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Terminal sud

»Posted by on Nov 27, 2019 in Cinéma | 0 comments

Terminal sud

 

 

 

 

photo issue du site allociné.

 

 

 

 

Deux jours avant la tournée du Black Friday ( + deux milliards d’euros pour Jeff Bezos « d’Amazon», première fortune du monde, lors du Black Friday 2017 selon Le Canard Enchaîné de ce mercredi 27 novembre 2019) , regarder le sixième film de Rabah Ameur-Zaimèche depuis son Wesh Wesh de 2002 à Montfermeil ( où il a grandi) nous donne des allures d’homme de conscience. Scions  cette illusion : même si nous faisons maintenant partie de la petite « confrérie » qui aura vu ce film qui sera beaucoup moins validé que Les Misérables de Ladj Ly ( Les misérables 2ème partie,) nous ferons partie du  gibier dont le galop, dans deux jours, se répandra dans la caverne des clicks et des boutiques.

 

photo issue du site allociné.

 

 

 

Le mal semble incurable. Parce qu’il est étendu et difficile à appréhender. On ne sait pas par quel début commencer.  Comme dans Terminal sud où Ramzy Bédia, dans le rôle d’un chirurgien, a beau soigner à tour de bras, pourtant, partout autour de lui, la gangrène continue de prendre.

 

photo issue du site allociné.

 

 

Dans son Terminal sud tout en résistance, comme dans la plupart des films de Rabah Ameur-Zaimèche, il est difficile de savoir si nous sommes exactement en France ou en Algérie, maintenant. Par contre, nous savons que l’époque est trouble. Que des groupes armés supposés protéger peuvent tuer de manière aveugle. Et que des journalistes, les clairvoyants et parmi les derniers maquisards, sont assassinés ou enlevés.

 

« Du haut de ma potence, je regarderai la France ! » était une partie du chant qui clôturait son quatrième film, Le Chant de Mandrin sorti en 2012. Ramzy Bédia pourrait changer les paroles et remplacer les mots « ma potence » par les mot « ma conscience ». Fils d’un résistant lors de la guerre d’Algérie, sa conscience médicale lui ordonne de continuer de soigner sans faire de tri entre ses patients. Pendant que d’autres, armés, cagoulés ou à visage découvert, tranchent dans le vif. A l’hôpital ou devant un blessé, le « chirurgien » Ramzy Bédia semble toujours savoir quelle décision prendre. Dans la vie, il est dans un état second, davantage le conjoint du whisky que celui de sa femme Hazia (la chanteuse lyrique Amel Brahim-Djelloul, pour la première fois comédienne dans un film). Il peut être plus facile d’affronter les plaies des autres que celles de sa propre vie.  

 

photo issue du site allociné.

 

« Tu es dans notre collimateur ». Lorsqu’il lit en pleine nuit cette menace anonyme, ou cette ordonnance, à son domicile, le chirurgien Ramzy Bédia est seul. Sa femme est ailleurs. On est sans doute toujours seul lorsque l’on se fait menacer. Son ami Moh (l’acteur Slimane Dazi), le lendemain, ressemble à un répit, dans la rue, un jour de fin de marché alors que les éboueurs nettoient la place. Rabah Ameur-Zaimèche prend le temps de filmer le travail des éboueurs. On se demande si c’est pour nous rappeler leur  importance. Son film semble chercher le temps réel entre anachronismes, comédiens plus ou moins amateurs,  « fidèles » de ses films et choix particuliers de mise en scène comme lorsque le chirurgien et sa femme Hazia sont plus tard filmés à contre-jour chez eux.

 

Dans Le Chant de Mandrin, Rabah Ameur-Zaimèche portait secours à un « mourant » qui avait besoin de soins et l’acteur Jacques Nolot faisait partie des résistants. Dans Terminal sud, soigner (tous) les autres ne suffit pas pour sauver sa peau. On peut être un chirurgien engagé et charismatique et être mal entouré. C’est peut-être pour cela que Rabah Ameur-Zaimèche entoure, lui, son film de mystère, un mystère protecteur fait d’une certaine pudeur (la scène à contre-jour entre Ramzy Bédia et Amel Brahim-Djelloul) même si la violence peut aussi transparaître dans toute sa laideur. Un film qu’il fait bien sien en y mettant quelques insignes de ses films précédents (acteur, cheval…)

 

photo issue du site allociné.

 

A la fin, ce film est peut-être l’histoire d’une délivrance. Mais celle-ci s’obtient dans la souffrance et aussi dans la fuite.

 

Franck Unimon, ce mercredi 27 novembre 2019. 

 

 

                    

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Les misérables 2ème partie

»Posted by on Nov 24, 2019 in Cinéma | 0 comments

Les misérables 2ème partie

 

                                 Les Misérables 2ème partie

 ( suite et fin de Les Misérables )  

 

La salle de cinéma était assez remplie pour cette première séance de 9h10. Je me demandais s’il y aurait du Rap dans Les Misérables, ce genre musical désormais le plus écouté en France chez les moins de 30-40 ans. Le film durait 1h43 (103 minutes). Il n’avait pas encore commencé que je me demandais comment Ladj Ly était parvenu à dire autant en si peu de temps. La durée moyenne des films semble désormais lorgner vers les deux heures. Si l’on pense à première vue au film La Haine de Kassovitz réalisé en 1995 (98 minutes) ou à Wesh Wesh de Rabah Ameur-Zaïmèche réalisé en 2001 ( 83 minutes), son Les Misérables peut sembler « long ». Mais il est plus court que L’Esquive (117 minutes) réalisé par Kechiche en 2004 et dont l’histoire, inspirée également d’un classique de la littérature française, est également transposé dans une cité d’’aujourd’hui. Lequel Kechiche,  par la suite, a contracté une sorte de « tumeur » de la longévité créatrice : son La Graine et le Mulet (2007) percutant ensuite les 151 minutes puis son La Vie d’Adèle (2013), les 179 minutes.

 

On comparera sûrement beaucoup Les Misérables à La Haine mais ce sera une limite grossière d’assigner le film de Ladj Ly au rôle de la « simple » poursuite du film La Haine vingt quatre ans plus tard. Même si les deux films ont des évidents…ronds-points communs. Car on pourrait aussi parler de Un Prophète  (2009, 155 minutes) et de Dheepan (2015, 115 minutes), deux films réalisés par Jacques Audiard que Ladj Ly a sûrement également vu et décortiqué parmi tant d’autres. 

 

Mais reparlons de son film qui a « obtenu » ou « reçu » «  le label des spectateurs UGC ». La première image de son film en couleurs est celle du jeune Issa sortant de son immeuble, recouvert du drapeau bleu, blanc, rouge de la France. Issa est content. Avec des copains de son âge, entre 13 et 15 ans, Issa part sur Paris fêter l’éventuelle victoire de l’équipe de France de Football lors de la finale de la coupe du Monde. La liesse engagée peut d’abord faire penser à celle de la France victorieuse en 1998 et c’est peut-être une astuce maline de Ladj Ly de nous le laisser croire. Mais dans cette image de joie, Ladj Ly délimite très vite le territoire de son cinéma :

 

Au centre, Issa, interprété par l’acteur Issa Perica.

 

Même si Issa et ses potes se rendent sur Paris et qu’on y voit des images joyeuses de la foule sur les Champs Elysées puis au Trocadéro, un plan de quelques secondes sur la gare Raincy-Montfermeil nous informe que l’histoire se déroulera là. Et non dans cette vie parisienne, plutôt bourgeoise et plutôt blanche, surreprésentée dans le cinéma français.

 

La France gagne son match de Foot et l’on entend la Marseillaise. Et, toujours pas de Rap dans le film. On en entendra très peu. A la place, un titre me monte à la tête même si je ne l’entends pas au cours du film : il s’agit du titre Angel du groupe Massive Attack sorti en 1999. Il est vrai qu’Issa est mignon et a une tête d’ange. Depuis, j’ai lu que le prénom « Issa » a une origine hébraïque et arabe, qu’il signifie «  Dieu est généreux » et que c’est aussi le prénom de Jésus dans le Coran. Mais je ne le sais pas en regardant Les Misérables. Par contre, je « connais » l’aspect vénéneux et rampant du titre Angel, qui ne paie pas de mine au départ du groupe Massive Attack puis qui vous accroche à l’angoisse.

 

Je « connais » aussi cette image d’un jeune qui a beaucoup aimé la France puis qui s’en est ensuite  violemment détourné : c’est celle du terroriste Mohamed Mérah dont j’ai appris que lors de la coupe de Monde de Football (de 1998 ?) il était fier de préférer la France à l’Algérie. Alors, d’une certaine façon, peut-être, je comprends que Les Misérables va nous raconter en partie comment une jeunesse peut passer de l’amour pour la France à son rejet pour tout ce qui peut à peu près la représenter.

 

Bien-sûr, au début du film, devant tous ces gens contents sur les Champs-Elysées, on pense aux gilets jaunes. Car c’est « l’actualité » médiatique, chaque samedi, sur les Champs Elysées depuis un peu plus d’un an maintenant. Mais j’ai aussi pensé aux tirailleurs vidés en 1945 du défilé victorieux par le preux Général de Gaulle, l’inamovible référence historique de la fierté militaire et politique française, et dont la décision d’alors a implanté tellement de mal dans la société française. On dira peut-être que la société française – blanche- n’était alors pas prête à recevoir des soldats arabes et noirs et  à les voir marcher avec d’autres sur les Champs Elysées pour fêter la fin de la Seconde guerre mondiale et la défaite de l’Allemagne nazie (antisémite mais aussi raciste, homophobe et anti-communiste). La « mixité » était peut-être un projet de société plus difficile à mener qu’un combat militaire. 70 ans plus tard, on se retrouve à regarder un film comme Les Misérables sur grand écran.  Devant nous, des acteurs jouent les rôles possibles de ces hommes et de ces jeunes  qui ont été vidés du défilé victorieux de la patrie. Or, ils sont encore plein d’énergie et ont des projets. C’est là où intervient la BAC qui, dans LesMisérables, est le seul contact qui reste entre cette banlieue ignorée et la République.

 

Il n’y a ni pit-bull ni éducateur de rue dans le film. C’est étonnant. On dirait que l’ère des pit-bull est passée de mode et que les derniers éducateurs sont partis sans avoir été remplacés.

 

Dans cet écosystème que l’on retrouve aussi dans Do The Right Thing de Spike Lee (1989, 120 minutes) et dans La Cité de Dieu de Fernando Meirelles (2002, 130 minutes)  les trois flics de la BAC qui circulent  (deux blancs pour un noir), malgré leur « pouvoir »,  font aussi partie des misérables. On s’apercevra qu’ils sont aussi prisonniers d’une certaine misère et solitude personnelle, dans des registres différents, comme celles et ceux qu’ils « administrent » et qu’ils sont un « peu » les derniers à le savoir.

 

Même si cela sert d’appui à l’histoire, on peut être surpris par l’évolution rapide du « rookie » interprété par l’acteur Damien Bonnard : même si l’expérience de terrain entraîne aussi le risque d’un excès d’assurance, elle apporte aussi un instinct et un savoir faire dont on s’étonne qu’ils s’expriment aussi rapidement chez le « nouveau venu ». C’est peut-être là où l’on peut voir du cinéma plutôt qu’une vérité documentaire de tous les instants dans Les Misérables ainsi que la persistance d’un espoir dans le regard de Ladj Ly. Ou son souhait que change rapidement la façon dont la BAC peut intervenir par exemple.

 

Alternant humour, clins d’œil (le Ali Boumayé rappelle aussi bien le combat de boxe Ali/ Foreman que le documentaire When we were kings de Leon Gast, 1996, 89 minutes), points de vue, subtilités de langage, éloge d’une certaine folie protectrice (comme dans A Tombeau ouvert de Scorsese, 1999, 121 minutes), Les Misérables est un menu complet :

L’acteur Almamy Kanoute dans le rôle de Salah.

 

 

Islamisme, mafias locales, parents abstraits ou usés, enfance livrée tel un kebab, prostitution, fascination pour le Free-fight (Venum), obsession du buzz et des réseaux sociaux, responsabilité de celle ou celui qui filme avec du matériel de professionnel dans un monde d(a)mateur.

 

Si on appréhende d’avoir du mal à digérer le film, on peut préférer aller voir La Reine des Neiges 2. C’est aussi sur grand écran.

 

 

Franck Unimon, ce dimanche 24 novembre 2019.    

 

 

 

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Les Misérables

»Posted by on Nov 22, 2019 in Cinéma | 0 comments

Les Misérables

Photo issue du site allociné.

 

 

 

Je devrais être en train de dormir. J’ai assez peu dormi cette nuit comme la nuit précédente. Mais je traîne avant d’aller me coucher. J’ai l’impression que je ne dois pas laisser passer cette journée avant d’avoir écrit.

 

 J’ai vu ce matin, à la première séance, comme je me l’étais promis, le long métrage de Ladj Ly : Les Misérables. Je l’ai enfin vu. Je sais que l’ami Zez en a parlé avant moi sur UrbanTrackz et que ses articles sont bien plus attractifs que les miens. Oui, je le vois très bien au nombre de vues. On parie ? Sourire.

 

Après la séance, je me suis arrêté pour prendre en photo l’affiche du long métrage de Ladj Ly. Elle était entourée des affiches des films J’accuse, Joker, Hors Normes, Le Traitre, Le Mans 66.  Je n’y avais jamais pensé mais d’autres affiches de films  peuvent aussi parler d’un film dont elles entourent l’affiche. Même si j’ai seulement vu Joker  dans cette liste, les films J’accuse, Hors Normes et Joker par leurs titres et leurs sujets qualifient aussi très bien Les Misérables.

Au dessus du titre, l’insigne honorable Festival de Cannes Prix du Jury était là pour attester de la valeur officielle du film de Lady Ly. 

 

Par ailleurs sur l’affiche de Les Misérables, on pouvait lire les constats élogieux de différents média supposés représenter à la fois la diversité et l’unanimité :

 

«  Un film coup de poing » ; «  Un film magistral » ;  «  Un électrochoc » ;   « Sensationnel » ; «  Un film universel ».

 

Ailleurs,  en première couverture d’un hebdomadaire qui avait titré «  Eddy de Pretto, un rappeur d’un nouveau genre », j’ai aussi pu lire «  Ladj Ly dynamite le cinéma ».

 

 

Ces compliments sincères sont bien-sûr très justifiés. Maintenant que j’ai vu Les Misérables,  je ferai également partie de la ronde de celles et ceux qui en diront beaucoup de bien. De toute façon, même avant de le voir, je  faisais déjà partie de cette ronde. J’avais eu de très bons échos par des cinéphiles et des journalistes qui l’avaient vu avant sa sortie de ce mercredi en salles.

 

J’avais aussi un très bon a priori sur Ladj Ly au vu du très peu de ce que je savais de lui. Je me rappelais qu’il avait coréalisé avec Stéphane Freitas le documentaire A Voix haute : la force de la parole que j’avais vu et beaucoup aimé. J’avais ensuite appris qu’il avait réalisé Les Misérables qui allait partir au festival de Cannes.

 

L’acteur Steve Tientcheu. Photo issue du site allociné.

 

Dans Les Misérables, l’acteur  Steve Tientcheu tient le rôle du «  Maire ».  J’avais découvert l’acteur Steve Tientcheu à l’écran pour la première fois  dans le très bon documentaire La Mort de Danton (2011) d’Alice Diop. Je l’avais croisé lors du tournage de nuit du court-métrage Molii (2014) réalisé par Carine May, Mourad Boudaoud, Yassine Qnia et Hakim Zouhani. Puis, je l’avais revu dans le film Qui Vive ( 2014) de Marianne Tardieu.

 

 

A gauche, l’acteur Damien Bonnard. Au centre et derrière, l’acteur Alexis Manenti. A droite, l’acteur Djebril Zonga. Photo issue du site allociné.

 

Dans Les Misérables, l’acteur Damien Bonnard interprète le flic idéaliste qui arrive de Cherbourg mais sans le parapluie magique de Mary Poppins. J’avais véritablement remarqué cet acteur dans la comédie En Liberté (2017) de Pierre Salvadori  où il jouait aussi le rôle d’un flic mais beaucoup plus sentimental. C’est tout. J’ai découvert tous les autres. Ces réminiscences prétentieuses sont insuffisantes à faire de moi un grand connaisseur de ce que raconte Ladj Ly dans Les Misérables.

 

Si je mettais un sous-titre à son film, cela serait  Training Day version BAC …et Le Monde est drône. Pour Training Day, on regardera bien-sûr du côté du film d’Antoine Fuqua avec la paire Denzel Washington/ Ethan Hawk. En regardant Les Misérables, j’ai aussi repensé au livre de Frédéric Ploquin La Peur a changé de camp

 

Ma réserve concernant tous ces éloges officiels à propos de Les Misérables viennent du fait que je me méfie de l’effet  « selfie » et  « sapin de Noël »  qu’amène le « succès » :

 

A peu près tout le monde veut en être et salue le chef-d’œuvre. « Notre » Président de la République aurait été « touché » par le film. C’est sûrement sincère. On peut être libéral et humaniste. On peut étrangler quelqu’un et lui faire du bouche à bouche.

On peut aussi vouloir rassembler et exterminer ou discriminer. 

 

Certaines élites (pas uniquement politiques) ont besoin de voir un film- quand elles le voient- pour découvrir et s’émouvoir devant une partie de leur pays. Pour d’abord schématiser, Les Misérables, cinéma de proximité,  parle de manière documentaire au grand public de certaines banlieues et d’une certaine société française. Il sera peut-être nécessaire que l’équivalent d’un Ladj Ly, féminin ou masculin, réalise un film- en 3D- avec le même succès critique et public sur les conditions de vie et de travail à l’hôpital et à l’école publiques pour que, là, aussi,  des élites politiques, et les autres élites, se déclarent « touchées » et « émues ».

 

 Je me méfie donc du fait qu’une fois le nouvel An arrivé, on range le sapin, les guirlandes et que, à nouveau, chacun referme sa fenêtre ou l’œilleton de sa porte d’entrée ou de son téléviseur et reste finalement solidaire de ses foyers et de sa née cécité.

 

Je me méfie du fait qu’ensuite, il soit attendu de Ladj Ly – et également reproché- qu’il réalise un Les Misérables 2 puis 3, puis 4, puis 5  comme certains de ces films à « succès » : les Taxi et les Fast and Furious par exemple. Parce-que ça fait vendre du pop-corn et des limonades. Parce-que ça donne des frissons.  Nous voilà maintenant pas si loin du sujet du film Le Mans 66.  Même si je me doute que Le Mans 66 , ne serait-ce que du fait de la présence d’acteurs comme Christian Bale et Matt Damon qui savent creuser leurs sujets.  

 

Mais la très bonne nouvelle est qu’au vu du cinéma que reflète Les Misérables et le CV de Ladj Ly, je suis confiant dans sa capacité à nous surprendre. Ladj Ly continuera de tracer son sillon. C’est un saphir qui restera libre. Il ne sera pas un phénomène de cirque qui retournera dans sa cage tel le lionceau dans le film. Il retournera plutôt la cage vers nous comme il le fait très bien- en moins d’une heure cinquante !- dans Les Misérables.

 

Ceci était l’introduction de mon article. Ou peut-être déjà un peu sa conclusion.

Par compromis, je dirais donc qu’il s’agit de la première partie de ma critique du film Les Misérables de Ladj Ly.

Fin de la première partie de cet article. 

Franck Unimon, ce vendredi 22 novembre 2019.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Leave no Trace

»Posted by on Nov 18, 2019 in Cinéma | 0 comments

Leave no Trace

L’actrice Thomasin McKenzie et l’acteur Ben Foster. Photo issue du site allociné

                                                 Leave no Trace

 

Instinctivement,  et avec un petit peu de chance, pour survivre à une guerre,  il est peut-être nécessaire de préférer sa vie à son âme. Plus tard, où que l’on soit, notre âme saura nous rappeler ce choix : il n y a pas de meilleure proie pour elle que celle ou celui que l’on croît être. Le trauma ou la culpabilité feront alors partie des tomahawks de notre âme. Et nos parcours de reconnaissance, les plus prudents comme les plus sophistiqués, seront plus d’une fois pris de court par la trajectoire de ses tomahawks.  

 

Leave no trace raconte l’histoire d’un père et de sa fille Tom, adolescente. Tous deux ont décidé de vivre en autarcie en pleine nature, dans les Etats-Unis d’aujourd’hui, à l’abri des hostilités du monde urbain contemporain. Ils ont rompu le fil avec la toile d’internet, des réseaux sociaux et des multiples mutations technologique comme avec la toile de Spiderman. Bien que blancs, leur mode de vie est bien plus proche de celui des Amérindiens d’avant l’arrivée des colons européens et du départ du génocide que du mode de vie résiduel des geeks. A les voir aussi bien rôdés  dès le début du film, on comprend que cela fait déja un bail  que ça dure. Pour nous, citadins remorqués par toute une gestuelle industrielle et administrative, leur quotidien sera l’équivalent de vingt fois le sommet de l’Annapurna et de plusieurs générations d’existences à la dure. Pour eux, vivre de cette façon est tout ce qu’il y a- à peu près- de plus normal. Ils ne lisent donc pas les diverses chroniques du site UrbanTrackz et n’en n’entendront sans doute jamais parler. En plus, ils n’ont même pas la radio. Mais quelques livres dont un dictionnaire.

 

Jennifer Lawrence, dans ” Winter’s Bone”. En voyant ce film au cinéma à sa sortie, même si j’avais beaucoup aimé le film, je ne m’attendais pas à ce que moins de cinq ans plus tard, cette actrice connaisse une telle accélération de sa carrière. Photo issue du site allo ciné

 

 

Dans son film Winter’s Bone (réalisé en 2010), déjà, qui avait fait connaître l’actrice Jennifer Lawrence et lui avait ensuite permis en à peu près cinq ans, top chrono, de devenir une actrice oscarisée et remarquable, la réalisatrice Debra Granik, mettait en scène la « relation » de Ree, jeune femme de 17 ans, avec son père. La jeune Ree (l’actrice Jennifer Lawrence, donc), aînée de plusieurs enfants,  vivait dans cette Amérique- blanche- oubliée ou profonde, rurale et régulatrice de ses propres lois. Cette Amérique, dans la forêt des Ozarks, étant l’une des révélatrices et des cicatrices d’un certain inconscient américain.

Au début de Winter’s Bone,  Ree apprenait que leur père, «  ancien dealer », avait mis leur maison en caution et qu’ils  risquaient donc l’expulsion (ça vous rappelle un chouïa  The Hunger Games ?). Cela la décidait à sortir de la maison et à partir à la recherche de leur père parti plus longtemps que d’habitude. Dehors, dans ce patelin de l’Etat du Missouri, la fréquentation de la famille paternelle s’avérait être un danger potentiel parmi d’autres :

 

L’acteur John Hawkes dans ” Winter’s bone” que j’ai plutôt été habitué à voir jouer des gentils garçons. Jusqu’à ce que je le voie dans ” Winter’s bone”. Photo issue du site allociné.

 

Le frère aîné du père ( l’acteur John Hawkes, très bon dans ce rôle et si différent de celui qu’il tient dans Moi, toi et les tous autres de et avec Miranda July, 2005)  étant la version humaine d’un loup très superficiellement socialisé et  pouvant se montrer aussi menaçant que violent.  

 

 

MYAB_05-17_02449.CR2. L’actrice Thomasin McKenzie et l’acteur Ben Foster dans ” Leave no Trace”. Photo issue du site allociné

 

 

 

Dans Leave no trace, la jeune Tom (l’actrice Thomasin Mc Kenzie) et l’acteur Ben Foster vont un peu plus loin dans la relation entre un père et sa fille. Dans une forêt, ils dorment côte à côte dans une même tente en pleine nature à l’écart de tous et entretiennent entre eux la même relation fusionnelle et symbiotique que celles qu’ils fondent avec cet environnement naturel situé aux abords de la ville de Portland, Oregon.  Ils y ont établi leur campement provisoire. On pourrait les voir comme des espèces de babas cool ; comme un père et une fille ayant une relation incestueuse ou comme ces nombreux « évaporés » de la société japonaise qui font partie des déclassés de la société.

 

 

Rambo I
Rambo: first blood
1982
RŽal. : Ted Kotcheff
Sylvester Stallone
Collection Christophel Photo issue du site allociné

 

On pourrait aussi voir ce film comme une déclinaison du personnage de Rambo vivant dans la forêt avec sa fille puisque le type d’entraînement que le père (l’acteur Ben Foster), ancien vétéran de guerre (en Irak ou en Afghanistan ? Ce n’est pas précisé) enseigne à sa fille marche sur ses traces :

 

Leave no Trace.

 

L’actrice Saoirse Ronan et l’acteur Eric Bana dans le film “Hanna” de Joe Wright. Photo issue du site allociné

 

 

L’âge un peu plus juvénile du personnage de Tom par rapport au personnage de Ree rappelle aussi celui de Hanna réalisé par Joe Wright en 2011 avec l’actrice Saoirse Ronan dans le rôle principal face à Eric Bana et Cate Blanchett.

 

L’actrice Thomasin McKenzie dans ” Leave no Trace”. Photo issue du site allociné.

 

Mais dans Leave no Trace, Debra Granik délimite très bien son sujet : on n’est ni dans une relation incestueuse et ni dans un film de Rambo. Et c’est une des nombreuses habilités de son film qui, pourtant, par certains côtés, en tant que réalisatrice, rappelle aussi le cinéma d’une Kathryn Bigelow pour sa capacité à savoir filmer, quand l’histoire le nécessite, un certain mode de contact classifié comme « viril » et « masculin ». Mais  Debra Granik donne plus d’importance aux femmes et à la relation. Kathryn Bigelow est plus portée sur la « castagne ».

 

Une photo tirée du film ” Démineurs” de Kathryn Bigelow. Photo issue du site allociné.

 

 

Démineurs qui donnera l’Oscar en 2010  à Kathryn Bigelow est plutôt un film de « mec » réalisé par une femme. Pendant que dans le cinéma d’un Jeff Nichols (Take Shelter, Mud, Midnight Special), ce sont plutôt des hommes qui, malgré leur sensibilité maternelle et leur vulnérabilité, restent maitres de leur destin en faisant des sacrifices.   

 

 

Dans Leave no Trace, L’intervention des Rangers et leur façon d’entrer en contact, de façon « virile » et « masculine », avec le père de Tom et celle-ci dans la forêt, succède ici à l’intervention  de l’armée américaine ou des des cow-boys du temps de la colonisation des Etats-Unis au détriment des Amérindiens. Sauf qu’ici, le père de Tom, ancien vétéran de l’armée qui a donc sans doute pratiqué ce même genre d’intervention à l’étranger, est ici l’égal de l’Amérindien délogé de son rêve terrestre. Traqué, capturé puis persécuté par un Etat américain qu’il a contribué- comme des milliers d’autres- à maintenir puissant et omniprésent  au delà de ses frontières, le père de Tom se retrouve réintroduit de force avec elle dans ce rêve américain qu’il avait décidé de fuir et dont il a voulu, coûte que coûte, la préserver.

Dans Leave no trace, l’ennemi n’est pas le Noir, le Latinos, l’Homosexuel, le transexuel, le musulman, le Mormon, le tueur en série, le dealer, le proxénète, la bande rivale, le mafieux ni même le marginal ou la femme. Mais bien l’Etat Américain, son consumérisme, et sa norme dominante qui sont ce rêve qu’il entend continuer de perpétuer et d’imposer à marche forcée avec une bienveillance aussi sincère qu’inquiétante à ses citoyens.  

 

Cette bienveillance bien rôdée, bien éduquée, aussi puissante économiquement que psychiquement, est bien entendu un poison invasif aussi destructeur que le glyphosate dans les cultures ou le plastique dans les océans :

 

Tom et son père, comme les Amérindiens, font l’expérience- obligée- de la vie dans une réserve. A partir de là, on « sait » que cette expérience aura des effets contraires et secondaires sur Tom et son père. Et que celui-ci, comme n’importe quel parent devant son enfant devenu adolescent puis adulte, va  bientôt être touché par l’obsolescence malgré tous ses combats et tous ses souhaits pour son enfant. Car ses projets de vie sociale comme ceux proposés par l’Etat américain finissent par tourner dans le vide. Ce vide est fait de mort et de dépression. Face à cette mort et à cette dépression, le père de Tom propose et impose une  marche et une fuite perpétuelle, concrète et nomade dans la nature.  Sur le territoire américain, il est resté ce soldat engagé dans une guerre par l’Etat américain hors du territoire américain quelques années plus tôt et qui continue de chercher à préserver  sa survie.  Cette guerre est un Tomahawk  dont l’impact quelque peu mystique lui a pris sa vie,  lui laissant l’éclat apparemment intact de son corps et de certaines convenances sociales telles que la politesse. Mais les élans chaloupés du titre Natural Mystic de Bob Marley ont malheureusement été largement arrachés par l’implantation d’un lancinant syndrome post-traumatique ou PTSD en Anglais.

 

Cette guerre qui séquestre le père de Tom est une fenêtre aussi impossible à refermer qu’à expulser. Soit tout le contraire de son corps dont la présence sur le sol américain dérange les Lois de l’Etat américain. Son corps sans dérogation peut donc être expulsé ou manipulé par les rangers ou sollicité par les forces sociales qui essaient de le réinsérer dans un bercail (la réserve, un métier imposé) qui est en contradiction avec ses entrailles…mais qui séduit et rassure en partie sa fille, Tom, la moitié saine de ses entrailles, qui est la seule personne avec laquelle son esprit accepte et souhaite encore être relié. Si le professeur Xavier des X-Men était là, il dirait à propos du père de Tom que celui-ci refuse de le laisser entrer dans ses pensées et ses émotions.  

 

 

De son côté, face à la mort à la dépression, l’Etat américain, lui,  propose et impose à ses citoyens, séduits ou forcés, de rester reliés à une fuite perpétuelle, concrète et sédentaire dans le consumérisme et une certaine vie urbaine et connectée. Il faut se rappeler que des citoyens tels que Edward Snowden ou Bradley Manning( désormais Chelsea Manning), considérés comme des traitres à la Nation américaine ou comme des  « lanceurs d’alerte », sont au départ des citoyens américains. Mais aussi des militaires particulièrement compétents dans le domaine informatique.

 

Ce n’est peut-être pas un hasard si un Edward Snowden, par exemple,  hyper-connecté, apparemment plus Geek et plus urbain que nomade, et semblant plus proche de la figure fictive lambda du civil Mr Anderson ( Néo sous son pseudo) dans Matrix (1999) des ex-frères Wachowski (désormais Lana et Lilly) que du père de Tom dans Leave no Trace, est au départ un citoyen américain :

 

Pour parodier un peu les ex-frères Wachowski, Edward Snowden, en étant dans la “vraie vie” un des agents actifs au sein de «  la matrice » des services secrets américains, était particulièrement informé de cette manière dont nous sommes constamment privés de nos libertés individuelles et de nos possibilités réelles de nous épanouir en tant qu’individus malgré les vitrines, les écrans, les selfies, mais aussi les crédits, et les miroirs séduisants et rassurants où nous prenons plaisir à rester captifs pendant des heures, de nuit comme de jour, seuls ou avec nos proches et nos aussi nombreux que «virtuels », réels ou éphémères amis et connaissances.

 

Et, afin de prévenir tout malentendu, il faut aussi voir les religions, les partis politiques, la façon dont on les pratique, certaines associations, sectes, groupes et organismes auxquels on s’identifie comme faisant aussi, potentiellement, partie de ces « vitrines, écrans, selfies et miroirs séduisants où nous prenons plaisir à rester captifs… » car ils nous servent d’antidépresseurs et d’anxiolytiques. Notre mode de vie connecté nous laisse en effet souvent la liberté de  choisir entre une certaine dépression et une certaine parano ambiante avec plein d’ilots de consommation au milieu afin de nous ressourcer.  

 

 

 Dans Leave no Trace, Tom, grâce  aussi aux apprentissages qu’elle a faits aux côtés de son père, a cerné ces miroirs aux alouettes. Ceux de la société américaine ainsi que ceux de son père, qui se révèle, malgré ses extraordinaires compétences pour la survie, être une sorte de petit poucet, incapable de se retrouver un foyer. Parce-que ses plaies sont devenues son véritable foyer. Et Tom a compris qu’elle ne pourra pas l’aider davantage à se séparer de ce foyer.  

 

On pourrait reprocher au film d’être une apologie idéalisée du mode de vie survivaliste car il est vrai que Debra Granik nous montre une vision plutôt apaisée et « peace and love » de cette tendance.  L’argent est ici délaissé ou seulement utilisé ponctuellement lorsque l’on doit en repasser, furtivement, par le « continent » de la société de consommation qui ressemble alors à une gigantesque étendue délétère.  La priorité est donnée à l’entraide,  la spiritualité, la tranquillité, l’acceptation des autres et à la cohabitation avec la nature.

 

 

Tom est aussi une de ces ados « modèles » que le cinéma nous pond régulièrement. Même si Leave no Traceappartient plus au cinéma d’auteur ou dit indépendant qu’au cinéma grand spectacle. On peut concevoir que sa relation privilégiée avec son père, faite d’affection réciproque, alors que tant d’enfants souffrent de l’absence et du manque de complicité avec leurs parents, puisse expliquer une telle harmonie. Mais, en général, dans la « vraie vie », lorsque l’on vit vingt quatre heures sur vingt quatre, en exclusivité avec celles et ceux qu’on aime, même à l’air libre, on finit par se créer quelques embrouilles à deux balles. Alors, on en déduira que Debra Granik a voulu adoucir un peu  l’histoire suffisamment chargée comme ça.

 

Car Leave no Trace est peut-être un titre trompeur.

 

Après la guerre contre les Anglais pour obtenir son indépendance, après la traite Négrière et les Etats esclavagistes, après le génocide des Amérindiens, l’Etat Américain, Première puissance mondiale, semble incapable d’enrayer sa marche guerrière hors de ses frontières comme à l’intérieur de ses terres. Ses citoyens mutilés, lynchés, déportés,  massacrés et oubliés en sont les multiples traces.  

 

 

Cet article a été rédigé avec une pensée particulière pour Aude et Pierre.

 

 

Franck Unimon, lundi 18 novembre 2019.

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Ad Astra

»Posted by on Nov 6, 2019 in Cinéma | 0 comments

Ad Astra

Photo issue du site Allociné.

 

 Ad Astra, un film de James Gray.

 

A travers ce nouveau film de James Gray, il y a au moins deux histoires : celle du cinéma qui réplique à l’infini des histoires qui ont enchanté nos aînés cinéphiles- avec d’autres acteurs- et que l’on nous a plus ou moins racontés ou que l’on a aperçus. Et celle de l’Humanité qui, pour différentes raisons, souvent du fait de ses carnages et de ses naufrages intérieurs et extérieurs, s’oblige à chercher une meilleure vie dans un au-delà. Pour accéder à cet au-delà, l’Humanité est prête à commettre d’autres crimes et d’autres horreurs tout en prétextant que c’est pour avancer et pour faire évoluer l’Humanité.

Pour accéder à un autre cinéma, James Gray est prêt à s’engager derrière d’autres films réalisés par d’autres dont il connaît sûrement chaque plan par cœur.

 

Il y a au moins du Apocalypse Now (Francis Ford Coppola en 1979) dans Ad Astra. Mais Brad Pitt a remplacé Martin Sheen et Tommy Lee Jones (cela aurait pu être Nick Nolte) est ici le Marlon Brando du nouveau film de James Gray. On parlera sûrement aussi de Stanley Kubrick, Terrence Malick….

James Gray est un réalisateur cultivé et multi-médaillé. Dans l’alcôve des cinéphiles, les films de James Gray sont fait de ce cuivre que bien des regards seront toujours prêts à polir alors on le suit dans ce film qui est bien le sien quelles que soient les œuvres qui l’on précédé et qui ont pu l’inspirer.

 

 

Brad Pitt est ici un super-héros américain de plus qui traverse  son Vietnam, son Afghanistan, son Algérie, son Rwanda, son Irak ou sa Syrie intérieure et antérieure ( sa furie mystérieuse) tout le long du film pour trouver et rejoindre- peut-être-  ce père (Tommy Lee Jones), astronaute pionnier et autre « héros », parti s’établir dans l’espace en abandonnant femme et enfant (le personnage de Brad Pitt alors qu’il avait 16 ans) et que beaucoup décrivent comme étant une étoile morte.

 

Entre la mémoire de celle ou de celui qui nous a abandonné et l’espoir de le retrouver intact dans le corail intergalactique, mais aussi qu’il nous guérisse de notre naufrage moral, il existe bien des récifs et des rencontres qui nous dévient ou cherchent plutôt à nous forcer à changer de sujet. Brad Pitt, homme mûr quitté par sa femme (Liv Tyler), épuisée de son absence, connaît tout ça dans Ad Astra.

 

Le film est-il réussi ? S’agit-il d’une singerie facticement métaphysique ? Tommy Lee Jones est une étoile moindre que Marlon Brando, ça c’est sûr. Néanmoins, ce film est un fruit mur que James Gray nous tend et que l’on aurait tort d’ignorer même si on peut lui reprocher, un petit peu, de ne pas assumer assez la fin de son film comme s’il avait hésité entre une conclusion à la Gravity et la fin fracassante (de l’Humanité ?) que sa conscience lui a pourtant, sûrement, maintes fois commandée au vu de sa filmographie mais à l’imminence de laquelle il continue de se dérober. James Gray n’est pas un réalisateur de commande, c’est certain. Et, nous, on en redemande.

 

Plus bas, il y a un article à propos d’un autre film. Oui, le titre initial Ad Astra de cet article ne le laisse pas supposer. Et alors ? Il y a même ensuite un autre article sur un troisième film. Vous verrez, c’est court et rapide à lire. 

 

                                                           

 

Photo issue du site allociné.

 

 

 

Papicha , un film de Mounia Meddour

 

 

 

Dans l’Algérie des années 90 du terrorisme religieux et du couvre-feu,  une génération après la guerre de la libération, Nedjma ( l’actrice Lyna Khoudri)  est une brillante étudiante et une couturière douée. La nuit, avec une de ses amies, Nedjma prend la mesure de sa jeunesse :

 Elle fait le mur, se maquille, fume et se rend en boite de nuit -en taxi- où elle vend ses robes à des algéroises aisées. Cela, aussi, grâce aux backchichs qu’elle donne au gardien de la cité universitaire qui pourrait être son père et qui fait l’aveugle lorsqu’elle sort et rentre au petit matin.

 

Les étoiles de Nedjma sont son pays et cette vie qu’elle veut faire défiler par ses doigts dans ses robes. Mais l’avenir de Nedjma et de ses amies se coud de plus en plus dans la toile d’araignée grandissante de l’intégrisme religieux.

 

Nedjma doit apprendre en grandissant que ce pays dans lequel elle a grandi est devenu, pour elle, un pays rêvé dont le seul succès véritable, c’est la tombe et le sang. Mais incapable de se laisser convertir par cette pénombre, elle s’oppose au renoncement. Contrairement à un Brad Pitt dans Ad Astra, Nedjma n’a pas d’autre planète où espérer se panser en compagnie d’un père éventuel. Même si, pour elle aussi, l’amour est une déroute. Patriote jusque-boutiste, Nedjma et ses amies sont menacées par celles et ceux qui s’estiment les plus purs et les plus justes tandis que d’autres, « justes » opportunistes, en profitent pour faire des affaires ou pour obtenir par la force ou le chantage ce que les lois de la paix réprouvent.

 

Le film  Papicha nous met devant les yeux ce « passé » de plus en plus présent pour lequel certains héros et martyrs sont prêts à mourir afin d’en faire notre futur et notre résidence principale. Ce n’est plus le rêve américain et mégalo dont le personnage de Tommy Lee Jones, dans Ad Astra, incarne l’impuissance devant la vie mais le rêve du suicide pour tous.

 

 

Photo issue du site allociné.

 

Terminator : Dark Fate un film de Tim Miller.

 

 

 

Après avoir vu Papicha, il fallait bien sortir de la tombe et remonter la pente. Terminator : Dark Fate est fait pour ça. Même si dans les Terminator, l’avenir est très sombre, on sait que cela va bien se finir à un moment donné pour les héros. Pour les autres, celles et ceux qui font partie du décor, hé bien, ils font partie du décor. Donc, il faut bien qu’ils servent à quelque chose, à mourir par exemple, afin de rendre la menace crédible et pour que nos héros gagnent du relief et nous étonnent. Et puis, on ne va quand même pas plaindre tous ces gens qui se font éclipser dans le film :

Ils sont payés pour ça car c’est du cinéma.

 

Donc, en allant voir Terminator : Dark Fate, on ne va pas (trop) plaindre les victimes. De toute façon, les héros font très vite leur deuil de leurs proches. Le stress post-traumatique est vite éliminé chez eux. Là où beaucoup de personnes resteraient prostrées, se feraient sur elles et seraient incapables de s’alimenter ou d’avoir une conversation sérieuse ( sur le résultat du prochain match de Foot par exemple), là, on a affaire à des vrais soldats qui ne se plaignent jamais et encaissent très bien les coups durs. Même sans entraînement comme c’est le cas de Dani Ramos (l’actrice Natalia Reyes) qui, cette fois-ci, doit être protégée.

 

Car dans Terminator : Dark Fate l’intrigue est devenue encore plus féministe qu’à l’origine. Trois héroïnes pour un héros. Ça donne bien-sûr de la nouveauté. Trois femmes et, pourrait-on dire, trois types de femmes :

 

Sarah Connor (l’actrice Linda Hamilton) une vieille blonde très masculine.  Grace (l’actrice Mackenzie Davis) une (grande) femme blonde augmentée à la Ghost in the shell ou empruntée à Blade Runner (il y a bien des prêts de joueurs entre clubs de Football)  mais en plus humaine et en plus friable. Et Dani Ramos, une Latinos qui va se découvrir l’héroïne d’une histoire dans un pays ou le Président américain actuel (Trump) qu’elle ne connaît pas et qui n’est jamais cité en veut à son peuple de l’autre côté de la frontière.

 

Même le méchant (l’acteur Gabriel Luna) a un physique de Latinos. Schwarzie, lui, vieillit bien (72 ans) comme souvent. Et en voyant le film, je me suis dit que cela allait nous faire tout drôle lorsqu’il allait disparaître pour de bon. Parce qu’à force de l’avoir vu dans Terminator et revenir, surtout, plusieurs fois dans Terminator, je suis sûr que nous sommes des millions à désormais croire que cet homme est indestructible car il a toujours été là sur nos écrans. Avant Trump. Avant Daech. Avant Bachar El Assad. Avant Poutine. Avant les gilets jaunes. Avant Macron. Ça va nous faire tout drôle lorsqu’il sera parti pour de bon. Alors on profite bien de son humour dans Dark Fate car c’est lui qui en transporte le plus tout en nous parlant des Etats-Unis et de leurs rapports aux armes à feu. Terminator/Schwarzie a aussi une certaine vision- drôle- de la vie de couple.

 

Mais ayons un mot tout particulièrement pour l’actrice Linda Hamilton qui rempile dans le film à près de 70 ans ou peut-être plus (63 ans dans les faits : pourvu qu’elle ne lise pas mon article). Oui, elle a vieilli. Mais quelle vieille ! On ne la trouvera pas à l’EHPAD, elle. Ou alors, c’est elle qui dirigera le personnel et lui fera faire des pompes (à insuline ou à héparine).

 

Les actrices Linda Hamilton et Dani Ramos. Photo issue du sité allociné.

 

Cependant, un détail en particulier me retient lorsque je repense à Linda Hamilton dans le film :

J’ai plutôt entendu dire qu’avec la ménopause, les femmes devenaient de grandes candidates à l’ostéoporose et aux fractures. Dans Dark Fate, l’actrice Linda Hamilton (Sarah Connor) se fait brutaliser plus d’une fois par le Terminator létal ( l’acteur Gabriel Luna). Et elle n’a pas une fracture. A peine un petit bleu. Même pas un œdème ou une varice qui explose. C’est un indice : Linda Hamilton, aussi, nous survivra. Et, c’est tant mieux.

 

Lorsque nous serons morts, nous la laisserons, elle et Schwarzenneger/Terminator s’expliquer avec les intégristes qui ont fait tant de mal à Nedjma et ses amies dans Papicha. En espérant qu’outre-tombe, il y ait des écrans plats partout avec beaucoup de bons programmes télés, avec des bons films, des bons documentaires, des bons débats et une bonne télécommande. Mais sans la pub. La pub, ça attire les vers et après ça, on ne peut plus rien voir jusqu’à ce que le programme reprenne.

 

Franck Unimon.

 

 

 

 

 

 

 

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