Catégories
Pour les Poissons Rouges

Ce matin avec ma mĂšre

Ce matin avec ma mĂšre

A Paris, la sĂ©ance de 11h30 du film A Toute Ă©preuve de John Woo a commencĂ© au cinĂ©ma le Grand Action. Cela fait deux semaines que j’essaie de retourner le voir au cinĂ©ma, ce film. Je vais encore le « rater ». J’ai le dvd chez moi mais j’aimerais le revoir dans une salle de cinĂ©ma. 

Mais ce matin, j’ai discutĂ© avec ma mĂšre avant que ma petite sƓur ne vienne la chercher. Ma mĂšre, retournĂ©e vivre en Guadeloupe avec mon pĂšre il y a plus de vingt cinq ans, est encore avec nous en rĂ©gion parisienne pour quelques jours avant de repartir pour la Guadeloupe.

Ma mĂšre a 77 ans. Il y a quelques jours, j’ai eu l’idĂ©e de l’emmener voir la reprĂ©sentation théùtrale du dernier ouvrage de Ovidie :

La Chair est triste hĂ©las avec la comĂ©dienne Anna Mouglalis sur scĂšne pour porter le texte. ( voir La Chair est triste, hĂ©las ! un livre d’Ovidie )

Au dĂ©part, j’ai Ă©tĂ© trĂšs content de moi en ayant cette idĂ©e sans lui en parler. J’étais venu une premiĂšre fois, avec une copine, assister Ă  la reprĂ©sentation. En entendant ce texte Ă  charge contre les hommes hĂ©tĂ©ros qui maltraitent les femmes et les baisent mal, j’avais entendu des femmes rire dans la salle Ă  plusieurs reprises.

C’était le rire de celles qui se reconnaissent. Le rire cathartique de celles qui ont encore la possibilitĂ© -ou qui dĂ©cident -d’extraire d’elles de cette façon autant qu’elles le peuvent des annĂ©es et des prisons de venin. De souffrance. De colĂšre. De tristesse.

C’était le rire de femmes aptes Ă  l’autodĂ©rision. Et, peut-ĂȘtre, aussi, Ă  la vengeance.

Je ne pouvais pas rire comme ces femmes et avec ces femmes. Car j’étais et suis un homme hĂ©tĂ©ro. Un des Ă©chantillons de ces hommes dont Ovidie s’est faite un tailleur sur mesure dans son texte : La chair est triste hĂ©las.

Donc, d’une façon ou d’une autre, je faisais partie de ceux qui avaient maltraitĂ©, maltraitent ou maltraiteraient des femmes ou les baiseraient mal.

La copine avec qui j’étais allĂ© Ă  la reprĂ©sentation avait ri Ă  certains moments. Moi, il y a un moment en particulier oĂč j’avais souri et failli rigoler avant de me retenir. Lors de ce passage oĂč Ovidie, Ă  travers la voix et le corps d’Anna Mouglalis, avait dĂ©clarĂ© que les hommes devraient raser les murs chaque fois qu’ils baisent mal une femme. Je m’étais un peu imaginĂ© la scĂšne d’hommes se dĂ©plaçant honteusement, les yeux au sol, essayant autant que possible de se cacher du regard des autres, et disparaissant aussi vite qu’ils le pouvaient.

Je ne me vois pas comme un expert en sexualitĂ© et en plaisirs du corps. Mais comme un adepte depuis longtemps de l’autodĂ©rision. Ce rire cathartique des femmes autour de moi dans la salle, je le connais depuis l’enfance.

Je n’ai pas Ă©tĂ© victime d’inceste, de viol ou d’attouchements sexuels. Mais comme beaucoup d’enfants, sans distinction de sexe, j’ai connu l’angoisse, la violence physique et morale.

J’ai appris, comme beaucoup d’enfants, Ă  faire la distinction entre le chĂątiment « juste » parce-que l’on a fait une bĂȘtise que l’on est parfaitement capable de comprendre et l’abus de force, de pouvoir comme l’humiliation. 

Je n’ai pas fait que subir. Je n’ai pas tout le temps subi et endurĂ©.

NĂ©anmoins, j’ai mĂ©morisĂ©. J’ai Ă©tĂ© spectateur/observateur puisque je n’avais pas d’autre choix.  Puis j’ai pensĂ©.

A des moments divers de ma vie. GrĂące Ă  des rencontres, des lectures, des expĂ©riences personnelles et professionnelles, de l’introspection. En sortant ou en m’extrayant quelque peu du pĂ©rimĂštre mental dans lequel j’aurais pu rester tel un poisson rouge tournant dans son bocal.

J’aurais pu tout reproduire exactement Ă  l’identique comme d’autres l’ont fait et le font. Il aurait suffi  » de ne pas se prendre la tĂȘte ». Et de (se) laisser faire. 

Les thĂ©rapies sont arrivĂ©es plus tard, Ă  partir de la quarantaine. 

Pour moi, aller voir cette reprĂ©sentation La Chair est triste hĂ©las de Ovidie, aprĂšs avoir lu le livre, c’est, d’une façon ou d’une autre, me prendre moi-mĂȘme Ă  contrepied.  Sortir un peu du bocal. C’est aussi un peu comme accepter de monter sur un ring de boxe tout en sachant que l’on va forcĂ©ment prendre des coups. MĂȘme si l’autre, en face, nous assure :

« Je n’ai pas de compte Ă  rĂ©gler avec toi. Je ne te ferai pas ( de ) mal Â».

Et, en retournant voir cette reprĂ©sentation théùtrale avec ma mĂšre, j’espĂ©rais qu’elle, aussi, allait se mettre Ă  rire comme ces femmes que j’avais entendues la premiĂšre fois. J’espĂ©rais qu’elle acquiesce un peu comme on le voit faire dans ces Ă©glises oĂč l’on chante du Gospel et oĂč les fidĂšles rĂ©pĂštent « Amen ! » en chƓur parfois jusqu’à cette transe qui anesthĂ©sie momentanĂ©ment les souffrances.

J’espĂ©rais une « discussion Â».

A cĂŽtĂ© de moi, lors de la « reprĂ©sentation Â», ma mĂšre n’a pas ri.

Pour commencer, en rĂ©-entendant dĂšs les cinq premiĂšres minutes de la reprĂ©sentation, les mots « fellation », « pipe », « sodomie » et autres avec ma mĂšre prĂšs de moi, j’ai Ă©tĂ© trĂšs embarrassĂ©.

Mal Ă  l’aise, j’avais trĂšs envie de rire. Mais je ne le pouvais pas. Cela aurait Ă©tĂ© trĂšs mal compris autour de nous. Le public Ă©tait trĂšs majoritairement fĂ©minin.

Pendant plusieurs minutes, je me suis dit que j’avais finalement Ă©tĂ© trĂšs mal inspirĂ© en emmenant ma mĂšre au théùtre de l’Atelier pour voir cette reprĂ©sentation. Que c’était Ă©vident ! Puis, voyant que ma mĂšre ne bronchait pas, j’ai acceptĂ© que, pour elle, il n’y avait rien de choquant.

Vers la fin de la reprĂ©sentation -qui dure 1h10 et commence Ă  21 heures- ma mĂšre s’est endormie. A deux ou trois reprises, sa tĂȘte et son corps se sont penchĂ©s vers moi. Je me suis alors dit que la reprĂ©sentation ne lui avait pas plu.

Lorsque nous sommes sortis, ma mĂšre m’a rĂ©pondu-affirmĂ©, que cela lui avait plu. Qu’elle avait prĂ©fĂ©rĂ© ça Ă  une sortie au théùtre qu’elle avait faite avec mon pĂšre. J’étais assez perplexe. Je crois qu’elle m’a dit ça pour me faire plaisir. Pour ne pas me vexer. Je me suis dit que la reprĂ©sentation lui Ă©tait passĂ©e complĂštement au dessus de la tĂȘte. Sur scĂšne avaient Ă©tĂ© employĂ©s des termes et du vocabulaire qui ne font pas partie de son monde. 

Cependant, je me suis quand mĂȘme dit que c’Ă©tait « bien » d’avoir en quelque sorte remis ma mĂšre dans la boucle de la culture. Elle, qui, alors qu’elle Ă©tait enceinte de moi, Ă©tait encore garde d’enfants, au 21 rue Condorcet Ă  Paris. 

D’une certaine maniĂšre, en l’emmenant-entraĂźnant dans cet endroit, Ă  Paris, en France, le soir, moi, son enfant aĂźnĂ©, nĂ© en France, j’avais fait mon devoir. Enfant, c’Ă©tait elle qui m’emmenait dans Paris et ailleurs. LĂ , c’Ă©tait moi. 

J’ai dĂ©jĂ  parlĂ© un peu de ma mĂšre ( voir l’article  Tuer des noix de coco ).

Je ne pourrais pas parler du monde des femmes prĂ©sentes autour de moi ce soir-lĂ  oĂč lorsque j’étais allĂ© assister Ă  la reprĂ©sentation une premiĂšre fois avec une copine. Je ne connais pas la vie de toutes ces femmes. Si une Ă©tude sociologique de ce public est rĂ©alisĂ©e, j’aimerais bien la lire. Je pense que ces femmes que j’ai croisĂ©es lors de ces deux reprĂ©sentations sont dans leur ensemble plutĂŽt « éduquĂ©es » et/ou militantes. Ou victimes. Qu’elles ont plutĂŽt fait des Ă©tudes supĂ©rieures. Elles peuvent ĂȘtre dans la vingtaine mais ont plutĂŽt la trentaine ou la quarantaine. Des femmes blanches dans leur grande majoritĂ©. J’ai dĂ» apercevoir moins de dix femmes noires Ă  chaque fois oĂč je suis venu. Mais ce sont, lĂ , mes impressions Ă  vue d’oeil sans la moindre certitude. 

Mais je sais que Ovidie a obtenu un doctorat. Je sais que la copine avec laquelle je suis venu la premiÚre fois a fait des études supérieures et est trÚs impliquée au moins comme actrice culturelle en tant que comédienne et metteure en scÚne. Toutes deux vivent plutÎt en ville ou ont toujours vécu en ville.

Ma mĂšre vient d’une famille nombreuse ( 16 ou 17 enfants en l’incluant) de la campagne et d’un milieu social modeste. Elle est nĂ©e Ă  la fin des annĂ©es 1940. 

Je sais- pour en avoir rediscutĂ© avec elle rĂ©cemment- que ma mĂšre, en Guadeloupe, avait d’abord dĂ» quitter l’école avant le niveau du certificat d’études pour, dans la maison de ses parents, s’occuper du mĂ©nage, des enfants plus jeunes et de la cuisine.

Puis, venue en France un peu avant ses vingt ans, Ă  force de cours du soir et de cours de correspondance, aprĂšs avoir connu plusieurs expĂ©riences professionnelles y compris Ă  l’usine et en tant que caissiĂšre, ma mĂšre est finalement parvenue Ă  obtenir le niveau BEPC et Ă  devenir aide-soignante. En rĂ©pondant Ă  mes questions ces jours-ci, alors qu’elle Ă©tait chez moi,  ma mĂšre m’a permis de continuer Ă  reconstituer une partie de mon histoire au travers de la sienne. 

C’est sans aucun doute aussi pour ma mĂšre que je lis des ouvrages fĂ©ministes ou que je lis un ouvrage tel que La Guerre au fĂ©minin. voir  La Guerre au fĂ©minin un livre de DorothĂ©e OlliĂ©ric ).

Ces femmes sont soit des militaires, soit des personnes qui ont fait des hautes Ă©tudes et/ou, voire, qui sont issues d’un milieu socio-affectif favorisĂ©. Ma mĂšre, bien que femme qui a aussi surmontĂ© bien des Ă©preuves et menĂ© ses combats, ne fait pas partie de ces mondes. 

Hier aprĂšs-midi, alors que nous nous promenions avec elle et ma fille dans Paris, ma mĂšre m’a rĂ©pondu qu’elle n’avait jamais entendu parler de la Sorbonne. Initialement, je souhaitais principalement montrer la Sorbonne Ă  ma fille. Car cette universitĂ© prestigieuse avait Ă©tĂ© mentionnĂ©e dans un podcast oĂč le magistrat Youssef Badr ( auteur de Pour une Justice aux mille visages le mythe français de l’égalitĂ© des chances) racontait un peu son parcours.

« EtrangĂšre » Ă  la Sorbonne, le monde de Ovidie, d’Annie Ernaux , Victoire Tuaillon, Mona Chollet etc
ne pouvait donc pas faire partie du monde de ma mĂšre. Car ces femmes, Ă  un moment ou Ă  un autre de leur existence, ont fait des Ă©tudes supĂ©rieures. Pour elles, c’Ă©tait une expĂ©rience normale ou quasi-normale. 

Alors que pour ma mĂšre, malgrĂ© une trentaine d’annĂ©es de prĂ©sence en rĂ©gion parisienne, malgrĂ© divers passages dans Paris, l’acte d’oser poser un pied dans une universitĂ©, ne serait-ce que pour la visiter, serait Ă  mon avis du domaine de l’interdit ou de la prise de risque.

Et cela avait Ă©tĂ© finalement pareil pour mon pĂšre qui avait entretenu une dĂ©fiance – et me l’avait inculquĂ©e ( Ă  moi l’aĂźnĂ©)  -envers le monde de l’universitĂ© et des Ă©tudes longues qui ne garantissaient pas ensuite le fait de trouver un emploi.

Mon pĂšre, pourtant, bien plus « éduqué » que ma mĂšre, niveau Bac – ce qui Ă©tait exceptionnel et admirable pour un homme issu aussi d’un milieu social et campagnard modeste-  avait bien frĂ©quentĂ© durant un certain temps l’universitĂ© de Nanterre, une universitĂ© plutĂŽt rĂ©putĂ©e.

Mais c’Ă©tait pour aller y prendre des douches Ă  l’oeil dans la rĂ©sidence Ă©tudiante aprĂšs ses matches de Foot dominicaux avec ses collĂšgues des PTT. En me faisant jurer, surtout, de ne pas en parler autour de moi.

Je devais avoir, alors, environ dix ans ou peut-ĂȘtre moins. 

Oui, ma mĂšre connaissait le quartier St Michel Ă  Paris. Elle me l’a confirmĂ© hier aprĂšs-midi. Mais elle ne connaissait pas la Sorbonne, ni le CollĂšge de France et encore moins le lycĂ©e Louis le Grand devant lesquels nous sommes passĂ©s. Devant lesquels j’ai pris le temps de m’arrĂȘter pour en parler un peu Ă  ma fille. Pour prendre aussi des photos avec mon smartphone de cours prĂ©vus au CollĂšge de France. Un lieu oĂč je n’ai toujours pas pris le temps de me rendre alors que je vis en banlieue parisienne depuis plus d’un demi siĂšcle. Alors que j’ai dĂ©jĂ  passĂ© un nombre incalculable d’heures dans Paris entre autres pour aller m’enfermer dans une salle de cinĂ©ma.

Alors que j’aime « apprendre ». 

La Sorbonne, le CollĂšge de France ou le lycĂ©e Louis le Grand, en soi, ne sont pas des avant-gardes fĂ©ministes. Mais ce sont des lieux de Savoir et, donc, en principe, de rencontres, d’ouverture sur le Monde et d’émancipation. Et, ma mĂšre, elle, finalement, faisait peut-ĂȘtre encore beaucoup partie du monde de Rue Cases NĂšgres. Ce qui ne l’a pas empĂȘchĂ©e de vouloir se procurer une montre connectĂ©e. Montre que je lui ai offerte hier aprĂšs-midi en allant l’acheter avec elle et ma fille dans un des magasins Le Vieux Campeur dans le quartier St-Michel. 

Il y a plusieurs années, lorsque je me suis décidé à bifurquer vers la psychiatrie, ma mÚre, aide-soignante durant des années dans un service de réanimation à la maison de Nanterre, a eu peur pour moi.

Elle a eu peur que je devienne « fou Â». Cette fois-ci, je ne l’ai pas Ă©coutĂ©e.

Je l’avais Ă©coutĂ©e pour sa peur de la moto au point qu’au mieux, tout ce que j’ai rĂ©ussi Ă  faire, c’est, durant une certaine pĂ©riode, porter des blousons de motard sans passer mon permis moto. Je le passerai peut-ĂȘtre un jour. Dans ma tombe.

Ce matin, avant que ma sƓur ne vienne chercher notre mĂšre pour l’emmener chez elle, je me suis assis Ă  cĂŽtĂ© de ma mĂšre. Et, je lui ai peut-ĂȘtre posĂ© des questions de fou. 

Pour ce faire, je crois que je suis passĂ© par le CrĂ©ole. La plupart du temps, j’ai toujours parlĂ© en Français Ă  ma mĂšre. Mais lors de ce sĂ©jour, je me suis aperçu que ma mĂšre captait mieux ce que je lui disais dĂšs lors que je m’adressais Ă  elle en CrĂ©ole.

Aussi, je ne m’en suis pas privĂ©. MĂȘme si je le pratique peu ou trop peu et que je le manie maladroitement, c’est une langue que j’ai souvent et suffisamment entendue. Il m’en reste de quoi me faire comprendre au moins de ma mĂšre comme auparavant pour me faire comprendre de mes grands-parents aujourd’hui dĂ©cĂ©dĂ©s et  qui parlaient trĂšs peu le Français.

TantĂŽt en CrĂ©ole, tantĂŽt en Français,  j’ai donc posĂ© Ă  ma mĂšre des questions qu’habituellement on ne pose pas ou qui ne se posent pas.

Lorsqu’il a Ă©tĂ© un peu difficile pour elle – qui a toujours fait de son mieux pour me rĂ©pondre- de se rappeler certains moments douloureux et difficiles de sa vie d’avant ma naissance,  j’ai expliquĂ© Ă  ma mĂšre que cette histoire, son histoire, Ă©tait aussi mon histoire. Et que, seule, elle, pouvait me rĂ©pondre.

Ma mĂšre m’a rĂ©pondu.

Ensuite, voyant notre mĂšre pleurer alors que nous venions la rejoindre prĂšs de sa voiture, ma petite sƓur m’a dit plus ou moins en m’interrogeant :

« Ă§a va ? Il  y a une chouette ambiance, chez vous ! Â».

J’ai alors fait un rĂ©sumĂ© Ă  ma petite sƓur qui, rapidement, s’est montrĂ©e intĂ©ressĂ©e par les informations supplĂ©mentaires que j’avais obtenues sur notre histoire :

L’ histoire de notre mĂšre avant notre naissance.  

Ce qui s’est dĂ©roulĂ© dans le passĂ© se transmet ou peut se transmettre. Nous pouvons ainsi rester captifs d’un passĂ© douloureux parce-que nous l’ignorons et ignorons comment nous en extraire. Donc, autant le connaĂźtre. Mais nos parents ou nos proches ne nous le racontent pas forcĂ©ment. Ils ont peut-ĂȘtre appris Ă  vivre ou Ă  survivre Ă  ça en le gardant contre eux dans un coin de leur sac Ă  main ou dans une des poches secrĂštes de leur mĂ©moire. En rasant les murs Ă  certains moments. Parfois ou souvent en affirmant que cela fait dĂ©sormais partie du passĂ© et que ces Ă©vĂ©nements sont en quelque sorte des reliques inoffensives ou qui pourraient tout dĂ©truire autour d’elles si on les expose Ă  l’environnement. 

Nous nous devons de ne pas les bousculer s’ils se cramponnent Ă  ces peurs ou Ă  ce genre de croyances. Nous ne sommes pas pour autant toujours obligĂ©s de les croire. Mais il est vrai qu’il vaut mieux bien choisir son moment pour  certains apprentissages et certaines transmissions. 

J’ai plutĂŽt une bonne relation avec ma mĂšre. Elle avait aussi fait de moi son « confident » alors que j’Ă©tais enfant. 

J’aurais trĂšs vraisemblablement regardĂ© certains membres de ma famille avec beaucoup moins d’affection et de patience si j’avais obtenu plus tĂŽt certaines des rĂ©ponses que ma mĂšre m’a donnĂ©es ce matin. Ou j’aurais Ă©galement posĂ© Ă  ces membres de ma famille des questions de fou. Des questions auxquelles on prĂ©fĂšre ne pas avoir Ă  rĂ©flĂ©chir. 

J’ai remerciĂ© ma mĂšre et je la remercie encore de m’avoir rĂ©pondu ce matin. D’avoir rĂ©pondu Ă  mes questions de fou. Des questions qui se contrefichent des belles apparences et des convenances. Des questions qui savent  que nous ne sommes pas Ă©ternels.

Des questions portĂ©es par la vraie vie. Pas celle qu’on nous montre dans les pubs, qu’on nous sert dans des pots de bĂ©bĂ©s ou de boites de conserves. Pas celle supposĂ©e ĂȘtre la vie « normale »  qui se tient toute seule attachĂ©e  Ă  une laisse avec une museliĂšre en attendant qu’un supposĂ© Maitre ou une supposĂ©e Maitresse la siffle.

Franck Unimon, ce dimanche 28 septembre 2025.

 

 

 

 

 

 

 

Catégories
Pour les Poissons Rouges

Confessions d’un homme hĂ©tĂ©ro ce 18 septembre 2025

Confessions d’un homme hĂ©tĂ©ro ce 18 septembre 2025

Je me rĂ©veille ce matin aprĂšs ĂȘtre allĂ© hier soir au théùtre avec une copine. Il se trouve que c’était l’anniversaire de cette copine. Je l’ignorais en commandant les places.

Le plus souvent, je sors seul. Je n’aime pas dĂ©pendre de la disponibilitĂ© des autres pour me rendre ou participer Ă  certains Ă©vĂ©nements que je tiens Ă  vivre ou Ă  connaĂźtre. Je n’aime pas dĂ©pendre, aussi, de leurs Ă©ventuelles rĂ©ticences concernant le fait de se rendre Ă  tel endroit, de tenter telle expĂ©rience ou pour se rendre Ă  tel Ă©vĂ©nement.

J’ai la prĂ©tention de croire que je suis plus apte Ă  me rendre avec d’autres lĂ  oĂč ils me proposent d’aller que l’inverse. Un ami m’a par exemple proposĂ© d’aller Ă  la fin du mois au concert de l’artiste Eivor. Une artiste que je ne connaissais pas. Je suis tout Ă  fait capable d’y aller. Mais je sais que cet ami n’acceptera pas de se rendre au concert de Meiway oĂč j’envisage d’aller.  Au moins parce-qu’il ne sait pas et n’aime pas danser. 

C’est une question de tempĂ©rament. Et, aussi, je crois, la consĂ©quence d’avoir Ă©tĂ©, enfant, trop souvent, trĂšs souvent, enfermĂ©, cloĂźtrĂ©. Et soumis.

Je crois que, enfant puis adolescent, j’aurais Ă©tĂ© ouvert et disponible Ă  quantitĂ© de dĂ©couvertes et d’apprentissages. Mais j’ai dĂ» rester un certain nombre de fois Ă  la place oĂč l’on m’avait mis. Non dans un placard. Mais dans un appartement. Sur une terrasse de maison. Tel un meuble, tel un ou une domestique. Ou un toutou( ou une nounou) d’appartement.

Au 20 Ăšme siĂšcle, en rĂ©gion parisienne puis aux Antilles, une autoritĂ© familiale s’est chargĂ©e de m’inculquer ça. Et j’ai Ă©tĂ© un bon Ă©lĂšve.

Le cloisonnement. La soumission. La peur lorsque l’on sort de ce que l’on « connait Â». Le fatalisme. La mĂ©fiance vis-Ă -vis de l’autre. L’esclavage. Voir l’homme blanc et la femme blanche comme des racistes et des ennemis.

Je suis un homme hĂ©tĂ©ro mais, par bien des aspects, j’ai Ă©tĂ© Ă©duquĂ© comme une fille soumise et peureuse sous la contrainte et  aussi par solidaritĂ©.

J’ai Ă©tĂ© et suis sans doute restĂ© par certains aspects un mec/fille soumise. C’est pour ces quelques raisons, je crois, qu’il est arrivĂ© et qu’il peut arriver que l’on se demande si je suis un homme-eau.

Parce-que je ne m’affirme pas ou ne tiens pas obstinĂ©ment  ou toujours Ă  me montrer ou me rendre visible coĂ»te que coĂ»te au travers de certains types de comportements. De certaines façons de penser et de se comporter qui restent gĂ©nĂ©ralement gravĂ©es dans la mĂ©moire comme Ă©tant spĂ©cifiquement « attribuĂ©es Â» aux hommes. Aux vrais  hommes comme il existe, aussi, des « vrais Antillais Â» :

Par exemple. J’ai de la force physique. Je suis plutĂŽt sportif. Je contiens ou suis dĂ©tenu par une certaine violence au moins physique.  Mais aussi une certaine violence morale et psychologique.

Une violence qui m’a Ă©tĂ© transmise dans certaines proportions avec un certain nombre de rappels.

DĂšs l’enfance, ĂȘtre capable de faire montre de bonne humeur, de faire bonne figure, ĂȘtre souriant ou rire, faire rire, ĂȘtre discret jusqu’à me faire oublier, ont sans aucun doute Ă©tĂ© mes premiers maquillages. Aussi, lorsque je vois des humoristes connus ou qui marchent trĂšs bien, surtout s’ils me touchent et me plaisent, instinctivement, j’essaie de flairer et de sonder la part de souffrance particuliĂšre qui se trouve en eux. C’est la raison pour laquelle j’ai Ă©tĂ© aussi touchĂ© par le dĂ©cĂšs rĂ©cent de l’humoriste Bun Hay Mean. MĂȘme s’il m’amusait beaucoup, j’’avais sĂ»rement « pressenti Â» qu’il n’était pas qu’un chinois marrant.

Mais concernant la violence dont je suis fait.  Je n’éprouve pas le besoin de faire savoir en permanence autour de moi que je « dispose Â» de cette violence. Ou de m’en servir pour intimider ou tenter de sĂ©duire. J’essaie plutĂŽt de la museler, de la maitriser, de la comprendre et de l’apprivoiser lĂ  ou d’autres ont besoin de se montrer dĂ©monstratifs.

Mais cela est une attitude finalement assez peu masculine.

Parce-que lorsque l’on est un vrai mec hĂ©tĂ©ro, on montre ses couilles. On montre ou on tient Ă  faire savoir autour de soi que l’on a des couilles ou le rĂ©sultat de ses couilles :

On « a Â» un ou plusieurs enfants. Peu importe que l’on vive ou que l’on ne vive pas avec ses enfants. On les « a Â» faits. On a une copine ou l’on vit avec une femme. Ou on a une ou plusieurs maitresses. Ou on a des conquĂȘtes et cela se sait ou se voit ou s’entend. Ou on a un avis sur les femmes ou certaines femmes qui fait consensus lorsque l’on discute entre mecs.

On a aussi de la gueule. On peut parler fort, menacer, sanctionner, dire ses quatre vérités. Taper du poing sur la table. Donner des ordres.

Pour faire mal, pour soumettre ou pour prendre du plaisir. Si on le veut. Quand on le veut.

Puisque l’on est trĂšs fort. Et, c’est ce que l’on est,  dans les grandes lignes, si l’on est un vrai mec hĂ©tĂ©ro.

Lorsque l’on est un vrai mec hĂ©tĂ©ro, on peut aussi faire du MMA. On regarde des combats de MMA, de boxe, d’un autre sport de combat ou des matches de Foot. Ou on le pratique Ă  un trĂšs haut niveau.

 Et on en parle. On le fait savoir. On ne passe pas son temps, comme moi, Ă  Ă©crire ses confessions ou dans un blog. On ne passe pas son temps Ă  faire de l’introspection sauf lorsque ça fait bien durant quelques secondes dans une vidĂ©o ou l’on nous voit en train de « mĂ©diter Â» avant de partir au combat ou Ă  l’entraĂźnement.

On ne passe pas son temps Ă  se branler la tĂȘte. On fait. On agit. On n’est pas lĂ  pour discuter. Droit au but.  On est des hommes d’action. Des guerriers. Des militaires. Des SamouraĂŻ. Des sangliers qui n’ont pas peur dans le dĂ©sert
.

J’aime regarder les matches de boxe, des vidĂ©os de sports de combat. J’aime aussi apprendre et pratiquer les sports de combat ou les Arts Martiaux. Je prends plaisir Ă  regarder des vidĂ©os de Greg MMA, Skarbowsky, LĂ©o Tamaki, Youssef Boughanem et d’autres. J’aime regarder leurs dĂ©monstrations, Ă©couter leurs propos. Acheter et lire certains ouvrages relatifs au combat, aux Arts Martiaux mais aussi au sport dans son ensemble.

J’ai beaucoup aimĂ© la lecture de Le sens du combat de Georges Saint Pierre. Je suis restĂ© marquĂ© par la lecture, il y a plusieurs annĂ©es, de DĂ©classĂ©e par l’ancienne joueuse de Tennis française Cathy Tanvier.

Et je constate bien, depuis que j’ai changĂ© d’établissement professionnel, que j’ai moins de disponibilitĂ© pour apprendre Ă  « faire » du combat, des arts Martiaux ou tout simplement du sport en raison de mes horaires de travail depuis. Pour Ă©crire. Pour ĂȘtre un peu plus avec ma fille et sa mĂšre. Pour vivre pour moi.

Et ça m’enferme et me frustre.

J’ai l’impression d’ĂȘtre beaucoup trop Ă  la disposition de mon nouveau service. Un service stimulant, prestigieux, formateur ou j’y fais des bonnes rencontres et des bonnes expĂ©riences mais Ă  un prix que je trouve Ă©levĂ© pour mon temps personnel.

J’ai l’impression d’ĂȘtre trop dans mon mĂ©tier d’infirmier en psychiatrie et en pĂ©dopsychiatrie.

Donc, cette sortie au théùtre hier soir dans Paris Ă©tait d’autant plus bĂ©nĂ©fique et importante pour moi.

C’était du temps pour moi.

Hier soir, nous sommes allĂ©s au théùtre de l’Atelier, Ă  Paris dans le 18Ăšme afin de voir l’adaptation théùtrale du dernier livre d’Ovidie paru il y a quelques mois :

La Chair Est Triste HĂ©las ! .

J’ai dĂ©jĂ  parlĂ© dans un prĂ©cĂ©dent article  ( rĂ©digĂ© hier La Chair est triste, hĂ©las ! un livre d’Ovidie) de mes impressions aprĂšs la lecture de ce dernier ouvrage d’Ovidie.

Dans cet article, je ne vais pas parler de mon expĂ©rience de spectateur hier soir, devant la comĂ©dienne Anna Mouglalis. Je le ferai dans un autre article. Car j’essaie, ici, de faire un article court.

Je remarque qu’avec le dĂ©veloppement des rĂ©seaux sociaux a aussi pu se dĂ©velopper une appĂ©tence pour « regarder Â», « voir Â» et « savoir Â» ce que untel a fait ou dit. Il a pu se dĂ©velopper aussi une certaine consommation, en tant que spectateur, de toutes formes de violences, de destruction.

On pourrait penser que « nous Â» sommes dĂ©sormais capables de tout voir, de toute entendre et de tout comprendre puisque nous avons toutes ces informations Ă  disposition en permanence. Et que ces informations deviennent trĂšs banales Ă  force d’ĂȘtre diffusĂ©es 24 heures sur 24.

Sauf qu’il y a ou peut y avoir un gros dĂ©calage entre la quantitĂ© d’informations que l’on reçoit et la qualitĂ© de nos capacitĂ©s de comprĂ©hension et de prise de conscience :

Des gens sont prĂȘts Ă  voir du MMA que ce soit en direct ou Ă  la tĂ©lĂ© comme rĂ©cemment lors du dernier combat que le combattant Benoit St Denis a gagnĂ©. Des gens sont prĂȘts Ă  aller s’entraĂźner pour pratiquer du MMA. A se prendre des coups et en donner.

Par contre, je me figure ce matin que trĂšs peu de ces partisans et pratiquants du MMA ou d’un autre type de pratique d’affrontement physique pourtant durs au mal et courageux, mais surtout, dĂ©terminĂ©s, se rendront au théùtre pour venir voir une comĂ©dienne interprĂ©ter le texte du dernier ouvrage d’Ovidie.

Ces hommes de combat, qu’ils soient dans l’octogone, sur le ring, sur le tatamis ou au Pao, ou spectateurs de ces combats ne parviendront pas jusqu’à cette salle de théùtre pour Ă©couter et recevoir dans la tĂȘte ce que Ovidie a pu Ă©crire et dire.

Parce-que, pour eux, il n’y a pas assez d’action. Pas assez d’adrĂ©naline.

Parce-que c’est trop dur pour ces combattants. C’est trop dur Ă  digĂ©rer. C’est trop dur de devoir accepter de ne pas avoir le premier rĂŽle. C’est trop dur de devoir se dire qu’ils ne sont pas toujours trĂšs beaux , ni les plus performants malgrĂ© leurs abdos, leur extraordinaire condition physique, leur capacitĂ© Ă  pĂ©ter un bras ou des cervicales.

C’est trop dur de ne pas avoir un adversaire tout dĂ©signĂ©. Un adversaire Ă  qui on a le droit de casser la gueule parce qu’il est le coupable du crime ou dĂ©lit. Soit parce qu’il a Ă©tĂ© volontaire pour affronter un autre adversaire. Ou parce-que sa tĂȘte ne nous plait pas. Ou parce qu’il nous a cherchĂ© et provoquĂ©.

Lors d’un match de Foot, lorsqu’il y a deux Ă©quipes, on peut choisir son camp. C’est trĂšs simple et trĂšs binaire. Lors d’un combat de MMA, c’est pareil. Deux adversaires. Il y a en un que l’on aime et un que l’on aime moins.

Dans la vraie vie, on ne peut pas faire tout Ă  fait pareil mĂȘme si on peut en avoir trĂšs trĂšs envie et que lorsque cela arrive, il existe un risque  que l’on ait Ă  en assumer les consĂ©quences. Car on n’est plus spectateur. Et le carton rouge ou le carton tout court peut ĂȘtre pour nous. 

Dans une simple relation humaine, beaucoup de ces combattants mĂ©ritants, acharnĂ©s, sont plutĂŽt dĂ©sarmĂ©s. Car mĂȘme si cela peut faire trĂšs mal et blesser de prendre les coups physiques d’un adversaire lors d’un combat, l’entraĂźnement rĂ©pĂ©tĂ© et prĂ©alable au combat ou au match nous y prĂ©pare un minimum.

Il n’existe pas d’entraĂźnement aussi performant pour avoir une relation, une vraie relation, avec quelqu’un d’autre. Une relation, prendre sur soi, se montrer patient,  optimiste, dĂ©tendu, Ă©couter, accepter d’ĂȘtre contredit, c’est beaucoup plus difficile Ă  pratiquer qu’une clĂ© de bras, un coup de genou ou un crochet que l’on va finir par incorporer Ă  force de rĂ©pĂ©titions.

Si je m’en Ă©tais strictement tenu Ă  mes codes et Ă  mes habitudes hĂ©tĂ©ros, hier soir,  je ne serais pas allĂ© voir la reprĂ©sentation théùtrale du dernier livre d’Ovidie avec une copine. Je serais allĂ© prendre une biĂšre dans un bar ou au restaurant « entre mecs ». Pour parler de la vie et du monde Ă  la façon des mecs. Ou je serais peut-ĂȘtre allĂ© faire du sport et transpirer. Qu’il s’agisse d’aviron ou d’un sport de combat. Ou je serais peut-ĂȘtre allĂ© au cinĂ©ma ou aurais passĂ© mon temps Ă  scroller sur mon tĂ©lĂ©phone portable.

Etre allĂ© hier soir au théùtre ne fait pas de moi un homme extraordinaire. Et puis, je ne suis pas fĂ©ministe. J’ai pu ou je peux avoir des comportements, des pensĂ©es ou des propos envers des femmes que l’on pourrait considĂ©rer comme dĂ©placĂ©s ou inadaptĂ©s. Mais j’essaie de faire de mon mieux.

J’ai bien sĂ»r aimĂ© ma soirĂ©e d’hier soir. MĂȘme si je regrette un peu d’y ĂȘtre allĂ© en Ă©tant « prĂ©venu ». En ayant lu le livre d’Ovidie auparavant.

Je continue de penser que ma fille est trop jeune pour l’emmener. Je crois qu’en tant que pĂšre, il me revient de la prĂ©parer Ă  certains sujets afin qu’elle en prenne conscience. Je n’ai pas envie « d’attendre » qu’elle se heurte Ă  certaines situations pour qu’elle doive, seulement aprĂšs coup si cela est encore possible, apprendre Ă  y parer. Mais il me semble nĂ©anmoins qu’il aurait fallu qu’elle ait au moins 14 ou 15 ans pour ĂȘtre prĂ©sente avec nous dans la salle hier soir. Elle ne les a pas.

Par contre, depuis ce matin, je pense y retourner avec ma mĂšre qui, elle, a un petit peu plus que 14 ou 15 ans.

 

Franck Unimon, ce jeudi 18 septembre 2025.

 

Catégories
Pour les Poissons Rouges

Etre gentil

Photo©Franck.Unimon. Lorient, prÚs du port de Keroman, juillet 2025.

Etre gentil

Au dĂ©but de cet Ă©tĂ©, Nonrien, une ancienne collĂšgue et amie qui a longtemps travaillĂ© dans la finance m’a un petit peu mis au dĂ©fi d’écrire sur la gentillesse. C’était sur le « rĂ©seau social Â» Facebook qui, dĂ©sormais, s’appelle Meta quelque chose et qui est, avec les annĂ©es, devenu une sorte de maison de retraite pour les vieux qui continuent de s’exprimer Ă  propos de sujets toujours trĂšs importants pour eux sur les rĂ©seaux sociaux.

Les rĂ©seaux sociaux sont beaucoup devenus Ă  notre existence ce qu’un pace-maker peut ĂȘtre au cƓur. Cela nous anime. Cela nous permet de continuer de croire que nous sommes toujours jeunes, dynamiques, attractifs, originaux et dans le coup.

Ce qui, pendant ce temps, arrange bien par exemple le train de vie du PDG de Facebook, Mark Zuckerberg. Lequel a tout fait ou fait beaucoup comme d’autres pour pouvoir ronronner au plus prĂšs de Donald Trump, réélu PrĂ©sident des Etats-Unis il y a quelques mois.

Si Mark Zuckerberg est plus jeune que moi (il doit avoir la quarantaine), le Président Donald Trump est bien plus ùgé que moi avec ses plus de soixante dix ans.

Mais quel que soit leur ùge véritable, ce ne sont pas des gentils.

 

On peut bien sûr beaucoup les décrier moralement.

Photo©Franck.Unimon

Cependant, afin d’ĂȘtre le plus exact ou le plus « juste Â» possible, il faudrait aussi accepter de les dĂ©crire comme des meneurs, des dĂ©cisionnaires, des autocrates, des entrepreneurs, des combattants, des survivants, des personnes qui ont changĂ© et changent le Monde, des modĂšles, des personnes qui ont rĂ©ussi ou qui rĂ©ussissent.

Ce sont aussi des milliardaires et, on l’a compris, des ĂȘtres de Pouvoir qui sont courtisĂ©s, admirĂ©s, haĂŻs et craints.

Moi, si je devais me comparer Ă  eux deux pour commencer, j’aurais plutĂŽt l’impression de me dĂ©placer en tuk-tuk dans la gĂ©henne. Car  je fais plutĂŽt partie des vieux ou des plus en plus vieux, les plus nombreux, qui sont toujours restĂ©s hors des cercles oĂč se trouvent un Donald Trump ou un Mark Zuckerberg sauf pour y ĂȘtre pigeonnĂ© ou siphonnĂ©.

Il est des personnalitĂ©s a priori plus « sympathiques » qui ont rĂ©ussi et qui ne sont pas, non, plus, des gentilles personnes. Je me rappelle de l’ancien Footballeur professionnel Olivier Dacourt, relatant que, de son point de vue, parmi tous les Footballeurs français professionnels qui avaient rĂ©ussi, il voyait uniquement Robert Pires. Evoquant ensuite (avec respect et une mĂȘme admiration) d’autres Footballeurs professionnels, il a ajoutĂ© ceci :

« Zidane, c’est pas un gentil. Thierry Henry, c’est pas un gentil. Makelele, c’est pas un gentil ».

La gentillesse ou le seul fait d’ĂȘtre gentil ou d’avoir « du mĂ©rite » est donc, en pratique, incompatible avec le fait de « rĂ©ussir ».

Quéven, juillet 2025. Photo©Franck.Unimon

 

Or, en plus d’ĂȘtre de plus en plus vieux, je suis un gentil. Donc, un gogo, donc une proie, donc un imbĂ©cile, donc, un crĂ©dule, donc une victime potentiel(le) ou accompli(e) chaque fois que j’ai eu Ă  rencontrer dans ma vie des personnes qui, de prĂšs ou de loin, ont pu ou peuvent faire « leur » Mark Zuckerberg ou « leur » Donald Trump. Ou leur Zidane. Ou leur Thierry Henry. Ou leur Claude Makelele.

Et ce ne sera pas trĂšs diffĂ©rent si j’adjoins Ă  ces exemples des noms de femmes qui ont « rĂ©ussi ».

La « gentillesse Â» ou le fait d’ĂȘtre gentil, de maniĂšre isolĂ©e, ne semble pas garantir la rĂ©ussite, quelle qu’elle soit, dans la vie.

«  Elle ( ou il) va rĂ©ussir dans la vie car elle ( ou il) est trĂšs gentil (le) ». Ceci est un conte de fĂ©es.

Le genre de la gentillesse

Lorsque Nonrien m’a un peu provoquĂ© pour cet article, il s’agissait d’un jeu entre elle, une femme d’acabit fĂ©ministe, et moi, un mĂąle, afin que je m’expose un peu concernant le sujet de la gentillesse qui fait ou ferait beaucoup dĂ©faut aux hommes dans une sociĂ©tĂ© et dans un monde oĂč, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la femme ou le genre fĂ©minin, est souvent malmenĂ©, violĂ© ou massacrĂ© par le genre masculin, les mecs, les hommes, les gars, les machos, les virilistes, les violeurs, les Metoo, les abuseurs, les harceleurs, les pervers narcissiques, les tueurs en sĂ©rie mais aussi les incestueux. Ou, plus « simplement Â», les militaires, les extrĂ©mistes religieux et les milices dans les pays, les rĂ©gions ou les guerres oĂč ils pratiquent leurs violences et tiennent leurs laboratoires de souffrances en tout genres.

Ou pour employer le terme : par les multiples agents, reprĂ©sentants, enseignants, diplomates et acteurs du Patriarcat. J’ai employĂ© et Ă©crit le terme une fois dans l’article et je ne le rĂ©pĂšterai pas. Car j’estime que j’ai fait mon devoir lexical Ă©tant donnĂ© que le mot « Patriarcat » ( cela fera finalement deux fois) est employĂ© dans tout article, Ă©crit ou discours  qui a une certaine volontĂ© ou intention fĂ©ministe. MĂȘme si je ne me dĂ©clare pas particuliĂšrement fĂ©ministe. En fait, j’attends de voir qui j’ai en face de moi avant d’ĂȘtre plus ou moins fĂ©ministe.

Il arrive que des femmes soient d’emblĂ©e ou rapidement tellement agressives socialement, verbalement, qu’elles ne me donnent pas du tout envie d’ĂȘtre « gentil » mais plutĂŽt de prendre mes distances. Je pense en particulier Ă  deux ou trois collĂšgues, heureusement minoritaires, que j’ai pu rencontrer ou peux rencontrer. Je repense aussi Ă  cette femme, comĂ©dienne, fille d’attachĂ©e de presse, qui m’avait plutĂŽt prise de (trĂšs) haut aprĂšs ĂȘtre arrivĂ©e en retard au cimetiĂšre Ă  l’enterrement  du rĂ©alisateur qui lui avait donnĂ© le premier rĂŽle d’un de ses derniers films.

Je ne crois pas que ce soit le chagrin qui lui avait inspirĂ© une telle attitude. Mais plutĂŽt le fait que j’Ă©tais un moins que rien. MĂȘme pas journaliste Ă  TĂ©lĂ©rama.  MĂȘme pas Mark Zuckerberg. Mais seulement un blogueur inconnu dont le nom du blog Ă©tait lui-mĂȘme tout autant inconnu et qui Ă©tait venu la saluer avec le sourire comme il la rencontrait pour la premiĂšre fois. Un homme qui, sur la demande de sa mĂšre, avait pris le temps quelques annĂ©es plus tĂŽt de lire le scĂ©nario du projet de son premier court-mĂ©trage afin de donner son avis en tant que journaliste cinĂ©ma. 

MalgrĂ© les Ă©vidents manques de savoir-vivre de ces quelques personnes fĂ©minines et peut-ĂȘtre fĂ©ministes, par contre, je dois faire avec les chiffres, les statistiques et les informations que j’ai ou reçois :

Les agresseurs de la gente fĂ©minine, mais aussi dans le monde, sont en grande majoritĂ© des hommes tant dans la sociĂ©tĂ© civile que dans la sociĂ©tĂ© religieuse et militaire. Et, moi, je fais partie des « zomes ». Cette zone de l’humanitĂ©, qui appartient au genre masculin, la plus agressive et la plus meurtriĂšre sur Terre.

Photo©Franck.Unimon

Je ne crois pas pour autant que les femmes soient spĂ©cifiquement plus gentilles que les hommes. Ou qu’une femme est obligatoirement plus gentille ou plus indulgente qu’un homme. Renaud l’avait affirmĂ© Ă  une Ă©poque dans sa chanson Miss Maggie et il est peut-ĂȘtre devenu ( plus) alcoolique Ă  la suite de ça. 

Jusqu’à maintenant, j’ai seulement citĂ© deux hommes, Zuckerberg et Trump et quelques footbaleurs professionnels. Mais on peut ĂȘtre gentil et avoir un peu d’humour. Et j’aime dire en chuchotant, pour faire un clin d’Ɠil tant Ă  la politique actuelle en France qu’à un ancien film du rĂ©alisateur Etienne Chatilliez :

« Je crois que Dati (Rachida) est mĂ©chante
. Â».

On saura me rappeler que dans un milieu masculiniste, trĂšs conservateur, compĂ©titif, trĂšs exclusif, trĂšs raciste ne serait-ce que socialement et trĂšs violent (comme celui de la politique) qu’ĂȘtre une femme revient presque Ă  porter un bandeau sur les yeux dans un terrain minĂ© et lardĂ© de crevasses en se promenant en petite culottes avec un wonderbra. Et encore plus quand on est une femme d’origine arabe et de condition sociale modeste au dĂ©part alors que l’on s’appelle Rachida, un prĂ©nom impossible Ă  confondre avec ValĂ©rie, Nathalie, Mathilde, SĂ©golĂšne, Simone, Edith, Marine, Marion, Nadine, Aurore, Sandrine….

Aussi, Ă  sa façon, Rachida Dati incarne un peu depuis plusieurs annĂ©es un modĂšle de rĂ©ussite et de survie dans cet environnement politique. Et j’en conviendrai facilement. Car, de toutes les femmes nommĂ©es Ministres par Nicolas Sarkozy lors de sa PrĂ©sidence unique, Rachida Dati est la seule Ă  s’en ĂȘtre aussi bien sortie. Peut-ĂȘtre que Rachida Dati devrait donc ĂȘtre la future Marianne de France. MĂȘme si je ne voterais pas pour elle tant ses excĂšs nĂ©cessitent selon moi qu’elle soit jugĂ©e ou freinĂ©e un jour ou l’autre. MĂȘme si, Ă  mon avis, du fait de ses hautes Ă©tudes, et de ses habilitĂ©s personnelles hors-normes ne serait-ce qu’en matiĂšre de sĂ©duction sociale, Rachida Dati sait trĂšs bien se placer. Elle sait trĂšs bien avec qui s’allier, qui rencontrer. Et qu’elle n’a rien Ă  voir avec moi, l’espĂšce de gentil, dans ces domaines. Jamais, nous n’aurions Ă©tĂ© amis ou alors je lui aurais plutĂŽt servi.

Mais, j’aime me rappeler sa performance qui avait consistĂ© Ă  faire reculer François Fillon alors que celui-ci, encore Premier Ministre de Nicolas Sarkozy, avait commencĂ© Ă  envisager de rĂ©cupĂ©rer la mairie du 7Ăšmearrondissement dont elle Ă©tait devenue la maire depuis 2008. J’avais beaucoup aimĂ© que Rachida Dati fasse comprendre Ă  François Fillon- qui s’Ă©tait trouvĂ© quelques affinitĂ©s  avec Marine Le Pen- que l’on pouvait s’appeler Rachida et rester maire du 7Ăšme arrondissement de Paris. Je me suis rĂ©guliĂšrement demandĂ©, aussi, comment Dati avait pu cohabiter au moins avec un Ministre influent comme Brice Hortefeux, plutĂŽt raciste vieille France.

D’autre part, je ne me suis jamais senti proche de Rama Yade, nommĂ©e Ministre par Nicolas Sarkozy en mĂȘme temps que Rachida Dati, mĂȘme lorsque celle-ci avait voulu jouer la carte de la victime du fait de sa couleur de peau (noire comme la mienne). Ou lorsqu’elle avait voulu faire croire qu’elle Ă©tait proche du peuple en tentant de s’installer politiquement en banlieue parisienne dans le 92..

 

Si je parle autant de figures politiques, c’est peut-ĂȘtre parce-que le sujet de la gentillesse/le fait d’ĂȘtre gentil est finalement trĂšs trĂšs politique. Mais il s’agit de la politique du quotidien et de la vie de tous les jours.

Photo©Franck.Unimon

Qu’est-ce que ça veut dire, ĂȘtre gentil ?

Dans son livre, Red Flags en amour ( Petit guide pour esquiver les relations toxiques), que j’ai lu en une heure durant mes vacances Ă  la mĂ©diathĂšque Les Sources de QuĂ©ven ( dans le Morbihan), Anne Latuille raconte avoir rencontrĂ© un homme qui, au dĂ©but de leur relation, lui avait affirmĂ© avoir « une grande ( ou une trĂšs grande) intelligence Ă©motionnelle Â».  

Puis, assez rapidement, le Monsieur ne s’était pas montrĂ© Ă  la hauteur de ses dĂ©clarations.

Je ne m’exprime pas ici comme une personne douĂ©e d’une grande intelligence Ă©motionnelle. Je ne m’exprime pas non plus comme fĂ©ministe. J’ai mĂȘme tendance Ă  ĂȘtre trĂšs rĂ©servĂ© voire trĂšs critique envers les hommes (cĂ©lĂ©britĂ©s ou non) qui s’affichent comme fĂ©ministes comme si cela allait de soi. Comme si cela Ă©tait si Ă©vident et si facile que cela d’ĂȘtre fĂ©ministe. Comme s’il Ă©tait si facile que ça d’ĂȘtre dĂ©pourvu de prĂ©jugĂ©s et d’ĂȘtre parfait et ouvert Ă  tout en toutes circonstances en somme.

Comme si une entente harmonieuse et Ă©quitable Ă©tait toujours instantanĂ©e et facile dĂšs lors que l’on rencontrait ou que l’on vivait avec quelqu’un d’autre, femme ou homme, quelle que soit son origine sociale, culturelle, Ă©conomique, sa couleur de peau, son ou ses orientations politiques, sexuelles, religieuses ou autres.

En affirmant que je suis un gentil, je ne prĂ©tends donc pas ĂȘtre ouvert Ă  tout. Je ne prĂ©tends pas tout comprendre. Je ne prĂ©tends pas tout accepter. Je ne prĂ©tends pas ĂȘtre « cool Â». Je ne prĂ©tends pas ĂȘtre toujours patient. Je ne prĂ©tends pas avoir tout bon en toutes circonstances.

En disant que je suis un gentil, je raconte qu’il m’est arrivĂ©, qu’il m’arrive et qu’il m’arrivera de rendre des services que l’on ne m’a jamais rendus ou que l’on ne me rendra jamais. Soit parce-que la personne ou les personnes- ou les institutions- Ă  qui j’ai ou j’aurais rendu ces services n’en n’est pas/ n’en sont pas capables. Soit parce-que cette personne ou ces personnes- ou ces institutions- n’en n’a jamais ou n’en n’ont jamais eu l’intention. Soit, parce-que, pour ma part, je n’attendais rien de semblable en retour de cette personne ou de ces personnes ou de ces institutions mais aussi parce-que je n’aime pas forcĂ©ment demander que l’on me rende service. Voire, je peux me sentir contraint en demandant ce service. Et je peux prĂ©fĂ©rer trouver tout seul ou autrement la solution.

Je raconte qu’il m’est arrivĂ©, qu’il m’arrive et qu’il m’arrivera de me prĂ©occuper pour quelqu’un d’autre sans que cette personne ne me le demande. Et que je suis capable de faire savoir Ă  cette personne que je pense Ă  elle mais aussi lui rappeler que je peux me rendre prĂ©sent si elle en a besoin dans la mesure de mes moyens.

Je raconte donc que je peux me mettre au service de quelqu’un d’autre. Et que ce n’est pas une formule pour faire joli. Ou pour faire bien. Ou pour faire « genre ».

Je raconte aussi qu’il m’est arrivĂ©, qu’il m’arrive et qu’il m’arrivera plutĂŽt rĂ©guliĂšrement de prendre sur moi. D’accepter certains travers d’autres personnes qui ne sont pas vraiment acceptables et qui amĂšneraient rapidement des conflits voire des pugilats avec un tempĂ©rament plus impulsif ou plus explosif que le mien.

Je raconte que je fais de mon mieux afin d’ĂȘtre diplomate mĂȘme pour « recadrer Â» une personne plutĂŽt que de lui sauter Ă  la gueule. Ce qui nous amĂšne au chapitre suivant.

Photo©Franck.Unimon

La personne gentille ne donne pas de coups :

Dans un fim dont j’ai oubliĂ© le titre, l’actrice Jeanne Balibar interprĂšte une cĂ©lĂ©britĂ© radiophonique, je crois, dont la personnalitĂ© est telle qu’il lui est dit :

« Vous avez pris des coups mais vous en avez donnĂ©, aussi Â».

Dans ce film, au début, Jeanne Balibar enferme celle dont elle est amoureuse. Par jalousie. Mais aussi parce que celle-ci lui échappe.

Dans Dogville  rĂ©alisĂ© par  Lars Von Trier en 2003, on peut dire que le personnage interprĂ©tĂ© par Nicole Kidman est une gentille au dĂ©but du film. On peut dire qu’elle, elle  en prend des coups, au dĂ©but du film. Sa gentillesse, sa docilitĂ©, sa disponibilitĂ©, sa patience et son besoin d’ĂȘtre acceptĂ©e et aimĂ©e, semblent stimuler et dĂ©cupler chez les habitants de Dogville des variations de violence qui ne demandaient qu’à « sortir Â». Et sa gentillesse, sa disponibilitĂ© mais aussi sa nouveautĂ© voire sa fraicheur ou sa candeur sont comme des permissions qu’’elle leur donne pour cela.

On peut trouver des similitudes avec le rĂŽle que tient Nicole Kidman dans Babygirl rĂ©alisĂ© en 2024 par Halina Reijn mais aussi dans son rĂŽle avant cela dans Paper Boy rĂ©alisĂ© par Lee Daniels en 2012. A chaque fois, le personnage jouĂ© par Nicole Kidman s’offre Ă  la prĂ©dation de l’autre et peut mĂȘme y trouver une forme de sentiment d’existence ou, voire, d’excitation et de jouissance. Mais aucun des films ne se termine de la mĂȘme maniĂšre pour elle.

On peut rappeler l’ñge de Nicole Kidman pour chacun de ces films car je crois que les diverses expĂ©riences personnelles acquises par Nicole Kidman peuvent aussi expliquer le choix de ces rĂŽles.

Nicole Kidman, nĂ©e en 1967, avait 36 ans pour Dogville. Elle n’était donc pas si jeune que ça. Mais le cinĂ©ma a souvent pour lui de nous faire rĂ©gresser et de nous donner l’illusion « de ». Et c’est d’ailleurs pour cela que l’on s’y croit et que l’on y retourne. Comme certaines histoires d’Amour mais aussi certaines rencontres et certaines amitiĂ©s.

Nicole Kidman avait donc 45 ans pour Paper Boy et 57 ans pour Babygirl. Femme apparemment cĂ©libataire et sans enfant dans Dogville, elle interprĂšte une femme qui en dĂ©jĂ  a vu et a eu une vie prĂ©alable dans Paper Boy. Une sorte de Thelma sans Louise qui rĂ©siste Ă  l’amour que lui porte le trĂšs jeune Zac Efron. Et qui reste loyalement amoureuse d’un taulard.

Dans Babygirl, Nicole Kidman est une femme et une mĂšre mariĂ©e Ă  l’acteur Antonio Banderas. Une femme que la journaliste LĂ©a SalamĂ©  qualifierait sĂ»rement de « femme puissante Â» puisque dans une sociĂ©tĂ© de New York, elle occupe un poste de direction  important quoique convoitĂ© au moins par un de ses collĂšgues masculins. A moins que ce ne soit plutĂŽt elle, en tant que femme et objet sexuel, que ce collĂšgue mariĂ© plutĂŽt quinquagĂ©naire ne convoite et ne dĂ©sire tout autant.

Puisque la sexualitĂ© est souvent associĂ©e au milieu du Pouvoir. Actuellement, le PrĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump s’applique Ă  se dĂ©marquer autant que possible de Jeffrey Epstein, « poursuivi pour corruption et trafic sexuel de dizaines de mineures puis retrouvĂ© suicidĂ© dans sa cellule, le 10 aout 2019 Â». Alors qu’une vidĂ©o « de 1992 les montre en train de danser entourĂ©s de femmes jeunes Ă  Mar-a-Lago, dans le club privĂ© de Trump, oĂč Epstein a mĂȘme rencontrĂ© Virginia Giuffre, embauchĂ©e pour des massages Ă  l’ñge de 17 ans, avant de devenir l’une de ses principales accusatrices. Elle s’est suicidĂ©e en avril dernier Â» ( extrait de l’article Trump : «  Jeffrey dans le dos et chaud aux fesses Â» en premiĂšre page du journal Le Canard EnchaĂźnĂ© numĂ©ro 5464 de ce mercredi 30 juillet 2025 Accord bancal entre l’Europe et les Etats-Unis. AprĂšs le golf, Trump joue au racket).

Et Rachida Dati, pour parler Ă  nouveau d’elle, avait dĂ©clarĂ© avant la naissance de sa fille Zohra que sa vie sentimentale (et sexuelle ?) Ă©tait « un peu compliquĂ©e Â». Pour expliquer la difficultĂ© pour elle de parler du pĂšre. Par la suite, « nous Â» avions appris que sa fille est ou serait la fille d’un chef d’entreprise si je ne me trompe. En tout cas d’un homme qui a « rĂ©ussi Â».

Les dizaines de mineures abusées par Epstein et ses amis ( femmes incluses) ont sans doute rendu peu de coups à leurs agresseurs. Ou alors avec un certain délai de retard.

Ceci est une constante.

Dans le film Mystic River rĂ©alisĂ© par Clint Eastwood Ă©galement en 2003 ( comme Dogville ! ) d’aprĂšs le livre de Dennis Lehane, l’enfant qui sera reprĂ©sentĂ© adulte par l’acteur Tim Robbins est choisi par deux hommes pĂ©dophiles ( dont l’un porte une alliance catholique si je me rappelle bien) car ceux-ci Ă©valuent que l’enfant qui sera ensuite interprĂ©tĂ© adulte par Sean Penn est une forte tĂȘte et va se dĂ©fendre. Tandis que l’autre enfant, interprĂ©tĂ© adulte par Kevin Beacon est estimĂ© trop malin par les deux hommes. Je prĂ©cise que lors de cette rencontre, les trois gamins ont une dizaine d’annĂ©es, sont copains d’enfance et sont en train de jouer dehors lorsque que ces deux hommes en voiture arrivent.

L’enfant interprĂ©tĂ© adulte par Tim Robbins sera violĂ© et aussi assassinĂ© deux fois. Voire trois fois si l’on prend en compte l’état de dĂ©pression du fils de Tim Robbins Ă  la fin du film lors du carnaval.

La personne gentille ou vue comme gentille peut ĂȘtre rapidement identifiable comme « prenable » tel le sac Ă  la main ou la canne de la petite vieille ou du petit vieux qui marche difficilement Ă  quelques mĂštres devant nous et qui semble dĂ©jĂ  prĂȘt pour le dernier coup de grĂące. A premiĂšre vue, il n’y a qu’Ă  se servir. Il devrait y avoir trĂšs peu d’efforts Ă  fournir. Ce devrait ĂȘtre trĂšs vite terminĂ© au bout de quelques secondes.

La dĂ©nomination, le terme « Tu es gentil » ou «  tu es gentille » est donc Ă  double tranchant pour celle ou celui Ă  qui cela s’adresse. Et il vaut mieux, pour elle ou lui, qu’en dĂ©pit de ses apparences de « gentil » ou de « gentille », qu’elle ou qu’il dispose de certaines provisions intĂ©rieures d’agressivitĂ© et de combattivitĂ© qu’elle/qu’il pourra utiliser rapidement et massivement si cela devient nĂ©cessaire. 

Afin de noircir encore un peu le tableau car je m’aperçois que tous mes exemples, mĂȘme s’ils sont « bons », sont blancs et plutĂŽt occidentaux, on n’a jamais dit  de :

Malcolm X, Frantz Fanon, Martin Luther King, Miles Davis, AimĂ© CĂ©saire, Nelson Mandela, Angela Davis, Bob Marley, Fela, James Brown, Aretha Franklin,  Chester Himes, James Baldwin, Desmond Tutu, Toni Morrisson, Denzel Washington, RaphaĂ«l Confiant, Patrick Chamoiseau, Maryse CondĂ©, Mohamed Ali ou Barack Obama qu’ils Ă©taient ou sont gentils. On les a acceptĂ©s, on les accepte, on les admire ou craints tels qu’ils Ă©taient ou sont.

La personne gentille court le risque d’ĂȘtre certaines fois perçue comme inoffensive. De pouvoir ĂȘtre domestiquĂ©e. C’est celle dont on peut penser qu’il est possible de caresser la tĂȘte comme un gentil toutou, qui s’excuse d’ĂȘtre lĂ  et prie d’ĂȘtre acceptĂ©e, tolĂ©rĂ©e. 

Le contraire du mot « gentil », ce n’est peut-ĂȘtre pas d’ĂȘtre « mĂ©chant » finalement, mais, plutĂŽt, d’ĂȘtre « sauvage », « d’ĂȘtre rock and roll »,  » s’affirmer », « vibrer »,  » ĂȘtre imprĂ©visible », « violent », « dĂ©terminant », « libre »,  » sans limites », « ĂȘtre instinctif », « ĂȘtre dans l’instant prĂ©sent »…

Dans les films oĂč il joue, personne n’a envie de prendre le risque de caresser la tĂȘte de l’acteur  noir Samuel Jackson comme s’il Ă©tait un petit chien pĂ©kinois. Et ce sera pareil pour l’acteur Denzel Washington. En France, les acteurs noirs et non-blancs doivent plutĂŽt « montrer patte blanche » et rester frĂ©quentables. Ils doivent ou il  vaut mieux qu’ils passent par la comĂ©die, la gentillesse. Autrement, cela choquerait beaucoup trop. L’Ă©quivalent du film Cet Out de l’amĂ©ricain Jordan Peele serait beaucoup trop violent en France, dans le pays des « Droits de l’Homme » ou seul le Rassemblement National et les figures politiques- et certaines personnalitĂ©s mĂ©diatiques- qui s’inspirent de ses idĂ©es ont « le droit » de marteler des propos agressifs, violents et racistes au moins envers les Ă©trangers qui doivent se montrer reconnaissants d’ĂȘtre gĂ©nĂ©reusement accueillis sur le sol français. MĂȘme s’ils ont beaucoup souffert pour arriver lĂ  et qu’ils continuent de trimer pour s’en sortir. 

Pour ma part, il est vrai qu’en tant que gentil, je peux retenir certains de mes coups ou de mes remarques. Et ce que je viens d’Ă©crire depuis « Afin de noircir encore un peu le tableau car je m’aperçois que … » le confirme. Toute cette partie vient de sortir alors que je cela fait dĂ©jĂ  plusieurs heures que je suis sur cet article.

C’est l’oeuvre du refoulĂ© chez le gentil. Et, dans certaines situations, cela m’a dĂ©savantagĂ©. Certains de ces dĂ©savantages ont pu ĂȘtre rattrapĂ©s ou contournĂ©s. D’autres fois, ce refoulĂ© a guidĂ© mes pas et m’a en quelque sorte fait prendre le dĂ©part d’un cent mĂštres Ă  l’envers. Pendant que d’autres se rapprochaient de la ligne d’arrivĂ©e, moi, je m’en Ă©loignais. J’ai Ă©tĂ© jeune. Cela peut ĂȘtre violent de se prendre ce genre de constat dans la tĂȘte. Et, pourtant, je suis beaucoup moins Ă  plaindre que d’autres d’autant que ma vie, en principe, n’est pas encore terminĂ©e. 

Photo©Franck.Unimon

 

Essai d’introspection d’une personne gentille

Je crois que la personne gentille se trouve à un moment donné dans une course, une compétition ou dans un combat dont elle prend conscience aprÚs les autres. Ou bien aprÚs les autres.

La personne gentille n’est pas nĂ©cessairement une personne faible, peureuse, idiote ou tout le temps faible et peureuse. Ce peut ĂȘtre une personne optimiste, naĂŻve, pleine de bonnes intentions, un peu ou assez idĂ©aliste, qui croit que les choses peuvent se faire et s’ajuster tranquillement sans qu’il soit toujours nĂ©cessaire de se confronter ou de combattre alors qu’en face, ses interlocuteurs et interlocutrices sont dans d’autres dispositions et font acte d’une moindre bienveillance Ă  son Ă©gard. Ce peut ĂȘtre une personne qui a une mauvaise connaissance de l’environnement oĂč elle se trouve ou une mauvaise perception des personnes ( et de leurs rĂ©elles intentions) qu’elle rencontre ou frĂ©quente. Elle se croit ou se persuade d’ĂȘtre sur la terre ferme alors qu’elle Ă©volue sur des sables mouvants.

Mais il existe d’autres paramĂštres pour expliquer ce dĂ©calage entre la personne gentille et la situation qu’il rencontre.

« Tu es trop bienveillant
 Â».

Je me rappelle encore ( je l’ai dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© dans un autre article) de cette remarque que m’a faite plutĂŽt gentiment, de maniĂšre Ă©ducative, LĂ©o Tamaki, Maitre en AĂŻkido, alors qu’au Japon, l’annĂ©e derniĂšre, en juillet, lors du Masters Tour qu’il organise chaque annĂ©e, lui et moi venions de faire ensemble un exercice d’opposition.

Pourquoi ai-je Ă©tĂ© aussi bienveillant ? Parce-que je n’étais pas sĂ»r d’avoir bien compris l’exercice. Parce-que je me trouvais « avec Â» ou « face Â» Ă  LĂ©o Tamaki, un expert dans son domaine et organisateur qui plus est de ce Masters Tour.

J’ai trĂšs certainement fait montre Ă  son Ă©gard de trop de politesse, de trop d’attentions. Et, en cela, j’ai faussĂ© et diluĂ© l’exercice qui n’a rien apportĂ© d’autre que l’observation que je pouvais et peux ĂȘtre trop bienveillant mais aussi trop poli ou trop soumis dĂšs lors que je voue Ă  une personne une certaine admiration ou que j’ai pour elle un respect dĂ©mesurĂ©.

C’est une attitude que l’on peut retrouver, aussi, lorsque l’on est amoureux d’une personne que l’on idĂ©alise ou que l’on met sur un piĂ©destal. Et avec laquelle on se refuse Ă  ĂȘtre en conflit parce-que l’on croit que notre relation sera meilleure sans conflit. Ou que l’on va la gĂącher, voire la perdre, si l’on contredit l’autre. Alors que certains conflits, certaines contradictions, certaines remarques et dĂ©bats mesurĂ©s bien-sĂ»r sont nĂ©cessaires afin de mieux s’ajuster.

Mais lorsque l’on est dans sa spirale de gentil, on l’est vraiment, comme pris dans un tourbillon. Et comme me l’a dit ma mĂšre, un jour :  » Lorsque l’on est gentil, on reste un gentil ».

Quelques minutes plus tard, avec Issei Tamaki cette fois, frĂšre de LĂ©o, j’ai eu grosso modo la mĂȘme attitude. Mais cette fois, celui-ci, m’a demandĂ© :

« Tu rĂ©flĂ©chis ? Â».

ExtrĂȘme bienveillance ou excĂšs de prudence, docilitĂ©, manque de confiance en soi ou doutes quant Ă  ses capacitĂ©s, peur ou crainte de faire ( du) mal ou de mal faire semblent faire partie des inhibiteurs personnels de la personne gentille qui s’imagine tellement brutale et les autres en face si vulnĂ©rables qu’elle peine ou rĂ©siste pour allonger le bras ou dire ce qu’elle a Ă  dire. 

Il m’est arrivĂ© de pratiquer un peu de boxe française. Un sport de combat que j’aime plutĂŽt bien. Et lorsqu’en boxe anglaise ( ce qui nous arrivait lors du cours de boxe française), j’ai pu toucher Ă  la tĂȘte un partenaire, je me suis souvent senti mal Ă  l’aise. Ce malaise avait Ă©tĂ© accentuĂ© lorsque ce partenaire Ă©tait une partenaire mĂȘme si celle-ci Ă©tait volontaire et particuliĂšrement combattive. Je savais que dans la tĂȘte se logeait un organe vital. Et porter un coup Ă  cet endroit avec la possibilitĂ© de dĂ©truire ou blesser l’autre m’était difficile Ă  supporter.

Cette attitude constitue ou peut constituer un certain handicap pour la personne gentille, car ,pendant ce temps, ses agresseurs ou ses prédateurs (femmes comme hommes, dans la rue comme au travail ou dans la vie sociale ou conjugale) eux, peuvent en profiter.

C’est dans ces moments-lĂ  que la personne offensive peut prendre un avantage ou un certain ascendant sur la personne gentille. La personne offensive « prend la confiance Â» ou s’habitue Ă  penser et Ă  croire qu’elle peut se permettre d’agir ou de parler comme elle le fait avec une personne « gentille Â». Car la personne gentille ne dit rien ou ne montre pas de rĂ©action particuliĂšre. Et, comme on le dit :  

«Qui ne dit mot, consent Â».

Certaines personnes s’en convainquent trùs rapidement. Ou trùs facilement.

« S’il ne dit rien, si elle ne dit rien, c’est qu’il ou qu’elle accepte Â». Ou, pire :

 

« Oui, elle/il a bien dit que mais mĂȘme s’il/si elle rĂąle un peu, ensuite, il/le fait quand mĂȘme
. Â».

C’est de cette façon que certaines situations peuvent perdurer parce-que, d’un cĂŽtĂ©, il y a une personne qui accepte et endure, et, de l’autre cĂŽtĂ©, une personne (ou plusieurs) qui se servent ou s’imposent ou sont tout simplement dans leur confort personnel jusqu’à un certain Ă©goĂŻsme voire dans la complaisance.

Le jeune d’environ 18 ans que j’avais croisĂ© un jour alors que j’emmenais ma fille Ă  l’école maternelle ou Ă  l’Ă©cole primaire avait sans doute une tĂȘte de gentil lorsque, quelques minutes plus tĂŽt, il s’était fait agresser par plusieurs jeunes pour lui voler son tĂ©lĂ©phone portable. Sa mĂšre m’avait Ă©tĂ© reconnaissante pour avoir permis Ă  son fils de l’appeler depuis mon tĂ©lĂ©phone portable pour la prĂ©venir.

Dans ce que ce jeune m’avait rĂ©pondu, j’avais compris que ces autres jeunes ( un peu plus ĂągĂ©s que lui) l’avaient repĂ©rĂ© dans le train. Il Ă©tait certes seul et eux, plusieurs, mais plutĂŽt que « gentil », j’en avais aussi dĂ©duit que la peur l’avait sĂ»rement empĂȘchĂ© d’échapper Ă  ses agresseurs. Un homme ou une femme qui court vite ou qui se rĂ©fugie au bon endroit ou auprĂšs des « bonnes personnes » au bon moment a plus de chances d’échapper Ă  ses Ă©ventuels agresseurs, mĂȘme si cet homme ou cette femme est une personne gentille par ailleurs.

Photo©Franck.Unimon

Mais pour cela, il faut d’abord que la victime potentielle perçoive rapidement le traquenard ainsi que les issues qui sont Ă  sa portĂ©e lorsque cela est encore possible. Il y a peut-ĂȘtre aussi certaines prĂ©cautions Ă  prendre afin d’augmenter ses chances pour Ă©viter le traquenard.

Une de mes amies m’a appris qu’elle avait enseignĂ© Ă  ses filles de toujours se mettre dans le mĂ©tro ou dans le train, dans la voiture la plus proche du conducteur. Avec l’automatisation des lignes de mĂ©tro, on peut se dire que cette recommandation deviendra plus difficile Ă  suivre dans le temps mais les conseils pratiques de ce genre sont Ă  mon avis trĂšs utiles.

Maitre Jean-Pierre Vignau ( plus de 75 ans) m’a dit un jour Ă  l’issue d’un de ses cours :

« Je ne peux pas courir Â». Il se dĂ©place en effet en boitant un peu du fait des sĂ©quelles d’une cascade en voiture qu’il a faite il y a plusieurs annĂ©es et qui s’est mal terminĂ©e. Il avait  entre-autres fait plusieurs infarctus.

En dĂ©pit de son caractĂšre, je trouve en Jean-Pierre Vignau ( voir ( Arts Martiaux) A Toute Ă©preuve : une interview de Maitre Jean-Pierre Vignau  mais aussi les autres articles que j’ai pu Ă©crire inspirĂ©s par lui dans mon blog) une grande gentillesse. Il est le seul Maitre d’Arts martiaux que j’ai rencontrĂ© Ă  ce jour capable d’appeler tous ses Ă©lĂšves au tĂ©lĂ©phone soit pour les informer ou leur rappeler que les cours vont reprendre. Ou pour leur laisser un message tĂ©lĂ©phonique afin de leur dire qu’il espĂšre qu’ils vont bien et que le principal, c’est d’avoir la santĂ©.

Pourtant, en dĂ©pit de sa gentillesse, je sais que le ou les agresseurs qui se risquera/se risqueront un jour Ă  seulement voir en lui un vieux papy qui claudique se rappelleront trĂšs douloureusement de leur erreur. S’il reste ou restent suffisamment en bon Ă©tat.

Je ne dirais pas que Jean-Pierre Vignau est un mĂ©chant. Puisque j’ai donnĂ© un exemple de sa grande gentillesse. Mais en cas d’agression physique, ou mĂȘme d’intention d’agression physique, je sais qu’il aura le bagage comportemental mais aussi l’état d’esprit adĂ©quat pour porter les coups lĂ  oĂč il faut et quand il le faut. Tandis que la personne gentille, elle, va peut-ĂȘtre hĂ©siter ou trop hĂ©siter ou s’imaginer que, par la parole ou la diplomatie, on peut peut-ĂȘtre essayer de dĂ©samorcer la situation.

Par gentillesse ou par pragmatisme, Je ne peux toutefois pas donner raison Ă  cent pour cent Ă  une rĂ©action de dĂ©fense immĂ©diate ou instinctive. Qu’elle soit physique ou verbale. Certaines personnes rĂ©agissent quand mĂȘme au quart de tour y compris lorsque ce n’est pas justifiĂ©. Le personnage de Joe Dalton dans la bande dessinĂ©e Lucky Luke en est une trĂšs bonne illustration.

Mais je ne peux pas non plus occulter ou oublier qu’il est des circonstances oĂč j’aurais mieux fait de rĂ©agir tout de suite ou plus vite que je ne l’ai fait ou ne le fais.

Mais tout le monde n’a pas le tempĂ©rament, la volontĂ© ou la facultĂ© de dĂ©marrer au quart de tour. Cela signifie-t’il donc que la personne gentille est lĂ  pour servir de serpillĂšre ou de dĂ©fouloir ?

Photo©Franck.Unimon

Etre une personne gentille = ĂȘtre une personne non-violente et soumise ?

MĂȘme si je suis un gentil, je ne me vois pas comme une personne non violente ou non agressive.

Je suis capable de violence et d’agressivitĂ©. Et je sais en ĂȘtre capable. Je vais donner quelques exemples.

Je suis infirmier en psychiatrie et en pédopsychiatrie depuis plus de trente ans. Donc, je fais partie des soignants.

Qu’est-ce qu’un soignant, si ce n’est une personne qui aspire Ă  sauver partiellement ou totalement les autres ?  Et, Ă  travers, eux, Ă  se sauver toute ou partie lui-mĂȘme ?

Les patients et les familles de patients qu’il rencontre sont des reflets ou peuvent ĂȘtre des reflets ou des bouts de lui-mĂȘme. Des bouts de questions, des bouts de rĂ©ponses. Des bouts d’échappatoires. Des bouts d’histoires. Des bouts de solutions. Des bouts de vacarmes, aussi.

Un soignant est donc a priori une personne « gentille Â», « douce Â», « patiente Â», « pacifique Â», « tolĂ©rante Â» voire sacrificielle.

D’autres personnes essaient, elles, de se sauver mais aussi de se pacifier au travers des Arts Martiaux. D’autres, en faisant carriĂšre. En faisant beaucoup de fric. D’autres, en obtenant plus de Pouvoir et plus de fric. D’autres, en collectionnant les conquĂȘtes fĂ©minines et/ou masculines. D’autres, en accumulant les expĂ©riences et les aventures en changeant d’emploi, de pays rĂ©guliĂšrement.

D’autres, en faisant des enfants.

Certaines personnes cumulent tout cela dans le désordre.

L’intention est d’essayer d’arriver quelque part. De faire quelque chose de soi, de son existence, d’obtenir une certaine valeur pour soi ou pour les autres et de vivre certains plaisirs, de faire des expĂ©riences que l’on espĂšre extraordinaires ou qui en valent la peine. Et qui valent la peine d’ĂȘtre transmises.

J’ignorais Ă©videmment cela lorsque, Ă  la fin de ma premiĂšre annĂ©e d’études d’infirmier (j’allais avoir 19 ans), j’ai « fait Â» mon premier stage dans un hĂŽpital de jour en psychiatrie adultes Ă  Colombes. Je me suis donc retrouvĂ© en mĂȘme temps qu’une de mes camarades de promotion avec beaucoup d’adultes. Des personnes plus ĂągĂ©es que moi. Des soignants ainsi que des patients. Je commençais Ă  dĂ©couvrir la psychose. Pas celle dont on parle dans les mĂ©dias pour parler d’un tueur ou d’un violeur en sĂ©rie qui sĂšme la terreur dans une ville ou dans un village ou celle que l’on a peut-ĂȘtre Ă©voquĂ©e au moment de la pandĂ©mie du Covid et des confinements.

Je parle de la psychose au sens psychiatrique. Tous les patients prĂ©sents Ă©taient psychotiques. Parmi eux, un homme d’à peu prĂšs une trentaine d’annĂ©es qui, rĂ©guliĂšrement, alors que je faisais une partie de dames commentait. Il Ă©tait trĂšs fort. Il Ă©tait tellement fort que, lui, il ne bougeait jamais telle rangĂ©e de pions.

Cet homme avait besoin de dire et de rĂ©pĂ©ter. MĂȘme s’il Ă©tait un patient psychotique, limitĂ©, immature, et que son avenir dans la vie Ă©tait plutĂŽt triste, Il avait fini par m’ulcĂ©rer.

Mais je n’avais rien dit. Je ne savais rien faire d’autre.  J’avais pris sur moi. Je n’avais mĂȘme pas pensĂ© Ă  en parler au personnel soignant.

Je n’avais pas prĂ©vu au dĂ©part de jouer avec lui. Et, je n’avais rien contre le fait de perdre une partie de dames ou plusieurs. J’avais d’ailleurs perdu contre un autre patient plus ĂągĂ© deux fois de suite sans pouvoir rien faire. Et, la seule fois oĂč j’avais rĂ©ussi Ă  « battre » aux dames ce patient plus ĂągĂ© ( environ la cinquantaine) c’était parce-que cet homme s’était mis Ă  penser Ă  ses enfants comme il me l’avait dit au point de ne plus ĂȘtre dans la partie.

Puis, j’ai oubliĂ© comment mais j’ai jouĂ© aux dames avec ce patient qui m’avait vraiment bien « chauffĂ© Â».

Je ne me suis jamais, je crois, montrĂ© sarcastique ou agressif avec ce patient. Mais je me rappelle que ma concentration Ă©tait, dĂšs le premier coup, Ă  un sommet que je n’avais jamais connu. Et que lorsque je « mangeais Â» ses pions, j’éprouvais une sorte de jouissance intĂ©rieure que je n’avais jamais ressentie auparavant- et que je n’ai jamais ressentie depuis- lors d’une partie de dames tandis que, en face, le patient constatait, quelque peu Ă©tonnĂ©, sa dĂ©confiture.

MĂȘme si j’ai « battu » ce patient dans les rĂšgles en restant calme et respectueux, je sais qu’il y avait alors une quantitĂ© de violence et/ou d’agressivitĂ© importante qui s’Ă©tait amassĂ©e en moi lors de cette partie de dames.

C’est la mĂȘme violence et/ou agressivitĂ© que j’ai ressentie quelques annĂ©es plus tard, durant mon service militaire dans le service de psychiatrie adulte Ă  l’hĂŽpital BĂ©gin. J’avais alors obtenu mon diplĂŽme d’Etat d’infirmier et avais dĂ©cidĂ© de travailler en psychiatrie. Mais pour une des aides-soignantes du service, je n’étais qu’un jeune appelĂ© de plus qui venait effectuer son service militaire dans le service.

Certains des appelĂ©s qui faisaient leur service comme moi dans cette unitĂ© en psychiatrie disaient quelques fois qu’ils mettraient bien un petit coup ou plusieurs Ă  cette aide-soignante en plaçant sa tĂȘte sous un oreiller.

Je n’éprouvais aucun dĂ©sir pour cette collĂšgue.

Cette femme Ă©tait d’une prĂ©tention ! Mon mari, ceci, mon mari cela. Son mari qui Ă©tait infirmier en rĂ©animation et qui faisait ceci, et qui faisait cela. Et qui savait ceci et qui savait cela.

Elle m’était insupportable. A nouveau, j’avais pris sur moi.

Un jour, cette « collĂšgue, vient me voir. Elle avait compris ou appris que j’aimais Ă©crire et que j’étais plutĂŽt littĂ©raire. Elle avait Ă©crit un courrier, je crois ( j’ai oubliĂ©) et elle me demandait de bien vouloir « corriger Â» les fautes qu’elle avait faites.

Le gentil, comme je l’ai dĂ©jĂ  Ă©crit est un optimiste et un naĂŻf. Donc, au dĂ©but, lorsque cette collĂšgue est venue me prĂ©senter son papier, j’ai vĂ©ritablement voulu lui rendre service. Ma mĂšre fait des fautes lorsqu’elle m’écrit et je ne lui en veux pas. Mais dĂšs que j’ai commencĂ© Ă  voir la feuille de cette collĂšgue gorgĂ©e de fautes, cela a Ă©tĂ© plus fort que moi, j’ai ressenti une bouffĂ©e d’agressivitĂ©, l’ivresse de la violence, qui s’est mise rapidement Ă  me prendre.

J’avais de quoi humilier ou maltraiter cette collùgue.

J’ai dĂ©cidĂ© de corriger deux fautes. Je me suis arrĂȘtĂ© lĂ  puis, en restant calme et poli, j’ai rendu sa feuille Ă  cette collĂšgue en lui disant que, pour moi, le reste Ă©tait bon. Que pour moi, il n’y avait plus de fautes.

Elle a manifestĂ© son Ă©tonnement, a insistĂ© un peu et m’a encouragĂ© en me disant que je pouvais vraiment corriger ses fautes.

J’ai dĂ©clinĂ© poliment. Nous n’en n’avons plus reparlĂ© ensuite. J’ai aussi oubliĂ© si, par la suite, cette collĂšgue avait continuĂ© de se vanter devant moi.

Il est d’autres circonstances oĂč je sais qu’aprĂšs une certaine rĂ©pĂ©tition d’une situation qui devient pour moi insupportable ou inacceptable, mon cerveau et mes inhibitions « lĂąchent Â». Certaines fois, cela prend un certain temps. D’autres fois, moins de temps. Mais je sais que, souvent, ou gĂ©nĂ©ralement, j’essaie ou ai essayĂ© auparavant de « dialoguer Â», de « communiquer Â», de « prĂ©venir Â».

J’ai par exemple appelĂ© une de mes anciennes cadres infirmiĂšres pour lui demander de ne pas venir Ă  mon pot de dĂ©part. Et, lorsque j’ai appris par la suite qu’elle s’était mise Ă  pleurer dans le service, en se donnant Ă  voir en train de pleurer comme une victime, cela m’avait confortĂ© dans le fait que j’avais pris – assez difficilement au dĂ©part- la bonne dĂ©cision.

Ce n’est pas parce qu’une personne pleure en public qu’elle est gentille ou Ă  toujours la plus Ă  plaindre. J’avais supportĂ© de cette cadre infirmiĂšre un certain nombre d’abus de langage et d’autoritĂ© voire de mĂ©pris pendant plusieurs annĂ©es avant de devoir prendre cette dĂ©cision de l’exclure de mon pot de dĂ©part. Et je ne l’ai jamais regrettĂ© mĂȘme si, par la suite, elle et « mon » ancien mĂ©decin chef se sont arrangĂ©s pour me  faire un coup de pute.

Donc, je ne suis pas un gentil tout doux. MĂȘme s’il m’arrive d’avoir peur, de me soumettre ou d’accepter ou d’avoir acceptĂ© certains comportements ou certains propos dĂ©placĂ©s ou agressifs et de m’ĂȘtre « laissĂ© faire » comme on dit.

Photo©Franck.Unimon

Les avantages d’ĂȘtre gentil :

Je crois que c’est peut-ĂȘtre dans le fait de rechercher (et de trouver) d’autres personnes gentilles et, donc, de savoir peut-ĂȘtre s’entourer de personnes gentilles ou Ă  peu prĂšs gentilles.

Il est sĂ»rement plus agrĂ©able et plus facile d’ĂȘtre optimiste, lĂ©ger, fantaisiste et confiant dans l’avenir et dans notre entourage si l’on est une personne « gentille Â». Etre un « tueur Â» ou une « tueuse Â» nous donne sans aucun doute bien des avantages en termes de prestige, de Pouvoir ou de rĂ©ussite mais cela signifie aussi que notre tĂȘte est souvent mise Ă  prix et qu’il peut ĂȘtre difficile de trouver des personnes de confiance et, surtout, sincĂšres.

Je ne pourrais sans doute pas me sentir trĂšs Ă  l’aise avec les personnes que frĂ©quentent Trump, Zuckerberg ou Dati et celles et ceux qui leur ressemblent ou font tout pour leur ressembler ou leur succĂ©der. Je crois aussi que ces personnalitĂ©s ont besoin de conflits pour exister, pour s’affirmer, pour se prouver quelque chose. Et que leur quĂȘte est sans fin. Je ne crois pas que Trump soit capable de se contenter de la paix. Il lui faut dĂ©truire, s’imposer, manoeuvrer, ou essayer de le faire dĂšs lors que cela lui est possible. Et il sait choisir ses victimes. Les pays europĂ©ens, par exemple, qui n’osent pas trop se confronter Ă  lui. Trump se contrefiche des consĂ©quences sur le long terme. Il se dit peut-ĂȘtre mĂȘme qu’il ne sera plus lĂ  pour les voir ou pour rĂ©pondre de ces consĂ©quences car il sera dĂ©jĂ  mort. En attendant, Trump expose au moins les faiblesses de l’Europe au monde entier, un continent qui, face Ă  lui, au lieu de montrer la mĂąchoire puissante et intimidante de pays soudĂ©s lui montre plutĂŽt des dentiers de personnes ĂągĂ©es. Cela va donner de la confiance aux futures puissances qui dirigeront le Monde.

Mais on ne peut pas s’improviser dirigeant. Et que l’on soit gentil ou pas, le principal, est sĂ»rement d’abord d’ĂȘtre vĂ©ritablement soi-mĂȘme. Donc la gentillesse peut ĂȘtre difficile Ă  porter si l’on en supporte rĂ©guliĂšrement et uniquement les inconvĂ©nients ou si l’on passe son temps Ă  se l’imposer constamment alors que d’autres ont beaucoup moins de scrupules soit pour exploiter notre gentillesse soit pour s’abstenir d’ĂȘtre gentilles ou gentils.

Cela a Ă©tĂ© un article long. Mais il pourrait ĂȘtre beaucoup plus long.

J’espĂšre surtout qu’il n’aura pas Ă©tĂ© trop redondant ni trop hors-sujet. Je ne sais pas encore si je dois remercier Nonrien de m’avoir lancĂ© sur le sujet de la gentillesse. Mais je suis plutĂŽt satisfait de ma « copie ». Et j’invite Ă©videmment toute personne qui me lira Ă  Ă©crire aussi sur la gentillesse/le fait d’ĂȘtre gentil ou Ă  me faire part de ses commentaires. Je sais que certaines personnes sincĂšres considĂšrent que l’on n’est « jamais trop gentil( le) ». J’ai exprimĂ© dans cet article la raison de mes quelques doutes Ă  ce propos. Mais je veux bien croire que la gentillesse de certaines personnes soit en quelque sorte confondante mĂȘme si elle les expose Ă  mon avis. Je n’aimerais pas par exemple que ma fille ne soit « que » gentille.

 

Ps : Nonrien n’a jamais travaillĂ© dans la finance. C’est une ancienne collĂšgue infirmiĂšre rencontrĂ©e dans un service de pĂ©dopsychiatrie oĂč j’ai travaillĂ© pendant une dizaine d’annĂ©es. Elle est aujourd’hui Ă  la retraite et donne entre-autres des cours.

On peut ĂȘtre gentil et ĂȘtre aussi un peu farceur.

Ps numĂ©ro 2 : on peut voir cet article comme la suite de mon article L’Amour vu par un homme ( L’Amour vu par un homme ).

Photo©Franck.Unimon

Franck Unimon, ce jeudi 31 juillet 2025.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Catégories
Pour les Poissons Rouges

L’Amour vu par un homme

Photo©Franck.Unimon

L’ Amour vu par un homme

C’est une connaissance. Nous n’avons jamais Ă©tĂ© proches. Mais un jour, je serai comme lui.

Il semble descendre vers la gare. Au volant de ma voiture, arrĂȘtĂ© au stop, je le regarde marcher. Lui ne peut que marcher. Une voiture, ça pollue et c’est un objet de luxe et de consommation.

Il porte des sandales de merde. Il a dĂ©sormais une petite bedaine qui enfle sous sa chemise Ă  carreaux Ă  manches courtes. Il a toujours son catogan. Sauf qu’il a un dĂ©but de calvitie. La derniĂšre fois que je l’avais vu sourire, c’était au festival d’Avignon, il y a plus de dix ans. C’était l’ami d’une amie comĂ©dienne et metteure en scĂšne. Il Ă©tait sur scĂšne. Je l’avais trouvĂ© bon comĂ©dien.

Photo©Franck.Unimon

Lui et sa femme forment un couple socialement et culturellement engagĂ© depuis une bonne vingtaine d’annĂ©es. Il m’est sĂ»rement impossible d’avoir une idĂ©e exacte du nombre d’heures et de jours qu’ils ont donnĂ©es et continuent de donner ensemble ou sĂ©parĂ©ment en tant que femme et homme de théùtre et de culture.

 Je les ai aperçus quelques mois plus tĂŽt dans le train. Assis face Ă  face ou cĂŽte Ă  cĂŽte, ils ne souriaient pas voire ne se parlaient pas.

Ils ne m’ont pas vu. Ils ne m’ont pas reconnu. J’en ai profitĂ© pour aller plus loin. Je ne voulais pas les dĂ©ranger et, aussi, avoir Ă  leur rappeler qui j’étais ou pire :

 Je ne voulais pas ĂȘtre pour eux une sorte de divertissement.

Photo©Franck.Unimon

C’est un couple qui dure. Ils ont au moins deux enfants. Je l’ai aperçu lui, une fois, dans le bus, avec un de leurs fils. Mal fringuĂ©, les cheveux longs, longiligne, presque sale. Mais sans aucun doute trĂšs brillant Ă  l’école et trĂšs cultivĂ©. Du moins, je l’espĂšre.

Photo©Franck.Unimon

 

Cet homme que j’aperçois Ă  quelques mĂštres de moi (et sa femme) se contrefiche des apparences. C’est un homme libre. Et moi qui fais le malin en le dĂ©crivant, je suis beaucoup moins libre que lui. Parce-que je m’accroche encore aux apparences comme je m’accroche Ă  mon volant. Alors que les apparences, c’est surtout dans les dĂ©buts d’une relation qu’elles comptent. Ensuite, on peut s’en dĂ©barrasser une fois que l’on est bien installĂ©s et que l’autre est en quelque sorte devenu notre propriĂ©tĂ©. Lorsque l’on est Ă  peu prĂšs convaincu qu’elle ou qu’il restera autant qu’on le pensera.

Je repense Ă  cet homme. A son allure. A l ’espĂšce de poids mais aussi de combat Ă©ternel auxquels il a semblĂ© se consacrer entiĂšrement au point de ne rien voir d’autre que ce point qui le menait vers la gare. Car c’est un homme entier.

Photo©Franck.Unimon

Puis, je dĂ©marre et je me rends jusqu’à aujourd’hui, ce lundi 30 juin 2025. Depuis quelques jours, c’est la canicule. 34 ou 35 degrĂ©s aujourd’hui en rĂ©gion parisienne, je crois. Je m’attarde peu sur les chiffres comme sur les titres que j’ai pu voir sur un des tĂ©lĂ©viseurs de mon lieu de travail oĂč l’on se demandait s’il fallait fermer les Ă©coles plus tĂŽt. Rachida Dati, 60 ans cette annĂ©e, Ministre de la Culture, et Maire du 7Ăšme arrondissement de Paris depuis le 29 mars 2008, veut devenir Maire de Paris. Bruno Retailleau, 65 ans cette annĂ©e, Ministre de l’IntĂ©rieur, PrĂ©sident du parti des RĂ©publicains, marche « bien » depuis quelques mois. 

J’ai aperçu Ă  la tĂ©lĂ© le PrĂ©sident de la RĂ©publique, Emmanuel Macron, 48 ans cette annĂ©e, avant un match de Rugby rĂ©cemment. Il saluait les joueurs qui le dĂ©passaient tous de plusieurs tĂȘtes ainsi qu’en envergure. Il Ă©tait enthousiaste, assez excitĂ©. Je ne l’ai pas reconnu tout de suite. Il avait pris un coup de vieux. Son double mandat de PrĂ©sident de la RĂ©publique et certains de ses mauvais choix l’auront usĂ©.

On nous parle aussi rĂ©guliĂšrement du conflit en cours entre les Etats-Unis et l’Iran Ă  la suite de l’attaque militaire d’IsraĂ«l sur des sites stratĂ©giques militaires afin d’empĂȘcher l’Iran islamiste de fabriquer la bombe nuclĂ©aire.

Photo©Franck.Unimon

En France, c’est l’étĂ©. C’est le dĂ©but des grandes vacances scolaires. Les gens partent se changer les idĂ©es. On les voit avec leur valise. C’est le dĂ©but des soldes. Le marchĂ© immobilier a repris de la vigueur. Les gens ont recommencĂ© Ă  acheter.  Il y a aussi plein de festivals de musique. Et comme il fait beau (ou trop chaud), il convient d’ĂȘtre lĂ©ger ; de se distraire ; d’entreprendre ;  de voir la vie du bon cĂŽtĂ© ; de « chiller » ; «  d’ĂȘtre fun » ;  de-trouver- sa- moitiĂ©- ou- de partir- quelque- part- avec- elle- dans- l’harmonie- puisque- c’est- la- saison- et- aussi- parce- qu’une- existence- accomplie- se- doit- de- toutes- façons- de- se- dĂ©rouler- de- cette- maniĂšre.

Si nous sommes plus de soixante millions d’habitants en France, il y a sur terre Ă  peu prĂšs 7 ou 8 milliards d’ĂȘtres humains. Et parmi ces 7 Ă  8 milliards de personnes, il s’en trouve un certain nombre pour lesquels la France est le pays ou l’un des pays de l’Amour et du « romantisme Â».

Photo©Franck.Unimon

« Est-ce que tu l’aimes ? Â» C’est souvent une femme qui continue de poser ce genre de question Ă  une autre personne. Je peux me rappeler d’une amie me posant cette question. Je ne me rappelle pas qu’un homme, ami, copain ou connaissance, me l’ait posĂ©.

C’est aussi plutĂŽt une femme qui va dĂ©cider de rester parce qu’elle aime son prochain ou sa prochaine. Quel que soit ce qu’elle peut endurer au sein du couple.

L’Amour semble donner des forces voire certaines certitudes aux femmes. Il semble davantage opprimer les hommes. Je parle ici de relations hĂ©tĂ©rosexuelles.  Et je ne compte pas beaucoup sur les hommes pour s’exprimer librement et en toute dĂ©contraction sur le sujet car ils ont plutĂŽt tendance Ă  le fuir. Et ça, c’était bien avant d’entendre parler de :

« charge mentale », « travail invisible », « dĂ©construire », « fĂ©minisme », « fĂ©ministe », « patriarcat », « ĂȘtre assignĂ© Ă  son genre », « conditionnement social »  » viols systĂ©miques », « viols », « pervers narcissique », «procĂšs de Mazan », « porc », « culture du viol », « la drogue du viol », « GHB », « grossophobie », « fĂ©minicides », « plafond de verre pour les femmes », « haine des femmes », « prĂ©caritĂ© des femmes », « injonctions patriarcales », « L’ Amour dure trois ans », « L’ Amour peut tout ».

J’ai rĂ©pĂ©tĂ© certains termes pour donner un peu une idĂ©e de la façon dont ils peuvent nous ĂȘtre rappelĂ©s ou dictĂ©s.

 Je ne conteste pas la lĂ©gitimitĂ© de ces termes. Je ne conteste pas non plus leurs contradictions.

 Je les ai restituĂ©s ici (j’en ai sĂ»rement oubliĂ©) pour donner un aperçu des paradoxes qui peuvent s’imbriquer dans les relations amoureuses en France, pays de « l’Amour » voire du « romantisme». Car toutes les personnes qui se quittent ou qui se trompent ou qui sont maltraitĂ©es se sont souvent aimĂ©es au dĂ©part. Au moins en apparence.

Photo©Franck.Unimon

Ma perception de l’Amour a bien sĂ»r changĂ© depuis mon adolescence. MĂȘme si mon adolescence a durĂ© longtemps. Ma vision de la masculinitĂ© a aussi changĂ© depuis mon adolescence.

PlutÎt socialement et extérieurement.

Photo©Franck.Unimon

Adolescent et jeune adulte, j’étais sans aucun doute plus attachĂ© aux regards des autres. Je le redoutais aussi sans doute davantage. Car, adolescent, et mĂȘme plus tard, il peut ĂȘtre trĂšs difficile de se sĂ©parer du regard et du jugement du groupe auquel on appartient ou auquel on tient Ă  appartenir. Qu’il s’agisse de la famille, d’un groupe de copains, de camarades de classe sociale, de collĂšgues, des gens du quartier ou du village, d’une culture, d’une religion ou, aujourd’hui, d’un rĂ©seau social sur internet ou ailleurs.

Et cette « rĂšgle Â» vaut aussi pour les jeunes femmes. La crainte de dĂ©cevoir, d’ĂȘtre rejetĂ©e par un certain groupe d’appartenance, d’ĂȘtre dĂ©considĂ©rĂ©e si l’on adopte un certain type de comportements. Ou, plus simplement, le fait d’ĂȘtre attachĂ© (e), cramponnĂ© (e ) – comme j’ai pu l’ĂȘtre au volant de ma voiture au dĂ©but de ce texte- par loyautĂ©, par facilitĂ© et/ou par conditionnement aux rites, croyances, habitudes et certitudes d’un certain groupe qui semble correspondre le mieux Ă  ce que l’on est, Ă  notre identitĂ© en tant qu’individu.

Adolescent et jeune adulte, j’Ă©tais assez Ă©tranger Ă  mon intĂ©rioritĂ©. Je pouvais mĂȘme me mĂ©fier ou douter d’elle puisqu’autour de moi s’affichaient, se perpĂ©tuaient et s’imposaient certains modĂšles, certaines supposĂ©es rĂ©ussites mais aussi certains stĂ©rĂ©otypes. Des modĂšles qui avaient pour eux l’avantage de l’assurance, de la certitude, de l’expĂ©rience…et du nombre. 

Photo©Franck.Unimon

En tant qu’homme d’origine antillaise, j’aurais par exemple peut-ĂȘtre « dĂ» » avoir au minimum trois ou quatre enfants aujourd’hui et « avoir » deux ou trois maitresses qui se battent en duel pour ĂȘtre un « vrai » homme antillais. Cela aurait peut-ĂȘtre contribuĂ© Ă  me rendre encore plus attirant auprĂšs de certaines femmes ( antillaises ou non)  car elles auraient ainsi eu la certitude que je suis bien fertile mais aussi fait d’une matiĂšre hĂ©tĂ©rosexuelle. En Ă©tant cĂ©libataire quelques annĂ©es et en devenant pĂšre plutĂŽt tardivement, j’ai peut-ĂȘtre brouillĂ© les cartes pour certaines femmes. Etais-je homosexuel ? Avais-je un problĂšme sexuel ou une tare quelconque ? J’Ă©tais bien difficile Ă  dĂ©chiffrer.

L’ humour noir ne convient pas Ă  tout le monde.

Je pense que des hommes se sont aussi posĂ©s la question voire se la posent encore Ă  mon sujet. Suis-je homo ? Est-ce que j’aime – sexuellement- les femmes ? Puisque l’on ne me voit pas et l’on ne m’entend pas vraiment « m’exprimer » :

Employer le vocabulaire et le comportement du mec qui drague ou qui joue au moins ce rĂŽle-lĂ  en tenant certains propos  Â«Â rassurants » ( pour certains hommes) Ă  propos des femmes.

« J’ai envie de lui monter dessus » m’a ainsi dit un de mes collĂšgues Ă  propos d’une de mes collĂšgues ». A mon travail, personne ne m’a entendu parler comme ça.

J’ai aussi pris trop de plaisir Ă  lire Les couilles sur la table de Victoire Tuaillon dans mon prĂ©cĂ©dent service, un service de «mecs ». Et Ă  le redire et Ă  le réécrire.

 Je suis suspect. Mais je me souviens encore de l’identitĂ© du collĂšgue Ă  cĂŽtĂ© duquel je venais de m’asseoir et , qui, aprĂšs avoir aperçu le titre, s’était levĂ© en silence pour s’éloigner.

Je commence Ă  parler ici de sexualitĂ© alors que le titre de dĂ©part est celui de l’Amour. Mais finalement, aujourd’hui, je me suis dit que beaucoup de monde se fourvoyait en parlant d’Amour ou mĂȘme de sexualitĂ©. Je crois aujourd’hui que le mot principal dans une relation, son fondement, c’est plutĂŽt :

L’intimitĂ©.

Photo©Franck.Unimon

Un couple sans intimitĂ©, Ă  mon avis, ne peut pas ou ne peut plus exister. L’ intimitĂ©, pour moi, c’est ce que l’on vit avec l’autre parce-que l’on se sent bien avec elle ou lui. En toute confiance. Cela peut ĂȘtre un voyage, le fait d’éduquer un enfant, de faire une promenade, de regarder un film. C’est un moment privilĂ©giĂ© oĂč l’on se sent bien et en sĂ©curitĂ© avec quelqu’un d’autre. Sans nĂ©cessairement ĂȘtre l’un sur l’autre ou avec l’autre Ă  perpĂ©tuitĂ©. Cela peut durer dix minutes, une heure, trois quarts d’heure. Davantage.

Mais ce n’est pas une permanence. C’est une aptitude.

L’ aptitude Ă  se retrouver avec quelqu’un que l’on a choisi et qui nous a choisi ou acceptĂ©. Parce-que, de part et d’autre, il y a la volontĂ© que cela ait lieu et existe Ă  un moment donnĂ©. Et ce moment rĂ©pĂ©tĂ© d’intimitĂ© satisfait vĂ©ritablement les deux personnes qui sont alors ensemble.

Je crois que si l’on est capable de veiller sur l’intimitĂ© – et de la dĂ©fendre si besoin – que l’on vit avec une personne, que l’Amour entre deux personnes peut plus facilement subsister.

Car l’Amour, tout seul, ne tient pas. Et la sexualitĂ©, mĂȘme lorsqu’elle se passe trĂšs bien et donne beaucoup de plaisir ne suffit pas pour faire vivre un couple.

L’ Ă©crire ici ne m’empĂȘchera pas pour autant d’avoir une bedaine comme de marcher vers une gare un jour de canicule.

Photo©Franck.Unimon

 

Franck Unimon, ce lundi 30 juin 2025.

 

 

 

 

Catégories
Pour les Poissons Rouges

Jorja smith en concert cet été et les détournements de fonds publics de Marine Le Pen

 Jorja Smith en concert cet Ă©tĂ© et les dĂ©tournements de fonds publics de Marine Le Pen

Tout Ă  l’heure, Ă  la Fnac, j’ai eu de la chance. Il y avait peu de monde Ă  faire la queue Ă  la billetterie. Il Ă©tait environ 15h. Un jeudi.

Mais il n’y avait plus de place pour Jorja Smith avec la billetterie de la Fnac. EpuisĂ©. Sold out.

Dans le train pour Argenteuil, sur mon tĂ©lĂ©phone portable, j’ai quand mĂȘme regardĂ© sur la billetterie du festival. Apparemment, il Ă©tait encore possible d’acheter des places.

J’ai voulu me mettre dans les meilleures conditions pour aller voir ce concert. J’ai commencĂ© Ă  regarder la place la plus chĂšre qui nous permet de « chiller Â», d’avoir un espace rĂ©servĂ©, aĂ©rĂ©, et d’ĂȘtre bien placĂ© sur « le cĂŽtĂ© droit de la scĂšne Â» sans avoir besoin de venir trĂšs longtemps Ă  l’avance. 149 euros la place. Ou, plutĂŽt, 149 euros pour le billet de ce samedi 23 aout dans ces conditions.

J’ai hĂ©sitĂ©.

Ce qui m’a fait hĂ©siter, c’est la ribambelle de questionnaires qu’il faut dĂ©sormais remplir chaque fois que l’on veut acheter certains billets pour des spectacles sur internet. Notre nom, notre adresse, notre date de naissance, notre genre sexuel, notre position prĂ©fĂ©rĂ©e, la taille de nos pieds, la date de nos derniĂšres rĂšgles, notre couleur dĂ©testĂ©e, si l’on veut une assurance annulation/remboursement (15 euros, ici).

Au moment de payer, il y avait toujours quelque chose qui coinçait. Ça devait se sentir que je ne me livrais pas sincùrement.

Puis, j’ai rĂ©ussi Ă  passer Ă  l’étape suivante. LĂ  oĂč l’on commençait Ă  me demander les coordonnĂ©es de ma carte bancaire. A ce moment-lĂ , j’étais dans le train. Je me suis dit que je n’allais pas faire ça dans le train. Si j’avais pu payer par paypal, j’aurais peut-ĂȘtre pris la place. 149 euros.

Lorsque je suis arrivĂ© Ă  Argenteuil, quelques minutes plus tard, je me suis dit que l’annĂ©e derniĂšre, j’avais trĂšs bien pu tolĂ©rer de « rater » le concert de Lana Del Rey Ă  l’ouverture du festival Rock en Seine. Je pouvais trĂšs bien recommencer pour Jorja Smith cette annĂ©e. 149 euros.

Pour l’instant, je les ai, ces 149 euros. Sauf que je suis dĂ©jĂ  juste dans mes comptes ce mois-ci. Et nous sommes le 3. Je suis encore crĂ©diteur. Mais il va me falloir faire attention. Ma superbe voiture Ă©lectronique actuellement clouĂ©e sur place – des paramĂštres Ă©lectroniques de sĂ©curitĂ© plus sophistiquĂ©s que moi et que je ne sais pas dĂ©sactiver estiment que je n’ai pas le droit de m’en servir et elle reste stationnĂ©e dans le noir sur la place de parking que je loue–  me coĂ»te 272 euros de crĂ©dit tous les mois. Et, en plus, je paie une assurance spĂ©ciale  de 55 euros mensuels dessus.

Je me suis dit que je pouvais utiliser ces 149 euros mieux. Et autrement.

Si j’avais le fric, si je n’avais pas besoin de faire des acrobaties comptables pour donner ces 149 euros, j’aurais pris ce billet pour voir Jorja Smith entre-autres dans les meilleures conditions possibles. Mais je me suis dit qu’il fallait soit ĂȘtre aisĂ© financiĂšrement, soit renoncer Ă  ses vacances, ĂȘtre nourri, logĂ©, donc vivre encore chez ses parents ou ĂȘtre dĂ©sespĂ©rĂ© pour accepter de donner 149 euros «pour » Jorja Smith.

Mais mes parents sont repartis vivre en Guadeloupe pour leur retraite il y a plusieurs annĂ©es. Et je suis mariĂ© et pĂšre de famille. Il est donc nĂ©cessaire que je m’assume financiĂšrement ne serait-ce que pour donner- un peu- le change. 

Et j’ose encore croire que ma vie vaudra encore quelque chose mĂȘme si je ne « vois » pas Jorja Smith sur scĂšne ce 23 aout 2025. D’ailleurs, c’est elle qui fera tout son possible pour venir me voir. Elle se dĂ©placera sans aucun doute jusqu’Ă  mon domicile aprĂšs sa prestation. Elle prendra un train de la ligne J depuis la gare St Lazare. Elle se sera renseignĂ©e auparavant ou je la guiderai par sms. Et si elle a un empĂȘchement, elle se sentira tenue de me passer un coup de fil. Impossible pour elle de repartir comme ça. Trop douloureux. Car je suis irrĂ©sistible.

 

Le groupe Okali au Café de la danse, ce lundi 31 mars 2025. Photo©Franck.Unimon

Et puis, un peu de « logique » : ce lundi 31 mars, il y a trois jours, pour voir deux trĂšs bons concerts au CafĂ© de la Danse, prĂšs de Bastille, d’abord  celui du groupe Okali puis du groupe Lagon Nwar avec  entre-autres la chanteuse, musicienne et poĂ©tesse Ann’ O’Aro, il m’a suffi de payer 25 euros. J’étais dans une trĂšs bonne salle de concert, intimiste, assis au premier rang Ă  moins de dix mĂštres de la scĂšne. Et, j’ai pu prendre toutes les photos que je voulais sans ĂȘtre bousculĂ©. 500 personnes maximum, assises et bien disciplinĂ©es au CafĂ© de la danse, contre les milliers de spectatrices et spectateurs debout au festival Rock en Seine en Aout dans quelques mois.

Trois membres du groupe Lagon Nwar, ce lundi 31 mars 2025 au café de la danse. Photo©Franck.Unimon

 

Et, ce 8 avril, dans quelques jours, cette fois ce sera sous le chapiteau du Théùtre Zingaro, que j’irai enfin voir la chanteuse Rocio Marquez en concert. Je l’avais ratĂ©e l’annĂ©e derniĂšre en concert lorsqu’elle Ă©tait passĂ©e avec Bronquio.

Je « sais » que le concert de Rocio Marquez sera exceptionnel. Pour ce concert, j’ai pris le tarif le plus cher, me mettant au plus prĂšs de la « scĂšne, avec personne devant moi. Une place assise et numĂ©rotĂ©e. Pour cela, j’ai payé 39 euros.

Rien qu’avec ces deux concerts, je n’atteins toujours pas la barre des 149 euros minimum que me coĂ»terait celui de Jorja Smith et des autres artistes prĂ©sents ce jour-lĂ  Ă  Rock en Seine. Et je sais que j’ai des courses alimentaires Ă  faire, peut-ĂȘtre demain, sur le marchĂ© d’Argenteuil.

MalgrĂ© mes plus de trente annĂ©es- la retraite se rapproche- d’expĂ©rience en tant qu’infirmier psychiatrique qui me valent un salaire supĂ©rieur Ă  celui de mes collĂšgues plus jeunes  (infirmiers mais aussi psychologues) et malgrĂ© le fait que mon pouvoir d’achat reste « dopĂ© » par le fait que ma compagne et moi mettons en commun nos salaires pour nos dĂ©penses, je n’ai pas le droit Ă  l’erreur en matiĂšre de gestion. Mais, comme beaucoup de personnes, j’en fais un certain nombre. Jusqu’à ce que cela ne soit plus possible.

Marine Le Pen, elle, mais aussi un certain nombre de ses électrices et électeurs- dont désormais un certain nombre de soignants- voient ça autrement. Pour eux, les détournements de fonds publics répétés pendant plusieurs années par Marine Le Pen et plusieurs de ses relations et proches de son parti sont inventés par « le systÚme » ou sont des informations dérisoires. Des manoeuvres destinées à éviter les « vrais » sujets.

Plus de 4 millions d’euros de fonds publics ont Ă©tĂ© dĂ©tournĂ©s. C’est une des conclusions apportĂ©es par le tribunal correctionnel rĂ©cemment.

Mais selon Marine Le Pen et ses « partisans », cela serait des mensonges ou une Kabbale contre elle car elle est si proche du but : devenir PrĂ©sidente de la RĂ©publique. 

Pour elle et son camp, « le systĂšme a sorti ( ou employĂ©) la bombe nuclĂ©aire » contre eux. 

Pourtant, je pense que jusqu’Ă  maintenant, Marine Le Pen avait beaucoup flirtĂ© avec la justice et s’en Ă©tait toujours trĂšs bien tirĂ©e jusque lĂ . Elle a dĂ» se croire dĂ©finitivement immunisĂ©e contre ses lois.

Je pense aussi que Marine Le Pen aime le fric. Et qu’elle en a dĂ©jĂ  pas mal. Or, les Ă©lectrices et les Ă©lecteurs qui votent pour elle ont tendance Ă  le minimiser.  Entre- autres parce qu’ils sont en colĂšre et ont reportĂ© sur elle beaucoup de leurs espoirs.

Je pense que bien des Ă©lectrices et des Ă©lecteurs en manque de pouvoir d’achat et de reconnaissance sociale ou autre croient que Marine Le Pen est comme eux et vit comme eux. Ou pour eux.

Non, elle n’est pas comme eux. Tout Ă  l’heure, j’ai repensĂ© Ă  ces images que j’avais pu voir de Marine Le Pen il y a quelques annĂ©es alors qu’elle passait ses vacances en ThaĂŻlande. J’avais trouvĂ© paradoxal que cette personne et cette figure politique frontale qui ne voit que par la France pour les Français parte passer des vacances en ThaĂŻlande, dans un pays Ă©tranger et d’étrangers. Au lieu de les passer en France. 

Aujourd’hui, j’aurais tendance Ă  croire qu’elle y Ă©tait sĂ»rement en vacances comme le colon peut ĂȘtre en vacances dans un pays Ă©tranger. En infantilisant les autochtones, en les rĂ©sumant Ă  leurs apparences, en feignant de les trouver sympathiques dĂšs l’instant oĂč ils restent Ă  leur place contrairement Ă  ce qui se passe dans le film Parasites. 

 Je crois qu’elle Ă©tait venue chercher en ThaĂŻlande du tourisme rĂ©crĂ©atif  et superficiel  ambiance club med et lambada. MĂȘme si la lambada est sĂ»rement peu prisĂ©e en ThaĂŻlande.

J’ai beaucoup de mal Ă  l’imaginer allant vĂ©ritablement Ă  la rencontre des autres. Je la vois plutĂŽt comme la vacanciĂšre  restant dans sa bulle de champagne avec des gens comme elle et pensant comme elle, se faisant bronzer dans un transat ou participant Ă  des safaris et Ă  des sauteries pour touristes prĂ©servĂ©s.

 Je ne la vois pas partant faire du trek Ă  pied, faisant du stop, lavant ses chaussettes et ses culottes Ă  la main ou allant se recueillir dans un quelconque monastĂšre qu’elle aurait atteint Ă  la sueur de son front aprĂšs avoir gravi 10 000 marches  afin d’y pratiquer l’introspection. A moins d’y avoir Ă©tĂ© menĂ©e et Ă©ventĂ©e par des porteurs- Ă©trangers- tout le trajet durant.

Enfin, je doute que ses vacances en ThaĂŻlande aient Ă©tĂ© les mĂȘmes que celles que puissent s’offrir un bon nombre de ses Ă©lectrices et ses Ă©lecteurs.

Je ne peux imaginer Marine Le Pen que dans des hĂŽtels de luxe ou du personnel se plie au doigt et Ă  l’Ɠil  devant toutes ses volontĂ©s pendant qu’elle maintient ses doigts de pied en Ă©ventail et qu’une ou deux manucures Ă©trangĂšres s’en occupent avec application.

Cependant, je ne crois pas particuliĂšrement que les jeunes et moins jeunes qui iront piĂ©tiner Ă  Rock en Seine cette annĂ©e votent plus que d’autres pour Marine Le Pen ou Eric Zemmour ou Marion MarĂ©chal ou Bruno Retailleau ou Eric Ciotti. Par contre, je crois qu’à ma place ( elle et moi avons un ou deux ans d’écart), Marine Le Pen aurait payĂ© cette place de 149 euros pour aller voir Jorja Smith ou se la serait faite offrir. D’ailleurs, le festival se dĂ©roule dans la ville de St Cloud. Ce n’est pas trĂšs loin de sa maison et de sa cellule familiale. Elle s’y rendra peut-ĂȘtre tandis que moi, soit je resterai Ă  Argenteuil ce jour-lĂ , soit je serai au travail finalement afin de pouvoir continuer de payer mes charges et mes crĂ©dits. Et je ne crois pas un moment, et ne le souhaite pas, qu’elle viendra me voir ou me passera le moindre coup de fil. 

Franck Unimon, ce jeudi 3 avril 2025. 

Catégories
Apnée Pour les Poissons Rouges

Personnalités fusionnelles

Photo©Franck.Unimon

 

 

Personnalités fusionnelles

 

Histoires de couples

 

«  Quand je t’en parle, tu bĂ©gayes, c’est que t’as pas envie
. Â» ; « On s’est embrouillĂ©, je t’aime pas ! Â» ; « Tu es incapable
.. Je te jure, si tu refais ça, je te quitte ! Â».

 

 

Depuis quelques semaines, peut-ĂȘtre depuis ma lecture de RĂ©inventer l’Amour de Mona Chollet et de Les Couilles sur la table de Victoire Tuaillon, je regarde les couples opĂ©rer. ( J’ai lu RĂ©inventer l’Amour de Mona Chollet, Les couilles sur la table, un livre de Victoire Tuaillon. PremiĂšres parties, Les Couilles sur la table, un livre de Victoire Tuaillon. 2Ăšme partie. Ego Trip. )

 

La premiĂšre phrase de cet article a Ă©tĂ© prononcĂ©e dans une rue prĂšs de chez moi. La seconde, dans le train qui venait de quitter Argenteuil pour Paris. Et la troisiĂšme, dans le mĂ©tro parisien. La chronologie n’a pas Ă©tĂ© respectĂ©e. Il a pu s’ĂȘtre passĂ© plusieurs jours ou plusieurs semaines entre les trois « pĂ©riodes Â». Par contre, chaque phrase a Ă©tĂ© prononcĂ©e Ă  chaque fois par une femme dont l’ñge se situait, Ă  premiĂšre vue, entre 20 et 30 ans. Je ne leur ai pas demandĂ© leur Ăąge.

Photo©Franck.Unimon

 

La premiĂšre femme assez Ă©nervĂ©e Ă©tait en train de remonter une rue prĂšs de chez moi tout en s’adressant Ă  quelqu’un dans son tĂ©lĂ©phone portable. La seconde, assise dans le train direct pour Paris, parlait Ă  un jeune homme qui, embarrassĂ©, a envoyĂ© des textos sur son tĂ©lĂ©phone portable. Ce jeune homme comptait beaucoup sur les rĂ©ponses ou les conseils qu’il pouvait obtenir.

La troisiĂšme femme, tout en lançant son ultimatum Ă  la tĂȘte de son copain, agitait son Ă©ventail devant elle. Son copain, assis  Ă  cĂŽtĂ© d’elle, prĂšs des portes du mĂ©tro, s’est appliquĂ© Ă  rester calme. Mais, aussi, Ă  consulter
son tĂ©lĂ©phone portable. La jeune femme, tout en continuant de s’éventer a jetĂ© un coup d’Ɠil sur le tĂ©lĂ©phone portable de celui qu’elle allait peut-ĂȘtre quitter s’il refaisait « Ă§a ! Â».

 

J’étais trop loin pour savoir ce qui correspondait Ă  « Ă§a Â». Il y ‘avait trop de bruit dans le mĂ©tro.

 

Un autre jour, dans un supermarchĂ©, j’ai aperçu un couple en train de passer Ă  la caisse. Tandis que Monsieur, un homme proche de la trentaine, dĂ©posait les articles sur le tapis roulant, mon regard a croisĂ© celui de Madame ou de Mademoiselle. Celle-ci portait des lunettes de soleil noires. Le contact visuel a peu durĂ©. Je suis parti faire mes courses.

Photo©Franck.Unimon

 

Quelques minutes plus tard, j’ai revu le couple alors qu’il quittait le parking du supermarchĂ©. Monsieur conduisait une superbe Mercedes neuve. Madame ou mademoiselle Ă©tait confortablement installĂ©e, cĂŽtĂ© passager. La route semblait avoir Ă©tĂ© faite pour eux. Je me suis dit que pour elle, et pour d’autres, rĂ©ussir son couple, c’était ça. Avoir un compagnon qui fait les courses et qui la conduit au volant d’une grosse Mercedes.

 

Mais le sujet de cet article est dans son titre : PersonnalitĂ©s fusionnelles. Ces quelques scĂšnes dĂ©crites plus haut ne dĂ©montrent en rien que nous sommes devant des personnalitĂ©s fusionnelles. J’ai dĂ©crit ces scĂšnes pour indiquer que cet article est la suite ou le complĂ©ment de ceux que j’ai dĂ©jĂ  Ă©crits Ă  propos des livres de Mona Chollet et de Victoire Tuaillon citĂ©s au dĂ©but.

 

J’ai aussi dĂ©crit ces scĂšnes pour sourire et faire sourire.  

 

Bien-sûr que des hommes peuvent, autant que des femmes, avoir des personnalités fusionnelles!

Photo©Franck.Unimon

 

AprĂšs avoir choisi ce titre pour cet article, je me suis demandĂ© s’il convenait bien pour ce dont je voudrais parler. Car « relations fusionnelles Â», « personnes fusionnelles Â», « personnalitĂ©s dĂ©pendantes Â» me paraĂźt tellement proche aussi de ce dont je voudrais parler.

 

Mais il faut bien choisir un titre. Et, il faut bien se lancer aussi. Cela doit bien faire une dizaine de jours que je pense Ă  Ă©crire cet article puis que je me rĂ©tracte. En me disant que cet article a assez peu d’intĂ©rĂȘt. Qu’il fait trop « cĂ©rĂ©bral Â» ; qu’il va ennuyer toutes celles et tous ceux, qui, cet Ă©tĂ© mais aussi plus tard, ont surtout besoin de lĂ©gĂšretĂ©. Et non pas de quelqu’un qui va venir les encombrer avec des pseudo raisonnements tirebouchonnĂ©s Ă  rallonge. OĂč est passĂ©e ma fantaisie ? Je ferais peut-ĂȘtre mieux de partir Ă  sa recherche au lieu de circuler dans mon corbillard.

 

Je n’ai fait aucune Ă©tude sĂ©rieuse pour cet article. Je vais seulement allonger deux ou trois de mes pensĂ©es sur le sujet. En me fiant, aussi, au peu de mon expĂ©rience.

Photo©Franck.Unimon

 

 

Equilibre et stabilité

 

Il y a quelques annĂ©es, j’ai eu une copine qui, assez vite au dĂ©but de notre relation, m’avait dit ĂȘtre « fusionnelle Â». Je ne me suis pas senti importunĂ©. J’étais dĂ©cidĂ© Ă , enfin, avoir une relation sentimentale durable avec quelqu’un.

 

Elle me plaisait. Je m’entendais bien avec elle.

 

Notre relation avait durĂ© cinq mois. Quelques jours avant notre rupture, elle s’était mise Ă  pleurer dans le lit, chez elle, Ă  mes cĂŽtĂ©s.

 

Elle ne s’y retrouvait pas dans notre relation. Ce n’était pas possible !

 

« Fin Â» stratĂšge, et trĂšs grand psychologue,  j’avais optĂ© pour partir chez moi. Et pour la revoir un ou deux jours plus tard lorsqu’elle aurait retrouvĂ© ses esprits.

 

A mon retour chez elle, j’avais retrouvĂ© toutes mes affaires prĂ©parĂ©es prĂšs de la porte d’entrĂ©e.

Photo©Franck.Unimon

 

Cinq mois plus tĂŽt, au dĂ©but de notre histoire, ma copine d’alors m’avait affirmĂ©, chez elle :

 

« Tu es chez toi Â».

 

Cinq mois plus tard, j’étais Ă©jectĂ© comme un dĂ©chet.

 

MĂȘme si elle avait pris le temps de « m’expliquer Â» la raison pour laquelle elle se sĂ©parait de moi, je garde vis Ă  vis de cette rupture un certain sentiment de colĂšre. Non pour la rupture. Une rupture est rarement agrĂ©able Ă  vivre. Et j’en avais connu d’autres. Mais pour cette façon d’ĂȘtre Ă©vincĂ©. Tout Ă©tait dĂ©jĂ  tranchĂ© avant mĂȘme que je ne revienne chez elle. C’est ça que je n’ai pas aimĂ©.

 

Dans ses explications, ma future ex s’était appliquĂ©e Ă  ĂȘtre aussi transparente et humaine que possible. Elle me trouvait monotone. DĂ©plorait que notre humour soit diffĂ©rent. Qu’elle ne riait pas Ă  mes blagues. Et moi, aux siennes. Le flop. 

Je me rappelle aussi de ce constat qu’elle avait fait devant moi :

 

« Tu es le plus gentil des garçons que j’ai connus. Tu m’apportes un Ă©quilibre et une stabilitĂ© Â».

 

Je m’étais abstenu de lui dire que j’en dĂ©duisais donc qu’elle recherchait le dĂ©sĂ©quilibre et l’instabilitĂ© dans ses histoires d’Amour. Qu’on lui fasse mal. Puisqu’elle me jetait, moi, le garçon «le plus gentil Â» qu’elle ait connue et qui lui apportait « Ă©quilibre Â» et « stabilitĂ© Â» :

 

Ma future ex avait ( et a toujours sans aucun doute) un bien meilleur niveau socio-Ă©conomique que le mien ainsi qu’un niveau d’Ă©tudes supĂ©rieur au mien. « L’Ă©quilibre » et la « stabilité » qu’elle avait mentionnĂ© Ă©tait affectif et psychologique et aucunement Ă©conomique. 

 

Dans ses griefs, Ă  aucun moment, ma future ex ne m’avait reprochĂ© de se farcir tout le mĂ©nage. Mais sans doute cela serait-il advenu avec le temps puisque depuis la lecture de RĂ©inventer l’Amour et de Les Couilles sur la table, j’ai appris que la majoritĂ© des femmes, dans les couples, se retrouve surchargĂ©e par cette partie de la vie quotidienne. Avec l’éducation et les devoirs des enfants. Mais aussi l’organisation de la vie du couple.

Photo©Franck.Unimon

 

 

Respirer

 

AprÚs une rupture, comme aprÚs tout événement difficile, il nous est souvent nécessaire de reprendre ou de retrouver notre souffle.

 

Mon ex avait raison : j’avais Ă©tĂ© beaucoup trop gentil avec elle. J’avais Ă©tĂ© si volontaire et si dĂ©sireux que notre relation tienne que j’avais acceptĂ© qu’elle empiĂšte sur mon espace et mon intimitĂ©. Je ne l’avais pas remise Ă  sa place certaines fois oĂč il aurait Ă©tĂ© justifiĂ© de le faire.

 

A plusieurs reprises,  lors de notre relation, j’avais eu le sentiment d’étouffer lorsque, plein d’entrain, elle venait se coller Ă  moi. Mais je n’avais rien dit. Je m’étais plutĂŽt tenu Ă  distance progressivement : froidement. Je ne savais pas comment m’y prendre avec ce genre de relation
fusionnelle. J’avais d’ailleurs oubliĂ© le mot. Pour moi, c’était une relation de couple. Et, j’étais volontaire.

 

AprĂšs ma rupture, j’avais retrouvĂ© mon souffle en passant par la dĂ©prime, ma vie quotidienne, et une thĂ©rapie.

 

Ma premiÚre thérapie.

 

Car j’en Ă©tais arrivĂ© Ă  la conclusion qu’aprĂšs cette Ă©niĂšme rupture, je ne pouvais plus parler de malchance. J’avais nĂ©anmoins commencĂ© Ă  me dire que certaines personnes Ă©taient « douĂ©es pour le bonheur Â» et que, moi, je n’en faisais pas partie.

 

Photo©Franck.Unimon

 

Ma thĂ©rapeute, en Ă©coutant notre histoire et celle de notre rupture, en avait conclu que mon ex et moi nous Ă©tions comportĂ©s comme  » deux enfants apeurĂ©s ». Je n’en n’ai jamais voulu Ă  ma thĂ©rapeute pour cette conclusion. Et je garde de ma thĂ©rapie de plusieurs mois avec elle et d’autres ( une thĂ©rapie de groupe qu’elle m’avait proposĂ© et que j’avais acceptĂ©) un bon souvenir.

 

Ma vie quotidienne continuait malgrĂ© ma dĂ©prime. C’est Ă  cette Ă©poque que je fis la rencontre, prĂšs de chez moi, Ă  l’exposition Les CinglĂ©s du cinĂ©ma, du rĂ©dacteur en chef du mensuel de cinĂ©ma papier Brazil : Christophe Goffette.

 

GrĂące Ă  cette rencontre, pendant deux ans et demi, jusqu’à l’arrĂȘt de parution de Brazil, je fis l’expĂ©rience, avec d’autres, de journaliste cinĂ©ma. Une expĂ©rience qui m’envoya deux fois au festival de Cannes et qui me permit, aussi, de rĂ©aliser les interviews de rĂ©alisateur et d’acteurs que, bien-sĂ»r, je n’avais jamais imaginĂ© pouvoir rencontrer un jour.

 

Cette expĂ©rience, et d’autres, me permirent de mieux respirer. A nouveau.

Photo©Franck.Unimon

 

 

Respirer est notre premier besoin. A la naissance, le bébé qui respire mal est placé sous assistance respiratoire. Car mal respirer affecte aussi notre cerveau. Le développement mais aussi les capacités de notre cerveau.

 

Apnée et autonomie

 

 

Je pratique un peu l’apnĂ©e dans un club. Un ĂȘtre humain, s’il s’entraĂźne Ă  l’apnĂ©e rĂ©guliĂšrement ou s’il a des facilitĂ©s pour cela, peut se passer de respirer pendant deux Ă  trois minutes pour la moyenne des ĂȘtres humains et jusqu’à huit ou neuf minutes pour les plus performants d’entre eux.

Le record du monde d’apnĂ©e statique sans Ă©quipement pour un ĂȘtre humain est de onze minutes et trente cinq secondes depuis l’annĂ©e 2009. Record rĂ©alisĂ© par le Français StĂ©phane Mifsud.

 

Je tiens Ă  parler de l’apnĂ©e dans cet article car, en Anglais, « ApnĂ©e Â», se dit « Free Dive Â». « Immersion Â» ou « PlongĂ©e Â» libre.

 

Par « Libre Â», il faut comprendre « autonome Â». Sans Ă©quipement : sans bouteille comme les plongeurs bouteille.

 

Un ĂȘtre humain, lorsqu’il pratique l’apnĂ©e, selon son niveau de pratique mais aussi selon sa forme morale, physique et la tempĂ©rature de l’eau, peut donc « tenir Â» entre deux et neuf minutes dans l’eau sans respirer. Et sans que sa santĂ© morale ou physique soit affectĂ©e par cette apnĂ©e. S’il a tenu compte de ses limites, il peut mĂȘme avoir du plaisir Ă  pratiquer ces apnĂ©es.

 

Affectivement, je me demande dans quelle mesure les capacitĂ©s d’autonomie de l’ĂȘtre humain peuvent se rapprocher de celles d’une personne qui pratique l’apnĂ©e :

 

Je me demande au bout de combien de minutes, en moyenne, un ĂȘtre humain a t’il besoin de reprendre contact avec un de ses semblables pour se sentir « bien Â».

Photo©Franck.Unimon

 

Cette durée sera évidemment variable selon les ùges, selon les moments, selon les situations et selon les personnes.

 

Un bĂ©bĂ© a, a priori, plus besoin d’ĂȘtre rĂ©guliĂšrement en contact avec ses parents ou des personnes attentives et bienveillantes qu’un enfant de cinq ans ou qu’un adulte de trente deux ans. Sauf que le dĂ©veloppement de certains modes de vie vient contredire ça.

 

SĂ©paration/ Silence/ Lenteur :

 

Il y a plusieurs annĂ©es, le Dr Bruno Rist, un des meilleurs- si ce n’est le meilleur- cliniciens avec lesquels j’ai travaillĂ©, mĂ©decin chef (pĂ©dopsychiatre) du service oĂč je travaillais alors, s’était amusĂ© Ă  nous voir avec nos tĂ©lĂ©phones portables. Sans doute Ă©tions-nous en train de manipuler notre portable ou d’envoyer des sms. Il nous avait alors dit en souriant :

 

« Cela veut dire que vous n’ĂȘtes jamais sĂ©parĂ©s Â».

 

La sĂ©paration mais aussi le silence et la lenteur sont des situations et des pĂ©riodes de notre vie que nous pouvons avoir du mal Ă  soutenir. Beaucoup, dans nos vies, doit aller vite et doit s’entendre, ĂȘtre entendu ou vu. S’il y a sĂ©paration, s’ouvre le silence et peut-ĂȘtre l’oubli, la disparition, l’inconnu. Ce qui peut rapidement devenir difficile Ă  vivre pour certaines personnes.

Photo©Franck.Unimon

 

J’ai parlĂ© de la « lenteur Â». Mais « l’inaction Â» ou ce qui ressemble Ă  de « l’inaction Â» ou Ă  de « l’indiffĂ©rence Â» peut ĂȘtre aussi difficile Ă  vivre que « la lenteur Â». Se retrouver face Ă  quelqu’un qui nous donne l’impression que nous n’existons pas car elle ou il ne rĂ©agit pas « normalement Â» ou selon un langage que l’on peut « voir Â» et comprendre a aussi quelque chose de dĂ©rangeant.

 

La fusion avec l’autre, c’est la certitude qu’il ou qu’elle pense- rapidement- comme nous. Mais, aussi, qu’il ou qu’elle est- rapidement- avec nous.

Photo©Franck.Unimon

 

 

La fusion est donc le contraire de la lenteur, de l’inaction, de l’indiffĂ©rence, de la sĂ©paration et du silence. C’est le contraire de l’expĂ©rience de l’apnĂ©e oĂč, lenteur, sĂ©paration (d’avec le temps, d’avec la surface, d’avec l’angoisse, d’avec l’agitation) et silence sont assez recherchĂ©s.

 

Nous sommes poussĂ©s rĂ©guliĂšrement Ă  ĂȘtre des personnalitĂ©s fusionnelles. Nous avons nos smartphones. Nos milliers de sms et de mms quotidiens. Nos rĂ©seaux sociaux. Nos appels illimitĂ©s. Nos Ă©crans. Les multiples incitations publicitaires. Ce que nous percevons du bonheur supposĂ© des autres.

Photo©Franck.Unimon

 

 

Le Pouvoir de notre intolérance

 

 

L’un des travers de la fusion, en plus de la dĂ©pendance qu’elle entretient en nous, c’est qu’elle augmente le pouvoir de notre intolĂ©rance (Ă  la frustration) :

 

Celle ou celui qui ne nous ressemble pas. Celle ou celui qui ne fait pas partie de notre clan ou de notre groupe. Celle ou celui qui ne colle pas- trĂšs vite- avec ce que l’on exige d’elle ou de lui. Celle ou celui qui ne pense pas- trĂšs vite- comme nous ou qui s’écarte un peu est jugĂ© et condamnĂ© rapidement.

Photo©Franck.Unimon

 

 

Un des exemples les plus courants de cela depuis quelques annĂ©es se retrouve dans les « clashes Â» entre les rappeurs. Untel a « trahi Â». Untel ne fait pas partie de telle tendance. Untel a dit ceci.

 

 

Cette sĂ©lection/exclusion par la fusion « marche Â» aussi pour les couples, les groupes d’amis. Mais elle peut Ă©galement  « marcher Â» dans le monde du travail entre collĂšgues.

 

 

Notre tendance Ă  la fusion s’étend de jour en jour. Elle permet des plus ou moins grandes rencontres. Elle en empĂȘche aussi.

 

 

C’est ainsi que bien que volontaires pour certaines expĂ©riences, et malgrĂ© nos efforts, on peut ĂȘtre amenĂ©, un jour, en revenant, Ă  retrouver nos affaires qui nous attendent contre un mur prĂšs d’une porte d’entrĂ©e. Il nous revient alors de savoir plier bagage afin d’aller retrouver de l’air ailleurs.

Photo©Franck.Unimon

 

Franck Unimon, ce lundi 8 aout 2022.

 

 

Catégories
Pour les Poissons Rouges

Nous vivons Ă  l’Ă©poque du Poulpe

Gare de Paris St Lazare, mars 2022.

 

Nous vivons Ă  l’époque du Poulpe

 

 

Nous vivons Ă  l’ Ă©poque du « Poulpe Â».

 

Il nous faut par tous nos pores d’usage, notre dose d’émotions, de sensations, de vibrations, de jouissance, de satisfaction, d’excitation, d’exaltation, d’existence. Et cette dose, nous la trouvons, la prenons, la conquĂ©rons ou la recherchons, la perdons aussi, au travers de ces multiples prises, claviers, touches, bouches, conso et ces moyens technologiques qui sont devenus l’extension spontanĂ©e de nos fibres sensibles et de nos tentacules.

 

Nos moyens technologiques de communication et de diffusion puissants, poussĂ©s, ultra-calibrĂ©s et « illimitĂ©s Â» nous entraĂźnent dans une frĂ©nĂ©sie de « pubs Â», de « tubes Â», « d’achats Â», «  d’informations Â», de « voyeurismes Â», de « dĂ©clarations Â», de « narcissismes Â», « d’exhibitionnismes Â» ou de « cynismes Â» quasi-permanente.

 

Sans doute qu’une fois de plus dans l’Histoire de l’HumanitĂ©,  culmine Ă  la fois en nous un certain sentiment totalitaire de toute puissance et d’invulnĂ©rabilitĂ© associĂ© Ă  son contraire. Soit une conscience presque autant acĂ©rĂ©e que nous n’avons peut-ĂȘtre jamais Ă©tĂ© autant vulnĂ©rables et menacĂ©s.

 

On dirait que plus nous sommes « Ă©voluĂ©s Â» et plus nous sommes condamnĂ©s Ă  la descente.

 

Paradoxalement, au lieu de nous instruire vĂ©ritablement, nous passons encore beaucoup de temps Ă  nous distraire et nous sĂ©duire en nous racontant- Ă  nous mĂȘmes- des bobards.  Souvent les mĂȘmes bobards : que nous sommes spĂ©ciaux et que, nous, nous Ă©chapperons aux tricots des asticots.  

 

 

PSYCHOTHERAPIES, PSYCHANALYSE Et ADDICTIONS ( Transfert et Contre transfert) SĂ©minaire de ce Samedi 19 Mars 2022 de 9h30 Ă  12H30 Ă  Sainte Anne ( Service d’Addictologie, Dr Xavier LAQUEILLE) avec Pierre Sabourin, Psychiatre, Psychanalyste et Claude Orsel, Psychiatre, Psychanalyste

 

L’intitulĂ© de cet article Ă  venir n’est pas glamour. On dirait presque l’entrĂ©e d’un cimetiĂšre ou d’un monastĂšre. Donc, cet article fera beaucoup moins de vues qu’une fĂȘte Ă  Ibiza. Pas plus, en tout cas, que n’en n’a fait mon premier article sur le Cinquentenaire de Marmottan ( Les cinquante Temps de Marmottan) il y a un mois, exactement, le 28 fĂ©vrier dernier.

Paris, mars 2022.

 

Bien-sĂ»r, en matiĂšre de diffusion et de communication, je pourrais et devrais faire beaucoup mieux afin de rendre son contenu attractif, plus dynamique et plus « jeune Â» :

 

Je pourrais transformer cet article en podcast. Je pourrais filmer des images, faire un montage et les montrer de maniĂšre plus « chaleureuse Â». En continu. 

 

Paris, mars 2022.

 

 

Lors de ce séminaire du samedi 19 mars 2022, dont je parlerai bientÎt, une fois de plus, Claude Orsel a filmé. En caméra fixe.

 

Sauf que Claude Orsel, pas plus que Pierre Sabourin et tant d’autres professionnels de SantĂ© ou d’autres disciplines, n’est un homme de pubs ou de cinĂ©ma. Ce qui est donc un premier Ă©cueil afin de « draguer Â» plus de public. Alors que des professionnels tels que Pierre Sabourin et Claude Orsel ont plus Ă  nous apprendre que bien des animatrices et des animateurs, ou certains journalistes tĂ©lĂ©, presse ou radio, beaucoup plus rĂ©munĂ©rĂ©s, que l’on « voit Â», « lit Â» ou « entend Â» rĂ©guliĂšrement depuis des annĂ©es.

 

Le second Ă©cueil, tout autant Ă©vident, m’est apparu seulement rĂ©cemment. Avec mon premier article sur le Cinquentenaire de Marmottan.

 

Pour moi, il est tout Ă  fait normal d’évoluer dans l’univers de la SantĂ© mentale. Car c’est un univers professionnel oĂč j’ai choisi d’évoluer. LycĂ©en, Ă  l’approche du Bac, si j’avais pu avoir la possibilitĂ© de faire des Ă©tudes longues, je me rappelle avoir eu envie de faire des Ă©tudes de « psycho Â» et de « philo Â». MĂȘme si un cursus en psycho et en philo peut aussi faire bifurquer dans d’autres domaines professionnels (le rĂ©alisateur de cinĂ©ma Bruno Dumont a bien fait des Ă©tudes de philo), il y a nĂ©anmoins une continuitĂ© dans le fait, que j’aie choisi de travailler en psychiatrie adulte puis en pĂ©dopsychiatrie. Ce choix a Ă©tĂ©, pour moi, comme pour d’autres professionnels, un « processus Â» normal que de me retrouver, en partie, lĂ . 

 

Cette « normalitĂ© Â» de choix, pour moi, m’a fait perdre de vue il y a trĂšs longtemps, que ce qui est ou peut ĂȘtre « normal Â» pour moi ne l’est pas pour d’autres. Pour beaucoup d’autres, en fait.

Pour un apnĂ©iste de haut niveau, il est « normal Â» depuis trĂšs longtemps de descendre Ă  cinquante mĂštres de profondeur avec une monopalme. Ou sans palmes.

 

Pour un chasseur de pĂȘche sous-marine, il est tout autant « normal Â» de descendre Ă  dix ou quinze mĂštres de profondeur, en pleine mer. De se poser sur les fonds, Ă  l’agachon, et d’attendre qu’apparaisse le poisson, pour le « tirer Â» et remonter ensuite avec Ă  la surface.  Et de faire ça pendant deux Ă  trois heures en prenant le temps, bien-sĂ»r, de reprendre son souffle, de s’alimenter et de boire de l’eau.

 

Pour l’apnĂ©iste, le pĂȘcheur Ă  la ligne ou le baigneur lambda ou occasionnel, de telles pratiques relĂšvent de la folie, du danger, de la lĂ©gende, du mysticisme ou de la mythomanie et sont des pratiques Ă  fuir ou Ă  bannir.

Gare St Lazare, Paris, mars 2022.

 

C’est pareil avec la SantĂ© Mentale. Notre rapport Ă  la SantĂ© Mentale, c’est peut-ĂȘtre ce qui nous reste, dans notre modernitĂ©, de notre rapport Ă  la sorcellerie. Il y a la « bonne Â» sorcellerie. Et il y a la « mauvaise Â» sorcellerie. Il y a la sorcellerie du cinĂ©ma ou de l’art que l’on peut accepter. Et il y ‘a la sorcellerie de la SantĂ© mentale.

 

 

A moins d’y ĂȘtre attirĂ© ou contraint par des Ă©vĂ©nements le touchant personnellement ou professionnellement, l’individu lambda, spontanĂ©ment, sera plus attirĂ© par des « distractions Â», des « animations Â» ou des sujets plus faciles, plus divertissants ou plus « grand publics Â» que ceux croisĂ©s dans les services de la SantĂ© mentale.

 

Paris, mars 2022.

 

 

Les distractions et les animations « grand publics Â» sont celles oĂč l’on ne prend pas trop de risques en regardant, en s’approchant, en s’approchant. Ou celles que l’on a l’impression de contrĂŽler. «L’impression Â» que l’on a d’une expĂ©rience, si l’on a l’impression de la contrĂŽler, peut avoir plus d’importance que la dangerositĂ© rĂ©elle de l’expĂ©rience. Si l’on a l’impression de ne pas pouvoir contrĂŽler l’expĂ©rience, on peut ĂȘtre d’autant plus poussĂ© Ă  mettre un terme Ă  l’expĂ©rience.

 

A Center Parks ou Ă  Euro Disney, tout est flĂ©chĂ©. On y va pour s’amuser, pour passer « un bon moment Â» et pour consommer en contrepartie. On est prĂȘt Ă  payer pour ce divertissement en toute sĂ©curitĂ©. Et Ă  y retourner si les tarifs et le rapport « qualitĂ©-prix Â» nous correspond. On accepte aisĂ©ment cette forme de racket ou de « ciblage Â» consenti et tout Ă  fait lĂ©gal. Voire, on redemande de ce plaisir « fait sur mesure Â» et qui nous donne l’impression d’ĂȘtre important en nous garantissant une tranquillitĂ© et une sĂ©curitĂ© si difficiles Ă  trouver et Ă  prĂ©server en temps ordinaire : problĂšmes de train, embouteillages, factures, impĂŽts, guerres, mauvaises nouvelles, augmentation du prix de l’essence, des taxes
.

 

En SantĂ© Mentale, c’est un peu le contraire qui se passe. On peut y passer de « bons moments Â». Mais, il va falloir les crĂ©er soi-mĂȘme.  Pour cela, il faut ĂȘtre un peu armĂ© mentalement, moralement, intellectuellement, et ĂȘtre bien encordĂ©. Etre encordĂ© Ă  d’autres collĂšgues endurants, bienveillants, constants, aventuriers, expĂ©rimentĂ©s. Et imaginatifs.

 

Cela ne se trouve pas si facilement. Et pas tout le temps. En SantĂ© mentale comme ailleurs, d’ailleurs. Avec les amis, les conjointes et les conjoints, des partenaires, des associĂ©s,  c’est un peu pareil mais c’est un autre sujet.

 

Je me rappelle de temps  Ă  autre d’une phrase rĂ©pĂ©tĂ©e par un de mes anciens mĂ©decins chefs dans le service oĂč j’avais dĂ©butĂ© en pĂ©dopsychiatrie, dans un service (fermĂ©) de soins et d’accueil urgents :

 

« Le travail en pĂ©dopsychiatrie, c’est de l’alpinisme de haute montagne Â».

 

La haute montagne, ici, n’a rien Ă  voir avec l’Everest. Mais avec nos Histoires personnelles. Autant celles des patients que les nĂŽtres, soignants, qui rencontrons celles des patients. Et je crois qu’il est bien des personnes qui prĂ©fĂšreraient sans aucun doute escalader dix Everest plutĂŽt que d’avoir Ă  rencontrer, pour de vrai, l’Histoire personnelle passĂ©e et prĂ©sente, de quelques patients. En pĂ©dopsychiatrie ou ailleurs.

Paris, prÚs de la Place de la Concorde, février ou mars 2022.

 

Pour faire dans le solennel, je crois que la plupart des sujets abordĂ©s en SantĂ© Mentale concernent le plus grand nombre depuis
la nuit des Temps. Sauf que, depuis la nuit des Temps, la plus grande partie des personnes concernĂ©es prĂ©fĂšre s’occuper, regarder et Ă©couter ailleurs.

 

Car il y a un aspect trĂšs ardu dans la SantĂ© Mentale, et qui peut faire fuir le plus grand nombre, autant que le jargon appuyĂ© et invraisemblable certaines fois ou trop souvent employĂ©. C’est le fait, je crois, de nous mettre assez frontalement devant nos propres Tabous et nos propres limites. Face Ă  nos insuffisances. Et de devoir en rĂ©pondre. Sans artifices. Sans rouler des mĂ©caniques puisque cela ne sert Ă  rien de rouler des mĂ©caniques lorsque se trouve devant nos propres faiblesses.

 

Le cinĂ©ma, lorsqu’il aborde ces sujets, use d’artifices. Car le cinĂ©ma est un Art fait d’artifices, de maquillages, de dĂ©cors, d’éclairages construits, de textes sus, appris, de comportements traduits et travaillĂ©s, d’une temporalitĂ© maitrisĂ©e, d’un budget programmĂ©, de toute une logistique de repĂ©rage, de toute une aura, aussi, autour des « Stars Â» qui ont droit Ă  certains privilĂšges. Il y a beaucoup de Stars. Celles que tout le monde voit.

Paris, mars 2022.

 

Et toutes les autres autour.

 

Et puis, une salle de cinĂ©ma, on y entre pour une durĂ©e donnĂ©e et dĂ©terminĂ©e Ă  l’avance. Nous avons choisi le film et l’heure de la sĂ©ance. Au pire, si cela se passe mal au cours de la « projection Â», il suffit de sortir de la salle. En SantĂ© mentale, nous disposons de moins d’échappatoires. Il n’y a pas de chef dĂ©corateur, il n’y a pas d’assistant rĂ©alisateur, il n’y a pas de cascadeur, il n’y a pas de script, il n’y a pas de coiffeur ou de coiffeuse, il n’y a pas plusieurs prises
.

 

Je me rappelle d’un grand producteur de cinĂ©ma, qui, au festival de Cannes, s’était beaucoup Ă©mu devant un film qu’il avait trouvĂ© « particuliĂšrement humain Â». Je m’étais alors dit :

Mais s’il veut autant vibrer d’humanitĂ©, lui et tous ceux et toutes celles qui lui ressemblent, il n’a qu’à venir travailler en psychiatrie ou en pĂ©dopsychiatrie. Car En SantĂ© Mentale, certains des verrous de nos divers maquillages, de nos certitudes et mises en scĂšne sautent lorsque l’on pratique. SincĂšrement et avec rĂ©gularitĂ©.

 

Si l’on a rĂ©ellement l’intention de se chercher et de se dĂ©busquer.

 

Alors qu’il est d’autres environnements, professionnels ou autres, oĂč l’on peut plus facilement se raconter notre personnage, ĂȘtre insincĂšre,  et  vendre cette image Ă  d’autres qui vont se complaire ou se conforter dans ce qu’on leur donne Ă  voir de nous. Dans une sorte de compromis oĂč chacun a intĂ©rĂȘt Ă  se dissimuler, Ă  jouer ou Ă  se dĂ©guiser. Un peu comme sur les rĂ©seaux sociaux ou dans certaines soirĂ©es ou rencontres oĂč l’on fait le « beau Â» ou la « belle Â».

Gare de Paris St Lazare, mars 2022.

 

 

Je ne peux pas comprendre autrement, par exemple, le suicide, le 20 avril 2018, du jeune et cĂ©lĂ©brissime DJ Avicii «  ĂągĂ© seulement de 28 ans Â». DJ superstar, connu pour avoir fait danser et donnĂ© de grands et beaux souvenirs Ă  des milliers de jeunes (et moins jeunes) fĂȘtards dans le monde entier. Je vois au moins dans son suicide, celui d’un jeune homme qui, Ă  un moment donnĂ©, et trop longtemps, s’est sacrifiĂ© pour que d’autres s’amusent, se rencontrent, fassent l’Amour, baisent, se dĂ©foncent et fassent du fric. Alors qu’il aurait mieux fait de s’arrĂȘter et se demander qui il est et ce qu’il veut vĂ©ritablement vivre. Quatre ans aprĂšs sa mort, je ne suis pas sĂ»r que, parmi celles et ceux qui l’ont pleurĂ© aprĂšs avoir dansĂ© « avec lui Â» ou qui ont « chroniquĂ© Â» sa mort dans les MĂ©dia, que tous en soient arrivĂ©s Ă  peu prĂšs Ă  la conclusion – approximative- que je tire de son suicide. Son suicide, je pense, a sans doute Ă©tĂ© une information surprenante et sensationnelle qui saisit d’abord. Puis cette information a rejoint l’hĂ©morragie de notre humanitĂ© dans un flot d’autres nouvelles dĂ©sormais oubliĂ©es car dĂ©barrassĂ©es de leur lot d’étincelles faites de sensationnel, de stupeur, de peur, d’immĂ©diatetĂ© et de vibrations.

 

 A titre de comparaison, mĂȘme si le dĂ©cĂšs de Jacob Desvarieux, l’annĂ©e derniĂšre, ( un des fondateurs et meneurs du groupe Kassav’) a attristĂ©, je crois qu’il ne fait pratiquement aucun doute que celui-ci avait eu sur scĂšne, dans les studios de musique, et de par le monde, la vie qu’il avait souhaitĂ© avoir.

 

Pour moi, travailler en SantĂ© Mentale, ou dĂ©cider de venir y consulter, c’est au moins ça :

 

DĂ©cider, Ă  un moment donnĂ© de s’arrĂȘter de « fonctionner Â». Et prendre le temps de se demander qui l’on est et ce que l’on veut vĂ©ritablement vivre. Ce qui peut trĂšs mal s’accorder avec notre activitĂ© quasi permanente, voire paramilitaire, de poulpe.

Spot 13, Paris, mardi 22 mars 2022.

 

On dirait, parfois ou souvent, que notre vie doit seulement tenir dans le rythme ou Ă  la cadence de la fibrillation cardiaque permanente.  Si les battements de notre cƓur ralentissent, c’est la peur qui s’installe. Parce-que, fondamentalement, technologies surpuissantes ou non, nous avons toujours aussi peur du silence, du repos, de la pĂ©nombre, du vide, de la contemplation et de la solitude.

 

 

Franck Unimon, ce lundi 28 mars 2022.

 

 

 

 

Catégories
Corona Circus Pour les Poissons Rouges

Conscience Sociale Modifiée

Marion MarĂ©chal- Le Pen, niĂšce de Marine Le Pen et petite-fille de Jean-Marie Le Pen, du Rassemblement National ( ex Front National) Ă  cĂŽtĂ© d’Eric Zemmour qu’elle a officiellement « rallié », un des actuels candidats aux Ă©lections PrĂ©sidentielles. Eric Zemmour, pendant des annĂ©es, a Ă©tĂ© et reste un « polĂ©miste » trĂšs mĂ©diatisĂ© ainsi qu’un « écrivain » ou « essayiste » aspirant Ă  une France « comme avant » : du Temps de PĂ©tain, du temps de la colonisation française, dans un pays oĂč il faudrait porter des prĂ©noms « bien » français etc……Photo prise Ă  Paris, prĂšs de la Madeleine, fin mars 2022, alors que je me rendais au travail ou en revenais.

Conscience sociale modifiée

 

« Je te croyais plus ambitieux Â».

 

Quelques fois, certaines remarques de nos proches nous surprennent par leur jugement vĂ©nimeux sans appel. On dirait que notre intimitĂ© avec eux, nous qui passons une grande partie de notre temps Ă  nous cacher, leur a permis de s’approcher de nous avec un scalpel pour mieux couper la corde de l’estime approximative que nous pouvons nous porter.

 

Si nous avons de la chance ou suffisamment de forces, la corde tient suffisamment, la chute arrive d’une hauteur encore supportable ou nous avons le temps de retrouver un appui ferme pour Ă©chapper au vide et au dĂ©sespoir.

 

J’avais dĂ©jĂ  entendu parler de Pierre Bourdieu lorsqu’une de mes ex, avec laquelle j’étais encore en relation, m’avait dit cette phrase. Un jour.

 

J’ai oubliĂ© le sujet de notre discussion d’alors. Mais je me rappelle encore de cette phrase. Il est des phrases, bonnes ou mauvaises, qui, instantanĂ©ment, nous auscultent.

 

Et restent. 

 

Ces phrases font rapidement partie de nos provisions mentales et morales pendant des annĂ©es. Et sont trĂšs vite mystĂ©rieusement compatibles avec d’autres pensĂ©es et croyances que nous avions dĂ©jĂ . 

 

Avant d’en vouloir Ă  leurs autrices ou auteurs, il faut savoir se dire que nous, aussi, avons sans aucun doute servi ce mĂȘme genre de « supplice Â» Ă  d’autres que nous avions aussi sorti de notre carquois sans y rĂ©flĂ©chir.

 

C’est notre cĂŽtĂ© Schtroumpf : untel m’a mordu. Plus tard, je mords untel autour de moi. Souvent un proche ou une proche ou quelqu’un pour qui on peut avoir une certaine « sympathie Â» ou « affection».

 

Peu importe que la personne que je mords n’a rien Ă  voir avec mes dĂ©boires comme le fait que ce que j’ai vĂ©cu de malveillant et blessant date dĂ©jĂ  d’il y a plusieurs millĂ©naires, avant mĂȘme que je ne croise celle ou celui que je vais Ă  mon tour agresser moralement ou verbalement avec un sentiment de pleine lĂ©gitimitĂ©.

 

Car, assurĂ©ment, ce jour oĂč mon ex m’avait dit «  Je te croyais plus ambitieux Â», elle s’était sentie lĂ©gitime. Et, elle ne pensait pas forcĂ©ment Ă  mal. Comme assez souvent, chaque fois que l’on dĂ©coche une mandale morale Ă  quelqu’un d’autre. Car, oui, cette phrase de mon ex, prononcĂ©e sans crier, plutĂŽt dite sur le ton de l’aveu ou du simple constat, Ă©tait bien et est bien l’équivalent d’une mandale.

 

Sa phrase signifiait et signifie bien : « Je ne pensais pas que tu te contenterais d’une vie de merde Â». «  Je ne pensais pas qu’avec tes capacitĂ©s, tu te satisferais d’ĂȘtre si peu Â». «  En fait, tu as une vie de pauvre type. Tu es un pauvre type qui a passĂ© son temps Ă  rĂȘver une vie grandiose que tu n’as pas et que tu n’auras probablement jamais. Puisque tu te contentes d’une toute petite vie Â».

 

 

Le tout dit sans agressivitĂ© particuliĂšre mais aussi sans conseil pour qu’éventuellement, je me dirige vers un supposĂ© domaine oĂč je pourrais me rĂ©aliser Ă  la hauteur de mes capacitĂ©s rĂ©elles ou supposĂ©es. Ce qui est pire, bien-sĂ»r.

 

 

Depuis des annĂ©es, je n’aime pas le mois de mars. Et, finalement, alors que ce mois de mars se termine, que je l’ai plutĂŽt mieux supportĂ© que lors d’autres annĂ©es, il est amusant que je sois inspirĂ©, aujourd’hui, alors que ce mois de mars se termine et que nous sommes passĂ©s cette nuit Ă  l’heure d’étĂ©, pour publier cet article.

 

Alors qu’évidemment, j’ai eu bien d’autres idĂ©es d’articles ce mois-ci avant lui mais n’ai pas eu la disponibilitĂ© suffisante, Ă  mes yeux, pour bien m’en occuper.

 

Alors que cet article-ci vient « d’arriver Â». Et il coule tout seul. Comme c’est amusant.

 

 

Aujourd’hui, je n’ai plus de contacts avec cette ex. MĂȘme si je repense de temps Ă  autre Ă  elle. On me dira sans doute : 

 

« Bon dĂ©barras ! ».

 

Peut-ĂȘtre. Pourtant, je persiste Ă  penser que lĂ  oĂč elle a grandi et est restĂ©e vivre avec son mari et leurs deux enfants, Ă  Marseille, qu’elle Ă©tait sincĂšrement attachĂ©e Ă  moi. Car on peut dĂ©cider de vivre avec quelqu’un d’autre qui colle mieux Ă  nos standards et parcours sociaux ainsi qu’à notre modĂšle racial tout en ayant Ă©tĂ© rĂ©ellement attachĂ© Ă  quelqu’un d’autre. C’est ce que j’ai vĂ©cu, je crois, avec elle.

 

Et c’est ce qu’a pu vivre d’une certaine maniĂšre, sans le prĂ©judice d’ordre racial, le personnage jouĂ© par l’acteur Jake Gyllenhaal dans le film Nocturnal Animals de Tom Ford avec son ex, jouĂ©e par l’actrice Amy Adams.

 

 

J’avais 25 ans lorsque j’avais achetĂ© le livre de Pierre Bourdieu : La France parle. Un livre que j’ai toujours et que je n’ai jamais pris le temps de lire. Comme bien d’autres livres achetĂ©s aprĂšs lui. A la place, j’ai lu d’autres livres et articles. J’ai aussi Ă©crit des articles de cinĂ©ma mais aussi pour mon blog depuis. 

 

25 ans, pour dĂ©couvrir le nom de Pierre Bourdieu et entendre parler un peu de lui, ce n’est pas vieux. Sauf que lorsque l’on est jeune, on croit parfois, cela a Ă©tĂ© mon cas, que l’on a tout le temps devant soi. On mesure moins, aussi, Ă  quel point peuvent nous enfermer les consĂ©quences de certains de nos choix.

 

Insouciance et optimisme jusque-boutiste peuvent trĂšs bien s’accorder avec l’ignorance et la vitalitĂ© de la jeunesse. Et, j’ai Ă©tĂ© de ceux-lĂ  de bien des façons.

 

Infirmier diplĂŽmĂ© d’Etat avant mes 21 ans (il Ă©tait et reste assez difficile de le devenir beaucoup plus jeune) par pragmatisme, pour Ă©chapper au chĂŽmage,  plus que par idĂ©al, j’ai ensuite rĂ©guliĂšrement manƓuvrĂ© pour reprendre de maniĂšre discontinue le cours des Ă©tudes d’une façon ou d’une autre.

Contrairement Ă  mon ex qui, issue d’un milieu social moyen Ă  peu prĂšs comme le mien, avait pu, comme sa sƓur aĂźnĂ©e, aprĂšs son Bac, se diriger sans discontinuer vers des Ă©tudes universitaires littĂ©raires longues. Dans une discipline qui lui plaisait. A elle, la possibilitĂ©, donnĂ©e par ses parents, de pouvoir croire un minimum en ce qu’elle aimait. A moi, le « littĂ©raire Â» et l’intellectuel, l’aĂźnĂ© de ma famille, la nĂ©cessitĂ© de devoir comprendre dĂšs la fin du lycĂ©e qu’avec un pĂšre qui avait exprimĂ© dĂšs ma quatriĂšme ou ma troisiĂšme que « faire des Ă©tudes longues ne sert Ă  rien ! Â», qu’il me valait mieux bifurquer vers des Ă©tudes concrĂštes et courtes aprĂšs le Bac. Pour trouver du travail et gagner ma vie.

 

 

C’est ainsi qu’aprĂšs mon Bac et mes Ă©tudes d’infirmier, je n’ai fait que des « soubresauts » d’études. Des Ă©tudes d’Anglais Ă  la Fac que je n’ai pas reprises, aprĂšs mon service militaire, encore alors obligatoire. MalgrĂ© les incitations rĂ©pĂ©tĂ©es de ma mĂšre Ă  ce que je reprenne ma licence d’Anglais. Je n’ai jamais eu l’envie de retourner Ă  la Fac aprĂšs mon service militaire, dĂ©goĂ»tĂ© par le caractĂšre trĂšs scolaire de mes deux annĂ©es d’Ă©tudes universitaire. J’avais assez donnĂ© dans les Ă©tudes faites plus par Devoir que par plaisir. Or, jusqu’au Bac, pour moi, faire des Ă©tudes Ă©tait un plaisir. Tout comme Ă©crire m’est un plaisir.

AprĂšs le DEUG d’Anglais obtenu en trois ans, il y avait eu un Brevet d’Etat d’Educateur sportif. Puis, des annĂ©es plus tard, une initiation d’une annĂ©e Ă  la criminologie dans un institut privĂ© dont le crĂ©ateur, Laurent Montet, a ensuite Ă©tĂ© condamnĂ© -en 2019- pour « escroquerie Â». Et dont l’institut de criminologie ne « valait rien Â». Je n’ai pas encore pris le temps d’écrire Ă  propos de Laurent Montet ni au sujet de StĂ©phane Bourgoin, ex spĂ©cialiste des tueurs en sĂ©rie, que j’avais aussi rencontrĂ© (et aussi interviewĂ© Ă  deux reprises).

 

Il y a aussi eu l’obtention d’un certificat professionnel de massage bien-ĂȘtre ; des expĂ©riences de comĂ©dien au théùtre y compris dans quelques projets professionnels ; la reprise de cours de théùtre dans le conservatoire de ma ville ; le passage des deux premiers niveaux de plongĂ©e ; l’apprentissage du roller Ă  plus de trente ans ; la dĂ©couverte de la pratique de l’apnĂ©e ; l’expĂ©rience de journaliste cinĂ©ma y compris au festival de Cannes ; le fait de me constituer des expĂ©riences infirmiĂšres diffĂ©rentes en psychiatrie et en pĂ©dopsychiatrie dans des services et des Ă©tablissements diffĂ©rents ; la dĂ©couverte de la pratique de l’apnĂ©e en bassin ainsi qu’en mer.

 

Ce qui constitue un CV plutÎt varié et florissant. Sauf que tout cela ne paie pas.

Au spot 13, ce 22 mars 2022. Aucun rapport avec la rue Verneuil que je cite ci-dessous. Sauf que je prĂ©fĂšre cet art que j’ai vu et que je montre sur cette photo Ă  ce que j’ai vu, rue Verneuil, comme je le raconte….

 

 

Il y a quelques jours, me trouvant dans la rue Verneuil, Ă  Paris, en rentrant du travail sur mon vĂ©lo pliant, je me suis arrĂȘtĂ© devant une agence immobiliĂšre. Le temps de manger quelques chouquettes que je venais d’acheter car je faisais une hypoglycĂ©mie. Il Ă©tait prĂšs de 13h. Il faisait assez chaud. AprĂšs ma nuit de travail, je m’Ă©tais rendu dans la foulĂ©e Ă  un sĂ©minaire de trois heures Ă  nouveau organisĂ© et proposĂ© par Claude Orsel. 

SĂ©minaire au cours duquel, cette fois-ci, Ă©tait intervenu Pierre Sabourin, psychiatrie et psychanalyste, qui s’occupe entre-autres des personnes victimes d’inceste. Il y a des mĂ©tiers plus « lĂ©gers » et plus faciles. Dans un autre article, je ferai sans doute un rĂ©sumĂ© de ce sĂ©minaire. 

Ce samedi-lĂ  ( sans doute ce samedi 19 mars) en parcourant certaines annonces immobiliĂšres devant moi, j’ai bien Ă©tĂ© obligĂ© de me rendre compte qu’il me serait aujourd’hui impossible, si je le souhaitais, d’acheter un deux piĂšces pour la « modique » somme de 498 000 euros.

 

 

Mon ex, qui s’est mariĂ©e avec quelqu’un qui, Ă©galement issu d’un milieu social moyen, est devenu ingĂ©nieur, avait donc raison de me dire il y a plusieurs annĂ©es : 

 

« Je te croyais plus ambitieux Â».

 

On peut avoir bien des « qualitĂ©s Â» et se dĂ©mener. Si cela ne rapporte pas Ă©conomiquement et socialement en termes d’évolution, il arrive un moment oĂč cela ne sert (presque) Ă  rien. ConcrĂštement.

Au Spot 13, Paris, ce 22 mars 2022.

 

 

ConcrĂštement, si j’avais Ă©tĂ© plus ambitieux, il y a vingt ou trente ans, j’aurais pu, aujourd’hui, si je le souhaitais, m’acheter ce deux piĂšces pour la somme de 498 000 euros. En empruntant, bien-sĂ»r. Mais, pour cela, encore fallait-il avoir un plan de vie et un plan de carriĂšre.

 

Car mĂȘme si ce prix est Ă©videmment excessif, j’ai aujourd’hui compris qu’en achetant un tel appartement, rue Verneuil, dans le 7 Ăšme arrondissement que « j’achetais Â» aussi le quartier oĂč il se trouve. Et que cela peut avoir des bonnes retombĂ©es sur ma vie sociale mais aussi sur ma descendance. Que ce soit en termes d’opportunitĂ© sociale mais aussi, pour ĂȘtre Ă  proximitĂ© des bonnes Ă©coles ou des bons lieux de soins. Puisque c’est dans ce monde-lĂ  que nous vivons, que nous avons toujours, en grande partie, vĂ©cu. Celui oĂč, d’un cĂŽtĂ©, certaines personnes, dĂšs le dĂ©but, pensent Ă  leur avenir ainsi qu’à celui de leurs proches et de leurs progĂ©nitures. Et celui, oĂč, ailleurs, bien d’autres, souvent le plus grand nombre, le plus souvent sous l’effet d’une contrainte Ă©conomique, sociale et morale, dĂ©cident ou se rĂ©signent Ă  confier leur destin ou Ă  le voir jetĂ© en pĂąture au « petit bonheur la chance».

Il m’a fallu attendre d’avoir Ă  peu prĂšs la cinquantaine, de m’estimer sans doute un petit peu plus que lorsque j’avais 18 ou 25 ans, donc de devenir plus critique aussi envers la « rĂ©ussite Â» de certaines personnes, et d’ĂȘtre devenu pĂšre pour comprendre ce que certaines personnes avaient plus que compris- et appliquĂ©- bien avant leurs 18 ans
.

J’ai donc l’impression, bien des fois, d’avoir Ă©tĂ©, comme des milliers et des millions d’autres, d’avoir Ă©tĂ© une de ces souris studieuses et « gĂ©nĂ©reuses », mais aussi tarĂ©es, de laboratoire qui ont gaspillĂ© une grande partie de leurs forces dans des conduits les Ă©loignant de plus en plus des « bonnes » issues mais, aussi, des meilleurs dĂ©bouchĂ©s, ou, plus simplement, de plus saines et plus confortables conditions de vie et de travail.

Chez moi, la locomotion a d’autres incidences : Ă  moi les commotions, Ă  d’autres, les promotions.

Et, le fait d’ĂȘtre devenu infirmier, si ce mĂ©tier m’a en effet sauvĂ© et prĂ©servĂ© du chĂŽmage, m’a aussi malheureusement exposĂ© et continue de m’exposer au fait que je continue de faire partie de ces millions de Français, mais aussi de ces milliards d’individus, que l’on peut sacrifier ne serait-ce que socialement. Ou professionnellement : je n’ai rien dĂ©couvert avec le scandale actuel dĂ» Ă  la publication du livre Les Fossoyeurs de Victor Castanet, sorti rĂ©cemment. C’est la raison pour laquelle j’ai refusĂ© d’acheter ce livre : je n’allais pas donner de l’argent pour lire ce que, comme beaucoup d’autres, j’avais pu subir, et continuĂ© de subir, en exerçant en tant qu’infirmier pendant des annĂ©es.  

Dans ce livre, Les Fossoyeurs, il est ainsi Â«Â rĂ©vĂ©lé » qu’une bonne partie de l’argent public qui vient de l’Etat et des contribuables ( donc, de toutes les personnes qui paient leurs impĂŽts dont je fais, comme beaucoup d’autres soignants et non soignants, Ă©galement partie ) a vraisemblablement Ă©tĂ© dĂ©tournĂ© par le groupe privĂ© Orpea Ă  son profit et pour celui de ses membres et actionnaires les plus haut placĂ©s. Alors que cet argent devait bĂ©nĂ©ficier aux pensionnaires, donc aux malades prĂ©sents dans ses EPHAD. Mais aussi Ă  ses salariĂ©s dont des soignants.

 

Il est tant d’autres professions nĂ©cessaires, en France, oĂč, en termes de conditions de travail et salariales, l’on peut ĂȘtre aussi sacrifiĂ© ou nĂ©gligĂ© : pompiers, enseignants, travailleurs sociaux…..

 

Lorsque je lis comme je l’ai lu rĂ©cemment que l’Etat français, dirigĂ© actuellement par Emmanuel Macron ( et qui sera selon moi, et comme le disent les sondages, réélu ) ,  s’est engagĂ© Ă  attribuer 15 milliards d’euros Ă  la police sur cinq ans, je me dis Ă  la fois que la police, en tant qu’institution publique en avait bien besoin pour mieux travailler. Mais je me dis aussi que l’Etat français, pour imposer des lois anti-dĂ©mocratiques ou amorales qu’il a prĂ©vu de faire appliquer prochainement, a aussi besoin de pouvoir compter sur ses forces de police. Et, pour cela, quoi de mieux que de commencer par « bichonner » sa police. Car, Ă  ce jour, je n’ai pas entendu parler d’une somme de 15 milliards allouĂ©e par l’Etat, sur cinq ans, aux hĂŽpitaux publics par exemple….

 

Au spot 13, Paris, ce 22 mars 2022.

Je n’aime peut-ĂȘtre pas le mois de mars parce qu’il agrĂšge en lui certaines histoires dĂ©sagrĂ©ables de notre passĂ© avec celles du prĂ©sent et de l’avenir. Et que tout cela brasse en moi des mĂ©moires nĂ©gatives et contraires. Or, je n’aime pas ce genre de cuites mĂ©morielles.  De ces cuites mĂ©morielles, le pire comme le meilleur, peut sortir. Et, sans doute en ai-je une conscience grossiĂšre. Or, tant que la maladie d’Alzheimer oĂč une autre affection mĂ©dicale ou psychiatrique lourde et invasive restera extĂ©rieure Ă  ma conscience et Ă  ma mĂ©moire, les mois de mars, au moins, me le rappelleront tels des aiguillons :

Je ne peux me satisfaire complĂštement de ce que je vis comme de certains Ă©vĂ©nements que j’aperçois.

 

Au Spot 13, Paris, ce 22 mars 2022.

 

 

Les prochaines Ă©lections prĂ©sidentielles auront bientĂŽt lieu en France. La guerre en Ukraine est dĂ©sormais l’actualitĂ©. Ainsi que le prix du litre d’essence qui avoisine les deux euros et le pronostic annoncĂ© de pĂ©nuries alimentaires mais aussi de certaines matiĂšres premiĂšres dans certaines rĂ©gions du monde.

 

 Avec la reprise de la pandĂ©mie du Covid « mais sans plus d’hospitalisations Â» puisque, dĂ©sormais, environ « 80 pour cent Â» de la population française a reçu trois doses ou l’équivalent de trois doses de vaccin anti-Covid, nous pouvons Ă  nouveau, depuis le 15 mars environ, Ă  moins d’un mois des Ă©lections prĂ©sidentielles, nous rendre dans une salle de cinĂ©ma et dans une mĂ©diathĂšque sans avoir Ă  prĂ©senter de pass sanitaire ou vaccinal. Ou mĂȘme nous rendre dans une agence de banque sans masque anti-Covid sur le visage.

 

Mais une infirmiĂšre ou un soignant qui continue de refuser le vaccin anti-Covid reste suspendu de ses fonctions sans salaire comme cela a commencĂ© Ă  ĂȘtre appliquĂ© en octobre de l’annĂ©e derniĂšre. Cela fait donc cinq mois que ma compagne, Ă©galement infirmiĂšre, est suspendue et sans salaire. Et, Ă  mon avis, quel que soit le PrĂ©sident ou la PrĂ©sidente Ă©lue en avril en France, la vaccination contre le Covid restera obligatoire en France au moins encore pendant un an ou deux.

 

 

Tout Ă  l’heure, je me suis dit que dans un vĂ©ritable monde dĂ©mocratique, les dirigeants et aspirants dirigeants de ce pays et de ce Monde s’affronteraient dans des Ă©preuves et des Ă©missions du type Koh-Lantah ou Hunger Games. Et, qu’ensuite, nous, les milliards de votants, d’aprĂšs ce que nous aurions perçu et compris d’eux, nous ferions notre choix. Bien-sĂ»r, il faudrait l’existence de gardes fous pour Ă©viter que des groupuscules armĂ©s, et autres, ne viennent intimider les votants. Mais nous n’en sommes pas lĂ . Nous en sommes « seulement Â» Ă  quelques jours du premier tour des Ă©lections prĂ©sidentielles en France. OĂč il s’agira de « choisir Â» la candidate ou le candidat la plus ou le plus Ă  mĂȘme de nous reprĂ©senter.

Paris, mars 2022.

 

Je ne voterai pas pour Eric Zemmour. Ni pour les Le Pen. Je n’en n’ai aucune intention ( Vivre au temps du Covid avec Eric Zemmour ). Cependant, je me dois de constater qu’en matiĂšre d’ambition, qu’eux, comme les autres candidats de ces Ă©lections prĂ©sidentielles, et celles et ceux qui font partie de leurs « équipes », visibles et invisibles, ont Ă©tĂ© autrement et largement plus compĂ©tents que moi. Et depuis trĂšs longtemps, dĂ©jĂ . Car elles et ils ont su rĂ©partir, bien mieux que moi, leurs efforts, leurs forces, leurs stratĂ©gies ainsi que leurs relations selon leurs ors et leurs ordres de prioritĂ© sociales et Ă©conomiques. Une Rachida Dati, pour moi, est une sorte de quintessence de la rĂ©ussite sociale. Travailleuse, certes. Mais quel sens hors du commun de la stratĂ©gie ! Si je ne me sens aucune affinitĂ© personnelle avec elle, je ne peux qu’ĂȘtre admiratif devant son parcours. Concilier comme elle l’a fait, rĂ©ussite dans ses Ă©tudes, psychopathie (si, si ! il y a de la psychopathie chez elle car pour avoir rĂ©ussi Ă  faire peur Ă  François Fillon, lorsqu’il Ă©tait encore Premier Ministre, il faut bien avoir de la psychopathie en soi ) et carriĂšre politique, me rend admiratif : tout le monde, aujourd’hui, parmi celles et ceux qui, en mĂȘme temps qu’elle elle, ont pu ĂȘtre Ministre, ne peut pas se vanter d’ĂȘtre devenu Maire d’un arrondissement huppĂ© de Paris. 

 

Et, de mon cĂŽtĂ©, si j’ai toujours travaillĂ© depuis l’obtention de mon diplĂŽme d’Etat d’infirmier en 1989, Ă  ce jour, eux (les candidats de ces Ă©lections prĂ©sidentielles) peuvent ou pourraient, s’ils le souhaitaient, s’acheter un deux piĂšces 498 000 euros, rue Verneuil (voire, on serait heureux de leur faire une baisse de prix significative) et moi, non. Par contre, grand lot de compensation, d’ici quelques jours, j’aurai le grand privilĂšge (car cela reste un privilĂšge) d’aller voter en faveur de l’un ou l’une d’entre eux.

 

 

Je ne me plains pas. Tant d’autres sont tellement moins bien lotis que moi. Et je m’en sors beaucoup mieux qu’eux. Je m’en sors avec un peu plus d’estime pour moi-mĂȘme comparativement Ă  il y a quelques annĂ©es. Et en vivant certains plaisirs oĂč je n’ai pas Ă  me mentir ou Ă  mentir Ă  celles et ceux avec lesquels je les partage.

 

Spot 13, Paris, 22 mars 2022.

 

Franck Unimon, ce dimanche 27 mars 2022.

 

Catégories
Pour les Poissons Rouges

Le couple de la Saint-Valentin/ La femme dans l’homme

Paris, Bd Raspail, prĂšs de l’hĂŽtel Le LutĂ©tia, dimanche 13 fĂ©vrier 2022.

  Le Couple de la Saint-Valentin/ La femme dans l’homme

 

Dans la cour du lycĂ©e, chaque fois que Khadija, d’origine kabyle, apercevait son frĂšre aĂźnĂ© dans les environs, elle arrĂȘtait de me parler et son regard se calcinait. Nous ne faisions que discuter. Son frĂšre aĂźnĂ© ne s’est jamais approchĂ©. Et, elle ne m’a jamais appris ensuite qu’il lui avait fait des reproches. Mon geste le plus dĂ©placĂ©  Ă  son encontre avait Ă©tĂ© de lui dire un jour :

 

«  Il te va bien, ton Jean moulant Â». Je crois que cela l’avait flattĂ©e.

 

Avant les Ă©preuves du Bac qui annonçaient la fin de la rĂ©crĂ©ation de toutes nos thĂ©ories et notre entrĂ©e en matiĂšre dans le monde des adultes, catastrophĂ©, alors qu’il avait toujours Ă©tĂ© trĂšs sĂ»r de lui, Abdelkader, trĂšs bon Ă©lĂšve, s’était immĂ©diatement inquiĂ©tĂ© de son futur lorsqu’il serait en couple avec sa femme qu’il ne connaissait pas encore :

 

« Mais qu’est-ce que je vais pouvoir lui raconter ?! Â». Pris de « cours Â», je n’avais pas su quoi lui rĂ©pondre. Je n’avais pas encore Ă©tudiĂ© ce programme.

 

 

Sept ans plus tard, aprĂšs mon service militaire, et alors que j’avais dĂ©jĂ  « reçu Â» la vie en pleine face et assez brutalement en devenant infirmier Ă  vingt et un ans, j’avais Ă©tĂ© horrifiĂ© lorsque TsĂ©, une de mes collĂšgues, m’avait appris que deux de nos collĂšgues mariĂ©s et plus ĂągĂ©s avaient eu une liaison ensemble. J’avais alors totalement oubliĂ© que, enfant, rĂ©guliĂšrement, les week-end, j’avais vu mon pĂšre dĂ©coucher deux ou trois jours de suite, aprĂšs s’ĂȘtre pomponnĂ© auparavant, une bonne heure durant, dans la salle de bain. Salle de bain dont il avait auparavant pris soin de fermer la porte Ă  clĂ©. C’était l’époque oĂč ma mĂšre m’avait appris, qu’un jour, elle quitterait mon pĂšre. Qu’elle Ă©tait « jeune et fraĂźche Â».

 

C’était aussi l’époque oĂč mon pĂšre savait me prĂ©venir de ne jamais me « laisser commander par une femme Â». Mais, aussi, que « la femme blanche Â» Ă©tait l’ennemie. Ce qui, ensuite, m’a beaucoup aidĂ© dans mes relations amoureuses en France oĂč il y a si peu de femmes blanches.

Cela, tout en Ă©tant trĂšs content de m’exhiber, comme son fils, Ă  quelques blancs, dont une femme que nous Ă©tions, un jour, allĂ©s saluer. Cette femme, en me voyant sur le seuil de la porte de son appartement, s’était Ă©merveillĂ©e Ă  me voir. Et, ce, Ă  la grande fiertĂ© de mon pĂšre. Je ne me rappelle pas de la voix ou de la prĂ©sence d’un homme alors que mon pĂšre Ă©tait parti me montrer Ă  cette dame souriante et plutĂŽt jolie pour ce que mes souvenirs d’enfant ont pu me laisser d’elle. Je devais avoir moins de huit ans. J’étais alors un mignon petit garçon. Je ne faisais alors pas encore trop chier le monde avec mes Ă©lucubrations. C’est plus tard que j’ai commencĂ© Ă  mettre une mauvaise ambiance en adoptant certains comportements et en ayant certains propos.

Gare de Paris St Lazare, dimanche 13 février 2022.

 

C’était il y a quarante ans ou plus. Depuis, ma mĂšre et mon pĂšre se sont mariĂ©s. Et, ils vivent au « pays Â» oĂč ils sont retournĂ©s vivre il y a quelques annĂ©es.

 

« C’est vrai que, seuls, des fois, on s’ennuie Â» m’avait dit la mĂšre d’une copine. « Il faut se rĂ©gĂ©nĂ©rer, perpĂ©tuer son nom
 Â» m’avait informĂ© mon parrain, un jour oĂč je l’avais croisĂ© et oĂč il avait Ă©tĂ© Ă©tonnĂ© que je n’aie « toujours pas d’enfants Â». J’avais une trentaine d’annĂ©es. Et, entendre qu’il fallait « se rĂ©gĂ©nĂ©rer Â» m’avait fait ricaner plutĂŽt qu’encouragĂ©.

 

« Il ne faut pas attendre cinquante ans pour faire des enfants ! Â» m’avait indiquĂ© un peu plus tard, Ă  Montebello, en Guadeloupe, un de mes cousins, mon aĂźnĂ© de deux ou trois ans. J’avais plus de trente ans. J’étais cĂ©libataire, sans enfant. Bien que venu rendre visite, j’Ă©tais pour lui- qui avait apparemment rĂ©ussi sa vie puisqu’il avait donnĂ© la vie deux fois- ni plus, ni moins, l’Ă©quivalent d’un homme sans testicules. Ou qui ne savait pas comment s’en servir.  

Nous Ă©tions chez ses parents chez lesquels il Ă©tait retournĂ© vivre, Ă  prĂšs de quarante ans. AprĂšs s’ĂȘtre sĂ©parĂ© des mĂšres de ses deux filles. PlutĂŽt que de rester seul dans sa maison qui Ă©tait juste Ă  cĂŽtĂ©, il me l’avait montrĂ©e du doigt. Maison qui Ă©tait «fermĂ©e Â» m’avait-il appris. Ce cousin « expert Â» en vie conjugale m’avait expliquĂ© ses sĂ©parations par le fait que:

 

« L’homme a une certaine conception de la vie
 la femme en a une autre Â».

 

 

Demain, c’est la Saint Valentin et l’on va Ă  nouveau nous rappeler que l’Amour peut tout et est plus fort que tout. Lorsque j’étais cĂ©libataire, je l’ai beaucoup pensĂ©. Que ce soit lorsque j’accumulais les histoires Ă  la « mords moi le nƓud Â».  Ou lorsque j’ai concentrĂ© tant de solitude que j’étais dans une quĂȘte affective rĂ©guliĂšre. A une Ă©poque, le livre Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq m’a beaucoup parlĂ©. Comme son adaptation cinĂ©matographique ensuite par Philippe Harel avec lui-mĂȘme et JosĂ© Garcia dans son premier grand rĂŽle dramatique.

 

Si j’ai rarement enviĂ© la place de ces amis et connaissances qui se sont mariĂ©s et ont ensuite fait des enfants selon un protocole bien Ă©tabli avec, pour certains, l’achat de la maison, j’ai pu davantage leur envier cette impression de « complĂ©tude Â» affective que je voyais chez eux. Alors que moi, je devais assez rĂ©guliĂšrement partir Ă  la chasse afin de m’assurer un minimum de subsistance affective. MĂȘme si j’ai aussi connu des moments trĂšs agrĂ©ables, tout seul, tranquillement dans mon coin. Sauf que cette solitude demeurait aussi lorsque j’avais Ă  nouveau des besoins affectifs. 

 

J’ai aussi pu ĂȘtre trĂšs docte en prĂ©sence des parents de certaines de mes copines. Je m’entendais bien en gĂ©nĂ©ral avec les parents de mes copines. Et j’aimais discuter. Je me rappelle avoir placĂ© en plein repas chez les parents d’une de mes copines, avoir lu que beaucoup de couples se sĂ©paraient parce-que la femme refusait de faire des fellations. Est-ce mon insouciance ou l’ouverture d’esprit de celle qui aurait pu devenir ma belle-mĂšre ? Mais celle-ci s’était alors mise Ă  rire tandis que le pĂšre, lui, n’avait fait aucun commentaire. Et ma copine, d’alors, quant Ă  elle, ne m’en avait pas voulu. Cela n’a pas Ă©tĂ© ensuite la raison de notre sĂ©paration.

 

Aujourd’hui, je trouve que les relations entre les femmes et les hommes sont devenues encore plus difficiles. L’Amour, le dĂ©sir, il n’y a rien de plus facile. C’est la partie, ou les parties, sans jeux de mots, les plus faciles d’une relation pourvu, bien-sĂ»r, que celles-ci soient partagĂ©es.

 

Ensuite, ça se crispe lorsque la relation commence Ă  s’établir ou cherche Ă  s’établir. Selon les mƓurs. Selon l’époque. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’un homme a le choix entre ĂȘtre parfait ou ĂȘtre un goret. Qu’est-ce qu’ĂȘtre parfait ? Personne ne le sait vraiment, c’est ça qui est drĂŽle.

 

Gare de Paris St Lazare, dimanche 13 février 2022.

 

Est-ce qu’une personne parfaite, femme ou homme, a plus de chances qu’une autre de plaire ? Bien-sĂ»r que non. Ce serait mĂȘme plutĂŽt le contraire. Ça, aussi, c’est drĂŽle.

 

RĂ©cemment, j’ai prĂȘtĂ© Ă  une collĂšgue la trilogie Pusher de Nicholas Winding Refn. J’attends qu’elle me donne son avis. J’ai nĂ©anmoins d’abord fait la grimace lorsqu’elle m’a dit, qu’en « Ă©change Â», elle me prĂȘterait le dernier livre de Mona Chollet, RĂ©inventer l’amour dont j’avais entendu parler et Ă  propos duquel j’ai lu des trĂšs bonnes critiques.

Je lui ai exprimĂ© mes rĂ©serves. Et cette collĂšgue s’est empressĂ©e de me rassurer.

 

Je lis trĂšs facilement, je crois, des Ɠuvres de femmes ou ayant trait aux relations humaines comme aux sentiments. Mais il s’exprime dĂ©sormais, en France, une telle exigence Ă  propos de la façon dont doit ou devrait se comporter Ă  peu prĂšs tout homme pour ĂȘtre considĂ©rĂ© comme Ă  peu frĂ©quentable pour certaines femmes que je deviens mĂ©fiant devant ce type d’ouvrage qui traite de « l’Amour » tel qu’il pourrait ou devrait ĂȘtre entre les hommes et les femmes.

 

Par exemple, je suis dĂ©sormais trĂšs suspicieux lorsqu’un homme, fut-il sincĂšre, se dĂ©clare « fĂ©ministe».  Car, pour moi, ce terme peut ĂȘtre une formule plus qu’une pratique. Comme les termes « communication Â», « gay friendly Â», « tolĂ©rance Â» « ouverture d’esprit Â» qui font trĂšs jolis dans une conversation et sont faciles Ă  prononcer. Et sont Ă  la portĂ©e de n’importe qui.  En thĂ©orie. Comme les termes « chaleureux Â», « familial Â», « dĂ©mocratie Â», « Ă©lĂ©gance Â» peuvent aussi faire trĂšs joli dans une prĂ©sentation ou dans un discours.

 

Certaines expĂ©riences et rencontres sont nĂ©cessaires pour Ă©voluer et pour apprendre.  Mais pour cela, il faut au moins que deux personnes d’horizons assez diffĂ©rents acceptent de se rencontrer un minimum.  Alors que j’ai l’impression que pour certaines personnes, tous les Savoirs sont innĂ©s ou devraient l’ĂȘtre. Non. MĂȘme si l’on est volontaire, certains Savoirs doivent s’acquĂ©rir et il nous est impossible de les deviner mĂȘme si ces Savoirs sont Ă©vidents pour d’autres.

 

Paris, Place de la Madeleine, Dimanche 13 février 2022.

 

 

Par exemple, certaines personnes croient encore que les enfants sont « le ciment du couple Â». Et que les attentions portĂ©es en tant que parents aux enfants sont interchangeables avec les attentions portĂ©es au dĂ©part au couple. Pour ces personnes, ĂȘtre parents, s’occuper des enfants, justifie d’oublier tout ce qui a trait au couple et a pu donner envie Ă  l’autre d’ĂȘtre en couple avec nous.  Ainsi certaines personnes ignorent ou tiennent Ă  ignorer que l’absence ou le manque de fantaisie, la routine, le manque d’optimisme permanent ou rĂ©pĂ©titif, les tĂąches quotidiennes et mĂ©nagĂšres toujours prioritaires peuvent tuer un couple ou une relation d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale. 

 

Et si l’Amour et le dĂ©sir sont les stimulants du dĂ©part de feu d’une rencontre, et sont plus glamours, les peurs communes- et souvent invisibles- que l’on partage avec l’autre sont souvent plus «responsables Â» de ce qui nous pousse Ă  aller vers une personne plutĂŽt que vers une autre. Mais aussi Ă  rester avec elle ou Ă  la quitter.

 

La violence sexuelle meurtriĂšre et condamnable de certains hommes vient peut-ĂȘtre aussi du fait que la sexualitĂ©, imposĂ©e mais aussi consentie de part et d’autre, reste un critĂšre de jugement moral, d’estime de soi et de la valeur qui nous est attribuĂ©e. La sexualitĂ© que l’on a nous donne un certain sentiment  d’importance. Mais aussi un certain sentiment de puissance. Y compris en termes de puissance de sĂ©duction. L’expression  » ĂȘtre un bon coup » ou « ĂȘtre un bon parti » peut autant s’appliquer Ă  un homme qu’une femme. Que l’on parle de sa valeur et de son prestige social ou de sa valeur sexuelle.

 

Si un homme violeur abuse de sa force et impose sa puissance, il est des femmes qui se sentent aussi puissantes Ă  sĂ©duire, y compris sexuellement, des femmes ou des hommes, qu’elles dĂ©sirent ou convoitent. Un film sorti rĂ©cemment relate la derniĂšre histoire de l’Ă©crivaine Marguerite Duras avec un homme nettement plus jeune qu’elle et, d’aprĂšs ce que j’ai compris, si tous deux ont pu aimer parler littĂ©rature, Duras a aussi beaucoup apprĂ©ciĂ© en profondeur le « style » du corps de son dernier amant. On doit pouvoir parler pour elle d’une sexualitĂ© rĂ©solument carnivore. Et, j’ai cru comprendre qu’Edith Piaf, aussi, avait pu aussi avoir une sexualitĂ© particuliĂšrement vorace. Ou Amy Winehouse. 

Donc, la sexualitĂ© peut aussi ĂȘtre une arme de puissance pour une femme. Y compris pour tenir ou retenir une partenaire ou un partenaire. L’expression « tenir quelqu’un par les couilles Â» me semble trĂšs explicite de ce point de vue. MĂȘme si, depuis, nous avons connu un ancien PrĂ©sident amĂ©ricain qui a pu se vanter d’ĂȘtre incapable de s’empĂȘcher d’attraper les femmes « par la chatte Â».

 

La sexualitĂ©, que l’on soit peu ou beaucoup portĂ© dessus, garde, je crois, tant pour les femmes que pour les hommes, une importance particuliĂšre dans les relations.

 

Rares sont les personnes, hommes ou femmes, qui se vantent ou se valorisent d’avoir peu de relations sexuelles. Au mieux, certaines personnes affirmeront que la sexualitĂ© a pour elles assez peu d’importance ou en a moins qu’à une Ă©poque de leur vie. Sauf bien-sĂ»r si ces personnes Ă©voluent dans un univers oĂč la sexualitĂ© est limitĂ©e Ă  certaines fonctionnalitĂ©s telles que, au hasard, sĂ©duire une partenaire ou un partenaire afin de crĂ©er un couple, procrĂ©er. Ou si, « bien-sĂ»r Â», la sexualitĂ© est perçue comme une activitĂ© amorale ou proscrite.

 

Au dĂ©part, je voulais appeler cet article La femme dans l’homme. En m’inspirant un peu de la rĂ©ponse de l’artiste Catherine Lara Ă  cette question qui lui avait Ă©tĂ© posĂ©e il y a plusieurs annĂ©es :

 

« Que regardez-vous en premier chez un homme ? Â».

RĂ©ponse de Catherine Lara : «  Sa femme Â».

Paris, dimanche 13 février 2022, Bd Raspail.

 

 Puis, je me suis dit qu’un titre pareil- La femme dans l’homme- Ă©tait un petit peu trop vieux jeu. Ou que cela ferait « trop » typĂ© hĂ©tĂ©ro. Puisqu’aujourd’hui, on parle plus facilement de relations amoureuses entre deux personnes du mĂȘme sexe, mais aussi d’un autre « genre Â». J’ai appris rĂ©cemment que le terme « cisgenre Â» est un terme qui serait moins discriminant Ă  employer afin d’éviter d’exclure toutes les personnes qui sont extĂ©rieures ou Ă©trangĂšres aux normes hĂ©tĂ©rosexuelles standards.

 

Pourtant, malgrĂ© mes « efforts Â», cet article apparaĂźtra encore trop normĂ© et trop guindĂ© pour certaines Valentine et certains Valentin. Mais, au moins, aurais-je essayĂ© d’aborder ce sujet de l’Amour avec mes propres pensĂ©es et sincĂ©ritĂ©. Sans me contenter de rĂ©citer.

 

Bonne Saint Valentin !

 

Franck Unimon, ce dimanche 13 février 2022.

 

 

 

Catégories
Pour les Poissons Rouges

Les zozos

Paris, Place de la Concorde, le 28 ou le 29 novembre 2021.

 Les Zozos

 

Les micros et les images sont devenus, ou restés, nos idoles.

 

Des zozos,  Ă©chappĂ©s des zoos de nos pensĂ©es ou de sables oubliĂ©s, s’accaparent les micros et les images autour desquels nous danserons comme dans un bal.

 

Les zozos frĂ©quentent les plateaux de tĂ©lĂ© et les endroits rĂ©servĂ©s aux privilĂ©giĂ©s oĂč l’on s’exprime. On y mange bien. On s’y maquille ou on les maquille. On y fait des rencontres. On leur ouvre les portes. On leur Ă©crit certaines fois leurs discours, leurs interventions ou leurs articles. On les coache et les conseille. On les Ă©pouse. On  est content de les reconnaĂźtre et de leur dire tout le bien que l’on pense d’elles et d’eux. Ils et elles font ensuite leur numĂ©ro devant d’autres invitĂ©s trĂšs sĂ©lectionnĂ©s. Des spectateurs les Ă©coutent et les regardent avec une trĂšs grande Ă©coute et un plus haut soin. Ecoute et soin que ces spectateurs sont peut-ĂȘtre incapables d’attribuer Ă  leur propre vie comme Ă  leurs proches.

 

Les zozos ont un pouvoir de dĂ©tournement de fond la pensĂ©e, de l’attention et de la crĂ©ativitĂ© extraordinaires !

 

Le second bal :

 

Le second bal est d’une si grande banalitĂ© qu’il semble arrimĂ© Ă  la perpĂ©tuitĂ©.

Depuis quelques jours, le froid git de plus en plus dans nos viscÚres et dans nos os. Ce matin, sur mon vélo, aprÚs le travail, il devait faire quelques degrés au dessus de zéro.

 

« DĂ©construire Â», « Changer les codes Â», « changer de logarithme Â»,  sont les formules ou les nouveaux habitants rĂ©guliĂšrement convoquĂ©s et admis. LĂ  oĂč ça « compte Â» :

 

LĂ  oĂč «  ça se sait Â», lĂ  oĂč cela « s’entend Â» et se « voit Â» que l’on pense et agit. Si cela ne se « sait Â» pas, ne « s’entend Â» pas ou ne « se voit Â» pas, c’est que cela n’existe pas. C’est la rĂšgle absolue de notre bal ordinaire et quotidien.

 

Eux, on ne les voit pas et on ne les entend pas, les Tony Allen de la construction. Dans ces moments-lĂ , on ne leur demande pas s’ils s’appellent Xavier-Pavel, Krishna-GĂ©rald, Mamadou-Anne, Eric-Mustapha, Paolo-ValĂ©rie, Emmanuel-Joao. S’ils ont cinq femmes, chacun. S’ils sont musulmans, athĂ©es, bouddhistes, vĂ©gĂ©tariens, carnivores, chrĂ©tiens ou superstitieux. S’ils Ă©coutent du Rap, du Fado, de la musique congolaise ou de la musique classique. S’ils savent lire et Ă©crire. Si leurs enfants sont dans de bonnes Ă©coles. Et s’ils comprennent quand on leur parle. S’ils fument du cannabis ou boivent de l’alcool. S’ils sont transgenres, homos ou queer. S’ils contactent des cam-girls ou des cam-boys. S’ils jouent Ă  la play-station. S’ils sont en rĂšgle.

 

Ils travaillent.

 

Et, nous, nous passons ou partons au travail.

 

Ensuite, quand leur travail sera terminĂ©, leur prochaine mission sera de laisser la place aux touristes, Ă  de nouveaux habitants, Ă  des usagers, aux consommateurs et Ă  des orateurs qui parleront de grandeur ou, au contraire, de dĂ©cadence en pensant Ă  De Gaulle. Un homme qui, il y a plus d’un demi siĂšcle a Ă  la fois contribuĂ© Ă  dĂ©livrer la France mais a aussi interdit Ă  des arabes et Ă  des noirs- qui s’étaient battus pour la France- de dĂ©filer sur les Champs ElysĂ©es pour fĂȘter la libĂ©ration.

 

Mais cela ne change rien au fait que, eux lĂ , qui travaillent maintenant prĂšs des Champs ElysĂ©es,  rĂ©apparaitront plus tard. Quel que soit le numĂ©ro de la vague de la pandĂ©mie. Dans un autre chantier, un fait divers, une citĂ© ou sur un Ă©chiquier Ă©lectoral. Et ainsi de suite.

Paris, Place de la Concorde, le 28 ou le 29 novembre 2021.

 

Franck Unimon, mercredi 1er décembre 2021.