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Argenteuil En Concert

Rhizomes : Quartier GĂ©nĂ©ral en concert Ă  la Cave DimiĂšre d’Argenteuil

A gauche, Thomas Caillou, guitare Ă©lectrique. Au centre, LeĂŻla Mendez. DerriĂšre elle, Hatice Özer. Roland Merlinc, batterie. Yael Miller et ClĂ©mence Gabrielidis. Photo©Franck.Unimon

 

Rhizomes : Quartier GĂ©nĂ©ral en concert Ă  la cave DimiĂšre d’Argenteuil

Un mois plus tĂŽt, le 29 mars, le groupe Rhizomes est passĂ© en concert Ă  la cave DimiĂšre d’Argenteuil. Il s’était associĂ© Ă  cinq chanteuses originaires de GrĂšce, d’Italie, d’Espagne, de Kabylie, de Turquie et du Maroc. Le groupe Rhizomes Ă©tant dĂ©ja pourvu de deux chanteuses (et musiciennes) originaires d’IsraĂ«l et de Tunisie, cela a dĂ©bouchĂ© sur sept chanteuses.

L’ensemble s’est appelĂ© Quartier GĂ©nĂ©ral. Deux termes masculins qui portaient en leur sein des histoires fĂ©ministes et des souhaits d’un prĂ©sent plus apaisant. Il m’a fallu du temps pour choisir ces photos et les publier. Pour que, dĂ©sormais, Ă  leur tour,  elles puissent prendre le temps de vous  parler de ce concert.

Clémence Gabrielidis et Yael Miller, assises. Debout, Baptiste Germser, basse et bugle. Photo©Franck.Unimon
Clémence Gabrielidis et Yael Miller, assises. Roland Merlinc, batterie. Baptiste Germser, basse et bugle. Photo©Franck.Unimon

 

Clémence Gabrielidis et Leïla Mendez, assises. Roland Merlinc, batterie. Baptiste Germser, basse et bugle. Yael Miller aux claviers. Photo©Franck.Unimon

 

Oum, chant, et Thomas Caillou, guitare. Photo©Franck.Unimon

 

Oum et Leïla Mendez avec Thomas Caillou, guitare, et Roland Merlinc, batterie. Photo©Franck.Unimon

 

Bianca Iannuzi, Oum, Hatice Özer et Donia Berriri. Photo©Franck.Unimon

 

Oum et Donia Berriri. Photo©Franck.Unimon

 

Leïla Mendez, Donia Berriri, Clémence Gabrielidis et Roland Merlinc, batterie. Photo©Franck.Unimon

 

Donia Berriri et Clémence Gabrielidis. Photo©Franck.Unimon

 

Donia Berriri et Clémence Gabrielidis. Photo©Franck.Unimon

 

Bianca Iannuzi, Hatice Özer, Yael Miller, LeĂŻla Mendez, Donia Berriri, ClĂ©mence Gabrielidis. Photo©Franck.Unimon

 

Donia Berriri et Clémence Gabrielidis. Photo©Franck.Unimon

 

Donia Berriri. Photo©Franck.Unimon

 

Donia Berriri. Photo©Franck.Unimon

 

Hatice Özer. Photo©Franck.Unimon

 

Bianca Iannuzi et Hatice Özer. Photo©Franck.Unimon

 

Oum, Bianca Iannuzi, Hatice Özer. Photo©Franck.Unimon

 

Oum et Bianca Iannuzi. Photo©Franck.Unimon

 

Bianca Iannuzi et Hatice Özer. Photo©Franck.Unimon

 

Thomas Caillou, Donia Berriri, Hatice Özer, Roland Merlinc et ClĂ©mence Gabrielidis. Photo©Franck.Unimon

 

Hatice Özer et Roland Merlinc. Photo©Franck.Unimon

 

Hatice Özer et Roland Merlinc. Photo©Franck.Unimon

 

Hatice Özer. Photo©Franck.Unimon

 

Hatice özer. Photo©Franck.Unimon

 

Leïla Mendez et Roland Merlinc. Photo©Franck.Unimon

 

Yael Miller. Photo©Franck.Unimon

 

Bianca Iannuzi, Hatice Özer et Thomas Caillou. Photo©Franck.Unimon

 

Bianca Iannuzi et Hatice Özer. Photo©Franck.Unimon

 

Bianca Iannuzi, Thomas Caillou, Donia Berriri, Hatice Özer et LeĂŻla Mendez. Photo©Franck.Unimon

 

Bianca Iannuzi. Photo©Franck.Unimon

 

Thomas Caillou, Donia Berriri et Bianca Iannuzi. Photo©Franck.Unimon

 

Hatice Özer, ClĂ©mence Gabrielidis, Baptiste Germser et Yael Miller. Photo©Franck.Unimon

 

Thomas Caillou et Bianca Iannuzi. Photo©Franck.Unimon

 

Bianca Iannuzi. Photo©Franck.Unimon

 

Thomas Caillou et Bianca Iannuzi. Photo©Franck.Unimon

 

Oum. Photo©Franck.Unimon

Franck Unimon, lundi 29 avril 2024. 

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Musique

Quand j’Ă©coute de la musique : Lana Del Rey

Zentone, octobre 2022. Photo©Franck.Unimon

Quand j’écoute de la musique

 

Quand j’écoute de la musique, je dois avoir Ă  peine 16 ou 17 ans tout au plus. MĂȘme si la musique (avec ou sans paroles) nous permet d’arriver Ă  divers Ăąges et Ă©poques de la vie.

Quelques fois, je repense Ă  ces moments avec des copains, voire des copines ou quel que soit notre « genre Â», nos origines culturelles, Ă©conomiques et raciales, l’Ɠuvre ou l’album de l’artiste Ă©tait un mĂ©dium qui nous permettait d’ĂȘtre ensemble, de discuter comme de nous provoquer. De nous rejeter aussi. Mais chacun existait de par son diaphragme et son domaine.

Feu Fred Rister, DJ reconnu, compositeur de plusieurs des tubes de David Guetta, coiffeur Ă  l’origine, « Ă©crit Â» dans son livre Faire danser les gens ( Paru en 2018), qu’il en Ă©tait arrivĂ© Ă  dĂ©tester tout ce qui empĂȘchait ou interdisait de danser.

Sans alerter jusqu’à la haine, je ne comprends pas que l’on puisse se passer de musique. De toutes sortes de musiques. Or, en « arrivant Ă  l’ñge adulte Â» comme l’on entrerait dans une religion ou dans une caserne stricte, en devenant des personnes « responsables Â», je constate que, peu Ă  peu, la musique a perdu de son pouvoir de rassemblement et de mouvement et que nous sommes devenus amnĂ©siques de cette expĂ©rience. Je me rappelle d’une jeune mĂšre un peu embarrassĂ©e de rĂ©pondre Ă  son fils de quatre ou cinq ans qui venait de l’interroger en public :

 Â« Non, on n’a pas dansĂ© Ă  notre mariage… ».

En « prenant » de l’ñge, la musique devient superflue car elle ne peut rĂ©soudre « nos problĂšmes ».

La musique qui se produit aujourd’hui – aprĂšs les annĂ©es de notre jeunesse – est obligatoirement de la « merde ». Ou la musique se fait territoire de retranchement ou bunker de nos souvenirs Ă  l’intĂ©rieur desquels on rĂ©siste Ă  notre dĂ©pression et nos dĂ©sillusions, seuls dans notre coin ou avec quelques « fidĂšles » qui ne nous ont pas ( encore ?) « trahis ».

Pire : La musique devient un bruit de fond comme n’importe quelle source d’images qui nous aspire et nous « aide » Ă  oublier et Ă  maquiller un peu nos fissures ainsi que toutes les menaces qui nous parviennent du monde et nous tĂ©lescopent lorsque nous  sommes chez nous.

Autrement, ĂȘtre devenus des hyperactifs ou des ĂȘtres qui accumulent jusqu’à l’excĂšs des objets qui nous survivront largement nous permet aussi de nous croire Ă  peu prĂšs Ă  l’abri et de moins ĂȘtre les cibles d’un quelconque tourment. Trois tonnes d’excrĂ©ments en haut de l’Everest, rĂ©sultat de l’alpinisme touristique depuis plusieurs annĂ©es.

Chez moi, j’ai plus de Cds, de livres et de dvds que je ne pourrai en profiter avant ma mort. Et, en ce qui concerne la musique, je continue d’aller en chercher. De façon physique et individualiste. Je me refuse Ă  me dĂ©matĂ©rialiser. Enfant, en CE2, un de mes maitres de l’école publique, nous avait fait dĂ©couvrir la mĂ©diathĂšque de notre ville. On peut emprunter beaucoup de Cds, de livres et de dvds dans les mĂ©diathĂšques. On n’est pas obligĂ© de toujours tout acheter. Et on peut mĂȘme prolonger les prĂȘts.

Je n’ai plus de contacts avec mes camarades de CE2 depuis longtemps. Je ne sais donc pas qui, dans notre classe, depuis, a continuĂ© de vivre, et comment, et de se rendre dans une mĂ©diathĂšque. Mais j’espĂšre que la musique que j’écoute inspire et inspirera ma fille.

Dans l’hĂŽpital oĂč je travaille depuis le dĂ©but de cette annĂ©e, il y a une trĂšs bonne mĂ©diathĂšque que j’ai repĂ©rĂ©e assez vite. Certains repĂšrent rapidement les points de deal de stupĂ©fiants, moi, je repĂšre les mĂ©diathĂšques.

Pochette de l’album ” Sorore” de Vitaa, Amel Bent et CamĂ©lia Jordana.

Cette semaine, j’ai rajoutĂ© huit emprunts Ă  ceux que je venais de faire prolonger Ă  la mĂ©diathĂšque de mon travail. Parmi ces emprunts, l’album Sorore ( sorti en 2021) de Vitaa, Amel Bent et CamĂ©lia Jordana ; 30 ( sorti en 2021) d’AdĂšle et Did You Know There’s a tunnel under Ocean Blvd ( sorti en 2023) de Lana Del Rey ( Parental Advisory Explicit Content).

Dans mes derniers articles, j’ai parlĂ© des concerts de PJ Harvey ( PJ Harvey Ă  l’Olympia, octobre 2023), Tricky Tricky Ă  l’Olympia ce 6 mars 2024)  et Ann ‘O’aro ( Ann O’aro au studio de l’ermitage ce 14 mars 2024). La semaine prochaine, j’ai prĂ©vu de me rendre au concert du groupe Lindigo au Cabaret Sauvage et, cet Ă©tĂ©, je me suis dĂ©cidĂ© Ă  retourner voir Massive Attack au festival Rock en Seine. Je parlerai bientĂŽt du concert du groupe Quartier Lointain que j’ai vu la semaine derniĂšre Ă  la cave DimiĂšre d’Argenteuil.

Je rĂ©pĂšte que je regrette d’avoir ratĂ© au dĂ©but de l’annĂ©e le concert de Rocio Marquez et de Bronquio.

Vitaa, Amel Bent, CamĂ©lia Jordana, Adele et Lana Del Rey ne figurent pas parmi les artistes que je citerais spontanĂ©ment si l’on me demandait ce que j’écoute comme musique ou comme artiste. Mais ces artistes ont des voix, des personnalitĂ©s, des histoires. J’ai dĂ©jĂ  entendu parler d’elles. J’ai vu quelques images de certaines d’entre elles ou ai pu Ă©couter quelques uns de leurs titres.

Hier, lors de mon premier jour de repos,  j’ai Ă©coutĂ© ces trois albums dans l’ordre comme je les ai citĂ©s. D’abord l’album Sorore de Vitaa, Amel Bent et CamĂ©lia Jordana ; puis 30 d’Adele et Did you know that there’s a tunnel under Ocean Blvd de Lana Del Rey.

Trois Françaises, une Anglaise, une Américaine.

Avant de les Ă©couter, j’avais encore tendance Ă  confondre Adele et Lana Del Rey.

Et je confondais Amel Bent avec ChimĂšne Badi.

Amel Bent, Vitaa et CamĂ©lia Jordana sur leur album ” Sorore”.

Le premier titre de Sorore ( Marine) m’a surpris et touchĂ© pour son texte sincĂšre adressĂ© Ă  la femme politique Marine Le Pen. Mais surtout pour l’hommage Ă  l’artiste Diam’s, auteure du texte, numĂ©ro 1 en France dans les annĂ©es 2000, aujourd’hui retirĂ©e du monde du spectacle. Diam’s Ă©tait une artiste que je savais trĂšs populaire lorsqu’elle chantait mais qui, pour moi, faisait partie du dĂ©cor. Je n’ai jamais pris le temps d’Ă©couter vĂ©ritablement ce qu’elle disait dans ses chansons mĂȘme s’il m’est arrivĂ©, ici ou lĂ , de glaner quelques informations.

 Je savais qu’au moins Vitaa Ă©tait une amie proche de Diam’s mais aussi que cette chanson qui doit avoir une bonne dizaine d’annĂ©es ( ou davantage) avait toute sa justification en 2021 et encore plus en 2024 :

Lorsque l’on lit que la prestigieuse famille Klarsfeld (parents et fils), aurĂ©olĂ©e de sa vie consacrĂ©e Ă  chasser des anciens nazis, affirme que, aujourd’hui, en avril 2024, « Le Rassemblement National ( de Marine Le Pen) est devenu frĂ©quentable…. ».

Dans l’album Sorore, j’ai aussi aimĂ© l’alliage rĂ©ussi des trois voix. Je connais trop peu leur signature vocale pour toujours savoir qui chante et j’imagine que c’était le but, de toute façon. J’ai aussi aimĂ© que ces trois chanteuses, qui ont du coffre, s’abstiennent des tours de chauffe et de toute compĂ©tition dans les aigus. L’écoute m’a Ă©tĂ© agrĂ©able. J’ai Ă©coutĂ© l’album deux ou trois fois de suite sans me demander des comptes.

L’album ” 30″ d’Adele.

Puis, j’ai Ă©coutĂ© 30 d’Adele et cela m’a tout de suite plu. J’en ai profitĂ© pour commencer Ă  regarder sur le net un peu plus qui Ă©tait Adele. J’ai appris que ses parents s’étaient sĂ©parĂ©s lorsqu’elle avait trois ans. Que son pĂšre, d’origine galloise, Ă©tait retournĂ© au pays. Et que sa mĂšre, entre-autre masseuse indĂ©pendante, mais aussi fabricante de meubles, avait dĂ©mĂ©nagĂ© plusieurs fois. J’ai lu que, plus tard, dans une interview, alors qu’Adele Ă©tait devenue cĂ©lĂšbre, que son pĂšre avait confiĂ© ĂȘtre « un pĂšre pourri », qu’il Ă©tait mort d’un cancer ( ou d’alcoolisme) avant ses 60 ans mais aussi qu’Adele et lui s’étaient rĂ©conciliĂ©s auparavant.

Concernant Adele, je ne sais plus si je me trompe ou si c’est pareil pour la chanteuse Taylor Swift, mais elle avait une grand-mĂšre qui chantait trĂšs bien Ă  l’église. Adele est nĂ©anmoins plutĂŽt une autodidacte avec des capacitĂ©s vocales extraordinaires. Cependant, je reste fascinĂ© par ces personnes qui se dĂ©couvrent dans leur enfance des aptitudes vocales hors normes alors que chanter, parait-il, comme le fait de rire peut-ĂȘtre ou apprendre Ă  jouer de la musique, est supposĂ© ĂȘtre un acte assez instinctif et ordinaire chez l’ĂȘtre humain. Mais il se trouve qu’il est des ĂȘtres humains qui savent chanter, faire de la musique et rire ou ont des “facilitĂ©s” pour y parvenir. Et d’autres qui savent faire ni l’un, ni l’autre ou pour lesquels tout est plus “difficile”.

A lire ou Ă©couter les histoires de ces artistes qui se rĂ©vĂšlent, on dirait grossiĂšrement qu’il suffirait Ă  certaines et certains d’avoir seulement la volontĂ©, Ă  un moment de leur vie, gĂ©nĂ©ralement dans l’enfance, voire au dĂ©but des mutations de l’adolescence, de se lancer dans la chanson ou dans la musique pour apprendre qu’ils en sont capables. Alors que d’autres, tous les autres, pour des raisons multiples et contradictoires, plus douĂ©s ou non, bien que travailleurs, se rĂ©solvent ou se rĂ©sument Ă  se taire, Ă  ĂȘtre des tĂ©moins ou des assistants, Ă  disparaĂźtre ou Ă  se perdre.

Peut-ĂȘtre que le dĂ©sespoir ressenti dans les dĂ©buts de leur carriĂšre par ces artistes qui « rĂ©ussissent » et la nĂ©cessitĂ©, pour eux, de s’en  sortir seulement au travers de leur art explique en partie cette rĂ©ussite. On chante et on fait peut-ĂȘtre d’autant « mieux » de la musique que l’on a d’autant plus peur d’ĂȘtre enfermĂ© Ă  jamais dans une boite ou une prison avant d’avoir commencĂ© Ă  vĂ©ritablement exister. Lorsque nos rĂȘves et nos idĂ©aux parviennent Ă  se hisser au dessus de l’adversitĂ© et des frontiĂšres sans que l’on se fasse briser. 

Si la peur paralyse et rend docile beaucoup d’entre nous, il en est qu’elle transforme en crĂ©atures possĂ©dĂ©es ou en volontaires tranchĂ©s dĂ©cidĂ©s Ă  tenir jusqu’Ă  ce qu’ils aient atteint leur but. Et, c’est gĂ©nĂ©ralement cette expĂ©rience que la majoritĂ© des spectateurs ou des admirateurs part chercher ou retrouver chez les artistes. Car la docilitĂ© et le dĂ©couragement, nous en avons une expĂ©rience quotidienne et sommes, pour la plupart d’entre nous, plutĂŽt des experts dans ces domaines. C’est aussi pour cela qu’on nous recrute, qu’on nous administre, qu’on nous protĂšge, qu’on nous police et qu’on nous garde.

Mais ce que je raconte Ă  propos du « dĂ©sespoir » comme l’aiguillon possible d’une carriĂšre n’est pas une science exacte. Car beaucoup ont essayĂ© et essaient de toutes leurs forces sans parvenir jusqu’à se faire connaĂźtre de nous comme il se devrait ou se pourrait. Beaucoup essaient ou ont essayĂ© et, parmi elles et eux, il y a aussi toutes celles et tous ceux qui « finissent mal » ou dissĂ©quĂ©s. Or, assez peu de monde n’a vĂ©ritablement envie de « finir mal » ou de se retrouver dissĂ©quĂ© vivant.

C’est peut-ĂȘtre pour cela, qu’en lisant la page wikipĂ©dia consacrĂ©e Ă  Adele, j’ai assez mal supportĂ© que soit plusieurs fois soulignĂ© le fait que celle-ci avait fait gagner beaucoup d’argent Ă  l’industrie musicale. C’est mon cĂŽtĂ© idĂ©aliste et adolescent qui avait repris le dessus : Pour moi, la musique a plutĂŽt Ă  voir, d’abord, avec ce que l’on a besoin d’exprimer, Ă  crĂ©er, et comment on touche le public. J’ai du mal Ă  croire qu’Adele et beaucoup d’artistes musicaux, lorsqu’ils se lancent dans la musique, aient comme but prioritaire « d’injecter », comme je l’ai lu, des millions ou des milliards de bĂ©nĂ©fices sur les comptes en banque des diffĂ©rents « acteurs » ou agents de l’industrie du disque. Ce qui impliquait que le public qui avait achetĂ© les albums d’Adele mais aussi assistĂ© Ă  ses reprĂ©sentations publiques Ă©tait avant tout considĂ©rĂ© comme un troupeau de consommateurs. Le ruminant, en moi, n’a pas aimĂ© ĂȘtre ainsi quadrillĂ© et Ă©clairĂ©.

MĂȘme si le consommateur ruminant que je suis sait aussi que -dĂšs le dĂ©part- certains artistes peuvent avoir un plan de carriĂšre, je crois encore que c’est d’abord leur particularitĂ©, leur sincĂ©ritĂ© comme le fait que le public s’identifie Ă  ce qu’ils « montrent » ou ressentent qui fait le succĂšs des artistes mais aussi leur « rencontre » avec leur public.

Car, pour moi, un artiste public est un ĂȘtre qui aspire Ă  crĂ©er et Ă  rencontrer quelqu’un d’autre ou un public, tout en cherchant Ă  gagner sa vie de cette façon me semble-t’il. MĂȘme si les rencontres que cet artiste peut faire ensuite alterne avec les extrĂȘmes. De l’exceptionnel au plus que dĂ©sobligeant.

L’album ” 30″ d’Adele.

Sur l’album d’Adele, j’ai aimĂ© My Little Love, All Night Parking ( avec Errol Garner). J’avais aimĂ© d’autres titres. J’avais Ă©tĂ© trĂšs Ă©tonnĂ© d’aimer aussi facilement autant de titres.

Mais j’ai Ă©coutĂ© l’album de Lana Del Rey, Did you know that there’s a tunnel under Ocean Blvd.

Je pourrais presque Ă©crire que j’ai fait l’erreur, ensuite, d’écouter le dernier album de Lana Del Rey. Car, Ă  partir de lĂ , j’ai eu autant de reconnaissance pour les deux prĂ©cĂ©dents albums qu’une momie peut en avoir pour l’existence.

 

L’album ” Did you know that there’s a tunnel under Ocean Blvd” de Lana Del Rey.

Le processus d’emprise ou d’hypnose sur moi par Lana Del Rey a probablement dĂ» commencer dĂšs le premier titre de son album :

The Grants.

Un titre tout simple en apparence, mĂȘme pas criard. Plaisant Ă  Ă©couter. Je n’ai pas fait attention. J’ai continuĂ©.

Qu’est-ce que je « savais Â» sur Lana Del Rey avant d’écouter cet album, son dernier Ă  ce jour ?

J’avais dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© deux ou trois de ses titres dont Blue Jeans qui doit ĂȘtre l’un des deux seuls titres ( si je ne me trompe pas) que j’ai d’elle sur un de mes baladeurs numĂ©riques. J’avais un peu entendu parler de polĂ©miques Ă  son sujet qui devaient tourner autour de sa rĂ©elle lĂ©gitimitĂ© en tant qu’artiste, je crois. Mais je n’en n’avais jamais fait une artiste Ă  Ă©couter en particulier. Lorsque la programmation du festival Rock en Seine cet Ă©tĂ© a Ă©tĂ© annoncĂ©e et que j’ai su que Lana Del Rey y serait le premier jour, Ă  aucun moment je n’ai envisagĂ© d’aller la voir sur scĂšne alors que j’aurais pu, alors, acheter une place pour ce jour-lĂ . Je ne partageais pas l’engouement qui accompagnait cette annonce :

Lana Del Rey au festival Rock En Seine !

Aujourd’hui, il est trop tard pour acheter une place pour aller voir Lana Del Rey cet Ă©tĂ©.  Il n’y a plus de places disponibles, officiellement, pour la seule date parisienne, au festival Rock en Seine, de Lana Del Rey, quatre mois avant le dĂ©but du « festival Â».

Rock en Seine Ă©tait peut-ĂȘtre un festival lorsqu’il a Ă©tĂ© crĂ©Ă© au dĂ©but des annĂ©es 2000. Mais, aujourd’hui, c’est une usine Ă  cash. Ses tarifs sont dotĂ©s du turbo. Et il existe aussi une certaine tendance Ă  la spĂ©culation. Il est probable que quelques jours avant le concert de Lana Del Rey, des places soient proposĂ©es Ă  la revente par des particuliers opportunistes deux ou trois fois la valeur initiale du prix du billet.

J’ai acceptĂ© de payer 81 euros pour aller revoir Massive Attack au festival Rock en Seine le samedi 24 aout. MĂȘme si d’autres groupes joueront aussi ce jour-lĂ . Mais si j’avais voulu « prendre » un forfait deux jours et  voir PJ Harvey le lendemain, par exemple, j’aurais dĂ» payer 135 euros. Ça paraĂźt une bonne rĂ©duction mais le tarif devient lourd d’autant que, sur place, il s’agira de consommer, d’acheter Ă  boire ou Ă  manger. Tout sera fait en consĂ©quence pour que cela arrive. Puisque, pour des « raisons de sĂ©curitĂ© », on nous interdira de nous rendre sur le site avec ceci ou cela. Lorsque l’on est jeune et ” sans charges”, on regarde peut-ĂȘtre moins Ă  la dĂ©pense. Surtout s’il est question de se rendre Ă  un festival ou Ă  un concert avec des copains et des copines et d’ĂȘtre ” avec tout le monde”. Mais lorsqu’on l’est un peu plus “vieux”, plus critique et aussi plus individualiste, on aime moins se dĂ©placer pour se faire feinter par ce genre d’entourloupe. 

NĂ©anmoins, aprĂšs ce que j’ai entendu hier, et malgrĂ© ce que je dis de l’industrie musicale, j’aurais acceptĂ© de payer 81 euros ou un peu moins de 100 euros pour aller voir Lana Del Rey (et d’autres artistes) Ă  un festival. D’autant que je sais que certaines personnes ont bien acceptĂ© de payer 3000 euros pour pouvoir assister Ă  la finale du cent mĂštres en athlĂ©tisme aux Jeux Olympiques Ă  Paris cet Ă©tĂ©. Et d’autres ont dĂ©boursĂ© 7000 euros pour pouvoir assister Ă  certaines Ă©preuves olympiques cet Ă©tĂ© en France.

L’album ” Did you know that there’s a tunnel under Ocean Blvd” de Lana Del Rey.

De telles dĂ©penses ont de quoi couper la voix. Celle de Lana Del Rey est peut-ĂȘtre plus limitĂ©e que celle qu’Adele et du trio forgĂ© par Vitaa, Amel Bent et CamĂ©lia Jordana. Mais cela ne l’empĂȘche pas de titiller nos humeurs et nos Ă©motions. Des trois albums, son album est sans doute le plus variĂ© en termes d’atmosphĂšres et de musique.

Le titre A&W en est une trĂšs bonne dĂ©monstration. Entendre ce titre en concert doit ĂȘtre assez inoubliable. Lorsque je l’ai entendu la premiĂšre fois, je l’ai d’abord pris pour une gentille ballade Ă  la guitare/piano/voix oĂč Lana Del Rey s’emploie Ă  baisser le son de sa voix le plus possible, de celle qui a vĂ©cu. MalgrĂ© les effets qu’elle met dans sa voix, j’ai eu l’impression d’avoir dĂ©jĂ  entendu ça ailleurs. Je me suis Ă©loignĂ© de quelques mĂštres. Puis, il y a eu un changement ( le titre dure 7 minutes et 14 secondes) et je me suis dit qu’il fallait que je rĂ©Ă©coute tout le dĂ©but. Oui, c’Ă©tait bien le mĂȘme morceau que j’avais commencĂ© Ă  entendre. A&W “explique” que c’est une erreur de sous-estimer Lana Del Rey.

Lana Del Rey peut autant livrer des chansons de peines de cƓur ( ou « Torch songs ») comme le font Adele, Vitaa, Amel Bent et CamĂ©lia Jordana de maniĂšre « pop » ou “sage”, dirons-nous, que dĂ©river vers le Gospel, le Blues ou le Hip Hop. Elle a certes l’avantage de la langue.

Je me suis demandĂ© si j’étais victime de cette Ă©ducation qui, en occident, nous soumet au conditionnement de la langue Anglaise. Sauf qu’Adele chante en Anglais.

C’est peut-ĂȘtre mon conditionnement Ă  la culture amĂ©ricaine, alors ?

Je crois aussi que Vitaa, Amel Bent, CamĂ©lia Jordana et Adele font « trop propres Â» sur elles. Pourtant, Adele parle de son alcoolisme par exemple et sa carriĂšre initiĂ©e avant sa majoritĂ© fait d’elle un poids lourd en matiĂšre de vĂ©cu. Et, Vitaa, Amel Bent et CamĂ©lia Jordana, sĂ©parĂ©es ou en trio ne manquent pas de vĂ©cu non plus.

Mais il y a dans la musique de Lana Del Rey un refus de la sĂ©curitĂ© qui s’infiltre et qui s’attarde. Elle m’a rappelĂ© l’actrice Nicole Kidman dans le film Paper Boy rĂ©alisĂ© par Lee Daniels en 2012. J’ai parlĂ© « d’emprise et d’hypnose Â» pour Lana Del Rey. Mais on pourrait aussi bien parler d’elle comme d’une femme des marĂ©cages qui vous retient. On ne peut pas dire d’elle :

« L’essayer, c’est l’adopter Â». Car Lana Del Rey, c’est une toile d’araignĂ©e. Et une Alien. On avance a priori facilement dans son album comme dans son antre pour ne plus avoir trĂšs envie d’en sortir.  

Si l’on compare les trois couvertures d’album, il y a aussi, chez Lana Del Rey, une trĂšs nette maitrise de l’image. J’ai lu qu’elle avait pu rĂ©aliser certains de ses clips et que certains de ses amis avaient comparĂ© son univers Ă  celui du rĂ©alisateur David Lynch. Je comprends cette comparaison. A ceci prĂšs que Lana Del Rey ne viendrait pas des films de Lynch mais attesterait par elle-mĂȘme du fait que le rĂ©alisateur, pour ses films, s’était inspirĂ© de personnes qu’il avait vĂ©ritablement rencontrĂ©es mais jamais employĂ©es comme comĂ©diens.

Sur la couverture de son album, en noir et blanc, alors que celle des albums de Vitaa, Amel Bent, CamĂ©lia Jordana et Adele est en couleur, le regard de Lana Del Rey interroge autant qu’il suggĂšre qu’elle s’ennuie. Celui d’AdĂšle semble regarder un horizon encore lointain ou qui se dĂ©robe. Dans le regard de CamĂ©lia Jordana, Vitaa et Amel Bent, je trouve de la fiertĂ© ou de la dignitĂ©, de la solidaritĂ© et de l’optimisme. On peut tout supposer d’un regard. Mais l’album de Lana Del Rey a pour titre une question contrairement aux deux autres.

Lorsque j’ai un peu essayĂ© de savoir Ă  quoi OcĂ©an Blvd faisait rĂ©fĂ©rence, en m’attendant Ă  ce qu’il me confirme qu’il s’agissait d’Hollywood, j’ai trouvĂ© que c’était le titre du deuxiĂšme album d’Eric Clapton. Il y a trĂšs vraisemblablement des explications plus Ă©videntes Ă  ce titre. Mais le peu que j’ai compris du personnage de Lana Del Rey m’indique que l’allusion au deuxiĂšme album d’Eric Clapton est aussi possible.

On a de quoi se creuser la tĂȘte avec Lana Del Rey. Mais il y a aussi son langage.

Autant, elle peut ĂȘtre assez sobre, ou d’allure enfantine, autant elle nous susurre son sexe et nous le suture dans la tĂȘte avec douceur Ă  la façon de l’épouse attentive, presque plaintive et soumise, qui nous accueillerait en nous disant :

« Je t’ai laissĂ© tranquille toute la journĂ©e, j’ai tout fait Ă  la maison. Maintenant, fais-moi jouir et rĂȘver autant que je t’ai attendu et espĂ©rĂ©. Fais en sorte que plus rien d’autre ne compte vraiment Â». 

Son “Fuck me to death and love me until I love myself” rĂ©pĂ©tĂ© au moins trois fois dans son titre Did you know that there’s a tunnel under Ocean Blvd en est un des exemples. Sauf que c’est plutĂŽt, elle, Lana Del Rey, qui nous baise jusqu’à la mort.

Quant Ă  savoir, si nous nous aimons vĂ©ritablement, personnellement, il ne nous reste, qu’à la rĂ©Ă©couter Ă  nouveau pour tenter de nous en assurer tant, avec elle, les illusions sont presque parfaites.

Franck Unimon, ce dimanche 7 avril 2024.