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Au Fair Play Sport ce samedi 26 décembre 2020

                          Au Fair Play Sport ce samedi 26 dĂ©cembre 2020

Lorsque j’ai appris Ă  ma sĹ“ur que j’allais emmener ma fille Ă  Paris, dans le 20ème arrondissement, afin qu’elle fasse une initiation de karatĂ©, elle a Ă©tĂ© Ă©tonnĂ©e.  J’habite Ă  Argenteuil, en banlieue parisienne.  Il y a des clubs de karatĂ© plus proches. Pourquoi faire autant de trajet ?!

 

Cela fait des annĂ©es que je fais marrer ma sĹ“ur avec mes « excentricitĂ©s Â». Ou que je la dĂ©concerte avec ma logique. Cela nous a aussi valu de sĂ©rieux accrochages. 

 

Elle n’est pas la seule personne que je  dĂ©concerte. Cela m’a dĂ©jĂ  desservi. Cela continue de me desservir.

 

J’ai néanmoins essayé d’expliquer à ma sœur la raison pour laquelle je tenais à ce que ma fille découvre le karaté avec Jean-Pierre Vignau. D’accord, on peut faire son apprentissage du Karaté ou de toute autre activité physique, sportive ou martiale, avec un professeur proche de chez soi. On peut aussi faire des rencontres décisives près de chez soi.

 

Cependant, les Maitres sont assez rares. Et, Jean-Pierre Vignau en est un. On pourrait penser que je suis un Ă©nième père phagocytĂ© par sa vanitĂ© et son ego dĂ©mesurĂ©, pressĂ© de livrer son enfant Ă  cette espèce de « divinitĂ© Â» qu’est un Maitre. Dans l’attente de voir se rĂ©incarner dans le corps de ma fille une vie meilleure que toutes celles que j’ai pu rater et espĂ©rer.

 

Mais j’ai, je crois, quelques arguments pour réfuter cette idée.

 

Entre Sensei Jean-Pierre Vignau, ancien enfant chétif, placé à l’assistance publique, puis adopté dans une ferme dans le Morvan et ma fille, née chétive car grande prématurée, il y a une relation. Ma fille pesait 880 grammes à la naissance. Bien-sûr, il y a moi entre les deux, bébé bien portant de plus de 4 kilos à la naissance. Et moi, d’une certaine manière, on peut dire que j’ai adopté l’un et l’autre. Car je ne confierais pas ma fille à n’importe qui.

 

Par ailleurs, on peut peser son poids Ă  la naissance et plus tard et ĂŞtre chĂ©tif. L’ignorance rend chĂ©tif. La bĂŞtise rend chĂ©tif. Le dĂ©couragement rend chĂ©tif. La peur rend chĂ©tif. La connerie rend chĂ©tif. Le manque d’estime de soi-mĂŞme rend chĂ©tif. Et, ça, ce sont des sentiments et des Ă©motions que j’ai connus et que je connais. A ceci près que, contrairement Ă  d’autres peut-ĂŞtre, je m’en souviens. Quelles que soient mes « rĂ©ussites Â» ou mon assurance supposĂ©es ou Ă©ventuelles, j’essaie d’être « meilleur Â» que je ne le suis ou ne l’ai Ă©tĂ©. Mes moments d’autosatisfaction existent et sont nĂ©cessaires. Mais ils sont provisoires et nĂ©cessitent d’être rĂ©gulièrement rĂ©approvisionnĂ©s.

 

En tant que père, et avant même d’être père, j’ai toujours considéré le fait de nager, d’apprendre à lire et à écrire, d’apprendre à se défendre et à faire du vélo comme des apprentissages indispensables. Il est d’autres apprentissages que je vois comme indispensables. Comme savoir prendre la parole, par exemple. Ou savoir s’affirmer. Ce qui revient à savoir se défendre.

 

Alors, il y a un peu partout des enseignants, des formateurs, des Ă©ducateurs  comme des spĂ©cialistes dans diffĂ©rents domaines qui sont compĂ©tents. On peut,  aussi, simplement, s’en remettre au bon sens pratique. Aller près de chez soi. Puisque c’est lĂ  que l’on habite. Et partir du principe que «  ça va le faire Â». Ou que ça va suffire. Un peu comme on s’en remet au petit bonheur la chance ou, pour dire ça plus prĂ©tentieusement, comme on laisse un certain dĂ©terminisme dĂ©cider Ă  notre place. Et, ça peut « marcher Â».  D’autant qu’il peut ĂŞtre stĂ©rile de s’agiter dans tous les sens par peur du vide ou du nĂ©ant.

 

Mais on peut aussi mal tomber. Et si l’on aperçoit, quelque part ou quelqu’un, un ailleurs accessible qui peut nous « Ă©lever Â», autant s’accorder cet ailleurs. PlutĂ´t que de le nĂ©gliger ou de le repousser comme on repousserait un plat ou une Ĺ“uvre de premier choix juste parce-que l’on a dĂ©ja un sandwich ou un bouquin avec soi.

 

 

Par ailleurs, je ne crois pas que les « champions Â» dans une discipline soient obligatoirement les meilleurs pĂ©dagogues.  Ou les plus disponibles. Les « champions Â» ont souvent des « objectifs Â» Ă©litistes et sont plutĂ´t pressĂ©s. Ils sont aussi plus concentrĂ©s sur eux-mĂŞmes.  Cela se comprend : on ne peut pas ĂŞtre dĂ©vouĂ© aux autres, et tournĂ© vers eux,  et, en mĂŞme temps, vouloir se consacrer Ă  sa carrière, ses performances et ses records.

Ce n’est pas vers le « champion Â» Jean-Pierre Vignau que j’ai emmenĂ© ma fille.  Mais vers l’Homme que j’ai rencontrĂ©.

 

 

Un enfant peut entendre parler de telle personne qui, Ă  tel endroit, pratique telle discipline. Mais ce qui est assez courant, aussi, c’est que dans sa dĂ©couverte du Monde et de la vie, un enfant va se rĂ©fĂ©rer Ă  son environnement immĂ©diat. A ce qu’il voit, entend et comprend de son foyer parental, la famille, l’école, le centre de loisirs, lĂ  oĂą il habite, son voisinage. « L’Au-delĂ  Â» de cet environnement immĂ©diat est souvent un No Man’s Land Ă  moins d’en capter quelques images au travers de media ou de quelques paroles entendues parfois ou souvent Ă  l’insu des adultes.

 

GĂ©nĂ©ralement, « L’Au-delĂ  Â» de  l’environnement immĂ©diat de l’enfant est le « territoire Â» des adultes et des parents. Celui des loups et de toutes les crĂ©atures qui peuvent faire peur Ă  un enfant.  LĂ  oĂą les « grands Â» disparaissent durant quelques heures, voire quelques jours ou quelques semaines, et dont ils rapportent dans leur « gueule Â» ensuite, en rentrant, des paroles, des souvenirs, des objets ou des expĂ©riences plus ou moins marquantes pour un enfant. Le Père NoĂ«l et ses cadeaux, mĂŞme si ce sont devenus aujourd’hui des conditionnements commerciaux, ont peut ĂŞtre Ă©tĂ© conçus pour rĂ©compenser les enfants d’être restĂ©s bien sagement Ă  la maison. Loin des dangers d’une certaine vie. MĂŞme s’il peut ĂŞtre plus risquĂ© pour certains enfants de rester Ă  la maison….

 

 

Si Internet, aujourd’hui, permet peut-ĂŞtre d’accĂ©lĂ©rer ou de rapprocher cette expĂ©rience de « l’Au-delĂ  Â» du Monde et des adultes, ces derniers, conservent encore la primautĂ© de la rĂ©pĂ©tition de « l’exercice concret Â» de cette expĂ©rience. A moins d’avoir des parents abattus ou reclus Ă  domicile, et des enfants qui prennent possession de l’extĂ©rieur de la maison ou qui fuguent, ce qui existe aussi.

 

 

En faisant le trajet jusqu’à Paris, dans le dojo de Jean-Pierre Vignau, je n’ai fait que mettre Ă  portĂ©e de ma fille, un trajet, une intention, une intuition, une personne ainsi qu’un lieu, qu’à son âge, elle n’aurait pas pu dĂ©couvrir par elle-mĂŞme. Ou qu’elle n’aurait pas eu l’idĂ©e d’aller « voir Â» ou de faire. On sait assez, comment, ensuite, avant mĂŞme de devenir adultes, nous adoptons assez rapidement une attitude qui consiste Ă  nous « contenter Â» des mĂŞmes endroits, des mĂŞmes rencontres, des mĂŞmes façons de cuisiner, de vivre et de penser. Par automatisme. MĂŞme lorsque cela nous empĂŞche de rĂŞver.

 

 

C’est donc à peu près pour ces raisons qu’il m’importait de me rendre au Fair Play Sport de Jean-Pierre Vignau avec elle. Même si l’on pourrait aussi se dire qu’emmener son enfant quelque part, et observer son comportement, est aussi un bon moyen pour regarder cet endroit, ou une personne, autrement. Afin de mieux voir s’ils nous correspondent.

Mais je n’avais pas cette intention là ce samedi alors que nous allions pour la première fois au Fair Play Sport, à la cité Champagne, métro Maraîchers, dans le 20 ème arrondissement de Paris.

 

 

Comme il m’arrive d’être en retard Ă  mes rendez-vous et que ce projet  de dĂ©couverte Ă©tait le mien, j’espĂ©rais ĂŞtre Ă  l’heure. Mais, aussi, que ma fille maintienne sa volontĂ© de venir. Ces deux conditions ont Ă©tĂ© rĂ©unies. Le trajet s’est dĂ©roulĂ© calmement dans ce Paris d’après NoĂ«l. Nous avons pris les transports en commun. Il y avait moins de passagers qu’aux heures de pointe, ce samedi après-midi. Le parcours a durĂ© environ 45 minutes.

 

Il faisait assez froid dehors. Et presque aussi froid dans le dojo oĂą nous sommes arrivĂ©s avec une bonne demie heure d’avance. Jean-Pierre et sa femme Ă©taient dĂ©jĂ  prĂ©sents. Ainsi que quelques pratiquants ou  des habituĂ©s.

 

Devant notre avance, Jean-Pierre nous a dit : « C’est bien, comme ça vous allez pouvoir vous mettre dans l’ambiance Â». Puis, il nous a indiquĂ© le vestiaire. Ensuite, il nous a expliquĂ© oĂą mettre nos chaussures et nos affaires, dans les casiers Ă  l’entrĂ©e du tatami.  Il m’a aussi autorisĂ© Ă  prendre des photos comme Ă  filmer.

Nous avons donc découvert les deux ponts dont il m’avait parlé. Lesquels symbolisent la séparation entre le monde extérieur où l’on laisse sa vie coutumière. Et le monde du dojo. Nous avons aussi fait la connaissance de ces tableaux ou représentations de combattants, ainsi que de quelques photos de Maitres que je n’ai pas reconnus.

Dans la salle de musculation, sur la gauche, deux ou trois personnes s’entraînaient. Un homme nous regardait avec curiosité. Deux jeunes étaient déjà présents. Un autre homme m’a appris pratiquer avec Jean-Pierre depuis plus de trente ans. Il m’a parlé du précédent dojo de Jean-Pierre, rue Volga, plus grand, où il pouvait y avoir jusqu’à 60 enfants sur le tatami.

 

La « froideur Â» du lieu et sa relative austĂ©ritĂ© ne m’ont pas dĂ©rangĂ©. D’une part, parce qu’en plein effort, on a d’autres prĂ©occupations que s’attarder sur la couleur du crĂ©pi ou la tempĂ©rature de la pièce. Mais aussi parce-que je crois depuis un certain temps que les personnes sont plus importantes que les murs Ă  l’intĂ©rieur desquels on s’exerce. MĂŞme si, Ă©videmment, je suis sensible Ă  l’esthĂ©tique et au confort des lieux oĂą je transite.

 

 

Quelques minutes avant le début du cours, Jean-Pierre s’est mis en kimono. Deux groupes ont été constitués. A gauche, les avancés, plus âgés, dont une femme. A droite, les enfants, dont une fille plus petite que la mienne d’une bonne dizaine de centimètres.

 

J’ai assisté aux dix premières minutes du cours. Depuis ma première rencontre avec Jean-Pierre, j’ai commencé à me rappeler un peu de mes un ou deux ans de karaté lorsque j’avais 12 ou 13 ans. Il y a quarante ans. Nous vivions alors dans une cité HLM à Nanterre qui existe toujours avec ses immeubles de 18 étages.

Je me suis dit que je retournerais peut-être dans ce gymnase, près de mon collège, où ces cours avaient eu lieu. Je me souviens encore du prénom de mon prof de karaté. Danko ou Danco. Je n’ai jamais su de quel pays il était originaire. Je me rappelle qu’il était assez petit et qu’après son départ, il avait été remplacé par un de ses élèves.

 

Alors que Jean-Pierre donnait ses consignes, il m’a semblĂ© retrouver des « origines Â» de gestes.  Il m’a semblĂ© que certains mots me parlaient. Il est vrai que la pratique du kata m’avait plu, enfant. Et que j’avais aimĂ© les rĂ©viser chez moi dans ma chambre. C’est peut-ĂŞtre ça qui m’était restĂ© et qui me revenait un petit peu.

 

Du cĂ´tĂ© de ma fille, ça se passait « moins Â» bien.  Tant que nous Ă©tions tous les deux cĂ´te Ă  cĂ´tĂ© Ă  arpenter le tatami, tout se passait bien. Puis, juste avant le dĂ©but du cours, elle avait commencĂ© Ă  dire : «  Je suis timide… Â». C’est devenu une espèce de rituel lorsqu’elle se trouve devant une certaine nouveautĂ©. Mais je vois dans ce rituel l’équivalent d’un sortilège auquel elle s’est habituĂ©e, avec lequel elle se berce, qui a la puissante facultĂ© de la priver de ses moyens avant mĂŞme de tenter quoique ce soit. Et alors mĂŞme qu’elle se trouve en terrain « ami Â».

 

Je suis Ă  chaque fois dĂ©routĂ©, et passablement agacĂ©, par la survenue, rĂ©pĂ©titive et pourtant Ă  chaque fois surprenante, de ce que je crois pouvoir appeler un « rituel Â». L’observation et la rĂ©flexion ont du bon. Je l’admets. Mais l’autocensure quasi-systĂ©matique m’est difficile Ă  supporter.

 

Jean-Pierre ne s’est pas alarmĂ©. Il a dit gentiment Ă  ma fille :

 

« Soit tu regardes, soit tu fais. C’est comme tu veux. Copie sur les autres Â».

 

 

De son cĂ´tĂ©, un pratiquant expĂ©rimentĂ©, ceinture noire, a dit Ă  ma fille avec humour :

 

« C’est normal, si tu te trompes. Si tu rĂ©ussis tout, c’est qu’il y a un problème ! Â».

 

 

Après quelques minutes  (dix minutes) j’ai dit Ă  ma fille, immobile, sur le tatamis :

 

« Profite-en Â». Puis, je me suis Ă©clipsĂ©. Pour me mettre dans un angle mort de la salle, derrière le tatami, oĂą ma fille ne pouvait pas me voir. Mais d’oĂą, Ă©ventuellement, je pourrais la voir si elle se dĂ©cidait Ă  s’élancer.

 

 

Comme des panneaux indiquaient explicitement que l’usage du téléphone portable était interdit à l’intérieur de l’enceinte, je suis resté là, assis, à écouter. Près des vitrines où des kimonos et du matériel de protection était exposé et en vente. Le kimono de karaté coûtait 50 euros.

 

Par moments, j’entendais Jean-Pierre placer ses instructions en Japonais ainsi que ses exclamations. A un moment, je l’ai entendu dire, sur un ton complice :

« On a moins froid quand on bouge, hein ? Â». Etait-ce ma fille ? J’ai essayĂ© de voir. Rien.

 

 

Puis, le cours s’est terminé. Ma fille avait mangé sa compote sur le tatami. Un peu de compote tâchait son manteau qu’elle avait remis.

 

 

S’adressant Ă  ma fille, pas du tout Ă©tonnĂ©, Jean-Pierre lui a dit :

 

« Moi, aussi, j’ai Ă©tĂ© un grand timide. Lorsque j’ai dĂ©butĂ© le karatĂ©, je suis d’abord restĂ© deux semaines dehors Ă  regarder. Je n’osais pas entrer. Un jour, il s’est mis Ă  pleuvoir. Et, c’est le prof, qui m’avait vu, qui m’a dit d’entrer Â». Ma fille n’a rien rĂ©pondu.

 

 

Avant de partir, nous avons dit au revoir à Jean-Pierre ainsi qu’à Tina, sa femme. J’ai remercié Jean-Pierre.

 

Dehors, ma fille m’a répondu que cela lui avait plu. Mais j’étais contrarié. Je ne savais pas quoi ressentir et penser. Devant Jean-Pierre, je ne pouvais que m’incliner. C’était lui le Maitre. Il savait mieux que moi comment réagir devant une enfant comme ma fille qui n’avait, à mon sens, pratiquement pas bougé pendant l’intégralité du cours. Hormis pour donner quelques coups de poing et quelques coups de pied, si j’avais bien compris.

 

Mais, dehors, et en tant que père, j’étais partagĂ© entre l’impatience, l’incomprĂ©hension, la colère, et l’inquiĂ©tude. Parce-que s’engager physiquement, pour moi, c’était apprendre Ă  se dĂ©fendre. Et, rester spectatrice ou spectateur, c’était apprendre Ă  ĂŞtre victime. Voire, pire, peut-ĂŞtre : choisir d’être victime. Insupportable pour moi.

 

 

A côté de moi, ma fille était sereine. Nous marchions main dans la main sur le chemin du retour.

 

 

Je n’ai pas cherchĂ© lui tirer les vers du nez. A lui faire subir un interrogatoire tel que :

« Mais pourquoi ?! Â».

 

J’ai essayĂ© d’intĂ©grer la leçon. Car, pour moi, la façon dont cela s’était passĂ© ainsi que la manière dont Jean-Pierre avait rĂ©agi calmement Ă©tait ma leçon de karatĂ©. Ma leçon martiale. Mes inquiĂ©tudes de père devaient cĂ©der devant la patience, l’optimisme et la confiance. Je sais que l’on peut ĂŞtre lent au dĂ©part d’un apprentissage et, ensuite, lorsqu’intervient le dĂ©clic, connaĂ®tre une Ă©volution tout Ă  fait correcte. Je suis comme ça. Ma fille peut ĂŞtre « pire Â» que moi.

 

 

Par ailleurs, je me suis rappelĂ© qu’elle avait acceptĂ© de venir sans se faire prier. En outre, en la « laissant Â» sur le tatami, lorsque je me suis « Ă©clipsĂ© Â», j’ai Ă©tĂ© un moment touchĂ© par cette très grande confiance que peuvent placer les enfants…dans les adultes. Les enfants peuvent accepter tant de choses des adultes qu’en retour, ceux-ci se devraient ou se doivent de faire leur possible pour ĂŞtre Ă  la hauteur d’une telle confiance mais aussi d’une telle innocence.

 

 

J’étais sĂ»r, aussi, que cette expĂ©rience avait sans aucun doute Ă©tĂ© marquante pour ma fille. Cette grande salle. Ces reprĂ©sentations et ces tableaux. Ces enfants en kimono. Ces termes dans une langue inconnue. Les exclamations de Jean-Pierre. Ce qu’il lui avait dit. Il en resterait forcĂ©ment quelque chose. A moi de m’assurer que ce serait du « bon Â».

 

 

Alors que nous nous rapprochions de la gare St Lazare, j’ai pu trouver où acheter un chocolat chaud. J’ai tendu le gobelet à ma fille. Nous avons terminé le chocolat dans le train.

 

 

Deux ou trois jours plus tard, peut-ĂŞtre hier lorsque j’ai commencĂ© Ă  Ă©crire cet article et que ma fille est venue regarder, elle m’a demandĂ© :

 

« Tu aimes bien, Jean-Pierre Vignau ? Â».

 

J’ai rĂ©pondu :

 

« Oui, je l’aime bien. Autrement, je ne t’aurais pas emmenĂ©e le rencontrer Â».

 

 Elle m’a Ă©coutĂ©. Puis, elle s’est Ă©loignĂ©e sans dire un mot.

 

 

Franck Unimon, ce mercredi 30 décembre 2020.

 

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Le changement

 

                                                         Le Changement

 

 Â« Ellen MacArthur, dans le VendĂ©e Globe, c’est 200 000 euros de facture tĂ©lĂ©phonique ». Dans cette phrase laconique (son livre Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle ), Olivier de Kersauson, « mon Â» Bernard Lavilliers des ocĂ©ans, rĂ©sumait l’évolution matĂ©rielle des conditions de navigation lors du VendĂ©e Globe. Course maritime qui se tient encore en ce moment. Evolution confirmĂ©e par le navigateur Fabrice Amedeo qui, ce 11 dĂ©cembre dernier, a dĂ» abandonner la course après que son système informatique de bord ait lâchĂ© en pleine mer.

 

PeinĂ© d’avoir dĂ» abandonner, Fabrice Amedeo a nĂ©anmoins expliquĂ© que «  Tabarly doit sans doute se retourner dans sa tombe Â» au vu de la dĂ©pendance aux ordinateurs de plusieurs des participants du VendĂ©e Globe. Amedeo a ajoutĂ© qu’il aurait pu continuer « Ă  l’ancienne Â». Mais que sans l’assistance de ses ordinateurs de bord, son bateau serait devenu «  diabolique Â».

Je crois que son ami Yannick Bestaven, actuellement en tĂŞte, peut gagner le VendĂ©e Globe. Lorsque Charlie Dalin “menait” la course , j’avais Ă©tĂ© marquĂ© par la tranquillitĂ© de Bestaven, alors qu’il Ă©tait sur une mer agitĂ©e. Mais aussi par sa façon de rassurer- tel un bercement- quant au fait que le bateau se portait bien. Plus tard, j’avais appris qu’il avait dĂ» attendre 12 ans pour participer Ă  nouveau Ă  la course du VendĂ©e Globe. Je crois voir en Bestaven un certain croisement du nouveau et de l’ancien monde dans le domaine de la navigation plus que chez Charlie Dalin. Un peu comme s’il Ă©tait “entre” un Jean Le Cam et un Charlie Dalin.  

 

Dans mon article sur le livre ( il en a Ă©crit d’autres) de Kersauson, Le Monde comme il me parle, je n’avais pas citĂ© cette phrase Ă  propos d’Ellen MacArthur. Car, pour ironique ou vacharde que soit cette formulation selon moi assez « Kersausonienne Â», j’admire toutes ces personnes que je viens de citer. D’Ellen MacArthur Ă  Fabrice Amedeo. En incluant Kersauson Ă©videmment. Je n’oublie pas qu’avant de devenir une navigatrice reconnue, MacArthur avait Ă©tĂ© une jeune femme. Et, qu’Ă  16 ou 17 ans, seule sur son bateau ( Kersauson l’ignore peut-ĂŞtre ou l’a peut-ĂŞtre oubliĂ©)  elle avait tournĂ© le dos Ă  un certain conformisme. Conformisme dans lequel, pour ma part, j’Ă©tais devenu de plus en plus performant. Alors que j’affirmais m’en Ă©loigner. Ce qui est pire. 

 

Devant mon “indulgence”, pour les navigateurs actuels “aidĂ©s” par la technologie, on pourra penser que je ne me mouille pas. Que je suis « mou Â» du genou. Ou que je manque d’aplomb pour parler proprement. De mon cĂ´tĂ©, système informatique ou pas, si je « donne Â» Ă  Kersauson et aux autres anciens une dimension a priori plus imposante qu’aux navigateurs actuels dans le VendĂ©e Globe, cette Ă©preuve reste nĂ©anmoins hors de portĂ©e de l’individu ordinaire et lunaire. Hors de ma portĂ©e en tout cas.

Car il s’agit toujours de rĂ©aliser un tour du Monde en solitaire sur un bateau avec tous les risques que les vagues, les vents, les courants, l’environnement et l’épuisement produisent et imposent. De jour comme de nuit. Avec pour seuls pouls et seuls rĂ©conforts, la peau, les os, les muscles et ce que l’on a dans la tĂŞte. C’est d’abord la femme et l’homme sur le bateau qui dĂ©cide de quitter le port. Et de poursuivre la mer.  Aucun système informatique ou tĂ©lĂ©phonique aussi ergonomique soit-il, Ă  moins d’ĂŞtre kidnappĂ©, distrait  ou endormi au moment du dĂ©part du bateau, ne prendra cette dĂ©cision.

On a sans doute pu s’émerveiller, bien tranquillement chez soi, du sauvetage de Kevin Escoffier par Jean Le Cam comme si le scĂ©nario avait Ă©tĂ© Ă©crit Ă  l’avance. Et penser ou croire que ce sauvetage avait Ă©tĂ© une formalitĂ©. Vu qu’il a Ă©tĂ© « rĂ©ussi Â» et que, depuis, Jean Le Cam, a repris sa route.  On est souvent très inspirĂ© pour banaliser rapidement ce qui a Ă©tĂ© rĂ©ussi. Et pour ensuite « passer Ă  autre chose Â».

 

Lorsque je le pourrai, je relirai et regarderai à nouveau le récit de ce sauvetage en mer.

 

On peut aussi envier ces participantes et ces participants devant le spectacle de cette libertĂ© dont ils nous envoient rĂ©gulièrement- grâce aux innovations technologiques- l’image et le son. LibertĂ© qui contraste encore plus que d’habitude avec nos vies du fait de nos moeurs doublement confinĂ©es pour raisons sanitaires.   

On peut aussi reprocher à ces aventuriers d’être plus ou moins les complices- ou les ouvriers- sponsorisés d’une certaine société spectacle qui fait de nous des êtres de plus en plus passifs, soumis, et rapidement adeptes du premier anxiolytique; du premier antalgique; ou du premier programme venu au moindre inconfort.

Mais je « plains Â» aussi ces marins- femmes et hommes- lorsque je pense Ă  leur retour au bercail. Lorsqu’elles et ils devront tenir sur terre en rĂ©duisant de nouveau leurs empreintes aux cendres et aux confettis d’une vie « ordinaire Â». Car il faut bien une certaine force surhumaine pour rester Ă  l’endroit et endurer une vie quotidienne qui nous entraĂ®ne rĂ©gulièrement, et assez facilement, Ă  partir de travers.  

En attendant, ces chemins qu’ont pris et prennent ces femmes et ces hommes sur leur bateau restent des horizons dĂ©goupillĂ©s. Aujourd’hui ou demain, on ne sait pas ce qui peut en sortir. Un accident,  un imprĂ©vu. Tout peut survenir. Le naufrage ou l’Ă©tat de grâce. Peu importe la beautĂ© des photos ou des vidĂ©os envoyĂ©es antĂ©rieurement. Peu importe la « noblesse Â», « l’intelligence Â», « l’expĂ©rience Â», « la vaillance Â» ou le « courage Â» de celle ou celui qui se retrouvera en Ă©tat de faiblesse convoquĂ© par ses dernières limites. Elle ou il remplacera alors le chaĂ®non manquant entre la parole et le silence.

C’est pour beaucoup la peur d’une disparition effrayante, et solitaire, qui nous fait accepter 365 jours sur 365, une certaine vie plus terre Ă  terre, routinière, sĂ©curisante. En grappillant, après en avoir demandĂ© l’autorisation, ça et lĂ , quelques « sorties Â» destinĂ©es Ă  nous permettre de nous « vider la tĂŞte Â». Pour ensuite recommencer Ă  la remplir avec diverses pollutions.

Système informatique performant ou non, la peur d’une mort imposée a peu changé. Hormis peut-être sa présentation.

Il y a quelques mois, Mi-Mars, lors du premier confinement dĂ» au Covid, Ă©tait considĂ©rĂ©e comme naĂŻve , ou le crâne portĂ© par la cocaĂŻne, toute personne pensant que le Monde allait changer. Aujourd’hui, neuf mois plus tard,  il est sans doute plus facile de s’apercevoir que le Monde a changĂ©. Et qu’il va continuer de changer du fait de la pandĂ©mie du Covid. Comme il avait dĂ©jĂ  changĂ© après d’autres Ă©vĂ©nements. Qu’il s’agisse d’attentats ou d’autres catastrophes marquantes ici et ailleurs. Mais le changement, mĂŞme s’il s’affirme, peut ĂŞtre moins perceptible que lorsqu’une navigatrice ou un navigateur, en pleine mer, cesse d’émettre pour disparaĂ®tre.

 

On s’habitue et on s’adapte aussi plus ou moins au changement. Pour l’instant, cela me fait tout drĂ´le, lorsque je vais consulter mon « ethno-mĂ©decin Â», spĂ©cialisĂ©e en mĂ©decine chinoise, de pouvoir payer par avance par virement. J’ai encore l’impression, si je le faisais, que mon argent partirait directement sur un compte occulte dans les Ă®les CaĂŻman. En la payant Ă  chaque fois en espèces, j’ai l’impression d’être un mafieux qui blanchit de l’argent ou d’être un homme qui la drague et qui veut lui en mettre plein la vue avec ses- petits- billets de banque.

Cela reste Ă©tonnant de recevoir ses prescriptions par mail.

Cela me fait encore un peu drĂ´le de prendre certains rendez-vous mĂ©dicaux sur le net sans passer par une personne «rĂ©elle Â» que j’ai d’abord au bout du fil.

Je suis encore déconcerté de n’avoir jamais rencontré la conseillère en gestion de patrimoine qui nous a pourtant permis de renégocier- l’an passé- le rachat de notre prêt immobilier. Je ne lui ai parlé qu’une fois directement au téléphone. Ensuite, tout s’est fait exclusivement par mails. Chaque fois que je l’appelle, je tombe systématiquement sur son répondeur. Elle me rappelle ensuite et me laisse un message. Mais elle me répond surtout par mails. Je vais finir par croire qu’elle m’évite ou qu’elle est un logiciel.

A cĂ´tĂ© de ces expĂ©riences de « vie Â» de plus en plus dĂ©matĂ©rialisĂ©es ou « augmentĂ©es Â», il reste encore possible de faire des rencontres en « direct Â». Mais, peut-ĂŞtre qu’un jour, il sera devenu normal de dire : 

«  Ma relation avec untel, c’est 25 millions de sms. Donc, c’est une relation qui a comptĂ©. Par contre, untel,  10 millions de sms, c’était juste une relation de boulot. Et, lui, 75 000 sms. Une relation de politesse ! Juste bonjour, au-revoir Â».

Pour terminer cet article, un petit jeu en laissant la parole Ă  quatre anciens. A vous d’attribuer le bon auteur aux affirmations suivantes :

” Il ne faut jamais se laisser emmener par les Ă©lĂ©ments, il faut aller “avec”, il faut tenter de les accompagner et de les comprendre”. 

” S’il arrive que tu tombes, apprends vite Ă  chevaucher ta chute. Que ta chute devienne cheval, pour continuer le voyage”. 

” Pour avoir l’idĂ©e d’un mouvement, il faut le faire mille fois. Pour le connaĂ®tre, il faut le rĂ©pĂ©ter dix mille fois. Et pour le possĂ©der, il faut l’accomplir cent mille fois”. 

La berceuse dĂ©mente des tempĂŞtes les balançait dans sa camisole de force“. 

 

( FrankĂ©tienne. Melville, extrait de son livre Moby Dick. Olivier de Kersauson. Un proverbe japonais ancien). 

 

Franck Unimon, Lundi 28 décembre 2020.

 

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Sensei Jean-Pierre Vignau : Un Monde Ă  part

 

Sensei J-Pierre Vignau, ce lundi 21 décembre 2020 dans sa salle de musculation.

 

 

Sensei Jean-Pierre Vignau : Un monde Ă  part

 

 

Il pleuvait ce lundi 21 dĂ©cembre 2020 lorsque je suis retournĂ© voir Sensei Jean-Pierre Vignau Ă  son domicile. Depuis notre première rencontre fin novembre, j’avais lu ses deux livres Corps d’Acier ( 1974) et Construire sa lĂ©gende   (2020)  distants de 26 ans. ( Corps d’Acier/ un livre de MaĂ®tre Jean-Pierre Vignau ). 

 

 

J’avais aussi rappelé Jean-Pierre plusieurs fois. A chaque fois, il avait pris le temps de me répondre.

 

Cependant, la veille ou le matin de cette seconde rencontre, Jean-Pierre m’apprend qu’il a eu entre-temps des ennuis de santĂ©. Un AVC.  Qu’il a Ă©tĂ© hospitalisĂ© quelques jours. Mais que ça va mieux maintenant. Je m’en Ă©tonne :

 

« Et tu ne m’as rien dit ?! Â».

Jean-Pierre : « C’est que je suis un peu cachottier…. Â».

 

Ce 21 dĂ©cembre,  sa femme Tina est en tĂ©lĂ©travail.  Aussi, Jean-Pierre me reçoit-il cette fois dans sa salle de musculation qu’il m’avait prĂ©sentĂ©e la dernière fois.

 

Dès que je sors de ma voiture, je lui explique que la « dernière fois Â» j’avais enlevĂ© mon masque chirurgical de prĂ©vention anti-covid. Mais qu’au vu de ses ennuis de santĂ© rĂ©cents, je prĂ©fère le garder. Lui, toujours Ă  visage dĂ©couvert, sa casquette sur la tĂŞte, me rĂ©pond :

 

« Je m’en fous ! Â».

 

Ma rĂ©action est immĂ©diate : « Mais, moi, je ne m’en fous pas ! Â». Sourire de Jean-Pierre.

 

J’ai donc gardé mon masque. Ce qui donne à ma voix ce son un peu étouffé alors que je tiens mon caméscope lors de l’interview.

 

Celle-ci dĂ©bute en parlant de celui qu’il cite comme son Maitre de KaratĂ© : Sensei Kase.

 

Cette interview filmĂ©e aurait pu s’appeler ” 3553 mouvements de base. ” Savoir ce qu’on est”. “Tu rĂ©ussis ou tu te tues” .” Mettre les ego de cĂ´tĂ©”. “Ce n’est pas Ă  moi d’exclure ou d’interdire”. “Le plus important, c’est de savoir tenir sa place”. “La compète, c’est un faux jugement”. “En six mois ou deux ans, tu n’as pas le temps de comprendre“.

 

Mais, finalement, j’ai trouvĂ© que le titre  Un Monde Ă  part correspondait très bien Ă  Sensei Jean-Pierre Vignau et aussi qu’il incluait ces autres titres « dĂ©laissĂ©s Â».

 

 

A la fin de l’interview,  alors que j’ai Ă©teint mon camĂ©scope, je parle Ă  Jean-Pierre de ma rencontre fortuite de Sensei LĂ©o Tamaki quelques jours plus tĂ´t.  j’en parle dans mon article L’Apparition . AussitĂ´t, Jean-Pierre relève la tĂŞte et me dit :

 

« On croit que l’on dĂ©cide dans la vie mais c’est le hasard qui choisit Â».

 

Je lui parle de mon projet de solliciter Léo Tamaki pour une interview. Jean-Pierre cherche alors le numéro de téléphone de celui-ci et me le donne.

 

Je joins LĂ©o Tamaki au tĂ©lĂ©phone le lendemain ou le surlendemain. Nous convenons, lui et moi de nous rencontrer dĂ©but ou fin janvier 2021. Depuis, j’ai achetĂ© le dernier numĂ©ro du magazine Yashima dans lequel il interviewe Richard DouĂŻeb, plus haut reprĂ©sentant du Krav Maga en France. J’ai d’abord Ă©tĂ© un peu surpris de voir Richard DouĂŻeb en couverture de Yashima, magazine qui traite «  des Arts Martiaux et de la Culture du Japon Â».

 

 

Cependant, le Krav Maga est une discipline Ă  laquelle je me suis aussi intĂ©ressĂ© sans que je me dĂ©cide Ă  « l’essayer Â». Il y a trois ans maintenant environ,  ou peut-ĂŞtre plus, je m’étais ainsi dĂ©placĂ© au club de Krav Maga dans le 9ème arrondissement de Paris oĂą il arrive que Richard DouĂŻeb intervienne. A « l’époque Â», pratiquer un sport de combat ne me suffisait plus. Je cherchais dĂ©jĂ  un Maitre.

 

Aujourd’hui, ce samedi 26 décembre, j’irai voir Sensei Jean-Pierre Vignau dans son club, le Fair Play Sport, dans le 20ème arrondissement de Paris avec ma fille. Si les enfants peuvent depuis quelques jours reprendre une activité physique en club (en raison du contexte de la pandémie du Covid) , les adultes, eux, doivent encore patienter. C’est donc ma fille qui découvrira avant moi le Maitre sur le tatamis.

 

Franck Unimon, ce samedi 26 décembre 2020.

 

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L’Apparition

 

L’Apparition

 

 

J’étais très content de devoir aller dans une agence de l’opérateur Orange. Il fallait faire tester la livebox. Eventuellement en avoir une nouvelle qui marcherait mieux que celle que j’avais depuis des années.

 

Et me faire tester aussi, peut-être. J’étais parfois saisi de microcoupures. Alors, j’avais du mal à me connecter. Quand on me parlait, j’avais la parole vide. Cela devenait une idée fixe.

 

Au bout du fil, quelques jours plus tôt, Anissa, la technicienne que j’avais contactée, avait fait son possible. Elle avait fait des tests à distance. Pour conclure qu’il me fallait me rapprocher physiquement d’une agence de l’opérateur Orange. Celle de ma ville, et peut-être de ma vie, avait fermé deux ou trois ans plus tôt.

 

J’ai pris le train.

 

Cela m’a semblĂ© plus pratique d’aller Ă  l’agence d’OpĂ©ra. Près de l’OpĂ©ra Garnier. Internet et la tĂ©lĂ©phonie mobile cĂ´toyaient la musique classique.  Nous habitons dans ces paradoxes en permanence. Et cela nous semble normal.

 

 

Très vite, en arrivant à Paris, je me suis retrouvé dans les décors de Noël. Il y avait du monde dans les rues et devant les magasins. Les achats de Noël. C’était une seconde raison d’être content. Cette obligation de faire la fête sur commande. De faire des achats.

 

Impossible de changer de cerveau. Aussi, tout ce que je voulais, c’était que l’on me change ma livebox. Mais le manager m’a très vite contrarié. Il m’a expliqué qu’il me fallait un bon. La technicienne ne m’en avait pas fourni. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était tester la livebox. Il m’a demandé de patienter. Cela pouvait prendre cinq ou dix minutes.

 

Nous Ă©tions dans un sous-sol sans fenĂŞtres et surchauffĂ©. Un Ă©clairage veillait Ă  simuler la lumière du jour mais elle Ă©chouait Ă  faire oublier notre enfermement. Enfermement auquel les  employĂ©s semblaient indiffĂ©rents. Quelques ordinateurs, quelques stands, l’esprit d’équipe et une fonction dĂ©finie pour quelques heures suffisaient pour oublier.

Moi, je n’oubliais pas. J’avais dû me déplacer.

 

Je suis reparti avec ma livebox. Elle marchait très bien. Le manager m’a remis le bordereau du test. Par geste commercial ou par diplomatie, il m’a remis une clĂ© 4 G wifi provisoire valable deux mois. Il m’en a expliquĂ© le fonctionnement très simple :

 

«  On allume lĂ  oĂą on Ă©teint Â».

 

La bonne nouvelle, c’est que j’avais peu attendu dans l’agence.

 

Dans une rue que je n’avais aucune raison de prendre dans ce sens vu qu’elle m’éloignait de la gare du retour, j’ai croisĂ© un homme.  Le magasin Le Printemps Ă©tait sur ma gauche de l’autre cĂ´tĂ© de la rue.

 

Plus petit que moi, l’homme avançait masquĂ© comme nous tous en cette pĂ©riode Covid. Il portait un catogan. Ce que j’ai perçu de son visage m’était familier. Le temps que son identitĂ© se forge dans mes pensĂ©es, il m’avait presque passĂ©. Je me suis retournĂ© et l’ai regardĂ© marcher. Ses jambes Ă©taient très arquĂ©es. Alors qu’il s’éloignait, j’ai imaginĂ© les moqueries, plus jeune, et une de ses phrases :

« J’ai eu une jeunesse un peu compliquĂ©e Â» qui laissait supposer qu’il avait dĂ» beaucoup se bagarrer, enfant.

 

Son sac sur le dos, un repas de l’enseigne Prêt à manger à la main, le voilà qui s’arrête à cinquante mètres. Il a enlevé son masque et commence à boire à la paille ce qui est peut-être une soupe. Je me rapproche.

 

Mon masque sur le visage, je le salue et lui demande :

 

« Vous ĂŞtes LĂ©o Tamaki ? Â». Mais avant mĂŞme qu’il ne me le confirme, je savais.

 

Je lui ai parlĂ© de son blog, de Jean-Pierre Vignau ( Arts Martiaux : un article inspirĂ© par Maitre Jean-Pierre Vignau). Il m’a Ă©coutĂ©. Je me demandais s’il Ă©tait encore dans son Ă©cole vu que j’avais cru comprendre qu’il Ă©tait souvent en voyage. Avec le sourire, il acquiesce concernant ses voyages frĂ©quents. Puis, me prĂ©cise qu’il est toujours prĂ©sent dans son Ă©cole qui se trouve «  Ă  quinze minutes Ă  pied d’ici Â». Qu’il espère rouvrir en janvier.

 

Sa question arrive vite : «  Vous avez dĂ©jĂ  pratiquĂ© ? Â». «  J’ai pratiquĂ© un peu de judo Â».

Lorsque je lui parle de mes horaires de travail de nuit, je retrouve le tranchant de sa pensée telle que je l’ai perçue dans une vidéo où il est face à Greg MMA. Mais aussi dans ses articles pour les magazines Yashima et Self& Dragon. C’est un homme qui réagit avant même que l’on ait eu le temps de saisir les conséquences de ce que l’on formule. On imagine facilement que c’est pareil en cas d’attaque.

 

L’échange est bref. Un moment, j’enlève mon masque afin qu’il voie mon visage lorsque je me prĂ©sente. Je me dis souvent que cela doit ĂŞtre insolite de se faire aborder par un inconnu masquĂ©. Mais cela ne semble pas le dĂ©sarmer plus que ça. C’est une question de contexte et de tranquillitĂ© d’esprit peut-ĂŞtre. Nous sommes en plein jour, dans une grande avenue frĂ©quentĂ©e. Et, je suis venu calmement. Il y a quelques annĂ©es, assis dans un recoin de la rue de Lappe, en soirĂ©e, j’avais aperçu l’acteur Jalil Lespert qui passait avec ses deux enfants.  C’est un acteur dont j’aime beaucoup le jeu. Dont la carrière est Ă©tonnamment discrète. Je l’avais saluĂ© Ă  distance. Mais, Ă  sa façon de faire avancer ses enfants, j’avais compris que je l’avais surpris et un peu effrayĂ©. Ça m’a Ă©tonnĂ© d’apprendre rĂ©cemment que Jalil Lespert, le discret, vit dĂ©sormais une idylle avec Laeticia Halliday, la « veuve Â» de Johnny. Celle qui pleurait son « homme Â» il y a encore deux ans. Mais on a le droit de vivre.

 

LĂ©o Tamaki, c’est un autre monde que Johnny, Laeticia, Jalil Lespert et le cinĂ©ma. C’est le monde de l’AĂŻkido et des Arts martiaux. Les deux mondes peuvent se concilier : show « bises Â» et Arts Martiaux. Mais pour cela, dans le dĂ©sordre, il  faut avoir quelque chose de particulier qui rĂ©pond Ă  une nĂ©cessitĂ© voire des affinitĂ©s et, avant cela, des lieux de frĂ©quentation communs.

 

Franck Unimon, ce vendredi 18 décembre 2020.

 

 

 

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Corps d’Acier/ un livre de MaĂ®tre Jean-Pierre Vignau

 

 

Corps d’Acier(La Force conquise La violence maîtrisée)un livre de J-Pierre Vignau

 

Les Fêtes de ce Noël 2020 se rapprochent. Comme chaque année, nous achèterons des objets du bonheur que nous offrirons. Nous sommes souvent prêts à payer de notre personne pour celles et ceux que nous aimons. Et pas uniquement à Noël.

 

La pandĂ©mie du Covid que nous connaissons depuis plusieurs mois, avec ses masques, ses restrictions, ses consĂ©quences sociĂ©tales, affectives, Ă©conomiques, culturelles et ses « feuilletons Â» concernant la course aux vaccins, leur fabrication et leur distribution, donne encore plus de poids Ă  ce que nous vivons de « bien Â» avec les autres.

 

Pourtant, le bonheur ne s’achète pas.

 

« Avant Â», la vie Ă©tait plus dure. « Avant Â», les clavicules obnubilĂ©es par l’étape de ma survie ou de ma libertĂ© immĂ©diate, je n’aurais pas pu m’offrir le luxe de m’épancher sur mon clavier d’ordinateur.

 

Mais, aujourd’hui, un sourire comme une décoration de Noël peut aussi être le préliminaire d’un carnage futur.

 

Avant, comme aujourd’hui, cependant, le bonheur existe.

 

Parce-que le bonheur ne s’achève pas.

 

La lecture après la rencontre :

 

 

Sauf qu’en tant qu’adultes, nous sommes souvent coupables. Soit de ne pas assez nous mouvoir. Soit d’être forts d’un Pouvoir que nous ne savons pas voir.  De mal nous protĂ©ger et de mal protĂ©ger notre entourage et notre environnement. Comme de tenir de fausses promesses. Et lorsque nous agissons et prenons certaines dĂ©cisions, nous agissons souvent comme des enfants. Les fĂŞtes de NoĂ«l et d’autres rĂ©jouissances officielles nous permettent de l’oublier. Sans doute prĂ©fĂ©rons-nous croire que c’est seulement en ces circonstances que nous nous comportons comme des enfants…..

 

Le livre Corps d’Acier La Force Conquise La violence MaitrisĂ©e de jean-Pierre Vignau publiĂ© en 1984 m’a parlĂ© parce-que le « petit Â» Vignau nĂ© en 1945 a parlĂ© Ă  l’enfant que je suis restĂ©.

 

D’ailleurs, c’est souvent comme ça lorsque l’on rencontre quelqu’un. L’enfant qu’il est ou qu’il a été parle d’abord à nos rêves près de la frontière de notre squelette.

C’est instinctif. ViscĂ©ral. C’est seulement après, lorsque c’est possible, que, nous, les « civilisĂ©s Â», laissons Ă  nos lèvres et Ă  nos oreilles le temps de parler et d’écouter.

Et, assez généralement, alors, on finit par se reconnaître un peu dans l’autre.

 

 

J’ai lu ce livre après avoir rencontrĂ© et interviewĂ© Maitre ( ou Sensei) Jean-Pierre Vignau comme je l’ai racontĂ©. ( Arts Martiaux) A Toute Ă©preuve : une interview de Maitre Jean-Pierre Vigneau ) Puis, juste après ce livre, j’ai lu son dernier ouvrage, paru en 2020, Construire sa lĂ©gende Croire en soi, ne rien lâcher et aller jusqu’au bout, qu’il a acceptĂ© de me dĂ©dicacer.

 

 Chacun ses Maitres :

Certaines et certains trouveront leurs Maitresses et leurs Maitres dans l’exemple et le parcours de personnalitĂ©s diverses. Aya Nakamura, Camille Chamoux, Booba, Kylian MbappĂ©, Donald Trump, Nicolas Sarkozy, Lilian Thuram, Zinedine Zidane, Benoit Moitessier, Olivier de Kersauson, Alain Mabanckou, Samuel Jackson, Miles Davis, Denzel Washington, Krzysztof Kieslowski, Damso, Blanche Gardin, Laure Calamy, Frantz Fanon, Robert Loyson, Jacob Desvarieux, Danyel Waro, Ann O’Aro, Cheick Tidiane Seck, Tony Allen, Amadou HampatĂ© Ba, Tony Leung Chiu Wai…

 

Certaines des quelques personnes que je viens de citer ne font pas partie de mes références mais elles le sont pour d’autres. Des artistes, des sportifs de haut niveau, des femmes et des hommes politiques….

 

On peut aussi trouver ses Maitresses ou ses Maitres chez des Maitres d’Arts Martiaux.

 

Si je suis sĂ©duit et sensible au parcours de bien des « personnalitĂ©s Â» d’hier et d’aujourd’hui, comme Ă  celui de Maitres d’Arts martiaux, j’ai, je crois, assez vite- et toujours- fait une distinction entre le titre et la personne.

 

Je choisirai toujours d’abord, si j’en ai la possibilité, la personne qui me parle personnellement. Correctement. Même si elle est sévère et exigeante. Dès l’instant où elle ou il me semblera juste.

 

Et, cela, avant son titre ou ses titres. Pour moi, une Maitresse ou un Maitre, c’est aussi celle ou celui qui a vécu. Qui a traversé des frontières. Qui a peut-être morflé. Qui s’est aussi trompé. Qui en est revenu. Qui s’en souvient. Qui peut faire corps. Et qui peut être disponible pour transmettre à d’autres ce qu’il a compris, vécu. Afin que celles-ci et ceux-ci vivent mieux, comprennent, s’autonomisent ou souffrent moins.

 

Dès les premières pages de Corps d’acier,  on apprend que Jean-Pierre Vignau, placĂ© enfant Ă  l’assistance publique, a Ă©tĂ© le dernier mĂ´me Ă  trouver une famille d’accueil dans une ferme dans le Morvan.

 

Cette famille qui l’a alors accepté, ou intercepté, c’était un peu la famille de la dernière chance. Jean-Pierre Vignau était le plus chétif du lot. Or, les familles d’accueil étaient plutôt portées sur les enfants d’apparence robuste pour aider dans les diverses tâches de la maison.

 

Vignau raconte comment, conscient que c’était sa dernière chance, il accourt vers cette femme qu’il voit pour la première fois pour plaider sa cause et la convaincre.

Il se rétame alors devant elle et le directeur, embarrassé, de l’assistance publique. Pour se relever et se plaquer contre cette adulte inconnue et, quasiment, l’implorer de le prendre….

 

 

Une fois adoptĂ© par cette femme, les ennuis mĂ©dicaux de Jean-Pierre Vignau s’amoncellent. Cirrhose du foie, problèmes pulmonaires, dĂ©calcification, colonne vertĂ©brale en dĂ©licatesse…. On est donc très loin du portrait de l’enfant « parfait Â» ou douĂ©.

 

La greffe prend entre Vignau et ses parents « nourriciers Â». Mais pas avec l’école. Il sera analphabète jusqu’à ses 28 ans et apprendra Ă  lire en prison.

 

Lors de ma rencontre avec lui fin novembre chez lui, un demi-siècle plus tard,  nous avons surtout parlĂ© d’Arts martiaux ;  un peu de son expĂ©rience de videur (durant huit ans). Et de son accident lors d’une de ses cascades qui lui a valu la pose d’une prothèse de hanche alors qu’il Ă©tait au sommet de sa forme physique.

Nous avons peu parlé de son enfance. Pourtant, il est évident que celle-ci, de par les blessures qu’elle lui a infligées, mais aussi grâce au bonheur connu près de ses parents nourriciers, l’a poussé dans les bras de bien des expériences, bonnes et mauvaises, qu’il raconte dans son Corps d’acier.

 

Je n’ai aucune idĂ©e de ce que cela peut faire de lire d’abord Construire sa lĂ©gende, son dernier ouvrage. Mais en le lisant après Corps d’acier, j’ai vu dans Construire sa lĂ©gende une forme de synthèse intellectualisĂ©e et actualisĂ©e de ce que l’on peut trouver, de façon « brute Â», dans Corps d’acier.

 

Construire sa lĂ©gende a Ă©tĂ© co-Ă©crit par Jean-Pierre Vignau et Jean-Pierre Leloup «  formateur en relations humaines en France et au Japon Â».

Jean-Pierre Leloup « anime des confĂ©rences sur le dĂ©veloppement personnel Â» nous apprend entre autres la quatrième de couverture. L’ouvrage est plus rapide Ă  lire que Corps d’Acier et le complète. Corps d’Acier, lui, compte plus de pages ( 231 contre 159) a Ă©tĂ© publiĂ© par les Ă©ditions Robert Laffont  dans la collection VĂ©cu.

 

Donc, avec Corps d’Acier, on a un récit direct d’un certain nombre d’expériences de vie de Jean-Pierre Vignau ( Assistance publique, ses parents nourriciers, sa mère, son beau-père, la découverte des Arts Martiaux, son passé d’apprenti charcutier, de serveur, de mercenaire en Afrique, son flirt avec le SAC de l’Extrême droite etc…). Dans un climat social qui peut rappeler la France de Mesrine – qu’il ne cite pas- ou du mercenaire Bob Denard qu’il ne cite pas davantage. Mais aussi à l’époque du Président Valéry Giscard D’estaing (Président de 1974 à 1981) décédé récemment voire du Président Georges Pompidou qui l’avait précédé.

 

Cette Ă©poque peut sembler Ă©trangère et très lointaine Ă  beaucoup. Et puis, on arrive Ă  des passages oĂą on se dit que, finalement, ce qui existait Ă  cette Ă©poque peut encore se retrouver aujourd’hui. Exemples :

 

Page 89 (sur son expérience de mercenaire)

 

« L’Afrique, je n’ai pas grand chose Ă  en dire (….). J’étais lĂ  pour me battre, pour oublier, si c’était possible. Pour me lancer Ă  corps perdu dans des combats auxquels, politiquement, je ne comprenais rien mais dont la violence effacerait peut-ĂŞtre Claudine de ma mĂ©moire Â».

 

Page 90 :

«  La grande majoritĂ© des gars du camp cherchaient Ă  anĂ©antir leur peur par tous les moyens, surtout grâce Ă  l’alcool. Parfois, c’était Ă  se demander pourquoi ils Ă©taient lĂ . 80% d’entre eux faisaient croire aux autres qu’ils Ă©taient lĂ  pour la paye. Les autres 20% Ă©taient lĂ , paraĂ®t-il, pour « casser du Nègre Â». En rĂ©alitĂ© tous ces bonshommes qui Ă©taient loin d’être des « supermen Â», Ă©taient larguĂ©s dans cette jungle pour des motivations semblables aux miennes. C’est-Ă -dire qu’une femme les avait laissĂ©s tomber, leur femme, leur mère, leur sĹ“ur etc…Et par dĂ©pit, ils s’étaient embarquĂ©s, comme moi, dans cette galère Â».

 

Sur sa violence au travers de son expĂ©rience de videur :

Page 173 :

 

« Donc, tous les soirs, bagarre (… ) C’était le n’importe quoi intĂ©gral, dans cette ambiance bizarre de trois quatre heures du matin, dans cette jungle pas africaine du tout ».

 

«  Quelque chose ne tournait pas rond en moi, aussi (….). Je sentais que je commençais Ă  prendre du plaisir Ă  taper sur les emmerdeurs. La violence accumulĂ©e toutes ces annĂ©es Â».

 

« Ces soirĂ©es oĂą je risquais ma vie pour que les noctambules puissent s’agiter tranquillement sur les pistes de danse Â».

 

« J’étais devenu une sorte de machine parfaitement rodĂ©e et huilĂ©e, toujours en progrès. Une machine Ă  dĂ©molir. Une machine Ă  tuer. MĂŞme quand je dormais je ne rĂŞvais que de bagarres, coups, courses dans les rues de mes rĂŞves Â».

 

Jusqu’au jour oĂą un Ă©vĂ©nement « l’éveille Â» particulièrement et l’amène Ă  changer d’attitude.  (L’évĂ©nement est relatĂ© dans le livre). A partir de lĂ , la pacification de soi qui est au cĹ“ur de la pratique des Arts Martiaux prend le dessus. Mais comme on le comprend en lisant Corps d’Acier, il a fallu que Jean-Pierre Vignau vive un certain nombre d’épreuves et d’expĂ©riences auxquelles il a survĂ©cu. Et, il lui a fallu beaucoup de travail effectuĂ© au travers des Arts Martiaux – qu’il dĂ©bute Ă  13 ou 14 ans- tel qu’il en parle, page 190.

 

 

L’importance de persĂ©vĂ©rer dans le travail sur soi :

Page 190 :

 

«  La deuxième forme de recherche, celle Ă  laquelle je consacre mon temps et ma vie, est une esthĂ©tique du mouvement. Ce qui amène Ă  une forme de logique spirituelle. Pour obtenir un rĂ©sultat, il faut travailler, travailler encore et toujours. On forme donc son corps, son endurance et la volontĂ© de son esprit. Et, sans mĂŞme la chercher, on obtient l’efficacitĂ© Â».

 

Dans ce passage, Vignau explicite que la voie martiale est assez longue. C’est donc un mode de vie. La voie martiale est le contraire d’une mode, d’un spectacle, d’un raccourci vers le chaos comme une dictature, le banditisme ou le terrorisme par exemple.

 

Par manque de travail sur soi, nos existences peuvent facilement devenir stĂ©rĂ©otypĂ©es et stĂ©riles mĂŞme si nous avons l’impression de « faire quelque chose Â» ou d’être «  quelqu’un Â». Vignau le dit Ă  sa manière, page 192 :

 

« Ici, quand je m’entrainais, c’était uniquement pour moi et pas pour aller frapper les images parlantes qui viendraient «  foutre la merde Â» le soir dans les boites Â».

Conclusion :

Pour conclure, dans Construire sa lĂ©gende Croire en soi, ne rien lâcher et aller jusqu’au bout, page 42, il y a ce passage :

 

« La rĂ©action aux situations stressantes sont de trois ordres : combat, fuite, blocage, respectivement 15%, 15%, 70 % chez l’individu lambda. Les policiers du RAID, par exemple, inversent ce rapport avec 70% pour la rĂ©action de combat. Appliquons cela Ă  Vignau Ă  travers quelques unes de ses expĂ©riences Â».

 

 

Dans Construire sa lĂ©gende, il est aussi prĂ©cisĂ© plusieurs fois qu’il est inutile d’essayer de ressembler Ă  Vignau. Ou Ă  un policier du RAID, d’abord sĂ©lectionnĂ© pour des aptitudes mentales, psychologiques et physiques particulières. Puis formĂ© et surentraĂ®nĂ© Ă  diverses mĂ©thodes de combat.  Avec et sans armes.

 

Chacune et chacun fait comme il peut. Cependant, certaines personnes, sans faire partie du RAID, savent très bien combattre. Mamoudou Gassama, le jeune Malien sans papiers, qui, le 26 Mai 2018,  avait sauvĂ© le gamin accrochĂ© dans le vide Ă  un balcon d’immeuble dans le 18ème, avait selon moi combattu. Sans pour autant faire partie du RAID. Et je ne sais mĂŞme pas s’il Ă©tait pratiquant d’Arts Martiaux.

Ce 26 Mai 2018, Mamoudou Gassama avait au moins combattu l’impuissance et l’inaction devant la chute prĂ©visible de l’enfant suspendu dans le vide. Mais aussi  certains prĂ©jugĂ©s sur les migrants sans papiers.

 

Mais seule une minoritĂ© de personnes est capable de rĂ©agir spontanĂ©ment comme l’avait fait Mamoudou Gassama en risquant sa vie ce jour-lĂ . D’ailleurs, il avait Ă©tĂ© le seul, parmi les « badauds Â» prĂ©sents, Ă  pratiquer l’escalade jusqu’au gamin. 

 

On peut trouver des Maitres, des coaches, des thérapeutes ou autres personnes de confiance et bienveillantes qui peuvent nous permettre d’inverser un peu ces pourcentages lors de situations stressantes dans notre vie quotidienne. Pas nécessairement lors d’un combat ou d’une agression dans la rue.

 

On peut aussi diversifier nos expériences pratiques et sportives dans des disciplines qui, a priori, nous effraient ou nous semblent inaccessibles. Et se découvrir, avec de l’entraînement, certaines aptitudes que l’on ignorait.

 

Le combat, cela peut être, et c’est souvent, d’abord vis-à-vis de nous mêmes qu’il se déroule. Vis-à-vis de nos propres peurs que nous acceptons de combattre ou devant lesquelles nous fuyons ou nous bloquons. Si nous acceptons de combattre certaines de nos peurs, nous pouvons changer de vie pour le meilleur au lieu de subir.

 

Corps d’Acier La force conquise La violence maitrisée et Construire sa légende Croire sa légende Ne rien lâcher et aller jusqu’au bout parlent au moins de ça. Ou, alors, j’ai lu de travers et raté mon explication de texte.

 

 

 

Franck Unimon, ce vendredi 11 décembre 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La Fabrique du Monstre / Un livre de Philippe Pujol

 

 

 

 

 

Marseille a d’abord été un amour étranglé. Il m’a fallu du temps pour aimer cette ville. L’élan de l’accent, du soleil et de la mer, stoppé. Elle était blanche. J’étais noir.

 

J’aurais dû le savoir dès notre première rencontre à Paris, à la Gare du Nord. Elle partait en Irlande. Moi, en Ecosse. Elle écoutait U2 et des groupes comme Simply Red. J’écoutais Miles Davis, des groupes comme Black Uhuru mais aussi du Zouk.

 

Ses parents ne votaient peut-être pas pour le Front National mais sans doute louaient-ils certaines de ses idées.

La littĂ©rature, sujet de ses Ă©tudes universitaires en lettres classiques avec le Latin et le Grec, nous avait aussi rapprochĂ©s. Par « rĂ©alisme Â» Ă©conomique et social,  quatre ans plus tĂ´t, au lycĂ©e, j’avais renoncĂ© Ă  aller Ă  la Fac. Et, peut-ĂŞtre qu’avec elle, je me rattrapais.

 

Je fus prêt à venir m’installer à Marseille. J’avais prévu de postuler à l’hôpital Edouard Toulouse ou dans n’importe quel autre établissement hospitalier. Elle m’en dissuada.

 

Après une première « sĂ©paration Â» et quelques annĂ©es, comme tant d’autres qui vivent par espoir et par amour, je finis par ĂŞtre dĂ©shĂ©ritĂ© par cette histoire de rejet.

 

Notre première rencontre datait du 20 ème siècle. En 1990. Deux de mes amis, une femme et un homme, elle, parisienne blanche, lui, Arabe originaire d’Algérie qui, enfant, avait connu les bidonvilles de Nanterre, ne croyaient pas à cette histoire de couleur de peau.

 

Je n’ai jamais douté de cette histoire. Il a toujours été évident pour moi que tout sacrifice de sa part en faveur de notre relation me serait reproché plus tard.

 

Je rencontrais néanmoins ses parents. Et cela se passa bien. Je pris une chambre d’hôtel avec vue sur le Vieux-Port. Ce fut pour son mariage avec un autre. Un Marseillais comme elle avec lequel la rencontre avait coulé de source.

 

Quelques années plus tard, nous nous sommes brouillés officieusement. Peut-être définitivement. J’imagine que, pour elle, c’est du fait de ma connerie.

 

Depuis, je suis retourné à Marseille. Sans l’appeler.

 

J’ai appris avec cette histoire que l’Amour partagé et sincère ne suffit pas.

 

 

Philippe Pujol a quarante et un ans lorsqu’il écrit La Fabrique du Monstre, paru en 2016.

Ce livre a un sous-titre : «  10 ans d’immersion dans les quartiers nord de Marseille, parmi les plus inĂ©galitaires de France Â».

 

Pujol aime Marseille qu’il qualifie de «  plus jolie ville de France Â» Ă  la fin de son livre. Mais lorsqu’il  parle de Marseille, l’Amour n’est pas son seul atout.

 

Pujol s’est fait connaĂ®tre pour d’autres ouvrages. Il a obtenu le prix Albert Londres de l’annĂ©e 2014 «  pour sa sĂ©rie d’articles Quartiers Shit publiĂ©s dans le quotidien rĂ©gional La Marseillaise Â» nous apprend la quatrième de couverture.

 

C’est sans doute ce prix Albert Londres, un de ses ouvrages relatif à Marseille ou celui qu’il a consacré à son cousin fasciste qui m’a permis d’entendre parler de Philippe Pujol pour la première fois il y a deux ou trois ans.

 

Je croyais que Pujol, d’origine corse nous apprend-t’il, était né à Marseille. Il est né à Paris dans le 12èmearrondissement selon Wikipédia. Par contre, il a grandi et vit à Marseille depuis sa petite enfance. Au gré de certaines de ses connaissances qu’il nous présente, on devine qu’il a dû grandir dans un milieu social moyen ou au contact de personnes d’un milieu social moyen et modeste avec lesquelles il a su rester en relation. J’aurais peut-être pu devenir un petit peu comme lui si j’étais resté vivre dans ma cité HLM de Nanterre. Pas en faisant une école de journaliste. Mais en rencontrant d’abord comme je l’ai fait et comme je continue de le faire différentes sortes de personnes de par mon métier d’infirmier en psychiatrie et en pédopsychiatrie.

 

La ville de Marseille que Pujol raconte dans La Fabrique du Monstre est celle des tranchées. Peut-être, aussi, celle des trachées. On y respire moins bien qu’en terrasse ou au bord de la plage où l’on vit débranché de ce que Pujol raconte.

 

En cherchant un peu, on apprend vite que Pujol a tenu pendant des annĂ©es la colonne fait divers d’un journal de Marseille. Et qu’il a appris Ă  Ă©crire de cette manière. De ses dĂ©buts de journaliste-reporter, Pujol peut dire lui-mĂŞme qu’il faisait « pitiĂ© Â» question Ă©criture.

Alors que je rédige cet article, je me dis qu’il y a un peu du David Simon (l’auteur de Sur Ecoute, Treme…..) chez Philippe Pujol. Pour cette façon qu’il a de coller ses branchies, ses six-trouilles et son cerveau dans certains milieux de Marseille tapis dans l’hostilité ou la clandestinité où il vaut mieux être accepté. Et pour pouvoir en parler ensuite dans ses livres.

 

Pujol a sans aucun d’autres modèles que Simon et il en cite quelques uns à la fin de son livre. Mais je ne crois pas qu’il me reprochera de le rapprocher- un peu- de David Simon.

 

Car son La Fabrique du Monstre est un travail de pelleteuse lorsqu’il parle de Marseille. Il retourne la ville pour nous l’expliquer. TantĂ´t en sociologue ou en historien, tantĂ´t en expert comptable ou comme un auteur de polars. Qu’il parle des petits trafiquants de shit, des règlements de compte, d’autres trafics ; du monde politique marseillais depuis ces trente dernières annĂ©es (Gaudin, GuĂ©rini…) ; des alliances politiques avec le Front National ; des immeubles insalubres, des difficultĂ©s de logement, de cafards Ă  cinq centimes et de Mac Do ; des projets immobiliers discordants, du clientĂ©lisme ; de certains bandits qui investissent ou s’arrangent avec de grandes entreprises, de racket, d’un certain «bordel Â» concernant la conduction des projets ; de la mainmise du syndicat F0 sur certaines transactions… Pujol dĂ©crit presque Marseille comme s’il s’agissait d’une simple citĂ© (une citĂ© faite d’un certain nombre de villages). Et qu’il en connaissait presque chaque atour. Ainsi que les murmures et les rumeurs qui vont avec.

 

 

La ville qu’il « enseigne Â», je l’ai Ă  peine effleurĂ©e. Et, l’on se dit que toute personne qui souhaiterait venir s’installer Ă  Marseille pourrait ĂŞtre bien inspirĂ©e de lire son ouvrage. Selon son projet de vie, y aller seule, investir dans l’immobilier ou y faire grandir ses enfants, celle ou celui qui lira son livre aura de quoi Ă©viter de s’illusionner sur le cĂ´tĂ© en prime abord dĂ©contractĂ© de la ville. MĂŞme si Pujol souligne aussi qu’il y a des personnes qui rĂ©ussissent Ă  venir habiter Ă  Marseille. Et Ă  y rester.

 

 

En parcourant La Fabrique du Monstre, on apprend que Marseille, cela reste loin, pour le gouvernement parisien. D’oĂą cette espèce de « carte blanche Â»  laissĂ©e aux diffĂ©rents acteurs Ă©conomiques et politiques de la ville et de la rĂ©gion abonnĂ©s aux excès. Au dĂ©tour d’une anecdote, on croise ainsi le mĂ©pris aujourd’hui lointain d’un Lionel Jospin, alors Ministre, qui, sollicitĂ© pour intervenir sur un dossier marseillais rĂ©plique en quelque sorte qu’il a d’autres mistrals Ă  fouetter. Sa future dĂ©faite aux Ă©lections prĂ©sidentielles peut-ĂŞtre….

 

Pujol prĂ©cise que, malgrĂ© le soleil, la mer et diverses rĂ©alisations qui ont fait du bien Ă  l’image de Marseille, celle-ci reste pour beaucoup une ville «  en voie de dĂ©veloppement Â». D’autres parlent d’une paupĂ©risation de ses classes sociales moyennes et modestes. Ce qui l’amène Ă  voir Marseille comme un condensĂ© de la France oĂą, de plus en plus, les pauvres vivent avec les pauvres, et les riches avec les plus riches. 

 

 

NĂ©anmoins, Pujol souligne que deux ou trois grandes avancĂ©es pour Marseille viennent de l’Etat ou de l’Europe :

 

Le TGV qui a mis Marseille à trois heures de Paris. Le projet Euroméditerranée.

Marseille, ville européenne de la Culture 2013.

 

 

Pour conclure, Pujol salue la grande aptitude des Marseillais Ă  continuer de se parler. J’ai Ă©tĂ© agrĂ©ablement Ă©tonnĂ© d’apprendre qu’il existe Ă  Marseille un militantisme  antifasciste actif qui a plus d’une fois pris le dessus sur certaines initiatives du Front National.

Plus tĂ´t, il a affirmĂ© que Marseille a plus une culture du grand banditisme que du terrorisme islamiste.  

Pour lui, Marseille n’est pas le monstre rĂ©gulièrement prĂ©sentĂ© dans certains mĂ©dia. Mais la France telle qu’elle peut ĂŞtre dans d’autres rĂ©gions. Sauf que sa misère et ses travers se voient davantage en plein soleil que coulĂ©s dans le bĂ©ton et dans certaines banlieues plus ou moins Ă©loignĂ©es.  

 

Franck Unimon, ce jeudi 3 décembre 2020.

 

 

 

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( Arts Martiaux) A Toute Ă©preuve : une interview de Maitre Jean-Pierre Vigneau

Maitre Jean-Pierre Vignau chez lui, ce samedi 21 novembre 2020.

 

” Tu as le feu vert”. Cette phrase de Jean-Pierre Vigneau, je m’en suis rappelĂ© quelques heures plus tard, hier soir (ce mardi 24 novembre 2020). 

Dans l’article Arts Martiaux : un article inspirĂ© par Maitre Jean-Pierre Vignau

j’Ă©voquais cette interview filmĂ©e de Maitre Jean-Pierre Vignau. C’Ă©tait ce samedi 21 novembre 2020. 

Hier ( mardi 24 novembre) j’ai tentĂ© de joindre Jean-Pierre avant de publier mon article. Pour le prĂ©venir. Mais aussi pour voir avec lui s’il prĂ©fĂ©rait lire l’article auparavant. RĂ©pondeur. Finalement, j’ai publiĂ© l’article. Puis, quelques heures plus tard, je lui ai envoyĂ© le lien de l’article par sms. Jean-Pierre m’a alors appelĂ©.

” J’ai ratĂ© l’appel tout Ă  l’heure” m’a-t’il dit. Je lui ai alors expliquĂ© oĂą j’en Ă©tais et lui ai demandĂ© comment il voulait que l’on s’y prenne. Et, lĂ , la phrase de Jean-Pierre est arrivĂ©e simplement.

 

Le Feu vert.

 

Dans cette simple phrase, toute la confiance de Jean-Pierre. Nous nous sommes rencontrĂ©s une seule fois. Il n’a jamais rien lu de moi. Et, je devine qu’il ne lira peut-ĂŞtre pas l’article tout de suite s’il le fait. Il a mieux Ă  faire ailleurs. Comme, par exemple, Ă©couter dans quelques heures (ce mardi 24 novembre au soir) ce que va dire “Le PrĂ©sident” concernant le maintien ou l’assouplissement des mesures concernant le confinement Ă  propos de la pandĂ©mie du Covid. 

 

” Le prĂ©sident ?!”. Je pense alors au PrĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration de KaratĂ© ou des Arts Martiaux mĂŞme si je ne sais pas de qui il s’agit.

Non ! Le PrĂ©sident Macron, me rĂ©pond Jean-Pierre. Je me suis tellement “moulĂ©” dans un certain mode de vie depuis la pandĂ©mie et les mesures de confinement. J’ai Ă©tĂ© si convaincu qu’il allait nous falloir faire montre de patience, que, depuis le tout premier discours – Mi-mars- du PrĂ©sident de la RĂ©publique, Emmanuel Macron, “notre” PrĂ©sident, je n’Ă©coute plus ses discours. 

Ou, peut-ĂŞtre, que je n’ai toujours pas digĂ©rĂ© cette ambiance de fin du monde de son premier discours Mi-Mars. Je n’ai jamais cru non plus Ă  mon statut “de hĂ©ros de la nation”. Je n’ai jamais comptĂ© sur la production expresse et miraculeuse du vaccin “magique”. Alors que je m’Ă©tais inquiĂ©tĂ© quant Ă  la perte de certaines de nos libertĂ©s. MĂŞme si je me suis rapidement “fait” Ă  cette nĂ©cessitĂ© des gestes barrières. Et Ă  un petit peu de discernement quand c’est possible. 

Mon “indiffĂ©rence” actuelle envers le PrĂ©sident Emmanuel Macron vient peut-ĂŞtre aussi du fait que, mĂŞme s’il prend la parole et essaie de paraĂ®tre comme celui qui reste le chef d’orchestre,  j’ai fini par considĂ©rer que la pandĂ©mie est depuis quelques mois devenue notre vĂ©ritable prĂ©sidente installĂ©e.

Une “PrĂ©sidente” Covid autour de laquelle sont très vite venus graviter quelques parasites, dont “notre” PrĂ©sident, alors qu’elle ne devait ĂŞtre que passagère. A la suite de cela, j’ai en quelque sorte “floutĂ©” l’image de “notre” PrĂ©sident actuel, persuadĂ© de sa propre impuissance.

Mais j’ai sĂ»rement tort de banaliser Emmanuel Macron et celles et ceux qui gouvernent avec lui et les autres. Mon manque de clairvoyance Ă  leur sujet vient certainement du fait que je n’ai aucune compĂ©tence politique. Que je vis un peu au jour le jour et avec une  perspective assez limitĂ©e. Ce confinement et cette distanciation sociale ont des effets abortifs sur notre imaginaire.  Sauf pour certains qui continuent d’agir, d’entreprendre et de dĂ©cider. L’Ă©preuve du VendĂ©e Globe est lĂ  pour nous le rappeler. Si certains concurrents en tĂŞte peinent, Ă  certains moments, Ă  rĂ©cupĂ©rer le vent qui les fera avancer de nouveau, ils sont nĂ©anmoins toujours en mer, en avance sur d’autres. Et, lorsque le vent “rejaillit”, ils sont, Ă  nouveau, bien plus avancĂ©s que d’autres qui traĂ®nent derrière.

Lorsque la pandĂ©mie du covid rĂ©gressera pour de bon, et que l’horizon se dĂ©gagera, on devrait voir apparaĂ®tre, installĂ©es Ă  des fonctions clĂ©, pour notre Ă©poque et notre sociĂ©tĂ©, certaines personnes que l’on avait jusque lĂ  ignorĂ©es ou sous-estimĂ©es. Ces personnes auront su profiter du contexte du Covid pour entreprendre ou bien se placer.

De mon cĂ´tĂ©, c’est parce-que, depuis Mi-Mars,  j’ai toujours respectĂ© les gestes barrières que je me suis autorisĂ© Ă  aller rencontrer Jean-Pierre chez lui ce samedi 21 novembre. Cela a Ă©tĂ© mon VendĂ©e Globe. Pour cela, il m’a suffi de dĂ©passer la distance kilomĂ©trique “autorisĂ©e” de un kilomètre autour de chez soi.  J’en avais besoin et j’Ă©tais inspirĂ©. Parce-que je me suis dit qu’en temps ordinaire, il aurait Ă©tĂ© plus Ă©tĂ© difficile d’obtenir aussi rapidement une telle rencontre avec Jean-Pierre, Ă  son domicile.

Dans ce “feu vert” qu’il m’a  donnĂ©, je mesure Ă  la fois la responsabilitĂ©, pour moi, de faire au mieux. Mais je me demande aussi, si moi-mĂŞme, il m’arrive de donner mon feu vert aussi facilement et aussi rapidement autour de moi. J’ai du mal Ă  le croire. 

 

Mais ce feu vert, oĂą cette autorisation, correspond aussi très bien Ă  Jean-Pierre. Car, comme on pourra le voir et l’entendre dans ces images, il est particulièrement vert. J’ai donnĂ© comme titre Ă  cette interview A Toute Ă©preuve. Je crois qu’il sera facile de comprendre la ou les raisons de ce titre.

Ps : je rappelle qu’une fois chez Jean-Pierre et Tina, après avoir obtenu leur accord pour l’interview, j’ai posĂ© mon camĂ©scope de poche sur la table et l’ai laissĂ© filmer tant qu’il pouvait (un peu plus d’une heure). L’interview n’Ă©tait pas prĂ©vue. Elle Ă©tait seulement vĂ©hiculĂ©e par ma tĂŞte dès que Jean-Pierre m’avait proposĂ© de venir chez lui pour acheter son livre Construire sa LĂ©gende. Mais encore fallait-il, une fois sur place, que lui et Tina acceptent l’interview. 

Lors de l’interview, Tina reste hors champ. J’estime que cela prĂ©serve sa tranquillitĂ©. Et, que, d’autre part, ses interventions- hors champ, donc- ajoutent une plus value Ă  l’interview. 

Franck Unimon, ce mercredi 25 novembre 2020. ( Pour regarder l’interview, cliquer sur le lien vimeo ci-dessous).

https://vimeo.com/482901714