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Bac Nord-un film de CĂ©dric Jimenez

Bac Nord un film de CĂ©dric Jimenez

 

 

Dans les bacs

 

Bac Nord, sorti cet été, marche plutôt bien. Ce film français où l’histoire se passe à Marseille, plutôt de nos jours, serait fasciste et raciste.

 

A Paris, où je suis allé le voir puisque je vis, suis né en région parisienne et y ai toujours vécu, je l’ai peut-être très très mal regardé. Car je vais essayer de démontrer le contraire.

 

Je vais essayer dans cet article de démontrer que Bac Nord, pour moi, ce mercredi 29 septembre 2021, est ni fasciste, ni raciste.

 

Je suis allĂ© voir Bac Nord seulement vers la mi-septembre. Je ne pouvais pas aller le voir auparavant. Je n’avais pas de pass sanitaire. Et je n’étais pas pressĂ© de me faire de nouveau pousser dans le nez une tige de dĂ©pistage en vue d’effectuer un test antigĂ©nique dont le rĂ©sultat, se devait dans mon cas bien-sĂ»r d’être nĂ©gatif – puisqu’à ce jour je n’ai pas attrapĂ© le Covid depuis le dĂ©but officiel de la pandĂ©mie mi-mars 2020 en France- depuis moins de 72 heures. Finalement, avant ma première injection de Moderna contre le Covid, on m’a imposĂ© un test antigĂ©nique prĂ©alable. Le test Ă©tant nĂ©gatif, j’en ai profitĂ© pour aller au cinĂ©ma voir quelques films ( dont Dune-un film de Denis Villeneuve). A partir de ce 15 octobre 2021, les tests antigĂ©niques deviendront payants. Mais Ă  cette date, je devrais ĂŞtre vaccinĂ© contre le Covid comme cela nous a Ă©té….”demandĂ©” ( imposĂ© pour les soignants). Je fais cet apartĂ© afin de marquer un peu l’époque oĂą Bac Nord et d’autres longs mĂ©trages se sont faits connaĂ®tre.

Les acteurs Karim Leklou et François Civil.

 

Dès sa sortie, Bac Nord faisait partie des films que j’avais envie d’aller voir. Pour le sujet de la Bac. Pour les acteurs, Karim Leklou et François Civil en tĂŞte. Des acteurs que j’ai vus et aimĂ©s voir dans plusieurs films, court mĂ©trage ou sĂ©rie (Marseille la nuit Le Monde est Ă  toi ; Le Chant du Loup ; Dix Pour cent ; Made in France  ; Voir du pays).

 

L’acteur Gilles Lellouche.

 

Concernant l’acteur et rĂ©alisateur Gilles Lellouche, le plus expĂ©rimentĂ© de ce trio d’acteurs comme dans le film Bac Nord du reste, mon avis est plus partagĂ©. Je lui reconnais des intentions de jeu et beaucoup de travail pour ses rĂ´les. Je lui reconnais une franchise et une sincĂ©ritĂ© (je double la mise) ainsi qu’un vĂ©ritable capital sympathie lorsqu’il s’exprime lors des interviews.  Mais, en tant qu’acteur, je le trouve assez souvent voisin de la caricature.

 

NĂ©anmoins, j’avais bien aimĂ© son film en tant que rĂ©alisateur : Le Grand bain. MĂŞme si. MĂŞme si. J’en avais dĂ©jĂ  assez qu’on surligne la prĂ©sence de Philippe Katerine, un acteur et chanteur dont j’aime le jeu et la folie. Mais que l’on prĂ©sente un peu trop dĂ©sormais comme le tube de l’étĂ©. Un tube qui dure depuis quelques annĂ©es maintenant. La sensibilitĂ© de Philippe Katerine. La personnalitĂ© borderline de Philippe Katerine. Je goĂ»te bien sĂ»r ces atouts de Katerine. C’est leur encensement rĂ©pĂ©tĂ© qui m’ennuie. 

 

 

Bac Nord/ Les MisĂ©rables : Visions d’opposition ou visions complĂ©mentaires ?

 

Parlons maintenant un petit peu plus de Bac Nord après avoir jalousĂ© le succès de Philippe Katerine.

La première question que je me suis posĂ© lorsque j’ai commencĂ© Ă  voir des affiches du film a Ă©tĂ© :

Bac Nord est-il l’équivalent ou le complĂ©ment du film Les misĂ©rables 2ème partie , prix de la mise en scène Ă  Cannes en 2018 (ou 2019 ?) 

 

Avant d’aller trouver Bac Nord  dans une salle de cinĂ©ma,  au vu des tout petits Ă©chos qui me sont parvenus, j’ai eu l’impression que ces deux films s’adressaient Ă  deux publics diffĂ©rents. Alors que l’on aurait pu penser que beaucoup les rapproche. Dans les deux films, les « hĂ©ros Â» sont des policiers de la Bac. Et, ils forgent un trio. On pourrait se dire que les policiers de la Bac marchent toujours par trois. Depuis le dĂ©but du procès des attentats du 13 novembre 2015, j’ai appris en lisant quelques articles que le commissaire de la Bac Ă  ĂŞtre le premier Ă  intervenir au Bataclan, de sa propre initiative, avait agi uniquement avec son « chauffeur Â». Un chauffeur policier et armĂ© Ă©galement. Donc, ils Ă©taient deux. Mais cette histoire de nombre de policiers au sein des unitĂ©s de la Bac n’est pas prioritaire pour parler de Bac Nord. Sauf pour dire autrement que l’univers de la police fait partie des univers qui suscitent mon attention.

 

 

A ce jour, je n’ai pas rencontrĂ© ou pu discuter avec quelqu’un qui a vu les deux films : Les MisĂ©rables de Ladj Ly et Bac Nord de CĂ©dric Jimenez. Qu’est-ce qui les oppose dans les grandes lignes ?

 

Pour moi, Les Misérables est un film bien plus renseigné socialement et plus subtil que Bac Nord. Et mieux filmé. C’est facile à dire après le prix de la mise en scène qu’a obtenu Les Misérables au festival de Cannes de 2019.

 

Dans Bac Nord, si l’on voit bien que les trois policiers donnent tout Ă  leur mĂ©tier – comme dans Les MisĂ©rables–  et qu’ils « l’aiment Â» et croient Ă  leur utilitĂ©, on est aussi davantage avec des cow-boys. Dans ce que cela peut aussi avoir de plus grossier ; on est presque dans Starsky et Hutch. A la diffĂ©rence que, dans Bac Nord, le personnage de Huggy les bons tuyaux est interprĂ©tĂ© par une sĂ©duisante jeune beurette ou arabe qui aime beaucoup fumer son petit shit. Et qu’il y a dans le film le croquis d’une attirance du flic de la Bac (jouĂ© par François Civil qui s’y connaĂ®t aussi très bien en sĂ©duction : le revoir dans Dix pour cent ou dans Le Chant du Loup pour bien le comprendre) pour elle.

Une attirance faite de croissance Ă©rotique mais aussi de volontĂ© de protection pour sa jeune indic. On n’avait pas cette attirance sexuelle entre David Starsky et Michael Hutch pour Huggy…

Hormis cela, dans Bac Nord, la jeune indic semble avoir très peu de perspectives comparativement Ă  tous les risques qu’elle prend. Et, son shit, qu’elle obtient contre les informations qu’elle donne, en risquant sa vie mais aussi sa rĂ©putation, on a l’impression qu’elle passe son temps Ă  le fumer en solo. Donc, c’est un peu difficile de comprendre comme elle peut ĂŞtre aussi souriante, sĂ©duisante et maline aussi pour, finalement, apparaĂ®tre aussi seule et sans autre projet d’avenir que de rester dans les parages de celles et ceux qu’elle trahit. A fumer son shit. Mais, après tout, je n’y connais rien Ă  la psychologie ou la temporalitĂ© des indics. Et très certainement qu’il existe toutes sortes de profils parmi les indics. Peut-ĂŞtre presqu’ autant de profils qu’il n’existe d’indics. Y compris les plus dĂ©routants.

 

 

Stigmatiser Marseille ?

 

Pour moi, il n’y a pas de stigmatisation particulière Ă  situer l’histoire Ă  Marseille dans Bac Nord. D’abord, parce-que, mĂŞme si cela m’a pris du temps, j’aime Marseille pour le peu que j’en connais. ( Marseille-Toulon-La Ciotat, octobre 2019 ) Ensuite, parce-que, par certains aspects il est des endroits populaires de Marseille qui me rappellent soit la ville oĂą j’habite depuis quelques annĂ©es, Argenteuil, soit Barbès ou mĂŞme Nanterre oĂą je suis nĂ© et ai grandi. Ensuite, ce qui peut se raconter de certains quartiers de Marseille peut tout aussi bien se transposer ailleurs. Si un titre comme Je danse le Mia du groupe I AM m’avait autant parlĂ©, alors que le groupe de Rap I AM est de Marseille, c’est parce-que j’avais connu et voyais très bien de quoi cette chanson parlait alors que je vivais en rĂ©gion parisienne. Et le succès de ce titre Ă©tait bien-sĂ»r venu du fait que d’autres gens, dans d’autres citĂ©s et dans d’autres banlieues de France s’Ă©taient reconnus dans ce que cette chanson racontait. Pour moi, cela peut ĂŞtre pareil avec le film Bac NordCela peut apparaĂ®tre très rĂ©trograde de citer un titre aussi ancien du groupe I AM mais le personnage de policier jouĂ© par Gilles Lellouche a certainement connu ce titre. 

 

Donc, pour moi, Bac Nord n’est pas un film de plus qui caricature la ville de Marseille. Ce n’est pas non plus un film qui porterait une opposition Nord/Sud. Le sud étant la ville de Marseille. Et, le nord étant Paris ou des villes au delà de Paris supposées être plus présentables et plus prestigieuses. Pour moi, Bac Nord ne regarde pas Marseille de haut. Mais je ne suis pas marseillais. Peut-être le prendrais-je autrement si j’étais marseillais.

Par contre, pour reparler de “l’opposition” Paris/Marseille ( une opposition que, pour ma part, je ne revendique pas), lorsqu’Ă  la fin du film, les policiers rĂ©alisent un gros coup et qu’ils fĂŞtent leur victoire, j’ai eu l’impression de voir, plutĂ´t que des policiers, des joueurs de football qui Ă©taient contents d’avoir gagnĂ© un match contre une grosse Ă©quipe. Que cette Ă©quipe soit le PSG ou une autre.

 

Garde-fou « ethnique Â»

 

Arrivons-en à ce qui serait raciste et fasciste dans le film. Ou dans ce qui a pu être considéré comme raciste et fasciste dans le film.

Dans Les MisĂ©rables, le trio de policiers compte un noir, le personnage de Gwada. Celui par lequel la bavure au flash-ball arrive suite Ă  trop de montĂ©e de pression. Alors que Gwada, auparavant, on l’a vu, c’est plutĂ´t un homme sympathique au sein du trio. Ce n’est pas le plus Ă©nervĂ©. C’est plutĂ´t un modĂ©rateur. Dans Les MisĂ©rables, que ce soit donc voulu par le rĂ©alisateur Ladj Ly, ou non, il existe un « garde-fou Â» ethnique au sein du trio de la Bac.

Il existe mĂŞme une animositĂ© « intĂ©ressante Â» entre le personnage de Gwada et celui du maire jouĂ© par Steve Tientcheu rencontrĂ© le mois dernier. ( Le cinema-A ciel ouvert avec Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri). 

 

A droite, l’actrice Adèle Exarchopoulos, policière Ă©galement dans le film, qui joue la compagne de Karim Leklou. A gauche, François Civil et Karim Leklou ( debout). Au centre, l’acteur Gilles Lellouche.

 

Dans Bac Nord, pas d’homme ou de femme noire au sein du trio des policiers de la Bac ? Et alors ? Bien-sĂ»r, j’aurais acceptĂ© une touche de diversitĂ© supplĂ©mentaire au sein de ce trio. J’aurais bien aimĂ© voir ce que cela aurait pu donner comme adversitĂ© si le trio de policiers de Bac Nord avait Ă©tĂ© constituĂ© de trois noirs ? D’un asiatique, d’une femme arabe, d’un noir ? De deux arabes et un noir ? Etc…

 

Mais, pour moi, cette absence de diversitĂ© ou d’originalitĂ© Ă©thnique ne fait pas de Bac Nord un film raciste et fasciste. MĂŞme si, le trio des policiers de Bac Nord Ă©tant majoritairement blanc, exception faite de Karim Leklou mais dont la couleur de peau a nĂ©anmoins la particularitĂ© d’être plus claire que foncĂ©e. Mon propos, ici, est-il raciste ? On pourra le penser. On le pensera. Ce sera peut-ĂŞtre en partie vrai. Pourtant, ici, ma vĂ©ritable intention est surtout de redire que, très souvent, trop souvent, le cinĂ©ma français prĂ©fère faire l’impasse sur la «  couleur Â». Et, ce faisant, certaines nuances, dans les situations passent Ă  la trappe. Ainsi qu’un certain rĂ©alisme. On a donc compris que, si pour moi, Bac Nord n’est pas un film raciste et fasciste, je prĂ©fère Ă©videmment la distribution des rĂ´les dans Les misĂ©rables.

 

Dans Bac Nord, l’opposition entre « caĂŻds Â» des citĂ©s et la police ressemble donc, par dĂ©faut ou par maladresse, Ă  une Ă©nième opposition entre les basanĂ©s d’un cĂ´tĂ©. Et les blancs de l’autre. MalgrĂ© la prĂ©sence de Karim Leklou, ici minoritaire parmi les policiers, pour reprĂ©senter la diversitĂ©.

Mais j’accepte ce parti pris ou cette « nĂ©gligence Â». Et puis, l’alternance Ă  ce parti pris ou Ă  cette “nĂ©gligence”, peut aussi ĂŞtre de passer soi-mĂŞme Ă  l’Ă©criture de scĂ©nario, Ă  la rĂ©alisation ou au jeu d’acteur dans le but de montrer autre chose. 

 

La France, ce n’est pas du tout ça : c’est impossible.

 

Reste, sans doute, cette description de certaines citĂ©s, d’une, en particulier, ou de plusieurs dans le film ( j’ai oubliĂ© ) oĂą les policiers ne peuvent plus entrer dĂ©sormais. Ce qui fait enrager le « chef Â» de l’équipĂ©e de la Bac jouĂ© par Gilles Lellouche qui compte vingt ans d’expĂ©rience de terrain. Et qui est donc la mĂ©moire vivante de ce terrain perdu par la police au profit de la dĂ©linquance.  Sous un angle Ă©cologique, on pourrait comparer cette perte de terrain par la police ou la RĂ©publique, Ă  des lacs qui se sont non seulement assĂ©chĂ©s mais aussi lourdement polluĂ©s au fil des annĂ©es. Cette vision lĂ  est-elle raciste et fasciste ? La perte du terrain ou du territoire dans certaines citĂ©s par la police. Comme la mĂ©taphore des lacs assĂ©chĂ©s et lourdement polluĂ©s avec le temps.

 

Pour certaines personnes, il est Ă©vident que  cette vision et cette mĂ©taphore est raciste et fasciste. Car, pour ces personnes, la France, ce n’est pas du tout ça. C’est impossible. Donc, montrer ça dans Bac Nord oĂą, d’un cĂ´tĂ©, il y aurait les policiers droits qui se mouillent. Et de l’autre, des dĂ©linquants qui les toisent d’autant plus qu’ils se sentent intouchables et chez eux dans leur citĂ©, ce serait fasciste et raciste. Surtout Ă  voir que les dĂ©linquants en question sont « bien-sĂ»r Â» noirs et arabes. Aucun blond ou rouquin aux yeux bleus ou verts parmi eux.

 

Bac Nord n’est pas un atoll de finesse

 

Pourquoi, alors, je l’accepte aussi « bien Â» ou aussi facilement d’un film comme Bac Nord ? Peut-ĂŞtre parce-que je ne sens pas d’intention raciste dans le film du rĂ©alisateur. J’ai peut-ĂŞtre tort. Le film Bac Nord n’est pas un atoll de finesse, c’est vrai. Toutefois, lorsque je le regarde, je ne gĂ©nĂ©ralise pas ce que montre Bac Nord. Pour moi, que ce soit Ă  Marseille ou ailleurs, toutes les citĂ©s et toutes les banlieues ne ressemblent pas Ă  ce que montre le film. Pour moi, tout Marseille ne se trouve pas dans Bac Nord.

 

 Mais on peut nĂ©anmoins montrer des noirs et des arabes qui sont du « mauvais Â» cĂ´tĂ©. MĂŞme s’il est vrai qu’il existe aussi des blancs et des asiatiques qui sont du « mauvais Â» cĂ´tĂ© et que l’on ne montre pas dans le film. Ou autrement. PlutĂ´t dans le versant politique. Par le coup de « pute Â» que vont connaĂ®tre « nos Â» cow-boys de la Bac plus tard.

 

Ensuite, si on arrive Ă  plus ou moins passer le cap de l’éventuel dĂ©lit de faciès des « mauvais Â» dans Bac Nord, il nous reste Ă  faire face Ă  certains de ces endroits oĂą la police n’entre pas, n’entre plus, ou, de moins en moins. Et, lĂ , j’ai l’impression que pour pouvoir admettre un peu ce point lĂ , plutĂ´t que d’imagination et d’intellectualisation, il est peut-ĂŞtre nĂ©cessaire de faire appel, un peu, Ă  la « pratique Â» de certains souvenirs ou de certaines expĂ©riences directes ou indirectes.

 

 

La pratique de certains souvenirs

 

Je n’ai pas de pratique ou d’expĂ©rience dans le grand banditisme ou dans le trafic de stupĂ©fiants ou autres. Mon casier judiciaire est vierge. Je n’ai ni le vice, ni l’instinct, ni l’intelligence, ni la nĂ©cessitĂ© ou la furie de celles et ceux qui peuvent participer Ă  des braquages, Ă  des trafics ou Ă  certaines actions meurtrières et barbares. Il y a quelques annĂ©es, une de mes collègues, une jeune femme sĂ©duisante, sĂ©ductrice, familière avec les codes de certains quartiers du Val FourrĂ© Ă  Mantes la Jolie m’avait appris qu’avec mon « Français soutenu Â», dans certaines situations, j’aurais des problèmes. Je l’avais crue sur parole, moi, pourtant nĂ© en banlieue parisienne et qui avais grandi dans une citĂ© HLM. Ensuite, elle m’avait racontĂ© comment il lui Ă©tait arrivĂ© de tenir tĂŞte Ă  certains hommes qui lui avaient mal parlĂ©. Et de s’en sortir. LĂ , aussi, je l’avais crue sur parole. Je n’ai aucun doute quant au fait qu’une femme puisse ou sache, dans certaines circonstances, si elle connaĂ®t certains codes de langage et de comportement, mieux s’en sortir en cas d’embrouille qu’un homme poli et propre sur lui, combien mĂŞme, voire, surtout s’il a une stature physique qui, a priori, devrait lui Ă©viter les ennuis. Et ce Savoir-lĂ  n’est pas exposĂ© dans les Ă©coles ou dans les vitrines des magasins. Ni dans les musĂ©es. Pas mĂŞme dans les mĂ©diathèques ou les salles de cinĂ©ma. Encore moins en suivant des cours par correspondance. C’est une histoire de pratique, de modèle mais aussi d’instinct, d’instant. Une seconde après, c’est trop tard. Une seconde avant, c’est trop tĂ´t. Pour rĂ©pondre. Ou pour donner le regard qu’il faut avec l’intonation convaincante ou dĂ©stabilisante qui va faire que l’on Ă©chappe au couteau, au coup de boule, au passage Ă  niveau ou que l’on va ĂŞtre acceptĂ© ou tolĂ©rĂ©.

 

 

Ceci Ă©tant dit,  je me rappelle du « petit Â» Enzo, dans mon collège Evariste Galois, Ă  Nanterre. Lorsque, devant tout le monde, dans la cour, des policiers Ă©taient venus le chercher. Il s’était laissĂ© faire en se tenant droit comme un « bonhomme Â» que cela n’effraie pas. Enzo devait avoir 15 ans voire moins. Je le « connaissais Â» de vue depuis quelques annĂ©es. Il m’était arrivĂ© de discuter avec lui. Je n’avais jamais eu de problème avec lui. Nos quelques Ă©changes avaient Ă©tĂ© « sympas Â». Il faisait partie, avec d’autres, que je connaissais Ă©galement, de la citĂ© de la rue Greuse. Une citĂ© pas très Ă©loignĂ©e de la mienne qui avait une assez mauvaise rĂ©putation. Qu’avait-il fait pour ĂŞtre cueilli au collège ? Aucune idĂ©e. C’est la dernière fois que je me souviens l’avoir vu. J’avais quel âge ? 14 ans ou moins.

 

Je me rappelle il y a plus de vingt ans avoir appris un jour qu’un de mes anciens collègues de travail avait un Beretta. Par qui l’avais-je appris ? Par sa copine d’alors, Ă©galement une de mes collègues. C’était Ă  Pontoise.

 

 

Je me souviens de ce copain, natif d’Argenteuil, souvent sur le qui-vive au point qu’il me fait penser Ă  Joe Dalton, qui m’a dit un jour que se sachant très en colère contre je ne sais qui, il avait prĂ©fĂ©rĂ©, avant de faire une bĂŞtise, scier et dĂ©molir les armes Ă  feu qu’il possĂ©dait. EtonnĂ©, je lui avais alors demandĂ© comment il avait fait pour obtenir ces armes ? Ce copain m’avait alors regardĂ© comme si j’étais une andouille ou que je dĂ©barquais d’une autre planète. Et ce regard signifiait sans ambiguĂŻtĂ© mais aussi sans explications qu’il n’y avait rien de plus  facile que de se procurer des armes Ă  feu. C’était il y a environ cinq ans.

 

Je me rappelle du père, policier, d’une des camarades de classe de ma fille, Ă  la maternelle. Cet homme aime son travail. Et, ayant Ă©galement grandi Ă  Nanterre comme moi, mais dans une autre citĂ©, il m’avait affirmĂ© que cela s’était « dĂ©gradĂ© Â». Cet homme discutait de temps Ă  autre avec un autre papa, Ă©galement policier devant l’école en attendant la sortie de son enfant. Ce policier, devant moi, avait un jour racontĂ©, en souriant, ce rituel qui consistait,  lorsqu’il entrait dans une citĂ© avec ses collègues, Ă  longer le mur des immeubles. Afin de ne pas se recevoir un rĂ©frigĂ©rateur. C’était, aussi, il y a environ cinq ans. Je ne sais pas de quelle citĂ© il parlait ni dans quelle ville. Je n’avais pas pensĂ© Ă  demander. A ce jour, en entrant dans une citĂ©, je n’ai pas longĂ© le mur des immeubles pour Ă©viter de me prendre un rĂ©frigĂ©rateur ou autre objet sur la tĂŞte. Mais, avant cette anecdote, j’avais ouĂŻ dire que cela pouvait arriver. Mais pas lĂ  oĂą j’habitais.

 

Je n’ai pas oublié non plus que le très bon kiné que nous avons un temps consulté pour notre fille nous a appris un jour que les va et vient de sa clientèle, de toutes origines tant sociales que culturelles et religieuses, dérangeait le trafic de certaines jeunes du coin. Et, ils le lui avaient fait savoir.

 

Je n’ai pas oubliĂ© non plus que la mère d’une des bonnes copines de ma fille m’a dit un jour que sur le trajet de l’école, pas très loin, se trouvait un point de rencontre officieux pour trafic de stupĂ©fiants. Dès lors, certains jeunes que j’aperçois rĂ©gulièrement, en groupe, s’ils ne sont pas menaçants pour les enfants et les parents dont je fais partie,  et ne font que discuter entre eux, m’apparaissent aussi, comme Ă©tant lĂ  soit pour protĂ©ger un territoire. Soit pour « guetter Â». Bien-sĂ»r, nous ne sommes pas dans Bac Nord oĂą, lĂ , le sujet est poussĂ© Ă  son extrĂŞme. Mais je crois qu’il peut ĂŞtre concevable que dans certains endroits, dĂ©sertĂ©s par les institutions publiques, ou soit pace-que certains modèles de vie aient Ă©tĂ© choisis ou privilĂ©giĂ©s, par mimĂ©tisme ou par conviction, qu’il se soit dĂ©veloppĂ© des situations Ă©quivalentes Ă  celles que l’on voit dans le film.

 

Je me rappelle aussi qu’une Argenteuillaise m’avait appris que le premier jour du Ramadan, un conflit avait eu lieu dans un quartier de notre ville et que cela s’Ă©tait terminĂ© par un mort par balles. Ces “anecdotes”, je les considère comme des Ă©vidences. Elles horrifieront peut-ĂŞtre certaines personnes. Elles en feront sourire d’autres qui vous diront : “Et, encore, ça, ce n’est pas grand chose….”. Et, lĂ , aussi, je croirai ces dernières personnes sur parole sans pour autant raser les murs. Sauf que en certains endroits, Ă  certaines heures, si je suis informĂ© par quiconque du “coin” qu’il faut ĂŞtre prudent ou Ă©viter de passer Ă  tel endroit, je prĂ©fèrerai me montrer prudent ou Ă©viterai de passer Ă  tel endroit. Pour moi, ce n’est pas ĂŞtre raciste et fasciste de penser comme ça. Comme, pour moi, ce n’est pas ĂŞtre soumis et crĂ©tin, lors d’un contrĂ´le de police, de rester aussi calme et poli que possible. C’est plutĂ´t s’adapter Ă  mon environnement et/ou Ă  mon interlocuteur. 

 

Lorsqu’un reporter tel que Philippe Pujol, Marseillais, Prix Albert Londres pour un de ses ouvrages, Ă©crit La fabrique du monstre : 10 ans d’immersion dans les quartiers nord de Marseille, la zone la plus pauvre d’Europe en 2018, s’il pointe, Ă©videmment, les responsabilitĂ©s politiques et sociales, mais aussi intellectuelles, pour expliquer et critiquer le dĂ©labrement prononcĂ© de certains quartiers de Marseille, il n’en dĂ©crit pas moins certains endroits oĂą l’accès n’est autorisĂ© qu’à des personnes sĂ©lectionnĂ©es. Des personnes du quartier. Des personnes de confiance. Profil- des personnes de confiance- qui est loin de correspondre Ă  des policiers de la Bac.

Dans cet ouvrage, Philippe Pujol indique bien que dans ces quartiers nords de Marseille, il reste des personnes étrangères au banditisme comme aux trafics.

 

De même que lors des attentats du 13 novembre 2015, c’est une juge belge qui a expliqué il y a quelques jours au tribunal que si plusieurs des terroristes islamistes se connaissaient depuis longtemps et avaient vécu à Moolenbeek, que, par ailleurs, c’était dans certains quartiers, minoritaires, de Moolenbeck que s’était développé l’activité terroriste islamiste de ces dernières années. Mais, qu’autrement, Moolenbeek était aussi une commune très agréable où la plupart des habitants n’avaient rien à voir avec le terrorisme et l’islamisme.

 

 

Un mĂ©tier de conviction :

Ce qui passe peut-ĂŞtre mal avec le film Bac Nord, c’est qu’il magnifie des policiers. Et que beaucoup de monde entretient une certaine ambivalence faite Ă  la fois de mĂ©fiance/crainte/haine/ admiration envers la police et celles et ceux qui la reprĂ©sente. Ambivalence qui avait Ă©tĂ© dĂ©crite dans les mĂ©dia oĂą, lors de la pĂ©riode des attentats islamistes, les policiers Ă©taient devenus très populaires. Pour, ensuite, Ă  nouveau, ĂŞtre perçus de travers. 

Je ne discute pas les raisons, justifiĂ©es ou injustifiĂ©es, de cette ambivalence. Cette ambivalence envers la police peut, finalement, ĂŞtre la jumelle de ce racisme envers certaines catĂ©gories de personnes :

 

On peut avoir des raisons personnelles et concrètes qui expliquent que l’on en veut Ă  telle catĂ©gorie de personnes. Parce qu’elles nous ont fait du mal, Ă  nous ou Ă  des proches. Mais on peut aussi très bien en vouloir Ă  certaines catĂ©gories de personnes et de professions sans avoir eu de mauvaise expĂ©rience rĂ©elle avec elles. On ne fait alors que « rĂ©pĂ©ter Â» ce qui se dit dans notre environnement et dans notre entourage depuis des annĂ©es ou des gĂ©nĂ©rations. Sans prendre la peine de peser le pour et le contre. Puisque l’on fait corps avec celles et ceux qui font partie de notre environnement et de notre entourage. Et que l’on s’en remet Ă  eux tous les jours. Se faire sa propre expĂ©rience demande une certaine capacitĂ© d’initiative. Mais aussi de pouvoir accepter de faire et vivre d’abord seul (e ) certaines expĂ©riences contradictoires. Certaines personnes n’ont ni cette volontĂ© ni ce courage. 

 

MalgrĂ© cette ambivalence envers la police ou malgrĂ© l’aversion assumĂ©e que certaines personnes peuvent avoir envers elle, en regardant Bac Nord, je me suis demandĂ© comment font ces femmes et ces hommes policiers pour avoir envie de faire ce mĂ©tier. Ou, plutĂ´t, pour continuer d’avoir envie de le faire. Que ces femmes et ces hommes travaillent pour la Bac ou non. Car le film rappelle bien aussi qu’être policière ou policier, c’est exercer un mĂ©tier de conviction :

 

Il faut être convaincu de l’utilité de ce que l’on fait. Et de ce que l’on est. Ce qui peut être déjà très difficile au vu des risques mais aussi, surtout peut-être, des désillusions que font vivre- de façon répétée- ce métier. Et, en plus, il faut pouvoir apporter des preuves indiscutables que le travail effectué a été bien effectué. Et, tout cela, sans s’enrayer soi-même. Sans se vomir soi-même.

C’est montrĂ© dans le film : A part le personnage jouĂ© par Karim Leklou qui a pour lui la très large compensation d’avoir une femme aussi attractive, honorable et honorante que l’actrice Adèle Exarchopoulos, les deux autres policiers jouĂ©s par Gilles Lellouche et François Civil n’ont pas de vie personnelle valide ou valable. Donc, leur mĂ©tier leur fait payer un très lourd tribut. Et, dans ces conditions, je m’étonne que des femmes et des hommes tiennent encore Ă  vouloir devenir policières et policiers. Tout en essayant, aussi, de concilier une vie de couple et de famille.

Or, pourtant, il y en a. Bien-sĂ»r, je pourrais faire la mĂŞme remarque pour des personnels soignants. Mais le mĂ©tier de policier, de par ses armes, et la manière dont il confronte directement des femmes et des hommes Ă  d’autres femmes et hommes me semble porteur de bien des Ă©checs qu’aucun uniforme,  grade ou ultimatum ne peut contrer.

 

L’acteur Gilles Lellouche de face. De dos, l’acteur François Civil.

 

Casseur de rĂŞve exotique :

 

 

Pour ces quelques raisons, pour moi, Bac Nord n’est pas un film fasciste et raciste. Mais on peut lui reprocher, oui, d’être assez caricatural sur certains aspects.

Néanmoins peut-être que ce qui lui est fondamentalement reproché, c’est de casser le rêve exotique marseillais avec l’accent, la mer, la sensualité et le soleil. Pour, au contraire, envoyer dans les yeux du spectateur du sable et bien des écueils. Comme si, au plein milieu d’une comédie qui se déroule bien, on se mettait d’un seul coup à reparler de la pandémie du Covid ou du réchauffement climatique. Comme si, à parler de la Guadeloupe, au lieu de parler de plages, cocotier, zouk, ti-punch, sexe et Francky Vincent, on en arrivait à reparler de l’esclavage, du Covid, de l’obésité, du Sida, de chômage, de maltraitances conjugales, de chlordécone, d’alcoolisme et de diabète. Ça casse un peu l’ambiance.

 

 

Franck Unimon, ce mercredi 29 septembre 2021.

 

 

 

 

 

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Voyage

New York 2011 : “You’re Welcome !”

 

New-York 2011 : «  You’re Welcome ! Â».

( cet article est la suite de New-York 2011- 2ème partie )

 

Ma compagne m’a proposé d’aller au cinéma dans Time Square. Je ne peux qu’accepter. Nous reprenons le bus. Et sa climatisation. Nous longeons la partie ouest de Central Park.

 

Nous passons devant le musĂ©e amĂ©ricain d’histoire naturelle. J’ai entendu dire beaucoup de bien de ce musĂ©e qui a manifestement Ă©tĂ© très frĂ©quentĂ© ce dimanche. Je vois principalement des blancs. La statue devant le musĂ©e me dĂ©range :

Un blanc Ă  cheval. A sa gauche, Ă  pied, un noir. A sa droite, je ne vois pas qui marche Ă  ses cĂ´tĂ©s. Un Indien ?

 

Nous descendons Ă  la 59ème rue. LĂ , une dame avec un accent d’Europe de l’est me rĂ©pond que Time Square est Ă  environ dix rues ( «  Ten blocks ! Â» de lĂ  en prenant Broadway.

 

En prime abord, je trouve Broadway plaisant. Bien plus que Madison Square Garden.

Et puis, nous entrons dans un pavé touristique. Et puis, toute cette foule. Tous ces écrans. Toutes ces lumières. Il est un peu moins de dix neuf heures.

 

Nous croisons une foule qui se fait des gestes/signes sur un Ă©cran gĂ©ant. A d’autres endroits, nous entrons dans un magasin Quicksilver «  Hi Guys ! Â» ouvert jusqu’à minuit.

Ailleurs, il semble qu’il y’ait des parcs d’attraction, des salles de spectacles courues. Mais je n’y comprends rien. Je vois de la promo pour Mme Tussaud. Samuel Jackson à l’affiche. Un restaurant ou une salle de concert B.B King/ Lucille.

Apparemment, devant une salle, une actrice se fait interviewer. Des passants la photographient. La vingtaine, blonde, mince, en robe et souriante, elle semble contente de ce qui lui arrive. Je me dis qu’elle doit avoir un rôle dans une pièce à succès.

Il nous faut nĂ©anmoins demander Ă  deux reprises oĂą se trouvent les cinĂ©mas. Car, ici, ils ne sont pas majoritaires. Je redoute de tomber sur un UGC. Sur une rĂ©plique exacte d’un UGC parisien.  Finalement, non.

J’aurais aimĂ© voir le film avec GĂ©rard Butler mais il passe trop tard : une heure trente plus tard.

Nous optons pour le film Abduction dont j’ai oubliĂ© le titre en Français avec Taylor Lautner en hĂ©ros. Taylor Lautner, dĂ©couvert/rĂ©vĂ©lĂ© grâce Ă  Twilight  dont j’ai dĂ©jĂ  vu Ă  peu près en entier le premier Ă©pisode, je crois.

 

L’affiche et l’annonce du film en France m’ont fait penser à du Jason Bourne. Autant, j’ai aimé la trilogie de Jason Bourne, autant je suis perplexe devant l’affiche. Mais les critiques, en France, ont été, je crois, plutôt bonnes.

 

La caissière, Priscilla, est plutĂ´t jeune et jolie. Mais elle est lĂ  pour faire du chiffre et aligne ses phrases mĂ©caniquement. Lorsque je lui demande s’il existe une feuille avec les rĂ©sumĂ©s des films, il lui faut quelques secondes pour comprendre. Enfin, elle comprend et je rĂ©cupère une feuille. Je ne comprends rien Ă  ses indications pour trouver la salle mais je suis serein. RĂ©trospectivement, elle m’avait sĂ»rement dit « Level five ! Â» soit tout en haut.

Nous prenons les escalators.

 

La salle est assez petite. Cent places ? Plus ?

Les fauteuils s’abaissent lorsque l’on s’assied. Ils me donnent une impression de mollesse qui me déplait. Bien-sûr, il y’a du pop corn dans la salle mais pas plus que dans certains films grand public dans une salle UGC à Paris. Quelques téléphones portables allumés. Par contre, mieux vaut entendre les réclames publicitaires car leur volume sonore est particulièrement élevé.

 

Le film : Taylor Lautner est sur le capot d’une voiture conduite Ă  vive allure sur la route par un de ses meilleurs amis. Un blanc. Un noir. MalgrĂ© la vitesse et les virages, Taylor Lautner n’a pas peur. Le trio arrive Ă  une party. Le noir est un faussaire de gĂ©nie : il fabrique des faux papiers d’identitĂ© qu’il vend Ă  prix d’or. « No Stress Â».

Taylor croise une jeune fille qu’il biche. Elle, aussi, le biche. Mais elle l’évite et elle a un copain. Lequel bouscule Taylor Lautner. Surproduction de testostérone. La fille intervient. Pas de bagarre. Taylor et ses copains s’amusent. Il prend une cuite, se réveille le lendemain, torse nu, dans le jardin qui a servi à la fête. Celle qui a organisé la fête a une heure pour tout ranger avant que ses parents n’arrivent.

Dans ce film, outre Lautner, il y’a Alfred Molina, Maria Bello, Sigourney Weaver.

Il y’a des traits d’humour que je n’ai pas compris. Mais je crois avoir compris l’intrigue et le but de ce film :

Après le succès de Twilight, pousser la carrière de Taylor Lautner. Lequel a d’évidentes aptitudes plastiques et acrobatiques. Sorti de ça, à part du pop corn, il n’y’a rien dans ce film. Un film de spectacle pour celles et ceux qui veulent du spectacle. Un spectacle de division d’honneur ou de troisième division.

Après ça, trente minute de marche jusqu’à l’hôtel. Nous étions claqués. Je me suis dit que ce dimanche, nous en avions trop fait.

J’étais claqué, j’avais la nausée et un peu mal à la tête. Nous nous sommes couchés sans dîner à 23 heures. Sur la messagerie du téléphone de notre chambre, un message de la réception pour nous proposer une soirée à 23 heures….

 

Aujourd’hui, ce lundi 10 octobre, il nous fallait frapper un grand coup !

Notre City Pass acheté sur internet avant notre arrivée à New-York nous donne droit à six sorties culturelles (musées, croisière, point de vue panoramique). Puisque nous repartons samedi et que nous envisageons de prendre notre temps pour ces sorties, il devenait nécessaire d’en faire deux si possible aujourd’hui. Sans nous fatiguer. Car ma compagne a eu les mêmes impressions que moi par rapport à notre journée d’hier. Et, je me demande comment font celles et ceux qui restent entre trois et cinq jours à New-York avec le décalage horaire. A part en courant en permanence ou en se concentrant sur deux ou trois activités, je ne vois pas….

 

 

Nous avons cette fois pris notre petit-déjeuner vers midi. Le temps de finir mon compte-rendu dans ce cahier, de m’étirer et de me doucher…mais ma compagne ne m’a pas semblé très pressée non plus.

Nous sommes allĂ©s Ă  PrĂŞt Ă  Manger dans la 3ème avenue. Lieu de restauration fermĂ© le week-end qui nous avait fait bonne impression Ă  notre arrivĂ©e Ă  New-York. Nous avons d’abord cru que ce serait très cher. Alors, nous commandons  prudemment.

Je prends un Bagel. Ma compagne dit d’abord : « Ă§a va ĂŞtre cher ! Â».

Nous partons. Je goĂ»te le Bagel. Il est très bon. Ma compagne le goĂ»te puis me dit :

« C’est comme tu veux ! Â». Nous y retournons :

Un Mocha et deux Bagels pour elle. Un large hot chocolate, un Muffin aux baies et Ă  l’orange et un verre d’eau pour moi. Conclusion : 13 dollars. Succès commercial. C’est fait maison. C’est bon et c’est copieux. Martine a du mal Ă  finir son Mocha. Ce que j’ai pris me suffit.

Nous partons pour le MOMA avec le deuxième Bagel de ma compagne.

Une partie du tableau ” Christina’s World” rĂ©alisĂ© en 1948 par Andrew Wyeth.

 

Le MOMA est Ă  une dizaine de minutes Ă  pied de l’hĂ´tel. Demain, il sera fermĂ©. Mais avant ça, je cherche un lavomatic dans le quartier. Mais Ă  qui demander ?

Je remarque un noir qui parle dans son téléphone portable en poussant un diable vide. Il a une bonne quarantaine d’années. Peut-être plus. A l’entendre, je crois reconnaître un Haïtien. Je l’interpelle devant le magasin Duane.

Oui, il parle Français. Mais il me répond d’abord en Anglais. Puis, il se met au Français. Il habite Brooklyn. Il n’est pas du quartier mais il veut bien se renseigner. Il pousse son diable dans le Duane comme en terrain familier, salue un des jeunes caissiers (la vingtaine) qui semble s’être accommodé du personnage qu’il perçoit sans doute comme un farfelu. Non, il ne sait pas où il y’a un lavomatic dans le quartier.

Notre homme interpelle un autre noir, une cliente. Personne ne sait.

Il part chercher le manager. Revient peu après : le manager ne sait pas. Et dire qu’à Brooklyn, oĂą il habite, il y’a tant de lavomatic !

Il se propose presque de nous y accompagner. Je décline. Il me propose de l’appeler si j’ai besoin d’un service. Je décline tout autant poliment. A Church Avenue, à Brooklyn, il y’a plein de lavomatic m’assure-t’il. Il me répond qu’il faut amener sa lessive. Il est bien Haïtien et s’appelle Zelo.

 

 

Puis, le MOMA.

 

Il y’a du monde. La jeune femme du vestiaire a commencĂ© Ă  perdre patience.  Oui, le vestiaire est gratuit. Mais au moment de prendre mon sac : ai-je du matĂ©riel Ă©lectronique dedans ? Oui.

Dans ce cas, il me faut le prendre avec moi. Bon.

Ai-je des objets de valeur dans mon sac ? Oui. Il me faut les prendre avec moi.

Puis, elle m’explique que l’usage des appareils photos et caméra est autorisé au MOMA. Que je peux emmener mon sac avec moi.

Il me faut un moment pour comprendre : j’étais content de pouvoir m’allĂ©ger pour profiter au mieux de cette exposition. Alors, en souriant, je la fais rĂ©pĂ©ter. Je la vois qui commence Ă  perdre patience. Je dĂ©cide de prendre mon sac.

 

 

Pendant les dix premières minutes, dans la partie Art contemporain, je me sens idiot. Ce que je suis sans doute de plus en plus. Ensuite, je bute sur les constants chefs d’œuvre de peintres comme Picasso etc…Jeff de Kooning…

Je ne vois rien. Une femme assez bruyante, et accompagnée de ses deux garçons, interpelle un gardien. Noir. Ils étaient principalement noirs. J’ai vu un seul gardien sud-américain.

La femme demande au gardien ce qu’il voit dans la toile qu’elle regarde. Celui-ci lui rĂ©pond qu’il faut utiliser son imagination. La femme affirme devant le gardien dĂ©bonnaire qu’elle l’utilise, son imagination !

 

Et puis, des tableaux m’ont plu. Comme Napoléon into Wilderness de Max Ernst. Ou un portrait de Modigliani.

 

Dans une salle, alors que j’entre, le gardien, un noir d’environ 1m90 pour 120 kilos mime le geste de m’adresser un ballon de football  amĂ©ricain. Au dĂ©part, je ne rĂ©agis pas.

Il répète son geste. Je fais mine d’attraper le ballon. Il fait semblant d’avoir le ballon contre lui. Cela lui suffit. Je poursuis ma visite.

Lorsque je ressors de la salle, il recommence. Toujours à distance. Environ cinq à dix mètres nous séparent. Tout se passe en silence.

 

 

Nous terminons notre visite un peu avant 17 heures. Vers 16h30. Puis, direction la Circle Line pour une croisière autour de Manhattan. Nous faisons en fait un demi tour. Le bateau est plein.

Nous avons droit à un commentateur pendant une bonne partie de la traversée. J’ai compris des bouts de ses commentaires. J’ai pris des photos, quelques vidéos. C’est le résultat de ces images qui me dira si cela m’a plu. Car être sur un bateau aussi plein m’a déplu.

 

 

Pour dĂ®ner ce soir, nous faisons une halte auprès d’un marchand ambulant :

Pour du riz et du falafel. Pour du riz et du gyro, mélange de poulet et d’agneau. Dix dollars.

L’homme me demande d’oĂą nous venons. Je lui rĂ©ponds. Je lui demande d’oĂą il vient :

« Afghanistan Â».

 

 

Ce soir, deux Ă©vĂ©nements :

 

J’ai mis un pied dans le magasin de comics repĂ©rĂ© près de l’hĂ´tel. Dix minutes avant sa fermeture Ă  21h ?

Ma compagne m’a appris que sur la carte, à New-York, les rues sont horizontales et les avenues, verticales jusqu’à Chelsea et Gramercy. Ensuite, la carte se complique.

Elle se dĂ©brouille très bien avec la carte. Elle me guide. Je suis plus portĂ© sur la mĂ©moire visuelle (laquelle n’est pas encore totalement opĂ©rationnelle ici) et le fait d’entrer en relation avec les gens. 

 

Nous avons complĂ©tĂ© notre diner « afghan Â» avec quelques morceaux de fruits achetĂ©s au Long Gourmet : lĂ  oĂą nous avions pris notre petit dĂ©jeuner hier.

 

Plusieurs fois, aujourd’hui, alors que je cherchais notre itinéraire, très vite un New-Yorkais m’a demandé où nous voulions aller.

Depuis le dĂ©but de notre sĂ©jour, chaque personne que nous avons pu solliciter a fait de son mieux pour nous renseigner, allant jusqu’à nous dire après nos remerciements :

 

« You’re welcome ! Â».

 

 

Franck Unimon ( photos prises au MOMA en octobre 2011 exceptées les deux premières photos prises en extérieur).

 

 

 

 

 

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Vivre au temps du Covid avec Eric Zemmour

Paris, 6 ème arrondissement, ce 23 septembre 2021. Près de l’Ă©glise St Sulpice.

 

Vivre au temps du Covid avec Eric Zemmour

 

Si je me souviens bien, c’est au dĂ©but de La Vie devant soi, de Romain Gary, que le jeune Momo demande :

« C’est possible de vivre sans amour ? Â».  Le vieil Arabe Ă  qui il Ă©choit de rĂ©pondre, après une sorte de lutte intĂ©rieure, cède. Et lui « donne Â» la vĂ©ritĂ©. « Oui, c’est possible…. Â». Alors, Romain Gary nous dĂ©crit un vieil homme qui tire la tronche. Et c’est moche Ă  suivre. Car si le jeune Momo a encore « toute la vie Â» devant lui, en posant cette question Ă  cet homme, celui-ci, en rĂ©pondant, a Ă©tĂ© contraint de voir en face que l’intĂ©gralitĂ© de sa vie- et de son Ĺ“uvre- avait Ă©tĂ© ratĂ©e.

 

C’est en lisant, ado, ou jeune adulte, ce livre de Gary que j’avais appris que l’on pouvait lire sans amour. Pardon : que l’on pouvait vivre sans amour. Vingt ou trente ans après avoir lu deux ou trois Ĺ“uvres de Romain Gary, je sais qu’elles font partie de ces lectures qui m’ont fait et me font vivre.  Aujourd’hui encore, chaque fois que je « croise Â» le nom de Gary, directement ou indirectement au travers de Jean Seberg, pour moi, le temps s’arrĂŞte quelques instants.

 

Nous connaissons des auteurs, des penseurs, des personnalités, des oeuvres ou des artistes, connus ou inconnus, controversés ou encensés, qui nous animent de cette façon. Qui nous rendent vivants.

 

Je suis évidemment bien incapable de savoir ce qu’il restera de ce que nous vivons et de ce que je vis, aujourd’hui. Néanmoins, ce dimanche 26 septembre 2021, je me dis que si nous pouvons vivre sans amour, alors, nous pouvons sûrement également vivre sans Eric Zemmour.

 

Or, depuis quelques semaines, peut-ĂŞtre depuis plusieurs mois, « beaucoup Â» de monde veut « son Â» Zemmour. BientĂ´t, il sortira peut-ĂŞtre un ours en peluche Zemmour. Un pendentif Zemmour. Un album de Rap Zemmour. Une limonade Zemmour. Un peignoir et un slip de bain Zemmour. Une voiture Ă©lectrique Zemmour.

Zemmour  et « ses Â» 6 ou 7 pour cents d’intention de vote s’il se prĂ©sente aux Ă©lections prĂ©sidentielles de 2022. Zemmour Ă  la tĂ©lĂ© en plein dĂ©bat avec l’animateur, producteur, Ă©crivain, artiste Laurent Ruquier, son ex-employeur, et la journaliste LĂ©a SalamĂ©. LĂ©a SalamĂ© qui est un peu le pendant d’Anne Sinclair dans les annĂ©es 80-90 avant « l’échec Â» DSK.

Zemmour immergĂ© dans l’eau salĂ©e dans un collĂ©-serrĂ© avec celle qui serait sa proche conseillère. Zemmour et sa crème fouettĂ©e. Zemmour Ă  Koh-Lantah. Zemmour Ă  The Voice. Zemmour dans Le Bonheur est dans le prĂ©. Zemmour Ă  Fort Boyard. Zemmour dans le prochain James Bond (c’est lui qui va remplacer Daniel Craig). Zemmour dans le prochain Matrix (tout venait de lui).

Zemmour dĂ©fendu par son « ami Â» journaliste Pascal Praud, un homme qui regrette les  annĂ©es 70-80, mais seulement de la France. Les annĂ©es des “vraies valeurs”. Pas celles des annĂ©es 70-80 du groupe Joy Division ou de Bob Marley et les Wailers.

Zemmour dans son dĂ©bat tĂ©lĂ©visĂ© avec MĂ©lenchon, meneur du parti La France Insoumise. Zemmour qui, lors de son dĂ©bat avec Laurent Ruquier affirme :

« 70 pour cent des Français pensent comme moi ! Â». 70% !

 

On verra dans vingt ou trente ans – si nous sommes encore lĂ , si nous n’avons pas Ă©tĂ© remplacĂ©s– ce qu’auront donnĂ©, ce que seront devenus « ces Â» 70% qui penseraient comme lui. Au point que Zemmour estime avoir « annexĂ© Â» les pensĂ©es de pratiquement les trois quarts des Français. Parce-que, penser en permanence « comme Â» quelqu’un d’autre, c’est une Ă©preuve. Et puis, lui qui voit la France comme un pays envahi par les Ă©trangers dĂ©linquants, dĂ©viants, mal nommĂ©s et menaçants, il devrait penser Ă  faire profil bas.

Si les « vrais Â» Français sont devenus minoritaires dans ce pays.

 

Mais si les pensĂ©es de Zemmour clivent, rĂ©confortent ou agressent, je le vois aussi beaucoup comme un commerçant. Mr Zemmour est le commerçant de ses propres pensĂ©es. Lesquelles sont ces produits qu’il a rĂ©ussi Ă  placer sur les Ă©talages mĂ©diatiques. Car il a su et pu trouver dans ce “petit” monde mĂ©diatique des personnes qui l’ont trouvĂ© suffisamment sympathique et utile pour l’aider Ă  s’installer. L’encourager. Se fortifier. Lui, qui, au dĂ©part, Ă©tait un « migrant Â» mĂ©diatique parmi d’autres et qui a ainsi pu obtenir son visa provisoire. Puis son titre de rĂ©sident permanent ou sa nationalitĂ© quasiment indestructible qui lui permet dĂ©sormais de circuler plutĂ´t facilement dans les allĂ©es des chaines de tĂ©lĂ©vision.  Car Zemmour n’est pas nĂ© sur un plateau de tĂ©lĂ©. Assez peu de monde naĂ®t dans un service de maternitĂ© qui appartiendrait Ă  une chaine de tĂ©lĂ©vision. Autrement, cela fait longtemps que nous aurions eus des clichĂ©s de la naissance du petit Zemmour Ă  la maternitĂ©.

 

Ce petit monde mĂ©diatique, que nous sommes une majoritĂ© de spectateurs – et d’exclus- Ă  regarder a ses particularitĂ©s. Comme, d’abord, de pouvoir doter d’une importance disproportionnĂ©e certains Ă©vĂ©nements et certaines personnes. Mais, aussi, d’Ă´ter la mĂ©moire. Et, ce qui va avec, de nous montrer quelques habituĂ©s, une très petite minoritĂ© des Français, dopĂ©s Ă  l’exposition mĂ©diatique. Je n’ai pas pu m’empĂŞcher de penser, je ne peux pas m’empĂŞcher de penser, que si autant de monde veut « son Â» petit Zemmour, c’est parce qu’il est le « très bon coup mĂ©diatique Â» du moment.

« Seuls Sarkozy et Macron, actuellement,  peuvent faire autant que lui en termes d’audimat Â».

Zemmour aurait tort de se priver d’un tel succès. Cela doit beaucoup lui plaire et le faire marrer de se voir autant dĂ©sirĂ©. Ou craint. Il a sans doute beaucoup de revanches Ă  prendre, lui, qui a probablement longtemps vĂ©cu sans amour. Car lorsque l’on manque d’amour, le temps est souvent trop long. Je le sais par expĂ©rience. Non par jalousie ou mesquinerie envers Zemmour

 

Je sais aussi que Zemmour n’a rien Ă  voir avec Romain Gary (qu’il a sĂ»rement lu et apprĂ©ciĂ©). Ou avec Baudelaire.

 Zemmour n’a rapportĂ© aucune mĂ©daille olympique des Jeux Olympiques de Tokyo qui se sont terminĂ©s il y a plusieurs semaines. Zemmour n’a sauvĂ© personne du Covid en travaillant dans un hĂ´pital ou une clinique depuis le mois de Mars de 202O. Zemmour n’est pas intervenu lors des attentats terroristes du 13 novembre 2015. Mais qu’est-ce que c’est bon de se prendre son shoot d’exposition mĂ©diatique comme on pourrait se prendre un verre de Perrier menthe tout en se montrant sur un plateau de tĂ©lĂ© avec Eric Zemmour ! Et en assurant, bien-sĂ»r, que c’est pour la bonne cause. Pour le droit Ă  la libertĂ© d’expression. Et, aussi, pour percevoir un très bon salaire.

Il est surprenant de revoir comme la liberté d’expression, avec la garantie de recevoir un très haut salaire, reste le droit plutôt exclusif de quelques unes et quelques uns en France comme ailleurs.

 

Nous sommes toujours en pleine pandĂ©mie du Covid. MĂŞme si, depuis dĂ©but septembre Ă  peu près, avec la rentrĂ©e, j’ai bien senti qu’il y a une volontĂ© – et un besoin– assez unanime de « l’oublier Â».  Si bien que, très facilement, aujourd’hui, en France, pour ne parler que de « Ă§a Â», des soignantes et soignants – hĂ©ros l’annĂ©e dernière- se font dĂ©sormais suspendre, sans salaire. Est-ce que l’on Ă©coute et rĂ©Ă©coute ce que ces personnes ont Ă  dire ? Non. On les a assez entendues comme ça. Quand ? Combien de fois ? Dans quelles conditions ? Avec quelles intentions ?

Pour les écouter véritablement ? Ou pour meubler et faire la Une ?

Leur suspension, leur arrĂŞt de travail ou leur dĂ©part des hĂ´pitaux et lieux de soins oĂą on les contraint Ă  cette vaccination (malgrĂ© le port du masque) va continuer d’accroĂ®tre dans certaines rĂ©gions au moins une pĂ©nurie infirmière existante depuis des annĂ©es. Donc « quelques Â» dĂ©sĂ©quilibres supplĂ©mentaires pour rĂ©pondre aux besoins sanitaires divers de la population vont survenir. Mais ça n’est pas “prĂ©occupant”. Mon article CrĂ©dibilitĂ© , Ă©crit le 5 novembre 2019, fait actuellement partie de mes articles les plus lus. Sans doute par des soignantes et des soignants. Peut-ĂŞtre que cet article les touche parce-qu’Ă©crit avant la pandĂ©mie du Covid, il racontait et raconte ce que connaissent un certain nombre de soignants depuis plusieurs annĂ©es. 

Pour l’instant, la pandémie diminue, il y aurait peu de personnes vaccinées contre le Covid à être hospitalisées. L’espoir d’en finir avec la pandémie du Covid revient et coïncide avec le taux officiel de vaccination de la population qui approche maintenant les plus de 70 % . Mais, pour moi, le grand test de la réussite de la vaccination générale va arriver à partir de cet automne. Ou dès que les températures vont véritablement fléchir à la fin de l’année ou au début de l’année prochaine.

 

En IsraĂ«l, pays qui sert jusqu’à maintenant de « modèle Â» Ă  la France pour son programme sanitaire contre la pandĂ©mie du Covid, une troisième dose de vaccin anti-Covid (vaccin qu’en France refusent de se faire injecter les soignants suspendus/ raison pour laquelle depuis ce 15 septembre 2021, ils peuvent ĂŞtre suspendus en recevant un recommandĂ© avec accusĂ© de rĂ©ception) a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e pour la population Ă  partir de 30 ans : 

 

En raison de la baisse d’efficacitĂ© du vaccin Pfizer face au variant Delta du Covid. Le « Pfizer Â» est Le vaccin anti-Covid largement le plus utilisĂ© en France.  Avec le « Moderna Â», le « Pfizer Â» a Ă©tĂ© conçu avec la technique ARN messager. Ces deux vaccins, le Pfizer et le Moderna sont prĂ©sentĂ©s comme les plus avancĂ©s. Les plus performants actuellement contre le Covid.  Hors contamination par le Covid, ils nĂ©cessitent deux injections Ă  trois semaines d’intervalle. Et, il faut compter 7 jours après la deuxième vaccination pour pouvoir considĂ©rer ĂŞtre vaccinĂ© contre le Covid. Pour une durĂ©e d’efficacitĂ© maximale d’environ six mois après la deuxième injection.

Les deux autres vaccins disponibles, l’ Astrazeneca et le  Johnson & Johnson ont eu des ratĂ©s en termes d’effets secondaires. Des effets secondaires « dĂ©rangeants Â», « gravissimes Â». Je crois que l’Astrazeneca a Ă©tĂ© le premier vaccin anti-Covid proposĂ© en France au dĂ©but de l’annĂ©e 2021. Peut-ĂŞtre fin 2020.

Le Johnson & Johnson a été, à ce jour, le dernier vaccin anti-Covid proposé en avril ou Mai 2021. Ce dernier a pour particularité de nécessiter une seule injection. Injection après laquelle il faut compter 28 jours pour pouvoir considérer être correctement vacciné contre le Covid.

Le Johnson & Johnson a, aussi, très vite, comme l’Astrazeneca, prĂ©sentĂ© des effets secondaires « dĂ©rangeants Â» et « gravissimes Â». NĂ©anmoins, Ă  la faveur de la règle bĂ©nĂ©fices/risques, le Johnson & Johnson et l’Astrazeneca peuvent encore ĂŞtre proposĂ©s Ă  la vaccination :

il est estimé qu’il y a plus intérêt, pour se préserver des graves conséquences médicales du Covid, de se faire vacciner que ce soit par l’Astrazeneca, le Johnson & Johnson, le Pfizer ou le Moderna. Selon les situations personnelles et médicales de chacun (comorbidités, âge….) un avis médical permet de choisir le vaccin qui correspond le mieux. Je ne suis pas médecin. Je résume dans cet article ce que j’ai compris et ce que j’ai lu.

 

Depuis quelques jours, les personnes qui se sont faites vacciner avec le Johnson & Johnson sont incitĂ©es Ă  recevoir une injection du Pfizer ou du Moderna ( les deux vaccins anti-Covid Ă  ARN messager) afin de « booster Â» leurs dĂ©fenses immunitaires.

 

Deux vaccins anti-Covid sur quatre ont prĂ©sentĂ© des risques sanitaires ou des « faiblesses Â» en termes de rĂ©ponse immunitaire. Nous manquons encore de recul par rapport Ă  ces quatre vaccins anti-Covid qui s’inoculent ( j’ai reçu une première injection de Moderna mi-septembre, il y a deux semaines). Des laboratoires, des entreprises et des actionnaires engrangent des marges de profit historiques « grâce Â» Ă  la pandĂ©mie du Covid. Mais les soignants qui refusent de se faire injecter ces vaccins anti-Covid sont aujourd’hui perçus comme indĂ©sirables, irrationnels, dĂ©gradables et irresponsables ou responsables potentiels et principaux de la persistance ou de dĂ©veloppement de clusters de la pandĂ©mie du Covid.

A cĂ´tĂ© de ça, depuis deux semaines, il est de nouveau possible de retourner dans certains centres commerciaux en portant uniquement un masque anti-Covid. Car le taux d’incidence de la pandĂ©mie a diminuĂ©. Et puis, imposer trop de conditions pour accĂ©der aux centres commerciaux a pu faire perdre Ă  ceux-ci 20 Ă  30 % de leur chiffre d’affaires. Auparavant, il fallait fournir un pass sanitaire ( j’Ă©cris souvent “passe” au lieu de “pass”) qui atteste de notre vaccination anti-Covid complète et achevĂ©e au moyen d’un QR Code. Ou du rĂ©sultat nĂ©gatif de moins de 72 heures Ă  un test antigĂ©nique ou PCR. Ou d’un rĂ©sultat positif Ă  l’infection du Covid depuis un certain nombre de jours. 

 

 Des forages pĂ©troliers se multiplient dans l’Antarctique au dĂ©triment du rĂ©chauffement climatique. Le procès des attentats terroristes du 13 novembre 2015 se poursuit. En France et ailleurs, il est d’autres informations plutĂ´t sensibles. Mais, depuis quelques semaines, on nous parle et reparle de Zemmour.

 

Zemmour va-t’il se lancer dans les Ă©lections prĂ©sidentielles ? Le « pauvre Â» Zemmour s’est fait insulter par une humoriste qui l’a grimĂ© en « zob Â» et en Hitler. C’est inadmissible ! Et, en plus, ce n’est pas drĂ´le a affirmĂ© un journaliste qui l’aime beaucoup – qui n’est pas drĂ´le- et pour lequel la “popularitĂ©” de Zemmour est bien utile. Ainsi que pour la chaine de tĂ©lĂ©vision pour laquelle il travaille.

 

Une scène du film “Bac Nord”, oĂą deux des policiers de la Bac interprĂ©tĂ©s par François Civil et Karim Leklou se font passer pour des consommateurs de shit afin de “s’infiltrer” dans une citĂ© tenue/grillagĂ©e par des trafiquants. Le film est sorti cet Ă©tĂ©. Le film semble plutĂ´t apprĂ©ciĂ© par les policiers. RĂ©cemment, dans Paris, en allant prendre le mĂ©tro, j’ai pu entendre un policier dire Ă  ses collègues en regardant une affiche du film “Il parait que c’est un bon film”. Je rappelle aussi le livre “La peur a changĂ© du camp” de FrĂ©dĂ©ric Ploquin dont j’ai parlĂ© dans un de mes articles.

 

 

Le film Bac Nord de CĂ©dric Jimenez donnerait une vision « zemmouriste Â» de la France. Si dans le film  Les misĂ©rables 2ème partie de Ladj Ly, en banlieue parisienne, les policiers de la Bac entrent dans les citĂ©s et abusent de leur pouvoir, dans Bac Nord, Ă  Marseille, les policiers de la Bac ne peuvent plus entrer dans certains quartiers.

 

L’acteur Roschdy Zem dans le rĂ´le principal de “Go Fast”.

En 2007 au moins, un film comme Go Fast d’Olivier Van Hoofstadt montrait dĂ©ja une citĂ© oĂą les policiers n’Ă©taient plus “chez eux”. Mais en 2007, c’Ă©tait l’ère Sarkozy auquel Zemmour me fait aussi penser. 

 

 

Mais dire que cela est devenu un fait dans certains quartiers de France (pas uniquement Ă  Marseille) n’est pas « zemmouriste Â». Ce qui est « zemmouriste Â», c’est d’occulter que ces quartiers se sont transformĂ©s et radicalisĂ©s de cette manière Ă  la suite de dĂ©cisions politiques et Ă©conomiques prises et rĂ©pĂ©tĂ©es ces vingt et trente dernières annĂ©es. Et de pouvoir affirmer ensuite Ă  la tĂ©lĂ© Ă  une heure de grande audience :

 

«  70 pour cent des Français pensent comme moi ! Â».

 

Ce qui est « zemmouriste Â», c’est de croire et de penser que les conditions de travail dans des institutions publiques comme l’école, les hĂ´pitaux mais aussi dans la police se sont dĂ©gradĂ©es toutes seules. Ou principalement par la faute de celles et ceux qui y travaillent.

Et ce qui est peut-ĂŞtre anti-zemmouriste et anti-RN, c’est de comprendre que ces dĂ©cisions politiques et Ă©conomiques « pĂ©rennes Â» depuis vingt Ă  trente ans finissent par amener des personnels soignants ou enseignants Ă  voter pour le RN ou pour Zemmour. Mais aussi Ă  produire des Eric Zemmour.

 

Autrement, oui, j’avais vu le film Dune-un film de Denis Villeneuve . Je l’aime toujours. MĂŞme si je suis d’accord avec la critique lue ailleurs selon laquelle « une fois de plus Â», ce sont des gentils blancs qui viennent sauver les Indigènes. Il est vrai que Javier Bardem – un acteur que j’aime beaucoup – en «Touareg Â» fait un peu penser Ă  ces blancs qui jouaient les Indiens ( en se grimant) dans les westerns. Et, tout compte fait, je lui trouve aussi un petit air de Zemmour.

 

Et puis, je m’inquiète subitement – alors que je ne devrais pas vu que lui ne s’est jamais inquiété pour moi- de Jean-Louis Borloo. Lui, si doué pour resplendir sur les trampolines médiatiques beaucoup plus longtemps que Simone Biles. Une telle discrétion de sa part m’étonne. C’est suspect. Je suis sûr que Zemmour y est pour quelque chose.

Paris, ce 23 septembre 2021.

 

Franck Unimon, ce dimanche 26 septembre 2021.

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Voyage

New-York 2011- 2ème partie

 

New-York. Lundi 10/10/11 7h05

( cet article est la suite de New-York 2011 que j’avais publiĂ© le 12 mars 2020. Ce 24 septembre 2021, je me suis senti inspirĂ© pour poursuivre. J’ai peut-ĂŞtre estimĂ© que j’avais suffisamment pris le temps de la rĂ©flexion).

Hi Guys !

 

Hier, dimanche 9 octobre, après la tenue de ce journal, nous sommes allĂ©s prendre un petit-dĂ©jeuner près de l’hĂ´tel. Mais avant de parler d’hier :

 

Tout à l’heure, en me levant, je me suis dit que si je devais vivre ou si je venais à vivre à New-York, j’habiterais Harlem. Ou Brooklyn.

 

Harlem pour ses loyers que je devine Ă  peu près abordables : citĂ© HLM ou Ă©quivalent. Pour ses anciennes zones pavillonnaires. Pour le calme que nous y avons trouvĂ© hier ; la taille de ses habitations sensiblement moins haute que lĂ  oĂą se trouve notre hĂ´tel ; pour sa population : des Noirs (AmĂ©ricains ou Africains) des Hispanophones. Il semble qu’il y’ait une sorte d’entente tacite, au dĂ©part, entre personnes de mĂŞme couleur ici.

 

Brooklyn : parce-que peut-ĂŞtre que le cĂ´tĂ© populaire d’Harlem me rebuterait. Peut-ĂŞtre qu’Harlem n’est pas si calme que ça. Parce-que Brooklyn me semble plus proche de la vie qu’Harlem. De la vie culturelle, Ă©conomique. Mais Brooklyn est sĂ»rement très chère.

 

Si je reviens un jour Ă  New-York, j’essaierai d’habiter Ă  Brooklyn si, Ă©conomiquement, c’est plus avantageux qu’à l’Intercontinental Barclay. Mais, par ailleurs, notre hĂ´tel est vraiment bien situĂ© gĂ©ographiquement :

A quelques minutes de Grand Central. A environ 30 minutes à pied de Broadway et de Times Square….

Par contre, pour le prix des commerces, il faut ĂŞtre affutĂ©. Apercevoir une chocolaterie Godiva Ă  quelques minutes de notre hĂ´tel, dans Lexington Avenue, le soir de notre arrivĂ©e, aurait dĂ» m’en informer ; la veille de notre dĂ©part pour New-York, nous sommes allĂ©s faire du change, rue Rouget de Lisle, dans le premier arrondissement, près des Tuileries, au mĂ©tro Concorde. Soit la nĂ©gation d’un quartier populaire. C’est dans la rue du Faubourg St-HonorĂ© que nous Ă©tions tombĂ©s sur Godiva en cherchant un distributeur de billets. Godiva est une chocolaterie chic dans un quartier oĂą je me promène peu. Ce n’est pas mes origines. Les cinĂ©mas les plus proches sont sur les Champs ElysĂ©es. Ou Ă  OpĂ©ra. Ce ne sont pas les cinĂ©mas que je frĂ©quente le plus. Exceptions faites des projections de films rĂ©servĂ©es Ă  la presse cinĂ©ma dont plusieurs salles se trouvent sur les Champs ou aux abords des Champs ElysĂ©es.

 

Si je venais vivre Ă  New-York, qu’y ferais-je ? Certainement pas infirmier ou dans le milieu de la santĂ© !

Pour beaucoup, les Etats-Unis symbolisent la possibilitĂ© d’une nouvelle chance, d’une autre vie. Alors, quoi faire dans cette ville oĂą, manifestement, il convient d’être bavard, actif, toujours souriant et expressif : «  Hi guys ! Â» nous ont dĂ©jĂ  rĂ©pĂ©tĂ© plusieurs fois des employĂ©es Ă  notre entrĂ©e dans certains magasins. Le mot « Guy Â» m’intrigue. Ma compagne est une fille. Malheureusement, je n’irai pas interroger ces employĂ©es Ă  ce propos.

 

Parler ici n’est pas vraiment mon ressort. Autant lire et Ă©couter en Anglais, oui. Parler, pas vraiment. Du moins, pas pour l’instant. Je parle Anglais car Ma compagne le fait très peu. Je suis aussi son escorte linguistique. Et pour des raisons pratiques : trouver notre chemin.

Mais, autrement, je crois avoir quitté cette excitation juvénile, niaise et immature qui, il y’a vingt ans, en Ecosse, me rendait plus bavard, plus expressif et plus souriant.

Aujourd’hui, je ne parlerais pas de dĂ©prime (beaucoup, en outre, m’envieraient cette dĂ©prime) mais d’un certain scepticisme vis-Ă -vis d’un certain cirque social.  Hier, je me suis surpris Ă  regretter, un peu, la discrĂ©tion voire la retenue japonaise. OU asiatique. Mais je ne sais sans doute pas de quoi je parle et ma compagne me dirait sans doute que je suis trop exigeant avec moi-mĂŞme.

 

 

Je me sens tenu d’écrire tout de suite que cela me va d’être l’escorte linguistique de ma compagne, ici : il y’a plus dĂ©sobligeant et elle est de bonne compagnie. Pas de chichis oĂą de scènes Ă  2 balles.  De la simplicitĂ©, de la gentillesse et de l’efficacitĂ©.

 

Agacé

 

Je suis assez agacé par le fait que notre séjour consiste pour beaucoup à aller découvrir ces endroits de New-York dont nous avons beaucoup ( au point de ne plus nous en rendre compte) entendu parler ou que nous avons beaucoup vus au cinéma ou à la télé. C’est à cela que je me rends compte que New-York est bien la ville, une ville, qui fait partie de la Première Puissance mondiale. Or, lorsque je regarde bon nombre de ses habitants, je vois des êtres faits comme tout le monde avec les mêmes erreurs, travers ou tics qu’ailleurs.

 

Je suis assez agacé par ce circuit touristique mais c’est sans doute un préliminaire nécessaire. Il aide à comprendre une partie de l’histoire de cette ville, de ces gens. Et puis, cela me fait voir autre chose, ou presque, de ce que je connais et vois d’habitude.

Presque : car les mĂŞmes besoins sont ici prĂ©sents comme ailleurs.

 

Chester Himes

 

 

Hier matin, notre petit-dĂ©jeuner a Ă©tĂ© une rĂ©ussite Ă©conomique. 23 dollars et quelques    (parce-que nous avons pris pour environ 10 dollars de fruits, c’est cher : pastèque, melons, mangue).

La veille, nous avions payé un peu plus de 40 dollars.

Je n’ai pas retenu le nom de l’endroit de notre petit-déjeuner d’hier matin, très proche de notre hôtel. A l’angle en descendant. Il s’agit visiblement d’un commerce.

« We never close Â» m’avait rĂ©pondu malicieusement la dame de la caisse, d’origine chinoise. Pourtant, le soir de notre arrivĂ©e, les lumières Ă©taient plutĂ´t Ă©teintes et un homme faisait le mĂ©nage.

Derrière les fourneaux, des Mexicains ou des Sud-Américains. A la caisse, des femmes chinoises. Au milieu, des produits alimentaires. Il est possible, ici, de manger tous ses repas. Et, il semble que cela soit très fréquenté.

 

Après ça, le bus jusqu’à Harlem. Nous le prenons dans la 3ème Avenue, non loin du magasin Capacci Group où j’ai acheté mes cadenas qui, maintenant, m’obéissent. Le magasin est ouvert ce dimanche comme la plupart des commerces.

Je demande au chauffeur, un Noir d’une cinquantaine d’annĂ©es, barbe grise et sel de 2-3 jours, oĂą s’arrĂŞter pour Harlem :

« It depends on where you’re going Â» me rĂ©pond-t’il. Mince !

« Up to Central Park Â» je rĂ©ponds. Il me dit qu’il m’arrĂŞtera Ă  une station. Je le remercie.

La climatisation me heurte. Je ferme mon blouson. La 3ème Avenue défile plus de trente minutes durant. Le chauffeur annonce la plupart des arrêts par noms de rue. Il est l’autorité du bus.

Une seule femme (d’une bonne cinquantaine d’années) raconte sa vie grâce à son téléphone portable.

Nous apercevons beaucoup de commerces dont une Bakery qui donne envie avec ses pâtisseries maison. J’aperçois aussi une maison à Bagels. Je n’en n’ai toujours pas mangé. Les quartiers sont assez chics ou bobos. Puis, vient Harlem. Et, c’est moins beau. D’abord, une bonne partie des passagers avec nous au départ a disparu. La femme blanche au téléphone portable n’est plus là.

Un Noir massif d’une cinquantaine d’années, assez grand, aux pieds larges chaussant à peu près du 48, et sentant l’urine, monte avec une poussette. C’est laborieux. Derrière lui, une jeune femme noire, grosse, la vingtaine, avec un joli visage, mesurant 1m60 ou moins, porte un enfant qui doit avoir un an au maximum.

L’homme et la femme s’assoient côte à côte. Debout, à l’arrêt de bus, un homme d’environ 1m70, la cinquantaine, la peau noisette, maigre, est vêtu d’un costume beige. Ses yeux sont assez exorbités. Il porte une bosse sur la partie gauche de son front. Une bosse qui semble faire partie de son anatomie. Il regarde derrière le bus semblant en attendre un autre. C’est un personnage d’un livre de Chester Himes.

 

Le bus repart. Un peu plus tôt était montée une jeune femme noire, en tenue de travail. Une combinaison bleue (tunique et pantalon). Elle venait sûrement de l’hôpital devant lequel nous nous étions arrêtés.

 

Le couple Ă  l’enfant discutait tranquillement, se souriant. La poussette, elle, n’arrĂŞtant pas de se dĂ©placer : les freins ne marchaient pas ou ne marchaient plus. Plusieurs fois, celle-ci s’est dĂ©placĂ©e sans que l’homme s’en aperçoive. J’ai ainsi pu la remettre une ou deux fois sans qu’il le voie. La première fois, il s’était excusĂ©. Finalement, l’homme a posĂ© son gros pied pour coincer la poussette.

 

 

A un arrĂŞt est montĂ© un mastodonte noir (Ă  la Schwarzenegger  quand il Ă©tait jeune). Il tenait dans la main un sorbet qu’il lapait avec plaisir.

 

 

Nous sommes descendus peu après. Le Harlem que j’ai vu m’a évoqué la Porte de Clignancourt, ses commerces bon marché, St Ouen, avec un playground. Mais une Porte de Clignancourt en plus large bien-sûr et où l’on parle Espagnol.

En marchant vers le nord de Central Park, nous croisons quelques Africaines et Africains francophones.

 

Le nord de Central Park

 

 

Cela surprend de tomber sur le nord de Central Park en émergeant d’Harlem et de ses logements calmes mais plutôt moches. De plus, il fait beau. Comme hier.

 

 

A Central Park, l’atmosphère est très dĂ©tendue. Quelques personnes sur des bancs. Lecture, dĂ©tente, coiffure. Mais la plupart se promènent. Quelques noirs mais surtout des blancs. Ou des touristes comme nous. Enfin, c’est ce que je vois d’emblĂ©e.  Le parc est beaucoup trop grand pour que je sois catĂ©gorique.

Des gens se promènent en famille.  Quelques personnes trottinent. Comme ce noir d’environ 1m90 pour plus de cent kilos, la cinquantaine, short, casquette, baladeur fichĂ© dans la brassière de son bras gauche. Il se prend la laisse d’un petit chien tenu par un mĂ´me. Le noir saute un moment Ă  cloche-pied, le temps d’être dĂ©gagĂ©, sous les «  My God ! I’Am sorry ! Â» de la maman du petit. Puis, l’homme repart vers son footing en transpirant. Il est midi et demi passĂ©.

 

 

Nous entrons dans un jardin où les cyclistes sont invités à mettre pied à terre. Malheureusement, j’ai oublié son nom. C’est un jardin assez grand pourvu de toilettes gratuites et plutôt propres. On peut facilement tourner en rond dans ce jardin. Mais c’est calme, agréable. On y croise deux surveillantes. Deux noires. Deux étudiants, une fille, un garçon, avec leur Mac sous les colonnes. Un couple. Un endroit tranquille.

 

En sortant de ce jardin, nous nous rapprochons du rĂ©servoir Jackie Onassis (Quel hommage ! ) et de la file active des sportifs de Central Park. Enfin, sportifs….tous ne le sont pas. MĂŞme si le plus grand nombre en a la tenue et l’équipement. Et, ils sont nombreux Ă  dĂ©filer rĂ©gulièrement, principalement Ă  pied ou Ă  vĂ©lo. Beaucoup moins, j’en suis surpris, en rollers et avec des rollers « ordinaires Â» Ă  quatre roues avec frein Ă  l’arrière. A l’exception d’un rouleur, noir, en combinaison de compĂ©tition avec quatre roues d’environ 100 mm de diamètre.

Je vois beaucoup de sportifs du dimanche. Ou des sportifs qui commencent un entraînement.

Nous remontons (descendons) la file active à contre-courant. Parmi les promeneurs, quelques voix françaises.

Nous longeons principalement la piste sportive jusqu’au sud où nous sortons. Après une pause, assis sur un banc, à regarder les sportifs.

 

Nous tombons sur le défilé du char de la Colombie. Devant nous, quelques Colombiens émus agitent leur drapeau. La jeune femme qui représente la Colombie semble aussi contente et émue.

Nous n’attendons pas le passage des autres chars et ne demandons pas de quoi il s’agit. Nous traversons l’avenue dès que cela est possible avec quelques autres. Nous prenons un bus dans l’avenue Madison direction Harlem. Le seul avantage que je trouve Ă  ce que je vois de Madison Avenue est de nous indiquer un des musĂ©es oĂą nous irons peut-ĂŞtre : le musĂ©e d’art contemporain. Pour le reste, cette avenue me dĂ©plait. Sa froideur. Son luxe. Ce fric. Ces vitrines. Et puis, la climatisation du bus me rackette.

 

Harlem

 

 

De retour à Harlem pour trouver un restaurant, je nous égare. Jusqu’à ce qu’une dame noisette d’une soixantaine d’années du genre bigote nous réponde avec un accent espagnol et nous aiguille.

 

Je suis Ă©tonnĂ© par l’espace de Harlem : assez larges trottoirs. Assez larges rues.  Calmes. Peu de voitures. Il est vrai que les logements, en moyenne, y sont plus petits que lĂ  oĂą se trouve notre hĂ´tel.

Nous apercevons l’avenue Martin Luther King. Puis, nous approchons de notre but. Le Melbi’s  citĂ© dans le Lonely Planet semble ouvert. Il y’a des personnes attablĂ©es Ă  l’intĂ©rieur. Un homme noir assis devant avec une femme noire avec laquelle il discute, me prĂ©vient que ça ouvrira Ă  17h. Il est 15h ou 15h30. Je leur demande s’ils connaissent un bon endroit oĂą manger près d’ici. Nous avons le choix. Ils nous indiquent trois ou quatre endroits.

 

Nous entrons dans le Zoma (« essence of Abyssinia, Ethiopian cuisine New York Â») toujours dans le boulevard Frederik Douglass ( 8 th Avenue ).

L’intĂ©rieur est moderne et assez spacieux tout en bĂ©nĂ©ficiant d’ornementations du pays. Depuis quelques annĂ©es, j’ai un faible pour l’Ethiopie, pays d’Afrique qui n’a pas connu l’esclavage. HaĂŻlĂ© SĂ©lassiĂ©. L’Amarhique. La collection de musique Ethiopiques.  La chanteuse Tseyhatu BerĂ ki.

 

La jeune femme qui nous reçoit a le charme de lĂ -bas. Ce regard, ce visage.  Ce sourire poli, ces cheveux.

Je la crois née là-bas mais elle s’exprime avec un accent new-yorkais plutôt prononcé.

Dans le restaurant, un couple hétéro blanc, deux femmes noires. Une, plus jeune que l’autre, porte une robe rouge.

 

Nous prenons un plat conçu pour deux. 31 dollars, taxe incluse.

Je lui demande comment s’appelle cette chanteuse que nous entendons. Kuku Sebsibe. Elle n’a pas le cd me répond-t’elle en souriant mais elle peut m’écrire son nom.

Elle est jeune ? Pas vraiment. Elle doit avoir la cinquantaine.

Comment faire pour aller Ă  l’église abyssinienne ? Je n’y suis jamais allĂ©e.

Elle m’explique comment m’y rendre. Il faut prendre le métro etc….

Par contre, la salle de concerts Apollo est assez proche ! Je prends une carte du restaurant. Nous partons donc pour Apollo et je veux croire que son sourire, quand elle nous a saluĂ©, n’avait rien Ă  voir avec l’impĂ©ratif «  Hi guys ! Â» qu’on entend rĂ©gulièrement dans les magasins.

 

 

Aller Ă  la salle de concert Apollo nous permet de rester un peu plus longtemps dans Harlem.

Dans Nicholas Avenue, en pleine rue, nous avons vu un jeune homme noir d’environ un mètre quatre vingt s’amuser Ă  lancer un ballon de football amĂ©ricain que trois jeunes garçons d’une dizaine d’annĂ©es s’empressaient d’aller rĂ©cupĂ©rer. 

 

Sur le chemin d’Apollo

 

 

Sur le chemin d’Apollo, une mosquée qui semble tenue par des Africains d’Afrique noire. Une avenue ou un boulevard Malcolm X. Il me semble même avoir vu quelque part l’enseigne d’une communauté Malcolm Shabbazzou quelque chose comme ça.

 

Je constate aussi des restes d’un certain militantisme «  I’Am black and Proud ! Â» :

 

C’est une vendeuse d’un âge respectable (la quarantaine) vêtue à l’Africaine sur le modèle de la chanteuse Erykha Badu.

Des livres qui ont Ă  voir avec un certain militantisme.

Jusqu’à la vente de comics avec des super hĂ©ros noirs. Les quelques super hĂ©ros noirs de comics tels que Black Panther, ce qui, en Anglais, ici, Ă  Harlem, prend un autre sens auquel je n’avais jamais pensĂ© en lisant « La Panthère noire Â» en Français. Et, bien-sĂ»r, Luke Cage qui a inspirĂ© Ă  l’acteur Nicolas Coppola son nom d’acteur : Nicolas Cage.

 

Inutile d’entrer dans l’Apollo juste pour visiter. Surtout lorsque je vois un guide en sortir avec quelques touristes et leur sortir qu’il a Ă©tĂ© très content de les rencontrer et de serrer la main Ă  tous : des blancs, des hommes et quelques femmes.

Cela me rappelle la même mascarade touristique que dans ce documentaire où l’on voyait un jeune couple français visiter en Jamaïque le musée consacré à Bob Marley.

 

Give me a break !

 

 

Bien qu’historique, l’Apollo me fait l’effet d’un lieu ordinaire pour celles et ceux qui vivent ou travaillent ( il y’a plein de commerces) aux alentours.

Dans un magasin de chaussures, non loin de là, un jeune noir d’une quinzaine d’années essaie des bottes en caoutchouc tout en téléphonant. Il est assis sur un siège.

Un des employés, noir, la bonne quarantaine, l’aide à retirer la botte qui lui reste. Le jeune homme poursuit sa conversation téléphonique.

Il semble que l’employĂ© s’enhardisse Ă  lui demander s’il prend les bottes. Le jeune homme, tout en continuant sa conversation tĂ©lĂ©phonique, rĂ©pond, en riant un peu, Ă  l’employĂ© :

« Give me a break ! Â». L’employĂ© se redresse docilement.

Franck Unimon (Ă  suivre).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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En Route pour le milliard-un film documentaire de Dieudo Hamadi

 

En route pour le milliard un film documentaire de Dieudo Hamadi

 

 

Le plus souvent, dans son lit ou sur le billard, on arrĂŞte de compter bien avant d’atteindre le milliard. 6600 bombes sont tombĂ©es du 5 au 10 juin 2000 lors de la « guerre des six jours Â».

 

Certaines régions sont parfois connues pour les sourires et les espoirs qu’elles exportent. Kisangani l’a sûrement été pour ce conflit qui a opposé le Rwanda à l’Ouganda en République démocratique du Congo pour les diamants.

 

Il est déjà très difficile d’être maitre de soi-même en temps ordinaire. Alors, par temps de guerre, parmi des bombes impossibles à dompter et à dénombrer….

 

Plusieurs années ont été nécessaires à des survivants de Kisangani pour se remettre suffisamment avant de décider d’entreprendre certaines démarches. A la fin du conflit, l’Etat s’était engagé à leur verser un milliard en compensation. Près de vingt ans plus tard, les survivants n’ont perçu que leurs traumatismes, leur honte sociale et leur colère.

 

Dieudo Hamadi les suit jusqu’à Kinshasa oĂą se trouvent les grands dĂ©cideurs pour leur rappeler certains engagements. Kisangani-Kinshasa, cela fait plus de 1200 kilomètres Ă  vol d’oiseau. Mais si ces femmes et ces hommes avaient Ă©tĂ© des oiseaux, ils auraient eu la lĂ©gèretĂ© de s’envoler avant que la lourdeur des bombes- et des viols ?- ne les plombe. Ces grands voyageurs sont cul de jatte, porteur et porteuses de prothèses en plastique, se dĂ©placent avec des bĂ©quilles. L’Homme a marchĂ© sur lune. Eux ont marchĂ© sur des restes humains et sont de ces restes qui partent en chemin. Ils n’ont ni fusĂ©e, ni sponsor, ni avocat, ni association, ni chaine de tĂ©lĂ©. « Mais sans sacrifice, on n’obtiendra jamais rien Â».

 

 

Ils ont eu une vie auparavant. Le « PrĂ©sident Â» du groupe Ă©tait peut-ĂŞtre instituteur, banquier. Il sait s’exprimer, a encore une carrure imposante. Maintenant, pour se laver, il doit s’allonger dans la boue tant, sans ses bĂ©quilles, il ne tient pas debout. Chez lui, on aperçoit un poster de MichaĂ«l Jackson, l’AmĂ©ricain tout en jambes.

 

Pour aller Ă  Kinshasa, ces femmes et ces hommes prennent le fleuve par le bateau. Prisonniers de leurs blessures, de la promiscuitĂ©, de la pluie qui pile les bâches, le temps leur rend la vie encore plus dure. On se dispute sur la façon de bien cuisiner du riz.  

 

Puis, ils accostent et sont reçus par une jeune dĂ©putĂ©e qui, un temps, les soutient. Jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus le faire car elle doit s’occuper de sa campagne. Les voici  obligĂ©s d’improviser. Il y a des dĂ©saccords sur la façon de s’y prendre. Certains sont plus dĂ©couragĂ©s que d’autres. Dieudo Hamadi reste avec les survivants de l’espoir. Celles et ceux qui continuent d’y croire.

 

 

Arrive dans En Route pour le milliard ce défilé ensorcelant et très violent :

 

Les victimes tiennent leur poste Ă  la sortie du parlement. MalgrĂ© le rejet brutal et mĂ©prisant des vigiles armĂ©s qui, du fait de la prĂ©sence de la camĂ©ra, rĂ©frènent leur violence pour celles et ceux qu’ils voient comme des Ă©nièmes va-nu-pieds qui pourraient leur faire perdre leur position et leur temps. Et, lĂ , sortent des sommitĂ©s politiques du pays ; des hommes, quelques femmes, bien sapĂ©s, un bijou de pointe Ă  la main ( un tĂ©lĂ©phone portable) tout acquis Ă  leur immunitĂ© envers les revers de la vie. Ils s’étonnent. Et de la prĂ©sence d’une camĂ©ra comme de celle de ces personnes estropiĂ©es  qui leur parlent. Dans un langage et une image difforme dont ils se dĂ©tournent en quelques secondes, pesant, pour certaines et certains de ces sommitĂ©s, le pour et le contre, concernant la meilleure attitude Ă  adopter et Ă  montrer.

 

Les élections présidentielles surviennent. Le nouveau Président élu déjoue les pronostics et rend optimiste. Cependant, dans la rue, devant le bâtiment présidentiel, les survivants de Kisangani n’existent plus. L’argent et la considération qu’ils attendent sont sans doute là quelque part. Sur cette route qu’ils ont prise un jour pour le brouillard.

 

Les Jeux para-Olympiques de Tokyo, et les autres Jeux Olympiques, cela reste beau. Et, puis, il reste tous les autres “athlètes” de la guerre, bien plus nombreux, mutilĂ©s ou non, tels que l’on peut en voir dans ce documentaire qui bĂ©nĂ©ficiera de bien moins d’audience, de publicitĂ© et de parts de marchĂ©.

 

En Route pour le milliard sortira en salles le mercredi 29 septembre 2021.

 

 

 

Franck Unimon, ce mardi 21 septembre 2021.

 

 

 

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J’ai aimĂ© vivre lĂ - un film de RĂ©gis Sauder

 

J’ai aimĂ© vivre lĂ – un film de RĂ©gis Sauder

 

 

Pour l’édifice mental de « l’être Â» parisien – lequel veut pouvoir trouver le prestige et le ciel Ă  portĂ©e de « son Â» mĂ©tro- J’ai aimĂ© vivre lĂ  sera peut-ĂŞtre l’essai du prĂ©cipice.

 

 

Ce film, mĂ©lange de documentaire et de fiction, part des Ĺ“uvres de l’écrivaine Annie Ernaux pour parler de Cergy-Pontoise, ville de grande banlieue parisienne, dans le Val d’Oise. La grande banlieue parisienne, c’est très loin. A près de trente kilomètres de Paris. Trente ou trente cinq minutes de RER A- ou plus- depuis la station Charles de Gaulle Etoile.  

 

Si, depuis l’esplanade de Paris, à Cergy-St Christophe, le regard peut s’entraîner jusqu’à l’Arc de Triomphe en passant par la Défense, il peut être difficile de savoir si ce que l’on voit appartient au passé ou à une forme de vie qui a persisté.

 

J’ai aimĂ© vivre lĂ  raconte l’intĂ©rieur de cette ville aux plus de cent nationalitĂ©s, ex-ville nouvelle construite Ă  partir des annĂ©es 70 pour anticiper le dĂ©veloppement rapide de l’agglomĂ©ration parisienne. Des extraits de texte d’Annie Ernaux et des portraits de certains de ses habitants, jeunes et moins jeunes, de plusieurs origines, font ce film dans divers endroits de la ville.  

 

Nous ne sommes pas dans du Rohmer qui avait tourné en 1987 L’ami de mon amie à Cergy-Pontoise. Ni dans le Naissance des pieuvres de Céline Sciamma réalisé en 2007.

 

Dans J’ai aimĂ© vivre lĂ , on rencontre des militants associatifs, des personnes venues s’y Ă©tablir et qui y ont vu grandir leurs enfants ; des jeunes qui y ont grandi et y ont leurs cercles d’amis ; des Ă©tudiants qui vont partir pour Paris ; des Ă©trangers qui ont dĂ» quitter ou fuir leur pays. Et, quelques fois, Annie Ernaux, cette « voisine Â» que j’aurais pu croiser, que j’ai peut-ĂŞtre croisĂ©e.  

 

Dans J’ai aimĂ© vivre lĂ , on n’y montre pas trop la dĂ©figuration de la ville par l’assaut dĂ©bridĂ© des flots bĂ©tonniers des projets immobiliers. Ni certains quartiers de trafic. Mais, plutĂ´t, ce qui y est rĂ©ussi et peut ĂŞtre difficile Ă  quitter. MĂŞme si l’ancienne patinoire de Cergy-PrĂ©fecture devenue lieu d’hĂ©bergement pour refugiĂ©s apparaĂ®t. Et qu’une interprète se met un moment Ă  pleurer en se remĂ©morant ce qu’était « sa Â» patinoire quelques annĂ©es plus tĂ´t.

 

J’ai vĂ©cu une vingtaine d’annĂ©es  Ă  Cergy-Pontoise Ă  partir de mes 17 ans. Mes parents, de classe sociale moyenne, y accĂ©daient pour la première fois de leur vie Ă  la propriĂ©tĂ© en achetant Ă  crĂ©dit un de ces pavillons comme il y en a tant. Ce fut pour nous un grand changement après notre immeuble HLM de Nanterre de dix huit Ă©tages Ă  quinze ou vingt minutes Ă  pied du quartier de la DĂ©fense. En s’Ă©loignant de ce quartier des affaires, mes parents avaient estimĂ© faire une affaire….

Dans le salon de “notre” pavillon, un calme intact me rĂ©pondait alors que j’écoutais très fort le premier album de Mc Solaar. Le silence de la rue devant chez nous. L’éloignement extrĂŞme des cercles de mes connaissances que je pouvais pourtant rejoindre moyennant du temps dans les transports en commun. Cela fut une pĂ©riode oĂą la dĂ©couverte de l’entre-deux s’imposa Ă  moi. 

 

Cette ligne A du RER qui attèle Cergy-le-Haut et ses suivantes Ă  Paris et en fait aussi une « ville-dortoir Â», souvent bondĂ©e aux heures de pointe, après Ă  peine deux stations depuis son dĂ©but, est assez absente du film. Comme le fait que la grande distance kilomĂ©trique qu’elle couvre l’expose assez rĂ©gulièrement Ă  des incidents techniques ainsi qu’aux consĂ©quences directes des grèves de cheminots. Tandis que la ligne A du RER cĂ´tĂ© St-Germain en Laye, elle, plus courte, mieux desservie, est aussi moins touchĂ©e par ce genre de destinĂ©e.  

 

 

J’ai aimĂ© aller voir j’ai aimĂ© vivre lĂ  pour ce passĂ© qu’il allait me rappeler. Un passĂ© « annoncĂ© Â» par un camarade de mon Ă©cole primaire parti y habiter dans les annĂ©es 70 avec son frère et ses parents plusieurs annĂ©es avant nous. Un passĂ© oĂą j’ai des souvenirs de marchĂ© – celui de Cergy St Christophe- de mĂ©diathèques ; de la plus grande horloge d’Europe dont la grande aiguille des secondes me « dĂ©coupait Â» alors que je courais vers elle jusqu’au RER avant qu’il ne parte ; de concerts ( Brigitte Fontaine, Brain Damage, Improvisators Dub, Susheela Raman, High Tone, Manu Dibango, Disiz La Peste, Franck Black, Joey Starr….)  ; de courses au centre commercial Les Trois Fontaines ; de rencontres professionnelles, amicales et amoureuses ; de certains choix personnels et familiaux ; de sĂ©ances d’abord aux cinĂ©mas Utopia de St-Ouen l’Aumone et de Pontoise puis Ă  celles du complexe de Cergy-Le-Haut arrivĂ© plus tard avec sa carte illimitĂ©e et aussi  plus proche de chez moi, Ă  pied ; De footing et de sĂ©ances de natation ; de certaines allĂ©es et venues Ă  la base des Ă©tangs de Cergy-Neuville ;  de sorties roller. De mes premiers cours de théâtre.

 

Un passé, aussi, où, durant des années, j’ai vécu dans des rêves autres que ceux de cette ville. Ce qui m’a sûrement empêché de l’aimer, tout comme ce film, autant que je l’aurais pu ou dû.

 

J’ai aimé vivre là sortira en salles le 29 septembre 2021.

 

Franck Unimon, ce lundi 20 septembre 2021.

 

 

 

 

 

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Dune-un film de Denis Villeneuve

 

                                          Dune un film de Denis Villeneuve

 

 

 

« Tant de Pouvoir dans un mâle Â» ; « Les rĂŞves sont des messages de profondeur Â» ; « Un empereur dangereusement jaloux Â» ; « Son regard s’aiguise Ă  peine qu’il descend dĂ©jĂ  dans l’arène Â» ; « La main de Dieu perturbe notre système de communication Â» ; « Le dĂ©sert prend les faibles Â» ; « Il a implantĂ© des superstitions Â» ; « J’aurais dĂ» t’épouser Â». «  On tamise les gens comme on tamise le sable Â».

 

 

 

L’adaptation cinématographique de l’œuvre de Frank Herbert (1964) par le réalisateur Denis Villeneuve est apparue sur beaucoup d’écrans en France ce mercredi 15 septembre 2021. C’est le très gros événement cinématographique de la rentrée et je suis allé le voir dès la première séance de 8h55. La grande salle était pleine.

 

Ces dernières années, on mentionne régulièrement le réalisateur Christopher Nolan comme étant celui qui sait alterner films grand public et films d’auteur. Devant le Dune de Villeneuve, je me suis avisé que celui-ci faisait beaucoup mieux.

 

Je n’ai pas tentĂ© de lire l’œuvre Frank Herbert. J’avais plusieurs fois entendu dire qu’elle Ă©tait inadaptable. J’avais vu avec plusieurs annĂ©es de retard l’adaptation de David Lynch qui, en 1984, Ă©tait dĂ©ja devenu un rĂ©alisateur qui compte. J’avais lu des avis mitigĂ©s sur le film de Lynch estimant qu’il Ă©tait un « nanar Â». Je me rappelle du chanteur Sting, nimbĂ© de son statut de star au sein du groupe de musique Police, y tenant un rĂ´le de mĂ©chant. Et d’une scène cruelle dont Lynch, une fois de plus, avait su magnifier le sadisme. Il me reste donc des impressions de ce film et je m’en souviens  un petit peu plus que beaucoup d’autres films que j’avais vus par la suite.

 

Je cite ces trois rĂ©alisateurs de rĂ©fĂ©rence que sont Villeneuve, Nolan et Lynch car ces vingt dernières annĂ©es, ils ont pour eux d’avoir su concilier l’esthĂ©tisme agressivement sĂ©duisant de notre Ă©volution avec celui de nos infirmitĂ©s. InfirmitĂ©s dans lesquelles, malgrĂ© beaucoup d’efforts et  d’espoirs, nous demeurons souvent enfermĂ©s.

 

On a sans doute devinĂ© en lisant cet article que je prĂ©fère dĂ©sormais la filmographie de Villeneuve Ă  celle de Nolan qui avait rĂ©alisĂ© la grosse production  qui avait Ă©tĂ© l’évĂ©nement cinĂ©matographique quelques mois après la sortie de notre premier confinement du Ă  la pandĂ©mie du Covid :

 

Tenet Ă©tait sorti le 26 aout 2020.

 

Tenet avait beaucoup plu et très « bien marchĂ© Â»  au cinĂ©ma. Mais, dès ses dĂ©buts, dans la salle, son magnĂ©tisme supposĂ© n’avait pas opĂ©rĂ© sur moi. MĂŞme si l’acteur Robert Pattinson m’avait fait une bien meilleure impression que l’acteur principal John David Washington, nouvelle star du cinĂ©ma depuis son rĂ´le dans le film de Spike Lee (BlacKkKlansman : J’ai infiltrĂ© le Ku Klux Klan, 2018) et fils de Denzel Washington.

 

Lorsque je pense aux quelques films de Villeneuve que j’ai pu voir jusqu’à maintenant Ă  leur sortie au cinĂ©ma, je ne trouve pas, parmi eux, de films ratĂ©s :

 

Incendies, Enemy, Sicario, Premier Contact, Blade Runner 2049.

 

Villeneuve sait, selon moi, aborder les grandes questions morales de notre époque en y associant le sens du spectacle. Sans devenir la réclame publicitaire de ce spectacle.

gare de Paris St-Lazare, ce mercredi 15 septembre 2021.

 

J’aurais donc dĂ» ĂŞtre content et me sentir privilĂ©giĂ© ce mercredi matin de pouvoir, une fois de plus, partir au cinĂ©ma alors que je prenais les transports en commun avec beaucoup de personnes qui partaient travailler. Sauf que ce mercredi 15 septembre 2021, c’était aussi Le Grand jour dans un autre domaine, plus rĂ©el. Et, surtout, plus immĂ©diat.

 

A compter de ce 15 septembre 2021,  l’Etat condamnait lĂ©galement Ă  la suspension et Ă  la sanction Ă©conomique certains des hĂ©ros de l’an passĂ© lors de la pandĂ©mie du Covid :

 

Les soignants qui persistaient Ă  refuser de se faire injecter les vaccins actuels contre le Covid.

Et, moi-même, longtemps récalcitrant et encore dans le doute concernant ce que j’avais finalement accepté de me faire injecter dans le deltoïde deux jours plus tôt, je ne devais la possibilité de cette sortie au cinéma que parce-que je disposais depuis du résultat d’un test antigénique au Covid d’une durée légale de deux ou trois jours. Et, comme la plupart des spectateurs et des passagers rencontrés en me rendant à cette séance, depuis l’année dernière, dans les lieux publics, je portais également sur le visage un masque anti-Covid.

 

 

Ce contexte n’empêche pas de regarder un film. Mais il peut être utile de le préciser quand on en parle ensuite. Puisque ce qui nous concerne personnellement affecte ensuite directement notre façon de voir un film, de lire, et, bien-sûr, notre façon de vivre.

 

 

Dès le dĂ©but de Dune, je me suis dit :

 

« A la fin du film, je retourne le voir une seconde fois Â».  C’était la première fois depuis longtemps que je n’avais pas eue une telle volontĂ©. Au cinĂ©ma, il est quelques films que je suis retournĂ© voir plusieurs fois :

 

Le Grand Bleu de Luc Besson ; Le premier Matrix des ex-frères Wachowski ; La trilogie Pusher de Nicholas Winding Refn. Ensuite, il est un autre film que j’avais vu une fois au cinĂ©ma Ă  sa sortie, dans une salle dĂ©serte, aux Halles, et dont l’attrait sur moi s’est accru Ă  mesure que je l’ai revu. D’abord en dvd puis en Blu-ray. Under The Skin de Jonathan Glazer.  

 

Il est d’autres films, comme des livres, que j’ai vus et lus une seule fois et qui m’ont pourtant beaucoup marquĂ©. Tels, par exemple, des films de Kieslowski, Kitano, Lynch, Spike Lee, Dumont. Ou un livre comme La Supplication de Svetlana Alexievitch,  lors de sa parution, des annĂ©es avant son Prix Nobel de littĂ©rature. Des livres de Chester Himes, Richard Wright…

 

 

Mais il est seulement quelques films, pour l’instant, que je suis allĂ© voir plusieurs fois. Et, spontanĂ©ment, Dune s’est retrouvĂ© sur cette liste. Je ne l’ai pas fait finalement. Non en raison de sa durĂ©e (2h35). Ces 2h35 passent comme un fil. On ne les subit pas. Mais parce-que, comme souvent, avant d’aller voir un film, j’aime ĂŞtre « vierge Â» (cette remarque avait fait grimacer une attachĂ©e de presse il y a plusieurs annĂ©es) et en savoir le moins possible.

J’ignorais donc en allant voir Dune qu’il y aurait une suite. C’est uniquement à la fin du film que j’ai compris que le Dune de Villeneuve allait sûrement être l’équivalent de la trilogie Le Seigneur des anneaux réalisée par Peter Jackson dans les années 90. Trilogie dont chaque volet, si je me souviens bien, durait aussi près de trois heures.

Certaines personnes feront peut-ĂŞtre une analogie avec le succès des Harry Potter qui a comptĂ© près d’une dizaine d’adaptations cinĂ©matographiques. Mais hormis la toute première adaptation cinĂ©matographique que j’avais vue Ă  sa sortie, qui m’avait plutĂ´t plue, et ne m’avait  jamais laissĂ© penser qu’il y’aurait ensuite un « phĂ©nomène Â» Harry Potter dans les salles qu’en librairie, j’ai peu suivi ces rĂ©alisations. MĂŞme si ma prĂ©fĂ©rĂ©e reste celle d’Alfonso Cuaron avec Harry Potter et Le Prisonnier d’Azkaban ( 2004).

 

 

Qu’est-ce que j’ai aimĂ© tout particulièrement dans le Dune de Villeneuve ?

 

Dès le dĂ©but, le dĂ©coupage de l’espace. La mise en scène. Villeneuve a fait de son film une poly-scène de théâtre. Le théâtre palpable, au sens organique, dans « son Â» Incendies (2010) adaptĂ© de l’œuvre théâtrale de Wadji Mouawad– que je n’ai pas vue-  se retrouve dans « son Â» Dune.  Villeneuve pose ses scènes. Nous sommes plusieurs fois entre la photo et le tableau.

 

 

Il y a du désert et des deuils dans Incendies. Il y en a aussi dans Dune. Les femmes sont porteuses et fortes dans Incendies. Elles le sont aussi dans Dune. Dans d’autres réalisations intermédiaires de Villeneuve, aussi.

 

Quoi d’autre ? On parle beaucoup de la voracitĂ© de l’économie libĂ©rale et d’écologie dans Dune. Cela nous rappelle nos Ă©chĂ©ances prĂ©sentes devant le rĂ©chauffement climatique, la rarĂ©faction de l’eau encore abstraite dans les pays riches. Mais aussi nos comportements et nos certitudes acquises mais aussi contraintes. 

 

Le sĂ©dentarisme dĂ©mesurĂ© et urbanisĂ© de nos vies est ici exposĂ© comme une vulnĂ©rabilitĂ© mortelle. Ce sont plutĂ´t les nomades ou celles et ceux qui s’apparentent Ă  des sortes de Touaregs (les « Fremen Â» comme « Free Men Â» ?)  qui semblent plus Ă  mĂŞme de vĂ©ritablement faire leurs choix. Et de vivre.  

 

Dans Dune, on parle aussi de Savoirs ancestraux connus et crus par certains, ignorés par d’autres. Mais aussi de la peur qui est peut-être une de nos plus grandes Croyances. Et, question croyance en nos peurs, nous sommes nombreux à être encore beaucoup plus fervents et partisans que d’habitude depuis la pandémie du Covid. Ce qui est bien pratique pour certaines politiques et techniques managériales.

 

 

On aimerait pouvoir agir sur nos peurs comme le hĂ©ros, Paul Atreides (interprĂ©tĂ© par TimothĂ©e Chalamet ) et sa mère, Lady Jessica ( l’actrice Rebecca Ferguson) le font. Mais Ă  les voir, on comprend aussi qu’apprendre Ă  se sĂ©parer de nos peurs est le rĂ©sultat d’un entraĂ®nement et de toute une Ă©ducation. Cela ne s’improvise pas. «  Notre projet tient sur des siècles Â» dit un personnage plutĂ´t impitoyable dans le film.  

 

 

J’ai beaucoup aimé l’attention portée par Villeneuve aux différents langages ainsi qu’aux codes culturels. Une scène très drôle avec Javier Bardem en sera un des exemples. Néanmoins, savoir parler dans la langue qu’il convient au bon moment peut sauver. Ou tuer.

 

J’ai trouvé au personnage de Paul Atreides des airs de Lawrence d’Arabie. Et son nom me fait aussi penser à l’histoire de l’Atlantide. On ne peut, aussi, que le rapprocher évidemment du jeune Skywalker, puisqu’il est aussi impossible de ne pas citer le Star Wars de Georges Lucas, d’une façon ou d’une autre, devant Dune. Et, bien-sûr, pendant qu’on y est (mais cela avait déjà été partiellement fait) le Blade Runner de Ridley Scott.

 

De toutes façons, dans Dune, on trouve- pour le meilleur- plusieurs des actrices et acteurs tant europĂ©ens qu’anglo-saxons qui ont rencontrĂ© au moins ces dix dernières annĂ©es une certaine popularitĂ© au travers du cinĂ©ma (d’auteur ou de cinĂ©ma grand public) ou de certaines sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es :

 

 Les Gardiens de la Galaxie, Game Of Thrones, des films des frères Coen. On peut mĂŞme dĂ©celer une allusion Ă  La Servante Ecarlate.

 

 

Cependant, toutes ces références, et bien d’autres que j’ai oubliées ou qui sont bien là même si je ne les vois pas, n’empêchent pas de voir que Villeneuve a livré là un film- de plus- qui sort du lot.

 

Dune m’a tellement plu que lorsque le générique de fin est arrivé et que j’ai compris qu’il y aurait une suite, que je me suis inquiété du fait qu’il n’arrive quelque chose à son réalisateur qui l’empêche de nous montrer le reste.

 

Ensuite, je suis allĂ© voir Shang-Chi Et La Legende des dix anneaux de Destin Daniel Creton. Parce-que le film bĂ©nĂ©ficiait de bonnes critiques. Parce qu’un film de Super-hĂ©ros avec Tony Leung Chiu Wai (son rĂ´le dans A Toute epreuve de John Woo me l’a dĂ©finitivement attachĂ©. Peut-ĂŞtre aussi que le suicide de l’acteur Leslie Cheung , il y a plusieurs annĂ©es, y est en partie pour quelque chose)  et Michelle Yeoh ne se refuse pas.

 

Je parlerai bientôt de ce film mais le voir après Dune a été…. à son désavantage.

 

 

Franck Unimon, ce samedi 18 septembre 2021.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Interroger la Loi

Les Halles, Paris, Mercredi 15 septembre 2021.

Interroger la Loi

 

Les lois et les règles sont nécessaires. Les limites, aussi. Mais encore faut-il qu’elles soient ajustées.

 

RĂ©cemment, j’ai entendu quelqu’un dire qu’il aimait beaucoup les jean’s lorsqu’ils sont tout neufs et encore Ă  l’état de « carton Â». Et qu’ils se font, peu Ă  peu, au corps de celle ou de celui qui les portent.

 

Je porte très peu de jean’s. Bien que j’aie essayĂ©, ce n’est pas mon vĂŞtement de prĂ©dilection. MĂŞme si je lui reconnais des atouts et que je vois bien des personnes qu’il met particulièrement Ă  leur avantage. Je manque peut-ĂŞtre de patience pour faire un jean’s Ă  mon corps. 

 

Ecologiquement, on sait aussi que la fabrication des Jean’s est loin d’être vertueuse. Donc, autant bien les choisir et « acquĂ©rir Â» ceux qui dureront le plus longtemps.

 

Après avoir « dit ça Â», une Loi peut, dans certaines conditions, ressembler Ă  un jean’s.

 

Il convient de savoir l’adapter au mieux à une époque, aux circonstances, à celles et ceux qui la portent et vivent avec. Autrement, c’est une exigence trop rigide, entravante, meurtrière, fanatique, mutilante ou une protection dépassée et insuffisante.

 

Les lois sont les garantes des ligaments, des muscles, des tendons, de la moelle,  des neurones, du sang, des organes, de la peau, des pensĂ©es, de l’âme de nos cultures, de nos histoires, de notre corps social mais aussi de la vie qui nous entoure et de ses expressions sous diffĂ©rentes formes.

 

Les femmes et les hommes de Loi doivent en principe s’atteler à ce genre de travail. Au maintien ou à la restauration, au mieux, de ces garanties.

 

Pour cela, il leur faut aussi savoir interroger la Loi. Ou apprendre Ă  le faire. Pas seulement interroger les personnes.

Ensuite, Il faut  essayer d’ajuster le Texte de la Loi.  Aux circonstances. A l’époque. Aux ĂŞtres. A la vie. 

 

C’est un travail permanent, délicat, difficile, décourageant, risqué et nuancé au résultat incertain. La réussite de ce travail est impossible à prévoir à l’avance. La réussite se mesure avec le temps. En mois et en années. Voire en siècles.

 

 Ce jeudi 16 septembre 2021, je n’ai rien inventĂ© de cela. Et, je n’invente rien. Ni le jean’s. Ni les Lois. Et encore moins le dĂ©lire, la maladie et la mĂ©galomanie.

 

 

Cependant, dans le réel, depuis plusieurs semaines, il est impossible d’accéder à la médiathèque de ma ville (et ailleurs) sans passe sanitaire et sans un résultat négatif récent à un test antigénique ou PCR récent. Par contre, après un recours déposé devant un tribunal, il est redevenu possible d’entrer dans un centre commercial sans passe sanitaire et sans résultat négatif récent à un test antigénique ou PCR récent. Malgré la pandémie du Covid. L’incidence actuelle de la pandémie du Covid permettrait désormais de pouvoir retourner dans un centre commercial uniquement en portant un masque anti-Covid. C’est l’explication officielle de ce changement.

 

Mais cette incidence actuelle de la pandémie du Covid, suffisamment à la baisse pour se rendre dans un centre commercial, resterait encore trop élévée pour s’appliquer aux conditions d’accès à une médiathèque.

 

Je suis un usager de mĂ©diathèque depuis mon enfance. 

 

Chaque fois que je change de domicile, la médiathèque fait partie de ces lieux que j’ai très vite besoin de situer. Les médiathèques, depuis plusieurs années, subissent de plus en plus une certaine désaffection. Cela peut être dû à l’essor d’internet. Cela peut être dû à une transmission qui ne s’est pas faite entre parents, enseignants, éducateurs et enfants.

 

Mais cela peut aussi être dû à la façon dont on interroge une loi, ici, concernant la légitimité de certaines mesures sanitaires.

 

Il y a deux ou trois jours, j’ai envoyé un second mail à la mairie de ma ville. Concernant le fait qu’il faille toujours présenter un passe sanitaire ou le résultat négatif à un test antigénique ou PCR récent.

La mĂŞme interlocutrice que la dernière fois, m’a Ă  nouveau très rapidement rĂ©pondu. Pour rĂ©sumer, sa rĂ©ponse a Ă©tĂ© la suivante :

 

« Je comprends votre mĂ©contentement. Mais c’est la loi. C’est comme ça dans toutes les mĂ©diathèques France actuellement.  Cordialement Â». 

 

Par cet article, je ne vise pas la polĂ©mique. Mais, certaines fois, on rend soi-mĂŞme invisible – on se censure soi-mĂŞme – certaines situations en se disant :

 

 Â«  ce n’est pas si grave Â» ou « Je n’ai pas envie de faire d’histoires Â». «  Je ne veux pas avoir de problèmes Â». «  Je ne veux pas dĂ©ranger Â». ” Ce n’est pas important”. 

 

Or, c’est en cumulant annĂ©e après annĂ©e ces petits renoncements, qu’on en arrive ensuite Ă  devoir vivre ou Ă  devoir faire avec des contraintes et des manquements  plus grands pour soi. Alors que nos interlocuteurs, eux, ne subissent pas les consĂ©quences de ces contraintes et de ces manquements.

Evidemment, que je peux vivre sans entrer dans une mĂ©diathèque. Je n’ai pas pris cinquante kilos sous l’effet de l’angoisse, ces quatre dernières semaines, parce-que, faute de passe sanitaire et de test antigĂ©nique et PCR valable, dĂ©sormais, seule la sortie de la mĂ©diathèque s’offre Ă  moi. 

 

Mais laisser faire, sans rien dire de ces conditions actuelles d’entrĂ©e dans la mĂ©diathèque,  c’est un peu comme si l’on laissait du sable s’inviter et s’installer rĂ©gulièrement Ă  l’entrĂ©e de notre domicile. Sans l’enlever. Et que l’on s’étonnait plusieurs annĂ©es plus tard  de devoir traverser un dĂ©sert de sable Ă  l’entrĂ©e de notre domicile. Juste pour pouvoir en sortir ou y entrer.  Tandis qu’ailleurs, pour entrer et sortir de chez soi, il suffirait toujours de simplement ouvrir et fermer une porte. Des vies peuvent ĂŞtre transformĂ©es durablement- et pĂ©niblement- avec ce genre dĂ©tail en prime abord insignifiant. 

 

C’est l’une des raisons pour laquelle, je crois, je me suis obligĂ© Ă  envoyer un premier mail Ă  la mairie de ma ville. Et pour laquelle, ce mercredi 15 septembre 2021, après avoir dĂ©couvert la rĂ©ponse qui avait Ă©tĂ© faite Ă  mon nouveau mail, j’ai envoyĂ© cette rĂ©ponse que j’ai copiĂ©e-collĂ©e.  RĂ©ponse que l’on pourra lire ci-dessous avec ses erreurs grammaticales et syntaxiques incluses car il m’a manquĂ© du temps pour bien le relire avant de l’envoyer.

Je n’ai pas pour habitude de faire des tracts, de manifester ou de polĂ©miquer.

 

J’admets le le professionnalisme et l’implication de mon interlocutrice comme de la mairie de ma ville en termes de projets divers. Et, ce, malgrĂ© mes critiques qui sont exprimĂ©es dans mon mail. Ce que je mets plutĂ´t en doute, c’est le sĂ©rieux avec lequel a Ă©tĂ© pris en compte mes remarques. Remarques qui sont, je crois, plus que justifiĂ©es :

Depuis mon premier mail, la Loi n’a pas été interrogée comme il se doit.

La photo que je mets avec cet article n’est pas la photo que j’ai envoyĂ©e avec ce mail ci-dessous envoyĂ© ce 15 septembre 2021 avant que ne je parte travailler de nuit. Je ne suis pas sĂ»r que la photo que j’ai adressĂ©e en pièce jointe avec mon mail soit parvenue Ă  mon interlocutrice. 

 

« Bonjour,

Merci pour votre réponse.

Toutefois, vous avez bien conscience que c’est une ‌aberration ?

Que, d’un cĂ´tĂ©, on puisse accĂ©der plus facilement Ă  un centre commercial ou mĂŞme Ă  une enseigne Ă©galement commerciale telle que la Fnac ( des Halles par exemple, oĂą je suis passĂ© tout Ă  l’heure) frĂ©quentĂ© par beaucoup plus de monde ( adultes et enfants inclus) qu’Ă  la mĂ©diathèque d’Argenteuil, par exemple. Alors que le port du masque reste obligatoire tant dans les mĂ©diathèques que dans ces enseignes commerciales.

La loi, ce n’est Ă©videmment pas vous qui la faites. Ce qui m’Ă©tonne, c’est qu’au vu de ces constatations et de l’Ă©volution des conditions d’accès aux centres commerciales que la mairie d’Argenteuil ne fasse a priori rien pour interroger la loi. Pour faire remonter le fait qu’il y a quand mĂŞme des contradictions très dĂ©rangeantes.

Parce-que, en quoi une mĂ©diathèque expose-t’elle plus Ă  un risque de contamination du virus du Covid qu’un centre commercial ?

Les seules conclusions Ă  ma portĂ©e sont, surtout, qu’un centre commercial reprĂ©sente un poids Ă©conomique et rapporte des bĂ©nĂ©fices. Une mĂ©diathèque, non.
Et, aussi, que les centres commerciaux dans le Val D’Oise sont redevenus “accessibles” sans passe sanitaire et sans avoir Ă  fournir un rĂ©sultat nĂ©gatif rĂ©cent Ă  un test PCR et antigĂ©nique suite Ă  un recours devant un tribunal. Vous comprenez ce que signifie ? Qu’il faudrait donc peut-ĂŞtre devoir en passer par un tribunal pour rectifier ce qui devrait dĂ©ja l’ĂŞtre. Je ne crois pas vous apprendre grand chose.

Et, je trouve donc que la mairie d’Argenteuil dĂ©fend lĂ  d’une drĂ´le de manière sa politique culturelle. En tant que citoyen, je ne devrais mĂŞme pas avoir Ă  relancer la mairie Ă  ce sujet. Il y a un prĂ©judice Ă©vident d’accès Ă  la culture en imposant de telles conditions pour entrer dans une mĂ©diathèque Ă  Argenteuil. Et, cela ne devrait pas ĂŞtre. Et, me rappeler que c’est pareil dans d’autres mĂ©diathèques et dans d’autres villes n’est certainement pas un argument. Avant que le centre commercial CĂ´tĂ© Seine redevienne aussi “accessible”, il Ă©tait dĂ©ja et toujours possible ailleurs d’entrer dans une Fnac par exemple. Si les personnes qui ont effectuĂ© le recours devant le tribunal s’Ă©tait tenues Ă  l’argument selon lequel ” ailleurs, aussi, les centres commerciaux ne sont accessibles qu’en prĂ©sentant un passe sanitaire et un rĂ©sultat nĂ©gatif Ă  un test PCR et antigĂ©nique nĂ©gatif”, aujourd’hui, le mĂŞme centre commercial CĂ´tĂ© Seine d’Argenteuil nĂ©cessiterait toujours  qu’on prĂ©sente Ă  l’entrĂ©e un passe sanitaire et le reste. LĂ , aussi, je ne crois pas vous apprendre grand chose. Ou, en tout cas, je ne devrais pas vous apprendre quoique ce soit, que ce soit Ă  vous ou Ă  n’importe quel reprĂ©sentant de la mairie d’Argenteuil.

Il y a bientĂ´t un mois maintenant, j’ai vu un jeune d’une vingtaine d’annĂ©es ĂŞtre “recalĂ©” Ă  l’entrĂ©e de la mĂ©diathèque parce-que le rĂ©sultat de son test PCR avait expirĂ© depuis moins de deux heures. LĂ , aussi, on n’a fait qu’appliquer la loi. Le jeune est reparti tranquillement. Comme moi et d’autres, nous nous plions aux directives de la loi concernant les conditions d’accès Ă  la mĂ©diathèque. Mais c’est vraiment parce-que nous sommes très polis, très patients et très conciliants. En attendant, je me rĂ©pète, en tant que citoyen qui paie ses impĂ´ts et qui voit ce qui se passe ailleurs avec les conditions d’accès dans un centre commercial, je considère qu’il y a un prĂ©judice. 

Je n’ai pas du tout l’intention de faire un recours devant un tribunal. Par contre, je rappelle, je crois, des Ă©vidences, que je ne devrais mĂŞme pas avoir Ă  rappeler.

Merci de vraiment bien vouloir prendre en compte le contenu de mon mail. Et, si vous m’adressez de nouveau une rĂ©ponse (vous ou quelqu’un d’autre) de ne pas vous contenter de vous “cacher” derrière une loi qui prĂ©sente des contradictions et des aberrations plus qu’Ă©videntes.

Cordialement

Franck Unimon Â»

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le Grand jour

 

                                                  Le grand jour

 

Ce mercredi 15 septembre 2021, c’est le « grand jour Â». Comme tous les jours, il nous arrive beaucoup de nouvelles tristes et bonnes. La poursuite du procès des attentats du 13 novembre 2015. Les Talibans en Afghanistan. Les inondations ces derniers jours suite Ă  de fortes pluies dans certaines rĂ©gions de France. La FlambĂ©e des prix de l’essence. Les nouvelles mesures du PrĂ©sident Macron en faveur de la police. La sortie du film Dune rĂ©alisĂ© par Denis Villeneuve adaptĂ© de l’œuvre de Frank Herbert (1965). Ĺ’uvre dĂ©jĂ  prĂ©cĂ©demment adaptĂ©e par David Lynch en 1984 avec un rĂ©sultat mitigĂ©. Alors que  Â« le Â» Dune de Denis Villeneuve que je suis allĂ© voir ce matin Ă  la première sĂ©ance suscite et suscitera sĂ»rement plus d’enthousiasme. J’en parlerai bientĂ´t comme je parlerai aussi des films En Route pour le milliard de Dieudo Hamadi ; Petite Solange d’Axelle Ropert ; deux films qui sortiront bientĂ´t.

Comme je parlerai aussi de Bac Nord de CĂ©dric Jimenez, de BoĂ®te Noire de Yann Gozlan et de Shang-Chi Et La Legende des dix anneaux de Destin Daniel Creton. Six films que j’ai vus entre la semaine dernière et aujourd’hui. Dont les quatre derniers hier et aujourd’hui. J’avais dit que je ferais le « plein Â» pendant que je disposerais d’un test antigĂ©nique rĂ©cent au rĂ©sultat nĂ©gatif. Et, je l’ai pratiquement fait. Mais je ne pourrai pas tout Ă©crire dans cet article. J’ai peu de temps aujourd’hui. Et le principal est dans ce qui va suivre.

 

Journal ” Le Parisien” de ce mercredi 15 septembre 2021.

 

 

«  Power is Power ! Â» nous apprend Cersei dans la sĂ©rie Game of Thrones.

Avoir du Pouvoir, c’est bénéficier de tellement d’intermédiaires qui nous protègent et agissent selon nos ordres et nos décisions qu’il peut se passer beaucoup de temps avant que l’on ait à répondre de nos actes. Parfois, celles et ceux qui ont du Pouvoir vont jusqu’à bénéficier de plusieurs générations d’intermédiaires entre leurs actions, leurs décisions et le moment où ils ou elles doivent en répondre.

 

A partir de ce 15 septembre 2021, les soignants qui, en France, vont continuer de refuser de se faire vacciner contre le Covid pourront légalement être sanctionnés. Et, eux, n’auront pas ce Pouvoir qui leur permettra de se défiler comme une Agnès Buzyn, un Olivier Veran ou d’autres.

Et, lorsque j’apprends ce mercredi que le PrĂ©sident Macron bichonne la police, mĂŞme si je n’ai pas lu dans le dĂ©tail sur quoi portent ces avantages qu’il lui accorde, je « sais Â» que la police française, en tant qu’institution publique dans une dĂ©mocratie, a effectivement besoin de plus de moyens. Un film comme Bac Nord le montre mais aussi des ouvrages comme celui de FrĂ©dĂ©ric Ploquin ( La Peur a changĂ© de camp et La Peur a changĂ© de camp 2ème partie) .

Cependant, lorsque j’apprends que le PrĂ©sident Macron bichonne la police, je crois aussi fortement, que c’est aussi parce qu’il a besoin d’elle pour faire appliquer et imposer sa politique. Y compris par la force. Et, donc, que ces faveurs attribuĂ©es Ă  la police le sont aussi par calcul ou :

Que ces faveurs attribuées à la police le sont plus par calcul que par réelle empathie.

Journal ” Le Canard EnchainĂ©” de ce mercredi 15 septembre 2021.

 

 

L’avantage avec les personnels soignants, c’est qu’ils se tiennent bien d’une manière gĂ©nĂ©rale. MĂŞme lorsqu’ils manifestent. J’entretiens une sorte de dĂ©lire qui m’incite Ă  penser que, depuis trente ans au moins, chaque fois qu’un gouvernement a entendu parler d’un projet de grève ou de manifestation des personnels soignants, que cela ne l’a jamais empĂŞchĂ© de partir en thalasso, de se faire un musĂ©e ou un p’tit restau.

Et, ce 15 septembre 2021, c’est pareil. Le peu que j’ai lu dans la presse me montre que nous avons un gouvernement qui roule des mĂ©caniques et qui est très sĂ»r de son fait Ă  propos des soignants qui persistent Ă  refuser de se faire vacciner :

 

Ils se-ront suspendus. Ils se-ront licenciés. Leur salaire ne sera pas versé.

Journal ” L’HumanitĂ©” de ce mercredi 15 septembre 2021.

 

Certains diront sĂ»rement que l’on a Ă©tĂ© bien patient avec tous ces soignants non vaccinĂ©s dont j’ai fait partie jusqu’à il y a encore deux jours ( jusqu’au 13 septembre 2021 Marcher pour ne pas mourir mais aussi Etre un mauvais exemple . Pour d’autres de mes articles en rapport avec la pandĂ©mie du Covid et/ou la profession infirmière, regarder dans la catĂ©gorie ” CrĂ©dibilitĂ©” et ” Corona Circus” du blog).

Mais je peux dire ceci :

 

MĂŞme lorsque ma vaccination sera complète, je crois que je garderai ce sentiment d’être un aborigène devant certains membres de cette nouvelle « civilisation Â» de vaccinĂ©s…et de passe sanitaire.

 

On peut ĂŞtre dĂ©tenteur d’un passe, s’en servir, et c’est Ă©videmment ce que je ferai, tout en le regardant avec perplexitĂ©. Non que je me sente humiliĂ© ou infĂ©riorisĂ©. Mais, simplement, j’ai le très fort sentiment que « l’on Â» me raconte des bobards en me promettant des merveilles sanitaire ou autres avec ce vaccin et ce passe sanitaire. Alors que dans les faits, je considère que je vais perdre beaucoup plus dans ce monde de vaccin et de passe sanitaire que je ne vais rĂ©ellement en gagner. Du reste, depuis le dĂ©but officiel de la pandĂ©mie en mars 2020, j’ai dĂ©jĂ  beaucoup perdu de ma vie passĂ©e. Et, ce que j’ai perdu ne reviendra pas.

 

 

Il y a bientĂ´t trente ans maintenant, lors d’une grève des soignants (infirmiers et aides-soignants principalement), un Ă©minent cancĂ©rologue, dĂ©cĂ©dĂ© depuis, avait dit :

 

« Le gouvernement n’a pas le droit de laisser pourrir cette grève Â».

 

Pour moi, ce refus des vaccins actuels contre le Covid de certains soignants est l’équivalent d’une grève. Mais, comme pour les autres grèves, « on Â» passera outre. On marchera dessus. On peut se le permettre, une fois de plus.

 

On invoquera les circonstances sanitaires. La prioritĂ© sanitaire. D’accord. Il y a deux ou trois mois, mon thĂ©rapeute, qui n’est ni Ă©pidĂ©miologiste, ni infectiologue, Ă©tonnĂ© que je sois toujours non-vaccinĂ© lors de nos sĂ©ances, m’avait dit  :

 

« Je ne comprends pas que la vaccination contre le Covid ne soit pas dĂ©jĂ  obligatoire pour les soignants Â». Et, il m’avait rappelĂ© que certains soignants non vaccinĂ©s avaient contaminĂ© certains de « leurs Â» patients.

 

Je lui avais alors demandĂ© :

« Et, ces soignants, portaient-ils des masques ? Â».

Il avait alors admis :

« Je ne sais pas…. Â». Et, comme lui, je pense que nous sommes nombreux Ă  ne pas savoir.

Paris, ce mercredi 15 septembre 2021, du côté des Halles.

 

Ce que nous savons, c’est que, mĂŞme « masquĂ©s Â», des soignants en bonne santĂ© ont pu attraper le Covid. De mon cĂ´tĂ©, je « sais Â» que, l’annĂ©e dernière, au moins deux infirmières volontaires pour aller soigner dans une unitĂ© Covid, l’avaient rapidement attrapĂ© elles-mĂŞmes. Dans les 15 jours. Si je me souviens bien, elles ne portaient pas de masque FFP2. Qui est responsable de la dotation du matĂ©riel dans les lieux de soins ? Qui fait en sorte que les stocks de matĂ©riel- ou les munitions si l’on prĂ©fère- nĂ©cessaires soient disponibles dans des hĂ´pitaux ou des cliniques ? Dans un pays ? Les personnels soignants ? Les personnels infirmiers et aides-soignants ? Non.

 

Nous savons aussi maintenant avec le variant Delta, que, même lorsqu’une personne est vaccinée, elle peut être contagieuse. Le port du masque reste donc nécessaire en plus. Le port du masque n’est donc pas une action superflue. Et, la vaccination ne se suffit pas à elle-même.

Nous savons aussi, si nous faisons un tout petit effort de mémoire- ce ne sera pas douloureux- que lorsqu’il y avait une pénurie de masques dans le pays l’année dernière ( entre mi-mars 2020 et début mai 2020) alors que la pandémie du Covid était officiellement déclarée et que nous avons connu notre tout premier confinement, le port du masque était alors estimé facultatif par le gouvernement.

Les masques sont arrivĂ©s dĂ©but mai 2020, les masques sont devenus obligatoires.

MĂŞme chronologie avec les vaccins. Sauf que depuis cet Ă©tĂ©, on a rajoutĂ© en plus le passe sanitaire, le QR code Ă  montrer sur papier ou sur son tĂ©lĂ©phone. Car cela ne suffisait pas de se faire vacciner. DĂ©sormais, il fallait aussi se faire « fliquer Â». Oui, j’ai bien Ă©crit « fliquer Â». Sans intention d’injurier les agents de la police. La mĂŞme police que le PrĂ©sident Macron vient de chouchouter.

 

 

Pour les soignants, il y a eu la prime pour service rendu Ă  la Nation l’annĂ©e dernière. Et, il y a le SĂ©gur prĂ©vu ou qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© appliquĂ©. On ne peut donc pas dire que le gouvernement a Ă©tĂ© si ingrat ou si radin que ça avec la profession soignante. Sauf que cette prime, au montant agrĂ©able, et le SĂ©gur annoncĂ©, restent infĂ©rieurs Ă  ce qu’ont perdu les professions soignantes d’un point de vue salarial depuis plusieurs annĂ©es. Donc, « on Â» fait quelques gestes marquants mais qui, fondamentalement, ne changent rien Ă  l’état de ces professions comme Ă  la dĂ©gradation des conditions de travail dans les hĂ´pitaux. Il manque dĂ©sormais plus de personnel soignant dans les hĂ´pitaux depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie en mars 2020. Mais on peut se permettre d’en licencier davantage si ce personnel refuse de se faire vacciner. Ça « tiendra Â». Comment ? ça tiendra. Qui l’affirme ?

 

Quelques mots encore avant de conclure :

 

J’ai été diplômé en 1989. Cela ne fait pas de moi un génie ou un infirmier exemplaire. Mais la plus grande partie de ma vie professionnelle, je l’ai passée dans des hôpitaux et dans des cliniques. Pour le peu que j’ai compris, un soignant, c’est généralement, un professionnel consciencieux qui tient à la vie d’autrui. Bien-sûr, il y a des impairs. Il y en a dans toutes les professions.

Donc, ces soignants consciencieux qui se font balader par les gouvernements chaque fois qu’ils manifestent depuis trente ans, qui ont toujours fait en sorte que les patients ne pâtissent pas de leurs grèves et de leurs manifestations seraient aujourd’hui, en 2021, des grands irresponsables ? Et, ce serait seulement parce qu’ils sont illogiques, irresponsables et Ă©goĂŻstes que certaines et certains d’entre eux refusent aujourd’hui les vaccins imposĂ©s actuellement, voire, aussi, le passe sanitaire ?!

 

Et puis, à partir d’aujourd’hui, on saura établir avec plus de précision le pourcentage des soignants récalcitrants ou opposés aux vaccins anti-Covid actuels ainsi qu’au passe sanitaire. On saura sur qui taper. On saura qui sanctionner ou qui surveiller.

 

Par contre, toutes les fois auparavant, ou, pendant des annĂ©es, quantitĂ©s de soignants sont venus travailler, bien que malades ( y compris Ă  peine remis du Covid l’annĂ©e dernière), ou fatiguĂ©s, par solidaritĂ©. Parce qu’il manquait quelqu’un dans le service. Parce qu’autrement, le service ne pourrait pas tourner. Toutes ces fois-lĂ  ne se comptent pas dans une carrière de soignant. De jour, de nuit. Les jours « normaux Â» comme fĂ©riĂ©s. Tous les jours de l’annĂ©e. Que l’on vive en couple ou que l’on soit cĂ©libataire. Que l’on ait des enfants ou pas. Que l’on habite Ă  plus d’une heure de trajet de son travail ou pas. MĂŞme si l’on a dĂ©jĂ  accompli son quota d’heures de travail hebdomadaire.

 

A partir de ce mercredi 15 septembre 2021, on ne regardera pas si le personnel soignant non-vaccinĂ© fait partie ou a fait partie de ces soignants-lĂ . Puisque la prioritĂ©, encore une fois, ce sera toujours quelqu’un d’autre ou quelque chose d’autre que le soignant. Les patients. « L’éthique Â». Le service. La hiĂ©rarchie. Les collègues. La culpabilitĂ©. La politique.

 

«  Power is Power Â».

 

 

Franck Unimon, ce mercredi 15 septembre 2021. ( et ce jeudi 16 septembre 2021 au matin après une nuit de travail).

 

 

 

 

 

 

 

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Marcher pour ne pas mourir

Le journal ” Le monde” de ce lundi 13 septembre 2021.

      Marcher pour ne pas mourir

 

  • ça va ?
  • Non, ça ne va pas.

 

Elles étaient trois jeunes. Je dirais au plus, 25 ans. Accueillantes, volontaires, plutôt mignonnes. Néanmoins, on peut avoir ces particularités et insuffler la mort dans les corps sans le vouloir.

 

Deux d’entre elles Ă©taient Ă©tudiantes en mĂ©decine. La troisième, Ă©tudiante en quoi ?

Elles étaient probablement plutôt bonnes élèves et, bien que rôdées, assez faciles, sûrement, à déstabiliser. Je n’en n’ai pas profité.

 

Lorsque celle qui m’a fait m’asseoir m’a appris la « bonne nouvelle Â», Ă  savoir, qu’avant l’injection, elle allait me faire un test antigĂ©nique, j’ai dĂ©ballĂ© mes arguments contre cette mĂ©thode « barbare Â». J’avais dĂ©jĂ  fait deux tests antigĂ©niques en tant que cas contact cette annĂ©e. NĂ©gatif Ă  chaque fois. Une seconde sĂ©rologie Covid- effectuĂ©e il y a environ deux semaines- m’avait redit que si certaines personnes, après avoir contractĂ© le Covid, avaient dĂ©veloppĂ© des dĂ©fenses immunitaires aussi fortes qu’une paire de poitrines nĂ©cessitant du 95 D, que les miennes Ă©taient aussi plates qu’une flaque d’eau.

 

Mais elle n’a eu aucune difficultĂ© Ă  me convaincre. Je savais que ces rĂ©sultats Ă©taient trop anciens et inappropriĂ©s. Et, aussi, qu’elle appliquait un protocole qu’elle se devait de suivre d’après son instruction. Partir pour refuser un test antigĂ©nique ? Je m’étais fait une raison pour cette première injection de Moderna. Alors, je suis restĂ© et elle m’a enfoncĂ© la tige.

 

  • ça va ?
  • Non, ça ne va pas.

 

A quelques mètres, ses deux « collègues Â» sont restĂ©es silencieuses. Le rĂ©sultat est arrivĂ© très vite. Moins de deux minutes. A nouveau nĂ©gatif. Je peux l’écrire : ces derniers temps, il m’est arrivĂ© d’envier celles et ceux qui avaient attrapĂ© le Covid et qui avaient bien rĂ©cupĂ©rĂ© depuis. Car leurs dĂ©fenses immunitaires, si elles ne sont pas Ă©ternelles, sont « naturelles Â».

 

Cependant, on ne sait pas quelle tête on va faire en attrapant le Covid. Si nous allons connaître les neiges éternelles, garder des séquelles de cette embuscade ou, au contraire, bien nous en remettre.

 

Celle qui m’a fait l’injection avait des jolis yeux bleus AllĂ©luia Ă  la LĂ©onard Cohen. Cependant, aujourd’hui, on est habile pour s’inventer un profil avantageux.  Donc, je ne suis pas sĂ»r qu’elle Ă©tait vraiment ce qu’elle m’a dit ĂŞtre. Etudiante en quatrième annĂ©e de mĂ©decine. Après m’avoir piquĂ©, elle m’a recommandĂ© de prendre du doliprane en cas de douleur. Je l’ai Ă©coutĂ©e tout en sachant que je n’en prendrais pas. J’ai du doliprane chez moi et j’en donne Ă  ma fille lorsqu’elle a de la fièvre. Mais je prends le moins de mĂ©dicaments possible. C’est peut-ĂŞtre paradoxal pour un infirmier mais je crois que le repos, le calme, les Ă©tirements ou une activitĂ© plaisante et l’alimentation, ça aide vraiment. Et qu’il faut d’abord essayer ça avant de se prĂ©cipiter vers des mĂ©dicaments. Ou essayer d’en prendre le moins possible. Ne pas s’assommer d’avance. Ce soir, j’ai un peu mal au deltoĂŻde, peut-ĂŞtre un petit mal de la tĂŞte. Mais je suis fatiguĂ©. Je me suis couchĂ© un peu tard hier soir et je me suis levĂ© un peu tĂ´t ce matin.

 

Après l’injection, je suis restĂ© quelques minutes dans la salle d’attente Ă  envoyer des sms pour apprendre Ă  quelques personnes que j’avais reçu ma première injection. Pendant que les jeunes femmes s’occupaient des personnes suivantes. J’ai entendu une femme d’une vingtaine d’annĂ©es, assez grande, s’avancer en disant :

 

« J’ai très très peur Â». Puis « Je suis en Première annĂ©e de mĂ©decine Â». Il semble qu’en face, on se soit montrĂ© attentif et rassurant.

 

MĂŞme si comme l’a très bien compris une ancienne collègue, et prĂ©sente amie, j’ai lancĂ©  « une bouteille Ă  l’amer Â» en adressant mon article Etre un mauvais exemple Ă  plusieurs personnes, je ne dirais pas avoir eu peur de me faire vacciner. C’est plutĂ´t du doute et de la mĂ©fiance. De la prudence, aussi.

 

Pourquoi cet endroit ?

 

 

J’ai choisi cet endroit Ă  Paris, un espace de santĂ© oĂą l’on trouve entre-autres une consultation en gynĂ©cologie, pour le vaccin Moderna.  Ou vaccin covid-19 ARNm- 1273 ( Spikevax ° de la firme Moderna).

 

 J’en avais assez d’entendre parler du Pfizer qui est le vaccin utilisĂ© par IsraĂ«l que la France copie pour sa politique sanitaire. Copier, cela veut aussi dire que l’on pense et anticipe moins. IsraĂ«l en est, je crois, Ă  une troisième dose de vaccin Ă  partir de 30 ans car le Pfizer a perdu de ses pouvoirs face au variant Delta.

Le Moderna, beaucoup moins utilisé que le Pfizer, aurait des particularités immunogènes un petit peu supérieures. Je ne m’attends pas à des miracles. Mais j’ai essayé quelque chose.

 

Le Moderna est aussi le vaccin choisi par une de nos voisines, vaccinée dès qu’elle l’a pu et qui s’en porte bien. Nous nous entendons bien avec cette voisine. Et je n’ai pas oublié qu’elle était partante pour emmener à notre fille à une sortie culturelle nécessitant le passe sanitaire. Qu’elle avait été touchée qu’on le lui demande car c’était pour elle une grande marque de confiance. Sauf que, finalement, elle n’avait pas pu être disponible.

 

 

J’ai aussi choisi cet endroit parce qu’il ne ressemble pas aux vaccinodromes impersonnels que j’ai vu. Parce qu’il est dans un quartier où j’ai de bons souvenirs. En tant que comédien sur scène. En tant que spectateur. En tant que client dans un restaurant.

Dans le journal ” Le Figaro” de ce lundi 13 septembre 2021.

 

Pour y arriver, après avoir pris le train et le métro, j’ai tenu à marcher. Dix à quinze minutes de marche. Alors que j’aurais pu descendre à une station de métro plus proche. Avant de prendre le train pour Paris, j’avais acheté trois journaux du jour, Le Figaro, Les Echos, Le Monde. J’avais aussi pris le journal gratuit qui est réapparu avec la rentrée. Dedans, j’ai lu ce que je pouvais qui se rapportait à la pandémie, à la vaccination anti-Covid. Je n’ai rien trouvé qui m’aurait permis de me désister. J’avais assez cherché et assez sollicité autour de moi pour renoncer une seconde fois à cette vaccination. Pourtant, ce soir, même si plusieurs personnes m’ont encouragé vers cette action et m’ont félicité depuis, si cela m’a fait du bien, beaucoup de bien, je ne suis pas soulagé.

 

Le sentiment d’avoir trahi

 

J’ai d’abord le sentiment d’avoir trahi. Ma compagne pour commencer, rĂ©solument contre. Pour elle, les vaccins anti-Covid actuels sont des « choses Â» Ă  bannir.

 

Mon meilleur ami, qui a contractĂ© le Covid il y a plusieurs mois et dont les dĂ©fenses immunitaires « poussent Â» le plafond,  qui m’avait conseillĂ© rĂ©cemment d’attendre quelques mois si je le pouvais.

 

Cette personne perdue de vue qui, en lisant mon article Etre un mauvais exemple, l’avait spontanĂ©ment partagĂ© et m’avait Ă©crit : « Je suis aussi un mauvais exemple Â». Son soutien m’a fait dĂ©couvrir le sentiment d’avoir dĂ©sormais une responsabilitĂ©, de par mon article, envers celles et ceux qui pourraient se reconnaĂ®tre Ă  travers lui, Ă  travers moi. Et, moi, en partant me vacciner, je leur retirais en quelque sorte un « alliĂ© Â».

 

Et, dans une bien moindre mesure, j’ai un peu l’impression de ne pas avoir tenu compte de l’avis du mĂ©decin que j’avais sollicitĂ©  au sujet de ces vaccins actuels contre le Covid et qui m’avait rĂ©pondu :

 

« Peut-ĂŞtre que, finalement, on ne court pas de risque avec ces vaccins mais on manque de recul. Donc, si vous pouvez, attendez encore quelques mois qu’un vaccin dont on sera plus sĂ»r, arrive Â».

Il m’avait aussi appris avoir attrapé le Covid en avril et m’apparaissait en pleine forme, début septembre.

 

Pourquoi, moi « l’anarchiste Â» et le « rĂ©volutionnaire Â», ai-je changĂ© d’avis ?

 

Changer d’avis :

 

Autour de moi, aujourd’hui, je dĂ©nombre Ă©videmment bien plus de personnes  vaccinĂ©es contre le Covid qui se portent bien que de personnes non vaccinĂ©es. Le nombre ne fait pas tout. Et ce n’est pas la peur du mĂ©pris ou de la honte sociale qui m’a dirigĂ©.

 

Ces personnes vaccinées, que je connais, peuvent avoir des profils opposés. Mais aussi des personnalités tranchées. Si l’on peut être une personne affirmée et affutée en refusant de se faire vacciner et en refusant le passe sanitaire, je peux aussi dire que parmi les personnes vaccinées contre le Covid que je connais, se trouvent des personnes toutes autant affirmées et affutées. Dans une fourchette d’âge allant de 35-40 ans à 70 ans et plus. Je pourrais donc me satisfaire du fait que ces personnes se soient faites vacciner contre le Covid.

 

Sauf qu’il me reste des gros rĂ©sidus de doute. Tomber par hasard tout Ă  l’heure sur le post, sur Facebook, d’un ami qui affirme que la vaccination anti-Covid « aurait Â» causĂ© 40 000 morts en neuf mois d’après telle ou telle source m’a bien-sĂ»r contrariĂ©. Et s’il avait raison ?

 

Relire aujourd’hui sur le site Prescrire.org dans l’article (daté de ce 1er septembre 2021) intitulé Effets indésirables connus mi-2021 des vaccins covid-19 à ARN messager ( Covid-19 Des signaux confirmés et quelques signaux d’effets indésirables très rares ont émergé, notamment des péricardites et des myocardites. La Rédaction de Prescrire publie son analyse détaillée dans le numéro de septembre) m’a aussi contrarié.

 

 

Je n’ai pas changé d’avis pour pouvoir bientôt retourner au restaurant, au cinéma, dans une salle de théâtre, dans la médiathèque de ma ville ou pour voyager. Même si je le ferai sans doute après m’être fait vacciner.

MĂŞme si avec le rĂ©sultat de mon test antigĂ©nique d’aujourd’hui, je compte bien faire le « plein Â» de sorties qui me sont dĂ©sormais interdites sans passe sanitaire et sans test antigĂ©nique et PCR nĂ©gatif rĂ©cent. Je pense en particulier Ă  retourner au cinĂ©ma et dans « ma Â» mĂ©diathèque.

 

Le centre commercial CĂ´tĂ© Seine Ă  Argenteuil, grand ouvert ce lundi 13 septembre 2021. Alors qu’il faut continuer de fournir un passe sanitaire ou un test antigĂ©nique et PCR nĂ©gatif pour pouvoir entrer dans la mĂ©diathèque de la ville situĂ©e Ă  dix minutes Ă  pied de lĂ .

 

Je reste aussi critique envers le passe sanitaire et le projet de sociĂ©tĂ© qu’il dessine. Je crois qu’au pire, l’ancienne Ministre de la santĂ© Agnès Buzyn, mise en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui Â» et une mauvaise gestion de la pandĂ©mie du Covid l’annĂ©e dernière, sera condamnĂ©e Ă  du sursis. Et qu’elle sera la principale part visible et condamnĂ©e des responsables de cette mauvaise gestion parmi les grosses « tĂŞtes de gondoles Â». Et que les autres se feront discrètes ou sauront si bien se faire dĂ©fendre que leur condamnation sera  faible ou inoffensive. Contrairement Ă  ce qui va  se produire Ă  partir de ce 15 septembre, dans deux jours, pour celles et ceux, employĂ©s, qui ne seront toujours pas vaccinĂ©s, ne serait-ce qu’une fois, contre le Covid.

 

Pour ces personnes, je m’attends Ă  ce qu’on les brutalise un peu plus que nous ne l’avons dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dans notre grande majoritĂ© depuis le dĂ©but de cette pandĂ©mie. En se cachant derrière la loi :

 

« On vous avait prĂ©venu. Vous avez Ă©tĂ© informĂ©(e). Vous avez eu le temps de la rĂ©flexion. Maintenant, je suis obligĂ©(e )  d’appliquer la Loi. Ce n’est pas moi, c’est la Loi qui m’oblige Ă  vous dire de dĂ©gager et Ă  vous sanctionner !  Â».

 

Je crois qu’il va se produire beaucoup trop de « sale Â» Ă  partir du 15 septembre au prĂ©texte de la Loi. Car sitĂ´t que l’on octroie Ă  plus de personnes  un certain pouvoir rĂ©pressif, le pire, camouflĂ© ou un peu tenu en laisse d’ordinaire, s’exprime davantage. Je ne m’attends pas Ă  des ratonnades. Mais Ă  des dĂ©gradations morales, sociales et Ă©conomiques. A un accroissement de contrariĂ©tĂ©s et d’humiliations quotidiennes les plus diverses au motif que certaines personnes ne fourniront pas, en cas de contrĂ´le- et il y en aura de plus en plus Ă  partir du 15 septembre- le papier qu’il faut ; le QR Code attendu pour effectuer des dĂ©placements ou des actions qui, « autrefois Â», il y a encore deux mois, ne le nĂ©cessitaient pas.

 

C’est plutôt ça qui m’a fait changer d’avis. Je n’ai pas envie de me mettre dans un état d’hyper-vigilance pour des gestes quotidiens qui, jusqu’à il y a peu, allaient de soi comme le simple fait d’ouvrir un robinet pour avoir de l’eau.

Paris, lundi 13 septembre 2021.

La possibilitĂ© d’attraper le Covid m’a aussi fait changer d’avis. Car, Ă  partir du 15 septembre, j’ai l’impression que chaque fois qu’une nouvelle personne non vaccinĂ©e attrapera le Covid et sera hospitalisĂ©e que cela permettra de marteler que si elle avait Ă©tĂ© vaccinĂ©e, elle ne l’aurait pas attrapĂ©. Ou alors une forme bĂ©nigne. Il va se passer un peu de temps avant de devoir admettre que le « Tout vaccin Â» ne rĂ©soud pas tout contre le Covid. Au moins jusqu’à ce que les « nouveaux Â» traitements anti-Covid ne soient disponibles pour le plus grand nombre sur le marchĂ©. D’ici un mois ? Deux mois ? Trois mois ?

 

Gagner du temps

 

J’ai donc aussi changĂ© d’avis pour continuer de gagner du temps.  D’accord, pendant que je prends le temps de rĂ©flĂ©chir d’autres ont le temps de faire trois enfants et de les voir commencer Ă  faire des Ă©tudes supĂ©rieures puis de devenir grands-parents. Mais j’ai besoin de temps. Cet article, pour ĂŞtre Ă©crit, a besoin de temps. J’avais Ă©crit une première version en rentrant de l’espace de santĂ© en m’abstenant de dĂ©jeuner. Puis, je suis parti chercher ma fille Ă  l’école. J’ai tout rĂ©Ă©crit ce soir depuis le dĂ©but. Après avoir fait faire ses devoirs Ă  ma fille. Après avoir dĂ®nĂ©. Après lui avoir lu une histoire, ce qui n’était pas prĂ©vu, au moment du coucher. Yekrik ! Yekrak !

Paris, ce lundi 13 septembre 2021.

 

« Le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui Â». J’aime cette phrase. J’ai oubliĂ© qui en est l’autrice ou l’auteur.

 

Ma seconde injection aura lieu dĂ©but octobre si elle se fait. D’ici lĂ , nous devrions avoir d’autres informations concernant l’évolution de la pandĂ©mie mais aussi Ă  propos des effets des vaccins anti-Covid actuels. A cela s’ajoutent tous ces nouveaux traitements contre le Covid, par voie orale ou intraveineuse, mais aussi par voie intramusculaire, prĂ©vus pour cet « automne Â». Et, pour l’instant, je prĂ©fère le traitement intramusculaire que j’ai reçu Ă  un traitement oral ou par voie intraveineuse.

 

Si je « fais Â» ma deuxième injection, je n’aurai en principe pas de rappel avant six mois. Ce qui nous amène au mois d’avril 2022 oĂą je veux bien croire que l’on en saura plus sur la « sortie Â» Ă©ventuelle de la pandĂ©mie. Comme sur les traitements contre le Covid.

Argenteuil, ce lundi 13 septembre 2021. J’ai l’impression qu’il y a moins de tests antigĂ©niques et PCR pratiquĂ©s dans ce genre de tente qui fait dĂ©sormais partie du paysage. Ce sera bien lorsque ces tentes disparaitront.

 

Selon certains témoignages et affirmations

 

Bien-sûr, si je suis mort d’ici là ou complètement bousillé par la vaccination anti-Covid, tout cela n’aura plus d’importance pour moi. Je suis bien obligé d’y penser puisque selon certains témoignages ou affirmations, ou explications, ces vaccins anti-Covid sont toxiques. Et, moi, j’en suis à J+1 en terme d’expérience avec ce vaccin. Je ne sais pas ce qui va se passer ensuite. Or, selon certaines affirmations, une personne vaccinée contre le Covid aurait une espérance de vie de deux à trois ans ensuite. En repartant du centre de santé, je me suis donc imaginé que la plus grande partie de ces personnes que je croisais dans la rue, se déplaçant, discutant entre elles ou assises à une terrasse d’un café, tomberaient toutes d’un seul coup, un beau jour, mortes. Et que ce serait pareil pour moi.

Paris, ce lundi 13 septembre 2021.

 

Je me suis aussi imaginĂ© qu’un jour, alors que j’aurais l’intention de me rendre dans une Ă©picerie, que je me retrouverais finalement dans un pressing puisque la vaccination, avec les nanotechnologies qu’elle comporterait, permettraient de me tĂ©lĂ©guider Ă  distance. Je voudrais voir tel film. HĂ© bien, non, « on Â» me forcerait Ă  aller voir tel film Ă  la place. Je voudrais faire la vaisselle, hĂ© bien non, « on Â» m’obligerait Ă  me rendre sur internet pour faire des achats. Je voudrais m’habiller de telle manière pour sortir, et, finalement, non, Ă  la place “on” m’imposerait de descendre dans les Ă©gouts.

Paris, lundi 13 septembre 2021.

 

 

Il y a bien-sĂ»r d’autres croyances et d’autres affirmations Ă  propos des vaccins anti-Covid. Je prĂ©fère en rire un peu. Comme le fait que notre tĂ©lĂ©phone puisse ĂŞtre aimantĂ© Ă  l’endroit oĂą le vaccin nous a Ă©tĂ© injectĂ©. Je n’ai mĂŞme pas eu envie de faire le test. C’est plutĂ´t ma compagne qui m’a incitĂ©. Alors, devant elle, j’ai pris mon tĂ©lĂ©phone et l’ai posĂ© contre ma peau. Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois. Il est retombĂ© Ă  chaque fois. J’allais continuer lorsqu’elle m’a dit que ce n’était pas la peine. Puis, ma compagne en a dĂ©duit que mon vaccin Ă©tait peut-ĂŞtre « un placebo Â». Je lui ai rĂ©pondu :

 

« Quelle que soit la situation, de toute façon, il y aura toujours une explication Â».

 

Ma compagne m’a “prĂ©dit” une troisième puis une quatrième injection. Autant prĂ©dire une troisième et une quatrième guerre mondiale. Je ne peux pas lui donner tort. Le monde va mal.  Je pense aussi que le nombre d’injections de vaccins contre le Covid va augmenter. Et cela ne m’emballe pas du tout.

Lorsque je lui ai dit que j’avais toujours des doutes, elle m’a objectĂ©, presqu’assassine :

 

« En gĂ©nĂ©ral, quand on a des doutes, on s’abstient ! Â».

« C’est ce que je fais, en gĂ©nĂ©ral, oui. Mais j’ai fait ce que j’avais Ă  faire Â». Puis, j’ai ajoutĂ© :

« Vu qu’il me reste maintenant deux Ă  trois ans Ă  vivre, regarde moi bien. Parce-que bientĂ´t, je ne serai plus lĂ  Â». Cela l’a fait un peu rire.

 

S’il me reste effectivement deux à trois ans, au mieux, à vivre avec ce vaccin, je me demande ce que je pourrais bien faire durant ces deux à trois ans. Me faire plaisir sûrement. En attendant, lorsque ma mère a appris que j’avais reçu ma première injection, elle m’a écrit par sms qu’elle allait aussi se faire vacciner. Et que mon père suivrait sûrement ensuite. Sa réaction m’est alors apparue évidente. Pourtant, je ne l’avais pas du tout prévue.

 

 

Lorsque j’ai eu quittĂ© le centre de santĂ© ce matin, ça klaxonnait dans la rue. Un camion arrĂŞtĂ© bloquait la rue. A pied, j’ai facilement pu passer. J’ai tenu Ă  retourner Ă  la gare St Lazare en marchant.  J’ai pris quelques photos sur le trajet. Regarder pour vivre. Marcher pour ne pas mourir.

 

 

Franck Unimon, ce lundi 13 septembre 2021.