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La Pointe des Chùteaux, Guadeloupe, ce 25 décembre 2023.

La Pointe des Chùteaux, commune de St François, Guadeloupe, le 25 décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

La Pointe des Chùteaux, Guadeloupe, ce 24 décembre 2023.

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Enfant, lorsque nous descendions vers la station du bus 304 en passant devant le thĂ©Ăątre des Amandiers, Ă  Nanterre, il me fallait multiplier les pas pour diviser l’allure de ma mĂšre.

Je trottinais Ă  cĂŽtĂ© d’elle sans toujours connaĂźtre la destination.

Un jour, alors que nous chevauchions le macadam depuis plusieurs minutes et que nous nous rapprochions du but, la station de bus, ma mĂšre, aprĂšs m’avoir interrogĂ©, malgrĂ© mes rĂ©ponses et plusieurs hĂ©sitations, avait dĂ©cidĂ© de rebrousser chemin.

Elle n’était pas sĂ»re d’avoir bien fermĂ© le gaz dans la cuisine de notre appartement en partant. Nous avions dĂ» remonter jusqu’au sixiĂšme Ă©tage de l’immeuble.

 

Bien-sĂ»r, elle l’avait fait.

 

Enfants, nos parents sont les archers, mais aussi les cochers ainsi que les sillons de nos horizons. La cible, pour nous, et les moyens de l’atteindre, peuvent ĂȘtre assez flous. Mais nous suivons.

Quelques années et des milliers de kilomÚtres plus tard, je me retrouve ce 25 décembre 2023 avec ma mÚre ( Tuer des noix de coco ) à la Pointe des Chùteaux, en Guadeloupe.

Ma prĂ©cĂ©dente venue en Guadeloupe remontait Ă  2014 avec ma compagne et notre fille alors Ă  peine ĂągĂ©e de un an. Pour ce sĂ©jour, il m’importait de venir seul en tant que fils aĂźnĂ©. Mon pĂšre avait eu des ennuis de santĂ© assez prononcĂ©s quelques semaines plus tĂŽt. Ma mĂšre m’avait exprimĂ© son souhait que je puisse venir avant la fin de l’annĂ©e 2023.

Pour l’annĂ©e 2024, j’ai entre-autres le projet de retourner au Japon  aprĂšs mon premier sĂ©jour lĂ -bas en 1999. Et, cette fois, ce sera en bĂ©nĂ©ficiant du sĂ©jour organisĂ© par LĂ©o Tamaki, expert en AĂŻkido ( Dojo 5 , Les 24 heures du SamouraĂŻ au dojo d’Herblay ce 20 et ce 21 Mai 2023, 2Ăšme Ă©dition ), qui nous a prĂ©parĂ© des rencontres avec des Maitres d’Arts martiaux ainsi que la visite de lieux culturels Ă  forte valeur ajoutĂ©e.

Il m’Ă©tait nĂ©cessaire, mĂȘme si je retournerai bien-sĂ»r en Guadeloupe, d’aller voir mes parents avant ce nouveau voyage au Japon ainsi qu’Ă  toute autre destination oĂč je me rendrai.

Lors de ce court sĂ©jour en Guadeloupe chez mes parents que j’avais dĂ» reporter (Le mystĂšre du Covid : Covid et embolie pulmonaire) , je me suis fixĂ© deux endroits oĂč retourner :

La Pointe des Chùteaux et la plage de Raisins clairs à St François.

A la Pointe des Chùteaux, commune de St François, Guadeloupe, le 25 décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

 

Pourquoi la Pointe des ChĂąteaux et la plage de Raisins clairs ? C’est arrivĂ© comme ça.

Je dois Ă  J
ancien collĂšgue croisĂ© Ă  l’hĂŽpital de Pontoise dans les annĂ©es 90, un peu plus jeune que moi de deux ou trois ans et qui a grandi en France comme moi, de m’avoir fait dĂ©couvrir une petite partie de cette Guadeloupe touristique que j’ai longtemps mĂ©connue.

Au point de me retrouver en France dans des situations honteuses :

Je n’oublierai pas ce moment oĂč une « connaissance Â» toute contente d’apprendre que j’étais originaire de la Guadeloupe avait commencĂ©, enthousiaste, Ă  Ă©grener devant moi la liste de ces endroits magnifiques qui l’avaient Ă©merveillĂ©e durant ses vacances en Guadeloupe.

Je l’avais regardĂ©e comme un idiot censĂ© s’exprimer Ă  propos d’un tableau extraordinaire que tout le monde admire et qu’il n’a jamais vu. Ou comme un croque-mort en train d’assister Ă  l’expression exagĂ©rĂ©e d’un bon moment.

Si, quelques annĂ©es plus tard, J
m’avait quelque peu dĂ©niaisĂ©, j’avais nĂ©anmoins Ă©tĂ© surpris par la suite, en apostrophant mon pĂšre, de l’entendre se dĂ©fendre en CrĂ©ole de la façon suivante :

« Mais ce sont des endroits oĂč, mĂȘme moi, je ne suis jamais allĂ© !».

Mon pĂšre qui patrouillait sur les routes de la Guadeloupe durant deux mois, nous trimballant de temps Ă  autre sur la plage, pour rencontrer (beaucoup) de personnes dont un certain nombre  faisait mine de s’intĂ©resser Ă  nous quelques secondes ou de m’apprendre « Je t’ai vu quand tu Ă©tais tout petit
 » avant de recommencer Ă  discuter avec mon pĂšre comme si je n’avais jamais existĂ©, n’était jamais allĂ© au Saut de la LĂ©zarde !

Cela se trouve Ă  Petit-Bourg, commune oĂč il Ă©tait nĂ©, oĂč il avait grandi, oĂč il revenait passer une grande partie de ses vacances chez ses propres parents et oĂč j’avais passĂ© mes tous premiers jours de vacances en Guadeloupe en 1975.

A Ste-Rose, Guadeloupe, décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

« La Guadeloupe, c’est ton pays ! » m’avait pourtant plusieurs fois rĂ©pĂ©tĂ© mon pĂšre avant que, enfant, nous n’allions Ă  nouveau prendre l’avion avec la compagnie Air France pour deux mois de vacances estivales lors des congĂ©s bonifiĂ©s.

Entre 1975 et 1986, avec mes parents, aucun de nos sĂ©jours en Guadeloupe ne nous a menĂ© jusqu’à la Pointe des ChĂąteaux. Il est ainsi un certain nombre d’endroits plĂ©biscitĂ©s par les touristes ou les personnes un peu curieuses en Guadeloupe dont j’ai pu, parfois, entendre le nom, sans jamais y mettre les pieds.

Par contre, La plage de Raisins clairs, Ă  St François, est un de mes premiers souvenirs de plage ou peut-ĂȘtre mon premier souvenir de plage en Guadeloupe en 1975. 

Lorsque l’on vient de l’üle de la Basse Terre, comme mes parents, il faut faire un peu de route pour se rendre Ă  St François, commune situĂ©e en Grande Terre. C’est sĂ»rement possible en car mais le plus pratique reste la voiture. Il n’existe pas de ligne de RER,  de mĂ©tro,  de train ou de TGV en Guadeloupe. 

Sur le trajet, en s’approchant de la Pointe des ChĂąteaux, ce 25 dĂ©cembre 2023. Photo©Franck.Unimon

 

 Avec J, sa copine et d’autres 
nous Ă©tions partis de la commune de Morne Ă  L’eau. Ce 25 dĂ©cembre 2023, ma mĂšre et moi sommes partis de la commune de Ste Rose. C’est plus long. Une bonne heure de route. C’est peut-ĂȘtre pour cette raison que mon pĂšre a prĂ©fĂ©rĂ© rester Ă  la maison. On peut en effet avoir l’impression de partir pour le bout du monde.

Mais, cette fois-ci, pas de course-poursuite Ă  cĂŽtĂ© de maman puisque je conduis la voiture de mon pĂšre. D’ailleurs, c’est moi qui ai attendu ma mĂšre dans la voiture tandis qu’elle finissait de se prĂ©parer. Ainsi, elle a sans doute pu prendre le temps de s’assurer que le gaz Ă©tait bien fermĂ©. 

Maman, à la Pointe des Chùteaux, commune de St François, Guadeloupe, ce 25 décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

Son sac Ă  main sous le bras, alors qu’elle regarde la Croix de la Pointe des ChĂąteaux, je n’ai aucune idĂ©e de ce Ă  quoi peut bien penser ma mĂšre. Et, si je sais que l’on peut apercevoir l’üle de la DĂ©sirade, j’ignore toujours la raison de cette Croix. J’ai mĂȘme appris la veille dans un guide touristique qui date de plusieurs annĂ©es- que m’a remis ma mĂšre- que la Pointe des ChĂąteaux serait le site touristique le plus visitĂ© de la Guadeloupe avec environ 500 000 personnes par an.

Cette forte affluence cause d’ailleurs des dĂ©gĂąts Ă©cologiques. S’il y a assez peu de voitures lorsque nous nous garons et que je trouve assez facilement une place de stationnement, je suis aussi Ă©tonnĂ© de voir un ou deux guichets touristiques oĂč l’on propose des promenades en kayak ou des randonnĂ©es. Je ne me rappelle pas de ça.

Etant donnĂ© l’heure de notre arrivĂ©e, prĂšs de 13 heures, et la chaleur, je propose d’abord de nous restaurer au restaurant La Saveur du soleil que je dĂ©couvre.

Mais la cuisiniĂšre n’est pas encore arrivĂ©e ou n’est pas encore revenue. Alors, nous partons pour la Croix, ma mĂšre et moi. Et, chemin faisant, je lui porte son sac et sa bouteille d’eau minĂ©rale.

Nous avançons tranquillement. L’endroit m’attire pour sa symbolique et son point de vue.

La Pointe des Chùteaux, commune de St François, Guadeloupe, le 25 décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

Lorsque nous arrivons prĂšs de la Croix, il y a encore Ă  peine dix personnes. A l’aller comme au retour, nous y avons rencontrĂ© principalement des francophones, plutĂŽt adultes, et majoritairement blancs. Lesquels, dans leur ensemble, ont soit devancĂ© nos salutations soit nous les ont « rendues Â».

PrÚs de la Croix de la Pointe des Chùteaux, commune de St François, Guadeloupe, le 25 décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

Quelques minutes plus tard, ma mùre et moi avons l’endroit pour nous deux. Si l’on peut sans doute s’y plaire en amoureux ou en famille, ou en tant que photographe ou artiste peintre, je trouve que l’on peut aussi aimer y venir pour se recueillir.

La Pointe des Chùteaux, commune de St François, Guadeloupe, le 25 décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

Ce n’est qu’une fois en bas, que ma mĂšre m’apprendra que c’était la premiĂšre fois qu’elle montait jusqu’à la Croix de la Pointe des ChĂąteaux. Quelques annĂ©es plus tĂŽt, avec son club de randonnĂ©e, elle avait marchĂ© vingt kilomĂštres pour s’arrĂȘter au bord de la plage et apercevoir la Croix qui pointait Ă  l’horizon.

Devant moi, ce 25 dĂ©cembre 2023, ma mĂšre ne se rappelle pas la raison pour laquelle elle et son groupe de marche s’en Ă©taient tenus Ă  ce trajet. Peut-ĂȘtre que quelqu’un, dans le groupe, s’était-il soudainement rendu compte qu’il avait oubliĂ© de fermer le gaz chez lui ?

Point de vue depuis la Pointe des Chùteaux, commune de St François, Guadeloupe, le 25 décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

A notre retour de la Croix, entre-temps, la cuisiniĂšre de La Saveur du soleil a pu revenir. Nous commandons notre repas.

Si le service a Ă©tĂ© un petit peu long, j’ai Ă©tĂ© trĂšs agrĂ©ablement surpris par l’originalitĂ©, la quantitĂ© et la qualitĂ© de ce que nous avons mangĂ©. J’avais commandĂ© le dernier bokit Ă  la morue disponible. Ma mĂšre en avait pris un au poulet. Le bokit, servi Ă©galement avec une salade accompagnĂ© d’une trĂšs bonne vinaigrette, est croustillant et n’est pas en “plĂątre” ou gorgĂ© d’huile. Le poulet adressĂ© a Ă©tĂ© grillĂ© sur la braise. 

On nous a aussi servi une purĂ©e d’igname et de giraumon faite sur place. En dessert, nous avons eu une trĂšs bonne salade de fruits locale.

AprĂšs notre repas, je suis allĂ© fĂ©liciter le personnel. J’ai appris que La Saveur du Soleil existait depuis au moins une vingtaine d’annĂ©es, ouvert au dĂ©part par le pĂšre d’une des employĂ©es. Et que la carte visait Ă  essayer de renouveler la cuisine traditionnelle de la Guadeloupe.

Ensuite, nous sommes partis pour la plage de Raisins Clairs oĂč, muni d’un de mes masques d’apnĂ©e,  j’ai pu faire des bulles dans l’eau pour la premiĂšre fois depuis mon embolie pulmonaire, courant novembre.

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Franck Unimon, ce dimanche 21 janvier 2024.

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Tuer des noix de coco

La Guadeloupe, fin décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

                         Tuer des noix de coco

Depuis mon retour de Guadeloupe, j’ai l’impression d’avoir une petite vie. Ainsi qu’une petite bite. Cela a commencĂ© dans l’avion, pendant le vol du retour, alors que je voyais la Guadeloupe parcheminĂ©e et Ă©lectrifiĂ©e de lumiĂšre s’éloigner tout en bas. Je ne crois pas que partir vivre en Guadeloupe me donnerait plus de virilitĂ©.

Et, je crois ĂȘtre suffisamment immunisĂ© contre la croyance qui consisterait Ă  idĂ©aliser tout le bleu que l’on peut y trouver.

Vue depuis la Pointe des Chùteaux, commune de Saint-François, Guadeloupe, le 25 décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

Mais dans l’habitacle de l’avion suspendu dans l’air, alors que je regardais Ă  travers le hublot, je me trouvais Ă©videmment au chevet de mes pensĂ©es et de ma conscience. Dans un de ces moments, oĂč, telles des vagues, certains reflets de notre luciditĂ© nous parviennent puis repartent ou disparaissent si on les laisse faire. Si on l’accepte. Si on les rejette.

J’écris aussi pour essayer d’avoir une (plus) grande vie. Si j’ai eu l’impression d’avoir une petite vie, c’est sĂ»rement parce-que, soudainement, dans l’avion, je me suis aperçu que j’avais trop souvent pris soin de certaines conventions au dĂ©triment de mon inspiration et de mon intuition. Et, chaque fois que j’écris, j’essaie de remĂ©dier Ă  ce dĂ©tournement.

J’étais en train d’écrire, il y a quelques jours, chez mes parents, Ă  Sainte-Rose, lorsque devant le « studio » (plutĂŽt un F2 d’une bonne cinquantaine de mĂštres carrĂ©s), j’ai commencĂ© Ă  entendre un bruit rĂ©pĂ©tĂ© et plutĂŽt sec. MalgrĂ© mes dix sĂ©jours ici depuis mes sept ans, entre 1975 et 2023, je n’ai pas identifiĂ© ce bruit.

Citadin nĂ© et Ă©duquĂ© en rĂ©gion parisienne, je suis ce que mes compatriotes peuvent appeler un Moun Frans’ (  terme plutĂŽt mĂ©prisant au dĂ©part pour dĂ©signer celle ou celui qui est nĂ©(e)ou qui a Ă©tĂ© “fait(e)” en France ). J’avais sept ans la premiĂšre fois qu’en colĂšre, une mĂšre, Ă  Morne-Bourg, m’avait traitĂ© de Moun Frans’ pour une maladresse que j’avais dĂ» faire.

Depuis, j’ai transformĂ© cette expression de Moun Frans’…en Moon France. Cet article est dans la catĂ©gorie Moon France et Voyage de mon blog.  

Mais il y a aussi l’expression ” C’est un bounty ! ” que m’avait apprise un collĂšgue d’origine guyanaise. Aucun rapport avec les rĂ©voltĂ©s du Bounty. Le ou la bounty, c’est celle ou celui qui ne connaĂźt pas son pays ( ici, la Guadeloupe) :

Noir(e) Ă  l’extĂ©rieur et blanc/che Ă  l’intĂ©rieur. Une vraie lessive. Plus blanc/che que blanc/che.

Il y a aussi l’expression NĂ©gropolitain. Celui-ci n’a rien Ă  voir avec le Napolitain.

Il y a quelques jours, donc, alors que j’Ă©tais encore en Guadeloupe chez mes parents, le  Moun Frans’/ bounty/ nĂ©gropolitain que je suis qui Ă©tait occupĂ© Ă  Ă©crire sur son ordinateur portable a voulu, une fois de plus, en savoir plus. 

J’ai ouvert les portes en bois du studio.

C’était ma mĂšre, 75 ans, debout en haut d’un escabeau, son sabre (une machette) Ă  la main. Elle finissait de tuer (cueillir) une grappe de noix de coco. Mais aussi de nettoyer l’arbre.

Chez mes parents, fin dĂ©cembre 2023. On aperçoit sur la gauche l’arme du “crime” qui a servi Ă  tuer les noix de coco. Photo©Franck.Unimon

Je suis allĂ© la rejoindre. A peine trois mĂštres nous sĂ©paraient. J’étais restĂ© sur l’idĂ©e, dont elle m’avait informĂ© la veille, que ce matin, elle partirait faire de la marche Ă  5h30. J’avais oubliĂ© cette histoire de noix de coco dont elle m’avait parlĂ© un ou deux jours plus tĂŽt.

Ma mĂšre n’avait pas encore pris son petit-dĂ©jeuner tout comme moi. Dans la brouette se trouvaient une dizaine de noix de coco et une grappe de bananes poyo.

Les victimes vues de plus prÚs, fin décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

Elle est partie chercher des feuilles de patchouli. Et, en se servant d’eau de pluie qu’elle avait versĂ©e dans un seau, elle a lavĂ© les noix de coco « Car les rats montent dans l’arbre Â» m’a-t’elle expliquĂ©.

Alors qu’elle s’activait, debout et courbĂ©e devant moi, je lui ai demandĂ© :

« Tu ne t’assieds pas ?! Â».

Tout en continuant, elle m’a rĂ©pondu :

« Le banc est lĂ  -haut, dans la maison. De toute façon, je n’en n’ai pas pour longtemps
 Â». 

« Moi, aussi, je n’en n’ai pas pour longtemps
 Â». Je suis parti lui chercher le banc. Ma mĂšre s’est assise dessus sans rien dire avec un certain soulagement.

Nous avons continuĂ© de discuter tandis qu’elle s’affairait. L’aider ? Je l’aurais plutĂŽt ralentie.

Ensuite, ma mĂšre m’a montrĂ© des pieds de patchouli, de dafalgan, d’efferalgan. Je les ai sentis pour essayer de les retenir dans ma mĂ©moire.

En 2023, on opposait et on classifiait gĂ©nĂ©ralement les gens selon leur rĂ©ussite sociale et Ă©conomique, leurs caractĂ©ristiques culturelles, physiques et personnelles ou d’aprĂšs la plaque d’immatriculation de leur vĂ©hicule.

En 2024, ce sera identique.

Nous nous imprĂ©gnons tous des conventions que nous apprenons et voyons dans l’environnement dans lequel nous grandissons. Cela nous influence et contribue Ă  faire de nous, quel que soit notre Pouvoir et notre Savoir, des ĂȘtres plus ou moins performants, plus ou moins adĂ©quats, plus ou moins dĂ©sirables et plus ou moins heureux.

Maman, à la Pointe des Chùteaux, le 25 décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

Ma mĂšre, aide-soignante en rĂ©animation pendant des annĂ©es en rĂ©gion parisienne – jusqu’à son dĂ©part en prĂ©-retraite en 1999- a vĂ©cu en France un peu plus de trente ans tout comme mon pĂšre. Tous deux avaient une vingtaine d’annĂ©es lorsqu’ils ont quittĂ© leur Guadeloupe natale Ă  la fin des annĂ©es 60.

Ces gestes qu’elle a accomplis pratiquement devant moi, tuer des noix de cocos, les laver, elle ne les a pas appris à Sciences Po. Elle les avait appris bien avant que je n’entende ces mots de Sciences Po pour la premiùre fois.

Jamais, en France, je n’ai vu ma mĂšre et mon pĂšre tuer des noix de coco. Que ce soit devant notre immeuble HLM ou dans le jardin de ce pavillon de banlieue qu’ils avaient fini par acheter Ă  crĂ©dit Ă  Cergy-Pontoise au milieu des annĂ©es 80 en s’éloignant de trente kilomĂštres de la ville de Nanterre oĂč ils avaient continuĂ© de travailler. Elle, Ă  l’hĂŽpital et lui Ă  la Poste.

J’ai demandĂ© Ă  ma mĂšre :

– Qui t’a appris Ă  faire ça ? ».

– Je ne sais pas. Un frĂšre ou ma mĂšre. J’ai dĂ» voir faire quelqu’un. Quand tu vois faire, ensuite, tu essaies de faire pareil
..

– Tu avais quel Ăąge quand tu as appris ça ? .

– J’étais jeune
je devais avoir 10-12 ans
..

 

Ce que j’ai appris et ce que j’apprends me permet de l’écrire quand j’y pense. Mais pas toujours de l’appliquer ou de le vivre. EduquĂ© ou bien Ă©duquĂ©, je pourrai sans doute parler du livre Une soudaine libertĂ© de Thomas Chatterton Williams ou de Le CƓur sur la table de Victoire Tuaillon, le livre que j’ai le plus offert Ă  la fin de cette annĂ©e 2023. Mais cela ne me permettra pas de connaĂźtre l’usage d’un sabre et de tuer des noix de coco comme ma mĂšre ou mon pĂšre.

Bien-sĂ»r, par chez moi, en rĂ©gion parisienne et lĂ  oĂč je rĂ©side principalement, les cocotiers, s’il y en a, savent se tenir Ă  distance  de la connaissance et de la vue telles ces crĂ©atures fantastiques ou lĂ©gendaires dont on peut entendre parler.

Aussi, je n’ai pas une grande nĂ©cessitĂ© a priori Ă  apprendre Ă  me servir de cette machette fabriquĂ©e au BrĂ©sil (j’ai regardĂ©) utilisĂ©e par ma mĂšre afin de tuer des noix de coco.

On ne brille pas dans les soirĂ©es, sur une piste de danse, sur un plateau tĂ©lĂ© ou lors d’un casting en sachant tuer des noix de coco. On ne serre pas plus de meufs ou de mecs sur Insta, au travail ou Ă  un barbecue en rĂ©gion parisienne ou dans une autre ville de France parce-que l’on sait faire pousser des ignames jaunes, occire un cochon comme un de mes oncles paternels et faire du boudin avec.

Ces Savoirs ont par contre toute leur importance Ă  la campagne, en Guadeloupe et ailleurs, lorsque la recherche de la survie est au menu dans un milieu naturel, lors d’une guerre ou d’une catastrophe ou dans des Ă©missions ou des films grand public tels que Koh-Lantah ou Hunger Games. Ou lorsque des touristes ou des voyageurs sont de passage et viennent dĂ©couvrir « autre chose» qui les dĂ©payse. 

Sauf que chaque Savoir est entouré de ses croyances et de ses valeurs. De ses codes et de sa langue ou de son langage. Mais aussi de ses hameçons.

On peut se marrer devant certaines de ces croyances et de ces valeurs ou avoir du mal Ă  les avaler mais il me semble pourtant que c’est comme ça dans chaque rĂ©gion du monde, dans chaque microcosme, aujourd’hui comme demain.

ImprĂ©gnĂ© des valeurs et des croyances campagnardes et traditionnelles de ma famille aussi bien paternelle que maternelle, mĂȘme sans avoir jamais essayĂ© de faire pousser un igname ou de tuer une noix de coco, j’ai Ă©tĂ© formĂ© puis influencĂ© par elles lors de mes voyages et de mes rencontres depuis des annĂ©es.

Pour le meilleur et aussi pour le pire :

Il m’est arrivĂ© d’ĂȘtre mal inspirĂ© dans mes rencontres personnelles et intimes. Amicales comme amoureuses. Mais aussi pour prendre certaines dĂ©cisions de tout ordre.

Et, en buvant ce matin-lĂ , Ă  jeun, avant mon petit-dĂ©jeuner, l’eau d’une des noix de coco que ma mĂšre m’a ensuite tendu, puis en mangeant ensuite avec plaisir le lait qu’elle avait retirĂ© de plusieurs de ces noix de coco, j’ai, sans mĂȘme y penser, comme des milliards d’ĂȘtres humains en ce dĂ©but d’annĂ©e, renouvelĂ© le pacte qui me liait Ă  mes parents et Ă  mes origines familiales. 

Parce-que c’est d’abord eux qui m’ont appris ou montrĂ© comment vivre.

Ensuite, il faut grandir. Apprendre à lire et à ajuster ce que l’on a reçu.

Savoir transposer lĂ  oĂč l’on est ce que nos parents- et nos maitres comme nos modĂšles- nous ont appris et montrĂ© en se taillant si possible une vie sur mesure qui, d’une part, les rassure, mais aussi, nous permet les meilleures aventures.

Vue depuis la Pointe des Chùteaux, le 25 décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

Franck Unimon, ce lundi 1er janvier 2024.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les Portes ouvertes des Frigos de Paris ce dimanche 22 Mai 2022

Devant les Frigos, le 12 Mai 2022. ©Franck.Unimon

 

Les Frigos, ce 12 Mai 2022. ©Franck.Unimon

 

Les Frigos, le 12 Mai 2022. ©Franck.Unimon

 

 

Les Frigos, le 12 Mai 2022. ©Franck.Unimon

 

 

Les Frigos, le 12 Mai 2022. ©Franck.Unimon

 

 

Les Frigos, le 12 Mai 2022. ©Franck.Unimon

 

 

 

Les Frigos, ce dimanche 22 Mai 2022 vers 18h. ©Franck.Unimon

 

 

 

Les Portes ouvertes des Frigos ce dimanche 22 Mai 2022

Un des documents affichĂ©s que l’on peut voir Ă  un des Ă©tages des Frigos ce dimanche 22 Mai 2022.

 

 

Pareil au document ci-dessus.

 

 

Idem.

 

 

Idem. Je confirme le fait que ce lieu est trÚs cinématographique.

 

Je suis retournĂ© aux anciens Frigos de Paris, dans le 13Ăšme arrondissement de Paris, ce dimanche 22 Mai 2022 parce-que, quelques jours plus tĂŽt, le 12 Mai, j’ai ratĂ© un bus.

 

Et que j’ai pris le suivant avec B
 un des artistes rĂ©sidents depuis une vingtaine d’annĂ©es. AprĂšs son pĂšre. Lequel B… m’a parlĂ© de ces portes ouvertes du 21 et du 22 Mai 2022.

 

J’étais venu la premiĂšre fois aux Frigos au dĂ©but des annĂ©es 90. Un camarade de la Fac de Nanterre m’avait parlĂ© de ses studios de rĂ©pĂ©tition de musique. Un camarade plutĂŽt sympathique mais aussi Ă©tonnant, peut-ĂȘtre mythomane. NĂ©anmoins, ce qu’il m’avait dit des Frigos m’avait donnĂ© envie d’y aller.

 

La ligne 14, ce dimanche 22 Mai 2022. ©Franck.Unimon

 

J’habitais encore Ă  Cergy-Pontoise. J’étais descendu Ă  la station de mĂ©tro du Quai de la gare. La ligne 14 du mĂ©tro n’existait pas. Les lieux m’avaient Ă©patĂ© avec leurs grosses portes de frigo. Leur atmosphĂšre. J’avais trouvĂ© un lieu qui sortait des contours de l’ordinaire. Je m’étais alors senti moins lisse, moins scolaire. MĂȘme si je ne savais pas quoi faire de cette « dĂ©couverte Â» qui n’en n’était pas une pour d’autres.

 

NĂ©anmoins, content de moi, j’y avais emmenĂ© ma copine de l’époque. Laquelle, intimidĂ©e, m’avait dit :

 

« C’est bon, tu as rĂ©ussi ton coup. Ça me fait peur. Maintenons, partons ! Â». C’était en 1992 ou en 1993.

 

Puis, il y a un peu plus de cinq ans, je me suis approchĂ© Ă  nouveau des anciens Frigos de Paris. Lesquels, entretemps, m’avaient semblĂ© plus inaccessibles qu’au dĂ©but des annĂ©es 1990.

 

Sauf lorsque j’avais appris que StĂ©phane Bourgoin, alors encore spĂ©cialiste français incontournable des tueurs en sĂ©rie (en 2020, il fut confondu pour plusieurs de ses mensonges ) y organisait, sous les voutes, prĂšs des anciens Frigos de Paris, un Ă©vĂ©nement relatif Ă  ce sujet. 

C’était aprĂšs la parution du livre UtΞya, en 2013, de Laurent Obertone « consacrĂ© Â» Ă  la  tuerie de masse commise en NorvĂšge, Ă  Oslo et sur l’üle d’UtΞya, par Anders Breivik en 2011. Je me rappelle de StĂ©phane Bourgoin Ă©voquant ce livre devant moi avec un certain enthousiasme et de mon embarras : je ne l’avais pas lu malgrĂ© mon “intĂ©rĂȘt” pour la criminologie et alors que je l’avais interviewĂ© (StĂ©phane Bourgoin) deux fois deux ou trois ans plus tĂŽt.

 

J’avais trouvĂ© les salles des voutes des anciens Frigos de Paris trĂšs bien ajustĂ©es Ă  l’Ă©vĂ©nement, question ambiance. Une nuit cinĂ©ma y avait mĂȘme Ă©tĂ© organisĂ©e. Durant l’une des journĂ©es de cet Ă©vĂ©nement consacrĂ© aux tueurs en sĂ©rie, je me rappelle de certains intervenants, dont un magistrat. Et d’un inspecteur de police qui avait croisĂ© Richard Durn, auteur de la tuerie de la mairie de Nanterre, lors d’un conseil municipal,  aprĂšs son arrestation. J’avais connu Richard Durn au lycĂ©e de Nanterre et j’avais passĂ© quelques moments avec lui. Je me souviens assez bien de lui. ( Au LycĂ©e ).

Dans les voutes proches des frigos, des livres et des bandes dessinĂ©es avaient Ă©galement Ă©tĂ© mis en vente avec possibilitĂ© de dĂ©dicace. Dont Mon ami Dahmer de Derf Backderf. Cela devait ĂȘtre en 2013 ou 2014.

Pour un peu toutes ces raisons, retourner ce dimanche 22 Mai 2022 aux anciens Frigos, revenait aussi à retourner dans mon passé.

 

 

Plusieurs des artistes rencontrĂ©s, visitĂ©s, ce dimanche, Ă©taient dĂ©ja rĂ©sidents aux Frigos lors de ma premiĂšre venue au dĂ©but des annĂ©es 90. C’est en discutant un peu avec eux que je l’ai appris. Car ce dimanche 22 Mai, pas de tueur en sĂ©rie ou d’odeur de poudre lorsque j’arrive. Une ambiance agrĂ©able. Plusieurs personnes sont attablĂ©es, dehors, dans la cour intĂ©rieure pavĂ©e et prennent un verre. Mais je ne peux pas m’asseoir avec elles. Puisque j’arrive plus tard que prĂ©vu et je ne sais pas combien de temps il me reste pour “entrer” dans les Frigos. En passant, je vois que j’ai ratĂ© un concert de Rap mais aussi une prestation de poĂ©sie.

Si le public que j’aperçois est assez fĂ©minin, on vient aussi Ă  ces portes ouvertes en famille. La veille, je suis allĂ© au Survival Expo Paris 2022. Ce qui m’a amenĂ© Ă  venir seulement ce dimanche.J’ai envisagĂ© de venir le matin avec ma fille mais les devoirs pour l’Ă©cole ont pris plus de temps que prĂ©vu. Et puis, je me suis demandĂ© si cet endroit lui conviendrait. Oui, il aurait pu convenir car j’ai croisĂ© quelques parents avec leurs enfants.

J’arrive sur la fin de ces portes ouvertes. Il est prĂšs de 18h et j’ai le plaisir d’apprendre que cela se terminera Ă  20H. J’apprĂ©hendais que cela ne s’arrĂȘte plus tĂŽt.

 

Si je passe d’abord par le premier et le second Ă©tage, j’opte ensuite assez rapidement pour monter (par les escaliers, plutĂŽt que par l’ascenseur qui fonctionne) le plus haut possible. Au 4Ăšme et au 5Ăšme Ă©tage.

 

Comme il y a un peu de visiteurs et qu’il fait beau, au mois de Mai, je ne ressens pas cette atmosphĂšre inquiĂ©tante que j’avais trouvĂ©e la premiĂšre fois oĂč il faisait sombre ou nuit, alors que pas grand monde ne circulait dans les escaliers et les couloirs.

Les photos qui arrivent ne suivront pas toujours avec exactitude la chronologie de ma visite ce dimanche 22 Mai 2022. 

 

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Ici, j’ai reçu gracieusement des conseils concernant le montage. ©Franck.Unimon

 

©Franck.Unimon. La suite de la photo prĂ©cĂ©dente. On peut voir qu’il est alors 18H50. Il reste un peu plus d’un heure. Il y a 5 Ă©tages Ă  monter ( je me suis passĂ© de l’ascenseur) et je ne sais pas combien d’ateliers sont ouverts.

 

 

 

L’artiste Marquat, peintre et sculpteur. ©Franck.Unimon

 

 

Sculptrice, cĂ©ramiste, peintre, Isabelle Mouedeb est Ă©galement art-thĂ©rapeute et pĂ©dagogue. J’ai Ă©tĂ© particuliĂšrement attirĂ© par ses sculptures en cĂ©ramique pour lesquelles elle utilise ” deux techniques principales : le raku et l’enfumage. Sur un prospectus qu’elle m’a remis, ces deux techniques, que j’ai dĂ©couvertes, sont expliquĂ©es. Il n’y a rien d’Ă©tonnant dans le fait que la technique du Raku m’ait plu puisque je suis amateur de thĂ© japonais et avais ramenĂ© de mon voyage au Japon une tasse de thĂ© en cĂ©ramique sans aucun doute fabriquĂ©e avec cette technique.

Les oeuvres au premier plan sont d’Isabelle Mouedeb. ©Franck.Unimon

 

Oeuvres d’Isabelle Mouedeb. ©Franck.Unimon

 

 

Oeuvres d’Isabelle Mouedeb. ©Franck.Unimon

 

 

 

 

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Saint Chaffray est sculpteur. ©Franck.Unimon

 

 

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Oeuvres de Saint Chaffray. ©Franck.Unimon

 

 

Oeuvres de Saint Chaffray, sculpteur. ©Franck.Unimon

 

 

Traits d’humour de l’artiste Sacha ©Franck.Unimon

 

 

L’artiste Sacha. ©Franck.Unimon

 

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La voisine d’Ă  cĂŽtĂ©. ©Franck.Unimon

 

 

Oeuvres de l’artiste peintre France Mitrofanoff. ©Franck.Unimon

 

 

France Mitrofanoff m’a proposĂ© de me prendre en photo devant ses oeuvres. Je ne pouvais pas refuser. Photo faite par France Mitrofanoff.

 

 

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La galerie de l’Aiguillage. ©Franck.Unimon

 

 

La galerie de l’Aiguillage.

 

 

Photo d’Alain Lepagnot dans les Ă©tages.

 

 

 

 

 

Dans la galerie de l’Aiguillage.

 

 

 

Fresque POP Graffiti par JO DI BONA rĂ©alisĂ©e en 12h Live Sans solvant ni Produit toxique Exposition Mars 2017 AIGUILLAGE Photo ce dimanche 22 Mai 2022, ©Franck.Unimon

 

 

 

 

 

Photo ©Franck.Unimon

 

 

A droite, Patrik ” T” Thouroude, Ă  gauche, au piano, Patrizio. ©Franck.Unimon

 

©Franck Unimon, ce mardi 24 Mai 2022

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Voyage

New York 2011 : “You’re Welcome !”

 

New-York 2011 : «  You’re Welcome ! Â».

( cet article est la suite de New-York 2011- 2Ăšme partie )

 

Ma compagne m’a proposĂ© d’aller au cinĂ©ma dans Time Square. Je ne peux qu’accepter. Nous reprenons le bus. Et sa climatisation. Nous longeons la partie ouest de Central Park.

 

Nous passons devant le musĂ©e amĂ©ricain d’histoire naturelle. J’ai entendu dire beaucoup de bien de ce musĂ©e qui a manifestement Ă©tĂ© trĂšs frĂ©quentĂ© ce dimanche. Je vois principalement des blancs. La statue devant le musĂ©e me dĂ©range :

Un blanc Ă  cheval. A sa gauche, Ă  pied, un noir. A sa droite, je ne vois pas qui marche Ă  ses cĂŽtĂ©s. Un Indien ?

 

Nous descendons Ă  la 59Ăšme rue. LĂ , une dame avec un accent d’Europe de l’est me rĂ©pond que Time Square est Ă  environ dix rues ( «  Ten blocks ! Â» de lĂ  en prenant Broadway.

 

En prime abord, je trouve Broadway plaisant. Bien plus que Madison Square Garden.

Et puis, nous entrons dans un pavé touristique. Et puis, toute cette foule. Tous ces écrans. Toutes ces lumiÚres. Il est un peu moins de dix neuf heures.

 

Nous croisons une foule qui se fait des gestes/signes sur un Ă©cran gĂ©ant. A d’autres endroits, nous entrons dans un magasin Quicksilver «  Hi Guys ! Â» ouvert jusqu’à minuit.

Ailleurs, il semble qu’il y’ait des parcs d’attraction, des salles de spectacles courues. Mais je n’y comprends rien. Je vois de la promo pour Mme Tussaud. Samuel Jackson à l’affiche. Un restaurant ou une salle de concert B.B King/ Lucille.

Apparemment, devant une salle, une actrice se fait interviewer. Des passants la photographient. La vingtaine, blonde, mince, en robe et souriante, elle semble contente de ce qui lui arrive. Je me dis qu’elle doit avoir un rîle dans une piùce à succùs.

Il nous faut nĂ©anmoins demander Ă  deux reprises oĂč se trouvent les cinĂ©mas. Car, ici, ils ne sont pas majoritaires. Je redoute de tomber sur un UGC. Sur une rĂ©plique exacte d’un UGC parisien.  Finalement, non.

J’aurais aimĂ© voir le film avec GĂ©rard Butler mais il passe trop tard : une heure trente plus tard.

Nous optons pour le film Abduction dont j’ai oubliĂ© le titre en Français avec Taylor Lautner en hĂ©ros. Taylor Lautner, dĂ©couvert/rĂ©vĂ©lĂ© grĂące Ă  Twilight  dont j’ai dĂ©jĂ  vu Ă  peu prĂšs en entier le premier Ă©pisode, je crois.

 

L’affiche et l’annonce du film en France m’ont fait penser Ă  du Jason Bourne. Autant, j’ai aimĂ© la trilogie de Jason Bourne, autant je suis perplexe devant l’affiche. Mais les critiques, en France, ont Ă©tĂ©, je crois, plutĂŽt bonnes.

 

La caissiĂšre, Priscilla, est plutĂŽt jeune et jolie. Mais elle est lĂ  pour faire du chiffre et aligne ses phrases mĂ©caniquement. Lorsque je lui demande s’il existe une feuille avec les rĂ©sumĂ©s des films, il lui faut quelques secondes pour comprendre. Enfin, elle comprend et je rĂ©cupĂšre une feuille. Je ne comprends rien Ă  ses indications pour trouver la salle mais je suis serein. RĂ©trospectivement, elle m’avait sĂ»rement dit « Level five ! Â» soit tout en haut.

Nous prenons les escalators.

 

La salle est assez petite. Cent places ? Plus ?

Les fauteuils s’abaissent lorsque l’on s’assied. Ils me donnent une impression de mollesse qui me dĂ©plait. Bien-sĂ»r, il y’a du pop corn dans la salle mais pas plus que dans certains films grand public dans une salle UGC Ă  Paris. Quelques tĂ©lĂ©phones portables allumĂ©s. Par contre, mieux vaut entendre les rĂ©clames publicitaires car leur volume sonore est particuliĂšrement Ă©levĂ©.

 

Le film : Taylor Lautner est sur le capot d’une voiture conduite Ă  vive allure sur la route par un de ses meilleurs amis. Un blanc. Un noir. MalgrĂ© la vitesse et les virages, Taylor Lautner n’a pas peur. Le trio arrive Ă  une party. Le noir est un faussaire de gĂ©nie : il fabrique des faux papiers d’identitĂ© qu’il vend Ă  prix d’or. « No Stress Â».

Taylor croise une jeune fille qu’il biche. Elle, aussi, le biche. Mais elle l’évite et elle a un copain. Lequel bouscule Taylor Lautner. Surproduction de testostĂ©rone. La fille intervient. Pas de bagarre. Taylor et ses copains s’amusent. Il prend une cuite, se rĂ©veille le lendemain, torse nu, dans le jardin qui a servi Ă  la fĂȘte. Celle qui a organisĂ© la fĂȘte a une heure pour tout ranger avant que ses parents n’arrivent.

Dans ce film, outre Lautner, il y’a Alfred Molina, Maria Bello, Sigourney Weaver.

Il y’a des traits d’humour que je n’ai pas compris. Mais je crois avoir compris l’intrigue et le but de ce film :

AprĂšs le succĂšs de Twilight, pousser la carriĂšre de Taylor Lautner. Lequel a d’évidentes aptitudes plastiques et acrobatiques. Sorti de ça, Ă  part du pop corn, il n’y’a rien dans ce film. Un film de spectacle pour celles et ceux qui veulent du spectacle. Un spectacle de division d’honneur ou de troisiĂšme division.

AprĂšs ça, trente minute de marche jusqu’à l’hĂŽtel. Nous Ă©tions claquĂ©s. Je me suis dit que ce dimanche, nous en avions trop fait.

J’étais claquĂ©, j’avais la nausĂ©e et un peu mal Ă  la tĂȘte. Nous nous sommes couchĂ©s sans dĂźner Ă  23 heures. Sur la messagerie du tĂ©lĂ©phone de notre chambre, un message de la rĂ©ception pour nous proposer une soirĂ©e Ă  23 heures
.

 

Aujourd’hui, ce lundi 10 octobre, il nous fallait frapper un grand coup !

Notre City Pass achetĂ© sur internet avant notre arrivĂ©e Ă  New-York nous donne droit Ă  six sorties culturelles (musĂ©es, croisiĂšre, point de vue panoramique). Puisque nous repartons samedi et que nous envisageons de prendre notre temps pour ces sorties, il devenait nĂ©cessaire d’en faire deux si possible aujourd’hui. Sans nous fatiguer. Car ma compagne a eu les mĂȘmes impressions que moi par rapport Ă  notre journĂ©e d’hier. Et, je me demande comment font celles et ceux qui restent entre trois et cinq jours Ă  New-York avec le dĂ©calage horaire. A part en courant en permanence ou en se concentrant sur deux ou trois activitĂ©s, je ne vois pas
.

 

 

Nous avons cette fois pris notre petit-dĂ©jeuner vers midi. Le temps de finir mon compte-rendu dans ce cahier, de m’étirer et de me doucher
mais ma compagne ne m’a pas semblĂ© trĂšs pressĂ©e non plus.

Nous sommes allĂ©s Ă  PrĂȘt Ă  Manger dans la 3Ăšme avenue. Lieu de restauration fermĂ© le week-end qui nous avait fait bonne impression Ă  notre arrivĂ©e Ă  New-York. Nous avons d’abord cru que ce serait trĂšs cher. Alors, nous commandons  prudemment.

Je prends un Bagel. Ma compagne dit d’abord : « Ă§a va ĂȘtre cher ! Â».

Nous partons. Je goĂ»te le Bagel. Il est trĂšs bon. Ma compagne le goĂ»te puis me dit :

« C’est comme tu veux ! Â». Nous y retournons :

Un Mocha et deux Bagels pour elle. Un large hot chocolate, un Muffin aux baies et Ă  l’orange et un verre d’eau pour moi. Conclusion : 13 dollars. SuccĂšs commercial. C’est fait maison. C’est bon et c’est copieux. Martine a du mal Ă  finir son Mocha. Ce que j’ai pris me suffit.

Nous partons pour le MOMA avec le deuxiĂšme Bagel de ma compagne.

Une partie du tableau ” Christina’s World” rĂ©alisĂ© en 1948 par Andrew Wyeth.

 

Le MOMA est Ă  une dizaine de minutes Ă  pied de l’hĂŽtel. Demain, il sera fermĂ©. Mais avant ça, je cherche un lavomatic dans le quartier. Mais Ă  qui demander ?

Je remarque un noir qui parle dans son tĂ©lĂ©phone portable en poussant un diable vide. Il a une bonne quarantaine d’annĂ©es. Peut-ĂȘtre plus. A l’entendre, je crois reconnaĂźtre un HaĂŻtien. Je l’interpelle devant le magasin Duane.

Oui, il parle Français. Mais il me rĂ©pond d’abord en Anglais. Puis, il se met au Français. Il habite Brooklyn. Il n’est pas du quartier mais il veut bien se renseigner. Il pousse son diable dans le Duane comme en terrain familier, salue un des jeunes caissiers (la vingtaine) qui semble s’ĂȘtre accommodĂ© du personnage qu’il perçoit sans doute comme un farfelu. Non, il ne sait pas oĂč il y’a un lavomatic dans le quartier.

Notre homme interpelle un autre noir, une cliente. Personne ne sait.

Il part chercher le manager. Revient peu aprĂšs : le manager ne sait pas. Et dire qu’à Brooklyn, oĂč il habite, il y’a tant de lavomatic !

Il se propose presque de nous y accompagner. Je dĂ©cline. Il me propose de l’appeler si j’ai besoin d’un service. Je dĂ©cline tout autant poliment. A Church Avenue, Ă  Brooklyn, il y’a plein de lavomatic m’assure-t’il. Il me rĂ©pond qu’il faut amener sa lessive. Il est bien HaĂŻtien et s’appelle Zelo.

 

 

Puis, le MOMA.

 

Il y’a du monde. La jeune femme du vestiaire a commencĂ© Ă  perdre patience.  Oui, le vestiaire est gratuit. Mais au moment de prendre mon sac : ai-je du matĂ©riel Ă©lectronique dedans ? Oui.

Dans ce cas, il me faut le prendre avec moi. Bon.

Ai-je des objets de valeur dans mon sac ? Oui. Il me faut les prendre avec moi.

Puis, elle m’explique que l’usage des appareils photos et camĂ©ra est autorisĂ© au MOMA. Que je peux emmener mon sac avec moi.

Il me faut un moment pour comprendre : j’étais content de pouvoir m’allĂ©ger pour profiter au mieux de cette exposition. Alors, en souriant, je la fais rĂ©pĂ©ter. Je la vois qui commence Ă  perdre patience. Je dĂ©cide de prendre mon sac.

 

 

Pendant les dix premiùres minutes, dans la partie Art contemporain, je me sens idiot. Ce que je suis sans doute de plus en plus. Ensuite, je bute sur les constants chefs d’Ɠuvre de peintres comme Picasso etc
Jeff de Kooning


Je ne vois rien. Une femme assez bruyante, et accompagnĂ©e de ses deux garçons, interpelle un gardien. Noir. Ils Ă©taient principalement noirs. J’ai vu un seul gardien sud-amĂ©ricain.

La femme demande au gardien ce qu’il voit dans la toile qu’elle regarde. Celui-ci lui rĂ©pond qu’il faut utiliser son imagination. La femme affirme devant le gardien dĂ©bonnaire qu’elle l’utilise, son imagination !

 

Et puis, des tableaux m’ont plu. Comme NapolĂ©on into Wilderness de Max Ernst. Ou un portrait de Modigliani.

 

Dans une salle, alors que j’entre, le gardien, un noir d’environ 1m90 pour 120 kilos mime le geste de m’adresser un ballon de football  amĂ©ricain. Au dĂ©part, je ne rĂ©agis pas.

Il rĂ©pĂšte son geste. Je fais mine d’attraper le ballon. Il fait semblant d’avoir le ballon contre lui. Cela lui suffit. Je poursuis ma visite.

Lorsque je ressors de la salle, il recommence. Toujours à distance. Environ cinq à dix mÚtres nous séparent. Tout se passe en silence.

 

 

Nous terminons notre visite un peu avant 17 heures. Vers 16h30. Puis, direction la Circle Line pour une croisiĂšre autour de Manhattan. Nous faisons en fait un demi tour. Le bateau est plein.

Nous avons droit Ă  un commentateur pendant une bonne partie de la traversĂ©e. J’ai compris des bouts de ses commentaires. J’ai pris des photos, quelques vidĂ©os. C’est le rĂ©sultat de ces images qui me dira si cela m’a plu. Car ĂȘtre sur un bateau aussi plein m’a dĂ©plu.

 

 

Pour dĂźner ce soir, nous faisons une halte auprĂšs d’un marchand ambulant :

Pour du riz et du falafel. Pour du riz et du gyro, mĂ©lange de poulet et d’agneau. Dix dollars.

L’homme me demande d’oĂč nous venons. Je lui rĂ©ponds. Je lui demande d’oĂč il vient :

« Afghanistan Â».

 

 

Ce soir, deux Ă©vĂ©nements :

 

J’ai mis un pied dans le magasin de comics repĂ©rĂ© prĂšs de l’hĂŽtel. Dix minutes avant sa fermeture Ă  21h ?

Ma compagne m’a appris que sur la carte, à New-York, les rues sont horizontales et les avenues, verticales jusqu’à Chelsea et Gramercy. Ensuite, la carte se complique.

Elle se dĂ©brouille trĂšs bien avec la carte. Elle me guide. Je suis plus portĂ© sur la mĂ©moire visuelle (laquelle n’est pas encore totalement opĂ©rationnelle ici) et le fait d’entrer en relation avec les gens. 

 

Nous avons complĂ©tĂ© notre diner « afghan Â» avec quelques morceaux de fruits achetĂ©s au Long Gourmet : lĂ  oĂč nous avions pris notre petit dĂ©jeuner hier.

 

Plusieurs fois, aujourd’hui, alors que je cherchais notre itinĂ©raire, trĂšs vite un New-Yorkais m’a demandĂ© oĂč nous voulions aller.

Depuis le dĂ©but de notre sĂ©jour, chaque personne que nous avons pu solliciter a fait de son mieux pour nous renseigner, allant jusqu’à nous dire aprĂšs nos remerciements :

 

« You’re welcome ! Â».

 

 

Franck Unimon ( photos prises au MOMA en octobre 2011 exceptées les deux premiÚres photos prises en extérieur).

 

 

 

 

 

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Voyage

New-York 2011- 2Ăšme partie

 

New-York. Lundi 10/10/11 7h05

( cet article est la suite de New-York 2011 que j’avais publiĂ© le 12 mars 2020. Ce 24 septembre 2021, je me suis senti inspirĂ© pour poursuivre. J’ai peut-ĂȘtre estimĂ© que j’avais suffisamment pris le temps de la rĂ©flexion).

Hi Guys !

 

Hier, dimanche 9 octobre, aprĂšs la tenue de ce journal, nous sommes allĂ©s prendre un petit-dĂ©jeuner prĂšs de l’hĂŽtel. Mais avant de parler d’hier :

 

Tout à l’heure, en me levant, je me suis dit que si je devais vivre ou si je venais à vivre à New-York, j’habiterais Harlem. Ou Brooklyn.

 

Harlem pour ses loyers que je devine Ă  peu prĂšs abordables : citĂ© HLM ou Ă©quivalent. Pour ses anciennes zones pavillonnaires. Pour le calme que nous y avons trouvĂ© hier ; la taille de ses habitations sensiblement moins haute que lĂ  oĂč se trouve notre hĂŽtel ; pour sa population : des Noirs (AmĂ©ricains ou Africains) des Hispanophones. Il semble qu’il y’ait une sorte d’entente tacite, au dĂ©part, entre personnes de mĂȘme couleur ici.

 

Brooklyn : parce-que peut-ĂȘtre que le cĂŽtĂ© populaire d’Harlem me rebuterait. Peut-ĂȘtre qu’Harlem n’est pas si calme que ça. Parce-que Brooklyn me semble plus proche de la vie qu’Harlem. De la vie culturelle, Ă©conomique. Mais Brooklyn est sĂ»rement trĂšs chĂšre.

 

Si je reviens un jour Ă  New-York, j’essaierai d’habiter Ă  Brooklyn si, Ă©conomiquement, c’est plus avantageux qu’à l’Intercontinental Barclay. Mais, par ailleurs, notre hĂŽtel est vraiment bien situĂ© gĂ©ographiquement :

A quelques minutes de Grand Central. A environ 30 minutes à pied de Broadway et de Times Square
.

Par contre, pour le prix des commerces, il faut ĂȘtre affutĂ©. Apercevoir une chocolaterie Godiva Ă  quelques minutes de notre hĂŽtel, dans Lexington Avenue, le soir de notre arrivĂ©e, aurait dĂ» m’en informer ; la veille de notre dĂ©part pour New-York, nous sommes allĂ©s faire du change, rue Rouget de Lisle, dans le premier arrondissement, prĂšs des Tuileries, au mĂ©tro Concorde. Soit la nĂ©gation d’un quartier populaire. C’est dans la rue du Faubourg St-HonorĂ© que nous Ă©tions tombĂ©s sur Godiva en cherchant un distributeur de billets. Godiva est une chocolaterie chic dans un quartier oĂč je me promĂšne peu. Ce n’est pas mes origines. Les cinĂ©mas les plus proches sont sur les Champs ElysĂ©es. Ou Ă  OpĂ©ra. Ce ne sont pas les cinĂ©mas que je frĂ©quente le plus. Exceptions faites des projections de films rĂ©servĂ©es Ă  la presse cinĂ©ma dont plusieurs salles se trouvent sur les Champs ou aux abords des Champs ElysĂ©es.

 

Si je venais vivre Ă  New-York, qu’y ferais-je ? Certainement pas infirmier ou dans le milieu de la santĂ© !

Pour beaucoup, les Etats-Unis symbolisent la possibilitĂ© d’une nouvelle chance, d’une autre vie. Alors, quoi faire dans cette ville oĂč, manifestement, il convient d’ĂȘtre bavard, actif, toujours souriant et expressif : «  Hi guys ! Â» nous ont dĂ©jĂ  rĂ©pĂ©tĂ© plusieurs fois des employĂ©es Ă  notre entrĂ©e dans certains magasins. Le mot « Guy Â» m’intrigue. Ma compagne est une fille. Malheureusement, je n’irai pas interroger ces employĂ©es Ă  ce propos.

 

Parler ici n’est pas vraiment mon ressort. Autant lire et Ă©couter en Anglais, oui. Parler, pas vraiment. Du moins, pas pour l’instant. Je parle Anglais car Ma compagne le fait trĂšs peu. Je suis aussi son escorte linguistique. Et pour des raisons pratiques : trouver notre chemin.

Mais, autrement, je crois avoir quittĂ© cette excitation juvĂ©nile, niaise et immature qui, il y’a vingt ans, en Ecosse, me rendait plus bavard, plus expressif et plus souriant.

Aujourd’hui, je ne parlerais pas de dĂ©prime (beaucoup, en outre, m’envieraient cette dĂ©prime) mais d’un certain scepticisme vis-Ă -vis d’un certain cirque social.  Hier, je me suis surpris Ă  regretter, un peu, la discrĂ©tion voire la retenue japonaise. OU asiatique. Mais je ne sais sans doute pas de quoi je parle et ma compagne me dirait sans doute que je suis trop exigeant avec moi-mĂȘme.

 

 

Je me sens tenu d’écrire tout de suite que cela me va d’ĂȘtre l’escorte linguistique de ma compagne, ici : il y’a plus dĂ©sobligeant et elle est de bonne compagnie. Pas de chichis oĂč de scĂšnes Ă  2 balles.  De la simplicitĂ©, de la gentillesse et de l’efficacitĂ©.

 

Agacé

 

Je suis assez agacĂ© par le fait que notre sĂ©jour consiste pour beaucoup Ă  aller dĂ©couvrir ces endroits de New-York dont nous avons beaucoup ( au point de ne plus nous en rendre compte) entendu parler ou que nous avons beaucoup vus au cinĂ©ma ou Ă  la tĂ©lĂ©. C’est Ă  cela que je me rends compte que New-York est bien la ville, une ville, qui fait partie de la PremiĂšre Puissance mondiale. Or, lorsque je regarde bon nombre de ses habitants, je vois des ĂȘtres faits comme tout le monde avec les mĂȘmes erreurs, travers ou tics qu’ailleurs.

 

Je suis assez agacĂ© par ce circuit touristique mais c’est sans doute un prĂ©liminaire nĂ©cessaire. Il aide Ă  comprendre une partie de l’histoire de cette ville, de ces gens. Et puis, cela me fait voir autre chose, ou presque, de ce que je connais et vois d’habitude.

Presque : car les mĂȘmes besoins sont ici prĂ©sents comme ailleurs.

 

Chester Himes

 

 

Hier matin, notre petit-dĂ©jeuner a Ă©tĂ© une rĂ©ussite Ă©conomique. 23 dollars et quelques    (parce-que nous avons pris pour environ 10 dollars de fruits, c’est cher : pastĂšque, melons, mangue).

La veille, nous avions payé un peu plus de 40 dollars.

Je n’ai pas retenu le nom de l’endroit de notre petit-dĂ©jeuner d’hier matin, trĂšs proche de notre hĂŽtel. A l’angle en descendant. Il s’agit visiblement d’un commerce.

« We never close Â» m’avait rĂ©pondu malicieusement la dame de la caisse, d’origine chinoise. Pourtant, le soir de notre arrivĂ©e, les lumiĂšres Ă©taient plutĂŽt Ă©teintes et un homme faisait le mĂ©nage.

DerriÚre les fourneaux, des Mexicains ou des Sud-Américains. A la caisse, des femmes chinoises. Au milieu, des produits alimentaires. Il est possible, ici, de manger tous ses repas. Et, il semble que cela soit trÚs fréquenté.

 

AprĂšs ça, le bus jusqu’à Harlem. Nous le prenons dans la 3Ăšme Avenue, non loin du magasin Capacci Group oĂč j’ai achetĂ© mes cadenas qui, maintenant, m’obĂ©issent. Le magasin est ouvert ce dimanche comme la plupart des commerces.

Je demande au chauffeur, un Noir d’une cinquantaine d’annĂ©es, barbe grise et sel de 2-3 jours, oĂč s’arrĂȘter pour Harlem :

« It depends on where you’re going Â» me rĂ©pond-t’il. Mince !

« Up to Central Park Â» je rĂ©ponds. Il me dit qu’il m’arrĂȘtera Ă  une station. Je le remercie.

La climatisation me heurte. Je ferme mon blouson. La 3Ăšme Avenue dĂ©file plus de trente minutes durant. Le chauffeur annonce la plupart des arrĂȘts par noms de rue. Il est l’autoritĂ© du bus.

Une seule femme (d’une bonne cinquantaine d’annĂ©es) raconte sa vie grĂące Ă  son tĂ©lĂ©phone portable.

Nous apercevons beaucoup de commerces dont une Bakery qui donne envie avec ses pĂątisseries maison. J’aperçois aussi une maison Ă  Bagels. Je n’en n’ai toujours pas mangĂ©. Les quartiers sont assez chics ou bobos. Puis, vient Harlem. Et, c’est moins beau. D’abord, une bonne partie des passagers avec nous au dĂ©part a disparu. La femme blanche au tĂ©lĂ©phone portable n’est plus lĂ .

Un Noir massif d’une cinquantaine d’annĂ©es, assez grand, aux pieds larges chaussant Ă  peu prĂšs du 48, et sentant l’urine, monte avec une poussette. C’est laborieux. DerriĂšre lui, une jeune femme noire, grosse, la vingtaine, avec un joli visage, mesurant 1m60 ou moins, porte un enfant qui doit avoir un an au maximum.

L’homme et la femme s’assoient cĂŽte Ă  cĂŽte. Debout, Ă  l’arrĂȘt de bus, un homme d’environ 1m70, la cinquantaine, la peau noisette, maigre, est vĂȘtu d’un costume beige. Ses yeux sont assez exorbitĂ©s. Il porte une bosse sur la partie gauche de son front. Une bosse qui semble faire partie de son anatomie. Il regarde derriĂšre le bus semblant en attendre un autre. C’est un personnage d’un livre de Chester Himes.

 

Le bus repart. Un peu plus tĂŽt Ă©tait montĂ©e une jeune femme noire, en tenue de travail. Une combinaison bleue (tunique et pantalon). Elle venait sĂ»rement de l’hĂŽpital devant lequel nous nous Ă©tions arrĂȘtĂ©s.

 

Le couple Ă  l’enfant discutait tranquillement, se souriant. La poussette, elle, n’arrĂȘtant pas de se dĂ©placer : les freins ne marchaient pas ou ne marchaient plus. Plusieurs fois, celle-ci s’est dĂ©placĂ©e sans que l’homme s’en aperçoive. J’ai ainsi pu la remettre une ou deux fois sans qu’il le voie. La premiĂšre fois, il s’était excusĂ©. Finalement, l’homme a posĂ© son gros pied pour coincer la poussette.

 

 

A un arrĂȘt est montĂ© un mastodonte noir (Ă  la Schwarzenegger  quand il Ă©tait jeune). Il tenait dans la main un sorbet qu’il lapait avec plaisir.

 

 

Nous sommes descendus peu aprĂšs. Le Harlem que j’ai vu m’a Ă©voquĂ© la Porte de Clignancourt, ses commerces bon marchĂ©, St Ouen, avec un playground. Mais une Porte de Clignancourt en plus large bien-sĂ»r et oĂč l’on parle Espagnol.

En marchant vers le nord de Central Park, nous croisons quelques Africaines et Africains francophones.

 

Le nord de Central Park

 

 

Cela surprend de tomber sur le nord de Central Park en Ă©mergeant d’Harlem et de ses logements calmes mais plutĂŽt moches. De plus, il fait beau. Comme hier.

 

 

A Central Park, l’atmosphĂšre est trĂšs dĂ©tendue. Quelques personnes sur des bancs. Lecture, dĂ©tente, coiffure. Mais la plupart se promĂšnent. Quelques noirs mais surtout des blancs. Ou des touristes comme nous. Enfin, c’est ce que je vois d’emblĂ©e.  Le parc est beaucoup trop grand pour que je sois catĂ©gorique.

Des gens se promĂšnent en famille.  Quelques personnes trottinent. Comme ce noir d’environ 1m90 pour plus de cent kilos, la cinquantaine, short, casquette, baladeur fichĂ© dans la brassiĂšre de son bras gauche. Il se prend la laisse d’un petit chien tenu par un mĂŽme. Le noir saute un moment Ă  cloche-pied, le temps d’ĂȘtre dĂ©gagĂ©, sous les «  My God ! I’Am sorry ! Â» de la maman du petit. Puis, l’homme repart vers son footing en transpirant. Il est midi et demi passĂ©.

 

 

Nous entrons dans un jardin oĂč les cyclistes sont invitĂ©s Ă  mettre pied Ă  terre. Malheureusement, j’ai oubliĂ© son nom. C’est un jardin assez grand pourvu de toilettes gratuites et plutĂŽt propres. On peut facilement tourner en rond dans ce jardin. Mais c’est calme, agrĂ©able. On y croise deux surveillantes. Deux noires. Deux Ă©tudiants, une fille, un garçon, avec leur Mac sous les colonnes. Un couple. Un endroit tranquille.

 

En sortant de ce jardin, nous nous rapprochons du rĂ©servoir Jackie Onassis (Quel hommage ! ) et de la file active des sportifs de Central Park. Enfin, sportifs
.tous ne le sont pas. MĂȘme si le plus grand nombre en a la tenue et l’équipement. Et, ils sont nombreux Ă  dĂ©filer rĂ©guliĂšrement, principalement Ă  pied ou Ă  vĂ©lo. Beaucoup moins, j’en suis surpris, en rollers et avec des rollers « ordinaires Â» Ă  quatre roues avec frein Ă  l’arriĂšre. A l’exception d’un rouleur, noir, en combinaison de compĂ©tition avec quatre roues d’environ 100 mm de diamĂštre.

Je vois beaucoup de sportifs du dimanche. Ou des sportifs qui commencent un entraĂźnement.

Nous remontons (descendons) la file active à contre-courant. Parmi les promeneurs, quelques voix françaises.

Nous longeons principalement la piste sportive jusqu’au sud oĂč nous sortons. AprĂšs une pause, assis sur un banc, Ă  regarder les sportifs.

 

Nous tombons sur le défilé du char de la Colombie. Devant nous, quelques Colombiens émus agitent leur drapeau. La jeune femme qui représente la Colombie semble aussi contente et émue.

Nous n’attendons pas le passage des autres chars et ne demandons pas de quoi il s’agit. Nous traversons l’avenue dĂšs que cela est possible avec quelques autres. Nous prenons un bus dans l’avenue Madison direction Harlem. Le seul avantage que je trouve Ă  ce que je vois de Madison Avenue est de nous indiquer un des musĂ©es oĂč nous irons peut-ĂȘtre : le musĂ©e d’art contemporain. Pour le reste, cette avenue me dĂ©plait. Sa froideur. Son luxe. Ce fric. Ces vitrines. Et puis, la climatisation du bus me rackette.

 

Harlem

 

 

De retour Ă  Harlem pour trouver un restaurant, je nous Ă©gare. Jusqu’à ce qu’une dame noisette d’une soixantaine d’annĂ©es du genre bigote nous rĂ©ponde avec un accent espagnol et nous aiguille.

 

Je suis Ă©tonnĂ© par l’espace de Harlem : assez larges trottoirs. Assez larges rues.  Calmes. Peu de voitures. Il est vrai que les logements, en moyenne, y sont plus petits que lĂ  oĂč se trouve notre hĂŽtel.

Nous apercevons l’avenue Martin Luther King. Puis, nous approchons de notre but. Le Melbi’s  citĂ© dans le Lonely Planet semble ouvert. Il y’a des personnes attablĂ©es Ă  l’intĂ©rieur. Un homme noir assis devant avec une femme noire avec laquelle il discute, me prĂ©vient que ça ouvrira Ă  17h. Il est 15h ou 15h30. Je leur demande s’ils connaissent un bon endroit oĂč manger prĂšs d’ici. Nous avons le choix. Ils nous indiquent trois ou quatre endroits.

 

Nous entrons dans le Zoma (« essence of Abyssinia, Ethiopian cuisine New York Â») toujours dans le boulevard Frederik Douglass ( 8 th Avenue ).

L’intĂ©rieur est moderne et assez spacieux tout en bĂ©nĂ©ficiant d’ornementations du pays. Depuis quelques annĂ©es, j’ai un faible pour l’Ethiopie, pays d’Afrique qui n’a pas connu l’esclavage. HaĂŻlĂ© SĂ©lassiĂ©. L’Amarhique. La collection de musique Ethiopiques.  La chanteuse Tseyhatu BerĂ ki.

 

La jeune femme qui nous reçoit a le charme de lĂ -bas. Ce regard, ce visage.  Ce sourire poli, ces cheveux.

Je la crois nĂ©e lĂ -bas mais elle s’exprime avec un accent new-yorkais plutĂŽt prononcĂ©.

Dans le restaurant, un couple hĂ©tĂ©ro blanc, deux femmes noires. Une, plus jeune que l’autre, porte une robe rouge.

 

Nous prenons un plat conçu pour deux. 31 dollars, taxe incluse.

Je lui demande comment s’appelle cette chanteuse que nous entendons. Kuku Sebsibe. Elle n’a pas le cd me rĂ©pond-t’elle en souriant mais elle peut m’écrire son nom.

Elle est jeune ? Pas vraiment. Elle doit avoir la cinquantaine.

Comment faire pour aller Ă  l’église abyssinienne ? Je n’y suis jamais allĂ©e.

Elle m’explique comment m’y rendre. Il faut prendre le mĂ©tro etc
.

Par contre, la salle de concerts Apollo est assez proche ! Je prends une carte du restaurant. Nous partons donc pour Apollo et je veux croire que son sourire, quand elle nous a saluĂ©, n’avait rien Ă  voir avec l’impĂ©ratif «  Hi guys ! Â» qu’on entend rĂ©guliĂšrement dans les magasins.

 

 

Aller Ă  la salle de concert Apollo nous permet de rester un peu plus longtemps dans Harlem.

Dans Nicholas Avenue, en pleine rue, nous avons vu un jeune homme noir d’environ un mĂštre quatre vingt s’amuser Ă  lancer un ballon de football amĂ©ricain que trois jeunes garçons d’une dizaine d’annĂ©es s’empressaient d’aller rĂ©cupĂ©rer. 

 

Sur le chemin d’Apollo

 

 

Sur le chemin d’Apollo, une mosquĂ©e qui semble tenue par des Africains d’Afrique noire. Une avenue ou un boulevard Malcolm X. Il me semble mĂȘme avoir vu quelque part l’enseigne d’une communautĂ© Malcolm Shabbazzou quelque chose comme ça.

 

Je constate aussi des restes d’un certain militantisme «  I’Am black and Proud ! Â» :

 

C’est une vendeuse d’un Ăąge respectable (la quarantaine) vĂȘtue Ă  l’Africaine sur le modĂšle de la chanteuse Erykha Badu.

Des livres qui ont Ă  voir avec un certain militantisme.

Jusqu’à la vente de comics avec des super hĂ©ros noirs. Les quelques super hĂ©ros noirs de comics tels que Black Panther, ce qui, en Anglais, ici, Ă  Harlem, prend un autre sens auquel je n’avais jamais pensĂ© en lisant « La PanthĂšre noire Â» en Français. Et, bien-sĂ»r, Luke Cage qui a inspirĂ© Ă  l’acteur Nicolas Coppola son nom d’acteur : Nicolas Cage.

 

Inutile d’entrer dans l’Apollo juste pour visiter. Surtout lorsque je vois un guide en sortir avec quelques touristes et leur sortir qu’il a Ă©tĂ© trĂšs content de les rencontrer et de serrer la main Ă  tous : des blancs, des hommes et quelques femmes.

Cela me rappelle la mĂȘme mascarade touristique que dans ce documentaire oĂč l’on voyait un jeune couple français visiter en JamaĂŻque le musĂ©e consacrĂ© Ă  Bob Marley.

 

Give me a break !

 

 

Bien qu’historique, l’Apollo me fait l’effet d’un lieu ordinaire pour celles et ceux qui vivent ou travaillent ( il y’a plein de commerces) aux alentours.

Dans un magasin de chaussures, non loin de lĂ , un jeune noir d’une quinzaine d’annĂ©es essaie des bottes en caoutchouc tout en tĂ©lĂ©phonant. Il est assis sur un siĂšge.

Un des employĂ©s, noir, la bonne quarantaine, l’aide Ă  retirer la botte qui lui reste. Le jeune homme poursuit sa conversation tĂ©lĂ©phonique.

Il semble que l’employĂ© s’enhardisse Ă  lui demander s’il prend les bottes. Le jeune homme, tout en continuant sa conversation tĂ©lĂ©phonique, rĂ©pond, en riant un peu, Ă  l’employĂ© :

« Give me a break ! Â». L’employĂ© se redresse docilement.

Franck Unimon (Ă  suivre).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle

 

                    Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle

« Le plaisir est ma seule ambition Â».

 

 

Parler d’un des derniers livres de Kersauson

 

Parler d’un des derniers livres de Kersauson, Le Monde comme il me parle,  c’est presque se dĂ©vouer Ă  sa propre perdition. C’est comme faire la description de notre dentition de lait en dĂ©cidant que cela pourrait captiver. Pour beaucoup, ça manquera de sel et d’exotisme. Je m’aperçois que son nom parlera spontanĂ©ment aux personnes d’une cinquantaine d’annĂ©es comme Ă  celles en Ăąge d’ĂȘtre en EHPAD.

 

Kersauson est sĂ»rement assez peu connu voire inconnu du grand public d’aujourd’hui. Celui que j’aimerais concerner en prioritĂ© avec cet article. Je parle du public compris grosso modo entre 10 et 35 ans. Puisque internet et les rĂ©seaux sociaux ont contribuĂ© Ă  abaisser l’ñge moyen du public lambda. Kersauson n’est ni Booba, ni Soprano, ni Kenji Girac. Il n’est mĂȘme pas le journaliste animateur Pascal Praud, tentative de croisement tĂȘte Ă  claques entre Donald Trump et Bernard Pivot, martelant sur la chaine de tĂ©lĂ© Cnews ses certitudes de privilĂ©giĂ©. Et Ă  qui il manque un nez de clown pour complĂ©ter le maquillage.

 

Le MĂ©rite

 

Or, aujourd’hui, nous sommes de plus en plus guidĂ©s par et pour la dictature de l’audience et du like. Il est plus rentable de faire de l’audience que d’essayer de se faire une conscience.  

 

Que l’on ne me parle pas du mĂ©rite, hĂ©ritage incertain qui peut permettre Ă  d’autres de profiter indĂ©finiment de notre crĂ©dulitĂ© comme de notre « gĂ©nĂ©rositĂ© Â» ! Je me rappelle toujours de cette citation que m’avait professĂ©e Spock, un de mes anciens collĂšgues :

 

« Il nous arrive non pas ce que l’on mĂ©rite mais ce qui nous ressemble Â».

Une phrase implacable que je n’ai jamais essayĂ© de dĂ©tourner ou de contredire.

 

Passer des heures sur une entreprise ou sur une action qui nous vaut peu de manifestations d’intĂ©rĂȘt ou pas d’argent revient Ă  se masturber ou Ă  Ă©chouer. 

Cela Ă©quivaut Ă  demeurer  une personne indĂ©sirable.

Si, un jour, mes articles comptent plusieurs milliers de lectrices et de lecteurs, je deviendrai une personne de « valeur Â».  Surtout si ça rapporte de l’argent. Beaucoup d’argent. Quelles que soient l’originalitĂ© ou les vertus de ce que je produis.

 

Mais j’ai beaucoup de mal Ă  croire Ă  cet avenir. Mes Ă©crits manquent par trop de poitrine, de potins, d’images ad hoc, de sex-tapes, de silicone et de oups ! Et ce n’est pas en parlant de Kersauson aujourd’hui que cela va s’amĂ©liorer. Kersauson n’a mĂȘme pas fait le nĂ©cessaire pour intĂ©grer  l’émission de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© Les Marseillais !

 

Rien en commun

 

Mais j’ai plaisir Ă  Ă©crire cet article.

 

Kersauson et moi n’avons a priori rien Ă  voir ensemble. Il a l’ñge de mon pĂšre, est issu de la bourgeoisie catholique bretonne. Mais il n’a ni l’histoire ni le corps social (et autre) de mon pĂšre et de ma mĂšre. MĂȘme si, tous les deux, ont eu une Ă©ducation catholique tendance campagnarde et traditionnelle. Ma grand-mĂšre maternelle, originaire des Saintes, connaissait ses priĂšres en latin.  

 

Kersauson a mis le pied sur un bateau de pĂȘche Ă  l’ñge de quatre ans et s’en souvient encore. Il a appris « tĂŽt Â» Ă  nager, sans doute dans la mer, comme ses frĂšres et soeurs.

Je devais avoir entre 6 et 9 ans lorsque je suis allĂ© sur mon premier bateau. C’était dans le bac Ă  sable Ă  cĂŽtĂ© de l’immeuble HLM oĂč nous habitions en banlieue parisienne. A quelques minutes du quartier de la DĂ©fense Ă  vol d’oiseau.

 

J’ai appris Ă  nager vers mes dix ans dans une piscine. Le sel et la mer pour lui, le chlore et le bĂ©ton pour moi comme principaux dĂ©cors d’enfance.

 

Moniteur de voile Ă  13 ans, Kersauson enseignait le bateau Ă  des parisiens (sĂ»rement assez aisĂ©s) de 35 Ă  40 ans. Moi, c’est plutĂŽt vers mes 18-20 ans que j’ai commencĂ© Ă  m’occuper de personnes plus ĂągĂ©es que moi : c’était des patients  dans les hĂŽpitaux et les cliniques. Changer leurs couches, vider leur  bassin, faire leur toilette, prendre soin d’eux
.

 

J’ai pourtant connu la mer plus tĂŽt que certains citadins. Vers 7 ans, lors de mon premier sĂ©jour en Guadeloupe. Mais si, trĂšs tĂŽt, Kersauson est devenu marin, moi, je suis un ultramarin. Lui et moi, ne sommes pas nĂ©s du mĂȘme cĂŽtĂ© de la mer ni pour les mĂȘmes raisons.

La mer a sĂ»rement eu pour lui, assez tĂŽt, des attraits qui ont mis bien plus de temps  Ă  me parvenir.  Je ne vais pas en rajouter sur le sujet. J’en ai dĂ©jĂ  parlĂ© et reparlĂ©. Et lui, comme d’autres, n’y sont pour rien.

 

Kersauson est nĂ© aprĂšs guerre, en 1944, a grandi dans cette ambiance (la guerre d’Indochine, la guerre d’AlgĂ©rie, la guerre du Vietnam) et n’a eu de cesse de lui Ă©chapper.

Je suis nĂ© en 1968. J’ai entendu parler des guerres. J’ai vu des images. J’ai entendu parler de l’esclavage. J’ai vu des images. J’ai plus connu la crise, la peur du chĂŽmage, la peur du racisme, l’épidĂ©mie du Sida, la peur d’une guerre nuclĂ©aire, les attentats. Et, aujourd’hui, le rĂ©chauffement climatique, les attentats, les serres d’internet, l’effondrement, le Covid.

 

Kersauson, et moi, c’est un peu la matiùre et l’antimatiùre.

 

En cherchant un peu dans la vase

 

Pourtant, si je cherche un peu dans la vase, je nous trouve quand mĂȘme un petit peu de limon en commun.

L’ancien collĂšgue Spock que j’ai connu, contrairement Ă  celui de la sĂ©rie Star Trek, est Breton.

C’est pendant qu’il fait son service militaire que Kersauson, Breton, rencontre Eric Tabarly, un autre Breton.

 

C’est pendant mon service militaire que j’entends parler pour la premiĂšre fois de Kersauson. Par un Ă©tudiant en psychologie qui me parle rĂ©guliĂšrement de Brautigan, de Desproges et de Manchette sĂ»rement. Et qui me parle de la culture de Kersauson lorsque celui-ci passe aux Grosses TĂȘtes de Bouvard. Une Ă©mission radiophonique dont j’ai plus entendu parler que je n’ai pris le temps de l’écouter.

 

Je crois que Kersauson a bien dĂ» priser l’univers d’au moins une de ces personnes :

Desproges, Manchette, Brautigan.

 

Pierre Desproges et Jean-Patrick Manchette m’ont fait beaucoup de bien Ă  une certaine pĂ©riode de ma vie. Humour noir et polar, je ne m’en dĂ©fais pas.

 

C’est un Breton que je rencontre une seule fois (l’ami de ChrystĂšle, une copine bretonne de l’école d’infirmiĂšre)  qui m’expliquera calmement, alors que je suis en colĂšre contre la France, que, bien que noir, je suis Français. J’ai alors entre 20 et 21 ans. Et je suis persuadĂ©, jusqu’à cette rencontre, qu’il faut ĂȘtre blanc pour ĂȘtre Français. Ce Breton, dont j’ai oubliĂ© le prĂ©nom, un peu plus ĂągĂ© que moi, conducteur de train pour la SNCF, me remettra sur les rails en me disant simplement :

« Mais
tu es Français ! Â».

C’était Ă  la fin des annĂ©es 80. On n’entendait pas du tout  parler d’un Eric Zemmour ou d’autres. Il avait beaucoup moins d’audience que depuis quelques annĂ©es. Lequel Eric Zemmour, aujourd’hui, a son trĂŽne sur la chaine Cnews et est la pierre philosophale de la PensĂ©e selon un Pascal Praud. Eric Zemmour qui se considĂšre frĂ©quemment comme l’une des personnes les plus lĂ©gitimes pour dire qui peut ĂȘtre Français ou non. Et Ă  quelles conditions. Un de ses vƓux est peut-ĂȘtre d’ĂȘtre le Montesquieu de la question de l’immigration en France.

 

Dans son livre, Le Monde comme il me parle, Kersauson redit son attachement Ă  la PolynĂ©sie française. Mais je sais que, comme lui, le navigateur Moitessier y Ă©tait tout autant attachĂ©. Ainsi qu’Alain Colas. Deux personnes qu’il a connues. Je sais aussi que Tabarly, longtemps cĂ©libataire et sans autre idĂ©e fixe que la mer, s’était quand mĂȘme  achetĂ© une maison et mariĂ© avec une Martiniquaise avec laquelle il a eu une fille. MĂȘme s’il a fini sa vie en mer. Avant d’ĂȘtre repĂȘchĂ©.

 

Ce paragraphe vaut-il Ă  lui tout seul la rĂ©daction et la lecture de cet article ? Toujours est-il que Kersauson est un inconnu des rĂ©seaux sociaux.

 

Inconnu des rĂ©seaux sociaux :

 

 

 

Je n’ai pas vĂ©rifiĂ© mais j’ai du mal Ă  concevoir Kersauson sur Instagram, faisant des selfies ou tĂ©lĂ©chargeant des photos dĂ©nudĂ©es de lui sur OnlyFans. Et il ne fait pas non plus partie du dĂ©cor du jeu The Last of us dont le deuxiĂšme volet, sorti cet Ă©tĂ©,  une des exclusivitĂ©s pour la console de jeu playstation, est un succĂšs avec plusieurs millions de vente.

 

Finalement, mes articles sont peut-ĂȘtre trop hardcore pour pouvoir attirer beaucoup plus de public. Ils sont peut-ĂȘtre aussi un peu trop « mystiques Â». J’ai eu cette intuition- indirecte- en demandant Ă  un jeune rĂ©cemment ce qu’il Ă©coutait comme artistes de Rap. Il m’a d’abord citĂ© un ou deux noms que je ne connaissais pas. Il m’avait prĂ©venu. Puis, il a mentionnĂ© Dinos. Je n’ai rien Ă©coutĂ© de Dinos mais j’ai entendu parler de lui. J’ai alors Ă©voquĂ© Damso dont j’ai Ă©coutĂ© et rĂ©Ă©coutĂ© l’album LithopĂ©dion (sorti en 2018) et mis plusieurs de ses titres sur mon baladeur.  Le jeune m’a alors fait comprendre que les textes de Damso Ă©taient en quelque sorte trop hermĂ©tiques pour lui.

Mais au moins Damso a-t’il des milliers voire des millions de vues sur Youtube. Alors que Kersauson
. je n’ai pas fouillĂ© non plus- ce n’est pas le plus grave- mais je ne vois pas Kersauson avoir des milliers de vues ou lancer sa chaine youtube. Afin de nous vendre des mĂ©duses (les sandales en plastique pour la plage) signĂ©es Balenciaga ou une crĂšme solaire bio de la marque Leclerc.

 

J’espĂšre au moins que « Kersau Â», mon Bernard Lavilliers des ocĂ©ans, est encore vivant. Internet, google et wikipĂ©dia m’affirment que « oui Â». Kersauson a au moins une page wikipĂ©dia. Il a peut-ĂȘtre plus que ça sur le net. En Ă©crivant cet article, je me fie beaucoup Ă  mon regard sur lui ainsi que sur le livre dont je parle. Comme d’un autre de ses livres que j’avais lu  il y a quelques annĂ©es, bien avant l’effet « Covid».

 

L’effet « Covid Â»

 

Pourvu, aussi, que Kersauson se prĂ©serve du Covid.  Il a 76 ans cette annĂ©e. Car, alors que la rentrĂ©e (entre-autre, scolaire)  a eu lieu hier et que bien des personnes rechignent Ă  continuer de porter un masque (dont le trĂšs inspirĂ© journaliste Pascal Praud sur Cnews), deux de mes collĂšgues infirmiĂšres sont actuellement en arrĂȘt de travail pour suspicion de covid. La premiĂšre collĂšgue a une soixantaine d’annĂ©es. La seconde, une trentaine d’annĂ©es. Praud en a 54 si j’ai bien entendu. Ou 56.

Un article du journal ” Le Canard EnchainĂ©” de ce mercredi 2 septembre 2020.

 

Depuis la pandĂ©mie du Covid-19, aussi appelĂ© de plus en plus « la Covid Â», la vente de livres a augmentĂ©. Jeff Bezos, le PDG du site Amazon, premier site de ventes en ligne, (aujourd’hui, homme le plus riche du monde avec une fortune estimĂ©e Ă  200 milliards de dollars selon le magazine Forbes US  citĂ© dans le journal Le Canard EnchaĂźnĂ© de ce mercredi 2 septembre 2020) n’est donc pas le seul Ă  avoir bĂ©nĂ©ficiĂ© de la pandĂ©mie du Covid qui a par ailleurs mis en faillite d’autres Ă©conomies.

 

Donc, Kersauson, et son livre, Le Monde comme il me parle, auraient pu profiter de « l’effet Covid Â». Mais ce livre, celui dont j’ai prĂ©vu de vous parler, est paru en 2013.

 

Il y a sept ans.  C’est Ă  dire, il y a trĂšs trĂšs longtemps pour beaucoup Ă  l’époque.

 

Mon but, aujourd’hui, est de vous parler d’un homme de 76 ans pratiquement inconnu selon les critĂšres de notoriĂ©tĂ© et de rĂ©ussite sociale typiques d’aujourd’hui. Un homme qui a fait publier un livre en 2013.

Nous sommes le mercredi 2 septembre 2020, jour du dĂ©but du procĂšs des attentats de Charlie Hebdo et de L’Hyper Cacher.

 

 

Mais nous sommes aussi le jour de la sortie du film Police d’Anne Fontaine avec Virginie Efira, Omar Sy et GrĂ©gory Gadebois. Un film que j’aimerais voir. Un film dont je devrais plutĂŽt vous parler. Au mĂȘme titre que le film Tenet de Christopher Nolan, sorti la semaine derniĂšre. Un des films trĂšs attendus de l’étĂ©, destinĂ© Ă  relancer la frĂ©quentation des salles de cinĂ©ma aprĂšs leur fermeture due au Covid. Un film d’autant plus dĂ©sirĂ© que Christopher Nolan est un rĂ©alisateur reconnu et que l’autre grosse sortie espĂ©rĂ©e, le film Mulan , produit par Disney, ne sortira pas comme prĂ©vu dans les salles de cinĂ©ma. Le PDG de Disney prĂ©fĂ©rant obliger les gens Ă  s’abonner Ă  Disney+ (29, 99 dollars l’abonnement aux Etats-Unis ou 25 euros environ en Europe) pour avoir le droit de voir le film. Au prix fort, une place de cinĂ©ma Ă  Paris peut coĂ»ter entre 10 et 12 euros.

 

 

Tenet, qui dure prĂšs de 2h30,  m’a contrariĂ©. Je suis allĂ© le voir la semaine derniĂšre. Tenet est selon moi la bande annonce des films prĂ©cĂ©dents et futurs de Christopher Nolan dont j’avais aimĂ© les films avant cela. Un film de James Bond sans James Bond. On apprend dans Tenet qu’il suffit de poser sa main sur la pĂ©dale de frein d’une voiture qui file Ă  toute allure pour qu’elle s’arrĂȘte au bout de cinq mĂštres. J’aurais dĂ» m’arrĂȘter de la mĂȘme façon avant de choisir d’aller le regarder. Heureusement qu’il y a Robert Pattinson dans le film ainsi que Elizabeth Debicki que j’avais beaucoup aimĂ©e dans Les Veuves rĂ©alisĂ© en 2018 par Steve McQueen.

 

Distorsions temporelles

 

Nolan affectionne les distorsions temporelles dans ses films. Je le fais aussi dans mes articles :

 

 

En 2013, lorsqu’est paru Le Monde comme il me parle de Kersauson, Omar Sy, un des acteurs du film Police, sorti aujourd’hui,  Ă©tait dĂ©jĂ  devenu un « grand acteur Â».

GrĂące Ă  la grande audience qu’avait connue le film Intouchables rĂ©alisĂ© en
2011 par Olivier Nakache et Eric Toledano. PrĂšs de vingt millions d’entrĂ©es dans les salles de cinĂ©ma seulement en France. Un film qui a permis Ă  Omar Sy de jouer dans une grosse production amĂ©ricaine. Sans le succĂšs d’Intouchables, nous n’aurions pas vu Omar Sy dans le rĂŽle de Bishop dans un film de X-Men (X-Men : Days of future past rĂ©alisĂ© en 2014 par Bryan Singer).

 

J’ai de la sympathie pour Omar Sy. Et cela, bien avant Intouchables. Mais ce n’est pas un acteur qui m’a particuliĂšrement Ă©patĂ© pour son jeu pour l’instant. A la diffĂ©rence de Virginie Efira et de GrĂ©gory Gadebois.

Virginie Efira, d’abord animatrice de tĂ©lĂ©vision pendant une dizaine d’annĂ©es, est plus reconnue aujourd’hui qu’en 2013, annĂ©e de sortie du livre de Kersauson.

J’aime beaucoup le jeu d’actrice de Virginie Efira et ce que je crois percevoir d’elle. Son visage et ses personnages ont une allure plutĂŽt fade au premier regard : ils sont souvent le contraire.

GrĂ©gory Gadebois, passĂ© par la comĂ©die Française, m’a « eu Â» lorsque je l’ai vu dans le AngĂšle et Tony rĂ©alisĂ© par Alix Delaporte en 2011. Je ne me souviens pas de lui dans Go Fast rĂ©alisĂ© en 2008 par Olivier Van Hoofstadt.

 

Je ne me défile pas en parlant de ces trois acteurs.

 

Je continue de parler du livre de Kersauson. Je parle seulement, à ma façon, un petit peu du monde dans lequel était sorti son livre, précisément.

 

Kersauson est Ă©videmment un Ă©minent pratiquant des distorsions temporelles. Et, grĂące Ă  lui, j’ai sans doute compris la raison pour laquelle, sur une des plages du Gosier, en Guadeloupe, j’avais pu ĂȘtre captivĂ© par les vagues. En Ă©tant nĂ©anmoins incapable de l’expliquer Ă  un copain, Eguz, qui m’avait surpris. Pour lui, mon attitude Ă©tait plus suspecte que d’ignorer le corps d’une femme nue. Il y en avait peut-ĂȘtre une, d’ailleurs, dans les environs.

 

Page 12 de Le Monde comme il me parle :

 

« Le chant de la mer, c’est l’éternitĂ© dans l’oreille. Dans l’archipel des Tuamotu, en PolynĂ©sie, j’entends des vagues qui ont des milliers d’annĂ©es. C’est frappant. Ce sont des vagues qui brisent au milieu du plus grand ocĂ©an du monde. Il n y  a pas de marĂ©e ici, alors ces vagues tapent toujours au mĂȘme endroit Â».

 

Tabarly

 

A une Ă©poque, adolescent, Kersauson lisait un livre par jour. Il le dit dans Le Monde comme il me parle.

 

J’imagine qu’il est assez peu allĂ© au cinĂ©ma. Page 50 :

 

« (
.) Quand je suis dĂ©mobilisĂ©, je reste avec lui ( Eric Tabarly). Evidemment. Je tombe sur un mec dont le seul programme est de naviguer. Il est certain que je n’allais pas laisser passer ça Â».

 

Page 51 :

 

«  Tabarly avait, pour moi, toutes les clĂ©s du monde que je voulais connaĂźtre. C’était un immense marin et, en mer, un homme dĂ©licieux Ă  vivre Â».

 

Page 54 :

« C’est le temps en mer qui comptait. Et, avec Eric, je passais neuf mois de l’annĂ©e en mer Â».

 

A cette Ă©poque, Ă  la fin des annĂ©es 60, Kersauson avait 23 ou 24 ans. Les virĂ©es entre « potes Â» ou entre « amies Â» que l’on peut connaĂźtre dans les soirĂ©es ou lors de certains sĂ©jours de vacances, se sont dĂ©roulĂ©es autour du monde et sur la mer pour lui. Avec Eric Tabarly, rĂ©fĂ©rence mondiale de la voile.

 

Page 51 :

 

« (
..) Il faut se rendre compte qu’à l’époque, le monde industriel français se demande comment aider Eric Tabarly- tant il est crĂ©atif, ingĂ©nieux. Il suscite la passion. C’est le bureau d’études de chez Dassault qui rĂšgle nos problĂšmes techniques ! Â».

 

 

Le moment des bilans

 

 

Il est facile de comprendre que croiser un mentor comme Tabarly Ă  24 ans laisse une trace. Mais Kersauson Ă©tait dĂ©jĂ  un tĂ©nor lorsqu’ils se sont rencontrĂ©s. Il avait dĂ©ja un aplomb lĂ  ou d’autres avaient des implants. Et, aujourd’hui, en plus, on a besoin de tout un tas d’applis, de consignes et de protections pour aller de l’avant.

J’avais lu MĂ©moires du large, paru en Mai 1998 (dont la rĂ©daction est attribuĂ©e Ă  Eric Tabarly) quelques annĂ©es aprĂšs sa mort. Tabarly est mort en mer en juin 1998.

 Tabarly Ă©tait aussi intraitable que Kersauson dans son rapport Ă  la vie. Kersauson Ă©crit dans Le Monde comme il me parle, page 83 :

«  Ce qui m’a toujours sidĂ©rĂ©, chez l’ĂȘtre humain, c’est le manque de cohĂ©rence entre ce qu’il pense et ce qu’il fait (
). J’ai toujours tentĂ© de vivre comme je le pensais. Et je m’aperçois que nous ne sommes pas si nombreux dans cette entreprise Â».

 

Tabarly avait la mĂȘme vision de la vie. Il  l’exprimait avec d’autres mots.

 

Que ce soit en lisant Kersauson ou en lisant Tabarly, je me considĂšre comme faisant partie du lot des ruminants. Et c’est peut-ĂȘtre aussi pour cela que je tiens autant Ă  cet article. Il me donne sans doute l’impression d’ĂȘtre un petit peu moins mouton mĂȘme si mon intrĂ©piditĂ© sera un souvenir avant mĂȘme la fin de la rĂ©daction de cet article.

 

« DiffĂ©rence entre la technologie et l’esclavage. Les esclaves ont pleinement conscience qu’ils ne sont pas libres Â» affirme Nicholas Nassim Taleb dont les propos sont citĂ©s par le Dr Judson Brewer dans son livre Le Craving ( Pourquoi on devient accro et comment se libĂ©rer), page 65.

 

Un peu plus loin, le Dr Judson Brewer rappelle ce qu’est une addiction, terme qui n’a Ă©tĂ© employĂ© par aucun des intervenants, hier, lors du « dĂ©bat Â» animĂ© par Pascal Praud sur Cnews Ă  propos de la consommation de Cannabis. Comme Ă  propos des amendes qui seront dĂ©sormais infligĂ©es automatiquement Ă  toute personne surprise en flagrant dĂ©lit de consommation de cannabis :

D’abord 135 euros d’amende. Ou 200 euros ?

En Ă©coutant Pascal Praud sur Cnews hier ( il a au moins eu la sincĂ©ritĂ© de confesser qu’il n’avait jamais fumĂ© un pĂ©tard de sa vie)  la solution Ă  la consommation de cannabis passe par des amendes dissuasives, donc par la rĂ©pression, et par l’autoritĂ© parentale.

 

Le Dr Judson Brewer rappelle ce qu’est une addiction (page 68 de son livre) :

 

«  Un usage rĂ©pĂ©tĂ© malgrĂ© les consĂ©quences nĂ©gatives Â». 

 

Donc, rĂ©primer ne suffira pas Ă  endiguer les addictions au cannabis par exemple. RĂ©primer par le porte-monnaie provoquera une augmentation des agressions sur la voie publique. Puisqu’il faudra que les personnes addict ou dĂ©pendantes se procurent l’argent pour acheter leur substance. J’ai rencontrĂ© au moins un mĂ©decin addictologue qui nous a dit en formation qu’il lui arrivait de faire des prescriptions de produits de substitution pour Ă©viter qu’une personne addict n’agresse des personnes sur la voie publique afin de leur soutirer de l’argent en vue de s’acheter sa dose. On ne parlait pas d’une addiction au cannabis. Mais, selon moi, les consĂ©quences peuvent ĂȘtre les mĂȘmes pour certains usagers de cannabis.

 

Le point commun entre une addiction (avec ou sans substance) et cette « incohĂ©rence Â» par rapport Ă  la vie que pointe un Kersauson ainsi qu’un Tabarly avant lui, c’est que nous sommes trĂšs nombreux Ă  maintenir des habitudes de vie qui ont sur nous des « consĂ©quences nĂ©gatives Â». Par manque d’imagination. Par manque de modĂšle. Par manque de courage ou d’estomac. Par manque d’accompagnement. Par manque d’estime de soi. Par Devoir. Oui, par Devoir. Et Par peur.

 

La Peur

On peut bien-sĂ»r penser Ă  la peur du changement. Comme Ă  la peur partir Ă  l’aventure.

 

Kersauson affirme dans son livre qu’il n’a peur de rien. C’est lĂ  oĂč je lui trouve un cĂŽtĂ© Bernard Lavilliers des ocĂ©ans. Pour sa façon de rouler des mĂ©caniques. Je ne lui conteste pas son courage en mer ou sur la terre. Je crois Ă  son autoritĂ©, Ă  sa dĂ©termination comme ses trĂšs hautes capacitĂ©s d’intimidation et de commandement.

 

Mais avoir peur de rien, ça n’existe pas. Tout le monde a peur de quelque chose, Ă  un moment ou Ă  un autre. Certaines personnes sont fortes pour transcender leur peur. Pour  s’en servir pour accomplir des actions que peu de personnes pourraient rĂ©aliser. Mais on a tous peur de quelque chose.

 

Kersauson a peut-ĂȘtre oubliĂ©. Ou, sĂ»rement qu’il a peur plus tardivement que la majoritĂ©. Mais je ne crois pas Ă  une personne dĂ©pourvue totalement de peur. MĂȘme Tabarly, en mer, a pu avoir peur. Je l’ai lu ou entendu. Sauf que Tabarly, comme Kersauson certainement, et comme quelques autres, une minoritĂ©, font partie des personnes (femmes comme hommes, mais aussi enfants) qui ont une aptitude Ă  se reprendre en main et Ă  fendre leur peur.

 

Je pourrais peut-ĂȘtre ajouter que la personne qui parvient Ă  se reprendre alors qu’elle a des moments de peur est plus grande, et sans doute plus forte, que celle qui ignore complĂštement ce qu’est la peur. Pour moi, la personne qui ignore la peur s’aperçoit beaucoup trop tard qu’elle a peur. Lorsqu’elle s’en rend compte, elle est dĂ©jĂ  bien trop engagĂ©e dans un dĂ©nouement qui dĂ©passe sa volontĂ©.

 

Cette remarque mise Ă  part, je trouve Ă  Kersauson, comme Ă  Tabarly et Ă  celles et ceux qui leur ressemblent une parentĂ© Ă©vidente avec l’esprit chevaleresque ou l’esprit du sabre propre aux SamouraĂŻ et Ă  certains aventuriers. Cela n’a rien d’étonnant.

 

L’esprit du samouraï

 

Dans une vidĂ©o postĂ©e sur Youtube le 13 dĂ©cembre 2019, GregMMA, ancien combattant de MMA, rencontre LĂ©o Tamaki, fondateur de l’école Kishinkai Aikido.

 

GregMMA a rencontrĂ© d’autres combattants d’autres disciplines martiales ou en rapport avec le Combat. La particularitĂ© de cette vidĂ©o (qui compte 310 070 vues alors que j’écris l’article) est l’érudition de LĂ©o Tamaki que j’avais entrevue dans une revue. Erudition Ă  laquelle GregMMA se montre heureusement rĂ©ceptif. L’un des attraits du MMA depuis quelques annĂ©es, c’est d’offrir une palette aussi complĂšte que possible de techniques pour se dĂ©fendre comme pour survivre en cas d’agression. C’est La discipline de combat du moment. MĂȘme si le Krav Maga a aussi une bonne cote.  Mais, comme souvent, des comparaisons se font entre tel ou telle discipline martiale, de Self-DĂ©fense ou de combat en termes d’efficacitĂ© dans des conditions rĂ©elles.

 

Je ne donne aucun scoop en Ă©crivant que le MMA attire sĂ»rement plus d’adhĂ©rents aujourd’hui que l’AĂŻkido qui a souvent l’ image d’un art martial dont les postures sont difficiles Ă  assimiler, qui peut faire penser «  Ă  de la danse Â» et dont l’efficacitĂ© dans la vie rĂ©elle peut ĂȘtre mise en doute  :

 

On ne connaĂźt pas de grand champion actuel dans les sports de combats, ou dans les arts martiaux, qui soit AĂŻkidoka. Steven Seagal, c’est au cinĂ©ma et ça date des annĂ©es 1990-2000. Dans les combats UFC, on ne parle pas d’AĂŻkidoka mĂȘme si les combattants UFC sont souvent polyvalents ou ont gĂ©nĂ©ralement cumulĂ© diffĂ©rentes expĂ©riences de techniques et de distances de combat.

 

Lors de cet Ă©change avec GregMMA, LĂ©o Tamaki confirme que le niveau des pratiquants en AĂŻkido a baissĂ©. Ce qui explique aussi en partie le discrĂ©dit qui touche l’AĂŻkido. Il explique la raison de la baisse de niveau :

 

Les derniers grands Maitres d’AĂŻkido avaient connu la Guerre. Ils l’avaient soit vĂ©cue soit en Ă©taient encore imprĂ©gnĂ©s. A partir de lĂ , pour eux, pratiquer l’AĂŻkido, mĂȘme si, comme souvent, ils avaient pu pratiquer d’autres disciplines martiales auparavant, devait leur permettre d’assurer leur survie. C’était immĂ©diat et trĂšs concret. Cela est trĂšs diffĂ©rent de la dĂ©marche qui consiste Ă  aller pratiquer un sport de combat ou un art martial afin de faire « du sport Â», pour perdre du poids ou pour se remettre en forme.

 

Lorsque Kersauson explique au dĂ©but de son livre qu’il a voulu Ă  tout prix faire de sa vie ce qu’il souhaitait, c’était en rĂ©ponse Ă  la Guerre qui Ă©tait pour lui une expĂ©rience trĂšs concrĂšte. Et qui aurait pu lui prendre sa vie.

Lorsque je suis parti faire mon service militaire, qui Ă©tait encore obligatoire Ă  mon « Ă©poque Â», la guerre Ă©tait dĂ©jĂ  une probabilitĂ© Ă©loignĂ©e. Bien plus Ă©loignĂ©e que pour un Kersauson et les personnes de son Ăąge. MĂȘme s’il a vĂ©cu dans un milieu privilĂ©giĂ©, il avait 18 ans en 1962 lorsque l’AlgĂ©rie est devenue indĂ©pendante. D’ailleurs, je crois qu’un de ses frĂšres est parti faire la Guerre d’AlgĂ©rie.

 

On retrouve chez lui comme chez certains adeptes d’arts martiaux , de self-dĂ©fense ou de sport de combat, cet instinct de survie et de libertĂ© qui l’a poussĂ©, lui, Ă  prendre le large. Quitte Ă  perdre sa vie, autant la perdre en  choisissant de faire quelque chose que l’on aime faire. Surtout qu’autour de lui, il s’aperçoit que les aĂźnĂ©s et les anciens qui devraient ĂȘtre Ă  mĂȘme de l’orienter ont dĂ©gustĂ© (Page 43) :

« Bon, l’ancien monde est mort. S’ouvre Ă  moi une pĂ©riode favorable (
.). J’ai 20 ans, j’ai beaucoup lu et je me dis qu’il y a un loup dans la combine :

Je m’aperçois que les vieux se taisent, ne parlent pas. Et comme ils ont fait le trajet avant, ils devraient nous donner le mode d’emploi pour l’avenir, mais rien ! Ils sont vaincus. Alors, je sens qu’il ne faut surtout pas s’adapter Ă  ce qui existe mais crĂ©er ce qui vous convient Â».

 

Nous ne vivons pas dans un pays en guerre.

 

Jusqu’à maintenant, si l’on excepte le chĂŽmage,  certains attentats et les faits divers, nous avons obtenu une certaine sĂ©curitĂ©. Nous ne vivons pas dans un pays en guerre. MĂȘme si, rĂ©guliĂšrement, on nous parle « d’embrasement Â» des banlieues, « d’insĂ©curitĂ© Â» et «  d’ensauvagement Â» de la France. En tant que citoyens, nous n’avons pas Ă  fournir un effort de guerre en dehors du territoire ou Ă  donner notre vie dans une armĂ©e. En contrepartie, nous sommes une majoritĂ© Ă  avoir acceptĂ© et Ă  accepter  certaines conditions de vie et de travail. Plusieurs de ces conditions de vie et de travail sont discutables voire insupportables.

Face Ă  cela, certaines personnes dĂ©veloppent un instinct de survie lĂ©gal ou illĂ©gal. D’autres s’auto-dĂ©truisent ( par les addictions par exemple mais aussi par les accidents du travail, les maladies professionnelles ou les troubles psychosomatiques). D’autres prennent sur eux et se musĂšlent par Devoir
.jusqu’à ce que cela devienne impossible de prendre sur soi. Que ce soit dans les banlieues. Dans certaines catĂ©gories socio-professionnelles. Ou au travers des gilets jaunes.  

 

Et, on en revient Ă  la toute premiĂšre phrase du livre de Kersauson.

 

Le plaisir est ma seule ambition

 

J’ai encore du mal Ă  admettre que cette premiĂšre phrase est/soit peut-ĂȘtre la plus importante du livre. Sans doute parce-que je reste moins libre que Kersauson, et d’autres, question plaisir.

 

Plus loin, Kersauson explicite aussi la nĂ©cessitĂ© de l’engagement et du Devoir. Car c’est aussi un homme d’engagement et de Devoir.

 

Mais mettre le plaisir au premier plan, ça dĂ©limite les Mondes, les ĂȘtres, leur fonction et leur rĂŽle.

 

Parce- qu’il y a celles et ceux qui s’en remettent au mĂ©rite – comme certaines religions, certaines Ă©ducations et certaines institutions nous y entraĂźnent et nous habituent- et qui sont prĂȘts Ă  accepter bien des sacrifices. Sacrifices qui peuvent se rĂ©vĂ©ler vains. Parce que l’on peut ĂȘtre persĂ©vĂ©rant (e ) et mĂ©ritant ( e) et se faire arnaquer. Moralement. Physiquement. Economiquement. Affectivement. C’est l’histoire assez rĂ©pĂ©tĂ©e, encore toute rĂ©cente, par exemple, des soignants comme on l’a vu pendant l’épidĂ©mie du Covid. Ainsi que l’histoire d’autres professions et de bien des gens qui endurent. Qui prennent sur eux. Qui croient en une Justice divine, Ă©tatique ou politique qui va les rĂ©compenser Ă  la hauteur de leurs efforts et de leurs espoirs.

 

Mais c’est aussi l’histoire rĂ©pĂ©tĂ©e de ces spectateurs chevronnĂ©s que nous sommes tous plus ou moins de notre propre vie. Une vie que nous recherchons par Ă©crans interposĂ©s ou Ă  travers celle des autres. Au lieu d’agir. Il faut se rappeler que nous sommes dans une sociĂ©tĂ© de loisirs. Le loisir, c’est diffĂ©rent du plaisir.

 

Le loisir, c’est diffĂ©rent du plaisir

 

 

Le loisir, ça peut ĂȘtre la pause-pipi, la pause-cigarette ou le jour de formation qui sont accordĂ©s parce-que ça permet ensuite Ă  l’employĂ© de continuer d’accepter des conditions de travail inacceptables.

 

Ça peut aussi consister Ă  laisser le conjoint ou la conjointe sortir avec ses amis ou ses amies pour pouvoir mieux continuer de lui imposer notre passivitĂ© et notre mauvaise humeur rĂ©siduelle.

 

C’est les congĂ©s payĂ©s que l’on donne pour que les citoyens se changent les idĂ©es avant la rentrĂ©e oĂč ils vont se faire imposer, imploser et contrĂŽler plus durement. Bien des personnes qui se prendront une amende pour consommation de cannabis seront aussi des personnes adultes et responsables au casier judiciaire vierge, insĂ©rĂ©es socialement, payant leurs impĂŽts et effectuant leur travail correctement. Se contenter de les matraquer Ă  coups d’amende en cas de consommation de cannabis ne va pas les inciter Ă  arrĂȘter d’en consommer. Ou alors, elles se reporteront peut-ĂȘtre sur d’autres addictions plus autorisĂ©es et plus lĂ©gales (alcool et mĂ©dicaments par exemple
.).

 

Le plaisir, c’est l’intĂ©gralitĂ© d’un moment, d’une expĂ©rience comme d’une rencontre. Cela a Ă  voir avec le libre-arbitre. Et non avec sa version fantasmĂ©e, rabotĂ©e, autorisĂ©e ou diluĂ©e.

 

Il faut des moments de loisirs, bien-sûr. On envoie bien nos enfants au centre de loisirs. Et on peut y connaßtre des plaisirs.

 

Mais dire et affirmer «  Le plaisir est ma seule ambition Â», cela signifie qu’à un moment donnĂ©, on est une personne libre. On dĂ©pend alors trĂšs peu d’un gouvernement, d’un parti politique, d’une religion, d’une Ă©ducation, d’un supĂ©rieur hiĂ©rarchique. Il n’y a, alors, pas grand monde au dessus de nous. Il s’agit alors de s’adresser Ă  nous en consĂ©quence. Faute de quoi, notre histoire se terminera. Et chacun partira de son cĂŽtĂ© dans le meilleur des cas.

 

Page 121 :

 

« Je suis indiffĂ©rent aux fĂ©licitations. C’est une force Â».

 

Page 124 :

 

« Nos contemporains n’ont plus le temps de penser (
.) Ils se sont inventĂ© des vies monstrueuses dont ils sont responsables-partiellement Â». Olivier de Kersauson.

 

 

Article de Franck Unimon, mercredi 2 septembre 2020.

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Micro Actif Voyage

Un article simple

 

                                                                 Un article simple. 

 

 

 

On peut aussi complĂ©ter la dĂ©couverte de cet article avec Dans la galerie de Michel ainsi qu’avec GĂ©missements

 

Franck Unimon, ce lundi 10 aout 2020. 

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Corona Circus Voyage

La Vallée des Saints

 

La VallĂ©e des Saints ( Texte et photos, Franck Unimon).

 

Avant de partir en Bretagne, un ami, d’origine bretonne, m’a parlĂ© de la VallĂ©e des Saints….

 

 

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Argenteuil Corona Circus Voyage

Cette nuit : enterrement du mois de mars 2020 en beauté

 

                                                  Cette nuit

Cette nuit, j’ai dĂ» prendre ma voiture pour aller au travail. Je me suis un peu trop relĂąchĂ© hier soir quant aux horaires et j’ai ratĂ© le train. Le suivant arrivait une heure plus tard. Impossible de l’attendre pour ĂȘtre Ă  l’heure au travail.

 

C’était une PremiĂšre pour moi que de devoir prendre ma voiture pour aller au travail sur Paris.

Ce matin, je suis un peu fatiguĂ©. Mais ça n’est pas encore mon heure d’aller me coucher. 

En rentrant tout Ă  l’heure, j’avais prĂ©vu de « publier Â» quelques photos de Tags ou de graffitis pris en photo ces derniĂšres semaines et ces derniers mois jusqu’à ce matin en me rendant au travail ou en revenant. Et puis, finalement, pourquoi se limiter ? Cela fait des annĂ©es que je n’aime pas le mois de mars. Je le trouve trop long. Je n’aime pas cette pĂ©riode. Je vais enterrer ce mois de mars-ci en beautĂ©. Ce sera un peu mon ” We’re gonna chase those crazy baldhead out of town” ( Titre ” Crazy Baldhead” de Bob Marley). En crĂ©ole guadeloupĂ©en, on dirait :

” Nou Kay KrazĂ© Sa !”. ” FoutĂ© Sa An Bwa !”. 

 

Voici donc quelques photos prises entre le mois de Janvier de cette annĂ©e et ce matin en allant au travail ou en en revenant ou ailleurs ( avant le 16 mars 2020) .

Ce ne sont pas des photos du pĂ©riphĂ©rique. Ce sont des photos choisies en Ă©coutant l’album Live de 1991 de Manu Dibango et le titre Crazy Baldhead de Bob Marley en studio ainsi qu’en concert.

Si certaines de ces photos reviennent plusieurs fois, c’est parce-que je n’ai pas voulu choisir entre l’une ou l’autre. On revient bien plusieurs fois aux endroits que l’on aime bien.

 

Merci aux artistes ! Merci aux personnes prĂ©sentes.

Photos prises Ă  Argenteuil, dans la rĂ©gion d’Angers et Ă  Paris.

Franck Unimon, ce mardi 31 mars 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au conservatoire d’Argenteuil.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette galette s’appelle la ” Peggy”.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le danseur Dany ( ou Dani).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Voyage

New-York 2011

 

 

Le PrĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump envisagerait de fermer les frontiĂšres des Etats-Unis pendant une trentaine de jours en vue de tenter d’attraper le Coronavirus Covid 19 par la chatte. J’ai un petit peu modifiĂ© ce qu’une collĂšgue m’a appris ce matin. Mais l’idĂ©e de fermeture des frontiĂšres des Etats-Unis Ă©tait bien lĂ . S’il m’a Ă©tĂ© pour l’instant impossible de vĂ©rifier le caractĂšre officiel de cette information, un rapide passage sur le net m’a rappelĂ© que la fermeture des frontiĂšres, pour compenser peut-ĂȘtre une trop grande ouverture de la braguette et de la bouche, fait partie des leitmotiv du prĂ©sident amĂ©ricain. En France, rĂ©cemment, l’épidĂ©mie du coronavirus Covid 19 et toute l’attention qu’elle captive a permis de faire passer la rĂ©forme des retraites en poussant avec le 49.3.

 

Aux Etats-Unis, peut-ĂȘtre que la peur du Coronavirus Covid 19 permet Ă  Donald Trump de pratiquer au passage une certaine forme de protectionnisme Ă©conomique envers la Chine et le reste du monde. Devant ce genre de pensĂ©e et le climat actuel envers le coronavirus Covid 19,  on se croirait un peu dans le film Les fils de l’homme (Children of men) d’Alfonson Cuaron, un film beaucoup trop ignorĂ© que le rĂ©alisateur mexicain avait rĂ©alisĂ© en 2006 plusieurs annĂ©es avant Gravity ( 2013).  

 

Oui, prĂ©ciser la nationalitĂ© d’Alfonson Cuaron a son importance au mĂȘme titre que celle d’Alejandro Inarritu ( Ă©galement mexicain) ou encore de Robert Rodriguez ( AmĂ©ricain d’origine mexicaine) qui a entre-autres rĂ©alisĂ© rĂ©cemment Alita : Battle Angel ( 2019) inspirĂ© du manga Gunnm crĂ©Ă© par le Japonais Yukito Kishiro au dĂ©but des annĂ©es 1990.

 

Cuaron, Inarritu et Rodriguez ont au moins en commun de partager des origines mexicaines mais aussi de prescrire un cinĂ©ma qui fait beaucoup de bien Ă  l’Art ainsi qu’à l’économie amĂ©ricaine. Pourtant,  selon la logique d’un Donald Trump et d’autres dĂ©cideurs et dĂ©cideuses, ils auraient dĂ» rester confinĂ©s dans « leur Â» pays ou y ĂȘtre renvoyĂ©s Coronavirus ou non, car le Mexique, c’est le pays de la Drogue et des cartels qui est frontalier avec les Etats-Unis. Et le Mexique est aussi l’un des pays de celles et ceux qui entrent clandestinement aux Etats-Unis afin d’essayer d’y trouver une meilleure vie. Le film Brooklyn Secret  qui sort ce 18 mars au cinĂ©ma parle aussi de ça.

 

C’est Ă©tonnant ( effrayant) comme une Ă©pidĂ©mie peut trĂšs vite permettre l’expansion de pensĂ©es et d’idĂ©es racistes. Ce qui se passe en ce moment vis-Ă -vis du Coronavirus Covid 19 et des “Chinois” comme de celles et ceux que l’on estime susceptibles d’ĂȘtre “sales”, “impurs” ou tout simplement porteurs du virus me rappelle ce qui se disait lors de l’Ă©pidĂ©mie du Sida dans les annĂ©es 80 :

Les homosexuels, les HaĂŻtiens, les prostituĂ©es et les toxicomanes Ă©taient alors perçus comme responsables ( plutĂŽt que victimes) de l’Ă©pidĂ©mie et aussi comme celles et ceux qui Ă©taient ainsi “punis” pour leurs vices ou leurs pĂ©chĂ©s.  On peut croire ces idĂ©es limitĂ©es par des barrages. Mais non.

Il y a Ă  peu prĂšs un mois maintenant, prĂšs du Val de GrĂące, dans la rue,  j’avais aperçu un SDF qui avait sollicitĂ© une femme d’origine asiatique afin qu’elle lui donne une piĂšce. Celle-ci avait refusĂ©. L’instant d’aprĂšs, le mĂȘme SDF insultait la mĂȘme femme, l’intimant Ă  rentrer chez elle avec son Coronavirus !

Hier soir, une de mes collĂšgues a vu des passagers dĂ©serter la voiture du mĂ©tro oĂč elle se trouvait. Elle est ainsi restĂ©e seule
avec des passagers d’origine asiatique. La peur et l’angoisse font surgir des Ă©tats de folie sociale qui devient une norme beaucoup plus puissante que les services de psychiatrie qui sont souvent jugĂ©s pour leurs travers plus que pour leurs  habilitĂ©s. Peut-ĂȘtre parce-que la folie sociale est mobile, variable, et peut trĂšs facilement devenir indĂ©tectable aprĂšs ses crimes et ses excĂšs. Sauf si l’on dĂ©cide d’une enquĂȘte  aprĂšs coup et mĂȘme de cette façon il n’est pas toujours certain d’en retrouver les principaux acteurs afin de les confronter Ă  leurs agissements. Alors que la psychiatrie, elle, reste localisable et identifiable de par ses murs et son statut Ă  peu prĂšs immuables ainsi que par ses intervenants, ses victimes et ses tĂ©moins.

 

Qu’il soit rĂ©Ă©lu ou que son mandat de prĂ©sident s’arrĂȘte bientĂŽt, Donald Trump passera dans l’Histoire. Et, malgrĂ© ses erreurs, ses fautes et ses coups de folie, il finira vraisemblablement sa vie en restant libre et dans le confort comme celles et ceux qui lui ressemblent. Contrairement Ă  la majoritĂ© des femmes et des hommes de cette terre, que ceux-ci soient chinois, mexicains, clandestins ou autres.

 

Je n’avais pas prĂ©vu une introduction aussi longue avant de  « raconter Â» ce sĂ©jour que ma compagne et moi avions effectuĂ© Ă  New-York en 2011.

 

Je ne crois pas que ce soit toujours « mieux avant Â». Par contre, je crois que ça peut faire du bien de revoir ce qui a pu ĂȘtre vĂ©cu et qu’on peut aussi le voir « mieux Â» qu’avant.

 

Je crois surtout que reparler de ce voyage d’aprĂšs les notes que j’avais alors prises est une bonne façon de retourner dans ce pays que le prĂ©sident Donald Trump veut de plus en plus fermer dans un monde qui semble de plus en plus en train de se fermer :

Ce matin, en prenant cette photo Ă  la gare de Paris St-Lazare, je voulais surtout capter cette discordance qui est dĂ©jĂ  notre ordinaire- et notre imaginaire- oĂč, d’un cĂŽtĂ©, une pub en hauteur reprĂ©sentant l’actrice Julia Roberts nous affirme en souriant que la vie est belle. Donc, que nous aussi, femmes et hommes inclus, nous devons nous Ă©lever, sourire et nous persuader que nos vies sont des triomphes parfumĂ©s. Tandis que d’un autre cĂŽtĂ©, un panneau, comme il y en a tant dĂ©sormais, nous rappelle les consignes d’hygiĂšne Ă  suivre en raison de l’épidĂ©mie du Coronavirus Covid 19. Et comment nous devons rĂ©guliĂšrement parfumer nos mains avec du savon ou une solution hydro-alcoolique que nous pouvons bien-sĂ»r nous procurer ( acheter) en magasin ou dans des pharmacies. 

Et, ce n’est qu’en rentrant chez moi et en dĂ©couvrant les photos sur mon Ă©cran d’ordinateur que je me suis aperçu que ce panneau nous incitait aussi Ă  la prudence et nous rappelait que nous Ă©tions toujours sous le plan Vigipirate. Entre l’épidĂ©mie du Coronavirus Covid 19 et la peur du terrorisme, je me suis dit que nous Ă©tions de plus en plus cernĂ©s. Et que nous nous y sommes dĂ©jĂ  accoutumĂ©s. Je me suis aussi dit que, pourtant, nous sommes sĂ»rement aujourd’hui plus libres que demain. Mais, Ă©videmment, ce qui peut faire la diffĂ©rence autant voire plus que les Ă©vĂ©nements que nous vivons, c’est souvent notre regard et notre attitude vis-Ă -vis d’eux. 

Franck Unimon, ce jeudi 12 mars 2020.

 

 

 

Dimanche 8 octobre 2011, New-York.

 

 

Save you Money !

 

Nous sommes dans notre chambre d’hĂŽtel lorsque les femmes de mĂ©nage arrivent.

Une Noire qui a Ă  peu prĂšs 60 ans. Une Blanche originaire de Montenegro, qui a vĂ©cu en Italie, et qui vit maintenant Ă  New-York depuis 16 ans. Elle et moi discutons alors qu’elle travaille seule dans notre chambre. Voici ce qu’elle me dit :

Le quartier oĂč se trouve l’hĂŽtel est un quartier de riches.  Plus on descend, plus c’est riche. Elle m’enjoint Ă  aller Ă  Harlem afin que je vois Ă  quoi ressemble la vie de mes semblables. Elle m’assure que je n’y aurai aucun problĂšme.

Elle ne me parle pas du Bronx, me recommande, si je prends le train, de taire le fait que je suis Français.

Macy’s ? Trop cher. Aller plutĂŽt dans le centre commercial prĂšs de l’ancien emplacement des tours du World Trade Center.  En semaine. Central Park est accessible Ă  pied depuis l’hĂŽtel. « Save your money ! Â».

 

Vers 17h30, nous sommes Ă  la gare Grand Central. Est-ce lĂ  qu’a eu lieu une scĂšne du film X-Men ?

La foule palpite dans la gare. Le flic que je viens d’interpeller me rĂ©pond, goguenard, que le pont de Brooklyn a un dĂ©but. De quel cĂŽtĂ© veux-je le traverser ?

 

Dans le mĂ©tro vers Brooklyn, la foule est subitement dopĂ©e par la reprĂ©sentation numĂ©rique des Noirs. Une petite femme noire d’environ 1m50 , boulotte, Ă  peine la trentaine, s’accroche avec un jeune blanc d’une vingtaine d’annĂ©es du type Ă©tudiant. Celui-ci est avec deux copains.  Le compagnon (noir) de la jeune femme, visiblement, se lĂšve trĂšs vite et commence Ă  apostropher «l’étudiant Â». Lequel se dĂ©fend en disant :

« Ce n’est pas d’elle dont je parlais
. Â». 

Cela nous donne un aperçu d’une certaine tension raciale ou de ce que l’hystĂ©rie peut provoquer :

Je me suis imaginĂ© qu’avant cet incident, le couple noir s’était disputĂ© d’oĂč la distance entre la jeune femme noire et son compagnon. Avant « l’accrochage Â» avec le jeune Ă©tudiant blanc, La femme Ă©tait debout, prĂšs de la porte d’entrĂ©e du mĂ©tro, presqu’à gĂȘner le passage. Tandis que L’homme (son compagnon) assis un ou deux mĂštres plus loin, Ă©tait alors occupĂ© Ă  jouer sur son tĂ©lĂ©phone portable avec leur enfant assis Ă  ses cĂŽtĂ©s.

 

 

 

Dimanche 9 octobre. 7h30, heure locale. HĂŽtel intercontinental, The Barclay. New-York.

 

Do you want cold water ?

 

On fait toute une histoire de New-York. Mais je ne sens nulle transformation. Je suis un touriste. Un consommateur.  Une carte bancaire. Des billets en banque.

Je suis celui, hier, qui a perdu 5 dollars en achetant deux billets de mĂ©tro utilisables une seule fois alors que j’aurais dĂ©jĂ  pu acheter une Metrocard Unlimited pour une semaine pour 29 dollars. Ce qui me permettrait de prendre bus et mĂ©tros de façon illimitĂ©e
.

C’est ce que nous a rĂ©expliquĂ© hier soir une agent du mĂ©tro, derriĂšre son guichet, alors que nous revenions de Brooklyn.

La femme, noire, la quarantaine, Ă©tait sympathique.

A New-York, je suis aveugle et sourd. Comme d’habitude. Mais, ici, je m’en rends davantage compte. Je passe devant des bĂątiments dont j’ignore la rĂ©elle fonction :

Tribunal ? UniversitĂ© ? BibliothĂšque ? Vu que la plupart des bĂątiments sont imposants, on a l’impression que tout bĂątiment est important. Et vu qu’il y’a beaucoup de voitures de police, vides ou occupĂ©es par des policiers qui attendent, on a l’impression que beaucoup d’endroits sont prestigieux.

 

Hier soir, prĂšs de la gare de Brooklyn Bridge City Hall, en pleine nuit, c’est avec un peu d’inquiĂ©tude que je me suis dĂ©cidĂ© Ă  pisser dans un coin. AprĂšs le passage d’un flic noir. A quelques mĂštres de deux mecs qui discutaient. Ma compagne s’est Ă©loignĂ©e. Elle avait tentĂ© de me dissuader, prĂ©occupĂ©e Ă  l’idĂ©e que je me retrouve en prison.

Moi, sĂ»r de mon fait et vidant ma vessie, je repensais Ă  cette phrase lue dans le mĂ©tro Ă  propos de tout paquet abandonnĂ© suspect :

« If you see something say something Â». Allais-je ĂȘtre dĂ©noncĂ© ? Mais je n’en pouvais plus.

 

Ici, Ma compagne et moi sommes deux touristes dans une sorte de supermarchĂ© au toc un peu clinquant oĂč d’autres touristes dĂ©barquent et claquent du fric. OĂč, hier, une employĂ©e derriĂšre son guichet m’a rĂ©pondu que l’accĂšs Ă  internet est effectivement gratuit. En Wifi avec son ordinateur personnel. Sinon, moyennant 8 dollars et quelques dĂ©bits de notre carte bancaire, j’aurai droit
à 15 minutes d’internet.

Dans la mĂȘme idĂ©e, dans cet hĂŽtel, une omelette avec trois Ɠufs (avec libre choix des condiments ?) coĂ»te 22 dollars.

Pour moins de 20 dollars hier soir, Ă  Chinatown, au 67 Bayard Street, au restaurant Xi’an Famous Foods, Ma compagne et moi avons eu un plat chacun :

 

Concubine’s chicken noodles ( 6 dollars).

Spicy cumin Lamb noodles ( 7 dollars) + 1 chrysanthĂšme tea ( 1,50 dollar) + 1 sour tea (1,50 dollar).

 

 

Hier soir, en sortant du mĂ©tro, le pont de Brooklyn Ă©tait indiquĂ©. Mais, aussi, dans une direction opposĂ©e :

 

Chinatown et Little Italy.

 

Nous avons suivi la procession le long du pont. Nous avons croisĂ© la foule, plus importante, qui revenait du pont. PrĂšs du pont, une voiture de police. De part et d’autre du pont, une circulation routiĂšre, fluide, et assez rapide. Et nous sur le pont. Sur le pont, donc, du monde. Le coucher de soleil Ă©tait passĂ©. Quelques coureuses et coureurs. Plusieurs personnes Ă  vĂ©lo se signalant aux piĂ©tons, lesquels ne tenaient pas toujours compte du sens aller et retour indiquĂ© au sol.

Deux couples en sĂ©ance de photo dans leur tenue de mariage. D’autres personnes

(familles, couples) se photographiant ou se faisant photographier. Des photographes, plein de photographes, avec des compacts, des reflex ou autres. Au loin, la Tour Eiffel ?

Non, la statue de la Liberté.

 

 

Un peu de marche dans Brooklyn. Plus calme. PrĂšs de Montaigue Street. RĂ©apparition de jeunes couples noirs. Nous restons peu de temps. Nous voulons aller Ă  Chinatown et Ă  Little Italy. MĂ©tro oĂč nous croisons cette employĂ©e noire qui m’explique que ces billets que nous avons achetĂ©s 2, 50 dollars l’unitĂ© sont bons pour la poubelle : car ils sont valables une seule fois et deux heures maximum aprĂšs leur achat.

 

ArrĂȘt Ă  Brooklyn Bridge City Hall de nouveau. J’ai plusieurs fois entendu parler de l’aspect dĂ©labrĂ© du mĂ©tro de New-York. Mais je suis plus marquĂ© par le fait qu’il fasse chaud dans les couloirs et sur les quais des mĂ©tros de New-York. Par contre, le mĂ©tro est climatisĂ©. Trop. Mais les New-Yorkais semblent s’en accommoder.

 

A la gare de Brooklyn Bridge, je demande notre chemin Ă  une jeune. 18 ans maximum. Elle est avec deux de ses copines. Elle n’est pas trop sĂ»re d’elle. Elle me recommande nĂ©anmoins un itinĂ©raire. Peu aprĂšs, j’interpelle un flic, la trentaine : il suffit de descendre tout droit Ă  l’entendre.

 

Cent mĂštres plus loin, je redemande Ă  un homme d’une cinquantaine d’annĂ©es apparemment avec sa femme ou sa maitresse :

Descendre jusqu’à Canal Street puis tourner à droite.

A Canal Street, j’interroge un jeune chinois qui se promĂšne avec deux copains. Il me rĂ©pond :

« This is Chinatown Â».

 

 

Bien qu’il parle AmĂ©ricain, il a un accent cantonais. Un restaurant ? Il m’indique un point visuel. C’est de cette façon qu’aprĂšs ĂȘtre passĂ©s devant plusieurs restaurants asiatiques, nous nous arrĂȘtons au Xi’ an Famous Foods tenu visiblement par un jeune homme d’environ 25 ans, trĂšs commerçant et trĂšs sĂ»r de lui. SĂ»rement un bon parti.

Dans le restaurant, nous sommes d’abord les seules personnes de couleur noire. ClientĂšle assez jeune. 30 ans de moyenne d’ñge. Un grand blanc (entre 1m90 et 2mĂštres) semble y avoir ses habitudes. Il mange une salade, une soupe puis passe une autre commande. Je l’imagine Australien. Devant lui, une feuille. Manifestement du travail. Chercheur ?

Les plats sont trĂšs bons. TrĂšs bonnes pĂątes fraĂźches. Mais un peu trop Ă©picĂ©es. Voire un peu trop salĂ©es. Mais c’est bon.

En quittant le restaurant, nous avisons un marchant ambulant de fruits : bananes, mangues
celui-ci parle Ă  peine Anglais. Son accent est sur « coussin Â» cantonais. Mais il sait parler argent. Il est peu aimable. Celle qui le remplace aussi. Je crois qu’il part avec sa radio, laquelle diffuse un programme en Cantonais ou en Mandarin.

Je m’y perds un peu avec ces petites piĂšces de monnaie : quarter dollar, dime. Impossible de savoir si je me fais voler de 5 ou 10 centimes. Mais les prix sont abordables. Moins de 2 dollars un kilo de bananes. 1 dollar 25, la mangue.

Non loin de lĂ , toujours dans Bayard Street, nous tombons sur le Colombus Park Pavillion. Des Asiatiques semblent y pratiquer des arts martiaux. Nous nous rapprochons et nous tombons sur des femmes et des hommes asiatiques attablĂ©s dans le parc :

Ils jouent aux cartes, au GO peut-ĂȘtre ou au Mah Jong. Il y’ a plus d’hommes que de femmes. Les femmes d’un cĂŽtĂ©. Les hommes de l’autre.

Celles et ceux qui jouent sont parfois entourĂ©s de spectateurs. Tout se passe, quand nous passons, en silence. A priori, personne ne nous remarque. Mais c’est sans doute trompeur.

A une table de jeu, deux jeunes dĂ©notent. Ils ont Ă  peine 30 ans, sont plutĂŽt grands, entre 1m80 et 1m90, sont vĂȘtus de maniĂšre assez disco, assez branchĂ©e voire transsexuelle : Leur chemise, leurs bottes, la couleur de leurs cheveux, les pommettes hautes. L’un des deux jeunes joue, l’autre regarde. Les autres joueurs et les autres spectateurs ont une bonne soixantaine d’annĂ©es, portent des vestes et pantalons gris, plutĂŽt fripĂ©s.

 

 

Nos combattants sont finalement des amateurs. Ils sont une dizaine. 5 ou 6 filles. 4 ou 5 hommes. Un homme, apparemment SDF ou Ă©garĂ©, les filme avec son tĂ©lĂ©phone portable. En se marrant. Est-il ivre ? Il fait quelques commentaires. La bonne cinquantaine, en costume lui aussi, sa prĂ©sence semble peu dĂ©ranger nos pratiquants d’arts martiaux.

Les filles sont des débutantes. Elles ont la vingtaine. Celui qui semble faire autorité leur enseigne des gestes. Les filles ne sont pas douées.

Deux binĂŽmes de garçons s’entraĂźnent. Un des « profs Â» me remarque. La sĂ©ance se poursuit. Celui-ci s’occupe d’un jeune qui doit avoir environ 25 ans. Le jeune, torse nu, a un tatouage dans le dos. Bas de survĂȘtement noir, baskets noires (des Nike apparemment) il semble trĂšs disposĂ© Ă  donner des crochets dans les gants de celui qui l’entraĂźne. Mais il est moins concentrĂ© pour retenir les enchainements demandĂ©s. Celui qui l’entraĂźne, assez gros, apparaĂźt particuliĂšrement raide des hanches.

Le prof envisage de montrer un nouvel exercice Ă  un des garçons. Il lance un coup de pied bas, se fait un claquage ou une crampe. Il active sa jambe, essaie de s’étirer. Cela ne passe pas. Cela lui fait tellement mal qu’il doit partir s’asseoir. J’entends une des filles lui demander :

 

« Do you want cold water ? Â».

En tout et pour tout, nous avons dĂ» rester environ dix minutes. A aucun moment, je n’ai eu l’impression que nous avons ou que nous aurions pu faire partie d’eux :

Depuis notre arrivĂ©e Ă  New-York, j’ai dĂ©jĂ  croisĂ© des couples mixtes. Mais les communautĂ©s prĂ©sentes Ă  New-York semblent assez peu permĂ©ables entre elles.