Détroits

L’exposition

»Posted by on Jan 3, 2019 in Détroits | 0 comments

L’Exposition

 

 Entre zéro et cinq degrés, parfois, dans ce passage du milieu, les ombres et les visages tombent. On les retrouve par centaines dans la poudreuse. Derrière ces pas ralliés au silex et qui, pourtant, ne feront plus d’étincelles.

Devant nous, une infanterie de dents abîmées ou disparues, identités forcées, déplacées, dont certaines en quarantaine dans les rues. Elles sifflent et répètent des noms et des mots qui les faisaient rois. Ces noms et ces mots ne sont plus que goudrons toxiques pour les poumons. Mais elles insistent jusqu’à l’incision car ils relatent ce passé qui s’éloigne et revient aussi régulièrement qu’un microsillon tient du soleil et le derviche-tourneur de la couleur. En espérant, qu’un jour, quelqu’un quelque part, les entendent et les comprennent. Même s’il sera alors sans doute trop tard et elles le savent. Comme il a été trop tard pour Pree, la fille de Charlie Parker. Pour lui un an plus tard qui avait pourtant survécu aux électrochocs contrairement à Bud Powell. Pour Basquiat qui ,écoutant Parker et Coltrane dans les années 80 tout en peignant et dessinant, peut rappeler un Denzel Washington, hors de son temps, lorsqu’il sort de plusieurs années de prison à la fin de American Gangster et bute , incrédule, sur du Rap.

 

Il est toujours trop tard. Sauf si l’on croit que les clous sont des plantes fertiles dans le bois ; qu’ils permettent aux âmes des défunts de nous entendre ; Sauf si l’anatomie a pour soi assez peu de secrets. Et que la nuit est le plus sûr contraste de ces hostilités qui nous maintiennent éveillé, brûlé par le racisme, la dureté, la vie « acci-dentée » des adultes, le présent prédateur et menteur, et que l’on dispose d’un peu de son jugement pour l’incorporer sur une toile, un mur, une porte, partout ou c’est possible et n’importe quand. L’Afrique, l’Histoire des Etats-Unis, la culture pop, les comics, les formules scientifiques, la musique, Haïti et la dictature de Papa Doc, la littérature, l’occident, les drogues, les sexualités sans frontières, la célébrité, la richesse matérielle, l’amour, la famille, Basquiat les a croisés. Ils sont là ainsi que d’autres, étendues oubliées, insoupçonnées, dans ses œuvres jusqu’au 21 janvier. Y aller, y retourner plusieurs fois si on le peut deux à trois heures durant, pourquoi pas avec sa propre musique pour les regarder de près. Ce sera toujours beaucoup mieux qu’en photo ou dans un livre.

 

Si l’on est encore frais, on pourra se rendre à l’exposition Egon Schiele – qui bénéficie également de très bons échos – se promener un peu en terrasse et apercevoir la vue sur la Défense ou sur le jardin d’acclimatation. Ou s’extasier sur la construction de la Fondation Louis Vuitton, réalisation architecturale sophistiquée à l’image d’un vaisseau en vue de promouvoir «  la vocation culturelle de la France » tel que cela nous est démontré par des maquettes et une projection.

 

On fermera les yeux sur ce commerce qui nous vend un tee-shirt « collection Jean-Michel Basquiat » 310, 50 euros, un ouvrage d’après ses cahiers «  vendu exclusivement à la libraire de la Fondation Louis Vuitton » pour 28 ou 29,90 euros ou la coque pour Iphone vendue 67, 50 euros.

On pourra ensuite rouvrir les yeux dans le jardin d’acclimatation pour prendre son temps ou pour s’en aller. Où ? Vers son identité.

 

Franck, ce jeudi 3 janvier 2019.

 

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Basquiat

»Posted by on Déc 26, 2018 in Détroits | 0 comments

Basquiat

 

 

 

 

 

La double exposition Egon Schiele/ Jean-Michel Basquiat démarrée le 3 octobre 2018 est prolongée jusqu’au 21 janvier 2019 du fait de son succès. Elle se déroule dans la Fondation Louis Vuitton. Celle-ci a été crééé dans le 16ème arrondissement de Paris, quartier bourgeois (environ trois à quatre fois le prix du mètre carré de la ville où j’habite pour rester modeste), près du jardin d’acclimatation, par le fils du milliardaire dont j’ai retranscrit quelques propos au début de mon article Privilégié( rubrique Echos statiques)

 

Pour un milliardaire, investir dans l’Art est un moyen de laisser son nom dans l’Histoire en « léguant » des œuvres ou des lieux à même de permettre de venir les découvrir et les admirer. C’est aussi un moyen légal de pratiquer l’évasion fiscale. Je l’ai appris récemment. Parce-que je suis un peu bête. En lisant cette interview (qui date d’environ six mois) du père milliardaire qui, bien que laissant son fils prendre sa relève le critique un peu en passant.

Je l’ai aussi appris en le lisant dans quelque journal :

Dans Privilégié, j’ai écrit que le mouvement des gilets jaunes – qui persiste de différentes manières- avait aussi d’autres origines que des motivations financières. Je le crois toujours. Mais les causes financières sont néanmoins bien présentes et restent les premières raisons de mécontentement pour bien des gilets jaunes. Un certain nombre de gilets jaunes – et d’autres- savent (pour le voir et le vivre) que les riches deviennent de plus en plus riches depuis vingt à trente années et que les pauvres deviennent de plus en plus pauvres. Mais aussi que les riches pratiquent de plus en plus et de mieux en mieux l’évasion fiscale. Et, ce, tandis que les pauvres et les classes moyennes doivent supporter de plus en plus d’efforts financiers. Les gilets jaunes et d’autres ont le sentiment que le résultat de leurs efforts financiers est de moins en moins visible dans cette vie qui est la leur que ce soit pour s’alimenter, pour l’accès aux soins, à une bonne offre de scolarité pour leurs enfants ou pour partir en vacances pour parler de quelques sujets prioritaires.

 

Mais ces affirmations sont insuffisantes.

 

Pour réussir dans la vie, pour espérer convaincre, il est d’usage à un moment donné de recourir à des chiffres. Seul le naïf, le privilégié fanatique ou le plus que chanceux, peut continuer de croire qu’il réussira une entreprise ou à convaincre par sa seule volonté, dès son premier essai, en s’adossant uniquement à ses bonnes intentions, sa ponctualité, ainsi qu’à la chance et au hasard. Les chiffres, les maths et les probabilités deviennent à un moment ou à un autre un passage obligé. Je dois donc, aussi, en passer par les chiffres.

 

 Le Canard Enchainé numéro 5120 de ce mercredi 19 décembre 2018 en rappelle d’abord quelques uns. Le journaliste C.L , dans son article Les géants d’Internet remercient les gilets jaunes explique pour débuter , qu’ironiquement, le mouvement des gilets jaunes a « (….) fait, sans le vouloir, les affaires des multinationales du numérique, reconnues pour leur talent à gruger le fisc ». Car, nous explique ce journaliste, à quelques semaines des fêtes de Noël, le blocage des ronds points par les gilets jaunes et la fermeture «  des magasins pour cause de manifs du samedi ont rempli les caisses des plateformes de vente en ligne comme Amazon. La colère des gilets jaunes a aussi dopé la fréquentation de Facebook, Twitter et Google ».

Pourquoi ? Parce-que le mouvement des gilets jaunes a fait parler de lui tant du côté des média que des particuliers.

Cette médiatisation a néanmoins aussi servi le mouvement ; car, comme le notait une semaine plus tôt encore dans Le Canard Enchainé du mercredi 12 décembre 2018 ( numéro 5119 ), le rédacteur en chef Erik Emptaz, dans son article Gilets sur le Feu :

Malgré les travers du mouvement des gilets jaunes ( « incapacité à se trouver des représentants crédibles et non dérapants », «  le fatras souvent contradictoire et sans cesse réalimenté de leurs revendications », le «  complotisme », « racisme », « l’antisémitisme », « l’homophobie et d’autres détestables penchants de quelques uns de leurs adhérents », «  pertes de points de croissance », «  la casse engendrée par leur venue à Paris ou leurs défilés dans d’autres villes » ) celui-ci «  En moins d’un mois, sans tête pensante et à seulement 136 000 personnes dans tout le pays dont 10 000 à Paris samedi dernier, soit un score des plus moyens s’il s’était agi des manifs sociales ordinaires, ils ( les gilets jaunes) ont réussi à obtenir plus que les syndicats en trente ans ». Or, grossièrement, on évalue à une trentaine d’années (voire une quarantaine d’années si on veut se référer à la date officielle du début de la crise économique en France et en Europe dans les années 70) la période à partir de laquelle, les acquis sociaux ont commencé à être entamés et la vie à devenir de plus en plus chère en France avec un saut dans l’hyperespace lors du passage à l’euro il y’a bientôt vingt ans.

 

Mais ce 19 décembre 2018, le journaliste C.L, dans Le Canard Enchainé , pointe le fait que malgré les succès politiques du mouvement populaire des gilets jaunes, les grosses entreprises , responsables d’une façon ou d’une autre de l’appauvrissement général, conservent une très bonne santé économique et financière. Ainsi, toujours selon C.L ce 19 décembre 2018 :

«  Amazon, qui truste en France 20% des achats en ligne, n’a payé à Bercy l’an dernier que 8 millions d’euros d’impôts. Le numéro 1 de l’e-commerce n’y est pas allé avec le dos de la souris pour minimiser son activité dans l’Hexagone : 380 millions d’euros de chiffres d’affaires déclaré, alors qu’il est, de l’avis des experts, quinze fois plus élevé, à 5,7 milliards !

Même tour de passe-passe pour Facebook, qui n’a donné au fisc que 1,9 million. Google, lui, n’a réglé que 14 millions d’euros d’impôts, sur un chiffre d’affaires annoncé de 325 millions, alors qu’il atteint presque 2 milliards. Quant à Twitter, avec une activité en France rapetissée à 12,5 millions d’euros, cinq fois moins que la réalité, il aura inscrit moins de 300 000 euros sur sa feuille d’impôts ».

Les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), rappelons-le, sont des entreprises américaines qui doivent leur réussite économique à la croissance d’internet et à tous les produits et transactions qui en découlent, sont actuellement et depuis des années les plus puissantes du monde.

 

On peut voir cet article comme la venaison et la confirmation d’un esprit gauchiste aigri et anti-américain. Puisque j’y parle assez peu de Basquiat , l’artiste-peintre, et encore moins d’Egon Schiele. Et que je vais parler, maintenant, de cet article que j’avais lu et oublié dans….le Télérama du 22 décembre 2018 au 4 janvier 2019 (c’est-à-dire en ce moment) et sur lequel je suis à nouveau tombé tout à l’heure par hasard.

Et que raconte entre-autre cet article, page 16, Le Mécénat Est-il Menacé signé Sophie Rahal ? :

 

«  (…) Mi-novembre une plainte contre X pour escroquerie et fraude fiscale a été déposée par une association anticorruption ; elle vise la Fondation Louis Vuitton. Financée par le groupe LVMH, cette institution culturelle est soupçonnée d’avoir bénéficié de la loi Aillagon pour réduire son impôt, pour un montant de 518 millions d’euros, entre 2007 et 2017. Depuis, le mécénat (surtout culturel) est sous le feu des critiques. C’est oublier qu’il permet de faire vivre de nombreux projets : création artistique, festivals, photographie…le secteur culture-patrimoine est d’ailleurs le deuxième à bénéficier du mécénat, après le social, et avant l’éducation ».

 

Et, là, je retourne à Basquiat et Egon Schiele.

 

Basquiat, pour moi, depuis une vingtaine voire une trentaine d’années, c’est un visage et un nom. Quelques photos. Je fais une courte allusion à Basquiat dans mon article (très long) Moon France.

J’ai oublié quand, pour la première fois, j’ai vu une photo de Basquiat. Lequel fait partie de ces jeunes artistes morts avant la trentaine et célébrés autant pour leur Art et leur talent que pour le fait d’être morts avant la trentaine : Jim Morrisson, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Amy Winehouse, James Dean….

 

Je connais « mieux » le travail d’Egon Schiele. Il m’est arrivé d’acheter des cartes postales reproduisant certains de ses tableaux.

 

J’avais 20 ans lorsque Basquiat est mort en 1988. Si son Art et ses messages parlaient et parlent de moi, je ne les comprenais et ne les connaissais pas. Et c’est encore le cas. Comme ce jeune que j’avais interrogé à mon arrivée il y’a 11 ans à Argenteuil. Il ne comprenait pas et ne connaissait pas ce que je lui demandais. Assez souvent, il arrive que les gens ne comprennent pas ce que je leur demande. Et, ils croient que je me fiche d’eux. Il est vrai que je peux faire de la provocation surtout avec les personnes envers lesquelles j’éprouve sympathie ou affection.

Mais Je venais par le train du centre-ville d’Argenteuil. Et, je cherchais la médiathèque du Val d’Argenteuil. Nulle provocation de ma part.

Ce jeune du quartier, qui devait avoir entre 15 et 17 ans, peut-être plus, a réfléchi quelques secondes, plutôt perplexe. J’avais 8 ou 9 ans lorsque, pour la première fois ( je l’en remercie encore), notre instituteur, Mr Pambrun de l’école primaire Robespierre, nous avait emmené à pied, la classe entière, en longeant la piscine Maurice Thorez, jusqu’à la bibliothèque de Nanterre. Presque en vis-à-vis du lycée Joliot Curie où j’allais poursuivre ma scolarité quelques années plus tard. Et à partir de cette première fois avec la classe et Mr Pambrun, régulièrement, les samedis après-midis, je retournais seul ou avec un copain pour lire des bandes dessinées et emprunter des livres. Depuis, mon attachement aux bibliothèques et aux médiathèques s’est maintenu.

 

Trente ans plus tard, notre jeune de la dalle d’Argenteuil, à peine parti, je m’étais aperçu que la médiathèque que je cherchais était à peine à vingt ou trente mètres de nous. La médiathèque, lieu de culture et de rencontres, accessible et gratuit, ne faisait par partie du plan mental du jeune que je venais de rencontrer. C’est sans doute un préjugé de ma part : mais je m’avise aujourd’hui que si je lui avais demandé où trouver du shit (PS : je ne consomme aucun stupéfiant) il m’aurait peut-être mieux renseigné.

Toujours est-il que vis-à-vis de Basquiat, avec ou sans shit, je suis à peu près dans le même état d’esprit que notre jeune rencontré ce jour-là comme je cherchais la médiathèque du Val d’Argenteuil. Regarder cette nuit le documentaire Basquiat, une vie réalisé en 2010 par Jean Michel Vecchiet m’en persuade. J’ai emprunté le dvd dans la médiathèque de ma ville.

Si la musique et certains ralentis du documentaire me semblent trop appuyés, j’en ai néanmoins un peu plus appris sur Basquiat. Celui-ci est parti de chez lui à 15 ans comme beaucoup d’artistes et de personnes qui ont vécu dans la rue et qui ont « réussi » affirme Suzanne Mallouk, une de ses ex-copines devenue psychiatre et spécialiste des addictions si j’ai bien compris. Mallouk se cite parmi ces jeunes partis de chez leurs parents à 15 ans. Ainsi que Keith Haring qu’elle et Basquiat ont côtoyé. Madonna a fait partie de leur environnement. Elle se serait rapprochée de lui par intérêt alors qu’il était bien plus « famous » qu’elle.

 

A tort peut-être, en France, je pense à Béatrice Dalle comme faisant partie de ces artistes partis de chez eux à 15 ans.

 

Voir le documentaire en Anglais sans sous-titres m’expose à certaines incompréhensions et quiproquos mais certains d’entre eux me plaisent. Par exemple, je crois d’abord qu’à évoquer Basquiat, on parle d’un « Black Panther » alors que bien-sûr, on parle de lui comme d’un « Black painter ». Mais son art militant a sûrement un rapport aussi avec un mouvement comme celui des Black Panthers. Et je ne parle pas ici du film sorti en 2018, qui a bien marché, a eu de bonnes critiques, et qui m’a moyennement plu.

 

Dans le documentaire de Vecchiet, je découvre que Basquiat a fait plusieurs séjours en Afrique : Bénin, Côte d’Ivoire. Mali ? Qu’il s’est rendu à la Nouvelle-Orléans qu’il considérait comme l’endroit du passage entre l’Europe et l’Afrique. Il était curieux de ses origines. Ces lieux m’attirent que ce soit en Afrique ou à la Nouvelle-Orléans.

A parler de la consommation des drogues de Basquiat, Suzanne Mallouk affirme que celui-ci avait d’abord pris de la marijuana, puis de l’opium et ensuite qu’il alternait entre cocaïne et héroïne. Elle insiste quant au fait que l’usage des drogues faisait partie de la culture de l’époque dans leur milieu au même titre que la consommation du LSD dans les années 70. Pour elle, Basquiat était un créatif constant (elle parle d’hypomanie créative) indépendamment de la drogue et elle estime que celle-ci rendait ses œuvres plus détaillées lorsqu’il était sous cocaïne et plus brutes sous héroïne.

 

« Offended » par le racisme des Etats-Unis, sa relation difficile avec son père, la vulnérabilité de sa mère, la célébrité a peu réconforté Basquiat. Souvent seul, finalement, Basquiat n’a pas su s’entourer lorsqu’il en aurait eu le plus besoin. En cela, il a peut-être manqué de maturité et de lucidité. Car trop tendre ( ce n’est pas une critique). Et la célébrité, la richesse matérielle et les drogues n’ont rien arrangé.

 

Lorsqu’arrive l’interview d’Agnès B, je mesure comme je suis un clone de notre jeune homme rencontré près de la médiathèque du Val d’Argenteuil en matière d’ignorance :

Elle raconte comment, dans les années 80, elle avait pu rencontrer Basquiat à New-York dans une galerie ou à une exposition et la façon dont elle avait été marquée par sa peinture. Et sa personnalité, simple, timide et sans chichis. J’aurais aimé, depuis toutes ces années, avoir eu la capacité de comprendre ou de ressentir l’œuvre de Basquiat- et d’autres- comme Agnès B et d’autres. Or, jusqu’à maintenant, l’œuvre de Basquiat a eu sur moi à peu près le même effet que la médiathèque sur ce jeune croisé. J’y suis resté étranger. Agnès B a grandi dans une famille « cultivée » mais cela est seulement une partie de l’explication.

 

 

Quelques mots sur Basquiat et , après ça, je termine cet article afin qu’il soit d’une longueur encore à peu près supportable pour le lecteur qui aura persévéré jusque là.

 

Au mieux, je crois que Basquiat m’avait marqué dans le passé car ses locks qui avaient fasciné ou séduit Agnès B et d’autres dans les années 80 m’avaient sûrement rappelé Bob Marley ainsi que David Hinds, l’un des fondateurs et meneurs du groupe Steel Pulse. Et, le Reggae comme certaines de ses figures étaient des messages et des symboles que je comprenais dans les années 80. Sa coupe de cheveux rasée peut, elle, faire penser à un Tricky avant l’heure, au mouvement punk ou peut-être à la tonsure de certains Native American. Aujourd’hui, il est courant de voir des hommes crâne rasé mais, selon mes souvenirs, dans les années 80, la norme capillaire dans le civil était d’avoir des cheveux.  Dans la vie courante, parmi les bien portants, seuls, les militaires, les moines, les punks et le skinheads, en occident ou en asie, se rasaient le crâne. Puis, des athlètes (noirs) américains ont commencé à populariser cette pratique, ou, en tout cas, à me la rendre visible.

 

Il y’a un bon mois, maintenant, une de mes collègues et moi avons discuté de l’exposition Egon Schiele/ Basquiat qui se déroule dans la fondation Louis Vuitton. Nous avions raté les offres à prix réduits proposées par le CGOS (comité de gestion des œuvres sociales) qui peut nous permettre d’avoir environ cinquante pour cent de réduction sur certains événements comme les expositions. Parce-que nous avons la chance que notre employeur nous permette de bénéficier des offres du CGOS. Mais Il n’y’avait plus de places proposées par le CGOS pour l’exposition. J’ai cru comprendre que celle-ci était complète. Et qu’il était impossible de se procurer des places.

Nous ne saurons jamais si d’autres employés comme nous se sont précipités sur cet événement ou si le CGOS disposait pour cet événement d’un nombre de places inférieur à d’autres offres.

 

Apprenant que l’exposition était prolongée jusqu’au 21 janvier 2019, du fait de son succès, je me suis décidé ce matin à aller voir s’il y’avait des places disponibles. Il en restait : 16 euros la place à plein tarif. Plus de cent francs dans l’ancien temps. En supplément, on me proposait de bénéficier de la navette afin de me rendre jusqu’à la fondation. 2 euros de plus. Soit un total de 18 euros. Dans l’ancien temps, jamais je n’aurais accepté de payer plus de cent francs pour me rendre à une exposition. Même si j’en avais eu les moyens.

 

Résumons. A 15 ans, Basquiat a quitté ses parents pour aller vivre dans la rue. Sûrement parce-que la rue lui semblait un foyer et un échappatoire plus merveilleux que ce qu’il connaissait chez lui. Il s’est d’abord fait connaître par ses dessins et ses graffitis sur les murs de la ville de Brooklyn dans les années 80. Il marchait beaucoup la nuit dans la ville. En zigzag car il avait du mal à marcher droit assure Suzanne Mallouk. Il a sûrement vécu dans des squats. A cette époque, artistiquement et culturellement, dit l’une des personnes qui témoigne dans le documentaire de Vecchiet, New York était l’équivalent de Berlin aujourd’hui. Une ville dont au moins depuis sept ans, j’ai entendu dire du bien mais où je ne suis toujours pas allé.

 

Le jour où Basquiat a vendu sa première toile en 1981, il était content : il avait empoché 200 dollars. Un an plus tard, devenu un artiste célèbre, une de ses toiles se vendait au minimum 20 000 dollars. Basquiat était devenu riche. Puis, il est mort comme un pauvre six ans plus tard. Seul avec son overdose. Sa petite amie de l’époque (qui ne témoigne pas apparemment dans le documentaire) a d’abord cru qu’il dormait.

Sa mort à peine rendue officielle, une des personnes interviewées dans le documentaire, témoigne qu’il y’a eu une forte spéculation sur les œuvres de Basquiat et que le prix de celles-ci a flambé.

Trente ans plus tard, le groupe LVMH, groupe multimilliardaire, qui fait entre-autres dans les produits de luxe, organise via sa fondation Louis Vuitton une exposition Egon Schiele/ Jean-Michel Basquiat. L’exposition est un succès. Cependant, LVMH est soupçonné d’avoir profité de la construction de la fondation Louis Vuitton pour pratiquer l’escroquerie et l’évasion fiscale. Et, il faut craindre les retombées du jugement qui sera rendu car cela pourrait avoir un effet nuisible sur la promotion de la culture.

Donc, en déboursant 16 euros tout à l’heure pour me rendre à cette exposition, je soutiens LVMH et la promotion de la culture. Tout en acceptant un effort financier supplémentaire au profit d’un milliardaire qui se contrefiche de moi et de tous les autres de mon espèce, avec ou sans gilets jaunes.

Comme Basquiat l’écrivait à côté de ses œuvres au début de sa carrière : SAMO.

Same Old Shit ! SAMO n’est pas mort contrairement à ce qu’il a voulu croire.

 

Je me contenterai quant à moi de signer simplement au bas de cet article en me convaincant que j’ai bien fait de donner 16 euros au groupe LVMH. En me disant que je vais vivre une expérience extraordinaire en me rendant à cette double exposition (où ma compagne a refusé de m’accompagner). Et, puis, avec un peu de chance, il n’y’aura pas trop de monde.

 

Etant donné que j’ai eu du mal à imprimer correctement ma place, j’espère que l’on me laissera entrer dans la fondation.

 

Franck, ce mercredi 26 décembre 2018.

 

 

 

 

 

 

 

 

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