Ecologie

Ce serait facile

»Posted by on Mar 28, 2020 in Corona Circus, Crédibilité, Ecologie | 0 comments

Ce serait facile

  

                                                   Ce serait facile

 

«  Aux Grands Hommes La Patrie Reconnaissante » peut-on lire à l’entrée du Panthéon.

Je vais finir par connaître cette phrase par cœur. Mais il y a une autre affirmation que depuis le couvre-feu décidé la semaine dernière, l’épidémie du Coronavirus Covid-19 va continuer de m’apprendre pendant plusieurs semaines :

 

« Hier à l’abandon, aujourd’hui, les soignants des hôpitaux publics sont les héros de la Nation ».

 

L’épidémie est dérangeante car en plus de nous désarmer et de tuer, elle nous oblige à comprendre que notre mémoire est changeante. Même si des monuments présents depuis des siècles sont là pour nous rappeler l’Histoire.

 

Cela a été facile d’oublier l’Histoire des hôpitaux publics. Même moi, je la connais peu.

 

Mais je me souviens encore que les mouvements de contestation des soignants  existent depuis plus d’une génération : ils n’ont pas débuté « seulement » en 2004 ou en 2005 avec la T2A, depuis dix ans ou quelques mois comme on peut encore le lire.  

 

A la fin des années 80, déjà  (au 20ème siècle). Cela serait très facile de continuer de l’oublier.

 

Comme cela serait très facile de croire qu’une prime et une revalorisation salariale vont suffire, comme d’autres fois, à gagner du temps, alors que les hôpitaux publics, comme d’autres institutions publiques, sont le miroir de la société mais aussi son socle.

 

Cela a été très facile de l’oublier. De l’ignorer. De (se) regarder dans d’autres miroirs. De « gérer » le sujet. De considérer qu’il y avait d’autres priorités.   

 

Et l’épidémie s’est imposée. C’est l’équivalent d’un Krach en bourse- mais en direct- que peu de personnes ont vu venir. Sauf que donner de l’argent, du matériel, s’ils font partie de la solution, ne vont pas suffire. Il va falloir donner de la pensée, du temps et du futur qu’on a bradé. Donner ce que l’on n’a pas ou plus que ce que l’on a, c’est souvent ce que l’on fait à l’hôpital tandis que d’autres prennent beaucoup plus qu’ils ne donnent. Ce n’est pas nouveau dans notre société. Ce serait facile de l’oublier.

 

Il va falloir rendre une autre vision du monde plutôt que de continuer à contribuer à sa division. Car, aujourd’hui, la division du monde est blindée et couverte par l’épidémie.

 

Ce serait facile de croire qu’après elle, nous serons prêts, que nous aurons tout prévu, que nous aurons tout modélisé et serons capables de tout maitriser. C’est ce que nous avons cru avant l’épidémie. 

 

Franck Unimon, jeudi 26 mars 2020.

 

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Contrainte et motivation

»Posted by on Mar 25, 2020 in Corona Circus, Echos Statiques, Ecologie | 0 comments

Contrainte et motivation

 

                                                            Contrainte et motivation

 

J’étais en train de sortir mon vélo de son local lorsque j’ai entendu un bruit étrange.  C’est peut-être ce son particulier- Ploc-ploc- qui m’a d’autant plus donné, instinctivement, l’idée de tâter mon pneu arrière. Il était crevé. Je me suis dit :

 

Soit j’ai très mal mis ma chambre à air arrière la dernière fois (il y ‘a deux ou trois mois tout au plus). Soit la nouvelle chambre à air, un premier prix, que j’avais mise était de très mauvaise qualité. J’ai un moment pensé à une de mes collègues, qui, lors de la grève des transports en Décembre, pour protester contre la réforme des retraites, avait crevé deux fois en l’espace de quelques jours.

 

Fort heureusement, j’avais des chambres à air de rechange, en principe de bonne qualité vu le magasin de cycles où je les avais achetées. Du temps de la grève des transports en Décembre. Ce magasin, aujourd’hui, est sûrement désormais fermé  depuis le couvre-feu consécutif à l’épidémie. 

 

Mais je ne pouvais pas me permettre de prendre le temps de changer la chambre à air de mon pneu arrière.

 

Le local où je mets mon vélo est à dix minutes à pied de chez moi. En m’y rendant, je m’éloigne de la gare…de dix minutes. Il devait être entre 19h30 et 19h40. Je reprenais le travail à 21h. Avec la diminution des transports, le fait que je ne m’étais pas renseigné sur les horaires de train, impossible pour moi de savoir quand j’aurais un train. Mais j’avais bon espoir.

 

J’ai laissé mon casque, mes lunettes et mon bidon d’eau dans le local. Fort heureusement, j’avais toujours sur moi mon Pass Navigo. J’allais devoir prendre les transports en commun pour aller au travail.

 

A la gare, première information après avoir passé les portes de validation « ouvertes » :

 

Le prochain train, direct pour Paris St Lazare arrivait trente minutes plus tard. Soit entre 20h15 et 20h20. Je pouvais donc, désormais, être en retard alors qu’avec mon vélo en état de marche, je serais arrivé avec quelques minutes d’avance.

 

Je suis repassé chez moi. J’ai expliqué ce qui se passait à ma compagne. Je me suis changé. J’étais prêt à prendre mes baskets afin d’aller au travail en footing depuis St Lazare. J’avais commencé à enfiler mon collant de footing. Ma compagne m’en a dissuadé : j’avais déjà fait assez d’efforts physiques cette semaine en m’y rendant à vélo. Et, là, d’un seul coup, je me prenais pour « un grand sportif ?! ».

Je lui ai répondu : «  Mais je suis un sportif ! ». Un ancien sportif, évidemment. Qui a vieilli en plus.

J’ai écouté ma compagne. Je me suis habillé comme quelqu’un qui allait prendre toute la chaine des transports en commun depuis chez lui.  A aucun moment, je n’ai envisagé de prendre ma voiture. Le temps moyen habituellement pour me rendre à mon travail en transports en commun est d’environ 45 minutes. Contre 1h05 au mieux à vélo. Si je ne traine pas. Si les feux de circulation sont «cléments».

Comme on me l’avait dit, assez peu de monde dans le train. Par contre, en approchant de St Lazare, le train se met  au ralenti. Cela fait quelques minutes que je suis devant les portes pour sortir lorsqu’un homme d’une trentaine d’années vient se placer à côté de moi, sur ma droite, sans vraiment donner l’impression de tenir compte de la distance de prévention sanitaire de un mètre. As usual. Cet homme qui a mis du  « sent-bon »  croit peut-être que le parfum le protège du virus.  Alors que le train se rapproche un peu plus de St Lazare,  je me surprends à sentir se déplacer en moi une certaine agressivité :

Je pourrais frapper cet homme. Juste parce-que, là, alors qu’il y a tout l’espace nécessaire pour respecter une certaine distance, il est venu se mettre là, juste à côté de moi. Je tourne ma tête dans le sens opposé à sa présence et attends la délivrance.

Cette réaction ne me ressemble pas. En temps ordinaire, même dans un train ou dans un métro bondé, je fais avec. Mais là, coronavirus Covid-19 + sentiment d’enfermement dans les transports en commun+ les contrôles de police ou de contrôleurs font que je suis monté dans ce train, auquel je n’ai pu échapper ce soir, sans doute avec un certain état de tension inhabituel.

 

Le train arrive à quai. J’ouvre et je me porte sur le quai. Je redécouvre la gare St Lazare après quelques jours de trajet à vélo. 

Très vite, je m’aperçois qu’il m’est impossible de choisir l’endroit où je vais prendre les escalators. La gare est quadrillée. Des sorties habituellement « praticables » sont barrées par des bandes adhésives blanches et rouges. Nous sommes arrivés sur la voie 26 ou 27. Il nous faut tourner à droite et aller jusqu’aux premières voies de la gare pour accéder à la sortie. Je comprends évidemment les raisons sanitaires de ce parcours mais j’ai l’impression que nous sommes traités comme du bétail.

 

Enfin, la sortie de la gare. Juste devant, quatre ou cinq policiers en bas des escalators en tenue. Des gorilles. Ils doivent bien faire entre 100 et 120 kilos chacun. Noirs, crâne rasé, sans masque sur le visage. Ils sont détendus et ont l’air très sûrs d’eux. Pas de contrôle. Tant mieux. En passant, je me dis que leur assurance est une erreur. Même si je sais que le port du masque n’est pas obligatoire dehors en l’absence de symptômes,  je sais aussi que l’on peut être un «  très beau bébé » et se faire aplatir méchamment à coups de massue par un tout petit virus de rien du tout.

 

Je suis obligé de me presser pour prendre le métro automatisé et sans conducteur de la ligne 14 car le prochain arrive dans cinq minutes. Il y en a moins que d’habitude. Et je n’ai pas envie de prendre le prochain. Je suis dedans. Le métro est à peine parti qu’un homme vient me demander l’heure. Plus ou moins SDF, plus ou moins passager. Habituellement, je réponds tranquillement. Là, je réponds mais à distance. Je suis méfiant. Pour raisons sanitaires.

 

Après lui, c’est une jeune femme d’une trentaine d’années qui passe. Sac chargé sur le dos, un ou deux autres sacs à la main, elle non plus, n’est pas très angoissée comme celui qui m’a demandé l’heure. Elle, ce qu’elle voudrait, c’est une petite pièce. Elle m’explique que les foyers n’ont pas voulu d’elle ou qu’il n y’a pas de place pour elle. Elle accepte mon refus de lui donner une pièce avec un sourire de compréhension et poursuit sa quête dans le métro.

 

C’est à la gare de Lyon, ou j’hésite un peu entre les différentes sorties, en commençant à marcher, que je m’aperçois que je suis comme la roue arrière de mon vélo : crevé.

En traversant la Seine, j’aperçois le métro aérien de la ligne 5 qui se dirige vers la gare d’Austerlizt. Je me dis que je vais tenter le prendre vu mon état de fatigue. Et mon retard. Car, oui, dans à peine une ou deux minutes, je serai en retard au travail. J’avais prévenu les collègues qui m’avaient dit que ça allait aller. Dont une collègue de jour qui m’a dit qu’elle pourrait attendre. Néanmoins, j’aurais aimé être à l’heure.

 

En montant les marches pour prendre le métro ligne 5, je croise à nouveau un SDF, assis tranquillement. Je ne sais pas si c’est parce qu’il y a nettement moins de monde dehors et qu’on les voit plus mais ça donne l’impression que les transports en commun, à cette heure, deviennent leur territoire.

 

 

Le temps de me changer, de remettre la tenue de bloc avant d’aller dans le service, j’ai bien près d’une demie heure de retard. La nuit se passe bien. Mais je vérifie à nouveau que lorsque l’on est fatigué, le moral descend. Mon autodiagnostic se fait au petit matin :

Je suis déprimé. Lorsque l’intellect reste aussi affûté alors que notre moral, émoussé, se fait poussif, c’est que l’on est déprimé.

 

Je me demande ce qui me déprime. Je ne crois pas être déjà épuisé physiquement. Le contexte peut-être. Ce n’est pas une période festive. Oui, je crois que c’est ça. Le contexte. La charge anxiogène massive  que l’on s’est tous pris dans la figure, tous azimuts, en quelques jours.

 

Je « sais » aussi qu’être déprimé, avoir un moment de déprime, fait partie de ces moments où l’on est en train de s’adapter, corps et âme, à un stress important. Ce qu’il faut, c’est ne pas se laisser border depuis l’écume de la déprime vers l’enclume de la dépression.

 

En période de guerre ou d’épreuve, on s’attache beaucoup aux héroïnes, aux héros, à celles qui ont du charisme, des gestes magnifiques et définitifs même si ces gestes, surtout si ces gestes échouent ainsi qu’à celles et ceux qui accomplissent des exploits. Mais tout le monde compte dans un conflit comme dans cette épidémie. N’importe quelle action peut avoir son importance. Pour ma part, j’attache toujours beaucoup d’importance au fait de rester d’humeur égale. Et aussi de faire rire. Mais rester d’humeur égale ou faire rire lorsque votre moral échoue voire vous « tue », cela demande beaucoup d’efforts.

 

Alors, je fais au mieux avec ma collègue de nuit. Nous faisons notre travail. Nos relations restent correctes. Et, le matin, je prends sur moi lorsque notre première collègue de jour arrive. Je réussis à me décoincer question humour lorsque la deuxième collègue de jour arrive. Contrairement à ses habitudes, elle a lâché ses cheveux. Elle a un peu le visage serré. Peut-être la contrariété au vu du contexte, de son retard. Mais je m’entends bien avec elle. Alors, je la chambre avec ses cheveux lâchés : «  Caliente ! Caliente ! ». Elle sourit. Nous rions tous. Je commence à me désengager un peu de cette déprime.

 

Avant de partir du service, je prends une bonne douche. J’ai décidé d’en faire un rituel depuis le couvre-feu. Que ce soit pour des raisons tant sanitaires que morales. Prendre une bonne douche avant de partir du travail. Et, comme d’habitude, avant la douche, prendre un petit-déjeuner. Je bois du thé vert japonais depuis deux ou trois ans. Et depuis quelques mois,  du thé Gyokuro en particulier. Ce n’est pas pour frimer. J’aime le thé vert japonais. J’ai bien-sûr lu que c’était bon pour la santé : antioxydants etc…

 

J’utilise aussi quelques huiles essentielles. Ma collègue de nuit et moi commençons à avoir un rituel. Une goutte d’huile essentielle de Tea-Tree sur un poignet. On frotte ensuite sur notre autre poignet. Et on respire aussi un peu l’odeur en faisant attention à nos yeux. J’utilise aussi l’huile essentielle de Niaouli, de Ravintsara. Nous restons dans une période de l’année où les températures sont fraîches. Et, bien-sûr, se laver les mains avec du savon régulièrement. Maintenir autant que possible la distance sociale du mètre. Mais ce n’est pas toujours possible lorsque l’on prend la température d’un patient. Qu’on lui donne son traitement. Il y a la distance sociale de prévention sanitaire. Et il y a la distance sociale relationnelle. Les deux distances peuvent se gommer même si nous ne sommes pas à  la distance d’un slow lors de nos échanges avec les patients .

 

Ce matin-là,  en quittant le service, je suis ensuite allé interroger silencieusement le Panthéon :

” Aux Grands Hommes, La Patrie Reconnaissante”. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Et j’ai à nouveau pris des photos comme j’en parle dans mon article Manu Dibango. Puis, je suis allé prendre des photos de Notre Dame que je n’étais pas allé revoir depuis des années. Même lors de son incendie si médiatisé.

 

J’aime prendre des photos car on peut dire beaucoup de choses avec une photo sans un seul mot.

J’aime prendre des photos car je trouve que c’est un bon anxiolytique.

J’aime prendre des photos car elles nous permettent de nous constituer une mémoire de moments dont on ne mesure pas toujours l’importance.

Enfin, j’aime prendre des photos car en les revoyant ensuite, on voit souvent ce que l’on ne voit pas au moment présent.

 

Je prends mon temps pour rentrer ce matin-là. Je sais qu’une fois rentré, je resterai enfermé. Peut-être que je prends mon temps aussi afin de continuer de me détoxiquer de mes émotions néfastes. Bien-sûr, j’ai prévenu ma compagne. Je croise quelques policiers qui font des contrôles. Personne ne m’arrête. Il fait trois degrés. 

 

En rentrant chez moi, je m’empresse de me réchauffer le plus possible. Je ne veux pas attraper froid.  Cela me contrariait de devoir rester chez moi pour cause de rhume ou de grippe surtout aussi tôt dès les premiers jours du couvre-feu pour répondre à l’épidémie. Pour une raison que je ne peux pas m’expliquer, je tiens particulièrement à “assurer” mes horaires de travail dans le service.Et, je déploie tout un arsenal de boissons chaudes et autres : citron, cannelle, miel etc….Je mange même les feuilles du thé Gyokuro après les avoir utilisées plusieurs fois. J’ai appris il y a environ deux mois lors d’un séjour dans la région d’Angers par le revendeur de thé que les amateurs du thé Gyokuro finissaient par en manger les feuilles.  Je mange d’abord quelques bouchées de feuilles de thé Gyokuro comme ça. Puis, pendant notre déjeuner, j’essaie de les accommoder avec de la sauce de soja au citron. J’ai préféré sans. 

 

J’échappe au froid. Cette nuit-là, à 3 heures du matin, j’entends ma fille en pleurs. Ces derniers temps, j’ai laissé ma compagne s’en occuper. Je l’entends avant ma compagne.

Cette fois,  je vais voir notre fille. Pourquoi tu pleures ? Elle m’explique. Assez vite, je me montre ferme. Car j’estime qu’elle est capable d’autre chose que de pleurer et d’attendre que Ma-man ou Pa-pa monte pratiquement à la moindre contrariété pour résoudre le problème dont elle me fait part. Un problème qu’elle a déjà rencontré maintes et maintes fois. Pour lequel, sa mère et moi, nous l’avons entraînée maintes et maintes fois. Donc, moi, son père, j’estime que notre fille, au vu de ses multiples expériences, est capable d’autre chose que de pleurer et d’attendre que la solution vienne de nous. D’autant qu’en pareille situation, elle a déjà « réussi » bien des fois.

Résistance et refus de ma fille. Elle déploie son attirail : bras croisés, tape du pied, pleurs, mal-soudain- au genou.

Je commence à me fâcher vraiment.  Tu peux taper du pied, croiser les bras, donc, tu as l’énergie qu’il faut pour résoudre ton problème. Ma fille avance au ralenti et commence à s’engager. Finalement, sa mère vient nous rejoindre. Vous allez réveiller “tout le monde” dans l’immeuble ! Moi, je m’en fiche de réveiller tout l’immeuble. D’une, je ne crois pas que nous allons réveiller tout l’immeuble. D’autre part, céder devant un enfant parce-que l’on a peur de faire du bruit ou de se faire remarquer, quelle erreur ! Ensuite, notre fille peut faire bien mieux que ce qu’elle fait. Elle n’est pas débile. Elle n’est pas handicapée. Elle n’est pas un bébé. Elle n’est pas une victime. Ce n’est pas une petite malheureuse abandonnée dès sa naissance dans un orphelinat mal famé. Et, ce n’est pas elle qui commande nos nuits !

Maman-sauveuse engueule tout de même notre fille. Mais, pour moi, ça fait trop de bénéfices vu le nombre de fois où ce genre de réveils et de sollicitations nocturnes se répète. Et, cette nuit, en plus, deux parents pour une seule enfant ! Qui plus est pour une enfant capable de faire beaucoup mieux. Je le dis avant de quitter la scène. Et je prédis à ma fille que La fessée va arriver un de ces jours ! Que maman soit d’accord ou pas d’accord !

 

Ce qui s’est passé cette nuit est une raison supplémentaire pour passer la journée du lendemain (hier) avec ma fille. Le matin, après les retrouvailles affectueuses, ma fille se rappelle du pain au chocolat que je lui ai acheté la veille pour le petit-déjeuner. Je le lui avais appris au moment du coucher après lui avoir massé le dos ainsi que les pieds. Notre fille avait été très contente d’apprendre que je lui avais acheté un pain au chocolat. Elle m’avait embrassé sur la tête et m’avait dit, contente : ” Tu penses à tout !”. Ce matin, après le bonjour affectueux,  je lui reparle du “cinéma” de cette nuit. Oui, elle s’en souvient un peu. Elle me dit de quoi elle se souvient. Je complète et lui passe un savon. Ma fille marque d’abord le coup. Puis, après quelques minutes,  elle commence à soupirer et me dit :

«  Je m’ennuie…. ». Je lui dis que cette nuit, c’est moi qui soupirais. Et qu’il aurait fallu qu’elle soit aussi grande qu’elle se montre maintenant. Tu t’ennuies ? Tu vas aller passer un peu de temps dans ta chambre. Tu as faim ? On verra après.

 

Après le petit-déjeuner (environ cinq minutes plus tard) tout se passe bien. Jusqu’à ce qu’un moment, mademoiselle fasse traîner les choses lorsqu’il s’agit d’aller se brosser les dents. Quelques minutes plus tôt, elle était d’accord lorsque je l’ai prévenue. Là, lorsque je l’appelle, il faut qu’elle ait précisément quelque chose à faire. Jouer par exemple. Installer tel jouet comme ça. Et celui-ci comme ça. Je confisque. Et je mets ça en haut de l’armoire. Direction la salle de bain où le brossage de dents se déroule sans trop de façons. Puis, dans quelques minutes, ce sera les devoirs. D’accord.

 

Je suis en train de repasser et j’entends un bruit suspect. J’appelle ma fille. Non, non, je ne touche à rien ! Me dit-elle. Je me dis que j’ai peut-être imaginé des choses. Que je suis trop dans le contrôle.

 

Quelques minutes plus tard, je suis en train de me brosser les dents quand j’ai une « éclaircie ». Je vais voir ce que j’ai confisqué. Ce n’est plus en haut de l’armoire. A la place, il reste une trace du délit par terre devant l’armoire. Saisie par mon interpellation quelques minutes plus tôt, ma fille n’aura pas pensé, ensuite, à venir récupérer ce qui restait du crime. Je rappelle ma fille. Je suis ferme et calme. Je la confonds sans problème. Je lui demande de remettre en haut de l’armoire exactement ce que j’y avais mis. Elle s’exécute. Elle prend un tabouret, monte et remet tout en haut de l’armoire. Voyant l’ingéniosité ainsi que l’audace ( audace que je ne découvre pas tant que ça) je lui dis :

« Tu vois, là, tu n’as pas eu besoin de moi pour récupérer tes jouets dès que j’ai eu le dos tourné. Et je ne t’ai pas entendu pleurer ! Tu as même pu me mentir. C’est ça que je veux, la nuit ! Tu règles ton problème sans nous solliciter ta mère et moi ! ».

 

Ce matin, au réveil, ma fille m’a sauté dans les bras, très contente de me faire savoir que, cette nuit, elle avait su régler son problème toute seule, sans nous réveiller sa mère et moi. Elle m’a répondu que c’était facile et m’a expliqué comment elle s’y était prise. Je l’ai félicitée.

 

Par cet exemple, j’ai compris que devant une certaine contrainte, pour peu que ma fille ait la motivation et l’envie nécessaire d’atteindre son but, qu’elle savait déployer son intelligence et son corps de manière adéquate. Sans cette motivation et cette envie, la contrainte, voire le découragement, prennent rapidement le dessus et son réflexe est de se décourager, de refuser de faire des efforts…et d’appeler au secours alors qu’elle est parfaitement capable de s’en sortir toute seule. Sa mère et moi ne sommes pas des Thénardier : notre fille le sait plus que parfaitement. Elle est habituée à pouvoir compter sur notre disponibilité. Voire, sur notre culpabilité, si nous la laissons trop dans la difficulté, la pauvre petite ! 

 

 

Vis-à-vis de l’épidémie, nous sommes pareils. Chacun a un seuil personnel de contrainte et d’effort qu’il peut supporter. Et notre motivation et notre envie varient aussi afin d’atteindre notre but. Il convient donc, bien-sûr, au besoin, de savoir s’entourer de personnes qui peuvent nous aider à maintenir un niveau de motivation et d’envie suffisant afin d’accepter certaines contraintes, de réaliser certains efforts, en vue de surmonter un obstacle comme celui de l’épidémie.

Cet entourage peut faire montre de fermeté. Mais il doit aussi être bienveillant. Associer les deux attitudes est difficile, surtout sur la durée.  Et je rappelle que chez l’être humain, selon ce que je comprends, la norme, c’est l’extrême : Donc, souvent, l’être humain fait montre soit  de trop de fermeté, soit de trop de bienveillance.Il y a bien-sûr des lois et des règles ou des protocoles. Mais celles et ceux qui les font appliquer sont des êtres humains. Il y a donc souvent du bon. Mais aussi du mauvais selon les circonstances.  Et je ne suis pas pressé que l’informatique ou des robots prennent le contrôle en ce qui concerne l’application des lois : certains êtres humains se comportent déja suffisamment comme des robots borgnes et bornés. 

 

Au vu de ce que j’écris ce matin, on peut considérer que je vais mieux qu’avant hier soir. Sauf que l’épidémie est une épreuve d’endurance. Il s’agit donc de savoir se ménager.  De rester prudent. De s’aérer la tête dès qu’on le peut par des moyens autorisés qui sont compatibles avec les recommandations sanitaires. Faute de ne pas réussir à s’aérer, certaines personnes échapperont néanmoins au coronavirus covid-19, mais elles risquent d’être particulièrement épuisées moralement et physiquement après l’épidémie. Un autre effet secondaire à l’épidémie est le risque d’accoutumance à cette période que nous vivons. Cela peut paraître paradoxal mais nous vivons quand même une période qui nous engage d’une manière particulière et, même si cela peut nous demander certains efforts, voire de grands efforts, certaines personnes peuvent trouver dans cette épreuve un sentiment d’existence décuplé car il s’agit de donner le meilleur de soi.

 

Cette période de contrainte peut aussi être une période de grande créativité. Je le perçois à travers mes articles même si je les trouve “trop” stimulés par l’omniprésence de l’épidémie dans nos pensées.

Notre vie habituelle peut nous empêcher de donner le meilleur de nous-mêmes car nous nous sommes parfois laissés enfermer dans un sillon dont on a du mal à sortir. Alors, que, là, au cours de cette épidémie, nous n’avons pas le choix et nous avons une cause à défendre qui est celle, en principe, du plus grand nombre : survivre. Jaillir hors du sillon tout tracé. Ou que l’on soit.

Même s’il semble que l’épidémie du coronavirus covid-19 touche certaines régions du monde mais pas toutes. Une aide-soignante intérimaire d’origine thaïlandaise particulièrement volubile m’a récemment assuré qu’il y avait peu de personnes touchées par le coronavirus covid-19 en Thaïlande. Elle m’a même donné le nom d’un traitement qui, à l’entendre, serait très bon à prendre de manière préventive. Je n’ai pas su quoi faire de cette information. D’un côté, sa sollicitude m’a fait plaisir. D’un autre côté, je me suis dit qu’avec la peur de la mort, il devait sûrement y avoir plein de personnes prêtes à tout prendre comme traitement si on leur garantissait que celui-ci pouvait les sauver. 

 

Il y a deux nuits, j’avais massé ma fille et ma compagne. Le dos de ma fille, un peu son thorax, ainsi que ses pieds. Et le dos de ma compagne.  Une goutte d’huile essentielle de Niaouli et de Ravintsara dans de l’huile végétale pour notre fille. Une goutte d’huile essentielle de girofle et de Niaouli ( dans de l’huile végétale) pour ma compagne qui m’a ensuite rendu la politesse.

 

Je pense que se faire masser habillé  (donc sans huile essentielle et sans huile végétale) peut aussi être un bon moyen de s’aérer et de récupérer physiquement et moralement. Ça fait du bien à la personne massée, si elle est à l’aise avec le fait d’être massée. Et ça peut aussi faire du bien à la personne qui masse. Pour les personnes confinées, ça peut être un plus. En l’absence d’huile essentielle ou d’une huile végétale dite de « massage », on peut utiliser un peu d’huile d’olive si possible bio. Le massage peut se faire en musique ou sans musique mais autant que possible dans une atmosphère détendue. Je parle évidemment de massage bien-être. 

 

 

Franck Unimon, mercredi 25 mars 2020.

 

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L’Avenir de l’Humanité

»Posted by on Mar 22, 2020 in Corona Circus, Echos Statiques, Ecologie | 2 comments

L’Avenir de l’Humanité

 

Mais qu’est-ce qu’elles ont ? Je suis étonné par le nombre de femmes que je croise dehors depuis le début du couvre-feu. 

 

Ce samedi matin, les premières personnes que je croise dans la rue en sortant  du travail  sont des femmes. Elles courent. Elles marchent. Il fait 7 degrés. La température s’est rafraîchie.

 

Hier soir, en allant au travail à nouveau à vélo, j’avais un pied posé à terre au feu rouge avant d’entrer dans la ville de Levallois lorsqu’une fusée m’a dépassé. Une femme à vélo.

En moins d’une minute, elle m’a mis cent mètres dans le regard. Une imparable application de la distanciation sociale préconisée dans notre contexte d’épidémie. Merci Madame.

 

Quelques kilomètres plus loin, j’étais sur le point d’arriver à mon travail lorsque je suis monté sur le trottoir. Par instinct, j’ai regardé sur ma gauche. Une jeune femme en cycliste, avec un fessier de pistarde, s’était mise en danseuse sur son vélo. Elle grimpait la route avec conviction. Sans casque comme la précédente.

 

En rentrant ce matin, je suis cette fois passé devant le Panthéon. Dans la rue déserte, on voyait très bien son drapeau bleu, blanc, rouge que je n’avais pas remarqué la dernière fois, la veille de la manifestation des Gilets jaunes le samedi 14 mars. ( Gilets jaunes, samedi 14 mars 2020)

 

J’ai pensé m’arrêter pour prendre une photo du Panthéon mais je l’avais déjà dépassé.  Je ne l’ai pas fait. Je voulais rejoindre ces quais de Seine où j’avais vu plusieurs fois des personnes courir. Je voulais voir jusqu’où ces quais pouvaient me rapprocher de la Place de la Concorde qui est dans ma direction pour rentrer chez moi.

En me rapprochant de ces quais,  je suis tombé sur  cette exposition de photos de femmes militant pour le respect des droits des femmes. Parmi ces photos, une de l’actrice Aïssa Maïga dont le discours aux Césars 2020 a pu déranger et déplaire. « Racialiste », « Embarrassant » ( Le discours de l’actrice Aïssa Maïga aux Césars 2020 ).

Pour un de mes amis, le discours d’Aïssa Maïga tient plus du discours « Noiriste » de l’ancien dictateur haïtien Duvalier que de celui de la Négritude de Césaire, Senghor et Damas. Je ne suis pas de l’avis de cet ami. Lui et moi en discuterons sans doute oralement après l’épidémie.

 

 

Ces photos accrochées à cet endroit, sur les grilles de l’ancien ( depuis 2016) Tribunal de Grande Instance de Paris, ont d’autant plus de force symbolique. Et sans doute encore plus, en cette période d’épidémie, de couvre-feu et de peur. Alors, je m’arrête et prends quelques photos.

L’ancien Tribunal de Grande Instance ( judiciaire) de Paris.

 

 

 

Mais comme nous sommes en plein couvre-feu et que nous sommes incités à rentrer chez nous le plus rapidement possible et à limiter nos déplacements, je n’ai pas envie de passer pour un provocateur et un irresponsable en prenant le temps de faire des photos. D’autant que derrière les grilles du Tribunal de Grande Instance, même si on ne les voit pas, il y a des policiers. Alors, je ne traîne pas.

 

Les quais que je voulais emprunter sont interdits d’accès m’indique un employé en chasuble des pieds à la tête. Il porte un masque sur le visage. Et semble un peu agacé par mon comportement. Je m’exécute. Je repars par où je suis venu.

 

Les contrôles policiers ? Je croise plusieurs fois des policiers en rentrant ce matin. Le plus souvent, en véhicules.

Hier soir , déjà, en allant au travail en quittant le Louvre. J’allais passer devant un car de police ou de CRS stationné sur le trottoir. Je me demandais si j’allais être contrôlé. Non. A la place, un jeune homme à vélo, noir, sans casque je crois, l’a été juste avant moi.

 

Ce matin, je croise même deux policiers qui marchent sur le trottoir. Je les salue de la tête en passant en sens inverse à vélo. Ils répondent à mon salut. C’est quelques kilomètres plus loin que je m’avise que l’on me voit de loin. Et que je dois, pour l’instant, transpirer le mec en règle à deux cents mètres: casque, lunettes, chasuble, sac à dos de couleur voyante, lumières la nuit. Ce matin, j’ai même pris une douche au travail avant de partir. Je sens peut-être encore un peu le savon.

 

 

En me rapprochant d’Asnières par le Bd Malesherbes, je tombe à nouveau sur l’affiche du film Brooklyn Secret dont la sortie en salles a été reportée à plus tard ( Brooklyn Secret).

 

Revoir à nouveau cette affiche dans ce contexte d’épidémie et de couvre-feu lui donne aussi d’autant plus de force symbolique. Ce que nous vivons actuellement peut ressembler en partie à ce que vit l’héroïne du film,  interprétée par Isabel Sandoval, également réalisatrice, scénariste et monteuse du film. Comme la sortie du film a été retardée, j’ai pu prendre le temps de lire que les critiques sont bonnes envers ce film. Même Première en dit du bien. « Sublime », je crois. La critique du journaliste Sorj Chalandon dans Le Canard Enchaîné  de cette semaine est également élogieuse : 

 

 

 

 

Ce matin ( hier, samedi 21 mars 2020), à voir toutes ces femmes dehors, même si depuis mon départ du travail, des hommes sont « apparus » entre-temps, je finis par me convaincre que si l’Humanité décline un jour et qu’il reste quelques survivants, il y aura assurément une ou plusieurs femmes parmi eux. L’émission Koh-Lantah nous dit peut-être cette vérité :

 

Si dans notre société et dans notre monde, les femmes sont encore autant reléguées au fond de la classe des postes de décision, c’est peut-être parce-que, dans l’Histoire, elles ont plein de fois supplanté- devancé- les hommes et que le cerveau reptilien de ceux-ci s’en souviennent.

 

Alors que je pédale, je me dis que j’ai un peu changé ces derniers temps. Je suis peut-être en train de devenir une femme. Il faudra que je m’examine.

 

( Ps :  Hier soir vers 22h, une collègue m’a appris que le jeune récemment hospitalisé dans notre service que l’on pensait peut-être positif après avoir été en contact avec une personne porteuse du coronavirus civid-19 Objectif de conscience va bien et est négatif. Cette nouvelle est rassurante. Mais il convient de rester prudent.

Un article dans le journal allemand Der Spiegel informe qu’en Allemagne le déplacement à vélo est préconisé en matière de prévention sanitaire vis-à-vis du coronavirus Covid-19. Merci à ma compagne pour m’avoir fait connaître cet article). 

 

Franck Unimon, dimanche 22 mars 2020.

 

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Objectif de conscience

»Posted by on Mar 22, 2020 in Corona Circus, Crédibilité, Ecologie | 0 comments

Objectif de conscience

 

Lorsque l’ami Zez m’a demandé de témoigner concernant mon quotidien en tant « qu’agent hospitalier », j’ai commencé à me gratter l’arrière-train et à entonner un refrain plus rôdé que mes pensées.

 

Tout d’abord, je lui ai proposé de lire mes deux derniers articles Vent d’âme et Adaptations que l’on peut trouver sur mon blog en lui disant :

 

«  Peut-être que tu trouveras dedans ce que tu cherches ». J’étais content de moi. Je me suis dit qu’encore une fois, même si lui et moi nous connaissons finalement assez peu, certaines de nos préoccupations se rejoignent.

 

Et, puis, Zez m’a recontacté :

 

« J’aime beaucoup tes articles mais c’est trop (ou très) poétique. Ce n’est pas ce que je recherche. Ce que je veux, vraiment, c’est comment tu vis, comment, lorsque l’on est agent hospitalier, on vit l’épidémie dans son quotidien. Comment vous vivez avec ça. Parce-que vous êtes quand même supposés être les sauveurs de la Nation… ».

 

Et, là, j’ai été coincé. J’ai à nouveau ressenti en mon fors intérieur cet interdit déjà ressenti plusieurs fois lorsqu’il s’agit de s’exprimer en tant qu’infirmier sur la place publique.  Bien-sûr,  entre-temps, j’avais compris que lorsque Zez parle «  d’agent hospitalier », il ne pense pas forcément à un ASH, un agent de service hospitalier comme je l’ai d’abord pensé. Mais à tout agent hospitalier. A toute personne qui travaille dans un hôpital public et qui, du fait de l’épidémie, se trouve officiellement engagé depuis cette semaine dans cette « Guerre sanitaire » dont a parlé et reparlé notre Président de la République à la télé. Ainsi que son Premier Ministre et/ou son Ministre de l’intérieur, je ne sais plus.

 

Mais il existe souvent un mur entre cette demande, spontanée, de bien des personnes qui souhaiteraient que des professionnels de l’hôpital s’expriment. Et les professionnels de l’hôpital qui peuvent hésiter ou refuser de le faire. Je ne parle pas, évidemment, des médecins et des psychologues qui sont souvent les plus sollicités ou les plus volontaires dès qu’il s’agit de s’exprimer sur une situation donnée dès qu’il s’agit de l’hôpital et, cela, bien avant l’épidémie actuelle.

 

Non, je parle de tous les autres qui sont, par ailleurs, souvent les plus nombreux et que l’on pourrait presque surnommer la « majorité » silencieuse, souvent anxieuse, peureuse ou voire honteuse à l’idée de s’exprimer à visage découvert. Et même sous couvert d’anonymat.

 

Parce-que, comme je l’ai expliqué à Zez au téléphone, car il m’a semblé nécessaire de le lui dire directement par téléphone plutôt que de poursuivre notre correspondance par sms :

«  A l’hôpital, la parole n’est pas libre ».

 

J’ai ajouté :

«  Moi, encore, j’écris et je suis plus ou moins à l’aise pour m’exprimer en public mais ça n’est pas le cas de beaucoup de mes collègues ».

J’ai continué à expliquer à Zez :

« Dans certains de mes articles, je parle de certaines et de certains de mes collègues. Pourtant, même si je fais en sorte que personne ne les reconnaisse et qu’à mon avis, personne ne les reconnaîtra en lisant mes articles, je ne suis pas sûr que certaines et certains d’entre eux, en  se reconnaissant dans un de mes articles, ne m’en veuillent pas ».

 

Et, très content de moi et de mon argumentation, car j’étais inspiré et Zez semblait de plus en plus convaincu par mes arguments, j’ai placé ce qui était l’estocade :

«  Il faut savoir que dès le début de notre formation, nous sommes formés au secret professionnel…», ce que Zez a traduit de son côté : «  Ah, oui, le serment d’Hippocrate ».

 

Je n’ai même pas essayé de lui dire que le serment d’Hippocrate concerne les médecins. Pour moi, Zez, avait compris ce que je voulais dire : notre parole, en tant qu’agent hospitalier, n’est pas libre. Nous sommes surtout libres dans le silence et l’anonymat.

 

Je me rappelle que Zez et moi, nous sommes quittés au téléphone avec l’idée qu’il essaierait de piocher dans mes deux articles ce qu’il pourrait. J’ai oublié si je lui ai dit que j’allais réfléchir. Par, contre, oui, je voulais bien lui fournir la play-list des morceaux de musique que j’écoute pour me changer les idées en ce moment.

 

Depuis, une nuit est passée. Et, cela m’a apparemment permis de « dé-rusher » ma conscience.

 

D’abord, je suis retourné au travail à vélo. A 20h, hier soir,  je me trouvais dans une des rues- plutôt désertes- d’Asnières, lorsque j’ai entendu des gens applaudir. Je « savais » que ces personnes, depuis leur balcon,  applaudissaient les soignants pour les remercier et les encourager. J’en avais été informé par une chaine de messages reçus sur ma messagerie messenger. Mais aussi sur un des panneaux d’information dans ma ville.

 

Je sais très bien que je ne suis pas Superman. Que je ne suis pas un héros. Mais entendre ces applaudissements alors que me dirigeais à vélo au travail a fini par m’atteindre. Même si ces gens qui applaudissaient dans cette pénombre claudicante ne pouvaient pas savoir qui j’étais vraiment. Même si je me suis dit que sur mon lit de mourant, ces applaudissements ne me guériraient pas. L’attention et la bonne humeur de ces personnes étaient sincères et cela m’a quand même fait plaisir de faire partie de celles et ceux à qui ces applaudissements étaient adressés.

Pourtant, j’ai été soulagé lorsque les applaudissements se sont arrêtés. Oui, soulagé. Sans doute estimais-je que je ne méritais pas ces applaudissements. Et que « d’autres », des vrais soignants, des vrais héros, les méritaient bien plus que moi.

 

Mais, comme on le dit, on est souvent « l’autre » de quelqu’un ou de quelque chose.

 

Près de Levallois, j’avais un pied posé à terre au feu rouge lorsqu’une fusée est passée à côté de moi. Une femme à vélo. Sans casque. Elle m’a rapidement mis à peu près cent mètres dans la vue. Je compte reparler des femmes que j’aperçois dans les rues lorsque je vais au travail à vélo ou en reviens ces derniers temps. ( L’Avenir de l’Humanité).

 

A quelques mètres de mon service, rebelote, je tourne la tête, qu’est-ce que je vois ?

 

Une jeune femme à vélo sur la route, portant un cycliste noir. Celle-ci, dotée  d’un fessier de pistarde grimpait la route avec conviction. Comme la précédente, quelques kilomètres plus tôt, elle roulait sans casque.

 

 

Dans le service, lorsque j’ai rejoint les collègues dans la salle de soins pour les transmissions, cela a été très vite une autre ambiance.

 

Depuis ma dernière nuit de travail, deux nuits plus tôt, notre service de pédopsychiatrie s’était transformé en service de bloc opératoire. Deux jours plus tôt, nous étions tous avec nos vêtements de la vie civile comme d’habitude. Là, par dessus leurs vêtements civils, ou voire avec simplement leurs sous-vêtements en dessous ( c’est ce que j’ai fait. J’ai pris une taille bien trop grande), tous mes collègues portaient un masque chirurgical et s’étaient mis en « pyjama » en papier, de bloc, de la tête aux pieds. Manquaient la charlotte, les gants stériles et les chaussures de bloc. Mais tout le monde était déjà suffisamment équipé pour que soit tourné un épisode de la série Urgences.

J’étais bien-sûr au courant : un jeune hospitalisé récemment avait été en contact, avant son hospitalisation dans « notre » service de pédopsychiatrie, avec une personne qui s’était avérée porteuse du coronavirus Covid-19.

 

Alors que les transmissions se déroulaient, je digérais l’information suivante : notre environnement professionnel et, donc, notre comportement de professionnel et d’individu, avait été modifié rapidement.  Telle une fonte brutale des glaces entre l’hiver et le printemps dans certains régions.

 

Qu’y’ a-t’il de si particulier dans le fait d’apprendre que des soignants, dans un service hospitalier, portent chacun un pyjama de bloc et un masque chirurgical dans un contexte de grande épidémie qui concerne le pays ?

 

D’abord le fait que ce genre de précautions et d’attitudes tranche avec notre univers mental en psychiatrie. Même si, on s’en doute bien, le coronavirus  covid-19 ne va pas faire d’exception pour nous qui travaillons en psychiatrie.

Le virus ne va pas se dire :

« Je suis le Grand Méchant Loup qui laisse tranquille tous les petits cochons qui se sont réfugiés en psychiatrie et en pédopsychiatrie…. ».

 

Ce qu’il y a de particulier, c’est qu’un soignant, quelle que soit sa spécialité, en psychiatrie ou en soins somatiques, n’est pas un individu que l’on sort d’un coma artificiel prolongé- ou d’une éprouvette- comme on le voit dans un film de science-fiction et à qui l’on dit :

 

«  Réveille-toi, va soigner et sauver les gens sans te retourner derrière toi ».  Ce sera peut-être comme ça un jour. Mais, pour l’instant, une soignante, un soignant, c’est encore souvent et toujours, une personne qui a une vie en dehors de son travail. Et qui a un entourage amical, familial ou autre. C’est une personne qui a des tracas personnels. Et qui est perméable aux tracas que peuvent vivre ou susciter des membres de leur entourage.

 

Une soignante et un soignant, c’est aussi une personne qui écoute les informations et qui reçoit des informations par différents canaux. Et, lorsqu’elle ou il arrive au travail, une soignante et un soignant est donc loin d’être une personne « neutre » ou « vierge » de toute influence de l’extérieur. Même si, lors de mes études d’infirmier, on savait nous rappeler qu’en tant que professionnels, nous nous devions d’être…. « objectifs ». Evidemment, il s’agit, pour rester professionnel de savoir trancher, de savoir délimiter mentalement notre vie extérieure de notre vie professionnelle. Certaines personnes y arrivent mieux que d’autres voire peut-être trop bien d’ailleurs, mais penser, néanmoins, que ce qui se passe à l’extérieur, dans notre vie personnelle, n’a aucune incidence, jamais, sur notre vie professionnelle……

 

 

Concernant l’épidémie, il y a donc bien-sûr la «  Guerre sanitaire » qu’on lui livre actuellement. Mais il en est une autre, plus personnelle et plus solitaire que chaque soignante et chaque soignant livre tous les jours comme tout un chacun. Et, cette guerre personnelle et solitaire, il n’y a qu’elle, il n’y a que lui, qui peut en parler, qui pourra en parler, car il s’agit de la sienne et elle n’intéresse que lui, ses intimes, et, peut-être quelques auteurs et quelques chercheurs qui s’intéresseront ensuite à ce genre de sujet.

 

C’est à propos de cette guerre-là que Zez m’a interrogé et que, spontanément, j’ai voulu me taire sous tout un tas de prétextes.

 

Même si j’ai fini par lui envoyer un sms où je lui ai proposé d’en parler à quelqu’un que je « connais» que je sais être engagé et qui, selon moi, serait plus « légitime » que moi pour parler.

 

Oui, «  légitime ». Car c’est aussi ce que j’avais expliqué à Zez :

 

« Tu vas peut-être trouver ça étonnant mais je ne me sens pas légitime pour parler de ce sujet ».

 

C’était en effet très étonnant !

 

Depuis des années, je passe mon temps à réclamer la parole,  à la prendre, à m’exprimer, que ce soit en écrivant et en me mettant en scène, quand je le fais,  en tant que comédien, et par mes écrits et, là, on me demande de parler- j’ai quartier libre- de mon quotidien au cours de l’épidémie et je suis pressé de disparaître des radars.

 

 

J’ai réfléchi à ce sentiment d’illégitimité.

 

 

Premier constat : je me suis senti illégitime parce-que, par rapport à nos collègues des soins somatiques (chirurgie, urgences, réanimation, SAMU et autres….) la psychiatrie et la pédopsychiatrie traînent depuis longtemps ce sentiment d’infériorité. Je croyais m’être plutôt vacciné contre cette « supériorité » de la technique des soins somatiques qui m’avait été inculquée dès ma formation. Mon sentiment d’illégitimité m’oblige à me rendre compte que, en pleine «Guerre sanitaire » et alors que l’on parle d’urgence médicale et chirurgicale, un soignant en soins psychiatriques a moins de « valeur » et de « compétences » qu’un soignant de soins somatiques. Un soignant en soins psychiatriques apparaît, en pleine « Guerre sanitaire », comme un sous-soignant ou un soignant au rabais. Et, les quelques infirmières et infirmiers diplômés en soins psychiatriques qui restent pourront très certainement parler de cette déconsidération qui les a souvent concernés lorsqu’il existait encore deux diplômes d’infirmier : un, général, afin de pratiquer dans tous les services hospitaliers avec ou sans spécialisation (anesthésie par exemple). Un autre, en soins psychiatriques, pour pratiquer en psychiatrie, et, éventuellement, en gériatrie.

Pourtant, je sais suffisamment que toute Guerre provoque ses trauma et que l’on sera bien content, à ce moment-là, d’avoir des soignants en psychiatrie et en pédopsychiatrie. Que  ce soit pendant la Guerre sanitaire actuelle ou après l’épidémie, on peut s’attendre à ce que les services de pédopsychiatrie et de psychiatrie révèlent aussi toute leur nécessité.

 

Mais, ça, c’était néanmoins de l’auto-analyse et de l’autodénigrement automatique.

 

Si nos collègues en soins somatiques ont d’évidentes aptitudes techniques que nous n’avons pas, ou oublions, en psychiatrie et en pédopsychiatrie, je me suis avisé ce matin qu’en fait, mon sentiment d’illégitimité était de toute façon antérieur au début de mes études afin de devenir infirmier. Et c’est mon second constat. Pourquoi ?

D’une part, parce-que je sais un petit peu de quoi est fait ma vie personnelle. Et, pour cela, je peux plutôt remercier mes expériences professionnelles et personnelles en psychiatrie.

D’autre part, parce-que je crois connaître un peu le monde infirmier, d’un point de vue personnel et professionnel, qu’il exerce dans un milieu général ou dans un milieu psychiatrique. Et lorsque j’ai expliqué à Zez qu’à « l’hôpital, la parole n’est pas libre », je parlais autant de la parole d’une infirmière ou d’un infirmier en soins généraux que d’une infirmière ou d’un infirmier en soins psychiatriques :

Parce-que ce n’est pas dans notre culture infirmière de prendre la parole. Même s’il y a des infirmières et des infirmiers qui prennent la parole. Et qui écrivent. Mais il s’agit d’une minorité. Et cette minorité est plus restreinte que la minorité de médecins somatiques ou psychiatriques et de psychologues cliniciens qui « parlent » et écrivent.

On n’est pas étonné d’entendre s’exprimer une personne qui sort de l’ENA ou de Polytechnique ou qui sort d’une école de la Magistrature ou d’une formation d’avocat. Ces professionnels sont formés et poussés à l’art oratoire, à apprendre à séduire l’auditoire comme à lui jouer du pipeau.

Et je ne serais pas surpris que, quelque part, dans le cursus de formation d’un médecin ou d’un psychologue, on retrouve ça : le fait d’être formé – et incité- au fait de s’exprimer, de « présenter un cas » mais aussi de réfléchir et pousser à réfléchir à son sujet.

Dans un film comme Elephant Man, la « créature » est recueillie par un médecin brillant qui en fait un cas clinique à même de critiquer la société. Pareil dans l’histoire de L’Enfant sauvage dont François Truffaut ( « né de père inconnu ») a réalisé un film. On ne parle pas d’une infirmière ou d’un infirmier que ce soit dans l’histoire de Elephant Man ou de L’enfant sauvage.

 

L’infirmier et l’infirmière en soins généraux ont bien les démarches de soins et ce qu’il en reste pour faire ça mais, disons, que ce n’est pas véritablement ce qu’on leur demande le plus. Ce que l’on demande le plus à une infirmière et à un infirmier en soins généraux, même s’il y a des variantes, c’est, d’abord : d’exécuter. Soigner. Soigner et exécuter intelligemment bien-sûr. De savoir pourquoi on réalise telle action pour soigner et comment. Et quand.  Pas de penser à ce qu’est la vie en Société ou à ce qu’elle pourrait être, ou à ce qu’elle devrait être. L’infirmier diplômé en soins psychiatriques est sûrement différent. Mais il y en a de moins en moins. Le diplôme d’Etat d’infirmier qui prépare en priorité aux soins généraux a désormais le monopole en terme de formation infirmière. Et, je suis moi-même un infirmier diplômé en soins généraux ( donc diplômé d’Etat) qui a choisi d’aller travailler en psychiatrie il y a plus de vingt ans.

C’est peut-être pour ces raisons qu’hier, je me suis senti illégitime pour parler de mon quotidien durant l’épidémie lorsque Zez me l’a demandé. Alors que, lorsque j’y ai repensé dans la nuit, j’avais ce qu’il me demandait :

Il n’est pas nécessaire d’accomplir de grandes prouesses techniques pour prendre part à une « Guerre sanitaire ». Il y a bien des bénévoles qui aident à distribuer des repas ( ou des couvertures) pendant l’épidémie et personne ne contestera qu’en faisant ça, ils prennent part à la Guerre sanitaire contre l’épidémie.  

En tant qu’infirmier, être présent pour assurer «  la continuité des soins », pour remplacer des collègues malades ou absents, s’occuper des patients, que ce soit dans un service ou au téléphone, c’est déjà participer à la Guerre sanitaire alors que d’autres préfèrent sans aucun doute rester à l’abri chez eux et faire du télétravail. Et c’est, là aussi, un constat. Le Dr House et le Dr Ross ne sont pas les seuls à permettre que la résistance hospitalière l’emporte sur l’ennemi viral et bactérien qui présente des particularités mortelles.

 

Et puis, je me suis rappelé de mon journal intime.  Hier après-midi, j’ai écrit ça dans mon journal après avoir parlé à Zez. Je n’avais pas prévu de le mettre dans cet article puisque j’étais encore dans mon sentiment d’illégitimité et qu’ensuite je me suis dit que j’allais lui proposer quelqu’un d’autre pour s’exprimer sous couvert d’anonymat  ( j’ai évidemment retiré et modifié certains passages pour des raisons d’intimité et pour que ça serve l’article) :

« Identité en crescendo, album de Rocé.

 

Ma fille est dans sa chambre depuis 14h30/15h00 officiellement pour faire sa sieste.

 

Depuis la dernière fois que j’ai écrit dans ce journal, le couvre-feu a été déclaré par le Président Macron du fait de l’épidémie du coronavirus Covid-19. Il a pris effet cette semaine, mardi ou mercredi. Ma compagne et moi faisons partie des professionnels en première ligne de cette « Guerre sanitaire » qu’a évoquée plusieurs fois le Président Macron dans son allocution présidentielle lundi soir, je crois. Je travaillais cette nuit-là avec F… ma collègue de nuit depuis plusieurs années.

 

Il s’en est ensuivi une atmosphère assez irréelle : tout, pratiquement, tourne autour de l’épidémie. Confinement, plus de contrôles. Obligation d’avoir sur soi un laissez-passer sur soi en cas de contrôle quand on sort. Je n’ai pas encore été contrôlé mais j’ai vu des contrôles.

Dès l’allocution du Président Macron, j’ai décidé de reprendre mon vélo pour aller au travail. C’est plus loin que pour se rendre à notre ancien service ( 1h05 contre 40 à 45 minutes) mais, au moins, je suis à l’air libre et me farcis moins de contrôles ( des contrôleurs + les policiers) dans les transports en commun. Et puis, ainsi, je subis moins la diminution des transports en commun.

 

J’ai le moral. Mais je suis étonné de voir comme l’épidémie a opéré une véritable voire une totale occupation mentale de la plupart des esprits. Et nous n’en sommes qu’au début de l’épidémie en France. Je crois que des personnes vont devenir folles à force d’avoir la tête mangée par l’angoisse et en permanence fourrée dans la pensée du coronavirus Covid-19.

 

Il y a deux jours, un soir, à l’heure du coucher, j’étais au téléphone avec ma compagne lorsqu’elle s’est mise  à pleurer. Soudainement. Cela m’a surpris. Je lui ai demandé si elle pensait que nous allions mourir. Elle m’a répondu qu’elle ne savait pas. Qu’elle était fatiguée. Je lui ai dit que je pense que nous ne mourrons pas. Ni elle, ni notre fille, ni moi.

 

Par contre, je crois qu’il est possible que quelqu’un que je connais meure du coronavirus. Puisque cette épidémie tue.

 

Rues désertes, transports en commun déserts, télétravail et confinement pour celles et ceux qui peuvent. Les supermarchés, les boulangeries, certains bureaux de tabac ainsi que certains points de presse sont ouverts. Tous les centres culturels et lieux publics divers sont fermés : médiathèques, musées, salles de concerts, salles de projection de presse, cinémas, piscines.

 

Notre fille, comme les autres enfants de soignants, est accueillie dans une école et un centre de loisirs dans notre ville. Cela lui permet de prendre l’air et de s’amuser avec d’autres enfants. Ses devoirs lui sont envoyés par sa maitresse via internet.

 

Quelques amis et proches s’inquiètent pour nous, ma compagne et moi, puisque nous sommes appelés à être en première ligne comme d’autres soignants. Pour l’instant, je suis plus inquiet de voir que nous perdons des libertés, que nous entrons dans un Etat policier, et que nous aurons beaucoup de mal à récupérer certaines de ces libertés après l’épidémie.

 

Je crois que savoir couper moralement de l’angoisse, bien se reposer, et, aussi, éviter d’être trop au contact avec des personnes trop angoissées, font partie des munitions à avoir avec soi pour supporter l’épidémie et la surmonter.

Je n’aime pas cette ambiance de folie générale hébergée par la majorité sur les réseaux sociaux par exemple. Tous les jours, tous les jours. Même s’il y  aussi de la solidarité, de l’humour.

J’ai aussi appelé quelques amis et proches. Mais je vais aussi veiller à me reposer et à savoir me tenir à l’écart de celles et ceux qui sont trop angoissés. A couper mon téléphone portable.

Mes prochains articles sur mon blog seront si possible « hors » épidémie, hors du sujet de l’épidémie. Je vais aussi prendre soin de lire ( en ce moment, je lis La Dernière étreinte du primatologue et éthologue Frans de Waal, bon, le titre a un côté funeste mais je l’avais commencé avant le couvre-feu). Et écouter de la musique.

Avant le couvre-feu, nous pensions que X… serait la ville où nous aimerions vivre. L’épidémie va peut-être changer la donne. Sans notre métier, ma compagne et moi serions confinés en permanence lors du couvre-feu car nous n’avons pas de terrasse ou de jardin. Rester tout le temps dans son appartement, c’est usant. Même si on peut sortir pour faire des courses, emmener son enfant à l’école et faire un footing matinal ou emmener son animal faire ses besoins. Ou partir au travail pour celles et ceux qui ne peuvent pas faire du télétravail.

 

Hier soir, ma compagne et moi avons fait le même constat : nous étions vendredi et, en raison de l’épidémie, nous n’avions pas pu prendre le temps de nous occuper de notre fille afin qu’elle fasse ses devoirs. Nous en étions encore aux devoirs de mardi. Nous nous sommes dit qu’elle allait être pénalisée. 

 

Ma play-list pour le moment :

 

1)  A La Claire Fontaine      5:02    Manu Dibango          Afro-Soul Machine [Disc 1]            

 

2) No Monopoly On Hurt    2:55    Kennedy Milteau Segal       CrossBorder Blues (2018) Blues 

 

3) Mirza         3:52    Nino Ferrer   Nino Ferrer Et Cie – La Vie Chez Les Automobilistes      Pop                

4) Verdi: Pater Noster         5:49    Riccardo Chailly: Milan Symphony Orchestra & Chorus “Giuseppe Verdi”    Verdi: Messa Solenne          Classical                      

 

5) Rebellion In Heaven       4:17    Inna De Yard Feat. Cedric Myton  Inna De Yard            Reggae                      

6 ) The Wind Blew It Away – Qua Câu Gio Bay    7:33    Nguyên Lê     Tales From Viêt-Nam           Jazz                

 

7) Fugue En Rire      2:44    Henri Salvador         Ses Plus Grandes Chansons [Disc 2]         Pop                

 

8) Louxor J’adore     3:02    Katerine        Robots après tout     Chanson française              

9) Andy         5:23    Les Rita Mitsouko     The No Comprendo Rock              

 

10 ) Dadoué  4:47    Njie (MJthriller)       Best Of (MJthriller)  Zouk              

 

11) Verdi: Laudate Pueri    6:28    Eldar Aliev, Kenneth Tarver, Etc.; Riccardo Chailly: Milan Symphony Orchestra “Giuseppe Verdi”, Verdi Chorus Milan  Verdi: Messa Solenne          Classical                    

 

12) Kanou     3:52    Mamani Keita           Kanou            Pop     ».

 

La personne que je pensais plus légitime que moi afin qu’elle parle à Zez de son quotidien pendant l’épidémie a répondu ce matin :

 

Elle ne se sent pas légitime pour en parler.

 

Peut-être que mon article va la faire changer d’avis ou inspirer d’autres personnes que je vais contacter et que celles-ci se sentiront suffisamment légitimes pour parler de leur quotidien au cours de cette épidémie. Ce serait bien d’avoir plusieurs points de vue.

 

Franck Unimon, ce samedi 21 mars 2020.  

 

 

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Adaptations

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Adaptations

 

                                                   Adaptations

«  Soleil ! Soleil ! ». On entendait d’assez loin cette voix rocailleuse alors que l’on se rapprochait du service en venant travailler. Ce patient enfermé dans sa chambre d’isolement, convaincu d’être Dieu, croyait pouvoir influer sur la marche du soleil.

 

Un autre jour, l’alarme incendie ou l’alarme anti-agression venait de se déclencher alors que je me trouvais avec ce patient dans le secteur protégé de son service. Tout s’était bien passé jusqu’alors avec lui. Pourtant, Je m’étais alors  dit :

«  Vu son état délirant, cela va être difficile de le faire retourner dans sa chambre…. ». J’avais à peine eu le temps de former cette pensée, que, de lui-même, ce Dieu-Soleil avait de lui-même réintégré sa chambre. Ce faisant, il m’avait en quelque sorte délivré de lui. Et, je pouvais donc me rendre à l’endroit où l’alarme s’était déclenchée et où un renfort était peut-être nécessaire.

 

On pourrait être étonné par l’extraordinaire faculté d’adaptation ainsi que par la très grande lucidité de celles et ceux que l’on dénomme les « fous » qu’ils soient hospitalisés en psychiatrie ou qu’ils soient en « liberté ». 

 

Cette histoire fait partie de celles que j’aime raconter. Elle a plus de vingt ans. L’Humanité a peu changé en plus de vingt ans. Il y a plus de vingt ans, nous avions un certain nombre de peurs et d’inquiétudes qui sont toujours présentes aujourd’hui. Au moment de choisir une destination de voyage. Un mode de déplacement. L’endroit où nous allons habiter. L’école où nous allons inscrire nos enfants. Le genre de personnes que nous allons fréquenter. Pour choisir celle ou celui avec lequel nous allons « faire » notre vie. Lorsqu’il s’agit de changer d’emploi, de métier, de pays ou de région. Le concert où nous allons nous rendre. Le plat que nous allons prendre au restaurant. Le film que nous allons voir.

 

Bien-sûr, depuis quelques jours et les mesures et restrictions décidées par le gouvernement afin d’endiguer les conséquences de l’épidémie que nous connaissons, un certain nombre de ces actions et activités ont été limitées et sont contrôlées. Le « temps » de l’épidémie. Officiellement.

 

J’écris « officiellement » car j’appréhende beaucoup qu’après l’épidémie, fort de certains chiffres et de résultats que le gouvernement saura nous asséner, que certains contrôles deviennent une norme inacceptable et inconcevable avant l’épidémie.

 

Précisons tout de suite : il y a du bon dans les contrôles. On contrôle bien son poids. Sa tension artérielle. L’argent que l’on dépense. Le nombre de verres d’alcool que l’on boit avant de reprendre le volant. S’il fait beau ou froid dehors avant de sortir. Si l’on dispose d’assez de nourriture et de boissons lorsque l’on reçoit des invités et que l’on fait la fête.

 

Et je m’attends à ce qu’avec la multiplication des contrôles du fait de l’épidémie,  et le couvre-feu, que diverses sortes de criminalités diminuent, que la menace anti-terroriste recule. Avant hier soir, je crois, je me suis imaginé ça en passant devant un coin de rue :

” ça fait drôle de voir un dealer qui porte un masque chirurgical dans la rue”.

On sait aussi qu’une moindre circulation routière et une moindre activité « humaine » fait du bien à l’atmosphère de la planète et du pays. Même si on sait aussi nous dire que cela est catastrophique pour l’économie et les finances même si certains en profitent pour faire un très bon chiffre d’affaires ou pour y gagner en popularité :

Du revendeur et du producteur de papier toilettes à certains financiers en passant par d’autres activités. Je veux bien croire que mon blog, comme d’autres blogs, d’autres sites, et bien des auteurs,  sera un peu plus lu en ce moment qu’avant la période de l’épidémie.

 

Mais c’est la fréquence des contrôles, leur justification et leurs caractères obligatoires qui peuvent devenir oppressants et rendre certaines réactions et certaines résistances….explosives.  

En y repensant, je me suis aperçu que ce je dis et ressens vis-à-vis d’un « contrôle » qui nous est fréquemment imposé, s’applique autant à la façon dont nous éduquons nos enfants où nous avons beaucoup tendance à les « contrôler » ou à vouloir les « contrôler ». Mais aussi à ce que peuvent vivre des détenus…en prison. Hier, j’ai lu que les conditions de prévention sanitaire dans des cellules de prison déjà surchargées étaient pratiquement irréalisables. On peut donc s’attendre à des émeutes prochainement dans certaines prisons comme dans tout endroit qui cumulera trop d’enfermement et trop de contrôle. Et pas assez….de folie.

 

J’ai  véritablement compris ce matin la raison pour laquelle, en apprenant les mesures relatives au couvre-feu, la diminution des transports etc…, j’avais d’un seul coup éprouvé le besoin de me rendre au travail au vélo. Alors que cela m’impose une certaine contrainte physique :

 

Prendre les transports en commun, le métro, s’est s’enfermer. Se priver de l’air et de la lumière extérieure. C’est accepter de se déplacer dans un espace restreint avec peu de possibilités d’échappatoires en cas de besoin ou si je le souhaite. Quand je le souhaite.

 

Je ne suis pas particulièrement claustrophobe. J’aime beaucoup prendre les transports en commun. En région parisienne, je préfère largement prendre les transports en commun à conduire ma voiture. Et je ne suis pas particulièrement inquiet à l’idée d’être contaminé parce-que j’aurais partagé un espace public confiné dans les transports en commun.

 

Par contre, savoir qu’aux contrôles de titres de transport déjà fréquents bien avant l’épidémie, vont désormais s’ajouter, en toute légalité, d’autres contrôles pour, officiellement, des raisons sanitaires du fait de l’épidémie. Tout en sachant que chaque fois que l’on appose notre pass navigo sur une porte de validation, notre itinéraire est déjà contrôlé ; et que chaque fois que notre téléphone portable ou notre ordinateur est allumé qu’il est possible non seulement de contrôler notre itinéraire mais aussi notre activité…..

 

Toutes ces mesures de contrôles et d’enfermement ont soudainement fait trop pour moi. Même si, je le répète, j’approuve toutes les mesures de précautions sanitaires et m’applique à les suivre de mon mieux comme la majorité des citoyens de France et des pays concernés par l’épidémie.

 

Je veux pour preuve de ce « trop-plein » d’enfermement et de contrôle le premier rêve que j’ai fait cette nuit directement inspiré de l’épidémie.

 

Dans mon rêve, il n’était pas question d’un hôpital, de patients exsangues, ou de moi, ou d’un proche, mourant sur un lit d’hôpital alors que ces éventualités sont pourtant probables.

Dans mon rêve, il était question….d’un Etat policier et de contrôles permanents. Voilà ce qui, pour l’instant, m’inquiète et m’épouvante plus que le coronavirus Covid-19.

 

 

 

 

Je devrais être content d’être dans un pays puissant qui dispose d’un gouvernement qui essaie de son mieux de prendre la mesure de l’épidémie afin d’éviter qu’elle se répande et tue beaucoup de gens. Mais ce sentiment, s’il est présent, reste habité, infecté, percé, par un très grand sentiment de défiance envers ce même gouvernement.

 

Je n’ai pourtant rien, spontanément, je me répète, contre les contrôles, la police et l’Etat.

Mais ce qui fait la différence entre ma fille qui, ce matin, alors que je la ramenais à l’école, m’a dit «  J’adore la police. Parce-que la police est là pour nous protéger et arrêter les méchants » et moi, c’est, sans doute, la somme de tous ces contrôles, leur fréquence comme leurs justifications, que j’ai déjà vécus et subis comme la majorité des citoyens.

 

Et, cela, bien avant l’épidémie.

 

Et, j’ajoute tout de suite que, ici, je me mets dans le même lot que n’importe quel citoyen, blanc ou noir. En excluant tout critère racial.

 

Il y a deux jours, en apprenant le couvre-feu à venir, lorsque j’ai décidé de reprendre mon vélo pour aller au travail, je ne me suis pas dit :

 

« Avec ma tête de noir, je suis bon pour battre tous mes scores de contrôles au faciès ! ».

 

Même si je peux imaginer que des noirs mais aussi des Arabes ou des asiatiques se sont peut-être dit, eux, qu’avec le couvre-feu et la multiplication des contrôles, qu’ils allaient en bouffer, des contrôles, pendant l’épidémie.

 

Il y a deux jours, en apprenant le couvre-feu, je me suis simplement dit – sans prendre le temps de réfléchir- que ce serait bien et mieux de rester à l’air libre. Et de moins subir le fait qu’il y ait moins de transports en commun. De ne pas avoir à attendre une demie heure ou plus pour avoir un train.

 

Les faits m’ont déjà donné un peu raison.

 

Hier matin, une collègue a appelé vers 6h10. Elle était contrariée et semblait culpabilisée :

 Il n y avait pas de train près de chez elle. Elle ne savait pas quand il allait y en avoir un. Et elle ne savait pas à quelle heure elle allait pouvoir arriver dans le service. Cette collègue censée commencer à 6H45 arrive habituellement avec dix à quinze minutes d’avance. Elle est donc un modèle de ponctualité.

Notre autre collègue qui commençait également à 6h45  a, en temps ordinaire,  plus de difficultés pour arriver à l’heure dans le service.

Depuis le « déménagement » provisoire de notre service, cette seconde collègue met environ une heure trente pour venir dans le service en prenant les transports en commun. 

Avec le « déménagement » de notre service, certains collègues ont vu leur temps de trajet diminuer et d’autres, sensiblement augmenter. Je fais partie des chanceux :

 

Par les transports en commun, mon trajet a été augmenté d’environ dix minutes, ce qui est peu. Par contre, à vélo, comme je l’ai écrit plus ou moins ( Vent d’âme) mon trajet a été augmenté de vingt bonnes minutes. C’est un effort physique supplémentaire supportable à condition de bénéficier d’un minimum d’entraînement et à condition, évidemment, de pouvoir bien récupérer entre les périodes d’effort. Je rappelle que je travaille de nuit et que le travail de nuit comporte certaines conséquences sur la santé très bien connues depuis des années par la médecine du travail. Même si, pour l’instant, à part quelques moments de fatigue, je m’accommode, je crois, plutôt bien du travail de nuit. Et je m’en accommode aussi parce-que c’est mon choix, pour l’instant, de rester de nuit dans ce service.

 

Hier matin, ma collègue embêtée par son retard incompressible, est finalement arrivée bien plus tôt que ce à quoi je m’attendais. En sueurs, assez contrariée, elle m’a dit avoir « speedé » pour venir. Au téléphone, j’avais pourtant fait mon possible pour dédramatiser la situation. Ma collègue de nuit et moi pouvions attendre. Nous connaissions très bien le contexte. Par ailleurs, j’ai toujours en tête ce qu’avait pu me dire mon ancien ami et collègue, Scapin, Bertrand pour l’Etat-civil, décédé d’un cancer quelques années avant de prendre sa retraite :

Se dépêcher lorsque l’on est en retard, c’est courir le risque de l’accident idiot qui peut être mortel.

Scapin n’avait pas eu besoin de forcer pour me convaincre de ce genre de raisonnement. J’ai longtemps été un retardataire chronique et cela m’arrive encore d’être en retard.

 

Lorsqu’il n’y a pas d’urgence.

 

J’essaie de faire le tri et la différence entre les véritables urgences….et les fausses urgences. J’ai continué à apprendre à le faire lorsque j’ai travaillé dans un service d’hospitalisation de psychiatrie adulte il y a plus de vingt ans. J’avais commencé à apprendre à le faire auparavant en travaillant comme vacataire et comme intérimaire. En prenant certaines personnes et certaines situations pour modèles. En faisant le ratio entre le stress ressenti, maximal, et le résultat final d’un certain nombre de situations vécues au travail mais aussi dans la vie. Après avoir conclu un certain nombre de fois :

” Tout ça ( autant de stress et d’inquiétudes, tout un pataquès ) pour ça ?! “.

J’étais sans doute volontaire pour ce genre d’apprentissage. Cet apprentissage s’accorde peut-être assez bien avec mon tempérament. Avec mes croyances. Avec, aussi, ce que j’imagine, à tort ou à raison, de mes capacités réelles et supposées d’adaptation en cas de problème. 

 L’anxiété et la peur nous font souvent voir des situations d’urgences là où, en fait, nous avons affaire à des fausses urgences.

C’est ce que je crois d’après mes expériences.  

 

Mais il me sera difficile de convaincre celles et ceux qui voient des urgences à peu près partout et qui ont aussi de l’expérience  :

Cette attitude et cette vision des événements n’est pas une science exacte ni démontrable. Même en donnant des exemples “concrets”. Le sentiment de vulnérabilité et d’impuissance fluctue d’une personne à un autre. 

Et puis, voir des urgences partout est une façon personnelle de s’adapter aux échéances. De se préparer ou de se “sentir” prêt.

Les façons de s‘adapter à une même échéance peuvent énormément varier d’une personne à une autre selon les environnements : une personne très à l’aise dans un environnement donné peut complètement perdre ses moyens dans un autre environnement à un point inimaginable. 

Je me rappelle avoir recroisé une étudiante infirmière qui avait effectué un stage dans le service de psychiatrie adulte que je mentionne dans le début de cet article. Lors de son stage, cette jeune étudiante ne m’avait pas marqué par une aisance particulière. Lorsque je l’ai revue plusieurs années plus tard, je reprenais des cours de plongée dans un club en région parisienne. Et, nous avions à nous immerger dans une fosse pouvant atteindre les vingt mètres de profondeur. Cette étudiante-infirmière, qui était peut-être diplômée depuis, n’était alors plus dans la situation de l’étudiante face à un infirmier. Et elle n’était plus, non plus, dans un service de psychiatrie. Elle était dans un univers aquatique où, de toute évidence, elle avait ses marques et une grande aisance. Alors que moi, je reprenais la plongée après plusieurs années d’inactivité dans ce club que je découvrais. Hé bien, ce jour-là, le grand anxieux et l’inadapté, ce fut moi sans aucune discussion. Qu’est-ce que je fus ridicule peut-être lors de cette séance lorsqu’il fut question de nous jeter à l’eau depuis un plongeoir, tout harnachés de notre équipement de plongeur ! Ridicule, hors de propos, pas dans le coup, flippé. Un vrai sketch comique. 

 

De temps à autre, j’essaie de me rappeler, comme, selon les circonstances, nous sommes beaucoup moins assurés et beaucoup moins beaux à avoir que lorsque nous évoluons dans un univers que nous connaissons et maitrisons. Mais, aussi, que celles et ceux qui nous “commandent” ou nous épatent, sont aussi exactement pareils une fois sortis de leur domaine de compétences et de prédilection. Ce que nous avons pourtant souvent bien du mal à imaginer et à accepter. 

 

Et puis, il y a aussi du bon dans le fait d’être entouré de certaines personnes anxieuses ou prévoyantes comme de savoir les écouter. Car l’excès d’assurance peut nuire.  

Et, évidemment, il  existe bien-sûr des façons communes de réagir à une même échéance.

Certaines urgences sont indiscutables

 

Hier matin, pour moi, mes deux collègues du matin pouvaient prendre leur temps pour arriver. Je savais que leur retard leur était imposé par les circonstances. Je savais que j’avais de la marge pour les attendre. Il n’y avait pour moi pas d’urgence à ce qu’elles arrivent. Le service était calme. Et si nécessité il y avait, ma collègue de nuit et moi aurions pu nous occuper des patients en attendant l’arrivée de nos collègues du matin. Du reste, en les attendant, je me suis rappelé que j’avais dans mon vestiaire une enceinte portable. Je suis allé la chercher et ai raccordé mon baladeur audiophile pour lancer le titre Reggae Makossa de Manu Dibango.

 

Plus tard, et alors que la musique continuait de tourner là où je l’avais laissée , lors de ma conversation avec ma collègue du matin dans la salle de soins , celle-ci m’a répondu avoir renoncé à venir à vélo dans notre « nouveau » service :

D’une part, elle s’était faite très peur en passant par l’Arc de Triomphe en raison de la densité de la circulation routière. C’était avant le couvre-feu et avant que l’épidémie prenne autant d’ampleur. Je n’ai pas discuté son propos. Je me rappelle encore d’une anecdote qu’un kiné m’avait raconté il y a plusieurs années : une connaissance, qui avait principalement vécu quelque part en Afrique, s’était retrouvée sur l’Arc de Triomphe en voiture. Cette personne avait tourné pendant une demie-heure autour de l’Arc de Triomphe avant de réussir à en sortir. 

 

D’autre part, toujours pour cette collègue,  l’effort physique pour venir à vélo dans notre « nouveau » service avait été si éprouvant  qu’en arrivant dans le service, elle était au bord du malaise. Et elle avait dû prendre le temps de récupérer de son effort avant de pouvoir prendre son service.

 

Le repos, la capacité de récupérer physiquement et mentalement, de savoir se limiter,  mais aussi de s’y autoriser, fera partie de la solution  pour gagner la  « Guerre ».

 

Cette vérité-là, concrète, je doute que le Général Macron l’ait prise en compte lors de l’effort de guerre qu’il a demandé aux soignants dans son allocution. Ou alors il connaît cette vérité et en a rajouté une couche en parlant et en reparlant de « Guerre sanitaire » pour enjoindre et pousser les soignants à se lancer, à se jeter pratiquement tête baissée, sans prendre le temps de respirer, dans le combat contre l’épidémie :

Avant toute épidémie, quelle qu’elle soit, et avant d’être « mobilisés » ou «  réquisitionnés » par leur hiérarchie ou des circonstances sanitaires particulières,  les soignants sont avant tout des personnes engagées qui ont une conscience morale et professionnelle et qui travaillent dans des conditions qui peuvent être particulièrement exigeantes et contraignantes.

 

Les soignants sont souvent des personnes qui s’autocontrôlent  et s’autocensurent d’elles-mêmes en permanence.

 

Elles se mettent d’elles-mêmes, et toutes seules, une grande pression. Elles ont souvent  un sens des responsabilités, du Devoir, mais également de culpabilité et d’autocritique particulièrement élevé.

 

Ce qui est souvent bien pratique pour les manager. Et les maltraiter.

 

Oui, j’ai bien écrit «  soignants » car dans mon article Vent d’âme , j’ai beaucoup centré mon attention sur le personnel infirmier. Alors qu’évidemment, il y a d’autres professionnels et d’autres métiers soignants que celui d’infirmier. Et que l’on peut du reste ajouter tout le personnel socio-médical, administratif ainsi que le personnel de ménage et hôtelier lorsque l’on parle d’un établissement de soins.

Il faut aussi ajouter le personnel technicien. Car un établissement de soins tient aussi grâce à son personnel technicien :

Lorsqu’un ascenseur tombe en panne, que l’informatique se déchausse et se dérègle, ou qu’un incendie débute, il faut bien faire appel à des techniciens. Et c’est tout ce personnel soignant et non-soignant qui permet à des lieux de soins de tenir et de bien fonctionner. Pas uniquement le personnel infirmier ou médical.

Et, sans doute, aussi, doit-on ajouter dans cet organigramme, à côté des services de direction… les syndicats. Les syndicats qui ont connu une certaine désaffection par rapport à il y a vingt ou trente ans,  sont des organisations, du moins à l’hôpital, pour ce que j’en vois, souvent constituées de personnel hospitalier initialement soignant comme non-soignant.

 

Tout le personnel, soignant et non soignant,  syndiqué ou non syndiqué, indispensable à la bonne marche d’un lieu de soins, a, connaît, vit, un certain nombre de contraintes personnelles et professionnelles variables en dehors de tout contexte d’épidémie.

 

Certaines de ces contraintes peuvent être le fait de tomber malade. Car, oui, du personnel soignant et non-soignant, hors de tout contexte d’épidémie, ça tombe aussi malade. Où ça a des enfants ou des proches qui tombent malades comme tout le monde hors de tout contexte d’épidémie. Et ce personnel soignant et non-soignant, ne bénéficie pas toujours des égards auxquels il pourrait avoir droit lors de ces circonstances de maladie et autres qui l’empêchent de se rendre au travail. D’où la raison pour laquelle, oui, j’ai bien écrit le mot «  Maltraiter ».

 

Avant l’épidémie, dans mon hôpital, il y avait régulièrement du personnel manquant dans un certain nombre de services. Dont le mien. Pour raisons de maladies qui n’ont rien à voir avec l’épidémie. Pour des arrêts de travail. Mais aussi du fait de départs de personnels non remplacés.

 

Alors, en période d’épidémie et de « Guerre sanitaire », je vous laisse imaginer ce qu’il peut être possible, pour certains managers et décideurs, d’exiger du personnel soignant et non-soignant pour combler ce manque de personnel.  Pour des raisons « d’éthique », de « solidarité ».

 

Et je ne crois pas que le Général Macron soit bien au fait de tout cela. Ses différents intermédiaires se garderont bien de lui faire part de ce genre d’informations. D’autant qu’un Général en pleine guerre peut avoir bien d’autres préoccupations que de s’assurer du bien-être de ses soldats.

 

Je le précise tout de suite :

 

Dans mon service, je nous crois , pour l’instant,  préservés de ces travers en termes de maltraitance. Nous sommes plutôt solidaires. Du médecin-chef, à la cadre de pôle jusqu’à la femme de ménage.

 

Par exemple, un des praticiens hospitaliers du service avait créé un groupe What’S App plusieurs semaines avant qu’on en arrive au couvre-feu et aux mesures actuelles. Et ce groupe What’s App permet bien des échanges d’informations concernant les adaptations à faire au vu du contexte ainsi que d’informations qui permettent de déminer le climat anxiogène actuel.

 

 

Mais je « connais » suffisamment, je crois, mon environnement professionnel, ainsi que d’autres soignants ailleurs, pour savoir ce que le mot «  Maltraiter »  peut vouloir dire concrètement, dans le milieu hospitalier lorsque l’on y exerce en tant que soignant. Ou non-soignant. 

 

Si j’ai autant pris le temps d’écrire tout ça, c’est parce-que, l’on a vite fait de dresser un portrait convenable et présentable de l’engagement des soignants en occultant ce qu’il peut y avoir derrière comme souffrance personnelle et professionnelle du côté des soignants ( mais aussi du côté des non-soignants), et, cela, bien avant l’épidémie qui nous occupe en ce moment.

 

Maintenant, que j’ai écrit ça, passons aux bonnes nouvelles, car il y en a.

 

Ça passe évidemment par ces initiatives diverses sur les réseaux sociaux. Avec des chaînes de solidarité et de reconnaissance envers les personnels soignants.

 

Par des messages d’amis.

 

Par la solidarité qui peut exister au sein de certaines équipes et dans certains services.

 

 

Par cette initiative de l’Opéra de retransmettre gratuitement sur le net certains de ses spectacles. Une collègue nous en a informés.

 

Par des actions comme celle de ce réalisateur, de ce caméraman et de ce danseur croisés devant le Louvre.

 

Le danseur Dany, avec le réalisateur Cyril Masson. Je ne connais pas le prénom du cameraman.

 

Un certain nombre de lieux publics sont aujourd’hui fermés. Les cinémas et les médiathèques par exemple. Les salles de cinéma sont fermées jusqu’au 15 avril pour l’instant. Les projections de presse ont été annulées jusqu’à cette date pour le moment. Bien d’autres manifestations artistiques et culturelles ( concerts, expositions….) ont été toutes autant suspendues du fait de l’épidémie. 

 

En circulant à vélo, je suis passé plusieurs fois devant l’affiche du film Brooklyn Secret qui devait sortir ce 18 mars et à propos duquel j’ai écrit ( Brooklyn Secret  ). Je sais par un mail des attachés de presse que la sortie de ce film, comme celle de bien d’autres films, est repoussée à plus tard. Cela m’a rappelé que je n’ai toujours pas écrit d’article sur les derniers films que j’avais vus au cinéma avant le couvre-feu :

 

L’appel de la forêt, EMA mais aussi Kongo. J’ai toujours prévu de le faire.

 

 

Hier matin, en revenant du travail à vélo, j’ai été étonné de voir autant de personnes effectuer un footing matinal. Pratiquement autant de femmes que d’hommes. Je me suis demandé si cela était dû au fait que les températures extérieures, depuis quelques jours, sont plutôt douces ( 17 degrés hier à Paris) et que l’on se rapproche du printemps ( le 21 mars). Ou si l’obligation de confinement pousse davantage certaines personnes à aller évacuer leur trop-plein d’enfermement et de télétravail en allant par exemple courir dans des rues de Paris désormais plutôt désertes. Il y a un ou deux jours, près de chez nous, des jeunes d’un foyer jouaient bruyamment dehors au basket alors qu’ils auraient “dû” plutôt éviter les contacts avec l’extérieur. Si leur attitude est contraire aux règles sanitaires décidées pour éviter et limiter la contagion, cette partie de basket leur a peut-être aussi permis d’évacuer un trop-plein d’anxiété et de stress et les aidera peut-être aussi à supporter moralement les nouvelles restrictions décidées concernant les déplacements à l’extérieur et les regroupements. 

 

 

En rentrant mon vélo dans son local, hier matin, je suis tombé, dans le hall de l’immeuble, sur un mot d’une personne qui avait scotché l’exemplaire désormais nécessaire d’attestation de déplacement dérogatoire. Cette voisine avait ajouté un mot dans lequel elle expliquait comment obtenir ce formulaire. Mais elle fournissait également son numéro de téléphone portable afin d’aider aux courses. J’imagine qu’il est d’autres initiatives comme celle-là à d’autres endroits.

 

 

J’ai bien-sûr appelé et contacté quelques personnes afin de m’assurer qu’elles vont bien. J’en contacterai sûrement d’autres.

 

 

Si j’ai exprimé mes réserves envers le gouvernement, je reconnais évidemment le bien-fondé des mesures de précautions sanitaires qu’il préconise.

 

 

Certains amis m’ont témoigné leur inquiétude du fait de mon métier d’infirmier en psychiatrie et en pédopsychiatrie. Parce-que, comme bien des soignants, je suis exposé plus que d’autres au virus. C’est vrai. Mais je peux sortir pour aller travailler et donc prendre l’air. Et, je peux plus ou moins agir. En espérant que mon action soit plus bénéfique que porteuse du virus. Lors des grandes catastrophes, les personnes qui peuvent- aussi- avoir le plus de mal à s’en remettre sont celles et ceux qui ont été principalement spectatrices ou victimes de la catastrophe. Celles et ceux qui agissent, s’ils peuvent mourir ou se voir infliger des blessures ou des douleurs du fait de la catastrophe, se sentent au moins utiles. Ne serait-ce que pour remplacer une collègue ou un collègue malade ou absent. Ou en retard. Et puis, face à l’épidémie, je ne suis pas seul. Tout cela, en plus des encouragements adressés de part et d’autres aux soignants,  change beaucoup la donne.

 

Sur la première photo de cet article, prise près du Louvre avant hier matin, en revenant du travail, on peut voir des barrières. Lorsque je suis passé hier matin au même endroit, et à peu près à la même heure, toujours à vélo, en plus des barrières,  trois maitres-chiens étaient présents de part et d’autre de la pyramide du Louvre.  Cette présence m’a intrigué.

 

Les photos pour cet article ont été prises entre le 17 au  matin et ce matin, le 19. Parmi elles, des photos d’articles de presse, ou de couvertures de la presse. 

 

A priori, toutes ces barrières devant la pyramide du Louvre gâchent la vue sur la première photo de cet article. Mais en la regardant ce matin, je me dis qu’elle est très  bien comme ça :

 

Car on voit bien que le soleil passe à travers. Soleil ! Soleil !

 

 

Franck Unimon, ce jeudi 19 mars 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans ” Le Canard Enchainé” de cette semaine.

 

Dans ” Le Canard Enchaîné” de cette semaine.

 

 

Dans ” Le Canard Enchainé” de cette semaine.

 

 

Dans ” Le Canard Enchainé” de cette semaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Coronavirus

»Posted by on Fév 24, 2020 in Corona Circus, Crédibilité, Echos Statiques, Ecologie | 0 comments

Coronavirus

 

 

Coronavirus : un petit sursis pour l’homme, un grand profit pour les pharmacies.

 

 

Je me trouvais du côté de la Gare du Nord. Je me suis dit que j’allais essayer de me procurer un numéro d’El Watan. Depuis que dans le 8ème arrondissement de Paris, j’ai croisé un journaliste d’El Watan, je me suis mis en tête de le lire. C’était avant d’interviewer le réalisateur Abdel Raouf Dafri dont j’ai déjà reparlé récemment. ( A Voir absolument ).

 

A entendre ce journaliste, il était facile de l’acheter dans un kiosque à journaux. C’était il y a plusieurs semaines. Toujours dans le 8 ème arrondissement, j’ai recroisé ce journaliste il y a quelques jours alors que je me rendais à la projection de presse du film Brooklyn Secret (Brooklyn Secret.) Mais avant que je puisse lui exposer mes difficultés pour trouver à la vente ce journal qui le rémunérait, il avait disparu.

 

Dans un point presse bien pourvu du 13ème arrondissement où on ne le vend plus depuis une dizaine d’années, on m’avait suggéré que j’avais mes chances à Barbès. C’est là que des anciens clients de ce point presse se rendraient désormais pour acheter El Watan.

 

Je me suis imaginé que j’avais mes chances à la Gare du Nord. Puisque c’est proche de Barbès. Je me suis trompé. A la place, le vendeur a fait de l’humour. El Watan ? L’Algérie ? J’ai commencé moi aussi à faire de l’humour :

« Vous savez que l’Algérie existe ? ». Il m’a répondu sans détour :

« Je sais que l’armée existe…je suis algérien ».

Il m’a confirmé qu’il était probable que El Watan soit en vente à Barbès. Mais je ne me voyais pas aller jusqu’à Barbès. Je me suis contenté du New York Time  et de El Pais.

 

Par paresse, je lis très peu de presse étrangère. C’est un tort. C’est un tort de se contenter du minimum de ce que l’on sait et de ce que l’on a pu apprendre ou commencé à apprendre à l’école ou ailleurs. De rester dans son confort. C’est comme ça qu’ensuite, avec l’habitude, le quotidien, notre regard sur nous-mêmes et sur notre environnement se rétrécit et qu’après on pleure sur soi-même parce-que notre vie est pourrie. Qu’il ne s’y passe jamais rien ou pas suffisamment selon nous.

Mais, là, j’ai acheté The New York Times  et El Pais. Même si je savais que je les lirais très partiellement, cela me permettrait déjà de partir ailleurs.

J’ai plus feuilleté le New York Times car mon manque de pratique de l’Espagnol m’handicapait avec El Pais.

 

Dans le train du retour, je me suis assis à quelques mètres d’un SDF bouffi par l’alcool que je connais de vue. Je crois qu’il réside dans ma ville. Une dame venait de lui donner de l’argent. Mais dès qu’il m’a aperçu près de lui, il m’a sollicité et en a redemandé. A défaut d’argent, il m’a d’abord demandé l’heure car il ne pouvait pas voir. Puis, il a fini par me demander de lui donner un journal. Pour lire. Pour s’informer. Il avait manifestement envie de parler à quelqu’un. Lorsque je lui ai dit que les journaux étaient en Anglais et en Espagnol, il a renoncé. Par contre, lorsque quelques minutes plus tard, un autre homme est venu faire la manche dans le même wagon en passant parmi les voyageurs, il l’a aussitôt menacé et lui a dit de se casser. L’autre homme a poursuivi son œuvre avec le sourire.

 

Ce matin, je suis passé à la pharmacie. Je savais que je n’y trouverais pas El Watan. Aussi me suis-je abstenu de le demander. J’étais là pour acheter une lotion capillaire pour ma compagne. J’ai déjà fait « pire » :

Je devais avoir à peine une vingtaine d’années lorsque ma mère m’avait demandé de lui acheter une paire de collants. Cela ne m’avait pas dérangé. Depuis le temps que ma mère m’envoyait faire des courses. J’étais ressorti du supermarché et, dans les rues de Pointe-à-Pitre, j’avais rapidement compris que certaines personnes qui m’avaient croisé avaient des yeux de drones leur permettant de voir parfaitement à travers le sac en plastique transparent que je portais en toute décontraction.

 

Ce matin, pas de collant parmi mes achats. J’étais à la caisse quand j’ai entendu un homme plus jeune que moi demander à une autre caisse un masque FFP2. J’ai aussitôt fait le rapprochement avec le coronavirus Covid-19 bien que, sans cet homme, j’aurais été incapable de savoir le définir de cette façon.

Devant moi, le pharmacien qui me servait m’a répondu qu’il allait voir s’il en restait. Il m’a d’abord dit qu’un masque coûtait 2,99 euros, l’unité. Puis, revenant avec trois masques, il m’a présenté ses excuses : un masque coûtait 3,99 euros. Je les ai néanmoins pris tous les trois.

 

Le pharmacien m’a confirmé que, oui, c’était bien les masques préventifs pour le coronavirus. Il m’a dit qu’il espérait que cela allait s’arranger. Il m’a répondu qu’ils n’en n’avaient pas toujours mais qu’il y avait en ce moment une certaine demande surtout des touristes. Il se trouve que les seuls touristes « reconnaissables » que j’ai pu voir dans cette pharmacie parisienne sont asiatiques. Peut-être chinois. Peut-être japonais.

 

Jusqu’à maintenant, j’ai entendu parler du coronavirus Covid-19 sans m’en inquiéter plus que ça. Mais, ce matin, je me suis dit que cela pouvait être bien de « s’équiper ». En sachant que, selon les dires de ce pharmacien un masque a une durée d’efficacité de 8 heures. Il serait donc convenable si l’épidémie du coronavirus arrive en France qu’elle soit très rapide. Ou d’avoir de quoi acheter un nombre plutôt conséquent de masques. Mais je me suis dit ça après avoir quitté la pharmacie et après avoir payé les trois masques. Parce qu’en reprenant le métro, j’ai pris le temps de lire le journal gratuit distribué devant la pharmacie. J’ai jeté ce journal depuis. Mais je me souviens qu’après un match laborieux, le PSG, hier, a battu Bordeaux 4-3 au parc des Princes. Que El Matador « Cavani » a marqué son 200ème but avec le PSG toutes compétitions confondues. Que Neymar a trouvé le moyen d’écoper d’un second carton jaune et de se faire exclure. Il sera donc absent pour le prochain match face à Dijon. Qu’au début du match, des supporters avaient montré une pancarte demandant à M’bappé, Neymar et Marquinhos de « porter leurs couilles ».

A part ça, l’équipe de France de Rugby, en battant le Pays de Galles, confirmait qu’elle était une très belle équipe. Et puis, tout au début du journal, le coronavirus en Italie. L’inquiétude en Europe. Deux morts.

En rentrant, j’ai regardé à nouveau Le New York Times et El Pais. Hier, dans Le New York Times, j’avais pris le temps de lire l’article consacré à l’acteur, scénariste et réalisateur américain Ben Affleck qui parlait de son addiction à l’alcool. Au fait que son propre père était devenu sobre alors qu’il avait 19 ans. L’alcoolisme de son frère Casey, que l’on n’a plus vu depuis quelques temps sur les écrans, était aussi mentionné.

 

 

C’est sur El Pais que j’ai vu l’article dont s’est sans doute inspiré le journal gratuit d’aujourd’hui concernant le coronavirus. Entre-temps, les près de 4 euros par masque avaient commencé à me peser. Lorsque j’en ai discuté avec ma compagne, j’ai été obligé de me rendre compte que je m’étais fait arnaquer. Comme d’autres. Près de 4 euros pour un masque qui ressemble à un petit slip jetable pour bébé et dont le coût à la fabrication doit se compter en centimes et peut-être même en micro-centimes. Pour un slip jetable qui est peut-être fabriqué en Chine, ce qui serait comique en plus.

 

L’anxiété et l’esprit de prévention avaient encore frappé. Lorsque ce n’est pas sous forme de pub sur le net, dans la boite à lettres, à la télé, au cinéma, à la radio, dans la rue, dans les transports en commun, sur le téléphone portable, la tablette ou à la banque, c’est sous forme de terrorisme, d’extrémisme politique, de catastrophe, de meurtres ou d’épidémie sanitaire qu’ils s’infiltrent. Avant que le moindre virus n’ait eu le temps de visiter nos poumons, nous sommes déjà contaminés par l’anxiété et l’achat de prévention qui sont une forme de crachat civil réservé à ces êtres civilisés et socialisés que nous sommes. Jusqu’à ce qu’une rupture de stock apparaisse….

 

Mais je crois encore que je réussirai à me rendre à Barbès afin d’y trouver El Watan avant que le coronavirus ne trouve l’adresse de mon organisme.  

 

Franck Unimon, lundi 24 février 2020.

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