Moon France

Les Antilles, l’Outre-Mer, mes boites à rythmes.

Marcher pour ne pas mourir

»Posted by on Sep 14, 2021 in Argenteuil, Corona Circus, Moon France | 0 comments

Marcher pour ne pas mourir

Le journal ” Le monde” de ce lundi 13 septembre 2021.

      Marcher pour ne pas mourir

 

  • ça va ?
  • Non, ça ne va pas.

 

Elles étaient trois jeunes. Je dirais au plus, 25 ans. Accueillantes, volontaires, plutôt mignonnes. Néanmoins, on peut avoir ces particularités et insuffler la mort dans les corps sans le vouloir.

 

Deux d’entre elles étaient étudiantes en médecine. La troisième, étudiante en quoi ?

Elles étaient probablement plutôt bonnes élèves et, bien que rôdées, assez faciles, sûrement, à déstabiliser. Je n’en n’ai pas profité.

 

Lorsque celle qui m’a fait m’asseoir m’a appris la « bonne nouvelle », à savoir, qu’avant l’injection, elle allait me faire un test antigénique, j’ai déballé mes arguments contre cette méthode « barbare ». J’avais déjà fait deux tests antigéniques en tant que cas contact cette année. Négatif à chaque fois. Une seconde sérologie Covid- effectuée il y a environ deux semaines- m’avait redit que si certaines personnes, après avoir contracté le Covid, avaient développé des défenses immunitaires aussi fortes qu’une paire de poitrines nécessitant du 95 D, que les miennes étaient aussi plates qu’une flaque d’eau.

 

Mais elle n’a eu aucune difficulté à me convaincre. Je savais que ces résultats étaient trop anciens et inappropriés. Et, aussi, qu’elle appliquait un protocole qu’elle se devait de suivre d’après son instruction. Partir pour refuser un test antigénique ? Je m’étais fait une raison pour cette première injection de Moderna. Alors, je suis resté et elle m’a enfoncé la tige.

 

  • ça va ?
  • Non, ça ne va pas.

 

A quelques mètres, ses deux « collègues » sont restées silencieuses. Le résultat est arrivé très vite. Moins de deux minutes. A nouveau négatif. Je peux l’écrire : ces derniers temps, il m’est arrivé d’envier celles et ceux qui avaient attrapé le Covid et qui avaient bien récupéré depuis. Car leurs défenses immunitaires, si elles ne sont pas éternelles, sont « naturelles ».

 

Cependant, on ne sait pas quelle tête on va faire en attrapant le Covid. Si nous allons connaître les neiges éternelles, garder des séquelles de cette embuscade ou, au contraire, bien nous en remettre.

 

Celle qui m’a fait l’injection avait des jolis yeux bleus Alléluia à la Léonard Cohen. Cependant, aujourd’hui, on est habile pour s’inventer un profil avantageux.  Donc, je ne suis pas sûr qu’elle était vraiment ce qu’elle m’a dit être. Etudiante en quatrième année de médecine. Après m’avoir piqué, elle m’a recommandé de prendre du doliprane en cas de douleur. Je l’ai écoutée tout en sachant que je n’en prendrais pas. J’ai du doliprane chez moi et j’en donne à ma fille lorsqu’elle a de la fièvre. Mais je prends le moins de médicaments possible. C’est peut-être paradoxal pour un infirmier mais je crois que le repos, le calme, les étirements ou une activité plaisante et l’alimentation, ça aide vraiment. Et qu’il faut d’abord essayer ça avant de se précipiter vers des médicaments. Ou essayer d’en prendre le moins possible. Ne pas s’assommer d’avance. Ce soir, j’ai un peu mal au deltoïde, peut-être un petit mal de la tête. Mais je suis fatigué. Je me suis couché un peu tard hier soir et je me suis levé un peu tôt ce matin.

 

Après l’injection, je suis resté quelques minutes dans la salle d’attente à envoyer des sms pour apprendre à quelques personnes que j’avais reçu ma première injection. Pendant que les jeunes femmes s’occupaient des personnes suivantes. J’ai entendu une femme d’une vingtaine d’années, assez grande, s’avancer en disant :

 

« J’ai très très peur ». Puis « Je suis en Première année de médecine ». Il semble qu’en face, on se soit montré attentif et rassurant.

 

Même si comme l’a très bien compris une ancienne collègue, et présente amie, j’ai lancé  « une bouteille à l’amer » en adressant mon article Etre un mauvais exemple à plusieurs personnes, je ne dirais pas avoir eu peur de me faire vacciner. C’est plutôt du doute et de la méfiance. De la prudence, aussi.

 

Pourquoi cet endroit ?

 

 

J’ai choisi cet endroit à Paris, un espace de santé où l’on trouve entre-autres une consultation en gynécologie, pour le vaccin Moderna.  Ou vaccin covid-19 ARNm- 1273 ( Spikevax ° de la firme Moderna).

 

 J’en avais assez d’entendre parler du Pfizer qui est le vaccin utilisé par Israël que la France copie pour sa politique sanitaire. Copier, cela veut aussi dire que l’on pense et anticipe moins. Israël en est, je crois, à une troisième dose de vaccin à partir de 30 ans car le Pfizer a perdu de ses pouvoirs face au variant Delta.

Le Moderna, beaucoup moins utilisé que le Pfizer, aurait des particularités immunogènes un petit peu supérieures. Je ne m’attends pas à des miracles. Mais j’ai essayé quelque chose.

 

Le Moderna est aussi le vaccin choisi par une de nos voisines, vaccinée dès qu’elle l’a pu et qui s’en porte bien. Nous nous entendons bien avec cette voisine. Et je n’ai pas oublié qu’elle était partante pour emmener à notre fille à une sortie culturelle nécessitant le passe sanitaire. Qu’elle avait été touchée qu’on le lui demande car c’était pour elle une grande marque de confiance. Sauf que, finalement, elle n’avait pas pu être disponible.

 

 

J’ai aussi choisi cet endroit parce qu’il ne ressemble pas aux vaccinodromes impersonnels que j’ai vu. Parce qu’il est dans un quartier où j’ai de bons souvenirs. En tant que comédien sur scène. En tant que spectateur. En tant que client dans un restaurant.

Dans le journal ” Le Figaro” de ce lundi 13 septembre 2021.

 

Pour y arriver, après avoir pris le train et le métro, j’ai tenu à marcher. Dix à quinze minutes de marche. Alors que j’aurais pu descendre à une station de métro plus proche. Avant de prendre le train pour Paris, j’avais acheté trois journaux du jour, Le Figaro, Les Echos, Le Monde. J’avais aussi pris le journal gratuit qui est réapparu avec la rentrée. Dedans, j’ai lu ce que je pouvais qui se rapportait à la pandémie, à la vaccination anti-Covid. Je n’ai rien trouvé qui m’aurait permis de me désister. J’avais assez cherché et assez sollicité autour de moi pour renoncer une seconde fois à cette vaccination. Pourtant, ce soir, même si plusieurs personnes m’ont encouragé vers cette action et m’ont félicité depuis, si cela m’a fait du bien, beaucoup de bien, je ne suis pas soulagé.

 

Le sentiment d’avoir trahi

 

J’ai d’abord le sentiment d’avoir trahi. Ma compagne pour commencer, résolument contre. Pour elle, les vaccins anti-Covid actuels sont des « choses » à bannir.

 

Mon meilleur ami, qui a contracté le Covid il y a plusieurs mois et dont les défenses immunitaires « poussent » le plafond,  qui m’avait conseillé récemment d’attendre quelques mois si je le pouvais.

 

Cette personne perdue de vue qui, en lisant mon article Etre un mauvais exemple, l’avait spontanément partagé et m’avait écrit : « Je suis aussi un mauvais exemple ». Son soutien m’a fait découvrir le sentiment d’avoir désormais une responsabilité, de par mon article, envers celles et ceux qui pourraient se reconnaître à travers lui, à travers moi. Et, moi, en partant me vacciner, je leur retirais en quelque sorte un « allié ».

 

Et, dans une bien moindre mesure, j’ai un peu l’impression de ne pas avoir tenu compte de l’avis du médecin que j’avais sollicité  au sujet de ces vaccins actuels contre le Covid et qui m’avait répondu :

 

« Peut-être que, finalement, on ne court pas de risque avec ces vaccins mais on manque de recul. Donc, si vous pouvez, attendez encore quelques mois qu’un vaccin dont on sera plus sûr, arrive ».

Il m’avait aussi appris avoir attrapé le Covid en avril et m’apparaissait en pleine forme, début septembre.

 

Pourquoi, moi « l’anarchiste » et le « révolutionnaire », ai-je changé d’avis ?

 

Changer d’avis :

 

Autour de moi, aujourd’hui, je dénombre évidemment bien plus de personnes  vaccinées contre le Covid qui se portent bien que de personnes non vaccinées. Le nombre ne fait pas tout. Et ce n’est pas la peur du mépris ou de la honte sociale qui m’a dirigé.

 

Ces personnes vaccinées, que je connais, peuvent avoir des profils opposés. Mais aussi des personnalités tranchées. Si l’on peut être une personne affirmée et affutée en refusant de se faire vacciner et en refusant le passe sanitaire, je peux aussi dire que parmi les personnes vaccinées contre le Covid que je connais, se trouvent des personnes toutes autant affirmées et affutées. Dans une fourchette d’âge allant de 35-40 ans à 70 ans et plus. Je pourrais donc me satisfaire du fait que ces personnes se soient faites vacciner contre le Covid.

 

Sauf qu’il me reste des gros résidus de doute. Tomber par hasard tout à l’heure sur le post, sur Facebook, d’un ami qui affirme que la vaccination anti-Covid « aurait » causé 40 000 morts en neuf mois d’après telle ou telle source m’a bien-sûr contrarié. Et s’il avait raison ?

 

Relire aujourd’hui sur le site Prescrire.org dans l’article (daté de ce 1er septembre 2021) intitulé Effets indésirables connus mi-2021 des vaccins covid-19 à ARN messager ( Covid-19 Des signaux confirmés et quelques signaux d’effets indésirables très rares ont émergé, notamment des péricardites et des myocardites. La Rédaction de Prescrire publie son analyse détaillée dans le numéro de septembre) m’a aussi contrarié.

 

 

Je n’ai pas changé d’avis pour pouvoir bientôt retourner au restaurant, au cinéma, dans une salle de théâtre, dans la médiathèque de ma ville ou pour voyager. Même si je le ferai sans doute après m’être fait vacciner.

Même si avec le résultat de mon test antigénique d’aujourd’hui, je compte bien faire le « plein » de sorties qui me sont désormais interdites sans passe sanitaire et sans test antigénique et PCR négatif récent. Je pense en particulier à retourner au cinéma et dans « ma » médiathèque.

 

Le centre commercial Côté Seine à Argenteuil, grand ouvert ce lundi 13 septembre 2021. Alors qu’il faut continuer de fournir un passe sanitaire ou un test antigénique et PCR négatif pour pouvoir entrer dans la médiathèque de la ville située à dix minutes à pied de là.

 

Je reste aussi critique envers le passe sanitaire et le projet de société qu’il dessine. Je crois qu’au pire, l’ancienne Ministre de la santé Agnès Buzyn, mise en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui » et une mauvaise gestion de la pandémie du Covid l’année dernière, sera condamnée à du sursis. Et qu’elle sera la principale part visible et condamnée des responsables de cette mauvaise gestion parmi les grosses « têtes de gondoles ». Et que les autres se feront discrètes ou sauront si bien se faire défendre que leur condamnation sera  faible ou inoffensive. Contrairement à ce qui va  se produire à partir de ce 15 septembre, dans deux jours, pour celles et ceux, employés, qui ne seront toujours pas vaccinés, ne serait-ce qu’une fois, contre le Covid.

 

Pour ces personnes, je m’attends à ce qu’on les brutalise un peu plus que nous ne l’avons déjà été dans notre grande majorité depuis le début de cette pandémie. En se cachant derrière la loi :

 

« On vous avait prévenu. Vous avez été informé(e). Vous avez eu le temps de la réflexion. Maintenant, je suis obligé(e )  d’appliquer la Loi. Ce n’est pas moi, c’est la Loi qui m’oblige à vous dire de dégager et à vous sanctionner !  ».

 

Je crois qu’il va se produire beaucoup trop de « sale » à partir du 15 septembre au prétexte de la Loi. Car sitôt que l’on octroie à plus de personnes  un certain pouvoir répressif, le pire, camouflé ou un peu tenu en laisse d’ordinaire, s’exprime davantage. Je ne m’attends pas à des ratonnades. Mais à des dégradations morales, sociales et économiques. A un accroissement de contrariétés et d’humiliations quotidiennes les plus diverses au motif que certaines personnes ne fourniront pas, en cas de contrôle- et il y en aura de plus en plus à partir du 15 septembre- le papier qu’il faut ; le QR Code attendu pour effectuer des déplacements ou des actions qui, « autrefois », il y a encore deux mois, ne le nécessitaient pas.

 

C’est plutôt ça qui m’a fait changer d’avis. Je n’ai pas envie de me mettre dans un état d’hyper-vigilance pour des gestes quotidiens qui, jusqu’à il y a peu, allaient de soi comme le simple fait d’ouvrir un robinet pour avoir de l’eau.

Paris, lundi 13 septembre 2021.

La possibilité d’attraper le Covid m’a aussi fait changer d’avis. Car, à partir du 15 septembre, j’ai l’impression que chaque fois qu’une nouvelle personne non vaccinée attrapera le Covid et sera hospitalisée que cela permettra de marteler que si elle avait été vaccinée, elle ne l’aurait pas attrapé. Ou alors une forme bénigne. Il va se passer un peu de temps avant de devoir admettre que le « Tout vaccin » ne résoud pas tout contre le Covid. Au moins jusqu’à ce que les « nouveaux » traitements anti-Covid ne soient disponibles pour le plus grand nombre sur le marché. D’ici un mois ? Deux mois ? Trois mois ?

 

Gagner du temps

 

J’ai donc aussi changé d’avis pour continuer de gagner du temps.  D’accord, pendant que je prends le temps de réfléchir d’autres ont le temps de faire trois enfants et de les voir commencer à faire des études supérieures puis de devenir grands-parents. Mais j’ai besoin de temps. Cet article, pour être écrit, a besoin de temps. J’avais écrit une première version en rentrant de l’espace de santé en m’abstenant de déjeuner. Puis, je suis parti chercher ma fille à l’école. J’ai tout réécrit ce soir depuis le début. Après avoir fait faire ses devoirs à ma fille. Après avoir dîné. Après lui avoir lu une histoire, ce qui n’était pas prévu, au moment du coucher. Yekrik ! Yekrak !

Paris, ce lundi 13 septembre 2021.

 

« Le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui ». J’aime cette phrase. J’ai oublié qui en est l’autrice ou l’auteur.

 

Ma seconde injection aura lieu début octobre si elle se fait. D’ici là, nous devrions avoir d’autres informations concernant l’évolution de la pandémie mais aussi à propos des effets des vaccins anti-Covid actuels. A cela s’ajoutent tous ces nouveaux traitements contre le Covid, par voie orale ou intraveineuse, mais aussi par voie intramusculaire, prévus pour cet « automne ». Et, pour l’instant, je préfère le traitement intramusculaire que j’ai reçu à un traitement oral ou par voie intraveineuse.

 

Si je « fais » ma deuxième injection, je n’aurai en principe pas de rappel avant six mois. Ce qui nous amène au mois d’avril 2022 où je veux bien croire que l’on en saura plus sur la « sortie » éventuelle de la pandémie. Comme sur les traitements contre le Covid.

Argenteuil, ce lundi 13 septembre 2021. J’ai l’impression qu’il y a moins de tests antigéniques et PCR pratiqués dans ce genre de tente qui fait désormais partie du paysage. Ce sera bien lorsque ces tentes disparaitront.

 

Selon certains témoignages et affirmations

 

Bien-sûr, si je suis mort d’ici là ou complètement bousillé par la vaccination anti-Covid, tout cela n’aura plus d’importance pour moi. Je suis bien obligé d’y penser puisque selon certains témoignages ou affirmations, ou explications, ces vaccins anti-Covid sont toxiques. Et, moi, j’en suis à J+1 en terme d’expérience avec ce vaccin. Je ne sais pas ce qui va se passer ensuite. Or, selon certaines affirmations, une personne vaccinée contre le Covid aurait une espérance de vie de deux à trois ans ensuite. En repartant du centre de santé, je me suis donc imaginé que la plus grande partie de ces personnes que je croisais dans la rue, se déplaçant, discutant entre elles ou assises à une terrasse d’un café, tomberaient toutes d’un seul coup, un beau jour, mortes. Et que ce serait pareil pour moi.

Paris, ce lundi 13 septembre 2021.

 

Je me suis aussi imaginé qu’un jour, alors que j’aurais l’intention de me rendre dans une épicerie, que je me retrouverais finalement dans un pressing puisque la vaccination, avec les nanotechnologies qu’elle comporterait, permettraient de me téléguider à distance. Je voudrais voir tel film. Hé bien, non, « on » me forcerait à aller voir tel film à la place. Je voudrais faire la vaisselle, hé bien non, « on » m’obligerait à me rendre sur internet pour faire des achats. Je voudrais m’habiller de telle manière pour sortir, et, finalement, non, à la place “on” m’imposerait de descendre dans les égouts.

Paris, lundi 13 septembre 2021.

 

 

Il y a bien-sûr d’autres croyances et d’autres affirmations à propos des vaccins anti-Covid. Je préfère en rire un peu. Comme le fait que notre téléphone puisse être aimanté à l’endroit où le vaccin nous a été injecté. Je n’ai même pas eu envie de faire le test. C’est plutôt ma compagne qui m’a incité. Alors, devant elle, j’ai pris mon téléphone et l’ai posé contre ma peau. Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois. Il est retombé à chaque fois. J’allais continuer lorsqu’elle m’a dit que ce n’était pas la peine. Puis, ma compagne en a déduit que mon vaccin était peut-être « un placebo ». Je lui ai répondu :

 

« Quelle que soit la situation, de toute façon, il y aura toujours une explication ».

 

Ma compagne m’a “prédit” une troisième puis une quatrième injection. Autant prédire une troisième et une quatrième guerre mondiale. Je ne peux pas lui donner tort. Le monde va mal.  Je pense aussi que le nombre d’injections de vaccins contre le Covid va augmenter. Et cela ne m’emballe pas du tout.

Lorsque je lui ai dit que j’avais toujours des doutes, elle m’a objecté, presqu’assassine :

 

« En général, quand on a des doutes, on s’abstient ! ».

« C’est ce que je fais, en général, oui. Mais j’ai fait ce que j’avais à faire ». Puis, j’ai ajouté :

« Vu qu’il me reste maintenant deux à trois ans à vivre, regarde moi bien. Parce-que bientôt, je ne serai plus là ». Cela l’a fait un peu rire.

 

S’il me reste effectivement deux à trois ans, au mieux, à vivre avec ce vaccin, je me demande ce que je pourrais bien faire durant ces deux à trois ans. Me faire plaisir sûrement. En attendant, lorsque ma mère a appris que j’avais reçu ma première injection, elle m’a écrit par sms qu’elle allait aussi se faire vacciner. Et que mon père suivrait sûrement ensuite. Sa réaction m’est alors apparue évidente. Pourtant, je ne l’avais pas du tout prévue.

 

 

Lorsque j’ai eu quitté le centre de santé ce matin, ça klaxonnait dans la rue. Un camion arrêté bloquait la rue. A pied, j’ai facilement pu passer. J’ai tenu à retourner à la gare St Lazare en marchant.  J’ai pris quelques photos sur le trajet. Regarder pour vivre. Marcher pour ne pas mourir.

 

 

Franck Unimon, ce lundi 13 septembre 2021.

 

 

 

 

 

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Qui êtes vous ?

»Posted by on Août 14, 2021 in Moon France | 0 comments

Qui êtes vous ?

Piscine de Roubaix, juillet 2019.

Qui êtes-vous ?

 

La première fois, c’était à la médiathèque. Je venais d’arriver dans la ville. M…une bibliothécaire, partie à la retraite il y a quelques années, m’avait parlé de lui. De ce professeur de percussions d’origine antillaise, au conservatoire. C’était en Avril ou Mai 2007. La jeune Alisha ( Marche jusqu’au viaduc )était alors bébé ou pas encore née. Ses deux futurs camarades et  meurtriers qui , le 8 mars 2021, la piégeraient, la tabasseraient et la jetteraient dans la Seine, à Argenteuil, près du viaduc sous la A15, à une vingtaine de minutes à pied depuis chez moi, devaient alors à peine marcher. Bien-sûr, en 2007, j’ignorais tout de cette future histoire. J’avais bien d’autres histoires en tête que j’ai aujourd’hui oubliées pour la plupart.  

 

En 2007 ou 2008, j’étais allé le rencontrer au conservatoire. Et, nous avions sympathisé et discuté. Il m’avait parlé de son Maitre, Mamady Keita, décédé ce mois de juillet 2021 soit quelques semaines avant Jacob Desvarieux ( J’ai revu quelqu’un…). Par la suite, j’avais bien pris un ou deux cours de djembé avec lui. Mais je suis peu doué. Je rêve bien mieux la musique que je ne la joue. Je n’ai pas de bonnes mains ni les oreilles et le cerveau ou la patience et l’intelligence qu’il faut devant un instrument de musique. Ainsi que la constance et la consistance nécessaires à l’épuisement de mes défauts.

 

Par contre, j’écris comme d’autres jouent de la musique ou pratiquent un art martial ou de combat. A jeun. Au réveil. A peu près à n’importe quelle heure. De manière répétitive.

 

Même si mes articles sont ratés, mauvais, transportent des idées claironnées dans le désert ou donnent sur des impasses, cela ne me décourage pas. Je vais recommencer. Je vais repartir. Je ne peux pas faire autrement. Cela a peut-être à voir avec le fait qu’écrire me vient de ma jeunesse et que j’y ai concentré ce qu’il m’en reste.

 

Parler, c’est difficile. On peut raconter des histoires à l’oral mais il faut une bonne voix. Ou bien savoir s’en servir. La mienne ne porte pas. Elle endort et se mélange dans les détails, bétails incontrôlés rapidement hors de portée des fusils de l’attention de l’auditoire. Un auditoire a besoin d’être captif. Pas de se disséminer en partant à la chasse d’un fou qui court partout en même temps. 

 

Un fou, contrairement à ce que l’on croit, ça écoute. Ça écoute tout. Trop. Et ça croit beaucoup, aussi. C’est pour cela qu’il est fou. Il y a des gentils fous et des méchants fous.

 

Lorsque je lui ai envoyé un sms hier soir, cela faisait plusieurs mois que je ne lui avais pas parlé. La dernière fois, c’était quelques jours ou quelques semaines avant qu’il ne prenne sa retraite du conservatoire de musique. Si j’étais plus allé le voir de temps en temps de façon amicale et en amateur de musique, j’avais aussi pris la précaution d’emmener ma fille le voir deux ou trois fois. Elle devait avoir deux ou trois ans, lorsque, entre deux cours, alors qu’il était disponible, pour elle, il avait joué quelques airs au djembé. Plus tard, toujours entre deux cours, ou entre deux tours, il l’avait faite jouer un peu et lui avait donné une petite initiation musicale.

 

Mon sms à peine envoyé, hier soir j’ai reçu sa réponse par sms :

 

« Qui êtes vous ? ». Puis, j’ai vu qu’il avait essayé de me joindre. J’ai décidé de le rappeler. Après que je me sois présenté, il m’a presque engueulé.

 

« Pourquoi tu m’envoies un sms au lieu de m’appeler ?! Tu m’envoies un truc, il faut que je clique sur un lien ! Avec toutes les arnaques qu’il y a par téléphone ! ».

 

Je lui ai expliqué que je n’étais pas très disponible pour discuter. Il m’a répondu :

 

« Y’a pas de problème ! ».

 

Trente minutes plus tard, nous étions encore au téléphone. Il m’a appris qu’il continuait de donner des cours de musique dans une association où il enseignait depuis vingt ans. Il approche des 70 ans.

 

Il m’a appris comment, pendant plus de vingt ans, il avait fait deux heures de route à l’aller, deux fois par semaine, pour se rendre au conservatoire où je l’avais rencontré. Et comme il arrivait fatigué avant même de commencer à donner ses cours. Mais, aussi, là où il avait commencé à donner des cours dans la ville avant d’être embauché au conservatoire.

 

Parce qu’un fou, ça sait interroger et faire parler les gens.  Parce qu’un fou, ça permet à un autre fou de livrer une part de sa folie. Parce qu’entre fous, on se reconnaît, on se comprend et on se fait confiance. On se livre peu face à quelqu’un dont la folie correspond assez peu aux valeurs et aux détours de la nôtre.

 

Un professeur de conservatoire, c’est souvent une personne ou un professionnel, dont on imagine très peu la vie. A moins de le connaître. Sauf s’il en parle. Parce qu’en général, un professeur de conservatoire enseigne une discipline si rigoureuse que l’on a d’autres priorités que d’aller renifler son derrière afin de savoir ce qu’il a mangé, quand et avec qui. Mais, lui, m’a toujours parlé de quelques unes de ses expériences.

 

Hier soir, j’ai donc entendu qu’il avait été batteur à Pigalle pendant cinq ans dans un orchestre entre 1979 et 1984. Il m’a décrit une ambiance de Far west et dit que s’il écrivait un jour un livre, il raconterait ça plutôt que ce qu’il a pu apprendre des gens au travers de ses élèves du conservatoire. Moi, j’aurais bien aimé qu’il raconte aussi ce qu’il avait vu au conservatoire.

 

Far West à Pigalle ou histoires de conservatoire, deux histoires et deux mondes s’opposent. Je n’ai pas pû m’empêcher de penser qu’un éditeur ou un producteur de film opterait pour le Far West à Pigalle. C’est plus vendeur. C’est plus attractif.

 

Mais ça m’a fait réfléchir.

 

Parfois, nous racontons des histoires parce que ce sont celles qui nous ont le plus marquées et elles sont marquantes. Ce faisant, nous délaissons d’autres histoires qui finissent par disparaître. Alors qu’elles sont peut-être aussi marquantes que les autres que nous retenons ou préférons. Qui suis-je pour croire et décider qu’une histoire vaut autant ou plus qu’une autre ?

 

Un fou et un auteur.

 

Franck Unimon, ce samedi 14 aout 2021.

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J’ai revu quelqu’un…

»Posted by on Août 13, 2021 in Moon France, Musique | 0 comments

J’ai revu quelqu’un…

Cathédrale d’Amiens, juillet 2021.

                                           J’ai revu quelqu’un….

 

Il y a quelques jours, j’ai revu quelqu’un. Ce n’était pas dans une église. Je l’avais appelé il y a quelques mois. Nous avions discuté.

 

Il ne me connaissait pas.

 

Je lui avais donné mon nom et le prénom de ma mère qu’il aurait dû connaître. Il ne se souvenait pas d’elle.

 

Alors, j’avais sorti d’autres prénoms et d’autres noms du jeu de cartes de ma mémoire. Parmi eux, un certain nombre de carrés d’as. Il connaissait bien ces cartes. C’était bien lui que j’avais rencontré il y a plus de trente ans. J’avais croisé sa mère, aussi. Une petite femme pleine d’autorité qui connaissait ma mère et me saluait.

 

Après quelques minutes, il s’était excusé. Il avait du travail. Je n’avais pas insisté. Mais j’avais été un peu contrarié que ce simple échange lui suffise.

 

Nous nous sommes finalement vus il y a quelques jours. Quand il s’est approché, à petits pas vers moi, nous nous sommes regardés. C’est plus par déduction que nous avons compris qui nous étions. Lui et moi étions détendus. J’étais assis, lui, debout face à moi. Autour de nous, les personnes présentes sont devenues transparentes et silencieuses bien qu’elles aient continué à parler entre elles à voix haute.

 

Lorsqu’il a enlevé son masque anti-Covid, je ne l’ai pas reconnu. Je suis pourtant assez physionomiste. Mais, à part les yeux et le regard peut-être, dans la rue, je serais passé à côté de lui. Il avait le crâne rasé. Avait minci. Une petite moustache taillée. Et portait la marque autour du cou de celles et ceux qui ont été gravement malades et pour lesquels une chirurgie lourde avait été nécessaire. Un cancer était passé par là. J’avais aussi appris qu’il avait été de celles et ceux qui avaient attrapé le Covid cette année, en mars-avril. Il avait été arrêté plusieurs semaines puis avait repris.

 

De lui, j’avais le souvenir d’un homme très assuré, très bon professionnel. Qui savait ce qu’il faisait. C’était ce qui émanait de lui. Même si nous n’avions pas vraiment passé de temps ensemble, il avait été un peu un modèle pour cela.

 

Un jour, il y a plus de trente ans, s’adressant à quelqu’un que je devais connaître il avait dit, très content :

 

« Tu veux voir ma caisse ?! ». A cette époque, tout juste adulte, je n’avais pas le permis. J’étais à cet âge où, avec les premiers salaires, la voiture, les copains et les copines, on sort la nuit et on « profite » de la vie. J’avais tout à apprendre pratiquement.

 

Nous avons repris nos marques en reparlant du passé. Nous avons échangé à nouveau des noms et des prénoms inconnus à notre entourage immédiat. Alors que parmi ces collègues immédiats se trouvaient vraisemblablement des personnes qui le connaissaient intimement depuis des années, maintenant.  Et, moi, le « nouveau », celui qui faisait moins que son âge, j’arrivais avec ça.

 

Lorsque j’ai mentionné la date de notre dernière rencontre, 1989, le collègue avec lequel je venais de terminer une deuxième nuit de travail de suite, un « nouveau » comme moi, mais un petit peu plus ancien dans le service, s’est exclamé :

 

« En 1989, j’avais deux ans ! ».

 

Ma fille a désormais un peu plus que deux ans. Tout à l’heure, avec elle, j’ai de nouveau regardé quelques vidéos de Jacob Desvarieux, l’un des fondateurs du groupe de Zouk Kassav’, décédé il y a quelques jours.

J’en ai parlé dans un de mes articles récents intitulé : Jacob Desvarieux. Dans mon blog, on trouvera d’autres articles relatifs à Kassav’ dans la catégorie Moon France.

 

Sur Youtube, je suis tombé sur cette vidéo de quelques minutes lors de l’enterrement de Jacob Desvarieux. Quatre hommes en costume portent son cercueil et se mettent à zouker sur un de ses  titres : Kavalié O Dam. ( Pour être plus exact : ces quatre hommes dansent le quadrille dans sa version créole)

Ma fille était assise sur mes genoux alors que nous regardions ça. J’ai trouvé ça beau ! ça m’a…touché. Et encore plus parce-que je pouvais regarder ça avec ma fille.  Elle m’a demandé où était Jacob Desvarieux, ou, pourquoi il était dans le cercueil. Je lui ai alors répondu :

« Parce qu’il est mort ».

En regardant cette vidéo, j’aurais aussi bien aimé être le défunt qu’être à la place d’un de ces quatre hommes qui portent le cercueil.  

 

Sur une autre vidéo, un homme interrogé a dit ce que la mort de Desvarieux lui faisait. On aurait dit un pêcheur d’une soixantaine d’années. Il s’est exprimé en Créole. J’ai pris l’initiative de traduire ses propos à ma fille…  jusqu’à ce qu’elle me fasse comprendre que cela l’agaçait. Je lui ai alors demandé en souriant :

« Ah, bon ! Ou Konèt Palé Kréyol ?! » (« Ah, bon, tu sais parler Créole ?! »).

 

Je fais attention à l’usage du Créole avec ma fille. Afin qu’il ne soit pas un geste de colère. Je le parle mal mais je sais ce qu’une langue peut créer en soi de sensible. Et je le réserve à des moments agréables avec elle. Lecture de contes. Quelques formulations.

 

Le décès de Jacob Desvarieux a été une bonne occasion, de plus, de filer la langue créole sur le comptoir de ces instants vécus avec ma fille. Si je le pouvais, je parlerais aussi le Créole réunionnais et haïtien en plus d’autres langues. Dont L’Arabe et le Japonais.

 

J’ai été étonné, en évoquant devant mon collègue masqué certains prénoms et noms d’anciens collègues avec lesquels il avait travaillé directement, qu’il martèle plusieurs fois, ce verdict :

 

« Il est mort ! ».

 

Au point que j’ai fini par lui dire, presque étonné :

 

« Mais, on finit par mourir un jour, de toutes façons ?! ».

 

Il m’a regardé en silence, comme s’il disposait d’un plan secret pour éviter ça. Mais qu’il le gardait pour lui. Ou qu’il était encore trop tôt pour en parler. J’ai alors compris la raison pour laquelle il reculait la date de son départ à la retraite prévu initialement pour cette année.

 

Je ne suis pas fort. Mais je trouve que l’on fait aussi toute une histoire avec la mort. C’est ce que je me suis dit en regardant ces quelques vidéos sur Jacob Desvarieux. J’avais oublié de parler de ses solos de guitares qui, lors des concerts de Kassav’, étaient un passage obligé. Et, personne ne s’en plaignait.

 

Afin de coller à notre époque, j’ai aussi pris le temps de regarder avec ma fille quelques vidéos de Billie Eilish. Ce sera peut-être son futur d’adolescente. Billie Eilish doit aujourd’hui avoir à peu près l’âge que j’avais lorsque j’avais rencontré mon aîné à la Maison de Nanterre, vers le milieu ou à la  fin de mes années d’études d’infirmier. C’était aussi la période où Kassav’ et le Zouk, d’une manière générale, débordaient aux Antilles. 

 

J’ai été un peu gêné par quelques postures et images de la demoiselle Elish. Pour ma fille qui est encore en dessous de l’âge de l’adolescence.

J’ai compris assez facilement ce qui peut expliquer le succès de la jeune femme (Billie Eilish) :

La maitrise de l’image et du son. Certaines provocations et mimiques à connotation sexuelle ou sensuelle ou comment titiller les tétons et les limites. Le style vestimentaire. La voix éraillée et supportée par la technique. L’énergie spécifique à cet « âge » de la vie. Les thèmes interprétés comme artiste et personne plutôt que comme une victime claustrée. Le fait aussi qu’elle chante en Anglais. Dans l’article consacré à Desvarieux et Kassav’, j’ai appris tout à l’heure que des pressions avaient été exercées sur le groupe afin qu’il chante…en Français. Comme La Compagnie Créole. Cette volonté comme ce projet sont pour moi inconcevables. Même si je sais qu’une artiste comme l’Islandaise Björk a aussi dû son succès international à l’usage de l’Anglais ( comparativement à l’artiste Mari Boine); ou que Bob Marley a dû transposer ses idées depuis son argot jamaïcain à travers le garrot d’une langue anglaise plus accessible au grand public, le rythme d’une musique a aussi ses règles et ses conditions pour que ses auteurs et ses interprètes restent en adéquation avec lui !   

Eilish, “native” de la langue anglaise n’a pas eu à subir ce genre de chantage de l’industrie du disque. 

Sur scène, accompagnée de deux ou trois musiciens et de machines dévouées, Eilish se sert de sa voix et de son corps tels des processeurs qui lui obéissent au doigt et à l’œil.

 

Ensuite, Eilish est déja arrivée à ce stade de la célébrité où celle-ci recycle l’enthousiasme du public qui, en grossissant, attire de nouvelles personnes. Comme moi qui, après avoir aperçu un ou deux articles récemment à son sujet, ai décidé de pousser la porte numérique de Youtube afin de me faire une idée. Pourquoi ? Parce-que sur le même journal où figurait un hommage à Desvarieux se trouvait aussi un article sur Eilish et que c’était la deuxième fois en moins de dix jours que dans un journal, je la voyais soit en couverture ou dans les colonnes d’un article.

 

De Billie Eilish ( existe-t’il un rapport avec Billie Holiday ?), à Jacob Desvarieux et Kassav’ en passant par cet aîné de dix ans- et collègue- revu trente ans plus tard, il y a de multiples façons de se rencontrer soi-même. Et de se voir. Je me suis senti un peu malade à la suite de ma rencontre avec cet aîné. Je me suis même demandé si, à son contact chargé, j’avais attrapé le Covid. Non pour son état de santé. Mais pour son état d’esprit.

 

La mort de Jacob Desvarieux ne m’a pas mis dans cet état d’esprit. Pour Billie Eilish, on verra selon la façon dont elle décèdera. J’espère bien-sûr que ce sera le plus tard possible pour elle et que ce sera une assez belle mort.

Une mort à la Amy Winehouse me catastrophe. J’ai l’impression d’être le témoin privilégié et impuissant d’une détresse en direct. Et je n’aime pas ça !  

Pour nous avoir aussi évité ça, à nouveau un très grand merci à Jacob Desvarieux. Comme on dit en Créole, Méci On Pil !

 

Franck Unimon, ce vendredi 13 aout 2021

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La pandémie du Covid dans les régions d’Outre-mer

»Posted by on Août 12, 2021 in Corona Circus, Moon France | 0 comments

La pandémie du Covid dans les régions d’Outre-mer

 

 

La pandémie du Covid dans les régions d’Outre-Mer

 

Echanger des points de vue avec des amis comporte des risques. Les disputes et les ruptures font partie des risques. Mais il en est un autre peut-être beaucoup plus grand.

Celui qui consiste à se croire très intelligent en leur compagnie. Le nombre de fois où l’on se sent autorisé à s’imaginer particulièrement perspicace ne se compte pas avec nos amis. Puisque, généralement, le plus souvent, ils pensent comme nous. Lorsque cela n’est plus possible, certains quittent ce statut d’amis. Soit de leur propre initiative soit de la nôtre.

 

Je viens de connaître un de ces moments où, à nouveau, je me suis senti pousser une intelligence particulière. Je n’avais pas prévu ça. Comme je n’avais pas prévu de l’écrire dans un article ce matin. Ce matin, j’avais d’autres ambitions que de « paraître » dans un article. Mais l’échange que je viens d’avoir par sms avec mon ami Raguse en a décidé autrement. Pour le pire ou le meilleur. Avec lui ou avec d’autres.

 

Raguse et la pandémie aux Antilles

 

Tout à l’heure, mon ami Raguse m’a sollicité pour avoir mon avis concernant l’essor de la pandémie aux Antilles. Depuis quelques jours, dans les médias, il se parle de plus en plus du confinement strict et du couvre-feu décidés récemment par le gouvernement aux Antilles. Du fait que les touristes qui s’y trouvent sont encouragés à rentrer en France.

 

On parle aussi du faible taux de vaccination anti-Covid là-bas. De la défiance d’une grande partie de la population envers les vaccins anti-Covid. Tandis qu’en France, on doit maintenant approcher les plus de 60 % de personnes vaccinées contre le Covid, dans les régions Outre-mer telles que les Antilles où la Réunion, ce taux tombe à environ 20 %.

Alors que le variant Delta du Covid fait de plus en plus parler de lui et couche de plus en plus de monde dans ces régions et ailleurs. Aux Antilles, on parle de services hospitaliers surchargés, de renforts en personnels soignants ( mais aussi de renforts policiers ) venus de métropole. Donc, d’une catastrophe sanitaire en cours sous les tropiques. Les « tropiques » sont habituellement plutôt synonymes de paradis, d’évasion et de détente. Là, ils deviendraient plutôt synonymes de mouroirs et de mouchoirs.

 

Je l’ai déjà écrit : je suis bien-sûr embarrassé devant ces chiffres de « cas de Covid » en augmentation. Que ce soit aux Antilles où j’ai de la famille, à la Réunion, mais aussi en France. Mon propre frère a prévu de se rendre en Guadeloupe avec sa compagne et leurs deux enfants. Et, il y a quelques jours, bien que lui et sa compagne soient vaccinés et aient prévu de passer deux tests PCR, un quarante huit heures avant leur vol, et un autre le jour-même, afin d’augmenter leurs chances, mon frère ne savait pas s’ils pourraient décoller pour la Guadeloupe la semaine prochaine.

 

Cela, c’était avant que l’on apprenne que les touristes étaient maintenant incités à quitter les Antilles. Partir des Antilles serait plus « simple » pour certains touristes qui y sont que pour d’autres à ce que j’ai lu. La compagnie Air France serait plus facilement joignable et  accommodante. La compagnie Air Caraïbes, aux billets d’avions moins chers, ne répondrait pas.

 

Le journal ” Le Parisien” de ce mercredi 11 aout 2021.

 

Mon ami Raguse m’a posé tout à l’heure en guise de bonjour (il ne m’a même pas dit bonjour) la question suivante que beaucoup d’autres personnes se posent peut-être :

 

« Je comprends bien la défiance des antillais vis à vis de l’Etat français mais l’hécatombe actuelle en Guadeloupe et Martinique pose la question de la vaccination…et ses conséquences bénéfiques sur le nombre de victimes….Qu’en penses-tu ? Bonne journée ! Bizz ».

 

Je sortais de ma douche lorsque j’ai lu ça après ma deuxième nuit de travail. Nuit de travail dont je suis revenu assez poussivement tout à l’heure en pédalant sur mon vélo. J’ai même croisé un « vélo Brompton » tout fringant qui m’a allumé alors que je me rapprochais de la gare de St Lazare.

 

Mais en lisant ce sms de mon ami Raguse, tout à l’heure, mon Q.I n’a fait qu’un tour. D’abord, sa question amenait entre nous une nouvelle discussion parmi d’autres. Ensuite, mes origines antillaises et mon statut de « non vacciné » m’ont attribué le rôle du candidat idéal pour en débattre avec lui. Impossible pour moi de me défiler.

 

J’ai d’abord répondu :

 

« Tu as peut-être raison pour la vaccination. Mais nous ne sommes pas à leur place. La Guadeloupe, c’est une île qui se trouve à des milliers de kilomètres de l’hexagone. Et où l’on perçoit donc les événements et la vie depuis un autre point de vue. Et puis, la France a un terrible passif avec, au moins, la Guadeloupe et la Martinique : Le chlordécone.

Lorsque tu as vécu ça, cette horreur sanitaire, comment peux-tu faire confiance à la France ? Pareil pour la Polynésie et les essais nucléaires aux conséquences sanitaires non véritablement reconnues par la France. Comment, après ça, réussir à faire confiance à la France ? ».

 

Raguse a alors ajouté :

 

« Oui, je suis d’accord. C’est pour ça que je parlais de leur légitime défiance vis-à-vis de l’Etat français…. ».

 

Alors, je ne sais pas ce qui m’a pris. C’est peut-être l’effet de la fatigue ou mon Q.I inversé qui m’ont désinhibé peut-être pour le pire. Je me suis alors mis à écrire :

 

« Il est très facile depuis notre regard ethno-centré et nombriliste de juger les autres. Que ce soit les autres qui sont aux Antilles ou dans d’autres régions du monde. Mais t’écrire ça ne m’empêche pas de « regarder » le décompte et l’essor de la pandémie aux Antilles et en Polynésie. Cependant, ce qui me dérange aussi, c’est ce business autour des vaccins :

S’il y a peu de gens vaccinés aux Antilles, ça veut aussi dire qu’il y a là-bas un marché à conquérir. Je n’arrive pas à savoir ce qui est le pire. Et, c’est encore plus inquiétant d’être aujourd’hui incapable de savoir ce qui est le pire :

 

Penser, comme je le fais, que les vaccins anti-Covid pourraient être une nouvelle espèce de produits de consommation envers lesquels nous allons développer une dépendance. Comme envers nos téléphones portables et nos ordinateurs et internet. Ils (les vaccins anti-Covid) seraient donc les produits de consommation parfaits. Indispensables et salvateurs mais à durée limitée. On en changerait tous les ans ou tous les six mois en prenant un nouveau forfait. Comme avec un nouveau téléphone portable de plus en plus sophistiqué chaque année.

 

Ou, le pire est-il que ce projet soit déjà l’avenir pour au moins une ou plusieurs entreprises?

Ce matin, lorsque je suis optimiste, je me dis que la pandémie du Covid va durer trois ou quatre ans. Puis, je me dis que je me leurre. Et, qu’elle va plutôt durer une cinquantaine d’années ou plus. Comme la grippe.

Lorsque l’on voit tout ce que nous avons perdu en libertés (ne serait-ce que de déplacement) depuis dix huit mois, cela fait très peur pour la suite. D’autant que le Covid bouffe d’abord en priorité les plus âgés, donc les représentants et la mémoire d’un autre monde. D’une autre façon de vivre. Mais dans dix à vingt ans, celles et ceux qui naitront ne connaitront rien de cette vie sans Covid que nous aurons connue. Et, pour le plus grand nombre d’entre eux, ça sera normal de vivre avec ces vaccins peut-être devenus mensuels ou quotidiens contre toute sortes de maladies dangereuses. Peut-être même que la durée de vie moyenne de l’humanité aura-t’elle diminué pratiquement de moitié. Le monde sera alors peuplé de jeunes travailleurs et de jeunes consommateurs dynamiques. Ce qui soutiendra l’économie de marché…tu m’as interrogé. Je te réponds spontanément sans me censurer après deux nuits de travail. Je t’embrasse ».

 

 

Un délire de plus de Franck Unimon, ce jeudi 12 aout 2021. Avec le concours involontaire de l’ami Raguse  qui n’est peut-être qu’un prétexte ou mon invention afin de pouvoir écrire n’importe quoi.

 

 

 

 

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Vélo Taffe : Certains vélos sont faits pour rouler

»Posted by on Août 11, 2021 in Corona Circus, Moon France, Vélo Taffe | 0 comments

Vélo Taffe : Certains vélos sont faits pour rouler

 

Photo prise début aout 2021.

 

                            Vélo Taffe : Certains vélos sont faits pour rouler

 

J’ai travaillé cette nuit. Ce matin, pour retourner à la gare, comme je le fais depuis quelques mois, j’ai pris mon vélo pliant. Je ne suis toujours pas vacciné.

 

Je suis bien-sûr embarrassé de savoir que dans des pays pauvres, des gens meurent du Covid faute de ne pas pouvoir bénéficier de vaccins anti-Covid comme nous en avons à disposition en France, pays qui fait encore partie des pays riches.

Journal “L’Humanité” de ce mercredi 11 aout 2021.

 

Je suis bien-sûr embarrassé par la montée inquiétante du nombre de cas Covid en Guadeloupe, en Martinique ou à la Réunion. Les média, il y a quelques jours, relevaient une réticence ou un refus de la vaccination anti-Covid en Guadeloupe, en Martinique et à la Réunion.

 

J’ai appris le « durcissement » des mesures de confinement dans ces régions d’Outre-mer dont je suis plusieurs fois originaire. Je me dis qu’une moindre application locale des gestes barrières a sans doute permis cette extension de la pandémie. Mais le tourisme aussi : il y était encore permis assez facilement il y a quelques mois.

 

Je ne conteste pas les chiffres du Covid dans le monde.

 

Ce matin, pour la première fois, je me suis demandé si le déni de la pandémie- et de sa gravité- par certains pouvait avoir une relation avec une mouvance comme celle des « adeptes » de Trump, le précédent Président des Etats-Unis. Soit une mouvance émanant d’un homme Puissant de par son ancien poste de Président de la toujours Première Puissance Mondiale mais aussi de par sa richesse en tant qu’homme d’affaires.  

 

C’est ce titre dans le New York Times que j’ai acheté tout à l’heure qui m’a donné cette idée :

No bottom in sight for Covid denial écrit par Paul Krugman, une personne que je ne connais pas.

“New York Times” de ce mercredi 11 aout 2021.

 

La traduction approximative de ce titre pourrait être : Le déni du Covid est un puits sans fond ou sans limites.

 

Une façon de dire que celles et ceux qui sont dans le déni du Covid, et de sa gravité, trouveront toujours des raisons et des façons de s’opposer aux arguments qu’on leur donnera pour les convaincre de la réalité et de la gravité de cette pandémie. Une sorte d’hémorragie qu’aucun anticoagulant de ce monde ne pourra jamais arrêter. 

Le ” Charlie Hebdo” de ce mercredi 11 aout 2021.

 

J’ai entendu une infectiologue affirmer qu’avec le variant Delta du Coronavirus qui est en train de prendre ses appartements en France que personne, cette fois-ci, ne pourrait échapper à cette quatrième vague de la pandémie :

 

Selon les propos de cette experte, soit on attraperait le Covid. Soit on pourrait s’en sortir en étant vacciné avec Pfizer, Moderna, Astrazeneca, Johnson & Johnson. Nous désignons ces vaccins anti-Covid par les noms des laboratoires qui les fabriquent et/ou les commercialisent.

 

Laboratoires et noms qu’elle n’a pas forcément cités dans son intervention mais que, désormais, tout le monde « connaît » maintenant en France, je pense. Une pandémie, la maladie et la mort font partie des meilleures publicités qui soient. Et, cela, bien avant cette pandémie du Covid.

 

Avant de passer à la suite : Je ne me sens aucune affinité ou proximité avec une personnalité ou un personnage comme Trump, le précédent Président des Etats-Unis. 

Maintenant que c’est écrit

Hier, j’ai effectué ma première sortie sans passe sanitaire. J’en parle dans un autre article.( Paris sans passe : Atterrissage ethnique)

 

Après avoir écrit ça, on pourrait se demander pourquoi je persiste à ne pas me faire vacciner contre le Covid. Cette nuit, ma collègue, vaccinée avec Pfizer, m’a rappelé les embolies constatées lors des premières vaccinations avec l’Astrazeneca au début de cette année 2021.

 

Bien-sûr, il y a pour moi, une inquiétude concernant certains effets indésirables assez immédiats et plutôt graves. Mais, aussi, envers des effets indésirables aussi graves, et encore inconnus- et peut-être uniquement imaginaires– à ce jour, plus tard.

 

Foncièrement, je ne fais que deux choses, me semble-t’il :

 

Douter et essayer de gagner du temps.

 

Faire la Roue

 

Peut-être que faire la roue me permet de continuer de douter en gagnant du temps.

 

Pourtant, je ne doute pas de la pandémie du Covid. Ni de sa gravité possible.

 

Par contre, je doute des vaccins anti-Covid actuels. Pour moi, actuellement, le risque (leurs effets secondaires) à accepter avec ces vaccins que l’on nous propose- et que l’on nous impose- m’apparaît à tort ou à raison plus grand que leur fameux « bénéfice » que l’on nous assure.

 

En Anglais, je pourrais dire : « I Don’t buy it ! ». En Créole : «  An Pa Ka Pran Sa ! ». Dans ces conditions de doute, aujourd’hui, je ne suis pas preneur du risque que l’on me « demande » ou que l’on veut « m’imposer » de prendre avec les vaccins anti-Covid actuels.

 

On dira d’une personne comme moi qu’elle ne sait pas ce qu’elle veut. Qu’elle est illogique, conne ou irresponsable. Ou irrationnelle. Je ne peux pas contester totalement cette perception. C’est celle des autres. Elle ne m’appartient pas.

” Le Canard Enchainé” de ce mercredi 11 aout 2021.

 

 

La roue a sa propre volonté. Une fois lancée, elle nous entraîne avec le moindre effort. Une fois portée par elle, on pourrait mourir, être blessé, être pris d’un malaise, ou sain et sauf  et continuer d’avancer encore sur plusieurs mètres avant de commencer à le réaliser. Sauf, bien-sûr, si l’on est mort ou que l’on perd conscience.  

 

Il n’y a rien à comprendre dans ce qui fait le mouvement d’une roue, d’une pensée ou d’une intuition. Soit on l’admet, soit on fait corps avec elle, soit on la rejette ou l’on se heurte à elle. La roue a ses rythmes, ses cycles. On peut la trouver suicidaire. On peut comparer la roue à la roulette russe. ça peut être vrai. Ça peut aussi être faux.  C’est aussi par elle que l’on arrive à certains endroits et à certaines décisions qui nous sauvent et que la science n’a pas prévu et ne peut pas prévoir. La science, si elle aide, sauve, soigne et peut aiguiller, n’est pas la propriétaire et la maitresse exclusive de toutes les trajectoires. Un être humain, sur un vélo, n’ira jamais aussi droit que n’a pas pu le calculer la science afin de parvenir à une certaine destination.

 

Cependant, faire corps avec la roue ne signifie pas se perdre en elle ou s’y enfermer définitivement. En faisant corps avec la roue, on peut vivre et réaliser des actes extraordinaires et inconcevables pour qui pense et marche au pas. Mais se confondre avec la roue, au point de ne plus être capable de faire la différence entre elle et soi, c’est se consigner dans la folie, le suicide ou de la maladie.

 

Avec le réchauffement climatique, l’invasion de l’Afghanistan par les Talibans, les troubles en Ethiopie, la pandémie du Covid, le durcissement du confinement en Martinique et en Guadeloupe, le couvre-feu en Polynésie française, et le meurtre du père Olivier Maire, l’arrivée du Footballeur Lionel Messi dans l’équipe du Paris St Germain comptent parmi les principales Unes de ce mercredi 11 aout 2021.

 

Pas de logique forcément

 

Il n’y a pas de logique, forcément, dans le fait que, ce matin, j’ai décidé d’attendre ce cycliste que j’avais d’abord très facilement dépassé. Pour lui parler et l’interroger. Et, bien-sûr, rien ne me prédisposait en particulier à cette rencontre. Rien non plus ne garantissait qu’il accepte de prendre le temps de discuter avec moi. Certains cyclistes sont très fermés, assez condescendants ou, plus simplement, pressés.

 

En partant de mon travail ce matin, j’ignorais que j’allais le rencontrer. Et, si j’avais pédalé à une certaine allure ou décidé de prendre un autre parcours pour me rendre à la gare, nous ne nous serions pas croisés.

 

Il avançait sur un de ces vélos mécaniques et pliants de la marque Brompton que j’ai déjà évoqués :

 

« Certains vélos sont faits pour rouler. Le mien est fait pour pédaler ».

 

Même s’il avançait vraiment doucement, ou peut-être parce qu’il avançait vraiment plus doucement que tous les autres usagers de cette marque de vélo que j’ai pu croiser, il m’a pris l’envie de lui parler.

 

Contrairement à la plupart des cyclistes que je rencontre, quelle que soit leur marque et leur type de vélo, il portait un masque noir anti-pollution. Et peut-être anti-Covid. Et, son vélo, à l’inverse de la majorité des vélos Brompton que j’ai pu croiser, avait un guidon en T.

 

Il m’a très vite appris qu’il avait la version sportive. A la fois la plus légère et la plus chère. Il se sentait bien avec ce type de guidon et avait déjà parcouru cinquante kilomètres avec. Il se sentait tellement bien dessus que, pour tous ses déplacements, il avait désormais délaissé son VTC classique  à sept vitesses.

Il a reconnu qu’il fallait mettre le prix pour l’acheter. Mais que l’effort financier se justifiait. Il a acquiescé lorsque je lui ai sorti ma formule :

 

« Certains vélos sont faits pour pédaler. Celui-ci est fait pour rouler ».

 

Il avait fait le choix de n’avoir que deux vitesses. Au lieu des six recommandées. Pour alléger davantage son vélo qui devait pourtant être bien plus léger que le mien au poids déjà confortable (12 kilos).

 

Puis, il m’a dit qu’il était étonné par la très grande réactivité de ces vélos. J’ai pu en témoigner pour en avoir fait plusieurs fois l’expérience.

 

Après un à deux kilomètres de discussion et de promenade tranquille ensemble, il m’a prévenu qu’il allait tourner à droite après l’hôtel Le Lutétia. Je l’ai salué et l’ai remercié. Nous nous sommes souhaités une bonne journée.

 

Certains vélos sont faits pour rouler. Sans se poser de questions. Un de mes anciens cousins, du côté de ma mère, Marcel Lollia, était surnommé Vélo. Je ne l’ai jamais rencontré. J’étais ado lorsqu’il est décédé.

 

Vélo n’était pas un cycliste. C’était un joueur de Gwo-Ka. Une référence. Son nom ne dira rien à beaucoup de personnes en France et dans le monde. Y compris parmi beaucoup de mes amis et de mes connaissances, passées, présentes et futures.

 

Sa vie n’a pas du tout été linéaire. Elle n’a rien à voir avec ma propre vie. La campagne, la musique apprise sûrement en autodidacte, peu lettré, la rue, l’alcool, les nuits blanches, d’abord la mauvaise réputation, puis la reconnaissance, la maladie,  la mort dans la pauvreté avant la soixantaine. Tout ce que je fuis comme beaucoup de personnes.

 

Mais son nom et son histoire sont restés. Et, plusieurs années après sa mort, il continue d’inspirer. Au contraire de la majorité d’entre nous qui, devant la roue, estiment qu’elle est juste là pour avancer. Et, rien d’autre. Une roue, c’est fait pour rouler.

 

 

Franck Unimon, ce mercredi 11 aout 2021.

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Seconde maman

»Posted by on Août 5, 2021 in Corona Circus, Moon France | 0 comments

Seconde maman

 

                                       Seconde maman

Un adulte, ça ne se trompe jamais.

 

 

« Un adulte, ça ne se trompe jamais » m’a dit ma fille, hier. Lorsque j’ai essayé de lui faire comprendre qu’il pouvait arriver qu’un adulte, se trompe. Elle a eu l’assurance de l’innocente. Sa maitresse le leur avait dit à l’école. Ma fille appliquait à la vie ce que son enseignante leur avait peut-être (j’espère) affirmé à propos de certains Savoirs scolaires.

 

La certitude de ma fille m’a fait sourire. Mais elle a raison. C’est bien le problème. C’est les grandes vacances, ce 4 aout 2021. Des millions de personnes, pour leurs vacances, ont pris des destinations différentes. Assez peu admettront s’être trompées de destination. C’est pareil avec la raison. Nous prenons des destinations différentes. Lorsque nous sortons de certaines limites de la route ou de la raison, nous ne nous en apercevons pas tout de suite.

 

Sur le papier, administrativement, politiquement, militairement, selon les frontières et les régions, nous sommes une Nation. En pratique, cela peut être différent. Aussi y’a-t’il  y a des lois pour nous réunir ou nous forcer à nous réunir et pour nous donner des règles communes. Si nous nous en démarquons, il y a fuite, infraction, condamnation, répression ou débat.

 

Devant la pandémie du Covid – oui, je vais évidemment reparler d’elle – nous, les adultes, nous sommes tous au volant. Et, comme pour les départs en week-end ou pour les grandes vacances, nous ne prenons pas les mêmes destinations. De façon volontaire ou involontaire.

 

Mais un adulte, ça ne se trompe jamais.  

 

La vie et la mort face à certaines modélisations :

 

C’est pour cette raison qu’une fois notre décision prise, nous nous heurtons. Les pour et les anti-vaccins.

Pourtant, que l’on soit pour ou contre les vaccins contre le covid, la pandémie du Covid nous rappelle aussi que la vie et la mort échappent à certaines modélisations, statistiques et chiffres. Mais nous sommes nombreux à être très sûrs de nous concernant la conduite à avoir pour ou contre. Même si personne ne sait véritablement où nous en sommes sur la route de la pandémie. Ni où nous sommes exactement. Et à quel point nous nous situons sur la carte et la courbe de la durée de la pandémie.  

 

Le journal ” Le Monde” de ce mercredi 4 aout 2021.

 

Je ne conteste pas la réalité ou les chiffres de la pandémie du Covid. En France. Dans les régions d’outre-mer où un reconfinement a été décidé en Martinique, à la Réunion et sans doute bientôt en Guadeloupe. Je ne conteste pas non plus qu’il manque des lits en réanimation. Ainsi que du personnel soignant. Ni que la pénurie soignante se soit accentuée depuis la pandémie et qu’un certain nombre de soignants, épuisés par les conditions de travail déjà difficiles avant la pandémie, ait fait connaître leur intention de quitter l’hôpital.

 

Hier soir, j’ai été étonné de n’avoir rien de particulier à écrire. Peut-être parce-que j’avais écrit le principal de ce que je ressentais dans mon article Sérums de vérité . La veille. 

Mon ami Raguse m’a envoyé un sms ce matin. Il voulait savoir ce que j’avais décidé. Pour lui, comme pour ma compagne, à la fin de mon article Sérums de vérité, on ignore quelle va être ma décision. Ma compagne a parlé en quelque sorte de « suspense ». Pour moi, il n’y avait pas de suspense à la fin de Sérums de vérité.

 

Le journal ” Les Echos” de ce mercredi 4 aout 2021.

 

Suspense

 

 

Ce matin, j’ai appelé pour annuler le rendez-vous que j’avais pour ma première injection avec le vaccin Pfizer contre le Covid. La seconde était prévue pour le 24 ou le 25 aout.

J’ai choisi, pour l’instant, d’éviter de prendre un autre rendez-vous. Si je reprends rendez-vous, j’aimerais être davantage sûr de moi. Ce sera peut-être trop tard ou plus difficile d’obtenir un rendez-vous alors que j’avais assez facilement obtenu ce rendez-vous dans la salle des fêtes de ma ville.

 

Peut-être que je le regretterai.

 

 

Mais je ne pouvais pas, avec les doutes que j’ai dans la tête, concernant les effets indésirables que j’ai lus ou dont j’ai entendu parler concernant les vaccins actuels contre le Covid, accepter de recevoir ma première injection du vaccin Pfizer. Qui plus est, en présence de ma fille. Si j’avais été seul ce matin, peut-être que j’aurais raisonné autrement. Ce n’est pas sûr. Mais le fait d’envisager que ma fille puisse me voir me faire vacciner contre le Covid, alors que je suis en bonne santé, puis, si ça se passe mal, qu’elle fasse l’apprentissage par elle-même que la vaccination puisse être néfaste, a encore plus contribué à ce que je me retire, pour l’instant, de cette campagne de vaccination collective contre le Covid.

 

D’autres personnes ont fait ou auraient fait le contraire. Je le sais.

 

Le journal ” Le Canard Enchainé” de ce mercredi 4 aout 2021.

 

 

Expériences

 

Je sais aussi que je ne suis pas épidémiologiste. Que je ne dispose pas de chiffres ou de statistiques. Que ma façon de percevoir les événements qui entourent la pandémie du Covid sont empiriques. Même si j’essaie de trouver des informations à droite à gauche, autour de moi. En lisant des journaux, y compris satiriques qui se moquent des anti-vaccins. En lisant sur le net ou en regardant des vidéos aussi sur le net.

 

Au moment de prendre la décision, pour ou contre la vaccination, se croisent des croyances, des logiques. Et, parfois, l’expérience. L’expérience, ça peut être avoir un proche, une proche ou un moins proche qui a eu le Covid.

 

Je connais quelques personnes qui ont eu le Covid. Dont mon meilleur ami qui l’avait contracté plusieurs semaines après sa compagne. Il y a plusieurs mois. Ce 13 juillet, j’étais à l’enterrement du père de mon meilleur ami. Bientôt 90 ans. Pas à l’enterrement de mon meilleur ami.

 

Je ne fais pas exprès de mentionner cette date du 13 juillet, alors que la veille, le gouvernement avait décidé de rendre obligatoire pour les soignants la vaccination anti-Covid. Ces deux dates coïncident. Cette coïncidence fait aussi partie de mon expérience du Covid.

A l’enterrement du père de mon ami, pour la première fois, quelqu’un m’a demandé quel était mon groupe sanguin. Lorsque j’ai répondu que j’étais O positif, il m’a affirmé qu’être O positif protégeait contre le Covid. Cette croyance m’a étonné voire un peu fait sourire. Mais je sais qu’elle ferait enrager certains esprits « scientifiques » ou « cartésiens ».

 

Mon meilleur ami et sa compagne sont partis en vacances, il y a quelques jours. Ils allaient bien tous les deux. J’ai même senti mon meilleur ami apaisé après le décès et le départ de son père pour son enterrement en Algérie. Cela faisait deux ans que son père souffrait de la maladie d’Alzheimer. Deux ans que cela le minait. Lui et sa compagne ont à ce jour une réponse immunologique qui atteste du fait que leur organisme possède encore un nombre très élevé d’anticorps ou d’antigènes, au delà de la moyenne, du fait d’avoir contracté le Covid.

 

Le journal ” Le Monde” de ce mercredi 4 aout 2021.

 

Fort heureusement pour moi, ce 4 aout 2021, parmi mes proches et mon entourage direct, toutes celles et tous ceux que je connais qui ont attrapé le Covid l’année dernière ou cette année au printemps, vont bien ou mieux. Dans une tranche d’âge comprise entre 40-45 ans et 55-58 ans. Deux ont frôlé le cadavre. Un, en particulier, « ramassé par terre » (ses propres termes) par le Samu chez lui. J’ai appris à cette occasion qu’il souffrait d’une certaine insuffisance respiratoire au préalable. Moi, ce que j’avais remarqué chez ce collègue, plutôt « fort », c’était surtout son embonpoint et son âge proche de la retraite.

Pareil pour l’autre collègue à qui il avait fallu un peu plus de deux mois pour récupérer. Embonpoint certifié et âge proche de la retraite.  On peut sûrement parler pour eux deux de «  comorbidités ».

 

 Sur les deux, je peux attester que le second, au moins, plusieurs semaines avant d’attraper le Covid, avait un usage allégé du masque anti-Covid.

 

Lorsque je mentionne ça, je ne suis pas plus épidémiologiste qu’au début de cet article. Je livre une ou deux expériences. Quelques éléments que j’ai pu observer.

 

Mais il y a un autre phénomène que j’ai pu observer au début de ma carrière d’infirmier en psychiatrie. Un phénomène que j’ai appris à connaître. Ce n’est pas venu tout de suite. Je n’avais pas prévu, en choisissant d’aller travailler en psychiatrie alors que j’avais 24-25 ans, que je ferais ce genre de « découverte » parmi d’autres. Cette découverte, une fois de plus, n’a rien de scientifique. Je n’ai pas de stats, de chiffres, de logiciel de calcul qui permettront de modéliser, protocoliser ce que je vais raconter. Je vais essayer de parler du risque. Mais d’après ce que j’ai vécu à mon travail dans certaines situations en  psychiatrie. Je le répète : je ne suis pas épidémiologiste. Je n’ai aucune compétence pour expliquer ce qui se passe, d’un point de vue clinique, avec la pandémie. Il y a des personnes, des adultes, bien-sûr, qui, eux, savent. Et ne se trompent pas. Qu’ils soient scientifiques, politiques ou journalistes. Ou intellectuels. Ou des proches comme des moins proches.

 

Moi, je doute. Je sais que je peux me tromper. C’est pour cela, que, ce matin, j’ai opté pour reculer avant cette première injection de Pfizer. Alors qu’il y a quelques jours, lorsque j’avais pris rendez-vous, j’étais content d’avoir pu obtenir un rendez-vous aussi rapide. J’avais le sentiment d’avoir fait ce qu’il fallait. Le timing collait bien. J’allais pouvoir, mi-septembre, au moment où les sanctions décidées par le gouvernement, allaient se déclencher plus durement contre celles et ceux qui ne seront pas vaccinées, être tranquille. Etre débarrassé de certaines tribulations.

 

Le journal “Charlie Hebdo” de ce mercredi 4 aout 2021.

 

Le Risque :

Si je commence à essayer de faire de l’humour en commençant par la phrase connue : « Dès que l’on vit, on risque de mourir », bien des personnes prendront très mal cet humour qu’elles estimeront malvenu vu le contexte de la pandémie. Mais je débute quand même cette partie par cette allusion parce-que je refuse encore de manquer d’un certain courage pour l’humour. Même si ce trait d’humour sera sûrement très mal toléré par quelques unes et quelques uns.

 

Mais ce que je veux dire, autre phrase très connue, c’est que «  le risque zéro n’existe pas ».

 

En psychiatrie et en pédopsychiatrie, régulièrement, constamment, nous rencontrons des patients qui ont un « risque suicidaire » ; un « risque de passage à l’acte » ; « un risque de fugue ». Bien-sûr, ce risque est moins, comment dire, sujet aux certitudes de certaines données scientifiques et épidémiologiques.

 

Pour le Covid, par exemple, on sait nous dire que tel variant a telle proportion de contagiosité. Ou que, actuellement, le vaccin Pfizer offrirait une protection de 39% face au variant Delta contre plus de 90% face au variant précédent du Coronavirus. Mais, aussi, qu’une personne vaccinée contre le Covid a moins de risques de se retrouver en réanimation ou de développer une forme grave du Covid. C’est chiffré. Modélisé. Je ne discute pas ces chiffres et ces statistiques contrairement à certaines personnes anti-Vaccin Pfizer, Moderna, et autres vaccins anti-Covid actuels. Je crois à ces chiffres. Même si je ne passe pas mon temps à les sniffer comme l’on pourrait sniffer des lignes de crack.

 

Je vais par contre m’attarder davantage sur ces phénomènes que tout le monde, ou à peu près, vit plus intensément depuis dix huit mois, avec cette pandémie du Covid :

 

La peur. L’anxiété.

 

Là, aussi, je ne suis pas sociologue, psychologue, chercheur au CNRS ou ailleurs sur ces sujets. Je n’ai pas de chiffres ou de statistiques, non plus. Mais mon métier, c’est de travailler en psychiatrie et en pédopsychiatrie directement avec des publics (adultes et mineurs) qui peuvent être imprévisibles ou très imprévisibles. Et, avec lesquels le « risque » est souvent présent. Risque de tentative de suicide. Risque de fugue. Risque de passage à l’acte auto-agressif et hétéro-agressif. Et, comme mes collègues, il est de ma responsabilité, évidemment, de prévenir ce risque. Comment fait-on ?

 

Avec des logiciels et des caméras ? En se menottant à eux vingt quatre heures sur vingt quatre ? En les endormant de telle manière qu’ils soient incapables de bouger le moindre petit doigt ? En les enfermant dans une prison comme celle du personnage Magnéto dans les X-Men ? En mettant un chien de surveillance devant la porte de leur chambre ?

 

Peut-être que certaines personnes vous répondront que c’est sûrement ça. Mais je ne fais pas partie de ces personnes et de ces professionnels.

 

Ce qui veut dire que, par rapport à ces risques, nous, professionnels, en psychiatrie, « évaluons ». Pour évaluer une situation, il y a deux ou trois instruments cliniques en plus du traitement chimique, il est vrai :

 

La relation avec le patient. Qui se veut, autant que possible, une relation de confiance.

 

L’observation. Ce que nous voyons du patient. Ce que nous comprenons de lui. Tant ce qu’il dit que son comportement et son attitude.

 

Et, troisième instrument qui n’a rien de scientifique, qui, comme la relation et une certaine observation ne peuvent pas se modéliser. Je parle bien-sûr de…l’intuition.

On va parler un peu plus de l’intuition.

 

 

L’intuition en « psychiatrie » :

« Je ne le sens pas. »

 

 

Le gros problème avec l’intuition, c’est évidemment, qu’elle ne repose sur rien d’autre que notre subjectivité. Or, question subjectivité, lorsqu’une situation nous stresse ou nous inquiète ou nous excite, on peut se faire des « films ». Imaginer des événements qui, en fait, ne se produisent pas ou ont peu de chances de se produire. Sauf que, nous, on peut-être très bien persuadé que cela va se produire.

 

Au début de ma carrière en psychiatrie, j’ai rencontré des collègues plus expérimentés que moi. Des collègues qui avaient donc, pour eux et elles, l’expérience de l’âge et du vécu en psychiatrie.

 

Je ne compte pas le nombre de fois où, depuis le début de ma carrière en psychiatrie mais, aussi, par la suite, dans ma propre vie, des gens sont persuadés qu’une catastrophe va arriver. Tous les signes sont présents pour eux. Ils n’attendent que la confirmation de leurs pronostics funestes.

 

Et, je ne compte plus le nombre de fois où, finalement, la catastrophe maintes fois attendue et annoncée ne se produit pas. Et, où, les personnes qui y ont cru n’émettent aucune autocritique. Et en font rien pour apprendre de cela. A chaque nouvelle situation plus ou moins anxiogène, rebelote. Les mêmes, le plus souvent, recommencent à avoir peur et à imaginer le pire. 

 

Aujourd’hui, je ne nie pas la gravité de la pandémie du Covid que peu de personnes, en France, a vu venir. Comme, depuis dix huit mois, je n’ai jamais nié la gravité de la pandémie du Covid. Par contre, je retrouve dans cette peur et cette anxiété massive à grande échelle dont le cercle se resserre de plus en plus autour de nous avec cette vaccination obligatoire et ce passe sanitaire, des points communs avec ces situations que j’ai pu vivre en psychiatrie et en pédopsychiatrie où il y a eu un risque « de ». Pourquoi ?

 

Là, aussi, à nouveau, l’expérience.

 

Il y a dix huit mois, nous allions mourir du Covid. Dans un simple coin de rue. C’était sûr. Aucune statistique n’est sortie dans ce sens. Mais c’est pire.

Le journal ” Charlie Hebdo” de ce mercredi 4 aout 2021.

 

L’amnésie immédiate et collective qui permet à certaines et certains de recommencer à flipper aujourd’hui comme l’année dernière avec la pandémie du Covid se retrouve dans des proportions plus limitées dans ma psyché. Cela ne fait pas de moi une personne super-intelligente. J’ai une chance sur deux d’avoir fait une grosse connerie en refusant d’aller me faire faire cette injection de vaccin anti-Covid ce matin. Et, on sait assez quels sont les risques, réels cette fois, auxquels je m’expose, en plus des risques sanitaires, si, le 15 septembre, je ne suis toujours pas vacciné contre le Covid.

 

Des risques économiques. Des risques d’exclusion sociale. Des risques de séparations et de ruptures avec des proches et des moins proches.

 

Soit des risques dont je préfèrerais me passer.

 

Mais, malgré ces risques, je me rappelle encore que notre mort était annoncée l’année dernière. Et que j’ai fait partie de celles et ceux qui ont continué de se rendre à leur travail. Entre-autres, sans masque anti-Covid et sans vaccin, pendant plusieurs semaines. Et, dix huit mois plus tard, je suis encore vivant. Je pourrais presque déposer une réclamation pour « publicité mensongère ». Mais, là, je fais de l’humour plus ou moins noir. Là, où je fais moins d’humour, c’est que je n’ai pas du tout aimé me faire matraquer et miner mentalement avec des idées de mort permanentes, imminentes et péremptoires. Il fallait faire ceci. Il fallait faire cela. J’ai fait ceci. J’ai fait cela. Et, cela ne suffit pas. Il faut, aujourd’hui, que j’en fasse encore plus. Les deux injections. Le passe sanitaire. Jusqu’à quand ? Pour aller où ? Personne ne sait. Il faut le faire, c’est tout. Et, ferme ta gueule ! Si, comme moi,  l’on a des doutes sur les effets indésirables des vaccins anti-Covid, c’est bien cette impression que donne cette obligation vaccinale assortie de ces inconnues au sujet de ces vaccins. Une impression de :

 

« Il faut le faire, c’est tout. Et, ferme ta gueule ! ».

 

 

Et, aujourd’hui, depuis ce 12 juillet 2021, avec le variant Delta, cette vaccination devenue obligatoire pour les soignants et ce passe sanitaire, j’ai l’impression que l’on recommence à me servir à nouveau la même recette. Et que je devrais m’empresser de  sauter avec reconnaissance sur cette recette de la peur et de l’anxiété et me lécher les doigts avec.

 

 Phase de relativisation ou phase de déni ? :

 

Si, ce 4 aout 2021, je me suis finalement précipité pour m’éloigner de ma première injection de Pfizer, c’est peut-être parce-que, depuis l’année dernière, à tort ou à raison, j’ai appris à relativiser le danger de la pandémie du Covid. Au début de ma carrière d’infirmier en psychiatrie, plusieurs fois je me suis fait avoir par ces situations où nous étions plusieurs à envisager le pire. Et, où le pire ne se produisait pas, finalement. Je m’en voulais ensuite de m’être fait avoir par ces poussées- répétées- d’anxiété. J’ai appris à relativiser. Cela ne signifie pas du tout que je banalise les risques suicidaires ou autres. Mais qu’au lieu de me faire des films, je préfère observer. Surveiller. Ou me fier à mon intuition. Et vérifier, si j’en éprouve le besoin, quand ça me vient, afin de comparer les faits avec mon intuition et mes impressions. Puis, me rappeler du résultat. Cela a contribué à faire baisser mon « tonus » d’anxiété.

L’année dernière, nous devions mourir. Je ne suis pas mort. Nous sommes nombreux à être encore vivants. Et on dirait que c’est pire. Qu’il aurait presque mieux valu décéder l’année dernière afin d’évacuer définitivement cette anxiété et cette angoisse générale et collective qui nous circonscrivent.

 

Les personnes que je connais qui ont attrapé le Covid l’année dernière et cette année sont toujours vivantes. Et, elles vont plutôt bien. Elles n’étaient pas vaccinées contre le Covid. Par contre, concernant les effets indésirables des vaccins anti-Covid, j’entends parler de trucs bizarres pas très rassurants. Des vaccins qui, depuis ce 12 juillet, sont devenus obligatoires. Comme je fais maintenant partie des personnes qui résistent ou refusent cette vaccination obligatoire, l’autre levier ou l’autre recette est la culpabilisation.

 

 

Recette qui complète très bien la recette de la peur et de l’anxiété.

 

 

Le levier ou la recette de la culpabilisation :

 

Que ce soit en tant que personne ou en tant qu’infirmier, je n’ai aucun intérêt ni aucune envie de nuire à quiconque, patient ou autre. Et, je n’ai rien d’exceptionnel. 

 

Comme je n’ai aucune envie de voir les pro-vaccins comme mes ennemis. Même si je m’attends à ce que, dans un an, pour faire large, à la même date, la pandémie du Covid aura fait beaucoup de dégâts supplémentaires, et, surtout, bien plus visibles, d’un point de vue sociétal, économique ou au moins politique.

 

Mais, de plus en plus, dans un pays où les personnes vaccinées contre le Covid deviennent la majorité, et la nouvelle norme, être non-vacciné signifie s’exposer à s’entendre dire ce que ma seconde « maman » officieuse m’a dit ce matin. Alors que je l’appelais pour lui souhaiter son anniversaire.

Mes deux mamans et ma dualité :

Mes deux mamans, l’officielle et une « très officieuse », incarnent très bien ma dualité actuelle envers la vaccination contre le Covid.

 

La première, l’officielle, et mère de ma sœur et de mon frère, est retournée vivre en Guadeloupe il y a une vingtaine d’années avec mon père. Pendant plusieurs années, avant de prendre sa retraite, elle a été aide-soignante dans un service de réanimation. C’était une personne reconnue pour son professionnalisme et sa gentillesse.

Maman, il y a quelques mois, en mars ou avril, m’a demandé conseil en vue de se faire vacciner. A moi, le fils aîné devenu infirmier. Je n’y connaissais pas grand chose. Mon « domaine », c’est la psychiatrie et la pédopsychiatrie. En plus, après le matraquage médiatique très anxiogène  que nous avions tous subis dès mi-mars  2020, j’avais réussi à retirer mes pensées des crochets de l’anxiété et de l’angoisse avec toutes ces nouvelles relatives au Covid.

Partir passer quelques jours en Bretagne, chez ma seconde maman très officieuse (elle ne revendique pas ce titre) l’année dernière- en juillet 2020- avec ma compagne et notre fille m’avait aidé à décrocher de la mamelle opulente des mauvaises nouvelles dues au Covid.

 

Mes deux mamans ne se connaissent pas. Elles ne sont pas rencontrées et je crois aujourd’hui qu’elles ne se rencontreront jamais.

Lors de mon mariage en 2013, venue de Guadeloupe, ma mère avait été présente le mardi à la mairie en Seine et Marne. Puis, elle avait repris l’avion quelques jours avant que nous ne fêtions notre mariage ma compagne et moi, le samedi, dans la grande salle de fêtes de la commune, en Bretagne, où ma « seconde » maman, et plusieurs membres de sa famille avaient contribué au bon déroulement de l’organisation des festivités. La fête s’était passée près de chez elle.

 

Si ma mère est une femme dévouée, sportive, assez solitaire, plutôt timide, assez souvent indécise et introvertie, ma « seconde » maman est une femme très accueillante, qui aime recevoir et sait recevoir. C’est aussi une femme de tête et à poigne. Elle est directe et tranche. C’est moi, qui, dans cet article la nomme ma « seconde maman ». Parce-que je reprends les termes employés par ma compagne. Mais je ne l’appelle pas « maman ». Et, elle ne m’appelle pas « mon fils ». La relation filiale est implicite et, aussi, très très officieuse et fluctuante.

Ma « seconde maman » a été mon ancienne cadre infirmière dans le service de pédopsychiatrie où j’ai fait sa connaissance.  Deux ans avant qu’elle ne décide de partir à la retraite. Après son départ, nous avions été plusieurs soignants à être invités à venir passer un week-end chez elle dans sa maison, en Bretagne. Depuis, régulièrement à peu près chaque année, je suis revenu passer quelques jours chez elle et son mari en été.

Chaque année, avant la pandémie du Covid, elle partait en voyage à l’étranger avec son mari pendant plusieurs mois. Ma mère n’a jamais fait ça. Et, je n’imagine pas du tout mon père ouvert à ce genre d’aventure.

Sculpture par Jacquette Virginie.

 

 

La voix traditionnelle

 

 

Je ne connaissais rien aux vaccins anti-Covid lorsque ma mère m’avait sollicité en mars ou avril 2021 pour un conseil. J’écoutais parler des vaccins anti-Covid de très loin. Les gestes barrières, masque et lavage de mains, me convenaient très bien. Je coexistais ainsi avec la pandémie du coronavirus.

 

Si j’ai accepté assez facilement de tomber le masque ou de raccourcir les distances corporelles avec certaines personnes, lors de certaines circonstances ( enlacer quelqu’un,  faire la bise après avoir donné un cadeau, lors d’un barbecue…) cela a été en des proportions limitées. Si j’avais été un forcené de la prévention du « risque », j’aurais refusé. Lors de ces quelques occasions, après une assez rapide réflexion, j’ai souvent estimé que la vie sociale devait prendre le pas sur le risque. Rien de scientifique dans cette attitude. Sauf le fait que j’ai eu ce comportement en des proportions sûrement moindres que d’autres.

 

En me fiant aux expériences de personnes et de collègues autour de moi, j’avais  répondu à ma mère que j’avais entendu de bons échos  du vaccin Pfizer.

 

J’ai aussi eu des espoirs avant l’arrivée du vaccin Johnson & Johnson en avril ou Mai. Une ex-collègue infirmière, et amie, m’en avait dit du bien. Et puis,  lors de sa « diffusion », les échos concernant le Johnson & Johnson se sont rapidement ternis concernant certains de ses effets indésirables.

 

Je crois que les pro-vaccins ne mesurent pas les conséquences de ces revers dus aux effets indésirables de ces vaccins « attendus » et présentés comme salvateurs, puis, qui « déçoivent » et « inquiètent ». Alors que ces revers se rajoutent à d’autres revers, colères ou contrariétés, accumulés depuis le début de la pandémie en mars de l’année dernière.

 

De plus en plus, la facilité consiste à présenter les anti-vaccins comme des abrutis bornés et irresponsables. Alors que les raisons de leur défiance envers les vaccins sont sûrement un peu plus réfléchies qu’elles ne le semblent.

 

Pour revenir à ma mère : je croyais donc qu’elle s’était faite vacciner contre le Covid. Ainsi que mon père. Ma sœur et mon frère, ainsi que leur compagnon et leur compagne se sont faits vacciner.

 

 

J’ai appris il y a quelques jours, en lui parlant au téléphone, que, finalement, ni ma mère, ni mon père, ne se sont faits vacciner. Ils étaient partis pour le faire en se rendant à l’aéroport, en Guadeloupe. Peut-être l’aéroport Pole Caraïbes. Mais des manifestants anti-vaccins se trouvaient là. En écoutant leurs arguments, mon père a alors estimé que les vaccins actuellement proposés ne sont pas « encore au point » (traduit du Créole).  

 

Apprendre ça, d’elle, m’a fait un drôle d’effet. Un effet non-scientifique qui a eu, sur moi, une certaine influence. Influence non scientifique non plus.

Lors de ma dernière séance avec mon thérapeute – vacciné contre le Covid- j’avais fait la découverte, que, dans ma fratrie, j’étais finalement le plus « traditionnel ». Ce qui est assez courant lorsque l’on est l’aîné d’une famille.

 

Je sais que le dernier, mon petit frère, ainsi que sa compagne, se sont  faits vacciner contre le Covid afin de pouvoir se rendre en Guadeloupe dans quelques jours. J’aimerais bien me rendre en Guadeloupe par exemple l’année prochaine. Ainsi qu’à la Réunion. Donc, j’ai d’abord trouvé que c’était une bonne nouvelle qu’après cette vaccination, mon frère, sa compagne et leurs enfants, puissent se rendre en Guadeloupe. Cela fait quelques années que nous ne sommes pas allés voir nos parents en Guadeloupe. Pour moi, cela date de 2014 ou 2015. Mon blog n’existait pas, alors. Aujourd’hui, si je me réfère à certaines inquiétudes et certaines témoignages concernant les effets indésirables des vaccins anti-Covid, mon frère et sa compagne vont certes pouvoir sans doute se rendre en Guadeloupe (s’ils partent avant que la Guadeloupe ne soit reconfinée) mais leur espérance de vie pourrait être détruite.

Sculptures par Cécile Thonus.

 

 

Conflit de loyauté et roulette russe :

Ma mère, non vaccinée, a donc, d’une part deux de ses enfants vaccinés. Ma sœur et mon frère. Et, d’autre part, il lui reste un enfant, non vacciné. Moi. En termes de conflit de loyauté, moi, l’aîné, ou l’âne, j’ai touché le jackpot.

 

Côté pile, si ces vaccins anti-Covid sont finalement plus protecteurs que nocifs, d’ici deux à trois ans, cela se confirmera. Avec un peu de chance, si ma mère et mon père, non vaccinés, se maintiennent à distance du Covid, et que je réussis à faire pareil, nous devrions être tous à peu près contents d’ici deux à trois ans. Mais en deux à trois ans, il peut se passer beaucoup d’événements. Même en un an. Et, vu comme on nous parle de la très grande contagiosité du variant Delta, je m’attends un peu à attraper le Covid cette fois-ci.

 

Côté face, si ces vaccins anti-Covid se révèlent véritablement nocifs, moi, l’aîné, j’ai tout intérêt à assurer à ma mère qu’un de ses enfants, au moins, n’est pas tombé dans la marmite des effets indésirables gravissimes des vaccins anti-Covid.

 

Mais ma mère étant comme toutes les mères aimantes, après avoir discuté avec elle, il y a quelques jours du Covid, elle a conclu notre conversation par un :

 

« Fais attention à toi ».

 

Lorsque j’avais décidé de commencer à travailler en psychiatrie, au début, ma mère avait essayé à plusieurs reprises de m’en dissuader. Elle m’avait expliqué qu’elle craignait que je ne devienne « fou ». C’est une croyance très courante que celle de croire et de penser que travailler en psychiatrie rend fou. Alors que ce serait plutôt le contraire. Travailler en psychiatrie peut aider à pacifier nos angoisses et nos folies. A condition d’être mentalement et moralement armé et encadré pour cela. A condition, si nécessaire, d’accepter d’être aidé par d’autres, collègues, thérapeutes, patients, rencontres diverses.

 

Je n’avais eu aucune difficulté à me séparer des inquiétudes de ma mère. Me diriger vers cette spécialité était un choix réfléchi. J’aimais cette spécialité ainsi que les rencontres que j’y faisais. Je me sentais bien dans cet univers.

 

Or, aujourd’hui, me faire vacciner contre le Covid, avec Pfizer, Moderna, Astrazeneca, Johnson & Johnsonn’est pas mon choix réfléchi. Je n’aime pas ce « risque » que je crois entrevoir dans leurs effets secondaires ou indésirables. L’idée de me faire injecter ce risque ne me plait pas du tout. 

 

Bon anniversaire :

Pas plus que je n’ai fait exprès d’oublier qu’aujourd’hui, ma fille serait avec moi, je n’ai pas fait exprès non plus d’accepter le rendez-vous qui m’avait été fixé pour ma première injection de Pfizer ce 4 aout. Or, le 4 aout est la date anniversaire….de ma seconde maman, très  « officieuse ».

 

Qu’est-ce qui se fait le jour d’un anniversaire de quelqu’un auquel on tient ?

On lui envoie un message. Ou, on l’appelle.

 

Pour l’appeler, j’ai allumé mon téléphone portable. J’ai vu que j’avais reçu deux vidéos de ma mère. Dans l’une des vidéos, une femme, vraisemblablement médecin, et bonne pédagogue, expliquait devant une foule attentive, les graves risques sanitaires auxquels on s’exposait avec les vaccins anti-Covid actuels. Cette femme que je ne connais pas et que je voyais pour la première fois, mettait en garde contre les vaccins anti-Covid. Elle était persuasive. J’ai su ensuite que ma mère avait reçu cette vidéo par une cousine du côté de mon père.

 

Ce matin, donc, quelques minutes avant mon rendez-vous pour ma première injection de Pfizer, j’appelle ma « seconde » maman. Je tombe sur elle. Elle est plutôt contente de m’entendre. Je lui souhaite un bon anniversaire. Je lui réponds que nous sommes partis quelques jours à Amiens. Elle m’apprend : « J’ai de très bons souvenirs à Amiens ».

L’entente se poursuit. Et puis, comme avec une proche avec laquelle on se sent en confiance (soit le minimum envers une seconde maman, même officieuse) je lui parle sans détour du fait que, non, nous n’avons pas pu nous rendre aux hortillonnages. Car nous n’avions pas de passe sanitaire. Hortillonnages qui ont ensuite fermé quelques jours suite à un désaccord entre certains bateliers opposés au passe sanitaire et leur patron. Ma compagne m’a envoyé un extrait d’un article de journal à ce sujet.

 

Mais en parlant de notre non-vaccination à ma « seconde » maman très officieuse, sans même y penser, j’avais mis une pièce dans le Jukebox. Avec ma mère, le Jackpot du conflit de loyauté. Avec ma seconde maman, le Jukebox de :

 

« Mais tu vas te retrouver en réa ! ». « Tu as bien vu ce qui se passe en Guadeloupe ?! » (Le nombre de cas de Covid augmente comme à la Martinique et à la Réunion).

« Ne me dis pas que tu ne t’es pas fait vacciner ! ». «  Je suis très étonnée ! ».

 

Sculpture par Cécile Thonus.

 

Je me suis senti embarrassé. A la fois de me sentir en porte à faux. Mais, aussi, que cette conversation, notre premier désaccord majeur en plusieurs années, arrive le jour de son anniversaire. Vraiment, je n’ai pas vu venir cette situation.

 

Ma seconde maman « officieuse » m’a appris qu’ils étaient tous vaccinés de leur côté. Je la savais vaccinée contre le Covid. Mais je n’avais pas forcément beaucoup élargi le cercle des personnes vaccinées autour d’elle. Même si cela se tient mathématiquement. Si, aujourd’hui, de plus en plus de Français sont vaccinés et que l’on avoisine les 60 % de personnes vaccinées en France, il faut bien que de plus en plus de personnes que l’on connaît soient vaccinées.  Mais je vivais encore sur ma petite planète de non-vaccinés, et, ma seconde maman était en train de me rappeler que je vivais bien  – encore- sur la même planète que tous ces gens de plus en plus vaccinés.

 

Je sentais venir en elle la question du complotisme. Je crois même qu’elle me l’a demandé, directe comme elle est :

 

« Tu es complotiste ?! ».

 

 

Afin de me sauver autant que possible de la mélasse complotiste, Je me suis appliqué à être pédagogue :

 

«  Je ne crois pas que le développement des antennes de la 5G va nous téléguider ». J’ai dû être assez rapidement convaincant malgré tout en matière de complot car, ensuite, la conversation s’est faite sur des bases, je crois, plus rassurantes, pour elle comme pour moi.

 

Question travail, elle a convenu elle-même « qu’ils » ne pourraient pas me « licencier » au vu de la pénurie infirmière importante. J’ai ajouté que cette pénurie s’était accentuée depuis la pandémie du Covid. Je n’ai même pas pensé à rappeler qu’il y a quelques mois, encore,  dans certains services somatiques, des personnels soignants à peine remis du Covid, étaient poussés à revenir travailler tant il manquait de personnel dans certains services.

 

Dans ses propos, j’ai entendu le concentré de qui est opposé aux personnes contre le vaccin. La peur de la réa. Une peur que je ne connais pas, pour l’heure. Sans doute parce-que ma mère a travaillé en réanimation. Et que, si la réanimation est synonyme de mort, elle est aussi synonyme de sortie de coma et de retour à la vie. Je le sais par ma mère. Sans doute aussi un petit peu par les deux stages que j’avais effectués, adulte, dans le service de ma mère. Cela n’avait pas été mon choix.

 

J’ai aussi entendu la peur de la perte économique. Je me suis abstenu de dire que ma compagne avait fait ses estimations dans le cas où nous serions mis à pied de notre emploi. C’était un peu comme si j’avais déjà un peu dépassé cette peur de la perte économique et que je la redécouvrais au travers de ma seconde maman.

 

 

Une autre peur aurait pu être citée. Celle de l’exclusion sociale. Des connaissances et des proches. Elle arrivera sans aucun doute. Pas de qui je pense. Pas comme je le pense.

Devant la médiathèque de ma ville ce mercredi 4 aout 2021. Médiathèque où ma fille et moi avons nos habitudes.

 

Ma seconde maman a pris l’exemple de la vaccination contre l’Hépatite A (ou B) rendue obligatoire. Je n’ai pas discuté cette obligation. Elle m’a dit que la technique ARN actuelle était connue depuis dix années. Qu’elle aurait préféré bénéficier de cette nouvelle technique. Mais qu’elle avait eu le vaccin Astrazeneca.

 

Elle a été attentive lorsque je lui ai parlé de la mésaventure de certains soignants avec l’Astrazeneca. Mésaventure qui pouvait expliquer une partie de cette méfiance de certains soignants envers ces vaccins anti-Covid.

 

Je lui ai aussi dit que j’avais lu des témoignages sur les réseaux sociaux concernant les effets indésirables. Et, que l’on ne pouvait pas, d’un côté (ça vous rappelle quelque chose ? J’ai expliqué ça dans mon article Sérums de vérité) se réjouir que, durant le printemps arabe, les réseaux sociaux avaient pu nous faire parvenir des témoignages qui démentaient la version officielle. Et, là, à propos des effets indésirables des vaccins sur les réseaux sociaux, déclarer que tous ces témoignages étaient bidons. Des témoignages où une mère nous apprend que sa fille a commencé à avoir des règles peu après la vaccination contre le Covid. Ou une femme nous apprend qu’après s’être faite vacciner, ses seins ont commencé à produire du lait alors qu’elle n’est pas enceinte….

 

 

Bien-sûr, je ne connais pas ces personnes. Je ne sais pas jusqu’à quel point leur témoignage est fiable. Je n’ai pas de statistiques que je peux donner.

 

A ma seconde maman qui me disait que, pour chaque vaccination, il y avait un certain nombre de personnes qui connaissaient des effets secondaires,  j’ai répondu qu’il était vrai que je ne connaissais pas les chiffres ou les proportions de ces effets secondaires. Et que la particularité des réseaux sociaux fait peut-être que la façon dont les témoignages nous parviennent, quasiment en temps réel,  sans filtre, donnait peut-être l’impression qu’il y a plus d’effets secondaires avec ces vaccins comparativement avec les vaccins précédents contre diverses maladies. Alors qu’il y a peut-être pratiquement autant d’effets secondaires désagréables ou mortels, proportionnellement, avec ces vaccins anti-Covid qu’avec les autres vaccins classiques. 

 

J’ai senti dans le ton de ma seconde maman « officieuse » qu’elle était intriguée. J’étais, moi, plus embarrassé que content de mon effet. J’avais appelé pour lui souhaiter un bon anniversaire. Je lui trouvais aussi la voix plus rauque et plus essoufflée que d’habitude. La dernière fois, c’était déjà un peu ça. Même si elle avait toujours le même aplomb.

 

Ma fille était en train de jouer dans une autre pièce de l’appartement. Je ne pouvais pas rester longtemps et il y avait du monde chez elle. Dont son fils que je connais. Ainsi que sa belle fille, une des amies de celle-ci, la petite fille, que je ne connais pas.

 

J’ai fini par ajouter :

« Je suis désolé de te parler de ça le jour de ton anniversaire… ».

Elle :

« Oh, ne t’inquiète pas… ».

J’ai repris :

« Je te connais ! A un moment de la journée ou dès que tu auras pris un verre ou deux, tu vas commencer à en parler ! ».

Elle, avec un petit rire :

« C’est vrai…. ».

 

Alea Jacta Est. Pourquoi se cacher ?

 

Vie de couple :

Ce qui m’étonne parmi certains des proches ou des connaissances aujourd’hui pro-vaccins, c’est qu’un an plus tôt, se trouvaient parmi eux, celles et ceux, qui, contre les recommandations d’usage contre le Covid faisaient valser certains interdits. Se faire la bise alors qu’il était préconisé de ne pas le faire. Rencontrer plusieurs personnes chez soi ou se retrouver à plusieurs dans une même pièce sans masque. Ne pas tenir compte de certaines restrictions en terme de distance kilométrique.

Mais c’est comme si, grâce ou à cause du vaccin anti-covid qu’elles ont reçu,  certaines de ces connaissances et  de ces proches avaient déja oublié que l’année dernière, sans se fourrer pour autant la langue dans la bouche de l’autre en permanence, qu’en pleine pandémie du Covid, il avait été possible d’être en présence de temps à autre d’un peu de monde. 

 

Aujourd’hui, il semble de plus en plus, que la norme sociale devienne d’être entre vaccinés et entre non-vaccinés. Ou de juger l’autre à un moment donné.

 

Je ne me suis pas senti particulièrement jugé ce matin par ma seconde « maman ». Mais je me suis imaginé que je le serais par un de ses proches que je connais ou par quelqu’un d’autre qui considérera que je me suis égaré.

 

Un autre lieu d’égarement fréquent est le couple. Ma compagne a toujours été résolument contre les vaccins actuels contre le Covid. Elle considère que ce ne sont pas des vaccins. Ils n’en n’ont que l’appellation pour elle. Je peux concevoir qu’il doit être difficile, au sein d’un couple, d’avoir une attitude différente de l’autre vis-à-vis de la vaccination anti-Covid actuelle.

 

Même si je ne souscris pas à toutes ses explications comme à un certain nombre de ces raisonnements, j’ai fini par me rapprocher de certains de ses arguments contre les vaccins anti-Covid. Surtout à partir du 12 juillet 2021, lorsque le gouvernement a rendu cette vaccination obligatoire pour les soignants. Avant le 12 juillet, je constatais assez distraitement ses partis pris. Ainsi que le fait qu’elle regardait beaucoup de vidéos sur le sujet de la pandémie, des vaccins anti-Covid Je prenais quelques fois le temps de l’écouter et de l’interroger sans la juger sur le sujet. Je réfutais certains de ses arguments. Mais je ne cherchais pas à ce qu’elle ait absolument la même vision que moi  à propos des vaccins, du Covid. D’ailleurs, moins je parlais de ces sujets, mieux, je me portais. Mais le 12 juillet a « tout » changé pour moi. Ainsi que le 13 juillet peut-être, aussi, avec l’enterrement du père de mon meilleur ami.

 

Par ailleurs, et c’est le propre de bien des couples, je crois aussi au fait que ma compagne a l’aptitude d’observer ou de voir ce que je n’ai pas remarqué.

 

 

Dans le film Inception  de Christopher Nolan, j’avais raillé le comportement du personnage Dominic l’extracteur(L’acteur Léonardo Dicaprio), qui, si je me souviens bien, très en peine de faire le deuil de sa femme Mallorie  ( l’actrice Marion Cotillard) s’enfermait dans une certaine illusion. Une collègue et amie m’avait répondu à l’époque que vivre dans une illusion commune était courant au sein d’un couple.

 

Je n’exclue pas l’idée que, comme le personnage de Dominic, dans Inception, je sois en train de contribuer à l’établissement et au maintien  d’une illusion commune avec ma compagne ainsi qu’avec ma mère et, toute autre personne anti-vaccin. Mais, si illusion il y a, les faits, d’ici quelques semaines ou quelques mois, viendront apporter leur contradiction extérieure. Pour l’instant, j’ai trop de contradictions et de doutes en moi pour accepter la vaccination anti-Covid.

 

J’ai envisagé d’être, dans le couple, celui qui allait se faire vacciner contre le Covid. Afin d’équilibrer pour le quotidien. Pour nous rendre la vie plus simple lorsque les restrictions vont être appliquées contre celles et ceux qui ne sont pas vaccinés. J’estimais que, de nous deux, j’étais celui qui pouvait le plus faire ça. J’en ai parlé à ma compagne. Elle m’a répondu qu’elle ne voulait pas que je me « sacrifie ». Tout ce qu’elle voulait, c’était que je ne me fasse pas vacciner avec les vaccins actuels contre le Covid.

 

Etre père :

Etre père, dans un tel contexte, est délicat. Ce matin, j’ai eu un peu de mal à être bien disponible pour ma fille. Vu que la décision que j’avais prise de renoncer à cette première injection de Pfizer, même si je crois que c’était la seule que je pouvais prendre aujourd’hui, m’a occupé l’esprit.

 

Pour l’instant, comme c’est encore les grandes vacances, ma fille ne perçoit pas trop, je pense, toute cette empoigne autour du vaccin et du passe sanitaire entre les pro et les anti-vaccins. Et, je m’applique à ne pas aborder ce sujet devant elle. La seule remarque qui m’a échappé hier ou avant hier en lisant le journal devant elle a été concernant le fait qu’avec le départ des dernières troupes américaines en Afghanistan, les Talibans ont recommencé à reprendre possession du pays. Je me suis dit que, prochainement, ce retour des Talibans en Afghanistan allait nous ramener le terrorisme jihadiste  et ses attentats.

 

Dans le Charlie Hebdo de ce mercredi, journal très critique envers les anti-vaccins, le rédacteur en chef Riss, dans son éditorial, pointe «  Moi aussi, je commence à en avoir marre de la crise du Covid et des interminables débats sur les mesures barrières, les vaccins, les anti-vaccins et la peste bubonique » (….). Puis, il exprime sa crainte d’une proche guerre mondiale. Sujet plus préoccupant que la pandémie du Covid qui continue de beaucoup nous obséder.  

 

Ce matin, je suis allé acheter plusieurs journaux afin d’essayer de trouver en eux des réponses qui me manquent encore à propos de la vaccination anti-Covid. J’ai acheté Les Echos, Le Canard Enchainé, Le New York Times, Le Figaro, Le Monde et Charlie Hebdo, donc.

 

Le journal ” Le New York Times” de ce mercredi 4 aout 2021.

 

 

Les caricatures de Charlie Hebdo à propos des anti-vaccins peuvent me faire sourire. Mais elles ne me convainquent pas en faveur de la vaccination. A nouveau, il me manque les certitudes que les journalistes de Charlie Hebdo ont sur le sujet des vaccins actuels. Pareil pour Le Canard Enchaîné que je lis depuis plus d’une vingtaine d’années sans doute. Si je comprends son titre Violences et dérives lors des manifs anti-passe sanitaire(Combien d’antivax positifs au test anti-génie ?), lui, aussi, ne suffit pas à me rassurer à propos des vaccins actuels contre le Covid.

 

Je me dis même que Charlie Hebdo et Le Canard Enchaîné, comme d’autres journaux, d’autres opinions et d’autres sensibilités,  s’ils se sont trompés à propos de la fréquence des effets indésirables graves des vaccins contre le Covid, auront du mal à le reconnaître.

 

Qu’est-ce que je peux expliquer à ma fille à propos de ces pour et de ces contre vaccins anti-Covid ?

 

Qu’il y a, d’un côté les méchants pro-vaccins ? Et, de l’autre côté, les gentils anti-vaccins ?

 

Je ne raisonne pas de cette façon. Dernièrement, une de nos voisines, vaccinée, était d’accord pour accompagner notre fille à une exposition sur le Divas organisée par l’Institut du Monde Arabe, à Paris, et proposée par le conservatoire de notre ville. Finalement, elle a dû se désister pour des raisons familiales. Mais elle m’a dit avoir été touchée par la confiance qu’on lui accordait. Et, elle m’a invité à la solliciter, en cas de besoin, ultérieurement. Je crois qu’à côté des déboires à venir pour les anti-vaccins, qu’il y aura aussi des situations d’entraide comme avec notre voisine qui vont se répéter et se développer entre pro-vaccins et anti-vaccins au delà de ce qui peut se prévoir.

 

A ma fille, ce soir, avant qu’elle aille se coucher, j’ai dit :

« Je n’ai pas été très disponible aujourd’hui. J’espère pouvoir faire mieux demain ». Nous avions néanmoins passé du temps ensemble, étions sortis faire un tour dans le centre-ville. Elle avait fait un peu de vélo. Nous étions allés à la librairie et chez le marchand de primeurs, avions trouvé la médiathèque close. Ma fille a pris cela avec le sourire. Et m’a fait comprendre que pour me faire pardonner, que je me devais de l’emmener jusqu’à sa chambre en la portant sur mes épaules. J’ai facilement accepté cette pénitence.

 

Mais je savais m’être fait emporter par la rédaction de cet article. Hier, nous avions pu regarder entièrement le magnifique manga Les enfants de la mer, réalisé par Ayumu Watanabe . Aujourd’hui, nous n’avions même pas terminé de regarder le premier volet aussi drôle que martial de La Légende de Fong Sai-Yuk réalisé par Corey Yuen.   Le sujet de la vaccination est devenue une forme d’obsession comme je l’ai reconnu tout à l’heure en en discutant avec ma compagne.

 

Mais c’est maintenant qu’il faut écrire à ce sujet. Ma compagne m’a demandé :

« Pour qui ? ». Ou «  Pourquoi ? ».

C’est le genre de question à ne pas poser à un obsédé. Ou à un passionné.

 

La pandémie du Covid nous rappelle la nécessité de bien vivre ce que l’on peut bien vivre avec celles et ceux auxquels nous sommes attachés. Dans un an, le 4 aout 2022, certaines et certains d’entre eux, certaines et certains d’entre eux ne seront peut-être plus là. Moi, je serai peut-être en réa. Comme patient. Ou comme visiteur.

 

Franck Unimon, ce mercredi 4 aout 2021.  

 

 

 

 

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