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Erykah Badu

»Posted by on Juin 6, 2021 in Musique | 0 comments

Erykah Badu

 

           Erykah Badu

 

 

Ses albums sont placés derrière les barreaux depuis plusieurs années maintenant. Parfois vingt.  Pourtant, ils continuent de nous libérer. Pourtant leurs canons ont fait et continuent de faire la jeunesse d’artistes que l’on écoute aujourd’hui.

 

Quand on est jeune.

 

Si le corps essuie et colmate avec des rythmes les gestes qui, dans la vie courante, nous manquent ainsi que les bruits que l’on cache et qui nous braquent, notre esprit, lui, détruit ou non, est la gomme qui efface les distances entre les œuvres et nous.

 

Plus jeune, j’avais entendu parler d’Erykah Badu. Je l’avais écoutée. Sûrement en regardant et en écoutant d’autres plus jeunes qui écoutaient les Fugees, Macy Gray, Kelis, Alicia Keys et sont probablement, aujourd’hui, passés à autre chose.

 

Autre chose.

 

Moi, le vieux, depuis peu, je réécoute ses albums. J’en ai emprunté à la médiathèque près de chez moi. J’en ai un acheté un, neuf, vendredi, à une femme d’une trentaine d’années, enceinte de plus de six mois, à Mairie de Montreuil, près d’un marchand de fleurs. Le lieu du rendez-vous avait été choisi par la vendeuse. Deux ou trois jours  plus tôt, j’avais commis un impair. Trop attaché à ce que j’écrivais, j’avais pris trop de retard. Mais, cette fois, j’avais plus d’une demi-heure d’avance. Je lui ai de nouveau présenté mes excuses. Je lui ai donné un peu plus que ce qui était prévu pour le disque. J’ignorais qu’elle était enceinte.

 

Aujourd’hui, j’entends autrement les titres d’Erykha Badu. Je croyais pourtant qu’avec les ans, on devenait sourd. Peut-être pas. Je repense à mon père, tiens. Le premier amateur de musique que j’ai connu. Pourquoi, vers ses quarante ans, a-t’il arrêté d’acheter des disques comme d’écouter de la musique à la maison ? Lui, qui était allé jusqu’à acheter des magazines de musique spécialisés tels Rock & Folk et Best. Des magazines dans lesquels des critiques, qui se dévouent à la musique, passent leur vie à en écouter, à aller à des concerts, à rencontrer des artistes. Puis, à en parler et à donner envie de les écouter et d’en discuter avec d’autres.

 

La musique, ça a à voir avec la vie mais aussi avec notre enfance et notre jeunesse. Alors, mon père a-t’il arrêté de vivre vers ses quarante ans comme beaucoup d’autres ? Ou a-t’il considéré que tout cela était anecdotique et coûtait trop d’argent pour si peu d’épanouissement ?

 

On arrête tous de faire quelque chose à un moment ou à un autre, de notre vie. Mentir. Vomir. Sucer son pouce. Faire du sport. Sortir. Rire de tout.

 

Certaines personnes nous expliqueront que cela correspondait à une étape de leur vie. Et que tout cela appartient désormais au passé. Mais est-on toujours obligé de le croire ?

 

A quarante ans, néanmoins, j’ai arrêté d’aller danser. De danser. Je me sens un peu fautif. Surtout envers ma fille. Enfant et ado, j’ai des souvenirs de soirées antillaises (mariages, baptêmes, communions) où beaucoup de gens dansaient, discutaient et mangeaient pendant des heures dans des grandes salles. Et, parfois, deux ou trois se bagarraient. Je me suis raconté des histoires, certains soirs, à regarder tout ce monde. Mais j’ignorais que ce que je voyais et entendais était exceptionnel. Ce que nous voyons et entendons peut être exceptionnel. C’est nous, qui l’oublions.

A ces soirées, je n’ai pas pris de notes. Je n’en prenais pas. Je n’ai rien filmé. Je n’avais pas de caméra. Je n’ai pas pris de photos. Et les quelques photos qui ont été prises l’ont été par d’autres regards et d’autres intentions. Mais j’ai appris à gesticuler. Ou à…danser.

 

 

J’ai été un peu triste, lorsqu’un jour,  un petit a demandé à sa mère si, à leur mariage, elle et son père, avaient dansé. Elle a répondu un peu gênée, intimidée par cette question posée en public, comme si le sujet était osé :

« Non, on n’a pas dansé ». Elle avait une trentaine d’années et était plutôt d’un abord avenant. C’était au conservatoire d’Argenteuil, au Val d’Argenteuil. J’avais emmené ma fille à son cours de danse. A son cours d’initiation à la danse et au chant. On emmène au conservatoire nos enfants pour qu’ils apprennent ce qui a pu et peut s’apprendre dans les soirées voire entre copains et copines. Ou chez la tante, le grand-père ou avec la cousine ou le cousin.

 

Je ne sais pas quoi penser de ma « défection » à propos de la danse. Si ce n’est que, certaines fois, je me dis que j’en ai assez de répéter les mêmes gestes. Pourtant, je n’aime pas penser que, pour moi, la danse, c’était l’armée. On danse aussi pour arrêter d’être des bêtes traquées.

 

J’ai peut-être eu moins besoin de m’échapper. Et, aussi, celles et ceux que je fréquente désormais sont plus installés dans leur vie et davantage portés sur la parole. Ou, souvent aussi, quand même, nous parlons des mêmes…. sujets.

 

J’imagine qu’Erykah Badu, même si son dernier album a quelques années, a continué de danser et de chanter. Si une Me’Shell Ndégeocello ou une Björk ont pu se mettre en danse sur scène, cela se passait autrement pour Miles Davis. Par contre, j’ai appris qu’Erykah Badu avait dirigé la réédition d’albums de Fela. Mon père avait un de ses albums à la maison. Mais il ne le mettait pas souvent. Et il n’achetait plus de disques lorsque Kassav’ a émergé. Et encore moins lorsque d’autres artistes de zouk sont ensuite arrivés tel Jean-Michel Rotin qui fait partie des anciens, maintenant.

 

Comme Erykah Badu.

 

Rimshot, en concert, a été le titre qui a reposé Erykah Badu sur mon atlas musical. Et, tout cela, suite à un stage d’apnée à Quiberon, en Bretagne, avec mon club le mois dernier. Parce-que j’ai fait des photos. Et qu’ensuite j’ai fait deux  diaporamas, un long et un court, et qu’à chaque fois cette chanson d’Erykah Badu a été celle que j’ai mise au premier plan.

 

De l’apnée en Bretagne, et, aussi, de la chasse sous-marine, à Erykah Badu. Nos directions et notre façon d’écouter la vie restent assez imprévisibles. Notre façon d’écouter, surtout. Car, souvent, le reste suit. A plus ou moins long terme.

 

Franck Unimon, ce dimanche 6 juin 2021.  

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Célébrités

»Posted by on Juin 6, 2021 in Pour les Poissons Rouges | 0 comments

Célébrités

 

                                                     Célébrités

Un jour, toutes ces personnes que j’ai aimées écouter,  regarder, ainsi que leurs œuvres. Qui m’ont guidé, protégé et aidé à me décider. Que j’ai souvent- ou toujours- placées au dessus de moi, de mes idées. Grâce auxquelles j’ai fait mes choix, me suis fâché, ai évolué.

 

Toutes ces personnes que je n’ai jamais rencontrées. Avec lesquelles je n’ai pas vécu. Auxquelles je ne me suis pas confronté. Toutes ces statues.

 

Toutes ces personnes, religieuses, politiques, artistes, intellectuelles, riches, charismatiques et belles, un jour, je m’apercevrai qu’elles n’ont pas existé. Et que, depuis le début, c’est moi et le plus grand nombre qui les avons fait vivre, rendus vibrants et exceptionnels. Elles, elles se sont présentées ou avait déjà été mises là par d’autres, avant nous, qui les avaient fait vivre, entretenues, et nous avaient ensuite passé le relais.

 

Sans toutes celles et tous ceux qui nous ont précédés et qui les ont fait vivre, il ne serait resté que des ruines ou quelques échos migratoires plus ou moins persistants.

 

C’est par ce genre de mystère que nous pouvons aussi réaliser certaines inventions. L’observation et l’imitation ne sont pas les seuls moyens dont nous disposons pour inventer. La projection, le fait de se protéger en l’autre, de confondre « Je » avec « toi » ou « Je » avec « nous », est un de nos plus grands pouvoirs.

 

Il nous distingue, pour l’instant, de beaucoup d’espèces. Grâce à lui nous pouvons nous diriger. Nous propulser dans l’espace et aussi ailleurs. Car il peut, aussi, nous rendre, très fous :

 

C’est à dire, connus du plus grand nombre.

 

Franck Unimon, dimanche 6 juin 2021. 

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Un supermarché pour tout

»Posted by on Juin 5, 2021 in Corona Circus, Croisements/ Interviews | 0 comments

Un supermarché pour tout

 

Un supermarché pour tout

Ce matin, je suis retourné dans un Décathlon. Je cherchais des mitaines pour faire du vélo. Les miennes commencent à être usées. Et un short, tendance cuissard, pour faire du vélo.

 

Aujourd’hui, on peut se rendre dans une enseigne de cette chaine – Décathlon– de grands magasins de sport comme chez le boulanger ou le marchand de primeurs. Trente ans plus tôt, dans les années 60, cela eut été inconcevable. C’était un autre monde.

 

C’est pareil pour certaines grandes enseignes de bricolage. Et d’autres enseignes telles que la Fnac qui agrège librairie, informatique, photographie, produits high tech, Cds, Blu-rays et autres. Il y a aussi Darty. S’y rendre est une formalité.

 

On entend encore parler de la mort des petits commerces et de l’artisanat. Mais on n’est pas à ça près. D’abord, on fait avec ce qui se trouve à proximité, ce qui est moins cher et le plus pratique. Les supermarchés offrent des grandes quantités, de la variété. Et nous sommes preneurs. Je suis preneur.

 

Avant d’aller à Décathlon, j’ai confié mon vélo à un petit magasin de cycles qui a ouvert à quelques minutes de là, il y a quelques mois :

La Roue Liber.

 Pour des nouveaux patins de frein. J’ai préféré passer par un petit magasin à une chaine telle que Décathlon. Ceci afin de soutenir un peu économiquement les petits commerces.

 

Je m’échappe de plus en plus des grandes surfaces. Sauf quand je n’ai pas le choix.

 

Dans le petit magasin de cycles, La Roue Liber,  j’ai été étonné lorsque celle qui m’avait accueilli m’a demandé :

« Vous voulez boire, quelque chose ? ». J’étais en train de refermer mon sac à dos et j’allais partir à Décathlon.  

 

J’ai accepté de prendre un verre d’eau. En me l’apportant, cette même personne m’a dit :

 

« Vous pouvez aller vous asseoir sur la terrasse. C’est à nous ». Devant le magasin de cycles, se trouve en effet une petite terrasse. Près de la route. Donc, à portée des pots d’échappement des voitures des rues parisiennes. Mais, lorsque l’on passe du temps à Paris, on est immunisé contre ce genre de paradoxe. Et puis, une telle proposition détonait dans,  pratiquement, toute ma vie de consommateur. 

 

Alors, mettons-ça sur le fait que ce magasin de cycles vient d’ouvrir. Qu’il se constitue sa clientèle. Et que dans d’autres commerces, telles les concessions automobiles ou certains opticiens, on fait aussi ce genre de proposition.

 

Après mon verre d’eau, je suis parti vers la grande enseigne du sport (Décathlon). J’avais à peine fait quelques mètres que je suis passé devant une pâtisserie tenue par un couple japonais. Je ne l’avais jamais vue auparavant. Le couple Chiba. Angélique, qui tient cette pâtisserie avec son mari, m’a parlé. Mais j’avais « mon » Décathlon en tête. Alors, je lui ai répondu que je reviendrais plus tard.

 

 

Sur le chemin, je suis passé devant un autre magasin d’articles de sport. Une marque plutôt cotée, assez technique, qui, depuis plusieurs années, s’est ouverte au grand public : La marque Salomon. Avant, même s’il y en a encore peu, aujourd’hui, en plein Paris, on trouvait moins ou pas de magasins représentant exclusivement cette marque.  

 

En vitrine, j’ai aperçu un pantalon qui m’a plu. Dans le magasin, j’ai demandé conseil à l’un des vendeurs. Le vendeur ne voyait pas de quel pantalon il s’agissait. Il a accepté de me suivre dans la rue où je le lui ai montré. Pour finalement m’apprendre qu’il s’agissait d’un article….pour femme

 

S’adressant à moi comme si je comprenais  son langage, le vendeur m’a annoncé qu’il s’agissait d’un pantalon « chino » et « wide ».

 

Je n’ai pas compris tout de suite.  Je lui ai fait répéter. J’ai même compris « Wild ».

Peut-être parce-que, dehors, face à lui, je me suis senti un peu soupesé par le vendeur en tant que valeur sur le marché du sexe. Car j’ai oublié de dire que je m’étais mis à mon avantage pour cette sortie :  

Cycliste noir moulant, mi-cuisses, baskets, allure sportive. Puisque j’avais pris mon vélo et qu’il faisait chaud.  

 

Les femmes ont les jupes, les robes, les décolletés, les  bustiers, les les jambes nues et autres prompteurs à cristaux liquides. Un retard d’acclimatation peut étourdir et faire perdre un peu le goût de l’heure et du temps qui passe. Cependant,  nous, les hommes, en été, ou lorsqu’il fait chaud, l’équivalent de notre panoplie érotique ou sensuelle peut-être une certaine allure sportive.  Avec ou sans marcel. Avec ou sans gamelle.

 

Le magasin Salomon n’avait pas encore reçu ce type de pantalon. Je pouvais en trouver sur le site internet. A voix haute, je me suis soudainement plongé dans un abysse d’incertitudes inéluctables :

Pouvais-je- en- tant -qu’homme-porter- un- tel- pantalon- puisqu’il- s’agissait- d’un article- féminin ?

Notre vendeur, empathique, et pragmatique, m’a alors dit :

« Il m’arrive de mettre des vêtements pour femmes. Ça va passer crème ! ». Il fallait juste que je me fasse à l’idée que c’était un pantalon “taille haute”. 

 

«  Passer Crème ! ».  Cette expression, je l’ai découverte par hasard en écoutant un concours d’éloquence il y a un ou deux ans.

 

Au Décathlon, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Ni éloquence. Ni crème. Les mitaines étaient moches. Il n’y avait pas le short que je recherchais, non plus. Mais j’ai trouvé un  vendeur qui a bien voulu m’aider. Pendant toutes ces années, j’avais été suffisamment négligent pour laisser le code barre sur mes mitaines usagées. Cet article ne se vend plus m’a appris le jeune vendeur. « C’est un vieil article » a-t’il continué  tel un expert qui, examinant au microscope les lignes de ma main, s’aperçoit qu’il a affaire à un objet désuet. Puis, il m’a assuré  que j’avais dû le payer «  six euros ». Les nouvelles- et moches- mitaines présentes devant moi dans les rayons coûtent désormais 20 euros.  

 

Les employés des enseignes comme Décathlon sont désormais souvent de passage. Comme dans les banques. On se rappelle davantage du nom de l’enseigne, de l’article ou de la marque que l’on achète.

 

Après Décathlon, je me suis arrêté dans la pâtisserie tenue par le couple japonais. J’ai appris qu’elle existait depuis…42 ans.

 

« Tout est fait maison », concernant les pâtisseries, m’a appris Angélique. Celle-ci, la soixantaine, s’est affairée pour me servir. Il y avait sans doute le côté commercial qui consiste à vouloir faire acheter le plus de produits. Mais, aussi, la volonté de conseiller.

 

Un habitué est arrivé. Un homme en costume cravate. L’heure du déjeuner approchait. Comme Angélique s’occupait de moi, après l’avoir saluée, il s’est installé tranquillement en terrasse. Angélique a continué à me parler des autres thés disponibles. Fouillant dans ses placards, elle sortait des grands paquets de hojicha, de Gemmaïcha. Elle m’a parlé d’un thé Sencha qu’elle venait de recevoir et qu’elle allait goûter. Mais celui que j’avais pris était très bon ! Elle vendait du Matcha, aussi. Mais, le matcha, lui ai-je dit, je ne sais pas le faire. Alors, Angélique de me dire :

 

« Un jour, si vous avez le temps, je vous montrerai ». Je lui ai répondu :

« Je prendrai le temps ». Elle s’est mise à rire. Approuvant sans doute ma conduite.

 

Au moment de partir, je l’ai remerciée en Japonais : « Arigato Gozaimasu ». Alors, s’inclinant vers moi avec déférence, Angélique m’a également répondu en Japonais.

 

J’ai récupéré mon vélo à La Roue Liber. J’ai été content de la rapidité des « travaux ». J’avais été informé par sms -alors que j’étais encore au Décathlon- qu’il était prêt.

 

Ensuite, je suis passé dans cette pharmacie, près de la gare de St Lazare, qui a, depuis peu,  changé d’emplacement. Elle est s’est maintenant rapprochée d’un grand hôtel : Le Hilton.

 

L’intérieur a été modifié. Très éclairé. Cela se veut modélisé. Prestigieux. Mais, impossible de trouver les huiles essentielles. Une personne de la pharmacie, souriante, me répond que, désormais, il suffit de faire la commande en appuyant sur un grand écran. Et que le flacon arrive dans une sorte de boite. Mais ça ne marche pas. On ne peut pas sélectionner l’huile essentielle que je souhaite acheter. L’écran « cale »  à la lettre « G ». Je dois donc me passer de l’huile essentielle que je comptais acheter.

 

J’escompte trouver du dentifrice. On m’indique où se trouvent les tubes de dentifrice. Parmi les différents dentifrices, je ne trouve pas le dentifrice que je cherche. « Avant » le déménagement, je le trouvais facilement. Je sors de la pharmacie sans rien acheter. J’irai ailleurs, une autre fois, dans un supermarché où je trouverai ce que je « cherche ».

 

Il y a des supermarchés pour tout. Partout. Bientôt, il y aura aussi des supermarchés où nous trouverons des premiers prix pour nos tombes. Bien-sûr, tout n’est pas perdu. Puisqu’il y a eu des pauses  et des oasis tels que ce magasin de cycles et cette pâtisserie. Et, il en existe d’autres. Certaines de ces oasis viennent de se créer ou vont se créer. D’autres sont là depuis longtemps et sont seulement connues des habitués ou de leur proche voisinage.

 

A La Roue Liber, le réparateur, prévenant, m’a engagé à ne pas appuyer trop fort sur les freins. Afin, de me réhabituer au système de freinage. Je l’ai écouté avec approbation.

 

Le monde dans lequel nous vivons, auquel nous appartenons en grande partie, et qui nous consomme, autant que nous le consommons, n’aime pas freiner. Ses freins sont  défectueux ou usés. Ou brutaux. Il faudrait sans doute partir loin de tout ça avant l’irrémédiable. Savoir sortir, au bon moment, de ces supermarchés- et de leurs hiérarchies- depuis longtemps établis dans notre tête. Cela peut sans doute s’apprendre au jour le jour. Car nous avons encore plus de pensées et de rêves qu’il n’existe de supermarchés.

 

Franck Unimon, ce jeudi 3 juin 2021.  

 

 

 

 

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Perdre pied-vélo taffe

»Posted by on Juin 2, 2021 in Corona Circus, Vélo Taffe | 0 comments

Perdre pied-vélo taffe

Perdre pied

J’ai travaillé cette nuit. En quittant mon service, ce matin,  23 minutes,  pour faire le trajet à vélo depuis le 14 ème arrondissement de Paris jusqu’à la gare St Lazare.

 

Certes, il fait beau, assez chaud, mais c’est surtout parce-que, pour une fois, je me suis autorisé à « suivre» certains cyclistes pressés (hommes comme femmes) que je suis allé aussi vite. Habituellement, pour le même trajet, je mets entre 27 et 29 minutes. En « flânant » quelque peu. Hier soir, une femme sur un vélo de course de marque Triban était belle à voir. Son short cycliste noir lui arrivait à mi-mollet. Lesquels mollets étaient fermes et assez volumineux. Elle devait avoir à peine la trentaine. Si elle démarrait doucement, elle avait ensuite une façon d’avaler les mètres en avant, sans forcer, qui me décrochait de plusieurs mètres. C’était beau, cette aisance. C’était comme si elle rentrait dans le vent.

 

Hier soir, Bd Raspail, dans la montée, j’ai bien rattrapé et lâché quatre ou cinq personnes sur leur vélo. Mais pas elle, toujours revenue et restée facilement devant moi, et qui a tourné, sur la droite, vers la Tour Montparnasse, après un feu, alors que je continuais tout droit vers la Place Denfert Rochereau. J’ai vu sa main indiquer qu’elle allait tourner. Un geste simple, économe, sans précipitation. Et, ça a été tout. C’était fini.

 

Je croise ça ou là quelques cyclistes sur mon trajet. Des hommes comme des femmes.  Certains que je peux rattraper. D’autres qui sont des « missives » en express que leur braquet emporte loin de moi. Néanmoins, même disparus de l’horizon et de la rencontre, j’en garde quelques unes et quelques uns, pour quelques temps, dans ma mémoire.

 

Ce matin, il y avait « un » vélo électrique, « un » Brompton mécanique et une cycliste sur un Vélib qui m’ont marqué et qui m’ont aussi…inspiré.

 

« Le » vélo électrique m’a d’abord dépassé avec agilité et facilité Boulevard ou rue St Jacques. Sur le chemin assez étroit de la piste cyclable protégée. Pourtant, j’avais bien pris mon élan depuis le début. Etant donné que je ne me sentais pas essoufflé et que mes cuisses le supportaient, j’ai appuyé sur mes pédales pour le suivre malgré les mètres qui nous séparaient déja. Je me suis dit que pour monter, il fallait de toute façon prendre de l’élan. Et non se traîner. Au feu, « Le » vélo électrique a pris une autre direction. J’ai passé les pavés et me suis dirigé vers la descente du Bd Raspail vers la rue du Bac. C’est là qu’un autre « vélo électrique » a pris le relais. Il a quelque peu fusé. Avec son pantalon Khaki, son casque Cusco, il délivrait de la facilité. Moi, je devais me donner. Un peu plus bas où à moins qu’il ne nous ait rattrapé, « Le » vélo Brompton a débarqué. A nouveau, cette fluidité que je trouve dans cette catégorie de vélo. L’homme dessus était du genre cadre qui se rend au travail.  La trentaine. Casque sur la tête. Lunettes de soleil. Chemise  de couleur claire, chaussures de villes, pantalon de ville. Une sacoche à l’avant. Une petite derrière la selle. On aurait dit un skieur ou un pratiquant de roller. Il glissait sur le bitume. Il a rapidement pris les devant sans même se préoccuper de nous.

 

Même « Le » vélo électrique, si avancé, a fini par être derrière. Car « Le » Brompton virevoltait. A aucun moment, je n’ai essayé de lui parler. Il avait un air de « Je ne connais plus personne en Brompton ». Mais aucune ressemblance avec Brigitte Bardot et Serge Gainsbourg.

 

Certainement sobre sur sa selle, « Le » Brompton était plutôt grand, élancé. Je suis incapable de dire s’il était sportif. Ces vélos « Brompton » me donnent toujours l’impression que, dessus, tout le monde est athlétique. Que tout le monde est performant. Je l’ai déjà écrit :

 

« Certains vélos sont faits pour rouler. Le mien semble fait pour pédaler ».

 

Ce matin, une femme en vélib était étonnante. Ce type de vélo est lourd. Pourtant, elle suivait de près « Le » Brompton. Au point que cela m’a donné l’impression qu’elle et lui étaient ensemble. Plus surprenant, alors qu’elle pédalait, devant, régulièrement, cette cycliste en Jean et casquée, secouait un de ses bras. Tantôt le droit. Tantôt le gauche. J’ai plus eu l’impression que c’était une peu une force de la nature. Une jeune femme en pleine forme. Et non une sportive assidue. Mais impossible de le certifier.

 

Au feu rouge, à la rue du Bac, juste avant de tourner à gauche pour prendre cette rue qui passe ensuite devant le musée d’Orsay, je me trouvais derrière « Le » Brompton que je venais de rejoindre. La jeune femme au vélib’, elle, s’était détournée de la rue du Bac auparavant et nous avait quitté.

 

« Le » vélo électrique est arrivé après nous. Nous l’avions distancé plusieurs centaines de mètres plus tôt à un endroit où il s’était arrêté à un feu rouge. Et, où, de manière opportuniste, à la suite du « Brompton», nous avions été plusieurs à nous engager.

 

Chaque fois que je fais ça, je regarde bien si une voiture vient. C’est comme traverser à pied une route en dehors d’un passage piéton ou lorsque le feu est vert pour les voitures. On évalue la distance et la vitesse des autres véhicules. On regarde avec attention. Et on s’engage. Bien-sûr, il convient de ralentir voire de freiner avant de faire ça.

 

Chaque fois que je suis passé au rouge, les autres véhicules étaient soit absents de l’horizon. Soit à l’arrêt. Et, moi, j’étais lancé et à plusieurs mètres d’eux.

 

 

Puis, rue du Bac, le Brompton est passé alors que, pour nous, le feu était encore rouge.

 

Je ne l’ai pas suivi. J’ai mes limites.

 

Je ne passe au feu rouge à cet endroit. « Le » Brompton a tourné sur la gauche et est descendu. Il allait passer devant le musée d’Orsay, vers la place de la Concorde. Mon trajet.

 

A la place de la Concorde, « Le » Brompton avait une bonne centaine de mètres devant moi. Il filait.

 

Mais, près du jardin des Tuileries, au lieu de repartir, alors qu’il s’était arrêté et attendait le feu rouge, pour les voitures, il est descendu de son vélo pour vérifier ou prendre quelque chose sous sa selle. C’est à ce moment-là que je suis passé, une fois que le feu est passé au vert pour nous, les cyclistes. Je ne l’ai plus revu ensuite.

 

Avant la gare St Lazare, j’ai fait un crochet par la rue Vignon où se trouve un magasin de cycles qui vend des vélos électriques, des accessoires et fait des réparations. Afin de récupérer son nom car je l’avais oublié. Puis, je suis reparti vers St-Lazare. Ce qui fait que j’aurais sans doute pu faire ce trajet en 21 minutes. Ce qui n’est pas mal en durée.

 

Je sais avoir rompu avec certaines de mes résolutions en matière de terrorisme de la vitesse. Mais mon séjour à Quiberon m’a débarrassé pour l’instant de mon émerveillement pour les environs que je traverse à Paris, désormais. La mer à Quiberon était bien plus belle que ce béton, toutes ces voitures et cette densité humaine.

Voir Quiberon, Mai 2021.

Ou, si l’on est pressé : 

 

Sans compter qu’avec le beau temps, et plus de possibilités de sortie depuis quelques jours dans le contexte Covid , il y a bien plus de personnes à vélo dans Paris à divers endroits selon les heures.  Et certains de ces cyclistes ( hommes et femmes) s’adressent à leur route sans ( trop) faire attention aux autres :

 

Je reste étonné par le peu d’usage qui est fait de la sonnette pour prévenir les piétons ou les autres cyclistes que l’on dépasse. J’ai deux sonnettes sur mon vélo. Et, je m’en sers régulièrement pour prévenir que j’arrive. Le piéton qui traverse à plusieurs mètres devant soi. Le cycliste ou la cycliste à côté de qui l’on va passer.

 

Il doit y avoir bien peu de cyclistes qui se servent d’une sonnette. Que ce soit « Le » Brompton de ce matin, les deux vélos électriques, la femme en Vélib’ ce matin ou celle d’hier sur son vélo de course Triban, aucun n’a utilisé de sonnette. Par contre, ils portaient tous un casque. C’est déjà bien.

 

Je suis « content » du temps mis pour rejoindre St Lazare. Mais, surtout, d’avoir pu suivre certains vélos sur mon vélo pliant. Celui-ci conserve des défauts. Parmi eux, cette selle qui descend insensiblement et que, hier soir, à un feu rouge, sur le Bd Raspail, j’ai dû remonter. Ce soir, encore, sans doute, je devrais à nouveau la remonter. Je pressens aussi que pour ce qui est du passage des vitesses, il y a mieux que mon vélo de marque B’Twin. Mais, cela mis à part, entre hier soir et ce matin, j’ai eu la satisfaction d’avancer quelque peu sur mon deux roues. Mon vélo n’est donc pas fait que pour pédaler.

 

Franck Unimon, mercredi 2 juin 2021.

 

 

 

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