Pour les Poissons Rouges

Nous vivons à l’époque du Poulpe

»Posted by on Mar 28, 2022 in Pour les Poissons Rouges | 0 comments

Nous vivons à l’époque du Poulpe

Gare de Paris St Lazare, mars 2022.

 

Nous vivons à l’époque du Poulpe

 

 

Nous vivons à l’ époque du « Poulpe ».

 

Il nous faut par tous nos pores d’usage, notre dose d’émotions, de sensations, de vibrations, de jouissance, de satisfaction, d’excitation, d’exaltation, d’existence. Et cette dose, nous la trouvons, la prenons, la conquérons ou la recherchons, la perdons aussi, au travers de ces multiples prises, claviers, touches, bouches, conso et ces moyens technologiques qui sont devenus l’extension spontanée de nos fibres sensibles et de nos tentacules.

 

Nos moyens technologiques de communication et de diffusion puissants, poussés, ultra-calibrés et « illimités » nous entraînent dans une frénésie de « pubs », de « tubes », « d’achats », «  d’informations », de « voyeurismes », de « déclarations », de « narcissismes », « d’exhibitionnismes » ou de « cynismes » quasi-permanente.

 

Sans doute qu’une fois de plus dans l’Histoire de l’Humanité,  culmine à la fois en nous un certain sentiment totalitaire de toute puissance et d’invulnérabilité associé à son contraire. Soit une conscience presque autant acérée que nous n’avons peut-être jamais été autant vulnérables et menacés.

 

On dirait que plus nous sommes « évolués » et plus nous sommes condamnés à la descente.

 

Paradoxalement, au lieu de nous instruire véritablement, nous passons encore beaucoup de temps à nous distraire et nous séduire en nous racontant- à nous mêmes- des bobards.  Souvent les mêmes bobards : que nous sommes spéciaux et que, nous, nous échapperons aux tricots des asticots.  

 

 

PSYCHOTHERAPIES, PSYCHANALYSE Et ADDICTIONS ( Transfert et Contre transfert) Séminaire de ce Samedi 19 Mars 2022 de 9h30 à 12H30 à Sainte Anne ( Service d’Addictologie, Dr Xavier LAQUEILLE) avec Pierre Sabourin, Psychiatre, Psychanalyste et Claude Orsel, Psychiatre, Psychanalyste

 

L’intitulé de cet article à venir n’est pas glamour. On dirait presque l’entrée d’un cimetière ou d’un monastère. Donc, cet article fera beaucoup moins de vues qu’une fête à Ibiza. Pas plus, en tout cas, que n’en n’a fait mon premier article sur le Cinquentenaire de Marmottan ( Les cinquante Temps de Marmottan) il y a un mois, exactement, le 28 février dernier.

Paris, mars 2022.

 

Bien-sûr, en matière de diffusion et de communication, je pourrais et devrais faire beaucoup mieux afin de rendre son contenu attractif, plus dynamique et plus « jeune » :

 

Je pourrais transformer cet article en podcast. Je pourrais filmer des images, faire un montage et les montrer de manière plus « chaleureuse ». En continu. 

 

Paris, mars 2022.

 

 

Lors de ce séminaire du samedi 19 mars 2022, dont je parlerai bientôt, une fois de plus, Claude Orsel a filmé. En caméra fixe.

 

Sauf que Claude Orsel, pas plus que Pierre Sabourin et tant d’autres professionnels de Santé ou d’autres disciplines, n’est un homme de pubs ou de cinéma. Ce qui est donc un premier écueil afin de « draguer » plus de public. Alors que des professionnels tels que Pierre Sabourin et Claude Orsel ont plus à nous apprendre que bien des animatrices et des animateurs, ou certains journalistes télé, presse ou radio, beaucoup plus rémunérés, que l’on « voit », « lit » ou « entend » régulièrement depuis des années.

 

Le second écueil, tout autant évident, m’est apparu seulement récemment. Avec mon premier article sur le Cinquentenaire de Marmottan.

 

Pour moi, il est tout à fait normal d’évoluer dans l’univers de la Santé mentale. Car c’est un univers professionnel où j’ai choisi d’évoluer. Lycéen, à l’approche du Bac, si j’avais pu avoir la possibilité de faire des études longues, je me rappelle avoir eu envie de faire des études de « psycho » et de « philo ». Même si un cursus en psycho et en philo peut aussi faire bifurquer dans d’autres domaines professionnels (le réalisateur de cinéma Bruno Dumont a bien fait des études de philo), il y a néanmoins une continuité dans le fait, que j’aie choisi de travailler en psychiatrie adulte puis en pédopsychiatrie. Ce choix a été, pour moi, comme pour d’autres professionnels, un « processus » normal que de me retrouver, en partie, là. 

 

Cette « normalité » de choix, pour moi, m’a fait perdre de vue il y a très longtemps, que ce qui est ou peut être « normal » pour moi ne l’est pas pour d’autres. Pour beaucoup d’autres, en fait.

Pour un apnéiste de haut niveau, il est « normal » depuis très longtemps de descendre à cinquante mètres de profondeur avec une monopalme. Ou sans palmes.

 

Pour un chasseur de pêche sous-marine, il est tout autant « normal » de descendre à dix ou quinze mètres de profondeur, en pleine mer. De se poser sur les fonds, à l’agachon, et d’attendre qu’apparaisse le poisson, pour le « tirer » et remonter ensuite avec à la surface.  Et de faire ça pendant deux à trois heures en prenant le temps, bien-sûr, de reprendre son souffle, de s’alimenter et de boire de l’eau.

 

Pour l’apnéiste, le pêcheur à la ligne ou le baigneur lambda ou occasionnel, de telles pratiques relèvent de la folie, du danger, de la légende, du mysticisme ou de la mythomanie et sont des pratiques à fuir ou à bannir.

Gare St Lazare, Paris, mars 2022.

 

C’est pareil avec la Santé Mentale. Notre rapport à la Santé Mentale, c’est peut-être ce qui nous reste, dans notre modernité, de notre rapport à la sorcellerie. Il y a la « bonne » sorcellerie. Et il y a la « mauvaise » sorcellerie. Il y a la sorcellerie du cinéma ou de l’art que l’on peut accepter. Et il y ‘a la sorcellerie de la Santé mentale.

 

 

A moins d’y être attiré ou contraint par des événements le touchant personnellement ou professionnellement, l’individu lambda, spontanément, sera plus attiré par des « distractions », des « animations » ou des sujets plus faciles, plus divertissants ou plus « grand publics » que ceux croisés dans les services de la Santé mentale.

 

Paris, mars 2022.

 

 

Les distractions et les animations « grand publics » sont celles où l’on ne prend pas trop de risques en regardant, en s’approchant, en s’approchant. Ou celles que l’on a l’impression de contrôler. «L’impression » que l’on a d’une expérience, si l’on a l’impression de la contrôler, peut avoir plus d’importance que la dangerosité réelle de l’expérience. Si l’on a l’impression de ne pas pouvoir contrôler l’expérience, on peut être d’autant plus poussé à mettre un terme à l’expérience.

 

A Center Parks ou à Euro Disney, tout est fléché. On y va pour s’amuser, pour passer « un bon moment » et pour consommer en contrepartie. On est prêt à payer pour ce divertissement en toute sécurité. Et à y retourner si les tarifs et le rapport « qualité-prix » nous correspond. On accepte aisément cette forme de racket ou de « ciblage » consenti et tout à fait légal. Voire, on redemande de ce plaisir « fait sur mesure » et qui nous donne l’impression d’être important en nous garantissant une tranquillité et une sécurité si difficiles à trouver et à préserver en temps ordinaire : problèmes de train, embouteillages, factures, impôts, guerres, mauvaises nouvelles, augmentation du prix de l’essence, des taxes….

 

En Santé Mentale, c’est un peu le contraire qui se passe. On peut y passer de « bons moments ». Mais, il va falloir les créer soi-même.  Pour cela, il faut être un peu armé mentalement, moralement, intellectuellement, et être bien encordé. Etre encordé à d’autres collègues endurants, bienveillants, constants, aventuriers, expérimentés. Et imaginatifs.

 

Cela ne se trouve pas si facilement. Et pas tout le temps. En Santé mentale comme ailleurs, d’ailleurs. Avec les amis, les conjointes et les conjoints, des partenaires, des associés,  c’est un peu pareil mais c’est un autre sujet.

 

Je me rappelle de temps  à autre d’une phrase répétée par un de mes anciens médecins chefs dans le service où j’avais débuté en pédopsychiatrie, dans un service (fermé) de soins et d’accueil urgents :

 

« Le travail en pédopsychiatrie, c’est de l’alpinisme de haute montagne ».

 

La haute montagne, ici, n’a rien à voir avec l’Everest. Mais avec nos Histoires personnelles. Autant celles des patients que les nôtres, soignants, qui rencontrons celles des patients. Et je crois qu’il est bien des personnes qui préfèreraient sans aucun doute escalader dix Everest plutôt que d’avoir à rencontrer, pour de vrai, l’Histoire personnelle passée et présente, de quelques patients. En pédopsychiatrie ou ailleurs.

Paris, près de la Place de la Concorde, février ou mars 2022.

 

Pour faire dans le solennel, je crois que la plupart des sujets abordés en Santé Mentale concernent le plus grand nombre depuis…la nuit des Temps. Sauf que, depuis la nuit des Temps, la plus grande partie des personnes concernées préfère s’occuper, regarder et écouter ailleurs.

 

Car il y a un aspect très ardu dans la Santé Mentale, et qui peut faire fuir le plus grand nombre, autant que le jargon appuyé et invraisemblable certaines fois ou trop souvent employé. C’est le fait, je crois, de nous mettre assez frontalement devant nos propres Tabous et nos propres limites. Face à nos insuffisances. Et de devoir en répondre. Sans artifices. Sans rouler des mécaniques puisque cela ne sert à rien de rouler des mécaniques lorsque se trouve devant nos propres faiblesses.

 

Le cinéma, lorsqu’il aborde ces sujets, use d’artifices. Car le cinéma est un Art fait d’artifices, de maquillages, de décors, d’éclairages construits, de textes sus, appris, de comportements traduits et travaillés, d’une temporalité maitrisée, d’un budget programmé, de toute une logistique de repérage, de toute une aura, aussi, autour des « Stars » qui ont droit à certains privilèges. Il y a beaucoup de Stars. Celles que tout le monde voit.

Paris, mars 2022.

 

Et toutes les autres autour.

 

Et puis, une salle de cinéma, on y entre pour une durée donnée et déterminée à l’avance. Nous avons choisi le film et l’heure de la séance. Au pire, si cela se passe mal au cours de la « projection », il suffit de sortir de la salle. En Santé mentale, nous disposons de moins d’échappatoires. Il n’y a pas de chef décorateur, il n’y a pas d’assistant réalisateur, il n’y a pas de cascadeur, il n’y a pas de script, il n’y a pas de coiffeur ou de coiffeuse, il n’y a pas plusieurs prises….

 

Je me rappelle d’un grand producteur de cinéma, qui, au festival de Cannes, s’était beaucoup ému devant un film qu’il avait trouvé « particulièrement humain ». Je m’étais alors dit :

Mais s’il veut autant vibrer d’humanité, lui et tous ceux et toutes celles qui lui ressemblent, il n’a qu’à venir travailler en psychiatrie ou en pédopsychiatrie. Car En Santé Mentale, certains des verrous de nos divers maquillages, de nos certitudes et mises en scène sautent lorsque l’on pratique. Sincèrement et avec régularité.

 

Si l’on a réellement l’intention de se chercher et de se débusquer.

 

Alors qu’il est d’autres environnements, professionnels ou autres, où l’on peut plus facilement se raconter notre personnage, être insincère,  et  vendre cette image à d’autres qui vont se complaire ou se conforter dans ce qu’on leur donne à voir de nous. Dans une sorte de compromis où chacun a intérêt à se dissimuler, à jouer ou à se déguiser. Un peu comme sur les réseaux sociaux ou dans certaines soirées ou rencontres où l’on fait le « beau » ou la « belle ».

Gare de Paris St Lazare, mars 2022.

 

 

Je ne peux pas comprendre autrement, par exemple, le suicide, le 20 avril 2018, du jeune et célébrissime DJ Avicii «  âgé seulement de 28 ans ». DJ superstar, connu pour avoir fait danser et donné de grands et beaux souvenirs à des milliers de jeunes (et moins jeunes) fêtards dans le monde entier. Je vois au moins dans son suicide, celui d’un jeune homme qui, à un moment donné, et trop longtemps, s’est sacrifié pour que d’autres s’amusent, se rencontrent, fassent l’Amour, baisent, se défoncent et fassent du fric. Alors qu’il aurait mieux fait de s’arrêter et se demander qui il est et ce qu’il veut véritablement vivre. Quatre ans après sa mort, je ne suis pas sûr que, parmi celles et ceux qui l’ont pleuré après avoir dansé « avec lui » ou qui ont « chroniqué » sa mort dans les Média, que tous en soient arrivés à peu près à la conclusion – approximative- que je tire de son suicide. Son suicide, je pense, a sans doute été une information surprenante et sensationnelle qui saisit d’abord. Puis cette information a rejoint l’hémorragie de notre humanité dans un flot d’autres nouvelles désormais oubliées car débarrassées de leur lot d’étincelles faites de sensationnel, de stupeur, de peur, d’immédiateté et de vibrations.

 

 A titre de comparaison, même si le décès de Jacob Desvarieux, l’année dernière, ( un des fondateurs et meneurs du groupe Kassav’) a attristé, je crois qu’il ne fait pratiquement aucun doute que celui-ci avait eu sur scène, dans les studios de musique, et de par le monde, la vie qu’il avait souhaité avoir.

 

Pour moi, travailler en Santé Mentale, ou décider de venir y consulter, c’est au moins ça :

 

Décider, à un moment donné de s’arrêter de « fonctionner ». Et prendre le temps de se demander qui l’on est et ce que l’on veut véritablement vivre. Ce qui peut très mal s’accorder avec notre activité quasi permanente, voire paramilitaire, de poulpe.

Spot 13, Paris, mardi 22 mars 2022.

 

On dirait, parfois ou souvent, que notre vie doit seulement tenir dans le rythme ou à la cadence de la fibrillation cardiaque permanente.  Si les battements de notre cœur ralentissent, c’est la peur qui s’installe. Parce-que, fondamentalement, technologies surpuissantes ou non, nous avons toujours aussi peur du silence, du repos, de la pénombre, du vide, de la contemplation et de la solitude.

 

 

Franck Unimon, ce lundi 28 mars 2022.

 

 

 

 

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Conscience Sociale Modifiée

»Posted by on Mar 27, 2022 in Corona Circus, Pour les Poissons Rouges | 0 comments

Conscience Sociale Modifiée

Marion Maréchal- Le Pen, nièce de Marine Le Pen et petite-fille de Jean-Marie Le Pen, du Rassemblement National ( ex Front National) à côté d’Eric Zemmour qu’elle a officiellement “rallié”, un des actuels candidats aux élections Présidentielles. Eric Zemmour, pendant des années, a été et reste un “polémiste” très médiatisé ainsi qu’un “écrivain” ou “essayiste” aspirant à une France “comme avant” : du Temps de Pétain, du temps de la colonisation française, dans un pays où il faudrait porter des prénoms “bien” français etc……Photo prise à Paris, près de la Madeleine, fin mars 2022, alors que je me rendais au travail ou en revenais.

Conscience sociale modifiée

 

« Je te croyais plus ambitieux ».

 

Quelques fois, certaines remarques de nos proches nous surprennent par leur jugement vénimeux sans appel. On dirait que notre intimité avec eux, nous qui passons une grande partie de notre temps à nous cacher, leur a permis de s’approcher de nous avec un scalpel pour mieux couper la corde de l’estime approximative que nous pouvons nous porter.

 

Si nous avons de la chance ou suffisamment de forces, la corde tient suffisamment, la chute arrive d’une hauteur encore supportable ou nous avons le temps de retrouver un appui ferme pour échapper au vide et au désespoir.

 

J’avais déjà entendu parler de Pierre Bourdieu lorsqu’une de mes ex, avec laquelle j’étais encore en relation, m’avait dit cette phrase. Un jour.

 

J’ai oublié le sujet de notre discussion d’alors. Mais je me rappelle encore de cette phrase. Il est des phrases, bonnes ou mauvaises, qui, instantanément, nous auscultent.

 

Et restent. 

 

Ces phrases font rapidement partie de nos provisions mentales et morales pendant des années. Et sont très vite mystérieusement compatibles avec d’autres pensées et croyances que nous avions déjà. 

 

Avant d’en vouloir à leurs autrices ou auteurs, il faut savoir se dire que nous, aussi, avons sans aucun doute servi ce même genre de « supplice » à d’autres que nous avions aussi sorti de notre carquois sans y réfléchir.

 

C’est notre côté Schtroumpf : untel m’a mordu. Plus tard, je mords untel autour de moi. Souvent un proche ou une proche ou quelqu’un pour qui on peut avoir une certaine « sympathie » ou « affection».

 

Peu importe que la personne que je mords n’a rien à voir avec mes déboires comme le fait que ce que j’ai vécu de malveillant et blessant date déjà d’il y a plusieurs millénaires, avant même que je ne croise celle ou celui que je vais à mon tour agresser moralement ou verbalement avec un sentiment de pleine légitimité.

 

Car, assurément, ce jour où mon ex m’avait dit «  Je te croyais plus ambitieux », elle s’était sentie légitime. Et, elle ne pensait pas forcément à mal. Comme assez souvent, chaque fois que l’on décoche une mandale morale à quelqu’un d’autre. Car, oui, cette phrase de mon ex, prononcée sans crier, plutôt dite sur le ton de l’aveu ou du simple constat, était bien et est bien l’équivalent d’une mandale.

 

Sa phrase signifiait et signifie bien : « Je ne pensais pas que tu te contenterais d’une vie de merde ». «  Je ne pensais pas qu’avec tes capacités, tu te satisferais d’être si peu ». «  En fait, tu as une vie de pauvre type. Tu es un pauvre type qui a passé son temps à rêver une vie grandiose que tu n’as pas et que tu n’auras probablement jamais. Puisque tu te contentes d’une toute petite vie ».

 

 

Le tout dit sans agressivité particulière mais aussi sans conseil pour qu’éventuellement, je me dirige vers un supposé domaine où je pourrais me réaliser à la hauteur de mes capacités réelles ou supposées. Ce qui est pire, bien-sûr.

 

 

Depuis des années, je n’aime pas le mois de mars. Et, finalement, alors que ce mois de mars se termine, que je l’ai plutôt mieux supporté que lors d’autres années, il est amusant que je sois inspiré, aujourd’hui, alors que ce mois de mars se termine et que nous sommes passés cette nuit à l’heure d’été, pour publier cet article.

 

Alors qu’évidemment, j’ai eu bien d’autres idées d’articles ce mois-ci avant lui mais n’ai pas eu la disponibilité suffisante, à mes yeux, pour bien m’en occuper.

 

Alors que cet article-ci vient « d’arriver ». Et il coule tout seul. Comme c’est amusant.

 

 

Aujourd’hui, je n’ai plus de contacts avec cette ex. Même si je repense de temps à autre à elle. On me dira sans doute : 

 

« Bon débarras ! ».

 

Peut-être. Pourtant, je persiste à penser que là où elle a grandi et est restée vivre avec son mari et leurs deux enfants, à Marseille, qu’elle était sincèrement attachée à moi. Car on peut décider de vivre avec quelqu’un d’autre qui colle mieux à nos standards et parcours sociaux ainsi qu’à notre modèle racial tout en ayant été réellement attaché à quelqu’un d’autre. C’est ce que j’ai vécu, je crois, avec elle.

 

Et c’est ce qu’a pu vivre d’une certaine manière, sans le préjudice d’ordre racial, le personnage joué par l’acteur Jake Gyllenhaal dans le film Nocturnal Animals de Tom Ford avec son ex, jouée par l’actrice Amy Adams.

 

 

J’avais 25 ans lorsque j’avais acheté le livre de Pierre Bourdieu : La France parle. Un livre que j’ai toujours et que je n’ai jamais pris le temps de lire. Comme bien d’autres livres achetés après lui. A la place, j’ai lu d’autres livres et articles. J’ai aussi écrit des articles de cinéma mais aussi pour mon blog depuis. 

 

25 ans, pour découvrir le nom de Pierre Bourdieu et entendre parler un peu de lui, ce n’est pas vieux. Sauf que lorsque l’on est jeune, on croit parfois, cela a été mon cas, que l’on a tout le temps devant soi. On mesure moins, aussi, à quel point peuvent nous enfermer les conséquences de certains de nos choix.

 

Insouciance et optimisme jusque-boutiste peuvent très bien s’accorder avec l’ignorance et la vitalité de la jeunesse. Et, j’ai été de ceux-là de bien des façons.

 

Infirmier diplômé d’Etat avant mes 21 ans (il était et reste assez difficile de le devenir beaucoup plus jeune) par pragmatisme, pour échapper au chômage,  plus que par idéal, j’ai ensuite régulièrement manœuvré pour reprendre de manière discontinue le cours des études d’une façon ou d’une autre.

Contrairement à mon ex qui, issue d’un milieu social moyen à peu près comme le mien, avait pu, comme sa sœur aînée, après son Bac, se diriger sans discontinuer vers des études universitaires littéraires longues. Dans une discipline qui lui plaisait. A elle, la possibilité, donnée par ses parents, de pouvoir croire un minimum en ce qu’elle aimait. A moi, le « littéraire » et l’intellectuel, l’aîné de ma famille, la nécessité de devoir comprendre dès la fin du lycée qu’avec un père qui avait exprimé dès ma quatrième ou ma troisième que « faire des études longues ne sert à rien ! », qu’il me valait mieux bifurquer vers des études concrètes et courtes après le Bac. Pour trouver du travail et gagner ma vie.

 

 

C’est ainsi qu’après mon Bac et mes études d’infirmier, je n’ai fait que des “soubresauts” d’études. Des études d’Anglais à la Fac que je n’ai pas reprises, après mon service militaire, encore alors obligatoire. Malgré les incitations répétées de ma mère à ce que je reprenne ma licence d’Anglais. Je n’ai jamais eu l’envie de retourner à la Fac après mon service militaire, dégoûté par le caractère très scolaire de mes deux années d’études universitaire. J’avais assez donné dans les études faites plus par Devoir que par plaisir. Or, jusqu’au Bac, pour moi, faire des études était un plaisir. Tout comme écrire m’est un plaisir.

Après le DEUG d’Anglais obtenu en trois ans, il y avait eu un Brevet d’Etat d’Educateur sportif. Puis, des années plus tard, une initiation d’une année à la criminologie dans un institut privé dont le créateur, Laurent Montet, a ensuite été condamné -en 2019- pour « escroquerie ». Et dont l’institut de criminologie ne « valait rien ». Je n’ai pas encore pris le temps d’écrire à propos de Laurent Montet ni au sujet de Stéphane Bourgoin, ex spécialiste des tueurs en série, que j’avais aussi rencontré (et aussi interviewé à deux reprises).

 

Il y a aussi eu l’obtention d’un certificat professionnel de massage bien-être ; des expériences de comédien au théâtre y compris dans quelques projets professionnels ; la reprise de cours de théâtre dans le conservatoire de ma ville ; le passage des deux premiers niveaux de plongée ; l’apprentissage du roller à plus de trente ans ; la découverte de la pratique de l’apnée ; l’expérience de journaliste cinéma y compris au festival de Cannes ; le fait de me constituer des expériences infirmières différentes en psychiatrie et en pédopsychiatrie dans des services et des établissements différents ; la découverte de la pratique de l’apnée en bassin ainsi qu’en mer.

 

Ce qui constitue un CV plutôt varié et florissant. Sauf que tout cela ne paie pas.

Au spot 13, ce 22 mars 2022. Aucun rapport avec la rue Verneuil que je cite ci-dessous. Sauf que je préfère cet art que j’ai vu et que je montre sur cette photo à ce que j’ai vu, rue Verneuil, comme je le raconte….

 

 

Il y a quelques jours, me trouvant dans la rue Verneuil, à Paris, en rentrant du travail sur mon vélo pliant, je me suis arrêté devant une agence immobilière. Le temps de manger quelques chouquettes que je venais d’acheter car je faisais une hypoglycémie. Il était près de 13h. Il faisait assez chaud. Après ma nuit de travail, je m’étais rendu dans la foulée à un séminaire de trois heures à nouveau organisé et proposé par Claude Orsel. 

Séminaire au cours duquel, cette fois-ci, était intervenu Pierre Sabourin, psychiatrie et psychanalyste, qui s’occupe entre-autres des personnes victimes d’inceste. Il y a des métiers plus “légers” et plus faciles. Dans un autre article, je ferai sans doute un résumé de ce séminaire. 

Ce samedi-là ( sans doute ce samedi 19 mars) en parcourant certaines annonces immobilières devant moi, j’ai bien été obligé de me rendre compte qu’il me serait aujourd’hui impossible, si je le souhaitais, d’acheter un deux pièces pour la “modique” somme de 498 000 euros.

 

 

Mon ex, qui s’est mariée avec quelqu’un qui, également issu d’un milieu social moyen, est devenu ingénieur, avait donc raison de me dire il y a plusieurs années : 

 

« Je te croyais plus ambitieux ».

 

On peut avoir bien des « qualités » et se démener. Si cela ne rapporte pas économiquement et socialement en termes d’évolution, il arrive un moment où cela ne sert (presque) à rien. Concrètement.

Au Spot 13, Paris, ce 22 mars 2022.

 

 

Concrètement, si j’avais été plus ambitieux, il y a vingt ou trente ans, j’aurais pu, aujourd’hui, si je le souhaitais, m’acheter ce deux pièces pour la somme de 498 000 euros. En empruntant, bien-sûr. Mais, pour cela, encore fallait-il avoir un plan de vie et un plan de carrière.

 

Car même si ce prix est évidemment excessif, j’ai aujourd’hui compris qu’en achetant un tel appartement, rue Verneuil, dans le 7 ème arrondissement que « j’achetais » aussi le quartier où il se trouve. Et que cela peut avoir des bonnes retombées sur ma vie sociale mais aussi sur ma descendance. Que ce soit en termes d’opportunité sociale mais aussi, pour être à proximité des bonnes écoles ou des bons lieux de soins. Puisque c’est dans ce monde-là que nous vivons, que nous avons toujours, en grande partie, vécu. Celui où, d’un côté, certaines personnes, dès le début, pensent à leur avenir ainsi qu’à celui de leurs proches et de leurs progénitures. Et celui, où, ailleurs, bien d’autres, souvent le plus grand nombre, le plus souvent sous l’effet d’une contrainte économique, sociale et morale, décident ou se résignent à confier leur destin ou à le voir jeté en pâture au « petit bonheur la chance».

Il m’a fallu attendre d’avoir à peu près la cinquantaine, de m’estimer sans doute un petit peu plus que lorsque j’avais 18 ou 25 ans, donc de devenir plus critique aussi envers la « réussite » de certaines personnes, et d’être devenu père pour comprendre ce que certaines personnes avaient plus que compris- et appliqué- bien avant leurs 18 ans….

J’ai donc l’impression, bien des fois, d’avoir été, comme des milliers et des millions d’autres, d’avoir été une de ces souris studieuses et “généreuses”, mais aussi tarées, de laboratoire qui ont gaspillé une grande partie de leurs forces dans des conduits les éloignant de plus en plus des “bonnes” issues mais, aussi, des meilleurs débouchés, ou, plus simplement, de plus saines et plus confortables conditions de vie et de travail.

Chez moi, la locomotion a d’autres incidences : à moi les commotions, à d’autres, les promotions.

Et, le fait d’être devenu infirmier, si ce métier m’a en effet sauvé et préservé du chômage, m’a aussi malheureusement exposé et continue de m’exposer au fait que je continue de faire partie de ces millions de Français, mais aussi de ces milliards d’individus, que l’on peut sacrifier ne serait-ce que socialement. Ou professionnellement : je n’ai rien découvert avec le scandale actuel dû à la publication du livre Les Fossoyeurs de Victor Castanet, sorti récemment. C’est la raison pour laquelle j’ai refusé d’acheter ce livre : je n’allais pas donner de l’argent pour lire ce que, comme beaucoup d’autres, j’avais pu subir, et continué de subir, en exerçant en tant qu’infirmier pendant des années.  

Dans ce livre, Les Fossoyeurs, il est ainsi “révélé” qu’une bonne partie de l’argent public qui vient de l’Etat et des contribuables ( donc, de toutes les personnes qui paient leurs impôts dont je fais, comme beaucoup d’autres soignants et non soignants, également partie ) a vraisemblablement été détourné par le groupe privé Orpea à son profit et pour celui de ses membres et actionnaires les plus haut placés. Alors que cet argent devait bénéficier aux pensionnaires, donc aux malades présents dans ses EPHAD. Mais aussi à ses salariés dont des soignants.

 

Il est tant d’autres professions nécessaires, en France, où, en termes de conditions de travail et salariales, l’on peut être aussi sacrifié ou négligé : pompiers, enseignants, travailleurs sociaux…..

 

Lorsque je lis comme je l’ai lu récemment que l’Etat français, dirigé actuellement par Emmanuel Macron ( et qui sera selon moi, et comme le disent les sondages, réélu ) ,  s’est engagé à attribuer 15 milliards d’euros à la police sur cinq ans, je me dis à la fois que la police, en tant qu’institution publique en avait bien besoin pour mieux travailler. Mais je me dis aussi que l’Etat français, pour imposer des lois anti-démocratiques ou amorales qu’il a prévu de faire appliquer prochainement, a aussi besoin de pouvoir compter sur ses forces de police. Et, pour cela, quoi de mieux que de commencer par “bichonner” sa police. Car, à ce jour, je n’ai pas entendu parler d’une somme de 15 milliards allouée par l’Etat, sur cinq ans, aux hôpitaux publics par exemple….

 

Au spot 13, Paris, ce 22 mars 2022.

Je n’aime peut-être pas le mois de mars parce qu’il agrège en lui certaines histoires désagréables de notre passé avec celles du présent et de l’avenir. Et que tout cela brasse en moi des mémoires négatives et contraires. Or, je n’aime pas ce genre de cuites mémorielles.  De ces cuites mémorielles, le pire comme le meilleur, peut sortir. Et, sans doute en ai-je une conscience grossière. Or, tant que la maladie d’Alzheimer où une autre affection médicale ou psychiatrique lourde et invasive restera extérieure à ma conscience et à ma mémoire, les mois de mars, au moins, me le rappelleront tels des aiguillons :

Je ne peux me satisfaire complètement de ce que je vis comme de certains événements que j’aperçois.

 

Au Spot 13, Paris, ce 22 mars 2022.

 

 

Les prochaines élections présidentielles auront bientôt lieu en France. La guerre en Ukraine est désormais l’actualité. Ainsi que le prix du litre d’essence qui avoisine les deux euros et le pronostic annoncé de pénuries alimentaires mais aussi de certaines matières premières dans certaines régions du monde.

 

 Avec la reprise de la pandémie du Covid « mais sans plus d’hospitalisations » puisque, désormais, environ « 80 pour cent » de la population française a reçu trois doses ou l’équivalent de trois doses de vaccin anti-Covid, nous pouvons à nouveau, depuis le 15 mars environ, à moins d’un mois des élections présidentielles, nous rendre dans une salle de cinéma et dans une médiathèque sans avoir à présenter de pass sanitaire ou vaccinal. Ou même nous rendre dans une agence de banque sans masque anti-Covid sur le visage.

 

Mais une infirmière ou un soignant qui continue de refuser le vaccin anti-Covid reste suspendu de ses fonctions sans salaire comme cela a commencé à être appliqué en octobre de l’année dernière. Cela fait donc cinq mois que ma compagne, également infirmière, est suspendue et sans salaire. Et, à mon avis, quel que soit le Président ou la Présidente élue en avril en France, la vaccination contre le Covid restera obligatoire en France au moins encore pendant un an ou deux.

 

 

Tout à l’heure, je me suis dit que dans un véritable monde démocratique, les dirigeants et aspirants dirigeants de ce pays et de ce Monde s’affronteraient dans des épreuves et des émissions du type Koh-Lantah ou Hunger Games. Et, qu’ensuite, nous, les milliards de votants, d’après ce que nous aurions perçu et compris d’eux, nous ferions notre choix. Bien-sûr, il faudrait l’existence de gardes fous pour éviter que des groupuscules armés, et autres, ne viennent intimider les votants. Mais nous n’en sommes pas là. Nous en sommes « seulement » à quelques jours du premier tour des élections présidentielles en France. Où il s’agira de « choisir » la candidate ou le candidat la plus ou le plus à même de nous représenter.

Paris, mars 2022.

 

Je ne voterai pas pour Eric Zemmour. Ni pour les Le Pen. Je n’en n’ai aucune intention ( Vivre au temps du Covid avec Eric Zemmour ). Cependant, je me dois de constater qu’en matière d’ambition, qu’eux, comme les autres candidats de ces élections présidentielles, et celles et ceux qui font partie de leurs “équipes”, visibles et invisibles, ont été autrement et largement plus compétents que moi. Et depuis très longtemps, déjà. Car elles et ils ont su répartir, bien mieux que moi, leurs efforts, leurs forces, leurs stratégies ainsi que leurs relations selon leurs ors et leurs ordres de priorité sociales et économiques. Une Rachida Dati, pour moi, est une sorte de quintessence de la réussite sociale. Travailleuse, certes. Mais quel sens hors du commun de la stratégie ! Si je ne me sens aucune affinité personnelle avec elle, je ne peux qu’être admiratif devant son parcours. Concilier comme elle l’a fait, réussite dans ses études, psychopathie (si, si ! il y a de la psychopathie chez elle car pour avoir réussi à faire peur à François Fillon, lorsqu’il était encore Premier Ministre, il faut bien avoir de la psychopathie en soi ) et carrière politique, me rend admiratif : tout le monde, aujourd’hui, parmi celles et ceux qui, en même temps qu’elle elle, ont pu être Ministre, ne peut pas se vanter d’être devenu Maire d’un arrondissement huppé de Paris. 

 

Et, de mon côté, si j’ai toujours travaillé depuis l’obtention de mon diplôme d’Etat d’infirmier en 1989, à ce jour, eux (les candidats de ces élections présidentielles) peuvent ou pourraient, s’ils le souhaitaient, s’acheter un deux pièces 498 000 euros, rue Verneuil (voire, on serait heureux de leur faire une baisse de prix significative) et moi, non. Par contre, grand lot de compensation, d’ici quelques jours, j’aurai le grand privilège (car cela reste un privilège) d’aller voter en faveur de l’un ou l’une d’entre eux.

 

 

Je ne me plains pas. Tant d’autres sont tellement moins bien lotis que moi. Et je m’en sors beaucoup mieux qu’eux. Je m’en sors avec un peu plus d’estime pour moi-même comparativement à il y a quelques années. Et en vivant certains plaisirs où je n’ai pas à me mentir ou à mentir à celles et ceux avec lesquels je les partage.

 

Spot 13, Paris, 22 mars 2022.

 

Franck Unimon, ce dimanche 27 mars 2022.

 

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Le couple de la Saint-Valentin/ La femme dans l’homme

»Posted by on Fév 14, 2022 in Pour les Poissons Rouges | 0 comments

Le couple de la Saint-Valentin/ La femme dans l’homme

Paris, Bd Raspail, près de l’hôtel Le Lutétia, dimanche 13 février 2022.

  Le Couple de la Saint-Valentin/ La femme dans l’homme

 

Dans la cour du lycée, chaque fois que Khadija, d’origine kabyle, apercevait son frère aîné dans les environs, elle arrêtait de me parler et son regard se calcinait. Nous ne faisions que discuter. Son frère aîné ne s’est jamais approché. Et, elle ne m’a jamais appris ensuite qu’il lui avait fait des reproches. Mon geste le plus déplacé  à son encontre avait été de lui dire un jour :

 

«  Il te va bien, ton Jean moulant ». Je crois que cela l’avait flattée.

 

Avant les épreuves du Bac qui annonçaient la fin de la récréation de toutes nos théories et notre entrée en matière dans le monde des adultes, catastrophé, alors qu’il avait toujours été très sûr de lui, Abdelkader, très bon élève, s’était immédiatement inquiété de son futur lorsqu’il serait en couple avec sa femme qu’il ne connaissait pas encore :

 

« Mais qu’est-ce que je vais pouvoir lui raconter ?! ». Pris de « cours », je n’avais pas su quoi lui répondre. Je n’avais pas encore étudié ce programme.

 

 

Sept ans plus tard, après mon service militaire, et alors que j’avais déjà « reçu » la vie en pleine face et assez brutalement en devenant infirmier à vingt et un ans, j’avais été horrifié lorsque Tsé, une de mes collègues, m’avait appris que deux de nos collègues mariés et plus âgés avaient eu une liaison ensemble. J’avais alors totalement oublié que, enfant, régulièrement, les week-end, j’avais vu mon père découcher deux ou trois jours de suite, après s’être pomponné auparavant, une bonne heure durant, dans la salle de bain. Salle de bain dont il avait auparavant pris soin de fermer la porte à clé. C’était l’époque où ma mère m’avait appris, qu’un jour, elle quitterait mon père. Qu’elle était « jeune et fraîche ».

 

C’était aussi l’époque où mon père savait me prévenir de ne jamais me « laisser commander par une femme ». Mais, aussi, que « la femme blanche » était l’ennemie. Ce qui, ensuite, m’a beaucoup aidé dans mes relations amoureuses en France où il y a si peu de femmes blanches.

Cela, tout en étant très content de m’exhiber, comme son fils, à quelques blancs, dont une femme que nous étions, un jour, allés saluer. Cette femme, en me voyant sur le seuil de la porte de son appartement, s’était émerveillée à me voir. Et, ce, à la grande fierté de mon père. Je ne me rappelle pas de la voix ou de la présence d’un homme alors que mon père était parti me montrer à cette dame souriante et plutôt jolie pour ce que mes souvenirs d’enfant ont pu me laisser d’elle. Je devais avoir moins de huit ans. J’étais alors un mignon petit garçon. Je ne faisais alors pas encore trop chier le monde avec mes élucubrations. C’est plus tard que j’ai commencé à mettre une mauvaise ambiance en adoptant certains comportements et en ayant certains propos.

Gare de Paris St Lazare, dimanche 13 février 2022.

 

C’était il y a quarante ans ou plus. Depuis, ma mère et mon père se sont mariés. Et, ils vivent au « pays » où ils sont retournés vivre il y a quelques années.

 

« C’est vrai que, seuls, des fois, on s’ennuie » m’avait dit la mère d’une copine. « Il faut se régénérer, perpétuer son nom… » m’avait informé mon parrain, un jour où je l’avais croisé et où il avait été étonné que je n’aie « toujours pas d’enfants ». J’avais une trentaine d’années. Et, entendre qu’il fallait « se régénérer » m’avait fait ricaner plutôt qu’encouragé.

 

« Il ne faut pas attendre cinquante ans pour faire des enfants ! » m’avait indiqué un peu plus tard, à Montebello, en Guadeloupe, un de mes cousins, mon aîné de deux ou trois ans. J’avais plus de trente ans. J’étais célibataire, sans enfant. Bien que venu rendre visite, j’étais pour lui- qui avait apparemment réussi sa vie puisqu’il avait donné la vie deux fois- ni plus, ni moins, l’équivalent d’un homme sans testicules. Ou qui ne savait pas comment s’en servir.  

Nous étions chez ses parents chez lesquels il était retourné vivre, à près de quarante ans. Après s’être séparé des mères de ses deux filles. Plutôt que de rester seul dans sa maison qui était juste à côté, il me l’avait montrée du doigt. Maison qui était «fermée » m’avait-il appris. Ce cousin « expert » en vie conjugale m’avait expliqué ses séparations par le fait que:

 

« L’homme a une certaine conception de la vie… la femme en a une autre ».

 

 

Demain, c’est la Saint Valentin et l’on va à nouveau nous rappeler que l’Amour peut tout et est plus fort que tout. Lorsque j’étais célibataire, je l’ai beaucoup pensé. Que ce soit lorsque j’accumulais les histoires à la « mords moi le nœud ».  Ou lorsque j’ai concentré tant de solitude que j’étais dans une quête affective régulière. A une époque, le livre Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq m’a beaucoup parlé. Comme son adaptation cinématographique ensuite par Philippe Harel avec lui-même et José Garcia dans son premier grand rôle dramatique.

 

Si j’ai rarement envié la place de ces amis et connaissances qui se sont mariés et ont ensuite fait des enfants selon un protocole bien établi avec, pour certains, l’achat de la maison, j’ai pu davantage leur envier cette impression de « complétude » affective que je voyais chez eux. Alors que moi, je devais assez régulièrement partir à la chasse afin de m’assurer un minimum de subsistance affective. Même si j’ai aussi connu des moments très agréables, tout seul, tranquillement dans mon coin. Sauf que cette solitude demeurait aussi lorsque j’avais à nouveau des besoins affectifs. 

 

J’ai aussi pu être très docte en présence des parents de certaines de mes copines. Je m’entendais bien en général avec les parents de mes copines. Et j’aimais discuter. Je me rappelle avoir placé en plein repas chez les parents d’une de mes copines, avoir lu que beaucoup de couples se séparaient parce-que la femme refusait de faire des fellations. Est-ce mon insouciance ou l’ouverture d’esprit de celle qui aurait pu devenir ma belle-mère ? Mais celle-ci s’était alors mise à rire tandis que le père, lui, n’avait fait aucun commentaire. Et ma copine, d’alors, quant à elle, ne m’en avait pas voulu. Cela n’a pas été ensuite la raison de notre séparation.

 

Aujourd’hui, je trouve que les relations entre les femmes et les hommes sont devenues encore plus difficiles. L’Amour, le désir, il n’y a rien de plus facile. C’est la partie, ou les parties, sans jeux de mots, les plus faciles d’une relation pourvu, bien-sûr, que celles-ci soient partagées.

 

Ensuite, ça se crispe lorsque la relation commence à s’établir ou cherche à s’établir. Selon les mœurs. Selon l’époque. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’un homme a le choix entre être parfait ou être un goret. Qu’est-ce qu’être parfait ? Personne ne le sait vraiment, c’est ça qui est drôle.

 

Gare de Paris St Lazare, dimanche 13 février 2022.

 

Est-ce qu’une personne parfaite, femme ou homme, a plus de chances qu’une autre de plaire ? Bien-sûr que non. Ce serait même plutôt le contraire. Ça, aussi, c’est drôle.

 

Récemment, j’ai prêté à une collègue la trilogie Pusher de Nicholas Winding Refn. J’attends qu’elle me donne son avis. J’ai néanmoins d’abord fait la grimace lorsqu’elle m’a dit, qu’en « échange », elle me prêterait le dernier livre de Mona Chollet, Réinventer l’amour dont j’avais entendu parler et à propos duquel j’ai lu des très bonnes critiques.

Je lui ai exprimé mes réserves. Et cette collègue s’est empressée de me rassurer.

 

Je lis très facilement, je crois, des œuvres de femmes ou ayant trait aux relations humaines comme aux sentiments. Mais il s’exprime désormais, en France, une telle exigence à propos de la façon dont doit ou devrait se comporter à peu près tout homme pour être considéré comme à peu fréquentable pour certaines femmes que je deviens méfiant devant ce type d’ouvrage qui traite de “l’Amour” tel qu’il pourrait ou devrait être entre les hommes et les femmes.

 

Par exemple, je suis désormais très suspicieux lorsqu’un homme, fut-il sincère, se déclare « féministe».  Car, pour moi, ce terme peut être une formule plus qu’une pratique. Comme les termes « communication », « gay friendly », « tolérance » « ouverture d’esprit » qui font très jolis dans une conversation et sont faciles à prononcer. Et sont à la portée de n’importe qui.  En théorie. Comme les termes « chaleureux », « familial », « démocratie », « élégance » peuvent aussi faire très joli dans une présentation ou dans un discours.

 

Certaines expériences et rencontres sont nécessaires pour évoluer et pour apprendre.  Mais pour cela, il faut au moins que deux personnes d’horizons assez différents acceptent de se rencontrer un minimum.  Alors que j’ai l’impression que pour certaines personnes, tous les Savoirs sont innés ou devraient l’être. Non. Même si l’on est volontaire, certains Savoirs doivent s’acquérir et il nous est impossible de les deviner même si ces Savoirs sont évidents pour d’autres.

 

Paris, Place de la Madeleine, Dimanche 13 février 2022.

 

 

Par exemple, certaines personnes croient encore que les enfants sont « le ciment du couple ». Et que les attentions portées en tant que parents aux enfants sont interchangeables avec les attentions portées au départ au couple. Pour ces personnes, être parents, s’occuper des enfants, justifie d’oublier tout ce qui a trait au couple et a pu donner envie à l’autre d’être en couple avec nous.  Ainsi certaines personnes ignorent ou tiennent à ignorer que l’absence ou le manque de fantaisie, la routine, le manque d’optimisme permanent ou répétitif, les tâches quotidiennes et ménagères toujours prioritaires peuvent tuer un couple ou une relation d’une manière générale. 

 

Et si l’Amour et le désir sont les stimulants du départ de feu d’une rencontre, et sont plus glamours, les peurs communes- et souvent invisibles- que l’on partage avec l’autre sont souvent plus «responsables » de ce qui nous pousse à aller vers une personne plutôt que vers une autre. Mais aussi à rester avec elle ou à la quitter.

 

La violence sexuelle meurtrière et condamnable de certains hommes vient peut-être aussi du fait que la sexualité, imposée mais aussi consentie de part et d’autre, reste un critère de jugement moral, d’estime de soi et de la valeur qui nous est attribuée. La sexualité que l’on a nous donne un certain sentiment  d’importance. Mais aussi un certain sentiment de puissance. Y compris en termes de puissance de séduction. L’expression ” être un bon coup” ou “être un bon parti” peut autant s’appliquer à un homme qu’une femme. Que l’on parle de sa valeur et de son prestige social ou de sa valeur sexuelle.

 

Si un homme violeur abuse de sa force et impose sa puissance, il est des femmes qui se sentent aussi puissantes à séduire, y compris sexuellement, des femmes ou des hommes, qu’elles désirent ou convoitent. Un film sorti récemment relate la dernière histoire de l’écrivaine Marguerite Duras avec un homme nettement plus jeune qu’elle et, d’après ce que j’ai compris, si tous deux ont pu aimer parler littérature, Duras a aussi beaucoup apprécié en profondeur le “style” du corps de son dernier amant. On doit pouvoir parler pour elle d’une sexualité résolument carnivore. Et, j’ai cru comprendre qu’Edith Piaf, aussi, avait pu aussi avoir une sexualité particulièrement vorace. Ou Amy Winehouse

Donc, la sexualité peut aussi être une arme de puissance pour une femme. Y compris pour tenir ou retenir une partenaire ou un partenaire. L’expression « tenir quelqu’un par les couilles » me semble très explicite de ce point de vue. Même si, depuis, nous avons connu un ancien Président américain qui a pu se vanter d’être incapable de s’empêcher d’attraper les femmes « par la chatte ».

 

La sexualité, que l’on soit peu ou beaucoup porté dessus, garde, je crois, tant pour les femmes que pour les hommes, une importance particulière dans les relations.

 

Rares sont les personnes, hommes ou femmes, qui se vantent ou se valorisent d’avoir peu de relations sexuelles. Au mieux, certaines personnes affirmeront que la sexualité a pour elles assez peu d’importance ou en a moins qu’à une époque de leur vie. Sauf bien-sûr si ces personnes évoluent dans un univers où la sexualité est limitée à certaines fonctionnalités telles que, au hasard, séduire une partenaire ou un partenaire afin de créer un couple, procréer. Ou si, « bien-sûr », la sexualité est perçue comme une activité amorale ou proscrite.

 

Au départ, je voulais appeler cet article La femme dans l’homme. En m’inspirant un peu de la réponse de l’artiste Catherine Lara à cette question qui lui avait été posée il y a plusieurs années :

 

« Que regardez-vous en premier chez un homme ? ».

Réponse de Catherine Lara : «  Sa femme ».

Paris, dimanche 13 février 2022, Bd Raspail.

 

 Puis, je me suis dit qu’un titre pareil- La femme dans l’homme- était un petit peu trop vieux jeu. Ou que cela ferait “trop” typé hétéro. Puisqu’aujourd’hui, on parle plus facilement de relations amoureuses entre deux personnes du même sexe, mais aussi d’un autre « genre ». J’ai appris récemment que le terme « cisgenre » est un terme qui serait moins discriminant à employer afin d’éviter d’exclure toutes les personnes qui sont extérieures ou étrangères aux normes hétérosexuelles standards.

 

Pourtant, malgré mes « efforts », cet article apparaîtra encore trop normé et trop guindé pour certaines Valentine et certains Valentin. Mais, au moins, aurais-je essayé d’aborder ce sujet de l’Amour avec mes propres pensées et sincérité. Sans me contenter de réciter.

 

Bonne Saint Valentin !

 

Franck Unimon, ce dimanche 13 février 2022.

 

 

 

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Les zozos

»Posted by on Déc 1, 2021 in Pour les Poissons Rouges | 0 comments

Les zozos

Paris, Place de la Concorde, le 28 ou le 29 novembre 2021.

 Les Zozos

 

Les micros et les images sont devenus, ou restés, nos idoles.

 

Des zozos,  échappés des zoos de nos pensées ou de sables oubliés, s’accaparent les micros et les images autour desquels nous danserons comme dans un bal.

 

Les zozos fréquentent les plateaux de télé et les endroits réservés aux privilégiés où l’on s’exprime. On y mange bien. On s’y maquille ou on les maquille. On y fait des rencontres. On leur ouvre les portes. On leur écrit certaines fois leurs discours, leurs interventions ou leurs articles. On les coache et les conseille. On les épouse. On  est content de les reconnaître et de leur dire tout le bien que l’on pense d’elles et d’eux. Ils et elles font ensuite leur numéro devant d’autres invités très sélectionnés. Des spectateurs les écoutent et les regardent avec une très grande écoute et un plus haut soin. Ecoute et soin que ces spectateurs sont peut-être incapables d’attribuer à leur propre vie comme à leurs proches.

 

Les zozos ont un pouvoir de détournement de fond la pensée, de l’attention et de la créativité extraordinaires !

 

Le second bal :

 

Le second bal est d’une si grande banalité qu’il semble arrimé à la perpétuité.

Depuis quelques jours, le froid git de plus en plus dans nos viscères et dans nos os. Ce matin, sur mon vélo, après le travail, il devait faire quelques degrés au dessus de zéro.

 

« Déconstruire », « Changer les codes », « changer de logarithme »,  sont les formules ou les nouveaux habitants régulièrement convoqués et admis. Là où ça « compte » :

 

Là où «  ça se sait », là où cela « s’entend » et se « voit » que l’on pense et agit. Si cela ne se « sait » pas, ne « s’entend » pas ou ne « se voit » pas, c’est que cela n’existe pas. C’est la règle absolue de notre bal ordinaire et quotidien.

 

Eux, on ne les voit pas et on ne les entend pas, les Tony Allen de la construction. Dans ces moments-là, on ne leur demande pas s’ils s’appellent Xavier-Pavel, Krishna-Gérald, Mamadou-Anne, Eric-Mustapha, Paolo-Valérie, Emmanuel-Joao. S’ils ont cinq femmes, chacun. S’ils sont musulmans, athées, bouddhistes, végétariens, carnivores, chrétiens ou superstitieux. S’ils écoutent du Rap, du Fado, de la musique congolaise ou de la musique classique. S’ils savent lire et écrire. Si leurs enfants sont dans de bonnes écoles. Et s’ils comprennent quand on leur parle. S’ils fument du cannabis ou boivent de l’alcool. S’ils sont transgenres, homos ou queer. S’ils contactent des cam-girls ou des cam-boys. S’ils jouent à la play-station. S’ils sont en règle.

 

Ils travaillent.

 

Et, nous, nous passons ou partons au travail.

 

Ensuite, quand leur travail sera terminé, leur prochaine mission sera de laisser la place aux touristes, à de nouveaux habitants, à des usagers, aux consommateurs et à des orateurs qui parleront de grandeur ou, au contraire, de décadence en pensant à De Gaulle. Un homme qui, il y a plus d’un demi siècle a à la fois contribué à délivrer la France mais a aussi interdit à des arabes et à des noirs- qui s’étaient battus pour la France- de défiler sur les Champs Elysées pour fêter la libération.

 

Mais cela ne change rien au fait que, eux là, qui travaillent maintenant près des Champs Elysées,  réapparaitront plus tard. Quel que soit le numéro de la vague de la pandémie. Dans un autre chantier, un fait divers, une cité ou sur un échiquier électoral. Et ainsi de suite.

Paris, Place de la Concorde, le 28 ou le 29 novembre 2021.

 

Franck Unimon, mercredi 1er décembre 2021.

 

 

 

 

 

 

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Une semaine qui commence bien

»Posted by on Nov 8, 2021 in Corona Circus, Pour les Poissons Rouges | 0 comments

Une semaine qui commence bien

Gare d’Argenteuil, ce lundi 8 novembre 2021 au matin.

 

Une semaine qui commence bien

 

On l’oublie mais….il se passe toujours quelque chose. Je ne devais pas être dans ce train, ce matin. Cela s’est décidé tôt. Avant d’emmener la petite à l’école. Les vacances de la Toussaint étaient terminées.

 

Hier après-midi, j’étais allé voir l’adaptation au théâtre par Daniel Muret du film Garde à vue de Claude Miller. J’en reparlerai. Cette adaptation m’a peut-être influencé.

 

Même si j’avais déjà la volonté d’aller là où je suis allé bien avant ça.

 

Alors que je m’approchais de la gare d’Argenteuil, ce matin, le train omnibus arrivait. Je l’ai pris. Pour aller à Paris, au procès des attentats du 13 novembre 2015.

 

J’allais écouter un podcast sur mon téléphone portable puis je me suis dit :

 

«  Non. Je vais prendre le temps de regarder les gens ».

 

Une gare plus loin, je l’ai vu arriver sans masque. Mais ça ne m’a pas marqué. Il avait un grand sourire. D’origine asiatique. La trentaine ou la quarantaine. Une doudoune jaune. Propre sur lui.

 

Le train est reparti. Il a commencé :

 

« Excusez-moi de vous solliciter (ou de vous déranger….) ».

 

Il a commencé comme un mendiant mais a bifurqué sur :

 

« Depuis deux ans, au moins (…..) Macron, quel bouffon ! (….) Respirez librement. Enlevez vos masques, vos muselières (….) ».

 

Il a expliqué qu’il s’adressait aux gens qui avaient éteint leur télé et « allumé » leur cerveau. Il a parlé de la peur qui permettait de nous faire accepter n’importe quoi.

 

« ça se met en place, gentiment… ». En face de moi, la femme assise près de la fenêtre, dans le sens de la marche, a levé les yeux au ciel lorsqu’elle entendu ça. Comme si elle se sentait mal.

 

Il a poursuivi :

 

« Il y a deux ans, si on nous avait dit : Pour aller au restaurant, il vous faut décliner votre identité, vous auriez dit : « Quoi ?! On est dans quel pays ?! En Corée du Nord ?! En Chine ?! ».

 

Pour conclure, il a dit :

 

« Je vais passer parmi vous pour recueillir vos sourires et vos encouragements… ».

Il est parti dans le sens opposé. Ce qui fait que je ne l’ai plus revu. La femme assise en face de moi s’est levée, puis, elle est partie aussi. Ils étaient peut-être amants. Il aura tout fait pour la faire revenir et ça aura marché.

 

Ils étaient à peine partis tous les deux que des contrôleurs sont arrivés. Je ne sais toujours pas quoi penser de cette coïncidence. Près de notre rangée, un contrôleur d’une quarantaine d’années, les cheveux courts, a fait claquer son brassard fluo de contrôleur autour de son biceps…comme un flic. Cela fait maintenant un ou deux ans que les contrôleurs ont ce genre de brassard. On sent bien que ce brassard a fait monter chez certains leur niveau de virilité mais aussi un certain sentiment d’invulnérabilité. Et c’est pareil chez les femmes contrôleuses.

 

Je n’ai rien contre les flics.

 

Très vite, deux des collègues du contrôleur lui ont fait signe, devant. Lui et peut-être un ou deux autres de ses collègues sont alors partis en renfort. J’ai cru à du répit. Mais après avoir réglé leur affaire, ils sont revenus cinq minutes plus tard :

« Contrôle de vos titres de transport, s’il vous plait ». Un de ses collègues plus jeunes a présenté sa machine afin que nous lui soumettions notre pass navigo. Il a dit bonjour à chacun d’entre nous. J’ai été le dernier à sortir mon pass navigo, déjà lassé par ce début de journée.

Gare de Paris St-Lazare, lundi 8 novembre 2021, au matin.

 

Sur le quai de la gare St Lazare, j’ai aperçu plusieurs contrôleurs qui entouraient un homme. Puis, alors que je suivais le flot des voyageurs, j’ai vu arriver, à contre-courant, plusieurs membres de la police ferroviaire dans leur tenue bleue. Ils longeaient le train.

Il était bientôt neuf heures du matin. Le trajet avait été plus long que d’habitude. Cela m’avait retardé.

 

Je ne vois pas encore très bien quel rapport ces différents événements pouvaient-ils avoir entre eux.

 

Franck Unimon, lundi 8 novembre 2021.

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Jay-Z, Basquiat et Beyoncé à Paris, au Châtelet

»Posted by on Oct 24, 2021 in Pour les Poissons Rouges | 0 comments

Jay-Z, Basquiat et Beyoncé à Paris, au Châtelet

Paris, 19 octobre 2021, le matin.

 

                          Jay-Z, Basquiat et Beyoncé à Chatelet, ce mois d’octobre 2021

C’est un petit peu une histoire de boulangerie. Non pas que je vous roule dans la farine. Mais parce qu’après une nuit de travail, il y a quelques jours, j’ai repris mon vélo pour bifurquer jusqu’à celle qui est ma boulangerie préférée. Mais aussi mon secret. Pour les croissants au beurre et les pains au chocolat. Je vous en dirai moins sur elle que « sur » Jay-Z et Beyoncé. Bien que je la connaisse davantage que ces deux-là. Je connais davantage l’image de Jay-Z et Beyoncé que ce qu’ils sont véritablement ou ont réalisé en tant qu’artistes, commerçants ou citoyens. C’est le propre des « stars» d’être beaucoup connues pour et par leur image à la suite d’un ou de plusieurs événements auxquels ils ont contribué ou participé. Par ailleurs, c’est sans doute souvent comme ça aussi :

 

On parle beaucoup mieux et plus longtemps de ce que l’on ne connaît pas. Ce que l’on connaît vraiment, c’est d’une telle évidence pour soi qu’on ne le mentionne que très rarement. Et puis, parler seulement de ce que l’on ne connaît pas permet de distraire celles et ceux qui nous regardent et nous écoutent tout en conservant nos secrets que ceux-ci voudraient pourtant peut-être bien connaître.

 

Après un passage dans « ma » boulangerie où tout est fait sur place, les pâtisseries originales, le pain avec de la farine de kamut, d’épeautre et les brioches, j’ai choisi de repasser devant le palais de la justice de l’île de la Cité. Nous avons un palais pour goûter les bonnes choses. Nous avons aussi des palais pour écouter, regarder, commenter, pleurer, endurer, juger et condamner.

Paris, 19 octobre 2021, au matin.

Pendant encore quelques semaines, tous les jours (même le samedi et le dimanche ?), quinze victimes des attentats islamistes du 13 novembre 2015 à Paris viendront témoigner.

Je suis déjà passé une première fois devant ce grand palais. Je suis ce matin-là repassé devant car j’ai le projet de venir assister au moins à une audience. Les tribunaux, comme mon travail d’infirmier en psychiatrie, sont ces endroits où l’envers des corps et des comportements nous montrent un autre monde que celui des jolies vitrines ou, parfois, des fortes poitrines qui nous attirent. Nous avons besoin de jolies vitrines. Du moins sommes-nous éduqués et entraînés pour rechercher pratiquement en exclusivité leur contact et leur proximité. Cela nous anime. Même si chaque fois que nous tombons un peu trop amoureuses et amoureux de nouvelles vitrines, nous nous éloignons toujours un peu plus de nos origines. 

Paris, 19 octobre 2021, le matin.

 

J’avais passé la « frontière » le long de ces barrières de sécurité et des forces de police engagées et je me dirigeais vers Chatelet lorsque j’ai d’abord vu la grosse tête de Jay-Z. Je l’ai toujours trouvé moche. Le phénomène était amplifié avec les locks qu’il portait.

Jay-Z n’est pas le seul moche au monde et dans la vie qui, une fois qu’il a réussi, est devenu très beau et irrésistible. Cela fait au moins vingt ans que Jay-Z, maintenant, est devenu beau et irrésistible. Grâce à sa maestria dans le Rap. Aujourd’hui, on parle moins de lui qu’il y a dix ou quinze ans. Mais il fait partie de ces artistes bien implantés dans le décor. Avoir sa tête surdimensionnée sur une affiche gigantesque à Chatelet, en plein Paris, à quelques minutes à pied d’un tribunal où sont en train de se juger des attentats mondialement connus, n’est pas donné à n’importe qui ! Les personnages Vore et Tina/Reva du très bon film Border d’Ali Abassi ne bénéficieront jamais de tout cet éclairage public.

 

Même s’ils racontent une histoire qui a pu être celle de Jay-Z.

 

C’est de leur faute ! Ils n’avaient qu’à faire du Rap et à se sortir du lot !

 

Mais j’avais mal regardé. Sur l’affiche, Jay-Z n’est pas seul. A côté de lui, il y a Beyoncé. La belle Beyoncé. Sa femme ou sa compagne dans la vraie vie.

 

Une autre affiche, sur le côté, montre le couple autrement. Lui, Jay-Z, assis qui la regarde ou semble la regarder et elle, toute en formes, dans une longue robe noire près du corps, face à nous. Elle fait un peu « potiche », Beyoncé. Sauf que quelques indices nous dissuadent de le penser.

Paris, 19 octobre 2021, le matin.

 

D’abord, Beyoncé est debout alors que lui, Jay-Z, est assis. Donc, elle le domine. Ensuite, en observant un peu mieux le « look » de Sieur Jay-Z mais aussi le fond de l’affiche, on comprend que nous sommes dans une reproduction d’un tableau du peintre Basquiat, d’origine haïtienne. Peintre mort avant ses trente ans et devenu célèbre. Madonna avait connu Basquiat et avait peut-être, ou sûrement, été un moment sa maitresse ou une de ses maitresses.

 

C’était il y a longtemps.

 

Avant que le Rap ne devienne ce qu’il est maintenant aux Etats-Unis et en France. Bien avant que le monde, et Chatelet, n’entendent parler de Jay-Z et de Beyoncé.

Basquiat, de son vivant, avait souffert du racisme. Les poches remplies du pétrole des billets de dollars, il s’attristait de ne pouvoir prendre simplement un taxi dans New-York. Les chauffeurs ne s’arrêtant pas parce qu’il était….noir comme le pétrole. 

Photo d’une des oeuvres de Basquiat, prise fin décembre 2018, lors de l’exposition à la Fondation Louis Vuitton.

 

 

Les locks portées par Jay-Z ont à voir avec celles que portaient Basquiat mais aussi avec celles portées par les Rastas. Si l’on parle des Rastas, alors, on parle du Reggae. De Bob Marley, bien-sûr, l’icône Reggae en occident et dans le monde (même Miles Davis avait joué un titre, My Man’s Gone now , en hommage à Bob Marley après la mort de celui-ci en 1981).

 

De Bob Marley, l’amateur fidèle de vitrines retient souvent qu’il était l’adepte d’un Peace & Love universel. Mais les titres de Bob Marley et le Reggae en général temporisent aussi des violences et des contestations.

 « Europeans stay in Europe and Africans rule Africa ! » avait pu chanter le groupe Black Uhuru dans son titre Wicked Act. Black Uhuru fut un court temps  supposé,  par la voix de Michaël Rose, pouvoir devenir ce qu’avait été Bob Marley. La référence du Reggae dans le monde. Mais le groupe n’a pas résisté à son succès. Et puis, une fois de plus, la musique a changé mais aussi la façon de l’écouter.

 

Le Reggae, mais aussi sa version Dub, est donc une musique qui a la particularité de mettre une bonne ambiance, détendue, faite de Ah-Ah-Ah, et de danse auto-berçante. Alors qu’elle chante souvent la tristesse, une mémoire traumatique, la colère et l’espoir. Le Rap, dans sa constitution et ses origines, lui devrait beaucoup.  Billie Eilish et Aurora ?  

Photo d’une des oeuvres de Basquiat, prise fin décembre 2018, lors de l’exposition à la fondation Louis Vuitton.

 

On est loin de se douter de ce qui compose le Reggae si on ne le sait pas. Ou si personne ne nous l’a raconté lorsque l’on peut voir, par exemple, un Tiken Jah Fakoly, « un ancien », danser sur sa musique.  Je me suis déjà  interrogé sur ce paradoxe qui consiste à danser et à créer une musique dansante pour parler de sujets graves. Mais c’est certainement seulement comme ça que ça peut « marcher » pour attirer et toucher un plus grand auditoire.

 

Danser et sourire

 

 

Presqu’autant que par la pauvreté, la faim, la douleur ou la peur, on devient infirme lorsque l’on devient inapte à danser, à rêver comme à sourire. Mais, au départ, on ne fait pas particulièrement attention à ça, lorsque l’on perd la faculté de danser, de rêver et de sourire ou que celle-ci diminue. Tant que l’on peut continuer à se déplacer de différentes façons et que l’on a à effectuer un certain nombre de tâches qui nous occultent. 

Paris, 19 octobre 2021, le matin.

 

Ces deux grandes affiches de Jay-Z et de Beyoncé ne m’ont ni fait sourire ou danser. Du reste, elles ne sont pas là pour ça. J’ai fini par voir aussi que c’était une pub pour les bijoux Tiffany’s. Et, qui mieux que Beyoncé pouvait porter un collier de la joaillerie de luxe Tiffany’s ? Je n’imagine pas le même collier autour du cou de Jay-Z.

Jay-Z et Beyoncé font partie, depuis plusieurs années, des multimillionnaires. Moi, je fais partie des personnes qui ont régulièrement, depuis des années, un découvert bancaire. Aucun producteur, aucun artiste mais aussi aucune célébrité ou spécialiste de n’importe quel type n’a besoin de mes services. Ma vie et celle de Jay-Z et Beyoncé sont incomparables. Des bijoux de haute valeur, une réussite sociale, artistique et économique, sont des trophées de guerre pour celle ou celui qui, à l’origine, aurait dû se contenter de rester le témoin ou le spectateur des victoires sociales des autres. Avec cette pub, on est très loin du constat amer fait dans le film Retour à Reims de Jean-Gabriel Périot – d’après l’ouvrage de Didier Eribon- où la plus grande partie des personnes issues d’un milieu social modeste et moyen sabordent d’elles-mêmes leurs aptitudes et leurs ambitions. Jay-Z et Beyoncé ont su inverser le processus. Et, sur cette affiche, plus grande que l’endroit où j’habite,  lorsque l’on lève la tête, on voit donc deux pilotes d’essai qui se sont rendus aux bons endroits, au bon moment, avec les bonnes cargaisons, les bonnes munitions et les bonnes intuitions. Celles qui permettent de s’installer, d’être acceptés, de durer, et d’être recherchés pour des facultés particulières : des qualités artistiques et/ou une célébrité maintenue.

 

Ma sœur a néanmoins souligné le paradoxe de la perruque blonde pour Beyoncé. Elle que tant de jeunes femmes noires prennent pour modèle. 

 

Une mesquinerie entre filles, aussi, peut-être. Je n’avais pas remarqué cette perruque blonde. J’ai alors essayé d’expliquer que cette perruque blonde est une mise en scène. La perruque blonde, cela permet d’imiter et de se moquer de la femme parfaite, souvent blonde, dans l’idéal esclavagiste et raciste au moins américain :

« Regardez-moi, une femme noire, une descendante d’esclave ! Je suis devenue plus que votre égale maintenant. Je peux même poser sur ma tête l’attribut de votre féminité dont je fais un postiche si je le veux ».

 

J’ai ajouté que cette robe moulante qui met en avant les  formes désirables de l’assurée Beyoncé peut aussi vouloir dire aux hommes qui la « voudraient » qu’elle leur est incessible. Elle tient toute seule bien que sous le regard de Jay-Z, qui, malgré tout son génie (vu que le peintre Basquiat est désormais considéré comme un génie. Une exposition de ses œuvres s’est d’ailleurs tenue il y a environ deux ans dans la fondation….Louis Vuitton , voir Basquiat   et aussi L’exposition )      est un peu à la renverse devant elle.

Photo d’une des oeuvres de Basquiat, prise fin décembre 2018, lors de l’exposition à la fondation Louis Vuitton.

 

Ma sœur n’a pas été très convaincue par mon analyse. Et, je ne vais pas me faire plus intelligent que je ne le suis. On peut projeter tout un tas d’intentions dans ce que l’on regarde et ce que l’on entend. On peut se raconter tout un monde qui n’existe pas, finalement. J’ai choisi le titre de cet article en mettant Jay-Z devant car si j’avais mis le prénom de Beyoncé au début, nous aurions buté un peu sur le son “B” de son prénom. ( J’avais d’abord intitulé cet article Jay-Z et Beyoncé…avant de finalement rajouter plusieurs plusieurs photos des oeuvres de Basquiat ainsi que son nom au titre). 

Alors qu’en mettant le son de Jay-Z, d’abord, ça glisse mieux. Je le précise en vue de répondre à d’éventuelles critiques “féministes” ultérieures de mon titre. Lorsque je serai “connu”.   

Bien-sûr, je n’ai pas pensé à tout ça, dehors, devant ces affiches. J’ai juste été happé par leur vision imprévue. On se rappelle qu’au début, tout ce que je voulais, c’était, après une nuit de travail, reprendre mon vélo, changer d’itinéraire afin de pouvoir retourner dans une boulangerie ; repasser devant le tribunal où se jugent les attentats du 13 novembre 2015. Puis, prendre mon train de banlieue afin de rentrer chez moi.  Je me suis trouvé subitement devant une image agrandie d’un rappeur que j’ai reconnu. Je me suis arrêté. J’ai pris des photos. Ensuite, le lendemain matin, je suis revenu pour reprendre en photo une de ces deux affiches sous un autre angle, le long de la Seine, car, la veille en retournant au travail par un trajet inhabituel, j’avais remarqué que l’on pouvait la voir différemment. Voici les faits. Peut-être que dans les jours qui viendront, je me ferais poser des rajouts pour avoir des locks ou adopterais-je une perruque blonde, ceci est une supposition. 

Paris, le 20 octobre 2021, le matin.

 

Franck Unimon, dimanche 24 octobre 2021.

 

 

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