Catégories
self-défense/ Arts Martiaux Voyage

L’Année du Japon

Rue de Rivoli, Paris, 9 Juin 2024. Photo©Franck.Unimon

L’année du Japon

Parler du Japon aujourd’hui depuis la région parisienne peut apparaître irresponsable et déplacé. Pourtant, nous sommes au mois de juin et cela fait plusieurs jours que je vois et revois que le Japon, lorsque l’été s’approche, redevient subitement une destination touristique attrayante. Ça et là, le Japon apparait dans les vitrines.

 Je sais aussi qu’il existe un petit plus qu’un effet de mode avec le Japon et que depuis au moins une dizaine d’années, la culture nipponne, voire sud coréenne,  a ses spécialistes et ses amateurs au moins parmi les adolescents et les jeunes adultes.

Sur les Champs Elysées, Paris, 16 juin 2024, le matin. Photo©Franck.Unimon

 

Cependant, en France, il pleut et il fait gris. Certaines personnes diraient même que, désormais, en France, il fait presque brun.

Car l’Assemblée nationale, en France, a été dissoute par le Président Emmanuel Macron il y a quelques jours après la victoire du RN aux élections européennes. Un Président de la République réélu, aussi jeune qu’il est devenu impopulaire.

Paris, 16 juin 2024, le soir. Photo©Franck.Unimon

Cinquante pour cent d’électeurs se seraient abstenus d’aller voter lors de ces élections européennes. Des élections législatives vont avoir lieu de manière anticipée le 30 juin et le 7 juillet. On ignore encore si, pour la première fois, en France, le Rassemblement National (RN), parti d’extrême droite héritier du Front National (FN) co-créé il y a un demi-siècle par le pionnier de la dynastie Le Pen va parvenir au Pouvoir Politique par la Grande Porte en obtenant le poste de Premier Ministre. Ou si, une fois de plus, le RN va se heurter à la muraille de Chine faite de ce refus des Français revenus une nouvelle fois voter par défaut pour  un parti politique de Droite ou de Gauche perçu comme républicain, antiraciste et démocratique. 

A quelques jours du début des Jeux Olympiques organisés en France, on pourrait se croire dans un épisode de Games of Throne avec les adeptes du RN dans le rôle des revenants d’autant plus inquiétants qu’ils ressemblent à ces mutants imperturbables vus dans bien des films et dont la volonté de fer se concentre dans l’action de se multiplier mais aussi de se diversifier. Tandis que les plus irréductibles des membres du RN, eux, verraient leurs opposants et leurs contraires comme autant de redoutables envahisseurs dont la principale source de volonté serait de coloniser et d’anéantir la grandeur de l’identité nationale française.

Je crois m’être fait servir par l’un d’entre eux il y a quelques heures.

Un Yakuza caché  ?

Dans ma ville, je passe quelques fois dans une boucherie dans laquelle l’atmosphère et la clientèle détonnent. J’y entre en étant assez fasciné mais aussi parce-que je suis un client satisfait.

Dans cette boucherie, on se croirait dans la France des années 70 et 80. On semble y rester confiné entre soi mais on y achète de la très bonne viande plus chère qu’ailleurs dans la ville.

A tort ou à raison, cet endroit m’évoque facilement les très bons films  Dupont Lajoie ou Seul contre tous. Cependant, il faut rester prudent et se méfier des apparences. Même si son propriétaire et boucher, tout à l’heure, m’a un peu troublé.

Ou provoqué.

Nous étions seuls dans la boucherie lorsque je me suis laissé aller à la familiarité de lui demander où il avait prévu de partir en vacances cet été. Peut-être parce-que ma tête lui était suffisamment familière, il m’a répondu spontanément :

« En Dordogne ».

La Dordogne est une jolie région et la France, un très beau pays à visiter. Cela fait des années que la France est un des pays les plus visités dans le monde qu’il s’agisse de l’Hexagone ou de « ses » îles si l’on excepte peut-être la Nouvelle Calédonie depuis plusieurs semaines compte-tenu du climat de guerre civile et de rejet de la politique française qui y a éclos abruptement.

Sur les Champs Elysées, Paris, 5 juin 2024. Photo©Franck.Unimon
Le Jardin des Tuileries, 15 juin 2024. Photo©Franck.Unimon

Sauf que le boucher, Maitre en sa boucherie depuis une bonne vingtaine d’années, a eu besoin de rajouter :

«… Pour faire travailler les Français…. ».

Je me suis contenté de lui répondre, le plus légèrement possible :

« Si vous pouvez…. ».

Fort heureusement, sa politesse ou son absence de curiosité m’ont sauvé. Je n’ai pas eu à lui annoncer où j’avais prévu de passer mes vacances, cet été.

En effet, ce 8 juillet, soit le lendemain des résultats du deuxième tour de ces élections législatives provoquées par le Président Macron suite à sa décision de dissoudre l’Assemblée Nationale, je prendrai l’avion pour trois semaines au Japon afin de participer au Masters Tour 2024 créé et co-organisé une nouvelle fois par Léo Tamaki, expert en Aïkido.

Le Japon, c’est assez éloigné de la Dordogne.

Librairie, dans la Rue de Rivoli, 9 juin 2024. Photo©Franck.Unimon

Mais peut-être que le boucher regarde-t’il  tous les soirs des manga à son domicile ? Peut-être aussi parle-t’il Japonais couramment dans ses rêves et se rend-t’il tous les ans à la Japan Expo ? Peut-être aussi, dans ses hobbies, compte-t’il un Savoir faire de Maitre Pottier japonais ? Ou de Maitre Sushi ? Ou de chanteur Karaoké ?

Rien ne (me) permet, à ce jour, de le contester. Peut-être même, tous les soirs, se transforme-t’il aussi en Yakuza à la façon dont Takeshi Kitano a pu nous les décrire dans ses films Sonatine ou Hana-Bi pour parler de quelques uns de ses films ?

Peut-être n’est-il qu’un samouraï infiltré dans une ville de banlieue parisienne, plutôt mal réputée, qui a choisi d’endosser l’habit, la profession et des propos qui peuvent s’apparenter à ceux de l’Extrême Droite pour mieux la combattre à la façon d’une taupe tel Tony Leung Chiu-Wai qui, lui, avait infiltré une triade chinoise dans le film A Toute Epreuve du réalisateur Hong-Kongais John Woo, son dernier film à Hong-Kong avant la rétrocession de celui-ci à la Chine et avant son exil pour les Etats-Unis et son film Volte-face avec Nicolas Cage et John Travolta ?

Manifestation pro-palestinienne à Paris, 27 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

Ces films noirs ou ces polars asiatiques de ces réalisateurs, et d’autres que je ne cite pas tels Kirk Wong, Johnnie To ou les frères Mak etc…, font partie des classiques pour celles et ceux qui les connaissent ou les ont vus, comme moi, au cinéma, à leur sortie ou en décalé.

Ces films font aussi partie du passé. Même si ce passé est présent et futur. Et moi, ce que je suis en train de vous écrire ce mardi 18 juin 2024 appartient aussi au passé. Car si mon départ pour le Japon, cette année, est prévu pour le 8 juillet, soit dans trois semaines, il s’agira aussi de mon « retour » au Japon après mon premier voyage, là-bas, en 1999. Un retour souhaité dès cette année-là.

En 1999, lors de mon premier séjour au Japon, j’étais imprégné de cinéma en version originale sous-titrée et de cinéma asiatique. Au point de beaucoup m’identifier aux Japonais.

Nous ne sommes pas des japonais

« Vous n’êtes pas des Japonais ! » nous avait néanmoins asséné Vanessa, – tel un ippon- une de nos camarades- et Française- de notre cours de Judo, au gymnase, rue Michel Lecomte, tant nous singions certaines caractéristiques japonaises.

Nous, c’était Manu, un de mes amis Français, rencontré sur le tatamis du club, et moi, Français d’origine antillaise.

Elle avait raison.

Depuis notre naissance en région parisienne jusqu’à cette déclaration, Manu et moi n’avions jamais rien eu de bridé. Nous avions acheté nos kimonos de judo en France. Nous pratiquions le Judo en France. Notre professeur de Judo, Pascal Fleury, grand frère de la championne olympique Cathy Fleury, était d’origine italienne.

Lorsque Manu et moi, nous allions- quelques fois- dans des restaurants asiatiques, c’était à Paris ou en banlieue parisienne. Et, lorsque nous voyions ou rencontrions beaucoup d’Asiatiques, c’était surtout projetés sur un grand écran de cinéma, sur l’écran d’un téléviseur ou dans les ouvrages d’une librairie.

Rue de Rivoli, 9 juin 2024. Paris. Photo©Franck.Unimon

Pour moi, en devenant adulte, je crois que le Japon avait pris la place que les Etats-Unis, enfant puis adolescent, avaient pu avoir. Celle d’un pays dont l’Histoire et les êtres avaient des destinées fantastiques. Lorsque l’on est né en banlieue parisienne, dans un milieu social moyen, que l’on a d’abord grandi dans une cité, et que nos parents, bien que « Français », sont des Antillais qui ont dû venir vivre en métropole tels des immigrés à l’âge où, en principe, tout est possible puisque l’on est jeune et que ce possible se résume à un logement HLM avec d’autres personnes qui, comme eux, font de leur mieux pour s’en sortir, hé bien, soit on se contente de ce que l’on a. Soit on rêve ou on imagine un ailleurs.

Et puis, petit à petit, soit on essaie d’aller vers cet ailleurs, soit on reste enfermé dans sa cité et dans tout ce que l’on connait par coeur par peur et par précaution.

Pourquoi le Japon plus que le Vietnam, le Cambodge, l’Indonésie, la Corée du Sud, la Thaïlande, la Birmanie, le Laos ou ne serait-ce que la Chine qui sont aussi des pays à connaître comme tant d’autres en Asie, en Afrique, en Océanie, en Europe ou ailleurs ?

 

 

Rue de Rivoli, Paris, 9 Juin 2024. Photo©Franck.Unimon

Très certainement pour cet attrait pour les Samouraï  qui avaient remplacé les cow-boys des western de mon enfance. J’étais devenu adulte. C’était exotique.  Je ne pouvais pas continuer à garder les mêmes modèles, me promener avec un chapeau de cow-boy, un ceinturon en plastique comportant un étui occupé par un colt noir également en plastique et une étoile de shérif. 

Il y avait peut-être aussi une forme de refus du statut de victime permanente et suppliciée. La victime potentielle du racisme parce-que Noir dans un pays de Blancs, la France.

Et une espèce de recherche de mon salut intérieur un peu plus en accord avec moi-même dans les Arts Martiaux que dans les comportements des héros de western qui buvaient de l’alcool et qui fumaient, aussi, qui jouaient de l’argent. Qui roulaient un peu plus des mécaniques et qui parlaient fort. Il y ‘avait peut-être également une envie de ma part de m’affirmer en étant un homme antillais “différent”, moins bruyant, moins théâtral et moins prévisible. Plus original. Plus complexe. Peut-être plus libre.

Le Japon faisait aussi davantage penser à cette vitrine où y était exposée en permanence cette sorte de Maitrise en toute circonstance que je cherchais à obtenir en moi. Pour cette assurance et ce calme constants en apparence. Pour les sons gutturaux, rauques, brefs et définitifs de la langue japonaise telle que je l’entendais. Pour cette délicatesse supposée de la femme japonaise qui contrastait avec la femme imprévisible, exigeante, pleine d’assurance ou hystérique de la vie urbaine ou parisienne.

Pour caricaturer, d’un côté, on pouvait avoir la « Française » qui fume, qui boit de l’Alcool, qui peut vous quitter ou qui dit zut. De l’autre côté, on avait une femme polie, pas un mot plus haut que l’autre, que l’on voulait voir comme charnellement sensuelle, jamais contrariante et fidèle à jamais.

Il est beaucoup plus facile de fantasmer sur une personne à laquelle on ne se confronte jamais et dont on méconnait la langue, la culture, les volontés et la pensée et qui reste pour nous une apparition encadrée telle une poupée gonflable et domesticable. Mais aussi, jetable.

J’ignorais alors tout ce que le Japon pouvait avoir de traditionnaliste, de conservateur voire de raciste. Ou de sexiste. Et, je méconnaissais totalement le fait, aussi, que ce mode de vie que je préférais voir comme du raffinement esthétique digne de la très haute couture reposait aussi sur une certaine psychorigidité sociale qui flattait d’abord ma propre psychorigidité.

J’ignorais aussi que certains aspects de la vie traditionnelle à la Japonaise équivalaient, aussi, par ses principes, à certains aspects de la vie traditionnelle que m’ont transmis mes parents et auxquels je suis attaché : Un campagnard, qu’il soit japonais ou d’origine antillaise, aura une façon de regarder la vie assez similaire.

L’importance de la parole donnée m’apparait par exemple être une valeur qui émane plus de l’héritage de la tradition et du mode de vie campagnard que du mode de vie dit urbain et moderne, pour ne pas dire mondain.

« Le Japon a mis mes valeurs à plat » m’avait dit lors d’une soirée parisienne une Française qui y avait vécu quatre années.

Quatre années, pour moi qui n’étais jamais allé au Japon, c’était au-delà du réel.

Ce devait être deux ou trois ans avant que je n’envisage mon propre séjour au Japon.  Cette femme qui avait à peu près mon âge avait accepté le principe de me revoir pour me parler davantage du Japon. Mais ce qu’elle m’avait laissé, ce sont ses quelques remarques sur le Japon, son prénom et son nom lors de cette soirée passée dans un lieu dont je serais incapable de me rappeler avec certitude.

Mais si cette connaissance croisée dans une soirée, n’avait pas tenu parole, l’amie que je connaissais, alors, elle, l’avait tenue en m’accueillant chez elle au Japon deux ans après m’avoir déjà reçu chez elle une première fois en Australie, à Melbourne, en 1997.

 

En 1999 : Le Japon, une éclaircie profonde

En 1999, l’année du film Matrix, pour moi, il y eut un avant et un après le Japon.

A mon retour de mon séjour grâce à Raspoutine, mon amie franco-australienne qui y habitait alors, et son frère Le Croque-mort alors mon ami, qui me fit profiter de son expérience là-bas avant de rentrer en France, je déclarai que ce voyage fut extraordinaire.

Et, je le pense toujours aujourd’hui.

Humainement, ce séjour fut pour moi une frontière entre celui que j’étais auparavant qui en faisais des tonnes dans la provocation mais aussi dans l’humour pour se faire aimer. Mais aussi pour se desservir lui-même.

Ce voyage au Japon et son contexte dans ma vie personnelle et professionnelle m’aidèrent et me poussèrent à aller davantage dans l’introspection. Pour paraphraser un peu le livre Avec les Alcooliques Anonymes de Joseph Kessel, paru en 1960 et que j’ai bientôt terminé, je dirais que ce séjour au Japon en 1999 m’a permis d’être plus honnête et plus sincère avec moi-même.

Je n’étais pas alcoolique et je ne suis pas alcoolique. Si je l’avais été, j’aurais pu être été poussé à  croire que l’alcool, sous toutes ses formes et latitudes, aurait pu me guider.

Cependant, avant mon séjour au Japon, j’étais probablement ivre et imbibé de mes propres peurs. J’avais très peur de celui que j’étais, de celui que je pouvais devenir et j’avais aussi très peur….d’être aimé.

D’où les provocations et l’humour répétés jusqu’à en être inappropriés. Les décisions très mal inspirées. Le propre de l’alcoolique, c’est, à défaut de pouvoir s’étreindre et se rassurer lui-même, de se détruire et de chercher à s’assommer et à s’éteindre jusqu’au black- out par l’alcool. Pour s’évader de lui-même. Je faisais pareil mais avec l’humour, mes provocations, mes excès, mes gesticulations, des mauvaises décisions, une certaine négligence de moi-même…

Lorsque l’on a peur de soi-même, que l’on a peur d’être aimé ou que l’on estime être indigne d’être aimé, on sait devenir tranchant, blessant ou désarmant pour celles et ceux qui nous entourent ou qui prennent le risque ou ont l’audace de nous approcher. On devient ivre au point de s’aveugler, de manquer de lucidité, et d’être incapable de faire la distinction qui convient entre celles et ceux que l’on peut laisser s’approcher et les autres qu’il faut savoir repousser ou, plus simplement, éviter. Puis, notre orgueil parachève de manière incontestable notre entreprise (ou notre chef-d’œuvre) de démolition et d’autodestruction :

S’il y a un problème, c’est à cause des autres. Ou, on ne savait pas que l’autre ne nous voulait-finalement- aucun mal…..

Le contexte dans lequel j’étais parti au Japon en 1999 cumulé au fait de m’être rendu dans un pays comme le Japon m’avaient aidé à commencer à me sevrer de certaines de mes mauvaises habitudes relationnelles et émotionnelles. Mais, comme on le sait, se sevrer prend du temps. Ce qui n’empêche pas de vivre des éclaircies profondes. Et, le Japon en fut une pour moi.

Si bien qu’à mon retour, je m’étais dit que je reviendrais un jour au Japon. Il aura fallu attendre…25 ans.

Il y a 25 ans, du Japon, j’avais ramené des photos papier, un bermuda qui ne me va plus car j’ai pris du poids et du ventre depuis, une caméra analogique et de la céramique.

Electronique et Céramique

l’Electronique et la céramique me semblent assez bien représenter les deux versants du Japon. Le moderne et le traditionnel. Le quasi-virtuel et le spirituel. L’industriel et l’artisanal. Le logique et l’organique. L’efficace et le sensuel. Mais l’un comme l’autre concourt pour la perfection. 

Des deux, électronique et céramique, c’est la céramique que j’utilise encore. Toutes mes tasses de thé ramenées du Japon en 1999 sont demeurées intactes. Et, au travers de leur utilité et de leur durabilité, je vois une sorte de confirmation dans le fait que, utilisée pour l’usage qui lui correspond, la tradition conserve sa supériorité en acquérant plus de profondeur que la nouveauté qui, elle, plus superficielle, est condamnée à se reproduire pour pouvoir espérer préserver ses attraits et convaincre quant à ses promesses et ses effets. 

 

Mais on peut le voir autrement et se dire que mon versant ou mon tempérament traditionaliste l’a emporté pour le moment sur mon tempérament moderne ou moderniste. Car après tout, d’après un podcast que j’ai déjà écouté deux fois, les blogs appartiendraient au passé. Aujourd’hui, ce qui est moderne, ce qui suscite et maintient l’intérêt quotidiennement et qui apporte un succès immédiat et continu, c’est de diffuser souvent et régulièrement des images et de produire le moins de texte possible. Et, moi, comme un vieux schnock conservateur encore accroché au monde des relations épistolaires, et donc complètement démodé, je fais l’exact contraire. Peut-être s’agit-t’il d’une stratégie et d’une décision que je regretterai dans à peu près une dizaine d’années. Lorsque je me déciderai à changer de point de vue contraint ou forcé. Ou à changer le thème de mes articles.

Toutefois, il existe un bémol à cette autocritique : mes articles les plus lus sont relatifs aux Arts Martiaux ainsi qu’un article consacré à Brigitte Lahaie, une ex star française de films pornos qui n’a jamais porté de kimono. 

Et, il y a aussi un autre bémol à apporter à cet éloge dithyrambique que j’ai fait concernant la supposée supériorité de la tradition sur la modernité, un préjugé de plus dans lequel je me suis très confortablement installé : 

Pendant une vingtaine d’années, j’ai roulé  dans une voiture Toyota achetée deux ans après mon premier voyage au Japon. Et le nouveau modèle d’occasion, plus récent, que j’ai acheté également à crédit l’année dernière n’est pas en céramique. 

Il me reste aussi quelques souvenirs durables du Japon de 1999.

 

Des souvenirs durables de mon voyage au Japon en 1999

 

De Tsukuba, cette ville de banlieue qui évoquait la campagne, située à une heure de Tokyo où habitait mon amie à l’époque. D’une course improvisée à vélo en revenant de la gare de Tsukuba avec une collégienne ou une lycéenne dans sa tenue ( jupe, baskets, débardeur et chemise blanche).

De Pierre, lycéen français au Japon grâce au Rotary Club de sa ville.

De cette secousse sismique alors que je discutais avec mon amie dans son appartement. De ce tournoi de Sumo où nous nous étions rendus.

Je me rappelle de cette prévenance des Japonais et des Japonais faisant ( tout) leur possible pour me renseigner dans la rue dès lors que je m’étais adressé à eux avec les quelques mots d’usage et de politesse consacrés que je connaissais en Japonais. Des mots agissant à la fois comme des sésames ou des talismans poussant mon interlocuteur et mon interlocutrice à s’assurer que je prenais bien ensuite la bonne direction comme si son destin ou son karma en dépendait. Des mots que je n’ai pas oubliés et qui signifient « Bonjour », « Bonsoir », «  Je voudrais, s’il vous plait », « Merci beaucoup », « êtes-vous d’accord ? », «  Faites attention à  vous »….

Il y avait ces rues envahies par ces foules, plus imposantes qu’ailleurs, au moment de les traverser ou marchant sur les trottoirs. Ce cycliste se frayant patiemment l’usage d’un passage à travers la multitude de piétons sur le trottoir sans que personne ne lui fasse le moindre reproche.

Kyoto, le Shinkansen. La ponctualité millimétrée des trains. La propreté immaculée des gares.

Ce sentiment de sécurité dans les rues ignoré du banlieusard que j’étais et confirmé par mon amie.

Il y a aussi ce Salary man qui, à Tokyo, vers 22 heures, habillé en pantalon et chemise, son attaché case à la main, s’était subitement mis à dégueuler sur le quai de cette gare où, comme lui, j’attendais le train pour rentrer. Puis, il s’était éloigné de ses vomissements sans rien dire.

Dans quelques rues d’Hiroshima, j’avais été étonné de voir ces jeunes femmes ou ces adolescentes au profil d’écolières de type lolita, véritables clignotants vestimentaires, qui attendaient le client égaré ou habitué. A Hiroshima, toujours, j’avais aperçu ce bâtiment dont le toit avait reçu la bombe atomique. Et, au musée tout proche, j’avais été étonné de constater que les Japonais étaient présentés comme les victimes de la bombe atomique sans souligner la responsabilité de l’armée japonaise plutôt jusque-boutiste. Je n’avais pas encore lu que les opérations Kamikaze des aviateurs japonais avaient, dans les faits, donné peu d’avantages en terme de réussite militaire mais, aussi, que la participation du Japon au conflit de la Seconde Guerre Mondiale était prévisible et devenu inévitable dès lors qu’il lui restait six mois de réserve de pétrole.

En 1999, j’avais aimé me rendre dans les quartiers de Shibuya et de Harajuku réputés pour être des coins branchés de Tokyo. J’avais déploré être passé à côté de la vie nocturne du Japon. Cela aurait pu arriver si j’avais pu rencontrer Yuji et sa compagne plus tôt dans une des rues de Tokyo. Anglophones tous les deux, ce qui était rare, ils m’avaient fait découvrir un bar-cinéma possédant une petite scène dont mes yeux d’occidentaux n’auraient jamais  pu concevoir l’existence dans ce bâtiment ou cet immeuble tout proche de nous. Ensuite, toujours le même jour, le colocataire de Yuji, musicien et originaire de Nara, m’avait invité à venir m’y rendre un jour. Sauf que je repartais pour la France…le lendemain.

J’étais rentré du Japon le lendemain comme lorsque l’on sort d’un rêve.

Le Japon et moi, aujourd’hui :

Les quelques personnes à qui j’ai parlé de mon séjour au Japon, cette année, se sont montrées enthousiastes. J’ai été marqué par le sourire XXL de mon amie Pépita, qui, à l’époque, m’avait encouragé à faire un crédit que je n’ai jamais regretté même s’il m’avait fallu ensuite deux années pour le rembourser.

Le Japon reste une destination touristique peu courante comme en atteste encore la réponse que m’a faite le boucher lorsque je l’ai interrogé à propos de ses vacances. Même si l’écoute d’un podcast cette semaine m’a appris que de plus en plus de vacanciers s’y rendaient et que quelques uns d’entre eux se comportaient de façon outrancière.

En 1999, je buvais sûrement encore du thé en sachet ou du thé aromatisé avec beaucoup de sucre. Soit l’exact contraire d’aujourd’hui où je bois du thé vert japonais que j’achète en vrac et que je bois sans sucre. Du Sencha ou du Gyokuro que je peux boire froid. L’un des gérants de la boutique de thé où j’ai des habitudes et où j’ai commencé à acheter du thé en vrac un jour, m’a dit que mon palais avait été éduqué mais, aussi, que notre palais a une mémoire. Du goût et des températures qui nous conviennent lorsque nous buvons du thé.

J’ai l’impression d’être moins en pamoison devant la culture japonaise qu’en 1999. Délibérément et aussi parce-que je suis dans les démarches du quotidien, j’ai, pour l’instant, survolé le programme que nous a adressé Léo concernant notre séjour là-bas.

Mais si je me fie à mon rapport au thé, au salé, et au maintien de mon intérêt pour les Arts martiaux japonais ou autres, il semblerait que je sois bien plus réceptif à la culture japonaise que je ne le crois. De manière pragmatique, je crois que j’attends de me trouver dans l’avion pour Tokyo en bonne condition avec toutes les formalités en règle pour pouvoir commencer à pleinement vivre l’événement. Avant cela, je me dis sûrement que trop d’extrapolation et trop d’imagination tue l’expérience.

Cet article qui est une forme de pré-bilan avant le voyage fait partie pour moi des « formalités ». Autant d’un point de vue instrospectif qu’à visée d’interaction avec d’autres. Car je crois que d’autres personnes qui seront au Japon ou non en juillet peuvent ressentir ou s’identifier à ce que je raconte à un moment ou à un autre dans cet article.

Il y a quelques mois, je me suis dit que retourner au Japon lors du Masters Tour 2024 était vraisemblablement une des meilleures façons pour moi de le faire. Léo Tamaki nous a appris il y a quelques jours que nous serions 143 à participer à ce Masters Tour en juillet et que nous ferions des sessions avec des Maitres d’Arts Martiaux en étant 23 par groupes. Ce qui est un bon chiffre. 

En apercevant quelques offres commerciales que j’ai pu voir en faveur de voyages au Japon ces derniers jours, tant pour leur tarif que pour leur contenu, je me suis déjà senti soulagé d’avoir opté pour le choix du Masters Tour 2024.

J’espère et je compte ramener du Japon 2024, en même temps que des impressions et des rencontres mémorables, quelques images et un article pour ce blog qui essaieront de restituer cela au mieux. Pour les esprits jeunes et les esprits vieux, pour les esprits traditionalistes et les esprits modernes qui pourront y trouver plaisir et réconfort. 

Rue de Rivoli, Paris, 9 juin 2024. Photo©Franck.Unimon

Nota Bene, ce mercedi 19 juin 2024 :

En repensant ce matin à cet article après l’avoir écrit en grande partie hier, je me suis aperçu que j’avais complètement oublié de parler du risque de l’accident nucléaire au Japon. Un risque difficile à totalement occulter pourtant après ce qui s’était passé à Fukushima en 2011. 

Malgré la probabilité du risque nucléaire, ou de celui d’un séisme, je reste sur l’impression que ce nouveau séjour au Japon m’extraira durant quelques temps des sortilèges d’un certain cirque quotidien. 

Franck Unimon.

Catégories
self-défense/ Arts Martiaux

Les 24 heures du Samouraï 2024

Au dojo d’Herblay, ce dimanche 19 Mai 2024, quelques minutes après la fin des 24 heures du Samouraï. Photo©Franck.Unimon

 

Les 24 heures du Samouraï 2024

Il pleuvait ce dimanche 19 mai 2024 autour de midi alors que nos colonnes peuplaient le dojo d’Herblay. Sur les tatamis, nous étions plus de deux cents à continuer de nous orienter sur la pirogue de la fatigue. Des hommes mais aussi des femmes, nous étions majoritairement en kimono.

Romain Anselmo, Karaté Kyokushinkai, au dojo d’Herblay ce dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

Guidés par l’expert en karaté Kyokushinkai, Romain Anselmo, et aiguisés par le couteau de nos kiaï, nous nous enfoncions encore un peu plus dans ce qui restait de ces quelques minutes où tout allait bientôt s’arrêter. Avec une ou un partenaire, nous avons effectué des séances de low kick. Mais nous nous sommes aussi donnés des coups de poing réciproquement dans le gong de notre ceinture abdominale. Nous avons aussi fait des pompes. L’expert donnait le rythme. Amusé, il nous a informé qu’il lui avait été demandé de mettre de l’intensité. Léo Tamaki, sur le tatamis avec nous, a ajouté dans le même humour qu’il lui avait été demandé de nous «achever».

Au dojo d’Herblay, ce dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

Pour quelqu’un d’extérieur, nous aurions pu passer pour des fanatiques ou des fantassins du passé. Mais si une Divinité attentive aux Arts Martiaux s’était trouvée dans les parages ou quelque part dans le Val d’Oise, elle serait peut-être venue nous apporter les croissants.

L’édition 2024 des 24 heures du Samouraï allait bientôt se terminer, notre vie recommencer et je retournerais bientôt à mes chansons de Lana Del Rey dont je suis devenu toqué depuis à peu près deux mois. Mais, entretemps, comme l’année dernière ( Les 24 heures du Samouraï au dojo d’Herblay ce 20 et ce 21 Mai 2023, 2ème édition ) avec beaucoup d’autres revenus cette année, j’aurais participé à cette manifestation.

Sensei Seisuke Adanyia, au dojo d’Herblay, ce samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

Pourtant, quelques jours plus tôt, je m’étais interrogé sur les raisons qui me poussaient à y participer à nouveau. Je me sentais physiquement fatigué et je l’étais. L’épreuve d’effort que j’avais faite le lundi avait été estimée modérément convaincante «pour un sportif » par le pneumologue qui me l’avait prescrite. Je me savais entraîné sportivement a minima. J’avais très peu et irrégulièrement pratiqué tant en karaté avec Maitre Jean-Pierre Vignau qu’avec mon club d’apnée.

Ma seule constance sportive était faite de ces quelques kilomètres à vélo que je faisais depuis trois ou quatre mois pour me rendre au travail et de mon penchant spontané pour la marche. Pour marcher, il est plus simple d’avoir des pieds et l’arthrose de mes deux gros orteils avait été à nouveau confirmée par un cliché radio. Mais, aujourd’hui, il n’existe pas de réparation de l’arthrose. Les principales solutions- temporaires- consistent en des infiltrations, des soins locaux de confort (froid, antalgiques divers), le repos, la diminution ou l’absence de toute pratique qui privilégie les impacts pour les pieds. Du côté de la chirurgie, il y a bien l’arthrodèse mais je m’y oppose. Et, je n’ai plus envie de m’entourer les pieds avec de l’élastoplaste afin de protéger mes gros orteils par syndactylie.

Je pouvais donc être exposé par moments à une certaine douleur et je devais faire attention en revenant aux 24 heures du Samouraï.  Pourquoi m’imposer ça ?

J’ai commencé à m’inspecter. Et à m’injecter des pensées dans lesquelles je me disais que les Arts Martiaux sont pour moi un essai de virilité, pour me la raconter ou me rassurer en tant qu’homme. Mais aussi que mon attrait pour les Arts Martiaux reposait sur une admiration puérile que j’avais conservée depuis les films de Bruce Lee. Et que, dans les faits, c’était plus le spectacle des Arts Martiaux et les films réalisés à leur sujet (de Bruce Lee à Jackie Chan en passant par The Blade et tous les films asiatiques ou non s’y rapportant) qui m’avaient fait entrer dans une fantasmagorie fantastique, divertissante et captivante qui m’avaient donné envie de croire que je voulais en faire partie. Alors que, « pour de vrai », ce que je voulais vraiment, c’était rester tranquillement à la maison pour regarder des films, des combats ou des spectacles d’Arts martiaux et en parler ensuite, fasciné.

On s’aime comme on peut. Et, sans me haïr forcément, je peux être assez exigeant envers moi-même. Mais peut-être moins que le pneumologue qui m’avait bien fait sourire trois jours avant les 24 heures du Samouraï.

L’année dernière, j’avais participé aux 24 heures du Samouraï avec une contracture musculaire à la cuisse. Mon kiné m’avait déconseillé d’y participer :

« C’est comme jeter une pièce en l’air… ».

Ce mercredi, trois jours avant Les 24 heures du Samouraï édition 2024, je revoyais le pneumologue car, en novembre 2023, j’ai fait une embolie pulmonaire assez grave. Grave aussi parce-qu’il s’était passé deux semaines entre le moment où j’avais consulté la première fois (parce-que je me sentais anormalement essouflé avec une douleur costale persistante côté droit) et le moment où le (bon) diagnostic a été fait.

Mais grave, aussi, parce-que le pneumologue n’arrive pas à comprendre comment, moi, qui « n’ai pas le profil », j’ai pu faire une embolie pulmonaire :

Je ne fume pas. Je bois très peu d’alcool. Je suis plutôt sportif. Je n’ai pas de cancer. Je n’ai pas eu d’affection grave ou récente. En résumé, je suis ce que l’on appelle une personne en bonne voire en très bonne santé.

Mercredi, je faisais donc de mon mieux pour rassurer le pneumologue. On appelle ça, la transparence. Il se demandait s’il arrêtait de me prescrire les anticoagulants. Il n’avait pas d’argument pour les maintenir au vu de mes résultats. Mais il hésitait. Ça se voyait.

Alors, je l’ai aidé. Je lui ai parlé de mon projet de prendre l’avion au mois de juillet pour partir au Japon. Aussitôt, le pneumologue m’a répondu :

« ça n’est pas logique d’arrêter un traitement anti-coagulant quelques jours avant un vol long courrier ..».

Je comprenais sa logique même s’il est à mon avis beaucoup trop anxieux. Mais si je suis optimiste, je ne suis pas pneumologue.

Aussi, je lui ai donné un petit coup de pouce supplémentaire :

Je lui ai parlé des 24 heures du Samouraï auxquels j’allais participer trois jours plus tard.

Sensei Seisuke Adanyia, au dojo d’Herblay, ce samedi 18 mai 2024. Photo©Franck.Unimon

Le pneumologue ne savait pas ce que c’était. Je lui en ai expliqué le principe :

Pendant vingt quatre heures, des experts en Arts Martiaux interviennent et on peut participer au nombre de séances que l’on veut. Ce n’est pas une compétition.

 Il m’a demandé où ça se passait. J’ai cru qu’il allait être nécessaire que je lui situe la ville d’Herblay sur une carte. Ce n’était pas par envie de sa part d’y participer. J’ai plutôt eu l’impression de lui parler d’un événement d’un autre monde.

Même s’il portait un masque anti-Covid (il consulte dans un hôpital parisien de l’AP-HP), j’ai bien vu dans les yeux du pneumologue qu’il aurait presque pu se cogner le front contre son bureau devant ce que je lui disais. Moi, je lui parlais projets et perspectives. Lui, il était conditionné pour penser en termes de risques pour ma santé.

Parfaitement synchrone avec sa mécanique mentale inquiète, le pneumologue m’a parlé des risques d’hémorragie en cas de coups ou de blessure lors de la pratique durant ces 24 heures du Samouraï. Puisque je suis sous anti-coagulants depuis six mois.

Une hémorragie à la suite d’un coup ou d’une blessure est bien-sûr une possibilité. Mais, pour moi, ce n’est pas une fatalité.

Sans que le pneumologue s’en aperçoive, et bien qu’il me soit plutôt sympathique, son anxiété excessive lui donnait un caractère implacable. L’inquisition n’était pas très loin.

Puisque nous étions là « pour parler » et que le pneumologue s’appliquait à me démontrer et à m’expliquer, de manière éducative, les risques hypothétiques ou probables que j’encourais, j’ai fini par lui dire en toute décontraction :

« Mais lorsque je me rends régulièrement à mon travail à vélo, j’ai bien plus de risques de me faire percuter par une voiture -ou un (e) autre cycliste-. Je ne vais pourtant pas arrêter de faire du vélo pour cette raison ».

Le pneumologue s’est alors dépêché de modérer ses ardeurs anxieuses. Il m’a néanmoins laissé sous anti-coagulants en diminuant la dose. Il m’a prescrit un scanner et une scintigraphie. Il m’a dit que si ces examens étaient normaux, qu’il envisagerait d’arrêter les anti-coagulants. Autrement….

Alors que j’écris cet article quelques jours après les 24 heures du Samouraï, tout va bien. Le partenaire, lors des 24 heures du Samouraï, qui m’a donné un mauvais coup malencontreusement a d’abord été embarrassé bien qu’ignorant de l’épouvante magnitude 6 qu’il aurait pu provoquer chez le pneumologue. Mais je peux dire que je suis reparti des 24 heures du Samouraï avec uniquement une certaine fatigue, compréhensive, pour principal « désagrément ».

Et puis, un mauvais coup ou deux en s’entraînant, cela peut arriver. Afin de se préserver, il faut d’abord s’assurer que l’on se rend sur un tatami avec l’état d’esprit adéquat et que les autres en face sont dans le même état d’esprit.

Sensei Seisuke Adanyia, face à lui, sur la droite, Léo Tamaki, ce samedi 18 Mai 2024, au dojo d’Herblay. Photo©Franck.Unimon

Je ne suis pas venu aux 24 heures du Samouraï en me disant que j’allais tout (me) casser et devenir champion du monde. Les experts invités et, d’abord, les organisateurs de cet événement, sont aussi sur cette ligne. A partir de là, organisateurs et experts attirent à eux un public qui, à plus de 90 %, leur ressemblent. Je me rappelle encore de celui avec lequel j’avais pratiqué un peu de Ju-Jitsu brésilien au début des années 2000. Je venais alors d’un autre club où j’avais fait l’expérience du judo pendant une dizaine d’années avec Pascal Fleury comme prof.

Mon prof de Ju jitsu-brésilien était un très bon prof, un très bon pratiquant. J’ai de très bons souvenirs des quelques combats d’entraînement que j’ai pu faire avec lui au sol.

Mais mon prof de Ju-jitsu brésilien- qui s’entraînait tous les jours- aimait trop la baston. Il était chaud pour se battre n’importe quand. Il y prenait son pied. Cela transparaissait dans ses propos. Et, nous étions aux débuts de la médiatisation du MMA, de l’enthousiasme qu’il y avait à propos des combats Ultimate et des frères Gracie. C’était désormais « ça » qui faisait fantasmer ou une personnalité comme celle du boxeur Mike Tyson qui détruisait ses adversaires.

Celle ou celui qui aime la baston ou qui a absolument besoin de se prouver quelque chose au travers de la baston finit plus ou moins par se trouver directement ou indirectement enfermé dedans comme dans une prison. Et, mon prof de Ju-Jitsu brésilien avait dans son cours au moins un ou deux mecs (de moins de trente ans) qui s’y croyaient parce-qu’ils ne croyaient en rien d’autre en dehors du Ju-Jitsu brésilien. Et, d’abord, parce-qu’ils croyaient très peu en eux-mêmes. Et puis, j’arrivais aussi avec ma ceinture marron de Judoka et sans doute aussi que je transportais avec moi une certaine assurance. J’étais plus jeune. Plus physique. Plus explosif. En meilleure condition.  Je me souviens m’être plus blessé durant cette année où j’avais pratiqué le Ju-jitsu brésilien qu’en dix ans de Judo où il m’était pourtant arrivé de me blesser.

On peut avoir besoin de rehausser son estime de soi au travers d’un sport ou d’un Art martial. Beaucoup d’expériences, de rencontres ou de découvertes faites lors de la pratique d’un Art martial, d’un sport de combat (ou autres) sont susceptibles de nous aider à nous révéler à nous-mêmes certaines de nos compétences en termes de combat. 

Mais lorsque l’on en arrive à toujours avoir besoin de se démarquer ou d’écraser toutes celles et tous ceux que l’on trouve devant soi sur un tatami ou dans un ring, c’est problématique. Ou cela le deviendra. En MMA, on le voit avec les excès d’un Conor McGregor. Et, dans une autre discipline, j’ai l’impression que l’ancien champion du monde automobile Michael Schumacher doit son tragique accident de ski au même genre d’excès. Dans ce besoin constant, névrotique ou suicidaire, de prouver ou de se prouver que l’on peut être meilleur ou plus fort que les autres ou que l’on peut toujours franchir et dépasser les limites qui effraient ou font fuir le reste du monde. Alors que ce qui nous pousse à agir de la sorte, c’est souvent notre terreur de la mort ou de notre anéantissement.

J’ai de l’admiration pour Georges St Pierre, dont j’ai aimé le livre Le Sens du combat car c’est non seulement un très grand champion (et reconnu comme tel de manière assez unanime) mais aussi un combattant plutôt qu’un bastonneur :

Il n’a pas besoin de parader ou de rappeler tout le temps son palmarès.

Mais cette introduction a beaucoup empiété sur le récit des 24 heures du Samouraï, édition 2024. Je la crois nécessaire afin de donner une « conscience » à cette expérience des 24 heures du Samouraï. Afin de ne pas résumer cette expérience à de la prouesse martiale ou physique. Mais je comprendrais que cette introduction soit vue comme la partie la plus ennuyante de l’article.

Je n’ai pas fait beaucoup de recherches mais j’ai l’impression que les 24 heures du Samouraï sont actuellement un événement unique en France. S’il existe des stages ou des rencontres d’experts ou de Maitres d’Arts Martiaux en France et dans le monde, je crois que, seul, en France, l’événement les 24 heures du Samouraï permet de rencontrer autant d’experts et de Maitres d’Arts martiaux et de pratiquer sous leur conduite dans ces conditions. Il s’agit donc d’une expérience unique et qui, pour, l’instant, reste annuelle. Peut-être qu’un jour, l’événement deviendra-t’il semestriel. Car si les Arts martiaux dits traditionnels connaissent une désaffection grandissante, ils persistent et ont leur public. Et les 24 heures du Samouraï, dans la continuité du magazine Yashima, à nouveau proposé à la vente lors de l’événement, accueillent aussi d’autres pratiques martiales connotées comme « moins traditionnelles ».

C’est ainsi que, par exemple, cette année comme l’année dernière, est intervenu un expert en Penchak Silat ( Alvin Guinanao cette année, Ronan Datausse l’année dernière) . Ou qu’un autre, David Pierre-Louis, expert en grappling et en Ju-jitsu brésilien, assez proche de la sphère MMA, était intervenu l’année dernière.

Je ne serais pas du tout étonné si l’année prochaine, intervenait (ce serait « bien ») Richard Douieb, référence du Krav Maga ou un représentant de cette discipline.

Tanguy Le Vourc’h, un des organisateurs des 24 heures du Samouraï, ce samedi 18 Mai 2024 au dojo d’Herblay. Photo©Franck.Unimon

J’aimerais aussi, que les 24 heures du Samouraï propose une ou deux expertes. Mais je me doute que les organisateurs de l’événement sont bien plus au fait que moi de la difficulté qu’il y a à trouver une experte (ou deux) qui réponde à leurs critères dans un univers où la plupart des experts sont encore plus souvent des hommes que des amazones. 

Cette année, chaque séance a duré deux heures au lieu d’une heure quinze l’année dernière.

Au « menu », nous avions Sensei Seisuke Adanyia, pratiquant du karaté Shorinryu ; Sifu Didier Beddar pour le Kung Fu Wing Chun ; Alvin Guinanao pour le Penchak Silat, Raphael Couet pour le Hapkido ; Ludovic Rallo pour la Luta Livre ; Ben Boehli pour le Taekwondo ; Erwan Cloarec pour le Xingyiquan ; Nicolas Lorber pour le Shinjukai Karatedo ; Léo Tamaki pour l’Aïkido et pour finir Romain Anselmo pour le karaté Kyokushinkai.

 

Sensei Seisuke Adanyia et Léo Tamaki, dojo d’Herblay, ce samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Sensei Seisuke Adanyia au dojo d’Herblay, samedi 18 mai 2024. Photo©Franck.Unimon

Les 24 heures du Samouraï permettent de découvrir des Maitres et des experts dont je n’avais jamais entendu parler. Sensei Seisuke Adanyia fait partie, pour moi, de ces « inconnus ». Arrivé en retard, j’ai assisté à une partie de sa séance et j’y suis resté étranger.

Mais j’ai été marqué par sa façon de souligner l’importance de marcher d’une certaine façon dans la vie de tous les jours afin de pouvoir être prêt en cas d’attaque.

Virginie, l’assistante de Sifu Didier Beddar, ce samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

Après avoir reconnu Virginie, l’assistante de Sifu Didier Beddar, cela m’a fait de l’effet de voir celui-ci quelques mètres plus loin en train de faire des abdominaux, derrière le grand rideau, quelques minutes avant son intervention. C’est ce que l’on appelle donner l’exemple.

Sifu Didier Beddar, ce samedi 18 Mai 2024, dojo d’Herblay, quelques minutes avant son intervention. Photo©Franck.Unimon

Sifu Didier Beddar nous a donné une séance où j’ai eu l’illusion, comparativement à l’année dernière, d’être plus à l’aise.

J’ai eu l’impression que le Kung Fu Wing Chun, c’est d’abord une très bonne garde qui limite beaucoup la possibilité des coups de poing. Et, là, on entre dans le sujet des systèmes. Chaque Art martial et chaque type de combat est un système. Un système de gestes, un système de pensées. Et le combattant, c’est celui qui apprend à maitriser et à développer le mieux possible son propre système de combat afin de piéger dedans son adversaire. On le comprend facilement en regardant Sifu Didier Beddar nous faire ses démonstrations. Il fait penser à un marionnettiste. Et, évidemment, la marionnette, c’est la personne qui lui fait face.

Sifu Didier Beddar, dojo d’Herblay, samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Sifu Didier Beddar et Virginie, dojo d’Herblay, ce samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Sifu Didier Beddar et Virginie, dojo d’Herblay, ce samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

J’aimerais aussi voir comment ça se passe avec des attaques de jambe en Wing Chun. Je sais que Sifu Didier Beddar est aussi très fort en jambes.

Sifu Didier Beddar et Léo Tamaki, écoutant le Paris Taiko Ensemble, dojo d’Herblay, samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

S’exprimant en Anglais, Alvin Guinanao a peut-être beaucoup parlé et beaucoup fait d’humour mais on a bien vu qu’il avait son Penchak Silat chevillé au corps.

Alvin Guinanao au centre, dojo d’Herblay, samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Alvin Guinanao, dojo d’Herblay, samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Alvin Guinanao, dojo d’Herblay, samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

J’ai aimé chez lui, comme chez d’autres, le fait qu’il ait sa perception personnelle de son système de combat. Il ne se contente pas de le répliquer. J’ai aussi aimé le fait qu’il souligne que certaines postures de combat du Penchak Silat proviennent de certains modes de vie spécifiques à la culture du pays d’origine du Penchak Silat : on peut adopter un style de combat particulier mais il faudra aussi assimiler qu’il peut nous être impossible de bouger exactement comme certains de nos modèles. Notre corps et l’histoire que nous avons avec lui nous offre certaines possibilités que la pratique d’un Art martial (ou une autre discipline) peut nous permettre de découvrir et de développer. Mais notre corps a aussi ses limites culturelles comme physiques.

Raphael Couet, dojo d’Herblay, samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

Raphael Couet m’a fait un peu peur. Lorsqu’il a nous dit, avec le sourire, de «taper dans la rotule ».

Raphael Couet, dojo d’Herblay, samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Raphael Couet, dojo d’Herblay, samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

Bien qu’il soit sympathique, ces deux heures avec lui ont été magistrales pour comprendre que le hapkido, ce n’est pas pour les rigolos. Je l’avais déjà saisi l’année dernière où la séance m’avait déjà beaucoup plu. Mais on était ouvertement, comme déjà avec le Penchak Silat, dans un Art martial de destruction.

Ludovic Rallo, dojo d’Herblay, samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

Si le Penchak Silat et le Hapkido me sont apparus comme des axes de destruction, la Luta Livre, avec Ludovic Rallo, elle, était , finalement, assez proche du Kung Fu Wing Chun, pour cette façon de coller à l’adversaire, de le suivre et de le retourner. Alors qu’au travers du Penchak Silat et du Hapkido, on cisaille, on casse, on fracasse et on percute, en luta Livre, on danse, on projette, on anesthésie et on finit par étrangler, par immobiliser ou par casser une corde ou une articulation chez l’adversaire. Fatigué bien qu’il ne soit que 21H30, j’ai assisté à toute la séance. La Luta Livre m’a fait penser à un mélange de Lutte de sumo, de judo, de ju-jitsu brésilien. Ludovic Rallo m’a semblé particulièrement affûté d’un point de vue gymnique.

Ludovic Rallo, dojo d’Herblay, samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Ludovic Rallo et Léo Tamaki, dojo d’Herblay, samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Lors de la séance de Luta Livre avec Ludovic Rallo, dojo d’Herblay, samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

Décidément trop fatigué, j’ai opté pour aller me reposer une heure trente après le début -à minuit- de la séance de Taekwondo de Ben Boehli. Mais j’ai aimé que celui-ci insiste pour que le travail se fasse en qualité sans recherche de la vitesse.

Ben Boehli, dojo d’Herblay, samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

 

Ben Boehli, dojo d’Herblay, samedi 18 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

J’étais de retour pour l’intervention d’Erwan Cloarec. Et très intrigué. Auparavant, je m’étais douché et j’avais bénéficié de vingt minutes de shiatsu.

Le stand Shiatsu au dojo d’Herblay durant les 24 heures du Samouraï. Photo©Franck.Unimon
Erwan Cloarec, dojo d’Herblay, dimanche 19 mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Erwan Cloarec, dojo d’Herblay, dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Erwan Cloarec, dojo d’Herblay, dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Erwan Cloarec, dojo d’Herblay, dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

A 2h30 du matin, j’ai beaucoup aimé la simplicité d’Erwan Cloarec, sa modestie, son humour et son autodérision. Alors que ce qu’il nous a montré et fait pratiquer était aussi ardu que le Tai Chi Chuan démontré l’année dernière par Sifu Didier Beddar.

Nicolas Lorber lors des 24 heures du Samouraï au dojo d’Herblay. Photo©Franck.Unimon

A 5h du matin, je n’ai pas été réceptif au début de la séance de Nicolas Lorber. Et, comme je me sentais à nouveau fatigué, je suis reparti faire un tour dans mon sac de couchage pendant 1H30 à nouveau.

La salle de repos lors des 24 heures du Samouraï. Photo©Franck.Unimon
Un participant endormi lors des 24 heures du Samouraï. Photo©Franck.Unimon

Je voulais être présent pour l’intervention de Léo Tamaki  et je l’ai été.

Léo Tamaki, dojo d’Herblay, dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

« La puissance vient de l’intérieur, l’imperceptible, vient des extrémités ».

Il était entre 7h30 et 9h30 quand j’ai entendu cette phrase et l’on se serait presque cru dans un débat télévisé de l’émission Droit de réponse avec Michel Polac. Je restitue ça avec humour mais cette remarque m’a beaucoup plu.

Léo Tamaki, dojo d’Herblay, dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Léo Tamaki, dojo d’Herblay, dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Léo Tamaki, dojo d’Herblay, dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Léo Tamaki, dojo d’Herblay, dimanche 19 Mai 2924. Photo©Franck.Unimon

J’ai beaucoup aimé, aussi, le fait que Léo parle de « l’autre » ou de l’adversaire, comme d’une personne qu’il ne faut pas déranger et laisser dans son élan tout en s’effaçant, pour, bien-sûr, ensuite, le maitriser.

Léo Tamaki, dojo d’Herblay, dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Léo Tamaki, dojo d’Herblay, dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Léo Tamaki, dojo d’Herblay, dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

C’est encore Léo, je crois, qui a parlé de l’agresseur comme étant une proie. Cette inversion de pensée m’a aussi plu. De voir celle ou celui qui agresse comme étant la proie que l’on attend, finalement.

J’étais peu attiré par le karaté Kyokushinkai que je voyais surtout comme un karaté très dur et j’y suis vraiment allé pour voir. Lors de l’événement, j’avais discuté avec un adepte de cette forme de karaté qui ne croyait pas au combat au sol. J’ai compris que, pour lui, être au sol, signifiait être mort ou vaincu. Je n’ai pas pensé à lui parler des frères Gracie.

Ce jeune pratiquant ( ceinture noire) s’est aussi montré étonné et admiratif devant le fait qu’à mon âge, bientôt 56 ans, je me sois décidé à commencer le karaté ( le karaté Shotokan où je suis ceinture jaune). Sa remarque m’a étonné. Un quart de siècle nous séparait.

Je crois attacher moins d’importance à ma ceinture jaune que certaines personnes qui la voient. Parce-que je ne cours pas après la ceinture noire mais plutôt après l’expérience. Ou, plutôt, après la conscience. Mais c’est peut-être une excuse de vieux pour masquer sa diminution et sa faiblesse physique.

Il y avait d’autres quinquagénaires dans le dojo. Même si la moyenne d’âge des pratiquantes et pratiquants devait se situer dans les 35-40 ans. Il y avait même deux ou trois jeunes pré-adolescents parmi nous.

Romain Anselmo, dojo d’Herblay, dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon
Romain Anselmo, dojo d’Herblay, dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

J’ai été agréablement surpris par la séance de karaté Kyokushinkai. Crier des Kiaï et apprendre à donner des Low Kick un dimanche matin après plusieurs heures de pratique martiale, je suis volontaire.

Les séances de deux heures, entrecoupées de pauses de 15 à 30 minutes, ont rendu plus faciles, je crois, le fait de se reposer entre deux séances, si on le souhaitait. Cependant, cela imposait aux intervenants de savoir maintenir l’intérêt des participants. Pour cela, certains horaires étaient plus délicats que d’autres. Mais j’ai l’impression que, dans l’ensemble, les experts sont parvenus à faire oublier ces deux heures.

Pour le mental et pour ma santé physique, les 24 heures du Samouraï m’ont été bénéfiques. Ils m’ont permis de me faire une idée plus précise de mon état de santé général. Je n’ai pas eu de problème particulier. J’ai participé à six interventions sur dix.  Ce qui me convient. Je trouve que cela m’a bien préparé pour le Masters Tour en Juillet.  J’ai eu quelques discussions. J’ai à nouveau fait des photos.

J’ai aussi à nouveau beaucoup apprécié que l’on nous remette en arrivant ce sac qui contient une bouteille d’eau minérale de 1,5 litre, une pomme, une banane et une orange ainsi que le service restauration qui nous propose à un tarif très fréquentable de quoi très bien manger.

Lors des 24 heures du Samouraï, au dojo d’herblay, samedi 18 Mai 2024. J’ai tout mangé. Photo©Franck.Unimon
Eux aussi, ont tout mangé. Au centre, Ludovic Rallo, quelques heures avant sa séance de Luta Livre, samedi 18 Mai 2024, dojo d’Herblay. Photo©Franck.Unimon

Comme il est aussi très agréable de pouvoir rester dormir à l’intérieur du dojo, dans une partie dédiée. Ou d’entendre le Paris Taiko Ensemble.

Le Paris Taiko Ensemble, dojo d’Herblay, lors des 24 heures du Samouraï. Photo©Franck.Unimon

A l’image de l’année dernière, durant ces 24 heures, j’ai choisi de rester dans le dojo pendant toute la durée de l’événement et mon téléphone portable était éteint la plupart du temps.

La suite de cet article se fera en principe avec le Masters Tour de cet été et quelques uns des organisateurs et participants présents lors de ces 24 heures.

Avec Issei et Léo Tamaki, dojo d’Herblay, dimanche 19 Mai 2024. Photo©Franck.Unimon

Dans ce diaporama, vous pourrez retrouver la plupart de ces photos avec d’autres ( bonus) que je n’ai pas pu insérer dans cet article.

Franck Unimon, vendredi 24 Mai 2024.

Catégories
self-défense/ Arts Martiaux

Les 24 heures du Samouraï au dojo d’Herblay ce 20 et ce 21 Mai 2023, 2ème édition

Au dojo d’Herblay, lors des 24 heures du Samouraï, 2ème édition. Membre d’une association parisienne, ce trio qui se connait depuis une dizaine d’années a joué de la musique traditionnelle et, cela, dès l’ouverture des 24 heures du Samouraï. Photo©Franck.Unimon

Les 24 heures du Samouraï au dojo d’Herblay ce 20 et 21 Mai 2023, 2ème édition

 

Chevrotine peut-être cinglée, ce samedi 20 Mai 2023, je traçais depuis quelques minutes sur l’autoroute A15 lorsque, malgré toute l’attention préalable portée à mes préparatifs, je me dis que j’aurais peut-être dû, finalement, la veille, acheter deux nouveaux kimonos plutôt qu’un seul. J’allais tourner avec deux kimonos lors de ces 24 heures du Samouraï. ( Avant les 24 heures du Samouraï au dojo d’Herblay ce 20 et ce 21 mai 2023). 

 

Le trio à l’initiative de l’événement, ce samedi 20 Mai 2023, vers 11h, en face du dojo d’Herblay avant le début des 24 heures du Samouraï : ( de gauche à droite) Tanguy Le Vourch, Issei Tamaki et Léo Tamaki. Photo©Franck.Unimon

 

Nous étions plus de deux cents ce week-end pour cette deuxième édition des 24 heures du Samouraï au dojo d’Herblay. Soit, à bien y repenser aujourd’hui, à peine un petit peu moins de personnes qu’il n’y en aura lors du concert de Beyoncé qui se déroulera demain soir au stade de France, ce vendredi 26 Mai 2023.

 

Dix disciplines : Ni combat, ni compétition

Au dojo d’Herblay, dans la nuit du 20 au 21 Mai 2023, lors des 24 heures du Samouraï. Photo©Franck.Unimon

Pour pratiquer dans notre couvent martial situé dans le Val d’Oise, nous avons troqué nos vêtements ordinaires et civils pour des amas de kimonos majoritairement blancs faisant de nous des volontaires pour cet événement…peu ordinaire. Mais l’état d’esprit, plus que la couleur, le « niveau » d’expérience, la discipline martiale ou de combat pratiquée, ou le grain de la tenue vestimentaire, a été, ici, ce qui importait.

A gauche, en pleine démonstration lors de ces 24 heures du Samouraï, Didier Lorho, expert en Uechi-Ryû. Photo©️Franck.Unimon

Débutant(e)s comme chevronné(e)s, élèves ou Maitres, femmes ou hommes, adolescent(es) ou vétérans, marcheurs ou en fauteuil roulant, issus du Karaté, du Systema, du Penchak Silat, Ju Jitsu brésilien, de l’hapkido, de l’Aïkido, du Wing Chun, du Tae Kwondo ou de toute autre expérience martiale ou de combat ont été acceptés une fois le droit d’entrée acquitté. Pour moi, le tarif solo avait été de 85 euros en prévente.

Au dojo d’Herblay, ce samedi 20 Mai 2023 lors des 24 heures du Samouraï. Photo©️Franck.Unimon

 

Dans ce « couvent » resté ouvert entre ciel et terre et souhaité comme tel, c’est en passant par la porte d’entrée principale que nous avons tous empruntés, qu’un peu avant midi, ce samedi 20 Mai 2023, une représentante de l’Etat est venue nous saluer, nous encourager et aussi nous apprendre qu’elle avait vu ce dojo sortir de terre plusieurs années auparavant.

 

Lors de la création de ce dojo, certaines et certains des personnes qui ont participé à ces 24 heures du Samouraï ce week-end étaient déjà nées, d’autre pas. Et l’on peut souhaiter que d’autres qui naîtront après cette deuxième édition vivront un jour cette expérience. Qu’elles et qu’ils proviennent de Tours, de Toulon, de Limoges, de Normandie, de Bretagne, de Belgique, de l’Est de la France, du Mexique, de l’île de France ou d’ailleurs comme cela a été le cas ce week-end.

 

Une organisation clés en main

Au dojo d’Herblay, lors de ces 24 heures du Samouraï, 2ème édition. De dos, une des bénévoles, par ailleurs pratiquante d’Aïkido, qui assure alors la couverture son, ambiance musicale comprise, des 24 heures du Samouraï, 2ème édition. Photo©Franck.Unimon

 

L’équipe organisatrice (constituée de bénévoles fédérés par Tanguy Le Vourch, Issei Tamaki et Léo Tamaki) de ces 24 heures du Samouraï avait tout prévu :

 

Rappelons d’abord que deux à trois jours avant le début de « l’étape » de ces 24 heures du Samouraï, un mail avait été envoyé aux participantes et participants les informant qu’il était prévu un certain retard sur la ligne J de train reliant Paris à la gare d’Herblay (environ 25 minutes dans les conditions normales). Ce mail mentionnait l’heure du début des inscriptions fixé à 10h45 pour une cérémonie d’ouverture à 11h45. Et recommandait de prévoir son sac de couchage, un oreiller, son nécessaire de toilette, mais aussi de s’hydrater régulièrement.

 

A son arrivée, chaque participant (e ) après s’être acquitté(e) de son droit d’entrée a reçu un sac en carton à l’effigie de l’événement contenant une bouteille d’eau minérale, une banane, une pomme et une canette de coca-cola. Une carte lui a également été remise. Celle-ci allait lui permettre de faire tamponner chacune de ses implications aux ateliers animés par dix experts. Après avoir participé à quatre ateliers, la participante ou le participant obtenait un bracelet avec une couleur correspondant à son nombre d’expériences martiales vécues.

 

Lors de ces 24 heures du Samouraï, 16 ateliers d’une heure quinze chacun furent proposés avec, en moyenne, quinze minutes de pause durant l’intervalle.

Lors de ces 24 heures du Samouraï, 2ème édition. On peut apercevoir Léo Tamak dans le fond, tenant un bokken, lors de sa première intervention entre 1h45 et 3h du matin dans la nuit de samedi à dimanche. On peut voir sur le poignet droit de ce pratiquant au premier plan, par ailleurs, professeur d’Arts martiaux, les bracelets vert et bleu qu’il porte. Ce qui signifie qu’il avait participé à au moins huit séances lorsque cette photo a été prise. Photo©Franck.Unimon

Dans le dojo suffisamment grand (750 mètres carrés ?), des vestiaires, des douches et des toilettes sont disponibles facilement et gratuitement. Un service de restauration propose à un tarif très abordable de la nourriture de qualité ou faite main (2 euros une part de quiche lorraine, autant pour un bol contenant quatre ou cinq portions de pastèque…). Une équipe de pratiquants de shiatsu est repérable sur une partie du tatami et opère à titre gracieux. Des ostéopathes et des infirmières sont présents sur l’événement. Une petite salle est réservée à l’aire de repos. Quelques bokken et bâtons peuvent être prêtés à celles et ceux venus les mains nues.

Trois musiciens traditionnels faisant partie d’une association parisienne font résonner leur voix et leurs tambours lors de certains moments de l’événement.

Une ambiance musicale de circonstance et humoristique est entretenue à la fin de chaque intervention au moment de la séance de photo du groupe de participants entourant l’expert (Opération Dragon, Kill Bill, la série Kung Fu, Highway to hell d’AC/DC et d’autres références….).

 

Une équipe de bénévoles, pratiquant aussi lorsqu’elle le peut, permet de se sentir bien accueilli, contribue à nous donner des repères, et assure, aussi, le très bon déroulement de ces diverses séquences.

Lors des 24 heures du Samouraï. Nous étions encouragés à changer de partenaire lors de chaque “exercice”. C’est ainsi que j’ai pu pratiquer avec un partenaire plus lourd que moi de 40 kilos, un pratiquant en chaise roulante, un adolescent, des partenaires féminines. Et, à chaque fois le niveau de pratique des uns et des autres comme leur discipline variait. Photo©Franck.Unimon

L’intrigue et les « excuses » de l’année dernière concernant les 24 heures du Samouraï

 

L’année dernière, quand je pris connaissance de la première édition des 24 heures du Samouraï à Nantes, je fus d’abord intrigué.

 

Je me suis demandé comment, en passant 24 heures à pratiquer des Arts martiaux ou des disciplines de combat, on pouvait véritablement y prendre plaisir. Je percevais plus ça comme de la surconsommation et de la frénésie à l’image de ce mode de vie et de ces millions d’images par secondes  dans lesquels nous sommes régulièrement immergés et reclus. 

 

Mais il était déjà trop tard pour participer. Et puis, Nantes, c’était « trop loin » pour moi.

 

Par contre, pour Herblay, je n’avais aucune excuse.

 

Herblay est la ville où j’ai véritablement découvert le monde du travail dans un service de nuit, dans lequel je travaillais seul, douze heures durant. La personne qui m’avait recruté pour ces vacations de nuit ne m’avait pas prévenu.  J’avais vingt ans. Je n’avais pas le choix. J’avais besoin de commencer à gagner ma vie. A l’époque, je n’avais pas le permis de conduire et je prenais le train depuis chez mes parents. Cela me prenait environ 45 minutes pour faire le trajet et en marchant un petit peu depuis la gare d’Herblay. En prenant des trains gris qui me faisaient penser à des trains de Blues.

 

Depuis, j’ai quitté mes parents. J’ai déménagé. J’ai un emploi fixe dans lequel je travaille de jour comme de nuit.  Je me suis marié. Je suis devenu père. Et, j’ai même appris à conduire une voiture.  La gare de Herblay est désormais à moins d’une vingtaine de minutes en train par la ligne J depuis chez moi. Et, me rendre en voiture au dojo d’Herblay depuis mon domicile me prend à peu près autant de temps.

 

Sans le faire exprès, en me rendant aux 24 heures du Samouraï, malgré la technologie de guidage aujourd’hui présente sur tous nos smartphones, je me suis un peu trompé d’itinéraire ce samedi  à un moment donné. Et, pour retrouver ma route vers le dojo d’Herblay, pour la première fois depuis à peu près trente ans, je suis repassé devant cet établissement où, à 20 ans, j’avais commencé à découvrir le monde du travail ainsi que le travail de nuit en 19h/7h.

Lors des 24 heures du Samouraï, 2ème édition. On peut voir sur l’horloge qu’il est alors 23h45 ce samedi 20 Mai 2023. Photo©Franck.Unimon

 

 

Curiosité et étonnement : Mon doudou

 

Je suis aussi allé à cette deuxième édition des 24 heures du Samouraï par curiosité.

Durant ces 24 heures, j’ai pratiqué avec plus d’une vingtaine de participants et participantes. J’ai d’ailleurs reconnu deux ou trois personnes que j’avais croisées quelques mois plus tôt au Centre Tissier, à Vincennes, lors du stage animé par Hino Akira Sensei et organisé par Léo Tamaki.

Hino Akira Sensei, en septembre de l’année dernière au Cercle Tissier, à Vincennes. Photo©Franck.Unimon

Certains des pratiquants que j’ai rencontrés lors des 24 heures du Samouraï (comme moi pour elles et eux) ont parfois voulu savoir ce que je pratiquais.

 

Je me suis étonné à chercher mes mots et à avoir un peu de mal à répondre. 

Maitre Jean-Pierre Vignau, à la SACD, rue Ballu, Paris, lors de la soirée qui lui a été consacrée ce mardi 25 avril 2023. Photo©️Franck.Unimon

Officiellement, je suis un très jeune et sporadique élève (depuis l’année dernière) de Jean-Pierre Vignau, Maitre en karaté Shotokan. J’ai aussi pratiqué le judo avec Pascal Fleury, aujourd’hui 6ème ou 7ème Dan de Judo, il y a plus de vingt ans.

 

Cependant, aujourd’hui, je crois être moins cloisonné qu’il y a plusieurs années.

 

Lors de ces 24 heures du Samouraï, j’ai dit que je faisais du karaté pour répondre quelque chose. Mais je crois que je suis moins dans cette « limite ».  

 

« Avant », je me cantonnais à une discipline et j’étais presque fier de m’emmitoufler dedans. Dans cette croyance et cette certitude que « ma » discipline était la meilleure.

Bien-sûr, on a compris que c’était surtout moi qui, une fois que je marchais sur le tatami, me sentais meilleur que d’ordinaire. Une fois que je quittais kimono et tatami et que je retrouvais la vie courante, certaines difficultés de l’existence restaient insaisissables et résistaient terriblement à mes ippon.

 

Il y a plusieurs années, encouragé en cela par Pascal Fleury, mon prof de Judo, il m’était arrivé d’aller un peu au dojo d’été. Nous étions nombreux à être sur le tatami.

Un jour, un des intervenants dont j’ignore évidemment le nom – vu que, lorsque l’on est ignorant, on l’est souvent à peu près jusqu’à l’infini– nous avait tenu un petit discours. Beaucoup de judokas ceinture noire étaient parmi nous.

 

L’ intervenant, très certainement ceinture noire de Judo et enseignant de judo,  nous avait exhorté à apprendre, aussi :

« A donner des coups de poing et des coups de pieds ! ».

Ce jour-là, j’ai commencé à comprendre à quel point j’étais resté  beaucoup trop collé au Judo qui était devenu pour moi l’équivalent d’un doudou.

 

Depuis, bien-sûr, j’ai aussi compris qu’apprendre à donner des coups de poing et des coups de pied pour simplement en donner est une application très limitée des Arts martiaux ou de toute discipline de combat.

 

Non sens, enfermement et perte de goût

 

Pour différentes raisons, aveuglement, fainéantise, facilité ou petites lâchetés, on apprend très vite à croire que nous devons ou pouvons rester recroquevillés, enchevêtrés, enfermés et cadenassés, dans un seul « style », une seule attitude et tournure d’esprit. Et que cette seule expérience suffira à nous offrir le reste de l’univers et ce dont nous rêvons ou avons besoin dans notre existence. Comme si l’Art Martial ou la discipline de combat que nous pratiquons était notre lampe d’Aladin.

 

 

Je crois donc que je suis allé à ces 24 heures du Samouraï aussi pour me « soigner » un peu en quelque sorte de cette maladie de l’enfermement qui me captive et que je cultive passivement ou très activement. Consciemment ou inconsciemment, voire, souverainement. Et, cela, dans le plus grand calme ainsi qu’avec une certaine maitrise ou une maitrise quasi-totale.

De gauche à droite, à la fin des 24 heures du Samouraï, ce dimanche 21 Mai 2023 : Léo Tamaki, Aikido, Tanguy Le Vourch, Aikido, Issei Tamaki, Aikido, Bertrand Jaillet, Karaté Shotokan, Ronan Datausse, Penchak Silat, Didier Lorho, Karaté Uechi-Ryû, Lionel Froidure, Karaté et Eskrima, Didier Beddar, Wing Chun et Tai Chi. Manquent sur la photo Kang Jong Lee, Hapkimudo, David Pierre-Louis, Jiujitsu brésilien, Jérôme Kadian pour le Systema. Photo©Franck.Unimon

Les experts des 24 heures du Samouraï et Beyoncé

 

Les experts sont les mannequins ou les tops modèles d’un événement. Ce sont les Beyoncé des Arts martiaux, si l’on préfère.

 

Les experts présents lors des 24 heures du Samouraï m’ont aussi poussé à venir.

Didier Beddar, ce dimanche 21 Mai 2023, lors de l’avant dernière séance de ces 24 heures du Samouraï pour un enseignement de Tai Chi. Il est alors entre 10h30 et 11h ce dimanche. Photo©Franck.Unimon

Je « connaissais » ou avais croisé deux ou trois de ces experts. Mais je savais que c’était une très bonne occasion que de les rencontrer en aussi grand nombre, de façon aussi rapprochée, dans un temps limité et concentré. Car je le « sais » aussi, maintenant :

Tous ces experts sont souvent très occupés ainsi que passionnés par leur Art comme a pu le souligner Léo Tamaki à la fin de ces 24 heures du Samouraï. C’est donc une chance et une très grande et une très belle opportunité que d’avoir pu les approcher ou leur parler.

Lionel Froidure à gauche et Didier Beddar, ce dimanche 21 Mai 2023 à la fin des 24 heures du Samouraï. Photo©Franck.Unimon

A partir de ces quelques raisonnements, payer 85 euros, cela se justifiait facilement. Passer 24 heures à pratiquer, aussi. Pour aller au concert de Beyoncé ce week-end, le prix des places démarrait à 79,60 euros pour monter jusqu’à 200 euros.

Il ne reste désormais plus de places pour ce concert de Beyoncé sans doute depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois. A moins de pouvoir recourir au système D : acheter des billets sur place le jour même ou sur internet s’il est possible d’en trouver. Toutefois, car il faut bien savoir se changer les idées de temps en temps, si l’on tient à profiter de ce concert du Renaissance World Tour de Beyoncé, on peut aussi se rabattre sur les places au salon VIP Cocktail. Il en reste. Il semble qu’elles aient été mises en vente récemment. Le prix par personne hors taxe est de 699 euros et de 838.80 euros TTC, une “ambiance festive” et “un cocktail dinatoire” sont inclus. Il faut savoir vivre avec son temps.

 

J’aurais bien-sûr aimé pouvoir aller découvrir Beyoncé en concert au stade de France. Mais j’aurais eu- aussi- beaucoup de mal à lâcher l’équivalent de cent euros pour aller assister de loin à un concert en étant aussi éloigné d’un(e) artiste sur scène. Même si je suis certain que l’organisation technique du concert de Beyoncé est exemplaire voire unique. Et que son concert sera vraisemblablement un très grand spectacle.

 

Un événement à taille humaine

Dimanche matin, un peu avant 8 heures, un ou une pratiquant(e ) récupère tandis que les musiciens traditionnels font résonner leurs tambours. Photo©Franck.Unimon

La normalité, c’est être raisonnable, mais aussi presque tout faire pour oublier que l’on va mourir. Et, entre les deux, éviter certaines aventures car elles exposent à des risques et demandent certains efforts qui paraissent hors normes ou impossibles.

 

Sans doute ai-je été un tout petit déraisonnable de comparer les experts martiaux de ce Week-end à Beyoncé. Car, comparer des experts en Arts Martiaux ou d’une discipline de combat à une chanteuse américaine sensuelle et rythmée, mondialement connue et presque milliardaire, cela pourrait irriter quelques personnes. Puisque certaines et certains sont capables de consacrer une partie de leur activité à se « clasher » par écrit, sur youtube ou sur un réseau social, sans jamais se rencontrer et sans véritablement prendre le temps de discuter, seulement parce qu’un commentaire publié sous une vidéo leur a déplu.

 

Pourtant, si aux 24 heures du Samouraï, lors de ce week-end, il y avait eu Jackie Chan, Jet Li ou Donnie Yen (présent dans le dernier John Wick 4 sorti au cinéma il y a plusieurs semaines) il est probable que le prix du billet aurait augmenté mais aussi que l’événement aurait attiré bien plus de public y compris parmi des non-participants. Ainsi qu’un public en partie différent. Imaginons un peu ce que cela aurait donné si Bruce Lee était encore vivant et qu’il avait été présent aux 24 heures du Samouraï. Ou une des vedettes actuelles de MMA…

 

Avant de me rendre aux 24 heures du Samouraï, je me suis demandé qui j’allais rencontrer parmi les quelques personnes que j’ai déjà pu croiser aux cours de Jean-Pierre Vignau (qui compte parmi ses élèves des fidèles de vingt ans ou plus), ailleurs ou parmi mes collègues de travail que je sais portés sur les Arts martiaux ou les sports de combat.

 

Hé bien, je n’y ai rencontré personne parmi mes connaissances. J’apprendrai sans doute plus tard que telle personne n’avait pas entendu parler de l’événement.

 

Je crois que la donne aurait changé s’il s’était trouvé un Jackie Chan, un Jet Li ou un Donnie Yen. Parce qu’un Jackie Chan, un Jet Li, un Donnie Yen ou une « star » de la boxe ou du MMA, cela pousse très facilement dans les agendas personnels.

 

Mais l’événement des 24 heures du Samouraï aurait alors pris une toute autre saveur. Car, Beyoncé au stade de France, c’est déjà une industrie. Economiquement, c’est très rentable. Car rien que le nom et l’image de Beyoncé « draguent » très rapidement des milliers de personnes. Beyoncé n’a pas de problème d’anonymat. Tout le monde ou beaucoup de monde sait très vite de qui il s’agit et elle ne fait pas encore partie de celles et ceux que l’on oublie. L’anonymat et l’oubli étant les signes avant coureurs fréquents d’une mort au moins sociale.

 

 

On peut aimer se retrouver dans un très grand stade comme dans certains jeux gigantesques. Cela permet aussi très facilement d’oublier notre anonymat en vibrant avec des centaines et des milliers d’autres. Mais le vécu n’est pas le même. La foule et le spectacle l’emportent complètement sur l’individu présent à l’événement.

 

Les 24 heures du Samouraï ont sûrement demandé beaucoup de travail et beaucoup d’énergie à l’équipe organisatrice. De façon déraisonnable et passionnée. « Mais » cela a été mis au service d’une expérience à taille humaine. Même si au dojo d’Herblay, ce week-end, j’ai compris qu’il y avait eu deux fois plus de personnes que l’année dernière à Nantes lors de la première édition (Plus de 200 contre 100 personnes), ce qui a été vécu avait assez peu de points communs avec un spectacle ou une certaine forme de divertissement. Même si certaines démonstrations ont pu être spectaculaires et que ces heures passées ont pu être divertissantes ou très divertissantes.

Léo Tamaki, lors des 24 heures du Samouraï, 2ème édition. Photo©Franck.Unimon

 

L’ambiance de l’événement

 

Du reste, l’équipe organisatrice des 24 heures du Samouraï l’avait bien rappelé :

 

Le but n’est pas de rester absolument sur le pont durant 24 heures. Mais d’être dans l’ambiance de l’événement. Que ce soit en se reposant lorsque l’on en éprouve le besoin, en allant se faire masser, en partant se restaurer ou en discutant avec d’autres personnes venues vivre cet événement.

Lors des 24 heures du Samouraï, 2ème édition. Photo©Franck.Unimon

Et, à la fin des 24 heures du Samouraï, lorsque Léo Tamaki prendra la parole devant nous tous, en présence des experts présents, ce sera aussi pour nous dire qu’ils ont créé cet événement car, plus jeunes, ils auraient aimé qu’un tel événement existe pour eux.

 

 

En y repensant, ces 24 heures ont leur intérêt pour au moins deux autres raisons :

 

Une expérience, pour qu’elle soit marquante, doit avoir un effet suffisamment durable. Pour cela, il faut qu’elle soit suffisamment intense et qu’on l’ait vécue un certain temps.

Dimanche matin, lors des 24 heures du Samouraï. Photo©Franck.Unimon

On pourrait ajouter la nécessité de la répétition de l’expérience pour que celle-ci nous marque. Pour contrecarrer ou renouveler, un peu, notre expérience de notre vie quotidienne, il nous faut bien un événement qui nous sorte de ce que nous avons l’habitude de faire ou de vivre dans la durée, en intensité mais aussi de ce que nous faisons d’habitude.

 

L’autre raison a à voir avec les uchideshi.

Léo Tamaki, en pleine démonstration avec un de ses élèves. Photo©Franck.Unimon

En « restant » 24 heures dans ce bain martial, en vivant sur place de façon quasi-autonome, pour peu que l’on se soit débranché de son téléphone portable et d’internet durant ces 24 heures (ce que j’ai fait), je crois que l’on peut entrevoir un aperçu de la vie des uchideshi. Et les bénévoles de l’événement, en particulier celles et ceux qui ont pratiqué par ailleurs lors des 24 heures du Samouraï (en grande partie, j’ai l’impression, des élèves de Tanguy Le Vourch, Issei et Léo Tamaki) se sont ainsi mis dans les sillons des uchideshi.

 

Impressions

 

24 heures, cela peut sembler long ou très long. Pourtant, les 12 premières heures sont passées très vite.

 

 

Pour ma part, lors de ces 24 heures du Samouraï, il y a eu des interventions qui sont passées rapidement ou plus rapidement que d’autres. Et, deux ou trois autres, lors desquelles j’ai dû fournir plus d’efforts afin de maintenir mon attention et mon implication. Et où le temps m’est apparu plus long.

 

Je crois que certaines disciplines nous flattent plus facilement parce-que leurs gestes sont plus proches de nous et sont plus rapides à « obtenir » mais aussi à répéter. Mais aussi parce qu’elles nous semblent directement et visiblement plus « efficaces ».

 

Je crois que nous avons cette sensation parce-que ces disciplines reposent sur des actions musculaires et explosives assez simples et qu’elles nous donnent le sentiment d’être aussi puissants que des taureaux ou des machines.

Par contre, lorsque cela devient plus subtil, qu’il nous faut sentir certaines poussées ou certaines forces plus profondes, contradictoires ou plus intimes peut-être, cela nous demande des efforts auxquels nous ne sommes pas habitués ou qui nous dérangent parce-que cela nous demande plus de temps ou plus de maturité émotionnelle peut-être.

 

Ces disciplines présentées devant nous durant ces 24 heures reposent sur beaucoup de fondements communs. Mais leurs formes et leurs présentations sont différentes. Et c’est ce qui va nous attirer, nous barber, nous décourager ou nous repousser.

 

J’ai bien vu comment nous étions un certain nombre à être à la peine lors des interventions de Didier Beddar que ce soit en Kung Fu Wing Chun ou en Tai Chi.

Didier Beddar, le virtuose, entouré de deux de ses assistants, à la fin de la séance de Tai Chi, ce dimanche matin vers 11h aux 24 heures du Samouraï. Photo©Franck.Unimon

J’étais alors l’équivalent d’un lourdaud saccadé, bruyant et poussif qui saccageait l’espace autour de lui alors que j’essayais seulement de marcher tandis que Didier Beddar et ses assistants étaient des ballerines pleines de grâce.

Lorsque j’avais débuté le judo il y a quelques années, j’avais eu la gratification assez immédiate de « réussir ». Le Kung Fu et le Tai Chi m’ont fait exactement l’effet inverse. Malgré leur intérêt évident, ils m’ont adressé un reflet de moi-même peu valorisant.

 

J’ai aussi eu l’impression que l’enseignement de Didier Beddar fait particulièrement appel au Yin et au Yang, au féminin et au masculin, alors que dans le Penchak Silat, le Hapkimudo, le karaté ou dans le Sistema, on peut n’être « que » bourrin.

 

Ou « masculin ». Ou « viril ». Ou « macho ».

 

Arrivera un moment où passer en force finira pas nous limiter ou nous rigidifier mais on peut  arriver à « y faire des choses » tout de suite et durant un certain temps. C’est efficace. Ou c’est plus saccadé. Plus heurté. Plus frontal.

 

C’est un peu comme, dans la pratique de l’apnée ou de la plongée, utiliser la méthode vasalva pour descendre en profondeur. On est très volontaire. On s’impose. C’est efficace jusqu’à une certaine profondeur ainsi que pendant un certain nombre d’années. Mais c’est aussi plus traumatisant pour l’organisme même si on ne le ressent pas tout de suite.

 

Lors des 24 heures du Samouraï, j’ai croisé un pratiquant qui a été un moment mon partenaire qui m’a dit qu’étant donné son âge, la cinquantaine, le karaté Shotokan commençait à être dur pour lui. J’ai compris que la brutalité qu’il s’imposait au travers du karaté shotokan depuis des années commençait à avoir raison de lui.

 

 

Jusqu’à maintenant, je n’avais pas pensé aux Arts martiaux comme une possible expérience ou réflexion sur le « genre » masculin et féminin, sur la façon de l’habiter de façon « masculino-viriliste » et/ou de façon « fémino-douce ». Bien-sûr, voir la féminité comme le versant de la douceur et la masculinité comme celui de la brutalité est un cliché. Mais ce sont des repères pour dire que s’obliger à faire ou à passer en force parce-que l’on est un homme lorsque l’on pratique est une erreur très commune. Et, j’ai trouvé que parmi les différents experts, Didier Beddar était celui qui incarnait le mieux ou le plus cette synthèse du féminin et du masculin dans son expression martiale. Expression martiale que je n’ai aucune difficulté à percevoir comme très efficace dans des conditions de combat.

Didier Beddar et ses deux assistants, ce dimanche matin. Photo©Franck.Unimon

Quelques notes sur les séances :

 

J’ai pris quelques notes à la volée après certaines des séances auxquelles j’ai participé lors de ces 24 heures du Samouraï. C’était une façon, pour moi, de conserver des impressions que l’on oublie souvent par la suite.

 

J’ai beaucoup aimé les interventions de Kang Jong Lee, expert en hapkimudo. Ses formulations et son humour, aussi. D’ailleurs, les experts, lors de ces 24 heures du Samouraï, ont souvent su faire concilier l’humour avec leurs démonstrations ce qui a pu contribuer à désacraliser un certain niveau d’exigence.

 

J’ai été amusé de voir Kang Jong Lee avec son pantalon tendance pattes d’éléphant. Il y a sans doute une raison à cela. Mais je n’ai pas pensé à le lui demander. Je me dis que c’est peut-être une façon de dissimuler les déplacements de ses pieds.

 

Chez Kang Jong Lee, j’ai aussi noté sa formulation :

«  Le monde a changé ».

Pour dire que lors d’un affrontement, la situation évolue très vite et que ce qui aurait pu marcher quelques secondes ou quelques dixièmes de secondes auparavant est devenu obsolète. Et qu’il faut s’adapter, trouver autre chose pour parvenir à la résolution du conflit.

« Accepter » a aussi été employé par Kang Jong Lee. Soit, au lieu de résister ou de forcer, de se servir ou de suivre l’action de l’autre.

Kang Jong Lee enseigne à divers endroits, entre autres au gymnase le Patriarche, rue Monge mais aussi dans le 16èmearrondissement, toujours à Paris.

 

Jérome Kadian, pour le systema, juste après Kang Jong Lee, m’a beaucoup fait plaisir lorsqu’il nous a parlé de la respiration. Depuis  ma formation au massage bien-être et ma pratique amateur de l’apnée en club, je suis devenu assez sensible à ce qui touche la respiration. Ceinture jaune de karaté shotokan avec Jean-Pierre Vignau, donc niveau débutant, lors de certains mouvements de mes katas que je répète, je me sens gêné. Car je n’ai pas encore trouvé la bonne façon, le bon moment, pour respirer, expirer ou arrêter de respirer.

 

La respiration est l’acte le plus important et le plus profond que nous faisons. Pourtant son apprentissage fait partie des apprentissages les plus souvent négligés. Peut-être est-ce parce qu’en plus d’être un acte, la respiration est une fonction qui nous est « donnée » dès la naissance et qu’elle est automatique. Donc acquise.  

J’ai aussi noté avec Jérome Kadian :

Expirer quand on reçoit un coup. Accepter le contact. Travailler sur les appuis. Pivot du bassin. Plier les genoux.

Benjamin, responsable de l’école Kinshikai Aïkido, Belgique. Photo©Franck.Unimon

Jérome Kadian nous a aussi appris que tomber était une de nos plus grandes peurs. Et qu’il fallait donc apprendre à tomber sans se faire mal.

 

Malheureusement, je n’ai pas pu prendre de photo de Jérome Kadian, qui enseigne à Paris, rue Bleue.

 

« Vous êtes armés ? » a commencé Lionel Froidure.

 

Lionel Froidure se trouve derrière Léo Tamaki en train de souhaiter un bon anniversaire à une des participantes. Photo©Franck.Unimon

Lionel Froidure nous a expliqué qu’aux Philippines, ils ne parlaient pas de techniques mais de principes. Il a insisté sur la nécessité de se « bâtir une mémoire » lorsque l’on pratique. De prendre le temps d’apprendre à se servir d’une arme avant d’en découvrir une autre. De garder le contact avec son adversaire lors du combat.

 

« La peur, ça se travaille ».

 

L’Arnis m’est apparu très technique ou exigeant de moi des efforts certains d’apprentissage.

 

De 19h30 à 20h45, Didier Beddar est intervenu en expert Wing Chun.

Au centre, Didier Beddar. Photo©Franck.Unimon

« En Wing Chun, on travaille sur les réflexes ». Didier Beddar a souligné qu’il s’agissait de travailler relâché. Il a présenté le Wing Chun comme un Art « tout en déviations ».

 

Lorsque l’on est à distance de pied, contrôle visuel du genou de son adversaire. Lorsque l’on est à distance de poignet, contrôle visuel du coude de son adversaire.

 

Didier Beddar nous a parlé du triangle pour créer le déséquilibre chez l’autre. Il nous a aussi parlé du centre. Garder ou protéger notre centre. L’importance du contact physique permanent pour connaître le mouvement de son adversaire. Mais aussi de notre colonne vertébrale. La garder droite.

 

 

Avec l’Arnis, le Kung Fu Wing Chun m’est apparu comme l’autre discipline la plus technique à assimiler. C’étaient pour moi deux disciplines qui ne se donnent pas facilement en prime abord. Plus tard est arrivée la séance Taï Chi, le lendemain matin, avec Didier Beddar également. Et, là, j’ai parfois eu l’impression d’être dans une expérience métaphysique lorsqu’il nous a parlé de l’importance de garder ou de protéger notre centre mais aussi de la nécessité d’entraîner son adversaire vers le triangle.

Même si j’ai retenu grâce à Didier Beddar que le gros orteil est en quelque sorte l’appendice de la motricité et le petit doigt de pied, celui de la stabilité.

 

De 0h15 à 1h30, Ronan Datausse est intervenu comme expert en Penchak Silat. C’était assez « drôle », de manière décalée, de nous entraîner à une heure du matin à réaliser des torsions cervicales en cas d’agression.

Ronan Datausse est le deuxième en partant de la droite. Le premier est Didier Lorho. Après Ronan Datausse, vers la gauche, Bertrand Jaillet, Issei Tamaki et Tanguy Le Vourch. Photo©Franck.Unimon

Ronan Datausse nous a dit que nous devions imaginer que nous étions des araignées tissant notre toile autour de notre proie, notre agresseur qui, au départ, nous avait pris « pour un agneau ».

Ronan Datausse nous a appris qu’au départ, le Penchak Silat était un art de guerre appris par les Indonésiens qui ont des petits gabarits. Le Penchak Silat, originellement, est un art de destruction.

Ronan Datausse nous a aussi fait travailler les frappes multidirectionnelles. Cela m’a beaucoup plu.

 

Léo Tamaki, à 1h45, dans la nuit de samedi à dimanche aux 24 heures du Samouraï. Photo©Franck.Unimon

Léo Tamaki est intervenu de 1h45 à 3 heures. Je n’ai plus rien noté à partir de ce moment-là mais je vais écrire de tête.

 

Ce créneau horaire est un horaire tranchant. Peut-être le plus charnière. Nous entrons alors dans la deuxième partie de ces 24 heures. En plus, le Penchak Silat “de” Ronan Datausse a été dynamique et aussi “ludique”. L’ Aïkido, c’est une autre allure. C’est donc quitte. Ou double. Soit on s’ennuie, soit on se laisse entraîner. 

 

Léo Tamaki a été permanent et pédagogique dès le coup de gong. Chaque séance débutait par un coup de gong. J’ai même eu l’impression que Léo Tamaki avait fait retentir le gong une à deux minutes plus tôt. Ensuite, Léo a pris le train en main.

Il y avait du rythme. Des séquences d’entraînement de 2 à 4 minutes. De la martialité et de l’humour. La nuit et le sommeil ont semblé sans prise sur lui. J’ai réentendu parler de

« dissociation ». Mais aussi :

« Recommencez, s’il vous plait ». Ce qui fait partie de ses signatures.

Je tenais comme je pouvais le long bâton qui m’avait été prêté face à G, plus avancé que moi en Aïkido lorsque Léo Tamaki est passé pour me montrer. Il s’agissait de laisser la gravité agir sur le bâton sans mettre de force. Je n’ai rien vu venir. Mon bâton a volé hors de mes mains trois ou quatre mètres plus loin  comme si je ne l’avais pas tenu.

 

Un peu plus tard, il convenait de « couper » son partenaire avec le tranchant de la main au niveau de ses deux poignets qu’il tenait joints devant nous. Léo Tamaki est repassé. Il m’a montré sur mes poignets. Il n’a pas mis (beaucoup) de force. J’ai senti la coupe. Le temps de me relever, il était déjà à nouveau parti.

 

L’intervention était variée, attractive. Même si, pour moi, l’Aïkido a fait partie des disciplines les plus délicates techniquement de ces 24 heures du Samouraï avec le Wing Chun, l’Arnis….et le Tai Chi dispensé par Didier Beddar.

 

C’était bien pensé de clôturer ces 24 heures par le Tai Chi Quan et l’Aïkido.

Sortie de Dojo :

 

A l’issue des 24 heures, 80 personnes avaient participé aux 16 séances proposées, glanant les quatre bracelets. L’année dernière, à Nantes, seules 10 personnes y étaient parvenues. Les 80 personnes ont été applaudies.

 

Quant à moi, arrivé aux 24 heures du Samouraï avec un point de contracture à la cuisse et désobéissant aux recommandations de mon kiné (« Cela revient à jeter une pièce en l’air »), j’ai participé à 11 séances ratant d’une séance le troisième bracelet que j’aurais bien aimé obtenir. Je n’avais pas l’ambition de faire toutes les séances ( 16).

“Tous les voyants sont au vert” m’a dit mon kiné il y a quelques heures à propos de ma cuisse. Je n’ai pas- encore- osé lui dire que j’avais participé ce week-end aux 24 heures du Samouraï.

Au début des 24 heures du Samouraï, j’ai cru que je n’obtiendrais même pas le bracelet vert, ce qui correspond à quatre séances. Mais, finalement, cela tend à démontrer que les soins apportés par mon kiné sont bons et qu’une pratique raisonnable des Arts martiaux est possible sans se blesser. Je me suis par exemple abstenu d’essayer de faire les déplacements toniques, presque sautés, proposés par Bertrand Jaillet en karaté shotokan. J’ai aussi laissé passer la première séance de Ju-Jitsu brésilien avec David Pierre-Louis en pensant, à tort, aux randoris.

Et, je dormais lors de sa seconde séance. Car entre 4h40 et 7h50, après une douche et une seconde séance de shiatsu (séances de shiatsu qui ont aussi très certainement aidé à la prévention de blessures supplémentaires), j’ai dormi dans mon sac de couchage sur un coin du tatami comme deux ou trois autres, la petite salle de repos étant pleine lorsque je m’y suis présenté.

A partir d’une certaine heure, la salle de repos étant pleine, on se couchait là où l’on pouvait dans le dojo. J’ai un moment envié ces deux personnes qui avaient su trouver un coin. Puis, finalement, non loin de là, une place sur le tatamis, à côté du stand de shiatsu m’a très bien convenu pour m’endormir dans mon sac de couchage, vêtu de mon tout nouveau kimono bleu. Photo©Franck.Unimon

 

 

En sortant du dojo plus de 24 heures après y être entré, j’ai été moins décalé que ce à quoi je m’attendais.

 

Depuis, je me demande ce que cela a changé ou contribué à changer en moi.

 

Même si je suis loin d’avoir assimilé tout ce que j’ai vu, vécu, entendu ou essayé de pratiquer, commençons d’abord par dire que je suis content d’avoir vécu l’expérience.

 

J’avais envisagé d’écrire sur cet événement bien plus tard. A la lecture de cet article, rédigé finalement beaucoup plus rapidement que prévu, on pourra mesurer comme les 24 heures du Samouraï m’ont inspiré.

 

Concernant la « performance » des 24 heures, si je n’avais pas de doute  quant au fait que trois heures de sommeil me conviendraient pour me remettre à un moment donné (comme d’autres, j’ai dormi de manière immédiate et compacte une fois couché sur le tatami malgré l’animation et les stimulations environnantes), je n’avais pas d’idée précise quant à ma capacité de résistance physique et mentale à la fatigue. C’était bien de pouvoir pratiquer malgré ou avec la fatigue tant mentale que physique. C’était évidemment la première fois que je pratiquais autant en si peu de temps.

Je pourrais faire un trait d’humour et écrire que, depuis les 24 heures du Samouraï, j’ai surtout l’impression de mieux comprendre le créole haïtien. Mais le fait est qu’après avoir pris part à autant de « séances » (sans combats) martiales sans me faire mal, je me dis que je pourrais quand même prendre le temps de faire le nécessaire pour obtenir et « donner » à Pascal, mon prof de judo, cette ceinture noire qu’il attend de moi depuis une vingtaine d’années. La ceinture noire n’étant qu’un début, comme il l’a rappelé, et non une fin en soi.

Il me reste d’autres photos ( sur lesquelles, notamment, figurent Kang Jong Lee et David Pierre-Louis ) que j’aurais bien voulu insérer dans cet article. Mais, pour l’instant, je n’ai pas réussi à le faire malgré diverses tentatives pour des raisons techniques qui me dépassent. Des histoires de codes et de téléchargement de fichier. J’ai opté pour rédiger cet article et le publier maintenant tel quel quitte à le compléter plus tard. Car, ce jeudi, c’est à dire dans quelques heures, je pars quelques jours à Camaret, en Bretagne, avec mon club d’apnée, afin de continuer à m’initier à la chasse sous-marine. 

Il est probable que le concert de Beyoncé sera passé lorsque je parviendrai, enfin, à rajouter ces autres photos des 24 heures du Samouraï.

Avec Léo Tamaki, ce dimanche 21 Mai 2023, à la fin des 24 heures du Samouraï.

Franck Unimon, ce jeudi 25 mai 2023.

 

 

 

 

Catégories
self-défense/ Arts Martiaux

Avant les 24 heures du Samouraï au dojo d’Herblay ce 20 et ce 21 mai 2023

Avant les 24 heures du Samouraï au dojo d’Herblay ce 20 et 21 Mai 2023.

 

Demain, à midi, débutent les 24 heures du Samouraï. Il y a environ quarante huit heures, nous avons reçu un mail de l’équipe des 24 heures du Samouraï pour nous donner quelques informations et nous faire quelques recommandations. Cela donne peut-être un côté secret à l’événement, unique en France. Pourtant, il n’y a rien de secret pour quiconque s’attarde un peu sur ce qu’il y a de relatif aux Arts Martiaux. L’année dernière, les 24 heures du Samouraï s’étaient déroulées à Nantes. Dans le magazine Yashima de ce mois de mars 2023, Tanguy Le Vourch’ en raconte la genèse, au sein de l’école Kishinkai Aïkido d’après une idée de Léo Tamaki.

 

Pour cette deuxième édition des 24 heures du Samouraï qui se dérouleront dans le dojo d’Herblay où enseigne Issei Tamaki, dans le Val d’Oise, seront présents les experts suivants :

 

Didier Beddar pour le Wing Chun et le Tai Chi.

Kang Jong Lee pour le Hapkimudo.

Lionel Froidure pour le karaté et l’Eskrima.

David Pierre-Louis pour le Jiujitsu brésilien.

Jérôme Kadian pour le Systema.

Didier Lorho pour le Uechi-Ryû.

Ronan Datausse pour le Penchak Silat.

Léo Tamaki pour l’Aikido.

Bertrand Jaillet pour le Shotokan.

 

Un stand de pratiquants de Shiatsu sera également présent.

 

J’ai déjà croisé ou rencontré deux ou trois de ces experts ( Léo Tamaki (Dojo 5) , David Pierre-Louis, Didier Beddar ( Marcher jusqu’à un Maitre de Kung Fu Wing Chun traditionnel ). Je vais découvrir les autres. Le judo est la discipline que je « connais » le mieux. Mais je n’ai pas pratiqué depuis très longtemps. Lorsque j’ai appelé mon professeur, Pascal Fleury, cette semaine, celui-ci m’a à nouveau « reproché » de ne toujours pas avoir passé ma ceinture noire. Pascal m’a aussi rappelé ce temps où, il y a plusieurs années, Léo Tamaki venait enseigner l’Aïkido, rue Michel Lecomte, là où j’ai passé mes ceintures de judo dans les années 90.

Je suis aussi un très jeune élève- irrégulier- de Maitre Jean-Pierre Vignau en karaté Shotokan. ( Maitre Jean-Pierre Vignau à la SACD, rue Ballu, Paris, ce mardi 25 avril 2023). 

Ces dernières semaines, je suis aussi devenu un pratiquant irrégulier de mon blog. Mais je ne pouvais pas laisser passer cet article la veille des 24 heures du Samouraï.

Demain matin, les inscriptions commenceront à 10h45. J’ai déjà mon billet d’entrée. La cérémonie d’ouverture aura lieu à 11h45. Il faudra être prêt et en kimono. Prévoir plusieurs kimonos pour des raisons d’hygiène. Je suis allé en acheter un second ce matin. Bien s’hydrater durant ces 24 heures. J’ai prévu ce qu’il faut et un stand de restauration est prévu sur place. Amener son nécessaire de toilette pour se rafraîchir. Mais aussi son sac de couchage et un oreiller. Une aire de repos est prévue dans le dojo.

 

Les 24 heures du Samouraï sont ouvertes à toute personne curieuse, de bonne volonté et en suffisamment bonne condition physique quelle que soit son niveau ou sa discipline de pratique.

 

Je me demande si je suis « prêt ».  Des séances d’1h15 environ pendant 24 heures. Avec dix à quinze minutes de pause entre chaque intervention.

Je n’avais pas prévu de tout « faire » de toute façon. Mais, cette semaine, mon kiné m’a répondu que participer à cet événement revenait pour moi à « lancer une pièce en l’air ». J’ai une contracture à la cuisse. Le vélotaf, je peux, l’apnée ( hors compétition), je peux. Mais pas les Arts Martiaux ou les sports de combat qui exigent ou peuvent exiger une disponibilité soudaine et totale en termes d’engagement physique et mental.

 

J’ai encore le choix. Renoncer. Forcer. Regarder. Ou me faufiler.

 

Tout à l’heure, j’ai changé de sac. Après ma sieste, je me suis avisé que je pouvais mieux faire en matière de rangement.

J’en ai pris un autre pour disposer mes kimonos. S’économiser autant que possible. Disposer ses affaires de la façon la plus pratique. Prévoir ce qu’il faut mais sans pour autant trop s’encombrer. Un vrai voyage ! Mes appareils photos, deux sacs. Je vais sans doute emmener une petite glacière rigide afin d’y mettre bouteille d’eau, thermos et un peu de nourriture. Cela ne m’empêchera pas d’aller faire un tour au stand de restauration pour avaler ou manger quelque chose de chaud. Et pour discuter.

 

L’équipe des 24 heures du Samouraï nous a appris par mail qu’il était prévu des retards sur la ligne de train de banlieue qui dessert Herblay depuis Paris. Pour une fois, en qualité de banlieusard, je suis favorisé :

J’habite à Argenteuil, pas très loin. Et je viendrai avec ma voiture. J’ai repéré l’endroit il y a plus d’un mois.

 

Je m’attends à ce qu’il y ait beaucoup de monde. Plus d’une centaine de personnes puisque le dojo est grand ( 750 mètres carrés ?). De Paris, de banlieue et de province.

Dans cet univers généralement très masculin, je me demande, sans arrière pensée particulière, dans quelle proportion il y aura des femmes. Je dirais : 20 pour cent. Et, je me hasarde à croire que l’avenir des Arts martiaux serait peut-être davantage assuré s’il y avait plus de pratiquantes et d’expertes féminines dans ces domaines. Pour aller acheter mon second kimono, ce matin, j’ai proposé à ma fille de venir avec moi à Paris. Elle a spontanément accepté. J’en suis très content. Pour la première fois, j’ai rompu avec la tradition en achetant un kimono bleu. 85 euros.

 

Demain, le dojo d’Herblay deviendra un couvent martial où nous essaierons de nous extraire du cratère de nos enchevêtrements. Nous chercherons le merveilleux voire un monde qui a disparu et nous tenterons de lui réattribuer un espace dans nos corps et dans nos rêves.

 

Franck Unimon, ce vendredi 19 Mai 2023.

 

 

Catégories
self-défense/ Arts Martiaux

Maitre Jean-Pierre Vignau à la SACD, rue Ballu, Paris, ce mardi 25 avril 2023

Maitre Jean-Pierre Vignau, ce mardi 25 avril 2023, à la SACD, rue Ballu, Paris. Photo©️Franck.Unimon

Maitre Jean-Pierre Vignau à la SACD, rue Ballu, Paris, ce mardi 25 avril 2023.

 

 

On trouve chez un Maitre ce que l’on croit et ce que l’on craint.

 

On trouve chez un Maitre ce que l’on cherche, ce que l’on a perdu ou égaré.

 

Jean-Pierre Vignau, président de l’I.B.A France, 9ème dan I.B.A de Karaté Shotokan, 6ème dan I.B.A d’Atemi-jitsu (Self-défense), 3ème dan I.B.A de Kobudo, 2ème dan I.B.A de judo et d’Aïkido, pour moi, fait partie de ces Maitres.

 

Peut-être que les apparences ou la forme de cet article sont contre lui et contre moi, son auteur. Et qu’en commençant la lecture de cet article, on se dit qu’il s’agit d’un exercice de philo ou d’une révision avant les épreuves du Bac dans quelques mois.

 

Peut-être aussi que l’on peut se dire que c’est un article de plus à ranger dans la catégorie de la branlette intellectuelle. Alors que ce l’on que l’on veut, c’est surtout, et rapidement, et toujours, plus d’efficacité, du concret et des techniques qui marchent tout de suite, tout le temps et à volonté.

 

Pas du bla-bla.

 

Mais je crois qu’il faut quand même commencer cet article comme ça. Et que c’est surtout de la vie, de notre vie, de nos choix, de notre santé mentale et physique, de nos décisions et de nos libertés dont je parle.

 

Et dont les Arts Martiaux, toujours, nous parlent.

 

Jean-Pierre Vignau ne dira rien à beaucoup de personnes aujourd’hui, en 2023. Moi-même, il y a encore trois ans, je ne connaissais pas Jean-Pierre Vignau, Maitre d’Arts Martiaux, 78 ou 79 ans cette année.

 

Il y a encore trois ans, je ne connaissais pas Jean-Pierre Vignau malgré le fait que depuis plus d’une trentaine d’années, j’ai souvent été attiré par les Arts Martiaux sous plusieurs de leurs représentations ou expériences. Sur un tatamis, au cinéma, dans mes lectures ou même dans certains de mes voyages (le Japon en 1999).

Enfant, comme beaucoup, j’avais été fasciné par Bruce Lee. Evidemment. Et, j’avais « fait » un peu de karaté jusqu’à la ceinture verte. J’avais 12 ou 13 ans. J’étais assez appliqué, je connaissais mes katas. Puis, j’ai arrêté. Sans doute parce-que, pour moi, alors, faire du karaté ou de la boxe anglaise, c’était avant tout apprendre à se défendre, à donner des coups de pied et des coups de poing. Apprendre à devenir « fort » et viril. A devenir un Homme.

 

A ne pas avoir peur. A n’avoir-jamais- peur de rien.

 

Peu m’importait la différence qu’il pouvait y avoir entre du Kung Fu et du karaté. Le karaté était ce qui me parlait le plus ou ce qui était connu de moi, là où je vivais alors, avec mes parents, dans une cité à Nanterre. Dans un immeuble HLM de 18 étages. Si nous avions vécu à l’époque dans le 13ème arrondissement de Paris, peut-être aurais-je pu mieux commencer à  faire la différence entre le Kung Fu et du Karaté.

 

Puis, grâce à un concours de circonstances, après le karaté, plus tard, il y a eu la pratique du Judo pendant une dizaine d’années. Un sport de combat découvert à l’université de Nanterre. Un peu par hasard. Une histoire d’horaires de cours qui m’a empêché d’aller plutôt découvrir la boxe anglaise comme je le souhaitais.

Le judo m’avait rapidement flatté. Parce-que la nouveauté et mes aptitudes athlétiques, toniques, explosives et instinctives, enfin, me permettaient d’être « bon ». De « battre » des pratiquants plus expérimentés que moi. Ou de leur donner du mal. Et puis, je pouvais, à nouveau, m’entraîner régulièrement sans me blesser. Sans me donner ces contractures aux ischio-jambiers que le sprint, en athlétisme, m’avait « laissées ».

 

Beaucoup de pratiquants d’un sport ou d’une activité physique ou martiale ont dans leur pratique ou leurs « bagages » des cicatrices liées à l’engagement de leur corps et de leur volonté dans leur activité sportive ou physique préférée. Une activité ou, souvent, ils se sont constitués des amitiés, des amours ou des inimitiés passionnelles, profondes ou définitives.

 

Ces cicatrices, liées à une pratique répétée ou intensive, sont souvent vécues comme des injustices ou, au contraire, regardées avec fierté comme des blessures de guerrier. Des blessures de combattant. Des blessures de samouraï.

 

Il faut du temps pour comprendre qu’un certain nombre de ces blessures physiques, mais aussi morales, prédatrices de notre temps et de notre organisme ou de nos relations, ne sont pas aussi nécessaires que l’on a besoin de le croire afin de devenir « bon » ou le « meilleur » ou le « champion » que l’on aspire à être à nos yeux ou dans le regard des autres.

 

Comme je ne l’avais pas encore compris en pratiquant le judo, j’ai continué de me blesser. Ou j’ai recommencé à me blesser en «faisant » du judo.

 

Et puis, j’en ai eu assez du Judo. J’ai fait un petit peu de Ju-Jitsu brésilien. A l’époque, les frères Gracie étaient la référence ultime du Ju-Jitsu brésilien.

 

Puis, quelques années plus tard, j’ai « fait » un petit peu de boxe française où, là, je me suis cette fois rompu le tendon d’achille lors d’un exercice tout simple. Après ça, pendant quelques années, j’ai arrêté tout ce qui pouvait ressembler à la pratique du combat ou d’un Art martial. Tout en continuant bien-sûr, de temps à autre, à lire ou à regarder ici ou là, ce qui pouvait avoir trait aux Arts Martiaux, au combat etc…

Photo prise à Paris en septembre 2020. ©️Franck.Unimon

Puis sont arrivés la pandémie du Covid en 2020 et les confinements. Le passe sanitaire, la restriction de nos sorties, de nos déplacements géographiques ou kilométriques. L’angoisse et la peur massive de notre anéantissement proche ou quasi-immédiat.

 

J’ai fait partie des personnes dont la profession a été jugée comme « essentielle ». Je suis infirmier en pédopsychiatrie et en psychiatrie depuis des années. J’ai donc continué à travailler durant la pandémie. D’abord sans masque et sans protection matérielle réelle. Mais aussi, au début, sans vaccin anti-Covid.

Photo prise le 1er septembre 2021 dans les transports en commun. Sans doute dans le métro parisien. Photo©️Franck.Unimon

 

Et pour limiter ce refuge dans l’angoisse dans laquelle nous étions nombreux à être tombés et séquestrés, j’ai un moment décidé de trouver des échappatoires aussi dans la lecture de journaux.

 

Par chance, il y avait près de mon lieu de travail, dans le 13 ème arrondissement de Paris, à métro Gobelins, un des rares centres de presse restés ouverts durant la pandémie et les confinements successifs : Le Canon de la Presse.

Le Yashima d’octobre 2020, acheté au Canon de la Presse, métro Gobelins, Paris 13ème.

C’est là que j’ai commencé à me fournir, aussi, en Yashima, Aïkido, Self & Dragon…..et à découvrir, donc, Maitre Jean-Pierre Vignau, lors de son interview par Maitre Léo Tamaki dont j’avais découvert l’existence à peine quelques jours ou quelques semaines auparavant.

 

« Les Arts Martiaux, ça ne se résume pas à seulement apprendre à donner des coups de pied et des coups de poing… ».

 

C’est ce que j’ai affirmé il y a encore quelques jours à ma propre compagne qui avait voulu voir dans mon souhait de participer au Masters Tour proposé et organisé annuellement au Japon par Léo Tamaki, Maitre d’Aïkido, un temps élève de Maitre Jean-Pierre Vignau, une simple démarche touristique.

 

La quête d’une certaine spiritualité et d’un certain sens à notre vie se trouve aussi dans la pratique des Arts Martiaux. Les religions ne sont pas les seuls domaines ou les seules disciplines grâce auxquelles on peut s’aider à s’élever spirituellement mais aussi en tant qu’être humain. Et, il me semble que beaucoup de personnes l’ignorent ou l’ont oublié lorsqu’elles (vous) parlent des Arts Martiaux. Pour ces personnes, les Arts Martiaux mais aussi les sports de combat, c’est surtout du spectacle, une mise en scène proche du cirque. Ou ça revient à se rendre à un concert ou à une séance de cinéma afin de se distraire ou de se défouler pour se vider la tête avant de rentrer chez soi ou repartir au travail le soir ou le lendemain. Ou ça revient à apprendre à se « défendre » et à pouvoir se sentir fort lorsque l’on sort ou afin de protéger une personne à laquelle on tient.

Photo prise à la gare St-Lazare, le 7 septembre 2020. Photo©️Franck.Unimon

 

Je me suis plusieurs fois senti très fort il y a plusieurs années alors que je revenais d’une bonne séance de Judo dans mon club. Je marchais très sûr de moi en rentrant. C’était une sensation très agréable et, pourtant, trompeuse. Surtout dans des rues désertes, la nuit, où personne ne nous veut du mal. Alors qu’en plein jour, lors de certaines situations émotionnellement et affectivement difficiles pour moi, je pouvais perdre mes moyens comme si je n’avais rien appris ou étais un incapable majeur.

 

 

Ce mardi soir, à la SACD, un des élèves de Maitre Jean-Pierre Vignau depuis plus de quarante ans, l’a d’abord remercié pour tout ce qu’il lui avait apporté dans sa vie. Puis, il lui a demandé :

 

« Pourquoi tu contiens toujours autant tes émotions, Jean-Pierre?».

 

Debout face à nous tous dans la salle, après la projection du premier documentaire (de Jean de Loriol) qui faisait son portrait dans Le Maitre et le batard, et avant la projection du documentaire Dans la tête du videur ( toujours réalisé par Jean de Loriol) Jean-Pierre a répondu :

 

« Je n’ai pas le temps ! ».

 

Nous avons sans doute tous rigolé dans la salle. Beaucoup de Jean-Pierre est contenu dans cette phrase. Simple. Concret. Direct. Pratique. Tranchant. Efficace. Impliqué.

 

Un Maitre d’Arts martiaux, c’est quelqu’un, qui, incessamment, se remet à son ouvrage et donne le meilleur de lui.

 

Sans se décourager.

 

Après plus d’une vingtaine d’années d’existence, son dojo le Fair-Play Sport a dû fermer, pour raisons économiques,  à cause de la pandémie et du Covid ( lire  Le Dojo de Jean-Pierre Vignau ?) Désormais, Jean-Pierre dispense ses enseignements à la Maison du Taiji au 57, rue Jules Ferry à Bagnolet, métro Robespierre, ligne 9.  

 Dans son interview par Léo Tamaki, par lequel je l’avais découvert en plein confinement sanitaire, Jean-Pierre disait à un moment donné :

 

« Mais, moi, pour certains, je suis un malade mental ! ». Cela m’avait beaucoup plu.

 

Mais ce qui m’avait aussi beaucoup plu, c’était ce qu’il disait de son Dojo, le Fair-Play Sport. Un endroit où il demandait à chaque pratiquant de laisser ses soucis à l’extérieur et où il acceptait tout le monde dès lors que celui-ci respectait les règles du Dojo.

 

Et ce qui continue de me plaire chez lui, c’est sa longévité, sa liberté.

 

J’ai appris seulement cette semaine que le boxeur Marvin Hagler, surnommé « The Marvelous », très grand champion de boxe, était décédé seulement à l’âge de 66 ans en 2021.

 

Pour moi, un Maitre, c’est aussi sa longévité. Car sa longévité démontre aussi que ce qu’il pratique et enseigne est favorable à la vie. Et au meilleur de la vie. Entre-autres, à une vie active où, au delà de soixante dix ans au minimum, on continue de pouvoir pratiquer, de transmettre et d’être un exemple pour d’autres.

 

Cette remarque est sans doute lapidaire ou peut-être injuste. Mais lorsque l’on prend le temps de regarder de près l’âge de décès de bien des Maitres d’Arts Martiaux, étrangers ou français, ou encore en activité, on s’aperçoit qu’ils dépassent souvent ou régulièrement les 70 années d’existence.

 

Lorsque l’on sait que Jean-Pierre a eu le contraire d’une vie pépère et casanière, cela nous convainc encore plus facilement des bienfaits de la pratique martiale.

 

Cette longévité nous assure aussi que les choix de vie, les décisions mais aussi les libertés que ces Maitres ont pris ou su prendre, avec les risques qu’ont comporté et que comportent ces choix de vie et ces décisions, étaient les bons ou les meilleurs pour eux mais aussi pour celles et ceux qui les entourent et viennent chercher auprès d’eux Savoir et Expérience.

 

Le terme de « Maitre » peut aussi beaucoup déranger dans un pays démocratique et libre où l’on confond facilement les libertés dont on croit disposer avec nos libertés réelles et véritables. Pourtant, il est tout un ensemble de Maitres que nous préférons suivre ou croire par facilité, conformité, fainéantise, ignorance ou volonté de « réussite » ou…de maitrise :

 

Le smartphone dernier cri, tous nos écrans dans lesquels nous sommes plongés et ancrés en permanence, gagner plus d’argent, certaines influenceuses ou influenceurs, certaines tendances, certains types d’informations, certains types de rencontres ou de relations. L’anxiété. La peur. L’envie. Certains désirs.

 

Donc, pour moi, le terme de « Maitre d’Arts martiaux » ne doit pas faire peur pour peu que l’on a bien-sûr pris le temps de bien choisir ce qui nous correspond et ce que l’on recherche chez un Maitre.

Enfin, la reconnaissance par certains de leurs pairs, Maitres d’Arts martiaux également, nous confirme aussi la légitimité de ces Maitres d’Arts martiaux.

 

Ce mardi 25 avril 2023, à la SACD, rue Ballu, à Paris, lors de cette soirée consacrée à Maitre Jean-Pierre Vignau, j’ai ainsi pu reconnaître en personne Maitre Pierre Portocarrero ainsi que Maitre Remi Mollet. Malheureusement, je n’ai pas eu la présence d’esprit de les prendre en photo.

Cependant, je crois que leur présence comme celle de différents élèves de Jean-Pierre Vignau, comme celle de certains de ses proches et amis de plusieurs années ( dont sa femme Tina et Jean-Pierre Leloup) continuait d’attester de sa totale légitimité en tant que Maitre. 

Maitre Jean-Pierre Vignau à la SACD, rue Ballu, ce mardi 25 avril 2023. Photo©️Franck.Unimon

Sur Jean-Pierre Vignau, on peut aussi lire entre-autres dans ce blog Arts Martiaux : un article inspiré par Maitre Jean-Pierre Vignau 

Franck Unimon, jeune élève de Maitre Jean-Pierre Vignau, ce jeudi 27 avril 2023.

 

 

 

 

 

 

Catégories
self-défense/ Arts Martiaux

Le Maitre Anarchiste Itsuo Tsuda au Dojo Tenshin avec Manon Soavi ce mardi 8 novembre 2022

Paris, 13ème arrondissement. Octobre ou novembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

Le Maître Anarchiste Itsuo Tsuda au Dojo Tenshin avec Manon Soavi ce mardi 8 novembre 2022.

 

Nous grouillons de rêves et d’envies. Rassurés par ces décors que nous connaissons, et qui nous décorent aussi, comme par ce mode de vie que nous sommes encore nombreux à avoir pu conserver, nous continuons, souvent, comme « avant ».

 

Même si nous savons tout ce qui se raconte et perce au travers de certains événements :

 

L’évaporation des possibilités fossiles- et autres- de notre environnement.

 

Nous ne parvenons pas à nous empêcher de répéter les mêmes erreurs car c’est ainsi que nous avons appris à persister. Nous sommes habitués, aussi, à ce que les malheurs se forment un peu partout autour de nous. L’Histoire de l’Humanité est faite de cette capacité à continuer.

 

Et, puis, aussi, nous sommes munis de nos plus grandes espérances. Dont celle d’être épargné.

 

Quelques fois, ou peut-être souvent, je me donne la leçon avec ce genre de pensée. Je «regarde » celles et ceux qui ont agi tout à fait différemment de moi lorsqu’ils se sont engagés tel, en ce moment, un Frantz Fanon. Je sais que ma vie n’est pas la leur. Pourtant, je ne peux m’empêcher de me dire certaines fois que, comparativement à ces personnes, je manque d’audace et de courage.

 

Résigné, dominé, apeuré, angoissé, trop raisonnable, trop prudent ou trop réaliste, je sais qu’une de ces caractéristiques ou toutes me désignent à un moment ou à un autre. Alors que nous vivons beaucoup de moments, seul ou à plusieurs, dans une seule journée. Peu m’importe, lors de ces instants de défaillance, ce que d’autres peuvent distinguer ou ont pu distinguer de moi de plutôt flatteur ou favorable. Car, alors, ma conscience m’appelle et me tranche avec mes/ses exigences.

 

Fort heureusement, il existe des solutions de repli, des opérations de sursis.

Un mot (« sursis») qui rime bien avec celui de la survie. Ainsi qu’avec la catharsis.

To Think out of the box

 

« To think out of the box » : On pourrait traduire cette phrase par « Sortir des sentiers battus». Mais, dit comme ça, c’est plat. Peut-être du fait de la plus grande variation des accents toniques dans la langue anglaise. Plutôt que “Sortir des sentiers battus”, je préférerais l’expression “Sortir des barreaux”. Des barreaux intérieurs. 

 

Ce mardi 8 novembre, j’ai essayé de « Think out of the box ». Pour cela, j’ai été stratégique. La veille, ma cervelle avait fait en sorte que je reste chez moi. Afin de pouvoir passer du temps avec ma fille jusqu’au coucher. Ainsi, le lendemain soir, j’ai pu plus facilement sortir de mes remparts pour retourner au Dojo Tenshin où Manon Soavi nous a présenté son premier livre :

 

Le Maître Anarchiste Itsuo Tsuda ( Savoir vivre l’utopie).

A quelques mètres de l’entrée du bâtiment qui sert d’écrin au Dojo Tenshin, ce mardi 8 novembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Déchaussés dès l’entrée, Dans cet espace sauvé du bruit et du réduit, nous sommes un peu plus d’une cinquantaine assis, dont deux ou trois enfants d’à peu près d’une dizaine d’années, ainsi que la veuve de Maitre Noro , sur le tatami du Dojo Tenshin lorsque Manon Soavi commence à nous parler.

Au dojo Tenshin, ce mardi 8 novembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Aujourd’hui, certains termes comme  « être zen », «  le Ki » et d’autres états enseignés par les Arts Martiaux sont des recettes tombées dans l’escarcelle du libéralisme nous dit Manon Soavi. On peut ainsi lire des conseils pour « être zen » ou le devenir dans un magazine féminin comme Biba. A quand des sachets de zen instantanés que l’on pourra bientôt trouver dans des distributeurs à côté de sodas et de pop corn aurait pu ironiser Manon Soavi ?! 

 

Manon Soavi, ce mardi 8 novembre 2022 au Dojo Tenshin. Photo©️Franck.Unimon

 

Ailleurs, nous dit aussi Manon Soavi,  « l’Anarchie » est devenue synonyme de « chaos ».

 

 

Manon Soavi nous explique que l’expérience concrète de ces termes et de ces pratiques est très éloignée de ce qui en est présenté régulièrement sur la place publique et publicitaire. Ce faisant, elle nous rappelle d’une certaine façon la différence qui existe entre un pratiquant et un consommateur.

 

L’un et l’autre se font des destins très différents après une rencontre.

 

 

En quittant le Dojo Tenshin plus tard ce mardi soir, je serai particulièrement « content », en reprenant le métro, de tomber sur cette publicité que j’avais préalablement repérée et rencontrée. Présente depuis quelques jours dans notre environnement, le message de cette publicité qui se veut sûrement antiraciste et moderne car une femme noire y figure est au moins une incitation à la dépendance, ainsi qu’un rappel que la femme ( se) doit d’être une mère disponible pour ses enfants.

Paris, ce mardi 8 novembre 2022, dans le métro. Photo©️Franck.Unimon

Cette pub qui se veut « cool » et qui est facilement visible et accessible contrefait complètement certaines finalités du Zen. Mais elle convaincra sûrement certaines personnes.

 

Les personnes crédules qui prendront le contenu de cette publicité au pied de la lettre feront une autre expérience du Zen que celle vécue par Régis Soavi, le père de Manon Soavi, lorsque celui-ci, pratiquant d’Arts Martiaux depuis des années, avait rencontré Itsuo Tsuda, le Japonais « né en Corée », dans les années 70.

 

Itsuo Tsuda, en pleine séance.

 

Cette rencontre, nous dit Manon Soavi avant hier soir, a tout changé pour Régis Soavi. Mais, cela peut sans doute se comprendre au moins pour deux raisons :

 

Régis Soavi, un homme déja en rupture, a rencontré en Itsuo Tsuda un autre homme en rupture qui, comme lui, voire plus que lui, était allé encore plus loin dans la rupture avec ce qu’il refusait du monde ou de la société. En 1970, à l’âge de 56 ans, Itsuo Tsuda avait ainsi rompu avec son emploi de salarié pour se lancer davantage dans l’aventure du Ki, du Katsugen Undo (ou mouvement régénérateur) comme de leur enseignement.

 

Une rupture favorable à la vie et à l’être humain.

 

 

Dans cette attitude ou cette posture de rupture, nous sommes donc à l’opposé de celle du consommateur ou du citoyen qui obéit, se laisse berner, affaiblir, diluer ou soumet son corps, son travail, sa vie, son entourage et son salaire à des décisions qui peuvent être prises sans  lui en échange d’une sécurité et d’une préservation supposées qui lui seraient alors, de fait, garanties. Même lorsque ce qui est ou sera exigé de lui est contraire à ses valeurs.

 

Nous vivons dans un monde qui nous pousse à la dissociation. Un monde qui nous apprend régulièrement à adorer et à préférer la peur.

 

D’un côté, il nous est dit que nous sommes libres, égaux et responsables et plein de possibilités. D’un autre côté, nous vivons dans des sentiments d’impasse et d’impuissance qui contredisent ces messages.

 

Itsuo Tsuda, lui, a très tôt refusé ce mode de vie. En rupture à l’âge de seize ans avec son père, riche entrepreneur, comme avec les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale portées par les Japonais en Corée, il est parti vivre en France une première fois dans les années 30, en plein Front populaire.

 

Manon Soavi, au Dojo Tenshin, ce mardi 8 novembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Ce mardi 8 novembre 2022, au Dojo Tenshin, devant nous, Manon Soavi continue de dérouler devant nous une partie de l’histoire d’Itsuo Tsuda comme celle des quelques rencontres qu’il y a faites et qui ont changé sa vie en France ou ailleurs. Tel Marcel Mauss…

 

Plus tard, Itsuo Tsuda rencontrera Ueshiba sensei et deviendra un de ses élèves étudiant l’Aikido avec celui-ci jusqu’à sa mort en 1969. Itsuo Tsuda apprendra aussi le Seitai et le Katsugen Undo ( ou mouvement régénérateur) avec Maitre Noguchi mais aussi le Nô avec Maitre Hosada.

 

 

Dix années durant, par la suite, Régis Soavi deviendra un des élèves de Maitre Itsuo Tsuda. Maitre faisant partie des Kage Shihan ( Maitres de l’ombre) selon Maitre Henri Plée. Manon Soavi mentionne cette affirmation de Maitre Henri Plée dans son livre que j’ai feuilleté ce mardi soir avant de l’acheter.

 

On peut être l’élève d’un Maitre d’Arts Martiaux ou de toute autre discipline ou rester celui de réclames publicitaires permanentes et renouvelées.

 

Certaines de nos relations et rencontres peuvent être des réclames publicitaires permanentes et renouvelées.

 

Mais, viendra peut-être le moment, un jour, où l’on deviendra un Maitre soi-même dans un domaine quelconque qu’il s’agisse de celui de l’illusion ou de l’éducation.  

 

Une éducation hors système

Manon Soavi, au Dojo Tenshin, ce mardi 8 novembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Avant l’édition de ce livre, Manon Soavi a débuté l’Aïkido à l’âge de six (elle en a désormais quarante) avec son père et fait l’apprentissage d’autres Arts martiaux. Elle a connu une éducation hors du système scolaire, une carrière de concertiste de piano pendant dix ans. Le Dojo Tenshin, d’ailleurs, accueille régulièrement des enfants éduqués en dehors du système scolaire ( Un sujet qui m’interpelle et dont je n’ai pas encore pris le temps de discuter avec Régis et Manon Soavi).

C’est peut-être pour cela qu’il y a sans doute une continuité dans le fait que ce soit quelqu’un comme elle qui, un jour, se soit décidée à écrire sur Itsuo Tsuda.

Au début, l’intention de Manon Soavi était d’écrire un article sur Itsuo Tsuda. L’article est devenu un livre.

Au Dojo Tenshin, ce mardi 8 novembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Lorsque ce mardi, j’ai demandé à Manon Soavi combien de temps lui avait été nécessaire pour écrire ce livre, elle m’a répondu :

 

“Il  y a deux réponses”.

 

Un an et demi pour la rédaction. Rédaction facilitée par le confinement dû à la pandémie du Covid.

Et plus de trente ans si l’on considère le fait que, dès sa naissance, elle a baigné dans les enseignements d’Itsuo Tsuda qui ont marqué le temps et l’existence de son père et de sa mère.

 

Manon Soavi avait deux ans lorsque Itsuo Tsuda est mort en 1984. Il l’a prise dans ses bras mais elle ne s’en souvient pas. Elle connaît de lui ce que « la légende familiale » lui a raconté m’a t’elle précisé en souriant. Le reste, elle est allée le chercher et l’a en partie trouvé. Car Itsuo Tsuda n’a pas tout dit.

 

Celles et ceux qui comptent nous disent rarement tout. C’est souvent à nous de raconter ce qui reste. 

 

L’Anarchie

 

Sur le tatami, ce mardi, Manon Soavi nous dit qu’il y a de la provocation dans le titre de son livre car les termes « Maitre » et « Anarchiste » ne collent pas ensemble. L’anarchie vise à échapper à toutes formes de domination autant comme personne dominée que comme personne dominatrice. Elle nous parle des conséquences du patriarcat. De la nécessité de l’ « empowerment ». Plus tard, après sa parole, j’ai vu que, dans son livre, elle cite des extraits d’ouvrages de Mona Chollet, une auteure féministe ( J’ai lu Réinventer l’Amour de Mona Chollet ). D’ailleurs, du 27 septembre au 16 novembre de cette année, une de ses œuvres, Sorcières, a été lue sur scène.

 

Une commémoration

 

Après sa présentation, Manon Soavi répondra qu’au Japon, Itsuo Tsuda, est un inconnu. Très en rupture avec les instances officielles du Japon, cette indépendance lui a aussi valu l’anonymat dans son pays. Malgré ce qu’il a pu connaître et accomplir de son vivant tant en termes de pratiques, d’enseignement que de parutions.

 

Au Dojo Tenshin, ce mardi 8 novembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Itsuo Tsuda a écrit une dizaine de livres en Français. Son premier livre, Le Non-Faire ,  est paru en 1973.

 

Inconnu ou ignoré au Japon, Manon Soavi nous a parlé, aussi, de son initiative, en 2013, d’organiser à Paris une commémoration pour les cent ans de la naissance d’Itsuo Tsuda (né en 1914).

 

Elle avait alors réussi à contacter des anciens élèves d’Itsuo Tsuda. Et, très vite, ceux-ci lui avaient assuré qu’ils seraient présents. Alors que près de trente années étaient passées depuis le décès de « l’inconnu » Itsuo Tsuda. Cette réaction spontanée de plusieurs de ses anciens élèves, puis leurs témoignages ensuite, ont attesté de l’importance qu’il avait pu avoir pour eux.

 

 

Je me demande maintenant quelle réclame publicitaire -ou quel article que j’ai pu acheter- il y a trente ans a pu avoir sur moi, le même effet. Pourtant, en trente ans, j’ai vu,  « connu » et « aimé » un certain nombre de réclames publicitaires et d’articles que j’ai pu acheter dans un de nos innombrables temples de la consommation.

 

Toujours dans ces préparatifs afin de commémorer Itsuo Tsuda, un ou une de ses  ancien(ne)s élèves a donné à Manon Soavi le numéro de téléphone d’une ancienne élève  :

 

Madeleine D. Laquelle, durant une année hébergea Itsuo Tsuda et sa femme chez elle et son mari, en région parisienne. Car Itsuo Tsuda fut pendant une année en situation irrégulière d’un point de vue administratif. Et, il avait alors obligation de quitter le territoire de la France.

En hébergeant Itsuo Tsuda et sa femme, cette ancienne élève et son mari, furent aussi des personnes de « rupture ». Et, à travers eux, on pense évidemment à des résistants ou à tout individu, qui, lors d’une guerre ou d’un péril imminent, a protégé et cache chez lui des personnes vulnérables ou grandement exposées aux travers de certaines Lois.

 

En « donnant » à Manon Soavi une des calligraphies d’Itsuo Tsuda en lui disant « Continuez », cette ancienne élève (Madeleine D.) a perpétué le travail de transmission du Katsugen Undō. 

Au Dojo Tenshin, ce mardi 8 novembre 2022. Prochain stage de Katsugen Undo du 9 au 11 décembre 2022.

 

 

L’édition d’un livre

 

 

Si Itsuo Tsuda a écrit à peu près une dizaine de livres (tous écrits en Français), Manon Soavi voit dans la parution de son propre livre Le Maitre Anarchiste Itsuo Tsuda, une transposition du Non-Faire professé par celui-ci.

 

Au Dojo Tenshin, ce mardi 8 novembre 2022. Livres de Itsuo Tsuda.

 

 

Une année durant, elle avait sollicité des maisons d’édition sans suite. Puis, finalement, un nouveau membre du Dojo a parlé de ce projet à un éditeur avec lequel il faisait zazen.

 

Et, c’est finalement l’éditeur, intéressé, qui a relancé Manon Soavi. La suite de cette histoire s’est probablement enclenchée ce mardi depuis le dojo Tenshin.

J’avais pratiquement fini d’écrire cet article deux jours après cette soirée au Dojo Tenshin. Puis, un défaut de connexion à internet m’a empêché de le publier avant aujourd’hui. Entretemps, ce lundi ( il y a trois jours) à une projection de presse, je suis allé voir le prochain film de Davy Chou qui se déroule en Corée du sud :  Retour à Séoul. Retour à Séoul  sortira au cinéma le 25 janvier 2023. Itsuo Tsuda, Japonais, était né en Corée. C’est cette coïncidence qui m’interpelle maintenant alors que j’ai déjà écrit mon article sur ce film ( Retour à Séoul un film de Davy Chou au cinéma le 25 janvier 2023). Une coïncidence que j’avais oubliée en allant voir le film ce lundi.  

 

 

Franck Unimon, ce jeudi 17 novembre 2022.

 

 

Catégories
self-défense/ Arts Martiaux

Hino Akira Sensei au Cercle Tissier ce samedi 3 septembre 2022

 

Hino Akira Sensei, au Cercle Tissier, ce samedi 3 septembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

Hino Akira Sensei au Cercle Tissier, ce samedi 3 septembre 2022.

 

Cette après-midi, je suis allé participer au stage animé par Hino Akira Sensei au Cercle Tissier. Au 108, rue de Fontenay, à Vincennes, à côté d’un restaurant. J’avais entendu parler de ce stage « par » Léo Tamaki sur les réseaux sociaux ou en lisant son interview ( par Léo Tamaki lui-même) dans le magazine Yashima de ce mois de juillet.

 

Devant l’entrée du Cercle Tissier, ce samedi 3 septembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Le stage avait débuté ce matin. Pour se terminer demain soir.

 

Comme je n’étais pas certain de pouvoir me faire aux enseignements du Sensei, je me suis inscrit à une seule séance avec lui :

 C’était de l’Aïkido mais ce n’était pas de l’Aïkido. Normal, puisqu’il s’agit de sa méthode, le Hino Budo. Une méthode très simple et, pourtant, souvent, on pouvait se tromper en tentant de la réaliser.

Hino Akira Sensei face à Léo Tamaki, au Cercle Tissier, ce samedi 3 septembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Je me suis décidé à participer car je suis attiré par les Arts Martiaux ( Arts Martiaux : un article inspiré par Maitre Jean-Pierre Vignau ; Les Maîtres de l’Aïkido ; Marcher jusqu’à un Maitre de Kung Fu Wing Chun traditionnel ).

 

Parce-que Hino Akira Sensei vit au Japon.

 

Récemment, une collègue m’a demandé ce que je ferais lorsque je serais à la retraite. Parmi mes projets, il y avait l’écriture, la pratique de l’apnée, ma fille, les voyages et les Arts Martiaux.

 

Les Arts Martiaux sont un voyage en eux-mêmes. Je ne comprends pas qu’autant de personnes autour de moi puissent l’ignorer.

 

Dernièrement, aussi, une connaissance m’a informé qu’elle n’était pas du tout intéressée par les Arts Martiaux. J’ai d’abord reçu cette information avec résignation comme un uppercut. Puis, j’ai réfléchi et je me suis dit qu’il faudrait, lorsque j’en aurais la possibilité désormais de demander à ces personnes peu ou pas intéressées par les Arts Martiaux ce qui les rebute autant dedans.

 

Même si j’ai déja une partie de ma réponse. Les Arts Martiaux sont aujourd’hui délaissés au profit de sports tels que le Crossfit ou le fitness car l’expérience de la guerre appartient au passé. La guerre en Ukraine, c’est encore trop loin même si l’on en subit les conséquences. Et puis, nous avons déjà « vu » des guerres avoir lieu ailleurs. Un peu comme les éruptions de ces volcans dont les effets les plus directs se maintiennent dans l’enclos de ces pays que l’on regarde.

 

Par ailleurs, nous sommes pratiquement tous des citadins. Bien plus qu’il y a un demi siècle. Lorsque l’on habite depuis des années dans une ville, dans un pays riche et officiellement démocratique, on se fait à l’idée que l’ordre et la paix y sont abrités et garantis pour toujours. Et qu’en cas de danger, on bénéficiera d’alertes, d’aides, d’une justice et de protections efficaces.

Le MMA, le Krav Maga et la Self-Défense sont bien des disciplines qui prennent de l’essor mais elles comptent quand même plus de spectateurs que de pratiquants. Et, sans aucun doute qu’une partie de leurs pratiquants est passée au préalable par le tamis d’un ou de plusieurs Arts martiaux ou sports de combats.

 

 

D’ailleurs, Hino Akira Sensei, avant de devenir Maitre, comme tous les Maitres, j’ai fini par le savoir, est passé par l’apprentissage de plusieurs Arts Martiaux : Karaté, Aikido, Iaido…..

 

(re)venir au Cercle Tissier ce samedi après-midi, c’est déjà en soi se rapprocher d’une Histoire et d’un avenir. Et, aujourd’hui, cela l’a été davantage avec la présence de Hino Akira Sensei, 74 ans.

 

 

Hino Akira Sensei avec Léo Tamaki, au Cercle Tissier, ce samedi 3 septembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

La Présence

 

Pour nous qui sommes habitués à des vies souvent stéréotypées, prendre connaissance et développer notre présence est toute une démarche. Pour cela, il faut aller à la rencontre de certaines personnes et de certaines expériences possibles en certains lieux. Cette après-midi, nous étions environ une soixantaine de personnes, peut-être un peu plus, sur le tatamis. A venir de Moselle, de Perpignan, de Lorraine, de Lyon, de Reims ou d’ailleurs. Je suis venu d’Argenteuil. ( Argenteuil, une ville de banlieue parisienne qui reste à affranchir).

 

J’ai croisé des élèves de Maitre Léo Tamaki qui participent à ses cours au dojo 5 à Paris ( Dojo 5). J’ai aussi croisé des pratiquants de combat russe, de karaté shotokan, de Tai Jitsu, d’Aïkido….

Il y avait plus d’hommes que de femmes. En moyenne d’âge, j’opterais pour 40-45 ans.

 

Une fois sur place, il s’agit d’essayer d’assimiler ce que le Maitre nous enseigne. Le Maitre s’exprime en Japonais et, régulièrement, Léo Tamaki, traduit.

 

De gauche à droite, Hino Akira Sensei, Léo Tamaki, Laurent Sikirdji au Cercle Tissier, ce samedi 3 septembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Le terme « Maitre » dérange peut-être celles et ceux qui ne pratiquent pas du tout les Arts Martiaux. Et, ils voient peut-être ce terme comme l’équivalent de la soumission à un prêtre, à un rabbin ou à un imam. La “couverture” laïque de la France explique peut-être aussi cette forme de rejet pour les Arts Martiaux. Car je me rappelle maintenant la ferveur religieuse et spirituelle de Maitre Ueshiba. Ou de Maitre Shioda.

Et, il est vrai que les Arts Martiaux ont aussi à voir avec une aspiration et une dimension au moins spirituelle, philosophique voire, parfois, mystique.

 

Hino Akira Sensei et Léo Tamaki, au Cercle Tissier, à Vincennes, ce samedi 3 septembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Mais être présent, sur le tatamis, c’est être vivant, plus que soumis, lorsque l’on pratique. C’est oublier, abandonner, cette femme ou cet homme stéréotypé que l’on s’est attribué comme identité.  

 

Ce n’est pas facile.

Hino Akira Sensei face à Léo Tamaki, au Cercle Tissier, ce samedi 3 septembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Il faut répéter plusieurs fois pour se libérer de nos propres conduites. Des conduites plus ou moins serviles qui nous ont servi et qui nous servent en société mais qui nous séparent de nous mêmes, aussi. Nous faisons régulièrement trop d’efforts lorsque cela n’est pas nécessaire. Nous respirons aussi assez mal et nous nous épuisons pour des tâches qui n’en valent pas vraiment la peine. Et lorsque nous avons véritablement besoin du meilleur de nos forces tant morales que physiques, nous sommes absents ou parvenons difficilement à surmonter certains obstacles pourtant à notre portée.

 

C’est sans doute ça qui m’attire dans les Arts Martiaux, la recherche de la justice et de l’économie au travers du geste et du souffle juste. Et, Hino Akira Senseï, ainsi que celles et ceux qui l’entourent ce samedi après-midi, est une des portes possibles vers cela.

 

Hormis Léo Tamaki, croisé deux ou trois fois, et avec qui j’ai pu correspondre, je ne connaissais personne à ce stage. Les Arts Martiaux me semblent aussi un bon moyen de rencontrer d’autres personnes. Ce samedi après-midi, j’ai eu la chance de pouvoir pratiquer avec des personnes différentes. Laurent Sikirdji a fait partie de ces personnes “différentes”. J’ai aimé travailler avec lui et d’autant plus tenu à le prendre en photo qu’il est en quelque sorte le photographe de l’événement. Et que, souvent, les photographes, sont celles et ceux qui nous assurent de bons souvenirs de notre image alors que leur propre visage reste invisible. 

Laurent Sikirdji au Cercle Tissier, ce samedi 3 septembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Mais j’ai aussi eu la chance de me faire corriger une fois par Hino Akira Sensei. Ce moment de correction est resté pour moi intimidant. D’un côté, j’ai été content que le Maitre prenne un peu de temps pour moi. D’un autre côté, j’ai craint de lui faire perdre son temps et ne suis pas certain d’avoir « réussi » même après qu’il ait acquiescé.

 

 

Hino Akira Sensei, au Cercle Tissier, ce samedi 3 septembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Apprendre à se relâcher, à s’enlever de la force, à sentir que s’assembler à l’autre sans à coups permet de le renverser ou de le « déstructurer » a été une découverte plaisante, pas toujours évidente.

 

A la fin du cours, Hino Akira Sensei a demandé si nous avions des questions. Quelqu’un a demandé si faire de la musculation en parallèle pouvait aider. Sensei a répondu qu’il pouvait faire comme il le souhaitait.

 

Après le salut, Hino Akira Sensei s’est prêté au moment des photos et des dédicaces. J’ai vu fleurir les passeports de pratiquants. Ainsi que quelques exemplaires de livres écrits par Sensei tel que Don’t Think, Listen to the bodydont un stagiaire, pratiquant de karaté shotokan, m’a dit le plus grand bien.

 

Avec Hino Akira Sensei, au Cercle Tissier, ce samedi 3 septembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Après m’être douché, et être sorti du Cercle Tissier, lorsque je retrouve la ville de Vincennes, animée, agréable, en cette journée du forum des associations qui se termine, j’ai l’impression de revenir d’un autre monde. D’une autre dimension.

 

 

Une fois rentré chez moi, dès que j’ai pu, j’ai pris le petit parapluie de ma fille. Puis, j’ai essayé de lui apprendre le peu que j’avais appris.

 

Franck Unimon, ce dimanche 4 septembre 2022.

 

 

 

 

 

 

Catégories
self-défense/ Arts Martiaux

Marcher jusqu’à un Maitre de Kung Fu Wing Chun traditionnel

Montreuil, ce samedi 30 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

Marcher jusqu’à un Maitre de Kung Fu Wing Chun traditionnel

 

Me faire marcher

 

Cela doit faire deux semaines que je n’ai pratiqué le karaté avec Maitre Jean-Pierre Vignau. Le dojo est fermé. Jean-Pierre est actuellement à Agde où il dirige son stage de karaté estival jusqu’au début du mois d’aout. Et, ma dernière séance avec mon club d’apnée doit dater de bientôt un mois. 

A partir de 14h 15, ce samedi, j’ai  commencé à marcher depuis la gare du RER A de Vincennes. Il faisait trente degrés ou plus.

Cela a finalement duré plus que les dix minutes prévues. Parti de chez moi, à Argenteuil, un peu avant 13h30, sans déjeuner, j’ai fini par trouver l’endroit aux alentours de 15 heures. Je suis passé par la Croix de Chaveaux, la rue de Paris, devant la station de métro Robespierre de la ligne 9.

 

A Vincennes, les gens interrogés, bien que désireux de m’aider, ne savaient pas où se trouvait la rue Robespierre, à Montreuil.

 

Je me suis sûrement trompé d’itinéraire. Comme cela arrive souvent lors des « premières fois ».

 

Il y avait plus simple, plus facile et plus court pour arriver au 71, rue Robespierre. Le nom de cette rue me disait quelque chose. J’y étais sans doute déjà allé mais je n’arrivais pas à me rappeler les circonstances.

 

 

Mais je ne regrette pas toute cette marche.

 

 

Montreuil, ce samedi 30 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Je regrette plutôt de ne pas avoir fait plus tôt, et plus souvent, ce genre de démarche.

 

Je regrette de m’être trop souvent, trop facilement, contenté d’entrer dans des magasins. Il y en a tellement. Tout le temps. Et toujours. Et quand il n’y en n’a pas assez, on s’ennuie et on va là où il y en a plein à aller voir.

 

Je regrette d’avoir fait le même genre de rencontres : D’avoir joué plusieurs fois le même rôle devant des publics différents. Et semblables. De m’être rendu à des endroits ou à des soirées parce que cela se faisait d’y être. Et pour y être d’une façon qui, finalement, maintient la soif et le manque plus qu’elle ne l’apaise.

 

 

Je suis très dur avec moi-même ? Oui, en ce sens que j’ai vécu et vis aussi des moments très agréables. Non, lorsque je commence à entrevoir cette importance que j’ai pu donner et peux donner à certaines expériences.

 

Non, si je considère la façon dont peuvent être regardés les Arts Martiaux aujourd’hui.

 

Je suis désolé devant cette désaffection connue, en nombre de pratiquants, par les Arts Martiaux. Les chiffres de la baisse du nombre de pratiquants d’Arts Martiaux sont évoqués de temps à autre dans certains média spécialisés…dans les Arts Martiaux. Ce sujet ne sera pas évoqué au journal de 20 heures. Et encore moins sur Cnews ou dans des média-potins du type Gala, Closers ou Paris-Match.

 

Ce que « veulent » ces média, et, officiellement, la majorité d’entre nous, c’est du buzz et du spectacle. Du rapide. De l’anti-rides.

 

 Ce qui est efficace. Ce qui, en deux ou trois mouvements,  change tout de manière définitive. Et parfaite.

 

Problème : la perfection et la plénitude ne s’obtiennent pas exactement en deux-trois coups de reins ou de bistouris. Tous les niqueurs de la Terre, toutes les niqueuses de la Terre, quel que soit leur domaine d’expertise, et tous les adeptes de la chirurgie esthétique physique et mentale le savent.

 

L’effet obtenu ne dure pas.

 

Le sentiment de victoire totale et absolue reste provisoire. Il faut donc ravaler et recommencer  à un moment ou à un autre.

 

Soit parce-que l’on finit par s’apercevoir qu’il nous manque quelque chose. Ou parce-que quelqu’un arrive à faire ou à obtenir « mieux » ou plus que nous et, d’une certaine façon, menace notre « réussite ».

 

Réflexions d’un déprimé

 

 

Ce sont des remarques de déprimé. Et, j’étais déprimé hier après-midi. Mais j’étais normalement déprimé. Je savais – et sais- largement encore faire la différence entre le trépas et des vacances estivales. Et j’étais, et suis, encore en vacances pour à peu près une dizaine de jours.

 

Malgré le soleil et les sourires, la déprime ne se lit pas sur les visages ni dans le bronzage. Actuellement, il se trouve quantité de personnes en vacances qui s’exposent au soleil. Parmi elles se trouvent un certain nombre de personnes déprimées. Elles ont beau être tranquillement allongées sur le sable, reproduire une certaine quantité de coïts réguliers, ou rire à peu près tous les jours, la rentrée ne sera pas des plus faciles pour elles.

 

Et elles le savent.

 

Ce sont celles et ceux qui les entourent -et croient les connaître- qui le savent moins.

 

 

Je connaissais en effet la rue Robespierre, à Montreuil. Nous nous étions arrêtés dans cette rue, il y a un an ou deux, ou peut-être plus, ma compagne, ma fille et moi, en voiture. Pour aller faire des courses dans le magasin bio Les Nouveaux Robinsons. J’ai encore oublié d’où nous revenions.

 

A une centaine de mètres, environ, ou peut-être moins, de ce magasin bio, il y a cette académie de Kung Fu Wing Chun présente là depuis plusieurs années, ouverte et dirigée par Sifu Didier Beddar.

 

En 1993, Didier Beddar avait ouvert une première salle d’Arts Martiaux dans le 20ème arrondissement de Paris.

 

 

Je suis désolé que les gens, dans une grande majorité, se détournent des Arts Martiaux ou ne les voient que comme une activité folklorique fanée parce-que les Arts Martiaux aident à vivre. Et pour s’aider à vivre, il est devenu courant d’aller vers la facilité :

 

Il existe bien plus de pharmacies ayant pignon sur rue que de salles d’Arts martiaux  ou de dojos ouverts. Certains médicaments dispensés dans les pharmacies sont indispensables. D’autres, moins.

 

Mais on a beaucoup plus facilement accès à un médicament « délivré » sur ordonnance ou sans ordonnance qu’il suffit de se mettre dans la bouche tel un hostie qu’à une séance avec un Maitre d’Arts Martiaux.

 

Peut-être qu’hier, à ma place, au lieu de se rendre à l’académie de Kung Fu Wing Chun de Didier Beddar, que d’autres personnes se seraient contentées d’un comprimé de lexomil ou de lysanxia. Ou, pourquoi, pas de Prozac ? Ou de cannabis. Ou d’un peu de Vodka. Ou d’une partie de fesses avec la première personne disponible et volontaire.

Montreuil, samedi 30 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

On peut aller danser, aussi. Mais pour danser, il faut souvent attendre la nuit. Et on y va généralement avec un groupe d’amis ou de connaissances. Des années que cela n’est plus arrivé. Cela nous est passé sans même y penser. Et sans que cela ne nous manque non plus. 

Mais je n’exclue pas d’y retourner. J’écoute toujours de la musique. Du Konpa des années 70, c’est vrai. Mais aussi Hollie Cook ( Looking for real love) et aussi, dernièrement, Dua Lipa :

Hallucinate

Peut-être qu’hier, à ma place, d’autres personnes seraient parties faire du « shopping » pour se changer les idées. En journée, c’est possible. 

J’ai fait du « shopping » pendant des années. Depuis quelques mois, je m’aperçois que je me comporte différemment avec cet échappatoire. Mais aussi dans les magasins où je rentre.

 

Hier, sur le trajet pour aller à l’Académie de Didier Beddar, en sortant de la gare St Lazare, je suis tombé sur un nouveau magasin Doc Martens, dans la rue du Havre. Je « connais » cette rue. J’aime assez cette marque de chaussures. Ce magasin n’était pas là auparavant. Il avait ouvert la veille.

 

J’y suis entré. J’ai fait un tour pour voir. En ayant l’impression d’être un peu comme l’enfant assez facilement détourné de son intention de départ.

 

A l’intérieur du magasin, se trouvaient de jeunes vendeurs souriants, accueillants et très appliqués assurant la relève de toutes ces vendeuses et de tous ces vendeurs que nous avons rencontrés depuis l’enfance.

 

Ces vendeurs devaient avoir tour juste une vingtaine d’années. Pour eux, c’était sans aucun doute un poste à très haute responsabilité. Et c’est une très haute responsabilité.

 

Car c’est du travail que de savoir recevoir des clients différents, de tous les âges, de toutes les catégories sociales, directement, dans une grande ville comme Paris. Dans une rue aussi passante et commerçante.

 

Il s’agit de réussir.

 

De donner satisfaction à son employeur.  De parvenir à bien s’entendre avec ses collègues. De rester souriant et accueillant malgré les contrariétés diverses que l’on peut vivre personnellement.

Car on est une vitrine. Une image. On représente le magasin. La marque. Et on ne doit, en aucun cas, être un préjudice ou une menace, pour le magasin et la marque.

 

Il ne faut pas (se) rater.

Montreuil, près de l’Académie de Didier Beddar, ce samedi 30 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Esprit martial

 

 

J’étais dans l’Académie depuis moins de deux minutes. J’avais un peu discuté avec une dame qui assistait à la séance et qui venait de me dire que l’un des pratiquants, là, dont je voyais le dos, faisait partie des enseignants. Lorsqu’un autre enseignant est venu me voir. J’avais à peine commencé à lui parler que, du fond de la salle, alors qu’il s’entraînait avec quelqu’un, Sifu Didier Beddar m’a vu. J’ai vu qu’il m’avait vu. Le même regard, à travers la salle, malgré tous les pratiquants (une bonne quarantaine) qui occupaient l’espace que Maitre Léo Tamaki lorsque, sans le prévenir, j’étais venu assister à un de ses stages l’été dernier.

 

Le Maitre pratique ou enseigne à l’intérieur du dojo mais reste ouvert à ce qui arrive de l’extérieur. Ce n’est pas le résultat d’une angoisse particulière. Plutôt une forme d’hyper-vigilance et d’éveil ou d’attention à laquelle on peut parvenir lorsque l’on a suffisamment assimilé ce que l’on pratique. Le guitariste qui connaît sa gratte, lorsqu’il est rôdé, peut jouer, juste et bien, ou improviser, tout en voyant ce qui se passe dans la salle. Tout en discutant. Et si un de ses acolytes sur scène, à un moment ou à un autre, amène une variation, il va l’entendre et jouer en fonction de cette variation. S’il s’est suffisamment accordé avec ses acolytes. S’il est suffisamment maitre de ses doigts et de sa guitare.

 

Les Maitres d’Arts martiaux, mais aussi les enseignants et les professeurs de sports de combats, rappellent souvent qu’une arme blanche est une extension du corps.

 

Le dojo, aussi, est une extension du corps – et de l’esprit- du Maitre.

 

Un Maitre prend possession de l’espace dans lequel il enseigne ou pratique. Comme nous pouvons prendre possession de notre maison. Il est donc normal que Didier Beddar m’ait aperçu très vite après mon arrivée dans son académie. Même si cela m’a de nouveau surpris comme j’avais pu être surpris que Léo Tamaki m’ait vu arriver, alors que j’étais encore dans la cour intérieure précédant l’entrée du dojo. ( Dojo 5 ). 

 

Mais il est vrai que Léo Tamaki avait une vue directe, depuis là où il se trouvait, sur cette cour intérieure. Ce qui a peut-être aussi contribué aux choix de Léo Tamaki pour ce dojo…..

 

Maitre Jean-Pierre Vignau, avec lequel j’ai débuté le karaté cette année, lorsque j’entre dans le dojo, est souvent posté à un endroit stratégique depuis lequel, par un jeu de miroirs, il voit qui entre avant d’être vu lui-même. ( Le Dojo de Jean-Pierre Vignau). 

 

Ce n’est pas de la parano. Même si Maitre Jean-Pierre Vignau a pu me dire :

 

« Je suis parano ».

 

Pour moi, cet état d’esprit est de l’esprit martial. C’est être attentif à son environnement. Voire, à l’état ou aux intentions de celle ou de celui qui s’amène.

 

Je continue de penser qu’un Maitre ou une Maitresse d’Arts martiaux, lorsqu’il nous voit arriver la première fois. Lorsqu’il nous voit nous déplacer. Respirer. Lorsqu’il nous entend nous exprimer. Qu’il « sait », en grande partie, à qui elle ou il a affaire.

 

Qu’elle sait ou qu’il sait presque d’où nous venons. Qui nous sommes. La Maitresse ou le Maitre ne devine pas l’adresse de notre domicile. Ni notre date de naissance. Ni le prénom et le nom de notre premier Amour. Car, dans ce cas, ce serait de la voyance. Mais je crois que la Maitresse ou le Maitre a une idée, plutôt juste, de notre vécu. De notre personnalité. De nos intentions. En tant qu’être humain. En tant que pratiquant martial.

 

Nous aussi, les gens lambdas, nous « faisons » ça avec nos contemporains. En fait, nous les gens lambdas, nous essayons de faire ça lorsque nous rencontrons quelqu’un dans notre vie.

 

Mais la grande différence entre les Maitres et les gens lambdas, c’est que, le plus souvent, les Maitres et les Maitresses, eux, ne se trompent pas. Ou beaucoup moins que la majorité d’entre nous. Il suffit de peu de temps, de peu de situations où elles et ils nous voient à l’œuvre, pour que les Maitresses et les Maitres « sachent » où nous en sommes dans notre évolution personnelle.

 

 C’est ce que je crois encore pour l’instant.

Montreuil, ce samedi 30 juillet 2022 dans la rue Robespierre. Photo©️Franck.Unimon

 

Assister au stage de Kung Fu Wing Chun : Pa ni Problèm

 

«  Pa ni Problèm » m’a rapidement répondu Didier Beddar après lui avoir demandé à pouvoir assister au stage. Et, lui de m’indiquer un banc qui se trouvait à peine un mètre derrière moi.

 

J’ai pensé participer à ce cours qui est en fait un stage de quatre jours proposé et dirigé par Didier Beddar et plusieurs de ses élèves devenus ses assistants de 11h à 17h30.

Mais je n’ai pas les sous même si 65 euros pour une journée de stage est un tarif abordable.

 

Cet été, la priorité a été donnée aux vacances de ma fille en Guadeloupe chez mes parents avec ma sœur, mon beau-frère et ses enfants. Il m’en coûtera plus de 1200 euros. De quoi faire plusieurs stages de Kung Fu Wing Chun. De quoi largement payer une année de cours à l’académie de Kung Fu de Didier Beddar (700 ou 800 euros, licence incluse selon la formule choisie. Frais auxquels il faut rajouter ceux pour la tenue vestimentaire).

 

Mais je n’ai pas de regret dans le fait d’avoir donné la priorité au séjour de ma fille en Guadeloupe.  

 

Devant moi, à moins de deux mètres, un des enseignants de l’académie s’entraîne avec un stagiaire. Ce sont deux silhouettes antinomiques. Le premier est plus grand d’à peu près dix centimètres, longiligne. Le second est musclé, assez bodybuildé, trapu, a le bras tatoué et transpire beaucoup. Son maillot est mouillé. Dessus, en lisant, on peut deviner qu’il pratique ou a pratiqué l’Arnis, une escrime martiale philippine. A voir son côté déterminé, physique, je devine aussi l’homme qui  a pratiqué d’autres sports de combat ou d’Arts martiaux et qui « aime » ça. Qui « aime » se confronter. Qui est combattant.

 

Une meilleure connaissance et un meilleur usage de son corps

 

 

En face, l’enseignant est une horloge gestuelle. Les divers fuseaux horaires des mouvements de ses bras (les deux hommes travaillent les bras) semblent pouvoir se rejoindre presque indéfiniment. Alors qu’ils font une pause, il explique une spécificité biomécanique de l’avant bras qui permet la réalisation du geste.

 

Les Arts martiaux, bien enseignés, bien maitrisés, ainsi que d’autres disciplines, permettent une meilleure connaissance et un meilleur usage de son corps. Les achats dans un magasin ou sur le net, un comprimé de lexomil ou de lysanxia, un joint ou une bouteille de vodka ne nous apprennent pas ça. Même s’ils peuvent permettre de participer à certains événements festifs et sociaux. 

 

Le pratiquant d’Arnis, puissant, met plus de force. Il rencontre la précision constante de son partenaire qui ne donne pas l’impression de forcer. Mais, plutôt de pédaler. La géométrie de ses mouvements me paraît difficile à exécuter. Cependant, elle pare avec aisance les « attaques » adverses mais aussi les prend de vitesse plusieurs fois. Il y a à la fois de l’hypnose et du derviche tourneur dans ces enchainements de bras.

 

L’hypnose pour le fait d’attirer ou d’aspirer l’agresseur vers soi afin qu’il vienne en quelque sorte « déposer » ses offensives et ses armes dans un espace où leur destructivité s’efface.

 

Le derviche tourneur car cette succession de formes et de forces conjointes  forme une sorte d’aspiration vers le haut. Et, je me demande si lors de ce genre d’enchainements, on reste uniquement concentré sur celle ou celui qui nous fait face ou si, en même temps, on s’élève spirituellement en ayant la sensation ou l’impression d’être « hors » de l’attaque alors que celle-ci revient sans cesse vers nous. Un peu comme si on devenait une falaise et que l’on arrivait à s’extraire de l’assaut des vagues répétées, tout en bas, de notre adversaire.

 

C’est en les regardant faire que j’ai compris que l’acteur Keanu Reeves pratiquait du Kung Fu Wing Chun à la fin du premier Matrix en 1999. Un film que j’avais vu plusieurs fois à sa sortie. Dont une fois lors de mon séjour au Japon, toujours cette même année. Pour voir ce que cela faisait de voir ce film avec un public japonais à Tokyo.

L’extrait est malheureusement en Français mais c’est tout ce que j’ai pu trouver de disponible.

Démonstration du Sifu ( Maitre) :

 

Après chaque démonstration du Maitre, Didier Beddar, les pratiquants se sont exercés avec la même partenaire ou le même partenaire pendant une bonne dizaine de minutes voire davantage. Car il y a quelques femmes parmi les stagiaires.

 

Avant chaque démonstration et avant chaque interruption de pratique, par un appel ou un signal simple, pas particulièrement strident ou bruyant, tous les participants s’arrêtent.

 

A peu près au milieu du dojo, Didier Beddar fait la démonstration de la nouvelle variation avec un de ses élèves avancés, sans doute également un de ses assistants.

 

Décontraction, précision, maitrise, Didier Beddar est tel un poisson dans l’eau. Un poisson qui évolue dans l’eau, ou plutôt dans les océans, des Arts Martiaux depuis quarante ans et plus. Didier Beddar s’est rendu plusieurs fois à l’étranger pour apprendre. Et, il continue de le faire.

 

Lorsqu’il insiste sur l’importance de bien garder son pied avant d’attaque à l’extérieur des pieds de son adversaire, afin d’éviter d’être balayé, cela me rappelle ce qu’a pu nous dire aussi Jean-Pierre Vignau. Et cela me confirme que entre le Kung Fu Wing Chun et le Karaté, deux langues martiales aux règles et aux principes a priori différents voire opposés, qu’il existe, aussi, des grandes règles et des grands principes communs.

 

 

Comme cela peut exister, également, entre diverses disciplines martiales ou de combats. A cela, il y a une raison très simple :

 

 

Quel que soit l’Art Martial ou le sport de combat pratiqué, celui-ci reste pratiqué par des enfants, des femmes et des hommes, ayant tous pour particularité de faire partie de l’espèce des êtres humains. On a beau décliner de différentes façons la manière de se défendre et d’attaquer, un être humain reste un être humain avec ses possibilités, ses infirmités et ses limites. Il reste ensuite à cet être humain de choisir et de trouver cet Art martial ou cette discipline qui lui permettra de s’exprimer et de se sentir au mieux.

 

 

 

Une ambiance :

 

Je ne l’ai pas dit mais avant d’entrer dans l’Académie de Didier Beddar, je suis passé par une cour intérieure pavée. Après environ cinquante mètres de marche, l’Académie est là. Ouverte. Agréable.

 

Je n’ai pas pris de photo ni filmé car lorsque j’ai pensé à demander à Didier Beddar si je pouvais prendre des photos (j’avais même apporté ma petite caméra vidéo), il a réfléchi un peu puis, en souriant, il m’a répondu :

 

« Non ».

 

Ensuite, il a ajouté tout en faisant un demi-cercle autour de moi afin de continuer de me dire. « Des photos, des photos, des photos ! Aujourd’hui, on fait tout le temps des photos ». Il a poursuivi :

 

« Et puis, il y a des gens qui n’ont pas envie d’être pris en photo ».

 

 Il m’a désigné deux photos à l’entrée et a ajouté :

 

«  Vous voyez – qu’il a alterné quelques fois avec le tutoiement- là, je suis avec mon Maitre (il s’agissait peut-être de William Cheung mais je n’en suis plus sûr). Je suis resté dix ans avec lui ».

 

Il m’a aussi parlé de Dan Inosanto, 82 ans, qui a connu Bruce Lee et travaillait avec lui, qui continuait d’apprendre.

 

Je ne savais pas que Dan Inosanto était toujours en vie.

 

Il est vrai qu’aujourd’hui, nous faisons des photos et filmons pour tout. J’aurais voulu avoir quelques photos et vidéos pour cet article. J’ai bien vu que, de temps à autre, il y avait une personne ou deux (toujours les mêmes) qui filmait ou qui photographiait lors des démonstrations. Mais, en arrivant, en retard, je me suis d’abord présenté comme une personne voulant se rendre compte avant de peut-être venir s’inscrire à la rentrée.

 

Et, en soi, ne pas prendre de photo et ne pas filmer, ne m’empêche pas de donner un aperçu intérieur et personnel de cette expérience.

 

Il y avait de l’encens dans le dojo. Juste ce qu’il faut. Je me suis souvenu d’un copain vietnamien « chez » qui j’étais allé quelques fois, adolescent. Dans les grandes tours rondes du parc de Nanterre. A chaque fois, j’avais seulement franchi le seuil de la porte d’entrée et étais resté devant le salon. Lequel ressemblait à une jungle tropicale avec toutes ces plantes. Tous ces meubles. Un caddie de supermarché était aussi là, je crois.

 

Il y ‘avait cette forte odeur d’encens. Et l’oncle de ce copain, debout, au milieu de tout ça, à quelques mètres, montant la garde en quelque sorte. Mi-menaçant, mi-fou. Semblant, pouvoir, à tout moment, venir m’agresser. Le copain lui avait dit quelques mots en vietnamien en entrant, avait disparu dans sa chambre puis était réapparu quelques minutes plus tard. Et nous étions repartis.

 

Hier, pas d’oncle vietnamien montant la garde durant le stage. Une musique chinoise, apparemment, est passée en douceur durant toute la séance. Affamé, je buvais de l’eau fraîche de temps à autre. Je continuais de regarder devant moi l’un des assistants de Didier Beddar. Il était cette fois sans doute avec le benjamin des stagiaires. Un jeune garçon de 13 ans environ. Sa mère était la dame que j’avais croisée à mon arrivée.

 

De temps à autre, avec son téléphone portable, elle filmait ou photographiait son fils en pleine action.

 

D’abord assez intimidé par cet adulte plus grand que lui de vingt bons centimètres, le fils a fini par lâcher quelques coups de pied- contrôlés- à hauteur de visage qui m’ont beaucoup étonné. Il était souple et rapide.

 

Un autre homme était venu s’asseoir à côté de moi, quelques minutes plus tôt.

 

« C’est la première fois que vous venez ? ».

 

Il avait d’abord semblé surpris que je lui dise que c’était la première fois que je venais. Et, pourtant, oui. Et lui ? Il pratiquait avec Didier Beddar. Depuis quand ? 2010.

 

2010 ?! C’est bien lui avais-je répondu.

 

Lorsque je lui ai expliqué que j’étais venu voir afin de peut-être venir m’inscrire ensuite, il a trouvé que c’était une « bonne démarche ». Un peu comme si c’était une démarche assez inhabituelle et, qu’à la réflexion, il se disait que c’était vraiment une bonne démarche.

 

Je me suis dit qu’en fait, cela devrait toujours se passer comme ça. Mais comme souvent, nous voulons faire vite, aller au plus près de chez nous, nous prenons souvent le premier cours venu.

 

Ou le moins cher.

 

Lui, ne pratiquait pas car il s’était fait mal à l’épaule. Tendinite.

 

J’ai demandé :

 

Vous faites de la kiné ?

Oui.

Vous avez un bon kiné ?

J’espère que oui.

J’espère aussi.

 

Nous avons rigolé.

 

Il m’a ensuite appris qu’il avait commencé à enseigner. D’ailleurs, au mois d’aout, le dimanche, de 10h à 11h, il allait donner des cours au Parc Georges Brassens, dans le 15ème arrondissement. Puis, il a précisé : « Et, c’est gratuit, en plus ». Une initiative de la mairie. J’ai retenu l’information. Nous avons échangé nos prénoms.

 

Plusieurs pratiquants sont venus le saluer, lui donnant l’accolade.

 

Peu après, une jeune maman est arrivée, avec sa fille de quelques mois. La compagne de l’assistant de Didier Beddar que je voyais s’exercer devant moi depuis le début. Plusieurs personnes sont venues les voir. Dont Didier Beddar. Celui qui, en aout, va donner des cours d’initiation de Kung Fu Wing Chun au parc Georges Brassens, s’est levé. `

 

Ils se sont adressés à la petite. Didier Beddar a fait semblant d’attaquer le papa de la petite pour voir sa réaction. La petite est restée souriante et sans réaction. Le papa  s’en est amusé.

 

La maman et la petite se sont ensuite assises à côté de moi. La petite s’est mise à me regarder. Et à tendre la main vers moi. Mes lunettes sans doute. Elle a finalement accepté de prendre mon petit doigt dans sa main. On aurait presque dit qu’elle aurait voulu venir dans mes bras. «C’est vrai qu’elle n’est pas sauvage » m’a confirmé sa maman. Je n’avais pas prévu cette rencontre avec cette petite. D’une certaine manière, elle était peut-être une émissaire de ma fille alors en vacances à des milliers de kilomètres de là.

 

La maman a trouvé que ça faisait assez loin, pour moi, de venir jusqu’ici.

 

Mais si le Maitre est bon. S’il enseigne quelque chose, ou d’une façon, que l’on a du mal à trouver ailleurs….

 

Didier Beddar en couverture du Yashima de mars 2022.

 

Discussion avec Didier Beddar

 

J’allais partir en sortant des toilettes lorsque j’ai vu que c’était le moment du salut. Il était un peu plus de 17h30.

 

Après le salut, lorsqu’il est venu vers moi, Didier Beddar m’a alors appris qu’il avait une sciatique. On n’aurait pas dit.

 

Sans aucun doute que sa pratique affutée, acérée, et permanente des Arts Martiaux depuis des années est pour quelque chose dans cette sciatique. Ce genre de situation est rencontré par tous les Maitres mais aussi par tous les sportifs de haut niveau, à un moment ou à un autre. Et, malgré cela, ils continuent d’enseigner et de pratiquer. Ils ont des responsabilités et des engagements à tenir.

 

 

Alors qu’il était assis, en m’accroupissant devant lui, je me suis un peu mieux présenté.

 

J’étais venu là, sans être annoncé, avec mes dispositions personnelles, en plein stage, et Didier Beddar m’avait accepté. Mais je me suis aperçu en l’interrogeant que je ne lui avais peut-être même pas dit comment je m’appelais. Moi, en arrivant, je l’avais appelé par son prénom. Mais c’était facile pour moi, l’inconnu.

 

Je lui ai donc donné mon prénom. Et, même si je sais qu’il arrive que des Maitres soient en rivalité ou fâchés les uns les avec les autres, j’ai décidé de lui dire que je suis « un très jeune élève de Jean-Pierre Vignau ».

 

Didier Beddar a alors souri. S’est étonné que celui-ci enseigne encore. Il a quel âge maintenant ?

 

77 ans.

 

Didier Beddar a cinq ans de plus que moi. 59 ans. A mon avis, tant qu’il pourra enseigner, il le fera. Ce qui devrait bien nous amener facilement à 7O ans ou davantage.  

 

 Il situait à peu près où se trouvait le dojo de Jean-Pierre Vignau. Je peux d’autant plus le dire que j’ai beaucoup marché pour me rendre à l’Académie de Kung Fu de Didier Beddar :

 

Deux stations de métro séparent le dojo de Jean-Pierre Vignau de l’Académie de Kung Fu Wing Chun traditionnel de Didier Beddar.

 

Au lieu de descendre à la station Maraichers comme je l’ai fait pour me rendre au dojo de Jean-Pierre Vignau (actuellement fermé pour raisons économiques), il suffit de descendre à la station Robespierre pour se diriger vers l’Académie de Didier Beddar.

 

S’il est des Maitres qui se connaissent et se rencontrent, ce n’est pas la première fois que je constate que des Maitres d’Arts martiaux, pourtant ouverts sur le monde et les autres, peuvent enseigner à proximité les uns des autres sans pour autant se rencontrer.

 

Sans doute que la vraie frontière mentale  est surtout celle de l’Art martial choisi et enseigné. Même si la plupart des Maitres, avant de se destiner à l’enseignement d’un Art martial en particulier, ont souvent accumulé des expériences avancées dans plusieurs disciplines martiales, culturelles et mentales.

 

Maitre Jean-Pierre Vignau, bien que formé au judo, à l’Aïkido et à d’autres Arts martiaux et techniques de combat est un Maitre de Karaté. Sifu Didier Beddar, bien qu’également formé à divers Arts martiaux et formes de combats est avant tout un Maitre de Kung Fu Wing Chun traditionnel. Même s’il m’a expliqué hier faire profiter ses élèves, dans ses cours de Wing Chun, de ce qu’il avait appris, et de ce qu’il apprend, dans d’autres disciplines martiales ou de combats. Comme Jean-Pierre Vignau le fait également lors de ses enseignements.

 

J’avais aussi été étonné, en allant saluer un matin, Maitre Régis Soavi, il y a quelques mois, avant un cours avec Maitre Jean-Pierre Vignau, qu’ils ne se soient jamais rencontrés l’un et l’autre. Alors que pour se rendre au dojo où Maitre Régis Soavi enseigne avec sa fille Manon Soavi, on descend à la même station de métro que pour aller au dojo de Maitre Jean-Pierre Vignau :

 

La station Maraîchers, toujours  de la ligne 9 du métro. La même ligne qui permet de se rendre à l’Académie de Kung Fu Wing Chun de Didier Beddar.

 

 

 Jean-Pierre Vignau et Régis Soavi ont à peu près le même âge. Jean-Pierre Vignau doit avoir quelques années de plus que Régis Soavi. Je crois que Régis Soavi a 71 ou 72 ans et il ne pense pas tout à fait à prendre sa retraite martiale et spirituelle à ce que j’ai pu comprendre.

 

 

Avant de parler de « concurrence » ou de « conflits » entre deux Maitres, la principale et première frontière est sans doute encore martiale et mentale. Maitre Régis Soavi est Maitre d’Aïkido.

 

Ensuite, tous les Maitres ont tellement à faire afin d’enseigner, de pratiquer et de promouvoir leurs recherches, en faisant des millions de kilomètres au cours de leur vie, qu’ils peuvent, comme là, passer des années, à entendre parler les uns des autres, en certaines circonstances, sans se rencontrer. Alors qu’il existe une faible distance kilométrique entre leurs dojos.

 

 

Même si j’avais déjà entendu parler de lui bien avant cela, Didier Beddar a été interviewé récemment ( en mars de cette année) par Léo Tamaki dans le magazine Yashima. Hier, j’ai donc évoqué cette interview. Je lui ai aussi dit avoir rencontré Léo Tamaki une ou deux fois. Lequel Léo Tamaki, d’ailleurs, comme à chaque été, proposera un stage d’Aïkido à Paris, fin aout. Stage auquel j’espère cette fois pouvoir participer.

 

Après ces mots, devant Didier Beddar, je cessais un peu- en quelque sorte- d’être un inconnu complet. J’ai aussi parlé un peu de ma pratique du Judo. Du fait d’avoir un peu pratiqué de Ju Jitsu brésilien avec Patrick Bittan (il y a plus de vingt ans).

 

J’ai ensuite expliqué ce qui me donnait envie de venir recevoir les enseignements du Wing Chun dans son Académie. En continuant de recevoir ceux de Jean-Pierre Vignau.

 

Didier Beddar a compris mon projet. Lui-même porté sur la polyvalence, il m’a parlé de la nécessité de connaître plusieurs distances de combat et m’a appris que la rentrée se ferait à partir du 2 septembre.

 

 

Je me demande si je suis obligé de mentionner que je me sentais mieux et moins déprimé après avoir assisté à ce stage.

 

Montreuil, ce samedi 30 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Franck Unimon, ce dimanche 31 juillet 2022.

 

 

Catégories
self-défense/ Arts Martiaux Survie

Le Dojo de Jean-Pierre Vignau

Jean-Pierre Vignau, à l’entrée du Fair Play Sport, ce 5 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

Le Dojo de Jean-Pierre Vignau

 

Jean-Pierre Vignau, 77 ans, Maitre d’Arts Martiaux, et en particulier de Karaté, est une des personnes les plus libres que je connaisse. Mais pour cela, il lui faut un dojo.

 

Le dojo est un jardin. On y cultive celles et ceux qui sont volontaires pour venir y prendre racine en tant qu’élèves auprès d’un Maitre. Lorsque l’on a la possibilité et la chance d’avoir un Maitre disponible et qui nous accepte.

 

Dans un commerce, on « trouve » et on achète des outils, des produits ou des objets. Certains sont utiles et indispensables. D’autres pas.  Il est des outils dont il faut aussi apprendre à se servir et d’autres qui se révèlent défectueux.

 

Un Maitre est le contraire d’un commerce : Dans un commerce, tout est fait pour nous donner envie de tout acheter ou de vouloir « toujours » plus. Un Maitre, lorsqu’on le rencontre, a déja commencé à faire une grosse partie du tri. Et, il réserve ce qui est utile ou selon lui indispensable à ses élèves selon ce qu’il a compris d’eux afin qu’ils vivent au mieux dans le monde qui les entoure.

Couverture du journal “Le Parisien” du lundi 4 juillet 2022.

 

Je crois aussi que l’on choisit son Maitre. On choisit le commerce, le bling-bling, la carrière, la carotide, la vitrine ou le souffle. On peut réussir plus ou moins à concilier le tout mais, selon moi, un Maitre, c’est au minimum un souffle. Un souffle qui perdure et qui sert de socle alors que d’autres s’évaporent ou disparaissent.

 

Il y a des Maitres de l’abîme. Il ne faut pas hésiter à le penser ou à le dire. Puisque, de toutes façons, ils et elles existent. Ces Maitres de l’abîme, ainsi que leurs intermédiaires, ont leurs attraits et peuvent être irrésistibles. Qu’ils nous séduisent ou qu’ils soient fort présents en nous. Car l’être humain est multiple.

 

Dans le journal “Le Parisien” de ce 4 juillet 2022.

J’ai choisi Jean-Pierre Vignau pour ses vies. Pour son âge. Pour sa personnalité. ( Sensei Jean-Pierre Vignau : ” Mon but, c’est de décourager !” ) Pour son souhait de donner  à ses élèves de quoi se défendre sans s’illusionner. Pour ses cours du matin. Pour aller à Paris, moi qui n’ai été qu’un banlieusard de passage à Paris depuis ma naissance.

 

Cela fait soixante ans que Jean-Pierre Vignau est dans les Arts Martiaux. Et plus de vingt ans qu’il a ce dojo, le Fair Play, à Cité Champagne, dans le 20ème arrondissement de Paris. Auparavant, il avait eu un autre dojo, plus grand,  dans Paris. Plusieurs de ses élèves, présents avec lui depuis plus de dix ans, m’en ont parlé.

 

La pandémie du Covid nous a beaucoup fait parler depuis plus de deux ans. Et même lorsque l’on se tait à son sujet, elle réapparait. Elle, aussi, est un Maitre à sa façon et fait le tri ou nous oblige à le faire. Ces deux années de pandémie, nous a expliqué Jean-Pierre, ont fait chuter le nombre de pratiquants et d’adhérents. A 4500 euros le loyer, multiplié par deux ans, Jean-Pierre a à s’acquitter d’une somme proche de 100 000 euros. Il ne les a pas.

Annonce immobilière vue dans Paris ce 27 juin 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Jean-Pierre a donc dû annoncer il y a quelques semaines aux enfants à qui il enseigne que le dojo allait devoir fermer. Certains de ces enfants en ont parlé à leurs parents. Les mères de ces enfants ont entrepris des démarches pour empêcher cette fermeture.

 

Photo©️Franck.Unimon

 

Jean-Pierre n’est pas le seul Maitre d’Arts Martiaux concerné par ce risque économique. Avant lui, Maitre Léo Tamaki, avait dû trouver un autre lieu pour continuer d’enseigner ses cours d’Aïkido. Et, j’étais allé le voir enseigner l’année dernière, lors d’un stage d’été l’année dernière dans ce nouveau lieu d’enseignement : le Dojo 5. ( Dojo 5 ).

Les conséquences économiques de la pandémie du Covid (et, depuis six mois, de la guerre en Ukraine) ont aussi fait augmenter le prix d’un certain nombre de matières premières telles que le blé, la farine, le  pétrole,  mais aussi le papier…

 

Avant hier, Jean-Pierre m’a appelé pour me prévenir que son dojo, le Fair Play, serait fermé demain matin. Pour dépôt de bilan.  Et qu’il m’informerait dès qu’un autre endroit aurait pu être trouvé pour pratiquer de nouveau.

 

Un dojo est un endroit qui ne parle pas ou qui ne parle plus à beaucoup de gens. Le mot est aussi étranger donc extérieur à l’expérience de la vie courante de beaucoup de personnes. J’imagine donc que parmi les personnes qui ont pu passer devant ces banderoles ou qui ont lu cet article du journal Le Parisien, que cette « histoire » de dojo qui ferme évoque au mieux quelques souvenirs de judo ou de karaté dans l’enfance ou l’adolescence (« j’ai fait du judo ») ou qu’il est estimé qu’il y a des sujets plus prioritaires. Tels que le manque de personnel dans les hôpitaux ou dans les écoles publiques.

 

Si c’est le cas, en tant qu’infirmier en soins psychiatriques et en tant que père d’une enfant encore scolarisée dans une école publique, je peux témoigner du fait que pratiquer un Art martial auprès d’un Maitre contribue à la salubrité publique. C’est sans doute ignoré ou oublié mais pratiquer un Art Martial auprès d’un Maitre ne se résume pas à faire des gestes ou à répéter des formules comme on peut faire machinalement un certain nombre d’actions dans sa vie courante.

 

Finalement, si nous nous sentons de plus en plus oppressés et opprimés, c’est aussi parce-que ferment des endroits où une certaine liberté est accessible. Et que nous sont de plus en plus accessibles des endroits et des moyens où nos libertés sont supprimées.

 

Selon les circonstances et les étapes de notre vie, un dojo a des vertus complémentaires avec une médiathèque, une école publique, un lieu de soins ou d’action sociale et culturelle, un club de sport, une salle de danse, un cours de musique ou de dessin…

 

Soit des endroits où l’on apprend, où l’on se remet, où l’on s’éduque, où l’on se rencontre et où l’on vit.  

Photo©️Franck.Unimon

 

Franck Unimon, ce jeudi 21 juillet 2022.

Catégories
self-défense/ Arts Martiaux

Sensei Jean-Pierre Vignau : ” Mon but, c’est de décourager !”

Sensei Jean-Pierre Vignau, dans son dojo, le Fair Play Sport, en mars 2022.

Sensei Jean-Pierre Vignau : « Mon but, c’est de décourager ! »

 

Il y a plus d’un an maintenant, j’allais rencontrer Jean-Pierre, pour la première fois, à son domicile. ( ( Arts Martiaux) A Toute épreuve : une interview de Maitre Jean-Pierre Vigneau )

 

Nous étions encore en plein confinement du fait de la pandémie du covid et tenus par un périmètre kilométrique. Nous ne devions pas dépasser les cinquante kilomètres à partir de notre domicile. Et nous devions fournir un justificatif écrit en cas de contrôle de police.

 

J’étais venu acheter son livre (co-écrit avec Jean-Pierre Leloup) qui avait été publié récemment :

Construire sa légende : Croire en soi, ne rien lâcher et aller jusqu’au bout.  

 

« Au lieu de le commander sur Amazon…. » m’avait dit Jean-Pierre au téléphone.

 

Une fois sur place, réflexe de journaliste cinéma et de blogueur, j’en avais profité pour interviewer Jean-Pierre.

 

 Puis, j’étais revenu chez lui une seconde fois.

 

Je me souviens bien de cette phrase et y repense de temps en temps :

 

« Mon but, c’est de décourager ! ».

 

Après l’avoir entendue la première fois, il m’a fallu quelques mois supplémentaires avant de commencer à la compléter.

 

Décourager quoi ?! Décourager l’ego.

 

Jean-Pierre m’avait par exemple parlé de ces séances où il fait faire 1000 « coups de pieds ». Je lui avais demandé pour quelle raison.

« Pour que l’on se rende compte que c’est possible…. » m’avait répondu Jean-Pierre.

 

Je me suis inscrit à son dojo vers le mois de février de cette année.

 

Lorsque je dis que je viens d’Argenteuil pour me rendre à ses cours dans le 20ème arrondissement de Paris, il arrive que l’on s’étonne. Il arrive que l’on trouve que ça fait beaucoup de trajet. Il est arrivé que l’on m’en demande la raison.

 

Je réponds alors que je viens pour Jean-Pierre. Pour sa personnalité. Parce-que son enseignement est rempli de vécu.  Parce-qu’il concilie pratique du karaté et pratique de l’Aïkido et aussi parce qu’il connaît le judo.

Pour les horaires, aussi. Car Jean-Pierre donne également des cours le mardi et le jeudi matin à 9h30. Et cela me convient bien. Il m’arrive de prendre part à ces cours du matin après avoir travaillé la nuit.

 

Je pourrais ajouter que, tous les jours, et pendant des années, beaucoup de personnes passent entre une heure  et deux heures dans des trajets qui les mènent vers un travail ou vers une vie qui leur déplait. Alors que moi, je me rends à des cours de karaté que j’ai choisis.

Plusieurs des élèves de Jean-Pierre se rendent à ses cours depuis plus de dix ans. Cela est notable à une époque où, désormais, les salles de sport, de fitness ou de crossfit, avec leurs horaires extensibles et leurs divers forfaits, ont capté ou “détourné” une certaine partie des anciens adhérents ou des adhérents potentiels des clubs d’arts martiaux.

 

Il arrive aussi que certaines personnes trouvent que 9h30, le mardi et le jeudi, ça fait tôt pour s’entraîner au karaté.

Mais il existe encore plus tôt.

Entre 6h et 6h30 en semaine, 8h le week-end, et pas très loin du dojo de Sensei Jean-Pierre Vignau, même si ce sont deux mondes très différents et semblant très éloignés l’un de l’autre, il y’a l’école Itsuo Tsuda de Sensei Régis Soavi. Ecole où celui-ci, avec l’une de ses filles, Manon Soavi,  enseigne l’Aïkido en première intention. ( Dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda/ séance découverte ).

Et, si les horaires de l’école Itsuo Tsuda étaient compatibles avec mes horaires de travail et l’âge de ma fille, il est possible que je ferais en sorte de cumuler les deux. Ou les trois et les quatre en incluant les enseignements de Sensei Léo Tamaki et d’autres Maitres d’Arts martiaux….

 Cela fait des années que les Arts Martiaux m’attirent. Et j’en ai une expérience plus que superficielle en comparaison avec ma « curiosité » et mon attirance pour eux. Bien des pratiquants, avec les années, ont su aller vers différentes disciplines martiales.

 

 

« J’ai rêvé cette nuit » aime régulièrement nous dire Jean-Pierre, 77 ans depuis quelques semaines, avec un air rigolard, au début du cours. Dès lors, nous savons, qu’à un moment ou à un autre, il va nous donner une consigne de déplacement ou un enchaînement de mouvements que nous aurons du mal à reproduire. Mais c’est normal. Au début, « tout le monde se trompe » nous rappelle-t’il.

 

Nous nous appliquons néanmoins. Et nous nous trompons plus d’une fois. Alors, Jean-Pierre nous regarde et nous adresse en souriant un :

 

« C’est la merde,  hein ? ».

 

Ses gestes sont précis. Il nous explique à quoi correspond tel geste dans la vie réelle. Il nous rappelle régulièrement qu’il existe tant de combinaisons en karaté.

 

Jean-Pierre aime nous surprendre que ce soit en nous demandant de faire le même déplacement mais en marche arrière. Ou en répétant le même kata en partant des différents points cardinaux du dojo…

 

J’ai cité l’âge de Jean-Pierre tout à l’heure. Lorsque nous avons du mal à reproduire un mouvement, il nous demande d’avancer sur lui afin de « l’attaquer ». Sa technique est effective et pleine.  Pour autant, je ne m’imagine pas être devenu un bon karatéka en à peine quelques mois. Et, je ne cours pas particulièrement après la ceinture. Plus qu’à la ceinture, j’essaie de m’attacher aux moments vécus ainsi qu’à ce que je vois et ce que j’entends.  Car la couleur d’une ceinture peut aussi rendre aveugle, sourd, narcissique, théorique, subordonné, rigide et amnésique :

Rouler des mécaniques parce-que l’on se sent très sûr de soi, en cas de combat physique, n’est pas mon projet. Car il existe bien des obstacles devant lesquels rouler des mécaniques ne suffira pas :  devant la vie comme devant la mort, pour préserver des amitiés, rencontrer les autres, avoir une vie de couple satisfaisante, éduquer ses enfants correctement, obtenir un conseil avisé et sincère….

Jean-Pierre, pour moi, ne roule pas des mécaniques. Il est concret. Simplifié. Cela peut heurter ou déranger. Pour moi qui ai souvent tendance à théoriser comme à me compliquer l’existence,  j’ai  donc l’impression que venir pratiquer avec Jean-Pierre et me rendre à son dojo me fait emprunter des trajets, et des directions, qui peuvent m’aider à mieux vivre et aussi à encore mieux me trouver.

 

Franck Unimon, ce samedi 7 Mai 2022.