Cinéma

Des articles sur des films vus en projection de presse, au cinéma ou en dvd. Les interviews de réalisateurs et d’acteurs se trouveront dans la rubrique ” Croisements/ interviews”.

Ou aller ? Le Garçon et la bête

»Posted by on Oct 10, 2021 in Cinéma, self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Ou aller ? Le Garçon et la bête

 

                                          Ou aller ?/ Le Garçon et la bête

 

Le Garçon et la bête

 

Finalement, hier après-midi, j’ai proposé à ma fille de voir le manga Le Garçon et la bête de Mamoru Hosoda. A défaut, comme je souhaite le faire depuis plusieurs semaines, de l’emmener faire du vélo jusqu’à la Tour Eiffel. Eiffel Tower

 

 

J’avais vu Le Garçon et la bête au cinéma à sa sortie.  En 2015.

 

Hier après-midi, je me rappelais l’histoire de façon assez floue :

 

Au Japon, le jeune Ren a neuf ans lorsque sa mère décède suite à un accident. Son père les a quittés, lui et sa mère, des années plus tôt et ne les a plus revus. Un oncle désire l’adopter. De cette façon, Ren, selon ce « plan d’adoption » pratique, pourra bénéficier d’une bonne situation économique et sociale et, en contrepartie, devenir cet enfant que cet oncle et sa femme n’ont pas pu avoir…ou obtenir.

 

Mais Ren, contre « toute logique », refuse, se révolte et s’enfuit dans la rue jusqu’à devenir un possible SDF.

 

 

Rien que ce début pourrait suffire pour débattre. Que vaut-il mieux privilégier ? La sécurité économique et sociale ? Ou la loyauté et la mémoire de l’affection de celles et ceux que nous avons perdus ?  Nos valeurs morales et affectives ou les valeurs matérielles ?

 

Jusqu’à quand ? Et à quel prix ? L’attitude de Ren peut être facile à comprendre si l’on part du principe qu’à son âge, 9 ans, l’individu que l’on est peut être plus ou moins encore assez « animal » , viscéral, spontané. Avant que l’éducation, les règles, les valeurs, les sanctions, les modèles et les interdits, d’abord de nos parents, de notre famille, de notre entourage, de notre culture, de l’école, des institutions que nous rencontrons et de la société dans laquelle nous vivons ne nous ordonnent et ne nous fasse comprendre à quel endroit et quel poste elle nous tolère ou nous « veut ». Et à quel prix. Mais aussi pour une certaine durée plus ou moins déterminée.

 

Se voiler la face “à la Française”

 

En France, on peut se voiler la face devant Le Garçon et la bête et se dire que l’histoire se passe au Japon. Et qu’il est bien « connu » que le Japon est une société rigide.

 

Cependant, un assez petit effort d’introspection, de mémorisation et d’observation peut nous permettre de remarquer que, même en France, la plupart des enfants connaissent exactement le même « processus » à la Française de socialisation, de domestication, de dressage, de conditionnement. Pour employer un autre mot que celui de « formatage ».

Dès la maternelle où ma fille avait été scolarisée, dans une école publique, j’avais été étonné de voir le nombre rapidement croissant d’enfants qui avait été placés à l’école privée voisine et réputée par leurs parents. Si d’autres enfants avaient quitté l’école pour des raisons dues à des déménagements, cette urgence de certains parents à placer, dès que possible, leurs enfants dans une école privée m’avait beaucoup touché. Et, je me rappelle encore de la mère de deux jeunes filles, une de l’âge de ma fille et sa sœur ainée, avec lesquelles il nous arrivait, au début, de faire ensemble le trajet jusqu’à l’école publique. Lorsque celle-ci, une fois que les deux jeunes filles avaient été inscrites et mises en lieu sûr dans l’école privée voisine, avait gentiment insisté pour me faire comprendre que ce serait mieux , pour le « bien » de ma fille, je fasse de même.

 

Dans Le Garçon et la bête, les parents qui souhaitent adopter Ren pourraient représenter l’assurance de l’école privée où, à ce jour, ma fille, n’est pas scolarisée.

Sauf que ces parents qui veulent adopter Ren, même s’ils ont sans doute de bonnes intentions, se comportent avec Ren comme s’il était un animal, oui. Mais un animal domestique ou déjà domestiqué. Et, au Japon comme en France, on peut être un enfant déjà domestiqué avant ses six ans.

Ce sont ces enfants souvent « parfaits », « sages » et exemplaires  qui ne font pas de vagues. Qui travaillent bien.  Qui parlent bien. Qui sont polis et aimables. Qui sont “propres” dès deux ans. 

Qu’il suffit de regarder avec un peu d’insistance ou en élevant un tout petit peu la voix devant eux dès que leur comportement ne nous convient pas. Et, avec lesquels, très vite, tout « rentre dans l’ordre » :

 

L’enfant se ravise, se « calme », se tait, se conforme ou se soumet à ce que l’adulte (parent ou autre) souhaite. Décide. Désire. Ou semble vouloir.

 

Une des actualités du moment :

 

Je profite de cette dernière phrase pour bifurquer vers une des actualités des moments :

Les actes aujourd’hui reconnus de pédophilie au sein de l’église catholique.

Première page du journal ” Le Monde” de ce mercredi 6 octobre 2021.

 

Si les mômes dont certaines autorités catholiques ont abusé avaient eu la capacité d’un Ren de se révolter, je crois qu’il y aurait eu moins de victimes d’actes de pédophilie au sein de l’église catholique. Mais aussi ailleurs.

Le film Mystic River adapté en 2003 au cinéma par Clint Eastwood d’après le roman de Dennis Lehanne dit exactement la même chose :

La victime (jouée à l’âge adulte par l’acteur Tim Robbins) des deux adultes pédophiles n’est autre que le plus fragile et le plus gentil des trois jeunes garçons qu’ils croisent. Celui dont on « pressent » qu’il se dominera tellement lui-même, qu’il s’interdira toute révolte comme toute fuite, qu’il sera d’autant plus facile d’en faire ce que l’on en veut.

 

Pas ce genre d’enfant :

 

Ren/Kyuta n’est pas ce genre d’enfant. Ou de personne. Cela est peut-être du à sa colère et à sa tristesse. Une colère et une tristesse qu’il se permet et qui le motorisent. Mais une colère et une tristesse auxquelles, déjà, il sait donner des limites. Cela peut être dû à son tempérament. Ou à ce qu’il a eu le temps de vivre de « bon » et de « bien » avec des êtres humains : la bienveillance, la constance, la douceur…

J’ai lu récemment que le rôle principal des parents est d’apporter de l’amour à leurs enfants. Or, en tant que citoyens et adultes, nous recevons tellement d’injonctions que nous pouvons l’oublier. Puis, en arriver à croire qu’en tant que parents, la priorité est d’abord de faire en sorte que notre enfant entre dans le moule et de lui assurer une aisance matérielle suffisante. Et que le reste, l’épanouissement et la reconnaissance de notre enfant, suivra automatiquement. Mécaniquement.

 

Stabilité émotionnelle et maturité affective

 

Ren/Kyuta, à ses 9 ans, a sûrement reçu beaucoup ou suffisamment d’amour et de bienveillance. Car,  après la mort de sa mère et la disparition précoce de son père, même seul, il n’est pas que colère et tristesse. Il est aussi capable d’anticiper, de réfléchir pour construire et pour grandir. Pour avoir envie et besoin de continuer d’apprendre. Il sait pratiquer l’introspection. Il est capable d’écouter. Il sait observer. Ce qui le différencie de l’animal total et a priori sans règles qu’est Kumatetsu qui propose de l’adopter. Et que Ren va accepter comme « père » spirituel ou Maitre. Certains spécialistes de l’enfance diraient sans doute que Ren, du haut de ses neuf ans, a une bien meilleure stabilité émotionnelle ainsi qu’une plus grande maturité affective que son…Maitre Kumatetsu qui est pourtant un adulte ainsi qu’un guerrier exceptionnel et redoutable. Car, du haut de ses neuf ans, Ren/Kyuta ( ce second prénom est celui que lui donne Kumatetsu) a reçu plus d’amour et d’affection que son Maitre/Sensei Kumatetsu et est, dans ce domaine, son aîné.

 

 

 Le Garçon et la bête nous rappelle ainsi que l’on peut être devenu un adulte reconnu et imposant et être resté….un enfant inconnu de tous. 

 

 

J’avais prévenu que, rien que le début de ce manga pourrait suffire pour provoquer un débat.

Autre débat : Aujourd’hui, le succès de stars de téléréalité ou d’autres domaines (cinéma, musique….) impose sous toutes ses formes la dictature de l’image. L’image que l’on donne de soi a toujours eu de l’importance. Dans le pire des cas, même les personnes criminelles font, au départ, en sorte d’offrir d’elles l’image de personnes fréquentables et “normales”. Cependant, aujourd’hui, cette norme et cette nécessité de l’image a encore plus renforcé son emprise sur nous. 

 

Des stratégies et des mondes contraires

 

Qui veut réussir aujourd’hui doit être « vu » et « revu » un certain nombre de fois. Ou pouvoir être “vu” et “revu” plutôt rapidement au moment où il fait sa promotion ou se met sur le “marché”.

On peut critiquer cette norme ou cette habitude. La regretter. Mais on doit aussi la constater. On doit aussi apprendre à soupeser ce que l’on est prêt à concéder à cette norme et habitude. En fonction du résultat et du type de popularité que l’on recherche. Et de ce que l’on peut accepter de rendre public de soi.

 Ainsi, une artiste telle la chanteuse Angèle qui peut porter des messages très lucides et très louables sur différents sujets doit de s’être faite connaître au début, assez rapidement, grâce à Instagram, je crois. 

 

Tel autre artiste, français ou étranger, en mettant des vidéos sur Youtube.

 

Avant hier, en plein Paris, j’entendais une jeune femme, sans doute encore adolescente, s’engueuler dans la rue au téléphone avec son père en lui disant :

 

« Mais, papa, aujourd’hui, beaucoup de monde peut trouver du travail grâce à Facebook ! ».

Mais il n’y a pas que les nouveaux moyens de communications qui peuvent permettre de réussir. Il y a aussi certaines niches, de nouveautés encore, où il faut savoir s’engager au “bon” moment. Avant que le marché ne soit saturé et la concurrence trop importante.

Il y a une vingtaine d’années, ou un peu plus, se lancer dans le Rap pouvait être un moyen plus facile de se faire connaître si cela “marchait”. Aujourd’hui, la personne qui décide de se lancer dans le Rap en France a intérêt à être plus que bon et d’avoir une patte originale. Car en plus d’un héritage solide en matière de Rap avec des groupes précurseurs, connus et moins connus du grand public, il y a aujourd’hui plus d’artistes de Rap en activité en France qu’au début des années 90- 2000. 

Je me rappelle aussi de l’acteur Daniel Auteuil, alors déja reconnu, disant que s’il avait jeune acteur à l’époque la première saison de Loft Story, une émission de télé réalité donc une émission plutôt considérée comme moins noble d’un point de vue culturel ( Nabilla ou Loana ont des prétentions culturelles, sociales intellectuelles autres qu’Anne Sinclair et Léa Salamé  même si leurs ambitions peuvent se rejoindre sur certains points ) qu’il aurait tout fait pour y participer. Le Daniel Auteuil de Manon des Sources et d’autres films d’auteur mais aussi de comédies qui lui ont donné un statut de comédien et d’artiste indiscutable. Au contraire de Nabilla ou de Loana dont on peut surtout regarder la plastique- déferlante ou obéissante- et admirer soit le sens des affaires. Soit l’aptitude à rester malgré tout l’invitée de certains cercles télévisés et médiatisés. 

 

Aussi, pour celles et ceux, jeunes et moins jeunes, qui ont pu trouver leur emploi, leur conjoint, leur conjointe, leur coup du soir, leur co-voiturage, leur médecin ou leur appartement,  via des applications où il s’agit de se faire voir mais, surtout, de se faire connaître, reconnaître et joindre très vite, l’attitude d’un Ren (sans jeu de mot avec «  un renne ») apparaîtra sûrement comme vieillote, suicidaire. Ou inapplicable.

 

Parce-que, pour réussir, Ren choisit exactement le contraire. D’abord de disparaître. Alors que nous sommes dans une époque où, désormais, il est très difficile d’accepter de disparaître. Puisque disparaître, c’est angoissant, c’est la solitude, c’est ne pas exister. Et, nous bénéficions de tout un tas de prothèses et de tocs qui nous permettent d’éviter de nous sentir noyés dans ça :

 

Le téléphone portable constamment allumé ; être en permanence sur internet ;  l’envoi constant de sms, mms, liens ou mails.

 

Alors que le manga Le Garçon et la bête fait plutôt table rase de toute cette modernité high-tech dont le Japon a longtemps été, et reste, l’un des fleurons mondiaux.

 

Pire, Le Garçon et la bête fait l’apologie de la patience. De la discrétion ( le fait de disparaître) et de pouvoir accepter de travailler durement et quotidiennement pendant près de dix ans avant de, peut-être, atteindre l’excellence dans un certain domaine. Mais pour pouvoir être patient, il faut pouvoir disposer de suffisamment de confiance en soi, avoir reçu suffisamment d’amour, se sentir donc suffisamment en sécurité. Il faut aussi avoir un don ou avoir le sentiment d’avoir un don pour soi ou pour les autres qui nous permet de nous distinguer ou qui pourra le permettre un jour. Enfin, il faut être suffisamment optimiste. 

Si Ren, sans jeu de mots, a sans doute ça pour lui. Beaucoup de personnes, enfants et adultes, manquent de ces “aptitudes” et n’ont pour elles “que” la volonté, la rage ou l’ambition de s’en sortir. Donc, Ren/Kyuta est un enfant en colère et orphelin. Malgré tout, à ses neuf ans, il a sans doute reçu plus que beaucoup, enfants et adultes lors du début de l’histoire. Et, bien qu’en colère, il était sans doute ou peut-être, aussi, un de ces enfants “modèles” évoqués plus tôt avant que le malheur de la mort de sa mère ne lui tombe dessus. Décès qui peut “suffire” pour que des enfants, même “modèles”, se laissent envahir ” par les ténèbres”. Car Ren/Kyuta a aussi sa vulnérabilité et a , comme tout un chacun, des choix à faire à divers moments de son existence. Mais sa “réussite” si elle se produit, part du principe qu’il faut “donner du temps au temps”. Et que la réussite se “mérite” si l’on travaille dur, quotidiennement et assez longtemps. Sans savoir au départ combien de temps il va falloir oeuvrer avant de “réussir”. Si l’on “réussit”…..

Nous sommes ici plutôt aux antipodes des exemples de réussite diverses qui nous sont donnés assez régulièrement.

Le journal gratuit ” 20minutes” de ce lundi 4 octobre 2021, page 4.

 

La mort récente d’ un Bernard Tapie nous vaut des retours de flamme médiatiques pour bien nous expliquer comme il était quelqu’un d’attachant, de méritant et de «sympa» .Car c’est lui, qui, le premier, avait réussi à mettre à mal Le Pen père, Président alors du FN, lors d’un débat télévisé. Mais aussi lui, qui, à la tête de l’équipe de Foot de l’OM ( j’avais regardé le match en direct à la télé. But de la tête du joueur Basile Boli) avait permis à une équipe de française de devenir championne d’Europe. La seule à ce jour, encore, je crois.  Tapie incarne aussi encore cette époque où un Président socialiste dirigeait la France, François Mitterrand. Et où, pas grand monde, parmi ses Ministres, ou parmi les élus socialistes, ne se serait permis de le regarder de haut ou d’essayer de fronder. Une époque irréalisable aujourd’hui.

 

Cependant, la chronologie de la réussite de Tapie correspondait aussi à son époque. Et n’a rien à voir avec celle d’un rappeur comme Jul, aujourd’hui, un des plus grands vendeurs de Rap en France et qui doit beaucoup de son succès, à son travail et à son originalité comme un Tapie à son époque…  ainsi qu’à à sa très grande maitrise d’internet et des réseaux sociaux. Et du genre musical dans lequel il s’exprime, avec le marché que représente aujourd’hui celui du Rap en France depuis plusieurs années. Aujourd’hui, le Rap est le genre musical qui se vend le plus en France. Ce n’était pas le cas à l’époque de l’OM de Bernard Tapie. A cette époque, un Jul ou d’autres, avec la même capacité de travail et la même originalité,  n’auraient pas pu avoir la carrière, la même réussite économique, sociale et artistique, qu’ils ont aujourd’hui. 

 

Nulle part où aller :

 

Donc, vieillot, le petit Ren que l’on ne voit très peu avec un smartphone et qui sait à peine lire le Japonais à 18 ans ?

 

Seulement pour l’esthétique.

 

Car, pour le fond, ce qu’il vit est intemporel. Et toute personne, Geek ou non, à plusieurs moments de son existence, vit ce que vit Ren. Ou a vécu ce qu’a vécu Ren. Le fait de devoir trouver sa propre réponse à cette question qui se pose à tout être humain mais, aussi, à toute espèce humaine :

 

Où aller ? Trouver sa place.

 

Au début du manga, d’ailleurs, cette simple phrase m’a marqué alors que Ren hésite encore sur ce qu’il va faire après avoir fugué et commencé à errer dans la rue :

 

Il n’a « nulle part où aller ».

 

Et, hier, pour la première fois, cette simple phrase m’a parlé d’une autre façon. Bien-sûr, les thèmes martiaux du manga m’ont plu. Dans Le Garçon et la bête, on reconnaîtra le Kendo et l’Aïkido comme les arts martiaux de référence. Ce qui m’a rappelé que je n’avais toujours pas fait le compte rendu de ma lecture du livre de Sensei Jacques Payet :

 

Uchideschi ( Dans les pas du Maitre ).  

 

Me rappeler de cet « oubli » m’a un peu culpabilisé. J’ai eu l’impression de m’être dispersé depuis sa lecture il y a bientôt deux mois. Alors, que peut-être, à ma façon, suis-je malgré tout resté dans la voie de ce que j’avais lu. 

 

Sauf que, contrairement au jeune Ren qui se concentre sur un seul but, depuis ma lecture du témoignage de Sensei Jacques Payet, j’ai recommencé à m’impliquer dans plusieurs directions.

 

J’ai donc à prendre des décisions devant plusieurs directions qui s’offrent à moi. Ou à trouver le moyen de les unifier. Unifier ou sacrifier.

Ren n’a plus rien au début de l’histoire. Ren a donc un deuil à faire. Là où j’en ai en quelques sortes plusieurs à faire.

Ren n’a personne sous sa responsabilité. J’ai ma fille sous ma responsabilité. N’importe quel parent impliqué dans le quotidien et l’avenir de son enfant sait qu’il faut régulièrement disposer d’au moins trois cerveaux afin de pouvoir mener plusieurs actions en même temps. Les actions pour son enfant. Celles pour soi et avec son entourage immédiat. Et, tout ce qui concerne l’anticipation, travail que votre enfant ne peut pas faire à votre place. Au milieu de tout ça, dans l’idéal, il faut réussir à lui rendre la plupart de ces actions suffisamment intelligibles afin qu’il les comprenne mais aussi afin qu’il apprenne leur nécessité. Car, plus tard, selon les situations et les circonstances,  il aura à effectuer un certain nombre de ces actions pour lui-même, peut-être pour vous ou son entourage immédiat etc….

 

Evidemment, un enfant n’est pas de la matière inerte. Un enfant est souvent là où on ne l’attend pas. Là où on ne le pense pas. Et, un enfant, ça conteste aussi votre belle organisation mais aussi vos pouvoirs de logique. Donc, j’estime il faut bien avoir à peu près trois cerveaux au minimum lorsque l’on est attaché à faire de son mieux pour son enfant et avec lui.

 

Donc, si Ren est au départ plus vulnérable que moi du fait de son jeune âge et de son statut, son emploi du temps et ses obligations au regard de la société sont aussi moindres que les miennes.

 

Il ne s’agit pas, pour moi, néanmoins, de dire que la vie est belle pour le petit Ren. Alors que, contrairement à lui, j’ai toujours vécu avec ma mère et n’ai jamais eu, enfant, à essayer de survivre dans la rue. Mais, plutôt de dire que chacune et chacun d’entre nous a ses obstacles personnels. Et qu’il lui faut fournir et trouver des efforts particuliers ou des solutions à leur mesure afin de les surmonter. Moi, par exemple, j’ai sans aucun doute constitué un ensemble de mauvaises habitudes qui, aujourd’hui, m’empêchent. Donc, soit, je les accepte et vis avec. Car, après tout, si ces habitudes sont là, c’est qu’elles me servent à quelque chose.

 

 Soit, je tranche.

Ren tranche en décidant de suivre et de rejoindre Kumatetsu dans le monde des bêtes. L’intellect, alors, n’est pas sa priorité au sens de l’éducation scolaire et sociale avec la mise sous uniforme, sous chloroforme et sous cloche de ce qu’il peut ressentir. Ren décide de délaisser l’image et certains codes de conduite protocolaires considérés comme « respectables » et « normaux ».

 

Ren opte plutôt pour ce ce qu’il a dans les tripes, d’instinctif, d’enfantin. Il ne joue pas à l’homme contrairement à d’autres de son âge ou un peu plus vieux qui récupèrent ce qui leur vient de leurs parents, de leur entourage et l’adoptent. Comme une décalcomanie. Sans voir et sans comprendre que cela ne leur correspond peut-être pas autant qu’ils le croient. Même si, à l’extérieur, ils font illusion et qu’on les regarde ou que l’on semble les considérer pour eux-mêmes. Alors que celles et ceux qui les regardent et les considèrent ne savent peut-être même pas eux-mêmes qui ils sont véritablement…..

 

 

Mais ce « nulle part où aller », hier après-midi, m’a beaucoup parlé.  On entend régulièrement ce sujet.

Je pense à la chanson de Tiken Jah Fakoly qui parle des migrants. Où aller où ? 

Je pense aussi au titre de Mc Solaar. Bouge de là.

 

 

C’est parce-que Ren n’a nulle part où aller, qu’il n’a plus d’attache,  qu’il peut se permettre de disparaître du monde des vidéos surveillances ; de l’obligation de se conformer à certaines images sociales ; du monde des humains.

Pour, pendant neuf ans, choisir d’accomplir un travail quotidien, approfondi, intérieur mais aussi socialisant, libérateur et apaisant avec plusieurs personnes de confiance.

 

Les sectes, les religions, les groupes terroristes et autres organisations humaines peuvent aussi jouer ce rôle selon les intentions de celles et ceux qui décident de les rejoindre. Selon le « vide » que ces prétendantes et prétendants ont en eux et espèrent combler.

D’autres espèrent combler ce vide par un mariage, par le fait de faire des enfants, en multipliant les expériences professionnelles, relationnelles ou autres.  Ou en acquérant un certain statut social ou économique. Pour moi,  Le Garçon et la bête parle de tout ça.

 

Si Ren était toujours seul face à Kumatetsu, sans doute serait-il aussi devenu une bête ou qu’il aurait aussi fugué pour ne pas repartir. Mais il existe des tuteurs ou des tiers reconnus et tolérés tant par Kumatetsu que Ren. Ce qui évite la fusion, la confusion mais aussi la confrontation meurtrière entre l’enfant et l’adulte, mais aussi entre la bête et l’animal. Ren n’est pas seul face à Kumatetsu. D’autres adultes, d’abord des hommes aux caractères différents, sont constamment présents et raisonnent tant l’un et l’autre. Puis, Ren rencontre d’autres garçons qui, dans le monde des bêtes, ont l’équivalent de son âge, et ont des codes d’intégration assez proches de ceux que l’on peut trouver dans le monde des humains.

 

Quitter son île natale

 

En  revoyant Le Garçon et la bête, j’ai compris comment le jeune adulte Jacques Payet, avait pu trouver l’aplomb de quitter son île natale de la Réunion pour partir vivre pendant huit ans au Japon, dans les années 80, afin de devenir l’Uchideschi d’un grand Maitre d’Aïkido :

 

Sensei Gozo Shioda.

 

 Comme Ren, Jacques Payet en était passé par certaines étapes et épreuves.  Et, comme Ren, dans plusieurs de nos expériences de débutants, nous en sommes aussi passés par là, à différents degrés. En acceptant diverses difficultés car, nous savons que nous n’avions nulle part d’autre où aller.  Retourner là d’où nous venions ? Pas question. On retrouve là, la phrase prononcée par l’acteur Daniel Craig (que j’ai cité dans mon article précédent Moderna J + 5 ) lorsqu’il a annoncé ne plus vouloir interpréter le personnage de James Bond :

 

« Je préfère m’ouvrir les veines ».

 

Et, l’on retrouve aussi, sans aucun doute ce qui pousse, aujourd’hui aussi, à notre époque de la dictature de l’image et des réseaux sociaux, sûrement le même genre de détermination chez celles et ceux qui ont réussi, réussissent ou réussiront à leur façon. Ce refus de poursuivre tel que l’on a été. Ce besoin et cette volonté de changement personnel qui sont un engagement et une démarche intimes et non des promesses sans lendemain équivalentes à des  bravades lancées après avoir bu plusieurs verres ou après avoir fumé un certain nombre de joints.

 

Sans domicile fixe

 

 

Enfin, pour conclure. Toujours inspiré par cette phrase « Nulle part où aller » mais aussi par ce court passage où Ren risque de vivre dans la rue avec tout ce à quoi ce mode de vie l’aurait exposé (déréliction, addictions, prostitution, prison, maladies et vieillissement précoces…), j’ai pensé à ces SDF que nous croisons souvent. Et dont un certain nombre « s’adonne » à la boisson.

 

SDF, cela signifie Sans domicile fixe. Par extension, j’ai aussi pensé que leur élixir est leur domicile, l’endroit, le moment et la sensation dans lesquels elles et ils se sentent bien. A la fois protégés mais aussi perméables au monde et à la vie, dans une sorte de cocon ou de fœtus artificiel recréé où, pensent-ils, et sentent-ils, il ne peut plus rien leur arriver.

 

Mais ces effets ne durent pas. Les « propriétés » de l’alcool s’évaporent. L’organisme, ce « traitre »,  se débarrasse aussi de ces bordées d’alcool.  De ce fait, un ou une Sans domicile fixe est aussi une personne Sans élixir fixe. Là aussi, même si l’on rencontre des SDF qui sont à peu près souvent au même endroit, nous avons affaire à des personnes qui n’ont nulle part où aller. Même si, avant de devenir SDF, elles ont pu beaucoup voyager, avoir eu un foyer, un emploi y compris très bien payé et très bien valorisé. Jusqu’à finir par opter pour l’alcool comme lieu de domicile. Car leur ailleurs, de toute façon, ont-ils fini par conclure, n’existe ou ne subsiste pas. Est instable ou ne dure pas. De même que certains ailleurs que nous recherchons et que nous défendons, dans certaines de nos rencontres, de nos expériences, de nos décisions ou de nos croyances. 

 

Hier soir, j’ai dû me pousser pour écrire mon article Moderna J + 5.  Cet article-ci m’a poussé.

 

Franck Unimon, ce dimanche 10 octobre 2021.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Bac Nord-un film de Cédric Jimenez

»Posted by on Sep 29, 2021 in Cinéma, Corona Circus | 0 comments

Bac Nord-un film de Cédric Jimenez

Bac Nord un film de Cédric Jimenez

 

 

Dans les bacs

 

Bac Nord, sorti cet été, marche plutôt bien. Ce film français où l’histoire se passe à Marseille, plutôt de nos jours, serait fasciste et raciste.

 

A Paris, où je suis allé le voir puisque je vis, suis né en région parisienne et y ai toujours vécu, je l’ai peut-être très très mal regardé. Car je vais essayer de démontrer le contraire.

 

Je vais essayer dans cet article de démontrer que Bac Nord, pour moi, ce mercredi 29 septembre 2021, est ni fasciste, ni raciste.

 

Je suis allé voir Bac Nord seulement vers la mi-septembre. Je ne pouvais pas aller le voir auparavant. Je n’avais pas de pass sanitaire. Et je n’étais pas pressé de me faire de nouveau pousser dans le nez une tige de dépistage en vue d’effectuer un test antigénique dont le résultat, se devait dans mon cas bien-sûr d’être négatif – puisqu’à ce jour je n’ai pas attrapé le Covid depuis le début officiel de la pandémie mi-mars 2020 en France- depuis moins de 72 heures. Finalement, avant ma première injection de Moderna contre le Covid, on m’a imposé un test antigénique préalable. Le test étant négatif, j’en ai profité pour aller au cinéma voir quelques films ( dont Dune-un film de Denis Villeneuve). A partir de ce 15 octobre 2021, les tests antigéniques deviendront payants. Mais à cette date, je devrais être vacciné contre le Covid comme cela nous a été….”demandé” ( imposé pour les soignants). Je fais cet aparté afin de marquer un peu l’époque où Bac Nord et d’autres longs métrages se sont faits connaître.

Les acteurs Karim Leklou et François Civil.

 

Dès sa sortie, Bac Nord faisait partie des films que j’avais envie d’aller voir. Pour le sujet de la Bac. Pour les acteurs, Karim Leklou et François Civil en tête. Des acteurs que j’ai vus et aimés voir dans plusieurs films, court métrage ou série (Marseille la nuit Le Monde est à toi ; Le Chant du Loup ; Dix Pour cent ; Made in France  ; Voir du pays).

 

L’acteur Gilles Lellouche.

 

Concernant l’acteur et réalisateur Gilles Lellouche, le plus expérimenté de ce trio d’acteurs comme dans le film Bac Nord du reste, mon avis est plus partagé. Je lui reconnais des intentions de jeu et beaucoup de travail pour ses rôles. Je lui reconnais une franchise et une sincérité (je double la mise) ainsi qu’un véritable capital sympathie lorsqu’il s’exprime lors des interviews.  Mais, en tant qu’acteur, je le trouve assez souvent voisin de la caricature.

 

Néanmoins, j’avais bien aimé son film en tant que réalisateur : Le Grand bain. Même si. Même si. J’en avais déjà assez qu’on surligne la présence de Philippe Katerine, un acteur et chanteur dont j’aime le jeu et la folie. Mais que l’on présente un peu trop désormais comme le tube de l’été. Un tube qui dure depuis quelques années maintenant. La sensibilité de Philippe Katerine. La personnalité borderline de Philippe Katerine. Je goûte bien sûr ces atouts de Katerine. C’est leur encensement répété qui m’ennuie. 

 

 

Bac Nord/ Les Misérables : Visions d’opposition ou visions complémentaires ?

 

Parlons maintenant un petit peu plus de Bac Nord après avoir jalousé le succès de Philippe Katerine.

La première question que je me suis posé lorsque j’ai commencé à voir des affiches du film a été :

Bac Nord est-il l’équivalent ou le complément du film Les misérables 2ème partie , prix de la mise en scène à Cannes en 2018 (ou 2019 ?) 

 

Avant d’aller trouver Bac Nord  dans une salle de cinéma,  au vu des tout petits échos qui me sont parvenus, j’ai eu l’impression que ces deux films s’adressaient à deux publics différents. Alors que l’on aurait pu penser que beaucoup les rapproche. Dans les deux films, les « héros » sont des policiers de la Bac. Et, ils forgent un trio. On pourrait se dire que les policiers de la Bac marchent toujours par trois. Depuis le début du procès des attentats du 13 novembre 2015, j’ai appris en lisant quelques articles que le commissaire de la Bac à être le premier à intervenir au Bataclan, de sa propre initiative, avait agi uniquement avec son « chauffeur ». Un chauffeur policier et armé également. Donc, ils étaient deux. Mais cette histoire de nombre de policiers au sein des unités de la Bac n’est pas prioritaire pour parler de Bac Nord. Sauf pour dire autrement que l’univers de la police fait partie des univers qui suscitent mon attention.

 

 

A ce jour, je n’ai pas rencontré ou pu discuter avec quelqu’un qui a vu les deux films : Les Misérables de Ladj Ly et Bac Nord de Cédric Jimenez. Qu’est-ce qui les oppose dans les grandes lignes ?

 

Pour moi, Les Misérables est un film bien plus renseigné socialement et plus subtil que Bac Nord. Et mieux filmé. C’est facile à dire après le prix de la mise en scène qu’a obtenu Les Misérables au festival de Cannes de 2019.

 

Dans Bac Nord, si l’on voit bien que les trois policiers donnent tout à leur métier – comme dans Les Misérables–  et qu’ils « l’aiment » et croient à leur utilité, on est aussi davantage avec des cow-boys. Dans ce que cela peut aussi avoir de plus grossier ; on est presque dans Starsky et Hutch. A la différence que, dans Bac Nord, le personnage de Huggy les bons tuyaux est interprété par une séduisante jeune beurette ou arabe qui aime beaucoup fumer son petit shit. Et qu’il y a dans le film le croquis d’une attirance du flic de la Bac (joué par François Civil qui s’y connaît aussi très bien en séduction : le revoir dans Dix pour cent ou dans Le Chant du Loup pour bien le comprendre) pour elle.

Une attirance faite de croissance érotique mais aussi de volonté de protection pour sa jeune indic. On n’avait pas cette attirance sexuelle entre David Starsky et Michael Hutch pour Huggy…

Hormis cela, dans Bac Nord, la jeune indic semble avoir très peu de perspectives comparativement à tous les risques qu’elle prend. Et, son shit, qu’elle obtient contre les informations qu’elle donne, en risquant sa vie mais aussi sa réputation, on a l’impression qu’elle passe son temps à le fumer en solo. Donc, c’est un peu difficile de comprendre comme elle peut être aussi souriante, séduisante et maline aussi pour, finalement, apparaître aussi seule et sans autre projet d’avenir que de rester dans les parages de celles et ceux qu’elle trahit. A fumer son shit. Mais, après tout, je n’y connais rien à la psychologie ou la temporalité des indics. Et très certainement qu’il existe toutes sortes de profils parmi les indics. Peut-être presqu’ autant de profils qu’il n’existe d’indics. Y compris les plus déroutants.

 

 

Stigmatiser Marseille ?

 

Pour moi, il n’y a pas de stigmatisation particulière à situer l’histoire à Marseille dans Bac Nord. D’abord, parce-que, même si cela m’a pris du temps, j’aime Marseille pour le peu que j’en connais. ( Marseille-Toulon-La Ciotat, octobre 2019 ) Ensuite, parce-que, par certains aspects il est des endroits populaires de Marseille qui me rappellent soit la ville où j’habite depuis quelques années, Argenteuil, soit Barbès ou même Nanterre où je suis né et ai grandi. Ensuite, ce qui peut se raconter de certains quartiers de Marseille peut tout aussi bien se transposer ailleurs. Si un titre comme Je danse le Mia du groupe I AM m’avait autant parlé, alors que le groupe de Rap I AM est de Marseille, c’est parce-que j’avais connu et voyais très bien de quoi cette chanson parlait alors que je vivais en région parisienne. Et le succès de ce titre était bien-sûr venu du fait que d’autres gens, dans d’autres cités et dans d’autres banlieues de France s’étaient reconnus dans ce que cette chanson racontait. Pour moi, cela peut être pareil avec le film Bac NordCela peut apparaître très rétrograde de citer un titre aussi ancien du groupe I AM mais le personnage de policier joué par Gilles Lellouche a certainement connu ce titre. 

 

Donc, pour moi, Bac Nord n’est pas un film de plus qui caricature la ville de Marseille. Ce n’est pas non plus un film qui porterait une opposition Nord/Sud. Le sud étant la ville de Marseille. Et, le nord étant Paris ou des villes au delà de Paris supposées être plus présentables et plus prestigieuses. Pour moi, Bac Nord ne regarde pas Marseille de haut. Mais je ne suis pas marseillais. Peut-être le prendrais-je autrement si j’étais marseillais.

Par contre, pour reparler de “l’opposition” Paris/Marseille ( une opposition que, pour ma part, je ne revendique pas), lorsqu’à la fin du film, les policiers réalisent un gros coup et qu’ils fêtent leur victoire, j’ai eu l’impression de voir, plutôt que des policiers, des joueurs de football qui étaient contents d’avoir gagné un match contre une grosse équipe. Que cette équipe soit le PSG ou une autre.

 

Garde-fou « ethnique »

 

Arrivons-en à ce qui serait raciste et fasciste dans le film. Ou dans ce qui a pu être considéré comme raciste et fasciste dans le film.

Dans Les Misérables, le trio de policiers compte un noir, le personnage de Gwada. Celui par lequel la bavure au flash-ball arrive suite à trop de montée de pression. Alors que Gwada, auparavant, on l’a vu, c’est plutôt un homme sympathique au sein du trio. Ce n’est pas le plus énervé. C’est plutôt un modérateur. Dans Les Misérables, que ce soit donc voulu par le réalisateur Ladj Ly, ou non, il existe un « garde-fou » ethnique au sein du trio de la Bac.

Il existe même une animosité « intéressante » entre le personnage de Gwada et celui du maire joué par Steve Tientcheu rencontré le mois dernier. ( Le cinema-A ciel ouvert avec Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri). 

 

A droite, l’actrice Adèle Exarchopoulos, policière également dans le film, qui joue la compagne de Karim Leklou. A gauche, François Civil et Karim Leklou ( debout). Au centre, l’acteur Gilles Lellouche.

 

Dans Bac Nord, pas d’homme ou de femme noire au sein du trio des policiers de la Bac ? Et alors ? Bien-sûr, j’aurais accepté une touche de diversité supplémentaire au sein de ce trio. J’aurais bien aimé voir ce que cela aurait pu donner comme adversité si le trio de policiers de Bac Nord avait été constitué de trois noirs ? D’un asiatique, d’une femme arabe, d’un noir ? De deux arabes et un noir ? Etc…

 

Mais, pour moi, cette absence de diversité ou d’originalité éthnique ne fait pas de Bac Nord un film raciste et fasciste. Même si, le trio des policiers de Bac Nord étant majoritairement blanc, exception faite de Karim Leklou mais dont la couleur de peau a néanmoins la particularité d’être plus claire que foncée. Mon propos, ici, est-il raciste ? On pourra le penser. On le pensera. Ce sera peut-être en partie vrai. Pourtant, ici, ma véritable intention est surtout de redire que, très souvent, trop souvent, le cinéma français préfère faire l’impasse sur la «  couleur ». Et, ce faisant, certaines nuances, dans les situations passent à la trappe. Ainsi qu’un certain réalisme. On a donc compris que, si pour moi, Bac Nord n’est pas un film raciste et fasciste, je préfère évidemment la distribution des rôles dans Les misérables.

 

Dans Bac Nord, l’opposition entre « caïds » des cités et la police ressemble donc, par défaut ou par maladresse, à une énième opposition entre les basanés d’un côté. Et les blancs de l’autre. Malgré la présence de Karim Leklou, ici minoritaire parmi les policiers, pour représenter la diversité.

Mais j’accepte ce parti pris ou cette « négligence ». Et puis, l’alternance à ce parti pris ou à cette “négligence”, peut aussi être de passer soi-même à l’écriture de scénario, à la réalisation ou au jeu d’acteur dans le but de montrer autre chose. 

 

La France, ce n’est pas du tout ça : c’est impossible.

 

Reste, sans doute, cette description de certaines cités, d’une, en particulier, ou de plusieurs dans le film ( j’ai oublié ) où les policiers ne peuvent plus entrer désormais. Ce qui fait enrager le « chef » de l’équipée de la Bac joué par Gilles Lellouche qui compte vingt ans d’expérience de terrain. Et qui est donc la mémoire vivante de ce terrain perdu par la police au profit de la délinquance.  Sous un angle écologique, on pourrait comparer cette perte de terrain par la police ou la République, à des lacs qui se sont non seulement asséchés mais aussi lourdement pollués au fil des années. Cette vision là est-elle raciste et fasciste ? La perte du terrain ou du territoire dans certaines cités par la police. Comme la métaphore des lacs asséchés et lourdement pollués avec le temps.

 

Pour certaines personnes, il est évident que  cette vision et cette métaphore est raciste et fasciste. Car, pour ces personnes, la France, ce n’est pas du tout ça. C’est impossible. Donc, montrer ça dans Bac Nord où, d’un côté, il y aurait les policiers droits qui se mouillent. Et de l’autre, des délinquants qui les toisent d’autant plus qu’ils se sentent intouchables et chez eux dans leur cité, ce serait fasciste et raciste. Surtout à voir que les délinquants en question sont « bien-sûr » noirs et arabes. Aucun blond ou rouquin aux yeux bleus ou verts parmi eux.

 

Bac Nord n’est pas un atoll de finesse

 

Pourquoi, alors, je l’accepte aussi « bien » ou aussi facilement d’un film comme Bac Nord ? Peut-être parce-que je ne sens pas d’intention raciste dans le film du réalisateur. J’ai peut-être tort. Le film Bac Nord n’est pas un atoll de finesse, c’est vrai. Toutefois, lorsque je le regarde, je ne généralise pas ce que montre Bac Nord. Pour moi, que ce soit à Marseille ou ailleurs, toutes les cités et toutes les banlieues ne ressemblent pas à ce que montre le film. Pour moi, tout Marseille ne se trouve pas dans Bac Nord.

 

 Mais on peut néanmoins montrer des noirs et des arabes qui sont du « mauvais » côté. Même s’il est vrai qu’il existe aussi des blancs et des asiatiques qui sont du « mauvais » côté et que l’on ne montre pas dans le film. Ou autrement. Plutôt dans le versant politique. Par le coup de « pute » que vont connaître « nos » cow-boys de la Bac plus tard.

 

Ensuite, si on arrive à plus ou moins passer le cap de l’éventuel délit de faciès des « mauvais » dans Bac Nord, il nous reste à faire face à certains de ces endroits où la police n’entre pas, n’entre plus, ou, de moins en moins. Et, là, j’ai l’impression que pour pouvoir admettre un peu ce point là, plutôt que d’imagination et d’intellectualisation, il est peut-être nécessaire de faire appel, un peu, à la « pratique » de certains souvenirs ou de certaines expériences directes ou indirectes.

 

 

La pratique de certains souvenirs

 

Je n’ai pas de pratique ou d’expérience dans le grand banditisme ou dans le trafic de stupéfiants ou autres. Mon casier judiciaire est vierge. Je n’ai ni le vice, ni l’instinct, ni l’intelligence, ni la nécessité ou la furie de celles et ceux qui peuvent participer à des braquages, à des trafics ou à certaines actions meurtrières et barbares. Il y a quelques années, une de mes collègues, une jeune femme séduisante, séductrice, familière avec les codes de certains quartiers du Val Fourré à Mantes la Jolie m’avait appris qu’avec mon « Français soutenu », dans certaines situations, j’aurais des problèmes. Je l’avais crue sur parole, moi, pourtant né en banlieue parisienne et qui avais grandi dans une cité HLM. Ensuite, elle m’avait raconté comment il lui était arrivé de tenir tête à certains hommes qui lui avaient mal parlé. Et de s’en sortir. Là, aussi, je l’avais crue sur parole. Je n’ai aucun doute quant au fait qu’une femme puisse ou sache, dans certaines circonstances, si elle connaît certains codes de langage et de comportement, mieux s’en sortir en cas d’embrouille qu’un homme poli et propre sur lui, combien même, voire, surtout s’il a une stature physique qui, a priori, devrait lui éviter les ennuis. Et ce Savoir-là n’est pas exposé dans les écoles ou dans les vitrines des magasins. Ni dans les musées. Pas même dans les médiathèques ou les salles de cinéma. Encore moins en suivant des cours par correspondance. C’est une histoire de pratique, de modèle mais aussi d’instinct, d’instant. Une seconde après, c’est trop tard. Une seconde avant, c’est trop tôt. Pour répondre. Ou pour donner le regard qu’il faut avec l’intonation convaincante ou déstabilisante qui va faire que l’on échappe au couteau, au coup de boule, au passage à niveau ou que l’on va être accepté ou toléré.

 

 

Ceci étant dit,  je me rappelle du « petit » Enzo, dans mon collège Evariste Galois, à Nanterre. Lorsque, devant tout le monde, dans la cour, des policiers étaient venus le chercher. Il s’était laissé faire en se tenant droit comme un « bonhomme » que cela n’effraie pas. Enzo devait avoir 15 ans voire moins. Je le « connaissais » de vue depuis quelques années. Il m’était arrivé de discuter avec lui. Je n’avais jamais eu de problème avec lui. Nos quelques échanges avaient été « sympas ». Il faisait partie, avec d’autres, que je connaissais également, de la cité de la rue Greuse. Une cité pas très éloignée de la mienne qui avait une assez mauvaise réputation. Qu’avait-il fait pour être cueilli au collège ? Aucune idée. C’est la dernière fois que je me souviens l’avoir vu. J’avais quel âge ? 14 ans ou moins.

 

Je me rappelle il y a plus de vingt ans avoir appris un jour qu’un de mes anciens collègues de travail avait un Beretta. Par qui l’avais-je appris ? Par sa copine d’alors, également une de mes collègues. C’était à Pontoise.

 

 

Je me souviens de ce copain, natif d’Argenteuil, souvent sur le qui-vive au point qu’il me fait penser à Joe Dalton, qui m’a dit un jour que se sachant très en colère contre je ne sais qui, il avait préféré, avant de faire une bêtise, scier et démolir les armes à feu qu’il possédait. Etonné, je lui avais alors demandé comment il avait fait pour obtenir ces armes ? Ce copain m’avait alors regardé comme si j’étais une andouille ou que je débarquais d’une autre planète. Et ce regard signifiait sans ambiguïté mais aussi sans explications qu’il n’y avait rien de plus  facile que de se procurer des armes à feu. C’était il y a environ cinq ans.

 

Je me rappelle du père, policier, d’une des camarades de classe de ma fille, à la maternelle. Cet homme aime son travail. Et, ayant également grandi à Nanterre comme moi, mais dans une autre cité, il m’avait affirmé que cela s’était « dégradé ». Cet homme discutait de temps à autre avec un autre papa, également policier devant l’école en attendant la sortie de son enfant. Ce policier, devant moi, avait un jour raconté, en souriant, ce rituel qui consistait,  lorsqu’il entrait dans une cité avec ses collègues, à longer le mur des immeubles. Afin de ne pas se recevoir un réfrigérateur. C’était, aussi, il y a environ cinq ans. Je ne sais pas de quelle cité il parlait ni dans quelle ville. Je n’avais pas pensé à demander. A ce jour, en entrant dans une cité, je n’ai pas longé le mur des immeubles pour éviter de me prendre un réfrigérateur ou autre objet sur la tête. Mais, avant cette anecdote, j’avais ouï dire que cela pouvait arriver. Mais pas là où j’habitais.

 

Je n’ai pas oublié non plus que le très bon kiné que nous avons un temps consulté pour notre fille nous a appris un jour que les va et vient de sa clientèle, de toutes origines tant sociales que culturelles et religieuses, dérangeait le trafic de certaines jeunes du coin. Et, ils le lui avaient fait savoir.

 

Je n’ai pas oublié non plus que la mère d’une des bonnes copines de ma fille m’a dit un jour que sur le trajet de l’école, pas très loin, se trouvait un point de rencontre officieux pour trafic de stupéfiants. Dès lors, certains jeunes que j’aperçois régulièrement, en groupe, s’ils ne sont pas menaçants pour les enfants et les parents dont je fais partie,  et ne font que discuter entre eux, m’apparaissent aussi, comme étant là soit pour protéger un territoire. Soit pour « guetter ». Bien-sûr, nous ne sommes pas dans Bac Nord où, là, le sujet est poussé à son extrême. Mais je crois qu’il peut être concevable que dans certains endroits, désertés par les institutions publiques, ou soit pace-que certains modèles de vie aient été choisis ou privilégiés, par mimétisme ou par conviction, qu’il se soit développé des situations équivalentes à celles que l’on voit dans le film.

 

Je me rappelle aussi qu’une Argenteuillaise m’avait appris que le premier jour du Ramadan, un conflit avait eu lieu dans un quartier de notre ville et que cela s’était terminé par un mort par balles. Ces “anecdotes”, je les considère comme des évidences. Elles horrifieront peut-être certaines personnes. Elles en feront sourire d’autres qui vous diront : “Et, encore, ça, ce n’est pas grand chose….”. Et, là, aussi, je croirai ces dernières personnes sur parole sans pour autant raser les murs. Sauf que en certains endroits, à certaines heures, si je suis informé par quiconque du “coin” qu’il faut être prudent ou éviter de passer à tel endroit, je préfèrerai me montrer prudent ou éviterai de passer à tel endroit. Pour moi, ce n’est pas être raciste et fasciste de penser comme ça. Comme, pour moi, ce n’est pas être soumis et crétin, lors d’un contrôle de police, de rester aussi calme et poli que possible. C’est plutôt s’adapter à mon environnement et/ou à mon interlocuteur. 

 

Lorsqu’un reporter tel que Philippe Pujol, Marseillais, Prix Albert Londres pour un de ses ouvrages, écrit La fabrique du monstre : 10 ans d’immersion dans les quartiers nord de Marseille, la zone la plus pauvre d’Europe en 2018, s’il pointe, évidemment, les responsabilités politiques et sociales, mais aussi intellectuelles, pour expliquer et critiquer le délabrement prononcé de certains quartiers de Marseille, il n’en décrit pas moins certains endroits où l’accès n’est autorisé qu’à des personnes sélectionnées. Des personnes du quartier. Des personnes de confiance. Profil- des personnes de confiance- qui est loin de correspondre à des policiers de la Bac.

Dans cet ouvrage, Philippe Pujol indique bien que dans ces quartiers nords de Marseille, il reste des personnes étrangères au banditisme comme aux trafics.

 

De même que lors des attentats du 13 novembre 2015, c’est une juge belge qui a expliqué il y a quelques jours au tribunal que si plusieurs des terroristes islamistes se connaissaient depuis longtemps et avaient vécu à Moolenbeek, que, par ailleurs, c’était dans certains quartiers, minoritaires, de Moolenbeck que s’était développé l’activité terroriste islamiste de ces dernières années. Mais, qu’autrement, Moolenbeek était aussi une commune très agréable où la plupart des habitants n’avaient rien à voir avec le terrorisme et l’islamisme.

 

 

Un métier de conviction :

Ce qui passe peut-être mal avec le film Bac Nord, c’est qu’il magnifie des policiers. Et que beaucoup de monde entretient une certaine ambivalence faite à la fois de méfiance/crainte/haine/ admiration envers la police et celles et ceux qui la représente. Ambivalence qui avait été décrite dans les média où, lors de la période des attentats islamistes, les policiers étaient devenus très populaires. Pour, ensuite, à nouveau, être perçus de travers. 

Je ne discute pas les raisons, justifiées ou injustifiées, de cette ambivalence. Cette ambivalence envers la police peut, finalement, être la jumelle de ce racisme envers certaines catégories de personnes :

 

On peut avoir des raisons personnelles et concrètes qui expliquent que l’on en veut à telle catégorie de personnes. Parce qu’elles nous ont fait du mal, à nous ou à des proches. Mais on peut aussi très bien en vouloir à certaines catégories de personnes et de professions sans avoir eu de mauvaise expérience réelle avec elles. On ne fait alors que « répéter » ce qui se dit dans notre environnement et dans notre entourage depuis des années ou des générations. Sans prendre la peine de peser le pour et le contre. Puisque l’on fait corps avec celles et ceux qui font partie de notre environnement et de notre entourage. Et que l’on s’en remet à eux tous les jours. Se faire sa propre expérience demande une certaine capacité d’initiative. Mais aussi de pouvoir accepter de faire et vivre d’abord seul (e ) certaines expériences contradictoires. Certaines personnes n’ont ni cette volonté ni ce courage. 

 

Malgré cette ambivalence envers la police ou malgré l’aversion assumée que certaines personnes peuvent avoir envers elle, en regardant Bac Nord, je me suis demandé comment font ces femmes et ces hommes policiers pour avoir envie de faire ce métier. Ou, plutôt, pour continuer d’avoir envie de le faire. Que ces femmes et ces hommes travaillent pour la Bac ou non. Car le film rappelle bien aussi qu’être policière ou policier, c’est exercer un métier de conviction :

 

Il faut être convaincu de l’utilité de ce que l’on fait. Et de ce que l’on est. Ce qui peut être déjà très difficile au vu des risques mais aussi, surtout peut-être, des désillusions que font vivre- de façon répétée- ce métier. Et, en plus, il faut pouvoir apporter des preuves indiscutables que le travail effectué a été bien effectué. Et, tout cela, sans s’enrayer soi-même. Sans se vomir soi-même.

C’est montré dans le film : A part le personnage joué par Karim Leklou qui a pour lui la très large compensation d’avoir une femme aussi attractive, honorable et honorante que l’actrice Adèle Exarchopoulos, les deux autres policiers joués par Gilles Lellouche et François Civil n’ont pas de vie personnelle valide ou valable. Donc, leur métier leur fait payer un très lourd tribut. Et, dans ces conditions, je m’étonne que des femmes et des hommes tiennent encore à vouloir devenir policières et policiers. Tout en essayant, aussi, de concilier une vie de couple et de famille.

Or, pourtant, il y en a. Bien-sûr, je pourrais faire la même remarque pour des personnels soignants. Mais le métier de policier, de par ses armes, et la manière dont il confronte directement des femmes et des hommes à d’autres femmes et hommes me semble porteur de bien des échecs qu’aucun uniforme,  grade ou ultimatum ne peut contrer.

 

L’acteur Gilles Lellouche de face. De dos, l’acteur François Civil.

 

Casseur de rêve exotique :

 

 

Pour ces quelques raisons, pour moi, Bac Nord n’est pas un film fasciste et raciste. Mais on peut lui reprocher, oui, d’être assez caricatural sur certains aspects.

Néanmoins peut-être que ce qui lui est fondamentalement reproché, c’est de casser le rêve exotique marseillais avec l’accent, la mer, la sensualité et le soleil. Pour, au contraire, envoyer dans les yeux du spectateur du sable et bien des écueils. Comme si, au plein milieu d’une comédie qui se déroule bien, on se mettait d’un seul coup à reparler de la pandémie du Covid ou du réchauffement climatique. Comme si, à parler de la Guadeloupe, au lieu de parler de plages, cocotier, zouk, ti-punch, sexe et Francky Vincent, on en arrivait à reparler de l’esclavage, du Covid, de l’obésité, du Sida, de chômage, de maltraitances conjugales, de chlordécone, d’alcoolisme et de diabète. Ça casse un peu l’ambiance.

 

 

Franck Unimon, ce mercredi 29 septembre 2021.

 

 

 

 

 

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En Route pour le milliard-un film documentaire de Dieudo Hamadi

»Posted by on Sep 21, 2021 in Cinéma | 0 comments

En Route pour le milliard-un film documentaire de Dieudo Hamadi

 

En route pour le milliard un film documentaire de Dieudo Hamadi

 

 

Le plus souvent, dans son lit ou sur le billard, on arrête de compter bien avant d’atteindre le milliard. 6600 bombes sont tombées du 5 au 10 juin 2000 lors de la « guerre des six jours ».

 

Certaines régions sont parfois connues pour les sourires et les espoirs qu’elles exportent. Kisangani l’a sûrement été pour ce conflit qui a opposé le Rwanda à l’Ouganda en République démocratique du Congo pour les diamants.

 

Il est déjà très difficile d’être maitre de soi-même en temps ordinaire. Alors, par temps de guerre, parmi des bombes impossibles à dompter et à dénombrer….

 

Plusieurs années ont été nécessaires à des survivants de Kisangani pour se remettre suffisamment avant de décider d’entreprendre certaines démarches. A la fin du conflit, l’Etat s’était engagé à leur verser un milliard en compensation. Près de vingt ans plus tard, les survivants n’ont perçu que leurs traumatismes, leur honte sociale et leur colère.

 

Dieudo Hamadi les suit jusqu’à Kinshasa où se trouvent les grands décideurs pour leur rappeler certains engagements. Kisangani-Kinshasa, cela fait plus de 1200 kilomètres à vol d’oiseau. Mais si ces femmes et ces hommes avaient été des oiseaux, ils auraient eu la légèreté de s’envoler avant que la lourdeur des bombes- et des viols ?- ne les plombe. Ces grands voyageurs sont cul de jatte, porteur et porteuses de prothèses en plastique, se déplacent avec des béquilles. L’Homme a marché sur lune. Eux ont marché sur des restes humains et sont de ces restes qui partent en chemin. Ils n’ont ni fusée, ni sponsor, ni avocat, ni association, ni chaine de télé. « Mais sans sacrifice, on n’obtiendra jamais rien ».

 

 

Ils ont eu une vie auparavant. Le « Président » du groupe était peut-être instituteur, banquier. Il sait s’exprimer, a encore une carrure imposante. Maintenant, pour se laver, il doit s’allonger dans la boue tant, sans ses béquilles, il ne tient pas debout. Chez lui, on aperçoit un poster de Michaël Jackson, l’Américain tout en jambes.

 

Pour aller à Kinshasa, ces femmes et ces hommes prennent le fleuve par le bateau. Prisonniers de leurs blessures, de la promiscuité, de la pluie qui pile les bâches, le temps leur rend la vie encore plus dure. On se dispute sur la façon de bien cuisiner du riz.  

 

Puis, ils accostent et sont reçus par une jeune députée qui, un temps, les soutient. Jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus le faire car elle doit s’occuper de sa campagne. Les voici  obligés d’improviser. Il y a des désaccords sur la façon de s’y prendre. Certains sont plus découragés que d’autres. Dieudo Hamadi reste avec les survivants de l’espoir. Celles et ceux qui continuent d’y croire.

 

 

Arrive dans En Route pour le milliard ce défilé ensorcelant et très violent :

 

Les victimes tiennent leur poste à la sortie du parlement. Malgré le rejet brutal et méprisant des vigiles armés qui, du fait de la présence de la caméra, réfrènent leur violence pour celles et ceux qu’ils voient comme des énièmes va-nu-pieds qui pourraient leur faire perdre leur position et leur temps. Et, là, sortent des sommités politiques du pays ; des hommes, quelques femmes, bien sapés, un bijou de pointe à la main ( un téléphone portable) tout acquis à leur immunité envers les revers de la vie. Ils s’étonnent. Et de la présence d’une caméra comme de celle de ces personnes estropiées  qui leur parlent. Dans un langage et une image difforme dont ils se détournent en quelques secondes, pesant, pour certaines et certains de ces sommités, le pour et le contre, concernant la meilleure attitude à adopter et à montrer.

 

Les élections présidentielles surviennent. Le nouveau Président élu déjoue les pronostics et rend optimiste. Cependant, dans la rue, devant le bâtiment présidentiel, les survivants de Kisangani n’existent plus. L’argent et la considération qu’ils attendent sont sans doute là quelque part. Sur cette route qu’ils ont prise un jour pour le brouillard.

 

Les Jeux para-Olympiques de Tokyo, et les autres Jeux Olympiques, cela reste beau. Et, puis, il reste tous les autres “athlètes” de la guerre, bien plus nombreux, mutilés ou non, tels que l’on peut en voir dans ce documentaire qui bénéficiera de bien moins d’audience, de publicité et de parts de marché.

 

En Route pour le milliard sortira en salles le mercredi 29 septembre 2021.

 

 

 

Franck Unimon, ce mardi 21 septembre 2021.

 

 

 

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J’ai aimé vivre là- un film de Régis Sauder

»Posted by on Sep 20, 2021 in Cinéma | 0 comments

J’ai aimé vivre là- un film de Régis Sauder

 

J’ai aimé vivre là– un film de Régis Sauder

 

 

Pour l’édifice mental de « l’être » parisien – lequel veut pouvoir trouver le prestige et le ciel à portée de « son » métro- J’ai aimé vivre là sera peut-être l’essai du précipice.

 

 

Ce film, mélange de documentaire et de fiction, part des œuvres de l’écrivaine Annie Ernaux pour parler de Cergy-Pontoise, ville de grande banlieue parisienne, dans le Val d’Oise. La grande banlieue parisienne, c’est très loin. A près de trente kilomètres de Paris. Trente ou trente cinq minutes de RER A- ou plus- depuis la station Charles de Gaulle Etoile.  

 

Si, depuis l’esplanade de Paris, à Cergy-St Christophe, le regard peut s’entraîner jusqu’à l’Arc de Triomphe en passant par la Défense, il peut être difficile de savoir si ce que l’on voit appartient au passé ou à une forme de vie qui a persisté.

 

J’ai aimé vivre là raconte l’intérieur de cette ville aux plus de cent nationalités, ex-ville nouvelle construite à partir des années 70 pour anticiper le développement rapide de l’agglomération parisienne. Des extraits de texte d’Annie Ernaux et des portraits de certains de ses habitants, jeunes et moins jeunes, de plusieurs origines, font ce film dans divers endroits de la ville.  

 

Nous ne sommes pas dans du Rohmer qui avait tourné en 1987 L’ami de mon amie à Cergy-Pontoise. Ni dans le Naissance des pieuvres de Céline Sciamma réalisé en 2007.

 

Dans J’ai aimé vivre là, on rencontre des militants associatifs, des personnes venues s’y établir et qui y ont vu grandir leurs enfants ; des jeunes qui y ont grandi et y ont leurs cercles d’amis ; des étudiants qui vont partir pour Paris ; des étrangers qui ont dû quitter ou fuir leur pays. Et, quelques fois, Annie Ernaux, cette « voisine » que j’aurais pu croiser, que j’ai peut-être croisée.  

 

Dans J’ai aimé vivre là, on n’y montre pas trop la défiguration de la ville par l’assaut débridé des flots bétonniers des projets immobiliers. Ni certains quartiers de trafic. Mais, plutôt, ce qui y est réussi et peut être difficile à quitter. Même si l’ancienne patinoire de Cergy-Préfecture devenue lieu d’hébergement pour refugiés apparaît. Et qu’une interprète se met un moment à pleurer en se remémorant ce qu’était « sa » patinoire quelques années plus tôt.

 

J’ai vécu une vingtaine d’années  à Cergy-Pontoise à partir de mes 17 ans. Mes parents, de classe sociale moyenne, y accédaient pour la première fois de leur vie à la propriété en achetant à crédit un de ces pavillons comme il y en a tant. Ce fut pour nous un grand changement après notre immeuble HLM de Nanterre de dix huit étages à quinze ou vingt minutes à pied du quartier de la Défense. En s’éloignant de ce quartier des affaires, mes parents avaient estimé faire une affaire….

Dans le salon de “notre” pavillon, un calme intact me répondait alors que j’écoutais très fort le premier album de Mc Solaar. Le silence de la rue devant chez nous. L’éloignement extrême des cercles de mes connaissances que je pouvais pourtant rejoindre moyennant du temps dans les transports en commun. Cela fut une période où la découverte de l’entre-deux s’imposa à moi. 

 

Cette ligne A du RER qui attèle Cergy-le-Haut et ses suivantes à Paris et en fait aussi une « ville-dortoir », souvent bondée aux heures de pointe, après à peine deux stations depuis son début, est assez absente du film. Comme le fait que la grande distance kilométrique qu’elle couvre l’expose assez régulièrement à des incidents techniques ainsi qu’aux conséquences directes des grèves de cheminots. Tandis que la ligne A du RER côté St-Germain en Laye, elle, plus courte, mieux desservie, est aussi moins touchée par ce genre de destinée.  

 

 

J’ai aimé aller voir j’ai aimé vivre là pour ce passé qu’il allait me rappeler. Un passé « annoncé » par un camarade de mon école primaire parti y habiter dans les années 70 avec son frère et ses parents plusieurs années avant nous. Un passé où j’ai des souvenirs de marché – celui de Cergy St Christophe- de médiathèques ; de la plus grande horloge d’Europe dont la grande aiguille des secondes me « découpait » alors que je courais vers elle jusqu’au RER avant qu’il ne parte ; de concerts ( Brigitte Fontaine, Brain Damage, Improvisators Dub, Susheela Raman, High Tone, Manu Dibango, Disiz La Peste, Franck Black, Joey Starr….)  ; de courses au centre commercial Les Trois Fontaines ; de rencontres professionnelles, amicales et amoureuses ; de certains choix personnels et familiaux ; de séances d’abord aux cinémas Utopia de St-Ouen l’Aumone et de Pontoise puis à celles du complexe de Cergy-Le-Haut arrivé plus tard avec sa carte illimitée et aussi  plus proche de chez moi, à pied ; De footing et de séances de natation ; de certaines allées et venues à la base des étangs de Cergy-Neuville ;  de sorties roller. De mes premiers cours de théâtre.

 

Un passé, aussi, où, durant des années, j’ai vécu dans des rêves autres que ceux de cette ville. Ce qui m’a sûrement empêché de l’aimer, tout comme ce film, autant que je l’aurais pu ou dû.

 

J’ai aimé vivre là sortira en salles le 29 septembre 2021.

 

Franck Unimon, ce lundi 20 septembre 2021.

 

 

 

 

 

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Dune-un film de Denis Villeneuve

»Posted by on Sep 18, 2021 in Cinéma, Corona Circus | 0 comments

Dune-un film de Denis Villeneuve

 

                                          Dune un film de Denis Villeneuve

 

 

 

« Tant de Pouvoir dans un mâle » ; « Les rêves sont des messages de profondeur » ; « Un empereur dangereusement jaloux » ; « Son regard s’aiguise à peine qu’il descend déjà dans l’arène » ; « La main de Dieu perturbe notre système de communication » ; « Le désert prend les faibles » ; « Il a implanté des superstitions » ; « J’aurais dû t’épouser ». «  On tamise les gens comme on tamise le sable ».

 

 

 

L’adaptation cinématographique de l’œuvre de Frank Herbert (1964) par le réalisateur Denis Villeneuve est apparue sur beaucoup d’écrans en France ce mercredi 15 septembre 2021. C’est le très gros événement cinématographique de la rentrée et je suis allé le voir dès la première séance de 8h55. La grande salle était pleine.

 

Ces dernières années, on mentionne régulièrement le réalisateur Christopher Nolan comme étant celui qui sait alterner films grand public et films d’auteur. Devant le Dune de Villeneuve, je me suis avisé que celui-ci faisait beaucoup mieux.

 

Je n’ai pas tenté de lire l’œuvre Frank Herbert. J’avais plusieurs fois entendu dire qu’elle était inadaptable. J’avais vu avec plusieurs années de retard l’adaptation de David Lynch qui, en 1984, était déja devenu un réalisateur qui compte. J’avais lu des avis mitigés sur le film de Lynch estimant qu’il était un « nanar ». Je me rappelle du chanteur Sting, nimbé de son statut de star au sein du groupe de musique Police, y tenant un rôle de méchant. Et d’une scène cruelle dont Lynch, une fois de plus, avait su magnifier le sadisme. Il me reste donc des impressions de ce film et je m’en souviens  un petit peu plus que beaucoup d’autres films que j’avais vus par la suite.

 

Je cite ces trois réalisateurs de référence que sont Villeneuve, Nolan et Lynch car ces vingt dernières années, ils ont pour eux d’avoir su concilier l’esthétisme agressivement séduisant de notre évolution avec celui de nos infirmités. Infirmités dans lesquelles, malgré beaucoup d’efforts et  d’espoirs, nous demeurons souvent enfermés.

 

On a sans doute deviné en lisant cet article que je préfère désormais la filmographie de Villeneuve à celle de Nolan qui avait réalisé la grosse production  qui avait été l’événement cinématographique quelques mois après la sortie de notre premier confinement du à la pandémie du Covid :

 

Tenet était sorti le 26 aout 2020.

 

Tenet avait beaucoup plu et très « bien marché »  au cinéma. Mais, dès ses débuts, dans la salle, son magnétisme supposé n’avait pas opéré sur moi. Même si l’acteur Robert Pattinson m’avait fait une bien meilleure impression que l’acteur principal John David Washington, nouvelle star du cinéma depuis son rôle dans le film de Spike Lee (BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan, 2018) et fils de Denzel Washington.

 

Lorsque je pense aux quelques films de Villeneuve que j’ai pu voir jusqu’à maintenant à leur sortie au cinéma, je ne trouve pas, parmi eux, de films ratés :

 

Incendies, Enemy, Sicario, Premier Contact, Blade Runner 2049.

 

Villeneuve sait, selon moi, aborder les grandes questions morales de notre époque en y associant le sens du spectacle. Sans devenir la réclame publicitaire de ce spectacle.

gare de Paris St-Lazare, ce mercredi 15 septembre 2021.

 

J’aurais donc dû être content et me sentir privilégié ce mercredi matin de pouvoir, une fois de plus, partir au cinéma alors que je prenais les transports en commun avec beaucoup de personnes qui partaient travailler. Sauf que ce mercredi 15 septembre 2021, c’était aussi Le Grand jour dans un autre domaine, plus réel. Et, surtout, plus immédiat.

 

A compter de ce 15 septembre 2021,  l’Etat condamnait légalement à la suspension et à la sanction économique certains des héros de l’an passé lors de la pandémie du Covid :

 

Les soignants qui persistaient à refuser de se faire injecter les vaccins actuels contre le Covid.

Et, moi-même, longtemps récalcitrant et encore dans le doute concernant ce que j’avais finalement accepté de me faire injecter dans le deltoïde deux jours plus tôt, je ne devais la possibilité de cette sortie au cinéma que parce-que je disposais depuis du résultat d’un test antigénique au Covid d’une durée légale de deux ou trois jours. Et, comme la plupart des spectateurs et des passagers rencontrés en me rendant à cette séance, depuis l’année dernière, dans les lieux publics, je portais également sur le visage un masque anti-Covid.

 

 

Ce contexte n’empêche pas de regarder un film. Mais il peut être utile de le préciser quand on en parle ensuite. Puisque ce qui nous concerne personnellement affecte ensuite directement notre façon de voir un film, de lire, et, bien-sûr, notre façon de vivre.

 

 

Dès le début de Dune, je me suis dit :

 

« A la fin du film, je retourne le voir une seconde fois ».  C’était la première fois depuis longtemps que je n’avais pas eue une telle volonté. Au cinéma, il est quelques films que je suis retourné voir plusieurs fois :

 

Le Grand Bleu de Luc Besson ; Le premier Matrix des ex-frères Wachowski ; La trilogie Pusher de Nicholas Winding Refn. Ensuite, il est un autre film que j’avais vu une fois au cinéma à sa sortie, dans une salle déserte, aux Halles, et dont l’attrait sur moi s’est accru à mesure que je l’ai revu. D’abord en dvd puis en Blu-ray. Under The Skin de Jonathan Glazer.  

 

Il est d’autres films, comme des livres, que j’ai vus et lus une seule fois et qui m’ont pourtant beaucoup marqué. Tels, par exemple, des films de Kieslowski, Kitano, Lynch, Spike Lee, Dumont. Ou un livre comme La Supplication de Svetlana Alexievitch,  lors de sa parution, des années avant son Prix Nobel de littérature. Des livres de Chester Himes, Richard Wright

 

 

Mais il est seulement quelques films, pour l’instant, que je suis allé voir plusieurs fois. Et, spontanément, Dune s’est retrouvé sur cette liste. Je ne l’ai pas fait finalement. Non en raison de sa durée (2h35). Ces 2h35 passent comme un fil. On ne les subit pas. Mais parce-que, comme souvent, avant d’aller voir un film, j’aime être « vierge » (cette remarque avait fait grimacer une attachée de presse il y a plusieurs années) et en savoir le moins possible.

J’ignorais donc en allant voir Dune qu’il y aurait une suite. C’est uniquement à la fin du film que j’ai compris que le Dune de Villeneuve allait sûrement être l’équivalent de la trilogie Le Seigneur des anneaux réalisée par Peter Jackson dans les années 90. Trilogie dont chaque volet, si je me souviens bien, durait aussi près de trois heures.

Certaines personnes feront peut-être une analogie avec le succès des Harry Potter qui a compté près d’une dizaine d’adaptations cinématographiques. Mais hormis la toute première adaptation cinématographique que j’avais vue à sa sortie, qui m’avait plutôt plue, et ne m’avait  jamais laissé penser qu’il y’aurait ensuite un « phénomène » Harry Potter dans les salles qu’en librairie, j’ai peu suivi ces réalisations. Même si ma préférée reste celle d’Alfonso Cuaron avec Harry Potter et Le Prisonnier d’Azkaban ( 2004).

 

 

Qu’est-ce que j’ai aimé tout particulièrement dans le Dune de Villeneuve ?

 

Dès le début, le découpage de l’espace. La mise en scène. Villeneuve a fait de son film une poly-scène de théâtre. Le théâtre palpable, au sens organique, dans « son » Incendies (2010) adapté de l’œuvre théâtrale de Wadji Mouawad– que je n’ai pas vue-  se retrouve dans « son » Dune.  Villeneuve pose ses scènes. Nous sommes plusieurs fois entre la photo et le tableau.

 

 

Il y a du désert et des deuils dans Incendies. Il y en a aussi dans Dune. Les femmes sont porteuses et fortes dans Incendies. Elles le sont aussi dans Dune. Dans d’autres réalisations intermédiaires de Villeneuve, aussi.

 

Quoi d’autre ? On parle beaucoup de la voracité de l’économie libérale et d’écologie dans Dune. Cela nous rappelle nos échéances présentes devant le réchauffement climatique, la raréfaction de l’eau encore abstraite dans les pays riches. Mais aussi nos comportements et nos certitudes acquises mais aussi contraintes. 

 

Le sédentarisme démesuré et urbanisé de nos vies est ici exposé comme une vulnérabilité mortelle. Ce sont plutôt les nomades ou celles et ceux qui s’apparentent à des sortes de Touaregs (les « Fremen » comme « Free Men » ?)  qui semblent plus à même de véritablement faire leurs choix. Et de vivre.  

 

Dans Dune, on parle aussi de Savoirs ancestraux connus et crus par certains, ignorés par d’autres. Mais aussi de la peur qui est peut-être une de nos plus grandes Croyances. Et, question croyance en nos peurs, nous sommes nombreux à être encore beaucoup plus fervents et partisans que d’habitude depuis la pandémie du Covid. Ce qui est bien pratique pour certaines politiques et techniques managériales.

 

 

On aimerait pouvoir agir sur nos peurs comme le héros, Paul Atreides (interprété par Timothée Chalamet ) et sa mère, Lady Jessica ( l’actrice Rebecca Ferguson) le font. Mais à les voir, on comprend aussi qu’apprendre à se séparer de nos peurs est le résultat d’un entraînement et de toute une éducation. Cela ne s’improvise pas. «  Notre projet tient sur des siècles » dit un personnage plutôt impitoyable dans le film.  

 

 

J’ai beaucoup aimé l’attention portée par Villeneuve aux différents langages ainsi qu’aux codes culturels. Une scène très drôle avec Javier Bardem en sera un des exemples. Néanmoins, savoir parler dans la langue qu’il convient au bon moment peut sauver. Ou tuer.

 

J’ai trouvé au personnage de Paul Atreides des airs de Lawrence d’Arabie. Et son nom me fait aussi penser à l’histoire de l’Atlantide. On ne peut, aussi, que le rapprocher évidemment du jeune Skywalker, puisqu’il est aussi impossible de ne pas citer le Star Wars de Georges Lucas, d’une façon ou d’une autre, devant Dune. Et, bien-sûr, pendant qu’on y est (mais cela avait déjà été partiellement fait) le Blade Runner de Ridley Scott.

 

De toutes façons, dans Dune, on trouve- pour le meilleur- plusieurs des actrices et acteurs tant européens qu’anglo-saxons qui ont rencontré au moins ces dix dernières années une certaine popularité au travers du cinéma (d’auteur ou de cinéma grand public) ou de certaines séries télévisées :

 

 Les Gardiens de la Galaxie, Game Of Thrones, des films des frères Coen. On peut même déceler une allusion à La Servante Ecarlate.

 

 

Cependant, toutes ces références, et bien d’autres que j’ai oubliées ou qui sont bien là même si je ne les vois pas, n’empêchent pas de voir que Villeneuve a livré là un film- de plus- qui sort du lot.

 

Dune m’a tellement plu que lorsque le générique de fin est arrivé et que j’ai compris qu’il y aurait une suite, que je me suis inquiété du fait qu’il n’arrive quelque chose à son réalisateur qui l’empêche de nous montrer le reste.

 

Ensuite, je suis allé voir Shang-Chi Et La Legende des dix anneaux de Destin Daniel Creton. Parce-que le film bénéficiait de bonnes critiques. Parce qu’un film de Super-héros avec Tony Leung Chiu Wai (son rôle dans A Toute epreuve de John Woo me l’a définitivement attaché. Peut-être aussi que le suicide de l’acteur Leslie Cheung , il y a plusieurs années, y est en partie pour quelque chose)  et Michelle Yeoh ne se refuse pas.

 

Je parlerai bientôt de ce film mais le voir après Dune a été…. à son désavantage.

 

 

Franck Unimon, ce samedi 18 septembre 2021.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Test PCR

»Posted by on Sep 8, 2021 in Argenteuil, Cinéma, Corona Circus | 0 comments

Test PCR

 

                                                       Test PCR

Le Test PCR et le test antigénique sont les alternatives à la vaccination anti-Covid. Chaque fois que l’on souhaite se rendre dans certains lieux publics ( cinémas, théâtres, salles de concert..). Avant la pandémie du Covid, on ne parlait pas ou alors seulement de façon très confidentielle du test PCR et antigénique.

 

J’ai l’impression d’être un homme du passé à parler de test PCR et de test antigénique alors que désormais la grande majorité des Français est vaccinée contre le Covid et est passée à d’autres sujets. Comme, par exemple, les attentats du 13 novembre 2015 dont le procès a débuté ce 8 septembre 2021. Un événement que j’essaierai de “suivre” en regardant des documentaires ou, si c’est possible, en assistant au procès. J’étais allé à une audience du procès des attentats “de” Charlie Hebdo. Alors que j’avais pris quelques notes, je n’avais pourtant pas publié d’article car entraîné ensuite par d’autres sujets. Et, aujourd’hui, je me demande quel est l’intérêt d’écrire un article a posteriori sur cette expérience alors que le jugement a été rendu. Et que des comptes-rendus de ce procès plus exhaustifs en ont été faits, que ce soit dans et par Charlie Hebdo ou par d’autres média et ouvrages.

Le journal ” Charlie Hebdo” de ce mercredi 8 septembre 2021.

 

Pourtant, j’écris aussi pour témoigner. Cet article-ci, Test PCR, j’aurais déja dû l’avoir écrit il y a plusieurs jours. Et, j’en ai déja d’autres en tête. J’ai écrit quelques notes de départ. Mais, plus tard, cet article devrait aussi avoir son importance. Et, pour lui, j’estime qu’il est encore dans notre temps présent. C’est la raison pour laquelle je m’arrête “sur” lui aujourd’hui. Même si, pour cela, il faut retourner au mois de mars.

 

En mars de cette année, j’avais été considéré cas contact deux fois à une semaine d’intervalle, au travail. Les seules fois, pour l’instant, où cela m’est arrivé d’être classé « cas contact ». Mars, c’était il y a six mois. Il y a déjà très longtemps.

 

Il y a “très longtemps”, j’étais donc allé faire un test antigénique dans une pharmacie du sixième arrondissement. J’étais curieux de l’expérience.

 

Sous la tente montée devant la pharmacie, la jeune testeuse avait un livre posé près d’elle. Un ouvrage de Romain Gary. Peut-être La Vie devant soi.  Cela m’avait rappelé des bons souvenirs. La jeune professionnelle m’avait été présentée comme douce par sa collègue qui m’avait reçu.

La douceur et les bons souvenirs s’étaient brutalement perdus après l’entrée de la tige du test antigénique dans ma première narine. Puis dans la seconde.

 

Je n’avais pas du tout aimé l’expérience. Mais j’avais passé le test. Et le résultat était négatif.  J’étais donc débarrassé et satisfait.

 

Une semaine plus tard alors que j’allais partir au travail, je recevais un appel de ma  cadre supérieure.  Pour me demander de faire un test antigénique. Je ne voyais pas pourquoi…j’ai exprimé mon étonnement.

Jusqu’à ce que j’apprenne qu’un autre de mes collègues avait eu « une trace » de positivité au Covid. Et qu’il fallait refaire le test.

A la pharmacie, on m’avait expliqué que le délai était trop court entre le moment où ce collègue s’était déclaré positif « avec une trace ». Et celui où il m’était demandé de faire ce test antigénique. L’assistante en pharmacie avait bien voulu l’expliquer directement à ma cadre supérieure. Mais celle-ci avait préféré que je refasse un test antigénique « car c’était la procédure ».

 

Là aussi, le résultat avait été négatif. Et, après avoir été positif « avec une trace », lors d’un second PCR, le collègue s’était finalement révélé être vraiment négatif.

 

Depuis ces deux expériences, je tiens le test PCR et le test antigénique pour des procédés barbares. Je ne comprends pas qu’en 2021, ces deux tests aient été en particulier ceux qui ont été privilégiés pour des résultats rapides. Il suffit de 15 minutes pour connaître le résultat avec le test antigénique. Il faut attendre 24 à 48 heures « selon les laboratoires » après un test PCR.

 

Je n’ai pas passé de test PCR mais j’ai cru comprendre qu’il était « plus profond » que le test antigénique que j’ai trouvé particulièrement désagréable. Peut-être que cela changera dans environ un an.

Le journal ” Le Figaro” de ce mercredi 8 septembre 2021.

J’ai lu aujourd’hui que l’entreprise Valeo « l’équipementier automobile français » a inventé un détecteur de Covid équipé de capteurs qui peut donner un résultat en deux minutes. Mais j’ai aussi lu que ce détecteur serait vendu 2500 euros, ce qui en fera peut-être un objet réservé à certains endroits. Cependant, nous sommes déjà là dans le futur et les supputations. Retournons dans le passé de ce mois d’aout.

 

Au mois d’aout dernier, j’étais retourné accompagner ma fille jusqu’à la médiathèque pour la troisième fois. J’étais revenu la chercher à la sortie à une heure indiquée puisque je ne pouvais pas entrer.

 

Alors que je l’attendais, un étudiant d’une vingtaine d’années s’est présenté devant le bibliothécaire, qui, dehors, vérifiait les QR Code des passes sanitaires. Ou les résultats de test PCR et de test antigénique.

 

Le résultat d’un test PCR est valable 72 heures. Le jeune a tendu son papier. Le délai était dépassé d’un peu plus d’une heure. C’était un samedi entre midi et quatorze heures en plein mois d’aout.

 

Désolé, le bibliothécaire a dû refuser l’accès de la médiathèque. Le jeune est reparti sans broncher.

Je « connais » ce bibliothécaire. C’est quelqu’un d’arrangeant. Peut-être que moi présent, moi, un habitué interdit de séjour dans la médiathèque pour défaut de passe sanitaire, il lui était impossible de laisser passer ce jeune. Mais j’ai été encore plus désolé pour ce jeune. Se farcir un test PCR pour, pour un peu plus d’une heure de dépassement, se retrouver devant une médiathèque comme devant une boite privée pratiquant le délit de faciès, j’ai trouvé ça dur. Je préférais encore être à ma place.

 

C’est sans doute après ce jour-là que je me suis rendu compte qu’en tant que citoyen qui paie ses impôts, l’Etat et donc la mairie de ma ville qui « dirige » cette médiathèque, me doit certains services. Comme l’accès à cette médiathèque. J’ai donc envoyé un mail ce 18 aout à ma mairie en pensant que personne ne me répondrait avant longtemps.

 

Finalement, il y a quelques jours, le 2 septembre, j’ai reçu un premier mail de la nouvelle directrice de la médiathèque. Et nous avons un peu correspondu. Celle-ci m’a entre-autres répondu :

 

« Selon le décret d’application du 7 août 2021, les collectivités territoriales sont dans l’obligation légale de mettre en place le passe sanitaire dans l’ensemble des lieux culturels recevant du public. Le réseau des médiathèques d’Argenteuil répond à cette obligation :https://www.legifrance.gouv.fr

L’ensemble des lieux culturels de France sont dans l’obligation légale d’assurer ce décret.

 

Toutefois, afin de maintenir notre lien avec l’ensemble de nos publics, nous avons mis en place dès le début de la crise sanitaire l’offre en ligne « Tout apprendre » sur le portail des médiathèques qui comprend notamment une offre de livres, BD, films, formations, aide aux devoirs et musique : https://argenteuil.bibenligne.fr/biblio-num

 

Vous avez également la possibilité, via ce même portail, d’effectuer des réservations sur les documents que vous souhaiteriez emprunter, votre fille pouvant les retirer à la banque de prêt.

 

Restant à votre disposition et au plaisir de vous recroiser prochainement dans l’une de nos médiathèques. »

 

Son rappel de l’obligation légale du passe sanitaire pour les médiathèques n’était pas nécessaire. Puisque j’ai compris qu’elle ne fait « qu’appliquer » la Loi. Et, avant ça, elle ne fait qu’appliquer ce que la mairie de ma ville lui dit de faire. Mairie qui se décharge sur elle de ses propres responsabilités. Car ce n’était pas à cette responsable de la médiathèque de se justifier et de me répondre. Cette directrice de médiathèque n’est ni l’autrice et ni la décisionnaire de la politique culturelle de la ville. Elle fait avec les autorisations que lui donne la mairie. Mais ce n’était pas à moi de débattre de ça avec elle. D’autant qu’elle m’a paru sincère et de bonne volonté dans ses mails.

 

Quant à moi, mon mail avait surtout pour but de questionner la Loi. La légitimité de cette Loi qui interdit à un citoyen d’entrer dans une médiathèque, même avec un masque anti-Covid, pour des raisons sanitaires.

 

Une Loi selon moi assez arbitraire. Un arbitraire devenu encore plus flagrant aujourd’hui, ce 8 septembre 2021. Puisque le passe sanitaire qui était obligatoire dans certains centres commerciaux, selon leur envergure, a cessé de l’être dans le Val d’Oise. Après une plainte déposée ( les propos exacts sont : ” Me Yoann Sibille avait ainsi déposé un recours devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise” La Gazette du Val D’Oise de ce mercredi 8 septembre 2021, page 8. Un article rédigé par Thomas Hoffmann). Le Ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a « assoupli » les conditions d’accès à certains centres commerciaux.

Le journal ” Les Echos” de ce mercredi 8 septembre 2021.

 

 La disparition de cette obligation du passe sanitaire pour aller dans certains centres commerciaux pourrait être une « bonne » nouvelle. Sauf que le préjudice évoqué, et qui a porté, est spécifiquement économique. L’obligation du passe sanitaire a fait perdre ou aurait fait perdre 20 à 30 pour cent du chiffre d’affaire de certains centres commerciaux.

 

Le journal ” Les Echos” de ce mercredi 8 septembre 2021.

 

Quel est le préjudice économique d’une médiathèque moins fréquentée à cause de l’obligation du passe sanitaire ? Je ne suis pas reparu devant la médiathèque depuis mon mail du 18 aout, je crois. Et, je suis curieux de voir si les conditions d’accès à la médiathèque ont changé. Mais je ne crois pas. Je crois qu’aujourd’hui encore, il faudra fournir un QR Code ou le résultat d’un test PCR ou antigénique valable pour y entrer. Pendant ce temps, je pourrai de nouveau aller me balader autant que je le voudrai dans le centre commercial Côté Seine de ma ville. Centre commercial où, bien-sûr, il ne se trouve aucune médiathèque et où circule bien plus de monde, en période de pandémie du Covid, que dans la médiathèque où j’ai mes habitudes.

Journal “La Gazette du Val d’Oise” de ce mercredi 8 septembre 2021. L’article rédigé par Thomas Hoffman cité plus haut.

 

 

Il faudrait que je vérifie comment ça se passe maintenant, pour entrer dans la médiathèque de ma ville. Que je me rende au centre commercial Côté Seine puis que je me déplace jusqu’à la médiathèque. Dix minutes à pied les séparent.

Vu que je n’aime pas beaucoup aller dans le centre commercial Côté Seine, et que je m’y rends le moins possible, cela va me demander un effort supplémentaire de plus.

Pour lire mon avis sur le film La Nuit Des Rois-un film de Philippe Lacôte sorti ce mercredi 8 septembre 2021. 

Franck Unimon, ce mercredi 8 septembre 2021 ( et ce jeudi 9 septembre 2021).

 

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