Photo©Franck.Unimon. Lorient, prÚs du port de Keroman, juillet 2025.
Etre gentil
Au dĂ©but de cet Ă©tĂ©, Nonrien , une ancienne collĂšgue et amie qui a longtemps travaillĂ© dans la finance mâa un petit peu mis au dĂ©fi dâĂ©crire sur la gentillesse. CâĂ©tait sur le « rĂ©seau social » Facebook qui, dĂ©sormais, sâappelle Meta quelque chose et qui est, avec les annĂ©es, devenu une sorte de maison de retraite pour les vieux qui continuent de sâexprimer Ă propos de sujets toujours trĂšs importants pour eux sur les rĂ©seaux sociaux.
Les rĂ©seaux sociaux sont beaucoup devenus Ă notre existence ce quâun pace-maker peut ĂȘtre au cĆur. Cela nous anime. Cela nous permet de continuer de croire que nous sommes toujours jeunes, dynamiques, attractifs, originaux et dans le coup.
Ce qui, pendant ce temps, arrange bien par exemple le train de vie du PDG de Facebook, Mark Zuckerberg. Lequel a tout fait ou fait beaucoup comme dâautres pour pouvoir ronronner au plus prĂšs de Donald Trump, réélu PrĂ©sident des Etats-Unis il y a quelques mois.
Si Mark Zuckerberg est plus jeune que moi (il doit avoir la quarantaine), le Président Donald Trump est bien plus ùgé que moi avec ses plus de soixante dix ans.
Mais quel que soit leur ùge véritable, ce ne sont pas des gentils.
On peut bien sûr beaucoup les décrier moralement.
Photo©Franck.Unimon
Cependant, afin dâĂȘtre le plus exact ou le plus « juste » possible, il faudrait aussi accepter de les dĂ©crire comme des meneurs, des dĂ©cisionnaires, des autocrates, des entrepreneurs, des combattants, des survivants, des personnes qui ont changĂ© et changent le Monde, des modĂšles, des personnes qui ont rĂ©ussi ou qui rĂ©ussissent.
Ce sont aussi des milliardaires et, on lâa compris, des ĂȘtres de Pouvoir qui sont courtisĂ©s, admirĂ©s, haĂŻs et craints.
Moi, si je devais me comparer Ă eux deux pour commencer, jâaurais plutĂŽt lâimpression de me dĂ©placer en tuk-tuk dans la gĂ©henne. Car je fais plutĂŽt partie des vieux ou des plus en plus vieux, les plus nombreux, qui sont toujours restĂ©s hors des cercles oĂč se trouvent un Donald Trump ou un Mark Zuckerberg sauf pour y ĂȘtre pigeonnĂ© ou siphonnĂ©.
Il est des personnalitĂ©s a priori plus « sympathiques » qui ont rĂ©ussi et qui ne sont pas, non, plus, des gentilles personnes. Je me rappelle de lâancien Footballeur professionnel Olivier Dacourt, relatant que, de son point de vue, parmi tous les Footballeurs français professionnels qui avaient rĂ©ussi, il voyait uniquement Robert Pires. Evoquant ensuite (avec respect et une mĂȘme admiration) dâautres Footballeurs professionnels, il a ajoutĂ© ceci :
« Zidane, câest pas un gentil. Thierry Henry, câest pas un gentil. Makelele, câest pas un gentil ».
La gentillesse ou le seul fait dâĂȘtre gentil ou dâavoir « du mĂ©rite » est donc, en pratique, incompatible avec le fait de « rĂ©ussir ».
Quéven, juillet 2025. Photo©Franck.Unimon
Or, en plus d’ĂȘtre de plus en plus vieux, je suis un gentil. Donc, un gogo, donc une proie, donc un imbĂ©cile, donc, un crĂ©dule, donc une victime potentiel(le) ou accompli(e) chaque fois que jâai eu Ă rencontrer dans ma vie des personnes qui, de prĂšs ou de loin, ont pu ou peuvent faire « leur » Mark Zuckerberg ou « leur » Donald Trump. Ou leur Zidane. Ou leur Thierry Henry. Ou leur Claude Makelele.
Et ce ne sera pas trĂšs diffĂ©rent si jâadjoins Ă ces exemples des noms de femmes qui ont « rĂ©ussi ».
La « gentillesse » ou le fait dâĂȘtre gentil, de maniĂšre isolĂ©e, ne semble pas garantir la rĂ©ussite, quelle quâelle soit, dans la vie.
« Elle ( ou il) va réussir dans la vie car elle ( ou il) est trÚs gentil (le) ». Ceci est un conte de fées.
Le genre de la gentillesse
Lorsque Nonrien mâa un peu provoquĂ© pour cet article, il sâagissait dâun jeu entre elle, une femme dâacabit fĂ©ministe, et moi, un mĂąle, afin que je mâexpose un peu concernant le sujet de la gentillesse qui fait ou ferait beaucoup dĂ©faut aux hommes dans une sociĂ©tĂ© et dans un monde oĂč, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la femme ou le genre fĂ©minin, est souvent malmenĂ©, violĂ© ou massacrĂ© par le genre masculin, les mecs, les hommes, les gars, les machos, les virilistes, les violeurs, les Metoo , les abuseurs, les harceleurs, les pervers narcissiques, les tueurs en sĂ©rie mais aussi les incestueux. Ou, plus « simplement », les militaires, les extrĂ©mistes religieux et les milices dans les pays, les rĂ©gions ou les guerres oĂč ils pratiquent leurs violences et tiennent leurs laboratoires de souffrances en tout genres.
Ou pour employer le terme : par les multiples agents, reprĂ©sentants, enseignants, diplomates et acteurs du Patriarcat . Jâai employĂ© et Ă©crit le terme une fois dans lâarticle et je ne le rĂ©pĂšterai pas. Car jâestime que jâai fait mon devoir lexical Ă©tant donnĂ© que le mot « Patriarcat  » ( cela fera finalement deux fois) est employĂ© dans tout article, Ă©crit ou discours qui a une certaine volontĂ© ou intention fĂ©ministe. MĂȘme si je ne me dĂ©clare pas particuliĂšrement fĂ©ministe. En fait, j’attends de voir qui j’ai en face de moi avant d’ĂȘtre plus ou moins fĂ©ministe.
Il arrive que des femmes soient d’emblĂ©e ou rapidement tellement agressives socialement, verbalement, qu’elles ne me donnent pas du tout envie d’ĂȘtre « gentil » mais plutĂŽt de prendre mes distances. Je pense en particulier Ă deux ou trois collĂšgues, heureusement minoritaires, que j’ai pu rencontrer ou peux rencontrer. Je repense aussi Ă cette femme, comĂ©dienne, fille d’attachĂ©e de presse, qui m’avait plutĂŽt prise de (trĂšs) haut aprĂšs ĂȘtre arrivĂ©e en retard au cimetiĂšre Ă l’enterrement du rĂ©alisateur qui lui avait donnĂ© le premier rĂŽle d’un de ses derniers films.
Je ne crois pas que ce soit le chagrin qui lui avait inspirĂ© une telle attitude. Mais plutĂŽt le fait que j’Ă©tais un moins que rien. MĂȘme pas journaliste Ă TĂ©lĂ©rama . MĂȘme pas Mark Zuckerberg. Mais seulement un blogueur inconnu dont le nom du blog Ă©tait lui-mĂȘme tout autant inconnu et qui Ă©tait venu la saluer avec le sourire comme il la rencontrait pour la premiĂšre fois. Un homme qui, sur la demande de sa mĂšre, avait pris le temps quelques annĂ©es plus tĂŽt de lire le scĂ©nario du projet de son premier court-mĂ©trage afin de donner son avis en tant que journaliste cinĂ©ma.
MalgrĂ© les Ă©vidents manques de savoir-vivre de ces quelques personnes fĂ©minines et peut-ĂȘtre fĂ©ministes, par contre, je dois faire avec les chiffres, les statistiques et les informations que j’ai ou reçois :
Les agresseurs de la gente fĂ©minine, mais aussi dans le monde, sont en grande majoritĂ© des hommes tant dans la sociĂ©tĂ© civile que dans la sociĂ©tĂ© religieuse et militaire. Et, moi, je fais partie des « zomes ». Cette zone de l’humanitĂ©, qui appartient au genre masculin, la plus agressive et la plus meurtriĂšre sur Terre.
Photo©Franck.Unimon
Je ne crois pas pour autant que les femmes soient spĂ©cifiquement plus gentilles que les hommes. Ou quâune femme est obligatoirement plus gentille ou plus indulgente quâun homme. Renaud l’avait affirmĂ© Ă une Ă©poque dans sa chanson Miss Maggie et il est peut-ĂȘtre devenu ( plus) alcoolique Ă la suite de ça.
JusquâĂ maintenant, jâai seulement citĂ© deux hommes, Zuckerberg et Trump et quelques footbaleurs professionnels. Mais on peut ĂȘtre gentil et avoir un peu dâhumour. Et jâaime dire en chuchotant, pour faire un clin dâĆil tant Ă la politique actuelle en France quâĂ un ancien film du rĂ©alisateur Etienne Chatilliez :
« Je crois que Dati (Rachida) est mĂ©chanteâŠ. ».
On saura me rappeler que dans un milieu masculiniste, trĂšs conservateur, compĂ©titif, trĂšs exclusif, trĂšs raciste ne serait-ce que socialement et trĂšs violent (comme celui de la politique) quâĂȘtre une femme revient presque Ă porter un bandeau sur les yeux dans un terrain minĂ© et lardĂ© de crevasses en se promenant en petite culottes avec un wonderbra. Et encore plus quand on est une femme dâorigine arabe et de condition sociale modeste au dĂ©part alors que lâon sâappelle Rachida, un prĂ©nom impossible Ă confondre avec ValĂ©rie, Nathalie, Mathilde, SĂ©golĂšne, Simone, Edith, Marine, Marion, Nadine, Aurore, Sandrine….
Aussi, Ă sa façon, Rachida Dati incarne un peu depuis plusieurs annĂ©es un modĂšle de rĂ©ussite et de survie dans cet environnement politique. Et jâen conviendrai facilement. Car, de toutes les femmes nommĂ©es Ministres par Nicolas Sarkozy lors de sa PrĂ©sidence unique, Rachida Dati est la seule Ă sâen ĂȘtre aussi bien sortie. Peut-ĂȘtre que Rachida Dati devrait donc ĂȘtre la future Marianne de France. MĂȘme si je ne voterais pas pour elle tant ses excĂšs nĂ©cessitent selon moi qu’elle soit jugĂ©e ou freinĂ©e un jour ou l’autre. MĂȘme si, Ă mon avis, du fait de ses hautes Ă©tudes, et de ses habilitĂ©s personnelles hors-normes ne serait-ce qu’en matiĂšre de sĂ©duction sociale, Rachida Dati sait trĂšs bien se placer. Elle sait trĂšs bien avec qui s’allier, qui rencontrer. Et qu’elle n’a rien Ă voir avec moi, l’espĂšce de gentil, dans ces domaines. Jamais, nous n’aurions Ă©tĂ© amis ou alors je lui aurais plutĂŽt servi.
Mais, jâaime me rappeler sa performance qui avait consistĂ© Ă faire reculer François Fillon alors que celui-ci, encore Premier Ministre de Nicolas Sarkozy, avait commencĂ© Ă envisager de rĂ©cupĂ©rer la mairie du 7Ăšme arrondissement dont elle Ă©tait devenue la maire depuis 2008. J’avais beaucoup aimĂ© que Rachida Dati fasse comprendre Ă François Fillon- qui s’Ă©tait trouvĂ© quelques affinitĂ©s avec Marine Le Pen- que l’on pouvait s’appeler Rachida et rester maire du 7Ăšme arrondissement de Paris. Je me suis rĂ©guliĂšrement demandĂ©, aussi, comment Dati avait pu cohabiter au moins avec un Ministre influent comme Brice Hortefeux, plutĂŽt raciste vieille France.
Dâautre part, je ne me suis jamais senti proche de Rama Yade, nommĂ©e Ministre par Nicolas Sarkozy en mĂȘme temps que Rachida Dati, mĂȘme lorsque celle-ci avait voulu jouer la carte de la victime du fait de sa couleur de peau (noire comme la mienne). Ou lorsquâelle avait voulu faire croire quâelle Ă©tait proche du peuple en tentant de sâinstaller politiquement en banlieue parisienne dans le 92..
Si je parle autant de figures politiques, câest peut-ĂȘtre parce-que le sujet de la gentillesse/le fait dâĂȘtre gentil est finalement trĂšs trĂšs politique. Mais il sâagit de la politique du quotidien et de la vie de tous les jours.
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Quâest-ce que ça veut dire, ĂȘtre gentil ?
Dans son livre, Red Flags en amour ( Petit guide pour esquiver les relations toxiques), que jâai lu en une heure durant mes vacances Ă la mĂ©diathĂšque Les Sources de QuĂ©ven ( dans le Morbihan), Anne Latuille raconte avoir rencontrĂ© un homme qui, au dĂ©but de leur relation, lui avait affirmĂ© avoir « une grande ( ou une trĂšs grande) intelligence Ă©motionnelle ».
Puis, assez rapidement, le Monsieur ne sâĂ©tait pas montrĂ© Ă la hauteur de ses dĂ©clarations.
Je ne mâexprime pas ici comme une personne douĂ©e dâune grande intelligence Ă©motionnelle. Je ne mâexprime pas non plus comme fĂ©ministe. Jâai mĂȘme tendance Ă ĂȘtre trĂšs rĂ©servĂ© voire trĂšs critique envers les hommes (cĂ©lĂ©britĂ©s ou non) qui sâaffichent comme fĂ©ministes comme si cela allait de soi. Comme si cela Ă©tait si Ă©vident et si facile que cela dâĂȘtre fĂ©ministe. Comme sâil Ă©tait si facile que ça dâĂȘtre dĂ©pourvu de prĂ©jugĂ©s et dâĂȘtre parfait et ouvert Ă tout en toutes circonstances en somme.
Comme si une entente harmonieuse et Ă©quitable Ă©tait toujours instantanĂ©e et facile dĂšs lors que lâon rencontrait ou que lâon vivait avec quelquâun dâautre, femme ou homme, quelle que soit son origine sociale, culturelle, Ă©conomique, sa couleur de peau, son ou ses orientations politiques, sexuelles, religieuses ou autres.
En affirmant que je suis un gentil, je ne prĂ©tends donc pas ĂȘtre ouvert Ă tout. Je ne prĂ©tends pas tout comprendre. Je ne prĂ©tends pas tout accepter. Je ne prĂ©tends pas ĂȘtre « cool ». Je ne prĂ©tends pas ĂȘtre toujours patient. Je ne prĂ©tends pas avoir tout bon en toutes circonstances.
En disant que je suis un gentil, je raconte quâil mâest arrivĂ©, quâil mâarrive et quâil mâarrivera de rendre des services que lâon ne mâa jamais rendus ou que lâon ne me rendra jamais. Soit parce-que la personne ou les personnes- ou les institutions- Ă qui jâai ou jâaurais rendu ces services nâen nâest pas/ nâen sont pas capables. Soit parce-que cette personne ou ces personnes- ou ces institutions- nâen nâa jamais ou nâen nâont jamais eu lâintention. Soit, parce-que, pour ma part, je nâattendais rien de semblable en retour de cette personne ou de ces personnes ou de ces institutions mais aussi parce-que je nâaime pas forcĂ©ment demander que lâon me rende service. Voire, je peux me sentir contraint en demandant ce service. Et je peux prĂ©fĂ©rer trouver tout seul ou autrement la solution.
Je raconte quâil mâest arrivĂ©, quâil mâarrive et quâil mâarrivera de me prĂ©occuper pour quelquâun dâautre sans que cette personne ne me le demande. Et que je suis capable de faire savoir Ă cette personne que je pense Ă elle mais aussi lui rappeler que je peux me rendre prĂ©sent si elle en a besoin dans la mesure de mes moyens.
Je raconte donc que je peux me mettre au service de quelquâun dâautre. Et que ce nâest pas une formule pour faire joli. Ou pour faire bien. Ou pour faire « genre ».
Je raconte aussi quâil mâest arrivĂ©, quâil mâarrive et quâil mâarrivera plutĂŽt rĂ©guliĂšrement de prendre sur moi. Dâaccepter certains travers dâautres personnes qui ne sont pas vraiment acceptables et qui amĂšneraient rapidement des conflits voire des pugilats avec un tempĂ©rament plus impulsif ou plus explosif que le mien.
Je raconte que je fais de mon mieux afin dâĂȘtre diplomate mĂȘme pour « recadrer » une personne plutĂŽt que de lui sauter Ă la gueule. Ce qui nous amĂšne au chapitre suivant.
Photo©Franck.Unimon
La personne gentille ne donne pas de coups :
Dans un fim dont jâai oubliĂ© le titre, lâactrice Jeanne Balibar interprĂšte une cĂ©lĂ©britĂ© radiophonique, je crois, dont la personnalitĂ© est telle quâil lui est dit :
« Vous avez pris des coups mais vous en avez donné, aussi ».
Dans ce film, au début, Jeanne Balibar enferme celle dont elle est amoureuse. Par jalousie. Mais aussi parce que celle-ci lui échappe.
Dans Dogville rĂ©alisĂ© par Lars Von Trier en 2003, on peut dire que le personnage interprĂ©tĂ© par Nicole Kidman est une gentille au dĂ©but du film. On peut dire quâelle, elle en prend des coups, au dĂ©but du film. Sa gentillesse, sa docilitĂ©, sa disponibilitĂ©, sa patience et son besoin dâĂȘtre acceptĂ©e et aimĂ©e, semblent stimuler et dĂ©cupler chez les habitants de Dogville des variations de violence qui ne demandaient quâà « sortir ». Et sa gentillesse, sa disponibilitĂ© mais aussi sa nouveautĂ© voire sa fraicheur ou sa candeur sont comme des permissions quââelle leur donne pour cela.
On peut trouver des similitudes avec le rĂŽle que tient Nicole Kidman dans Babygirl rĂ©alisĂ© en 2024 par Halina Reijn mais aussi dans son rĂŽle avant cela dans Paper Boy rĂ©alisĂ© par Lee Daniels en 2012. A chaque fois, le personnage jouĂ© par Nicole Kidman sâoffre Ă la prĂ©dation de lâautre et peut mĂȘme y trouver une forme de sentiment dâexistence ou, voire, d’excitation et de jouissance. Mais aucun des films ne se termine de la mĂȘme maniĂšre pour elle.
On peut rappeler lâĂąge de Nicole Kidman pour chacun de ces films car je crois que les diverses expĂ©riences personnelles acquises par Nicole Kidman peuvent aussi expliquer le choix de ces rĂŽles.
Nicole Kidman, nĂ©e en 1967, avait 36 ans pour Dogville . Elle nâĂ©tait donc pas si jeune que ça. Mais le cinĂ©ma a souvent pour lui de nous faire rĂ©gresser et de nous donner lâillusion « de ». Et câest dâailleurs pour cela que lâon sây croit et que lâon y retourne. Comme certaines histoires d’Amour mais aussi certaines rencontres et certaines amitiĂ©s.
Nicole Kidman avait donc 45 ans pour Paper Boy et 57 ans pour Babygirl . Femme apparemment cĂ©libataire et sans enfant dans Dogville , elle interprĂšte une femme qui en dĂ©jĂ a vu et a eu une vie prĂ©alable dans Paper Boy . Une sorte de Thelma sans Louise qui rĂ©siste Ă lâamour que lui porte le trĂšs jeune Zac Efron. Et qui reste loyalement amoureuse dâun taulard.
Dans Babygirl , Nicole Kidman est une femme et une mĂšre mariĂ©e Ă lâacteur Antonio Banderas. Une femme que la journaliste LĂ©a SalamĂ© qualifierait sĂ»rement de « femme puissante » puisque dans une sociĂ©tĂ© de New York, elle occupe un poste de direction important quoique convoitĂ© au moins par un de ses collĂšgues masculins. A moins que ce ne soit plutĂŽt elle, en tant que femme et objet sexuel, que ce collĂšgue mariĂ© plutĂŽt quinquagĂ©naire ne convoite et ne dĂ©sire tout autant.
Puisque la sexualitĂ© est souvent associĂ©e au milieu du Pouvoir. Actuellement, le PrĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump sâapplique Ă se dĂ©marquer autant que possible de Jeffrey Epstein, « poursuivi pour corruption et trafic sexuel de dizaines de mineures puis retrouvĂ© suicidĂ© dans sa cellule, le 10 aout 2019 » . Alors quâune vidĂ©o « de 1992 les montre en train de danser entourĂ©s de femmes jeunes Ă Mar-a-Lago, dans le club privĂ© de Trump, oĂč Epstein a mĂȘme rencontrĂ© Virginia Giuffre, embauchĂ©e pour des massages Ă lâĂąge de 17 ans, avant de devenir lâune de ses principales accusatrices. Elle sâest suicidĂ©e en avril dernier » ( extrait de lâarticle Trump : « Jeffrey dans le dos et chaud aux fesses » en premiĂšre page du journal Le Canard EnchaĂźnĂ© numĂ©ro 5464 de ce mercredi 30 juillet 2025 Accord bancal entre lâEurope et les Etats-Unis. AprĂšs le golf, Trump joue au racket ).
Et Rachida Dati, pour parler Ă nouveau dâelle, avait dĂ©clarĂ© avant la naissance de sa fille Zohra que sa vie sentimentale (et sexuelle ?) Ă©tait « un peu compliquĂ©e ». Pour expliquer la difficultĂ© pour elle de parler du pĂšre. Par la suite, « nous » avions appris que sa fille est ou serait la fille dâun chef dâentreprise si je ne me trompe. En tout cas dâun homme qui a « rĂ©ussi ».
Les dizaines de mineures abusées par Epstein et ses amis ( femmes incluses) ont sans doute rendu peu de coups à leurs agresseurs. Ou alors avec un certain délai de retard.
Ceci est une constante.
Dans le film Mystic River rĂ©alisĂ© par Clint Eastwood Ă©galement en 2003 ( comme Dogville ! ) dâaprĂšs le livre de Dennis Lehane, lâenfant qui sera reprĂ©sentĂ© adulte par lâacteur Tim Robbins est choisi par deux hommes pĂ©dophiles ( dont lâun porte une alliance catholique si je me rappelle bien) car ceux-ci Ă©valuent que lâenfant qui sera ensuite interprĂ©tĂ© adulte par Sean Penn est une forte tĂȘte et va se dĂ©fendre. Tandis que lâautre enfant, interprĂ©tĂ© adulte par Kevin Beacon est estimĂ© trop malin par les deux hommes. Je prĂ©cise que lors de cette rencontre, les trois gamins ont une dizaine dâannĂ©es, sont copains dâenfance et sont en train de jouer dehors lorsque que ces deux hommes en voiture arrivent.
Lâenfant interprĂ©tĂ© adulte par Tim Robbins sera violĂ© et aussi assassinĂ© deux fois. Voire trois fois si lâon prend en compte lâĂ©tat de dĂ©pression du fils de Tim Robbins Ă la fin du film lors du carnaval.
La personne gentille ou vue comme gentille peut ĂȘtre rapidement identifiable comme « prenable » tel le sac Ă la main ou la canne de la petite vieille ou du petit vieux qui marche difficilement Ă quelques mĂštres devant nous et qui semble dĂ©jĂ prĂȘt pour le dernier coup de grĂące. A premiĂšre vue, il n’y a qu’Ă se servir. Il devrait y avoir trĂšs peu d’efforts Ă fournir. Ce devrait ĂȘtre trĂšs vite terminĂ© au bout de quelques secondes.
La dĂ©nomination, le terme « Tu es gentil » ou « tu es gentille » est donc Ă double tranchant pour celle ou celui Ă qui cela sâadresse. Et il vaut mieux, pour elle ou lui, qu’en dĂ©pit de ses apparences de « gentil » ou de « gentille », qu’elle ou qu’il dispose de certaines provisions intĂ©rieures d’agressivitĂ© et de combattivitĂ© qu’elle/qu’il pourra utiliser rapidement et massivement si cela devient nĂ©cessaire.
Afin de noircir encore un peu le tableau car je m’aperçois que tous mes exemples, mĂȘme s’ils sont « bons », sont blancs et plutĂŽt occidentaux, on n’a jamais dit de :
Malcolm X, Frantz Fanon, Martin Luther King, Miles Davis, AimĂ© CĂ©saire, Nelson Mandela, Angela Davis, Bob Marley, Fela, James Brown, Aretha Franklin, Chester Himes, James Baldwin, Desmond Tutu, Toni Morrisson, Denzel Washington, RaphaĂ«l Confiant, Patrick Chamoiseau, Maryse CondĂ©, Mohamed Ali ou Barack Obama qu’ils Ă©taient ou sont gentils. On les a acceptĂ©s, on les accepte, on les admire ou craints tels qu’ils Ă©taient ou sont.
La personne gentille court le risque d’ĂȘtre certaines fois perçue comme inoffensive. De pouvoir ĂȘtre domestiquĂ©e. C’est celle dont on peut penser qu’il est possible de caresser la tĂȘte comme un gentil toutou, qui s’excuse d’ĂȘtre lĂ et prie d’ĂȘtre acceptĂ©e, tolĂ©rĂ©e.
Le contraire du mot « gentil », ce n’est peut-ĂȘtre pas d’ĂȘtre « mĂ©chant » finalement, mais, plutĂŽt, d’ĂȘtre « sauvage », « d’ĂȘtre rock and roll »,  » s’affirmer », « vibrer »,  » ĂȘtre imprĂ©visible », « violent », « dĂ©terminant », « libre »,  » sans limites », « ĂȘtre instinctif », « ĂȘtre dans l’instant prĂ©sent »…
Dans les films oĂč il joue, personne n’a envie de prendre le risque de caresser la tĂȘte de l’acteur noir Samuel Jackson comme s’il Ă©tait un petit chien pĂ©kinois. Et ce sera pareil pour l’acteur Denzel Washington. En France, les acteurs noirs et non-blancs doivent plutĂŽt « montrer patte blanche » et rester frĂ©quentables. Ils doivent ou il vaut mieux qu’ils passent par la comĂ©die, la gentillesse. Autrement, cela choquerait beaucoup trop. L’Ă©quivalent du film Cet Out de l’amĂ©ricain Jordan Peele serait beaucoup trop violent en France, dans le pays des « Droits de l’Homme » ou seul le Rassemblement National et les figures politiques- et certaines personnalitĂ©s mĂ©diatiques- qui s’inspirent de ses idĂ©es ont « le droit » de marteler des propos agressifs, violents et racistes au moins envers les Ă©trangers qui doivent se montrer reconnaissants d’ĂȘtre gĂ©nĂ©reusement accueillis sur le sol français. MĂȘme s’ils ont beaucoup souffert pour arriver lĂ et qu’ils continuent de trimer pour s’en sortir.
Pour ma part, il est vrai quâen tant que gentil, je peux retenir certains de mes coups ou de mes remarques. Et ce que je viens d’Ă©crire depuis « Afin de noircir encore un peu le tableau car je m’aperçois que … » le confirme. Toute cette partie vient de sortir alors que je cela fait dĂ©jĂ plusieurs heures que je suis sur cet article.
C’est l’oeuvre du refoulĂ© chez le gentil. Et, dans certaines situations, cela mâa dĂ©savantagĂ©. Certains de ces dĂ©savantages ont pu ĂȘtre rattrapĂ©s ou contournĂ©s. Dâautres fois, ce refoulĂ© a guidĂ© mes pas et m’a en quelque sorte fait prendre le dĂ©part d’un cent mĂštres Ă l’envers. Pendant que d’autres se rapprochaient de la ligne d’arrivĂ©e, moi, je m’en Ă©loignais. J’ai Ă©tĂ© jeune. Cela peut ĂȘtre violent de se prendre ce genre de constat dans la tĂȘte. Et, pourtant, je suis beaucoup moins Ă plaindre que d’autres d’autant que ma vie, en principe, n’est pas encore terminĂ©e.
Photo©Franck.Unimon
Essai dâintrospection dâune personne gentille
Je crois que la personne gentille se trouve à un moment donné dans une course, une compétition ou dans un combat dont elle prend conscience aprÚs les autres. Ou bien aprÚs les autres.
La personne gentille nâest pas nĂ©cessairement une personne faible, peureuse, idiote ou tout le temps faible et peureuse. Ce peut ĂȘtre une personne optimiste, naĂŻve, pleine de bonnes intentions, un peu ou assez idĂ©aliste, qui croit que les choses peuvent se faire et sâajuster tranquillement sans quâil soit toujours nĂ©cessaire de se confronter ou de combattre alors quâen face, ses interlocuteurs et interlocutrices sont dans dâautres dispositions et font acte dâune moindre bienveillance Ă son Ă©gard. Ce peut ĂȘtre une personne qui a une mauvaise connaissance de lâenvironnement oĂč elle se trouve ou une mauvaise perception des personnes ( et de leurs rĂ©elles intentions) quâelle rencontre ou frĂ©quente. Elle se croit ou se persuade d’ĂȘtre sur la terre ferme alors qu’elle Ă©volue sur des sables mouvants.
Mais il existe dâautres paramĂštres pour expliquer ce dĂ©calage entre la personne gentille et la situation quâil rencontre.
« Tu es trop bienveillant⊠».
Je me rappelle encore ( je l’ai dĂ©jĂ Ă©voquĂ© dans un autre article) de cette remarque que mâa faite plutĂŽt gentiment, de maniĂšre Ă©ducative, LĂ©o Tamaki, Maitre en AĂŻkido, alors quâau Japon, lâannĂ©e derniĂšre, en juillet, lors du Masters Tour quâil organise chaque annĂ©e, lui et moi venions de faire ensemble un exercice dâopposition.
Pourquoi ai-je Ă©tĂ© aussi bienveillant ? Parce-que je nâĂ©tais pas sĂ»r dâavoir bien compris lâexercice. Parce-que je me trouvais « avec » ou « face » Ă LĂ©o Tamaki, un expert dans son domaine et organisateur qui plus est de ce Masters Tour.
Jâai trĂšs certainement fait montre Ă son Ă©gard de trop de politesse, de trop dâattentions. Et, en cela, jâai faussĂ© et diluĂ© lâexercice qui nâa rien apportĂ© dâautre que lâobservation que je pouvais et peux ĂȘtre trop bienveillant mais aussi trop poli ou trop soumis dĂšs lors que je voue Ă une personne une certaine admiration ou que jâai pour elle un respect dĂ©mesurĂ©.
Câest une attitude que lâon peut retrouver, aussi, lorsque lâon est amoureux dâune personne que lâon idĂ©alise ou que lâon met sur un piĂ©destal. Et avec laquelle on se refuse Ă ĂȘtre en conflit parce-que lâon croit que notre relation sera meilleure sans conflit. Ou que lâon va la gĂącher, voire la perdre, si lâon contredit lâautre. Alors que certains conflits, certaines contradictions, certaines remarques et dĂ©bats mesurĂ©s bien-sĂ»r sont nĂ©cessaires afin de mieux sâajuster.
Mais lorsque lâon est dans sa spirale de gentil, on lâest vraiment, comme pris dans un tourbillon. Et comme me l’a dit ma mĂšre, un jour :  » Lorsque l’on est gentil, on reste un gentil ».
Quelques minutes plus tard, avec Issei Tamaki cette fois, frĂšre de LĂ©o, jâai eu grosso modo la mĂȘme attitude. Mais cette fois, celui-ci, mâa demandĂ© :
« Tu réfléchis ? ».
ExtrĂȘme bienveillance ou excĂšs de prudence, docilitĂ©, manque de confiance en soi ou doutes quant Ă ses capacitĂ©s, peur ou crainte de faire ( du) mal ou de mal faire semblent faire partie des inhibiteurs personnels de la personne gentille qui s’imagine tellement brutale et les autres en face si vulnĂ©rables qu’elle peine ou rĂ©siste pour allonger le bras ou dire ce qu’elle a Ă dire.
Il mâest arrivĂ© de pratiquer un peu de boxe française. Un sport de combat que jâaime plutĂŽt bien. Et lorsquâen boxe anglaise ( ce qui nous arrivait lors du cours de boxe française), jâai pu toucher Ă la tĂȘte un partenaire, je me suis souvent senti mal Ă lâaise. Ce malaise avait Ă©tĂ© accentuĂ© lorsque ce partenaire Ă©tait une partenaire mĂȘme si celle-ci Ă©tait volontaire et particuliĂšrement combattive. Je savais que dans la tĂȘte se logeait un organe vital. Et porter un coup Ă cet endroit avec la possibilitĂ© de dĂ©truire ou blesser lâautre mâĂ©tait difficile Ă supporter.
Cette attitude constitue ou peut constituer un certain handicap pour la personne gentille, car ,pendant ce temps, ses agresseurs ou ses prédateurs (femmes comme hommes, dans la rue comme au travail ou dans la vie sociale ou conjugale) eux, peuvent en profiter.
Câest dans ces moments-lĂ que la personne offensive peut prendre un avantage ou un certain ascendant sur la personne gentille. La personne offensive « prend la confiance » ou sâhabitue Ă penser et Ă croire quâelle peut se permettre dâagir ou de parler comme elle le fait avec une personne « gentille ». Car la personne gentille ne dit rien ou ne montre pas de rĂ©action particuliĂšre. Et, comme on le dit :
«Qui ne dit mot, consent ».
Certaines personnes sâen convainquent trĂšs rapidement. Ou trĂšs facilement.
« Sâil ne dit rien, si elle ne dit rien, câest quâil ou quâelle accepte ». Ou, pire :
« Oui, elle/il a bien dit que mais mĂȘme sâil/si elle rĂąle un peu, ensuite, il/le fait quand mĂȘmeâŠ. ».
Câest de cette façon que certaines situations peuvent perdurer parce-que, dâun cĂŽtĂ©, il y a une personne qui accepte et endure, et, de lâautre cĂŽtĂ©, une personne (ou plusieurs) qui se servent ou sâimposent ou sont tout simplement dans leur confort personnel jusquâĂ un certain Ă©goĂŻsme voire dans la complaisance.
Le jeune dâenviron 18 ans que jâavais croisĂ© un jour alors que jâemmenais ma fille Ă lâĂ©cole maternelle ou Ă l’Ă©cole primaire avait sans doute une tĂȘte de gentil lorsque, quelques minutes plus tĂŽt, il sâĂ©tait fait agresser par plusieurs jeunes pour lui voler son tĂ©lĂ©phone portable. Sa mĂšre m’avait Ă©tĂ© reconnaissante pour avoir permis Ă son fils de l’appeler depuis mon tĂ©lĂ©phone portable pour la prĂ©venir.
Dans ce que ce jeune mâavait rĂ©pondu, jâavais compris que ces autres jeunes ( un peu plus ĂągĂ©s que lui) lâavaient repĂ©rĂ© dans le train. Il Ă©tait certes seul et eux, plusieurs, mais plutĂŽt que « gentil », jâen avais aussi dĂ©duit que la peur lâavait sĂ»rement empĂȘchĂ© dâĂ©chapper Ă ses agresseurs. Un homme ou une femme qui court vite ou qui se rĂ©fugie au bon endroit ou auprĂšs des « bonnes personnes » au bon moment a plus de chances dâĂ©chapper Ă ses Ă©ventuels agresseurs, mĂȘme si cet homme ou cette femme est une personne gentille par ailleurs.
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Mais pour cela, il faut dâabord que la victime potentielle perçoive rapidement le traquenard ainsi que les issues qui sont Ă sa portĂ©e lorsque cela est encore possible. Il y a peut-ĂȘtre aussi certaines prĂ©cautions Ă prendre afin dâaugmenter ses chances pour Ă©viter le traquenard.
Une de mes amies mâa appris quâelle avait enseignĂ© Ă ses filles de toujours se mettre dans le mĂ©tro ou dans le train, dans la voiture la plus proche du conducteur. Avec lâautomatisation des lignes de mĂ©tro, on peut se dire que cette recommandation deviendra plus difficile Ă suivre dans le temps mais les conseils pratiques de ce genre sont Ă mon avis trĂšs utiles.
Maitre Jean-Pierre Vignau ( plus de 75 ans) mâa dit un jour Ă lâissue dâun de ses cours :
« Je ne peux pas courir ». Il se dĂ©place en effet en boitant un peu du fait des sĂ©quelles dâune cascade en voiture quâil a faite il y a plusieurs annĂ©es et qui sâest mal terminĂ©e. Il avait entre-autres fait plusieurs infarctus.
En dĂ©pit de son caractĂšre, je trouve en Jean-Pierre Vignau ( voir ( Arts Martiaux) A Toute Ă©preuve : une interview de Maitre Jean-Pierre Vignau mais aussi les autres articles que j’ai pu Ă©crire inspirĂ©s par lui dans mon blog ) une grande gentillesse. Il est le seul Maitre dâArts martiaux que jâai rencontrĂ© Ă ce jour capable dâappeler tous ses Ă©lĂšves au tĂ©lĂ©phone soit pour les informer ou leur rappeler que les cours vont reprendre. Ou pour leur laisser un message tĂ©lĂ©phonique afin de leur dire quâil espĂšre quâils vont bien et que le principal, câest dâavoir la santĂ©.
Pourtant, en dĂ©pit de sa gentillesse, je sais que le ou les agresseurs qui se risquera/se risqueront un jour Ă seulement voir en lui un vieux papy qui claudique se rappelleront trĂšs douloureusement de leur erreur. Sâil reste ou restent suffisamment en bon Ă©tat.
Je ne dirais pas que Jean-Pierre Vignau est un mĂ©chant. Puisque jâai donnĂ© un exemple de sa grande gentillesse. Mais en cas dâagression physique, ou mĂȘme dâintention dâagression physique, je sais quâil aura le bagage comportemental mais aussi lâĂ©tat dâesprit adĂ©quat pour porter les coups lĂ oĂč il faut et quand il le faut. Tandis que la personne gentille, elle, va peut-ĂȘtre hĂ©siter ou trop hĂ©siter ou sâimaginer que, par la parole ou la diplomatie, on peut peut-ĂȘtre essayer de dĂ©samorcer la situation.
Par gentillesse ou par pragmatisme, Je ne peux toutefois pas donner raison Ă cent pour cent Ă une rĂ©action de dĂ©fense immĂ©diate ou instinctive. Quâelle soit physique ou verbale. Certaines personnes rĂ©agissent quand mĂȘme au quart de tour y compris lorsque ce nâest pas justifiĂ©. Le personnage de Joe Dalton dans la bande dessinĂ©e Lucky Luke en est une trĂšs bonne illustration.
Mais je ne peux pas non plus occulter ou oublier quâil est des circonstances oĂč jâaurais mieux fait de rĂ©agir tout de suite ou plus vite que je ne lâai fait ou ne le fais.
Mais tout le monde nâa pas le tempĂ©rament, la volontĂ© ou la facultĂ© de dĂ©marrer au quart de tour. Cela signifie-tâil donc que la personne gentille est lĂ pour servir de serpillĂšre ou de dĂ©fouloir ?
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Etre une personne gentille = ĂȘtre une personne non-violente et soumise ?
MĂȘme si je suis un gentil, je ne me vois pas comme une personne non violente ou non agressive.
Je suis capable de violence et dâagressivitĂ©. Et je sais en ĂȘtre capable. Je vais donner quelques exemples.
Je suis infirmier en psychiatrie et en pédopsychiatrie depuis plus de trente ans. Donc, je fais partie des soignants.
Quâest-ce quâun soignant, si ce nâest une personne qui aspire Ă sauver partiellement ou totalement les autres ? Et, Ă travers, eux, Ă se sauver toute ou partie lui-mĂȘme ?
Les patients et les familles de patients quâil rencontre sont des reflets ou peuvent ĂȘtre des reflets ou des bouts de lui-mĂȘme. Des bouts de questions, des bouts de rĂ©ponses. Des bouts dâĂ©chappatoires. Des bouts dâhistoires. Des bouts de solutions. Des bouts de vacarmes, aussi.
Un soignant est donc a priori une personne « gentille », « douce », « patiente », « pacifique », « tolérante » voire sacrificielle.
Dâautres personnes essaient, elles, de se sauver mais aussi de se pacifier au travers des Arts Martiaux. Dâautres, en faisant carriĂšre. En faisant beaucoup de fric. Dâautres, en obtenant plus de Pouvoir et plus de fric. Dâautres, en collectionnant les conquĂȘtes fĂ©minines et/ou masculines. Dâautres, en accumulant les expĂ©riences et les aventures en changeant dâemploi, de pays rĂ©guliĂšrement.
Dâautres, en faisant des enfants.
Certaines personnes cumulent tout cela dans le désordre.
Lâintention est dâessayer dâarriver quelque part. De faire quelque chose de soi, de son existence, dâobtenir une certaine valeur pour soi ou pour les autres et de vivre certains plaisirs, de faire des expĂ©riences que lâon espĂšre extraordinaires ou qui en valent la peine. Et qui valent la peine dâĂȘtre transmises.
Jâignorais Ă©videmment cela lorsque, Ă la fin de ma premiĂšre annĂ©e dâĂ©tudes dâinfirmier (jâallais avoir 19 ans), jâai « fait » mon premier stage dans un hĂŽpital de jour en psychiatrie adultes Ă Colombes. Je me suis donc retrouvĂ© en mĂȘme temps quâune de mes camarades de promotion avec beaucoup dâadultes. Des personnes plus ĂągĂ©es que moi. Des soignants ainsi que des patients. Je commençais Ă dĂ©couvrir la psychose. Pas celle dont on parle dans les mĂ©dias pour parler dâun tueur ou dâun violeur en sĂ©rie qui sĂšme la terreur dans une ville ou dans un village ou celle que lâon a peut-ĂȘtre Ă©voquĂ©e au moment de la pandĂ©mie du Covid et des confinements.
Je parle de la psychose au sens psychiatrique. Tous les patients prĂ©sents Ă©taient psychotiques. Parmi eux, un homme dâĂ peu prĂšs une trentaine dâannĂ©es qui, rĂ©guliĂšrement, alors que je faisais une partie de dames commentait. Il Ă©tait trĂšs fort. Il Ă©tait tellement fort que, lui, il ne bougeait jamais telle rangĂ©e de pions.
Cet homme avait besoin de dire et de rĂ©pĂ©ter. MĂȘme sâil Ă©tait un patient psychotique, limitĂ©, immature, et que son avenir dans la vie Ă©tait plutĂŽt triste, Il avait fini par mâulcĂ©rer.
Mais je nâavais rien dit. Je ne savais rien faire d’autre. Jâavais pris sur moi. Je n’avais mĂȘme pas pensĂ© Ă en parler au personnel soignant.
Je nâavais pas prĂ©vu au dĂ©part de jouer avec lui. Et, je nâavais rien contre le fait de perdre une partie de dames ou plusieurs. Jâavais dâailleurs perdu contre un autre patient plus ĂągĂ© deux fois de suite sans pouvoir rien faire. Et, la seule fois oĂč jâavais rĂ©ussi à « battre » aux dames ce patient plus ĂągĂ© ( environ la cinquantaine) câĂ©tait parce-que cet homme sâĂ©tait mis Ă penser Ă ses enfants comme il me lâavait dit au point de ne plus ĂȘtre dans la partie.
Puis, jâai oubliĂ© comment mais jâai jouĂ© aux dames avec ce patient qui mâavait vraiment bien « chauffĂ© ».
Je ne me suis jamais, je crois, montrĂ© sarcastique ou agressif avec ce patient. Mais je me rappelle que ma concentration Ă©tait, dĂšs le premier coup, Ă un sommet que je nâavais jamais connu. Et que lorsque je « mangeais » ses pions, jâĂ©prouvais une sorte de jouissance intĂ©rieure que je nâavais jamais ressentie auparavant- et que je nâai jamais ressentie depuis- lors dâune partie de dames tandis que, en face, le patient constatait, quelque peu Ă©tonnĂ©, sa dĂ©confiture.
MĂȘme si jâai « battu » ce patient dans les rĂšgles en restant calme et respectueux, je sais quâil y avait alors une quantitĂ© de violence et/ou dâagressivitĂ© importante qui s’Ă©tait amassĂ©e en moi lors de cette partie de dames.
Câest la mĂȘme violence et/ou agressivitĂ© que jâai ressentie quelques annĂ©es plus tard, durant mon service militaire dans le service de psychiatrie adulte Ă lâhĂŽpital BĂ©gin. Jâavais alors obtenu mon diplĂŽme dâEtat dâinfirmier et avais dĂ©cidĂ© de travailler en psychiatrie. Mais pour une des aides-soignantes du service, je nâĂ©tais quâun jeune appelĂ© de plus qui venait effectuer son service militaire dans le service.
Certains des appelĂ©s qui faisaient leur service comme moi dans cette unitĂ© en psychiatrie disaient quelques fois quâils mettraient bien un petit coup ou plusieurs Ă cette aide-soignante en plaçant sa tĂȘte sous un oreiller.
Je nâĂ©prouvais aucun dĂ©sir pour cette collĂšgue.
Cette femme Ă©tait dâune prĂ©tention ! Mon mari, ceci, mon mari cela. Son mari qui Ă©tait infirmier en rĂ©animation et qui faisait ceci, et qui faisait cela. Et qui savait ceci et qui savait cela.
Elle mâĂ©tait insupportable. A nouveau, jâavais pris sur moi.
Un jour, cette « collĂšgue, vient me voir. Elle avait compris ou appris que jâaimais Ă©crire et que jâĂ©tais plutĂŽt littĂ©raire. Elle avait Ă©crit un courrier, je crois ( jâai oubliĂ©) et elle me demandait de bien vouloir « corriger » les fautes quâelle avait faites.
Le gentil, comme je lâai dĂ©jĂ Ă©crit est un optimiste et un naĂŻf. Donc, au dĂ©but, lorsque cette collĂšgue est venue me prĂ©senter son papier, jâai vĂ©ritablement voulu lui rendre service. Ma mĂšre fait des fautes lorsquâelle mâĂ©crit et je ne lui en veux pas. Mais dĂšs que jâai commencĂ© Ă voir la feuille de cette collĂšgue gorgĂ©e de fautes, cela a Ă©tĂ© plus fort que moi, jâai ressenti une bouffĂ©e dâagressivitĂ©, lâivresse de la violence, qui sâest mise rapidement Ă me prendre.
Jâavais de quoi humilier ou maltraiter cette collĂšgue.
Jâai dĂ©cidĂ© de corriger deux fautes. Je me suis arrĂȘtĂ© lĂ puis, en restant calme et poli, jâai rendu sa feuille Ă cette collĂšgue en lui disant que, pour moi, le reste Ă©tait bon. Que pour moi, il n’y avait plus de fautes.
Elle a manifestĂ© son Ă©tonnement, a insistĂ© un peu et mâa encouragĂ© en me disant que je pouvais vraiment corriger ses fautes.
Jâai dĂ©clinĂ© poliment. Nous nâen nâavons plus reparlĂ© ensuite. Jâai aussi oubliĂ© si, par la suite, cette collĂšgue avait continuĂ© de se vanter devant moi.
Il est dâautres circonstances oĂč je sais quâaprĂšs une certaine rĂ©pĂ©tition dâune situation qui devient pour moi insupportable ou inacceptable, mon cerveau et mes inhibitions « lĂąchent ». Certaines fois, cela prend un certain temps. Dâautres fois, moins de temps. Mais je sais que, souvent, ou gĂ©nĂ©ralement, jâessaie ou ai essayĂ© auparavant de « dialoguer », de « communiquer », de « prĂ©venir ».
Jâai par exemple appelĂ© une de mes anciennes cadres infirmiĂšres pour lui demander de ne pas venir Ă mon pot de dĂ©part. Et, lorsque jâai appris par la suite quâelle sâĂ©tait mise Ă pleurer dans le service, en se donnant Ă voir en train de pleurer comme une victime, cela mâavait confortĂ© dans le fait que jâavais pris â assez difficilement au dĂ©part- la bonne dĂ©cision.
Ce nâest pas parce quâune personne pleure en public quâelle est gentille ou Ă toujours la plus Ă plaindre. Jâavais supportĂ© de cette cadre infirmiĂšre un certain nombre dâabus de langage et dâautoritĂ© voire de mĂ©pris pendant plusieurs annĂ©es avant de devoir prendre cette dĂ©cision de lâexclure de mon pot de dĂ©part. Et je ne lâai jamais regrettĂ© mĂȘme si, par la suite, elle et « mon » ancien mĂ©decin chef se sont arrangĂ©s pour me faire un coup de pute.
Donc, je ne suis pas un gentil tout doux. MĂȘme sâil mâarrive dâavoir peur, de me soumettre ou dâaccepter ou dâavoir acceptĂ© certains comportements ou certains propos dĂ©placĂ©s ou agressifs et de mâĂȘtre « laissĂ© faire » comme on dit.
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Les avantages dâĂȘtre gentil :
Je crois que câest peut-ĂȘtre dans le fait de rechercher (et de trouver) dâautres personnes gentilles et, donc, de savoir peut-ĂȘtre sâentourer de personnes gentilles ou Ă peu prĂšs gentilles.
Il est sĂ»rement plus agrĂ©able et plus facile dâĂȘtre optimiste, lĂ©ger, fantaisiste et confiant dans lâavenir et dans notre entourage si lâon est une personne « gentille ». Etre un « tueur » ou une « tueuse » nous donne sans aucun doute bien des avantages en termes de prestige, de Pouvoir ou de rĂ©ussite mais cela signifie aussi que notre tĂȘte est souvent mise Ă prix et quâil peut ĂȘtre difficile de trouver des personnes de confiance et, surtout, sincĂšres.
Je ne pourrais sans doute pas me sentir trĂšs Ă lâaise avec les personnes que frĂ©quentent Trump, Zuckerberg ou Dati et celles et ceux qui leur ressemblent ou font tout pour leur ressembler ou leur succĂ©der. Je crois aussi que ces personnalitĂ©s ont besoin de conflits pour exister, pour s’affirmer, pour se prouver quelque chose. Et que leur quĂȘte est sans fin. Je ne crois pas que Trump soit capable de se contenter de la paix. Il lui faut dĂ©truire, s’imposer, manoeuvrer, ou essayer de le faire dĂšs lors que cela lui est possible. Et il sait choisir ses victimes. Les pays europĂ©ens, par exemple, qui n’osent pas trop se confronter Ă lui. Trump se contrefiche des consĂ©quences sur le long terme. Il se dit peut-ĂȘtre mĂȘme qu’il ne sera plus lĂ pour les voir ou pour rĂ©pondre de ces consĂ©quences car il sera dĂ©jĂ mort. En attendant, Trump expose au moins les faiblesses de l’Europe au monde entier, un continent qui, face Ă lui, au lieu de montrer la mĂąchoire puissante et intimidante de pays soudĂ©s lui montre plutĂŽt des dentiers de personnes ĂągĂ©es. Cela va donner de la confiance aux futures puissances qui dirigeront le Monde.
Mais on ne peut pas s’improviser dirigeant. Et que lâon soit gentil ou pas, le principal, est sĂ»rement dâabord dâĂȘtre vĂ©ritablement soi-mĂȘme. Donc la gentillesse peut ĂȘtre difficile Ă porter si lâon en supporte rĂ©guliĂšrement et uniquement les inconvĂ©nients ou si lâon passe son temps Ă se lâimposer constamment alors que dâautres ont beaucoup moins de scrupules soit pour exploiter notre gentillesse soit pour sâabstenir dâĂȘtre gentilles ou gentils.
Cela a Ă©tĂ© un article long. Mais il pourrait ĂȘtre beaucoup plus long.
JâespĂšre surtout quâil nâaura pas Ă©tĂ© trop redondant ni trop hors-sujet. Je ne sais pas encore si je dois remercier Nonrien de m’avoir lancĂ© sur le sujet de la gentillesse. Mais je suis plutĂŽt satisfait de ma « copie ». Et j’invite Ă©videmment toute personne qui me lira Ă Ă©crire aussi sur la gentillesse/le fait d’ĂȘtre gentil ou Ă me faire part de ses commentaires. Je sais que certaines personnes sincĂšres considĂšrent que l’on n’est « jamais trop gentil( le) ». J’ai exprimĂ© dans cet article la raison de mes quelques doutes Ă ce propos. Mais je veux bien croire que la gentillesse de certaines personnes soit en quelque sorte confondante mĂȘme si elle les expose Ă mon avis. Je n’aimerais pas par exemple que ma fille ne soit « que » gentille.
Ps : Nonrien nâa jamais travaillĂ© dans la finance. Câest une ancienne collĂšgue infirmiĂšre rencontrĂ©e dans un service de pĂ©dopsychiatrie oĂč jâai travaillĂ© pendant une dizaine dâannĂ©es. Elle est aujourdâhui Ă la retraite et donne entre-autres des cours.
On peut ĂȘtre gentil et ĂȘtre aussi un peu farceur.
Ps numĂ©ro 2 : on peut voir cet article comme la suite de mon article LâAmour vu par un homme ( L’Amour vu par un homme ).
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Franck Unimon, ce jeudi 31 juillet 2025.