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Marseille-Toulon-La Ciotat, octobre 2019

»Posted by on Oct 29, 2019 in Voyage | 0 comments

Marseille-Toulon-La Ciotat, octobre 2019

 

 

Marseille.

 

 

Nous étions à Marseille la semaine dernière. Nous sommes passés quelques heures à Toulon et avons aussi pris un peu la lumière à La Ciotat. Au moment d’écrire cet article, je me dis que rien ne m’oblige à parler de cette expérience lunaire qu’est un voyage de manière scrupuleusement chronologique. Lorsque j’ouvre mon robinet en ce moment j’entends ça :

 

 

 

Cette sculpture, nous l’avons déja vue. Je suis retourné la voir, cette fois, pour connaître le nom de son auteur. Car, sans le nom de son auteur, cette oeuvre est un peu une sépulture. Pour l’artiste et pour ce qu’il a voulu dire :

 

 

Maintenant, nous “savons”. 

 

 

 

Dans mon précédent article sur Marseille(  Marseille, octobre 2019)  , j’écrivais qu’il m’avait fallu du temps pour aimer cette ville. Cette fois-ci, Marseille s’est très vite défendue à sa manière. De sa bouche, les premiers jours, sont d’abord sortis du froid, de la pluie ( des averses jusqu’à faire déborder provisoirement le Vieux-Port) et des jours gris. C’était la première fois que je voyais Marseille comme ça. 

 

Je n’ai pas pas de photo d’inondation. Nous rentrions à Marseille par le train  en provenance de Toulon lorsque l’averse est tombée. Elle nous a douché avec passion à notre sortie de la gare. 

 

Dans Toulon.

 

Nous sommes allés à Toulon parce-que s’y trouve un magasin de vêtements techniques supposés résistants et pratiques ( aussi bien faits pour le voyage que pour la ville) qui y a ouvert en 2014. Et il n y a qu’à Toulon, pour l’instant, que la marque dispose d’un magasin physique. Autrement, il faut commander sur internet. Or, j’ai préféré me rendre sur place afin d’essayer les vêtements et de me faire mon idée concernant les articles et les tailles. Lors des quelques heures passées à Toulon, je me suis dit que cette ville a des atouts pour être plus attractive qu’elle ne l’est. Mais des -très- mauvais choix au moins architecturaux ont été réalisés pour cette ville située en bord de mer. On résume souvent Toulon à une ville raciste et d’extrême droite mais j’ai l’impression qu’elle est un peu plus nuancée que ça. 

 

Dans la rue D’Alger, à Toulon.

 

 

Et,  évidemment, ce “bateau” ( photo précédente) est selon moi, au contraire, lui, une très belle réalisation. Même si je ne sais pas comment on vit dans ces immeubles. Concernant les vêtements, pour l’instant, je suis plutôt content.Ils sèchent vite en cas de lavage et sont agréables à porter même par temps plutôt chaud.

Il est une autre marque ( crééé en 2008) de vêtements très techniques et tout autant présentables en ville que j’ai découverte récemment. Non seulement, elle est plus onéreuse. Mais en plus, cette fois-ci, le seul magasin physique se trouve à Brooklyn. On peut commander par internet mais ça m’ennuie pour des raisons pratiques évidentes ( essayage, coût…). Je regrette, en 2011, alors que nous étions à New-York, de ne pas avoir alors connu cette marque. Je connais bien “quelqu’un” pour qui la ville de Brooklyn a un sens et une importance très particuliers. Mais demander ce genre de service m’embarrasse un peu. 

 

 

 

 

Sur l’île de Frioul.

 

Je portais les vêtements achetés à Toulon sur moi ( un tee-shirt et un pantalon) pour la première fois, à Frioul. Et, le soleil était revenu sur Marseille et les environs. En partant de chez nos amis en fin de matinée, nous sommes arrivés sur le Vieux-Port pour embarquer environ cinq à dix minutes avant le départ du bateau. Parmi les personnes qui faisaient la queue pour embarquer, j’ai reconnu La Virée à Paname avec leurs deux enfants. La dernière fois que j’avais rencontré C et H, réalisatrice et réalisateur de La Virée à Paname, c’était, je crois, au festival du court-métrage de Clermont Ferrand il y a peut-être quatre ou cinq ans. Comme nous, ils habitent dans l’île de France, et, comme nous, ils étaient venus passer quelques jours à Marseille. Comme nous aussi, ils étaient dans le TGV que nous avions pris depuis Gare de Lyon le lundi. L’après-midi passée avec eux fut très agréable. C’est la seconde fois qu’à Marseille, je rencontre quelqu’un que je connais personnellement de la région parisienne. La première fois, c’était G que j’avais croisé à la terrasse d’un restaurant sur le Vieux-Port. Il était là pour un tournage de Plus belle la vie. Et, d’ailleurs, je l’avais présenté aux amis marseillais qui nous ont hébergé la semaine dernière. 

 

Sur l’île de Frioul.

 

Entre Marseille et les îles Frioul.

 

De retour à Marseille. Sur notre gauche, le Mucem.

 

 

Marseille, vers les docks.

 

 

 

En revenant à Marseille, j’ai aussi revu d’autres amis installés depuis plusieurs années à Auriol. La dernière fois que j’étais allé chez eux, je me souviens que leurs deux fils étaient au plus loin à l’école primaire. Aujourd’hui, l’un des deux effectue ses études à Luminy.

J’ai aussi revu une ancienne collègue rencontrée à Montesson il y a plus de 15 ans maintenant. Elle habite désormais à Ensues la Redonne.

 

Gare d’Ensues La Redonne.

Il y avait un petit côté gare de western désolée en arrivant. Mais nous sommes en provence.

 

Le trajet depuis Marseille St Charles pour Ensues La Redonne m’a fait passer par l’Estaque. Je n’étais jamais passé par l’Estaque. La vue depuis le train a été très agréable. Nous étions plusieurs passagers, à activer pathétiquement nos appareils photos pour prendre des clichés de la vue à travers la vitre. Mais il me reste un petit fond de dignité et je garderai ces photos pour moi. 

Après avoir discuté de Marseille, de Lyon et d’autres sujets avec elle et son mari, C m’a emmené à Carry le Rouet qu’elle m’a fait découvrir ( merci encore!). 

 

A Carry Le Rouet avec C.

 

 

 

 

 

 

 

Carry Le Rouet.

 

Il nous restait encore quelques jours et Pépita, mon amie qui a quitté Paris il y a une vingtaine d’années pour revenir vivre à Marseille, était désormais de repos à la fin de la semaine. Alors que j’étais parti pour Ensues la Redonne, Pépita a emmené ma compagne et notre fille en vadrouille. Je les ai retrouvées en fin d’après-midi. Ce qui m’a permis de prendre le bus et de revoir la corniche que j’avais découverte pour la première fois avec S. il y a plus de vingt ans.

Le long de la corniche. Au bout à gauche, le cercle des nageurs de Marseille par où est passée et où se trouve une partie de l’élite de la natation française ( Alain Bernard, Camille Lacourt….). Il est possible d’y avoir accès en tant que pratiquant “lambda”, moyennant si j’ai bien retenu, deux cooptations, 1700 euros d’adhésion la première année + 1700 euros.

 

Pépita m’a donné rendez-vous près de la statue de David. Cela me parlait. Il y a plusieurs années, j’avais passé quelques nuits dans l’auberge de jeunesse qui se trouve un peu plus loin vers les calanques. A cette époque, Pépita vivait encore à Paris.

 

En attendant de retrouver Pépita, ma compagne et notre fille, j’ai regardé “David”. Il m’a fait penser à quelqu’un qui s’était statufié à force d’être laissé en plan et d’attendre que quelqu’un accepte de l’emmener quelque part. Ne te laisse pas faire, David ! La première station de bus n’est pas loin. 

Après nous être retrouvés, nous sommes allés nous asseoir au bord de la mer.

 

 

David était encore au même endroit la dernière fois que je l’ai regardé. Mais il a peut-être le pouvoir de revêtir plusieurs formes.

 

Marseille.

 

David, le bénévole, ramassait maintenant les détritus laissés sur la plage. Une femme est venue l’aider. Notre fille aussi. Je l’ai laissée faire un petit peu puis je l’ai appelée et lui ai expliqué que c’était bien. Mais qu’il fallait qu’elle arrête car elle ramassait tout avec ses mains alors que David, lui, portait des gants et avait une pince. Je me suis abstenu de dire à notre fille que j’estimais, aussi, que c’était aux adultes qu’il revenait d’abord de prendre ce genre d’initiative et de responsabilité avant de s’en décharger sur des enfants. Ensuite, j’ai expliqué à David la raison pour laquelle j’avais appelé notre fille. Ce qu’il a très bien compris. 

Marseille, hôpital de la Timone.

 

En rentrant peut-être, ou en repartant le lendemain, nous sommes passés devant l’hôpital de la Timone. L’hôpital n’est pas un lieu de vacances et nous sommes simplement passés devant. Mais ça faisait des années que j’entendais parler de cet hôpital et, là, il était près de nous.

 

Au “dessus” de Cassis.

 

 

Nous aurions pu nous rendre à Cassis. Mais je n’avais pas envie de m’y rendre même si Pépita nous a dit que c’était très joli. Et, aussi très touristique. Or, nous étions un samedi.

Au “dessus” du vide. A notre arrivée, deux alpinistes venaient de terminer leur ascension. Ils m’ont répondu que cela s’était très bien passé et qu’il faisait “limite” trop chaud.

 

 

Couple assis au dessus de Cassis.

 

 

Je préférais aller à La Ciotat.

La Ciotat.

 

 

Chaque fois que j’étais venu à Marseille, je n’avais jamais eu l’envie d’y aller. Mais cette fois, j’avais particulièrement envie. Peut-être parce-que je l’avais aperçue lors de notre trajet en train pour Toulon. Egalement pour le son du nom de cette ville. L’idée que la ville ait perdu de son faste économique m’attirait d’autant plus. Ainsi que le fait que le compagnon de Pépita, Marseillais, et Pépita nous disent soit méconnaître cette ville ou y être allée il y a plusieurs années. 

 

 

En arrivant à la Ciotat, Pépita m’a rappelé qu’elle était aussi la ville des Frères Lumière, ceux qui avaient inventé le cinéma. ça m’a d’autant plus donné envie d’être là et d’aller voir ce qui restait de cette Histoire.

 

 

 

 

Le cinéma Lumière, la photo des frères Lumières, le décorum, pour nous, c’était bon ! C’était là que ça s’était passé. Voir le dernier Terminator à l’affiche du cinéma des Frères Lumière était un détail très amusant.

 

Heureusement, Pépita a eu le réflexe d’entrer dans le cinéma et de demander aux employés présents s’il était possible de le visiter. Ils ( une femme et un homme) nous ont rapidement détrompé : auparavant, cent ans plus tôt, cet endroit était une halle. Le véritable cinéma où les frères Lumière avaient marqué l’Histoire du cinéma se trouvait ailleurs dans la ville.

 

La Ciotat.

 

Pépita s’est rendue à l’office du tourisme pour s’informer. Puis, en passant, nous avons acheté du vrai savon de Marseille de la marque Sérail. Ensuite, nous sommes repartis chercher le “vrai” cinéma des frères Lumière.

 

La Ciotat.

 

 

Ma compagne venait de me dire : ” ça fait drôle de voir encore les traces de vie dans ces appartements” et de s’éloigner. Je commençais à prendre des photos de cet endroit lorsqu’une femme s’est arrêtée sur un petit vélo, type vélo pliable. Elle m’a demandé avec sympathie si j’étais de la Ciotat. Je lui ai répondu non mais qu’est-ce que j’en savais, finalement, au vu de mon intérêt soudain pour La Ciotat. En sortant un petit appareil photo, la dame, d’une soixantaine d’années, m’a expliqué que c’était une partie de l’Histoire de la ville qui partait. Et tout ça, pour construire ” un hôtel 36 étoiles !”. Elle m’a raconté qu’enfant, il y a 40 ans ( ou plus), elle s’était rendue dans ce théâtre. Et, aussi qu’il y a encore peu, cette caserne de pompiers était active. Elle envisageait d’envoyer ensuite ses photos à des amis et de leur dire :

“Voilà, ce que c’est devenu !”. 

La dame était engageante et j’aurais pu rester discuter un peu plus avec elle. J’ai néanmoins pris congé. Notre fille est venue me chercher en courant. Ma propension à prendre des photos faisait que j’étais régulièrement distancé et elle s’inquiétait que je me perde. 

 

C’est là où ça s’est passé avec les frères Lumière.

 

Voici le véritable endroit où les frères Lumière ont fait parler d’eux. L’endroit est assez décevant extérieurement et nous nous sommes demandés si l’on nous cachait quelque chose. Mais un des employés nous a confirmé que c’était bien-là. Chaque mercredi et chaque samedi, à 15h, ( il était alors plutôt 17h), a lieu une visite guidée et les piliers d’origine ont été conservés. L’employé a ajouté que l’on “sent” , à l’intérieur du cinéma, que le lieu a une histoire. Nous aurions pu entrer en allant à la séance de 20h mais il nous fallait rentrer.

A défaut de séance cinéma et de visite, nous avons un peu profité de la terrasse extérieure qui donne vue sur la mer, de l’autre côté de la rue. J’ai aussi regardé la programmation que l’employé m’a confirmé être du cinéma d’auteur en version originale.

 

La Ciotat.

Oui, ça donnait envie de revenir à La Ciotat. Pépita, elle-même, a été agréablement surprise par cette visite de la ville.

 

Avant de rentrer, nous sommes allés nous tremper les pieds dans l’eau. A l’entrée d’un club de plongée, dans le centre-ville, j’avais lu que la température était à vingt degrés. Nous avons fait l’erreur étonnante en venant à Marseille de laisser nos maillots de bain chez nous. Mais en définitive, ce séjour nous a bien plu alors nous reviendrons. D’autant que ma compagne a préféré Marseille à Lille ( Lille J + 4). Notre fille, elle, a aimé les deux villes. 

 

 

Franck Unimon.

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Marseille, octobre 2019

»Posted by on Oct 24, 2019 in Voyage | 0 comments

Marseille, octobre 2019

 

Marseille, octobre 2019

 

J’avais une vingtaine d’années lorsque j’ai découvert Marseille. C’était après un séjour à Edimbourg.

 

Je me persuadais d’être plus original et plus libre que la moyenne en suivant pourtant, à quelques détails près, le même parcours que tout le monde. J’avais peur de l’engagement, du sida et du chômage.

 

Pour moi, Marseille était une ville idéale car elle était à première vue compatible avec mes clichés : Le sud, l’accent, la sensualité, le soleil, la mer. Avant elle, des années auparavant, j’avais rêvé de New-York et ça m’était passé. Il y avait aussi eu Grenoble. Ça m’était aussi passé. Comme pays, mon séjour un peu plus tard au Japon allait être un acmé et aussi une rupture avec une partie de mon passé. 

 

A l’arrivée, mon histoire avec Marseille ne se fit pas. Aujourd’hui, si je suivais mon envie de vivre dans une ville de province en France, ce serait plutôt en Bretagne ou dans les Hauts de France.  

Néanmoins, et cela m’avait pris du temps, mais j’avais fini par aimer Marseille malgré tout. Marseille exige certainement du temps pour être aimée.

 

C’est une amie revenue vivre à Marseille il y a bientôt une vingtaine d’années qui m’a rappelé il y a quelques mois que je pouvais revenir, cette fois avec femme et enfant. Son invitation tenait toujours et je l’avais oubliée.

 

 

 

J’ai donc retrouvé la gare de Marseille St-Charles. Je n’avais pas d’attentes particulières hormis le fait de revoir le Vieux-port, Notre Dame de la Garde ainsi que cette amie, son compagnon, et une ancienne collègue venue s’installer dans la région avec son mari et leurs enfants.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Franck Unimon, mercredi 23 octobre 2019.

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L’âcre parfum des immortelles

»Posted by on Oct 22, 2019 in Cinéma | 0 comments

L’âcre parfum des immortelles

 

 

 

 

 

 

 

L’âcre parfum des immortelles un film de Jean-Pierre Thorn avec la voix de Mélissa Laveaux. 

Au cinéma le 23 octobre 2019. 

 

Article de Franck Unimon

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Descartes

»Posted by on Oct 19, 2019 in Micro Actif | 0 comments

Descartes

 

 

Descartes : Voix et texte, Franck Unimon ce samedi 19 octobre 2019. 

 

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Une autre fin du monde est possible

»Posted by on Oct 18, 2019 in Ecologie, Puissants Fonds | 0 comments

Une autre fin du monde est possible

 

 

 

 

 

 

 

  • Les revoilà ! 

 

Il y a maintenant deux ou trois ans, la lecture de leur livre Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes m’avait assommé. Et puis, sous l’effet du déni sans doute, la vie avait continué.

 

Mais les revoilà avec un nouveau livre :

Une autre fin du monde est possible ( vivre l’effondrement et pas seulement y survivre) et, cette fois, Pablo Servigne et Raphaël Stevens sont rejoints par Gauthier Chapelle pour la rédaction de ce livre. Et j’ai remis ça. J’ai également lu cet ouvrage. Cela m’a pris plus d’un mois. Bien que ce livre puisse se lire en moins d’une semaine.

Tout autant fourni en bibliographies et références diverses, Une autre fin du monde est possible ( vivre l’effondrement et pas seulement y survivre) est typiquement le genre de livre dont vous ne parlez pas autour de vous à moins de vouloir prendre le risque de passer pour fou, parano, extrémiste, séropositif, négatif, pessimiste ou pour celle ou celui qui a subitement pété plusieurs plombs ou plusieurs câbles en même temps. Le sujet a très mauvaise haleine et transmet des très très mauvaises vibrations. Et cela ne se perçoit peut-être pas dans mes articles mais, dans la vie, j’aime plutôt rire et faire rire.

 

  • obéir

 

 

C’est vraisemblablement pour ces quelques raisons que depuis la fin de sa lecture il y a plusieurs jours maintenant, je me suis abstenu d’en parler. Et que je me suis lancé dans la lecture de Leçons de danse, leçons de vie de Wayne Byars, un ouvrage plus rassurant et pourtant complémentaire avec le récent ouvrage de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle.

Une autre fin du monde est possible est typiquement le genre de livre dont vous ne parlez pas autour de vous, lorsque vous vivez parmi des gens «normaux », mais qui vous réveille en pleine nuit pour écrire à son sujet. C’est ce qui est en train de m’arriver. Cela m’est bien sûr arrivé pour d’autres articles différents et plus joyeux, mais c’est ce qui m’arrive pour ce livre. Il est 4h35 et tout à l’heure, ce livre m’a en quelque sorte dit ( oui, certains livres et certains mots me parlent) :

« Franck, le moment est arrivé pour toi de parler de moi. C’est mon tour ! J’ai suffisamment attendu ». Et j’ai décidé d’obéir. 

 

  • Le Symptôme Take Shelter

 

 

Le réalisateur Jeff Nichols, au festival de Cannes en 2011.

 

 

 

J’aimerais encore que ma façon de réagir à la lecture de ce livre soit dû au symptôme Take Shelter, titre du film du réalisateur Jeff Nichols où l’acteur Michael Shannon, père de famille et fils d’une schizophrène, commence à avoir des visions d’une catastrophe à venir. Et, malgré la désapprobation générale de la communauté et l’incompréhension de sa femme (l’actrice Jessica Chastain), celui-ci décide, en s’endettant, de construire un abri pour sa fille et sa femme.

Dans Take Shelter, il s’agit d’une catastrophe naturelle qui touche leur région ( au Texas, je crois) et non d’un effondrement mondial. Mais à Cannes, alors que mon collègue journaliste, Johan, et moi l’interviewions- je faisais l’interprète- pour le magazine cinéma Brazil, Jeff Nichols nous avait expliqué qu’en devenant père lui-même, il avait commencé à percevoir le monde comme pouvant être particulièrement menaçant.

Lorsque j’avais lu le précédent ouvrage de Pablo Servigne et Raphaël Stevens Comment tout peut s’effondrer, j’étais moi-même devenu père. Et les trois auteurs de Une autre fin du monde est possible précisent aussi être malgré tout devenus pères. L’âge des enfants n’est pas précisé mais je suppose que nous parlons à chaque fois d’enfants de moins de dix ans, soit un âge où, dans l’espèce humaine, les enfants sont particulièrement vulnérables. Et leurs parents aussi sans doute. Cette précision « psychologique » permettra peut-être de mieux faire comprendre mon état d’esprit alors que j’écris sur cet ouvrage.

 

  • Nous sommes peut-être des oies

 

Pour le reste, selon Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, ainsi que pour d’autres (scientifiques, auteurs et militants….), l’espèce humaine, en 2019, devant l’effondrement serait à peu près équivalente à celle de ces oies qui, la veille du repas de Noël, estimeraient que tout va pour le mieux car elles sont particulièrement choyées. Ou à ces proies et ces victimes qui, alors qu’elles se rendent à un événement heureux ou anodin, vivent peu après une très mauvaise expérience qui se révèlera définitive ou traumatisante.

 

  • Plusieurs types de réactions d’oies

 

Devant de telles suggestions d’avenir que nos trois auteurs ( et d’autres) justifient largement, on a le choix entre plusieurs types de réactions :

Déni, colère, dépression, renoncement, acceptation….. et Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chappelle le savent pour l’avoir vécu eux-mêmes. Dans Comment tout peut s’effondrer, ils expliquaient par exemple que leurs relations avaient pu se tendre avec plusieurs de leurs proches.

Dans Une autre fin du monde est possible, ils évoquent un moment cette conséquence relationnelle et affective, page 264 :

« Qui n’a pas déjà éprouvé des difficultés à trouver oreille attentive lorsqu’il s’agit de parler d’un possible effondrement ? Lorsqu’on découvre tout cela, surtout si c’est dans la solitude, le premier réflexe est de vouloir le partager rapidement avec des proches pour se sentir moins seul, ou parce qu’on les aime et qu’on estime que cette information est capitale pour leur sécurité. Mais attention, lorsque les autres ne sont pas prêts à entendre (et c’est souvent le cas) les réactions sont souvent désagréables tout comme le sentiment de solitude et d’incompréhension qui peut en découler. La première chose à faire est peut-être de prendre le temps d’intégrer tout cela pour soi. Ceux qui n’ont pas la chance d’avoir des proches sensibles à cette thématique peuvent échanger facilement à travers les réseaux sociaux. Lire un article, un commentaire, un livre ou un documentaire sur un sujet que l’on croyait tabou, et en parler librement, redonne du baume au cœur ».

 

  • Une oie tâte du doigt deux groupes d’entraide

 

J’ai lu et voulu que ce livre soit moins « bon » que le précédent. A un moment, en allant voir deux des sites de groupes d’entraide qu’ils citent, je me suis dit qu’il y avait un côté sectaire tout de même dans leur façon de réagir. Mais cela fait aussi partie du déni de vouloir voir le mal et des sectes dès qu’il s’agit de changer de comportement et de vision sur notre vie et sur le monde.

 

  • En coloc au colloque

 

Récemment, un spécialiste des addictions qui intervenait lors d’un colloque organisé sur le thème de « Spiritualité et addictions » m’a donné cette réponse simple afin de faire la différence entre un groupe ou un lieu bienveillant et une secte ou un groupe jihadiste (ou extrémiste) qui proposeraient leur « aide » :

 

Liberté, Gratuité et Charité.

 

  • Dans l’arrondissement de la brèche

 

Il peut en effet être difficile à la fois de continuer de vivre sa vie en s’abstenant de raser les murs tout en se disant- en même temps- que ce monde que nous voyons et que nous avons toujours connu- et construit mentalement- malgré ses apparences de perpétuité toute puissante, a en son foyer une brèche d’éphémère et d’illusoire et que celle-ci grandit de jour en jour que l’on s’en aperçoive ou non. Pour moi, le suicide de Christine Renon, la directrice d’école maternelle publique de Pantin dans le 93 récemment, la dégradation des conditions de travail dans l’école publique,  la dégradation continue des conditions de travail dans l’hôpital public depuis plus d’une vingtaine d’années, la dégradation des conditions de travail dans la police font partie de l’effondrement. 

Servigne et Stevens l’avaient déjà bien expliqué dans Comment tout peut s’effondrer :

L’effondrement a déjà commencé. Que l’on parle du réchauffement climatique ou de la détérioration de notre monde dans les domaines sociologiques, culturels, politiques, économiques et militaires. Avant la grande catastrophe que tout le monde pourra « voir » à l’œil nu ou subir éventuellement, l’effondrement est avant tout une succession de disparitions, de dégradations et de tragédies dont on s’est accommodé ou dont on s’accommode jour après jour.

 

  • Les vers puissants

 

Les hommes politiques ( et j’écris « hommes » parce qu’à ce jour, hormis quelques exceptions, les principaux dirigeants politiques de notre monde sont et ont été des hommes) et les « Puissants » resteront sur la lancée de leur vision archaïque du monde comme ils le font depuis des siècles. Au mieux, ils réagiront dans l’urgence.

Servigne, Stevens et Chapelle nous expliquent ( après d’autres sans doute) que «Les trente glorieuses » qui ont suivi la Seconde Guerre Mondiale et qui nous ont toujours été décrites comme une période de grande croissance économique seront peut-être surnommées plus tard « Les trente affreuses » d’un point de vue écologique. Or, nous sommes toujours calés sur ce modèle de développement économique et industriel qui consiste à asservir et exploiter la terre, les êtres (humains et non humains), leur vitalité et leur richesse comme si celles-ci étaient illimitées et négligeables et qu’elles pourraient être remplacées par des innovations technologiques ou éventuellement être retrouvées en abondance sur une autre planète.

 

  • Compost de pommes et solutions

 

Dans Une autre fin du monde, vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre) Servigne, Stevens et Chapelle s’attachent à proposer des solutions.

 

Parmi elles, l’entraide, la solidarité, être dans l’art et dans la culture, le retour à une certaine spiritualité mais aussi réapprendre à vivre avec la nature et selon la nature.

Les trois auteurs nous rappellent comme nous sommes devenus des citadins forcenés de plus en plus connectés et, pourtant, nous sommes de plus en plus coupés de nous-mêmes et des autres humains et non-humains.

On peut les trouver paradoxaux- peut-être afin de nous rassurer- comme ils peuvent à la fois envisager le pire et dire qu’il y aura beaucoup de morts et de souffrance, évoquer la possible émergence de bandes armées, et, en même temps, donner l’impression , à les lire, qu’en cas de catastrophe, il nous « suffira » de rester des personnes civilisées et de faire un travail sur nous-mêmes pour nous en sortir. Alors que ce sera vraisemblablement, un « peu » la panique et la barbarie à certains endroits :

 

  • Nomade’s land 

« L’avenir risque d’être en grande partie nomade » écrivent-ils par exemple (page 264, encore apparemment).

 

  • Superbe parano orientée sud-ouest avec vue dégagée sur la mer, proche de toutes commodités

 

Résumé comme je viens de le faire, ce livre continuera peut-être de passer pour l’ouvrage résultant d’un « complot » de survivalistes bobos permettant, il est vrai, l’essor lucratif d’une économie de la survie au même titre que le Bio, désormais, est devenu une très bonne niche économique- et un très bon investissement comme la fonte de la banquise- pour certains entrepreneurs, certains politiques, certains financiers et certains meneurs religieux ou sectaires. 

 

  • Les premières impressions…

 

On peut aussi rester sur l’impression première qui consiste à voir dans ces «histoires » d’effondrement l’expression d’une certaine parano affirmée qui ferait son coming out. La parano, on le sait, étant cette logique, qui, à partir de certains faits réels, se confectionne et affectionne une seule vérité, la sienne, et repousse voire assujettit ou détruit sans pitié les autres vérités.

Franck Unimon, ce vendredi 18 octobre 2019.

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