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Situation irrégulière

»Posted by on Juin 19, 2020 in Echos Statiques | 0 comments

Situation  irrégulière

 

                                                       Situation irrégulière

 

 

 

 

Ils font partie des mutants. «  Ils » : ils et elles.

 

Ils sont les résidents de situations particulières. Dans la fourmilière en mouvement que peut être un pays, une localité ou une région,  ou parfois un souvenir, ils sont celles et ceux qui voient, écoutent, touchent de près les transes et les errances tandis que d’autres peuvent se permettre de les ignorer, de débattre ou de déjeuner tranquillement à côté en terrasse, entre collègues, entre amis ou en famille.

 

Les mutants essaient de remédier à ce qu’ils voient, à ce qu’ils vivent, à ce qu’ils décodent de l’envers de ces personnes dont ils ont la charge. Chacune de ces personnes est à sa manière un SOS ambulant.

 

Certains SOS sont temporaires. D’autres sont des SOS permanents.  SOS :

 

« Save our souls ».

 

Peu importe le contexte : crise, chômage, épidémie, confinement, déconfinement, montée des os, effondrement, conflits, suicides réels ou supposés, événements immédiats ou à venir. Quel que soit le régime alimentaire, religieux, ethnique ou politique, ils et elles seront présents et essaieront d’être des escortes de la vie jusqu’à la voir repartir. Même si,  bien des fois, celle-ci restera enfermée dans des escaliers ou sera happée par le gravier. 

 

Il en faut des pouvoirs pour, la mission terminée, malgré les collisions et les accidents de parcours,  continuer à servir tout en ayant un comportement compatible avec la vie sociale.

 

 

Souvent, on dit d’eux qu’ils ont «  la vocation ». C’est peut-être vrai. Mais c’est aussi plus pratique comme ça afin de parler de leur métier. Et aussi afin de pouvoir les juger lorsque leurs comportements déplairont. Le contraire de la « vocation » est la révocation. Et la révocation embroche sur l’opprobre et le bannissement :

 

Tant que tu es parfait(e), tu as la vocation. Dès que tu cesses de l’être, tu mérites le dégoût.

 

Ce serait trop facile de dire que l’on parle d’un métier ou d’une personne en particulier. De les borner avec un identifiant définitif afin, une fois encore, de boucler rapidement le sujet parce qu’on a d’autres choses à « faire ». Hé bien, on va faire aussi compliqué que la vie.

 

Ces mutants sont semblables à celles et ceux que l’on peut voir dans les comics, dans les films ou dans les séries :

 

Pourvus d’aptitudes particulières soit du fait d’une sensibilité ou d’une infirmité qui leur est propre ou d’un traumatisme connu ou ignoré d’eux, ces mutants sont tantôt recherchés, tantôt  banalisés ou rejetés. Selon les humeurs et les besoins du pays, de la région, de la société, d’une période de vie ou d’une époque.

 

 

Ces mutants peuvent donc aussi être des migrants. Ce n’est pas étonnant.  

 

Notre monde nous confronte à des frontières et des contrôles permanents. Des cookies qu’il faut accepter pour pouvoir lire un simple article sur un site, aux codes à passer ou à fournir pour entrer chez soi ou accéder à ses comptes bancaires. L’argent aussi est une frontière et un contrôle. Certains quartiers et certains milieux. Ainsi qu’un certain Savoir (où ses revers : la peur et l’ignorance) comme le fait de dépendre d’une  pièce d’identité.

 

Certaines informations répétées, y compris par nos proches et par nous-mêmes, sont aussi des frontières et des contrôles. Certaines fois, nous réussissons à passer les frontières et les contrôles. D’autres fois, non.

 

Plusieurs fois par jour, on peut devenir un migrant et un mutant Et certaines personnes plus que d’autres. Nous sommes ainsi, mutants et migrants, ignorants aussi, expulsés régulièrement de notre horloge interne et passant une bonne partie de notre vie à courir après un badge qui nous ouvrira l’heure.

 

Certaines fois, il nous faudrait un bon marabout pour nous y retrouver. On l’a peut-être déjà croisé plusieurs fois, sous différentes formes, sauf que, pour nous, il sera d’abord classé comme individu suspect ou en situation irrégulière.

 

 

Franck Unimon, vendredi 19 juin 2020.

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Cités Numériques

»Posted by on Avr 10, 2020 in Corona Circus, Echos Statiques | 0 comments

Cités Numériques

                                                                   Cités Numériques     

 

J’ai le moral. Je me sens bien. Et vous ?    

 

Depuis que j’ai regardé un documentaire sur le « quartier » des Canibouts, à Nanterre,  en 1981, grâce aux archives de L’INA, j’estime m’être plus déconditionné de l’épidémie du Coronavirus.   Initialement, après avoir lu une interview de Fary, j’avais d’abord cherché à regarder des prestations de l’humoriste Gaspard Proust. Puis, j’ai regardé Haroun. Thomas N’Gigol. Jérémy Ferrari (dont j’apprécie le gros travail de recherche et certaines réflexions mais qui ne me fait pas rire). Il y a longtemps que je me dis que ce serait bien de prendre le temps de regarder le travail fourni par des humoristes. Femmes et hommes. Je regrette de ne pas prendre ce temps. Puis ces archives de l’INA sur Les Canibouts sont restées là, à me faire de l’œil, sur la droite de l’écran. J’ai fini par cliquer dessus.   

 

 

 

Cinquante minutes durant, j’ai regardé ce documentaire. Même s’il est triste de se dire que pratiquement tous les problèmes rencontrés dans certaines banlieues et dans certaines cités aujourd’hui sont là, dans ce documentaire, qui date de 1981 :   Les jeunes originaires d’Algérie, nés en France, qui doivent choisir entre la Nationalité algérienne ou la Nationalité française. Et qui, s’ils ne choisissent pas, sont considérés comme « sans papiers » à 18 ans. Et, lorsqu’ils ont des papiers français sont défavorisés lors de leur recherche d’emploi : «  Quand on est Français, on ne s’appelle pas Saïd ».  

 

La Drogue. LSD, cocaïne, Héroïne….  

 

La mauvaise cohabitation entre les jeunes, en « meutes », et les adultes travailleurs, retraités ou joueurs de boules. Une mixité sociale qui existait alors encore et qui, depuis, a éclaté et disparu, tels des couples et des familles qui, après plusieurs années de tentatives de vie commune, ont décidé de divorcer et de s’affronter.  

La BMW et la Golf, déjà, étaient les voitures de référence. Comme aujourd’hui, encore, pour certains, dans certaines banlieues et certaines cités.  

En regardant ce documentaire, je me suis dit que les élites de l’époque, en particulier politiques, ont soit continué leur Guerre d’Algérie, après la Guerre d’Algérie, sur le dos de milliers de jeunes originaires d’Algérie. Ou été proches, finalement, de certaines idées de l’Extrême Droite, dont on devine quelques futurs électeurs parmi ces adultes (tous d’origine européenne et blancs pour ceux que l’on voit) habitant aux Canibouts et excédés par les frasques des jeunes des Canibouts majoritairement d’origine maghrébine pour ceux que l’on voit.  

 

Plus jeune, je connaissais Les Canibouts de « réputation ».  J’avais 13 ans en 1981 et je vivais à Nanterre où je suis né.  

La réputation des Canibouts était mauvaise.  

Au collège puis au lycée, j’ai connu quelques personnes qui en « venaient » ou y habitaient. Toutes ces personnes n’étaient pas des « mauvais » éléments. Bien des jeunes qui habitaient aux Canibouts ou près des Canibouts étaient de très bons élèves et se « tenaient bien ». Mais ceux qui «dévissaient» le plus, eux, ont suffi à donner une mauvaise réputation. Et je ne les connaissais pas pas. C’étaient des personnages ténébreux.   

En repensant au documentaire hier soir ou ce matin, je me suis aperçu que les filles en sont absentes. On aurait dit qu’il y avait uniquement des garçons adolescents aux Canibouts. Où étaient les filles alors que l’on parle très peu de religion dans ce documentaire ? Et alors que l’on ne parlait pas, à l’époque, d’intégrisme religieux qu’il soit musulman ou catholique. On ne parlait pas non plus de barbu ou de femme voilée. Aucun des jeunes arabes que l’on voit  l’écran, en 1981,  dans ce documentaire, ne porte la barbe.  

 

Dans ce documentaire, je me rappelle aussi de cette mère, une des seules personnes de sexe féminin que l’on voit parmi les personnes originaires du Maghreb, qui s’exprime :   C’est la mère d’un des jeunes, Saïd, je crois.

Cette mère nous apprend qu’elle travaille de 6h du matin jusqu’à 21h. 15 heures de travail quotidien.  

ça me rappelle un peu le sketch de Pierre Desproges, Rachid, je crois, où il dit à peu près :  

«  C’est drôle, comme, pour des fainéants, les Arabes sont des gens qui se couchent tard et se lèvent tôt ».

Hé bien, la mère de Saïd est l’illustration concrète de cela. Peu de personnes accepteraient de trimer comme elle le fait.  Pour un travail qui consiste à faire des ménages.    

 

Dans le documentaire, cette mère finit par expliciter qu’elle n’a pas le courage d’aller voir deux de ses fils incarcérés à Fleury-Mérogis. Vaillante et lasse, elle explique qu’elle « comprend » que ses deux fils aient fait des bêtises qui les ont envoyés en prison car ils n’ont pas de travail. Ils n’arrivent pas à en trouver. Elle le dit sans colère et sans même souligner le fait que leurs origines maghrébines ont plombé leurs recherches d’emploi. On en a une démonstration lorsque Saïd, filmé, se déplace à l’ANPE ( l’ancien nom de Pole Emploi) de Nanterre-Université ( Au dessus de la gare de Nanterre-Université, anciennement appelée Nanterre-La-Folie et pas très loin de la Fac de Nanterre).  

Un peu plus tôt, il est mentionné que la cité des Canibouts est accolée à la Maison de Nanterre (L’hôpital de Nanterre) qui est « aussi un lieu d’exclus ». Et que, peut-être que cette proximité avec la Maison de Nanterre, a-t’elle entraîné cette cité dans l’exclusion.   J’ai trouvé ce rapprochement un peu facile : car de la Maison de Nanterre comme des Canibouts, il est aussi sorti du bon. Et non loin des Canibouts, aux Pâquerettes par exemple, il y avait aussi des «problèmes ». Mais il est vrai que Les Canibouts ont sans doute concentré les problèmes.

Il n’y a pas si longtemps, j’avais cru comprendre que les Canibouts, à Nanterre, avait la réputation d’être une plaque tournante de la drogue. Mais c’est sûrement aussi le cas dans certains coins d’Argenteuil où je vis. Et c’est sûrement aussi le cas dans d’autres endroits à Nanterre. Dans d’autres villes en France. En banlieue parisienne ou en province.  

 

Quoiqu’il en soit, en 1981, j’avais 13 ans. J’étais donc un peu plus jeune de 4 ou 5 ans que ces jeunes que l’on voit dans ce documentaire.  

1981, c’est l’année de l’élection historique de François Mitterrand. Il m’a fallu des années après sa mort (récemment) pour comprendre et apprendre que Mitterrand a souvent été un homme politique plus préoccupé par sa carrière politique et le Pouvoir que par la société française. C’est aussi, récemment, que j’ai découvert son rôle peu honorable d’homme d’Etat français pendant la Guerre d’Algérie. Et je me demande ce que son élection avait pu faire à certaines Algériennes et à certains Algériens qui avaient connu la Guerre d’Algérie (1954-1962).  

Je me rappelle encore des cris de joie de mes parents dans notre appartement de HLM, dans le salon, lors de l’élection de Mitterrand en 1981. Plusieurs des jeunes que nous voyons dans ce documentaire, pour ceux qui sont d’origine algérienne, sont sans doute des enfants de celles et ceux qui avaient connu la Guerre d’Algérie.  

 

A côté de ça, (1981, c’est aussi l’année de la mort de Bob Marley) en regardant ce documentaire, je me suis aussi dit que je m’en étais véritablement plutôt « bien » sorti compte-tenu de la cité où j’avais grandi à Nanterre.    

 

D’une part parce qu’à l’époque, ça ne s’était pas autant dégradé comme par la suite. Même si j’ai connu- de près ou de loin- quelques personnes  qui ont « mal tourné » à partir de l’adolescence, dans ma cité, ça allait « mieux » que dans d’autres cités et dans d’autres villes de banlieue hier et aujourd’hui.  

 

Je pense à la Seine Saint Denis dont sont originaires Kool Shen et Joey Starr du groupe de Rap NTM dont j’ai le même âge à un ou deux ans près. La Seine Saint Denis reste, je crois, le département le plus pauvre de France. Alors que le 92, où j’ai grandi (dans une tour HLM de 18 étages) est encore à ce jour, le plus riche de France. Mais comme on le voit dans ce documentaire sur les Canibouts, on peut vivre dans le 92 et être mal parti dans l’existence. On peut aussi venir du 92 ou y habiter (je n’ai pas vérifié) et être l’un des Rappeurs les plus populaires depuis des années : Booba.

De toute façon, question musique, on peut venir de partout. Si ce que l’on fait plait, celles et ceux qui écoutent ne nous demanderont pas nos papiers.  

 

D’autre part, je m’en suis sans doute bien sorti parce-que mes parents ont su me donner des limites. Parce-que j’ai été en mesure de les accepter.  Parce qu’ils ont été suffisamment solides mentalement dans la vie et qu’ils ont toujours eu un emploi qui leur a permis d’assurer les frais de la vie quotidienne. Mon père n’est pas alcoolique. Ma mère n’était pas dépressive. Mes parents ont continué de faire « couple » comme on dit, pour le pire et le meilleur. On peut s’en sortir sans ça mais c’est plus difficile.

 

J’ai aussi reçu de l’amour d’une façon ou d’une autre quand j’ai grandi. On peut aussi vivre sans amour, Romain Gary l’explique très bien, mais c’est aussi plus difficile.  

 

Je m’en suis également à peu près sorti parce que mes parents ont pu nous emmener ailleurs (colonies de vacances pour moi – c’était moins cher à l’époque- moments de retrouvailles avec d’autres membres de la famille,  fêtes foraines,  fêtes antillaises, séjours en Guadeloupe par le biais des congés bonifiés).   

Et aussi parce-que mon père m’a permis, avec des méthodes pédagogiques personnalisées datant de la bible,  à la lumière flottante de la bougie et à coups de ceinture pénétrante, de raccrocher le wagon de la scolarité que j’avais commencé à laisser filer :

Je me sentais peu concerné par l’école en prime abord au CP, préférant rêver. Jouer. Et regarder la télé. Quelles drôles d’idées !

Grâce à mon père, je suis devenu performant à l’école. Et, lorsque j’écris un nouvel article, afin de m’encourager, je dépose toujours une petite ceinture à côté de moi. Et, j’allume une bougie. Quelques fois, quand ça ne marche pas comme je veux, je frappe l’écran de l’ordinateur à coups de ceinture. Après ça, je me sens mieux. Je vois mieux où j’en suis et je peux reprendre mon article.

Vous n’avez aucune idée du nombre de coups de ceinture que mon écran d’ordinateur a pu recevoir juste pour cet article.   

Puis, j’ai découvert le plaisir de la lecture et l’existence de la bibliothèque municipale, endroit magique, par le biais d’un de nos instituteurs de l’école primaire (publique).  

 

Dans ce documentaire sur les Canibouts, j’ai aimé entendre – sans doute pour la première fois- Yves Saudmont, l’ancien maire communiste de Nanterre, qui avait longtemps eu pour moi l’image du maire inamovible jusqu’à ce que sa suppléante, Jacqueline Fraysse-Casalis, ne prenne sa succession. Jusqu’aux années 2000 et la la tuerie qui avait eu lieu lors d’un conseil municipal présidé par Jacqueline Fraysse-Casalis.

J’avais entendu parler de la tuerie par les média ainsi que par un collègue qui avait aussi grandi à Nanterre.   

La mairie de Nanterre, où a eu lieu la tuerie, est proche de la bibliothèque de Nanterre. Un parvis les sépare. Mes parents s’y sont mariés en 1985. En 1985, après avoir été au collège Evariste Galois, après avoir été à l’école primaire Robespierre, j’étais au Lycée Joliot-Curie.

Une rue sépare le Lycée Joliot-Curie de la mairie comme de la bibliothèque. Environ cinq cents mètres.

La bibliothèque est en hauteur. A mon époque, la bibliothèque “surmontait” un supermarché Casino. Casino où j’ai rarement fait des achats ( biscuits ou autres friandises) : les prix de ce Casino m’ont toujours marqué par leur “hauteur”. Plus élevés que le supermarché Sodim, puis le Félix Potin, de ma cité. Plus élevés que le Suma près du collège Evariste Galois. Ce qui ne m’a pas empêché de voler dans leurs rayons. Et de finir par me faire attraper- pour un vol de crêpes bretonnes ( 5,25 francs les 10)-  par le “vigile” de Suma. Un homme d’origine asiatique.

 

Lorsque j’arrivais à la bibliothèque, toujours à pied, j’étais auparavant passé “devant” le théâtre des Amandiers. Théâtre où je suis, à ce jour, allé une seule fois dans ma vie. C’était avec notre prof de Français de 3ème, Mme Askolovitch/ Epstein, afin d’aller y voir Combats de Nègres et de chiens. Pièce de théâtre qui m’avait moins plu- que j’avais moins bien comprise- que le film E.T de Spielberg que nous étions aussi allés voir avec elle au cinéma de la Défense de l’époque. 

Après être passé “devant” le théâtre des Amandiers, je passais devant la piscine de Nanterre où j’étais allé à la piscine avec l’école et où mon père m’a appris à nager la brasse à sa façon avant de m’inscrire à des cours de natation auxquels je n’ai pas toujours été assidu.

Puis, suivait le stade de Foot avec sa piste d’athlétisme que j’ai connue en cendrée, avant celle en tartan du stade Jean Guimier construite plusieurs années plus tard, en bordure du parc de Nanterre.

Mes années Carl Lewis. Mes années Miles Davis, Jazz, Dub et Reggae.

Mes années “Conscience Noire” avec des modèles noirs principaux américains même si je connais Aimé Césaire et la Négritude de nom. Le Zouk de Kassav’, et, avant lui, d’autres tubes de groupes antillais- dont des groupes haïtiens, me parle aussi. J’ai aimé The Message de Grand Master Flash quelques années plus tôt. Mais j’ai aussi aimé Gaby, oh, Gaby de Bashung. Comme j’ai aimé écouter Love on the beat  de Gainsbourg, Everything wants to rule the world  de Tears For Fear, le Tainted Love de Soft Cell ou des tubes de Depeche Mode.

Par contre, je n’aime pas le Hard Rock. Je n’écoute pas la musique classique. Et je rejette la variété française que je vois comme de la crécelle. Je suis admiratif devant le Break Dance et tout ce qui concerne la danse Hip-Hop. Bien-sûr, James Brown et d’autres artistes noirs américains tirant dans le Funk et la Soul font partie de mes modèles. Dont Michaël Jackson. 

Mais je ne comprends rien à cet engouement ainsi qu’à tout ce tapage autour du groupe U2 avec l’album War

 

A l’extérieur de ce cirque aussi mental que musical, il est un autre endroit à cette époque où je fais beaucoup de cercles :

Je connais le parc de Nanterre beaucoup plus pour y avoir fait des footing et des entraînements d’athlétisme que pour m’y être promené. Avec mon club d’athlétisme, l’Entente Sportive de Nanterre, ou ESN, qui reste un des meilleurs exutoires de mon adolescence.

Le théâtre des Amandiers a le parc de Nanterre derrière lui. Le théâtre des Amandiers est à quelques centaines de mètres de l’arrêt de bus 304 qui permettait (qui permet?) en prenant la direction de Colombes, d’aller à la Préfecture, accessible à pied, à la gare de Nanterre-Université, mais aussi de se rendre à la Maison de Nanterre ( l’hôpital de Nanterre) proche des Canibouts.

Si l’on prenait ( si l’on prend ?) le bus 304 dans la direction de la place de la Boule, on arrive rapidement devant le Lycée Joliot-Curie, la bibliothèque et la mairie de Nanterre. 

 Lorsque je me rapprochais, enfant, puis collégien et lycéen, de l’entrée de la bibliothèque de Nanterre, on pouvait voir la mairie de Nanterre en contrebas, sur la droite.

 

  Je connaissais “le tueur” de la mairie de Nanterre.  Je l’avais connu au lycée Joliot-Curie de Nanterre. Je me souviens bien de lui ( Au Lycée). J’avais alors à peu près l’âge qu’ont ces jeunes des Canibouts dans le documentaire. L’une des seules personnes rencontrées dans ma jeunesse à Nanterre qui a pu faire parler de lui, médiatiquement, est un tueur. Une personne qui, après son acte, s’est suicidée en se jetant par la fenêtre du commissariat.   

 

Dans le documentaire sur les Canibouts, en 1981, en écoutant Yves Saudmont  j’ai pu m’apercevoir- et m’étonner- de son érudition et de sa grande aisance pour s’exprimer. Aisance supérieure pour ce que j’en ai vue à celle du Maire actuel d’Argenteuil, Georges Mothron.  

Mais, pour résumer, il suffit de regarder ce documentaire pour à la fois penser au film Le Thé au harem d’Archimède de Mehdi Charef. Pour penser à certaines émeutes dans « les » banlieues. Pour comprendre que l’avènement du Rap comme prise de parole d’une certaines jeunesse et d’une certaine catégorie de la population française (au départ plutôt défavorisée socialement, économiquement voire racialement) allait couler de source. Mais aussi que le FN, devenu RN, allait connaître une ascension constante. Ainsi que l’intégrisme religieux. Mais aussi le terrorisme. Comme certaines mouvances fascistes et néo-fascistes. Et certains groupes d’autodéfense. Et, évidemment, tant de mouvements de contestation sociale.  

 

Voir dans ce documentaire que le quartier de la Défense était devenu une sorte de « paradis » pour les jeunes des Canibouts (mais aussi pour bien d’autres jeunes, dont j’ai fait partie) avec la création du centre commercial Les Quatre Temps est tout un symbole :  

Le quartier de la Défense est un quartier d’affaires.  

 

Pendant que nous étions des milliers de jeunes à venir baver sur des vitrines et sur une richesse matérielle qui nous semblait le but principal à atteindre dans une vie au point d’être toujours volontaires pour dépenser un argent qui nous manquait tout le temps, quitte à chouraver dans les rayons, apprenant en cela notre future activité d’addicts et de consommateurs, d’autres, que nous ne voyions pratiquement jamais ou alors sur un écran ou dans un journal, faisaient de véritables affaires et voyaient beaucoup plus loin que nous dans l’espace et dans le temps.  A défaut de croire en nos capacités d’aller sur la lune un jour, nous voulions bien nous contenter de nous rendre dans un centre commercial. Ça compensait.  

 

La Défense, aperçue, au fond, avec la Grande Arche, depuis le parc de Nanterre.

Quarante ans plus tard, en 2020,  notre monde a évolué : En plus des boutiques physiques,  Internet et nos vies numériques se sont développées entre-temps et nous nous y sommes acculturés. Nous sommes contents de pouvoir baver en illimité, si nous le voulons, à n’importe quelle heure, sur quelque chose à mater, à chouraver, à consommer ou à acheter. On peut même l’écrire, le filmer ou le photographier et le mettre en ligne. Aux lignes de coke que l’on sniffe s’ajoutent désormais nos vies que nous mettons nous-mêmes en ligne et que d’autres peuvent sniffer, identifier ou détester.   

 

Aujourd’hui, nos cités sont aussi devenues numériques. Et nous avons parfois beaucoup de mal à en sortir. Peut-être réapprenons-nous en permanence à vider notre mémoire et à devenir amnésiques. Le pied !    

Franck Unimon, vendredi 10 avril 2020. ( Photos prises en Mars 2019).  

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Contrainte et motivation

»Posted by on Mar 25, 2020 in Corona Circus, Echos Statiques, Ecologie | 0 comments

Contrainte et motivation

 

                                                            Contrainte et motivation

 

J’étais en train de sortir mon vélo de son local lorsque j’ai entendu un bruit étrange.  C’est peut-être ce son particulier- Ploc-ploc- qui m’a d’autant plus donné, instinctivement, l’idée de tâter mon pneu arrière. Il était crevé. Je me suis dit :

 

Soit j’ai très mal mis ma chambre à air arrière la dernière fois (il y ‘a deux ou trois mois tout au plus). Soit la nouvelle chambre à air, un premier prix, que j’avais mise était de très mauvaise qualité. J’ai un moment pensé à une de mes collègues, qui, lors de la grève des transports en Décembre, pour protester contre la réforme des retraites, avait crevé deux fois en l’espace de quelques jours.

 

Fort heureusement, j’avais des chambres à air de rechange, en principe de bonne qualité vu le magasin de cycles où je les avais achetées. Du temps de la grève des transports en Décembre. Ce magasin, aujourd’hui, est sûrement désormais fermé  depuis le couvre-feu consécutif à l’épidémie. 

 

Mais je ne pouvais pas me permettre de prendre le temps de changer la chambre à air de mon pneu arrière.

 

Le local où je mets mon vélo est à dix minutes à pied de chez moi. En m’y rendant, je m’éloigne de la gare…de dix minutes. Il devait être entre 19h30 et 19h40. Je reprenais le travail à 21h. Avec la diminution des transports, le fait que je ne m’étais pas renseigné sur les horaires de train, impossible pour moi de savoir quand j’aurais un train. Mais j’avais bon espoir.

 

J’ai laissé mon casque, mes lunettes et mon bidon d’eau dans le local. Fort heureusement, j’avais toujours sur moi mon Pass Navigo. J’allais devoir prendre les transports en commun pour aller au travail.

 

A la gare, première information après avoir passé les portes de validation « ouvertes » :

 

Le prochain train, direct pour Paris St Lazare arrivait trente minutes plus tard. Soit entre 20h15 et 20h20. Je pouvais donc, désormais, être en retard alors qu’avec mon vélo en état de marche, je serais arrivé avec quelques minutes d’avance.

 

Je suis repassé chez moi. J’ai expliqué ce qui se passait à ma compagne. Je me suis changé. J’étais prêt à prendre mes baskets afin d’aller au travail en footing depuis St Lazare. J’avais commencé à enfiler mon collant de footing. Ma compagne m’en a dissuadé : j’avais déjà fait assez d’efforts physiques cette semaine en m’y rendant à vélo. Et, là, d’un seul coup, je me prenais pour « un grand sportif ?! ».

Je lui ai répondu : «  Mais je suis un sportif ! ». Un ancien sportif, évidemment. Qui a vieilli en plus.

J’ai écouté ma compagne. Je me suis habillé comme quelqu’un qui allait prendre toute la chaine des transports en commun depuis chez lui.  A aucun moment, je n’ai envisagé de prendre ma voiture. Le temps moyen habituellement pour me rendre à mon travail en transports en commun est d’environ 45 minutes. Contre 1h05 au mieux à vélo. Si je ne traine pas. Si les feux de circulation sont «cléments».

Comme on me l’avait dit, assez peu de monde dans le train. Par contre, en approchant de St Lazare, le train se met  au ralenti. Cela fait quelques minutes que je suis devant les portes pour sortir lorsqu’un homme d’une trentaine d’années vient se placer à côté de moi, sur ma droite, sans vraiment donner l’impression de tenir compte de la distance de prévention sanitaire de un mètre. As usual. Cet homme qui a mis du  « sent-bon »  croit peut-être que le parfum le protège du virus.  Alors que le train se rapproche un peu plus de St Lazare,  je me surprends à sentir se déplacer en moi une certaine agressivité :

Je pourrais frapper cet homme. Juste parce-que, là, alors qu’il y a tout l’espace nécessaire pour respecter une certaine distance, il est venu se mettre là, juste à côté de moi. Je tourne ma tête dans le sens opposé à sa présence et attends la délivrance.

Cette réaction ne me ressemble pas. En temps ordinaire, même dans un train ou dans un métro bondé, je fais avec. Mais là, coronavirus Covid-19 + sentiment d’enfermement dans les transports en commun+ les contrôles de police ou de contrôleurs font que je suis monté dans ce train, auquel je n’ai pu échapper ce soir, sans doute avec un certain état de tension inhabituel.

 

Le train arrive à quai. J’ouvre et je me porte sur le quai. Je redécouvre la gare St Lazare après quelques jours de trajet à vélo. 

Très vite, je m’aperçois qu’il m’est impossible de choisir l’endroit où je vais prendre les escalators. La gare est quadrillée. Des sorties habituellement « praticables » sont barrées par des bandes adhésives blanches et rouges. Nous sommes arrivés sur la voie 26 ou 27. Il nous faut tourner à droite et aller jusqu’aux premières voies de la gare pour accéder à la sortie. Je comprends évidemment les raisons sanitaires de ce parcours mais j’ai l’impression que nous sommes traités comme du bétail.

 

Enfin, la sortie de la gare. Juste devant, quatre ou cinq policiers en bas des escalators en tenue. Des gorilles. Ils doivent bien faire entre 100 et 120 kilos chacun. Noirs, crâne rasé, sans masque sur le visage. Ils sont détendus et ont l’air très sûrs d’eux. Pas de contrôle. Tant mieux. En passant, je me dis que leur assurance est une erreur. Même si je sais que le port du masque n’est pas obligatoire dehors en l’absence de symptômes,  je sais aussi que l’on peut être un «  très beau bébé » et se faire aplatir méchamment à coups de massue par un tout petit virus de rien du tout.

 

Je suis obligé de me presser pour prendre le métro automatisé et sans conducteur de la ligne 14 car le prochain arrive dans cinq minutes. Il y en a moins que d’habitude. Et je n’ai pas envie de prendre le prochain. Je suis dedans. Le métro est à peine parti qu’un homme vient me demander l’heure. Plus ou moins SDF, plus ou moins passager. Habituellement, je réponds tranquillement. Là, je réponds mais à distance. Je suis méfiant. Pour raisons sanitaires.

 

Après lui, c’est une jeune femme d’une trentaine d’années qui passe. Sac chargé sur le dos, un ou deux autres sacs à la main, elle non plus, n’est pas très angoissée comme celui qui m’a demandé l’heure. Elle, ce qu’elle voudrait, c’est une petite pièce. Elle m’explique que les foyers n’ont pas voulu d’elle ou qu’il n y’a pas de place pour elle. Elle accepte mon refus de lui donner une pièce avec un sourire de compréhension et poursuit sa quête dans le métro.

 

C’est à la gare de Lyon, ou j’hésite un peu entre les différentes sorties, en commençant à marcher, que je m’aperçois que je suis comme la roue arrière de mon vélo : crevé.

En traversant la Seine, j’aperçois le métro aérien de la ligne 5 qui se dirige vers la gare d’Austerlizt. Je me dis que je vais tenter le prendre vu mon état de fatigue. Et mon retard. Car, oui, dans à peine une ou deux minutes, je serai en retard au travail. J’avais prévenu les collègues qui m’avaient dit que ça allait aller. Dont une collègue de jour qui m’a dit qu’elle pourrait attendre. Néanmoins, j’aurais aimé être à l’heure.

 

En montant les marches pour prendre le métro ligne 5, je croise à nouveau un SDF, assis tranquillement. Je ne sais pas si c’est parce qu’il y a nettement moins de monde dehors et qu’on les voit plus mais ça donne l’impression que les transports en commun, à cette heure, deviennent leur territoire.

 

 

Le temps de me changer, de remettre la tenue de bloc avant d’aller dans le service, j’ai bien près d’une demie heure de retard. La nuit se passe bien. Mais je vérifie à nouveau que lorsque l’on est fatigué, le moral descend. Mon autodiagnostic se fait au petit matin :

Je suis déprimé. Lorsque l’intellect reste aussi affûté alors que notre moral, émoussé, se fait poussif, c’est que l’on est déprimé.

 

Je me demande ce qui me déprime. Je ne crois pas être déjà épuisé physiquement. Le contexte peut-être. Ce n’est pas une période festive. Oui, je crois que c’est ça. Le contexte. La charge anxiogène massive  que l’on s’est tous pris dans la figure, tous azimuts, en quelques jours.

 

Je « sais » aussi qu’être déprimé, avoir un moment de déprime, fait partie de ces moments où l’on est en train de s’adapter, corps et âme, à un stress important. Ce qu’il faut, c’est ne pas se laisser border depuis l’écume de la déprime vers l’enclume de la dépression.

 

En période de guerre ou d’épreuve, on s’attache beaucoup aux héroïnes, aux héros, à celles qui ont du charisme, des gestes magnifiques et définitifs même si ces gestes, surtout si ces gestes échouent ainsi qu’à celles et ceux qui accomplissent des exploits. Mais tout le monde compte dans un conflit comme dans cette épidémie. N’importe quelle action peut avoir son importance. Pour ma part, j’attache toujours beaucoup d’importance au fait de rester d’humeur égale. Et aussi de faire rire. Mais rester d’humeur égale ou faire rire lorsque votre moral échoue voire vous « tue », cela demande beaucoup d’efforts.

 

Alors, je fais au mieux avec ma collègue de nuit. Nous faisons notre travail. Nos relations restent correctes. Et, le matin, je prends sur moi lorsque notre première collègue de jour arrive. Je réussis à me décoincer question humour lorsque la deuxième collègue de jour arrive. Contrairement à ses habitudes, elle a lâché ses cheveux. Elle a un peu le visage serré. Peut-être la contrariété au vu du contexte, de son retard. Mais je m’entends bien avec elle. Alors, je la chambre avec ses cheveux lâchés : «  Caliente ! Caliente ! ». Elle sourit. Nous rions tous. Je commence à me désengager un peu de cette déprime.

 

Avant de partir du service, je prends une bonne douche. J’ai décidé d’en faire un rituel depuis le couvre-feu. Que ce soit pour des raisons tant sanitaires que morales. Prendre une bonne douche avant de partir du travail. Et, comme d’habitude, avant la douche, prendre un petit-déjeuner. Je bois du thé vert japonais depuis deux ou trois ans. Et depuis quelques mois,  du thé Gyokuro en particulier. Ce n’est pas pour frimer. J’aime le thé vert japonais. J’ai bien-sûr lu que c’était bon pour la santé : antioxydants etc…

 

J’utilise aussi quelques huiles essentielles. Ma collègue de nuit et moi commençons à avoir un rituel. Une goutte d’huile essentielle de Tea-Tree sur un poignet. On frotte ensuite sur notre autre poignet. Et on respire aussi un peu l’odeur en faisant attention à nos yeux. J’utilise aussi l’huile essentielle de Niaouli, de Ravintsara. Nous restons dans une période de l’année où les températures sont fraîches. Et, bien-sûr, se laver les mains avec du savon régulièrement. Maintenir autant que possible la distance sociale du mètre. Mais ce n’est pas toujours possible lorsque l’on prend la température d’un patient. Qu’on lui donne son traitement. Il y a la distance sociale de prévention sanitaire. Et il y a la distance sociale relationnelle. Les deux distances peuvent se gommer même si nous ne sommes pas à  la distance d’un slow lors de nos échanges avec les patients .

 

Ce matin-là,  en quittant le service, je suis ensuite allé interroger silencieusement le Panthéon :

” Aux Grands Hommes, La Patrie Reconnaissante”. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Et j’ai à nouveau pris des photos comme j’en parle dans mon article Manu Dibango. Puis, je suis allé prendre des photos de Notre Dame que je n’étais pas allé revoir depuis des années. Même lors de son incendie si médiatisé.

 

J’aime prendre des photos car on peut dire beaucoup de choses avec une photo sans un seul mot.

J’aime prendre des photos car je trouve que c’est un bon anxiolytique.

J’aime prendre des photos car elles nous permettent de nous constituer une mémoire de moments dont on ne mesure pas toujours l’importance.

Enfin, j’aime prendre des photos car en les revoyant ensuite, on voit souvent ce que l’on ne voit pas au moment présent.

 

Je prends mon temps pour rentrer ce matin-là. Je sais qu’une fois rentré, je resterai enfermé. Peut-être que je prends mon temps aussi afin de continuer de me détoxiquer de mes émotions néfastes. Bien-sûr, j’ai prévenu ma compagne. Je croise quelques policiers qui font des contrôles. Personne ne m’arrête. Il fait trois degrés. 

 

En rentrant chez moi, je m’empresse de me réchauffer le plus possible. Je ne veux pas attraper froid.  Cela me contrariait de devoir rester chez moi pour cause de rhume ou de grippe surtout aussi tôt dès les premiers jours du couvre-feu pour répondre à l’épidémie. Pour une raison que je ne peux pas m’expliquer, je tiens particulièrement à “assurer” mes horaires de travail dans le service.Et, je déploie tout un arsenal de boissons chaudes et autres : citron, cannelle, miel etc….Je mange même les feuilles du thé Gyokuro après les avoir utilisées plusieurs fois. J’ai appris il y a environ deux mois lors d’un séjour dans la région d’Angers par le revendeur de thé que les amateurs du thé Gyokuro finissaient par en manger les feuilles.  Je mange d’abord quelques bouchées de feuilles de thé Gyokuro comme ça. Puis, pendant notre déjeuner, j’essaie de les accommoder avec de la sauce de soja au citron. J’ai préféré sans. 

 

J’échappe au froid. Cette nuit-là, à 3 heures du matin, j’entends ma fille en pleurs. Ces derniers temps, j’ai laissé ma compagne s’en occuper. Je l’entends avant ma compagne.

Cette fois,  je vais voir notre fille. Pourquoi tu pleures ? Elle m’explique. Assez vite, je me montre ferme. Car j’estime qu’elle est capable d’autre chose que de pleurer et d’attendre que Ma-man ou Pa-pa monte pratiquement à la moindre contrariété pour résoudre le problème dont elle me fait part. Un problème qu’elle a déjà rencontré maintes et maintes fois. Pour lequel, sa mère et moi, nous l’avons entraînée maintes et maintes fois. Donc, moi, son père, j’estime que notre fille, au vu de ses multiples expériences, est capable d’autre chose que de pleurer et d’attendre que la solution vienne de nous. D’autant qu’en pareille situation, elle a déjà « réussi » bien des fois.

Résistance et refus de ma fille. Elle déploie son attirail : bras croisés, tape du pied, pleurs, mal-soudain- au genou.

Je commence à me fâcher vraiment.  Tu peux taper du pied, croiser les bras, donc, tu as l’énergie qu’il faut pour résoudre ton problème. Ma fille avance au ralenti et commence à s’engager. Finalement, sa mère vient nous rejoindre. Vous allez réveiller “tout le monde” dans l’immeuble ! Moi, je m’en fiche de réveiller tout l’immeuble. D’une, je ne crois pas que nous allons réveiller tout l’immeuble. D’autre part, céder devant un enfant parce-que l’on a peur de faire du bruit ou de se faire remarquer, quelle erreur ! Ensuite, notre fille peut faire bien mieux que ce qu’elle fait. Elle n’est pas débile. Elle n’est pas handicapée. Elle n’est pas un bébé. Elle n’est pas une victime. Ce n’est pas une petite malheureuse abandonnée dès sa naissance dans un orphelinat mal famé. Et, ce n’est pas elle qui commande nos nuits !

Maman-sauveuse engueule tout de même notre fille. Mais, pour moi, ça fait trop de bénéfices vu le nombre de fois où ce genre de réveils et de sollicitations nocturnes se répète. Et, cette nuit, en plus, deux parents pour une seule enfant ! Qui plus est pour une enfant capable de faire beaucoup mieux. Je le dis avant de quitter la scène. Et je prédis à ma fille que La fessée va arriver un de ces jours ! Que maman soit d’accord ou pas d’accord !

 

Ce qui s’est passé cette nuit est une raison supplémentaire pour passer la journée du lendemain (hier) avec ma fille. Le matin, après les retrouvailles affectueuses, ma fille se rappelle du pain au chocolat que je lui ai acheté la veille pour le petit-déjeuner. Je le lui avais appris au moment du coucher après lui avoir massé le dos ainsi que les pieds. Notre fille avait été très contente d’apprendre que je lui avais acheté un pain au chocolat. Elle m’avait embrassé sur la tête et m’avait dit, contente : ” Tu penses à tout !”. Ce matin, après le bonjour affectueux,  je lui reparle du “cinéma” de cette nuit. Oui, elle s’en souvient un peu. Elle me dit de quoi elle se souvient. Je complète et lui passe un savon. Ma fille marque d’abord le coup. Puis, après quelques minutes,  elle commence à soupirer et me dit :

«  Je m’ennuie…. ». Je lui dis que cette nuit, c’est moi qui soupirais. Et qu’il aurait fallu qu’elle soit aussi grande qu’elle se montre maintenant. Tu t’ennuies ? Tu vas aller passer un peu de temps dans ta chambre. Tu as faim ? On verra après.

 

Après le petit-déjeuner (environ cinq minutes plus tard) tout se passe bien. Jusqu’à ce qu’un moment, mademoiselle fasse traîner les choses lorsqu’il s’agit d’aller se brosser les dents. Quelques minutes plus tôt, elle était d’accord lorsque je l’ai prévenue. Là, lorsque je l’appelle, il faut qu’elle ait précisément quelque chose à faire. Jouer par exemple. Installer tel jouet comme ça. Et celui-ci comme ça. Je confisque. Et je mets ça en haut de l’armoire. Direction la salle de bain où le brossage de dents se déroule sans trop de façons. Puis, dans quelques minutes, ce sera les devoirs. D’accord.

 

Je suis en train de repasser et j’entends un bruit suspect. J’appelle ma fille. Non, non, je ne touche à rien ! Me dit-elle. Je me dis que j’ai peut-être imaginé des choses. Que je suis trop dans le contrôle.

 

Quelques minutes plus tard, je suis en train de me brosser les dents quand j’ai une « éclaircie ». Je vais voir ce que j’ai confisqué. Ce n’est plus en haut de l’armoire. A la place, il reste une trace du délit par terre devant l’armoire. Saisie par mon interpellation quelques minutes plus tôt, ma fille n’aura pas pensé, ensuite, à venir récupérer ce qui restait du crime. Je rappelle ma fille. Je suis ferme et calme. Je la confonds sans problème. Je lui demande de remettre en haut de l’armoire exactement ce que j’y avais mis. Elle s’exécute. Elle prend un tabouret, monte et remet tout en haut de l’armoire. Voyant l’ingéniosité ainsi que l’audace ( audace que je ne découvre pas tant que ça) je lui dis :

« Tu vois, là, tu n’as pas eu besoin de moi pour récupérer tes jouets dès que j’ai eu le dos tourné. Et je ne t’ai pas entendu pleurer ! Tu as même pu me mentir. C’est ça que je veux, la nuit ! Tu règles ton problème sans nous solliciter ta mère et moi ! ».

 

Ce matin, au réveil, ma fille m’a sauté dans les bras, très contente de me faire savoir que, cette nuit, elle avait su régler son problème toute seule, sans nous réveiller sa mère et moi. Elle m’a répondu que c’était facile et m’a expliqué comment elle s’y était prise. Je l’ai félicitée.

 

Par cet exemple, j’ai compris que devant une certaine contrainte, pour peu que ma fille ait la motivation et l’envie nécessaire d’atteindre son but, qu’elle savait déployer son intelligence et son corps de manière adéquate. Sans cette motivation et cette envie, la contrainte, voire le découragement, prennent rapidement le dessus et son réflexe est de se décourager, de refuser de faire des efforts…et d’appeler au secours alors qu’elle est parfaitement capable de s’en sortir toute seule. Sa mère et moi ne sommes pas des Thénardier : notre fille le sait plus que parfaitement. Elle est habituée à pouvoir compter sur notre disponibilité. Voire, sur notre culpabilité, si nous la laissons trop dans la difficulté, la pauvre petite ! 

 

 

Vis-à-vis de l’épidémie, nous sommes pareils. Chacun a un seuil personnel de contrainte et d’effort qu’il peut supporter. Et notre motivation et notre envie varient aussi afin d’atteindre notre but. Il convient donc, bien-sûr, au besoin, de savoir s’entourer de personnes qui peuvent nous aider à maintenir un niveau de motivation et d’envie suffisant afin d’accepter certaines contraintes, de réaliser certains efforts, en vue de surmonter un obstacle comme celui de l’épidémie.

Cet entourage peut faire montre de fermeté. Mais il doit aussi être bienveillant. Associer les deux attitudes est difficile, surtout sur la durée.  Et je rappelle que chez l’être humain, selon ce que je comprends, la norme, c’est l’extrême : Donc, souvent, l’être humain fait montre soit  de trop de fermeté, soit de trop de bienveillance.Il y a bien-sûr des lois et des règles ou des protocoles. Mais celles et ceux qui les font appliquer sont des êtres humains. Il y a donc souvent du bon. Mais aussi du mauvais selon les circonstances.  Et je ne suis pas pressé que l’informatique ou des robots prennent le contrôle en ce qui concerne l’application des lois : certains êtres humains se comportent déja suffisamment comme des robots borgnes et bornés. 

 

Au vu de ce que j’écris ce matin, on peut considérer que je vais mieux qu’avant hier soir. Sauf que l’épidémie est une épreuve d’endurance. Il s’agit donc de savoir se ménager.  De rester prudent. De s’aérer la tête dès qu’on le peut par des moyens autorisés qui sont compatibles avec les recommandations sanitaires. Faute de ne pas réussir à s’aérer, certaines personnes échapperont néanmoins au coronavirus covid-19, mais elles risquent d’être particulièrement épuisées moralement et physiquement après l’épidémie. Un autre effet secondaire à l’épidémie est le risque d’accoutumance à cette période que nous vivons. Cela peut paraître paradoxal mais nous vivons quand même une période qui nous engage d’une manière particulière et, même si cela peut nous demander certains efforts, voire de grands efforts, certaines personnes peuvent trouver dans cette épreuve un sentiment d’existence décuplé car il s’agit de donner le meilleur de soi.

 

Cette période de contrainte peut aussi être une période de grande créativité. Je le perçois à travers mes articles même si je les trouve “trop” stimulés par l’omniprésence de l’épidémie dans nos pensées.

Notre vie habituelle peut nous empêcher de donner le meilleur de nous-mêmes car nous nous sommes parfois laissés enfermer dans un sillon dont on a du mal à sortir. Alors, que, là, au cours de cette épidémie, nous n’avons pas le choix et nous avons une cause à défendre qui est celle, en principe, du plus grand nombre : survivre. Jaillir hors du sillon tout tracé. Ou que l’on soit.

Même s’il semble que l’épidémie du coronavirus covid-19 touche certaines régions du monde mais pas toutes. Une aide-soignante intérimaire d’origine thaïlandaise particulièrement volubile m’a récemment assuré qu’il y avait peu de personnes touchées par le coronavirus covid-19 en Thaïlande. Elle m’a même donné le nom d’un traitement qui, à l’entendre, serait très bon à prendre de manière préventive. Je n’ai pas su quoi faire de cette information. D’un côté, sa sollicitude m’a fait plaisir. D’un autre côté, je me suis dit qu’avec la peur de la mort, il devait sûrement y avoir plein de personnes prêtes à tout prendre comme traitement si on leur garantissait que celui-ci pouvait les sauver. 

 

Il y a deux nuits, j’avais massé ma fille et ma compagne. Le dos de ma fille, un peu son thorax, ainsi que ses pieds. Et le dos de ma compagne.  Une goutte d’huile essentielle de Niaouli et de Ravintsara dans de l’huile végétale pour notre fille. Une goutte d’huile essentielle de girofle et de Niaouli ( dans de l’huile végétale) pour ma compagne qui m’a ensuite rendu la politesse.

 

Je pense que se faire masser habillé  (donc sans huile essentielle et sans huile végétale) peut aussi être un bon moyen de s’aérer et de récupérer physiquement et moralement. Ça fait du bien à la personne massée, si elle est à l’aise avec le fait d’être massée. Et ça peut aussi faire du bien à la personne qui masse. Pour les personnes confinées, ça peut être un plus. En l’absence d’huile essentielle ou d’une huile végétale dite de « massage », on peut utiliser un peu d’huile d’olive si possible bio. Le massage peut se faire en musique ou sans musique mais autant que possible dans une atmosphère détendue. Je parle évidemment de massage bien-être. 

 

 

Franck Unimon, mercredi 25 mars 2020.

 

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Manu Dibango

»Posted by on Mar 24, 2020 in Corona Circus, Echos Statiques, Musique | 0 comments

Manu Dibango

 

 

 

 

                                                      Manu Dibango

 

 

 

Hier matin, en sortant du travail, je suis retourné devant le Panthéon. Il faisait trois degrés. J’étais retourné là car, après l’avoir plusieurs fois évoqué dans des articles précédents ( tel que Gilets jaunes, samedi 14 mars 2020 par exemple),  je voulais, cette fois-ci, silencieusement interroger ce symbole :

 

« Aux Grands hommes, La Patrie Reconnaissante »

 

J’ai à nouveau pris des photos. Puis, j’en ai profité pour aller voir du côté de Notre Dame pour laquelle des milliardaires ont été prêts à mettre la main à la poche afin de la faire reconstruire. Alors que l’on entend moins parler de ces milliardaires et de bien des célébrités quand il s’agit de réparer les hôpitaux publics.

 

 

J’avais prévu de me servir de ces photos pour illustrer un article qui devait s’appeler :

 

Le silence des organes.

 

J’ai pris des notes pour écrire cet article. Je savais qu’il serait long. J’étais inspiré.

Je pourrais encore l’écrire. Mais je me suis dit qu’il y avait d’autres priorités. Que je m’étais déjà suffisamment exprimé sur l’épidémie que nous connaissons. Qu’il me fallait revenir à d’autres sujets davantage pourvoyeurs de vie.

 

« Le silence des organes » est une expression que j’avais découverte à la fin des années 80 à l’hôpital de Nanterre qui s’appelait encore la Maison de Nanterre. Laquelle était, à ce que m’en avait dit ma mère, une ancienne prison pour femmes.

La Maison de Nanterre était aussi le « havre » de certains SDF. J’ai connu cet hôpital dès mon enfance. Ma mère y a été aide-soignante pendant des années dans un service de réanimation. Et deux de mes tantes y ont aussi travaillé.  

 

Lors d’un de nos cours, pendant mes études d’infirmier, nous avions réfléchi à la définition que nous pourrions donner au fait d’être en bonne santé. La personne qui animait le cours, ce jour-là, nous avait sorti cette expression de ses recherches. Je me rappelle de mon amie Béa, mon aînée de plusieurs années, une pointure en tant qu’infirmière, qui s’était exclamée :

« C’est fort ! ».

Le silence des organes n’a donc a priori rien à voir avec la mort. Même si on y pense très fort en ce moment et que le musicien Manu Dibango est mort aujourd’hui ou hier.  Du Coronavirus Covid-19. J’ai appris son décès tout à l’heure par hasard, sur le groupe What’s App de ma famille.

 

Il est néanmoins quelque chose de trompeur dans cette expression, «  silence des organes », pour parler du fait que l’on est en bonne santé. Car  chaque organe a son bruit spécifique lorsqu’il va bien. Par contre, son bruit se dérange lorsqu’il va mal. Rappelez-vous lorsqu’un médecin vous dit de tousser, ou de dire « 33 », vous ausculte, alors que vous le consultez parce-que vous ne vous sentez pas bien. Entendre, écouter les mouvements internes d’un corps, c’est aussi ce qui permet de savoir s’il est en « paix ».

Il en est de même lorsque l’on écoute la voix d’un proche ou d’une proche. Il nous est souvent possible de déceler si elle ou s’il est dans son assiette si l’on connaît cette personne véritablement. 

Si l’on est un peu attentif, on peut assez bien percevoir si son attitude et son regard concordent avec ses propos pour peu que cette personne soit « vraie » devant nous. Pour peu qu’elle ne porte pas un masque et ne soit pas experte dans cette grande comédie sociale qui consiste à dire que tout va bien quand ça va mal mais aussi à dire que ça va très mal alors que cela ne va pas si mal que ça.

 

Mais des organes véritablement et définitivement silencieux, à moins d’être dans un état de léthargie particulièrement complexe et indétectable, et encore !, signifient quand même notre arrêt de vie définitif. Tout au moins sous notre forme humaine habituelle. Ensuite, on peut à peu près tout concevoir. Et, c’est ainsi que je me raccroche à nouveau à Manu Dibango, décédé à 86 ans.

 

Je ne pensais pas à Manu Dibango lorsque dans un de mes récents articles, j’écrivais qu’il y avait sûrement des personnes que je « connaissais » qui allaient mourir dans l’épidémie. Pourtant, je pensais à lui depuis quelques jours.

 

Il se trouve qu’il y a bientôt deux semaines, ou un peu moins, je m’étais rendu dans un magasin afin d’aller acheter le dernier album de l’artiste de Maloya, Danyèl Waro.

 

Danyèl Waro fait actuellement partie des artistes auxquels je suis particulièrement attaché. Avec une Ann  O’Aro par exemple. Le Maloya est pour moi tellement proche du Gro-Ka, du Léwoz et du Bel-Air des Antilles qu’il a fini par me rattraper avec les années. La boite de nuit parisienne,  Le Manapany, est sans doute l’endroit où j’avais entendu du Maloya pour la première fois dans les années 90. Pourtant, j’ai oublié où elle se trouve.

 

Et, il y a quelques jours, c’est en allant acheter le dernier album de Danyèl Waro, que j’ai fini par fureter dans les rayons de disques comme lors de mon adolescence. Peut-être le jour où j’étais allé voir l’exposition de la dernière tournée de NTM – en accès libre-  sous la canopée aux Halles encore pour un jour. Exposition (du 20 février au 10 mars 2020)  dont j’avais appris l’existence par hasard ainsi que la fin le lendemain en me rendant au cinéma. En allant voir, je crois, le film L’appel de la Forêt. J’avais prévu d’écrire sur cette exposition comme sur ce film mais je ne l’ai pas encore fait.

Cette photo fait partie de celles prises par le photographe Gianni Giardinelli lors de la dernière tournée du groupe NTM. Les photos ont été exposées sous la canopée des Halles du 20 février au 10 mars 2020.

 

Dans le magasin de disques, ce jour-là, je me suis rapidement retrouvé avec plusieurs disques. Un classique. C’est pareil dans un magasin de dvds et de blu-rays. Et c’est aussi comme ça dans la librairie et la médiathèque de ma ville en temps usuel.

 

Après plusieurs hésitations et quelques écoutes, et en comparant aussi le rapport qualité/prix, j’étais reparti avec l’album de Danyèl Waro….et cette compilation de Manu Dibango.

 

Autant l’album de Danyèl Waro ne m’a pas, pour l’instant, entraîné, autant la compilation de Manu Dibango m’a rapidement plu.

 

 

 

J’avais déjà écouté du Manu Dibango, il y a plusieurs années. Je l’avais aussi vu en concert à Cergy St-Christophe, sur l’esplanade de Paris, il y a environ vingt ans, lors d’un concert gratuit. J’ai le souvenir d’un très bon concert. Un très bon bassiste figurait parmi ses musiciens.

 

Manu Dibango, Danyèl Waro, Arno et d’autres font partie de ces artistes qui sont là pour la vie. Au delà de soixante ans, on les voit sur scène avec une envie et une énergie que beaucoup ont déja perdu lorsqu’ils ont à peine passé les limites de l’adolescence. Je m’inquiète par moments de ce qu’il me reste de ce passé. 

 

Un article signé Youness Bousenna dans le Télérama de cette semaine parle du documentaire La Disgrâce  réalisé par Didier Cros. Ce documentaire passe ce soir sur France 2 à 23h40. La Disgrâce est fait du témoignage de cinq personnes dont le visage défiguré occasionne une grande souffrance personnelle. Souffrance due à la déformation de leur visage mais aussi à la violence du regard des autres.

 

Dans cet article, Youness Bousenna écrit entre-autres :

 

«  (….) Sans commentaire, le film les laisse raconter leur souffrance initiale et la violence que le regard des autres y ajoute, la tentative d’apprivoiser son visage en même temps que la solitude que celui-ci leur inflige ».

 

J’ai beaucoup aimé que Youness Bousenna me fasse entrevoir que chaque visage, déformé ou non, est une solitude.  En marge de l’article, j’ai écrit de la main gauche :

 

«  De cette solitude, certains visages émergent plus que d’autres ».

 

 

Cet article m’a rappelé le début du livre de Nina Bouraoui, Tous les hommes désirent naturellement savoir. Je savais où je l’avais rangé alors je l’ai rapidement retrouvé. C’est un livre paru en 2018 et que j’ai sûrement acheté dès sa sortie. Un de plus, parmi tous ceux que j’ai achetés, que je n’ai pas encore lus, et dont le début est :

 

«  Je me demande parmi la foule qui vient de tomber amoureux, qui vient de se faire quitter, qui est parti sans un mot, qui est heureux, malheureux, qui a peur ou avance confiant, qui attend un avenir plus clair. Je traverse la Seine, je marche avec les hommes et les femmes anonymes et pourtant ils sont mes miroirs. Nous formons un seul cœur, une seule cellule. Nous sommes vivants ».

 

Manu Dibango était un homme joyeux. En tout cas sur scène à ce que j’ai vu. Son rire grave est aussi célèbre que sa musique. Figure de Bokassa ou de Coupé-Cloué (les Antillais de plus de 50 ans sauront de qui je parle), Manu Dibango avait une stature et une autorité plus fréquentables que celle de bien des dictateurs. Je me rappelle comment il avait expliqué en rigolant que Michaël Jackson avait « oublié » de lui payer des royalties lorsqu’il avait utilisé un de ses airs de musique pour composer un de ses titres.

Je me rappelle que lors d’un festival de Jazz retransmis à la télé, Claude Nougaro s’était incliné devant Miles Davis, mon musicien préféré, alors que Manu Dibango existait de par sa seule présence. Si la musique est aussi solitude, la sienne avait émergé sans difficulté cette soirée-là comme tant d’autres fois.

 

En prenant le temps de lire la présentation de la compilation par Iain Scott, j’avais appris qu’avant d’être connu, Manu Dibango avait entre-autres joué, en France, avec Nino Ferrer mais aussi Dick Rivers et Johnny Halliday. Je suis souvent étonné par les alliances de certains artistes, que celles-ci soient musicales ou simplement amicales (telle l’amitié d’un Jacques Brel avec Johnny Halliday) comme par leur ouverture à d’autres genres musicaux. Et, question ouverture, on peut dire qu’en écoutant cette compilation de Manu Dibango, on entend aussi bien du Jazz, de l’Afro Beat, du Reggae, de la musique africaine. Et l’on comprend que le chanteur et bassiste Richard Bona (également d’origine camerounaise) lui « doit » sans doute quelque chose.

 

Concernant la version Reggae de son Soul Makossa avec le duo Robbie Shakespeare et Sly Dunbar, en l’écoutant, on pense immédiatement à Serge Gainsbourg qui avait également joué avec eux ainsi qu’avec les I-Threes « de » Bob Marley. Peu importe de savoir lequel avait eu l’idée le premier, Manu Dibango était sans frontières question création musicale. Et le Rap ne lui a pas fait peur.

 

En écoutant sa compilation, j’avais aussi beaucoup aimé sa version de A La Claire Fontaine que j’avais postée sur ma page Facebook un ou deux jours avant d’apprendre sa mort. 

J’avais aussi eu envie de savoir quand il repasserait en concert. J’avais regardé: un concert était prévu en Martinique dans quelques mois. Ça faisait déja un peu loin. 

 

Le rire de Manu Dibango est désormais entouré de silence. Mais sa musique continue de nous dire que nous sommes vivants. Et, ça, ça fait aussi beaucoup de bien à nos organes.

 

Franck Unimon, ce mardi 24 mars 2020.

 

 

 

 

 

 

 

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L’Avenir de l’Humanité

»Posted by on Mar 22, 2020 in Corona Circus, Echos Statiques, Ecologie | 2 comments

L’Avenir de l’Humanité

 

Mais qu’est-ce qu’elles ont ? Je suis étonné par le nombre de femmes que je croise dehors depuis le début du couvre-feu. 

 

Ce samedi matin, les premières personnes que je croise dans la rue en sortant  du travail  sont des femmes. Elles courent. Elles marchent. Il fait 7 degrés. La température s’est rafraîchie.

 

Hier soir, en allant au travail à nouveau à vélo, j’avais un pied posé à terre au feu rouge avant d’entrer dans la ville de Levallois lorsqu’une fusée m’a dépassé. Une femme à vélo.

En moins d’une minute, elle m’a mis cent mètres dans le regard. Une imparable application de la distanciation sociale préconisée dans notre contexte d’épidémie. Merci Madame.

 

Quelques kilomètres plus loin, j’étais sur le point d’arriver à mon travail lorsque je suis monté sur le trottoir. Par instinct, j’ai regardé sur ma gauche. Une jeune femme en cycliste, avec un fessier de pistarde, s’était mise en danseuse sur son vélo. Elle grimpait la route avec conviction. Sans casque comme la précédente.

 

En rentrant ce matin, je suis cette fois passé devant le Panthéon. Dans la rue déserte, on voyait très bien son drapeau bleu, blanc, rouge que je n’avais pas remarqué la dernière fois, la veille de la manifestation des Gilets jaunes le samedi 14 mars. ( Gilets jaunes, samedi 14 mars 2020)

 

J’ai pensé m’arrêter pour prendre une photo du Panthéon mais je l’avais déjà dépassé.  Je ne l’ai pas fait. Je voulais rejoindre ces quais de Seine où j’avais vu plusieurs fois des personnes courir. Je voulais voir jusqu’où ces quais pouvaient me rapprocher de la Place de la Concorde qui est dans ma direction pour rentrer chez moi.

En me rapprochant de ces quais,  je suis tombé sur  cette exposition de photos de femmes militant pour le respect des droits des femmes. Parmi ces photos, une de l’actrice Aïssa Maïga dont le discours aux Césars 2020 a pu déranger et déplaire. « Racialiste », « Embarrassant » ( Le discours de l’actrice Aïssa Maïga aux Césars 2020 ).

Pour un de mes amis, le discours d’Aïssa Maïga tient plus du discours « Noiriste » de l’ancien dictateur haïtien Duvalier que de celui de la Négritude de Césaire, Senghor et Damas. Je ne suis pas de l’avis de cet ami. Lui et moi en discuterons sans doute oralement après l’épidémie.

 

 

Ces photos accrochées à cet endroit, sur les grilles de l’ancien ( depuis 2016) Tribunal de Grande Instance de Paris, ont d’autant plus de force symbolique. Et sans doute encore plus, en cette période d’épidémie, de couvre-feu et de peur. Alors, je m’arrête et prends quelques photos.

L’ancien Tribunal de Grande Instance ( judiciaire) de Paris.

 

 

 

Mais comme nous sommes en plein couvre-feu et que nous sommes incités à rentrer chez nous le plus rapidement possible et à limiter nos déplacements, je n’ai pas envie de passer pour un provocateur et un irresponsable en prenant le temps de faire des photos. D’autant que derrière les grilles du Tribunal de Grande Instance, même si on ne les voit pas, il y a des policiers. Alors, je ne traîne pas.

 

Les quais que je voulais emprunter sont interdits d’accès m’indique un employé en chasuble des pieds à la tête. Il porte un masque sur le visage. Et semble un peu agacé par mon comportement. Je m’exécute. Je repars par où je suis venu.

 

Les contrôles policiers ? Je croise plusieurs fois des policiers en rentrant ce matin. Le plus souvent, en véhicules.

Hier soir , déjà, en allant au travail en quittant le Louvre. J’allais passer devant un car de police ou de CRS stationné sur le trottoir. Je me demandais si j’allais être contrôlé. Non. A la place, un jeune homme à vélo, noir, sans casque je crois, l’a été juste avant moi.

 

Ce matin, je croise même deux policiers qui marchent sur le trottoir. Je les salue de la tête en passant en sens inverse à vélo. Ils répondent à mon salut. C’est quelques kilomètres plus loin que je m’avise que l’on me voit de loin. Et que je dois, pour l’instant, transpirer le mec en règle à deux cents mètres: casque, lunettes, chasuble, sac à dos de couleur voyante, lumières la nuit. Ce matin, j’ai même pris une douche au travail avant de partir. Je sens peut-être encore un peu le savon.

 

 

En me rapprochant d’Asnières par le Bd Malesherbes, je tombe à nouveau sur l’affiche du film Brooklyn Secret dont la sortie en salles a été reportée à plus tard ( Brooklyn Secret).

 

Revoir à nouveau cette affiche dans ce contexte d’épidémie et de couvre-feu lui donne aussi d’autant plus de force symbolique. Ce que nous vivons actuellement peut ressembler en partie à ce que vit l’héroïne du film,  interprétée par Isabel Sandoval, également réalisatrice, scénariste et monteuse du film. Comme la sortie du film a été retardée, j’ai pu prendre le temps de lire que les critiques sont bonnes envers ce film. Même Première en dit du bien. « Sublime », je crois. La critique du journaliste Sorj Chalandon dans Le Canard Enchaîné  de cette semaine est également élogieuse : 

 

 

 

 

Ce matin ( hier, samedi 21 mars 2020), à voir toutes ces femmes dehors, même si depuis mon départ du travail, des hommes sont « apparus » entre-temps, je finis par me convaincre que si l’Humanité décline un jour et qu’il reste quelques survivants, il y aura assurément une ou plusieurs femmes parmi eux. L’émission Koh-Lantah nous dit peut-être cette vérité :

 

Si dans notre société et dans notre monde, les femmes sont encore autant reléguées au fond de la classe des postes de décision, c’est peut-être parce-que, dans l’Histoire, elles ont plein de fois supplanté- devancé- les hommes et que le cerveau reptilien de ceux-ci s’en souviennent.

 

Alors que je pédale, je me dis que j’ai un peu changé ces derniers temps. Je suis peut-être en train de devenir une femme. Il faudra que je m’examine.

 

( Ps :  Hier soir vers 22h, une collègue m’a appris que le jeune récemment hospitalisé dans notre service que l’on pensait peut-être positif après avoir été en contact avec une personne porteuse du coronavirus civid-19 Objectif de conscience va bien et est négatif. Cette nouvelle est rassurante. Mais il convient de rester prudent.

Un article dans le journal allemand Der Spiegel informe qu’en Allemagne le déplacement à vélo est préconisé en matière de prévention sanitaire vis-à-vis du coronavirus Covid-19. Merci à ma compagne pour m’avoir fait connaître cet article). 

 

Franck Unimon, dimanche 22 mars 2020.

 

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Une occupation invisible

»Posted by on Mar 22, 2020 in Corona Circus, Echos Statiques | 0 comments

Une occupation invisible

 

L’occupant est « partout ». Même notre parole est occupée. Si l’on présentait devant moi un groupe de personnes en me sommant de dire qui est ou n’est pas contaminé, je serais incapable de répondre. Sauf, peut-être, si on me menaçait d’être exécuté. Et encore. Ça reste à voir. Je me montrerais peut-être héroïque. Pour une fois.

 

Comme on ne sait pas qui est contaminé ou peut être contaminé par l’ennemi, cet ennemi invisible, nous devrions, nous pourrions imaginer que tout le monde autour de soi est suspect. Tout le monde. Même si on ne le sait pas. Même si on n’ose pas le dire.

 

Il a suffi de quelques jours, nous en sommes à peine à la première semaine du couvre-feu, pour que déjà, une certaine forme de paranoïa se pose parmi nous comme on peut poser chez soi du papier peint que l’on est allé acheter dans un magasin. Cette forme de parano est autant notre ennemi que ce virus. Elle, aussi, nous occupe.

Face à cela, tout le monde s’organise comme il le peut. La plupart se confinent comme cela a été indiqué par les Autorités.

D’autres prennent l’air en donnant carte blanche à leurs angoisses et à leurs peurs sur les réseaux sociaux. Tout le temps. Tout le temps. Tout le temps. Il faut bien s’occuper.

D’autres sortent malgré les consignes. Enfin, c’est ce que l’on suppose car ces personnes que l’on voit dehors, on ne les connaît pas. On les aperçoit. On ne leur parle pas. On les évite et on les juge plus vite que d’habitude. Parce-que l’on a plus peur que d’habitude, on voit des collabos, des irresponsables et des idiots partout.

 

Cette occupation est très effrayante : lorsqu’elle devient visible, il est peut-être trop tard.

 

Voici pour moi, pour l’instant, l’une des plus grandes vérités de cette épidémie :

 

Nous n’avons jamais été libres.

 

Et lorsque tout cela sera « terminé », que nous fêterons la « fin » du  couvre-feu  et de la mort, que nous pleurerons et compterons nos défunts, que nous ouvrirons nos procès pour condamner celles et ceux qui nous ont trompés, nous oublierons peut-être rapidement que nous n’avons jamais été libres. Ce sera notre façon de continuer d’accepter que notre vie est, le plus souvent, occupée.

 

Je m’attends à ce que bien des records soient battus – et sans dopage- après cette période d’enfermement et de peur. Battre des records fait aussi partie de nos tentatives afin d’essayer d’oublier- d’exorciser- le fait que nous ne sommes pas libres.

 

Cet article fait partie d’un trio. Celui-ci est le premier du trio, suivi de Objectif de conscience

puis de L’Avenir de l’Humanité.

Franck Unimon, samedi 21 mars 2020.

 

 

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