Cinéma

Gémissements

»Posted by on Août 5, 2020 in Cinéma, Corona Circus, Ecologie, Micro Actif, Puissants Fonds, self-défense | 0 comments

Gémissements

 Gémissements.

C’est notre souffle qui nous tient. C’est à dire : trois fois rien. Dans nos pensées et nos souvenirs se trouvent tant de trajectoires. De ce fait, on ne s’étonnera pas si je fais quelques excursions en des temps et des événements différents et si je me retrouve ensuite à nouveau dans le présent.

 

Aujourd’hui, ce mercredi 5 aout 2020 où il a fait entre 29 et 30 degrés à Paris, je devrais être au cinéma. J’ai l’impression de le trahir. Il y a tant de films à voir même si le nombre de films a été restreint. Les salles de cinéma, pour celles qui ont pu rouvrir depuis le 22 juin,  peinent à s’en sortir économiquement.

 

Enrôlées dans la bobine du cycle Covid-19, les salles de cinéma ont peu de spectateurs. Je m’en suis aperçu directement le 14 juillet en allant voir Tout simplement noir de Jean-Pascal Zadi. Le film m’a beaucoup plu. J’en parle dans un article qui porte le nom du film sur mon blog: Tout simplement Noir.

 

Mais nous étions à peine dix spectateurs dans la grande salle de ce multiplexe parisien que je connais depuis plus de vingt ans. C’est vrai que j’y suis allé à la première séance, celle de 9h et quelques, mais je ne crois pas que l’heure matinale ait joué tant que ça sur le nombre que nous étions dans la salle :

 

 Le confinement de plusieurs semaines dû à la pandémie du Covid-19 et l’arrivée de l’été au moins ont eu un effet sécateur sur le nombre des entrées. En plus, cela fait plusieurs mois qu’il fait beau. Je crois que les gens ont besoin de se rattraper. Ils ont aussi peut-être peur que le couteau d’un autre confinement ne se déploie à nouveau sous leur  gorge.  

 

 

Mais on va un petit peu oublier le Devoir ce matin. Ou on va le défendre autrement.  On va se faire notre cinéma à domicile.

 

 

Les photos qui défilent dans le diaporama sont un assemblage à la fois de quelques photos de vacances, d’ouvrages que je lis, ai essayé de lire ou voudrais lire, du Cd dont la musique m’a inspiré….

 

Et je vais essayer de vous parler d’à peu près tout ça à ma façon.

 

 

On va vers l’autre pour essayer de combler ou de soulager un vide. Mais nous ne partons pas du même vide. Nous ne portons pas le même vide. Et nous ne parlons peut-être même pas du même vide. Beaucoup de conditions sont donc assez souvent réunies pour que, dans la vie, nous fassions….un bide. Et, pourtant, nous connaissons des réussites et des possibilités de réussite. Mais encore faut-il savoir s’en souvenir et s’en apercevoir.

 

 

Je ne connaissais pas du tout Magali Berdah dont j’ai commencé à lire la biographie, Ma Vie en Réalité. J’en suis à la moitié. Et j’ai très vite décidé de lire son livre plutôt que celui de Julia De Funès intitulé Développement ( Im) Personnel.  Qu’est-ce que je reproche au livre de Julia De Funès dont j’ai commencé à lire l’ouvrage ?

 

Le fait, d’abord, que l’on sente la « bonne élève » qui a eu des très bonnes notes lors de ses études supérieures et qui a, donc, une très haute opinion d’elle-même. Je suis bien-sûr pour avoir des bonnes notes et pour faire des études supérieures autant que possible. Je suis aussi  favorable  au fait d’avoir de l’estime de soi.  Parce qu’il peut être très handicapant pour soi-même comme pour notre entourage de passer notre vie à avoir peur de tout comme à toujours décider que l’on ne sait jamais rien et que l’on ne sait absolument rien faire en toute circonstance.

 

 Mais je ne crois pas à la certitude absolue. Y compris la certitude scolaire.

 

Julia De Funès veut « philosophiquement » « déconstruire » les arnaques des « coaches » et des vendeurs de « recettes du bonheur » qui font florès. C’est très bien. Et j’espère bien profiter de ce qu’elle a compris de ces arnaques. Mais elle abat ses certitudes en se servant de sa carte routière de la philosophie dont elle connaît des itinéraires et des soubresauts par cœur.  

 

Elle, elle Sait. Et elle va nous démontrer comme elle Sait  quitte à ce que, pour cela, en la lisant, on ait mal à la tête en essayant de suivre sa propre pensée inspirée de celles de très grands philosophes qu’elle a déchiffrés et qui ont résolu depuis l’antiquité le mal dont on essaie de se guérir aujourd’hui en tombant dans les bras et sur les ouvrages des  commerçants du développement personnel qu’elle veut confondre.

 

Résultat immédiat : pour accéder à sa connaissance et profiter de ses lumières, on comprend dès les premières pages de son livre qu’il faut avoir la philo dans la peau. On lit son livre comme on pourrait lire un livre de Droit. J’aime la philo. Et j’aime prendre le temps de réfléchir.

 

 J’aime moins avoir l’impression, lorsque je lis un livre,  de devoir apprendre des lois. En plus, et c’est sûrement un de mes torts, dès les premières pages, Julia de Funès cite Luc Ferry comme une de ses références.  D’abord, je n’ai pas compris tout de suite. J’ai confondu Luc Ferry avec le Jules Ferry de l’école publique. Oui, j’ai fait ça. Ce genre de confusion. Et puis, comme Julia de Funès cite plusieurs fois Luc Ferry en moins de dix pages, j’ai  fini par comprendre.

 

J’ai sûrement de très très gros préjugés envers Luc Ferry, ancien Ministre de l’Education. Mais, de lui, j’ai surtout retenu qu’il avait une très belle femme et qu’il savait se faire payer très cher pour des conférences sur la philo. Et quand je pense à lui, je « vois » surtout quelqu’un de très suffisant. Je n’ai pas beaucoup aimé ce qu’il a pu dire, dans le journal Les Echos,  ou peut-être plus dans Le Figaro. A savoir, que, selon lui, après le confinement, le business reprendrait «  as usual » et que, en quelque sorte, les Nicolas Hulot et toutes celles et tous ceux qui pensent comme lui, peuvent aller se rhabiller avec leurs histoires de « Il faut changer le monde et essayer de tirer des enseignements de ce que la pandémie du Covid a pu nous obliger à comprendre du monde et de la vie ».

 

On a le droit de critiquer Nicolas Hulot et celles et ceux qui lui ressemblent. On peut critiquer plein de choses sur la manière dont la pandémie a été gérée et dont elle continue d’être gérée. Mais dire que ce sera « business as usual » revient à dire que notre monde marche bien tel qu’il est économiquement, politiquement, industriellement et socialement ; qu’il est réglé comme une horloge suisse et que rien ne peut ou ne doit modifier cet ordre et cet état du monde dans lequel un Luc Ferry, « philosophe » de formation a ses entrées et ses privilèges. Même si Luc Ferry a sans aucun doute des connaissances et des raisonnements plus qu’honorables, il est vrai que, pour moi, pour l’instant, l’homme qu’il incarne est pour moi un repoussoir. Et voir que, dès le début de son livre que j’ai eu pour l’instant un plaisir limité à lire, Julia de Funès le place sur un piédestal, m’a poussé à fermer son livre et à passer à la biographie de Magali Berdah.

 

Oui, Magali Berdah.

 

Car, la biographie de Magali Berdah, c’est le contraire. Je ne connaissais pas Magali Berdah auparavant. Et en tombant sur son livre à la médiathèque, il y a quelques jours, je me suis dit que je pourrais apprendre quelque chose. De mon époque. Pour moi. Pour mon blog. Afin de  mieux le promouvoir mais aussi, peut-être, l’orienter différemment. Sans pour autant aller dans la téléréalité ou biberonner du Cyril Hanouna que Magali Berdah cite comme un de ses premiers soutiens avant de devenir «  la manageuse » des influenceurs et des influenceuses. Avec Julia de Funès, finalement, on est dans une pensée très puritaine. Pensée que je partage aussi. Car je ne me fais pas tant que ça une si haute opinion de moi-même :

 

Je peux, aussi, être très très puritain à ma manière. Si ! Si !

 

Sauf que avoir un certain sens et une certaine idée de la moralité ne suffit pas pour être heureux et pour ce que l’on appelle « réussir sa vie ». Car notre vie se résume quand même souvent à ces deux questions :

 

Sommes-nous heureux ? Et faisons vraiment nous tout ce que nous pouvons, dans la mesure de nos moyens, pour être heureux ?

Parce-que pour moi, réussir sa vie, c’est ça : être heureux autant que possible, le plus longtemps possible et savoir le redevenir si on est malheureux, triste ou déprimé.

 

Et si je veux bien croire que Julia de Funès peut m’aider, aussi, à répondre à ces deux questions au moins dans son livre, je crois que Magali Berdah peut également y contribuer. Car je ne vois pas pourquoi citer Luc Ferry pourrait suffire à me rendre heureux. 

 

Alors que la biographie de Magali Berdah, elle, est concrète. On peut trouver qu’elle nous raconte sa vie de façon à passer pour une Cosette. On lui reprochera peut-être de trop étaler sa vie privée, de se donner le beau rôle (celui de la victime, de la personne  moralement intègre ou protectrice) et de s’en servir pour son sens de la Communication et des affaires. Elle est peut-être ou sans doute moins « jolie » moralement que ce qu’elle nous donne à entrevoir dans son livre mais elle nous parle aussi d’un monde que l’on connaît :

 

Celui où des personnes vulnérables (mineures comme adultes), ignorantes, bosseuses et de bonne volonté, peuvent se faire….arnaquer, kidnapper, trahir etc…..

 

Et Magali Berdah nous raconte aussi comment elle s’en « sort ». Concrètement. Ainsi que certains de ses fiascos et de ses coups durs. Par des exemples répétés. Ce qui parle souvent beaucoup mieux qu’en citant des philosophes ou des Anciens Ministres, fussent-ils très cultivés et dans le « Vrai » lorsqu’ils ( nous) parlent. A moins que ces Anciens Ministres et philosophes ne se parlent, d’abord, à eux-mêmes.

 

Oui, Magali Berdah est beaucoup dans l’affectif. Elle le dit et le fait comprendre avec sa « garde rapprochée » parmi ses collaborateurs. Et elle est à l’aise avec l’argent et le fait d’en gagner beaucoup. Il n’est pas donné à tout le monde, comme elle, de s’épancher facilement auprès d’autrui. Moi, par exemple, dans la vraie vie, je me confie oralement assez peu. C’est une histoire de pudeur et de méfiance. Quant à l’argent, en gagner beaucoup n’a pas été ma priorité lorsque j’ai commencé à travailler. Je ferais plutôt partie des personnes qui auraient du mal à mieux mettre en valeur mes articles par exemple.

 

 

 Vis à vis de la « célébrité », je suis ambivalent :

 

J’aime me mettre en scène et faire le spectacle. Vraiment. Mais j’aime aussi pouvoir être tranquille, pouvoir me retirer et me faire oublier. Soit deux attitudes très difficilement conciliables qui expliquent par exemple au moins, en partie, la raison pour laquelle mon blog a sûrement (beaucoup) moins de vues qu’il ne pourrait en avoir. Mais aussi la raison pour laquelle, à ce jour, mon activité de comédien est plutôt une activité sous-marine (c’est peut-être aussi pour cela que je pratique l’apnée) ou sous-cutanée voire intramusculaire.

 

C’est sûrement aussi pour cela que, certaines fois, je me retrouve à nouveau au moins témoin de certaines situations qui, dans mon métier d’infirmier, restent la norme.

 

Parce-que lorsque l’on est infirmier, on aime assez peu se mettre en scène et prendre toute la lumière. On est plus dans le don de soi que dans la revendication pour soi. Et ça amène ce résultat et cette vérité automatiquement renouvelée :

 

D’autres profitent de cette lumière et de cet argent.

 

Dans son livre, Magali Berdah explique qu’elle découvre l’univers de la téléréalité et des réseaux sociaux en rencontrant Jazz, une ancienne candidate de téléréalité,  amie d’une de ses anciennes salariées, Martine, à qui elle rend un service.

 

A cette époque, Magali Berdah, mariée, trois enfants, est surendettée, et a surtout une expérience consistante en tant que commerciale et auto-entrepreneuse dans les assurances et les mutuelles. A première vue, grossièrement, on dira que cela n’a rien à voir. Sauf que Magali Berdah, est fonceuse, bosseuse, curieuse. Elle a sans doute aussi envie de garantir à ces jeunes vedettes cette protection et cette sécurité dont elle a manqué enfant.  

 

Magali Berdah offre donc à ces jeunes vedettes son sens des affaires et du commerce ; une certaine indépendance. Ainsi qu’une présence affective permanente qui contraste avec ce monde des marques, des reflets et des images qu’incarnent et vendent ces jeunes vedettes qu’elle protège.

 

Quelques temps plus tôt, alors qu’elle était déprimée du fait de ses problèmes professionnels, financiers et personnels répétitifs, elle s’était confiée à une amie. Laquelle lui avait conseillé de consulter un Rav (l’équivalent d’un rabbin) de sa connaissance. Magali Berdah, juive non pratiquante, avait accepté de le rencontrer. Après s’être racontée,  ce Rav, le Rav Eli, lui avait affirmé qu’un de ses ancêtres, du côté de son grand-père maternel, était lui-même un Rabbin très « réputé » considéré comme un Tsadik.

 

Dans le vocabulaire hassidique, le Tsadik est un « homme juste ». Un Maitre spirituel. L’équivalent d’un Saint. Mais ce Saint n’est pas protégé par Dieu de son vivant. Par contre, ce Tsadik protègera un « descendant » et lui « offrira une vie extraordinaire : qui sort de l’ordinaire ».

Et le Rav Eli d’apprendre à Magali qu’elle était cette personne protégée par le Tsadik.

 

Ces propos du Rav étaient-ils sincères ? Relèvent-ils de la gonflette morale ou du placebo ? Sont-ils l’équivalent de ces « trucs » vendus et proposés par les coaches « bien-être » que Julia De Funès veut «déconstruire » ?

 

Je précise d’abord que je ne suis pas juif. Où alors je l’ignore. Mais j’aime beaucoup l’histoire de cette rencontre dans laquelle je vois du conte et de l’universel. Un conte pour adultes. Un conte qu’on aurait pu évidemment transposer autrement en parlant d’une rencontre avec un marabout, un psychologue, un Imam ou toute autre rencontre étonnante ou mystérieuse pourvu que ce soit une rencontre hors-norme, hors de nos habitudes et inattendue dans une période de notre vie où l’on a besoin de changement mais où on ne sait pas comment s’y prendre pour donner une autre direction à notre vie.

 

 

Dans cette histoire du Tsadik qui est l’équivalent du Saint, je pense bien-sûr à la vallée des Saints qu’un ami m’a conseillé d’aller découvrir lors de notre séjour récent en Bretagne. On trouvera facilement mon diaporama de la vallée des Saints sur mon blog. La Vallée des Saints

 

Pour l’instant, je ne vois pas quelles retombées concrètes sur ma vie a pu avoir le fait d’avoir pris la décision de me rendre avec ma compagne et ma fille à la vallée des Saints. Et ma remarque fera sans doute sourire ou ne manquera pas de me faire envisager comme un candidat idéal pour le programme subliminal de n’importe quel gourou foireux et vénal.

 

Alors, il reste le Tsadik, équivalent du Saint, qui, je crois, lui, sera plus difficile à contredire et à déloger, que l’on se moque de moi ou pas :

 

Religion juive ou pas, le soignant, infirmier ou autre, est souvent assimilé au Saint ou à la bonne sœur. Lorsque l’on regarde les conditions de travail et les conditions salariales d’un infirmier et qu’on les compare à ce que celui-ci donne de sa personne au cours d’une carrière, on « sait » que le compte n’y est pas du tout. Et que les infirmiers, comme d’autres corps soignants, sont sous-payés et sous estimés comparativement à ce qu’ils donnent. Mais aussi comparativement à ce qu’ils endurent. J’ai déjà entendu dire que, souvent, dans les ancêtres des soignants, il y a eu un malade, une grande souffrance. Mais on peut aussi penser, à travers l’exemple du Tsadik, qu’un soignant (infirmier ou autre) est un Tsadik et que, lui aussi, donnera sa protection à un de ses descendants un jour ou l’autre.

 

Cette histoire-là me plait beaucoup et elle m’est inspirée en lisant la biographie de Magali Berdah. Pas en lisant l’ouvrage de Julia de Funès. J’ai presque envie d’ajouter :

 

« Alors que cela aurait dû être le contraire. A quoi sert-t’il d’avoir autant de connaissances- comme Julia de Funès- si c’est pour plomber l’atmosphère et le moral des gens alors que ceux-ci essaient de trouver des astuces pour s’alléger, respirer un petit peu mieux et s’octroyer un peu de répit avant de devoir reprendre leur labeur ? ».

 

Récemment, dimanche après-midi, j’ai effectué un remplacement dans un service. La collègue infirmière du matin, ai-je appris plus tard, se lève à 3 heures du matin lorsqu’elle commence sa journée de travail à 6h45.

 

C’est sans doute rare qu’une infirmière se lève aussi tôt lorsqu’elle commence à 6h45 pour être à l’heure au travail. Mais je l’aurais vu au moins une fois dans ma vie.

 

Ce qui est moins rare, c’est d’avoir appris que cette infirmière avait pu se faire « défoncer » en plein staff un matin parce-que le travail n’avait pas été fait en temps et en heure. Pour quelle raison ?

Peut-être parce qu’elle était nouvelle dans le service. Et encore en CDD. Mais, aussi, parce-que le service manque de personnel infirmier. Quatre infirmiers en poste dans le service alors qu’il en manque sept autres. Il y a sept postes d’infirmier vacants dans ce service. Le service tourne donc régulièrement avec des remplaçants.

 

Ce qui est aussi moins rare, c’est qu’en se faisant « défoncer » en plein staff, cette infirmière ait subi sans broncher. C’est une étudiante infirmière présente lors des faits qui, ensuite, en a parlé au collègue infirmier qui m’a raconté ça le dimanche après-midi.

 

Ce qui est également moins rare c’est d’avoir demandé ce dimanche (j’étais alors présent) à cette même infirmière de revenir travailler le lendemain matin sur son jour de repos. Parce qu’il manquait du personnel infirmier le lundi matin.  

 

 Pourquoi je parle de ça ? Le Covid a fait des soignants, officiellement, «  des héros ». Mais des personnes se font « défoncer » cette fois-ci physiquement, sur la place publique lorsqu’ils rappellent à d’autres citoyens de porter- correctement- le masque de prévention anti-covid. Ou simplement d’un porter un.

 

Pendant ce temps, dans leur service, des soignants continuent de se faire « défoncer » en plein staff comme cette collègue infirmière. On peut donc défoncer en plein staff une héroïne. Et c’est normal.

 

Alors, qu’est-ce qu’il reste aux soignants héroïques alors qu’ils continuent de se faire défoncer par leur hiérarchie ? Il leur reste la dépression ou le burn-out. Il leur reste les accidents de travail. Il leur reste les congés longue maladie. Il leur reste la démission. Il leur reste la colère ou la contestation. Il leur reste le Tsadik ou son équivalent. Et c’est en lisant la biographie de Magali Berdah, que je n’ai pas terminée, que je le comprends. Pas en lisant le livre sûrement très cultivé de Julia de Funès.

 

Ce matin, ça a fait marrer une de mes jeunes collègues infirmières lorsque je leur ai parlé de Magali Berdah. Elle était sans doute gentiment amusée par une de mes nouvelles bizarreries. Pourtant, je ne fais que prolonger à ma façon ce en quoi je crois depuis des années.

 

Miles Davis disait « My mind is not shut » : Mon esprit n’est pas fermé. Dans la revue Yashima dont j’ai beaucoup aimé les articles cette fois-ci, il y a entre autres une interview de Kacem Zoughari.

 

Kacem Zoughari est «  docteur en Histoire et Culture du Japon et adepte de Ninjutsu du plus haut niveau ». J’ai découvert l’existence de Kacem Zoughari il y a à peine dix jours par ce magazine Yashima acheté durant mes vacances.

 

Quel rapport entre la téléréalité, le monde du fric et du commerce de Magali Berdah et l’ascèse martiale à laquelle se tient Kacem Zoughari que je devrais appeler au moins Sensei ou Maitre au vu de ses titres ?  A priori, à la télé, ce n’est pas la même chaine. Il n’y a aucun rapport si on oppose ces deux personnes et ces deux expériences selon leur image et leur parcours. Et puis, dans l’interview, Kacem Zoughari dit par exemple :

 

« Quand j’arrive là-bas (au Japon), je pense être bon. J’ai représenté la discipline à Bercy et à la télé et je suis ceinture noire. Mais au premier cours chez Ishizuka sensei, on me reprend. On me reprend gentiment, mais j’ai l’impression d’être giflé ! ».

 

On peut donc être « très bon », bosseur et expérimenté comme le pense alors Kacem Zoughari et, comme Magali Berdah, dans son domaine professionnel…échouer.

 

Or, que l’on évolue dans le commerce ou dans le domaine des arts martiaux ou ailleurs, ce qui va importer, c’est notre réaction par rapport à « l’échec ». Ce que l’on va être capable d’apprendre et d’accepter de cet échec.

 

Plus tard, Kacem Zoughari dit :

 

«  (….) Hatsumi sensei dit parfois : « Tu veux être bon, shuraba ni ike ». Va où a lieu le carnage ».

 

On peut penser au « carnage » de la guerre. Mais on peut aussi penser au « carnage » de la souffrance et de la violence auquel le soignant où le travailleur social est régulièrement exposé. Et Magali Berdah parle aussi de certaines périodes de «  sa vie chaotique ».

 

Et j’ai particulièrement aimé lorsque Kacem Zoughari dit :

 

« Certains élèves copient le maitre jusque dans ses déformations de dos, de genou, etc. Au-delà de l’aspect caricatural, c’est même délétère pour leur santé ! Ce type de pratiquants intégristes refuse souvent aussi de voir ce qui se fait ailleurs pour ne pas corrompre l’image qu’ils ont de leur maître. C’est une grave erreur ».

 

Bien entendu, je n’attends pas que Kacem Zoughari verse dans l’univers de la téléréalité et dans le monde de Cyril Hanouna. Mais on a compris que selon mes aptitudes et mon état d’esprit, je peux trouver des parties de mes besoins et de mes réponses tant dans ce qu’enseigne Kacem Zoughari que dans ce que raconte Magali Berdah.

D’autant que Kacem Zoughari confirme aussi :

 

« (…..) car beaucoup d’obstacles se dressent sur la voie d’un adepte. Il y a d’abord les désillusions. Le monde martial, comme tout microcosme, comporte de nombreuses personnes à la moralité douteuse. Il faut alors avoir foi dans les bénéfices de la pratique pour trouver le recul de se dire que les actes d’un individu ne définissent pas la valeur d’une discipline ».

 

 

Il y aurait bien-sûr davantage à dire de l’interview de Kacem Zoughari et je le ferai peut-être un autre jour.

 

Mais l’article va bientôt se terminer et je veux d’abord répondre à des questions que je crois possibles devant certaines des photos :

 

La voix du Raid écrit par Tatiana Brillant (avec la collaboration de Christine Desmoulins), ancienne négociatrice du RAID, parce-que je crois que son expérience peut aussi m’apprendre quelque chose dans mon métier comme dans ma vie. Tatiana Brillant, dont, d’ailleurs, le père est pompier. Et la mère….infirmière. Tatiana Brillant qui dit, page 24 :

 

«  (….) Ayant cette fois accès à mon dossier, j’ai appris que lors des précédents tests j’avais été reçue première avec l’observation suivante :

 

 «  Première candidate. Impressionnante malgré son jeune âge. Bonnes réactions, empathie naturelle ».

C’est ainsi que je suis entrée au RAID le 1er mars 2004. A Bièvres, dans l’Essonne, mon rêve se réalisait ! Tout cela validait à jamais le mantra qui rythme ma vie :

 

« Il ne faut rien s’interdire ».

 

« L’empathie » est une aptitude qui peut être dévaluée dans un monde où l’image, le statut social, la célébrité, la rapidité, la rentabilité et le fric remportent souvent le gros lot.

 

Le personnel infirmier sait ce qu’est l’empathie même s’il se fait régulièrement enfler. Parce qu’il est plus dans le sacrifice et le don de soi que dans l’empathie me dira-t’on. Peut-être. Mais on voit à travers Tatiana brillant, Magali Berdah mais aussi Kacem Zoughari, qui l’évoque d’une certaine façon dans un passage de son interview, que « l’empathie » est compatible avec la réussite professionnelle et personnelle.

 

 

Tout bouge autour de moi de Dany Laferriere, membre de l’Académie française. Pour le titre. Pour la littérature. Parce-que je n’ai encore rien lu de lui. Parce qu’il parle d’Haïti, où il se trouvait, lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010 :

 

  «  Des choses vues » qui disent l’horreur, mais aussi le sang-froid des Haïtiens. Que reste-il quand tout tombe ? La culture. Et l’énergie d’une forêt de gens remarquables ».

 

 

Parce qu’Haïti est une île où j’aurais aimé être allé depuis des années. Mais son régime politique et sa pauvreté m’ont jusque là trop inquiété. Je suis « entré » un peu à Haïti d’abord par le cinéma de Raoul Peck dans les années 90 par son film, L’Homme sur les quais. J’ai vu d’autres films de lui. Et même des séries. Je l’ai aussi rencontré et interviewé deux fois. Une fois lors du festival de Cannes au début des années 2010. Une autre fois, à Paris.

 

Il y a quelques photos de nos vacances en Bretagne. A la vallée des Saints ( avec les statues en granit) et aussi à Quiberon, du côté du port-Haliguen, où nous sommes passés avant que le port du masque ne devienne obligatoire dans la rue.

 

Le titre que j’ai choisi sur l’album Nordub  réalisé par Sly & Robbie et Nils Petter Molvaer feat Eivind Aarset and Vladislav Delay s’appelle :

 

European Express.

 

C’est le septième titre de l’album. Après avoir lu des critiques dithyrambiques sur cet album, je me suis décidé à l’acheter. J’avais déjà écouté deux anciens albums de Nils Petter Molvaer. J’appréhendais qu’il soit trop présent avec ses traversées électroniques et sa trompette qui louche vers Miles mais sans l’attrait de Miles sur moi.

 

Sly and Robbie, depuis leur trajectoire Reggae avec Black Uhuru, Gainsbourg et beaucoup d’autres dans les années 70 et 80 ont depuis longtemps débouché dans d’autres atmosphères musicales. J’attendais beaucoup de cet album. J’attendais du Dub. J’ai d’abord été déconfit. Puis, en le reprenant en revenant de vacances, il s’est à nouveau vérifié que certains albums nous demandent du temps pour entrer dedans.

 

European Express,  de par sa dynamique, est le titre qui m’a semblé le plus approprié pour cet article.

 

 

Cet article est sans doute plus long qu’il n’aurait dû, une fois de plus. Alors, j’espère qu’il ne sera pas trop fastidieux à lire et que les photos qui l’accompagnent vous iront aussi.

Ici, si on le souhaite, on pourra écouter cet article dans sa version audio :

 

 

Après un concert, il arrivait que Miles engueule certains de ses musiciens après qu’ils aient, selon lui, mal joué. Sans doute estimait-il qu’ils n’avaient pas pris assez de risques. Il leur disait :

 

 «  Jouez ce que vous savez jouer ! ».

 

J’ai écrit ce que je sais écrire. C’est le souffle qui nous tient. C’est à dire : trois fois rien.

 

 

Franck Unimon, ce mercredi 5 aout 2020.

 

 

 

 

 

 

 

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Tout simplement Noir

»Posted by on Juil 15, 2020 in Cinéma | 3 comments

Tout simplement Noir

 

                                                    Tout simplement Noir

Les salles de cinéma ont rouvert le 22 juin. Je suis retourné au cinéma pour la première fois ce 14 juillet pour voir Tout simplement Noir de Jean-Pascal Zadi. Avec sa tête de pygmée, Jean-Pascal Zadi nous fait une fête au carré.

 

Jean-Pascal Zadi, acteur principal, coréalisateur et scénariste de Tout simplement Noir, c’est un peu l’équivalent de l’ASH (la personne qui fait le ménage dans un hôpital ou dans un lieu de soins) ou de la silhouette, à peine déclarée, domiciliée habituellement dans le décor le plus éloigné des paillettes. Et qui nous reviendrait dans la pièce principale, mais cette fois, devant et derrière la caméra. Et avec le sourire. 

 

Jean-Pascal Zadi avait déjà réalisé d’autres films avant celui-ci. De lui, j’ai uniquement vu il y a quelques années, Sans pudeur ni morale, dont j’ai acheté le dvd. Mais Tout simplement Noir est son premier film « grand public » : plus diffusé.

 

 

On comprend très vite en découvrant le film Tout simplement Noir, que lorsqu’il était dans l’angle mort du cinéma qui est «  très regardé » , que Jean-Pascal Zadi ne s’est pas contenté de laver les sols et les plinthes des portes, de vider, changer, les sacs poubelle et de ranger la vaisselle. Ce qui est une partie du travail d’un ASH et déjà beaucoup. J’ai lu seulement très récemment la fiche de poste d’un ASH et devant l’exigence du travail demandé, je me suis senti très soulagé de ne pas faire ce métier.

 

Derrière le sourire de Jean-Pascal Zadi (qui n’a pas été ASH dans sa vie, je crois) il y a beaucoup de travail.

 

Derrière un sourire, il y a souvent beaucoup de travail même si on aime bien croire le contraire. Une personne renfrognée, froide ou en colère nous oblige à nous mettre au travail. Une personne qui sourit nous autorise plus facilement à prendre des vacances.  Dans son film, Jean-Pascal Zadi nous fait faire le tour de nos Histoires sensibles en réussissant souvent à nous faire sourire, réfléchir et rire. C’est un des gros atouts, parmi d’autres, de son film militant :

 

Prendre soin de rendre son sourire de simplet aussi affirmé et conscient qu’un poing fermé. Ce qui est beaucoup plus facile à théoriser qu’à obtenir. C’est donc dire son intelligence et son adresse car Jean-Pascal Zadi a su faire passer son film entre « L’humour » (lequel ?), le sens du rythme, les aptitudes corporelles hors-normes qui sont les attributs-pendentifs souvent associés aux personnes noires et le radicalisme voire le racisme idéologique de certains « frères », « sœurs », « cousins », « compatriotes » ou « concitoyens ». Tout en les « incluant » :

 

Il ne les ignore pas. Son film emprunte à la tauromachie : c’est un peu de la tauromagie. On en a un très bon aperçu lorsqu’il évoque Dieudonné, qui fut un temps l’un des meilleurs Humoristes de France et qui est aujourd’hui devenu celui qu’il faut éviter si l’on veut voir sa carrière léviter.

 

 

C’est très simple : pour son film, Jean-Pascal Zadi s’est inspiré de la plupart des Symboles militants les plus connus liés à l’identité noire ces soixante dernières années. Et il a croisé ça avec une bonne partie des comédiens ou personnalités populaires  en France ces vingt et trente dernières années qui, d’une certaine manière, sont devenus des modèles plutôt engagés de cette « identité noire ».  La présence dans Tout simplement Noir de plusieurs des personnalités françaises que l’on reconnaîtra pour la plupart a donc une véritable fonction et ponctue souvent un propos afin de bien traiter le sujet du film. Même si, vraisemblablement, certaines personnalités regretteront sans doute d’être absentes du casting. Car en voyant Tout simplement Noir, je me suis dit que si j’étais un acteur ou une personnalité noire française en vue ou aspirant fortement à être reconnue, j’aurais beaucoup aimé être dans ce film. Car le film permet à la fois de se divertir, d’affirmer un point de vue tout en se rendant visible de façon plutôt originale :

 

De gauche à droite : Lucien Jean-Baptiste, Fabrice Eboué et Jean-Pascal Zadi.

 

L’acteur, scénariste et réalisateur Lucien jean-Baptiste m’a donné la possibilité de lâcher mon rire dans une (grande) salle de cinéma  comme je ne l’avais pas fait depuis plusieurs années, je crois. Entre son « fait » dans Tout simplement Noir et son rôle déjà dans Possessions (2012) d’Eric Guirado, on voit qu’il peut tenir d’autres rôles que celui du noir rigolo et sympa. Même si ça peut être plus simple aussi, et c’est mieux que rien, pour une carrière au cinéma de jouer le mec rigolo et sympa, sans doute est-il comme bien des acteurs ( noirs comme blancs ou blancs comme arabes ou asiatiques ou etc…) embastillé dans un certain type de rôle au cinéma.

 

A gauche, le doigt levé, l’humoriste Fary avec Jean-Pascal Zadi.

 

Si nous pouvons avoir eu ou avoir recours à des modèles noirs américains, ou autres, nous sommes bien français et dans Tout simplement Noir, nous parlons bien d’une identité française vivante. Et non muselée et tenue en laisse comme cela a pu l’être de par le passé. Jean-Pascal Zadi est un Nègre à propos bien plus qu’un Nègre à plateau. Et celles et ceux qui sont dans son film vont dans la même direction, chacune et chacun avec sa composition particulière. On se retrouve donc un moment, aussi, en « Autriche », ce qui est une façon comme une autre de faire…l’autruche. On parle métissage. Pour résumer, on parle autrement de la diversité. Et c’est illustré, concret et incarné par des sujets et des personnes. Et non par des mannequins, des suppositoires ou des superstitions.

Tout simplement Noir est un film très concret. Il repose autant sur l’expérience de quelqu’un qui a traversé des frontières que sur des réflexions concernant des événements et l’Histoire.

L’actrice Caroline Anglade avec Jean-Pascal Zadi.

 

Ainsi, la femme ( l’actrice Caroline Anglade) de Jean-Pascal Zadi dans le film est-elle blanche. Si on se demande comment ils gagnent leur vie, on comprend rapidement qu’à l’instar de la femme (blanche aussi) de Lucien Jean-Baptiste dans Première étoile, qu’elle est le pilier placide et amusé du couple tandis que le mari et le père, ici, est un grand naïf, un immature ou a la stratosphère dans les étoiles. A part ça, pour eux, leur vie ensemble va de soi et est tout à fait normale. Alors que leur couple représente encore une cascade frénétique ou une effraction pour bien des Français d’aujourd’hui. Et que d’autres, déterminés ou acculés, continueront de penser qu’il s’agit avant tout de choisir son clan et d’y rester.

Il y a une bonne vingtaine d’années de cela, j’avais entendu parler d’un groupe de Rap qui s’appelait Tout simplement agressif.  Aujourd’hui, je crois que ce groupe n’existe plus et que ses membres ont arrêté depuis longtemps cette activité d’adolescents. Mais je relate cette anecdote pour dire qu’il est possible que le film de Jean-Pascal Zadi soit très violent pour certaines sensibilités. Cela fera peut-être sourire en le lisant et, pourtant, c’est aussi à envisager.

Jean-Pascal Zadi avec “sa” femme et “leur” enfant dans le film. “Leur” fils s’appelle Malcolm.

 

Pour cela au moins, Tout simplement Noir, tout seul, ne va pas changer la face du soleil en France ou ailleurs. Mais, après d’autres films,  il offre une vision blindée et lucide sur ce qu’il faut regarder lorsque l’on parle «  d’identité noire ». Et il donnera des idées à celles et ceux qui, encore miraculés, n’avaient pas osé se réaliser.  Sans forcer.

 

Franck Unimon, mercredi 15 juillet 2020.

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Sankara n’est pas mort

»Posted by on Mai 15, 2020 in Cinéma | 0 comments

Sankara n’est pas mort

 

 

 

                   Sankara n’est pas mort : Au Pays des Hommes intègres

 

                    Réalisé en 2019 par Lucie Viver. Musique : Rodolphe Burger.

                    Langues parlées   : Français, Moré, Dioula. 

                     Film Disponible en VOD sur la plateforme  25 ème Heure

                     Distribué par Meteore-Films

                     Agence de Presse : Makna Presse/ Chloé Lorenzi

 

D’un point de vue occidental, j’ai l’impression que chaque fois que l’on parle de l’Afrique, qu’en fait, on parle d’un pays. Comme si l’Afrique était une fresque saccadée et fragile, qui, pour se tenir et s’ériger, nécessitait le cours et les contours de tous ses fleuves, de tous ses mirages et de tous ses peuples. Et qu’elle héritait constamment de sillons- en partie coloniaux- la séparant de ses aimants. Un destin qui peut ressembler à celui de toute minorité disparue ou menacée de finir dans une décharge un jour ou l’autre que ce soit en Asie, en Amazonie ou en Europe. Car une minorité qui ne se fond pas dans la masse ou dans la forêt ombilicale de la majorité est généralement considérée comme usagée. Sauf que l’Afrique est beaucoup trop grande, trop peuplée et trop ancienne, pour être uniquement un bout de terrain même si elle sert souvent de parking et d’antres-peaux à certains entrepreneurs, à certaines castes familiales et politiques d’Afrique et d’ailleurs.

 

Pendant ce temps, en occident, en Asie ou ailleurs, certaines Nations se démarquent sans qu’on leur colle la même exigence d’unité que l’on impose à l’Afrique. Nous l’avons vu récemment avec la pandémie du Covid-19 : On nous a parlé de l’Allemagne,   des Pays-Bas, la Chine, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Russie, la Corée du Sud, Taïwan, l’Italie, l’Espagne…. et de l’Afrique qui était à nouveau appelée à souffrir- un peu comme si l’Afrique était de la même taille qu’Haïti- car trop peu structurée.

 

L’Afrique est peut-être le continent dont on parle le plus sans le connaître, en occident. Sans même prendre la peine de présenter ses excuses pour notre ignorance la concernant. Lorsqu’on parle d’elle. Elle est cette gigantesque silhouette dans l’arrière champ d’un film. Celle qui fait le ménage ou est un mauvais exemple, dont on retient à peine le nom et dont on oublie la fiche de paie.

 

Lorsqu’on parle de l’Afrique, en occident, le plus souvent, c’est pour nous parler d’un vertige bloqué. D’un continent qui dégringole. Et qui dégringole sans cesse. Rimbaud a écrit Le Bateau ivre. C’est toujours un modèle. Depuis l’occident, avec nos yeux d’occidentaux standardisés,  on pourrait presque surnommer l’Afrique, le continent ivre. Et ce n’est pas pour la citer en exemple. Car nous avons alors les yeux de celle ou celui qui quitte le sol et voit déjà double rien qu’en fixant le fond de son verre et cela avant même de commencer à boire ce qu’il contient.

 

Je suis un occidental. Je suis né comme ça. Je répète seulement à ma façon ce que l’auteur noir américain Richard Wright (mort à Paris en 1960) avait pu dire il y a un demi-siècle siècle ou davantage.

Thomas Sankara connaissait sans aucun doute des auteurs comme Richard Wright, une référence occidentale. Par contre, en occident, nous connaissons moins bien les auteurs africains.

 

Je ne connais rien à l’Afrique. Je n’y suis jamais allé. Personne, dans ma famille, n’y est jamais allé. Plusieurs de mes ancêtres, il y a longtemps, ont été forcés d’en partir. C’est tout. On ne sait même pas exactement qui ils sont. Ni d’où ils venaient précisément dans l’Afrique des siècles passés. A quels peuples ils appartenaient. Moi, je suis né en île-de-France.

 

L’Afrique actuelle compte un peu plus de trente pays. Je viens de l’apprendre en comptant sur une carte. Il me semble que l’Europe actuelle compte moins de pays que l’Afrique. Mais je n’ai pas compté.

Le Burkina Faso ou Burkina, l’ancienne Haute Volta, fait partie de l’Afrique de l’Ouest.   

Autour du Burkina Faso ( 20 millions d’habitants), situé en Afrique de l’Ouest, on trouve le Mali, le Niger, le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Certains de ces pays, avant l’époque coloniale et aussi pendant l’époque de l’esclavage ont été de grands royaumes africains tant par la force militaire, économique que culturelle. Leurs frontières étaient aussi différentes.

 

Le Burkina n’a pas d’accès direct à la mer.

 

Thomas Sankara, Président d’orientation marxiste, a appelé l’ancienne Haute Volta, le Burkina Faso:

«  Le Pays des hommes intègres ».

 

C’était en 1984. Après le Putsch Militaire qui l’a amené à devenir le Président du pays. Jusqu’en 1987 où il aurait été assassiné par le capitaine Blaise Compaoré, un de ses anciens alliés, qui a ensuite dirigé le pays jusqu’en 2014 où l’insurrection populaire l’a vidé du Pouvoir. Aujourd’hui, Blaise Campaoré vivrait en Côte d’Ivoire ( le journal Le Monde diplomatique, Mai 2020, article de Rémi Carayol, Les milices prolifèrent au Burkina Faso).

 

Le Burkina a été un pays où des « groupes communautaires et des religions y coexistaient de manière pacifique :

Mossis, Bobos, Dioulas, Peuls, Gourmantchés, Sénoufos, Bissas, Touaregs etc….Selon le recensement de 2006, le pays compte 60,5% de musulmans, 19% de catholiques, 15,3% d’animistes et 4,2% de protestants. Les mariages mixtes y sont nombreux ; les familles, multiconfessionnelles » (article de l’envoyé spécial Rémi Carayol, dans le journal Le Monde diplomatique de Mai 2020, article Les milices prolifèrent au Burkina Faso, page 12).

 

Actuellement, les Peuls sont accusés d’être proches des djihadistes.  Certains Peuls ont été « massacrés » par certaines confréries  (dont les dozos ou donsos) de chasseurs traditionnels. Depuis des siècles, les dozos «  assurent la protection des villageois, régulent la pratique de la chasse pour préserver la faune et pratiquent la médecine traditionnelle ».  Mais des Peuls ont aussi été tués par « les gardiens de la brousse » ou Koglweogo  (dans la langue des Mossis) après qu’un chef de village Mossi ait été assassiné par des djihadistes.  Les milices des Koglweogo sont apparues dans «  les années 90 » et se « sont multipliées après la chute de M.Compaoré » ( article Les milices prolifèrent au Burkina Faso dans Le Monde diplomatique, Mai 2020).

 

 

A l’époque de Thomas Sankara, le climat inter-ethnique était sûrement plus apaisé au Burkina. Et puis, Sankara était un meneur charismatique. Je me rappelle de lui en tenue militaire. Et d’un article où il expliquait qu’il dormait peu et s’imposait une discipline assez stricte en terme d’exercice physique. Ce qui lui donnait les yeux rouges. Et, il anticipait le fait que certaines personnes allaient en déduire qu’il se droguait. Si sa figure de combattant « puriste » pourrait, pour un occidental, spontanément faire penser à une sorte de Che Guévara “africain”, il faut peut-être plus lui trouver de points communs avec Patrice Lumumba du Congo-Kinshasa, assassiné en 1961 avec la complicité de Mobutu, son ancien allié, devenu ensuite dirigeant du pays rebaptisé Zaïre de 1965 à 1997. Le Zaïre, pays où eut lieu, en 1974, le match de boxe Historique entre les deux noirs américains, Georges Foreman et Muhammad Ali, héros de millions de gens. 

 

“Loin” de tout ça, le film-reportage Thomas Sankara n’est pas mort de Lucie Viver ( son premier film), débute par des images nous montrant l’usine Ideale où l’on conditionne de l’eau minérale dans des sacs en plastique. Ces sacs sont destinés à la vente. De ces sacs en plastique remplis d’eau, nous passons à  quelques images de rue lors du renversement du gouvernement de Blaise Campaoré.

Un homme explique que le « règne interminable » de Blaise Campaoré a assez duré :

 

«  Il a été le Président de mon papa. Il ne peut pas être le Président de mes enfants ! ».

 

 

Puis, nous suivrons l’écrivain-poète Bikontine à travers le pays. Lequel espère «  se sortir de son chancèlement » au cours de ce voyage qu’il accomplit en grande partie à pied :

 

Beregadougou, Bobo-Dioulasso, Bagassi, Pompoï, Zamo, Ouagadougou et Kaya sont les étapes de ce voyage assorties chacune d’un titre. « L’illusion d’une vie meilleure » ; «  sans jamais y croire » ; «  c’est le même monde » ; «  je veux changer »…..

Bikontine, au premier plan.

Bikontine avait 5 ans en 1987, lors de la mort de Sankara. Avec Bikontine, nous découvrons un pays encore paisible (c’est en tout cas que nous montre Thomas Sankara n’est pas mort) où le souvenir de Sankara est resté vivace alors que certains des chantiers qu’il avait lancés sont quelque peu moribonds :

 

«  Depuis que Sankara est parti, on a eu un faux-départ ».

 

La monnaie semble être le compas d’un ancien temps. Un stylo peut coûter 3000 francs. Et l’instruction de qualité est peut-être encore plus chère. Pourtant, les personnes que l’on croise avec Bikontine semblent tenir le choc devant la caméra malgré des conditions d’existence qui pourraient donner le hoquet. Une institutrice enseigne en Français à sa classe (de près de cent élèves) la signification des couleurs du drapeau Burkinabé :

 

« Rouge pour le sang versé par nos grands-pères contre les Blancs ; Jaune pour la couleur de l’étoile qui guide vers un Burkina où il fait bon vivre ; Vert, pour le pays agricole qu’est le Burkina ».

 

Plus loin, Bikontine, devant des travailleurs dans une plantation de canne à sucre, parle de « l’écume des ouvriers au milieu du soleil ».

 

Une femme-taxi explique que Sankara considérait la femme comme l’égale de l’homme et qu’il impliquait tout le monde. «  La femme, c’est la lumière du monde ». Pourtant, la contraception des femmes conserve un statut fragile. Une jeune femme souhaite se faire retirer son stérilet qu’elle porte depuis un an et quatre mois car il en a été décidé ainsi avec son mari et, celle-ci affirme à la professionnelle de santé qui la reçoit :

« Il ne va rien arriver ».

 

Avec un jeune qui a arrêté l’école avant ses 18 ans pour trouver du travail, Bikontine parle de Camara Laye, Césaire et Senghor. Ailleurs, il fait l’expérience de descendre sous terre, à la corde, sur le campement installé par des chercheurs d’or qui se disent qu’ils ont peut-être leurs chances vers les 40 mètres de profondeur. L’installation est plutôt artisanale.

 

Vers la fin de Thomas Sankara n’est pas mort, nous atteignons le bout de l’unique voie ferrée du pays qui date de l’époque de Sankara et dont la construction a été abandonnée. Bikontine s’est inspiré du sillon de cette voie ferrée pour son trajet à travers le Burkina.

La voie ferrée se délabre. Un arbre a poussé au milieu des rails et ce n’est pas un arbre à palabres. L’enfant isolé que rencontre Bikontine dans la nuit, près du feu qu’il a fait, lui répond n’avoir jamais vu le train. L’enfant refuse de suivre Bikontine car il a « peur d’aller loin ».

 

Un peu plus tôt, Bikontine s’est demandé si un poète peut « apporter quelque chose à sa société » et « si cela sert à quelque chose d’écrire des textes que personne ne va lire »…

 

 

Franck Unimon, vendredi 15 Mai 2020.

 

 

 

 

 

 

 

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The Charmer

»Posted by on Mai 13, 2020 in Cinéma | 0 comments

The Charmer

 

                                       The  Charmer : Esmaïl, homme de fois.

 

Esmaïl est iranien. Il vit au Danemark depuis deux ans. Il n’a rien à voir avec Milo et Kurt le con qui « vivaient » dans le monde de la drogue de Pusher III, l’Ange de la mort. ( Pusher III : Journée de merde pour papa-poule ). 

Esmaïl, c’est un ange des corps. Un verre de vin à la main, toujours dans le même bar, il sait plaire aux Danoises. Il sait parler. Il s’exprime bien en Danois. Il a de l’humour. Et, sexuellement, il fait salle comble. Moitié talentueux Mr Ripley/ moitié Esmaïl, c’est l’homme araignée mais sans sa toile et sans sixième sens. Une fois séduites, une à une, ses conquêtes se détachent. On regarde donc Esmaïl tirer son coup puis avoir du mal à joindre les deux bouts. On l’envie d’abord puis on le plaint.

 

Avec The Charmer, j’ai appris qu’il existait une diaspora iranienne en Suède et au Danemark. Cela semble quasi-culturel. Avec Esmaïl, on est aussi un peu dans le surnaturel car s’il est bien éduqué,  on ignore qui il est véritablement. Et lui, ignore qu’il existe une diaspora iranienne au Danemark. Il se croyait le seul. C’est vrai qu’il est un peu unique en son genre.

 

Car pour cette diaspora iranienne, bien plus aisée que lui, le souvenir de l’Iran est un musée sacré dont Esmaïl a peut-être plus entendu parler que connu. Il se retrouve donc exilé au royaume du Danemark parmi ses conquêtes mais aussi parmi d’autres Iraniens, eux-mêmes exilés au Danemark et accrochés à leur communauté où Esmaïl est un étranger.

Car ils n’ont pas les mêmes rêves. Et, de l’homme araignée sans toile véritable, Esmaïl devient de plus en plus sirène. Tellement sirène que si ce film nous entraîne, il entraîne aussi Esmaïl dans une vie différente de la sienne. Ce qui se tient :

Les grands séducteurs sont aussi ceux qui savent se convaincre eux-mêmes.

 

Reste à convaincre les autres que le rêve dairnois d’Esmaïl sera encore là au moment du réveil et qu’il pourra le tenir par la taille. The Charmer est l’histoire d’un homme travailleur, intelligent et charmant plutôt doué pour les relations comme pour fae des rencontres mais qui reste le seul à croire à un rêve auquel les autres ne croient pas. C’est peut-être aussi un film sur la foi, finalement. Esmaïl n’est pas fait de la même foi que les autres.

 

 

Franck Unimon, mercredi 13 Mai 2020

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Pusher III : Journée de merde pour papa-poule

»Posted by on Avr 28, 2020 in Cinéma, Corona Circus | 8 comments

Pusher III : Journée de merde pour papa-poule

 

 

 Pusher III : L’Ange de la Mort :   Journée de merde pour papa-poule.

 

 

Certains ont la gueule de bois après une nuit presque blanche passée à la rougir avec du vin ou à essayer de la filtrer auprès d’alcools et de substances. Moi, parfois, je regarde des images. Une image entraîne l’autre. Il y a toujours une nouvelle et bonne raison pour continuer d’autant que, sur le net, le bar ne ferme jamais. Le bar de ma mémoire, aussi, ne ferme pratiquement jamais. Et, certaines fois, il est même plus ouvert que d’habitude.

 

Lorsque ces deux bars entament en même temps leur happy hour, débute alors une compétition entre les deux et je ne sais pas lequel va prendre l’avantage sur l’autre. 

 

 

Les salles de cinéma sont aujourd’hui fermées depuis plus d’un mois. L’industrie du cinéma va sans doute peiner à s’en remettre comme une bonne partie de l’économie. Dans le Monde, des personnes ont à nouveau perdu leur emploi ou vont le perdre. D’autres ont perdu leur vie. D’autres encore font désormais la queue à la soupe populaire pour manger. Ou cherchent où se loger.

 

Nous connaissons suffisamment l’origine officielle et directe de cette nouvelle grave crise économique : une crise sanitaire mondiale (très) mal anticipée par une bonne partie des gouvernements encastrés depuis des années dans un certain régime économique et politique.  Des gouvernements- des entrepreneurs, des financiers mais aussi des économistes et des penseurs- lovés dans un certain régime de pensée qu’ils entendent continuer de servir coûte que coûte.

 

Certains pays s’en sont mieux sortis que d’autres : Taïwan, Singapour, la Corée du Sud. L’Afrique, finalement, ne s’en sortirait pas trop mal mais va souffrir de la faim. Et sans doute de guerres, aussi.

 

En Europe, l’Allemagne est à nouveau citée en exemple. En Scandinavie, cela se passerait plutôt « bien », aussi.

 

Grâce à ce qui reste de son système de santé et de sécurité sociale qu’elle s’est pourtant attachée à démanteler depuis une vingtaine d’années, la France fait mieux que les Etats-Unis et sans doute mieux que la Russie ou l’Arabie Saoudite. Mais l’inexpérience française de ce type de situation – contrairement à certains pays asiatiques qui ont déjà connu des épidémies assez « voisines »- ajoutée à des approximations politiques inspirent vraisemblablement des proches et fortes contestations sociales.

 

 

Pusher III ou L’Ange de la Mort de Nicholas Winding Refn se déroule au Danemark, à Copenhague, principalement. Normal, Nicholas Winding Refn est Danois.

 

Plusieurs années avant de se faire connaître avec son film Drive ( réalisé en 2011 avec l’acteur Ryan Gosling), Nicholas Winding Refn avait entre-autres réalisé sa trilogie Pusher dont le premier volet date de 1996. Pusher III ou L’Ange de la mort ( le dernier volet) a été réalisé en 2005.

J’ai eu le plaisir d’aller découvrir cette trilogie au cinéma à Paris vers 2006 ou 2007. Elle avait eu de bonnes critiques et un succès public plutôt confidentiel.

 

Dans mes souvenirs, à Paris,  la trilogie Pusher a été projetée plusieurs semaines dans deux salles ( peut-être trois). Je me rappelle d’un Complexe UGC et du cinéma Le Publicis où j’étais allé voir chacun des films de cette trilogie, plusieurs fois. Au moins deux fois chacun, je crois. Puis, dès que je l’ai pu, j’ai acheté les films en dvds.

 

 

Pour l’anecdote, une fois, plusieurs années plus tard, je me suis retrouvé assis à côté de Nicholas Winding Refn. C’était après Drive, sans doute, au forum des Images, pour une Master Class dont il était l’invité. Le temps de descendre «  sur scène », Nicholas Winding Refn s’était assis sur ma droite.

Et j’ai eu l’occasion d’interviewer l’acteur Mads Mikkelsen pour son rôle dans Le Guerrier silencieux, réalisé par Nicholas Winding Refn en 2009.

Mads Mikkelsen ( qui s’est fait connaître pour son rôle du Chiffre  dans le très bon Casino Royale réalisé en 2006 par Martin Campbell) est présent dans deux des films de la trilogie Pusher ( mais pas dans L’Ange de la mort) ainsi qu’au moins dans un autre des premiers films de Nicholas Winding Refn. Dans un autre article, je pourrai parler un peu mieux de cette rencontre avec l’acteur Mads Mikkelsen. Car la grande vedette de Pusher III ou L’Ange de la Mort, c’est Milo, l’acteur Zlatko Buric’ d’origine serbe.

 

Milo, l’acteur Zlatko Buric’.

 

 

Dans Pusher III, Milo, l’impitoyable mafieux du premier volet de la trilogie décide donc de devenir clean et fréquente les N.A de Copenhague. C’est la scène d’ouverture du film.

A « l’époque », lorsque j’avais vu le film la première fois, j’avais cru à une esbroufe de la part de Milo.  Je m’étais d’abord dit que c’était une ruse pour faire bonne figure et endormir la police s’il était sous surveillance. Et j’avais beaucoup rigolé en entendant Milo prendre la parole au sein des Narcotiques Anonymes et déclarer qu’il était « clean » depuis cinq jours.

 

Mais, je me trompais.

 

Lorsque débute l’histoire, sa fille Milena ( l’actrice Marinela Dekic) – que l’on voit pour la première fois- fête son 25ème anniversaire ce jour-là. Et, Milo, en « papa poule »  s’est engagé à cuisiner pour les 45 personnes présentes à cet anniversaire. Cela se complique assez vite puisque Milo évolue dans un milieu où l’on boit de l’embrouille au goulot. Et, aussi, parce-que l’on s’aperçoit que sa fille chérie Milena ( infirmière nouvellement diplômée : on appréciera le clin d’œil involontaire à la crise sanitaire actuelle due au Covid-19) se révèle impeccable dans le rôle de la jeune femme autoritaire, capricieuse et méprisante. Et tout se réunit pour que ce qui devait être une très belle journée se transforme en journée de merde pour papa poule.

 

Ce qui m’avait beaucoup plu dans cette trilogie et que Nicholas Winding Refn a perdu en tournant désormais à Hollywood, qui plus est en langue anglaise, c’était évidemment cette patte danoise que je découvrais. Cette langue, ces accents, ces ethnies, ces lieux, ces physiques ( turcs, serbes, albanais, danois…). L’humour et le réalisme des situations ( la très grande connaissance ethnologique et culturelle de Winding Refn est étonnante).  Cette aspiration à s’intégrer dans la société danoise et à rêver en grand souvent pathétique et comique alors même que l’on est une ordure dans ce pays si « clean » et si riche que peut être, en apparence mais aussi pour l’exemple, le Danemark.

 

 

J’ai oublié ce qui m’a donné l’idée, en ce mois d’avril 2020, de sortir la trilogie Pusher de mes étagères. Peut-être le fait de prêter un de mes deux coffrets à un collègue cinéphile qui m’a sollicité afin que je lui fasse découvrir des films. Et après Noi Albinoi ( 2002, Dagur Kari) et Sicario (2015, Denis Villeneuve) mais aussi Ultravixens ( 1979, Russ Meyer), j’ai pensé à la trilogie Pusher.

 

Sur la jaquette du coffret de la trilogie de Winding Refn, il est fait référence à Scorsese. Pourquoi pas. Sauf que Scorsese n’a pas tourné de films au Danemark. Et je ne crois pas qu’il y ait vécu non plus. Ceci pour dire que l’on peut regarder Pusher sans appréhender de voir la tête de Scorsese apparaître dans chaque plan.

 

Avant hier, j’ai aimé revoir Pusher III et je reverrai peut-être les deux autres volets.

Néanmoins, une scène en particulier dans Pusher III m’a donné envie de revoir ce volet. Et j’ai revu cette scène plusieurs fois, ai repensé à elle ensuite avant de revoir ce troisième volet intégralement avant hier :

 

La scène dure un peu plus de cinq minutes. Elle débute aux environs de la 34 ème minute et quarante secondes et s’achève à peu près à la 39 ème minute et 59 secondes.

 

Avant que la scène ne démarre, Milo, aux Narcotiques Anonymes a confié :

 

« Ma vie est vraiment chaotique » ; « Des collègues à moi me causent beaucoup de stress ». Et Milo de reconnaître qu’il s’est déjà dit que s’il reprenait un peu d’héroïne, que cela irait mieux.

 

Ce que Milo cache aux Narcotiques Anonymes, c’est que, s’il est effectivement, tel un homme d’affaires sous pression, c’est parce-que, d’un côté, le jeune Muhammad, auto-proclamé «  King of Copenhague » (d’origine turque) lui a lancé «  Faudra te faire à la génération nouvelle ! » et qu’il a dû s’en remettre à lui pour revendre de l’ectasy, produit qu’il ne connaît pas. Parce-que ses hommes de main et de confiance sont tous malades, intoxiqués vraisemblablement par les sarmas qu’il a lui-même cuisinés. Et aussi parce-que les « Albanais », ses fournisseurs habituels d’héroïne pour lesquels il a accepté de revendre l’ectasy, en profitent pour tenter de prendre l’ascendant sur lui. Au milieu de tout ça, Milo peut compter sur les exigences entêtantes de sa chère fille Milena qui semble avoir délaissé les  conjugaisons  de l’empathie dès ses premières couches culottes pour leur préférer les additions de la télépathie et du cash.  Car, comme le dit Mike, le petit ami de Milena qui «  n’a pas inventé la poudre » ( dixit Milena à Milo) :

 

« Milena a des goûts de luxe ».

 

Et c’est là que débarque Kurt le con ( l’acteur Kurt Nielsen) à la 35 ème minute. Cette scène est magistrale. Milo est alors dans un restaurant tenu par des Asiatiques. Assis le cul entre plusieurs problèmes, d’un côté Milena et son anniversaire, de l’autre Muhammad qui ne répond pas à ses appels et les « Albanais » qui le font chier, Milo essaie de s’appliquer à ce que tout se passe bien pour l’anniversaire de Milena, qui, évidemment, ne sait rien de ses emmerdes.

 

Au départ, une simple vitre sépare Kurt le con de Milo. Kurt le con, on l’a vu dans le deuxième volet de Pusher. C’est à la fois un dealer mais aussi un très grand consommateur. Un personnage assez beauf, un peu bébête, plutôt en bas de l’échelle sociale du trafiquant de drogue alors que Milo est bien au dessus. Mais Kurt le con a ses combines bien à lui. Il sait aussi retomber sur ses pattes. Et, là, il nous donne une leçon de perspicacité beauf. Le peu qu’il sait du genre humain tendance accroc, il  la met sur la table dans cette scène où il se montre aussi hilarant, inoffensif qu’impitoyable. Pour moi, c’est un modèle de jeu d’acteur. Un chef-d’œuvre en moins de cinq minutes. Je vais essayer d’expliquer pourquoi.

 

D’abord cette vitre, cloison de séparation fragile entre un intérieur et l’extérieur.

 

A l’intérieur,  Milo, goûte à la fois un peu au calme mais est de plus en plus à bout. Et lorsque c’est comme ça, le temps passe lentement. Très lentement. Trop lentement.

L’extérieur, à ce moment-là, c’est la rue, plutôt calme. Mais aussi la nuit. Il doit y avoir deux clients dans le restaurant. La plupart des honnêtes gens dorment ou sont chez eux ou chez leur amant ou chez leur maitresse. Milo, lui, attend sa commande de poissons frits. Pour l’anniversaire de sa fille. Pour remplacer les sarmas qu’il a décidé de jeter avant que des invités n’en mangent et ne tombent malades. D’un naturel très sûr de lui, du genre psychorigide, mais aussi très méfiant, il a fallu plusieurs heures à Milo pour admettre que, finalement, ses sarmas sont peut-être bien responsables de l’intoxication alimentaire qui a donné la diarrhée à ses hommes.

 

Et dans toute cette chiasse, le seul génie qui sort de la nuit : Kurt le con qui tape soudainement à la vitre. D’abord pour saluer.

 

Kurt le con fait beauf. Mais il a aussi une dégaine de clodo. Il pourrait tout aussi bien sortir de l’hôpital psychiatrique dans le sens péjoratif du terme. Ceci pour dire que c’est le profil du mec qui a plutôt raté sa vie. Mais qui est amusant. Il pourrait briguer le poste de fou «  de la ville » ou du « village ». Alors, Milo le laisse s’approcher. Ils se connaissent si bien l’un et l’autre ( leur monde est un microcosme). Ils se sont tant de fois reniflés.  Et, ils sont en bons termes même s’ils ont pu avoir des désaccords pour des histoires de deal ( Pusher II).

C’est comme ça que Kurt le con devient Grand en s’asseyant à la même table que Milo et face à lui après que celui-ci, pour une fois, lui serre la main. Milo n’a rien à craindre de Kurt le con qu’il voit principalement comme un grand bouffon. Au pire, cela lui permettra de faire passer un peu le temps se dit sûrement Milo en le voyant s’approcher.

 

Après une blague dont Kurt le con a le secret ( je vous laisse la découvrir) celui-ci entretient Milo à propos du seul sujet qu’il connaisse, du seul sujet qui vaille pour lui :

 

La dope.

 

Et Milo, qui est en « rehab », décline la proposition de Kurt le con qui sait très bien ce qu’il aime. L’héroïne. Le fait de prononcer le nom de la substance magique, c’est déjà prendre un peu du souffle de Milo. Et Kurt le con a l’œil. Lorsqu’il dit à Milo :

 

« C’est vrai, tu es devenu un Saint, maintenant …. ». On sent encore toute cette différence de classe sociale entre Milo qui serait supérieur ou regarderait les gens de haut et Kurt le con qui sait qu’il est en tout bas. Et qui remet un peu en cause cet ordre mais sans animosité et, officiellement, sans rancune. Il est difficile de lire profondément en Kurt le con.

 

Puis, vient la question de Kurt le con à Milo : «  T’es clean ? ». Là, ce passage devient extatique. Parce-que dans ce «  T’es clean ? », Kurt le con semble poser une question abstraite. Dire qu’on est clean, c’est comme parler de l’Au-delà. C’est une aspiration que l’on peut avoir lorsque l’on est addict mais qui reste de l’ordre de l’extraordinaire. De l’impossible. Donc, c’est comme si Milo avait affirmé qu’il était extra-terrestre. Ou qu’il était mort et ressuscité. Que de droitier, il était devenu gaucher en cinq leçons.

 

 Etre « clean », quand on écoute et regarde Kurt le con, on comprend que c’est peut-être, à ce qu’on dit, aussi bon que de prendre de la drogue, mais ça reste à voir. C’est comme l’histoire du paradis. Il semblerait que ça existe.

 

Foncièrement, Kurt le con ne connaît pas grand monde qui soit véritablement clean ou qui le soit resté suffisamment longtemps pour pouvoir le vérifier. Et, Kurt le con est le genre de personne très pragmatique qui ne croit que ce qu’il voit. Et, il voit très bien que Milo «  transpire » même si celui-ci vient de répondre que «  tout va bien ». Nous, spectateurs, nous savons pour quelles raisons, et on le comprend, Milo peut transpirer depuis le début du film. Kurt le con, pas si con que ça donc, rien qu’en observant Milo ainsi que par intuition et par expérience, détecte, lui, le mensonge dans les propos et dans le comportement de Milo. Et c’est un des autres nombreux gros points forts du film :

 

A l’anniversaire de sa fille, Milo donne le change et personne (à part peut-être, Mike, le copain de Milena) ne remarque qu’il joue la comédie en souriant et en rigolant.

Il suffit de moins de cinq minutes ( la rencontre dure à peine une minute) à Kurt le con pour « dépister » Milo et voir qu’il est tendu. Et en manque….

 

Qui sont nos vrais proches ? Qui nous connaît le plus intimement ? Celles et ceux avec lesquels nous choisissons d’avoir une vie sociale, légale, rangée et normale ? Ou tous les autres ? Celles et ceux qui nous ont vus foncer à travers les lois et les règles. Et qui étaient parfois ou souvent nos complices, nos témoins ou nos adversaires lorsque nous étions hors-la-loi et/ou sans masque. En moins de cinq minutes, la scène avec Kurt le con claque ce genre de domino sur la table. 

 

Tout, dans cette scène, est à prendre. Depuis l’irruption de Kurt le con jusqu’à l’interruption de la scène et la sortie de Kurt le con. Et, évidemment, cette rencontre entraîne d’autres réactions de Milo jusqu’au dénouement du film.

 

Des films et des séries, nous en voyons et pouvons en voir et en regarder beaucoup même si actuellement les salles de cinéma sont confinées. Peut-être que beaucoup de salles de cinéma vont fermer à court ou à moyen terme du fait des conséquences économiques de l’épidémie. Et que le cinéma sera, alors, encore plus diffusé par VOD.

Ceci pour dire que nous avons aujourd’hui de toute façon un accès à une quantité énorme d’images. Mais certaines images et certains films restent plus que d’autres. Et on regarde beaucoup d’images de façon automatique, par convention, par gentillesse et aussi par politesse.

 

Malgré notre esprit critique, la surabondance d’images fait que l’on s’habitue à prendre le temps de regarder et  à en voir comme on peut s’habituer à manger des légumes et des fruits qui n’ont pas de goût parmi d’autres plats, fruits et légumes, qui, eux, nous marqueront pour leurs attraits.   

 

Cette scène entre Milo et Kurt le con m’a rappelé ce que ça peut faire de regarder un film qui a du goût. Ou ce que je peux à peu près rechercher dans un film. J’ai l’impression que je l’avais oublié. Bien-sûr, on ne peut pas toujours voir des chefs-d’œuvre. On n’est pas toujours suffisamment bien disposé soi-même d’ailleurs pour s’apercevoir que l’on a un chef-d’œuvre devant soi, qu’il s’agisse d’un film, d’un livre, d’un moment ou d’une rencontre. Mais qu’est-ce que ça fait du bien de le voir ! Le cinéma, aussi, peut jouer ce rôle-là. Nous rappeler qu’il suffit parfois d’une scène, d’un moment, de quelques secondes ou de quelques minutes, pour que nous puissions revenir à ce que nous aimons, à ce que nous sommes, à ce que nous savons faire :

 

Le vrai message de Pusher III ou L’Ange de la mort, pour moi, n’est pas que Milo aime l’héroïne et la défonce et que c’est un psychopathe et un  mafieux. Mais qu’il refuse d’être la pute ou l’esclave de qui que ce soit et qu’il fera tout son possible, comme il  se l’est promis à la mort de sa femme, pour offrir à sa fille tout ce qu’elle voudra. En cela, Milo est bien d’une certaine façon l’équivalent du personnage interprété par l’acteur Michael Shannon dans Take Shelter de Jeff Nichols ( 2011). Dans L’Ange de la mort comme dans Take Shelter, le héros principal étant le double- idéalisé- du réalisateur. Et c’est, à chaque fois, un héros qui se retrouve seul face à certaines décisions importantes et qui finit par trancher en prenant des risques.  

 

Franck Unimon, ce mardi 28 avril 2020.

 

 

 

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La série Warrior : L’Or du commun.

»Posted by on Avr 15, 2020 in Cinéma | 0 comments

La série Warrior : L’Or du commun.

 

 

La série Warrior :   L’or du commun.

 

Lorsque tu apparais dans la lucarne en provenance de nulle part, l’endroit est myope et sourd.  Personne ne t’attend. Personne ne te connaît. Ta tête est un ballon. Et il y a plein d’autres ballons autour de toi qui viennent aussi de débarquer.

Question études, tu as peut-être été plus ou moins bon. Tu as sûrement des capacités que tu ignores dans un domaine ou un autre. Parfois, tu es même le seul à t’en rappeler.

Tu as aussi raté quelques cours. Quelques fois, plusieurs dans un même jour. Mais on ne va pas en faire une jaunisse. Tu as surtout manqué de concentration en classe et à la maison au moment de faire tes devoirs. Sauf pour te bagarrer. Pour ça, aucun problème de concentration. Tu faisais plutôt partie des premiers à te présenter. Et puis, le temps est passé.

 

Qu’il n’y’ait aucun malentendu, Ah Sahm : Tu as appris à lire et écrire. Tu sais compter. Tu sais faire d’autres choses. Tu pourrais en apprendre plein d’autres.

 

Mais tu n’as pas la bonne peau, le bon prénom, le bon accent, le bon sexe, le bon voisinage, la bonne famille, la bonne taille, le bon poids, la bonne blague. Le bon timing.  Et tu comprends vite – car tu es vif et intelligent-  qu’il y a plein de gens comme toi ;  que la vie est un marché sur lequel il faut savoir se démarquer et où le temps (une bonne occasion) ne passe à peu près qu’une seule fois.

 

Tu as ta fierté mais on te fait assez rapidement comprendre que ce que tu penses ou ressens ne fait pas partie de la discussion. On ne demande pas à un article disponible à la vente ce qu’il pense ou ressent. Et puis, tu es bien gentil mais on a déjà quelqu’un pour penser et planifier. Quelqu’un de formé, qui a fait ses preuves et qui aura toujours quelque chose de plus que toi :

 

 Le niveau d’études, le rang social, la nationalité, la peau, encore la peau, Ah Sahm. 

 

Quelqu’un dont le travail -et l’accent- est de prévoir l’arrivée de gens comme toi et de les gérer. De faire le tri.

 

Tout cela, tu l’as bien intégré. Lorsque nous commençons à faire ta connaissance, Ah Sahm, cela fait déjà sûrement un moment que tu as l’impression que tu es un raté, que tu as raté quelque chose et que tu as quelque chose à racheter. Pour cela, tu es prêt à prendre à peu près tous les risques. Naïvement, tu crois encore que tu peux sauver la mise.

 

Mais comme, de toute façon, on ne t’emploiera pas pour ton intelligence, ton humour ou ton allure, tu laisses les grandes idées aux autres pour accepter un emploi qui consiste à se bagarrer. Ça te convient parce-que tu veux te battre. Tu es triste et en colère et, pour cela, ton corps est à ta disposition. Tu pourrais le mutiler, le court-circuiter par la défonce. Ce n’est pas ton genre. Ton genre, c’est d’atteindre d’autres corps dont les forces et l’allure ne te reviennent pas parce-que leurs murmures se ressemblent :

Chaque jour, n’importe lequel de ces corps que tu croises peut vouloir te voler quelque chose. Alors, tu les corriges comme de la mauvaise graisse.

 

La justice du pauvre, c’est celle du corps. C’est avec son corps que le pauvre démontre ce qu’il vaut et ce qu’il ne vaut pas. Tu es plutôt pauvre, Ah Sahm.  Mais après avoir tourné en rond et t’être beaucoup entraîné, tu as développé des capacités  pugilistiques particulières. Ton corps, désormais, tranche avec ton passé où tu te faisais souvent dominer. Parce-que tu étais vulnérable. Pas assez malin. Trop impulsif. Il y avait toujours quelqu’un pour venir te cogner et te ridiculiser. Tu essayais de résister mais tu ne faisais pas le poids.

 

 

Je l’écris pour toi car, toi, tu vis dans l’instant présent. Tu dois être en train de fumer une cigarette ou de passer du temps avec tes potes. Mais, demain, maintenant, pour toi, ça ne change rien. La seule chose qui tangue pour toi, c’est qu’on t’a pris ton passé. Pourtant, si tu avais été une femme, selon le pays et l’époque, tu aurais peut-être dû te prostituer pour te défendre. En argot, lorsque l’on dit d’une femme qu’elle « se défend pour quelqu’un », ça veut dire «  qu’elle se prostitue pour quelqu’un ». ça n’est pas un jugement. Je ne tiens pas particulièrement à ce que tu viennes me casser la tronche. Mais pense-y :

 

Lorsque l’on se défend pour quelqu’un, le tout est de savoir pour quoi et pour qui l’on se prostitue. Comment il nous protège. De qui.  Et de quoi. Regarde ta sœur, Mai Ling ! Il faut être un Fong Hai, descendant de Genghis Khan, pour oser insinuer qu’elle a moins d’importance qu’une pute et la défier.

Regarde ton amie et alliée Ah Toy, qui tient un bordel. Personne n’oserait dire qu’elle est incapable de se protéger et de se défendre.

Regarde aussi Pénélope Blake, la femme du maire, celle dont tu deviens l’amant.

 

Par ailleurs, Ah Sahm,  à notre époque, certaines femmes deviennent de redoutables combattantes pour éviter d’avoir à se prostituer afin de gagner leur vie et aussi pour faire vivre leur famille. On peut préférer être sur un ring, en sueurs, prendre des coups plein la figure, et en donner, plutôt que d’attendre avec un string sur le bitume ou dans une camionnette que n’importe qui, à n’importe quelle heure, puisse venir se permettre de nous mettre des coups qu’il nous sera interdit de lui rendre au prétexte que le client est roi et que notre fierté doit trainer sa croix.

 

On peut aussi avoir un métier tout ce qu’il y a plus de légal, rémunéré et honorable, et avoir l’impression d’avoir un statut de pute ou de faire un travail de pute. Où, là aussi, on se doit de trainer sa croix et de faire ce que l’on nous demande. De s’exécuter.

 

On n’a pas beaucoup le choix si l’on veut échapper à une sanction disciplinaire, au chômage, à la pauvreté, rembourser une dette, essayer de nourrir sa famille. Parce que l’on sait aussi que si l’on refuse, il y en a beaucoup d’autres qui accepteront ce que l’on refuse. Et qu’au dessus de nous, existe un Pouvoir bureaucratique tout puissant qui s’y connaît en méthodes fantômes afin de nous faire payer notre comportement d’indiscipline ou de « révolte ».

 

Pourtant, malgré certaines concessions ou compromissions, ça ne suffit pas toujours pour rester dans la partie. Pour être reconnu ou récompensé comme on l’aurait voulu.

 

 

La série Warrior est faite de ça. De l’or commun de ces gens qui ont quitté leur pays ou leur région pour aller vivre aux Etats-Unis du côté de San Francisco à la fin du 19ème siècle afin d’essayer d’éclaircir leur existence. On peut avoir trouvé très crue et racoleuse ma façon d’entrer dans le sujet. Ou caricaturale. Et ce sera sûrement vrai qu’il y a de la crudité, du racolage et de la caricature dans cet article. A-t’on déjà vu par exemple de la prostitution, sous n’importe quelle forme que ce soit, sans racolage ?

 

 

On apercevra pourtant dans le début de cet article une continuité avec ce que j’ai écrit dans Cités Numériques.

 

Entre les Canibouts, Nanterre, d’autres endroits en France, à San Francisco, ou ailleurs sur Terre,  je n’y peux pas grand chose si l’Histoire se répète. Je peux juste essayer de la raconter autrement comme elle nous arrive, de générations en générations,  en m’appliquant à faire en sorte qu’elle soit assez attrayante et aussi contemporaine que possible afin que le lecteur comprenne bien que ce qui s’est passé ailleurs et hier peut aussi se passer ici et aujourd’hui. Quelle que soit la fiction. Et c’est un peu ce qui se passe avec la série Warrior.

 

 

Le héros, Ah Sahm (l’acteur Andrew Koji, d’origine britannico-japonaise dans la vraie vie) débarque donc aux Etats-Unis, en provenance de Chine.

 

Si « Le » héros de Warrior est d’origine chinoise, c’est parce-que la série est inspirée des écrits de Bruce Lee. Et en partie de sa vie lorsque, débarquant aux Etats-Unis, avec des rêves de grandeur, il a connu le racisme en particulier. Bruce Lee, cette vedette internationale décédée en 1973 dont le souvenir reste impliqué dans bien des œuvres cinématographiques  a en effet connu le racisme aux Etats-Unis- y compris dans le milieu du cinéma. Ce qui a pu contrarier son trajet jusqu’à la célébrité. Mais depuis sa mort, on retient son charisme, parfois ses pensées et, bien-sûr, principalement certaines de ses attitudes martiales ou de ses tenues vestimentaires :

Que ce soit dans Kill Bill ou dans Once upon a time in Hollywood de Tarantino, Matrix des ex-frères Wachowski. On dira que deux de ces films datent maintenant. Mais ce serait oublier que des vedettes comme Jacky Chan et Jet Li, aussi bons soient-ils (et ils sont particulièrement bons) n’ont pu le faire oublier. Et que même après plusieurs Expendables ( avec Jet Li entre autres mais aussi avec Chuck Norris, covedette de La Fureur du dragon avec Bruce Lee) ou des films comme The Raid I  et II réalisés par Gareth Evans, dont les combats sont particulièrement réussis, la  marque  de Bruce Lee se maintient. On la trouve chez certains héritiers martiaux : Van Damme et Steven Seagal à une époque en occident, Jason Statham peut-être un peu aujourd’hui.

On avait pu l’espérer en Mark Dacascos  après Crying Freeman et Le Pacte des Loups de Christopher Gans. Mark Dacascos que l’on a eu plaisir à retrouver avec deux vedettes de The Raid dans le John Wick 3 : Parabellum  avec Keanu Reeves, converti depuis au Ju-Jitsu brésilien et qui « faisait » du Bruce Lee dans….Matrix.

 

Même le réalisateur Wong Kar-Wai fait une allusion à Bruce Lee à la fin de son film Grandmaster (2013).

 

D’ailleurs, parler de Ju-Jitsu brésilien aujourd’hui, revient à un moment ou à un autre à parler de MMA ne serait-ce que du fait, en grande partie au départ, des frères Gracie.

Le MMA a pour but d’être une sorte de « compilation » du meilleur de chaque discipline de combat, arts martiaux inclus.

 

Hé bien, on peut sans doute dire que Bruce Lee a sûrement contribué d’une façon ou d’une autre à l’émergence et à l’évolution du MMA dans sa recherche d’efficacité. Une scène, parmi d’autres, montre très bien l’exigence constante d’efficacité de Bruce Lee dans Opération Dragon (dernier film de son vivant) :  Alors que l’on voit des disciples de Han exécuter mécaniquement des katas, Bruce Lee, les regarde de loin avec un air de dédain. Plus tôt, au début du film, on l’a vu, en cours particulier, sermonner son jeune élève qui s’est mis à « penser » au lieu de « ressentir », à confondre « la colère » avec «  une parfaite tension émotionnelle ». 

 

De la même manière que beaucoup d’apnéistes de haut niveau sont  encore capables aujourd’hui de citer le film Le Grand Bleu de Luc Besson parmi certaines de leurs références cinématographiques (tout en soulignant ses défauts concernant la pratique de l’apnée), Bruce Lee reste une des références pour beaucoup d’adeptes de sports de combats et d’Arts martiaux.

 

Question MMA, j’invite à voir ou revoir le film Piégée de Steven Soderbergh avec Gina Carano, ancienne championne de MMA.

 

 

Cela dit, il y a bien-sûr eu et il y a bien sûr bien d’autres Maitres des Arts martiaux que ce soit en Chine ou ailleurs. Les adeptes du Kendo citeront le Japonais Miyamoto Musashi dont la vie – très romancée- est racontée par Eiji Yoshikawa dans La Pierre et le Sabre et dans sa suite, La Parfaite Lumière.

Et je ne sais même pas, d’ailleurs, si l’on peut dire de Bruce Lee qu’il était un Maitre absolu :

 

Un très grand artiste martial, oui. Un Professeur pour celles et ceux à qui il a enseigné, oui. Dont les acteurs américains  Steve Mac Queen et James Coburn.  Mais un Maitre ? Je ne sais pas. En Occident, oui.  

Mais en Asie ?  Même s’il a écrit. Je crois que ce doute existait déjà de son vivant en Asie. C’est uniquement pour cette raison que je le retranscris ici. Car je n’ai aucune compétence ou autorité personnelle pour répondre à cette question. Je me dis seulement  qu’un Maitre est synonyme de longévité et de sagesse. Or, Bruce Lee est mort à 33 ans et c’était aussi une vedette de cinéma. Il aspirait à cette célébrité. Ce qui dénote un peu pour un Maitre :

Soit on fait le show à Hollywood, soit on est un Maitre qui s’attèle à une certaine discipline qui consiste en particulier à contrôler son ego. Alors qu’on dirait que Bruce Lee a balancé entre les deux. Et c’est exactement ce qui se passe pour Ah Sahm dans Warrior.

L’acteur Andrew Koji dans le rôle d’Ah Sahm.

 

Ah Sahm (l’acteur Andrew Koji) est sensiblement prétentieux dès le début de la série. Etre bagarreur est une chose. Etre prétentieux en est une autre. On est avec Ah Sahm lorsqu’il refuse le mépris d’un représentant de l’ordre américain raciste à son arrivée aux Etats-Unis. On est plus critique à son égard lorsqu’il en rajoute dans la démonstration dans ses combats, ajoutant provocation  et suffisance.

 

Même si ce trait est un peu atténué chez Ah Sahm, Bruce Lee était originaire d’un milieu social plutôt aisé en Chine. Mais cette aisance sociale a été en partie transférée au personnage d’Ah Sahm dans le fait que contrairement à la majorité des Chinois qui débarquent en Amérique, Ah Sahm, lui, comprend et parle très bien Anglais. Ce qui lui donne un avantage supplémentaire certain, en plus de son expertise en art martial, sur ses compatriotes mais aussi sur les Américains qui regardent les Chinois de haut.

 

Et puis, le très haut niveau de pratique d’art martial d’Ah Sahm est un peu insuffisant pour expliquer le fait qu’il arrive presque en terrain conquis – même s’il lui arrive des déboires- dès le début de Warrior. On peut être quelqu’un de très sur de soi même en pays inconnu. Mais je me dis aussi que si l’on a toujours vécu à l’abri ou si l’on a toujours été protégé par quelqu’un depuis son enfance, que l’on peut se sentir comme Ah Sahm dès le début de Warrior : un peu tout puissant et très chien fou. Même s’il se fait acheter par les Hop Wei comme homme de main en raison de ses très bonnes aptitudes au combat.

 

 

Voici pour la présentation d’Ah Sahm. Il y a heureusement d’autres personnages dans Warrior qui donnent envie dont certains que j’ai déjà cités :

 

Jun Père, Mai Ling, Ah Toy, Buckley, Leary , Bill, Les Fong Hai, Pénélope Clarke…..

 

 

La série a des défauts. Je l’ai d’abord trouvée moyenne. Tant pour quelques tics- ou hommages- à la Bruce Lee. Que pour le fait que, par moments, la série Warrior donne l’impression d’essayer de faire aussi bien que Gangs of New York de Scorsese.

 

Mais, heureusement, son analyse sociale et culturelle s’élargit. On passe des Irlandais, aux Chinois en passant par le gars du Sud des Etats-Unis. La série a d’évidentes ambitions féministes.

Dans le 5ème épisode, sorte de mini-western, on a même une histoire d’amour avec une Amérindienne ( alors que les Amérindiens restent parmi les grands disparus de l’industrie cinématographique américaine)  et l’on voit même un des personnages de la série venir à « l’aide » de deux hommes noirs qui se sont risqués à venir prendre un verre dans un bar où on ne veut pas d’eux.

 

Au passage, on reçoit quelques enseignements martiaux : On apprend par exemple que pour gagner un combat, il faut avoir une cause à défendre.

 

Et puis, on voit que l’Amérique, celle des Etats-Unis, Première Puissance Mondiale actuelle, s’est construite sur le racisme, en prenant le meilleur de chaque communauté.

 

A ce racisme intérieur, Warrior essaie aussi de s’attaquer.

 

Je n’ai vu que la première saison. La deuxième saison est apparemment en cours de réalisation.

 

Pour conclure, Warrior a été crééé et produite par Jonathan Tropper,  co-créateur et producteur, entre-autres, de la série Banshee.

Justin Lin, réalisateur de Fast & Furious 6,  est un des réalisateurs de la série.  

 

Franck Unimon, mecredi 15 avril 2020.

 

 

 

 

 

 

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