Ce n’est pas comme ça que ça marche !

» Posted by on Oct 1, 2020 in Argenteuil, Corona Circus, Echos Statiques | 0 comments

Ce n’est pas comme ça que ça marche !

 

                                       Ce n’est pas comme ça que ça marche !

« Ce n’est pas comme ça que ça marche ! ». Sur ma droite, un homme d’une trentaine d’années vient d’affirmer cette décision devant un employé de la poste. Celui-ci, son masque de protection anti-Covid sur le visage, porte des lunettes de correction comme moi. Il a environ la quarantaine, a le crâne et le visage un peu gris et dégarnis. C’est la première fois que je le vois dans cette agence de la poste. Il y a bientôt un an, maintenant, cette agence de la poste a ouvert dans le centre commercial Côté Seine d’Argenteuil. Auparavant, il y avait deux agences de la poste dans le centre ville d’Argenteuil. Une a fermé et ses locaux peuvent être loués. Pour l’instant, personne ou aucune société ne s’est montrée intéressée. L’autre agence est désormais dédiée aux rencontres avec des conseillers et n’est accessible que sur rendez-vous.

 

 Il a été décidé d’ouvrir une seule agence commerciale de la poste ( ou La Banque Postale, si l’on préfère) à Côté Seine qui compte déjà un certain nombre d’enseignes commerciales :

 

Cela va du supermarché Géant en passant par Okaïdi, Action, Gifi ( ouvert récemment), Courir, Du Pareil au même ainsi qu’une pharmacie et d’autres enseignes. Il y a bien eu un H&M où je ne suis jamais allé. Mais il a fermé. «  Trop de vols ! » m’a appris un Argenteuillais dont la famille habite dans la ville depuis au moins trois générations. Un Argenteuillais bien renseigné.

 

Je n’ai jamais aimé ce centre commercial, Côté Seine, qui, selon le reportage d’une journaliste de Télérama serait Le lieu d’attraction pour beaucoup de jeunes d’Argenteuil. Côté Seine serait selon cette journaliste un petit peu l’équivalent des Quatre Temps de la Défense pour moi, lors de leur ouverture, dans les années 80 quand j’étais ado.

 

Je conteste cette vision de la ville d’Argenteuil, une ville où je suis venu vivre il y a 13 ans.  Argenteuil  compte selon moi bien d’autres atouts que ce centre commercial.

Je vois aussi des jeunes studieux dans la médiathèque d’Argenteuil. Ainsi qu’au conservatoire. Un conservatoire départemental qui attire des jeunes d’autres villes plus « favorisées ». Encore récemment, il y a trois jours, je suis allé saluer mon ancienne prof de théâtre du conservatoire. Elle faisait passer des auditions. Et un comédien avait commencé à interpréter un passage de Richard III. En repartant, après avoir, comme le veut la tradition entre comédiens, dit « merde » et présenté mes excuses à l’interprète de Richard III, j’ai aussi croisé deux personnes qui venaient de St Denis. Assises, ces deux personnes ( une fille et un garçon qui semblaient se connaître) avaient déjà passé leur audition. 

Je sais aussi que des personnes résidant à Paris, Enghien ou Courbevoie, de quartiers et des villes mieux réputées qu’Argenteuil, ont pu venir prendre des cours au conservatoire d’Argenteuil.

 

Ce mardi, l’humoriste Haroun, est aussi venu donner un spectacle au centre culturel Le Figuier Blanc. J’y étais. Et, il y a quelques jours, mon ancienne de prof de cours de théâtre du conservatoire, Michelle Brûlé et le musicien Claude Barthélémy, avec lequel j’ai eu l’occasion de travailler en tant que comédien il y a quelques années, ont rendu un hommage à Janis Joplin et à Jimi Hendrix à la Cave Dimière d’Argenteuil. Je n’ai malheureusement pas pu y aller.

 

 

C’est donc dire que Côté Seine est loin, très très loin, d’être un des seuls attraits d’Argenteuil.

 

Mais il est vrai que ce centre commercial a un certain succès même si on y croise beaucoup moins de monde qu’aux Quatre Temps de la Défense. Il est aussi plus petit et situé dans une ville moins attractive que la Défense. Et, lorsque j’ai appris que l’antenne commerciale de la Poste allait être ouverte à Côté Seine, j’ai trouvé ça « malin » pour l’attractivité de cet espace comme pour l’accessibilité. Car Côté Seine dispose de parking sous-terrain pour sa clientèle. Ce centre commercial est aussi placé à cinq minutes à pied de la gare d’Argenteuil. Laquelle, je le rappelle (car c’est aussi un des autres très gros atouts de la ville) se trouve à 11 minutes de la gare St Lazare par train direct. Et à 17 minutes par un train omnibus. Lors des grèves de transport ou lors de la diminution du trafic pendant le confinement dû au Covid du mois de mars au mois de Mai, pour moi, vivre en banlieue dans la ville d’Argenteuil a plutôt aidé. J’ai des éléments de comparaison :

J’ai vécu une vingtaine d’années auparavant à Cergy-Pontoise. Et cela m’aurait été beaucoup plus difficile de me rendre au travail à  Paris, comme je l’ai  fait, durant la pandémie, par les transports en commun, bus inclus. D’ailleurs, lorsque je vivais à Cergy-Pontoise, je travaillais dans les environs. Je me rendais à Paris uniquement pour mes loisirs.

 

J’ai une certaine expérience de la vie en banlieue parisienne. Je n’ai même que cette expérience de vie depuis ma naissance. Je parle d’une certaine partie de la banlieue. Je suis très loin de connaître toute la banlieue parisienne. Et puis, la vie dans certaines villes de banlieue a plus changé que dans d’autres villes de banlieue depuis mon enfance.

 

Mais, ce matin, à la poste du centre commercial Côté Seine, cet homme trentenaire sur ma droite, lui,  semble avoir une très grande expérience des courriers en recommandé. Alors, lorsque l’employé de la poste qui me fait face et s’occupe de moi lui répond qu’il doit d’abord faire la queue comme tout le monde, l’homme « recommandé » riposte :

 

«  Ce n’est pas comme ça que ça marche ! ».  Et, il explique que pour envoyer un courrier en recommandé, on n’est pas obligé de faire la queue ! Alors, l’employé de la poste lui répond qu’en période de Covid, si ! C’est à lui qu’il revient de faire entrer les gens dans la poste. Et, pour l’exemple, il montre les personnes qui, derrière moi, et comme moi, ont fait et font la queue.

 

Je peux comprendre cet homme pressé. Pour avoir attendu l’ouverture de cette agence de la poste une ou deux fois, à 9 heures du matin, il peut y avoir beaucoup de monde présent. C’était déjà comme ça avec les deux bureaux de poste précédents. Là, à Côté Seine, c’est sûrement pire. Vingt  à trente minutes avant l’horaire d’ouverture, il est courant qu’il y ait foule. Alors, lorsqu’il y a moins de monde, comme c’est le cas ce matin  (vers 11 heures du matin), on n’a qu’une envie : faire ce que l’on a à faire. Sans traîner. Surtout que l’on a su nous « éduquer » pour réaliser un certain nombre de nos formalités, ou opérations, en nous adressant à des automates.  Formalités et opérations, qui, il y a dix ou vingt ans, nécessitaient le passage obligatoire par un guichet et par un être humain. Or, ce matin, un être humain, l’employé de la poste face à moi, est là pour faire barrage à un autre être humain. Et lui rappeler qu’il doit faire la queue comme tout le monde. Et attendre comme tout le monde. Même si la voie lui semble libre. Même s’il a toutes les compétences requises pour se servir tout seul de l’automate lui permettant d’affranchir son courrier pour un recommandé. Et, tout ça, à cause d’un virus:

 

Le Covid-19. Ou « la » Covid. Selon les sensibilités et les avis.

 

Mon attitude vis à vis de la pandémie a changé. Pendant quatre mois, grosso modo, j’ai été raisonnablement obsédé par le Covid. Du mois de mars jusqu’à la mi-juillet.

Parce-que, comme tout le monde, j’ai d’abord été matraqué moralement par la forte probabilité de la maladie et de la mort. Du fait des médias et de la forte « contagion émotionnelle » dont parle le Dr Judson Brewer dans son livre sur les addictions ( Le Craving). Lorsqu’il dit, par exemple, page 256 :

 

« Selon les spécialistes de sciences sociales, les émotions positives et négatives peuvent se transférer d’une personne vers les personnes voisines (c’est ce qu’on appelle la contagion émotionnelle). Si un individu manifestement de bonne humeur entre dans une pièce, les autres ont plus de chances de se sentir heureux, comme si cette émotion était contagieuse ».

 

Un peu plus tôt, toujours dans ce même livre, Judson Brewer, citant l’ouvrage de Skinner ( Walden 2), affirme, page 252 :

 

«  Il (Skinner dans son ouvrage Walden 2) souligne l’usage omniprésent de la propagande et d’autres tactiques pour canaliser les masses par la peur et l’excitation. Bien-sûr, ce sont là des exemples de renforcement positif et négatif. Quand une tactique fonctionne, elle a plus de chances d’être répétée. Par exemple, pas la peine d’aller chercher plus loin que la dernière élection présidentielle aux Etats-Unis pour voir comment un politicien exploite la peur (comportement) :

 

« Le pays est en danger ! Je rétablirai la sécurité ! ».

 

 En France, cela peut nous faire penser au titre du dernier livre de Nicolas Sarkozy, ex-Président de la République qui, visiblement, ne digère toujours pas, d’avoir raté sa réélection :

 

Le Temps des tempêtes.

 

Président de la République de 2007 à 2012, Nicolas Sarkozy ne m’a pas du tout marqué comme étant un Président de l’apaisement. Et, en 2020, il (nous) sort néanmoins un livre qui annonce le pire. Comme s’il regrettait presque de ne pas avoir assez accentué le déjà pire. Il y a presque chez lui comme une sorte de refuge mélancolique dans sa façon de refuser l’échec de sa réélection. C’est une séparation d’avec le Pouvoir dont il ne se remet pas. Alors, à défaut, il reste dans les parages car sa capacité de nuisance et son poste d’observation restent meilleurs que celui d’autres acteurs de la vie politique.

Si certains auraient voulu être un artiste, lui, aurait peut-être voulu être Poutine.

 

 

L’humoriste Haroun au centre culturel Le Figuier Blanc

 

 

 

Dans son spectacle donné ce mardi au Figuier Blanc, l’humoriste Haroun a dit à peu près :

 

« Ce n’est pas qu’aujourd’hui, l’extrême droite (et ses idées racistes) soit pire qu’avant. C’est surtout que les autres partis se sont mis à son niveau ».

 

Le titre du livre d’un Nicolas Sarkozy ou les saillies livresques ou médiatiques d’autres Personnalités donnent malheureusement raison à Haroun. Lequel, toujours ce mardi, a pu dire, je le cite, car, cette fois-ci, j’ai pu noter :

«  Ce n’est pas le monde qui va mal. C’est qu’il y a trop de cons qui vont bien ! ».

 

Notre part de connerie et de folie

 

Tout le monde sera d’accord avec cette phrase. Même les plus cons. Car  le plus difficile, après avoir admis à l’unanimité cette théorie d’Haroun, reste à faire :

 

 Savoir définir à partir de quel dosage, notre part de connerie ou notre part de folie, souvent indétectable et imprévisible, mais également infinie, peut avoir – lorsqu’elle entre en jeu – des conséquences. Notre part de connerie et de folie est rétractile. Elle peut n’être que transitoire, elle peut passer sous tous les radars (policiers mais aussi sociaux). Et aussi nous échapper.

 

Le personnage de comics, Serval (dont Black Panther est finalement la version assouplie, consciente– Black Power- et éduquée) peut contrôler jusqu’à un certain point ses griffes d’Adamantium et son agressivité. Mais, au moins pour lui, les vrais méchants sont assez facilement identifiés et identifiables.

Pour nous, simples lecteurs et simples spectateurs de comics, de films pornos ou de romances télévisées,  dans notre vie de tous les jours, c’est plus difficile de faire le tri entre les fientes que nous avalons quotidiennement. Car elles nous sont toujours présentées de façon affriolante.

 

Pour notre amateur de recommandés, peut-être que cet employé de la poste a été un « con » ou un «  méchant ». Pour moi, qui ai dû revenir à la Poste, toujours pour mon histoire de téléphone portable commandé et payé – fin août- sur le site de Darty à un de ses « vendeurs partenaires », et jamais reçu (alors que la Poste et le vendeur « partenaire » m’affirment que je l’ai reçu il y a plus de trois semaines !) cet employé de la Poste m’a donné l’impression d’être un homme à qui l’on a dû dire :

 

«  Tu seras au cœur de l’action de notre entreprise. En première ligne. C’est un rôle très important. La qualité de ton contact relationnel avec notre clientèle est déterminante. Elle sera le gage de l’image de professionnalisme et d’efficacité de la Poste. C’est donc une fonction à forte valeur ajoutée que tu occuperas ».

 

Et, à la manière d’un gardien de Foot couvrant ses cages, on peut dire que notre employé de la Poste s’est impliqué ce matin pour être à la hauteur de sa fonction.

 

Me répétant, avec conviction, que la Poste ne met pas- « C’est illégal ! »- le tampon sur le formulaire de réclamation que me demande- en Anglais- maintenant le « vendeur partenaire », photo à l’appui. Afin d’être remboursé.

 

M’affirmant que je peux faire les démarches sur internet car cela sera plus rapide. Ou me parlant (à nouveau, comme sa collègue la semaine dernière) du 36 31. Un numéro que j’ai déjà fait et où tu passes un certain temps à attendre que l’on te réponde. Même lorsque tu réussis à avoir quelqu’un en ligne, cette personne a souvent besoin d’aller se renseigner et te mets à nouveau en attente. Tout ça pour te répondre que tu as d’autres démarches supplémentaires à effectuer. Et, si tu as un mauvais karma, il arrive aussi que tu appelles- bien sûr- lorsque tous les agents sont déjà en ligne ou occupés. Ou en pause déjeuner. Voire, peut-être, ce n’est pas indiqué :

En plein Burn-out,  en train de se suicider ou en entretien où on leur apprend qu’ils vont être licenciés car ils ont de mauvais résultats ou la boite, trop peu de bénéfices.

 

Autrement, il y a les démarches par courrier me dit aussi l’employé de la Poste avant de presque me menacer :

 

 «  Mais ça prend trois mois ! ».

 

Derrière moi, quelques personnes attendent. Le jeune homme du recommandé, pas content, est resté sur ma droite. Un autre agent de la poste, essaie maintenant de le convaincre, mais cette fois, en Arabe, d’aller faire la queue. Ce qui n’a pas l’air de beaucoup marcher.

 

 

Nos plus grands accomplissements

 

Quant à moi, je comprends que mes démarches sont loin d’être terminées. Je n’ai pas vraiment compris quelle formule magique, ou plutôt quelle démarche, je dois suivre pour obtenir le remboursement et ainsi être délivré de cette entreprise, qui, parmi tant d’autres, nous prend beaucoup plus de temps et d’énergie que cela ne le devrait. Par contre, compensation, en insistant, je réussis à obtenir un nouveau formulaire de réclamation, en expliquant que j’ai « mal rempli » le précédent. Voici ce qui fait partie de nos plus grands accomplissements :

 

Réussir à boucler une démarche administrative. Obtenir un formulaire.

 

 

Je repars donc avec un nouveau formulaire. D’ailleurs, une fois que j’ai eu ce formulaire dans la main, je me suis senti mieux. Un formulaire, dans la main, c’est aussi bien que de prendre un bon anxiolytique. Après ça, j’ai été véritablement disposé pour écouter ce que l’employé me préconisait pour mes démarches. Puis, pour accepter ce qui était sa réponse depuis le début :  

 

« Ce n’est pas nous ! Allez voir ailleurs ! ».

 

Ce n’est pas nous ! Allez voir ailleurs !

 

Nous vivons beaucoup dans une époque de «  Ce n’est pas nous ! Allez voir ailleurs ! ».

Sur la chaine Cnews, ce matin, lors de ma séance kiné, j’ai de nouveau reçu la « bonne » parole du journaliste Pascal Praud. Il y a quelques jours, j’avais été étonné de voir apparaître la DRH de Charlie Hebdo à l’écran. C’était pour expliquer qu’elle avait été exfiltrée de son domicile par ses agents de protection en raison de menaces. A la suite, sans doute, de l’attentat récent près des anciens locaux de Charlie Hebdo.

Cela faisait drôle d’entendre Pascal Praud assurer la DRH de Charlie Hebdo de sa solidarité. Comme de l’entendre répéter après elle, un peu comme un écolier :

 

« Les musulmans sont les premières victimes…. » (de l’intégrisme islamiste).

 

Pascal Praud peut donc chérir les pensées d’un Eric Zemmour et penser tout à la fois que «  les musulmans sont les premières victimes » (de l’intégrisme islamiste). C’était assez irréel. Et d’assister à ça comme de voir et d’entendre la DRH de Charlie Hebdo « parler » avec Pascal Praud.

 

Ce matin, Pascal Praud, sur Cnews, a cité De Gaulle :

 

«  Des chercheurs qui cherchent, on en trouve. Des chercheurs qui trouvent, on en cherche ! ».

 

Je me suis dit que le modèle idéalisé de la France de Pascal Praud, c’est vraiment la France du passé. D’une France qu’on lui a raconté. Et avec laquelle, en 2020, il essaie de nous capter. J’aime l’Histoire et je crois beaucoup que nous avons à en apprendre. Mais, pour cela, cela commence par apprendre à écouter les autres. Je ne suis pas sûr que Pascal Praud sache tant que ça écouter les autres. Il prend peut-être un certain plaisir dans son attitude de malentendant. Car c’est un luxe de très grand privilégié que de pouvoir se dispenser d’écouter les autres. Tous les autres. Et, Pascal Praud, pour moi, fait évidemment partie des très grands privilégiés.

 

 

Ce matin, l’un des sujets abordés par Pascal Praud concerne l’allongement de la durée de réflexion, pour une femme, pour avoir droit à l’avortement. Jusque là, les femmes disposaient de 12 semaines. Cela va passer à 14 semaines. Auparavant, c’était 10 semaines.

Pour conclure le « débat », Pascal Praud a donné la parole à une journaliste du journal Le Figaro qui a récemment….accouché. Si j’ai bien compris, cette journaliste était encore en congé maternité lorsqu’elle s’est exprimée depuis chez elle. Cette façon de conclure le débat est sûrement, pour Pascal Praud, sa conception de l’élégance et du respect des femmes. De certaines femmes tout au moins. Celles qui ont le choix. Ou plus de choix que d’autres. Des femmes privilégiées ou assez privilégiées. Mais j’extrapole sûrement.

 

Car, Pascal Praud ou pas, reste cette part de connerie et de folie en nous, à laquelle, nous nous accrochons et où nous savons être très performants.

 

Nous avons cette faculté de nous en tenir à une certaine gestuelle, certaines habitudes et certaines pensées dès lors que nous les avons adoptées.

 

 

Près de la gare de Conflans Ste Honorine

 

 

Ça me rappelle un ancien patient, psychotique, que j’avais croisé il y a plusieurs années, par hasard, dans la rue, près de la gare de Conflans Ste Honorine. J’avais fait sa « connaissance » quelques jours ou quelques semaines plus tôt dans un service d’hospitalisation en psychiatrie adulte où j’avais fait un remplacement. C’était un patient dans la force de l’âge, peut-être plus grand que moi,  assez corpulent, moyennement commode. Potentiellement violent physiquement.

Lorsque je l’ai rencontré ce jour-là, près de la gare de Conflans Ste-Honorine, il allait vers la gare alors que je m’en éloignais. Mais nous étions sur le même trottoir dans cette longue ligne droite qui doit faire à peu près dans les deux cents mètres.

Manifestement lesté par un traitement antipsychotique de poids, l’homme continuait d’avancer, fixé vers un but ou une planète qu’il était seul à habiter, notre monde n’étant pour lui qu’un décorum. Je ne sais toujours pas s’il m’a vu ou reconnu lorsqu’il est passé en silence à côté de moi. C’était il y a plus de dix ans.

Je parle de cet homme car, chacun et chacune, à notre façon, nous sommes pareils que lui. Hier, en fin d’après-midi, à la gare St-Lazare, j’ai voulu prendre le train pour rentrer chez moi, à Argenteuil. Il était un peu plus de dix huit heures. En pleine heure de pointe. Un horaire où beaucoup de personnes- la majorité des personnes exerçant un emploi- ont terminé leur journée de travail et aspirent à rentrer  chez elles. Mais, comme cela a pu se passer et peut continuer de se passer dans une certaine mesure avec le Covid-19, il y avait un grain de sable.

 

 

Le train de la voie 22

 

 

Cette fois, le grain de sable était un incident technique du côté de la ville de Bois-Colombes. Plusieurs trains ne partaient pas ou ne partaient plus. D’autres ont été supprimés. A mesure que plus de personnes arrivaient à la gare St Lazare, aspirant à retourner chez elles, il y avait comme une sorte de vapeur de panique ou d’agitation qui prenait le dessus. Et j’ai vu plus de personnes affluer, voire se presser, vers un train de banlieue  en particulier. Je me suis concentré sur celui de la  voie 22 car j’ai un moment envisagé de le prendre. D’autres personnes se sont sûrement focalisées sur le train d’une autre voie et n’ont plus vu que ce train-là, « leur » train,  les autres trains alentour n’existant pas ou plus pour eux.

 

Le train de la voie 22 n’était pas encore parti.  Mais d’autres passagers continuaient de se diriger vers lui. Comme si la nécessité, pour plusieurs de ces personnes, était d’être dans ce train-là coûte que coûte. Que leur vie en dépendait ! Et que si elles échouaient à prendre ce train-là en particulier, qu’elles resteraient indéfiniment à quai dans la gare St Lazare. Et qu’il leur serait impossible de retrouver leur domicile ou de se raccrocher à leur vie d’avant l’incident technique.

 

 

A la poste ce matin, cet homme qui a affirmé «  Ce n’est pas comme ça que ça marche ! », s’est retrouvé devant un incident qui a eu la même portée pour lui que pour ces gens, qui, hier soir, ne savaient presque plus où donner de la tête à la gare St Lazare parce-que quelques trains ont été annulés ou retardés.

Hier soir, à la gare St Lazare, pourtant, il  y a bien eu les annonces répétées d’un agent ou d’une agent de la SNCF. Ces annonces ont pour but d’informer voire de rassurer les voyageurs »…. Il y a encore des améliorations à faire pour que les annonces de la SNCF soient plus rassurantes. Les informations étaient répétées en accéléré. Elles n’étaient pas toujours audibles de façon confortable d’un point de vue acoustique. Elles n’étaient pas toujours intelligibles.

 

 

Parce-que c’est comme ça que nous marchons !

 

 

 A la télé, sur les réseaux sociaux, dans les média, dans nos relations personnelles et professionnelles, il est aussi des gens qui nous « informent » et tentent de nous « rassurer ». Parmi ces gens, il y a des Pascal Praud et d’autres déclinaisons, d’autres visions et d’autres façons de raisonner comme de se comporter dans la vie de tous les jours. Il faut pouvoir s’y retrouver. Certaines personnes sont capables d’humour comme Haroun. D’autres n’ont pas cette aptitude à l’humour ou ont un humour tout à fait différent. Mais ce qui est commun à beaucoup d’entre nous, c’est qu’il suffit de nous priver- temporairement- de quelques uns de nos repères pour très vite nous agiter voire nous faire paniquer. Il suffit d’un virus et d’une pandémie. De devoir attendre quinze minutes au lieu de dix. D’un train supprimé ou retardé. Et nous, à un moment ou à un autre, nous pouvons faire une connerie. Ou  devenir fous. Parce-que c’est comme ça que nous marchons.

Qui sait ?! Cet article que j’écris est peut-être une connerie Et une folie !

 

 

Concenant le Covid-19 :

 

 

Concernant le Covid-19, j’ai arrêté de m’obséder avec lui en partant en vacances et en allant prendre l’air cet été pendant quelques jours. Bien-sûr, je porte un masque dès que je sors de chez moi. Masque avec lequel je recouvre mon nez et ma bouche. Masque que je change toutes les trois heures environ. Et je me lave les mains régulièrement.

Si je monte dans un métro, dans un bus ou dans un train bondé, hé bien, je monte dans un métro, dans un bus ou dans un train bondé.

 

Lorsque je parle de mes séances kiné, je parle de séances qui sont effectuées dans une pièce où, certes, nous sommes plusieurs patients, mais la pièce a une surface assez grande et tout le monde porte un masque. Même si, quelques uns, choisissent pour une raison ou pour une autre, de le faire glisser sous leur nez.

 

 

 Cependant, continuer de prendre les transports en commun pour aller au travail pendant le confinement pendant presque deux mois du mois de mars à début Mai m’a aussi bien aidé. D’abord sans masque puisqu’il n’y avait pas de masque disponibles jusqu’au début du mois de Mai. Pour moi, il a très vite été évident que c’était parce-que les masques étaient rares que l’on nous racontait qu’ils étaient inutiles lors de nos déplacements. 

 

S’il est vrai que le fait, aussi, de croiser très peu de monde dans les rues en pleine période de confinement (entre Mars et Mai) m’a sûrement préservé d’une contamination, cela m’a néanmoins fait beaucoup de bien de sortir et de voir qu’il était possible de sortir de chez soi et de rester vivant et en bonne santé. Malgré l’absence de masques. D’ailleurs, depuis que les masques sont devenus «abondants » et faciles à trouver, j’ai du mal à me rappeler m’être déplacé sans masque- du fait de la pénurie de masques- dans Paris pendant le confinement. Tant, aujourd’hui, « la norme » est de porter un masque. Hier soir, à la gare St Lazare, la majorité des voyageurs que j’ai vus, comme souvent, depuis que les masques sont disponibles, et depuis que le port du masque peut être contrôlé, portaient des masques.

 

 

Porter un masque en toutes circonstances est-il une arnaque ? Des personnes le pensent.

 

A titre préventif, si porter un masque me garantit d’être en santé et de protéger d’autres personnes (comme l’usage du préservatif lors d’un rapport sexuel), je considère que cela vaut le coup et le coût de porter un masque anti-Covid. Et que c’est une contrainte assez supportable même s’il est vrai que cette contrainte temporaire dure depuis maintenant un certain temps. Même s’il est assez peu «naturel » et moyennement agréable de vivre en permanence avec un masque sur le visage.  On peut et on a le droit de me voir comme un mouton et un con. Je le suis peut-être et bien davantage.

 

Mais je suis aussi soignant. Porter un masque, ne serait-ce que chirurgical, lorsque l’on est soignant (même sans travailler au bloc opératoire ou dans un service de réanimation), cela fait partie de la culture du soignant. Au même titre que d’utiliser des gants stériles ou non stériles, de porter des vêtements ou des chaussures pour des raisons sanitaires. Comme de se laver les mains régulièrement.

 

Ensuite, en parlant de culture du masque, en Asie, la culture du masque existe pour parer à la pollution ou pour raisons sanitaires. Et cette « culture du masque » me paraît justifiée.

 

 

Par ailleurs, je trouve que le port du masque nous oblige à mieux voir le regard de l’autre. A plus nous y attacher. A visage découvert, nous sommes plus facilement distraits lorsque nous avons une personne en face de nous. Nous voyons moins son regard et ce qu’il exprime. D’un point de vue sentimental, relationnel ou affectif, j’ai l’impression que si le port du masque nous retire effectivement quelque chose ( c’est quand même plus agréable de vivre à visage découvert comme de faire l’amour sans préservatif)  qu’il nous donne aussi quelque chose. Et puis, nous pouvons encore varier les attitudes. En présence de certains intimes, ou de certaines rencontres, tomber le masque a une importance particulière. Par exemple, aujourd’hui, lorsque l’on décide de se rendre au restaurant avec une personne et que l’on accepte, face à cette personne ou à ces personnes, de retirer son masque de protection anti-Covid, cela est aussi une façon de dire que l’on tient à cette ou à ces personnes comme au fait que l’on tient à vivre ce genre de moment avec cette ou ces personnes. Malgré le risque. On n’avait pas ça avant le Covid et les masques de protection. Donc, pour moi, c’est un plus.

 

 

Concernant le vaccin anti-Covid, il arrivera peut-être. Mais je n’ai pas compté sur lui. Dès le début. Et c’est encore plus vrai lorsque l’on « sait » que, malheureusement, l’industrie pharmaceutique est aussi un business. Et que, dès qu’elles le peuvent, les entreprises qui commercialisent médicaments et vaccins,  ceux qui marchent et offrent un vrai plus par rapport à ceux qui existent déjà, ne se gênent pas pour faire raquer les gens au prix fort.

 

 

La pandémie du Covid nous impose de vivre dans un monde de masques. Pourtant, j’ai l’impression, que nous vivons et nous montrons davantage à visage découvert. Avant la pandémie du Covid, nous portions bien plus de masques qu’aujourd’hui sauf qu’ils étaient invisibles ou pouvaient passer inaperçus. En quelque sorte, nous faisons à une grande échelle et en accéléré une certaine expérience de la Commedia dell’Arte.

 

 

Avec tout ça, je n’ai toujours pas écrit à propos du film de Farid Bentoumi, Rouge, qui va sortir fin novembre. Comme je n’ai pas encore pu écrire sur le dernier film de Gaspar Noé,  Lux Aeterna. Ce serait bien que je lise le livre Que Dalle consacré à Béatrice Dalle, livre que j’ai acheté à sa sortie et que je n’ai toujours par lu. Comme plein d’autres livres.

 

 

 

Franck Unimon, jeudi 1er octobre 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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