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Matrix RĂ©surrections- un film de Lana Wachowski

 

                           Matrix Resurrections un film de Lana Wachowski

 

 Dix huit ans plus tĂ´t, Matrix RĂ©volutions clĂ´turait de manière bâclĂ©e la trilogie Matrix. Le premier Matrix, rĂ©alisĂ© en 1999, avait Ă©tĂ© le mieux rĂ©ussi. Les deux suivants, Matrix Reloaded puis Matrix RĂ©volutions s’étaient suivis de trop près. MĂŞme si j’avais aimĂ© voir ces deux suites, j’avais Ă©tĂ© soulagĂ© de voir la fin de Matrix RĂ©volutions des « frères Â» Wachowski.

 

Après ça, mĂŞme si les frères Wachowski, devenus ensuite des femmes, avaient rĂ©alisĂ© d’autres films, ceux-ci avaient moins captivĂ© le public. Ou m’avaient moins donnĂ© envie de tous les voir. Matrix avait fait beaucoup parler. V pour Vendetta ? Parlez en Ă  celles et ceux qui connaissent l’œuvre d’Alan Moore que les Wachowski avaient adaptĂ©. Je ne suis pas sĂ»r qu’ils aient unanimement apprĂ©ciĂ© le rendu. Alan Moore, quant Ă  lui, a reniĂ© toutes les adaptations cinĂ©matographiques qui ont pu ĂŞtre faites de ses Ĺ“uvres.

 

L’acteur Keanu Reeves/ NĂ©o avait aussi du mal Ă  se remettre de ce gros coup de booster que lui avait donnĂ© la trilogie Matrix. La carrière de Keanu Reeves est vraiment très particulière. PassĂ© par le cinĂ©ma d’auteur avec My Own Private Idaho de Gus Van Sant qui dĂ©rangerait certaines mĹ“urs, il avait ensuite « dĂ©collĂ© Â» commercialement dans des films de très grands rĂ©alisateurs tels Francis Ford Coppola dans Dracula oĂą il jouait un jeune romantique innocent puis dans des films d’action pour adolescents : Speed, Point Break.

Keanu Reeves était un peu l’un des alter-ego, en moins populaire, d’un Tom Cruise d’avant Magnolia de Paul Thomas…Anderson.

 

Anderson, l’homme quelconque que personne ne remarque. MĂŞme pas frustrĂ© comme JosĂ© Garcia ou Philippe Harel dans le film Extension du domaine de la lutte  adaptĂ© d’un des livres de Michel Houellebecq.

 

Même pas bouffi de rage comme Chris Penn dans Nos Funérailles d’Abel Ferrara.

 

MĂŞme pas.

 

Gigolo dans My Own Private Idaho, Keanu Reeves/ Néo/ Thomas Anderson est asexué dans le premier Matrix. Ses pulsations érectiles sont au plus bas vu qu’elles sont inexistantes. Aucun stéthoscope sophistiqué ni aucune main habile ne saurait détecter chez lui ne serait-ce que des fourmillements d’ailes de papillon.

 

Malgré cette particularité assez fréquente dans les rôles de Keanu Reeves, cette asexualité et cette absence de…vice ou de sournoiserie dans ses rôles (comme savent en mettre un Samuel Jackson ou un Benicio Del Toro) Keanu Reeves a su véritablement retrouver une carrière après Matrix grâce à John Wick.

 

John Wick est un homme qui aspire à vivre tranquillement avec son chien et les chevaux de ses voitures et que quelqu’un contraint toujours à exécuter des gens.

 

Dans Matrix Resurrections, on retrouve du John Wick pour la coupe de cheveux. Cette coupe de cheveux est raccord avec le job qu’occupe dĂ©sormais Thomas Anderson :

 

Celui de concepteur vedette dans une entreprise de jeux vidĂ©os. J’ai beaucoup aimĂ© cette rĂ©miniscence du succès qu’a pu connaĂ®tre Thomas Anderson grâce Ă  son jeu vidĂ©o. Et, comment, elle a pu lui faire perdre un moment, un certain sens de la « rĂ©alitĂ© Â».

 

J’ai aussi trouvé à Thomas Anderson un côté Bob Sinclar, le DJ français. Bien-sûr, Néo/Thomas Anderson, lui, s’y connaît davantage en mixage de scènes de combats qu’en mixage de titres de musique.

 

De quoi nous parle Matrix Resurrections  qui dure près de 2h40 ?

 

De la solitude.

 

Et de l’amour comme principal parachute devant le vertige de notre solitude. Les trois premiers Matrix parlaient déjà ça.

 

Bound rĂ©alisĂ© auparavant par les frères Wachowski rajoutait de l’érotisme Ă  cet amour entre deux hĂ©roĂŻnes. Etonnamment, cet Ă©rotisme a disparu, a toujours Ă©tĂ© absent, entre NĂ©o et Trinity (l’actrice Carrie Anne-Moss). Peut-ĂŞtre parce-que le tempĂ©rament de Trinity, « plus masculin ? Â», apparaĂ®t comme incompatible avec l’érotisme compte tenu de la « fĂ©minitĂ© Â» de NĂ©o pour les Wachowski ?

 

Cela surprend pour des réalisateurs qui ont été capables de changer de genre. Et c’est d’autant plus étonnant après un film comme Border réalisé par Ali Abassi ( d’après une œuvre littéraire) qui nous montre que les rôles masculin et féminin peuvent être inversés tout en préservant de l’érotisme au sein d’un couple.

 

Pourquoi est-ce que j’insiste autant que ça sur ces questions de « genre Â» ? Parce-que les scènes d’actions, mĂŞme si elles sont bien sĂ»r rĂ©ussies dans Matrix Resurrections, sont lĂ  pour assurer le spectacle et y arrivent bien dans l’ensemble. Et puis, en regardant un peu, on voit bien que Lana Wachowski met des indices de « genre Â» selon moi moins affirmĂ©s dans la trilogie initiale.

Le jeune Morpheus est ainsi au minimum queer ou homo dans Matrix Resurrections ou flirte en tout cas plusieurs fois avec le coming out homosexuel selon certains codes. Quant Ă  ces histoires de pilule bleue et de pilule rouge, difficile, aujourd’hui, de ne pas penser un peu au chemsex ou, peut-ĂŞtre, au GHB.

 

L’allusion au ciel arc en ciel à la fin du film fait aussi penser au drapeau homo et à tous les mouvements militants LGBTQ+ où ce drapeau est visible. Il me semble que ces signes étaient moins présents dans la trilogie de départ.

 

J’ai beaucoup aimĂ© la relation de NĂ©o avec son analyste. Une relation de dĂ©pendance qu’a peut-ĂŞtre connue Lana Wachowski ou d’autres personnes. L’analyste Ă©tant le garant mais aussi le gardien d’une certaine rĂ©alitĂ©. Et, comme tout chaman, tout gourou malveillant, ou toute sociĂ©tĂ© mortifère, de cette rĂ©alitĂ© dans lequel il nous retient prisonnier, il peut dĂ©cider de garder la clĂ©. Dans Matrix Resurrections, la psychanalyse confesse et guide le Christ ( NĂ©o). L’analyste semble avoir pris le pouvoir sur la religion. 

 

 

 

Les miroirs, dans Matrix, sont souvent prĂ©sents. Et on les traverse. Mais les traverser, c’est aussi traverser notre propre identitĂ©. Nos limites seraient donc permĂ©ables de la mĂŞme manière que nos muqueuses. Et ça, ça peut effrayer. Un analyste, c’est aussi un miroir. Un miroir qui nous fixe et qui nous empĂŞche de le franchir. Comme de dĂ©border hors de certaines limites. Dans Matrix Resurrections, Lana Wachowski continue de se battre avec les limites. On peut vraiment dire du film qu’il est « border line Â».

La paranoïa environnante fait toujours l’atmosphère du film. Au point que l’on peut se demander comment, malgré ça, Néo et Trinity peuvent-ils arriver à s’aimer et se comprendre. Le coup de foudre, la destinée, nous répond à nouveau Lana Wachowski. Ouais….

 

Contrairement à Néo, Trinity semble toujours bien ancrée dans la réalité et très pragmatique.

 

 

Le film a aussi conservĂ© ses moments de grand bavardage. C’est supposĂ© ĂŞtre explicatif ou doit sans doute servir Ă  crĂ©er un Ă©quilibre entre l’action et la rĂ©flexion. Mais Lana Wachowski a moins de verve que Tarantino. Et son style est trop « lourd Â» pour ĂŞtre un « pousseur d’âme Â» comme peut l’être le cinĂ©ma de Kieslowski.

 

Le scĂ©nario continue de tourner autour de : il faut absolument sauver quelqu’un que l’on aime. Autrement, cette personne va mourir. Pour cela, il nous faut dĂ©sobĂ©ir. Notre temps est comptĂ©. Sinon, nous aussi, nous allons tous mourir, et, alors, nous ne pourrons plus jamais dĂ©sobĂ©ir Ă  qui que ce soit.

Les machines auront gagné.

 

 

Par contre, question humour, on a quelques scènes très réussies ( Ah, Lambert Wilson !).

 

Les autres bons cĂ´tĂ©s du film :

 

C’est très plaisant, en tant que cinéphile, de pouvoir aller voir la suite d’une trilogie que l’on a aimé découvrir au cinéma vingt ans plus tôt. Et Lana Wachowski sait inclure quelques scènes de cette trilogie dans le film.

 

Je me suis montrĂ© assez critique envers les vertus de l’amour selon Sainte Lana Wachowski, pourtant l’histoire d’amour entre NĂ©o et Trinity m’est apparue rĂ©aliste. Et je trouve vraisemblable le rĂ´le de femme jouĂ© par Trinity/Tiffany lorsqu’ils se revoient. J’aurais mĂŞme aimĂ© qu’elle se transforme en une sorte de Hancock au fĂ©minin avec ses deux « gamins Â» lorsqu’elle commence Ă  se « rĂ©veiller Â».

 

 

Ce Matrix Resurrections nous fait aussi du bien car il fait partie d’une histoire oĂą nous Ă©tions davantage insouciants. Le premier Matrix Ă©tait sorti avant les attentats du 11 septembre 2001 Ă  New-York. C’était aussi une Ă©poque oĂą internet et la tĂ©lĂ©phonie mobile se dĂ©mocratisaient. Nokia, alors, Ă©tait la rĂ©fĂ©rence mondiale en tĂ©lĂ©phone portable. L’iphone mais aussi Facebook n’existaient pas. L’urgence climatique, dĂ©ja connue, Ă©tait aussi moins discernĂ©e. Le diesel “coulait” alors Ă  flots dans les rĂ©servoirs des voitures. 

 Matrix Resurrections, c’est aussi ça : un film qui se veut visionnaire et qui l’est Ă  sa manière (il va ĂŞtre très difficile de traverser le miroir de la salle de bain chez soi mĂŞme en Ă©tant Ă©perdument amoureux) et qui appartient aussi Ă  un passĂ© oĂą l’on pouvait faire certains choix disparus ou plus difficiles Ă  faire aujourd’hui.  

 

La rĂ©alisatrice milite d’ailleurs aussi en faveur des salles de cinĂ©ma. Son film passe uniquement dans les salles de cinĂ©ma- comme c’était encore la norme au dĂ©but des annĂ©es 2000- alors que depuis quelques annĂ©es, certaines maisons de production contournent les salles de cinĂ©ma pour promouvoir « leurs Â» films. Tandis que de nouvelles entreprises Ă©trangères au cinĂ©ma telles Amazon se lancent de plus en plus dans des productions cinĂ©matographiques.

 

En conclusion :

 

 Matrix Resurrections n’est pas un chef d’œuvre mais je suis content d’ĂŞtre allĂ© le voir dès son premier jour de sortie au cinĂ©ma. Par contre, je n’irai pas le revoir. Alors que j’avais vu Matrix trois fois Ă  sa sortie.

Paris, 13 ème arrondissement, mercredi 22 décembre 2021.

 

 

Franck Unimon, mercredi 22 décembre 2021.

 

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VĂ©lo Taffe

Repousser ses limites pour Noël

Paris, près de l’Ă©glise de la Madeleine, samedi 18 dĂ©cembre 2021, entre 18h45 et 19h10.

 

” C’est bientĂ´t, NoĂ«l, il faut se faire plaisir”.

Le train arrivait Ă  la gare de Paris St Lazare. Deux dames conversaient entre elles. Une femme africaine d’une cinquantaine d’annĂ©es et une europĂ©enne un peu plus jeune. La première avait eu du mal Ă  se servir de son tĂ©lĂ©phone portable. La seconde lui avait expliquĂ© que son tĂ©lĂ©phone portable Ă©tait trop surchargĂ© en documents. La plus âgĂ©e venait de prendre une rĂ©solution tandis que le quai se rapprochait :

“Je vais effacer toutes les photos et m’acheter un autre tĂ©lĂ©phone portable!”.

 

 

Près de l’Ă©glise de la Madeleine, Paris, samedi 18 dĂ©cembre 2021, entre 18h45 et 19h10.

 

Hier soir, j’ai repris mon vĂ©lo pour rejoindre mon lieu de travail depuis Paris St Lazare. Il y avait du monde en partance. Chacun semblait savoir prĂ©cisĂ©ment oĂą il se rendait. Il y avait une espèce  d’urgence. Entre la gare St Lazare et la place de la Concorde, beaucoup de monde. Beaucoup de voitures.

 

Paris, le long des Tuileries, ce samedi 18 décembre 2021, vers 19h.

 

 

Mais aussi des gens contents d’ĂŞtre lĂ  et de se dĂ©tendre. Les vacances de NoĂ«l avaient commencĂ©.

 

 

Place de la Concorde, Paris, quelques minutes avant la photo précédente, ce samedi 18 décembre 2021.

 

 

Après la place de la Concorde, j’ai aperçu un homme avancer d’un pas pressĂ©. Il portait des sacs que j’ai devinĂ©s remplis d’achats pour les cadeaux de NoĂ«l. Il fallait faire vite.

 

Parti en avance, j’ai pris mon temps pour quelques photos. Puis, au dĂ©but du Bd Raspail, un cycliste m’a dĂ©passĂ©. Je me suis rappelĂ© que j’allais au travail et j’ai voulu le rattraper. Au dĂ©but, j’y suis arrivĂ©. Celui-ci suivait une autre personne sur un deux roues Ă©quipe d’un moteur Ă  pneus larges. Il se mettait en danseuse pour sprinter dès le dĂ©but afin de se mettre “dans” la roue de l’homme “motorisĂ©”. Difficile de savoir s’ils se connaissaient ou si celui que j’essayais de rattraper entendait profiter de cette opportunitĂ© pour s’entraĂ®ner. Il portait un Jean’s. Il Ă©tait sur un vĂ©lo de “cycliste”. Moi, je me tenais droit sur mon vĂ©lo pliant, avec mon sac Ă  dos transportant mes vĂŞtements de rechange et mon repas pour le dĂ®ner et le petit-dĂ©jeuner. Ainsi qu’un livre ( Celui qui s’est Ă©chappĂ© de Chris Ryan ). Je voyageais “lĂ©ger”. Et, je voyagerai encore plus lĂ©ger en reconnaissant qu’après plusieurs dizaines ou centaines de mètres, Ă  mesure que le Bd Raspail montait et qu’il fallait s’arrĂŞter au feu rouge puis repartir et se relancer, j’ai eu du mal Ă  suivre. A repousser mes limites. Je n’ai pas Ă©tĂ© Ă  la hauteur. Me mettre en danseuse comme l’autre devant ? Sur mon vĂ©lo pliant, achetĂ© dans la chaine de magasins de sport grand public DĂ©cathlon, j’ai dĂ©veloppĂ©, plutĂ´t qu’un braquet impitoyable, une sorte d’orgueil snob qui m’interdit de soulever mes fesses. Je pĂ©dale “droit” sans tortiller mes fesses de droite Ă  gauche, surĂ©levĂ© au dessus de ma selle, laissant mes membres infĂ©rieurs faire leur travail et mon buste et ma tĂŞte s’occuper de la direction et de la stratĂ©gie Ă  adopter. 

 

Mais hier soir, cette hiĂ©rarchie n’a pas suffi. Il en faut peu pour ĂŞtre distancĂ©. Ensuite, l’Ă©cart se rallonge. Et, soit on persiste. Soit on revient Ă  soi-mĂŞme en se disant que l’on est Ă  l’heure. Que l’on n’est pas lĂ  pour faire la course. Et, aussi, que douze heures de travail nous attendent.

 

Je suis arrivĂ© tranquillement au travail. Lorsque j’ai pris ma douche, j’avais totalement oubliĂ© que je venais de perdre le maillot Ă  pois du meilleur grimpeur du Bd Raspail.

 

Ce matin, j’ai fait le chemin en sens inverse en profitant pleinement de ce calme mental et matinal, dans les rues de Paris, un dimanche matin mais aussi un jour de vacances. J’ai croisĂ© un homme qui faisait son footing. Sa belle foulĂ©e m’a donnĂ© envie de faire comme lui. Cela m’arrive quelques fois. Mais je ne peux pas ĂŞtre partout. 

 

Paris, ce dimanche 19 décembre 2021, un peu avant 9 heures du matin.

 

Paris, ce dimanche 19 décembre 2021, vers 9 heures du matin, près de la gare St Lazare.

 

 

Paris, ce dimanche 19 décembre 2021, vers 9 heures du matin, près de la Gare St Lazare.

 

 

Paris, ce dimanche 19 décembre 2021, vers 9 heures du matin, près de la gare St Lazare.

 

 

Paris, ce dimanche 19 décembre 2021 vers 9 heures du matin, près de la gare St Lazare.

 

Paris, ce dimanche 19 décembre 2021 vers 9 heures du matin, près de la gare St Lazare.

 

Paris, ce dimanche 19 décembre 2021, vers 9 heures du matin.

 

Franck Unimon, ce dimanche 19 dĂ©cembre 2021. 

 

 

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Corona Circus Puissants Fonds/ Livres

Helie de Saint Marc par Laurent Beccaria

Helie de Saint Marc par Laurent Beccaria

 

 

« Tu veux ĂŞtre bon ?! Va oĂą est le chaos… Â».

 

Nous sommes des millions, en France, Ă  considĂ©rer qu’à partir de ce soir ( ce vendredi 17 dĂ©cembre 2021)  vont dĂ©buter les vacances de NoĂ«l. Et de nombreux prĂ©paratifs, dans cette intention, ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© entamĂ©s.

 

Qu’est-ce qu’on va manger ? Avec qui on va faire la fĂŞte ? Quoi offrir ?

 

Pour certains, Noël et ses vacances sont une période joyeuse. Pour d’autres, il s’agira d’un bataillon de leurres à endurer plus que d’autres jours. Une croix à porter.

Gare de Paris St Lazare, 7 décembre 2021.

 

 

Toutes ces illuminations et ces airs de musique optimistes. Avec ces suggestions de cadeaux qui se dĂ©versent mĂŞme dans  des mĂ©dia « sĂ©rieux Â». ForĂŞts hormonales- et de nitrates- surgies brutalement et Ă  travers lesquelles il s’agira de cheminer comme si tout cela Ă©tait normal. Et qui disparaitront ensuite pour ĂŞtre remplacĂ©es par d’autres tĂ©nors magistraux : les soldes, la galette des rois….

 

HĂ©lie de Saint Marc, lui, ne fĂŞtera pas NoĂ«l. Il est mort en 2013…à 91 ans.  Après plus de 90 NoĂ«l. C’est une longĂ©vitĂ© Ă©tonnante pour un homme qui a fait beaucoup plus que de dĂ©corer des sapins de NoĂ«l.

 

Il a envoyé quelques hommes au sapin, en a vu d’autres se faire harponner par lui. Et, lui-même, dans sa jeunesse, avait évité de peu sa transformation en sapin. C’était pendant la Seconde Guerre Mondiale, dans un camp de concentration nazi. Il avait à peu près vingt ans. Puis en Indochine. Il y avait eu, aussi, la Guerre d’Algérie….

 

Les dĂ©corations militaires qu’ HĂ©lie de Saint Marc avait reçues ne venaient pas d’un magasin vendant des articles pour NoĂ«l.  

 

Je serai peut-être décédé bien avant mes 91 ans, moi qui bénéficie encore de la sécurité sociale, d’une certaine sécurité de l’emploi et qui réussis à manger à ma faim. Mais aussi à me plaindre, à être insatisfait. Et si, un jour, on parle un petit peu plus de moi que lui et de toutes celles et tous ceux qui lui ont ressemblé, qui lui ressemblent ou lui ressembleront, noirs, blancs, jaunes, arabes, hétérosexuels ou homosexuels, transgenres ou queer, femmes, hommes ou enfants, cela ne changera rien aux faits.

 

Les faits sont que HĂ©lie de Saint Marc, comme celles et ceux qui lui ressemblent, pour moi, est une très grande personne. Beaucoup plus que moi. Et, obtenir plus de « popularitĂ© Â» que lui, si cela arrivait, n’y changera rien.

L’Ă©crivaine Annie Ernaux, vraisemblablement en 1963.

 

Soyons prĂ©cis : c’est ce que j’ai cru entrevoir chez l’homme qu’a Ă©tĂ© HĂ©lie de Saint Marc, malgrĂ© son parcours de militaire qui me fait Ă©crire ça. Certaines de ses…valeurs. Il aura Ă©tĂ© un homme engagĂ© et un rĂ©sistant. Il existe diffĂ©rentes formes de rĂ©sistances. Pour moi, lorsque Annie Ernaux, dans sa nouvelle, L’évĂ©nement, raconte son avortement clandestin, en 1963, alors qu’elle a une vingtaine d’annĂ©es, dans le pĂ©rimètre de Rouen, je vois aussi une rĂ©sistante.

Et, lorsqu’en Guadeloupe, le musicien Vélo, joue du Gwo-Ka, alors que ce genre de musique est alors mal perçu ( ou le Maloya à la Réunion à une certaine époque), je vois aussi un résistant.

 

Aujourd’hui, le mot RĂ©silience, beaucoup transmis par Boris Cyrulnik, est souvent « dictĂ© Â» comme une Ă©vidence, mĂŞlĂ©s parmi d’autres termes qui seraient nos boussoles et nos idĂ©aux communs et immĂ©diats :

 

Humanité, tolérance, bienveillance, être une famille, entraide, solidarité, écologie, démocratie, égalité, liberté, écoute, assistance, conseil, rebondir…

 

Les personnes résistantes sont celles qui s’aperçoivent que la pensée dominante est un échec. Et que le chaos auquel cette pensée obéit ne fera rien sortir de bon ou de meilleur chez l’être humain.

 

« Tu veux ĂŞtre bon ?! Va oĂą est le chaos…. Â». Cette phrase ne signifie pas :

 

« Fais-toi plaisir, Ă©crase tout le monde autour de toi parce-que tu es très fort et que tu as beaucoup de pouvoir Â».

 

Cette phrase ne signifie pas : « Bâtis un empire de carnage Ă  ton image et prends ton pied absolu sans te retourner. Et sans jamais te prĂ©occuper des autres ou te consacrer Ă  eux Â».

 

Contexte de lecture

 

HĂ©lie de Saint Marc, un prĂ©nom et un nom  inconnus, aujourd’hui.

 

Comparativement au variant Omicron de la pandémie du Covid. Au rappeur Orelsan .

Gare de Paris St Lazare, 7 dĂ©cembre 2021. En haut Ă  droite, au dessus de la sortie, une affiche montrant le rappeur Orelsan pour la promotion de son nouvel album ” Civilisation”.

 

 

Pardon pour la chronologie mais j’essaie de trouver des actualitĂ©s qui parlent ou parleront rapidement au plus grand nombre :

 

Ouvrage dirigĂ© par Zineb El Razhaoui, ancienne journaliste de ” Charlie Hebdo”, dans lequel elle recueille 13 tĂ©moignages de victimes ou de proches de victimes des attentats islamistes du 13 novembre 2015 Ă  Paris. Elle fait aussi le portrait du meneur de ces attentats.

Le procès des attentats islamistes du 13 novembre 2015 ; Le candidat aux Ă©lections prĂ©sidentielles polĂ©miste-journaliste-Ă©crivain-extrĂ©miste de droite-futur papa Eric Zemmour ; la pĂ©nurie infirmière et mĂ©dicale ;

 

 

L’hebdomadaire TĂ©lĂ©rama de ce 15 dĂ©cembre 2021.

 

 

le refus du passe sanitaire et de l’obligation vaccinale en Guadeloupe et dans d’autres rĂ©gions de France et d’outre-mer ;

 

 

Le journal ” Charlie Hebdo” de ce 15 dĂ©cembre 2021.

 

 

la normalisation des relations de certains pays du Machrek tels le Maroc avec IsraĂ«l ; L’emprise croissante de la Chine sur Hong-Kong et dans le Monde ; L’incarcĂ©ration Ă  la prison de la SantĂ© de Claude GuĂ©ant , l’ancien Ministre de l’intĂ©rieur très sĂ»r de lui, de l’ex PrĂ©sident de la RĂ©publique, Nicolas Sarkozy pour dĂ©tournement de fonds ; L’accusation de viol portĂ©e Ă  l’encontre de personnalitĂ©s populaires ( masculines) telles que Nicolas Hulot, ancien Ministre mais aussi animateur de tĂ©lĂ© vedette, Yannick Agnel, ancien champion olympique de natation ; La Turquie qui brĂ»le ou ampute les doigts de certains de ses Ă©crivains afin qu’ils ne puissent plus Ă©crire ; La sonde Parker Solar Probe, de la NASA, qui a « touchĂ© le soleil pour la première fois Â» (La sonde lancĂ©e en 2018  «   a franchi une bordure symbolique appelĂ©e la frontière d’Alfvèn Â» situĂ©e Ă  15 millions de kilomètres de la surface du Soleil Â». Article de France info publiĂ© le 16 dĂ©cembre 2021) ; la sortie du « nouveau Â» film Matrix RĂ©surrections ce 22 dĂ©cembre 2021. La mort rĂ©cente de Pierre Rabhi, Ă©cologiste modèle, homophobe et assez misogyne.  

 

 

Première page de couverture du journal ” Charlie Hebdo” de ce 8 dĂ©cembre 2021. Avec, Ă  gauche, l’homme politique, Eric Ciotti, au centre, la femme politique ValĂ©rie PĂ©cresse, Ă  droite, la femme politique Marine Le Pen et, allongĂ©, Ă  plat ventre, Eric Zemmour ex-journaliste, polĂ©miste, Ă©crivain qui s’est dĂ©clarĂ© rĂ©cemment candidat aux Ă©lections prĂ©sidentielles de 2022.

 

 

Hélie de Saint Marc n’appartient plus à cette époque. Mais je cite ces quelques événements car je crois que connaître un peu le contexte qui entoure une lecture peut rajouter du relief et une certaine profondeur à un article.

 

La couverture de l’hebdomadaire TĂ©lĂ©rama de ce 15 dĂ©cembre 2021. Le rappeur Joey Starr, un des meneurs du groupe de Rap NTM ou SuprĂŞme NTM y est montrĂ© en première page. Aujourd’hui, le groupe NTM n’existe plus. Mais un film consacrĂ© au groupe ” Les SuprĂŞmes” d’Audrey Estrougou est sorti au cinĂ©ma le 24 novembre 2021 et marche plutĂ´t bien en salle. Par ailleurs, Joey Starr, depuis cette photo en 1988, est depuis devenu un acteur et un comĂ©dien ( tant au cinĂ©ma qu’au théâtre) reconnus. Ce que rien en particulier ne laissait prĂ©sager lorsque le groupe NTM a sorti ses premiers albums dans les annĂ©es 90, Joey Starr se faisant plus “connaĂ®tre” pour ses frasques ainsi que pour sa musique et ses prestations scĂ©niques.

 

 

Ma « dĂ©couverte Â» de HĂ©lie de Saint Marc  :

J’avais « entendu Â» parler de HĂ©lie de Saint Marc sans doute un peu avant sa mort.

 

« Tu veux ĂŞtre bon ?! Va oĂą est le chaos Â» n’est pas de lui.

 

Le Maitre Kacem Zoughari en couverture d’un prĂ©cĂ©dent numĂ©ro de la très bonne revue d’Arts martiaux, Yashima.

 

 Cette phrase- Ă  laquelle j’ai dĂ©jĂ  fait rĂ©fĂ©rence- a Ă©tĂ© prononcĂ©e par Kacem Zoughari, Maitre d’Arts martiaux, lorsqu’il avait Ă©tĂ© interviewĂ© pour le magazine Yashima par LĂ©o Tamaki, un autre Maitre d’Arts Martiaux. Un des Maitres d’Arts Martiaux de Kacem Zoughari , devenu un Sensei lui-mĂŞme, lui avait donnĂ© un jour ce « conseil Â».

 

 

 HĂ©lie de Saint Marc n’était ni prĂŞtre, ni rappeur, ni Maitre d’Arts Martiaux :

Il a Ă©tĂ© rĂ©sistant, dĂ©portĂ© dans un camp de concentration nazi, militaire, lĂ©gionnaire parachutiste, officier. Il a avait Ă©tĂ© entachĂ© par sa participation au putsch des gĂ©nĂ©raux en AlgĂ©rie en 1961 qui s’est opposĂ© au GĂ©nĂ©ral de Gaulle. CondamnĂ© pour cela Ă  faire de la prison. Puis rĂ©habilitĂ© après plusieurs annĂ©es d’incarcĂ©ration. Enfin, il est devenu Ă©crivain et ses livres, oĂą il raconte « ses Â» guerres et ses Ă©poques, sont bien cotĂ©s.

Je n’en n’ai lu aucun pour l’instant par contre j’ai lu cette biographie que lui a consacrĂ©, de son vivant, un des membres de sa famille, Laurent Beccaria, historien, ainsi que cet ouvrage qui retranscrivait sa rencontre avec un ancien officier nazi :

Notre Histoire avec August Von Kageneck , conversations recueillies par Etienne de Montety.  

 

Autant que je le comprenne, HĂ©lie de Saint Marc n’a jamais eu d’ambitions politiques et n’a jamais cherchĂ© Ă  se montrer dans les mĂ©dia ou  Ă  participer Ă  une Ă©mission de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ©. Il Ă©tait plutĂ´t Ă  l’opposĂ© de ce mode de « vie Â».

 

Ce qui le différencie complètement d’un Général de Gaulle, son aîné de plusieurs années, qui avait désobéi au Maréchal Pétain en entrant dans la Résistance, c’est son absence d’ambition et stratégie politique. C’est aussi ce qui le sépare de certains des généraux qu’il avait rejoints lors du putsch des généraux en Algérie en 1961. C’est, entre autres, ce qui ressort de cette biographie.

 

Qu’ai-je retenu de cette biographie ?

 

Si le variant Omicron de la pandĂ©mie du Covid est de aujourd’hui le variant dont on parle de plus en plus depuis le dĂ©but officiel de cette pandĂ©mie en France en mars 2020, j’avais lu ou commencĂ© Ă  lire cet ouvrage lorsque le variant Delta de la pandĂ©mie Ă©tait dominant. Peut-ĂŞtre avant l’obligation vaccinale comme celle du passe sanitaire dĂ©cidĂ©e par le PrĂ©sident Macron et son gouvernement ce 12 juillet.  

 

J’ai terminé sa lecture il y a maintenant deux ou trois mois. Je me rappelle d’un jeune Hélie de Saint Marc, issu d’une famille vivant dans les environs de Bordeaux depuis plusieurs générations, plutôt d’un bon milieu social. Une famille cultivée. Catholique pratiquante. Je me rappelle d’un père (celui de Hélie de Saint Marc) avocat ou notaire, ôtant son chapeau avec respect lorsqu’il croisait des juifs forcés par le gouvernement Pétain à porter l’étoile jaune.

 

Je me souviens d’un jeune Hélie de Saint Marc plus à l’aise pour parcourir la région à vélo que pour réaliser des prouesses intellectuelles à l’école. Le travail scolaire lui demandant beaucoup d’efforts afin d’obtenir des résultats moyens ou corrects. Par contre, le jeune Hélie, qui avait au moins un frère, lisait avec admiration les récits de certains grands hommes ou aventuriers.

 

 

Lorsque l’Allemagne nazie envahit la France jusqu’à se rĂ©pandre Ă  Bordeaux, c’est la colère qui anime le jeune HĂ©lie de Saint Marc. Dans cet ouvrage ou dans Notre Histoire, il rappellera comme il avait alors fait l’expĂ©rience douloureuse – voire traumatique- et s’en rappellera plus tard, qu’un grand empire Ă©tabli et semblant parti pour durer peut pĂ©ricliter en très peu de temps. La France d’aujourd’hui n’est peut-ĂŞtre qu’une vitrine de NoĂ«l pour touristes, consommateurs, extrĂ©mistes ou terroristes et apparaĂ®t assez souvent comme la spectatrice un peu consultĂ©e des dĂ©cisions prises par les plus grandes Puissances (La Chine, les Etats Unis, la Russie, Le Japon, l’Allemagne, IsraĂ«l…). Le rĂ©cent ratĂ© oĂą l’Australie a prĂ©fĂ©rĂ©, finalement, rompre le contrat par lequel elle s’était engagĂ©e Ă  acheter des sous-marins nuclĂ©aires Ă  la France au bĂ©nĂ©fice des Etats-Unis et de la Grande Bretagne « prouve Â» Ă  quel point la France a reculĂ© ou recule dans le classement des Nations qui « comptent Â».

 

 Mais la France des annĂ©es 1940 Ă©tait encore une des plus grandes Puissances mondiales. Ainsi qu’une des plus grandes Puissances coloniales. C’est dans cette France et dans sa mĂ©moire concrète et directe qu’HĂ©lie de Saint Marc est nĂ© et a grandi. MĂ©moire d’autant plus concrète qu’il Ă©tait nĂ© dans l’hexagone et qu’il avait suffisamment d’aisance et de conscience sociale et intellectuelle pour en ressentir une certaine fiertĂ©.

Mes grands parents paternels et maternels, de la même génération qu’Hélie de Saint Marc, tous nés en Guadeloupe, un peu plus de cinquante ans après l’abolition de l’esclavage, dans un milieu social rural, manuel, modeste voire pauvre, avaient très certainement une autre perception de la France. Mais aussi de leur propre importance dans le monde en tant que personnes.

 

 

 

 

Extrait du journal ” Charlie Hebdo” du 15 dĂ©cembre 2021 Ă  propos du refus, en Guadeloupe, de la vaccination anti-Covid et du passe sanitaire obligatoires.

 

 

Bien-sĂ»r, ĂŞtre issu d’un milieu modeste et « sinistrĂ© Â» n’empĂŞche pas, malgrĂ© tout, d’être pourvu d’une certaine conscience de soi et de s’accorder de l’importance. Mais cela nĂ©cessite sĂ»rement une très grande confiance en soi, une pulsion de vie particulièrement dĂ©veloppĂ©e, voire hors norme, un farouche optimisme en mĂŞme temps que certaines qualitĂ©s ou vertus d’opportunisme. Soit des aptitudes qui peuvent ĂŞtre prĂ©sentes en beaucoup d’entre nous. Encore faut-il s’autoriser Ă  les exprimer. Or, ce qui opprime et refrène aussi, beaucoup, les ĂŞtres, c’est toute cette armada de censures et d’interdits qu’ils se sont copieusement entraĂ®nĂ©s Ă  assimiler pour ĂŞtre acceptĂ©s ou aimĂ©s.

 

 

A telle époque et dans telle région, il s’agira d’adopter telle religion pour être bien vu ou pour éviter la mort et l’humiliation économique, sociale ou physique.

Ailleurs, ce sera telle langue plutĂ´t qu’une autre. Ou telles mĹ“urs. Aller Ă  contre-courant de ces normes et de ces pensĂ©es dominantes nĂ©cessite plus que de la chance et de la « simple Â» volontĂ©. C’est l’une des raisons pour lesquelles, après avoir Ă©tĂ© des fidèles croyants, nous sommes majoritairement des consommateurs et des exĂ©cutants.

 

Parce qu’être lucide en permanence, s’opposer,  rĂ©sister (la crĂ©ativitĂ© culturelle et artistique font partie de la rĂ©sistance) ou devenir un meneur exige des efforts particuliers. Efforts qui ne sont pas toujours louĂ©s, compris, encouragĂ©s ou partagĂ©s par nos familiers ou proches. Efforts qui ne rencontrent pas toujours le succès et la reconnaissance….

 

Le contraire du mot « consommateur Â», c’est peut-ĂŞtre, dans sa version active et radicale, de devenir un transformateur. Et dans sa version plus sociable et plus indulgente, cela consiste Ă  essayer de devenir un transmetteur.

Première page du New York Times du 8 décembre 2021.

 

 

La résistance

 

 

RĂ©sister, s’affirmer, c’est donc, Ă  un moment ou Ă  un autre,  ĂŞtre prĂŞt, si nĂ©cessitĂ©, Ă  s’exiler mĂŞme si cela peut devenir dangereux. Parce-que s’exposer Ă  l’inconnu et Ă  l’isolement pour une durĂ©e indĂ©terminĂ©e est une aventure dangereuse.

 

C’est  pourtant ce que va faire le jeune HĂ©lie de Saint Marc. Sa connaissance de la rĂ©gion va d’abord faire de lui un messager opportun, et de confiance, pour la rĂ©sistance française. Un univers d’hommes  plus âgĂ©s que lui. Dans un mouvement de rĂ©sistance bien organisĂ©.

En lisant ce livre, je dĂ©couvrirai que si l’on a souvent une image idĂ©alisĂ©e a posteriori de la rĂ©sistance comme d’une action collective hĂ©roĂŻque et bien structurĂ©e, qu’il Ă©tait,  aussi, des mouvements de rĂ©sistance si mal organisĂ©s qu’un certain nombre de leurs membres, pourtant exemplaires, se sont fait attraper ou tuer comme des amateurs. Leur tort Ă©tant d’avoir confiĂ© trop facilement leur vie Ă  des meneurs…incompĂ©tents en termes d’organisation. Ce qui,  aujourd’hui, pourrait aussi nous faire penser Ă   des cadres, des entraĂ®neurs, des conjoints, des amis, des proches, des professionnels ou des chefs d’entreprise (ou d’Etats) incompĂ©tents.

 

Dans le numĂ©ro du journal Le Parisien d’hier, je suis retombĂ© sur ce fait divers arrivĂ© le 8 juin 2018 Ă  Argenteuil, dans ma ville, dans le centre commercial CĂ´tĂ© Seine. Un centre commercial que je n’aime pas et, oĂą, le 8 juin 2018, une mère a perdu un de ses jeunes enfants. Son erreur ? Avoir fait confiance Ă  l’ascenseur qui permettait d’accĂ©der Ă  l’étage supĂ©rieur. Des ascenseurs dans des immeubles ou dans des centres commerciaux, nous en prenons tous. Celui-ci a « lâchĂ© Â» sur plus de deux mètres. Le mĂ´me n’a pas eu le temps de sortir. Il est mort Ă©crasĂ© sous les yeux de sa mère et de son jeune frère. Trois ans plus tard, aucun des responsables des diverses entreprises chargĂ©es de la maintenance de l’ascenseur n’a eu Ă  s’expliquer devant un tribunal. Chacune des entreprises renvoie Ă  l’autre Ă  la responsabilitĂ© de la dĂ©faillance.

 

Voici ce que m’évoque, aujourd’hui, ces rĂ©sistantes et rĂ©sistants, qui, hier, comme aujourd’hui, confient ou confieront facilement leur vie Ă  certains dĂ©cideurs ou dirigeants qui, de leur cĂ´tĂ©, affirmeront que tout va bien se passer sans, par ailleurs,  prendre le temps et la prĂ©caution de vĂ©ritablement s’impliquer afin que tout se dĂ©roule comme prĂ©vu ou puisse ĂŞtre rĂ©solu en cas d’imprĂ©vu.

 

Hélie de Saint Marc, lui-même, fera cette expérience en cherchant à s’affranchir du mouvement de résistance qui l’a initié. Il voudra s’engager davantage et tombera, comme d’autres volontaires, dans une embuscade qui le déportera dans un camp de concentration. Bien que moins robuste que d’autres, il y survivra deux fois. Une première fois grâce à l’entraide concrète dont il bénéficiera du fait de certaines amitiés et relations. Et, une seconde fois parce qu’un homme plus âgé que lui, un Lithuanien, je crois, taillé pour le travail de mineur, et aussi voleur intrépide de nourriture, décidera de le prendre sous sa protection et de partager avec lui ses vols alimentaires.

 

 

Lorsque l’on apprend dĂ©jĂ  « Ă§a Â» de HĂ©lie de Saint Marc, comme de ceux qui l’environnent et qui vivent cela avec lui, on comprend mieux ce qu’il faut avoir comme parcours et ressources en soi pour ĂŞtre un rĂ©sistant.

 

Mais on peut ĂŞtre un hĂ©ros et un rĂ©sistant et avoir des convictions idĂ©ologiques contraires. Cela arrivera Ă  HĂ©lie de Saint Marc qui croisera Jean-Marie Le Pen, « le père de Â», qui sera un de « ses Â» lieutenants et un de ses « subordonnĂ©s Â». La biographie de Beccaria s’étend peu sur cette connaissance de Saint Marc en Indochine, je crois. Mais il ressort que Saint Marc ne partage pas les buts de l’OAS et, plus tard, de l’ExtrĂŞme droite fasciste. MĂŞme s’il a pu connaĂ®tre et combattre aux cĂ´tĂ©s de certains de ses futurs membres et meneurs.

 

Pour comprendre ce qui lui prend d’être du cĂ´tĂ© des gĂ©nĂ©raux qui, en AlgĂ©rie, organisent le Putsch en 1961 contre le GĂ©nĂ©ral de Gaulle, il faut savoir ce qui s’est passĂ© en Indochine :

 

Lorsque la France, après avoir fait de certains asiatiques ses alliĂ©s et ses soldats (des villages), les abandonne sur place après avoir perdu la guerre, faisant d’eux les victimes des  vainqueurs.

En AlgĂ©rie, l’histoire se rĂ©pète avec les harkis et les tergiversations autant politiques que militaires de De Gaulle ainsi que ses visions coloniales pour ne pas dire colonialistes. Saint Marc est dĂ©crit comme un idĂ©aliste qui s’attache aux indigènes en toute sincĂ©ritĂ© comme Ă  leur loyautĂ© et qui croit aussi Ă  une rĂ©elle Ă©galitĂ© des droits entre AlgĂ©riens et pieds noirs. Alors que le gouvernement français de l’époque voudrait tantĂ´t garder l’AlgĂ©rie française telle quelle ou la « rendre Â» au FLN alors que, militairement, la France serait en train de gagner la guerre. Et que des soldats français, après avoir « perdu Â» face aux nazis et après avoir perdu la guerre d’Indochine voudraient, pour leur honneur et celui de la France, imposer cette victoire française.

 

Je ne suis pas pro-AlgĂ©rie française et encore moins pro-OAS. Mais j’ai aussi appris que le FLN a aussi produit des horreurs. Et, je crois que le Martiniquais Frantz Fanon, psychiatre de rĂ©fĂ©rence ( sur lequel le rĂ©alisateur d’origine haĂŻtienne Raoul Peck serait en train de rĂ©aliser un film), très engagĂ© auprès du FLN, a eu une certaine  « chance Â» de mourir- jeune, Ă  39 ans- d’une leucĂ©mie avant l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie. Car l’AlgĂ©rie qu’il a dĂ©fendue comme d’autres, un demi siècle plus tard, n’est pas devenue la dĂ©mocratie – plutĂ´t laĂŻque- pour laquelle il s’était battu. L’AlgĂ©rie devenue indĂ©pendante en 1962, peu après sa mort,  semble l’avoir plutĂ´t rapidement « oubliĂ©e Â».

 

 

 

La jouissance du danger

 

 

Parler, un peu, de HĂ©lie de Saint de Marc ,  c’est aussi parler de cette  «  jouissance du danger Â» qui pousse certaines personnes Ă  agir comme elles le font. Cette jouissance du danger, dans sa partie la plus visible, serait d’abord propre aux rĂ©sistants, combattants civils et autres, aux militaires, mais aussi sans doute Ă  bien des membres de certains groupes d’intervention tels que le RAID, le GIGN, les SAS, la BRI, dans le banditisme et le grand  banditisme, dans les organisations terroristes.

 

 Mais, Ă©galement, aussi Ă  celles et ceux qui participent Ă  certaines actions militantes :

 

Sea Sheperd ;

 

Txai Surui ? la jeune indigène brĂ©silienne de 24 ans, prĂ©sente Ă  la rĂ©cente COP de Glasow, en novembre, consacrĂ©e au rĂ©chauffement climatique et Ă  l’épuisement des ressources de la planète, qui a affirmĂ©, après la jeune suĂ©doise, Greta Thunberg :

 

« La planète nous dit que nous n’avons plus le temps Â».

 

 Nous pouvons aussi penser aux personnes qui vivent certaines passions. Mais aussi certaines addictions.

Cinquantenaire de Marmottan, à la cigale, à Paris, ce vendredi 3 décembre 2021.

 

Le 3 décembre dernier, dans la salle- remplie- de concerts de la Cigale, le service Marmottan spécialisé dans le traitement des addictions fêtait son cinquentenaire.

 

Sur place, j’ai eu l’impression qu’étaient présentes principalement des personnes préoccupées directement par le sujet des addictions. Soit en tant que professionnels de santé. Soit en tant qu’usagers s’étant sevrés ou ayant du mal- et cherchant- à se décrocher de leur(s) addiction (s).

 

 

Je ne peux pas avoir de certitude mais j’ai eu l’impression que la majorité des personnes de ce pays, la pensée dominante, se sent assez peu concernée directement par ce sujet. Et qu’entendre parler de Marmottan ou de tout autre service dévoué aux addictions n’est pas la priorité de la majorité qui dispose de la pensée dominante. A moins d’y être obligée.

J’ai bien prĂ©vu de consacrer un article sur Ă  ce cinquentanaire de Marmottan dès que cela sera possible. Mais je m’attends Ă  ce qu’il soit en grande partie parcouru par des professionnels de santĂ© des addictions ou par des personnes qui ont envie d’entreprendre de mieux faire le tri parmi leurs addictions. 

 

Une addiction particulière :

 

Pourtant, l’être humain est porteur d’une addiction particulière : celle de la destruction d’autrui, de son environnement comme de sa propre autodestruction. Et, cela, peu importe son niveau intellectuel, social, politique ou son histoire.  Invariablement, l’être humain  retourne Ă  cette addiction de destruction et d’autodestruction.

 

Les fêtes de ce Noël, et d’autres festivités, permettront à certaines et certains de vivre la courte trêve de cette addiction.

Paris, décembre 2021.

 

 

Donc, finalement, avec ou sans sapin, ces fêtes de Noël ont du bon. De même que la lecture de cette biographie d’Hélie de Saint Marc.

 

 

Franck Unimon, ce samedi 18 décembre 2021.

 

 

 

 

 

 

 

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Pour les Poissons Rouges

Les zozos

Paris, Place de la Concorde, le 28 ou le 29 novembre 2021.

 Les Zozos

 

Les micros et les images sont devenus, ou restés, nos idoles.

 

Des zozos,  Ă©chappĂ©s des zoos de nos pensĂ©es ou de sables oubliĂ©s, s’accaparent les micros et les images autour desquels nous danserons comme dans un bal.

 

Les zozos frĂ©quentent les plateaux de tĂ©lĂ© et les endroits rĂ©servĂ©s aux privilĂ©giĂ©s oĂą l’on s’exprime. On y mange bien. On s’y maquille ou on les maquille. On y fait des rencontres. On leur ouvre les portes. On leur Ă©crit certaines fois leurs discours, leurs interventions ou leurs articles. On les coache et les conseille. On les Ă©pouse. On  est content de les reconnaĂ®tre et de leur dire tout le bien que l’on pense d’elles et d’eux. Ils et elles font ensuite leur numĂ©ro devant d’autres invitĂ©s très sĂ©lectionnĂ©s. Des spectateurs les Ă©coutent et les regardent avec une très grande Ă©coute et un plus haut soin. Ecoute et soin que ces spectateurs sont peut-ĂŞtre incapables d’attribuer Ă  leur propre vie comme Ă  leurs proches.

 

Les zozos ont un pouvoir de dĂ©tournement de fond la pensĂ©e, de l’attention et de la crĂ©ativitĂ© extraordinaires !

 

Le second bal :

 

Le second bal est d’une si grande banalité qu’il semble arrimé à la perpétuité.

Depuis quelques jours, le froid git de plus en plus dans nos viscères et dans nos os. Ce matin, sur mon vélo, après le travail, il devait faire quelques degrés au dessus de zéro.

 

« DĂ©construire Â», « Changer les codes Â», « changer de logarithme Â»,  sont les formules ou les nouveaux habitants rĂ©gulièrement convoquĂ©s et admis. LĂ  oĂą ça « compte Â» :

 

LĂ  oĂą «  ça se sait Â», lĂ  oĂą cela « s’entend Â» et se « voit Â» que l’on pense et agit. Si cela ne se « sait Â» pas, ne « s’entend Â» pas ou ne « se voit Â» pas, c’est que cela n’existe pas. C’est la règle absolue de notre bal ordinaire et quotidien.

 

Eux, on ne les voit pas et on ne les entend pas, les Tony Allen de la construction. Dans ces moments-là, on ne leur demande pas s’ils s’appellent Xavier-Pavel, Krishna-Gérald, Mamadou-Anne, Eric-Mustapha, Paolo-Valérie, Emmanuel-Joao. S’ils ont cinq femmes, chacun. S’ils sont musulmans, athées, bouddhistes, végétariens, carnivores, chrétiens ou superstitieux. S’ils écoutent du Rap, du Fado, de la musique congolaise ou de la musique classique. S’ils savent lire et écrire. Si leurs enfants sont dans de bonnes écoles. Et s’ils comprennent quand on leur parle. S’ils fument du cannabis ou boivent de l’alcool. S’ils sont transgenres, homos ou queer. S’ils contactent des cam-girls ou des cam-boys. S’ils jouent à la play-station. S’ils sont en règle.

 

Ils travaillent.

 

Et, nous, nous passons ou partons au travail.

 

Ensuite, quand leur travail sera terminé, leur prochaine mission sera de laisser la place aux touristes, à de nouveaux habitants, à des usagers, aux consommateurs et à des orateurs qui parleront de grandeur ou, au contraire, de décadence en pensant à De Gaulle. Un homme qui, il y a plus d’un demi siècle a à la fois contribué à délivrer la France mais a aussi interdit à des arabes et à des noirs- qui s’étaient battus pour la France- de défiler sur les Champs Elysées pour fêter la libération.

 

Mais cela ne change rien au fait que, eux lĂ , qui travaillent maintenant près des Champs ElysĂ©es,  rĂ©apparaitront plus tard. Quel que soit le numĂ©ro de la vague de la pandĂ©mie. Dans un autre chantier, un fait divers, une citĂ© ou sur un Ă©chiquier Ă©lectoral. Et ainsi de suite.

Paris, Place de la Concorde, le 28 ou le 29 novembre 2021.

 

Franck Unimon, mercredi 1er décembre 2021.