Cinéma

Des articles sur des films vus en projection de presse, au cinéma ou en dvd. Les interviews de réalisateurs et d’acteurs se trouveront dans la rubrique ” Croisements/ interviews”.

Brigitte Lahaie en podcast

»Posted by on Mai 1, 2021 in Cinéma, Pour les coquines et les coquins | 0 comments

Brigitte Lahaie en podcast

                                             

                                                   Brigitte Lahaie en podcast

 

 

Tout à l’heure, après avoir arrêté d’écrire, j’ai continué d’écouter un podcast consacré à l’ancienne actrice porno, Brigitte Lahaie.

Au tout début, dans les années 90 peut-être, pour moi, Brigitte Lahaie était « juste » une actrice française de film X entrevue après d’autres actrices ou d’autres femmes dénudées. Elle n’était pas nécessairement celle qui me faisait le plus fantasmer.  

Et puis, plus tard, j’avais compris en lisant une interview, peut-être, que c’était une femme intelligente. Bien consciente de ce qu’elle pouvait susciter chez un homme comme fantasme et…dotée d’humour. J’étais tombé sur une de ses réparties :

« Et, je saute Lahaie ?! ».

Depuis la lecture de cette répartie, pour moi, Lahaie, c’est ça : une femme qui a fait du X mais qui est intelligente. Et drôle.

Mais peut-être, aussi, que depuis que j’avais entendu parler d’elle la première fois dans les années 90 (ou 80 ?) que ma sexualité avait un petit peu évolué. Et que c’était aussi moi qui étais devenu un tout petit peu plus intelligent et drôle. 

D’autres années sont encore passées depuis les années 90 ou 80. Et puis,  je suis tombé sur ce podcast, il  y a quelques jours. Je l’ai donc téléchargé avec bien d’autres podcast sur bien d’autres sujets.

Je n’avais pas envie de mater Brigitte Lahaie :

 C’était la femme intelligente que je voulais entendre. 

Ce fut assez drôle d’écouter ce podcast. Sauf que le comique de situation n’est pas venu de Brigitte Lahaie.

 

Dans cette émission appelée Mauvais Genres passée sur la radio France Culture le 2 Mai 2020, Lahaie était entourée de spécialistes du X qui étaient majoritairement des hommes apparemment sexagénaires. ( Lahaie, née en 1955, si je ne me trompe, a, elle…65 ans au moment de l’émission).

Il y avait aussi une femme qui, elle,  peut-être plus jeune ( environ la quarantaine ?) était sûrement plus concernée par l’image de la femme, la place de la femme mais aussi, bien-sûr, la libération de la femme. Et par la façon dont la carrière de Lahaie au cinéma mais aussi dont les engagements ensuite avaient pu contribuer à la libération de la femme. En Occident, et, en particulier, en France

Depuis une vingtaine d’années, Brigitte Lahaie est animatrice radio. Elle a écrit deux livres. Elle est considérée comme l’une des rares anciennes actrices pornos à avoir pu jouer dans des films de la filière dite classique ou traditionnelle. Mais aussi à avoir réussi sa reconversion professionnelle après la fin de sa carrière d’actrice. Ce que ne sont pas parvenues à faire par exemple feu Karen Bach/Lancaume et Raffaëla Anderson, héroïnes de l’adaptation cinématographique du livre Baise-Moi de Virginie Despentes. Un livre que j’avais lu. Et un film que j’avais vu au cinéma à sa sortie et qui m’avait “plu”. 

 

Dans le podcast, Lahaie dit par exemple être inquiète d’assister à une certaine régression concernant les mœurs sexuelles. Et du fait que l’on puisse dire aujourd’hui que prendre la pilule, pour une femme, n’est pas un acte « naturel ». Lahaie de demander, alors :

« Parce-que faire douze enfants et mourir en couches, c’est naturel pour une femme ?! ».

 

Les hommes présents avec elle pour la radio France Culture, spécialistes de sa filmographie, et sans doute de bien d’autres films pornos, eux, étaient très polis, et très érudits.

Pourtant, ils faisaient penser à des hommes qui s’étaient sûrement masturbés après avoir regardé Lahaie- ou d’autres actrices du X- sur grand écran ou devant la télé bien des années auparavant. Sans rien en dire :

J’ai eu beaucoup de mal à croire que ces hommes soient des hommes ayant eu ou ayant encore une sexualité épanouie. Et, ils étaient là, à parler de tel film porno réalisé par tel réalisateur, avec tel acteur et Brigitte Lahaie. S’empressant de citer leurs connaissances. Sauf que, même cultivés, très cultivés, ils étaient restés les spectateurs et les admirateurs d’une carrière cinématographique pornographique.

Celle de Brigitte Lahaie. Alors qu’elle, cette carrière, elle l’avait vécue. Les pénétrations avaient bien eu lieu. Ainsi que les jouissances. Et, ils étaient là à en parler comme si de rien n’était. J’avais donc l’impression d’entendre des adorateurs qui, à tour de rôle, se pressaient follement pour placer leur  pièce, ou leur feulement, dans l’horodateur du regard de Brigitte Lahaie. Pour se faire connaître -et voir- par une femme qui avait disparu depuis «longtemps » des écrans qui les avaient marqués et qui, pourtant, se trouvait devant eux : Brigitte Lahaie.

 

Brigitte Lahaie a bien expliqué que sa carrière dans le X devait beaucoup au fait qu’elle avait en elle une blessure. Elle recherchait de l’amour dans le regard de son père. Elle rejetait aussi le fait d’avoir une vie bien rangée….

 

Dans cette émission, comme ailleurs sans doute, Lahaie expliquait que tourner des films de X, à l’époque où elle en avait tourné, jusqu’ aux années 80, lui avait permis d’apprendre à s’aimer. Et qu’elle avait eu du plaisir à s’exhiber devant la caméra. Elle voyait d’ailleurs un certain gâchis lorsque, plus tard, certaines actrices françaises, telles Clara Morgane et Laure Sainclair, déclareraient avoir fait du X pendant un temps « juste pour le travail ». En affirmant ne pas avoir eu de plaisir particulier.  Devant la caméra, elle, Lahaie avait du plaisir même si elle dément avoir été amoureuse de ses partenaires. Et, Lahaie d’ajouter dans l’émission que «  toute femme peut arriver à jouir si elle trouve (ou rencontre) une bonne langue ». Il n y avait pas de prétention ni de provocation de sa part. Mais elle explicitait l’idée que l’on fait mieux son travail lorsque l’on a du plaisir à le faire. 

 

A la limite, je l’ai trouvée assez sèche par moments avec ces messieurs. Mais c’était peut-être parce qu’elle avait déjà beaucoup rencontré de ces hommes qu’elle « passionne ». Et qu’il lui importait de les raisonner ou de les aider à raisonner plutôt que d’avoir à les aider à débander.

Mais c’était drôle d’imaginer non Brigitte Lahaie dans ses tenues intimes ou ses postures d’écran – même si, ensuite, j’ai regardé un peu quels films d’elle je pourrais éventuellement trouver ou acheter d’elle- mais ces spécialistes qui semblaient retenir leur envie derrière leurs propos qui se voulaient domestiqués. Comme si parler de X en face d’une ancienne vedette du porno pouvait se faire comme on peut discuter du solfège dans un conservatoire. Mais je dois le reconnaître :

Je n’aimerais pas avoir à me confesser devant une ancienne professionnelle du porno cousine de Brigitte de Lahaie. Une telle personne sait mieux que quiconque saisir l’octave du désir qui nous attire comme de celui que l’on enclave.

 

 

 

Chez moi, depuis des années, j’ai le film La Nuit des Traquées de Jean Rollin. Un film que j’ai déjà regardé un peu. Ou entièrement. J’ai oublié. Mais dont j’ai un bon souvenir esthétique. Et qui fait partie des films que Lahaie continue de préférer.

 

 

Ce podcast m’a mis de bonne humeur.

 

 

Franck Unimon, ce vendredi 30 avril 2021. 

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Barnay-Bambuck, athlètes engagés-un documentaire d’Aurélie Bambuck

»Posted by on Mar 28, 2021 in Cinéma | 3 comments

Barnay-Bambuck, athlètes engagés-un documentaire d’Aurélie Bambuck

Ghislaine Barnay.

         Barnay-Bambuck, athlètes engagés / un documentaire d’Aurélie Bambuck

 

 

C’était il y a un demi-siècle. Mais cela aurait pu être une demi-seconde.

 

Quand il s’agit de jeter nos forces dans une action, une demi seconde, en trop ou en moins, ça peut être pareil qu’un demi siècle.  

 

Le temps, la pesanteur, que l’on soit danseur ou d’ailleurs, nous leur devons toujours des comptes.

 

La France, ex grande puissance coloniale, ne compte plus les victoires et les chronos qu’elle doit sur une piste d’athlétisme aux descendants de ses esclaves et de ses indigènes. Ghislaine Barnay et Roger Bambuck ont fait partie de ceux-là en saut en hauteur et en sprint.

 

 

 

Bambuck participait aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964 et à ceux de Mexico en 1968. Barnay, à ceux de Mexico et de Munich en 1972. On ne parle pas d’Usain Bolt, là. Pas même de Carl Lewis pour celles et ceux qui s’en rappellent. Mais gagner des championnats de France et d’Europe, sauter jusqu’à 1m80 en ventral, courir le 100 mètres en 10 secondes 11 ne se fait pas en  vapotant. Pour cela, il faut détaler. Pousser. Ouvrir en grand les fenêtres de son souffle.

 

Pour cela, il a aussi fallu quitter sa Martinique et sa Guadeloupe natale.

 

 

 

Des jeux de Tokyo, de Mexico et de Munich, j’ai le souvenir de l’Américain Bob Hayes sur 100 mètres. De Bambuck qui finit cinquième sur 100 mètres derrière Jim Hines, le vainqueur. Du poing noir ganté et levé de Tommie Smith, de Lee Evans et John Carlos. Des terroristes palestiniens.

 

Parce-que j’ai lu. Barnay et Bambuck l’ont vécu.

 

Je ne connaissais pas Ghislaine Barnay.

 

Elle et Bambuck, d’abord athlètes individuels, puis couple,  ont concouru sur les pistes dans un monde en pleine décolonisation mais aussi en pleine mutation civique et politique.

 

Il y a l’engagement médiatique façon « poing levé » ou arme à la main. Et l’autre, qui consiste à rester présent là où l’on ne nous attend pas. C’est cet engagement-là, le second, que choisira le couple Barnay-Bambuck et que raconte leur fille, Aurélie, réalisatrice du documentaire.

 

Pour Barnay, ce sera, après sa retraite sportive, son travail d’éducatrice sportive. Pour Bambuck, après plusieurs tâtonnements, cela passera par un engagement en politique dans les années 80.

 

D’après le portrait qui est fait du couple, l’opportunisme ne fait pas partie de sa culture. Ni l’adoration du prestige passé.

 

Cela fait drôle de voir la famille Bambuck assister à la finale du cent mètres masculin aux jeux de Séoul en 1988. Lorsque Ben Johnson, l’astéroïde propulsé sous stéroïdes, sort d’abord le majestueux Carl Lewis de l’écrin de la première place. Je me rappelle de cette finale pour l’avoir regardée à la télé. C’était aussi l’année de « Flo-Jo Griffith », toujours détentrice du record du monde féminin sur 100 mètres, décédée avant que n’ait pu être prouvé son plus que probable dopage. 

 

Le dopage ne se trouve pas non plus sur la planète Barnay-Bambuck. Discrétion, conscience morale et professionnelle ressortent comme les pointes- homologuées- avec lesquelles le couple s’est déplacé sur le tartan de la vie. On ne peut pas dire qu’ils aient toujours été suivis.

 

Avec ce documentaire, Aurélie Bambuck effectue un double tour d’histoire : Celui d’une partie de l’histoire de l’athlétisme français. Celui de l’histoire de ses parents. On peut les voir à l’image s’exprimant de nos jours. Ou entendre Laura Flessel, ancienne championne d’escrime mais aussi ancienne Ministre, expliquer que les Barnay-Bambuck ont pu l’inspirer.

 

 

Peu d’athlètes, même champions et recordmen du monde, bénéficieront d’un tel traitement un demi-siècle après la fin de leur carrière sportive.

 

Franck Unimon, ce samedi 27 mars 2021.

 

 

 

 

 

 

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La Nuit Des Rois-un film de Philippe Lacôte

»Posted by on Mar 25, 2021 in Cinéma | 0 comments

La Nuit Des Rois-un film de Philippe Lacôte

“Roman” ( l’acteur Koné Bakary)

 

                                          La Nuit des Rois/ un film de Philippe Lacôte

 

 

Une fois que l’on aura dit – ou cité- que ce film a à voir avec Shakespeare et un pays d’Afrique noire (ici, la Côte d’Ivoire), il faudra pouvoir ensuite accepter, même sans bien les connaître, que la folie serve ici – comme ailleurs- de filtre et d’intermédiaire entre les deux.

 

Au début du film La Nuit des Rois de Philippe Lacôte, on survole d’abord le poumon vert d’une forêt en Afrique. Après un an de pandémie du Covid, et alors que nous sommes en France dans une période de « reconfinement » et d’impossibilité – sauf pour raisons impérieuses-  de voyage à l’étranger, ces images sont d’abord agréables et dépaysent.

 

Sauf que près de cette forêt, se trouve une prison, la MACA d’Abidjan ( Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan). La prison , surpeuplée, du pays.  C’est là que nous « allons ».  

 

Rappelons que malgré sa croissance économique – qui peut faire penser à un « miracle» avec le développement d’une certaine classe moyenne- quarante pour cent de la population de la  Côte d’Ivoire, aujourd’hui, est pauvre.

 

 “Roman” ( l’acteur Koné Bakary) le héros, à peine adulte, est menotté et transbahuté à l’arrière d’un quatre-quatre. Face au garde armé qui le fixe, il est difficile de s’en remettre à l’espoir en cas de tentative de fuite.

 

Si ce jeune homme faisait partie d’un groupe armé ou de résistance bien entraîné, on pourrait s’attendre à ce qu’une attaque surprise change son trajet. Mais à son air apeuré, on comprend qu’il est vraiment seul et désarmé. Et qu’il n’a rien à voir avec les membres de  L’Armée des ombres  de Melville.  Un destin à la Tahar Rahim dans Un Prophète, alors ?

 

Autant demander à un grillon s’il peut terrasser le vent.

 

A la MACA d’Abidjan, il y a d’abord et surtout….  Barbe Noire, l’acteur Steve Tientcheu (Les Misérables, La Mort de Danton, Qu’un sang impur, Qui Vive….).

 

Barbe Noire ( l’acteur Steve Tientcheu)

 

Barbe Noire, incarcéré parmi les autres, est au dessus d’eux. Mais son règne expire. Malgré toute la chlorophylle environnante, il a du mal à respirer et il lui faut une bouteille d’oxygène à proximité en permanence. Son être peut se situer entre le Caïd de Daredevil et des traits de Marlon Brando dans Apocalypse Now. Mais s’il  compose un danger  repérable, ses mots, eux, en effritent le couperet. Car l’acteur Tientcheu a un peu trop la vulnérabilité du Lennie de Steinbeck.  C’est donc dans une adaptation des Souris et des hommes que je crois qu’il pourrait davantage décoller.

 

Cependant, des souris et des hommes, il y en a dans La nuit des rois de Philippe Lacôte.  Ainsi que des corps et des regards menaçants- plutôt hypnotiques- dont il est difficile de s’extraire :

 

« C’est pas en dansant qu’on a atterri ici ! ».

 

Pourtant, Roman est bien sous l’emprise d’une danse collective. Cette danse sourde, qui soude tous les autres, il ne l’a pas apprise. Car c’est celle de sa mort que tous ont décidée dès qu’il a reçu le titre de…Roman. Celui qui, lors d’une nuit de lune rouge, doit leur raconter une histoire et les étreindre avec.

 

Sa seule chance de survie lui est soufflée discrètement par le personnage… de Silence, le seul blanc du film – interprété par l’acteur Denis Lavant– dont on se demande ce qu’il fait, là.

 

Si tout est possible dans cet univers où les règles peuvent s’inverser ( « La seule prison au monde gouvernée par les détenus »), le blanc reste un souvenir colonial. Or, ici, il devient l’équivalent de l’ange gardien. Et son personnage est trop peu développé pour que l’on comprenne pourquoi il reste à part dans cette prison avec son coq ou son poulet sur son épaule où il va et vient tranquillement sans être inquiété. A moins que son personnage ne soit en fait “rêvé” par Roman ou le résultat d’une vision….

 

Il faut du souffle et du courage à Roman pour trouver quoi dire à tous ces hommes plus âpres et plus âgés que lui. Mais il n’a pas l’érudition ou le lyrisme du Ray-Joshua du film Slam de Sam Levin.

 

Si son histoire est la même que tous ses « guetteurs »,  qui connaissent aussi bien que lui le « quartier sans loi »,  il est par contre encore innocent. C’est d’ailleurs aussi pour ça que Barbe Noire, le premier, le condamne dès son arrivée :

 

« On ne change pas les sentiments. C’est ce qu’on ressent qui est réel…même si c’est injuste ».

 

Réplique de la vie politique récente du pays avec l’évocation de l’arrestation de l’ancien Président Laurent Gbagbo, cette Nuit des rois a aussi son cortège de prénoms distributeurs d’indices mais aussi de sortilèges :

 

Nivaquine ( L’acteur Issaka Sawadogo)

 

Nivaquine (l’acteur Issaka Sawadogo) fait penser à la nécessité d’un traitement pour contrer les convulsions d’un pays en perdition. On découvrira que le traitement est limité et sanglant.

 

Demi Fou (l’acteur Digbeu Jean Cyrille) et Lass (Abdoul Karim Konaté) en opposants politiques cherchant à succéder à Barbe Noire font bien penser à des dirigeants politiques qui préfèrent l’usage des forces ( tant mystiques que physiques) à celui de la raison.

 

 

La nuit des Rois de Philippe Lacôte est un monde à suivre et à voir. Il sortira au cinéma dès que ce sera possible au printemps ou en été 2021.

 

Franck Unimon, ce jeudi 25 mars 2021.

 

 

 

 

 

 

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Maudit !- un film d’Emmanuel Parraud

»Posted by on Fév 19, 2021 in Cinéma | 0 comments

Maudit !- un film d’Emmanuel Parraud

 

 

L’île de La Réunion est aussi le pays où se déroule une course de trail très dure mais aussi mondialement connue:

La diagonale des fous- ou le Grand Raid- qui perce l’île sur une distance de 164 kilomètres.

 

A première vue, Alix (Farouk Saïdi) et Marcellin (Aldo Dolphin) sont deux sportifs du coin qui reviennent d’un entraînement de trail. Ils ont la trentaine, ont un travail, se débrouillent et ont l’air plutôt cool. Nous sommes en 2020 ou en 2021. C’est aujourd’hui. 

 

Le sport, dont la course à pied, fait partie des valeurs culturelles fortes et des attraits de l’île. La Réunion, c’est joli, avec ses paysages  admirables. Les fées y ont les pieds dans l’eau. Maudit débute d’ailleurs avec la prestation de la belle et blonde Dorothée (Marie Lanfroy, membre et chanteuse dans la vie du groupe réunionnais Saodaj’) alors qu’elle est sur scène. La chanteuse aborde la transe lors d’un concert sans doute au moins de Maloya.

 

Une idylle s’ensuit entre l’artiste Dorothée et Marcellin, le tombeur, vainqueur de plusieurs courses. Tout cela se passe devant Alix qui assiste à ce nouveau succès de son meilleur ami. 

Marcellin est le plus clair des deux hommes. Celui qui semble aussi être le mieux dans cette peau. Cette particularité “pigmentaire” est  sans doute une petite coïncidence.

Ou l’indice d’une certaine forme de paranoïa.

Mais cette distinction pigmentaire est aussi une convention bien assimilée- et pratiquée- lors des critères de séduction et de sélection de son ou de sa partenaire :

Car c’est seulement en me réveillant ce matin, après avoir publié cet article hier ( le 19 février 2021) que je me suis rappelé de ces deux aspects qui différencient les deux amis. 

Nous sommes pourtant sur l’île de la Réunion, une des régions les plus métissées au monde, souvent présentée comme un pays où la tolérance inter-ethnique, multiculturelle et religieuse serait vécue quotidiennement telle une évidence. Avec Maudit ! subtilement, nous faisons une autre expérience de cette “croyance”. Ensuite, nous avons un choix à vivre : 

Préférer à cette “croyance” toutes les beautés étalées et immédiatement accessibles de la Réunion. Ou essayer, aussi, comme le réalisateur, d’entrer dans ce que cette île a de moins supportable.  

 

L’enivrement touche peut-être Emmanuel Parraud, qui, après Sac la Mort (2016), poursuit sa reconnaissance de la Réunion avec un nouveau tandem masculin d’acteurs non professionnels. Le personnage d’Alix lui sert ici d’avatar. Et, vers la fin du film,  on apercevra l’acteur Patrice Planesse, son précédent avatar, un des protagonistes principaux de Sac la Mort.

 

Moins égal que  celui-ci, Maudit !  est aussi plus ambitieux dans son traitement formel pour présenter “l’ire-rationnelle” que contient l’île et qui ne tient pas dans quelques bouteilles en verre. Au même titre que la violence subite qui  part des coulées de terre de cette histoire que nous verse Parraud. Les bouteilles à la mer, si elles existaient du temps de l’esclavage, n’ont servi à rien.    

 

Un film sur la Réunion loin des pistes touristiques,  et, en  Créole, c’est rare au cinéma. Alors, on en profite.

 

Alix et Marcellin ont grandi dans la même famille d’accueil. Orphelins, ils sont devenus inséparables comme les doigts de la main. Cela tient comme ça pendant des années. Puis, arrive la lueur de la femme blanche (Dorothée). On la croit l’éclaireuse magique vers une histoire qu’Alix et Marcellin, malgré leurs kilomètres parcourus en pleine nature, n’ont  pas bouclée. Une histoire où la douleur et la colère, plutôt qu’absentes, s’activent parmi les plantes.  

 

Car lorsque la femme libre- Dorothée- s’évapore, la dépression des deux amis, autrefois relayée, devient une discipline individuelle pour forcenés. Chacun retourne au bercail comme vers les poings… de son cyclone. Et ça cogne fort. Le rhum, sérum ou filtre, est utilisé bien-sûr. Mais c’est un miracle grossier qui, s’il racle et se raccroche à  la gorge, rapproche aussi des traits et de l’acier de la folie.

 

Alix ( l’acteur Farouk Saïdi)

 

Parraud nous parle d’un pays plus mûr pour le fait divers que pour la parole qui libère. Car, selon lui, les beaux paysages, la joie de vivre officielle et les trophées sportifs se lézardent encore devant les fracas du passé.

 

Sortie prévue dans les salles au printemps 2021.

 

Franck Unimon, ce vendredi 19 février 2021.

 

 

 

 

 

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Jacques Bral, l’indépendant

»Posted by on Jan 26, 2021 in Cinéma | 0 comments

Jacques Bral, l’indépendant

 

                                     Jacques Bral, l’indépendant   

 

                            

 

Téléphoner peut avoir des propriétés mortuaires.

 

 

Le réalisateur Jacques Bral allait être incinéré au crématorium du cimetière du Père Lachaise. La cérémonie débutait à 10 heures. Au téléphone, ce matin- ce mardi 26 janvier 2021-, un peu avant 9 heures, Jamila Ouzahir, l’attachée de presse, m’a appris ça. Elle s’apprêtait à s’y rendre.

J’étais dans ma voiture dont je faisais tourner le moteur. Durant la nuit, il avait un peu gelé. Il faisait moins un degré.

 

J’avais appris la mort de Jacques Bral quelques jours plus tôt (le 17 janvier) et j’avais pensé à Jamila. Elle s’était occupée de la sortie du dernier film de Bral, Le Noir (te) vous va si bien en 2012.

 

Je n’aime pas cette vogue qui consiste à régulièrement nous allaiter avec la nouvelle du décès de quelqu’un. Cette montre funéraire semble destinée à régler promptement nos cadences sur cette terre. Comme si, sans elle, nous étions perdus et incapables de nous (é)mouvoir. Comme si nos vies comptaient moins que toutes ces morts.

 

Mais j’aime, dans les enterrements, le fait d’y déceler, même si c’est par des traits fugaces,  une sincérité absente dans certains mariages. Et ce que m’inspirait Jacques Bral m’a donné envie de venir.

 

Pourtant, j’ai du mal à me rappeler si j’avais croisé Jacques Bral lors de la sortie de Le Noir (te) vous va si bien. Je crois que oui. Ce fut court et au moment des projections de presse. Par contre, j’avais écrit sur Le Noir (te) vous va si bien.

 

Un article sur un film ou sur tout autre sujet, ça n’a l’air rien. Ça peut ressembler à une formalité et à un assemblage de banalités. C’est sûrement ça, aussi. Sauf si l’on y a mis de soi.

 

Lorsqu’une défunte ou un défunt n’est plus là pour parler, ses œuvres, et celles et ceux qui restent prennent alors  la parole pour le raconter.

 

Sur la carrière de réalisateur, de monteur, de producteur et de scénariste,  de Jacques Bral, je ne sais rien de plus que ce qui a déjà été écrit ou que l’on trouvera ici ou là. Le peintre et le plasticien Bral, je l’ai aperçu seulement ce matin. Deux ou trois de ses œuvres entouraient sa photo posée sur le cercueil.

 

Par contre, j’étais présent, au crématorium, lorsque trois hommes ont parlé de lui. Un rabbin, un acteur et un monteur. Trois façons différentes de parler de la même personne. Il en existe sûrement tellement d’autres.

 

J’avais oublié que Bral venait d’Iran.

 

Après les propos du Rabbin, l’acteur Jean-François Balmer et le monteur Jean Dubreuil sont venus témoigner, chacun leur tour.

 

Balmer a raconté leur séjour – leur rencontre ?- au festival de cinéma de Mexico. C’était après la sortie de Extérieur, Nuit (1980).  Bral et Balmer n’étaient pas d’accord sur tout. Bral a dit à Balmer :

 

« Tu es complètement con ! Tu ne sais pas lire les scénarii ». Devant nous, ce matin, Balmer a admis qu’il y avait eu une part de vrai dans ces propos.

 

Puis, Balmer nous a dit comment, pratiquement la veille pour le lendemain, Bral l’avait appelé afin qu’il prenne le rôle d’Eugène Tarpon dans son film Polar (1984) d’après l’œuvre Morgue Pleine de Jean-Patrick Manchette. Un film dont Balmer était très content. Film que je n’ai pas encore vu alors que Manchette fait partie des auteurs qui m’ont aidé à une certaine période de ma vie plutôt déprimante.

 

Balmer a aussi évoqué la « finesse et la délicatesse intérieure » de Bral, lesquelles pouvaient être quelques fois « murées et cadenassées ». Puis son rire, qui, lorsqu’il apparaissait, était une « récompense », emportant tout sur son passage et comme venant «  du fond des âges ».

 

 

Jean Dubreuil, monteur des films de Bral pendant trois décennies, a appris avec lui « à ne jamais renoncer ». « Promets-moi de ne jamais oublier la petite montagne que nous avons soulevée » lui a demandé Bral.

 

Dubreuil nous a aussi parlé des visites qu’il rendait à Bral entre deux films. Il nous a décrit un réalisateur «  à l’affût des innovations technologiques » ainsi qu’un homme qui a su garder son indépendance «quel qu’en soit le prix ! ».

 

Ce matin, encore, Bral «  l’indépendant », avait aussi su garder l’affection de bien des personnes.

 

Franck Unimon, ce mardi 26 janvier 2021.

 

 

 

 

 

 

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Roubaix, une lumière/ un film d’Arnaud Desplechin

»Posted by on Jan 20, 2021 in Cinéma | 0 comments

Roubaix, une lumière/ un film d’Arnaud Desplechin

Daoud ( l’acteur Roschdy Zem).

                                            

 

                                  Roubaix, une lumière un film d’Arnaud Desplechin

 

 

 

Reflets satellites d’une ville en faillite, ils ont l’énergie de centrifugeuses qui répètent les crimes et les délits. Car il vaut mieux ça que de se laisser débiter par l’ombre et l’immobilité.

 

On vit mal à Roubaix, «  ville industrielle prospère il y a mille ans » qui a encore «  le souvenir d’avoir compté ». Mais on peut s’y établir quand on a presque rien. 

 

Dans cet ilot sans boulot où les billets ont été remplacés par le billot, l’acteur Roschdy Zem incarne un commissaire (Daoud) qui connaît bien les lieux pour y avoir grandi. C’est un petit pas vers Dieu : un prêtre qui se faufile entre les uns et les autres, flics ou misérables, qui, eux, sont poussifs ou récessifs.

 

« Trouve-toi une fille. Sans fille tu tiendras pas » disent ses collègues à Louis (l’acteur Antoine Reinartz) qui vient d’arriver dans la région. Mais ces collègues oublient ou ont oublié que la profession policière est très touchée par les séparations et les divorces. Et puis, le « patron », Daoud, lui, vit seul avec ses chats. Et dort peu sans que cela lui pèse.  Louis semble léviter entre Daoud et les autres flics. Quelques fois, il prie et écrit à ses parents.

 

Desplechin s’est inspiré du documentaire Roubaix, commissariat central, affaires courantes (2008) du réalisateur Mosco Boucault pour ce nouveau film réalisé en 2019.  Dans son documentaire porté par des témoignages face caméra, Boucault parlait d’un fait divers où une vieille dame avait été tuée. Je n’ai pas encore vu ce documentaire mais j’ai vu le film de Desplechin- dont j’aime généralement les films- ainsi que son interview d’une heure dans le bonus du dvd.

On y apprend que Desplechin a grandi à Roubaix en étant fermé à sa vie extérieure et qu’il le regrette : il était occupé à lire ou à partir  patrouiller en cinéphile dans la ville de Lille puis dans celle de Paris. Soit une certaine façon de prier et de se recueillir. Desplechin se sent plus proche du personnage de Louis (l’acteur Antoine Reinartz), idéaliste mais aussi aveugle que pataud, que de Daoud qui a frayé corporellement avec la brique de Roubaix.

Louis ( l’acteur Antoine Reinartz) et Daoud ( Roschdy Zem).

 

Je suis passé à Roubaix il y a deux ou trois ans, en allant à Lille, mais aussi au musée de  la piscine de Roubaix. En sortant du métro, j’avais été marqué par son atmosphère désolée. Ça m’avait fait penser au peu que j’ai lu de la ville de Detroit dans certaines proportions. Car il y aurait des coins privilégiés dans Roubaix. 

 

Roubaix, une lumière a pu être présenté comme un polar. Mais il ne faut s’attendre ni à des courses-poursuites avec gyrophare et ni à des cascades. Par délicatesse sans doute, l’interviewer a évité de parler à Desplechin du film L’Humanité ( 1999) de Bruno Dumont comme du film Elle est des nôtres de Siegrid Alnoy ( 2003).  Mais je suis un bourrin prétentieux.

Même si Desplechin et Roschdy Zem ont suffisamment de bagage pour créer par eux-mêmes, on pourra facilement trouver des sensibilités proches avec ces deux films dans Roubaix, une lumière.

Dans chacun de ces deux films cités, les inspecteurs de police (joués par Emmanuel Schotté et Carlo Brandt) lisent les êtres, ne les jugent pas et les accouchent patiemment d’eux-mêmes.

 

Cela fait des années que j’aime le jeu de l’acteur Roschdy Zem. Depuis la première fois que je l’avais vu dans N’oublie pas que tu vas mourir de Xavier Beauvois, réalisé en 1995. Dans Roubaix, une lumière, je constate que lentement mais sûrement, Zem a fini par accéder au statut d’acteur principal d’un film. Et ce film de Desplechin stipule cette évolution avec, d’une part, son rôle de commissaire. Et, d’autre part, dans le film, l’oncle d’une jeune fugueuse en colère contre ses parents mais aussi en quête identitaire. Car l’oncle de cette jeune fugueuse ressemble à tous ces « chibanis » qui ont plus croisé le mépris que la reconnaissance lors de leur vie en France. Et qui ont tout fait pour se faire  oublier au contraire d’une partie de leur descendance plus vindicative,  acculée et également accusée.

 

Daoud-Zem, lui, a réussi et n’est ni vindicatif, ni acculé. Sauf  que cette promotion sociale a un coût : son isolement affectif et social. Sauf au cours de son travail.

 

Du côté des autres vedettes du film, je continue d’avoir du mal avec l’image de Léa Seydoux. Je suis incapable de savoir si cela a quelque chose à voir avec son nom, son statut social d’origine de jeune privilégiée  (même si je sais que cela n’est pas passible de la loi). Ou avec des propos qui lui avaient été attribués lors de la polémique avec le réalisateur Abdelatif Kechiche suite au tournage de La Vie d’Adèle (2013).

Le jeu de Léa Seydoux comme la lumière qu’elle dégagerait étourdirait bien des réalisateurs tels Yorgos Lanthimos pour le film Lobster dans lequel elle a joué ( 2015) et que j’avais bien aimé.  J’ai néanmoins encore un peu de mal à la voir en fille paumée comme lorsque je la vois au début dans Roubaix, une lumière. Elle a un peu l’air de s’ennuyer ou c’est peut-être moi qui la trouve toc au début. J’ai par moments plus l’impression qu’elle « fait l’actrice » qu’elle ne l’est. Je la trouve aussi toujours aussi froide ou, d’une certaine façon, un peu trop cérébrale comme actrice.

 

A gauche, l’actrice Léa Seydoux, ici, plus à son avantage, que l’actrice Sara Forestier, à droite.

 

Tandis que l’actrice Sara Forestier, découverte par son rôle dans L’Esquive (2003) de Kechiche -et que j’ai revue ensuite dans plusieurs films- réussit à disparaître dans son rôle. Il y a bien-sûr le maquillage et le « travail » sur ses dents. Mais il y a aussi à mon avis une composition plus dense que du côté de Seydoux. J’aurais peut-être été plus conquis par Seydoux si elle avait eu le rôle de la dominée dans le tandem qu’elle forme avec Forestier dans Roubaix, une lumière. Evidemment, on m’expliquera que ce n’est pas elle qui a décidé toute seule de cette répartition des rôles.

 

 

Cependant, en voyant ce film, que j’ai aimé voir, j’ai à nouveau pensé à celles et ceux qui décident d’être flics aujourd’hui.  Métier qui consiste à rester à la lisière d’une misère et d’une violence continues comme de les laisser se répercuter tels des marteaux sur la tôle. Daoud-Zem (Daoud comme le journaliste et écrivain Kamel Daoud ?), tout cela le frôle comme s’il s’agissait pour lui de simples jeux de rôles.

 

Mais dans la vraie vie…..

 

Franck Unimon, ce mercredi 20 janvier 2021.

 

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