renaître, on lit et on entend l’humour et l’autodérision « connues » de Marion Bartoli. J’ai eu un grand plaisir à lire ce livre dans lequel elle nous parle aussi un peu de quelques à-côtés du Tennis de haut niveau : Serena Williams, Maria Sharapova….

 

Aujourd’hui, ce ne sont plus les mêmes joueuses de tennis qui dominent autant le Tennis mondial (à part peut-être Serena Williams encore un peu), mais il en est sûrement quelques unes et quelques uns qui ont connu ou vont connaître les mêmes états que Marion Bartoli. Dans le monde du Tennis ou ailleurs.

 

Franck Unimon, ce mardi 17 novembre 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

read more

Je suis à l’Est ! un livre de Josef Schovanec

»Posted by on Nov 12, 2020 in Corona Circus, Puissants Fonds | 0 comments

Je suis à l’Est ! un livre de Josef Schovanec

 

Je suis à l’Est ! , livre paru en 2012, a été écrit par Josef Schovanec ( avec Caroline Glorion).

 

J’ai pris du temps à lire ce livre. Peut-être parce-que Josef Schovanec, comme toutes les personnes que l’on ne prend pas le temps d’écouter, avait beaucoup à dire. Ou peut-être parce-que dans la vie ordinaire, aimanté par l’affiche d’un nouveau film ( avant ces histoires de reconfinement et de covid) ou par un de mes écrans, j’ai plusieurs fois laissé un Josef Schovanec de côté.

 

De toute façon, en tant que professionnel de la santé, ce genre de livre nous donne une tape derrière la tête. Parce-que, cette fois, celui qui fait autorité en matière de connaissances et d’expériences, c’est le patient ou la victime qui a écrit le livre dont je vais vous parler. Et, là, je ne peux qu’écouter, réfléchir et lire puisqu’il s’agit d’un témoignage, celui de Josef Schovanec. Je ne peux pas témoigner à la place de Josef Schovanec. Si je m’étais senti capable de témoigner à sa place, je me serais dispensé de lire son Je suis à l’Est !

Et puis, je ne me fais assez peu d’illusions : à l’école maternelle où les ennuis de Josef Schovanec ont débuté, je l’aurais ignoré. J’aurais préféré jouer avec les copains, taper dans une balle de tennis ou un ballon de foot. Peut-être, mais ce n’est même pas sûr, me serais-je abstenu de faire partie de ceux qui se seraient amusés à le tirer comme un lapin avec le ballon de foot ou un autre projectile improvisé, reflet de ces pensées de reptile qui nous animent par moments tout civilisés que nous prétendons être devant nos victimes. Car nous nous transformons vite en barbares dès que nous sommes en meute.

 

Mais ce qui est bien avec Josef Schovanec, c’est qu’il est généreux :

A peu près tout le monde en prend pour son curriculum dans son livre. Le système scolaire et éducatif français et occidental ; la société et ses rituels relationnels inadaptés ; les psychanalystes et psychiatres à but lucratif qui ont su le raccourcir- heureusement, les effets ont été réversibles- à coups  d’antipsychotiques ; certaines et certains anciens camarades de sciences Po pompeurs de ses cours hier, grandes vedettes médiatiques aussi pomponnées qu’amnésiques aujourd’hui ; les associations qu’il a pu fréquenter ou qui ont donné des conférences ; son exposition médiatique.

 

Avec sarcasme et humour, Josef Schovanec nous raconte une partie de son parcours personnel. Muet jusqu’à ses six ans, mais habile avec l’astronomie, l’écriture et l’Egypte antique, il a su se frayer un « destin » grâce à la pugnacité et  à la ruse de ses parents. Mais aussi grâce à sa résistance. Car ses mésaventures morales, fonctionnelles et physiques ressemblent beaucoup à celles d’un supplicié.

 

Josef Schovanec, c’est aujourd’hui 1m95 d’autisme qui nous « parle », à nous les gens normaux. Mais c’est aussi un homme multi-diplômé, Docteur en philosophie, plusieurs fois polyglotte et grand voyageur. D’ailleurs, il insiste pour ne pas être résumé à son autisme d’asperger qui a nécessité plusieurs années avant de finir par être diagnostiqué. Peut-être parce qu’à  l’image de la schizophrénie, il y a différentes façons d’être autiste et différentes façons de le concevoir pour une personne extérieure.

 

 

Si Schovanec nous parle de nos travers, il nous parle aussi de certaines de ces personnes, devenues ses proches, qui ont su penser différemment en le rencontrant ou qui étaient elles-mêmes différentes et pourtant bien dans le coup. Tel Hamou Bouakkaz,  Kabyle né en Algérie, aveugle,  d’origine modeste, venu habiter à Bezons avec sa famille et qui a su , après de brillantes études dont une Maitrise en mathématiques, accéder au monde de la politique.

 

En lisant Je suis à l’Est !  de Schovanec, on comprend très vite que c’est plutôt, ou souvent, la majorité d’entre nous qui le sommes. Mais comme nous sommes la majorité et que c’est elle qui impose souvent l’attitude générale, nous restons installés dans nos impasses de pensée même si celles-ci nous implantent un peu plus dans des blocs de béton.

 

Je trouve réconfortant, alors que nous vivons cette deuxième vague du Covid et un second confinement plutôt déprimant, de pouvoir trouver dans ce livre de quoi se sentir un peu plus léger. On peut bien-sûr se sentir assez peu fier de soi quant à nos préjugés devant certains « handicaps », mais on peut aussi s’estimer finalement bien plus avantagé que ce que l’on croit. A condition d’être doté de quelques uns des atouts ou des qualités que Schovanec a, pour lui, de toute évidence :

 

1) La curiosité

2) Le courage : il n’a attendu personne pour s’intéresser à certains sujets, astronomie, Egypte des pharaons, langues ou autres. Et, il ne s’est pas préoccupé de savoir si c’était bizarre ou non de s’intéresser à ces sujets alors que la majorité des enfants de son âge avaient d’autres intérêts.

3) La constance ou la persévérance : Il ne s’est pas contenté de lire un ou deux ouvrages. Puisque le sujet l’intéressait, il a continué tant qu’il a pu trouver des informations sur ce qui lui plaisait d’apprendre.

4) L’humour et l’autodérision : on ne perçoit pas de haine, de colère, d’espoir ou de projet de revanche sur celles et ceux qui lui en ont fait baver lors des différentes étapes de sa vie. Il raconte en s’amusant avoir été pris pour un prêtre, un homosexuel…ou un agent secret.

 

Sans doute que son entourage familial (au moins sa mère et son père) plutôt aidant, plutôt cultivé et stable lui a permis d’exprimer ces aptitudes.

On pourrait se dire que Josef Schovanec a grandi dans un milieu social plutôt favorisé et dans des écoles plutôt réputées. Mais il explique dans son livre que les écoles réputées sont sans doute bien plus intolérantes que les autres puisqu’elles sont obsédées par leur réputation.

 

 

Vous ne connaissiez pas Josef Schovanec ? Moi, non plus. Pourtant, il a été vu et revu à un moment donné, sans doute comme un énième exemplaire de ces phénomènes de cirque autiste type Rain Man ou autre au cinéma. Il parle de cette période entre-autres dans cette partie, page 231, et c’est là dessus que nous nous quitterons aujourd’hui :

 

«  Aujourd’hui, tout ce pan de mon passé est terminé. Cela fait longtemps que les gens ne me reconnaissent plus dans la rue. Joie de la paix retrouvée ! Je n’ai plus aucune responsabilité officielle dans le monde associatif. Même si je continue, pour une durée encore indéterminée, à participer ponctuellement à tel ou tel événement – conférences, Cafés de l’association Asperger  Amitié et autres. Compagnon de route, je chemine. En attendant le moment, impossible à prédire et pourtant inévitable où, soudain, brutalement, les rails qui filaient en parallèle s’écarteront et où, vu du train, je perdrai de vue en quelques secondes ceux qui furent longtemps à mes côtés ».

(Josef Schovanec dans Je suis à l’Est !)

 

 

Franck Unimon, ce jeudi 12 novembre 2020.

 

read more