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Les cinquante Temps de Marmottan

»Posted by on Fév 28, 2022 in Addictions | 0 comments

Les cinquante Temps de Marmottan

A la Cigale, décembre 2021.

 

Les Cinquante Temps de Marmottan

 

 

 

C’est venu avec le temps.

 

 

De temps à autre, dans une œuvre ou parce-que nous sommes les porte-frontières d’une certaine « curiosité », nous parviennent quelques informations sur des systèmes et des planètes éloignées. Des endroits et des histoires survenues avant nous, qui nous survivront, et où nous n’avons pas le souvenir ou l’expérience d’avoir jamais mis les pieds.

 

Nous entendons alors parler de cycles, de satellites en orbite, de révolutions autour du soleil, de conditions particulières et hors normes qui seraient pour nous, les communs des mortels, impossibles à vivre ou à approcher.

 

A moins de l’imaginer.

 

Marmottan m’a peut-être fait cet effet-là. Parce-que je ne savais pas ce que je savais. Parce-que, pour savoir, il faut partir  un peu de soi.

 

Partir un peu de soi : Qui est Marmottan ?

 

 

Marmottan a fêté ses cinquante ans l’année dernière, en décembre 2021.

 

 

Qui est Marmottan ?

 

Pendant des années, pour moi, Marmottan était un personnage à part entière de l’Histoire de la Psychiatrie.

 

C’était aussi un nom : Olivenstein.

 

Un texte écrit par un patient de Marmottan, visible à Marmottan lors des journées portes ouvertes qui ont suivi le cinquantenaire à la Cigale.

 

Lorsque j’ai commencé à travailler de manière établie en psychiatrie à Pontoise, en 1992-1993, Olivenstein était encore vivant.

 

Infirmier Diplômé d’Etat en 1989, en 1992, j’avais décidé de rompre avec les services de soins généraux (médecine, chirurgie…) ainsi qu’avec une certaine culpabilité de les quitter.

 

Parce qu’être un véritable infirmier, cela consistait à se rendre utile dans les services de soins généraux. A  être capable de performer, de faire et de répéter quelque chose de concret et d’immédiatement vérifiable :

 

Poser des perfusions, poser des sondes urinaires, faire des pansements et des prises de sang.  Transfuser. Faire, poser, reproduire.  Surveiller. Réaliser les prescriptions.

Mais aussi : se taire. Suivre. Subir. Exécuter. Obéir.

 

Après trois années de tentatives variées dans les services de soins généraux ou soins somatiques, par intérim, ou par vacations, jusqu’à Margate, en Angleterre, durant pendant un mois,  la psychiatrie adulte avait fini par réapparaître, de façon idéalisée, comme étant plutôt l’opposé.

 

Comme une expérience qui m’avait plu.

 

En psychiatrie, j’avais le sentiment d’être moi-même. De me réunifier. De me retrouver. De me reconstituer. De me découvrir. Et cela m’étonnait que ce métier d’infirmier qui, depuis ma formation, avait sans scrupules piétiné mes théories de lycéen pour me décharger  dans la benne du monde du travail et de celui des adultes devienne….agréable. Tant dans mes relations avec les patients qu’avec plusieurs de mes collègues plus âgés et majoritairement diplômés en soins psychiatriques.

 

Ma rencontre avec ce service de psychiatrie adulte en tant qu’infirmier, alors que j’avais 24 ans, a selon moi décidé de la continuité de ma carrière. Je crois encore que sans cette expérience en tant qu’infirmier, dans ce service de psychiatrie adulte où j’avais effectué un stage lors de ma troisième année d’étude d’infirmier, que j’aurais trouvé en moi la ressource de changer de métier.

 

 

Aujourd’hui, en 2022, certaines personnes ont « besoin » d’un livre comme Les Fossoyeurs de Victor Castanet pour apprendre que les conditions de travail dans les établissements de santé peuvent être de plus en plus épouvantables. Alors que pour moi, dès mes études d’infirmier entre 1986 et 1989, le travail d’un infirmier dans les services d’hospitalisation de soins généraux s’apparentait déjà beaucoup à du travail à la chaine, comme sur les chaines de montage dans une usine.

 

On peut aimer « ça »  par tempérament ou à un moment de sa vie personnelle et professionnelle. Lorsque l’on aime ou que l’on veut que « ça bouge ». Lorsque l’on ne supporte pas d’être là à « rien faire ».

 

Sachant que pour certains, le fait d’écouter et de penser ; ou d’apprendre à penser par soi-même ou de prendre du temps face à quelqu’un d’autre qui se comporte ou se présente de manière « étrange», « bizarre », « anormale », « incompréhensible » voire « dangereuse » pour lui même ou pour autrui, c’est ne « rien faire ».

 

 

Un DJ décédé l’année dernière ou l’année précédente, a écrit dans un livre quelque chose comme : «  En fait, j’ai commencé à détester tout ce qui pouvait m’empêcher ou empêcher de danser ».

 

Hé bien, pour ma part, j’ai commencé à travailler en psychiatrie et eu besoin d’y travailler car, à 24 ans, j’avais commencé à détester tout ce qui pouvait m’empêcher de penser. Sauf qu’alors, je ne pouvais pas l’exprimer de cette manière. Il n’y a qu’aujourd’hui que je peux l’écrire comme ça. Presque trente ans plus tard. C’est venu avec le temps.

 

 

Un certain apprentissage de la psychiatrie et de la Santé Mentale

 

 

Au lycée, j’aimais apprendre. J’aimais aussi comprendre ce que j’apprenais. Le par cœur sans compréhension de ce que j’apprenais m’était insupportable y compris lorsque je le voyais chez les autres.

 

Mes études d’infirmier en soins généraux ont été très éprouvantes. Intellectuellement, je trouvais assez peu mon compte. Ni en stage, ni lors des cours théoriques. Et je devais apprendre des notions médicales vers lesquelles, spontanément, je ne serais jamais allé. Mais impossible de faire autrement car, pour pouvoir protéger et sauver des vies, il faut bien apprendre certaines notions de l’anatomie et de la physiologie. Et, pour me sauver de la déchéance du chômage et gagner ma vie, il me fallait trouver un emploi.

 

J’ai donc dû ingurgiter des connaissances par cœur durant ces études d’infirmier. Des  connaissances dont nos propres monitrices nous ont dit un jour que nous n’en retiendrions qu’à peu près « dix pour cent ». Fort heureusement, j’ai rencontré dans mon école d’infirmières des personnes qui, humainement, m’ont fait du bien. Dont une amie avec laquelle je suis toujours en contact.

 

J’ai appris à travailler en psychiatrie en partant de moi. En vivant des situations. En regardant et en écoutant faire. En me trouvant des modèles parmi mes collègues. En discutant avec des collègues en lesquels j’avais confiance. En les interrogeant. En gambergeant. En faisant des erreurs et en m’en rappelant. En lisant certaines fois à droite ou à gauche. Mais pas toujours des ouvrages ou des articles réservés à la psychiatrie. 

 

Je n’ai pas appris la psychiatrie par cœur.  Et j’ai beaucoup de mal avec ces professionnels capables de vous réciter par cœur certaines théories psychanalytiques et autres, si, par ailleurs, je les trouve ou les pressens « mauvais » en situation clinique.

 

Mais il y a bien évidemment certaines connaissances théoriques et autres à mémoriser. Que ce soit concernant certains effets possibles des traitements ou à propos de certaines attitudes à savoir éviter ou à développer en soi.

 

Entendre parler de Marmottan

 

J’ai appris des autres. Et je continue d’apprendre des autres chaque fois que c’est possible.

C’est comme cela que j’ai entendu parler de Marmottan, je pense, dans les années 90. J’avais entendu parler de Francis Curtet au collège, en 3ème, par ma prof de Français. Mais je n’avais pas retenu qu’il avait un rapport avec Marmottan.

 

Marmottan, pour moi, faisait partie de ces services emblématiques de la psychiatrie en France. Avec le CPOA, la clinique de La Borde, les UMD

 

Et lorsque j’écris « emblématiques », cela signifie que ces endroits se distinguaient des services de psychiatrie traditionnels. Il s’y déroulait quelque chose de particulier. D’assez hors norme. Je croyais même que Marmottan était en quelque sorte un hôpital à lui tout seul. Et le savoir me suffisait et m’a suffi pendant longtemps.

 

Jamais, dans les années 90, je n’ai fait la moindre démarche afin d’en savoir plus sur Marmottan, situé rue Armaillé, pas très loin des Champs Elysées où je pouvais me rendre assez facilement. Ne serait-ce que pour aller au cinéma ou pour me rendre au Virgin Megastore qui existait encore.

 

Aujourd’hui, je crois avoir choisi d’aller travailler en psychiatrie pour ne pas devenir fou. Mais, aussi, pour mieux comprendre ma propre folie. Et mieux comprendre d’où elle venait. Certains ont peur d’aller travailler en psychiatrie pensant que cela va les perturber irrémédiablement. Et cela peut en effet perturber, ou plutôt déstabiliser, la conscience comme les connaissances que l’on a de soi que d’aller travailler dans un service de psychiatrie :

A Marmottan, lors de la journée Portes Ouvertes.

Nos certitudes, nos croyances, nos apparences, aussi, peuvent se retrouver contestées ou abattues face aux divers miroirs de la psychiatrie. Surtout lorsque l’on ne « fait rien » et qu’il devient plus difficile de se fuir, et de fuir nos propres pensées, émotions et sentiments, dans une certaine activité frénétique. Il  peut être  plus facile de couler dans du mouvement certaines émotions et certaines pensées plutôt que de les laisser remonter jusqu’à affluer à la surface de soi. Surtout si l’on a une image et une de soi monstrueuse ou désastreuse.

 

Et, aujourd’hui, je crois avoir décidé, à un moment donné, d’avoir tenté de travailler à Marmottan parce-qu’il y a des années que je crois que, de même que j’aurais pu être un psychotique hospitalisé en psychiatrie, j’aurais aussi pu devenir une personne dépendante à des substances. Mon histoire personnelle, selon mes croyances, aurait pu me faire converger vers ce genre d’état. Or, à ce jour, même si j’ai pu redouter de devenir addict à des substances, plus que de devenir psychotique, cela n’est pas arrivé.

 

J’ai côtoyé et rencontré des personnes qui ont connu des dépendances dès l’enfance (l’alcoolisme d’un oncle plutôt bien toléré dans la famille ) puis ensuite à l’adolescence et adulte. Des personnes dont j’ai pu être proche (une ex qui avait besoin de fumer cinq à dix joints par jour) ou moins. Cependant, j’étais le « Suédois » de service comme m’avait affectueusement surnommé un ami infirmier psy, ancien héroïnomane, et assez porté sur la boisson festive. Sobre, dans la maitrise ou le contrôle permanent selon l’analyse que l’on en fait.

 

Sobre, oui, en ce qui concerne les substances. Mais pas pour d’autres addictions.

 

 

Addictions sans substance

 

 

Lorsque j’ai postulé pour travailler à Marmottan, j’étais sûr de moi. J’allais être pris. J’avais des années d’expérience en psychiatrie adulte et en pédopsychiatrie. J’étais un homme. Et je savais, pour être passé auparavant à Marmottan et y avoir discuté avec certains professionnels qui y travaillaient alors,  qu’il n’était pas nécessaire d’avoir une expérience en tant que consommateur de substances ou en addictologie pour y être embauché comme infirmier. Marmottan recrutait des profils divers. Cependant, il y avait des règles très strictes à Marmottan sur certains sujets.

 

Tout comportement violent ou considéré inacceptable ( relations sexuelles…) , toute consommation de substance dans le service ou tout propos homophobe vaudrait exclusion de ce service ouvert. Cela me convenait.

 

Pourtant, je n’ai pas été retenu pour le poste. De mon entretien, dans la bibliothèque, face à deux médecins et à la cadre de pole d’alors, je me rappelle entre-autres de cette question posée par Mario Blaise, déjà médecin chef de Marmottan :

 

« Avez-vous des addictions ? ».

Paris, le magasin Printemps, ce mardi 2 mars 2022 vers 21h.

 

Pour toute personne un peu formée ou sensibilisée aux addictions, c’est une question banale. Comme demander l’heure à quelqu’un. La réponse est facile.

 

Pourtant, j’ai répondu “superbement” :

 

« Non, je n’ai pas d’addictions ! ». J’étais sûr de moi. Bien qu’un peu décontenancé, et aussi un peu mal à l’aise, j’étais sûr de moi. Je n’avais pas d’addictions. Pas de ça avec moi ! J’étais le “Suédois”. Celui qui, au milieu de personnes dans un état d’ébriété avancé, ou qui, face à quelqu’un qui fumait son joint, ne se sentait pas incommodé. Celui qui ne faisait pas de cauchemars après avoir « frayé » avec des patients psychotiques….

 

Paris, fin février 2022.

 

Pour moi, addictions rimait encore exclusivement, consciemment, avec les substances. J’avais pourtant bien compris que, dans ma propre vie, certaines situations contraignantes ou douloureuses avaient pu se répéter ou pouvaient encore se répéter sans que je parvienne véritablement à m’en débarrasser. Mais je n’avais pas encore fait le rapprochement. Pour moi, à ce moment-là, les addictions avaient plus à voir avec leur forme la plus visible physiquement mais aussi la plus renommée et la plus condamnée moralement et pénalement :

 

Les addictions avec substances.

On a peut-être du mal à lire, mais dans cet article, Olivenstein démonte le film ” Moi, Christiane F…”. Il en veut en particulier au fait d’avoir choisi David Bowie pour jouer dans le film. Car celui-ci, en tant que Rock star, valorise/héroïse la consommation de substances. ( A Marmottan, également lors des journées portes ouvertes).

 

 

Cette nuit encore, alors que  je finissais d’écouter un podcast dans lequel témoigne une jeune Française qui, sous l’effet d’une radicalisation islamiste, est partie vivre dans l’Etat Islamique en Syrie en 2013, ma bévue m’est à nouveau apparue évidente. Lorsque celle-ci a parlé de “cage”. Cette jeune femme, dans ce podcast qui comporte quatre épisodes, raconte comment, pour elle, partir en Syrie, avait d’abord été un moyen de quitter la cage dans laquelle elle se trouvait dans sa famille. En espérant trouver mieux ailleurs. En rencontrant quelqu’un, à un moment donné de sa vie, qui lui a promis le meilleur en Syrie en venant vivre dans l’Etat Islamique. Cette rencontre aurait pu être un proxénète, une mère maquerelle, un dealer. Pour elle, cette rencontre a été une personne qui l’a séduite. Cela a été rapide et facile.

 

Car elle était “disponible” pour ce genre de rencontre à cette période de sa vie.  Parce-que cette croyance idéologique collait bien, à cette période de sa vie,  avec son patrimoine personnel et culturel. Et que cette croyance idéologique, mais aussi cette fuite en Syrie, lui apparaissaient être la bonne décision.

Cette jeune femme, devenue mère en Syrie est revenue en France six ans plus tard ( en 2019). Et  s’est officiellement détournée de cette croyance islamiste. Elle a pu dire qu’en quittant la France et sa famille, elle avait finalement quitté une cage pour une autre cage. Mais aussi que partir de chez ses parents était la “bonne décision” mais que la destination choisie était “mauvaise”. Elle s’en est rendue compte une fois sur place, en Syrie. 

 Je me suis dit que c’est exactement ce qui peut se passer pour une personne dépendante avec une substance. Même si on peut chercher une substance avant tout pour le plaisir. Le mot plaisir a été prononcé lors du cinquentenaire de Marmottan.  

Au début, c’est très bien, c’est merveilleux, c’est exceptionnel, on vibre. La suite est moins agréable. Rencontre. Personnalité. Cage. On peut remplacer le produit par une croyance ou par une pratique lorsque l’on parle d’addiction. 

 

Il y a sûrement d’autres raisons que mon “incapacité” à répondre favorablement à cette question sur “mes” éventuelles addictions pour expliquer mon échec à cet entretien lorsque j’ai postulé pour Marmottan. Comme le simple fait d’avoir envie ou non de travailler avec moi ou de se sentir à l’aise en ma présence. Mais mon ignorance hardie, bien qu’assumée car j’ai ouvertement dit que je ne connaissais pas grand chose dans le domaine des addictions, m’a peu aidé à convaincre de m’embaucher. Puis, par la suite, devant ces échecs ( j’ai postulé trois fois), j’ai développé une ambivalence à l’idée de travailler à Marmottan. Peut-être une ambivalence qui peut se retrouver chez toute personne envers son addiction.

 Chaque fois que je suis retourné travailler en remplacement à Marmottan, je m’apercevais que je me sentais suffisamment approprié : je ne regardais pas ma montre en étant pressé que ça se termine. Tout en sachant que j’avais beaucoup à apprendre. Je m’y sentais suffisamment bien. Pourtant, il m’est aussi arrivé de me dire que ce n’était pas pour moi. Que je n’étais peut-être pas fait pour y travailler. Que j’allais me faire rouler dans la farine. Ou que je ne saurais pas conseiller ou accompagner comme il se devait certains patients. Que je ne saurais pas leur répondre.

 

 

Marmottan, le service spécialisé dans le traitement des addictions

 

 

J’ai néanmoins eu la chance de venir faire des remplacements, avant et après ma postulation à Marmottan, à peu près une quinzaine de fois en tant qu’infirmier. Et, lorsque j’écris Marmottan, car il faut le préciser, je parle bien-sûr du service spécialisé dans le traitement des addictions.

 

Parce-que si le service spécialisé (hospitalisation et accueil) dans les addictions est connu sous le nom de Marmottan, Marmottan est aussi un endroit où se trouvent un CMP pour patients adultes où se trouve une consultation pour adultes pédophiles. Ainsi qu’un hôpital de jour de psychiatrie adulte. Deux services (le CMP et l’hôpital de jour) qui sont indépendants du service consacré au traitement des addictions. Même si ces deux services (le CMP adulte et l’hôpital de jour) sont aussi situés dans le même bâtiment, rue Armaillé dans le 17 ème arrondissement de Paris.

 

Il  y a aussi le musée Marmottan qui se trouve à côté. Un musée bien référencé que l’on peut visiter et qui n’a rien à voir avec le service.

 

Le Marmottan dont je parle, initialement, faisait partie de l’hôpital psychiatrique Perray-Vaucluse. Hôpital par lequel j’ai été recruté en juillet 2009. C’est à cette occasion que j’ai compris que « le » Marmottan dont j’avais entendu parler depuis des années était un service. Et que ce service faisait partie du même hôpital que celui qui m’employait.

 

Lorsque l’on parlait de grands établissements psychiatriques en région parisienne, les établissements hospitaliers auxquels je pensais principalement  étaient :

 

Maison Blanche ; Ville-Evrard ;  Ste-Anne ; Voire Villejuif ou Paul Guiraud. 

 

J’ai découvert l’existence du groupe hospitalier psychiatrique Perray-Vaucluse tardivement. Et par hasard. Vers la fin des années 2000. Il y a une explication géographique à cette ignorance. L’Etablissement Perray-Vaucluse est situé dans l’Essonne. Soit dans un département où je n’ai jamais eu d’attache ou de domiciliation. Puis mon ignorance culturelle, comme celle de mes collègues, de la Psychiatrie a fait le reste.  J’ai connu la psychiatrie de Pontoise parce-que j’habitais à Cergy Pontoise durant mes études d’infirmier et que j’y résidais encore lorsque j’avais commencé à y travailler en psychiatrie adulte.

 

L’hôpital psychiatrique Perray-Vaucluse, comme les autres, est au moins centenaire. Absorbé par Maison Blanche il y a quelques années, il fait désormais partie du GHU Paris Ste Anne qui comporte la fusion des établissements Perray-Vaucluse, Maison Blanche et Ste Anne. Soit un ensemble de services intra-hospitaliers mais aussi extra-hospitaliers de santé mentale ( psychiatrie adulte, addictions, soins généraux ou somatiques, pédopsychiatrie…).

 

A la Cigale, lors du centenaire de Marmottan. Assis, à gauche, le Dr Mario Blaise, chef du Pôle Marmottan-La Terrasse, GHU Paris. Sur sa droite, un des praticiens de Marmottan, le Dr Bertrand. Tout au bout à droite, un des anciens praticiens de Marmottan, Aram Kavciyan, désormais psychiatre chef du service d’addictologie au CH de Montfavet depuis des années. Je crois que la personne debout en train de parler est une accueillante de Marmottan. J’ai oublié la fonction de la dame assise.

 

Marmottan/ Olivenstein/ Personnalité/ Antipsychiatrie

 

 

Marmottan a été créé en 1971, par Claude Olivenstein. Lors du cinquentenaire, j’ai appris qu’il y avait deux ou trois autres médecins avec lui pour fonder à Marmottan le service spécialisé dans le traitement des addictions. Mais lorsque l’on dit Marmottan, encore aujourd’hui, pour beaucoup d’un certain âge, on pense aussitôt : Olivenstein.  

 

Son nom et une partie de sa mémoire -comme de sa présence- habitent encore l’endroit pour le peu que j’ai entrevu. Même si, après lui, Marc Valleur a pris sa suite et a, depuis, transmis le relais à Mario Blaise.  

 

A la Cigale, à gauche, Mario Blaise, chef du Pôle Marmottan-La Terrasse, GHU Paris. A sa droite, le Dr Marc Valleur, le précédent médecin chef de Marmottan-La Terrasse qui continue de consulter à Marmottan. Jan Kounen, réalisateur, venu, entre-autres, parler de son expérience de l’Ayahuesca. Tout à droite, l’alpiniste Marc Batard venu parler de son addiction aux sommets.

 

 

Le service Marmottan, spécialisé dans le traitement des addictions, a une personnalité que j’ai rarement trouvée ailleurs. Par personnalité, je pense à une volonté assez farouche de maintenir son autonomie et/ ou son indépendance de pensée, de façon de travailler, qui tranche avec cette façon assez unanime qu’ont eu les services de psychiatrie- que je connais- de s’aligner sur les différents diktats imposés ces vingt dernières années en matière de soin et de façon de soigner. Ou de transmettre. Par exemple, alors que depuis une bonne dizaine d’années maintenant, la majorité des services de santé mentale – et autres- écrivent leurs transmissions et leurs prescriptions sur ordinateur, à Marmottan, on écrivait- et on écrit sans doute encore- les transmissions comme les prescriptions médicales sur papier.

 

 

Bien-sûr, mes principaux repères de comparaison sont ici sont ceux de la psychiatrie que je connais.

La psychiatrie que je connais en région parisienne telle qu’elle se pratique aujourd’hui dans la plupart des services est très différente de celle qui est était pratiquée il y a encore vingt ou trente ans. Par bien des aspects, la psychiatrie d’aujourd’hui a défiguré ce qui se faisait de « bien » il y a vingt ou trente ans. Moins de moyens, moins de personnels, plus d’heures de travail…plus d’informatique…

 

L’ouvrage de Victor Castanet, Les Fossoyeurs qui a fait l’actualité il y a quelques semaines, avant d’être dépassé par l’actualité de l’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie « de » Vladimir Poutine, scrute, si j’ai bien retenu, les conditions de travail dans les EHPAD. Malheureusement, sous d’autres formes, les conditions de travail en psychiatrie publique se sont aussi détériorées puisqu’elles doivent désormais se calquer sur le modèle du privé. Et le peu que j’ai vu dans deux cliniques de psychiatrie adulte il y a une dizaine d’années, lorsque j’y avais effectué des vacations, ne m’a pas donné envie d’y postuler.

 

 

Aussi, lorsque durant le cinquantenaire de Marmottan, en décembre, le mot « Antipsychiatrie » a été prononcé par un ou une des intervenants, il m’est tout de suite apparu évident que cela expliquait en partie l’une des raisons pour lesquelles Marmottan, le service des addictions, détonait et détone encore dans le milieu de la Santé Mentale.

 

D’une part parce que le travail qui s’effectue dans un service spécialisé dans le traitement des addictions se distingue du travail effectué dans un service de psychiatrie. Mais aussi parce qu’il s’y pratique un certain esprit, une certaine façon de travailler, pour le peu que j’ai vu sur place, auxquels un professionnel familier avec la psychiatrie n’est pas habitué.

 

 

Cet article devait être unique. Mais je m’aperçois que le poursuivre maintenant le rendrait trop long. Et qu’il vaut mieux que je m’arrête sur cette introduction avant, dans un prochain article, de raconter et de montrer davantage comment c’était lors du cinquentenaire de Marmottan à la salle de concert de la Cigale en décembre dernier. Mais aussi dans le service ( d’accueil et d’hospitalisation) lors d’une des deux journées portes ouvertes qui a suivi la journée à la Cigale.

 

 

Franck Unimon, ce lundi 28 février 2022.

 

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La profession infirmière : La Légion étrangère

»Posted by on Fév 26, 2022 in Corona Circus, Crédibilité | 1 comment

La profession infirmière : La  Légion étrangère

La profession infirmière : La Légion étrangère

 

« Qui prendra soin des infirmières ? »

 

Cette question presque philosophique fait la couverture du numéro 3763 de l’hebdomadaire Télérama de cette semaine. La semaine du 26 février au 4 mars 2022.

 

Depuis que j’ai aperçu cette question une première fois sur la couverture de Télérama, celle-ci m’a perfusé au goutte à goutte. Les premiers effets de ce « traitement » me poussent à écrire mes réponses.

 

La couverture de Télérama, d’abord, donne aussi des réponses et des indications.

 

Sur la couverture du Télérama de cette semaine, on aperçoit une femme aux cheveux châtains clairs, la tête dans les bras. Epuisée ou accablée. Elle doit avoir la trentaine tout au plus. En tout cas, elle incarne la jeunesse. Une jeunesse épuisée ou accablée. Soit l’exact contraire de ce qu’est supposée incarner la jeunesse : l’optimisme, la vitalité, l’insouciance, le rire.

 

Une de ses mains porte un gant bleu. De ces gants utilisés aussi pour se protéger d’éventuelles expositions au sang. Celui des patients dont les infirmières prennent soin.

 

Le bras droit de celle qui nous est présentée comme infirmière semble avoir un peu la chair de poule. Cela peut être dû au froid, à la fatigue. Ou à la peur. Eventuellement protégée du sang ou d’autres secrétions par ses gants bleus, « l’infirmière » qui nous est montrée n’en reste pas moins exposée à ces autres extrêmes que sont le froid, la fatigue ou la peur. Ou la dépression. 

 

A ces extrêmes, il faut en rajouter un autre qui combine puissance et impuissance :

 

La solitude.

 

Car l’infirmière est montrée seule. La même photo montrant plusieurs infirmières dans la même position parleraient moins de cette solitude. On peut évidemment être seuls en étant à plusieurs. Mais c’est une sorte de nomenclature : si l’on veut parler de la solitude, il faut isoler quelqu’un.

 

 

Je remercie l’hebdomadaire Télérama pour cette couverture. Pour aborder, sur quatre pages, le sujet de la condition des infirmières en France. Dans cet article, on apprend qu’il y a 700 000 infirmières en France. Et on « lit » que de plus en plus quittent l’hôpital public ou la profession car dégoutées par la dégradation des conditions de travail. Que cette dégradation s’est prononcée « depuis 2004 surtout, avec l’instauration de la tarification à l’activité (T2A), qui, en rémunérant les établissements en fonction des actes médicaux, a condamné les hôpitaux publics aux affres financiers. Et transformé les soignants en marathoniens du soin, fragilisant tout un système de santé qui a dû, depuis, endiguer les vagues successives de Covid ». (Télérama numéro 3763, page 18. Article Mathilde Blottière. Photos d’Anthony Micallef).

 

 

Remerciements et réserves :

 

Je remercie Télérama pour cet article. Mais j’aurais aimé que, pour changer, que ce soit un homme qui ait écrit cet article. Comme j’aimerais bien, aussi, que le Ministre de la Santé et des affaires familiales et sociales soit plus souvent un homme qu’une femme.

 

Pour le dire autrement : La profession infirmière, la perception que l’on en a mais aussi la perception que l’on peut avoir de certains sujets de société en France restent subordonnés à des visions et à des conceptions tombées et restées dans les trappes du passé.

 

On retrouve aussi ça parmi les femmes et les hommes politiques de France. Un demi siècle après sa mort, une bonne partie des femmes et des hommes politiques qui aspirent à diriger la France sont là à aspirer ce qui reste de la momie du Général De Gaulle. Et font de la réclame pour leur parti et leur programme en se servant des actes héroïques et passés des autres (De Gaulle, Jeanne d’Arc,  Louis XIV, Napoléon, ainsi que des écrivains, des philosophes, des scientifiques qui ont marqué l’Histoire française). 

 

Les personnalités du passé qui, aujourd’hui, malgré leurs travers ou leurs crimes, servent souvent de modèles avaient une vision. Ils croyaient en l’avenir, l’anticipaient, le préparaient, s’appliquaient à «l’embellir ». Aujourd’hui, si l’on regarde les femmes et les hommes politiques qui « réussissent », ils semblent surtout se démarquer dans l’art d’élaborer des stratégies pour constituer des alliances, pour obtenir le Pouvoir, mais aussi dans l’art de faire de la récupération.

 

Des femmes et des hommes politiques qui ont une véritable vision auraient anticipé et fait le nécessaire pour éviter que la profession infirmière, et d’autres professions, soit aussi vulnérable.

Dans le journal ” Le Canard Enchaîné” de ce mercredi 23 février 2022.

 

Malheureusement, je vais aussi devoir ajouter qu’une société véritablement éclairée saurait aussi parler de la profession infirmière, mais aussi la raconter et la faire parler, à d’autres moments que lorsque ça va mal. Parce-que si l’on peut reprocher aux élites politiques de France de s’être préoccupées de surtout prendre soin d’elles, de leurs proches ou de leurs alliés, on peut aussi reprocher à celles et ceux qui diffusent l’information (donc, parmi eux, des journalistes) de parler principalement de la profession infirmière pour relater ses difficultés comme ses souffrances réelles. 

 

Dans notre pays  de grands philosophes et de grands intellectuels, on dirait qu’il est impossible, aussi, de parler de ce que la profession infirmière a réussi et réussit. On dirait que les très hauts penseurs de ce pays sont incapables de valoriser ou d’expliquer le travail qui peut être réalisé par la profession infirmière. Une profession qui, pour être exercée, nécessite moins d’années d’étude que ces élites n’en n’ont faites, élites,  qui imposent leur mainmise sur une grande partie des moyens d’expression.

 

 

Je remercie donc Télérama et tous les autres journaux ou hebdomadaires qui ont écrit ou écriront à propos de la profession infirmière. C’est nécessaire et utile. Cela apporte sans aucun doute un réconfort salutaire aux soignants qui se sentent ainsi moins invisibles et moins ignorés.

 

Mais ces articles, celui de Télérama et d’autres média, ne suffiront pas pour que la situation infirmière s’améliore.

Le Télérama numéro 3763, du 26 février 2022 au 4 mars 2022, page 18.

 

« C’était la guerre »

 

« Nous sommes en guerre… » avait dit le Président Emmanuel Macron ” De Gaulle” ( lequel, d’après les sondages, devrait être réélu cette année) pendant son  allocution télévisée pour annoncer le premier confinement dû à la pandémie du Covid ( Panorama 18 mars-19 avril 2020).

 

C’était en mars 2020. Et, je crois que je travaillais de nuit, dans le service de pédopsychiatrie où j’étais encore à cette époque. J’avais regardé une partie de cette allocution sur la télé du service alors que les jeunes hospitalisés étaient couchés.

 

Cela me paraît déjà très loin. C’était pourtant il y a juste à peine deux ans.

 

Il y a quelques jours, j’ai discuté avec une jeune collègue infirmière intérimaire. Elle doit avoir 35 ans tout au plus. A peu près l’âge de l’infirmière que l’on voit sur la couverture de Télérama. Cette jeune collègue infirmière m’a appris avoir travaillé pendant dix ans dans un service de réanimation dans un hôpital de banlieue près de chez moi que je « connais ». Quand je lui ai demandé pourquoi elle avait quitté son poste alors que, visiblement, elle aimait « ça », elle m’a parlé de la pandémie du Covid en ces termes :

 

 

«  C’était la guerre…. ». Le même mot utilisé par le Président Emmanuel Macron avant le premier confinement. Pourtant, je n’ai pas fait le rapprochement. Tout simplement parce-que le Président Macron et quelques autres n’ont pas fait la même guerre que beaucoup d’autres. Un même mot pour deux expériences opposées et très différentes.

 

 

Comme principale expérience d’un service de réanimation, j’ai uniquement les deux stages effectués durant ma formation d’infirmier. Ma mère, ancienne aide-soignante dans un service de réanimation, a connu cet univers bien plus que moi.

Néanmoins, lorsque cette jeune collègue, déjà « ancienne » infirmière de réa m’a dit que « C’était la guerre pendant la pandémie du Covid », je n’ai pas eu besoin de détails supplémentaires. A aucun moment je n’ai eu le besoin de vérifier ses propos en lui demandant des exemples. C’était immédiatement concret pour moi. Et, il était aussi indiscutable pour moi que cette jeune collègue infirmière, et ses collègues, durant la pandémie du Covid, avaient traversé des conditions de travail très difficiles. Des conditions de travail insupportables qu’elles avaient dû, pourtant, une fois de plus….supporter. Parce-que l’histoire des conditions de travail des infirmières, au moins depuis trente ans, est que, étrangement, la souffrance soignée par les infirmières semble se « transvaser » indéfiniment dans leurs propres conditions de travail. Les infirmières soignent des personnes qui souffrent. Mais il semble désormais inéluctable que pour soulager les autres, les infirmières doivent accepter de souffrir en plus en plus elles-mêmes. Et porter sur leurs épaules ces peurs, ces souffrances et cette mort que le monde des décideurs et des “winner” fuit et dont il se débarrasse au plus vite.

La souffrance et les états de faiblesse, de handicap et de mort, sont en quelque sorte des “déchets” que l’infirmière est chargée de prendre dans ses bras. “On” est bien content qu’elle soit là pour s’en occuper. Mais sans faire de bruit. “On” lui jette quantité de “déchets” sur la tête par le biais d’une colonne verticale depuis plusieurs immeubles de dix huit étages. Et, c’est à elle de se démerder avec ça. Elle est “payée” pour ça. Et, elle devrait même remercier pour cette générosité qui lui est faite d’être salariée. Alors que ce qu’on lui permet de vivre est bon pour son karma. Du reste, elle a choisi cette vie-là. Alors, qu’elle ne se plaigne pas…

 

La profession infirmière continue d’avoir l’image d’une profession de foi religieuse,  où la crucifixion serait le nirvana de l’infirmière ou de l’infirmier, alors que la société a évolué. Et que les êtres qui décident de devenir infirmières et infirmiers ont une autre conception de la vie, une autre façon de concevoir leur vie personnelle et professionnelle, qu’il y a un demi siècle.

 

Et, je peux en parler un peu. A « l’époque » de ma mère et d’une de mes tantes (sœur de ma mère), en région parisienne, il était courant qu’une soignante fasse toute sa carrière dans le même hôpital, dans un voire dans deux services.

 

 C’était il y a plus de trente ans. Où l’aspiration commune, une fois le diplôme d’Etat d’infirmier obtenu, était d’obtenir un poste de titulaire. Rares étaient les infirmières et infirmiers qui ne faisaient que « de» l’intérim ou des vacations. Lorsqu’entre 1989 et 1992, je faisais un peu d’intérim, à droite à gauche, peu après mon diplôme, parmi les autres intérimaires, je croisais surtout des infirmiers et des infirmières sensiblement plus âgées que moi et qui avaient un poste de titulaire ailleurs.

 

Autre anecdote : je me rappelle maintenant, par amour pour ma copine d’alors, être allé rencontrer à son domicile, à Paris, le poète Guillevic, autrement plus âgé que moi. Ce devait être entre 1990 et 1992. Lorsque je lui avais expliqué que je travaillais par intérim ( je vivais encore chez mes parents et avais repris des études en parallèle), celui-ci, mi-interloqué, mi-contrarié, m’avait en quelque sorte demandé si je “jouais” en quelque sorte avec le travail. J’avais alors senti chez lui une espèce de respect moral du travail salarié. On se devait à son poste de salarié. Le travail était un engagement sérieux. Et pas une sorte de “papillonnage”. A cette époque, mes missions par intérim consistaient à faire une mission d’une journée dans un service. Et, un autre jour, ou une nuit,  dans un tout autre service et dans un autre établissement hospitalier à Paris ou en région parisienne. Si l’intérim existait déja dans le monde du travail dans les années 90 d’une manière générale, il était moins répandu parmi les jeunes infirmières et infirmiers diplômés de ma connaissance. La norme, c’était d’avoir un poste fixe puisque le diplôme d’Etat d’infirmier, en région parisienne, assurait la sécurité de l’emploi. Et que c’était alors la priorité : la sécurité de l’emploi, fonder un couple, faire des enfants, acheter une maison ou un appartement si on pouvait…..

 

 

A l’inverse, depuis à peu près dix ans, environ, en région parisienne, il est devenu assez courant de rencontrer des infirmières et des infirmiers, qui, une fois diplômés, préfèrent être intérimaires et/ou vacataires. Et, concernant celles et ceux qui sont titulaires de leur poste, ceux ci sont aussi plus mobiles qu’il y a trente ans. Lorsque j’ai commencé à m’établir comme infirmier en psychiatrie il y a bientôt trente ans, j’avais travaillé avec des collègues qui pouvaient rester à leur poste cinq ans ou davantage. Aujourd’hui, selon les services, les plus jeunes infirmières et infirmiers peuvent ne rester que deux ou trois ans puis partir pour un autre service. Ou, éventuellement, demander une disponibilité.

 

 

C’est à ce genre d’information que l’on comprend, aussi, qu’une profession change, qu’une façon de l’exercer, mais aussi, de s’affirmer, diffère par rapport à avant.

 

 

Répondre à la question : « Qui prendra soin des infirmières ? »

 

Cette question en couverture de Télérama, hebdomadaire qui bénéficie d’un lectorat élargi, a l’avantage, comme on dit, de « jeter un pavé dans la mare ». C’est sans aucun doute le but après la pandémie du Covid, mal gérée, mal anticipée et mal communiquée par les élites au moins politiques, mais aussi scientifiques, de France. Mais aussi après le « scandale » provoqué par la publication récente du livre Les Fossoyeurs  de Victor Castanet. Livre que je n’ai pas encore lu. Mais dont le peu que je « sais » du contenu ne m’étonne pas :

 

J’ai fait quelques vacations, il y a plus de dix ans, dans une clinique psychiatrique gérée par le groupe Orpéa. Groupe privé mentionné dans le livre de Victor Castanet.  Et, en 1988-1989, encore élève infirmier, j’avais fait des vacations de nuit dans une clinique de rééducation fonctionnelle qui, depuis, est devenue la propriété du groupe Orpéa. J’ai donc une « petite » idée des priorités du groupe Orpéa concernant les conditions de travail des infirmières.

 

 

Et si certaines élites découvrent en 2022 avec le livre de Victor Castanet qu’il se déroule des événements indésirables et indécents dans certains établissements de santé de France, pour cause de recherche débridée de bénéfices, j’hésite entre le cynisme, l’hypocrisie ou la cécité pour qualifier leur état d’esprit.

 

 

Je crois aussi à la cécité et à l’ignorance de certaines élites concernant les très mauvaises conditions de travail dans un certain nombre d’établissements de santé publics et privés, parce-que devant cette couverture de Télérama et cette question « Qui prendra soin des infirmières ? » j’en suis arrivé à comprendre que, pour beaucoup de personnes, les infirmières font partie d’une légion étrangère.

 

La France, comme d’autres pays, est constituée de diverses « légions étrangères civiles » prêtes à donner le meilleur d’elles-mêmes. On pourrait penser que la grandeur d’un pays ou de son dirigeant se mesure- aussi- à sa capacité à honorer et à préserver « les légions étrangères » qui se démènent. Mais, visiblement, ce n’est pas avec ce genre d’objectifs en tête qu’est géré le pays dans lequel nous sommes.

 

 

Les infirmières travaillent et vivent dans le même pays que des millions d’autres personnes qu’elles croisent, soignent, accompagnent, soutiennent, sauvent. Les infirmières  protègent plus de personnes, de tous horizons, qu’elles ne peuvent s’en rappeler. Et elles sont admirées pour cela.  Pourtant, malgré ça, elles n’en demeurent pas moins étrangères à cette Nation. Les infirmières peuvent faire penser à des sauveteurs en mer qui, souvent, risqueraient leur vie personnelle et familiale, mais aussi leur santé, pour d’autres qui sont en train de se noyer. Et qui, une fois en bonne santé, oublieraient par qui ils ont été sauvés, trouvant tout à fait normal d’avoir été sauvés, alors qu’eux-mêmes n’ont jamais sauvé et ne sauveront jamais personne.

Le journal ” Le Canard Enchainé” de ce mercredi 23 février 2022. Au fond, à gauche, Eric Zemmour tentant de noyer Marine Le Pen, Présidente du Rassemblement National. A droite de ce tandem, Christiane Taubira, pour le Parti socialiste, et sa bouée, que, sur sa droite, Anne Hidalgo, Maire de Paris, également pro Parti socialiste, vient de percer avec une aiguille. Au dessus, sur le le plongeoir, Le Président Macron attendant le bon moment pour plonger dans la campagne pour les élections présidentielles qui vont débuter en avril. Devant Anne Hidalgo, Yannick Jadot, élu écologiste. Devant Jadot, Fabien Roussel, représentant du Parti Communiste Français. Au premier plan, agitant les bras, Jean-Luc Mélenchon de la France Insoumise. Derrière lui, Eric Ciotti avec son cou de Boa, n’espérant qu’une chose, que son “alliée”, Valérie Pécresse, qui lui a été choisie, se noie.

 

 

Jetables, éjectables….

 

 

« Indigènes, ouvrières, colonisées, secondaires, subalternes, domestiques, négligeables, accessoires, jetables, éjectables, banlieues éloignées », on dirait que ces termes sont faciles à juxtaposer avec la profession infirmière.

 

Pour ces quelques raisons, je ne crois pas à un assaut de lucidité spontané des élites en faveur des infirmières.

Je crois que les infirmières sont les personnes les plus compétentes pour répondre à cette question posée par Télérama. Certaines ont commencé à y répondre en préférant l’intérim et les vacations à un poste de titulaire. D’autres en « faisant » des enfants. Ou en changeant de métier.

 

Si l’on regarde les élites, qui, souvent, servent de modèles, il existe d’autres réponses possibles.

Coronavirus Circus 2ème Panorama 15 avril-18 Mai 2020 par Franck Unimon

 

Franck Unimon, vendredi 25 février 2022.  

 

 

 

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Le couple de la Saint-Valentin/ La femme dans l’homme

»Posted by on Fév 14, 2022 in Pour les Poissons Rouges | 0 comments

Le couple de la Saint-Valentin/ La femme dans l’homme

Paris, Bd Raspail, près de l’hôtel Le Lutétia, dimanche 13 février 2022.

  Le Couple de la Saint-Valentin/ La femme dans l’homme

 

Dans la cour du lycée, chaque fois que Khadija, d’origine kabyle, apercevait son frère aîné dans les environs, elle arrêtait de me parler et son regard se calcinait. Nous ne faisions que discuter. Son frère aîné ne s’est jamais approché. Et, elle ne m’a jamais appris ensuite qu’il lui avait fait des reproches. Mon geste le plus déplacé  à son encontre avait été de lui dire un jour :

 

«  Il te va bien, ton Jean moulant ». Je crois que cela l’avait flattée.

 

Avant les épreuves du Bac qui annonçaient la fin de la récréation de toutes nos théories et notre entrée en matière dans le monde des adultes, catastrophé, alors qu’il avait toujours été très sûr de lui, Abdelkader, très bon élève, s’était immédiatement inquiété de son futur lorsqu’il serait en couple avec sa femme qu’il ne connaissait pas encore :

 

« Mais qu’est-ce que je vais pouvoir lui raconter ?! ». Pris de « cours », je n’avais pas su quoi lui répondre. Je n’avais pas encore étudié ce programme.

 

 

Sept ans plus tard, après mon service militaire, et alors que j’avais déjà « reçu » la vie en pleine face et assez brutalement en devenant infirmier à vingt et un ans, j’avais été horrifié lorsque Tsé, une de mes collègues, m’avait appris que deux de nos collègues mariés et plus âgés avaient eu une liaison ensemble. J’avais alors totalement oublié que, enfant, régulièrement, les week-end, j’avais vu mon père découcher deux ou trois jours de suite, après s’être pomponné auparavant, une bonne heure durant, dans la salle de bain. Salle de bain dont il avait auparavant pris soin de fermer la porte à clé. C’était l’époque où ma mère m’avait appris, qu’un jour, elle quitterait mon père. Qu’elle était « jeune et fraîche ».

 

C’était aussi l’époque où mon père savait me prévenir de ne jamais me « laisser commander par une femme ». Mais, aussi, que « la femme blanche » était l’ennemie. Ce qui, ensuite, m’a beaucoup aidé dans mes relations amoureuses en France où il y a si peu de femmes blanches.

Cela, tout en étant très content de m’exhiber, comme son fils, à quelques blancs, dont une femme que nous étions, un jour, allés saluer. Cette femme, en me voyant sur le seuil de la porte de son appartement, s’était émerveillée à me voir. Et, ce, à la grande fierté de mon père. Je ne me rappelle pas de la voix ou de la présence d’un homme alors que mon père était parti me montrer à cette dame souriante et plutôt jolie pour ce que mes souvenirs d’enfant ont pu me laisser d’elle. Je devais avoir moins de huit ans. J’étais alors un mignon petit garçon. Je ne faisais alors pas encore trop chier le monde avec mes élucubrations. C’est plus tard que j’ai commencé à mettre une mauvaise ambiance en adoptant certains comportements et en ayant certains propos.

Gare de Paris St Lazare, dimanche 13 février 2022.

 

C’était il y a quarante ans ou plus. Depuis, ma mère et mon père se sont mariés. Et, ils vivent au « pays » où ils sont retournés vivre il y a quelques années.

 

« C’est vrai que, seuls, des fois, on s’ennuie » m’avait dit la mère d’une copine. « Il faut se régénérer, perpétuer son nom… » m’avait informé mon parrain, un jour où je l’avais croisé et où il avait été étonné que je n’aie « toujours pas d’enfants ». J’avais une trentaine d’années. Et, entendre qu’il fallait « se régénérer » m’avait fait ricaner plutôt qu’encouragé.

 

« Il ne faut pas attendre cinquante ans pour faire des enfants ! » m’avait indiqué un peu plus tard, à Montebello, en Guadeloupe, un de mes cousins, mon aîné de deux ou trois ans. J’avais plus de trente ans. J’étais célibataire, sans enfant. Bien que venu rendre visite, j’étais pour lui- qui avait apparemment réussi sa vie puisqu’il avait donné la vie deux fois- ni plus, ni moins, l’équivalent d’un homme sans testicules. Ou qui ne savait pas comment s’en servir.  

Nous étions chez ses parents chez lesquels il était retourné vivre, à près de quarante ans. Après s’être séparé des mères de ses deux filles. Plutôt que de rester seul dans sa maison qui était juste à côté, il me l’avait montrée du doigt. Maison qui était «fermée » m’avait-il appris. Ce cousin « expert » en vie conjugale m’avait expliqué ses séparations par le fait que:

 

« L’homme a une certaine conception de la vie… la femme en a une autre ».

 

 

Demain, c’est la Saint Valentin et l’on va à nouveau nous rappeler que l’Amour peut tout et est plus fort que tout. Lorsque j’étais célibataire, je l’ai beaucoup pensé. Que ce soit lorsque j’accumulais les histoires à la « mords moi le nœud ».  Ou lorsque j’ai concentré tant de solitude que j’étais dans une quête affective régulière. A une époque, le livre Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq m’a beaucoup parlé. Comme son adaptation cinématographique ensuite par Philippe Harel avec lui-même et José Garcia dans son premier grand rôle dramatique.

 

Si j’ai rarement envié la place de ces amis et connaissances qui se sont mariés et ont ensuite fait des enfants selon un protocole bien établi avec, pour certains, l’achat de la maison, j’ai pu davantage leur envier cette impression de « complétude » affective que je voyais chez eux. Alors que moi, je devais assez régulièrement partir à la chasse afin de m’assurer un minimum de subsistance affective. Même si j’ai aussi connu des moments très agréables, tout seul, tranquillement dans mon coin. Sauf que cette solitude demeurait aussi lorsque j’avais à nouveau des besoins affectifs. 

 

J’ai aussi pu être très docte en présence des parents de certaines de mes copines. Je m’entendais bien en général avec les parents de mes copines. Et j’aimais discuter. Je me rappelle avoir placé en plein repas chez les parents d’une de mes copines, avoir lu que beaucoup de couples se séparaient parce-que la femme refusait de faire des fellations. Est-ce mon insouciance ou l’ouverture d’esprit de celle qui aurait pu devenir ma belle-mère ? Mais celle-ci s’était alors mise à rire tandis que le père, lui, n’avait fait aucun commentaire. Et ma copine, d’alors, quant à elle, ne m’en avait pas voulu. Cela n’a pas été ensuite la raison de notre séparation.

 

Aujourd’hui, je trouve que les relations entre les femmes et les hommes sont devenues encore plus difficiles. L’Amour, le désir, il n’y a rien de plus facile. C’est la partie, ou les parties, sans jeux de mots, les plus faciles d’une relation pourvu, bien-sûr, que celles-ci soient partagées.

 

Ensuite, ça se crispe lorsque la relation commence à s’établir ou cherche à s’établir. Selon les mœurs. Selon l’époque. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’un homme a le choix entre être parfait ou être un goret. Qu’est-ce qu’être parfait ? Personne ne le sait vraiment, c’est ça qui est drôle.

 

Gare de Paris St Lazare, dimanche 13 février 2022.

 

Est-ce qu’une personne parfaite, femme ou homme, a plus de chances qu’une autre de plaire ? Bien-sûr que non. Ce serait même plutôt le contraire. Ça, aussi, c’est drôle.

 

Récemment, j’ai prêté à une collègue la trilogie Pusher de Nicholas Winding Refn. J’attends qu’elle me donne son avis. J’ai néanmoins d’abord fait la grimace lorsqu’elle m’a dit, qu’en « échange », elle me prêterait le dernier livre de Mona Chollet, Réinventer l’amour dont j’avais entendu parler et à propos duquel j’ai lu des très bonnes critiques.

Je lui ai exprimé mes réserves. Et cette collègue s’est empressée de me rassurer.

 

Je lis très facilement, je crois, des œuvres de femmes ou ayant trait aux relations humaines comme aux sentiments. Mais il s’exprime désormais, en France, une telle exigence à propos de la façon dont doit ou devrait se comporter à peu près tout homme pour être considéré comme à peu fréquentable pour certaines femmes que je deviens méfiant devant ce type d’ouvrage qui traite de “l’Amour” tel qu’il pourrait ou devrait être entre les hommes et les femmes.

 

Par exemple, je suis désormais très suspicieux lorsqu’un homme, fut-il sincère, se déclare « féministe».  Car, pour moi, ce terme peut être une formule plus qu’une pratique. Comme les termes « communication », « gay friendly », « tolérance » « ouverture d’esprit » qui font très jolis dans une conversation et sont faciles à prononcer. Et sont à la portée de n’importe qui.  En théorie. Comme les termes « chaleureux », « familial », « démocratie », « élégance » peuvent aussi faire très joli dans une présentation ou dans un discours.

 

Certaines expériences et rencontres sont nécessaires pour évoluer et pour apprendre.  Mais pour cela, il faut au moins que deux personnes d’horizons assez différents acceptent de se rencontrer un minimum.  Alors que j’ai l’impression que pour certaines personnes, tous les Savoirs sont innés ou devraient l’être. Non. Même si l’on est volontaire, certains Savoirs doivent s’acquérir et il nous est impossible de les deviner même si ces Savoirs sont évidents pour d’autres.

 

Paris, Place de la Madeleine, Dimanche 13 février 2022.

 

 

Par exemple, certaines personnes croient encore que les enfants sont « le ciment du couple ». Et que les attentions portées en tant que parents aux enfants sont interchangeables avec les attentions portées au départ au couple. Pour ces personnes, être parents, s’occuper des enfants, justifie d’oublier tout ce qui a trait au couple et a pu donner envie à l’autre d’être en couple avec nous.  Ainsi certaines personnes ignorent ou tiennent à ignorer que l’absence ou le manque de fantaisie, la routine, le manque d’optimisme permanent ou répétitif, les tâches quotidiennes et ménagères toujours prioritaires peuvent tuer un couple ou une relation d’une manière générale. 

 

Et si l’Amour et le désir sont les stimulants du départ de feu d’une rencontre, et sont plus glamours, les peurs communes- et souvent invisibles- que l’on partage avec l’autre sont souvent plus «responsables » de ce qui nous pousse à aller vers une personne plutôt que vers une autre. Mais aussi à rester avec elle ou à la quitter.

 

La violence sexuelle meurtrière et condamnable de certains hommes vient peut-être aussi du fait que la sexualité, imposée mais aussi consentie de part et d’autre, reste un critère de jugement moral, d’estime de soi et de la valeur qui nous est attribuée. La sexualité que l’on a nous donne un certain sentiment  d’importance. Mais aussi un certain sentiment de puissance. Y compris en termes de puissance de séduction. L’expression ” être un bon coup” ou “être un bon parti” peut autant s’appliquer à un homme qu’une femme. Que l’on parle de sa valeur et de son prestige social ou de sa valeur sexuelle.

 

Si un homme violeur abuse de sa force et impose sa puissance, il est des femmes qui se sentent aussi puissantes à séduire, y compris sexuellement, des femmes ou des hommes, qu’elles désirent ou convoitent. Un film sorti récemment relate la dernière histoire de l’écrivaine Marguerite Duras avec un homme nettement plus jeune qu’elle et, d’après ce que j’ai compris, si tous deux ont pu aimer parler littérature, Duras a aussi beaucoup apprécié en profondeur le “style” du corps de son dernier amant. On doit pouvoir parler pour elle d’une sexualité résolument carnivore. Et, j’ai cru comprendre qu’Edith Piaf, aussi, avait pu aussi avoir une sexualité particulièrement vorace. Ou Amy Winehouse

Donc, la sexualité peut aussi être une arme de puissance pour une femme. Y compris pour tenir ou retenir une partenaire ou un partenaire. L’expression « tenir quelqu’un par les couilles » me semble très explicite de ce point de vue. Même si, depuis, nous avons connu un ancien Président américain qui a pu se vanter d’être incapable de s’empêcher d’attraper les femmes « par la chatte ».

 

La sexualité, que l’on soit peu ou beaucoup porté dessus, garde, je crois, tant pour les femmes que pour les hommes, une importance particulière dans les relations.

 

Rares sont les personnes, hommes ou femmes, qui se vantent ou se valorisent d’avoir peu de relations sexuelles. Au mieux, certaines personnes affirmeront que la sexualité a pour elles assez peu d’importance ou en a moins qu’à une époque de leur vie. Sauf bien-sûr si ces personnes évoluent dans un univers où la sexualité est limitée à certaines fonctionnalités telles que, au hasard, séduire une partenaire ou un partenaire afin de créer un couple, procréer. Ou si, « bien-sûr », la sexualité est perçue comme une activité amorale ou proscrite.

 

Au départ, je voulais appeler cet article La femme dans l’homme. En m’inspirant un peu de la réponse de l’artiste Catherine Lara à cette question qui lui avait été posée il y a plusieurs années :

 

« Que regardez-vous en premier chez un homme ? ».

Réponse de Catherine Lara : «  Sa femme ».

Paris, dimanche 13 février 2022, Bd Raspail.

 

 Puis, je me suis dit qu’un titre pareil- La femme dans l’homme- était un petit peu trop vieux jeu. Ou que cela ferait “trop” typé hétéro. Puisqu’aujourd’hui, on parle plus facilement de relations amoureuses entre deux personnes du même sexe, mais aussi d’un autre « genre ». J’ai appris récemment que le terme « cisgenre » est un terme qui serait moins discriminant à employer afin d’éviter d’exclure toutes les personnes qui sont extérieures ou étrangères aux normes hétérosexuelles standards.

 

Pourtant, malgré mes « efforts », cet article apparaîtra encore trop normé et trop guindé pour certaines Valentine et certains Valentin. Mais, au moins, aurais-je essayé d’aborder ce sujet de l’Amour avec mes propres pensées et sincérité. Sans me contenter de réciter.

 

Bonne Saint Valentin !

 

Franck Unimon, ce dimanche 13 février 2022.

 

 

 

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Les Maîtres de l’Aïkido

»Posted by on Fév 12, 2022 in Cinéma, self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Les Maîtres de l’Aïkido

Photo de couverture : Morihei Ueshiba au Kobukan Dojo en 1931 à 48 ans. Photo en médaillon : Morihei Ueshiba à l’Aïkikai Hombu Dojo en 1967 à l’âge de 84 ans.

 

Les Maîtres de l’Aïkido (élèves de Maître Ueshiba Période d’Avant Guerre) : Interviews recueillies par Stanley A.Pranin

 

Il existe un contraste saisissant entre l’admiration très haute encore portée à Maître Morihei Ueshiba ( décédé en 1969), fondateur de l’Aïkido, art martial créé au vingtième siècle, par les pratiquants ou les adeptes de l’Aïkido. Et l’image publique de l’Aïkido au moins dans le monde du « combat » sous ses diverses déclinaisons :

 

« Ce n’est pas efficace ». « C’est de la danse ».

 

Ces propos pour définir l’Aïkido sont devenus tellement banals qu’ils sont pratiquement devenus l’équivalent d’un sixième sens. C’est une évidence. Sans même avoir particulièrement pratiqué l’Aïkido, si l’on doit s’orienter vers un art martial ou un sport de combat efficace en matière de self-défense, on choisira plutôt une discipline aux rapports et contacts explosifs, directs, frontaux, brutaux et incapacitants qui nous convaincra, à condition bien-sûr de survivre à l’entraînement comme à son intensité cardiaque, qu’avec quelques coups bien placés, on pourra (se) sauver la mise en cas de rencontre avec un ou plusieurs agresseurs.

 

 Aucun des grands champions actuels ou de ces vingt à trente dernières années, femme ou homme confondus, ne se réclame de l’Aïkido. Que ces combattants évoluent dans des épreuves « traditionnelles » pour un match de boxe, sur un tatamis ou en Free Fight, on entendra souvent formulées dans leur CV des disciplines telles, dans le désordre, que le Ju-Jitsu brésilien, le Pancrace, la Boxe Thaï, la boxe anglaise ou française, le Judo, la lutte, le Sambo, le Pancrace, le Penchak silat, peut-être le Krav Maga ou le Sistema, peut-être le Karaté, peut-être le Kung-Fu.

 

Mais rarement, voire jamais, l’Aïkido.

 

Regards sur l’Aïkido dans la rue et au cinéma

 

 

Si l’on parle du Judo, on peut tomber sur un stade portant le nom du judoka Teddy Riner, judoka français, plusieurs fois champion olympique, multiple champion du monde, et encore en activité. J’ai fait cette découverte cette semaine, alors que j’ai dû changer d’itinéraire pour me rendre au travail vu qu’il se trouvait un colis suspect dans un train à la gare d’Argenteuil. Après avoir pris le bus 140 depuis la gare d’Argenteuil, j’ai ensuite dû me rabattre vers la ligne 13 du métro à Asnières pour me rendre au travail. Là, j’ai découvert ce stade Teddy Riner.

 

 

Je ne connais pas, pour l’instant, de stade Multisports ou de gymnase qui porte le nom de Morihei Ueshiba.

 

Si l’on parle Kung-Fu, plusieurs années après sa mort ( en 1973, soit “seulement” quatre ans après celle de Morihei Ueshiba) l’aura de Bruce Lee reste intacte. Même des journalistes intellectuels émargeant dans les Cahiers du cinéma pourraient raconter dans un livre l’émotion qu’a constituée, plus jeune, pour eux, le fait de voir Bruce Lee au cinéma. En outre, depuis son décès, d’autres personnalités ont perpétué ce prestige du Kung-Fu. Jackie Chan, Jet Li,  Donnie Yen ou des productions cinématographiques américaines telles que Matrix ou Kill Bill voire “françaises” ( Crying Freeman, 1995, par Christophe Gans avec l’acteur/artiste martial Mark Dacascos). Sans oublier bien-sûr d’innombrables productions asiatiques telles The Grandmaster ( 2013) de Wong-Kar WaiThe Assassin ( 2015) de Hsou Hsia Hsien ou encore The Blade ( 1996) de Tsui Hark. Et bien d’autres.

 

Le Karaté ne semble pas souffrir d’une trop grosse décote dans la perception que le grand public en a. En outre, souvent, Kung Fu et Karaté se confondent dans l’esprit de beaucoup de personnes.

 

Le Penchak Silat, art martial indonésien, effectue une percée depuis quelques années au moins depuis le film The Raid ( 2011) avec l’acteur  Iko Uwais. Acteur/artiste martial que l’on peut revoir dans 22 Miles ( 2018) de Peter Berg aux côtés de Mark Whalberg, John Malkovich, Ronda Rousey ( ex championne du monde Free Fight, mais aussi ex-médaillée olympique de Judo auparavant…), Iko Uwais sera apparemment dans Expandables 4 en 2022.

 

 

S’il existe des modes qui poussent davantage le grand public vers certains styles de combat, disons que certaines méthodes de combat déjà « connues » telles que la boxe (thaï, anglaise, française), le judo voire le karaté restent des expériences incontournables au moins pour débuter.

 

Alors que du côté de l’Aïkido, cela se passe différemment. D’abord, d’un point de vue cinématographique, il faut peut-être remonter jusqu’à Steven Cigale ( Seagal, bien-sûr) dans les années 90 pour avoir un héros d’un film à grand succès, adepte de l’Aïkido. Mais Seagal a laissé bien moins de souvenirs qu’un Bruce Lee, qu’un Jackie Chan, qu’un Jet Lee ou qu’un Jean-Claude Vandamme. Donc, concernant la perception de l’Aïkido au cinéma, il y a un déficit grandiose en termes d’images. Aujourd’hui, même l’acteur Jason Statham, que ce soit dans Le Transporteur ou dans Expendables, est bien plus connu que Steven Seagal. Idem pour Keanu Reeves/ John Wick ou Tom Cruise/ Jack Reacher. Aucune de ces grandes vedettes anglo-saxonnes ne pratique devant la caméra un art martial permettant d’identifier ou de penser à l’Aïkido.

 

Par ailleurs, Steven Seagal a peu œuvré pour la crédibilité de l’Aïkido en tant qu’art martial mais aussi comme art….de vivre. Et en parlant « d’art de vivre », on se rapproche de ce qui explique sans doute, aussi, en partie, ce qui peut rebuter dans l’apprentissage mais aussi dans la découverte de l’Aïkido.

 

On peut se battre mais on ne peut pas se battre

 

L’art de vivre, c’est autant la façon de combattre. Que la façon de percevoir le monde et son entourage. Et, dans ces quelques domaines, on peut dire que l’Aïkido tranche beaucoup avec la plupart des arts martiaux, disciplines et formes de combats citées précédemment. Puisqu’à la percussion et au rentre-dedans de ces autres disciplines où le KO ou le Ippon peut être recherché de façon compulsive, l’Aïkido préfère « l’harmonisation » avec l’opposant. Mais, aussi, l’absence de compétition. Donc, on peut se battre. Mais on ne peut pas se battre. Dans un monde où il s’agit d’être le meilleur ou de dominer, l’Aïkido détonne. Surtout lorsqu’on le connaît très mal.

 

La cérémonie du thé

 

Ainsi, Maitre Takako Kunigoshi, née en 1911, la seule femme interviewée parmi les Maitres, a arrêté de pratiquer et d’enseigner l’Aïkido depuis des années lorsque Stanley A. Pranin vient la rencontrer à son domicile d’abord en 1981 puis en 1992. Elle vit alors dans une semi-retraite et donne des cours de Cérémonie du Thé. Une activité qui n’a a priori rien de martiale pour le profane. Jusqu’à ce qu’elle affirme au cours de l’interview :

” Je passe la plus grande partie de mon temps à pratiquer la cérémonie du thé, mais quand je tiens la louche en bambou, c’est comme si je tenais un sabre. J’ai cette sensation et je me souviens de ce que O-Sensei nous disait. Que ce soit la cérémonie du thé ou l’arrangement floral, il existe des points communs avec l’Aïkido car le ciel et la terre sont faits de mouvement et de calme, de lumière et d’ombre. Si tout était continuellement en mouvement il y aurait un complet chaos”. 

Et, plus tard, Maitre Takako Kunigoshi conclut :

 

” (….) je suis persuadée que toutes les nations du globe ont accès à la même vérité. Quand le soleil brille, il y a forcément des ombres. Je pense que l’on peut dire la même chose des arts martiaux”.

 

Kendo et Aïkido 

 

Le Kendo, art martial à la pratique assez confidentielle qui a des points communs avec l’Aïkido, a pour lui  les assauts physiques visibles, audibles et puissants. Alors qu’avec l’Aïkido, on a l’impression que tout se passe ou se passerait en douceur. Comme si l’Aïkido consistait à tomber d’un arbre en se détachant d’une branche à la façon d’une feuille. Ce qui est difficile à faire concilier avec la soudaineté et la violence des attaques et des agressions du monde.

 

Un temps d’apprentissage fastidieux

 

Et puis, il y aussi un autre aspect qui rebute dans l’Aïkido. Et tout enfant en nous a sans doute connu ça, si, un jour, il a eu à choisir entre le judo, le karaté, la boxe thaï ou l’Aïkido. L’Aïkido prend du temps. Il est assez difficile de sortir du premier cours en se disant que l’on a maitrisé une technique. Autant, en judo, en karaté ou en boxe thaï, on peut avoir l’illusion d’apprendre très vite et de voir rapidement nos progrès, autant en Aïkido, le temps d’apprentissage peut devenir fastidieux. Décourageant. Frustrant. Très technique, très exigeant, l’Aïkido refuse sans doute durement les erreurs de placement comme d’intention. Alors que dans d’autres disciplines, on peut plus facilement  masquer ou compenser – ou essayer de le faire- nos lacunes techniques par notre engagement physique et notre « combativité ».

 

Quelques Maitres actuels qui s’y « connaissent » en Aïkido

 

Je parle d’Aïkido mais je n’en n’ai jamais pratiqué. J’ai lu à son sujet. J’ai croisé deux ou trois personnes, deux ou trois Maitres, encore vivants, qui, eux, le pratiquent et l’enseignent chacun à leur manière à Paris et ailleurs :

Maitre Jean-Pierre Vignau ( Arts Martiaux : un article inspiré par Maitre Jean-Pierre Vignau), Maitre Régis Soavi ( Dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda/ séance découverte), Maitre Léo Tamaki (Dojo 5).

C’est du reste en lisant une des interviews réalisées par Maitre Léo Tamaki que j’ai fait la connaissance de Maitre Jean-Pierre Vignau avec lequel j’ai commencé à pratiquer depuis deux semaines. Et c’est en lisant ou en regardant, je crois, une interview de Maitre Léo Tamaki que j’ai entendu parler pour la première fois de Stanley A. Pranin et de cet ouvrage. C’est aussi en regardant une vidéo d’une rencontre entre Greg MMA et Léo Tamaki et en écoutant celui-ci faire un peu l’historique de l’Aïkido que j’ai commencé à avoir une autre perception de l’Aïkido et à davantage le voir pour ce qu’il est à l’origine : un Art martial. 

L’association de la pratique d’un haut niveau, d’une bonne culture concernant la discipline enseignée et d’un goût pour la pédagogie me semble bien définir Maitre Léo Tamaki.

C’est ce que je recherche chez un Maitre ou un enseignant. Aptitudes que j’ai aussi trouvées chez Maitre Jean-Pierre Vignau ainsi que chez Maitre Régis Soavi. Mais aussi chez Yves,  Jean-PierreCarmelo et d’autres moniteurs d’apnée ( ou de plongée) rencontrés dans le club d’apnée – et ailleurs- où je m’entraîne aussi. Ou chez Jean-Luc Ponthieux, mon ancien prof de guitare basse au conservatoire d’Argenteuil. Lorsque je croyais encore pouvoir apprendre à en jouer. Sans pratiquer régulièrement et avec les autres….

 

Quelques enseignements de ce livre de Stanley A. Pranin

 

Ce livre d’interviews paru en 1993 dans sa version anglaise puis en 1995 dans sa version française est désormais assez difficile à trouver. On le trouve en seconde main à un prix assez élevé. J’ai acheté le mien environ 60 euros. Je ne le regrette pas.

 

La plupart des personnes, pour ne pas dire pratiquement toutes celles interviewées et impliquées dans cet ouvrage, ainsi que l’intervieweur, Stanley A. Pranin, sont désormais décédées ce vendredi 11 février 2022 alors que débute la rédaction de cet article.

 

Et ces personnes sont décédées depuis plusieurs années. ( Stanley A. Pranin, né en 1945, est lui-même décédé en 2017). Elles n’entendront jamais parler de la pandémie du Covid, de Gérald Darmanin, du pass vaccinal….

 

Mais grâce à Stanley A.Pranin, à son abattage et à sa culture considérables au moins dans le domaine de l’Aïkido, abattage et culture dont ce livre rend très bien compte, on apprend un peu mieux ce qu’est ou peut-être l’Aïkido. Car l’Aïkido, finalement, reste un art mystérieux. Voire “fantôme”. 

 

 

Premier enseignement : une certaine polyvalence martiale.

 

Cela m’a pris du temps pour le comprendre et cela se vérifie à nouveau avec ces Maitres interviewés (une seule femme parmi ces Maitres, Maitre Takako Kunigoshi, c’est dommage et cela rend aussi son témoignage d’autant plus important) qui ont été élèves de Maitre Ueshiba avant la Seconde Guerre Mondiale :

 

Tous les Maitres d’Arts martiaux, quelle que soit la discipline ou l’Art martial qu’ils décident ensuite d’enseigner, ont souvent un gros bagage d’expériences dans plusieurs arts martiaux ou techniques de combats. « Gros bagage », cela signifie qu’ils ont souvent un bon voire un très bon niveau dans d’autres disciplines martiales. Niveau obtenu au moins grâce à une certaine quantité d’entraînements. Dans ce livre, on apprend par exemple que les Uchideshis s’entraînaient…quatre fois par jour. Et on ne parle là que de leur pratique de l’Aïkido avec Maitre Ueshiba. On ne parle pas du vécu martial qu’avaient déjà ces uchideschis avant de rencontrer Maitre Ueschiba. La plupart de ces Maitres avaient souvent débuté enfants leur apprentissage martial. Et on parle d’un peu plus que deux à trois séances d’entraînement.

Ainsi, Maitre Ueshiba, avant de faire la rencontre de Maitre Sokaku Takeda qui allait lui enseigner le Daito-Ryu, un art martial six fois centenaire et secret, qui, en grande partie, allait lui inspirer l’Aïkido, avait auparavant vécu diverses expériences martiales soutenues. Un des Maitres interviewés décrivant Maitre Ueshiba comme une personne qui écumait en quelque sorte les lieux d’enseignement martial. Tant il aimait ça ! Par ailleurs, Maitre Ueshiba avait pu compter sur le soutien moral mais aussi financier de son père et d’un de ses oncles. Tant pour faire venir et  héberger un professeur de judo émérite et réputé à la maison pour des cours particuliers. Que pour faire construire un dojo pouvant permettre à Maitre Ueshiba, devenu adulte, de pratiquer et d’enseigner dans de bonnes conditions.

 

A cette ferveur martiale, Maitre Ueshiba allait ajouter une ferveur religieuse au travers de la secte religieuse Omoto suite à sa rencontre avec le prédicateur Onisaburo Deguchi. A la lecture de cet ouvrage, on comprend que les deux ferments de cette ferveur ont beaucoup contribué à transformer Maitre Ueshiba en ce futur fondateur de l’Aïkido qu’il est ensuite devenu. 

 

Second enseignement : une ferveur martiale et spirituelle.

 

Car tous ces Maitres interviewés par Stanley A. Pranin se caractérisent par un engagement profond dans l’apprentissage de leur pratique. Non seulement, elles et ils s’entraînaient régulièrement. Mais, en plus, avec implication. L’esprit « il fait froid et il pleut aujourd’hui, je n’ai pas trop envie de sortir m’entraîner » ne faisait pas partie d’eux. On parle ainsi, au moins, de Maitre Gozo Shioda ( également interviewé dans ce livre) qui venait au cours « religieusement ». Mais aussi du même, qui, comme d’autres Uchideshis, avait « les larmes aux yeux » – tant l’entraînement pouvait être douloureux- lorsqu’il servait de Uké à Maitre Noriaki Inoue dont l’interview ouvre le livre.

 

Le jour du « Shinaï »

 

Par ailleurs, les élèves étaient incités à donner constamment le meilleur d’eux-mêmes. L’entraînement pouvait être sévère, sans doute militaire, voire humiliant. Un des Maitres (Maitre Kiyoshi Nakakura )raconte comment il avait été brutalement puni pour, négligemment, peut-être sous l’effet de la fatigue, avoir marché sur le shinaï d’un de ses camarades. On est donc très loin d’une expérience du sport loisirs ou du sport Fitness ou Crossfit telle qu’elle s’est développée dans les pays occidentaux depuis les années 80. Ou il s’agit principalement de perdre des calories, de sculpter sa silhouette pour des raisons esthétiques et narcissiques. Et non d’apprendre à vivre ou à se connaître, en quelque sorte.

 

Pour se faire une idée du quotidien d’un Uchideshi, un élève qui reste sur place auprès du Maitre qui l’accepte et le forme, on peut se procurer le livre de Maitre Jacques Payet, Uchideshi ( Dans les pas du Maître), paru en 2021. Maitre Jacques Payet a été un des élèves de Maitre Gozo Shioda pendant cinq ans dans les années 80 durant cinq ans au Japon. Pour cela, Jacques Payet avait quitté La Réunion, son île natale, alors qu’il ne parlait pas ou très peu Japonais. J’ai aimé lire son livre il y a plusieurs mois. Un livre que je n’ai malheureusement pas-encore- pris le temps de chroniquer pour l’instant. Car j’avais alors opté pour parler d’un livre consacré à l’actrice… Béatrice Dalle ( Que Dalle un livre sur l’actrice et comédienne Béatrice DalleBéatrice DalleBéatrice Dalle, trois fois..)

 

Espérons que cette distraction ne me portera pas préjudice. Et que je n’aurai pas à connaître pour cela le même châtiment que Maitre Kiyoshi Nakakura «  le jour du Shinaï ».

Pour l’instant, à Paris, pour le peu que j’ai vu, c’est au Dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda de Maitre Régis Soavi, que l’on se rapproche le plus, de manière atténuée, du quotidien d’un Uchideshi “traditionnel”. Pour les horaires matinaux des cours ( à 6h30, en semaine, à 8h les week-end)du lundi au vendredi. Pour l’implication personnelle des pratiquants dans l’entretien et la vie du lieu. ( Dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda/ séance découverte et Trois Maitres + Un).

 

Enfin, dans Les Maitres de l’Aïkido, on comprend facilement en lisant les réponses et les témoignages de ces Maitres- et de Maitre Takako Kunigoshi– que l’Aïkido qu’ils pratiquaient n’avait strictement rien à voir avec cette « danse » à laquelle il peut être aujourd’hui régulièrement associé. Et que c’est un art martial « efficace » pour qui le maitrise et le comprend.

 

Un ami des chiens

 

Dans son interview, Maitre Gozo Shioda raconte par exemple comment, à une époque, il allait s’entraîner au petit matin, en allant en quelque sorte défier des chiens sauvages du voisinage. Il évoque le fait d’avoir été mordu quelques fois et parle aussi de ce moment où les yeux des chiens deviennent « vitreux », expliquant que cela signifie qu’ils vont attaquer. Et, lorsqu’ensuite, Maitre Gozo Shioda regrette la mort de ces chiens, il est difficile de savoir s’il est triste d’avoir perdu des « compagnons » d’entraînement. Ou s’il regrette d’avoir dû les tuer lors d’un de ses entraînements. Quoiqu’il en soit, ce genre d’anecdote, racontée en toute simplicité, contredit la vision de l’Aïkido comme étant un art martial inoffensif. Car, à ce jour, je n’ai pas encore entendu parler d’un pratiquant de boxe anglaise, de Krav Maga, de Pancrace, de Ju-jitsu brésilien ou autre qui serait régulièrement parti au petit matin afin de s’entraîner à combattre, seul et à mains nues apparemment, des chiens errants.

 

 

Aïkido et Zen

 

L’interview de Maitre Kisshomaru Ueshiba, un des fils de Maitre Ueshiba, clôture l’ouvrage. Maitre Kisshomaru Ueshiba est celui qui a prolongé l’œuvre de son père et a contribué à la reconnaissance internationale de l’Aïkido. Que ce soit par des enseignements, des ouvrages ou en autorisant le départ d’instructeurs japonais à l’étranger.

Dans son interview, pleine de franchise, franchise également présente dans les autres interviews, Maitre Kisshomaru Ueshiba souligne l’importance de la spiritualité dans la pratique de l’Aïkido.

 

Ainsi, il dit vers la fin de son interview (synthèse d’interviews réalisées à son domicile entre 1978 et 1988) :

 

« Mon Aïkido insiste sur l’esprit ( Kokoro). En Aïkido, le mental est important. Mon père avait crée cette discipline comme une voie chevaleresque qui ne comprenait aucune compétition ».

 

(….) « D’une certaine manière, il existe une correspondance entre l’Aïkido et le Zen. Notre discipline implique un complet changement des formes mentales (….) ».

 

J’aimerais que cet article puisse contribuer à restaurer l’image de l’Aïkido mais aussi à mieux comprendre l’un des buts des Arts Martiaux qui consiste aussi à apprendre que : Toujours chercher à être ou à devenir le plus fort ou la plus forte, c’est aller à sa perte.

 

 

Franck Unimon, ce vendredi 11 février 2022.

 

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