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Addictions

Les cinquante Temps de Marmottan

A la Cigale, décembre 2021.

 

Les Cinquante Temps de Marmottan

 

 

 

C’est venu avec le temps.

 

 

De temps Ă  autre, dans une Ĺ“uvre ou parce-que nous sommes les porte-frontières d’une certaine « curiositĂ© Â», nous parviennent quelques informations sur des systèmes et des planètes Ă©loignĂ©es. Des endroits et des histoires survenues avant nous, qui nous survivront, et oĂą nous n’avons pas le souvenir ou l’expĂ©rience d’avoir jamais mis les pieds.

 

Nous entendons alors parler de cycles, de satellites en orbite, de révolutions autour du soleil, de conditions particulières et hors normes qui seraient pour nous, les communs des mortels, impossibles à vivre ou à approcher.

 

A moins de l’imaginer.

 

Marmottan m’a peut-ĂŞtre fait cet effet-lĂ . Parce-que je ne savais pas ce que je savais. Parce-que, pour savoir, il faut partir  un peu de soi.

 

Partir un peu de soi : Qui est Marmottan ?

 

 

Marmottan a fêté ses cinquante ans l’année dernière, en décembre 2021.

 

 

Qui est Marmottan ?

 

Pendant des années, pour moi, Marmottan était un personnage à part entière de l’Histoire de la Psychiatrie.

 

C’était aussi un nom : Olivenstein.

 

Un texte écrit par un patient de Marmottan, visible à Marmottan lors des journées portes ouvertes qui ont suivi le cinquantenaire à la Cigale.

 

Lorsque j’ai commencé à travailler de manière établie en psychiatrie à Pontoise, en 1992-1993, Olivenstein était encore vivant.

 

Infirmier Diplômé d’Etat en 1989, en 1992, j’avais décidé de rompre avec les services de soins généraux (médecine, chirurgie…) ainsi qu’avec une certaine culpabilité de les quitter.

 

Parce qu’être un vĂ©ritable infirmier, cela consistait Ă  se rendre utile dans les services de soins gĂ©nĂ©raux. A  ĂŞtre capable de performer, de faire et de rĂ©pĂ©ter quelque chose de concret et d’immĂ©diatement vĂ©rifiable :

 

Poser des perfusions, poser des sondes urinaires, faire des pansements et des prises de sang.  Transfuser. Faire, poser, reproduire.  Surveiller. RĂ©aliser les prescriptions.

Mais aussi : se taire. Suivre. Subir. ExĂ©cuter. ObĂ©ir.

 

Après trois annĂ©es de tentatives variĂ©es dans les services de soins gĂ©nĂ©raux ou soins somatiques, par intĂ©rim, ou par vacations, jusqu’à Margate, en Angleterre, durant pendant un mois,  la psychiatrie adulte avait fini par rĂ©apparaĂ®tre, de façon idĂ©alisĂ©e, comme Ă©tant plutĂ´t l’opposĂ©.

 

Comme une expérience qui m’avait plu.

 

En psychiatrie, j’avais le sentiment d’être moi-mĂŞme. De me rĂ©unifier. De me retrouver. De me reconstituer. De me dĂ©couvrir. Et cela m’étonnait que ce mĂ©tier d’infirmier qui, depuis ma formation, avait sans scrupules piĂ©tinĂ© mes thĂ©ories de lycĂ©en pour me dĂ©charger  dans la benne du monde du travail et de celui des adultes devienne….agrĂ©able. Tant dans mes relations avec les patients qu’avec plusieurs de mes collègues plus âgĂ©s et majoritairement diplĂ´mĂ©s en soins psychiatriques.

 

Ma rencontre avec ce service de psychiatrie adulte en tant qu’infirmier, alors que j’avais 24 ans, a selon moi décidé de la continuité de ma carrière. Je crois encore que sans cette expérience en tant qu’infirmier, dans ce service de psychiatrie adulte où j’avais effectué un stage lors de ma troisième année d’étude d’infirmier, que j’aurais trouvé en moi la ressource de changer de métier.

 

 

Aujourd’hui, en 2022, certaines personnes ont « besoin Â» d’un livre comme Les Fossoyeurs de Victor Castanet pour apprendre que les conditions de travail dans les Ă©tablissements de santĂ© peuvent ĂŞtre de plus en plus Ă©pouvantables. Alors que pour moi, dès mes Ă©tudes d’infirmier entre 1986 et 1989, le travail d’un infirmier dans les services d’hospitalisation de soins gĂ©nĂ©raux s’apparentait dĂ©jĂ  beaucoup Ă  du travail Ă  la chaine, comme sur les chaines de montage dans une usine.

 

On peut aimer « Ă§a Â»  par tempĂ©rament ou Ă  un moment de sa vie personnelle et professionnelle. Lorsque l’on aime ou que l’on veut que « Ă§a bouge Â». Lorsque l’on ne supporte pas d’être lĂ  Ă  « rien faire Â».

 

Sachant que pour certains, le fait d’écouter et de penser ; ou d’apprendre Ă  penser par soi-mĂŞme ou de prendre du temps face Ă  quelqu’un d’autre qui se comporte ou se prĂ©sente de manière « Ă©trange», « bizarre Â», « anormale Â», « incomprĂ©hensible Â» voire « dangereuse Â» pour lui mĂŞme ou pour autrui, c’est ne « rien faire Â».

 

 

Un DJ dĂ©cĂ©dĂ© l’annĂ©e dernière ou l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, a Ă©crit dans un livre quelque chose comme : «  En fait, j’ai commencĂ© Ă  dĂ©tester tout ce qui pouvait m’empĂŞcher ou empĂŞcher de danser Â».

 

Hé bien, pour ma part, j’ai commencé à travailler en psychiatrie et eu besoin d’y travailler car, à 24 ans, j’avais commencé à détester tout ce qui pouvait m’empêcher de penser. Sauf qu’alors, je ne pouvais pas l’exprimer de cette manière. Il n’y a qu’aujourd’hui que je peux l’écrire comme ça. Presque trente ans plus tard. C’est venu avec le temps.

 

 

Un certain apprentissage de la psychiatrie et de la Santé Mentale

 

 

Au lycĂ©e, j’aimais apprendre. J’aimais aussi comprendre ce que j’apprenais. Le par cĹ“ur sans comprĂ©hension de ce que j’apprenais m’était insupportable y compris lorsque je le voyais chez les autres.

 

Mes études d’infirmier en soins généraux ont été très éprouvantes. Intellectuellement, je trouvais assez peu mon compte. Ni en stage, ni lors des cours théoriques. Et je devais apprendre des notions médicales vers lesquelles, spontanément, je ne serais jamais allé. Mais impossible de faire autrement car, pour pouvoir protéger et sauver des vies, il faut bien apprendre certaines notions de l’anatomie et de la physiologie. Et, pour me sauver de la déchéance du chômage et gagner ma vie, il me fallait trouver un emploi.

 

J’ai donc dĂ» ingurgiter des connaissances par cĹ“ur durant ces Ă©tudes d’infirmier. Des  connaissances dont nos propres monitrices nous ont dit un jour que nous n’en retiendrions qu’à peu près « dix pour cent Â». Fort heureusement, j’ai rencontrĂ© dans mon Ă©cole d’infirmières des personnes qui, humainement, m’ont fait du bien. Dont une amie avec laquelle je suis toujours en contact.

 

J’ai appris Ă  travailler en psychiatrie en partant de moi. En vivant des situations. En regardant et en Ă©coutant faire. En me trouvant des modèles parmi mes collègues. En discutant avec des collègues en lesquels j’avais confiance. En les interrogeant. En gambergeant. En faisant des erreurs et en m’en rappelant. En lisant certaines fois Ă  droite ou Ă  gauche. Mais pas toujours des ouvrages ou des articles rĂ©servĂ©s Ă  la psychiatrie. 

 

Je n’ai pas appris la psychiatrie par cĹ“ur.  Et j’ai beaucoup de mal avec ces professionnels capables de vous rĂ©citer par cĹ“ur certaines thĂ©ories psychanalytiques et autres, si, par ailleurs, je les trouve ou les pressens « mauvais Â» en situation clinique.

 

Mais il y a bien évidemment certaines connaissances théoriques et autres à mémoriser. Que ce soit concernant certains effets possibles des traitements ou à propos de certaines attitudes à savoir éviter ou à développer en soi.

 

Entendre parler de Marmottan

 

J’ai appris des autres. Et je continue d’apprendre des autres chaque fois que c’est possible.

C’est comme cela que j’ai entendu parler de Marmottan, je pense, dans les années 90. J’avais entendu parler de Francis Curtet au collège, en 3ème, par ma prof de Français. Mais je n’avais pas retenu qu’il avait un rapport avec Marmottan.

 

Marmottan, pour moi, faisait partie de ces services emblématiques de la psychiatrie en France. Avec le CPOA, la clinique de La Borde, les UMD…

 

Et lorsque j’écris « emblĂ©matiques Â», cela signifie que ces endroits se distinguaient des services de psychiatrie traditionnels. Il s’y dĂ©roulait quelque chose de particulier. D’assez hors norme. Je croyais mĂŞme que Marmottan Ă©tait en quelque sorte un hĂ´pital Ă  lui tout seul. Et le savoir me suffisait et m’a suffi pendant longtemps.

 

Jamais, dans les annĂ©es 90, je n’ai fait la moindre dĂ©marche afin d’en savoir plus sur Marmottan, situĂ© rue ArmaillĂ©, pas très loin des Champs ElysĂ©es oĂą je pouvais me rendre assez facilement. Ne serait-ce que pour aller au cinĂ©ma ou pour me rendre au Virgin Megastore qui existait encore.

 

Aujourd’hui, je crois avoir choisi d’aller travailler en psychiatrie pour ne pas devenir fou. Mais, aussi, pour mieux comprendre ma propre folie. Et mieux comprendre d’où elle venait. Certains ont peur d’aller travailler en psychiatrie pensant que cela va les perturber irrémédiablement. Et cela peut en effet perturber, ou plutôt déstabiliser, la conscience comme les connaissances que l’on a de soi que d’aller travailler dans un service de psychiatrie :

A Marmottan, lors de la journée Portes Ouvertes.

Nos certitudes, nos croyances, nos apparences, aussi, peuvent se retrouver contestĂ©es ou abattues face aux divers miroirs de la psychiatrie. Surtout lorsque l’on ne « fait rien Â» et qu’il devient plus difficile de se fuir, et de fuir nos propres pensĂ©es, Ă©motions et sentiments, dans une certaine activitĂ© frĂ©nĂ©tique. Il  peut ĂŞtre  plus facile de couler dans du mouvement certaines Ă©motions et certaines pensĂ©es plutĂ´t que de les laisser remonter jusqu’Ă  affluer Ă  la surface de soi. Surtout si l’on a une image et une de soi monstrueuse ou dĂ©sastreuse.

 

Et, aujourd’hui, je crois avoir décidé, à un moment donné, d’avoir tenté de travailler à Marmottan parce-qu’il y a des années que je crois que, de même que j’aurais pu être un psychotique hospitalisé en psychiatrie, j’aurais aussi pu devenir une personne dépendante à des substances. Mon histoire personnelle, selon mes croyances, aurait pu me faire converger vers ce genre d’état. Or, à ce jour, même si j’ai pu redouter de devenir addict à des substances, plus que de devenir psychotique, cela n’est pas arrivé.

 

J’ai cĂ´toyĂ© et rencontrĂ© des personnes qui ont connu des dĂ©pendances dès l’enfance (l’alcoolisme d’un oncle plutĂ´t bien tolĂ©rĂ© dans la famille ) puis ensuite Ă  l’adolescence et adulte. Des personnes dont j’ai pu ĂŞtre proche (une ex qui avait besoin de fumer cinq Ă  dix joints par jour) ou moins. Cependant, j’étais le « SuĂ©dois Â» de service comme m’avait affectueusement surnommĂ© un ami infirmier psy, ancien hĂ©roĂŻnomane, et assez portĂ© sur la boisson festive. Sobre, dans la maitrise ou le contrĂ´le permanent selon l’analyse que l’on en fait.

 

Sobre, oui, en ce qui concerne les substances. Mais pas pour d’autres addictions.

 

 

Addictions sans substance

 

 

Lorsque j’ai postulĂ© pour travailler Ă  Marmottan, j’étais sĂ»r de moi. J’allais ĂŞtre pris. J’avais des annĂ©es d’expĂ©rience en psychiatrie adulte et en pĂ©dopsychiatrie. J’étais un homme. Et je savais, pour ĂŞtre passĂ© auparavant Ă  Marmottan et y avoir discutĂ© avec certains professionnels qui y travaillaient alors,  qu’il n’était pas nĂ©cessaire d’avoir une expĂ©rience en tant que consommateur de substances ou en addictologie pour y ĂŞtre embauchĂ© comme infirmier. Marmottan recrutait des profils divers. Cependant, il y avait des règles très strictes Ă  Marmottan sur certains sujets.

 

Tout comportement violent ou considĂ©rĂ© inacceptable ( relations sexuelles…) , toute consommation de substance dans le service ou tout propos homophobe vaudrait exclusion de ce service ouvert. Cela me convenait.

 

Pourtant, je n’ai pas Ă©tĂ© retenu pour le poste. De mon entretien, dans la bibliothèque, face Ă  deux mĂ©decins et Ă  la cadre de pole d’alors, je me rappelle entre-autres de cette question posĂ©e par Mario Blaise, dĂ©jĂ  mĂ©decin chef de Marmottan :

 

« Avez-vous des addictions ? Â».

Paris, le magasin Printemps, ce mardi 2 mars 2022 vers 21h.

 

Pour toute personne un peu formée ou sensibilisée aux addictions, c’est une question banale. Comme demander l’heure à quelqu’un. La réponse est facile.

 

Pourtant, j’ai rĂ©pondu “superbement” :

 

« Non, je n’ai pas d’addictions ! Â». J’étais sĂ»r de moi. Bien qu’un peu dĂ©contenancĂ©, et aussi un peu mal Ă  l’aise, j’étais sĂ»r de moi. Je n’avais pas d’addictions. Pas de ça avec moi ! J’étais le “SuĂ©dois”. Celui qui, au milieu de personnes dans un Ă©tat d’ébriĂ©tĂ© avancĂ©, ou qui, face Ă  quelqu’un qui fumait son joint, ne se sentait pas incommodĂ©. Celui qui ne faisait pas de cauchemars après avoir « frayĂ© Â» avec des patients psychotiques….

 

Paris, fin février 2022.

 

Pour moi, addictions rimait encore exclusivement, consciemment, avec les substances. J’avais pourtant bien compris que, dans ma propre vie, certaines situations contraignantes ou douloureuses avaient pu se rĂ©pĂ©ter ou pouvaient encore se rĂ©pĂ©ter sans que je parvienne vĂ©ritablement Ă  m’en dĂ©barrasser. Mais je n’avais pas encore fait le rapprochement. Pour moi, Ă  ce moment-lĂ , les addictions avaient plus Ă  voir avec leur forme la plus visible physiquement mais aussi la plus renommĂ©e et la plus condamnĂ©e moralement et pĂ©nalement :

 

Les addictions avec substances.

On a peut-ĂŞtre du mal Ă  lire, mais dans cet article, Olivenstein dĂ©monte le film ” Moi, Christiane F…”. Il en veut en particulier au fait d’avoir choisi David Bowie pour jouer dans le film. Car celui-ci, en tant que Rock star, valorise/hĂ©roĂŻse la consommation de substances. ( A Marmottan, Ă©galement lors des journĂ©es portes ouvertes).

 

 

Cette nuit encore, alors que  je finissais d’Ă©couter un podcast dans lequel tĂ©moigne une jeune Française qui, sous l’effet d’une radicalisation islamiste, est partie vivre dans l’Etat Islamique en Syrie en 2013, ma bĂ©vue m’est Ă  nouveau apparue Ă©vidente. Lorsque celle-ci a parlĂ© de “cage”. Cette jeune femme, dans ce podcast qui comporte quatre Ă©pisodes, raconte comment, pour elle, partir en Syrie, avait d’abord Ă©tĂ© un moyen de quitter la cage dans laquelle elle se trouvait dans sa famille. En espĂ©rant trouver mieux ailleurs. En rencontrant quelqu’un, Ă  un moment donnĂ© de sa vie, qui lui a promis le meilleur en Syrie en venant vivre dans l’Etat Islamique. Cette rencontre aurait pu ĂŞtre un proxĂ©nète, une mère maquerelle, un dealer. Pour elle, cette rencontre a Ă©tĂ© une personne qui l’a sĂ©duite. Cela a Ă©tĂ© rapide et facile.

 

Car elle Ă©tait “disponible” pour ce genre de rencontre Ă  cette pĂ©riode de sa vie.  Parce-que cette croyance idĂ©ologique collait bien, Ă  cette pĂ©riode de sa vie,  avec son patrimoine personnel et culturel. Et que cette croyance idĂ©ologique, mais aussi cette fuite en Syrie, lui apparaissaient ĂŞtre la bonne dĂ©cision.

Cette jeune femme, devenue mère en Syrie est revenue en France six ans plus tard ( en 2019). Et  s’est officiellement dĂ©tournĂ©e de cette croyance islamiste. Elle a pu dire qu’en quittant la France et sa famille, elle avait finalement quittĂ© une cage pour une autre cage. Mais aussi que partir de chez ses parents Ă©tait la “bonne dĂ©cision” mais que la destination choisie Ă©tait “mauvaise”. Elle s’en est rendue compte une fois sur place, en Syrie. 

 Je me suis dit que c’est exactement ce qui peut se passer pour une personne dĂ©pendante avec une substance. MĂŞme si on peut chercher une substance avant tout pour le plaisir. Le mot plaisir a Ă©tĂ© prononcĂ© lors du cinquentenaire de Marmottan.  

Au dĂ©but, c’est très bien, c’est merveilleux, c’est exceptionnel, on vibre. La suite est moins agrĂ©able. Rencontre. PersonnalitĂ©. Cage. On peut remplacer le produit par une croyance ou par une pratique lorsque l’on parle d’addiction. 

 

Il y a sĂ»rement d’autres raisons que mon “incapacitĂ©” Ă  rĂ©pondre favorablement Ă  cette question sur “mes” Ă©ventuelles addictions pour expliquer mon Ă©chec Ă  cet entretien lorsque j’ai postulĂ© pour Marmottan. Comme le simple fait d’avoir envie ou non de travailler avec moi ou de se sentir Ă  l’aise en ma prĂ©sence. Mais mon ignorance hardie, bien qu’assumĂ©e car j’ai ouvertement dit que je ne connaissais pas grand chose dans le domaine des addictions, m’a peu aidĂ© Ă  convaincre de m’embaucher. Puis, par la suite, devant ces Ă©checs ( j’ai postulĂ© trois fois), j’ai dĂ©veloppĂ© une ambivalence Ă  l’idĂ©e de travailler Ă  Marmottan. Peut-ĂŞtre une ambivalence qui peut se retrouver chez toute personne envers son addiction.

 Chaque fois que je suis retournĂ© travailler en remplacement Ă  Marmottan, je m’apercevais que je me sentais suffisamment appropriĂ© : je ne regardais pas ma montre en Ă©tant pressĂ© que ça se termine. Tout en sachant que j’avais beaucoup Ă  apprendre. Je m’y sentais suffisamment bien. Pourtant, il m’est aussi arrivĂ© de me dire que ce n’Ă©tait pas pour moi. Que je n’Ă©tais peut-ĂŞtre pas fait pour y travailler. Que j’allais me faire rouler dans la farine. Ou que je ne saurais pas conseiller ou accompagner comme il se devait certains patients. Que je ne saurais pas leur rĂ©pondre.

 

 

Marmottan, le service spécialisé dans le traitement des addictions

 

 

J’ai nĂ©anmoins eu la chance de venir faire des remplacements, avant et après ma postulation Ă  Marmottan, Ă  peu près une quinzaine de fois en tant qu’infirmier. Et, lorsque j’écris Marmottan, car il faut le prĂ©ciser, je parle bien-sĂ»r du service spĂ©cialisĂ© dans le traitement des addictions.

 

Parce-que si le service spécialisé (hospitalisation et accueil) dans les addictions est connu sous le nom de Marmottan, Marmottan est aussi un endroit où se trouvent un CMP pour patients adultes où se trouve une consultation pour adultes pédophiles. Ainsi qu’un hôpital de jour de psychiatrie adulte. Deux services (le CMP et l’hôpital de jour) qui sont indépendants du service consacré au traitement des addictions. Même si ces deux services (le CMP adulte et l’hôpital de jour) sont aussi situés dans le même bâtiment, rue Armaillé dans le 17 ème arrondissement de Paris.

 

Il  y a aussi le musĂ©e Marmottan qui se trouve Ă  cĂ´tĂ©. Un musĂ©e bien rĂ©fĂ©rencĂ© que l’on peut visiter et qui n’a rien Ă  voir avec le service.

 

Le Marmottan dont je parle, initialement, faisait partie de l’hĂ´pital psychiatrique Perray-Vaucluse. HĂ´pital par lequel j’ai Ă©tĂ© recrutĂ© en juillet 2009. C’est Ă  cette occasion que j’ai compris que « le Â» Marmottan dont j’avais entendu parler depuis des annĂ©es Ă©tait un service. Et que ce service faisait partie du mĂŞme hĂ´pital que celui qui m’employait.

 

Lorsque l’on parlait de grands Ă©tablissements psychiatriques en rĂ©gion parisienne, les Ă©tablissements hospitaliers auxquels je pensais principalement  Ă©taient :

 

Maison Blanche ; Ville-Evrard ;  Ste-Anne ; Voire Villejuif ou Paul Guiraud. 

 

J’ai dĂ©couvert l’existence du groupe hospitalier psychiatrique Perray-Vaucluse tardivement. Et par hasard. Vers la fin des annĂ©es 2000. Il y a une explication gĂ©ographique Ă  cette ignorance. L’Etablissement Perray-Vaucluse est situĂ© dans l’Essonne. Soit dans un dĂ©partement oĂą je n’ai jamais eu d’attache ou de domiciliation. Puis mon ignorance culturelle, comme celle de mes collègues, de la Psychiatrie a fait le reste.  J’ai connu la psychiatrie de Pontoise parce-que j’habitais Ă  Cergy Pontoise durant mes Ă©tudes d’infirmier et que j’y rĂ©sidais encore lorsque j’avais commencĂ© Ă  y travailler en psychiatrie adulte.

 

L’hôpital psychiatrique Perray-Vaucluse, comme les autres, est au moins centenaire. Absorbé par Maison Blanche il y a quelques années, il fait désormais partie du GHU Paris Ste Anne qui comporte la fusion des établissements Perray-Vaucluse, Maison Blanche et Ste Anne. Soit un ensemble de services intra-hospitaliers mais aussi extra-hospitaliers de santé mentale ( psychiatrie adulte, addictions, soins généraux ou somatiques, pédopsychiatrie…).

 

A la Cigale, lors du centenaire de Marmottan. Assis, Ă  gauche, le Dr Mario Blaise, chef du PĂ´le Marmottan-La Terrasse, GHU Paris. Sur sa droite, un des praticiens de Marmottan, le Dr Bertrand. Tout au bout Ă  droite, un des anciens praticiens de Marmottan, Aram Kavciyan, dĂ©sormais psychiatre chef du service d’addictologie au CH de Montfavet depuis des annĂ©es. Je crois que la personne debout en train de parler est une accueillante de Marmottan. J’ai oubliĂ© la fonction de la dame assise.

 

Marmottan/ Olivenstein/ Personnalité/ Antipsychiatrie

 

 

Marmottan a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en 1971, par Claude Olivenstein. Lors du cinquentenaire, j’ai appris qu’il y avait deux ou trois autres mĂ©decins avec lui pour fonder Ă  Marmottan le service spĂ©cialisĂ© dans le traitement des addictions. Mais lorsque l’on dit Marmottan, encore aujourd’hui, pour beaucoup d’un certain âge, on pense aussitĂ´t : Olivenstein.  

 

Son nom et une partie de sa mĂ©moire -comme de sa prĂ©sence- habitent encore l’endroit pour le peu que j’ai entrevu. MĂŞme si, après lui, Marc Valleur a pris sa suite et a, depuis, transmis le relais Ă  Mario Blaise.  

 

A la Cigale, Ă  gauche, Mario Blaise, chef du PĂ´le Marmottan-La Terrasse, GHU Paris. A sa droite, le Dr Marc Valleur, le prĂ©cĂ©dent mĂ©decin chef de Marmottan-La Terrasse qui continue de consulter Ă  Marmottan. Jan Kounen, rĂ©alisateur, venu, entre-autres, parler de son expĂ©rience de l’Ayahuesca. Tout Ă  droite, l’alpiniste Marc Batard venu parler de son addiction aux sommets.

 

 

Le service Marmottan, spécialisé dans le traitement des addictions, a une personnalité que j’ai rarement trouvée ailleurs. Par personnalité, je pense à une volonté assez farouche de maintenir son autonomie et/ ou son indépendance de pensée, de façon de travailler, qui tranche avec cette façon assez unanime qu’ont eu les services de psychiatrie- que je connais- de s’aligner sur les différents diktats imposés ces vingt dernières années en matière de soin et de façon de soigner. Ou de transmettre. Par exemple, alors que depuis une bonne dizaine d’années maintenant, la majorité des services de santé mentale – et autres- écrivent leurs transmissions et leurs prescriptions sur ordinateur, à Marmottan, on écrivait- et on écrit sans doute encore- les transmissions comme les prescriptions médicales sur papier.

 

 

Bien-sûr, mes principaux repères de comparaison sont ici sont ceux de la psychiatrie que je connais.

La psychiatrie que je connais en rĂ©gion parisienne telle qu’elle se pratique aujourd’hui dans la plupart des services est très diffĂ©rente de celle qui est Ă©tait pratiquĂ©e il y a encore vingt ou trente ans. Par bien des aspects, la psychiatrie d’aujourd’hui a dĂ©figurĂ© ce qui se faisait de « bien Â» il y a vingt ou trente ans. Moins de moyens, moins de personnels, plus d’heures de travail…plus d’informatique…

 

L’ouvrage de Victor Castanet, Les Fossoyeurs qui a fait l’actualitĂ© il y a quelques semaines, avant d’être dĂ©passĂ© par l’actualitĂ© de l’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie « de Â» Vladimir Poutine, scrute, si j’ai bien retenu, les conditions de travail dans les EHPAD. Malheureusement, sous d’autres formes, les conditions de travail en psychiatrie publique se sont aussi dĂ©tĂ©riorĂ©es puisqu’elles doivent dĂ©sormais se calquer sur le modèle du privĂ©. Et le peu que j’ai vu dans deux cliniques de psychiatrie adulte il y a une dizaine d’annĂ©es, lorsque j’y avais effectuĂ© des vacations, ne m’a pas donnĂ© envie d’y postuler.

 

 

Aussi, lorsque durant le cinquantenaire de Marmottan, en dĂ©cembre, le mot « Antipsychiatrie Â» a Ă©tĂ© prononcĂ© par un ou une des intervenants, il m’est tout de suite apparu Ă©vident que cela expliquait en partie l’une des raisons pour lesquelles Marmottan, le service des addictions, dĂ©tonait et dĂ©tone encore dans le milieu de la SantĂ© Mentale.

 

D’une part parce que le travail qui s’effectue dans un service spécialisé dans le traitement des addictions se distingue du travail effectué dans un service de psychiatrie. Mais aussi parce qu’il s’y pratique un certain esprit, une certaine façon de travailler, pour le peu que j’ai vu sur place, auxquels un professionnel familier avec la psychiatrie n’est pas habitué.

 

 

Cet article devait être unique. Mais je m’aperçois que le poursuivre maintenant le rendrait trop long. Et qu’il vaut mieux que je m’arrête sur cette introduction avant, dans un prochain article, de raconter et de montrer davantage comment c’était lors du cinquentenaire de Marmottan à la salle de concert de la Cigale en décembre dernier. Mais aussi dans le service ( d’accueil et d’hospitalisation) lors d’une des deux journées portes ouvertes qui a suivi la journée à la Cigale.

 

 

Franck Unimon, ce lundi 28 février 2022.

 

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La profession infirmière : La Légion étrangère

La profession infirmière : La Légion étrangère

 

« Qui prendra soin des infirmières ? Â»

 

Cette question presque philosophique fait la couverture du numéro 3763 de l’hebdomadaire Télérama de cette semaine. La semaine du 26 février au 4 mars 2022.

 

Depuis que j’ai aperçu cette question une première fois sur la couverture de TĂ©lĂ©rama, celle-ci m’a perfusĂ© au goutte Ă  goutte. Les premiers effets de ce « traitement Â» me poussent Ă  Ă©crire mes rĂ©ponses.

 

La couverture de Télérama, d’abord, donne aussi des réponses et des indications.

 

Sur la couverture du TĂ©lĂ©rama de cette semaine, on aperçoit une femme aux cheveux châtains clairs, la tĂŞte dans les bras. EpuisĂ©e ou accablĂ©e. Elle doit avoir la trentaine tout au plus. En tout cas, elle incarne la jeunesse. Une jeunesse Ă©puisĂ©e ou accablĂ©e. Soit l’exact contraire de ce qu’est supposĂ©e incarner la jeunesse : l’optimisme, la vitalitĂ©, l’insouciance, le rire.

 

Une de ses mains porte un gant bleu. De ces gants utilisés aussi pour se protéger d’éventuelles expositions au sang. Celui des patients dont les infirmières prennent soin.

 

Le bras droit de celle qui nous est prĂ©sentĂ©e comme infirmière semble avoir un peu la chair de poule. Cela peut ĂŞtre dĂ» au froid, Ă  la fatigue. Ou Ă  la peur. Eventuellement protĂ©gĂ©e du sang ou d’autres secrĂ©tions par ses gants bleus, « l’infirmière Â» qui nous est montrĂ©e n’en reste pas moins exposĂ©e Ă  ces autres extrĂŞmes que sont le froid, la fatigue ou la peur. Ou la dĂ©pression. 

 

A ces extrĂŞmes, il faut en rajouter un autre qui combine puissance et impuissance :

 

La solitude.

 

Car l’infirmière est montrĂ©e seule. La mĂŞme photo montrant plusieurs infirmières dans la mĂŞme position parleraient moins de cette solitude. On peut Ă©videmment ĂŞtre seuls en Ă©tant Ă  plusieurs. Mais c’est une sorte de nomenclature : si l’on veut parler de la solitude, il faut isoler quelqu’un.

 

 

Je remercie l’hebdomadaire TĂ©lĂ©rama pour cette couverture. Pour aborder, sur quatre pages, le sujet de la condition des infirmières en France. Dans cet article, on apprend qu’il y a 700 000 infirmières en France. Et on « lit Â» que de plus en plus quittent l’hĂ´pital public ou la profession car dĂ©goutĂ©es par la dĂ©gradation des conditions de travail. Que cette dĂ©gradation s’est prononcĂ©e « depuis 2004 surtout, avec l’instauration de la tarification Ă  l’activitĂ© (T2A), qui, en rĂ©munĂ©rant les Ă©tablissements en fonction des actes mĂ©dicaux, a condamnĂ© les hĂ´pitaux publics aux affres financiers. Et transformĂ© les soignants en marathoniens du soin, fragilisant tout un système de santĂ© qui a dĂ», depuis, endiguer les vagues successives de Covid Â». (TĂ©lĂ©rama numĂ©ro 3763, page 18. Article Mathilde Blottière. Photos d’Anthony Micallef).

 

 

Remerciements et rĂ©serves :

 

Je remercie Télérama pour cet article. Mais j’aurais aimé que, pour changer, que ce soit un homme qui ait écrit cet article. Comme j’aimerais bien, aussi, que le Ministre de la Santé et des affaires familiales et sociales soit plus souvent un homme qu’une femme.

 

Pour le dire autrement : La profession infirmière, la perception que l’on en a mais aussi la perception que l’on peut avoir de certains sujets de sociĂ©tĂ© en France restent subordonnĂ©s Ă  des visions et Ă  des conceptions tombĂ©es et restĂ©es dans les trappes du passĂ©.

 

On retrouve aussi ça parmi les femmes et les hommes politiques de France. Un demi siècle après sa mort, une bonne partie des femmes et des hommes politiques qui aspirent Ă  diriger la France sont lĂ  Ă  aspirer ce qui reste de la momie du GĂ©nĂ©ral De Gaulle. Et font de la rĂ©clame pour leur parti et leur programme en se servant des actes hĂ©roĂŻques et passĂ©s des autres (De Gaulle, Jeanne d’Arc,  Louis XIV, NapolĂ©on, ainsi que des Ă©crivains, des philosophes, des scientifiques qui ont marquĂ© l’Histoire française). 

 

Les personnalitĂ©s du passĂ© qui, aujourd’hui, malgrĂ© leurs travers ou leurs crimes, servent souvent de modèles avaient une vision. Ils croyaient en l’avenir, l’anticipaient, le prĂ©paraient, s’appliquaient Ă  «l’embellir Â». Aujourd’hui, si l’on regarde les femmes et les hommes politiques qui « rĂ©ussissent Â», ils semblent surtout se dĂ©marquer dans l’art d’élaborer des stratĂ©gies pour constituer des alliances, pour obtenir le Pouvoir, mais aussi dans l’art de faire de la rĂ©cupĂ©ration.

 

Des femmes et des hommes politiques qui ont une véritable vision auraient anticipé et fait le nécessaire pour éviter que la profession infirmière, et d’autres professions, soit aussi vulnérable.

Dans le journal ” Le Canard EnchaĂ®nĂ©” de ce mercredi 23 fĂ©vrier 2022.

 

Malheureusement, je vais aussi devoir ajouter qu’une sociĂ©tĂ© vĂ©ritablement Ă©clairĂ©e saurait aussi parler de la profession infirmière, mais aussi la raconter et la faire parler, Ă  d’autres moments que lorsque ça va mal. Parce-que si l’on peut reprocher aux Ă©lites politiques de France de s’être prĂ©occupĂ©es de surtout prendre soin d’elles, de leurs proches ou de leurs alliĂ©s, on peut aussi reprocher Ă  celles et ceux qui diffusent l’information (donc, parmi eux, des journalistes) de parler principalement de la profession infirmière pour relater ses difficultĂ©s comme ses souffrances rĂ©elles. 

 

Dans notre pays  de grands philosophes et de grands intellectuels, on dirait qu’il est impossible, aussi, de parler de ce que la profession infirmière a rĂ©ussi et rĂ©ussit. On dirait que les très hauts penseurs de ce pays sont incapables de valoriser ou d’expliquer le travail qui peut ĂŞtre rĂ©alisĂ© par la profession infirmière. Une profession qui, pour ĂŞtre exercĂ©e, nĂ©cessite moins d’annĂ©es d’étude que ces Ă©lites n’en n’ont faites, Ă©lites,  qui imposent leur mainmise sur une grande partie des moyens d’expression.

 

 

Je remercie donc Télérama et tous les autres journaux ou hebdomadaires qui ont écrit ou écriront à propos de la profession infirmière. C’est nécessaire et utile. Cela apporte sans aucun doute un réconfort salutaire aux soignants qui se sentent ainsi moins invisibles et moins ignorés.

 

Mais ces articles, celui de Télérama et d’autres média, ne suffiront pas pour que la situation infirmière s’améliore.

Le Télérama numéro 3763, du 26 février 2022 au 4 mars 2022, page 18.

 

« C’était la guerre Â»

 

« Nous sommes en guerre… Â» avait dit le PrĂ©sident Emmanuel Macron ” De Gaulle” ( lequel, d’après les sondages, devrait ĂŞtre rĂ©Ă©lu cette annĂ©e) pendant son  allocution tĂ©lĂ©visĂ©e pour annoncer le premier confinement dĂ» Ă  la pandĂ©mie du Covid ( Panorama 18 mars-19 avril 2020).

 

C’était en mars 2020. Et, je crois que je travaillais de nuit, dans le service de pédopsychiatrie où j’étais encore à cette époque. J’avais regardé une partie de cette allocution sur la télé du service alors que les jeunes hospitalisés étaient couchés.

 

Cela me paraît déjà très loin. C’était pourtant il y a juste à peine deux ans.

 

Il y a quelques jours, j’ai discutĂ© avec une jeune collègue infirmière intĂ©rimaire. Elle doit avoir 35 ans tout au plus. A peu près l’âge de l’infirmière que l’on voit sur la couverture de TĂ©lĂ©rama. Cette jeune collègue infirmière m’a appris avoir travaillĂ© pendant dix ans dans un service de rĂ©animation dans un hĂ´pital de banlieue près de chez moi que je « connais Â». Quand je lui ai demandĂ© pourquoi elle avait quittĂ© son poste alors que, visiblement, elle aimait « Ă§a Â», elle m’a parlĂ© de la pandĂ©mie du Covid en ces termes :

 

 

«  C’était la guerre…. Â». Le mĂŞme mot utilisĂ© par le PrĂ©sident Emmanuel Macron avant le premier confinement. Pourtant, je n’ai pas fait le rapprochement. Tout simplement parce-que le PrĂ©sident Macron et quelques autres n’ont pas fait la mĂŞme guerre que beaucoup d’autres. Un mĂŞme mot pour deux expĂ©riences opposĂ©es et très diffĂ©rentes.

 

 

Comme principale expĂ©rience d’un service de rĂ©animation, j’ai uniquement les deux stages effectuĂ©s durant ma formation d’infirmier. Ma mère, ancienne aide-soignante dans un service de rĂ©animation, a connu cet univers bien plus que moi.

NĂ©anmoins, lorsque cette jeune collègue, dĂ©jĂ  « ancienne Â» infirmière de rĂ©a m’a dit que « C’était la guerre pendant la pandĂ©mie du Covid », je n’ai pas eu besoin de dĂ©tails supplĂ©mentaires. A aucun moment je n’ai eu le besoin de vĂ©rifier ses propos en lui demandant des exemples. C’était immĂ©diatement concret pour moi. Et, il Ă©tait aussi indiscutable pour moi que cette jeune collègue infirmière, et ses collègues, durant la pandĂ©mie du Covid, avaient traversĂ© des conditions de travail très difficiles. Des conditions de travail insupportables qu’elles avaient dĂ», pourtant, une fois de plus….supporter. Parce-que l’histoire des conditions de travail des infirmières, au moins depuis trente ans, est que, Ă©trangement, la souffrance soignĂ©e par les infirmières semble se « transvaser Â» indĂ©finiment dans leurs propres conditions de travail. Les infirmières soignent des personnes qui souffrent. Mais il semble dĂ©sormais inĂ©luctable que pour soulager les autres, les infirmières doivent accepter de souffrir en plus en plus elles-mĂŞmes. Et porter sur leurs Ă©paules ces peurs, ces souffrances et cette mort que le monde des dĂ©cideurs et des “winner” fuit et dont il se dĂ©barrasse au plus vite.

La souffrance et les Ă©tats de faiblesse, de handicap et de mort, sont en quelque sorte des “dĂ©chets” que l’infirmière est chargĂ©e de prendre dans ses bras. “On” est bien content qu’elle soit lĂ  pour s’en occuper. Mais sans faire de bruit. “On” lui jette quantitĂ© de “dĂ©chets” sur la tĂŞte par le biais d’une colonne verticale depuis plusieurs immeubles de dix huit Ă©tages. Et, c’est Ă  elle de se dĂ©merder avec ça. Elle est “payĂ©e” pour ça. Et, elle devrait mĂŞme remercier pour cette gĂ©nĂ©rositĂ© qui lui est faite d’ĂŞtre salariĂ©e. Alors que ce qu’on lui permet de vivre est bon pour son karma. Du reste, elle a choisi cette vie-lĂ . Alors, qu’elle ne se plaigne pas…

 

La profession infirmière continue d’avoir l’image d’une profession de foi religieuse,  oĂą la crucifixion serait le nirvana de l’infirmière ou de l’infirmier, alors que la sociĂ©tĂ© a Ă©voluĂ©. Et que les ĂŞtres qui dĂ©cident de devenir infirmières et infirmiers ont une autre conception de la vie, une autre façon de concevoir leur vie personnelle et professionnelle, qu’il y a un demi siècle.

 

Et, je peux en parler un peu. A « l’époque Â» de ma mère et d’une de mes tantes (sĹ“ur de ma mère), en rĂ©gion parisienne, il Ă©tait courant qu’une soignante fasse toute sa carrière dans le mĂŞme hĂ´pital, dans un voire dans deux services.

 

 C’était il y a plus de trente ans. OĂą l’aspiration commune, une fois le diplĂ´me d’Etat d’infirmier obtenu, Ă©tait d’obtenir un poste de titulaire. Rares Ă©taient les infirmières et infirmiers qui ne faisaient que « de» l’intĂ©rim ou des vacations. Lorsqu’entre 1989 et 1992, je faisais un peu d’intĂ©rim, Ă  droite Ă  gauche, peu après mon diplĂ´me, parmi les autres intĂ©rimaires, je croisais surtout des infirmiers et des infirmières sensiblement plus âgĂ©es que moi et qui avaient un poste de titulaire ailleurs.

 

Autre anecdote : je me rappelle maintenant, par amour pour ma copine d’alors, ĂŞtre allĂ© rencontrer Ă  son domicile, Ă  Paris, le poète Guillevic, autrement plus âgĂ© que moi. Ce devait ĂŞtre entre 1990 et 1992. Lorsque je lui avais expliquĂ© que je travaillais par intĂ©rim ( je vivais encore chez mes parents et avais repris des Ă©tudes en parallèle), celui-ci, mi-interloquĂ©, mi-contrariĂ©, m’avait en quelque sorte demandĂ© si je “jouais” en quelque sorte avec le travail. J’avais alors senti chez lui une espèce de respect moral du travail salariĂ©. On se devait Ă  son poste de salariĂ©. Le travail Ă©tait un engagement sĂ©rieux. Et pas une sorte de “papillonnage”. A cette Ă©poque, mes missions par intĂ©rim consistaient Ă  faire une mission d’une journĂ©e dans un service. Et, un autre jour, ou une nuit,  dans un tout autre service et dans un autre Ă©tablissement hospitalier Ă  Paris ou en rĂ©gion parisienne. Si l’intĂ©rim existait dĂ©ja dans le monde du travail dans les annĂ©es 90 d’une manière gĂ©nĂ©rale, il Ă©tait moins rĂ©pandu parmi les jeunes infirmières et infirmiers diplĂ´mĂ©s de ma connaissance. La norme, c’Ă©tait d’avoir un poste fixe puisque le diplĂ´me d’Etat d’infirmier, en rĂ©gion parisienne, assurait la sĂ©curitĂ© de l’emploi. Et que c’Ă©tait alors la prioritĂ© : la sĂ©curitĂ© de l’emploi, fonder un couple, faire des enfants, acheter une maison ou un appartement si on pouvait…..

 

 

A l’inverse, depuis Ă  peu près dix ans, environ, en rĂ©gion parisienne, il est devenu assez courant de rencontrer des infirmières et des infirmiers, qui, une fois diplĂ´mĂ©s, prĂ©fèrent ĂŞtre intĂ©rimaires et/ou vacataires. Et, concernant celles et ceux qui sont titulaires de leur poste, ceux ci sont aussi plus mobiles qu’il y a trente ans. Lorsque j’ai commencĂ© Ă  m’établir comme infirmier en psychiatrie il y a bientĂ´t trente ans, j’avais travaillĂ© avec des collègues qui pouvaient rester Ă  leur poste cinq ans ou davantage. Aujourd’hui, selon les services, les plus jeunes infirmières et infirmiers peuvent ne rester que deux ou trois ans puis partir pour un autre service. Ou, Ă©ventuellement, demander une disponibilitĂ©.

 

 

C’est à ce genre d’information que l’on comprend, aussi, qu’une profession change, qu’une façon de l’exercer, mais aussi, de s’affirmer, diffère par rapport à avant.

 

 

RĂ©pondre Ă  la question : « Qui prendra soin des infirmières ? Â»

 

Cette question en couverture de TĂ©lĂ©rama, hebdomadaire qui bĂ©nĂ©ficie d’un lectorat Ă©largi, a l’avantage, comme on dit, de « jeter un pavĂ© dans la mare Â». C’est sans aucun doute le but après la pandĂ©mie du Covid, mal gĂ©rĂ©e, mal anticipĂ©e et mal communiquĂ©e par les Ă©lites au moins politiques, mais aussi scientifiques, de France. Mais aussi après le « scandale Â» provoquĂ© par la publication rĂ©cente du livre Les Fossoyeurs  de Victor Castanet. Livre que je n’ai pas encore lu. Mais dont le peu que je « sais Â» du contenu ne m’étonne pas :

 

J’ai fait quelques vacations, il y a plus de dix ans, dans une clinique psychiatrique gĂ©rĂ©e par le groupe OrpĂ©a. Groupe privĂ© mentionnĂ© dans le livre de Victor Castanet.  Et, en 1988-1989, encore Ă©lève infirmier, j’avais fait des vacations de nuit dans une clinique de rĂ©Ă©ducation fonctionnelle qui, depuis, est devenue la propriĂ©tĂ© du groupe OrpĂ©a. J’ai donc une « petite Â» idĂ©e des prioritĂ©s du groupe OrpĂ©a concernant les conditions de travail des infirmières.

 

 

Et si certaines élites découvrent en 2022 avec le livre de Victor Castanet qu’il se déroule des événements indésirables et indécents dans certains établissements de santé de France, pour cause de recherche débridée de bénéfices, j’hésite entre le cynisme, l’hypocrisie ou la cécité pour qualifier leur état d’esprit.

 

 

Je crois aussi Ă  la cĂ©citĂ© et Ă  l’ignorance de certaines Ă©lites concernant les très mauvaises conditions de travail dans un certain nombre d’établissements de santĂ© publics et privĂ©s, parce-que devant cette couverture de TĂ©lĂ©rama et cette question « Qui prendra soin des infirmières ? Â» j’en suis arrivĂ© Ă  comprendre que, pour beaucoup de personnes, les infirmières font partie d’une lĂ©gion Ă©trangère.

 

La France, comme d’autres pays, est constituĂ©e de diverses « lĂ©gions Ă©trangères civiles Â» prĂŞtes Ă  donner le meilleur d’elles-mĂŞmes. On pourrait penser que la grandeur d’un pays ou de son dirigeant se mesure- aussi- Ă  sa capacitĂ© Ă  honorer et Ă  prĂ©server « les lĂ©gions Ă©trangères Â» qui se dĂ©mènent. Mais, visiblement, ce n’est pas avec ce genre d’objectifs en tĂŞte qu’est gĂ©rĂ© le pays dans lequel nous sommes.

 

 

Les infirmières travaillent et vivent dans le mĂŞme pays que des millions d’autres personnes qu’elles croisent, soignent, accompagnent, soutiennent, sauvent. Les infirmières  protègent plus de personnes, de tous horizons, qu’elles ne peuvent s’en rappeler. Et elles sont admirĂ©es pour cela.  Pourtant, malgrĂ© ça, elles n’en demeurent pas moins Ă©trangères Ă  cette Nation. Les infirmières peuvent faire penser Ă  des sauveteurs en mer qui, souvent, risqueraient leur vie personnelle et familiale, mais aussi leur santĂ©, pour d’autres qui sont en train de se noyer. Et qui, une fois en bonne santĂ©, oublieraient par qui ils ont Ă©tĂ© sauvĂ©s, trouvant tout Ă  fait normal d’avoir Ă©tĂ© sauvĂ©s, alors qu’eux-mĂŞmes n’ont jamais sauvĂ© et ne sauveront jamais personne.

Le journal ” Le Canard EnchainĂ©” de ce mercredi 23 fĂ©vrier 2022. Au fond, Ă  gauche, Eric Zemmour tentant de noyer Marine Le Pen, PrĂ©sidente du Rassemblement National. A droite de ce tandem, Christiane Taubira, pour le Parti socialiste, et sa bouĂ©e, que, sur sa droite, Anne Hidalgo, Maire de Paris, Ă©galement pro Parti socialiste, vient de percer avec une aiguille. Au dessus, sur le le plongeoir, Le PrĂ©sident Macron attendant le bon moment pour plonger dans la campagne pour les Ă©lections prĂ©sidentielles qui vont dĂ©buter en avril. Devant Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Ă©lu Ă©cologiste. Devant Jadot, Fabien Roussel, reprĂ©sentant du Parti Communiste Français. Au premier plan, agitant les bras, Jean-Luc MĂ©lenchon de la France Insoumise. Derrière lui, Eric Ciotti avec son cou de Boa, n’espĂ©rant qu’une chose, que son “alliĂ©e”, ValĂ©rie PĂ©cresse, qui lui a Ă©tĂ© choisie, se noie.

 

 

Jetables, Ă©jectables….

 

 

« Indigènes, ouvrières, colonisĂ©es, secondaires, subalternes, domestiques, nĂ©gligeables, accessoires, jetables, Ă©jectables, banlieues Ă©loignĂ©es Â», on dirait que ces termes sont faciles Ă  juxtaposer avec la profession infirmière.

 

Pour ces quelques raisons, je ne crois pas à un assaut de lucidité spontané des élites en faveur des infirmières.

Je crois que les infirmières sont les personnes les plus compĂ©tentes pour rĂ©pondre Ă  cette question posĂ©e par TĂ©lĂ©rama. Certaines ont commencĂ© Ă  y rĂ©pondre en prĂ©fĂ©rant l’intĂ©rim et les vacations Ă  un poste de titulaire. D’autres en « faisant Â» des enfants. Ou en changeant de mĂ©tier.

 

Si l’on regarde les élites, qui, souvent, servent de modèles, il existe d’autres réponses possibles.

Coronavirus Circus 2ème Panorama 15 avril-18 Mai 2020 par Franck Unimon

 

Franck Unimon, vendredi 25 fĂ©vrier 2022.  

 

 

 

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Le couple de la Saint-Valentin/ La femme dans l’homme

Paris, Bd Raspail, près de l’hĂ´tel Le LutĂ©tia, dimanche 13 fĂ©vrier 2022.

  Le Couple de la Saint-Valentin/ La femme dans l’homme

 

Dans la cour du lycĂ©e, chaque fois que Khadija, d’origine kabyle, apercevait son frère aĂ®nĂ© dans les environs, elle arrĂŞtait de me parler et son regard se calcinait. Nous ne faisions que discuter. Son frère aĂ®nĂ© ne s’est jamais approchĂ©. Et, elle ne m’a jamais appris ensuite qu’il lui avait fait des reproches. Mon geste le plus dĂ©placĂ©  Ă  son encontre avait Ă©tĂ© de lui dire un jour :

 

«  Il te va bien, ton Jean moulant Â». Je crois que cela l’avait flattĂ©e.

 

Avant les Ă©preuves du Bac qui annonçaient la fin de la rĂ©crĂ©ation de toutes nos thĂ©ories et notre entrĂ©e en matière dans le monde des adultes, catastrophĂ©, alors qu’il avait toujours Ă©tĂ© très sĂ»r de lui, Abdelkader, très bon Ă©lève, s’était immĂ©diatement inquiĂ©tĂ© de son futur lorsqu’il serait en couple avec sa femme qu’il ne connaissait pas encore :

 

« Mais qu’est-ce que je vais pouvoir lui raconter ?! Â». Pris de « cours Â», je n’avais pas su quoi lui rĂ©pondre. Je n’avais pas encore Ă©tudiĂ© ce programme.

 

 

Sept ans plus tard, après mon service militaire, et alors que j’avais dĂ©jĂ  « reçu Â» la vie en pleine face et assez brutalement en devenant infirmier Ă  vingt et un ans, j’avais Ă©tĂ© horrifiĂ© lorsque TsĂ©, une de mes collègues, m’avait appris que deux de nos collègues mariĂ©s et plus âgĂ©s avaient eu une liaison ensemble. J’avais alors totalement oubliĂ© que, enfant, rĂ©gulièrement, les week-end, j’avais vu mon père dĂ©coucher deux ou trois jours de suite, après s’être pomponnĂ© auparavant, une bonne heure durant, dans la salle de bain. Salle de bain dont il avait auparavant pris soin de fermer la porte Ă  clĂ©. C’était l’époque oĂą ma mère m’avait appris, qu’un jour, elle quitterait mon père. Qu’elle Ă©tait « jeune et fraĂ®che Â».

 

C’était aussi l’époque oĂą mon père savait me prĂ©venir de ne jamais me « laisser commander par une femme Â». Mais, aussi, que « la femme blanche Â» Ă©tait l’ennemie. Ce qui, ensuite, m’a beaucoup aidĂ© dans mes relations amoureuses en France oĂą il y a si peu de femmes blanches.

Cela, tout en étant très content de m’exhiber, comme son fils, à quelques blancs, dont une femme que nous étions, un jour, allés saluer. Cette femme, en me voyant sur le seuil de la porte de son appartement, s’était émerveillée à me voir. Et, ce, à la grande fierté de mon père. Je ne me rappelle pas de la voix ou de la présence d’un homme alors que mon père était parti me montrer à cette dame souriante et plutôt jolie pour ce que mes souvenirs d’enfant ont pu me laisser d’elle. Je devais avoir moins de huit ans. J’étais alors un mignon petit garçon. Je ne faisais alors pas encore trop chier le monde avec mes élucubrations. C’est plus tard que j’ai commencé à mettre une mauvaise ambiance en adoptant certains comportements et en ayant certains propos.

Gare de Paris St Lazare, dimanche 13 février 2022.

 

C’était il y a quarante ans ou plus. Depuis, ma mère et mon père se sont mariĂ©s. Et, ils vivent au « pays Â» oĂą ils sont retournĂ©s vivre il y a quelques annĂ©es.

 

« C’est vrai que, seuls, des fois, on s’ennuie Â» m’avait dit la mère d’une copine. « Il faut se rĂ©gĂ©nĂ©rer, perpĂ©tuer son nom… Â» m’avait informĂ© mon parrain, un jour oĂą je l’avais croisĂ© et oĂą il avait Ă©tĂ© Ă©tonnĂ© que je n’aie « toujours pas d’enfants Â». J’avais une trentaine d’annĂ©es. Et, entendre qu’il fallait « se rĂ©gĂ©nĂ©rer Â» m’avait fait ricaner plutĂ´t qu’encouragĂ©.

 

« Il ne faut pas attendre cinquante ans pour faire des enfants ! Â» m’avait indiquĂ© un peu plus tard, Ă  Montebello, en Guadeloupe, un de mes cousins, mon aĂ®nĂ© de deux ou trois ans. J’avais plus de trente ans. J’étais cĂ©libataire, sans enfant. Bien que venu rendre visite, j’Ă©tais pour lui- qui avait apparemment rĂ©ussi sa vie puisqu’il avait donnĂ© la vie deux fois- ni plus, ni moins, l’Ă©quivalent d’un homme sans testicules. Ou qui ne savait pas comment s’en servir.  

Nous Ă©tions chez ses parents chez lesquels il Ă©tait retournĂ© vivre, Ă  près de quarante ans. Après s’être sĂ©parĂ© des mères de ses deux filles. PlutĂ´t que de rester seul dans sa maison qui Ă©tait juste Ă  cĂ´tĂ©, il me l’avait montrĂ©e du doigt. Maison qui Ă©tait «fermĂ©e Â» m’avait-il appris. Ce cousin « expert Â» en vie conjugale m’avait expliquĂ© ses sĂ©parations par le fait que:

 

« L’homme a une certaine conception de la vie… la femme en a une autre Â».

 

 

Demain, c’est la Saint Valentin et l’on va Ă  nouveau nous rappeler que l’Amour peut tout et est plus fort que tout. Lorsque j’étais cĂ©libataire, je l’ai beaucoup pensĂ©. Que ce soit lorsque j’accumulais les histoires Ă  la « mords moi le nĹ“ud Â».  Ou lorsque j’ai concentrĂ© tant de solitude que j’étais dans une quĂŞte affective rĂ©gulière. A une Ă©poque, le livre Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq m’a beaucoup parlĂ©. Comme son adaptation cinĂ©matographique ensuite par Philippe Harel avec lui-mĂŞme et JosĂ© Garcia dans son premier grand rĂ´le dramatique.

 

Si j’ai rarement enviĂ© la place de ces amis et connaissances qui se sont mariĂ©s et ont ensuite fait des enfants selon un protocole bien Ă©tabli avec, pour certains, l’achat de la maison, j’ai pu davantage leur envier cette impression de « complĂ©tude Â» affective que je voyais chez eux. Alors que moi, je devais assez rĂ©gulièrement partir Ă  la chasse afin de m’assurer un minimum de subsistance affective. MĂŞme si j’ai aussi connu des moments très agrĂ©ables, tout seul, tranquillement dans mon coin. Sauf que cette solitude demeurait aussi lorsque j’avais Ă  nouveau des besoins affectifs. 

 

J’ai aussi pu ĂŞtre très docte en prĂ©sence des parents de certaines de mes copines. Je m’entendais bien en gĂ©nĂ©ral avec les parents de mes copines. Et j’aimais discuter. Je me rappelle avoir placĂ© en plein repas chez les parents d’une de mes copines, avoir lu que beaucoup de couples se sĂ©paraient parce-que la femme refusait de faire des fellations. Est-ce mon insouciance ou l’ouverture d’esprit de celle qui aurait pu devenir ma belle-mère ? Mais celle-ci s’était alors mise Ă  rire tandis que le père, lui, n’avait fait aucun commentaire. Et ma copine, d’alors, quant Ă  elle, ne m’en avait pas voulu. Cela n’a pas Ă©tĂ© ensuite la raison de notre sĂ©paration.

 

Aujourd’hui, je trouve que les relations entre les femmes et les hommes sont devenues encore plus difficiles. L’Amour, le désir, il n’y a rien de plus facile. C’est la partie, ou les parties, sans jeux de mots, les plus faciles d’une relation pourvu, bien-sûr, que celles-ci soient partagées.

 

Ensuite, ça se crispe lorsque la relation commence Ă  s’établir ou cherche Ă  s’établir. Selon les mĹ“urs. Selon l’époque. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’un homme a le choix entre ĂŞtre parfait ou ĂŞtre un goret. Qu’est-ce qu’être parfait ? Personne ne le sait vraiment, c’est ça qui est drĂ´le.

 

Gare de Paris St Lazare, dimanche 13 février 2022.

 

Est-ce qu’une personne parfaite, femme ou homme, a plus de chances qu’une autre de plaire ? Bien-sĂ»r que non. Ce serait mĂŞme plutĂ´t le contraire. Ça, aussi, c’est drĂ´le.

 

RĂ©cemment, j’ai prĂŞtĂ© Ă  une collègue la trilogie Pusher de Nicholas Winding Refn. J’attends qu’elle me donne son avis. J’ai nĂ©anmoins d’abord fait la grimace lorsqu’elle m’a dit, qu’en « Ă©change Â», elle me prĂŞterait le dernier livre de Mona Chollet, RĂ©inventer l’amour dont j’avais entendu parler et Ă  propos duquel j’ai lu des très bonnes critiques.

Je lui ai exprimé mes réserves. Et cette collègue s’est empressée de me rassurer.

 

Je lis très facilement, je crois, des Ĺ“uvres de femmes ou ayant trait aux relations humaines comme aux sentiments. Mais il s’exprime dĂ©sormais, en France, une telle exigence Ă  propos de la façon dont doit ou devrait se comporter Ă  peu près tout homme pour ĂŞtre considĂ©rĂ© comme Ă  peu frĂ©quentable pour certaines femmes que je deviens mĂ©fiant devant ce type d’ouvrage qui traite de “l’Amour” tel qu’il pourrait ou devrait ĂŞtre entre les hommes et les femmes.

 

Par exemple, je suis dĂ©sormais très suspicieux lorsqu’un homme, fut-il sincère, se dĂ©clare « fĂ©ministe».  Car, pour moi, ce terme peut ĂŞtre une formule plus qu’une pratique. Comme les termes « communication Â», « gay friendly Â», « tolĂ©rance Â» « ouverture d’esprit Â» qui font très jolis dans une conversation et sont faciles Ă  prononcer. Et sont Ă  la portĂ©e de n’importe qui.  En thĂ©orie. Comme les termes « chaleureux Â», « familial Â», « dĂ©mocratie Â», « Ă©lĂ©gance Â» peuvent aussi faire très joli dans une prĂ©sentation ou dans un discours.

 

Certaines expĂ©riences et rencontres sont nĂ©cessaires pour Ă©voluer et pour apprendre.  Mais pour cela, il faut au moins que deux personnes d’horizons assez diffĂ©rents acceptent de se rencontrer un minimum.  Alors que j’ai l’impression que pour certaines personnes, tous les Savoirs sont innĂ©s ou devraient l’être. Non. MĂŞme si l’on est volontaire, certains Savoirs doivent s’acquĂ©rir et il nous est impossible de les deviner mĂŞme si ces Savoirs sont Ă©vidents pour d’autres.

 

Paris, Place de la Madeleine, Dimanche 13 février 2022.

 

 

Par exemple, certaines personnes croient encore que les enfants sont « le ciment du couple Â». Et que les attentions portĂ©es en tant que parents aux enfants sont interchangeables avec les attentions portĂ©es au dĂ©part au couple. Pour ces personnes, ĂŞtre parents, s’occuper des enfants, justifie d’oublier tout ce qui a trait au couple et a pu donner envie Ă  l’autre d’ĂŞtre en couple avec nous.  Ainsi certaines personnes ignorent ou tiennent Ă  ignorer que l’absence ou le manque de fantaisie, la routine, le manque d’optimisme permanent ou rĂ©pĂ©titif, les tâches quotidiennes et mĂ©nagères toujours prioritaires peuvent tuer un couple ou une relation d’une manière gĂ©nĂ©rale. 

 

Et si l’Amour et le dĂ©sir sont les stimulants du dĂ©part de feu d’une rencontre, et sont plus glamours, les peurs communes- et souvent invisibles- que l’on partage avec l’autre sont souvent plus «responsables Â» de ce qui nous pousse Ă  aller vers une personne plutĂ´t que vers une autre. Mais aussi Ă  rester avec elle ou Ă  la quitter.

 

La violence sexuelle meurtrière et condamnable de certains hommes vient peut-ĂŞtre aussi du fait que la sexualitĂ©, imposĂ©e mais aussi consentie de part et d’autre, reste un critère de jugement moral, d’estime de soi et de la valeur qui nous est attribuĂ©e. La sexualitĂ© que l’on a nous donne un certain sentiment  d’importance. Mais aussi un certain sentiment de puissance. Y compris en termes de puissance de sĂ©duction. L’expression ” ĂŞtre un bon coup” ou “ĂŞtre un bon parti” peut autant s’appliquer Ă  un homme qu’une femme. Que l’on parle de sa valeur et de son prestige social ou de sa valeur sexuelle.

 

Si un homme violeur abuse de sa force et impose sa puissance, il est des femmes qui se sentent aussi puissantes Ă  sĂ©duire, y compris sexuellement, des femmes ou des hommes, qu’elles dĂ©sirent ou convoitent. Un film sorti rĂ©cemment relate la dernière histoire de l’Ă©crivaine Marguerite Duras avec un homme nettement plus jeune qu’elle et, d’après ce que j’ai compris, si tous deux ont pu aimer parler littĂ©rature, Duras a aussi beaucoup apprĂ©ciĂ© en profondeur le “style” du corps de son dernier amant. On doit pouvoir parler pour elle d’une sexualitĂ© rĂ©solument carnivore. Et, j’ai cru comprendre qu’Edith Piaf, aussi, avait pu aussi avoir une sexualitĂ© particulièrement vorace. Ou Amy Winehouse

Donc, la sexualitĂ© peut aussi ĂŞtre une arme de puissance pour une femme. Y compris pour tenir ou retenir une partenaire ou un partenaire. L’expression « tenir quelqu’un par les couilles Â» me semble très explicite de ce point de vue. MĂŞme si, depuis, nous avons connu un ancien PrĂ©sident amĂ©ricain qui a pu se vanter d’être incapable de s’empĂŞcher d’attraper les femmes « par la chatte Â».

 

La sexualité, que l’on soit peu ou beaucoup porté dessus, garde, je crois, tant pour les femmes que pour les hommes, une importance particulière dans les relations.

 

Rares sont les personnes, hommes ou femmes, qui se vantent ou se valorisent d’avoir peu de relations sexuelles. Au mieux, certaines personnes affirmeront que la sexualitĂ© a pour elles assez peu d’importance ou en a moins qu’à une Ă©poque de leur vie. Sauf bien-sĂ»r si ces personnes Ă©voluent dans un univers oĂą la sexualitĂ© est limitĂ©e Ă  certaines fonctionnalitĂ©s telles que, au hasard, sĂ©duire une partenaire ou un partenaire afin de crĂ©er un couple, procrĂ©er. Ou si, « bien-sĂ»r Â», la sexualitĂ© est perçue comme une activitĂ© amorale ou proscrite.

 

Au dĂ©part, je voulais appeler cet article La femme dans l’homme. En m’inspirant un peu de la rĂ©ponse de l’artiste Catherine Lara Ă  cette question qui lui avait Ă©tĂ© posĂ©e il y a plusieurs annĂ©es :

 

« Que regardez-vous en premier chez un homme ? Â».

RĂ©ponse de Catherine Lara : «  Sa femme Â».

Paris, dimanche 13 février 2022, Bd Raspail.

 

 Puis, je me suis dit qu’un titre pareil- La femme dans l’homme- Ă©tait un petit peu trop vieux jeu. Ou que cela ferait “trop” typĂ© hĂ©tĂ©ro. Puisqu’aujourd’hui, on parle plus facilement de relations amoureuses entre deux personnes du mĂŞme sexe, mais aussi d’un autre « genre Â». J’ai appris rĂ©cemment que le terme « cisgenre Â» est un terme qui serait moins discriminant Ă  employer afin d’éviter d’exclure toutes les personnes qui sont extĂ©rieures ou Ă©trangères aux normes hĂ©tĂ©rosexuelles standards.

 

Pourtant, malgrĂ© mes « efforts Â», cet article apparaĂ®tra encore trop normĂ© et trop guindĂ© pour certaines Valentine et certains Valentin. Mais, au moins, aurais-je essayĂ© d’aborder ce sujet de l’Amour avec mes propres pensĂ©es et sincĂ©ritĂ©. Sans me contenter de rĂ©citer.

 

Bonne Saint Valentin !

 

Franck Unimon, ce dimanche 13 février 2022.

 

 

 

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Cinéma self-défense/ Arts Martiaux

Les MaĂ®tres de l’AĂŻkido

Photo de couverture : Morihei Ueshiba au Kobukan Dojo en 1931 Ă  48 ans. Photo en mĂ©daillon : Morihei Ueshiba Ă  l’AĂŻkikai Hombu Dojo en 1967 Ă  l’âge de 84 ans.

 

Les MaĂ®tres de l’AĂŻkido (Ă©lèves de MaĂ®tre Ueshiba PĂ©riode d’Avant Guerre) : Interviews recueillies par Stanley A.Pranin

 

Il existe un contraste saisissant entre l’admiration très haute encore portĂ©e Ă  MaĂ®tre Morihei Ueshiba ( dĂ©cĂ©dĂ© en 1969), fondateur de l’AĂŻkido, art martial crĂ©Ă© au vingtième siècle, par les pratiquants ou les adeptes de l’AĂŻkido. Et l’image publique de l’AĂŻkido au moins dans le monde du « combat Â» sous ses diverses dĂ©clinaisons :

 

« Ce n’est pas efficace Â». « C’est de la danse Â».

 

Ces propos pour définir l’Aïkido sont devenus tellement banals qu’ils sont pratiquement devenus l’équivalent d’un sixième sens. C’est une évidence. Sans même avoir particulièrement pratiqué l’Aïkido, si l’on doit s’orienter vers un art martial ou un sport de combat efficace en matière de self-défense, on choisira plutôt une discipline aux rapports et contacts explosifs, directs, frontaux, brutaux et incapacitants qui nous convaincra, à condition bien-sûr de survivre à l’entraînement comme à son intensité cardiaque, qu’avec quelques coups bien placés, on pourra (se) sauver la mise en cas de rencontre avec un ou plusieurs agresseurs.

 

 Aucun des grands champions actuels ou de ces vingt Ă  trente dernières annĂ©es, femme ou homme confondus, ne se rĂ©clame de l’AĂŻkido. Que ces combattants Ă©voluent dans des Ă©preuves « traditionnelles Â» pour un match de boxe, sur un tatamis ou en Free Fight, on entendra souvent formulĂ©es dans leur CV des disciplines telles, dans le dĂ©sordre, que le Ju-Jitsu brĂ©silien, le Pancrace, la Boxe ThaĂŻ, la boxe anglaise ou française, le Judo, la lutte, le Sambo, le Pancrace, le Penchak silat, peut-ĂŞtre le Krav Maga ou le Sistema, peut-ĂŞtre le KaratĂ©, peut-ĂŞtre le Kung-Fu.

 

Mais rarement, voire jamais, l’Aïkido.

 

Regards sur l’Aïkido dans la rue et au cinéma

 

 

Si l’on parle du Judo, on peut tomber sur un stade portant le nom du judoka Teddy Riner, judoka français, plusieurs fois champion olympique, multiple champion du monde, et encore en activité. J’ai fait cette découverte cette semaine, alors que j’ai dû changer d’itinéraire pour me rendre au travail vu qu’il se trouvait un colis suspect dans un train à la gare d’Argenteuil. Après avoir pris le bus 140 depuis la gare d’Argenteuil, j’ai ensuite dû me rabattre vers la ligne 13 du métro à Asnières pour me rendre au travail. Là, j’ai découvert ce stade Teddy Riner.

 

 

Je ne connais pas, pour l’instant, de stade Multisports ou de gymnase qui porte le nom de Morihei Ueshiba.

 

Si l’on parle Kung-Fu, plusieurs annĂ©es après sa mort ( en 1973, soit “seulement” quatre ans après celle de Morihei Ueshiba) l’aura de Bruce Lee reste intacte. MĂŞme des journalistes intellectuels Ă©margeant dans les Cahiers du cinĂ©ma pourraient raconter dans un livre l’émotion qu’a constituĂ©e, plus jeune, pour eux, le fait de voir Bruce Lee au cinĂ©ma. En outre, depuis son dĂ©cès, d’autres personnalitĂ©s ont perpĂ©tuĂ© ce prestige du Kung-Fu. Jackie Chan, Jet Li,  Donnie Yen ou des productions cinĂ©matographiques amĂ©ricaines telles que Matrix ou Kill Bill voire “françaises” ( Crying Freeman, 1995, par Christophe Gans avec l’acteur/artiste martial Mark Dacascos). Sans oublier bien-sĂ»r d’innombrables productions asiatiques telles The Grandmaster ( 2013) de Wong-Kar WaiThe Assassin ( 2015) de Hsou Hsia Hsien ou encore The Blade ( 1996) de Tsui Hark. Et bien d’autres.

 

Le Karaté ne semble pas souffrir d’une trop grosse décote dans la perception que le grand public en a. En outre, souvent, Kung Fu et Karaté se confondent dans l’esprit de beaucoup de personnes.

 

Le Penchak Silat, art martial indonĂ©sien, effectue une percĂ©e depuis quelques annĂ©es au moins depuis le film The Raid ( 2011) avec l’acteur  Iko Uwais. Acteur/artiste martial que l’on peut revoir dans 22 Miles ( 2018) de Peter Berg aux cĂ´tĂ©s de Mark Whalberg, John Malkovich, Ronda Rousey ( ex championne du monde Free Fight, mais aussi ex-mĂ©daillĂ©e olympique de Judo auparavant…), Iko Uwais sera apparemment dans Expandables 4 en 2022.

 

 

S’il existe des modes qui poussent davantage le grand public vers certains styles de combat, disons que certaines mĂ©thodes de combat dĂ©jĂ  « connues Â» telles que la boxe (thaĂŻ, anglaise, française), le judo voire le karatĂ© restent des expĂ©riences incontournables au moins pour dĂ©buter.

 

Alors que du côté de l’Aïkido, cela se passe différemment. D’abord, d’un point de vue cinématographique, il faut peut-être remonter jusqu’à Steven Cigale ( Seagal, bien-sûr) dans les années 90 pour avoir un héros d’un film à grand succès, adepte de l’Aïkido. Mais Seagal a laissé bien moins de souvenirs qu’un Bruce Lee, qu’un Jackie Chan, qu’un Jet Lee ou qu’un Jean-Claude Vandamme. Donc, concernant la perception de l’Aïkido au cinéma, il y a un déficit grandiose en termes d’images. Aujourd’hui, même l’acteur Jason Statham, que ce soit dans Le Transporteur ou dans Expendables, est bien plus connu que Steven Seagal. Idem pour Keanu Reeves/ John Wick ou Tom Cruise/ Jack Reacher. Aucune de ces grandes vedettes anglo-saxonnes ne pratique devant la caméra un art martial permettant d’identifier ou de penser à l’Aïkido.

 

Par ailleurs, Steven Seagal a peu Ĺ“uvrĂ© pour la crĂ©dibilitĂ© de l’AĂŻkido en tant qu’art martial mais aussi comme art….de vivre. Et en parlant « d’art de vivre Â», on se rapproche de ce qui explique sans doute, aussi, en partie, ce qui peut rebuter dans l’apprentissage mais aussi dans la dĂ©couverte de l’AĂŻkido.

 

On peut se battre mais on ne peut pas se battre

 

L’art de vivre, c’est autant la façon de combattre. Que la façon de percevoir le monde et son entourage. Et, dans ces quelques domaines, on peut dire que l’AĂŻkido tranche beaucoup avec la plupart des arts martiaux, disciplines et formes de combats citĂ©es prĂ©cĂ©demment. Puisqu’à la percussion et au rentre-dedans de ces autres disciplines oĂą le KO ou le Ippon peut ĂŞtre recherchĂ© de façon compulsive, l’AĂŻkido prĂ©fère « l’harmonisation Â» avec l’opposant. Mais, aussi, l’absence de compĂ©tition. Donc, on peut se battre. Mais on ne peut pas se battre. Dans un monde oĂą il s’agit d’être le meilleur ou de dominer, l’AĂŻkido dĂ©tonne. Surtout lorsqu’on le connaĂ®t très mal.

 

La cérémonie du thé

 

Ainsi, Maitre Takako Kunigoshi, nĂ©e en 1911, la seule femme interviewĂ©e parmi les Maitres, a arrĂŞtĂ© de pratiquer et d’enseigner l’AĂŻkido depuis des annĂ©es lorsque Stanley A. Pranin vient la rencontrer Ă  son domicile d’abord en 1981 puis en 1992. Elle vit alors dans une semi-retraite et donne des cours de CĂ©rĂ©monie du ThĂ©. Une activitĂ© qui n’a a priori rien de martiale pour le profane. Jusqu’Ă  ce qu’elle affirme au cours de l’interview :

” Je passe la plus grande partie de mon temps Ă  pratiquer la cĂ©rĂ©monie du thĂ©, mais quand je tiens la louche en bambou, c’est comme si je tenais un sabre. J’ai cette sensation et je me souviens de ce que O-Sensei nous disait. Que ce soit la cĂ©rĂ©monie du thĂ© ou l’arrangement floral, il existe des points communs avec l’AĂŻkido car le ciel et la terre sont faits de mouvement et de calme, de lumière et d’ombre. Si tout Ă©tait continuellement en mouvement il y aurait un complet chaos”. 

Et, plus tard, Maitre Takako Kunigoshi conclut :

 

” (….) je suis persuadĂ©e que toutes les nations du globe ont accès Ă  la mĂŞme vĂ©ritĂ©. Quand le soleil brille, il y a forcĂ©ment des ombres. Je pense que l’on peut dire la mĂŞme chose des arts martiaux”.

 

Kendo et AĂŻkido 

 

Le Kendo, art martial Ă  la pratique assez confidentielle qui a des points communs avec l’AĂŻkido, a pour lui  les assauts physiques visibles, audibles et puissants. Alors qu’avec l’AĂŻkido, on a l’impression que tout se passe ou se passerait en douceur. Comme si l’AĂŻkido consistait Ă  tomber d’un arbre en se dĂ©tachant d’une branche Ă  la façon d’une feuille. Ce qui est difficile Ă  faire concilier avec la soudainetĂ© et la violence des attaques et des agressions du monde.

 

Un temps d’apprentissage fastidieux

 

Et puis, il y aussi un autre aspect qui rebute dans l’AĂŻkido. Et tout enfant en nous a sans doute connu ça, si, un jour, il a eu Ă  choisir entre le judo, le karatĂ©, la boxe thaĂŻ ou l’AĂŻkido. L’AĂŻkido prend du temps. Il est assez difficile de sortir du premier cours en se disant que l’on a maitrisĂ© une technique. Autant, en judo, en karatĂ© ou en boxe thaĂŻ, on peut avoir l’illusion d’apprendre très vite et de voir rapidement nos progrès, autant en AĂŻkido, le temps d’apprentissage peut devenir fastidieux. DĂ©courageant. Frustrant. Très technique, très exigeant, l’AĂŻkido refuse sans doute durement les erreurs de placement comme d’intention. Alors que dans d’autres disciplines, on peut plus facilement  masquer ou compenser – ou essayer de le faire- nos lacunes techniques par notre engagement physique et notre « combativitĂ© Â».

 

Quelques Maitres actuels qui s’y « connaissent Â» en AĂŻkido

 

Je parle d’AĂŻkido mais je n’en n’ai jamais pratiquĂ©. J’ai lu Ă  son sujet. J’ai croisĂ© deux ou trois personnes, deux ou trois Maitres, encore vivants, qui, eux, le pratiquent et l’enseignent chacun Ă  leur manière Ă  Paris et ailleurs :

Maitre Jean-Pierre Vignau ( Arts Martiaux : un article inspirĂ© par Maitre Jean-Pierre Vignau), Maitre RĂ©gis Soavi ( Dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda/ sĂ©ance dĂ©couverte), Maitre LĂ©o Tamaki (Dojo 5).

C’est du reste en lisant une des interviews rĂ©alisĂ©es par Maitre LĂ©o Tamaki que j’ai fait la connaissance de Maitre Jean-Pierre Vignau avec lequel j’ai commencĂ© Ă  pratiquer depuis deux semaines. Et c’est en lisant ou en regardant, je crois, une interview de Maitre LĂ©o Tamaki que j’ai entendu parler pour la première fois de Stanley A. Pranin et de cet ouvrage. C’est aussi en regardant une vidĂ©o d’une rencontre entre Greg MMA et LĂ©o Tamaki et en Ă©coutant celui-ci faire un peu l’historique de l’AĂŻkido que j’ai commencĂ© Ă  avoir une autre perception de l’AĂŻkido et Ă  davantage le voir pour ce qu’il est Ă  l’origine : un Art martial. 

L’association de la pratique d’un haut niveau, d’une bonne culture concernant la discipline enseignĂ©e et d’un goĂ»t pour la pĂ©dagogie me semble bien dĂ©finir Maitre LĂ©o Tamaki.

C’est ce que je recherche chez un Maitre ou un enseignant. Aptitudes que j’ai aussi trouvĂ©es chez Maitre Jean-Pierre Vignau ainsi que chez Maitre RĂ©gis Soavi. Mais aussi chez Yves,  Jean-PierreCarmelo et d’autres moniteurs d’apnĂ©e ( ou de plongĂ©e) rencontrĂ©s dans le club d’apnĂ©e – et ailleurs- oĂą je m’entraĂ®ne aussi. Ou chez Jean-Luc Ponthieux, mon ancien prof de guitare basse au conservatoire d’Argenteuil. Lorsque je croyais encore pouvoir apprendre Ă  en jouer. Sans pratiquer rĂ©gulièrement et avec les autres….

 

Quelques enseignements de ce livre de Stanley A. Pranin

 

Ce livre d’interviews paru en 1993 dans sa version anglaise puis en 1995 dans sa version française est désormais assez difficile à trouver. On le trouve en seconde main à un prix assez élevé. J’ai acheté le mien environ 60 euros. Je ne le regrette pas.

 

La plupart des personnes, pour ne pas dire pratiquement toutes celles interviewées et impliquées dans cet ouvrage, ainsi que l’intervieweur, Stanley A. Pranin, sont désormais décédées ce vendredi 11 février 2022 alors que débute la rédaction de cet article.

 

Et ces personnes sont décédées depuis plusieurs années. ( Stanley A. Pranin, né en 1945, est lui-même décédé en 2017). Elles n’entendront jamais parler de la pandémie du Covid, de Gérald Darmanin, du pass vaccinal….

 

Mais grâce Ă  Stanley A.Pranin, Ă  son abattage et Ă  sa culture considĂ©rables au moins dans le domaine de l’AĂŻkido, abattage et culture dont ce livre rend très bien compte, on apprend un peu mieux ce qu’est ou peut-ĂŞtre l’AĂŻkido. Car l’AĂŻkido, finalement, reste un art mystĂ©rieux. Voire “fantĂ´me”. 

 

 

Premier enseignement : une certaine polyvalence martiale.

 

Cela m’a pris du temps pour le comprendre et cela se vĂ©rifie Ă  nouveau avec ces Maitres interviewĂ©s (une seule femme parmi ces Maitres, Maitre Takako Kunigoshi, c’est dommage et cela rend aussi son tĂ©moignage d’autant plus important) qui ont Ă©tĂ© Ă©lèves de Maitre Ueshiba avant la Seconde Guerre Mondiale :

 

Tous les Maitres d’Arts martiaux, quelle que soit la discipline ou l’Art martial qu’ils dĂ©cident ensuite d’enseigner, ont souvent un gros bagage d’expĂ©riences dans plusieurs arts martiaux ou techniques de combats. « Gros bagage Â», cela signifie qu’ils ont souvent un bon voire un très bon niveau dans d’autres disciplines martiales. Niveau obtenu au moins grâce Ă  une certaine quantitĂ© d’entraĂ®nements. Dans ce livre, on apprend par exemple que les Uchideshis s’entraĂ®naient…quatre fois par jour. Et on ne parle lĂ  que de leur pratique de l’AĂŻkido avec Maitre Ueshiba. On ne parle pas du vĂ©cu martial qu’avaient dĂ©jĂ  ces uchideschis avant de rencontrer Maitre Ueschiba. La plupart de ces Maitres avaient souvent dĂ©butĂ© enfants leur apprentissage martial. Et on parle d’un peu plus que deux Ă  trois sĂ©ances d’entraĂ®nement.

Ainsi, Maitre Ueshiba, avant de faire la rencontre de Maitre Sokaku Takeda qui allait lui enseigner le Daito-Ryu, un art martial six fois centenaire et secret, qui, en grande partie, allait lui inspirer l’AĂŻkido, avait auparavant vĂ©cu diverses expĂ©riences martiales soutenues. Un des Maitres interviewĂ©s dĂ©crivant Maitre Ueshiba comme une personne qui Ă©cumait en quelque sorte les lieux d’enseignement martial. Tant il aimait ça ! Par ailleurs, Maitre Ueshiba avait pu compter sur le soutien moral mais aussi financier de son père et d’un de ses oncles. Tant pour faire venir et  hĂ©berger un professeur de judo Ă©mĂ©rite et rĂ©putĂ© Ă  la maison pour des cours particuliers. Que pour faire construire un dojo pouvant permettre Ă  Maitre Ueshiba, devenu adulte, de pratiquer et d’enseigner dans de bonnes conditions.

 

A cette ferveur martiale, Maitre Ueshiba allait ajouter une ferveur religieuse au travers de la secte religieuse Omoto suite Ă  sa rencontre avec le prĂ©dicateur Onisaburo Deguchi. A la lecture de cet ouvrage, on comprend que les deux ferments de cette ferveur ont beaucoup contribuĂ© Ă  transformer Maitre Ueshiba en ce futur fondateur de l’AĂŻkido qu’il est ensuite devenu. 

 

Second enseignement : une ferveur martiale et spirituelle.

 

Car tous ces Maitres interviewĂ©s par Stanley A. Pranin se caractĂ©risent par un engagement profond dans l’apprentissage de leur pratique. Non seulement, elles et ils s’entraĂ®naient rĂ©gulièrement. Mais, en plus, avec implication. L’esprit « il fait froid et il pleut aujourd’hui, je n’ai pas trop envie de sortir m’entraĂ®ner Â» ne faisait pas partie d’eux. On parle ainsi, au moins, de Maitre Gozo Shioda ( Ă©galement interviewĂ© dans ce livre) qui venait au cours « religieusement Â». Mais aussi du mĂŞme, qui, comme d’autres Uchideshis, avait « les larmes aux yeux Â» – tant l’entraĂ®nement pouvait ĂŞtre douloureux- lorsqu’il servait de UkĂ© Ă  Maitre Noriaki Inoue dont l’interview ouvre le livre.

 

Le jour du « ShinaĂŻ Â»

 

Par ailleurs, les élèves étaient incités à donner constamment le meilleur d’eux-mêmes. L’entraînement pouvait être sévère, sans doute militaire, voire humiliant. Un des Maitres (Maitre Kiyoshi Nakakura )raconte comment il avait été brutalement puni pour, négligemment, peut-être sous l’effet de la fatigue, avoir marché sur le shinaï d’un de ses camarades. On est donc très loin d’une expérience du sport loisirs ou du sport Fitness ou Crossfit telle qu’elle s’est développée dans les pays occidentaux depuis les années 80. Ou il s’agit principalement de perdre des calories, de sculpter sa silhouette pour des raisons esthétiques et narcissiques. Et non d’apprendre à vivre ou à se connaître, en quelque sorte.

 

Pour se faire une idĂ©e du quotidien d’un Uchideshi, un Ă©lève qui reste sur place auprès du Maitre qui l’accepte et le forme, on peut se procurer le livre de Maitre Jacques Payet, Uchideshi ( Dans les pas du MaĂ®tre), paru en 2021. Maitre Jacques Payet a Ă©tĂ© un des Ă©lèves de Maitre Gozo Shioda pendant cinq ans dans les annĂ©es 80 durant cinq ans au Japon. Pour cela, Jacques Payet avait quittĂ© La RĂ©union, son Ă®le natale, alors qu’il ne parlait pas ou très peu Japonais. J’ai aimĂ© lire son livre il y a plusieurs mois. Un livre que je n’ai malheureusement pas-encore- pris le temps de chroniquer pour l’instant. Car j’avais alors optĂ© pour parler d’un livre consacrĂ© Ă  l’actrice… BĂ©atrice Dalle ( Que Dalle un livre sur l’actrice et comĂ©dienne BĂ©atrice DalleBĂ©atrice DalleBĂ©atrice Dalle, trois fois..)

 

EspĂ©rons que cette distraction ne me portera pas prĂ©judice. Et que je n’aurai pas Ă  connaĂ®tre pour cela le mĂŞme châtiment que Maitre Kiyoshi Nakakura «  le jour du ShinaĂŻ Â».

Pour l’instant, Ă  Paris, pour le peu que j’ai vu, c’est au Dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda de Maitre RĂ©gis Soavi, que l’on se rapproche le plus, de manière attĂ©nuĂ©e, du quotidien d’un Uchideshi “traditionnel”. Pour les horaires matinaux des cours ( Ă  6h30, en semaine, Ă  8h les week-end)du lundi au vendredi. Pour l’implication personnelle des pratiquants dans l’entretien et la vie du lieu. ( Dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda/ sĂ©ance dĂ©couverte et Trois Maitres + Un).

 

Enfin, dans Les Maitres de l’AĂŻkido, on comprend facilement en lisant les rĂ©ponses et les tĂ©moignages de ces Maitres- et de Maitre Takako Kunigoshi– que l’AĂŻkido qu’ils pratiquaient n’avait strictement rien Ă  voir avec cette « danse Â» Ă  laquelle il peut ĂŞtre aujourd’hui rĂ©gulièrement associĂ©. Et que c’est un art martial « efficace Â» pour qui le maitrise et le comprend.

 

Un ami des chiens

 

Dans son interview, Maitre Gozo Shioda raconte par exemple comment, Ă  une Ă©poque, il allait s’entraĂ®ner au petit matin, en allant en quelque sorte dĂ©fier des chiens sauvages du voisinage. Il Ă©voque le fait d’avoir Ă©tĂ© mordu quelques fois et parle aussi de ce moment oĂą les yeux des chiens deviennent « vitreux Â», expliquant que cela signifie qu’ils vont attaquer. Et, lorsqu’ensuite, Maitre Gozo Shioda regrette la mort de ces chiens, il est difficile de savoir s’il est triste d’avoir perdu des « compagnons Â» d’entraĂ®nement. Ou s’il regrette d’avoir dĂ» les tuer lors d’un de ses entraĂ®nements. Quoiqu’il en soit, ce genre d’anecdote, racontĂ©e en toute simplicitĂ©, contredit la vision de l’AĂŻkido comme Ă©tant un art martial inoffensif. Car, Ă  ce jour, je n’ai pas encore entendu parler d’un pratiquant de boxe anglaise, de Krav Maga, de Pancrace, de Ju-jitsu brĂ©silien ou autre qui serait rĂ©gulièrement parti au petit matin afin de s’entraĂ®ner Ă  combattre, seul et Ă  mains nues apparemment, des chiens errants.

 

 

AĂŻkido et Zen

 

L’interview de Maitre Kisshomaru Ueshiba, un des fils de Maitre Ueshiba, clôture l’ouvrage. Maitre Kisshomaru Ueshiba est celui qui a prolongé l’œuvre de son père et a contribué à la reconnaissance internationale de l’Aïkido. Que ce soit par des enseignements, des ouvrages ou en autorisant le départ d’instructeurs japonais à l’étranger.

Dans son interview, pleine de franchise, franchise également présente dans les autres interviews, Maitre Kisshomaru Ueshiba souligne l’importance de la spiritualité dans la pratique de l’Aïkido.

 

Ainsi, il dit vers la fin de son interview (synthèse d’interviews rĂ©alisĂ©es Ă  son domicile entre 1978 et 1988) :

 

« Mon AĂŻkido insiste sur l’esprit ( Kokoro). En AĂŻkido, le mental est important. Mon père avait crĂ©e cette discipline comme une voie chevaleresque qui ne comprenait aucune compĂ©tition Â».

 

(….) « D’une certaine manière, il existe une correspondance entre l’AĂŻkido et le Zen. Notre discipline implique un complet changement des formes mentales (….) Â».

 

J’aimerais que cet article puisse contribuer Ă  restaurer l’image de l’AĂŻkido mais aussi Ă  mieux comprendre l’un des buts des Arts Martiaux qui consiste aussi Ă  apprendre que : Toujours chercher Ă  ĂŞtre ou Ă  devenir le plus fort ou la plus forte, c’est aller Ă  sa perte.

 

 

Franck Unimon, ce vendredi 11 février 2022.