Cinéma

Des articles sur des films vus en projection de presse, au cinéma ou en dvd. Les interviews de réalisateurs et d’acteurs se trouveront dans la rubrique ” Croisements/ interviews”.

La nuit du 12, un film de Dominik Moll, inspiré du livre 18.3 Une année à la PJ de Pauline Guéna

»Posted by on Août 25, 2022 in Cinéma | 2 comments

La nuit du 12, un film de Dominik Moll, inspiré du livre 18.3 Une année à la PJ de Pauline Guéna

La Nuit du 12, un film de Dominik Moll inspiré du livre 18.3 Une année à la PJ de Pauline Guena.

 

 

Les rencontres peuvent transformer une vie. Elles peuvent tuer, aussi.

 

L’héroïne de La Nuit du 12 est une victime. Elle meurt d’asphyxie, enfermée dans les gaz relâchés par ces flammes qui l’ont brûlée vive. Telles beaucoup de victimes, elle a la surprise de recevoir sa mort dans un endroit familier. A un moment où cette idée est pour elle complètement incongrue. Elle revient d’une fête. Elle est heureuse, seule, se sent libre, légère et en sécurité. Comme d’autres femmes avant et après elles et tant d’autres victimes (enfants, personnes vulnérables ou en état de vulnérabilité).

 

Entretemps, son meurtrier a pu l’attendre et su s’approcher d’elle avec d’autres projets.

 

La Nuit du 12 aurait pu s’appeler La Femme du 12 ou L’innocence du 12.

 

L’innocence, l’insouciance, la féminité, la joie et l’optimisme, même lorsqu’ils relèvent de l’évidence pour celle ou celui qui les incarnent, restent inflammables. Ils ne sont jamais définitivement acquis. Il faut apprendre à les protéger. Ce n’est pas donné à tout le monde de le savoir. La Nuit du 12 apporte une nouvelle fois la preuve que celles et ceux qui l’ignorent peuvent les perdre et en mourir.   

 

 

 

Pour enquêter sur le meurtre de Clara (interprétée par Lula Cotton-Frapier), la police judiciaire, plutôt que la gendarmerie, est désignée. Elle est faite de professionnels. Le terme « professionnels » se conclut par « elles » mais ce sont tous des hommes. Blancs. L’enquête se féminisera et se métissera un peu vers les trois quarts du film avec l’ajout/l’atout d’une juge d’instruction (l’actrice Anouk Grinberg) et d’une jeune flic, Nadia (l’actrice Mouna Soualem).

 

 

A droite, Nadia ( l’actrice Mouna Soualem).

 

 

Mais au départ, l’enquête policière est exclusivement et activement masculine. Les femmes seront soit victimes, soit proches de la victime (la meilleure amie, la mère) soit éventuellement complices d’un des suspects.

 

Yohan ( l’acteur Bastien Bouillon) et Marceau ( l’acteur Bouli Lanners)

 

Si les femmes servent souvent de sacrifice permettant aux hommes de s’élever, il y a toutefois des bonshommes dans La Nuit du 12 :

 

Les flics du départ du film comme du départ d’un feu.

 

Ces hommes sont des êtres étranges. La plupart de leurs rencontres et de leurs actions sont d’abord vouées au désastre. Il leur faudra pourtant les  répéter des milliers de fois durant des années afin d’obtenir des résultats. Un crime, un délit, équivaut pour eux, non à la multiplication des pains mais à la multiplication de ces rencontres et de ces actions qu’ils vont devoir répéter. En renouvelant l’expérience du pire de l’humanité qui se révèle devant eux souvent avec désinvolture. Leur profession ressemble à une crucifixion avancée.

 

A un moment donné, ils ont appris leur leçon et le savent. Et deviennent presque aussi inquiétants et froids que les faits sur lesquels ils enquêtent et qu’ils annoncent aux proches des victimes.

 

Yohan ( l’acteur Bastien Bouillon)

 

Il y a pourtant de la prêtrise dans le personnage de Yohan (l’acteur Bastien Bouillon) le « chef » de la PJ qui a pris la relève du précédent chef parti à la retraite. Car on se demande comment lui et les membres de son équipe peuvent continuer d’ « aimer » ce genre de métier et continuer d’y croire, comme ils le font, avec rigueur et dévouement. Le film dure moins de deux heures. Mais une enquête pareille prend plusieurs années de leurs vies personnelles, lesquelles reçoivent bien des équivoques et des souffrances intimes qu’ils doivent également encaisser en parallèle.

 

Pourtant, ils s’accrochent. Ils continuent de récolter les effets de ces graines qu’ils n’ont ni semées ni demandées. Ils auraient de quoi se sentir persécutés ou damnés. Ils n’en n’ont pas l’air. Alors que le film donne à voir comme ils sont régulièrement  immergés dans une vie fantomatique. Ainsi que dans une solitude froide et mathématique qui est tout ce qu’ils partagent – voire imposent- avec les proches de la victime ou avec leurs proches.

Nanie, ( l’actrice Pauline Serieys) la meilleure amie de la victime, Clara, face au flic de la PJ, Yohan ( l’acteur Bastien Bouillon) On a là un aperçu du très bon travail de photo et de cadrage effectué dans le film afin de restituer toute une ambiance de solitude, de distance entre les êtres, d’impuissance et de profonde souffrance tant de Nanie que de Yohan.

 

 

Tandis que les principaux suspects interrogés pètent le feu devant eux et continuent d’avoir une existence plutôt légère.   

 

A voir le travail réalisé par ces femmes et ces hommes flics, mais aussi cette façon avec laquelle les proches de Clara essaient de continuer de vivre ensuite malgré tout, on se dit que La Nuit du 12 aurait également très bien pu s’appeler Ce qui reste de L’Humanité du 12.

 

La Nuit du 12 m’a au moins fait penser à des films comme :  Elle est des nôtres ( 2002) de Siegrid AlnoyL’Humanité ( 1999 ) de Bruno DumontScènes de crime ( 2000 ) de Frédéric Schoendoerffer; Memories of Murder ( 2004) de Bong Joon HoThe Pledge ( 2001) de Sean Penn ;        L.627 ( 1992) de Bertrand Tavernier

L’un des personnages de La Nuit du 12 , Tourancheau ( joué par l’acteur Nicolas Jouhet), est sans doute un clin d’oeil à Patricia Tourancheau, journaliste et écrivaine spécialiste des affaires criminelles. 

Cet article est un clin d’œil à Chamallow et à Raguse, lesquels ne sont pas spécialistes des affaires criminelles, si ce n’est qu’ils m’ont l’un et l’autre en quelque sorte rappelé d’aller voir ce film sorti ce 13 juillet 2022. Ils sauront se reconnaître sans qu’une enquête très poussée ne soit nécessaire s’ils lisent cet article. 

 

Franck Unimon, ce jeudi 25 aout 2022.

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As Bestas, un film de Rodrigo Sorogoyen

»Posted by on Juil 25, 2022 in Cinéma | 0 comments

As Bestas, un film de Rodrigo Sorogoyen

As Bestas un film de Rodrigo Sorogoyen sorti en salles ce 20 juillet 2022.

 

 

Cet été, je ne partirai pas en vacances.

 

Notre vie est plus importante que les films que l’on voit. Mais il est plus facile de parler d’un film. Car il est plus facile d’intéresser quelqu’un avec un film s’il l’a vu ou compte aller le  voir. Pourtant, notre vie autour du film compte. Un énième soupçon de dopage dans le dernier tour de France cycliste après la victoire du Danois Jonas Vingegaard devant le Slovène Tadej Pogacar (vainqueur des deux Tours précédents). On parle un peu moins de la guerre en Ukraine. Comme de l’augmentation du prix de l’essence (1,84 euro le litre tout à l’heure dans une station essence affichant des « prix bas »). On s’éloigne aussi de cette supercherie qui a consisté à vouloir nous faire croire que les soignants non vaccinés contre le Covid pourraient être réintégrés dans les effectifs pour essayer d’atténuer la pénurie de personnel soignant encore plus critique que d’habitude cet été. Alors que l’obligation d’une quatrième dose de vaccin contre le Covid se profile sûrement pour la rentrée ou la fin de cette année.

 

Tout cela et d’autres nouvelles donnent envie de partir en vacances. De penser à d’autres univers. Mais, comme beaucoup d’autres, je ne le pourrai pas cette fois-ci.

 

Je ne me plains pas :

 

J’ai aperçu tout à l’heure des personnes ( sûrement étrangères) faisant la queue, sans se décourager, en plein soleil, devant la sous-préfecture de ma ville, sans doute pour régulariser leur situation administrative. Et je ne les envie pas.

J’ai aperçu, en revenant de Paris par le train, deux vendeurs de cigarettes à sauvette interpellés par la police à la gare d’Argenteuil. Même si l’un des deux vendeurs exhibait un sourire assez moqueur, je ne les envie pas. Cela fait plusieurs mois, maintenant, que ces vendeurs de cigarettes à la sauvette sont apparus devant la gare d’Argenteuil. Et que, régulièrement, s’engagent des courses-poursuites afin d’en attraper un ou deux. Quand ce ne sont pas des rondes policières pédestres qui sont organisées pour les chasser ou pour débusquer leur éventuel butin.

Par moments, et c’est un peu le cas ces derniers jours, la ville où j’habite me sort par les yeux.

 

Beaucoup de personnes ressentent ça un jour.

L’acteur Denis Ménochet ( Antoine) et l’actrice Marina Foïs ( Olga).

Olga et Antoine (l’actrice Marina Foïs et l’acteur Denis Ménochet) du film As Bestas font partie de ces personnes qui, un jour, sûrement, en ont eu assez de l’endroit où ils vivaient. Mais aussi de la vie qui… les menait. Et, ils ont décidé de s’en aller vraiment. De quitter la France pour partir vivre quelque part en Espagne. En Galicie. Dans une région dont ils parlaient plutôt mal la langue au départ.

Pour faire la vie telle qu’elle leur convient. Au lieu de se plaindre ou de refaire le monde avec des paroles et des hypothèses.

 

Pourquoi, mercredi dernier, suis-je allé voir, à sa sortie, à la première séance,  As Bestas ?

 

Au lieu du dernier film Marvel Thor : Love and Thunder  de Taika Watiti dont le Thor : Ragnarok ( 2017) m’avait particulièrement plu ?

 

Pourquoi ne suis-je pas allé voir Incroyable mais vrai de Quentin Dupieux sorti déjà depuis le 15 juin de cette année ? Quentin Dupieux dont j’ai vu un certain nombre de films.

 

Ou La nuit du 12 de Dominik Moll sorti le 13 juillet ? Alors que le sujet me « plait ». J’avais beaucoup aimé le précédent film ( Seules les bêtes ) de Dominik Moll.

 

Sur l’affiche de As Bestas, on parle d’un « thriller ». Mais ce n’est pas ça qui me l’a fait choisir. D’abord, il y a Denis Ménochet qui m’avait marqué en particulier dans les films Jusqu’à la garde (2017) (mon article Jusqu’à la garde )de Xavier Legrand (développement de son court métrage Avant que de tout perdre – 2013- que j’avais aussi vu) et…. Seules les bêtes  (2019) de Dominik Moll.

 

La langue espagnole. L’ambiance du film dans l’extrait que j’en avais vu.  Marina Foïs. Et l’horaire de la séance. C’est ce qui m’a poussé à aller voir As Bestas. J’avais oublié que j’avais déja vu un film réalisé par Rodrigo Sorogoyen qui m’avait plutôt plu : El Reino ( 2019).

 

Ce mercredi 20 juillet, la séance de As Bestas était à 9h ou 9h10 et, réveillé depuis 4 heures du matin afin d’accompagner ma fille, ma sœur, son compagnon et leurs enfants à l’aéroport pour qu’ils y prennent leur avion pour la Guadeloupe, je n’avais pas envie d’attendre la séance de 9h30.

 

Comme souvent lorsque je vais voir un film au cinéma, je ne connaissais pratiquement rien de l’histoire.

Xan et Antoine. De dos, à droite, Lorenzo.

Très vite, pour moi, le sujet du film est le harcèlement. Lorsque l’on nous parle de harcèlement, c’est souvent pour aborder celui des jeunes ou des réseaux sociaux. Ou, un peu, au travail. Dans As Bestas, le harcèlement est le fait des voisins d’Olga et Antoine.

 

Marina Foïs et Denis Ménochet jouent très bien et cela a déjà été mentionné. Mais il faut aussi souligner qu’en face, Xan (l’acteur Luis Zahera) et son frère Lorenzo (l’acteur Diego Anido) ainsi que, dans une moindre mesure, l’actrice Marie Colomb qui joue le rôle de la fille d’Olga et Antoine, jouent particulièrement bien.

 

Que jouent Xan (l’acteur Luis Zahera) et son frère Lorenzo (l’acteur Diego Anido) ?

Xan et Lorenzo.

Ils jouent des hommes d’âge mur, qui ont toujours vécu dans cette région montagnarde isolée, qui ne peuvent plus la voir en peinture, qui n’ont jamais pu la quitter et qui croient que leur salut peut venir des éoliennes. En vendant leurs terres pour permettre leur installation. Or, Olga et Antoine, eux, sont contre ainsi que quelques voisins minoritaires. Puisqu’ils préfèrent continuer à vivre là.

 

 

 

As Bestas peut se traduire par « Comme des bêtes » mais une amie d’origine portugaise m’a appris que cela pouvait aussi signifier «  Les pestes ».

 

Plus que du thriller, je trouve qu’il y a du tragique dans As Bestas. Car le mot « thriller » se rapproche trop du spectaculaire.

Lorenzo, Xan et leur mère.

 

Dans As Bestas, deux forces vives s’opposent. Celles incarnées par Xan et son frère Lorenzo qui tournent en rond dans ce pays tout en y faisant la pluie et le beau temps (on le voit bien dans le bar du village où ce sont eux qui font la loi). Et celles apportées par Olga et Antoine qui, non seulement, développent un commerce bio moralement vertueux couronné par un succès économique, et qui, en plus, donnent l’image d’un couple heureux. Un peu comme si des figures (Xan, Lorenzo mais aussi leur mère de 73 ans) que le désamour laboure se trouvaient un beau jour de manière répétée face  à des tourtereaux du bonheur ( Olga et Antoine) arrivés d’on ne sait où ( Ah, oui, de la France !).

Ces tourtereaux que sont Olga et Antoine sont pour Xan et Lorenzo les miroirs de leurs barreaux.

Xan.

 

Si, moralement, devant les agressions répétées de Xan et de Lorenzo, on est plus tenté de prendre la défense d’Olga et d’Antoine, As Bestas nous demande aussi quelle est notre légitimité à aller imposer à d’autres notre « réussite » et notre idéal lorsque l’on décide d’aller s’établir près de chez eux.

Olga ( l’actrice Marina Foïs).

 

 

Tout bonheur nécessite un grand sacrifice semble nous dire le réalisateur. Et le sourire d’Olga à la fin du film est sans doute le fruit de ce sacrifice. Mais pour qu’il y ait bonheur, après un sacrifice, il faut qu’il y ait eu beaucoup d’Amour vécu auparavant semble aussi nous dire le réalisateur Rodrigo Sorogoyen.

 

Franck Unimon, ce lundi 25 juillet 2022.

 

 

 

 

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La vie de ma mère-un film de Maïram Guissé

»Posted by on Juil 17, 2022 in Cinéma | 0 comments

La vie de ma mère-un film de Maïram Guissé

La vie de ma mère, un film de Maïram Guissé.

 

La vie existe ailleurs que sur notre planète Terre. Quelle que soit sa forme, sa force, sa finalité, sa mémoire ou sa présentation.

 

Il y a quelques jours, grâce au télescope James Webb envoyé depuis Kourou, en Guyane, à plus de un million de kilomètres de la Terre, nous avons pu regarder des photos inédites de galaxies datant de 13 milliards d’années. Des scientifiques et des journalistes nous ont expliqué à quel point cette prouesse technologique, résultat d’une coopération internationale, était exceptionnelle. Et ce qu’elle va ou pourrait nous apprendre concernant la création de notre univers, où se trouve la Terre, mais aussi concernant notre propre existence.

 

Alors que notre planète se réchauffe, car nous continuons de la détruire dans ses différentes matières, et que nous semblons bander toutes nos forces afin de mieux attirer notre propre déclin, il semblerait que nous n’ayons peut-être jamais été aussi proches de connaître l’origine du tout premier souffle qui nous a fait advenir sur Terre. Mais il nous faudra attendre avant d’éprouver cette confirmation scientifique. Car il est prévu que durant vingt ans le télescope James Webb prenne cinq photos par jour.

Nous serons peut-être tous morts ou au bord de l’extinction lorsque James Webb nous fera parvenir les photos résolvant l’énigme de la Création. Des photos que pourront observer avec étonnement ou indifférence les milliards de mythologies de vers auxquels nos cadavres auront donné naissance ainsi que les diverses espèces végétales, animales ou minérales- et toutes les autres- qui nous auront survécu et qui se passeront très bien de nous.  

 

Pourtant, avant que ne nous parviennent ces clichés, j’affirme déjà que la vie existe ailleurs que sur notre planète Terre. Car il faut faire partie de l’espèce humaine pour être incapable de voir certaines évidences : Pour croire ou imaginer que nous serions les seuls  à « exister ».

Si, aujourd’hui, la vie ailleurs que sur Terre, n’a pas encore été démontrée, c’est tout simplement parce-que nous ne savons pas regarder où nous ne savons pas où et comment regarder. Comme depuis toujours. Le peu que nous savons de l’histoire de l’Humanité sur Terre me pousse à de telles certitudes :

 

L’histoire de l’Humanité est faite de plus de massacres, de génocides, de pillages, de carnages, de viols et de destructions que notre mémoire ne peut en rassembler. Souvent parce-que des êtres humains ont estimé ou estiment que d’autres existences, humaines ou autres, devaient leur céder toute la place.

 

Il n’y a pas un jour où un être humain, soit par négligence ou par souhait, n’en pousse un autre vers son dernier souffle.

L’expression «  L’homme est un loup pour l’homme » m’apparaît finalement beaucoup trop indulgente pour définir certaines des caractéristiques de notre espèce.

 

On croit que je digresse ? Que cette longue introduction n’a rien à voir avec le film La vie de ma mère de Maïram Guissé consacré au portrait de sa mère ?!

La mère de la réalisatrice Maïram Guissé avec celle-ci et une partie de son équipe technique, lors du tournage au Sénégal.

 

Combien de fois, déjà, avons-nous pu lire ou entendre, à propos de certaines vedettes de cinéma, des expressions telles que :

 

« Le cinéma vous aime » ; « La caméra l’aime » ; « Il ( ou elle) a une très belle cinégénie » ; « Elle (ou) il éclaire toute la ville » ?!

 

Depuis des années, je suis un cinéphile parmi des millions en France, pays où je suis né et ai toujours vécu à ce jour. La France est un pays plutôt bien doté dans le monde en salles de cinéma mais aussi en variété de films :

 

Il est beaucoup de films que l’on peut encore aller voir, plutôt facilement, dans certaines salles de cinéma françaises alors que ces mêmes films sont invisibles ou inaccessibles ailleurs. Et, comme beaucoup de cinéphiles, je me laisse faire ou prendre par un certain nombre de productions dans lesquelles se trouvent des « vedettes » ou des « futures étoiles montantes » que le cinéma « aime » ; que la caméra « aime » et qui, bientôt, ou pendant des années, capteront beaucoup d’attention tandis qu’en dehors de leur cercle et de leurs regards, l’amnésie, l’ignorance et l’anonymat continueront de conditionner la charpente des cercueils dans lesquels des quantités astronomiques de gens partiront se faire « aimer ».

 

Photo prise dans le métro parisien quelques jours avant la sortie du “nouveau” film de super-héros que j’irai sans doute voir comme d’autres films avant lui. Un film que je n’aurai aucune difficulté à trouver dans une salle de cinéma : Ce mercredi 20 juillet 2022, lorsque je suis allé voir à Paris, à l’UGC les Halles, le film ” As Bestas” réalisé par l’Espagnol Rodrigo Sorogoyen, le film ” Thor Love and Thunder” y était projeté dans deux salles une semaine après sa sortie. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Si l’on s’en tient à certains critères du cinéma que nous connaissons et que l’on voit le plus,  je pense au cinéma qui est le plus souvent et le plus facilement montré et distribué, un film comme La vie de ma mère de Maïram Guissé n’a aucune raison ou pratiquement aucune chance de se trouver devant nous, un jour.

 

Lors du tournage de ” La vie de ma mère” de Maïram Guissé, au Sénégal.

 

 

Je dois à un mail envoyé par la société de distribution SUDU Connexion le fait d’avoir entendu parler de La Vie de ma mère il y a deux ou trois jours. 

Pendant un an, j’ai été abonné au Média panafricain bilingue Français/Anglais  Awotele qui parle de ce cinéma que l’on voit “moins” :

Celui d’Afrique et de la Caraïbe et des Outremers. 

Awotele, édité par Sudu Connexion, parait trois fois par an. Après avoir couvert les journées cinématographiques de Carthage ( en Tunisie); le Fespaco ( au Burkina Faso) et le Durban International Film Festival ( en Afrique du Sud).Trois festivals de cinéma qui se déroulent en Afrique. Les films qui y passent sont ensuite distribués au compte gouttes en occident.

Awotele nous donne et nous montre donc des nouvelles d’un monde estimé comme peu “cinégénique” par les grands distributeurs qui nous approvisionnent régulièrement en oeuvres cinématographiques comme certaines régions du monde, ou du pays, peuvent être approvisionnées en riz, en lait, en méthodes de pensées, en oeuvres humanitaires et sanitaires. Ou en effectifs industriels, militaires ou policiers. 

Mais j’ai négligé et néglige la lecture d’Awotele. Je me comporte vis à vis du Média Awotele comme d’autres lorsqu’ils veulent se mettre au régime, à faire du sport à ou à arrêter de fumer :

Je prends des résolutions que j’ai beaucoup de mal ensuite à transcrire par des actes. Puis, je me sens coupable. Puis, j’oublie que je suis coupable de négligence. Car c’est tellement  facile, aussi, de se laisser guider-et conditionner- par les mêmes regards et éclairages familiers.

 

Maïram Guissé, un jour, s’est faite à peu près la même remarque. Mais en sens inverse. Un jour, nous raconte Maïram Guissé en voix off, dans son La Vie de ma mère, Maïram Guissé a regardé sa mère et s’est alors demandée :

 

Mais, qui est-elle ?

La mère de la réalisatrice Maïram Guissé dans ” La Vie de ma mère”.

 

 

Le réalisateur David Lynch, en partant de cette même question, nous parachuterait dans une autre atmosphère que Maïram Guissé. Parce-que la démarche identitaire est différente. La façon de se répondre est différente.

 

 

Maïram Guissé est une femme, noire, d’origine Sénégalaise, issue d’un milieu social modeste, née en France, et qui a toujours principalement vécu en France. Le Sénégal est une ancienne colonie française. Les réponses dont avait besoin Maïram Guissé en faisant son La Vie de ma mère ne pouvaient être que différentes de celles perçues par un David Lynch qui, en outre, avant de devenir réalisateur, avait un parcours, je crois, dans le milieu artistique. Le cinéma, pour Lynch, était un média ou un moyen d’expression sûrement moins sacralisé, plus abordable, que pour Maïram Guissé au départ :

Lynch s’est sûrement senti plus légitime que Maïram Guissé pour décider un jour de prendre une caméra et pour voir ce que « ça faisait ». Et ce que l’on pouvait raconter avec une caméra. Rien que cette attitude change tout dans la façon que l’on a d’aller vers une caméra comme de s’en servir. On peut soit se sentir libre de faire et de filmer ce que l’on veut avec une caméra ou avoir l’impression de devoir porter le marteau de Thor ainsi que toutes les responsabilités, et uniquement elles, qui vont avec.

Je ne crois pas que David Lynch, ou d’autres réalisateurs reconnus, se sentent tenus par le Devoir lorsqu’ils “font” un film. Alors, qu’à mon avis, il y a une forme de sentiment de Devoir dans ce qui a amené la réalisation de La Vie de ma mère. Même s’il y a pu y avoir, aussi, du plaisir à faire le film ( je persiste à écrire “film” alors que La Vie de ma mère est officiellement présenté comme un documentaire).

 

Qui aurait pu réaliser ce film, assorti de ses réponses, dont Maïram Guissé, et d’autres, avait envie et besoin ?

 

La Nasa ? La Comédie Française ? La banque la Société Générale ? Banque où, pendant vingt ans, la mère de la réalisatrice va aller faire le ménage dans l’une de ses agences, sans être remerciée pour quoi que ce soit lors de son départ à la retraite.

 

Une scène de ” La vie de ma mère” de Maïram Guissé.

 

Le fait d’être noir, « mais » d’origine antillaise, m’a bien sûr aidé à m’identifier rapidement à cette histoire, de sa mère, que nous raconte Maïram Guissé. Mais ce qu’elle raconte dans son La Vie de ma mère se trouve aussi dans des familles chypriotes, portugaises, asiatiques ou tout simplement bretonnes, normandes, alsaciennes, basques ou corses. Comme chez des pratiquants catholiques, juifs, bouddhistes, animistes ou musulmans. Sauf que ces histoires ne figurent pas dans les scripts de la Nasa, de la Comédie Française, des films dont on « parle beaucoup », ou dans les publicités des banques qu’il s’agisse de la Société Générale ou d’autres.

 

 

Qu’est-ce qui rend « ciné-génique » la mère de Maïram Guissé ? Sa seule personnalité ?

 

Il est vrai que la mère de la réalisatrice apparaît être une femme plus que robuste et déterminée. Durant le film, on n’entend pas parler de « burn out », de fatalisme ou de pessimisme, de colère ou de rancune. Malgré six enfants. Malgré des conditions de vie économique plutôt modestes. Malgré le fait d’avoir quitté le soleil natal, près de la mer, la famille mais aussi la musique et une grande maison au Sénégal, soit plutôt une certaine forme de liberté et de légèreté, que l’on a troquée pour un appartement exigu  dans une cité ; dans une région – à Canteleu, en Normandie, du côté de Rouen- et un pays ( la France) où il n’y a que des blancs, une autre musique, une autre religion dominante, d’autres façons de bouger sur la musique mais aussi dans la vie, d’autres façons de regarder les autres, de parler….

Le film ” La vie de ma mère” de Maïram Guissé.

 

Je me suis un petit peu amusé à penser à certaines de ces stars de cinéma, « qui prennent la lumière » et que « le cinéma aime », à la place de la mère de la réalisatrice. Avec un seau et une serpillère à la main. Avec six enfants dans un pays étranger et dans un appartement exigu. Avec un mari, qui, pendant des années, refuse qu’elle trouve un travail car il a peur qu’il la quitte ensuite…..

Scarlett Johansson. Isabelle Huppert. Adèle Exarchopoulos. Juliette Binoche. Vanessa Paradis. Léa Seydoux….

 

Ce que j’écris est bien sûr injuste pour elles ainsi que pour tous/toutes les autres (femmes comme hommes). Ce que j’écris est sans doute aussi très raciste. Mais c’est moins injuste et moins raciste que toutes ces absurdités dont on fait des vérités qui nous sont imposées à coups-répétés- de :

 

 « La caméra l’aime », « il (ou elle) est tellement ciné-génique ». Sans oublier, aussi, et peu importe que l’acteur ou l’actrice soit noir(e) ou arabe, l’insupportable :

 

« C’est l’un des acteurs (ou l’une des actrices) le/la plus doué(e) de sa génération ».

 

Quelle génération ?!

 

Lorsque l’on regarde et admire constamment telle actrice ou tel réalisateur, il en est combien d’autres que l’on empêche d’exister ou que l’on néglige depuis des générations ?!

 

La Vie de ma mère est un film qui parle de beaucoup de personnes, sans doute la majorité d’entre nous, femmes, hommes, quelles que soient nos origines, notre couleur de peau et nos croyances et qu’une minorité de personnes verra.

 

” La vie de ma mère” de Maïram Guissé.

 

Parce-que cette forme de vie-là, on ne sait pas la voir. Où on ne veut pas la voir. On la considère peu glamour. On estime que cette vie-là n’a rien à nous apprendre alors que, souvent, beaucoup ou tout part de ce genre, de ce type de vie-là. Y compris parmi les futures « stars » ou « vedettes » qu’une caméra va tant aimer plus tard alors que, sans doute, parmi leurs propres ascendants et ancêtres, certains ont pu être négligés, déclassés, humiliés, opprimés ou exterminés. Comme tant d’autres. Parmi d’autres.

 

Plus nos moyens technologiques deviennent performants et plus il semble que nous voyions et percevions de moins en moins notre environnement.

 

Mais aussi ce que nous sommes. Au delà de la forme. 

 

Pour une espèce comme la nôtre, émotionnellement, intellectuellement et psychologiquement  myope, presbyte, astigmate ou tout simplement autiste, aveugle – et sourde !-  un film comme La Vie de ma mère fait partie des films-remèdes. Mais il faut des médecins clairvoyants et reconnus pour le prescrire. Un traitement long et répété. Des endroits où délivrer le remède sur une durée longue. Et des malades conscients qu’ils ne vont pas (toujours) bien, qui décident de consulter, et qui, ensuite, vont accepter de prendre et suivre leur traitement- comme l’indique l’ordonnance- dans une salle ou ailleurs.

La réalisatrice Maïram Guissé assise à côté de sa mère, devant la mer au Sénégal dans ” La vie de ma mère”.

 

Pour recevoir son traitement, Le film est disponible du 29 juin jusqu’au 30 septembre 2022 sur France. Tv

 

Franck Unimon, ce dimanche 17 juillet 2022. (amélioré le 20 et le 21 juillet 2022). 

 

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Utama ( la terre oubliée) un film de Alejandro LOAYZA GRISI

»Posted by on Mai 20, 2022 in Cinéma | 0 comments

Utama ( la terre oubliée) un film de Alejandro LOAYZA GRISI

Utama ( La Terre Oubliée ) un film de Alejandro LOAYZA GRISI

 

Sorti en salles ce 11 Mai 2022.

 

Sisa et son mari Virginio, un couple au moins septuagénaire, vivent isolés dans une région assez aride en Bolivie. Leur vie semble ritualisée un peu à l’infini. Elle s’occupe de la terre, des repas et de l’eau. Lui, s’occupe au moins d’emmener paitre son troupeau de lamas à des kilomètres de leur maison. Nous ne sommes pas au Far West avec Clint Eastwood ou avec tel ancien héros de guerre parti se retirer et que quelqu’un, un beau jour, va venir solliciter pour une cause perdue ou en vue d’obtenir un lot de tickets restaurants en édition limitée désignée par feu Virgil Abloh.

 

 

 

Sisa et son mari Virginio ne sont pas des vedettes. Ni des héros. C’est un groupe d’agriculteurs qui a sûrement toujours vécu là et qui a maintenu certains rapports de voisinages avec d’autres personnes clairsemées de leur communauté, et vraisemblablement aussi âgées qu’eux. Il y a même un maire ou un équivalent. Peut-être quelqu’un qui  avait été à l’école primaire avec eux.

 

Un visiteur extérieur, inattendu, plus jeune, la vingtaine, va bien sûr venir transformer un peu la vie réglée de Sisa et Virginio :

C’est leur petit fils Clever, ni meurtrier en cavale, pas même en sevrage de crack et ni vampire. Clever est un petit jeune gentil, propre sur lui, attaché à ses grands parents paternels, et qui parcourt donc des kilomètres (plusieurs centaines, peut-on imaginer) pour venir les voir et leur annoncer une nouvelle. Et non pour venir se suicider à la ferme, dans un coin tranquille.

 

Autant Sisa et Virginio font presque encore partie du monde féodal, autant Clever, lui, est un jeune aussi moderne que n’importe quel jeune étudiant venant d’une « grande » ville. Et, il est là, avec son smartphone et sa connexion internet, son casque audio sur les oreilles et ses bonnes manières à essayer de convaincre le plus que têtu Virginio, le père de son père,  d’aller en ville afin d’aller se faire soigner.

 

 

 

A la fin de Utama lors de la projection de presse, ce 8 avril 2022, un des autres journalistes cinéma présent derrière moi avait dit à sa façon que le film était beau mais que l’histoire….

 

Et, c’est malheureusement ce que j’ai aussi répété à un des attachés de presse lorsque quelques jours plus tard, celui-ci m’avait contacté afin de connaître mon avis sur le film.

Nous avions vu ce film dans le 5ème arrondissement de Paris, entre le quartier St Michel et la faculté de Jussieu, rue des écoles,  pas très loin de Notre Dame. Et, j’ai toujours vécu en ville, près de Paris ou en région parisienne. Mes expériences à la fois d’une vie rurale, et traditionnelle, ont été épisodiques, en Guadeloupe, et plusieurs fois, été synonymes d’ennui et de perte de liberté. Aussi, au même titre que Clever dans Utama aurais-je spontanément tendance à m’inquiéter si mes grands-parents ( ou mes parents) se trouvaient aussi isolés que les siens.

 

 

Il y a donc peu de surprise quant au fait que depuis que Utama est sorti au cinéma, ce 11 Mai, que j’aie préféré écrire d’autres articles avant celui-ci. Pas de vedette à la Benicio Del Toro comme dans le film Sicario. Pas d’action fantastique ou spectaculaire telle que, la nuit, les lamas de Virginio se transforment en beautés féminines qui se livrent des combats d’Arts martiaux- pour les sandales de Virginio- comme dans The Assassindu réalisateur Hsou Hsiao-Hsien. Tandis que Sisa, elle, sitôt Virginio endormi, se rendrait sur Jupiter avec son collier magique en vue d’aller y danser du zouk en cachette avec un de ses multiples amants.

 

Non. C’est juste le monde de la ville du jeune Clever qui vient s’entrechoquer avec celui de ses grands parents, au travers de Virginio, surtout, tandis que Sisa, elle, en bonne figure maternelle apaisante, joue les modératrices entre les deux. Et, tout ça, dans des espaces très bien filmés. Et beaux.

 

Utama peut donc, très vite, être résumé à un film exotique qui permettrait de voyager ou qui pourrait, quelques semaines avant les grandes vacances de l’été, donner envie à des touristes de partir en Bolivie. Utama peut aussi être un film pédagogique- ce qu’il deviendra sûrement- que l’on peut voir avec ses enfants ou avec des ados pour en discuter ensuite. Car il n’existe ni grossièreté ni crudité sexuelle dans le film.

Mais le festival de Cannes a débuté cette semaine et le procès entre l’acteur Johnny Depp et son ancienne femme, Amber Heard, deux vedettes américaines, sont deux événements suffisamment médiatisés pour qu’un long métrage comme Utama passe totalement inaperçu comme d’autres longs métrages qui comportent ses caractéristiques :

 

La simplicité. La discrétion. Des personnes âgées vivant à la campagne. Des lamas. Pas de furie. Pas de stand up. Pas de sang. Pas de sexe. Pas de superpouvoirs. Pas de tube de musique. Un suspense pour la forme. Un film frugal. Presque scolaire. J’ai même eu du mal à retranscrire correctement le nom du réalisateur.

 

 

 

Alors que Utama devrait être regardé. Car l’histoire qu’il raconte est notre histoire ainsi qu’une leçon pour nous qui avons choisi de vivre dans une grande ville ou de rester y vivre. Alors que nous sommes désormais incapables de nous en séparer.

 

Dans Utama, le jeune Clever présente la ville comme l’endroit où toutes les solutions existent et où la médecine présente pourra sauver son grand-père Virginio. Ce que la ville a à offrir ne séduit ni Virginio ni Sisa. Ce couple âgé, que l’on estimera touchant ou peu glamour selon les standards d’Hollywood, ainsi que leurs voisins- d’un âge tout autant avancé- est en fait beaucoup plus libre, et heureux, que quantité d’individus qui sont devenus familiers avec un mode de vie urbain banal :

 

Sisa et Virginio ne comptent pas sur un syndicat, sur un parti politique, sur un horoscope, sur un véhicule, sur des transports en commun, sur une banque, sur une police d’assurance ou sur une réclame publicitaire pour vivre. Ils ne dépendent pas non plus d’un EHPAD comme  ceux décrits dans l’enquête Les Fossoyeurs publiée au début de cette année par le journaliste Victor Castanet.

Ni punks, ni anarchistes, ni révolutionnaires, ni militants, ni intellectuels engagés, Sisa et Virginio vivent à la mesure de leurs forces, de leurs moyens et de leurs mémoires. Ce que l’Etat bolivien, en les négligeant et en les reniant, leur fait payer.

 

Et lorsque Virginio, avec d’autres voisins et Clever, partent ensemble chercher de l’eau -car celle-ci s’est raréfiée- on peut aussi se dire que bien que ce genre de situation reste encore assez abstrait pour la plupart d’entre nous dans des grandes villes, qu’elle est loin de concerner uniquement une région reculée, là-bas, en Bolivie.

 

Si l’on peut, au départ, s’étonner devant l’obstination de Virginio qui s’oppose à son petit-fils Clever, qui, pour son bien, tient à ce qu’il parte en ville se faire soigner, c’est parce-qu’en tant que citadin, on oublie que la ville, en contrepartie de ce qu’elle nous « donne » et nous propose fait de nous, régulièrement, ses détenus et ses prévenus volontaires. Moyennant une partie des territoires de notre mémoire et de notre langue que nous lui concédons.

 

Dans Utama, Clever parle Espagnol, la langue de l’ancien colon, et ne comprend pas lorsque Sisa et Virginio, ses grands parents, s’expriment devant lui en Quechua, l’ancienne langue de l’empire Inca.

Pour moi, le Français pourrait être l’équivalent de l’Espagnol. Et, le Créole, un peu l’équivalent du Quechua pour Clever. A ceci près, que, contrairement à Clever, je comprends mieux le Créole que, lui, le Quechua.

Si le Quechua est la langue du « devant », l’Espagnol est peut-être la langue du «derrière ». Celle de la trahison ou de l’oubli et de la distraction loin ou en dehors de l’histoire des origines. La trahison, l’oubli et la distraction peuvent être des prisons. Des aliénations. Même si ce sont des aliénations faciles d’accès, étourdissantes et très agréables. 

 

Pendant ce temps, pour beaucoup en France, le mot « Quechua » fera d’abord penser à une marque de vêtements de sport de l’enseigne Décathlon….

Aujourd’hui, l’enseigne Décathlon est plus connue que l’empire Inca. Il est également vrai que l’on meurt moins en se rendant à Décathlon qu’en découvrant l’empire Inca.

 

Enfin, le film nous montre un couple uni depuis plusieurs décennies. Soit une prouesse dont nous sommes de plus en plus incapables. Malgré les sites de rencontres, malgré tous nos algorithmes, nos ouvrages de vulgarisation de la psychologie relationnelle et émotionnelle. Malgré tous nos « outils » de communication et de réflexion. Malgré toute notre intelligence y compris féministe ou « émancipée » et certains ouvrages ou podcasts sur le sujet de personnalités telles que Mona Chollet, Victoire Tuaillon, toutes deux au moins autrices de J’ai lu Réinventer l’Amour de Mona Chollet

et de Les Couilles sur la table…..

 

Utama raconte finalement une histoire de l’Humanité qui paraitra très simple voire ringarde à celle ou celui qui se laissera convaincre- et séduire- par son infirmité ou par son immaturité. Et c’est pour cette raison qu’il m’a fallu plus d’un mois pour écrire cet article.

 

Franck Unimon, ce vendredi 20 Mai 2022.

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Argenteuil sur scène avec l’acteur Jean-Claude Dreyfus, ce samedi 7 Mai 2022

»Posted by on Mai 8, 2022 in Argenteuil, Cinéma, Corona Circus | 0 comments

Argenteuil sur scène avec l’acteur Jean-Claude Dreyfus, ce samedi 7 Mai 2022

Photo prise depuis la cour du groupe scolaire Paul Vaillant Couturier à Argenteuil, ce samedi 7 Mai 2022. En attendant devant l’atelier de maquillage des ” Cinglés du cinéma”.

Argenteuil sur scène avec l’acteur Jean-Claude Dreyfus, ce  samedi 7 Mai 2022

 

Cela fait maintenant 15 ans que j’habite à Argenteuil. Et je continue de passer à côté de cette ville. Même si je crois y circuler librement et l’avoir traversée à différents endroits.

 

Argenteuil, une ville stratégique

 

 

Argenteuil, pour moi, c’est une ville très étendue, en béton, de plus de cent mille habitants. Une excroissance de béton, polluée comme toutes les villes bétonnées et très automobiles, plutôt bruyante et sale, qui touche d’autres villes :

 

Bezons et son tramway qui la rapproche maintenant de Nanterre et du quartier de la Défense. Epinay sur Seine , qui dispose aussi de sa ligne de Tramway menant à la fête de l’Humanité, jouxte la ville cossue d’Enghien les Bains, son lac et son casino, et, plus loin, la ville de Saint Denis.

Sannois et sa salle de concerts l’EMB Sannois avant de rejoindre Eaubonne. Sartrouville et un peu plus loin Maisons-Laffite, son château, sa forêt et son champ de courses.

Colombes et Asnières, des villes du département du 92, le département le plus riche de France, qui ont l’avantage sur Nanterre, également ville du 92, de mieux desservir Paris en transports en commun.

 

 

Argenteuil est aussi une ville proche de la Seine. Et la mairie d’Argenteuil, depuis des années, a l’ambition que la ville puisse retrouver ou reconquérir ses berges de seine comme auparavant, au début du vingtième siècle. Avant qu’une voie rapide automobile ne coupe les Argenteuillais de cet accès à la Seine. Un accès à la Seine que l’on peut atteindre et longer jusqu’à au moins Epinay sur Seine voire au delà, en passant sous le viaduc de l’autoroute A15, un viaduc que j’ai malheureusement découvert après la mort de la jeune Alisha Khalid, 14 ans, le 8 mars 2021. ( Marche jusqu’au viaduc ).

Cette photo a été prise en 2021, avant la marche blanche pour Alisha Khalid.

L’endroit en question. Photo prise en 2021.

Devant la gare d’Argenteuil centre ville. Photo prise en 2021.

 

 

Argenteuil, proche de l’autoroute A15, permet donc, en surpassant la Seine, de se diriger à Paris, à Lille, vers la Picardie, la Normandie, la Bretagne et d’autres endroits.

Vue sur Paris et le quartier de la Défense depuis la butte d’Orgemont, à Argenteuil.

 

Argenteuil est donc, géographiquement, une ville très importante d’un point de vue stratégique.  D’autant que par le train direct, elle peut relier la gare de Paris St Lazare en 11 minutes. Et que Paris peut être atteint à  vélo depuis le pont d’Argenteuil en une vingtaine de minutes. Ce que beaucoup de personnes ignorent ou sous-estiment encore car, pour stratégique qu’elle soit, Argenteuil, est une ville paradoxale et hétérogène où il existe, ou fourmille, aussi, bien des frontières géographiques et au moins psychologiques.

 

Argenteuil et ses frontières géographiques et au moins psychologiques

 

 

Argenteuil a longtemps été une ville communiste. Pendant à peu près un demi-siècle. Les mairies communistes au pouvoir, et la manière dont elles ont géré ce pouvoir, ont  eu une incidence sur le développement d’Argenteuil. On retrouve une partie de cet héritage communiste dans le nom des lieux, des rues ( Aragon, Desnos, Gabriel Péri….). Argenteuil est un peu la “photo” ou le souvenir d’un certain communisme encore glorieux de l’époque de Georges Marchais, d’un monde d’il y a trente ou quarante ans. 

 

De ce fait, il n’y a rien d’étonnant à ce que ce soit une ville, où il existe des frontières psychologiques et géographiques particulières et qui lui sont propres. 

 

Je crois avoir passé quelques unes de ces frontières plus d’une fois. Comme on enjambe une voie ferrée ou que l’on sort d’un quartier ou d’un bar sans bien savoir ce qui a pu y arriver. Car  je ne fais pas partie des « historiques » d’Argenteuil. De celles et ceux qui y habitent depuis plusieurs générations ou qui y travaillent, et y militent, depuis des années, au contact de celles et de ceux qui « font » cette ville.

 

Je m’exprime donc d’après mes expériences qui ont également leurs frontières et leurs limites.

 

Ces frontières géographiques et au moins psychologiques d’Argenteuil font que certaines parties de la ville sont probablement peu fréquentées par certains des habitants d’Argenteuil.  En cela, Argenteuil peut faire penser quelques fois à un village ou même à une ville retirée de province, où l’on préfère rester plutôt dans son quartier mais aussi dans un passé assez désuet. Je ne serais pas étonné d’apprendre que certains enfants et habitants d’Argenteuil connaissent assez peu Paris.

Photo prise en 2020 ou en 2021.

 

Mais parallèlement à cela, si j’ai pu croiser, il y a quelques mois, une connaissance qui habite à Neuilly sur Seine sur le parking de la Ferme du Spahi, et venant y faire ses courses, ou apprendre que des personnes venant d’autres villes se rendaient au grand marché d’Argenteuil (le marché situé Boulevard Héloïse), je ne suis pas sûr que les personnes habituées à faire leurs courses sur le marché de la colonie ou sur le marché des Coteaux s’y rendent régulièrement.

 

La « désertion » ou la désaffection de certains lieux culturels, mais aussi de certains événements culturels, que ce soit au cinéma Jean Gabin qui se trouve à côté de la médiathèque Aragon& Elsa Triolet  mais aussi à côté de la mairie d’Argenteuil ou au Figuier blanc, lors de certaines séances de cinéma ou pour toute autre manifestation culturelle, par exemple, m’a déjà interpellé.

 

Ce vendredi 6 Mai, me présentant par hasard à la médiathèque Aragon& Elsa Triolet pour y rendre des documents, je découvrais qu’il se déroulait le soir même au cinéma Jean Gabin, un concert à 20H30 en rapport avec Les Cinglés du cinéma. Il semblait y avoir très peu de public. Et, j’avais déjà, plusieurs années auparavant, bien avant la pandémie du Covid fait cette expérience d’un public très clairsemé lors d’événements culturels, de qualité, proposés par la ville dans la salle de cinéma Jean Gabin. La première fois, le musicologue Guillaume Kosmicki nous avait fait une très bonne conférence sociologique sur la musique techno. La seconde fois, un batteur était venu nous parler de son instrument et nous avait, entre-autres, fait une démonstration de biguine.

 

D’autres décisions, à mon sens municipales, me surprennent très désagréablement : Les vacances de Pâques vont se terminer ce soir. Et, le mercredi de cette semaine, je me suis à nouveau fait confirmer que la médiathèque Aragon & Elsa Triolet n’ouvrait que le mercredi après-midi, durant ces vacances de Pâques,  de 14h à 18h. Le même jour, la médiathèque de Cormeilles en Parisis, une ville à cinq minutes d’Argenteuil par le train, était, elle, ouverte de 10h à 19h !

Certes, pour moi qui n’habite pas à Cormeilles en Parisis, l’inscription à cette médiathèque est chère (50 euros, l’inscription à l’année). Mais, en contrepartie, cette inscription me donne accès aux documents des autres médiathèques du Val de Parisis. Dont fait partie la ville d’Eaubonne, où, depuis peu, la médiathèque est ouverte les dimanches.

 

« Gratuite », la médiathèque d’Argenteuil Aragon & Elsa Triolet était ouverte les mercredis dès le matin pendant les vacances scolaires il y a encore deux ou trois ans si je me rappelle bien.

 

Car, souvent perçue et montrée comme un mauvais exemple, la ville d’Argenteuil a disposé ou dispose d’atouts nombreux que même des personnes résidant dans d’autres villes mieux renommées et plus prestigieuses viennent chercher. Cela peut, par exemple, être son conservatoire à rayonnement départemental. Lorsque j’y ai avais suivi une formation en cours d’interprétation théâtrale, achevée en 2016, j’avais pu compter parmi mes jeunes camarades, des personnes venant d’Enghien, de Courbevoie ou de Paris.

 

Ou son offre immobilière. Le mètre carré y étant moins cher qu’ailleurs, certains acquéreurs viennent s’y installer plutôt qu’à Paris, à Asnières ou à Colombes. Le prix du mètre carré dans l’immobilier flambe-t’il à Argenteuil ? J’ai l’impression que la réponse est bigarrée. C’est peut-être assez vrai dans certains quartiers d’Argenteuil, pavillonnaires, aux Coteaux, du côté du quartier de la Colonie mais que l’acheteur semble souvent jouer d’égal à égal avec le vendeur. Ce qui tranche avec d’autres villes où l’on nous rappelle des montants élevés en matière de transaction immobilière. Même lorsque les prix « baissent ».

 

Il est une frontière géographique et pas seulement psychologique très sensible à Argenteuil. C’est celle des écoles publiques.

Photo prise près de la gare du Val d’Argenteuil, en 2020 ou en 2021.

« Dans le passé », Argenteuil a eu de très bonnes écoles publiques. Aujourd’hui, ces très bonnes écoles publiques, collèges et lycées, sont considérées comme ne l’étant plus.

Cela fait des années, en France, que les services publics se font massacrer et perdent de leurs capacités à remplir à leurs missions de soins ou d’enseignements.

 

Il subsiste des établissements scolaires publics aux moyens, aux résultats et aux climats rassurants dans certaines villes. Mais pas à Argenteuil, où, visiblement, au mieux, il faut éviter les collèges et les lycées publics. Voire l’école primaire. En septembre 2020, à l’école primaire, l’enseignante de ma fille avait été en arrêt maladie trois fois dès le mois de septembre. Pour être finalement remplacée au mois de janvier suite à sa maternité.

Pour cette année 2021-2022, à nouveau, ma fille terminera son année scolaire avec un autre enseignant que celle qui avait débuté en septembre. Pour des raisons de santé.

 

 

D’autres parents avaient anticipé dès la maternelle. En trouvant la parade en faisant en sorte de faire admettre leur enfant dans l’école privée d’Argenteuil centre ville : l’école Ste Geneviève qui comprend un collège et qui a agrandi, en partie, ses capacités d’accueil ces dernières années. Mais il est difficile d’y faire admettre son enfant.

Soit il faut s’y reprendre trois à quatre années de suite. Ou avoir la chance ou le privilège d’avoir soi-même été un ancien ou une ancienne de l’école, ou d’y avoir déjà une sœur ou un frère scolarisé, ce qui assure, assez facilement l’admission dans l’école.

 

J’avais sous-estimé cette importance de l’école lorsqu’avec ma compagne, nous avions opté pour venir nous installer à Argenteuil. Aujourd’hui, je regrette ma « légèreté ». Et je supporte assez mal ce suspense à deux balles concernant l’avenir scolaire de ma fille. Mais aussi son environnement relationnel immédiat. Même si je sais que les apprentissages scolaires ne décident pas de tout, ils influencent tout de même beaucoup certaines consciences ainsi que certains parcours.

 

La France de 2022 compte pour l’instant, politiquement, officiellement quatre camps.

 

Les abstentionnistes. La Droite libérale. L’extrême droite. L’extrême gauche. Et sans doute devrais-je rajouter les désespérés et celles et ceux qui sont gravement malades.

 

Nous avons beaucoup entendu parler de la pleine croissance et de l’insouciance de l’après-guerre. Mais nous évoluons dans un monde de radicalisations économiques, sanitaires, idéologiques et politiques. Mais, aussi, climatiques et écologiques. Tout cela semble tourner ensemble. Les radicalisations climatiques et écologiques que nous nous permettons encore d’ignorer semblent se conjuguer avec les radicalisations économiques, sanitaires, idéologiques et politiques.

 

Face aux inquiétudes que nous avons, nos réponses et nos réactions se radicalisent de plus en plus d’un point de vue économique, sanitaire, idéologique et politique.

 

Argenteuil est sans doute une ville où il existe des personnes radicalisées ou en voie de radicalisation. Aujourd’hui, lorsque l’on parle de radicalisation, en France, on pense d’abord à la radicalisation islamiste. Parce-que plusieurs attentats terroristes traumatisants ont eu lieu en France ces dix dernières années et qu’ils ont été réalisés par des islamistes. Alors on résume grossièrement et vite fait la radicalisation à cela.

 

Mais la radicalisation de notre monde, et donc d’Argenteuil, n’est pas uniquement islamiste, s’il y a radicalisation.

 

 La radicalisation la plus générale et la plus partagée en France est sans doute notre façon de percevoir le monde.

Gare du Val d’Argenteuil, photo prise en 2020 ou en 2021.

 

 Par ailleurs, à Argenteuil, des jeunes filles et des femmes de « familles » musulmanes prennent des cours (de danse ou d’instrument de musique) au conservatoire d’Argenteuil ou participent à des cours de boxe française avec des garçons et des hommes. Et lorsque je me suis rendu au hammam de la gare, et où je compte retourner,  je ne me suis pas encore senti regardé de travers parce-que noir et non musulman.

 

 

Il n’en demeure pas moins qu’Argenteuil a ses problèmes. Depuis trois bons mois, maintenant, des vendeurs de cigarettes à la sauvette se sont implantés près de la gare d’Argenteuil et lancent « Marlboro ! Marlboro ! ». Ils disparaissent lorsque la police arrive pour mieux revenir. Je me dis que ces vendeurs devaient être ailleurs auparavant, peut-être dans Paris ou dans une ville de banlieue plus proche de Paris, et qu’ils se sont déplacés.

 

J’ai entendu parler de points de vente de cannabis dans Argenteuil. Un de ces points de vente se trouverait non loin du trajet que ma fille prend pour aller à son école.

 

Sans doute se trouve-il aussi à Argenteuil ou s’est-il trouvé quelque endroit où l’on peut y acheter des armes au noir. Et où y existe ou y a existé de la prostitution clandestine. Je ne suis pas inspecteur de police ni enquêteur social. Mais je lis des fois la presse. Ou parfois, comme hier soir, pour la première fois, j’ai entendu une femme crier dans la rue en bas de chez moi. En regardant par la fenêtre, j’ai ensuite pu voir un homme sortir d’un immeuble, les mains menottées derrière le dos. Il est sorti dans la rue devant plusieurs personnes restées en bas de l’immeuble.

L’homme menotté dans le dos était accompagné de policiers en tenue, portant leur gilet pare-balles et d’un équipage de police en civil venu en renfort. Chacun des deux équipages comportait une femme-flic.

Je me suis dit que cela serait bientôt dans la Presse. Sûrement dans le journal Le Parisien.

 

 

Argenteuil est peut-être une ville qui « craint ». Mais je connais bien des personnes qui s’y plaisent et y ont trouvé leur coin :

 

Si l’on n’est pas client de certains produits comme de certaines heures, ou de certaines ouvertures, on peut très bien passer pendant des années près  de certains endroits sensibles sans s’y retrouver cramponné. C’est un peu comme passer tous les jours au dessus du vide ou de la Seine dans un train en revenant de Paris. En prenant un pont sans  tomber dans la Seine ou dans le vide. Et, je repense de temps en temps au quartier de la Bastille, à Paris, qui, aujourd’hui, est devenu un endroit très recherché alors qu’il a pu, dans le passé, être un quartier de Paris où l’on pouvait croiser des toxicomanes avec leurs seringues.

 

 

En matière de soins publics, je dirais qu’Argenteuil tient plus ou moins le coup. Notre fille est née dans son hôpital. Où il manque, comme ailleurs, du personnel.

Il manque aussi, de plus en plus, certaines professions libérales. Mais il s’y trouve aussi le centre de santé Fernand Goulène.

Des centres dentaires ouvrent aussi à Argenteuil comme partout ailleurs. On dirait que la chirurgie dentaire est le nouveau filon commercial. A côté des filons déjà établis  des pharmacies, assez nombreuses dans le centre ville d’Argenteuil, des agences immobilières, des supermarchés, assez nombreux aussi à Argenteuil, des kebabs, des traiteurs asiatiques et des magasins alimentaires exotiques.

 

A Argenteuil, le haut de gamme peut voisiner ce qui est très bon marché. Et on y vit peut-être « plus ensemble » ou « malgré d’autres » que dans d’autres villes dont on parle moins, en mal comme en bien.

 

La promotion d’Argenteuil

Au Centre culturel “Le Figuier Blanc” en septembre ou octobre 2020, quelques mois après le premier confinement dû à la pandémie du Covid. A Gauche, le Maire d’Argenteuil, Georges Mothron. Devant le micro, Chantal Juglard, 8ème adjointe du Maire, chargée de la culture et du patrimoine.

 

Argenteuil, comme d’autres villes, tient à faire sa promotion et son cinéma. Avec le centre culturel Le Figuier blanc, la salle de concerts La Cave Dimière,  Les Cinglés du cinéma ( qui se déroule à Argenteuil depuis des années) fait un des moyens de cette promotion. J’ai de bons souvenirs de cette manifestation. Comme du salon du livre dont la librairie Presse Papier est l’une des grandes organisatrices.

 

 

Pendant des années, Les Cinglés du cinéma ont eu lieu à la salle des fêtes Jean Vilar dont le parking extérieur marque encore l’entrée dans la ville d’Argenteuil, lorsque l’on y arrive par son pont routier, d’un côté. Alors que de l’autre côté, se trouve le club d’aviron d’Argenteuil, de très bon niveau.

 

Depuis plusieurs années, Georges Mothron, proche de Macron ,et avant, de Sarkozy, maire pour la troisième ou quatrième fois d’Argenteuil (après avoir dû céder sa place quelques années au maire et ex-député socialiste Philippe Doucet) et son équipe ont le projet de détruire la salle des fêtes Jean Vilar.  Pour y permettre à la place la construction d’un centre commercial, d’un multiplexe de cinéma et d’un programme hôtelier de luxe d’après ce que j’avais retenu. Le but serait de donner d’Argenteuil une image plus attractive. De l’autre « côté », à Colombes, il est vrai qu’un certain nombre de projets immobiliers ont été construits. La mairie de Colombes anticipe sûrement l’arrivée du tramway, les Jeux olympiques de 2024 ainsi que le Grand Paris.

 

 

Pour l’instant, à Argenteuil, depuis à peu près deux ans, la salle des fêtes Jean Vilar a surtout servi de centre de vaccination contre le Covid. Mais il subsiste des opposants au projet de démolition de la salle des fêtes Jean Vilar. Au centre de leurs arguments, le fait que ce projet, s’il se faisait, entraînerait des conséquences que l’on peut appréhender concernant la fréquentation de la librairie Presse Papier mais aussi du centre culturel le Figuier Blanc qui contient des salles de cinéma, plutôt proche, à quelques minutes à pied.

L’acteur Jean-Claude Dreyfus, ce samedi 7 Mai 2022 aux Cinglés du cinéma d’Argenteuil.

Cette année, Les Cinglés du cinéma se seront tenus au mois de Mai dans le groupe scolaire Paul Vaillant Couturier. Habituellement, la manifestation se déroule au début de l’année, en janvier ou février. Mais pour cause de pandémie du Covid, l’événement a été décalé.

Au centre, l’acteur Jean-Claude Dreyfus dans la cour du groupe scolaire Paul Vaillant Couturier, à Argenteuil. A droite, le Maire d’Argenteuil, Georges Mothron. A gauche, Chantal Juglard, 8ème adjointe du maire, attachée à la culture et au patrimoine. Dans l’arrière plan, on aperçoit une grue à l’emplacement du projet immobilier Kauffmann & Broad. Photo prise ce samedi 7 Mai 2022, à Argenteuil.

 

L’acteur Jean-Claude Dreyfus a été choisi pour être l’invité d’honneur de cette édition des Cinglés du cinéma. Pour moi, Jean-Claude Dreyfus, cela est surtout resté le boucher du film Délicatessen, un film réalisé en 1991 par  Jeunet et Caro. Alors que, depuis, Dreyfus a tourné dans d’autres films et aussi joué au théâtre. Je l’avais aussi vu ensuite dans Le Duc et l’Anglaise de Rohmer mais j’ai toujours eu du mal avec les films de Rohmer.

L’acteur Jean-Claude Dreyfus, au centre. A sa gauche, le Premier adjoint du Maire, Xavier Péricat. A sa droite, La 8 adjointe du maire, Chantal Juglard. A droite de Chantal Juglard, probablement Gilles Savry, 3ème adjoint du maire. Photo prise ce samedi 7 Mai 2022.

 

Ma fille et moi sommes arrivés aux Cinglés pratiquement au même moment où Dreyfus, accompagné du maire Georges Mothron et de ses adjoints, est arrivé. Et nous avons aussi quitté Les Cinglés du cinéma  pratiquement, aussi, au même moment où Dreyfus en repartait, toujours accompagné du maire Georges Mothron et de ses adjoints. Lesquels ont fait en sorte d’être au plus près de lui afin, aussi, de se trouver, autant que possible, sur les photos qui seraient prises.

 

L’acteur Jean-Claude Dreyfus, entouré, à gauche de Chantal Juglard, 8ème adjointe du maire Georges Mothron, le maire d’Argenteuil Georges Mothron et Xavier Péricat, 1er adjoint du maire. Photo prise ce samedi 7 Mai 2022.

 

 J’ai entendu Dreyfus deviser, cabotiner un peu, aussi. Et l’équipe municipale « sympathiser » avec lui. Le premier adjoint du maire, Xavier Péricat, a raconté à Jean-Claude Dreyfus qu’il avait été en CM1 et en CM2 précisément dans cette école. Et que cela lui faisait donc quelque chose  de particulier que d’y retourner lors de cette manifestation des Cinglés du cinéma.

L’acteur Jean-Claude Dreyfus, ce samedi 7 Mai 2022, aux Cinglés du cinéma.

En effet, du CM1 au poste de premier adjoint de la mairie d’Argenteuil, j’imagine à peine tout ce qu’il a fallu de charge, de choix et de contrariétés préalables. Charge, choix et contrariétés que chacune et chacun connaît un jour à Argenteuil ou ailleurs, à des degrés divers.

 

 

Franck Unimon, ce dimanche 8 Mai 2022.

 

 

 

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Face A La Mer- un film de Ely Dagher au cinéma le 13 avril 2022

»Posted by on Avr 1, 2022 in Cinéma | 0 comments

Face A La Mer- un film de Ely Dagher au cinéma le 13 avril 2022

    Face A La Mer- un film de Ely Dagher au cinéma le 13 avril 2022

 

 

« Rien n’est trop difficile pour la jeunesse ». Jana, la vingtaine libanaise, le sait.

Pourtant partie à l’étranger faire des études dans une école d’art « huppée », la voilà qui revient au pays alors que tout se passait bien, « là-bas ». En France.

 

Si les premières vues aériennes du Liban ( à Beyrouth) m’étonnent un peu, j’ai aimé la façon dont notre regard découvre Jana (l’actrice Manal Issa qui la porte très bien) la première fois. Jana sort de l’aéroport, seule, un peu telle une égarée, un simple petit sac à dos à la main. Après que l’on ait vu un homme enlacer des proches lors de retrouvailles puis les emmener dans sa Mercedes blanche.

 

On pourrait penser qu’il est arrivé « quelque chose » à Jana. C’est d’ailleurs ce que pensent ses proches (ses parents, son oncle maternel, son ex petit ami, Adam) qui, à la fois contents de la revoir, essaient de cerner la raison pour laquelle elle est revenue.

 

Je ne connais pas le Liban. Et encore moins Beyrouth. Mais j’ai connu, un peu, une Libanaise d’origine syrienne. Et, je suis allé passer quelques jours en Israël il y a quelques années. Israël, le pays « ennemi », n’est pas mentionné dans le film. Même si, furtivement, la guerre et d’autres catastrophes ( un tsunami) figurent dans le casting probable du Liban décrit comme un pays fermé malgré son accès direct à la mer qu’il transforme en poubelle.

 

Devant Face à la mer,  je n’ai pas pu m’empêcher de penser que la vitalité de certaines villes d’Israël ( Tel Aviv…)  aujourd’hui est peut-être celle qu’a connue le Liban et qu’il ne parvient pas à retrouver. Les habitants du Liban se souviennent encore de cette vitalité. Sauf, qu’entretemps, ils sont devenus les pilotes vivants d’une Nation désormais sans destination. 

 

En passant Jana, l’héroïne de Face à la mer, au travers du tamis de ses parents, d’un oncle maternel et de son ex-petit ami, le réalisateur Ely Dagher nous montre au moins trois couches de la société libanaise. Dans chacune de ces couches, on trouve un attachement  forcené au Liban même si celui-ci continue de disparaître. Une activité et une certaine vie sociale sont entretenues mais elles font partie du décor.

Jana ( l’actrice Manal Issa) et sa mère Mona ( l’actrice Yara Abou Haidar).

 

Jana est celle qui avait quitté ce décor. Des parents inquiets pour elle. Un père ( l’acteur Rabih El Zaher) sans travail et qui se demande si le travail existe encore au Liban. Une mère (l’actrice Yara Abou Haidar) féministe, traditionnaliste et dépendante. Un frère à Dubaï qui semble heureux de son sort et que Jana ne cherche pas à contacter. Un oncle maternel ( l’acteur Fadi Abi Samra) assez inquisiteur qui reproche à Jana  d’avoir eu des rêves. Ou d’avoir échoué à les réaliser surtout d’un point de vue financier. Un ( ex) petit ami ( l’acteur Roger Azar) qui fait comme si la vie continuait.

 

Dans Face à la mer, le Liban est un pays où le pire devait être temporaire mais persiste. Donc, tout le monde fait malgré tout. Car il n’y a rien d’autre que l’on puisse faire. Jana est celle qui est lassée de ça. Mais elle essaie de s’étourdir et d’y croire encore une fois.

Jana ( l’actrice Manal Issa) et son petit ami, Adam ( l’acteur Roger Azar)

 

Franck Unimon, ce vendredi 1er avril 2022.

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