Le Monde est à toi

» Posted by on Déc 1, 2018 in Cinéma | 0 comments

Le Monde est à toi

Le Monde est à toi de Romain Gavras, sorti en salles le 15 aout 2018.

 

Dans une interview lue récemment (mais où ?), Karim Leklou, acteur principal du dernier film de Romain Gavras, a présenté le réalisateur américain Spike Lee comme un de ceux qui l’ont beaucoup marqué dans sa jeune cinéphilie. Et, je ne serais pas surpris d’apprendre que Spike Lee figure parmi certaines des références cinématographiques et militantes de Romain Gavras également. J’ai vu Le Monde est à toi de Romain Gavras et le dernier film de Spike Lee, BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan (Grand Prix du jury au festival de Cannes cette année 2018) l’un à la suite de l’autre. Aucun calcul de ma part au départ. ( voir https://balistiqueduquotidien.com/blackkklansman-j…-le-ku-klux-klan) .

 

En faisant du mauvais esprit, on pourrait hasarder qu’avec Le Monde est à toi, Romain Gavras, lui, a « infiltré » une certaine banlieue française ou une certaine France. Celle qui est souvent dissimulée, ignorée ou camouflée dans bien des productions françaises. Celle qui fait peur et qui est aussi, pour toutes ces raisons aussi, souvent méconnue. Celle qui évoque des envahisseurs ou des barbares, voire des zombies, que seules la police répressive et une certaine politique extrémiste semblent qualifiées à mettre au pas, au trou, au pied et, pourquoi pas ? à coloniser de nouveau comme «  au bon vieux temps ». Ou à rejeter à la mer par le premier bateau ou dans les airs par la magie des charters.

 

Aussi, il y’a une audace- parmi d’autres- de Romain Gavras à inclure dans son film (qui montre une minorité de cette France « indigène » qui parle la langue de Molière plutôt dans une mentalité verlan et dans sa version MP3) des icônes ou des trophées du cinéma national mais aussi mondial :

Isabelle Adjani en tête bien-sûr et Vincent Cassel évidemment. Quant à François Damiens et Philippe Katerine, leur singularité leur permet de se promener à peu près n’importe où : L’un des grands avantages qu’il y’a à être artistiquement «  fou » (et c’est un compliment !), c’est que cela rend passe-partout.

Punk, le film de Gavras ? Peut-être. Récit d’émancipation, Le Monde est à toi nous dit que l’homme est un chien pour l’homme. Que nous vivons tous dans une fourrière. Et que la différence qui existe entre un chien et un homme, c’est qu’un chien, même mal dressé et agressif, a un peu plus de chance qu’un être humain, son « maître » le plus souvent, fasse tout son possible pour le faire sortir de la fourrière. Car l’Amour, l’Amitié et la Loyauté sont insuffisants entre les hommes et les femmes ; mais aussi entre une mère et son fils ; entre un homme de main et une femme de tête ; ou entre des jeunes hommes qui ont grandi ensemble dans la même cité.

Histoire féministe dans une caverne macho, Le Monde est à toi raconte comment l’argent a beaucoup dévasté les relations humaines, se substituant à presque tout, et, ce, jusqu’au bout des ongles. L’acteur principal Karim Leklou, le candide de l’histoire

(François dans le film) est plus le passeur de cette prise de conscience que le passeur d’autre chose. Devant la mégalomanie et le degré élevé d’égarement de la plupart des protagonistes de Le Monde est à toi, je pense à cette scène dans Stalker de Tarkovski, où, dépité, le guide ou passeur (le Stalker) constate que le physicien et l’écrivain qu’il a accompagné après diverses tribulations jusqu’à la «  zone des désirs » ont les «  yeux vides » et aucun projet d’envergure à proposer pour l’humanité. Et c’est le plus effrayant pour l’avenir.

En attendant, l’acteur Karim Leklou tient bien son rôle. Il réussit à garder son personnage attachant et innocent malgré sa double culpabilité (pour ses infractions à la loi/ envers sa mère). Isabelle Adjani, dans le rôle de Danny, est redevenue belle, c’est-à-dire irrésistible malgré l’horreur et l’égoïsme qu’elle représente. La plus grande racaille du film, c’est sans doute elle. Et pour cela, nul besoin de singer certaines mimiques de la banlieue, de se livrer à des combats vertèbres contre vertèbres ou de projeter trois cents balles à la seconde.

Bien des acteurs méritent leur petite palme de l’interprétation dans ce film à l’image d’Oulaya Amamra, dans le rôle de Lamya, que je n’ai pas encore vue dans Divines de Houda Benyamina dont j’ai acheté le Blu-Ray cet été.

 

Néanmoins, j’ai deux préférences. La première, pour le rôle d’Henry, tenu par Vincent Cassel. Vocalement, Cassel a retiré une demie-octave voire une octave. On peut dire qu’il a une voix de cave dans tous les sens du terme. On devine que son personnage en sait beaucoup sur cette violence qui fascine – et que pratiquent- ces jeunes et moins jeunes caïds qui environnent l’histoire avec leurs rêves standardisés semblant sortir tout droit de l’enseigne Ikea. Sauf que le personnage d’Henry est manifestement revenu de toute cette fureur. Il est l’avenir possible de tous ces jeunes en armes mais aussi en panne d’inspiration.

Henry, pour moi, c’est une forme de béatification par la beaufitude. Dans son regard luit une illumination un peu à l’instar du personnage de Samuel Jackson dans Pulp Fiction de Tarantino. Excepté qu’Henry est dépourvu de la soutenance intellectuelle suffisante pour assurer les prêches du « pasteur » Samuel Jackson dans Pulp Fiction.

Ma seconde préférence va à Sofiane Khammes dans le rôle de Poutine. Je ne connaissais pas cet acteur. Le qualifier, dans le film, de jeune chien fou, est sans doute vrai. Mais cela ne restitue pas assez ce qu’il donne au film. Je sais depuis qu’il a aussi joué dans Chouf de Karim Dridi, film que je n’ai toujours pas vu. Et que c’est un acteur que j’aurai plaisir à revoir.

Si Le Monde est à toi a reçu de bonnes voire de très bonnes critiques dans la presse et bénéficié, je crois, d’un affichage publicitaire correct (on pouvait voir cette affiche-ci dessous à la gare St Lazare environ trois semaines après sa sortie), je reste perplexe devant sa sortie nationale ce 15 aout, période de l’année où beaucoup de personnes sont en vacances ! Mais ce film est supposé devenir « culte ». C’est possible ….

 

Franck, ce mercredi 19 septembre 2018.

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