Corona Circus

Ce n’est pas comme ça que ça marche !

»Posted by on Oct 1, 2020 in Argenteuil, Corona Circus, Echos Statiques | 0 comments

Ce n’est pas comme ça que ça marche !

 

                                       Ce n’est pas comme ça que ça marche !

« Ce n’est pas comme ça que ça marche ! ». Sur ma droite, un homme d’une trentaine d’années vient d’affirmer cette décision devant un employé de la poste. Celui-ci, son masque de protection anti-Covid sur le visage, porte des lunettes de correction comme moi. Il a environ la quarantaine, a le crâne et le visage un peu gris et dégarnis. C’est la première fois que je le vois dans cette agence de la poste. Il y a bientôt un an, maintenant, cette agence de la poste a ouvert dans le centre commercial Côté Seine d’Argenteuil. Auparavant, il y avait deux agences de la poste dans le centre ville d’Argenteuil. Une a fermé et ses locaux peuvent être loués. Pour l’instant, personne ou aucune société ne s’est montrée intéressée. L’autre agence est désormais dédiée aux rencontres avec des conseillers et n’est accessible que sur rendez-vous.

 

 Il a été décidé d’ouvrir une seule agence commerciale de la poste ( ou La Banque Postale, si l’on préfère) à Côté Seine qui compte déjà un certain nombre d’enseignes commerciales :

 

Cela va du supermarché Géant en passant par Okaïdi, Action, Gifi ( ouvert récemment), Courir, Du Pareil au mêmeainsi qu’une pharmacie et d’autres enseignes. Il y a bien eu un H&M où je ne suis jamais allé. Mais il a fermé. «  Trop de vols ! » m’a appris un Argenteuillais dont la famille habite dans la ville depuis au moins trois générations. Un Argenteuillais bien renseigné.

 

Je n’ai jamais aimé ce centre commercial, Côté Seine, qui, selon le reportage d’une journaliste de Télérama serait Le lieu d’attraction pour beaucoup de jeunes d’Argenteuil. Côté Seine serait selon cette journaliste un petit peu l’équivalent des Quatre Temps de la Défense pour moi, lors de leur ouverture, dans les années 80 quand que j’étais ado.

 

Je conteste cette vision de la ville d’Argenteuil, une ville où je suis venu vivre il y a 13 ans.  Argenteuil  compte selon moi bien d’autres atouts que ce centre commercial.

Je vois aussi des jeunes studieux dans la médiathèque d’Argenteuil. Ainsi qu’au conservatoire. Un conservatoire départemental qui attire des jeunes d’autres villes plus « favorisées ». Encore récemment, il y a trois jours, je suis allé saluer mon ancienne prof de théâtre du conservatoire. Elle faisait passer des auditions. Et un comédien avait commencé à interpréter un passage de Richard III. En repartant, après avoir, comme le veut la tradition entre comédiens, dit « merde » et présenté mes excuses à l’interprète de Richard III, j’ai aussi croisé deux personnes qui venaient de St Denis. Assises, ces deux personnes ( une fille et un garçon qui semblaient se connaître) avaient déjà passé leur audition. 

Je sais aussi que des personnes résidant à Paris, Enghien ou Courbevoie, de quartiers et des villes mieux réputées qu’Argenteuil, ont pu venir prendre des cours au conservatoire d’Argenteuil.

 

Ce mardi, l’humoriste Haroun, est aussi venu donner un spectacle au centre culturel Le Figuier Blanc. J’y étais. Et, il y a quelques jours, mon ancienne de prof de cours de théâtre du conservatoire, Michelle Brûlé et le musicien Claude Barthélémy, avec lequel j’ai eu l’occasion, de travailler en tant que comédien il y a quelques années, ont rendu un hommage à Janis Joplin et à Jimi Hendrix à la Cave Dimière d’Argenteuil. Je n’ai malheureusement pas pu y aller.

 

 

C’est donc dire que Côté Seine est loin, très très loin, d’être un des seuls attraits d’Argenteuil.

 

Mais il est vrai que ce centre commercial a un certain succès même si on y croise beaucoup moins de monde qu’aux Quatre Temps de la Défense. Il est aussi plus petit et situé dans une ville moins attractive que la Défense. Et, lorsque j’ai appris que l’antenne commerciale de la Poste allait être ouverte à Côté Seine, j’ai trouvé ça « malin » pour l’attractivité de cet espace comme pour l’accessibilité. Car Côté Seine dispose de parking sous-terrain pour sa clientèle. Ce centre commercial est aussi placé à cinq minutes à pied de la gare d’Argenteuil. Laquelle, je le rappelle (car c’est aussi un des autres très gros atouts de la ville) se trouve à 11 minutes de la gare St Lazare par train direct. Et à 17 minutes par un train omnibus. Lors des grèves de transport ou lors de la diminution du trafic pendant le confinement dû au Covid du mois de mars au mois de Mai, pour moi, vivre en banlieue dans la ville d’Argenteuil a plutôt aidé. J’ai des éléments de comparaison :

J’ai vécu une vingtaine d’années auparavant à Cergy-Pontoise. Et cela m’aurait été beaucoup plus difficile de me rendre au travail à  Paris, comme je l’ai  fait, durant la pandémie, par les transports en commun, bus inclus. D’ailleurs, lorsque je vivais à Cergy-Pontoise, je travaillais dans les environs. Je me rendais à Paris uniquement pour mes loisirs.

 

J’ai une certaine expérience de la vie en banlieue parisienne. Je n’ai même que cette expérience de vie depuis ma naissance. Je parle d’une certaine partie de la banlieue. Je suis très loin de connaître toute la banlieue parisienne. Et puis, la vie dans certaines villes de banlieue a plus changé que dans d’autres villes de banlieue depuis mon enfance.

 

Mais, ce matin, à la poste du centre commercial Côté Seine, cet homme trentenaire sur ma droite, lui,  semble avoir une très grande expérience des courriers en recommandés. Alors, lorsque l’employé de la poste qui me fait face et s’occupe de moi lui répond qu’il doit d’abord faire la queue comme tout le monde, l’homme « recommandé » riposte :

 

«  Ce n’est pas comme ça que ça marche ! ».  Et, il explique que pour envoyer un courrier en recommandé, on n’est pas obligé de faire la queue ! Alors, l’employé de la poste lui répond qu’en période de Covid, si ! C’est à lui qu’il revient de faire entrer les gens dans la poste. Et, pour l’exemple, il montre les personnes qui, derrière moi, et comme moi, ont fait et font la queue.

 

Je peux comprendre cet homme pressé. Pour avoir attendu l’ouverture de cette agence de la poste une ou deux fois, à 9 heures du matin, il peut y avoir beaucoup de monde présent. C’était déjà comme ça avec les deux bureaux de poste précédents. Là, à Côté Seine, c’est sûrement pire. Vingt  à trente minutes avant l’horaire d’ouverture, il est courant qu’il y ait foule. Alors, lorsqu’il y a moins de monde, comme c’est le cas ce matin  (vers 11 heures du matin), on n’a qu’une envie : faire ce que l’on a à faire. Sans traîner. Surtout que l’on a su nous « éduquer » pour réaliser un certain nombre de nos formalités, ou opérations, en nous adressant à des automates.  Formalités et opérations, qui, il y a dix ou vingt ans, nécessitaient le passage obligatoire par un guichet et par un être humain. Or, ce matin, un être humain, l’employé de la poste face à moi, est là pour faire barrage à un autre être humain. Et lui rappeler qu’il doit faire la queue comme tout le monde. Et attendre comme tout le monde. Même si la voie lui semble libre. Même s’il a toutes les compétences requises pour se servir tout seul de l’automate lui permettant d’affranchir son courrier pour un recommandé. Et, tout ça, à cause d’un virus:

 

Le Covid-19. Ou « la » Covid. Selon les sensibilités et les avis.

 

Mon attitude vis à vis de la pandémie a changé. Pendant quatre mois, grosso modo, j’ai été raisonnablement obsédé par le Covid. Du mois de mars jusqu’à la mi-juillet.

Parce-que, comme tout le monde, j’ai d’abord été matraqué moralement par la forte probabilité de la maladie et de la mort. Du fait des médias et de la forte « contagion émotionnelle » dont parle le Dr Judson Brower dans son livre sur les addictions ( Le Craving). Lorsqu’il dit, par exemple, page 256 :

 

« Selon les spécialistes de sciences sociales, les émotions positives et négatives peuvent se transférer d’une personne vers les personnes voisines (c’est ce qu’on appelle la contagion émotionnelle). Si un individu manifestement de bonne humeur entre dans une pièce, les autres ont plus de chances de se sentir heureux, comme si cette émotion était contagieuse ».

 

Un peu plus tôt, toujours dans ce même livre, Judson Brower, citant l’ouvrage de Skinner ( Walden 2), affirme, page 252 :

 

«  Il (Skinner dans son ouvrage Walden 2) souligne l’usage omniprésent de la propagande et d’autres tactiques pour canaliser les masses par la peur et l’excitation. Bien-sûr, ce sont là des exemples de renforcement positif et négatif. Quand une tactique fonctionne, elle a plus de chances d’être répétée. Par exemple, pas la peine d’aller chercher plus loin que la dernière élection présidentielle aux Etats-Unis pour voir comment un politicien exploite la peur (comportement) :

 

« Le pays est en danger ! Je rétablirai la sécurité ! ».

 

 En France, cela peut nous faire penser au dernier livre de Nicolas Sarkozy, ex-Président de la République qui, visiblement, ne digère toujours pas, d’avoir raté sa réélection :

 

Le Temps des tempêtes.

 

Président de la République de 2007 à 2012, Nicolas Sarkozy ne m’a pas du tout marqué comme étant un Président de l’apaisement. Et, en 2020, il (nous) sort néanmoins un livre qui annonce le pire. Comme s’il regrettait presque de ne pas avoir assez accentué le déjà pire. Il y a presque chez lui comme une sorte de refuge mélancolique dans sa façon de refuser l’échec de sa réélection. C’est une séparation d’avec le Pouvoir dont il ne se remet pas. Alors, à défaut, il reste dans les parages car sa capacité de nuisance et son poste d’observation reste meilleurs que celui d’autres acteurs de la vie politique.

Si certains auraient voulu être un artiste, lui, aurait peut-être voulu être Poutine.

 

 

L’humoriste Haroun au centre culturel Le Figuier Blanc

 

 

 

Dans son spectacle donné ce mardi au Figuier Blanc, l’humoriste Haroun a dit à peu près :

 

« Ce n’est pas qu’aujourd’hui, l’extrême droite (et ses idées racistes) soit pire qu’avant. C’est surtout que les autres partis se sont mis à son niveau ».

 

Le titre du livre d’un Nicolas Sarkozy ou les saillies livresques ou médiatiques d’autres Personnalités donnent malheureusement raison à Haroun. Lequel, toujours ce mardi, a pu dire, je le cite, car, cette fois-ci, j’ai pu noter :

«  Ce n’est pas le monde qui va mal. C’est qu’il y a trop de cons qui vont bien ! ».

 

Notre part de connerie et de folie

 

Tout le monde sera d’accord avec cette phrase. Même les plus cons. Car  le plus difficile, après avoir admis à l’unanimité cette théorie d’Haroun, reste à faire :

 

 Savoir définir à partir de quel dosage, notre part de connerie ou notre part de folie, souvent indétectable et imprévisible, mais également infinie, peut avoir – lorsqu’elle entre en jeu – des conséquences. Notre part de connerie et de folie est rétractile. Elle peut n’être que transitoire, elle peut passer sous tous les radars (policiers mais aussi sociaux). Et aussi nous échapper.

 

Le personnage de comics, Serval (dont Black Panther est finalement la version assouplie, consciente– Black Power- et éduquée) peut contrôler jusqu’à un certain point ses griffes d’Adamantium et son agressivité. Mais, au moins pour lui, les vrais méchants sont assez facilement identifiés et identifiables.

Pour nous, simples lecteurs et simples spectateurs de comics, de films pornos ou de romances télévisées,  dans notre vie de tous les jours, c’est plus difficile de faire le tri entre les fientes que nous avalons quotidiennement. Car elles nous sont toujours présentées de façon affriolante.

 

Pour notre amateur de recommandés, peut-être que cet employé de la poste a été un « con » ou un «  méchant ». Pour moi, qui ai dû revenir à la Poste, toujours pour mon histoire de téléphone portable commandé et payé – fin août- sur le site de Darty à un de ses « vendeurs partenaires », et jamais reçu (alors que la Poste et le vendeur « partenaire » m’affirment que je l’ai reçu il y a plus de trois semaines !) cet employé de la Poste m’a donné l’impression d’être un homme à qui l’on a dû dire :

 

«  Tu seras au cœur de l’action de notre entreprise. En première ligne. C’est un rôle très important. La qualité de ton contact relationnel avec notre clientèle est déterminante. Elle sera le gage de l’image de professionnalisme et d’efficacité de la Poste. C’est donc une fonction à forte valeur ajoutée que tu occuperas ».

 

Et, à la manière d’un gardien de Foot couvrant ses cages, on peut dire que notre employé de la Poste s’est impliqué ce matin pour être à la hauteur de sa fonction.

 

Me répétant, avec conviction, que la Poste ne met pas- « C’est illégal ! »- le tampon sur le formulaire de réclamation que me demande- en Anglais- maintenant le « vendeur partenaire », photo à l’appui. Afin d’être remboursé.

 

M’affirmant que je peux faire les démarches sur internet car cela sera plus rapide. Ou me parlant (à nouveau, comme sa collègue la semaine dernière) du 36 31. Un numéro que j’ai déjà fait et où tu passes un certain temps à attendre que l’on te réponde. Même lorsque tu réussis à avoir quelqu’un en ligne, cette personne a souvent besoin d’aller se renseigner et te mets à nouveau en attente. Tout ça pour te répondre que tu as d’autres démarches supplémentaires à effectuer. Et, si tu as un mauvais karma, il arrive aussi que tu appelles- bien sûr- lorsque tous les agents sont déjà en ligne ou occupés. Ou en pause déjeuner. Voire, peut-être, ce n’est pas indiqué :

En plein Burn-out,  en train de se suicider ou en entretien où on leur apprend qu’ils vont être licenciés car ils ont de mauvais résultats ou la boite, trop peu de bénéfices.

 

Autrement, il y a les démarches par courrier me dit aussi l’employé de la Poste avant de presque me menacer :

 

 «  Mais ça prend trois mois ! ».

 

Derrière moi, quelques personnes attendent. Le jeune homme du recommandé, pas content, est resté sur ma droite. Un autre agent de la poste, essaie maintenant de le convaincre, mais cette fois, en Arabe, d’aller faire la queue. Ce qui n’a pas l’air de beaucoup marcher.

 

 

Nos plus grands accomplissements

 

Quant à moi, je comprends que mes démarches sont loin d’être terminées. Je n’ai pas vraiment compris quelle formule magique, ou plutôt quelle démarche, je dois suivre pour obtenir le remboursement et ainsi être délivré de cette entreprise, qui, parmi tant d’autres, nous prend beaucoup plus de temps et d’énergie que cela ne devrait. Par contre, compensation, en insistant, je réussis à obtenir un nouveau formulaire de réclamation, expliquant que j’ai « mal rempli » le précédent. Voici ce qui fait partie de nos plus grands accomplissements :

 

Réussir à boucler une démarche administrative. Obtenir un formulaire.

 

 

Je repars donc avec un nouveau formulaire. D’ailleurs, une fois que j’ai eu ce formulaire dans la main, je me suis senti mieux. Un formulaire, dans la main, c’est aussi bien que de prendre un bon anxiolytique. Après ça, j’ai été véritablement disposé pour écouter ce que l’employé me préconisait pour mes démarches. Puis, pour accepter ce qui était sa réponse depuis le début :  

 

« Ce n’est pas nous ! Allez voir ailleurs ! ».

 

Ce n’est pas nous ! Allez voir ailleurs !

 

Nous vivons beaucoup dans une époque de «  Ce n’est pas nous ! Allez voir ailleurs ! ».

Sur la chaine Cnews, ce matin, lors de ma séance kiné, j’ai de nouveau reçu la « bonne » parole du journaliste Pascal Praud. Il y a quelques jours, j’avais été étonné de voir apparaître la DRH de Charlie Hebdo à l’écran. C’était pour expliquer qu’elle avait été exfiltrée de son domicile par ses agents de protection en raison de menaces. A la suite, sans doute, de l’attentat récent près des anciens locaux de Charlie Hebdo.

Cela faisait drôle d’entendre Pascal Praud assurer la DRH de Charlie Hebdo de sa solidarité. Comme de l’entendre répéter après elle, un peu comme un écolier :

 

« Les musulmans sont les premières victimes…. » (de l’intégrisme islamiste).

 

Pascal Praud peut donc chérir les pensées d’un Eric Zemmour et penser tout à la fois que «  les musulmans sont les premières victimes » (de l’intégrisme islamiste). C’était assez irréel. Et d’assister à ça comme de voir et d’entendre la DRH de Charlie Hebdo répondre « parler » avec Pascal Praud.

 

Ce matin, Pascal Praud, sur Cnews a cité De Gaulle :

 

«  Des chercheurs qui cherchent, on en trouve. Des chercheurs qui trouvent, on en cherche ! ».

 

Je me suis dit que le modèle idéalisé de la France de Pascal Praud, c’est vraiment la France du passé. D’une France qu’on lui a raconté. Et avec laquelle, en 2020, il essaie de nous capter. J’aime l’Histoire et je crois beaucoup que nous avons à en apprendre. Mais, pour cela, cela commence par apprendre à écouter les autres. Je ne suis pas sûr que Pascal Praud sache tant que ça écouter les autres. Il prend peut-être un certain plaisir dans son attitude de malentendant. Car c’est un luxe de très grand privilégié que de pouvoir se dispenser d’écouter les autres. Tous les autres. Et, Pascal Praud, pour moi, fait évidemment partie des très grands privilégiés.

 

 

Ce matin, l’un des sujets abordés par Pascal Praud concerne l’allongement de la durée de réflexion, pour une femme, pour avoir droit à l’avortement. Jusque là, les femmes disposaient de 12 semaines. Cela va passer à 14 semaines. Auparavant, c’était 10 semaines.

Pour conclure le « débat », Pascal Praud a donné la parole à une journaliste du journal Le Figaro qui a récemment….accouché. Si j’ai bien compris, cette journaliste était encore en congé maternité lorsqu’elle s’est exprimée depuis chez elle. Cette façon de conclure le débat est sûrement, pour Pascal Praud, sa conception de l’élégance et du respect des femmes. De certaines femmes tout au moins. Celles qui ont le choix. Ou plus de choix que d’autres. Des femmes privilégiées ou assez privilégiées. Mais j’extrapole sûrement.

 

Car Pascal Praud ou pas, reste cette part de connerie et de folie en nous, à laquelle, nous nous accrochons et où nous savons être très performants.

 

Nous avons cette faculté de nous en tenir à une certaine gestuelle, certaines habitudes et certaines pensées dès lors que nous les avons adoptées.

 

 

Près de la gare de Conflans Ste Honorine

 

 

Ça me rappelle un ancien patient, psychotique, que j’avais croisé il y a plusieurs années, par hasard, dans la rue, près de la gare de Conflans Ste Honorine. J’avais fait sa « connaissance » quelques jours ou quelques semaines plus tôt dans un service d’hospitalisation en psychiatrie adulte où j’avais fait un remplacement. C’était un patient dans la force de l’âge, peut-être plus grand que moi,  assez corpulent, moyennement commode. Potentiellement violent physiquement.

Lorsque je l’ai rencontré ce jour-là, près de la gare de Conflans Ste-Honorine, il allait vers la gare alors que je m’en éloignais. Mais nous étions sur le même trottoir dans cette longue ligne droite qui doit faire à peu près dans les deux cents mètres.

Manifestement lesté par un traitement antipsychotique de poids, l’homme continuait d’avancer, fixé vers un but ou une planète qu’il était seul à habiter, notre monde n’étant pour lui qu’un décorum. Je ne sais toujours pas s’il m’a vu ou reconnu lorsqu’il est passé en silence à côté de moi. C’était il y a plus de dix ans.

Je parle de cet homme car, chacun et chacune, à notre façon, nous sommes pareils que lui. Hier en fin d’après-midi, à la gare St-Lazare, j’ai voulu prendre le train pour rentrer chez moi, à Argenteuil. Il était un peu plus de dix huit heures. En pleine heure de pointe. Un horaire où beaucoup de personnes- la majorité des personnes exerçant un emploi- ont terminé leur journée de travail et aspirent à rentrer à chez eux. Mais, comme cela a pu se passer et peut continuer de se passer dans une certaine mesure avec le Covid-19, il y avait un grain de sable.

 

 

Le train de la voie 22

 

 

Cette fois, le grain de sable était un incident technique du côté de la ville de Bois-Colombes. Plusieurs trains ne partaient pas ou ne partaient plus. D’autres ont été supprimés. A mesure que plus de personnes arrivaient à la gare St Lazare, aspirant à retourner chez elles, il y avait comme une sorte de vapeur de panique ou d’agitation qui prenait le dessus. Et j’ai vu plus de personnes affluer, voire se presser, vers un train de banlieue  en particulier. Je me suis concentré sur celui de la  voie 22 car j’ai un moment envisagé de le prendre. D’autres personnes se sont sûrement focalisées sur le train d’une autre voie et n’ont plus vu que ce train-là, « leur » train,  les autres trains alentour n’existant pas ou plus pour eux.

 

Le train de la voie 22 n’était pas encore parti.  Mais d’autres passagers continuaient de se diriger vers lui. Comme si la nécessité, pour plusieurs de ces personnes, était d’être dans ce train-là coûte que coûte. Que leur vie en dépendait ! Et que si elles échouaient à prendre ce train-là en particulier, qu’elles resteraient indéfiniment à quai dans la gare St Lazare. Et qu’il leur serait impossible de retrouver leur domicile ou de se raccrocher d’à leur vie d’avant l’incident technique.

 

 

A la poste ce matin, cet homme qui a affirmé «  Ce n’est pas comme ça que ça marche ! », s’est retrouvé devant un incident qui a eu la même portée pour lui que pour ces gens, qui, hier soir, ne savaient presque plus où donner de la tête à la gare St Lazare parce-que quelques trains ont été annulés ou retardés.

Hier soir, à la gare St Lazare, pourtant, il  y a bien eu les annonces répétées d’un agent ou d’une agent de la SNCF. Ces annonces ont pour but d’informer voire de rassurer les voyageurs »…. Il y a encore des améliorations à faire pour que les annonces de la SNCF soient plus rassurantes. Les informations étaient répétées en accéléré. Elles n’étaient pas toujours audibles de façon confortable d’un point de vue acoustique. Elles n’étaient pas toujours intelligibles.

 

 

Parce-que c’est comme ça que nous marchons !

 

 

 A la télé, sur les réseaux sociaux, dans les média, dans nos relations personnelles et professionnelles, il est aussi des gens qui nous « informent » et tentent de nous « rassurer ». Parmi ces gens, il y a des Pascal Praud et d’autres déclinaisons, d’autres visions et d’autres façons de raisonner comme de se comporter dans la vie de tous les jours. Il faut pouvoir s’y retrouver. Certaines personnes sont capables d’humour comme Haroun. D’autres n’ont pas cette aptitude à l’humour ou ont un humour tout à fait différent. Mais ce qui est commun à beaucoup d’entre nous, c’est qu’il suffit de nous priver- temporairement- de quelques uns de nos repères pour très vite nous agiter voire paniquer. Il suffit d’un virus et d’une pandémie. De devoir attendre quinze minutes au lieu de dix. D’un train supprimé ou retardé. Et nous, à un moment ou à un autre, faire une connerie. Ou devenir fous. Parce-que c’est comme ça que nous marchons.

Qui sait ?! Cet article que j’écris est peut-être une connerie Et une folie !

 

 

Concenant le Covid-19 :

 

 

Concernant le Covid-19, j’ai arrêté de m’obséder avec lui en partant en vacances et en allant prendre l’air cet été pendant quelques jours. Bien-sûr, je porte un masque dès que je sors de chez moi. Masque avec lequel je recouvre mon nez et ma bouche. Masque que je change toutes les trois heures environ. Et je me lave les mains régulièrement.

Si je monte dans un métro, dans un bus ou dans un train bondé, hé bien, je monte dans un métro, dans un bus ou dans un train bondé.

 

Lorsque je parle de mes séances kiné, je parle de séances qui sont effectuées dans une pièce où, certes, nous sommes plusieurs patients, mais la pièce a une surface assez grande et tout le monde porte un masque. Même si, quelques uns, choisissent pour une raison ou pour une autre, de le faire glisser sous leur nez.

 

 

 Cependant, continuer de prendre les transports en commun pour aller au travail pendant le confinement pendant presque deux mois du mois de mars à début Mai m’a aussi bien aidé. D’abord sans masque puisqu’il n’y avait pas de masque disponibles jusqu’au début du mois de Mai. Pour moi, il a très vite été évident que c’était parce-que les masques étaient rares que l’on nous racontait qu’ils étaient inutiles lors de nos déplacements. 

 

S’il est vrai que le fait, aussi, de croiser très peu de monde dans les rues en pleine période de confinement (entre Mars et Mai) m’a sûrement préservé d’une contamination, cela m’a néanmoins fait beaucoup de bien de sortir et de voir qu’il était était possible de sortir de chez soi et de rester vivant et en bonne santé. Malgré l’absence de masques. D’ailleurs, depuis que les masques sont devenus « abondants » et faciles à trouver, j’ai du mal à me rappeler m’être déplacé sans masque- du fait de la pénurie de masques- dans Paris pendant le confinement. Tant, aujourd’hui, « la norme » est de porter un masque. Hier soir, à la gare St Lazare, la majorité des voyageurs que j’ai vus, comme souvent, depuis que les masques sont disponibles, et depuis que le port du masque peut être contrôlé, portaient des masques.

 

 

Porter un masque en toutes circonstances est-il une arnaque ? Des personnes le pensent.

 

A titre préventif, si porter un masque me garantit d’être en santé et de protéger d’autres personnes (comme l’usage du préservatif lors d’un rapport sexuel), je considère que cela vaut le coup et le coût de porter un masque anti-Covid. Et que c’est une contrainte assez supportable même s’il est vrai que cette contrainte temporaire dure depuis maintenant un certain temps. Et qu’il est assez peu « naturel » et moyennement agréable de vivre en permanence avec un masque sur le visage.  On peut et on a le droit de me voir comme un mouton et un con. Je le suis peut-être et bien davantage.

 

Mais je suis aussi soignant. Porter un masque, ne serait-ce que chirurgical, lorsque l’on est soignant (même sans travailler au bloc opératoire ou dans un service de réanimation), cela fait partie de la culture du soignant. Au même titre que d’utiliser des gants stériles ou non stériles, de porter des vêtements ou des chaussures pour des raisons sanitaires.

 

Ensuite, en parlant de culture du masque, en Asie, la culture du masque existe pour parer à la pollution ou pour raisons sanitaires. Et cette « culture du masque » me paraît justifiée.

 

 

Par ailleurs, je trouve que le port du masque nous oblige à mieux voir le regard de l’autre. A plus nous y attacher. A visage découvert, nous sommes plus facilement distraits lorsque nous avons une personne en face de nous. Nous voyons moins son regard et ce qu’il exprime. D’un point de vue sentimental, relationnel ou affectif, j’ai l’impression que si le port du masque nous retire effectivement quelque chose ( c’est quand même plus agréable de vivre à visage découvert comme de faire l’amour sans préservatif)  qu’il nous donne aussi quelque chose. Et puis, nous pouvons encore varier les attitudes. En présence de certains intimes, ou de certaines rencontres, tomber le masque a une importance particulière. Par exemple, aujourd’hui, lorsque l’on décide de se rendre au restaurant avec une personne et que l’on accepte, face à cette personne ou à ces personnes, de retirer son masque de protection anti-Covid, cela est aussi une façon de dire que l’on tient à cette ou à ces personnes comme au fait que l’on tient à vivre ce genre de moment avec cette ou ces personnes. Malgré le risque. On n’avait pas ça avant le Covid et les masques de protection. Donc, pour moi, c’est un plus.

 

 

Concernant le vaccin anti-Covid, il arrivera peut-être. Mais je n’ai pas compté sur lui. Dès le début. Et c’est encore plus vrai lorsque l’on « sait » que, malheureusement, l’industrie pharmaceutique est aussi un business. Et que, dès qu’elles le peuvent, les entreprises qui commercialisent médicaments et vaccins,  ceux qui marchent et offrent un vrai plus par rapport à ceux qui existent déjà, ne se gênent pas pour faire raquer les gens au prix fort.

 

 

La pandémie du Covid nous impose de vivre dans un monde de masques. Pourtant, j’ai l’impression, que nous vivons et nous montrons davantage à visage découvert. Avant la pandémie du Covid, nous portions bien plus de masques qu’aujourd’hui sauf qu’ils étaient invisibles ou pouvaient passer inaperçus. En quelque sorte, nous faisons à une grande échelle et en accéléré une certaine expérience de la Commedia dell’Arte.

 

 

Avec tout ça, je n’ai toujours pas écrit à propos du film de Farid Bentoumi, Rouge, qui va sortir fin novembre. Comme je n’ai pas encore pu écrire sur le dernier film de Gaspar Noé,  Lux Aeterna. Ce serait bien que je lise le livre Que Dalle consacré à Béatrice Dalle, livre que j’ai acheté à sa sortie et que je n’ai toujours par lu. Comme plein d’autres livres.

 

 

 

Franck Unimon, jeudi 1er octobre 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tu ne penses qu’à toi !

»Posted by on Sep 28, 2020 in Corona Circus, Crédibilité, Echos Statiques | 0 comments

Tu ne penses qu’à toi !

 

                                            Tu ne penses qu’à toi !

Depuis deux ou trois jours, les températures ont baissé. Nous avons perdu une dizaine de degrés.  

Il pleut.

Celles et ceux qui portent des lunettes de vue- en plus de leur masque de prévention anti-covid – ont désormais le regard partagé entre des crottes d’eau sur leurs carreaux. Et la buée.

 

Mais le moral est bon. Il est un peu plus de midi. Je viens de déjeuner. Je suis debout depuis 6h30 et c’est seulement maintenant que je vais pouvoir faire un peu ce par quoi j’aurais préféré commencer cette journée : Ecrire un article.

 

J’avais prévu d’écrire sur le film Rouge de Farid Bentoumi qui sortira le 25 novembre. Avec Sami Bouajila, Zita Hanrot, Céline Sallette et Olivier Gourmet pour parler des acteurs les plus côtés et connus du film. J’aimerais bien parler de mon expérience d’il y a plusieurs jours, maintenant, de Google Trad. Mais c’est impossible.

 

Hier après-midi, un dimanche, j’ai travaillé dans mon service. J’ai effectué un remplacement, payé en heures supplémentaires. J’étais volontaire. L’après-midi s’est bien passée. Nous avons même écouté des contes audios. J’avais prévu d’en proposer un seul. Nous sommes d’abord allés sur l’île de Gorée avec Djeneba la bossue. Puis en Bretagne avec Jean Carré.

 

Une jeune a voulu que je mette un troisième conte audio. Je suis resté avec elle, ce faisant, lors du conte De l’or et des dattes  qui nous a emmené en Tunisie. Tout en feuilletant le début d’un livre de Patricia Higgins Clark du service. Ainsi qu’un dictionnaire de rimes. J’ai beaucoup aimé le début du livre de Patricia Higgins Clark. Sa technique. Je savais qu’elle était une référence. Mais je n’avais rien approché de son écriture.

 

 

Un peu plus tard, j’ai regardé quelques passages de l’émission Super nanny avec cette même jeune. Je ne suis pas sûr que ce soit elle qui l’ait choisie. Les jeunes du service sont souvent des adeptes du zapping avec la télé. Et, quand je peux, j’aime regarder avec les jeunes le programme qu’ils ont choisi. Quand je suis capable de le supporter.

 

Super nanny rappelait certains principes lors de trois journées d’action dans une famille :

 

L’importance de donner des limites à nos enfants. En plus d’une certaine affection bien-sûr.

L’utilité de savoir faire diversion en cas de conflit avec son enfant.

La nécessité pour le couple de savoir se retrouver dans une certaine intimité sans les enfants.

L’importance, aussi, d’avoir du plaisir à être tous ensemble.

Le couple concerné avait deux filles. Une de 7 ans environ, et une, de trois ou quatre ans, qui, habituée à recevoir un traitement de « petite princesse », avait tendance à être tyrannique. Le père avait 34 ans. La mère, 28.

 

Je ne connais pas la formation ni l’expérience professionnelle de celle qui incarne Super nanny. Ni les critères de sélection des familles qu’elle part « aider ». Mais il y a un côté magique dans ses interventions. J’ose espérer qu’après son passage, cela continue de bien se dérouler dans les familles où elle est entrée.

 

 

Pendant le dîner, dans le service, nous avons participé à un autre type d’émission. Une émission assez fréquente :

Deux ou trois jeunes ont commencé à déblatérer sur le service ceci et le service cela. Une, sans doute, avait donné le tempo puis les deux autres ont suivi. C’est souvent comme ça que ça marche.

Le synopsis était le suivant : leur hospitalisation les empêchait d’avancer. C’était à cause du service (et de nous, les soignants) qu’elles allaient mal. Et qu’elles s’ennuyaient. Par conséquent, c’était de notre faute si elles fumaient plus de cigarettes. J’ai rappelé que c’était vrai : le service n’est pas le club Med. Mais que leur hospitalisation allait durer un temps puis s’arrêterait. Je suis aussi allé dans l’ironie :

J’ai suggéré que cela irait peut-être beaucoup mieux pour elles si nous les attachions nuit et jour ; si nous les surveillions constamment ; et si nous limitions leur nombre de cigarettes. Elles ont bien-sûr protesté.  J’étais dans mon rôle. Elles, aussi. Leur dîner terminé, elles sont toutes les trois parties fumer dans la cour en se blottissant l’une contre l’autre, assises par terre, près de la porte. Là où elles pouvaient se protéger de la pluie qui tintait sur le sol.

 

Quelques minutes plus tard, une des trois jeunes est venue nous voir, assez catastrophée. Elle se sentait angoissée.  Mon collègue l’a vue en entretien. Pendant ce temps-là, j’avais un œil sur les autres jeunes. Tout en débarrassant et  en lavant la table puisque nous n’avions pas d’agent de service hospitalier ce dimanche après-midi. Du fait, sans doute, de plusieurs arrêts maladie.

 

Ensuite, une autre jeune est partie aux toilettes. Je l’ai entendue vomir. Revenue de sa permission deux heures plus tôt, elle avait été toute fière de clamer qu’elle s’était enfilée une certaine quantité de sushis. A sa sortie des toilettes, je lui ai demandé :

« ça va ? ». Elle m’a répondu :

 

« Je viens de vomir mais à part ça, tout va bien ! ». Ce que j’ai traduit par :

« Tu poses des questions de merde et tu ne sers à rien ! Comme d’habitude…. ».

Au lieu de mal le prendre, je lui ai demandé :

« Qu’est-ce qui a pu te faire vomir ? ».

Elle : «  Je n’en sais rien ! ».

Moi : « Cela a peut-être un rapport avec les sushis ?…. ». Elle ne voyait pas le rapport et elle a filé dans la cour.

 

Dix minutes plus tard, la jeune angoissée qui allait mieux depuis son entretien avec mon collègue vient nous alerter, catastrophée :

La troisième est en train de faire « une crise d’épilepsie » par terre, dans la cour. Mon collègue et moi nous rendons sur les lieux. Recroquevillée, presque en chien de fusil, la troisième jeune a en effet des secousses des membres inférieurs. Il fait alors pratiquement nuit. Ses yeux sont fermés. Elle respire mais ne répond pas lorsque je lui parle et lui prends la main.

 

Les deux autres jeunes qui étaient encore avec elle quelques secondes plus tôt sont parties se réfugier à l’intérieur du service. Par terre, j’aperçois un paquet de tabac à rouler, des filtres et un briquet. J’apprendrai plus tard que ce matériel appartient à la jeune « aux sushis ».

Je dis à mon collègue de rentrer, afin d’être avec les autres jeunes, et d’appeler le médecin de garde qui se trouve être le chef de service.

 

Le chef de service arrive très vite. Je suis toujours accroupi près de la jeune à qui je tiens la main et à qui je m’adresse. Je ne suis pas inquiet même si elle ne me répond pas et que ses yeux restent fermés. De temps en temps, elle est prise de secousses des membres inférieurs. Depuis le début de la « crise », elle s’est mise d’elle-même en position latérale de sécurité. Même si c’est la première fois, pour ma part, que je la vois dans cet état, je me dis que cela va passer. Même si je ne sais pas combien de temps ça va durer. Je lui suggère plusieurs fois de s’asseoir. Je lui parle de la pluie qui va peut-être tomber. Et que cela ne sera pas très agréable pour elle de se faire mouiller par la pluie, par terre, comme ça. Pas de réponse. Je me tais aussi tout en continuant de lui donner la main. Je crois aussi que les trois jeunes, lorsqu’elles étaient ensemble à discuter dans la cour, se sont montées le « bourrichon ». Car je ne crois pas à une coïncidence : en l’espace de trente à quarante cinq minutes, toutes les trois, chacune son tour, s’est sentie mal.

 

Après quinze à vingt minutes, la jeune ouvre les yeux. A ce moment-là, resté silencieux jusqu’alors, le médecin-chef lui parle et l’encourage à se relever. Ce qu’elle fait calmement, sans dire un mot. Je me place un peu derrière elle afin de prévenir une chute éventuelle. La jeune retourne dans le service tranquillement et part s’asseoir près d’une table où elle commence aussitôt à écrire, je crois. Car elle tient un journal. Les deux autres jeunes se tiennent à distance comme si elles avaient vu un fantôme en la personne de leur « copine ». Celle-ci ne semble pas leur tenir rigueur pour leur attitude.

 

Mon collègue m’apprendra quelques minutes plus tard que, tous les jours, cette jeune fait ce genre de crise. Après avoir fait un résumé de l’après-midi à nos collègues de nuit, mon collègue et moi sommes rentrés à notre domicile.

 

Ce matin :

 

Ce matin, j’étais content de la façon dont les préparatifs de ma fille se sont passés pour aller à l’école. Pas de colère de part et d’autre. Nous étions en avance. Nous marchions main dans la main et je ne crois pas que nous nous parlions. Nous étions presque arrivés à l’école quand elle m’a dit :

 

« Tu ne penses qu’à toi ! ».

 

Je lui ai demandé pourquoi elle me disait ça.

Elle : «  Arrête ! Si tu pouvais te taire maintenant…. ». Et, elle de m’expliquer qu’elle ne supportait pas le bruit. Je me suis demandé si elle m’en voulait d’avoir été absent hier après-midi. Ou si elle me répétait des propos tels que « wesh » et d’autres termes que les mômes se transmettent. Pas de réponse. Je lui ai quand même rappelé que dire à son père de se « taire », ne passait pas. Elle s’est alors tue et s’est mise à marcher un ou deux mètres devant moi, pleine d’une certaine autorité. Cela fait des années que je lui connais certaines facilités avec l’autorité. C’est seulement que j’ignore ce qui, ce matin,  a déclenché cette soudaine manifestation d’autorité.

 

 

Devant les grilles encore fermées de l’école, ma fille s’est postée quelques minutes. Puis, elle est venue se mettre contre moi sans rien dire. J’ai refermé mon bras sur elle. Lorsque les portes de l’école se sont ouvertes, nos relations étaient de nouveau détendues.

 

Formulaire :

 

 

 Il y a plus d’un mois maintenant, fin août, le téléphone portable de ma compagne a capitulé. Nous avons décidé d’en acheter un nouveau. Je l’ai commandé sur le site de Darty. A un de ses « vendeurs partenaires ».  J’ai payé par carte. Le téléphone devait arriver au bout de quelques jours.

 

Après l’achat, j’ai appris que le téléphone venait de Hong-Kong. Et qu’il y allait y avoir du retard à la livraison. Au vu du contexte politique à Hong-Kong, j’ai compris qu’il fallait patienter.

Le 5 septembre, le « vendeur partenaire » m’a appris que le téléphone allait arriver dans un délai compris entre 7 et 10 jours.

Le 22 septembre, nous n’avions toujours pas reçu le téléphone. J’ai donc recontacté le vendeur qui m’a appris que nous avions reçu le téléphone….le 3 septembre. C’était ce que leur indiquait leur site. Et qu’il me fallait donc voir avec mon bureau de poste local.

 

Je suis allé à la poste près de chez moi la semaine dernière. Je m’étais trompé de référence et on m’a répondu qu’une réclamation sur place était impossible. Qu’il fallait passer par le 36 31. Ce que j’ai fait en rentrant. Là, après plusieurs minutes d’attente, j’ai fini par avoir quelqu’un qui m’a appris que c’était un colissimo qui m’avait été envoyé et non un chronopost. J’ai préféré remettre mes démarches à plus tard.

 

Ce matin, je suis retourné à la poste près de chez moi. On m’a répondu que, pour eux, aussi, le colissimo m’avait été remis le 3 septembre. C’est ce qui était indiqué sur le terminal de l’agent qui m’a reçu. Cet agent m’a néanmoins remis un formulaire de réclamation. Elle m’a bien proposé de joindre le 36 31 mais j’ai refusé !

 

J’ai rempli le formulaire sur place. Derrière moi, un homme d’une bonne soixantaine d’années expliquait avoir été envoyé à la Poste pour faire une réclamation pour un chronopost qu’il n’avait pas reçu. Le jeune agent qui l’a reçu lui a expliqué que la Poste ne gérait pas les envois de Chronopost. La Poste se contentait de vendre les produits Chronopost. Le client lui a demandé :

« Mais, alors, pourquoi m’a-t’on dit de venir à la Poste ?! ».

L’agent : «  Je n’en sais rien ! ».

 

Pour les démarches que j’ai à effectuer pour la réclamation, il me faut une connexion internet correcte ainsi que, sans doute, l’imprimante qui va avec. Même si, pour l’instant, j’ai la contrariété de l’argent déboursé pour ce téléphone portable et du temps déjà liquidé pour le récupérer ou me faire rembourser, je m’en sors mieux que d’autres.

J’ai un emploi. Un toit. Je mange à ma faim. Ma fille est scolarisée (d’accord, sa maitresse a déjà été malade une dizaine de jours pratiquement dès la rentrée mais elle est revenue depuis hier). Je suis plutôt en bonne santé. J’ai accès à la culture et à certains loisirs. J’ai une connexion internet décente. Et une imprimante qui marche. La France des gilets jaunes, du chômage et du crédit à tue-tête ne dispose pas de tout ça. Ou, alors, elle le paie très cher. Pourtant, avoir dû attendre près de six heures entre l’heure de mon réveil ce matin et le moment où j’ai pu m’asseoir et disposer de mon temps- et de ma vie- à peu près comme je le souhaite, et pour une durée limitée, me paraît un délai assez long. D’autant que je reprends mon travail seulement ce soir, à 21 heures.

 

 

Donc, heureusement que, quelques fois, je ne pense qu’à moi.

 

 

Franck Unimon, ce lundi 28 septembre 2020.

 

 

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L’air de rien

»Posted by on Sep 17, 2020 in Corona Circus, Croisements | 0 comments

L’air de rien

 

                                                     L’air de rien

Il n’a l’air de rien. Mais il dit bonjour. Contrairement à sa collègue, plus haute placée, qui, me voyant les approcher, s’éloigne en m’ignorant.

 

J’ai déjà vu sa collègue, peut-être l’adjointe du gérant de ce supermarché, passer devant la clientèle attendant l’ouverture sans adresser le moindre bonjour. Nous étions alors à peu près une dizaine, dont des femmes et des hommes, et, parmi nous, sans doute un certain nombre d’habitués.

 

Dangereux

 

Je ne vois pas ce qu’il y a de si dangereux dans le fait de dire bonjour à des clients mais aussi à des patients dans une salle d’attente. Comme si les voir, et le leur  confirmer, c’était prendre un risque particulier. Equivalent à celui d’entrer dans un poulailler. Sauf qu’à la place des poules, des coqs et des poulets, il y aurait une foule de mendiants qui, nous prenant pour des épis de maïs, pourrait nous transformer en moignons. Bien portants le matin, nous pourrions rentrer chez nous le soir à l’état de cul-de-jatte avec notre carte d’invalidité simplement parce-que nous avons sauté sur une mine en disant « bonjour ».

 

Mais cette collègue n’est pas le sujet : je ne crois pas que l’on puisse réaliser un saut de quatre mètres en s’enterrant. Laissons-la donc et toutes celles et ceux qui lui ressemblent détaler vers leurs apothéoses et leurs fuites. Comme nous tous, ils n’iront pas plus loin, un jour ou l’autre, que la thrombose ou l’extinction. Et leurs signes de distinction sociale muette ou autre n’y changeront rien.

 

Lui, je ne l’avais pas vu depuis plusieurs mois. En souriant, il m’a demandé :

 

«  Et la petite ? ». Je lui ai répondu qu’elle était à l’école. La dernière fois, il avait constaté comme elle avait grandi. Sans aller jusqu’à la poursuite aux flatteries et aux compliments, en tant que parent, ça fait du bien et c’est utile d’entendre le témoignage extérieur, et sincère, de quelqu’un d’autre sur son enfant. Et il n’est pas nécessaire pour cela que ce « témoin » ou cette « témoin » soit notre ami. Sincérité, nuance et contradiction bienveillante devraient, pourtant, aussi, faire partie des piliers de toute amitié réelle ou officielle.  

 

La maladie du temps

 

 

Nous sommes tous les témoins potentiels des uns et des autres. C’est un rôle qui peut être difficile. Mais, le plus souvent, il s’agit quand même, tout simplement, de se guérir partiellement de cette maladie du temps à laquelle nous souscrivons souvent.

 

Le plus souvent, il s’agit quand même, tout simplement, de prendre son temps.

 

J’ai donc pris à peu près cinq minutes pour discuter avec ce vigile de supermarché. Cela fait plusieurs années que je le croise lorsque je vais y faire quelques courses. Et que nous nous disons bonjour. Comme je le fais, aussi, avec ses autres collègues vigiles. Tous noirs.

 

Certains intellectuels très médiatisés en France savent affirmer que la plupart des détenus et des délinquants, en France, seraient des noirs et des Arabes. Et quelques journalistes et patrons, tout autant bien « éclairés » par les projecteurs et leurs fortes personnalités- financières, médiatiques et politiques- boivent ça comme du petit lait.

 

Mais ces intellectuels disent beaucoup moins que beaucoup de vigiles, d’agents de sécurité, d’entretien, de soignants ou d’ouvriers de chantier qui continuent de protéger, de nettoyer, de soigner et de  construire la France sont, aussi, des noirs et des Arabes.

 

 

Pour m’amuser, je veux bien essayer d’imaginer quelques uns de ces intellectuels et journalistes, femmes comme hommes, officiant en tant que vigile, agent de sécurité ou ouvrier de chantier. En tant que médecin, infirmier ou aide-soignant. Ou, même, en tant que caissière ou caissier. Ça changera un peu de certains hymnes nationaux qui voient les vaisseaux de l’immigration, lorsqu’ils ne coulent pas sous les flots et sous le béton, comme la chienlit séparatiste qui ensevelit et abîme la France sous tous les fléaux :

 

Drogues, grand banditisme, terrorisme, maladies, intégrisme religieux, récession du niveau scolaire, carbonisation économique, viols, vols.

 

Car il faut savoir que, pour certaines et certains, un Noir et un Arabe, c’est forcément ça. Même si on lui dit bonjour.

 

Et je ne me fais aucune illusion : une personne originaire de l’Outre-Mer a bien la nationalité française de naissance. Mais ça reste néanmoins une personne noire. Donc, dans la rue, à première vue, c’est une personne susceptible d’être une personne immigrée.

 

 

Norme de pensée

 

Même si je me sens Français, je connais cette « norme » de pensée. Je l’ai d’une certaine façon intériorisée comme une sorte de solfège. Un solfège que je me dois de transmettre en partie à ma fille de manière circonstanciée (ni trop, ni pas assez) afin qu’elle soit suffisamment éduquée pour s’adapter au monde qui l’entoure :

 

Chanter La Reine des Neiges comme d’autres enfants, oui. Mais la laisser croire que tout le monde voudra d’elle comme une personne « libérée, délivrée », non.

 

Il n’est pas nécessaire d’être allé au conservatoire ou d’avoir fait de très hautes études pour apprendre ce solfège. Pas besoin non plus de méthode Assimil. Dès l’enfance, l’air de rien, on apprend ce solfège  un petit peu tous les jours. Chacun, chez soi, en écoutant des gens très intelligents et très affirmés. On apprend ainsi que les Noirs, les Arabes, les Blancs, les asiatiques et les autres ceci…et cela. Et, il faut dire que certains faits collent très bien- comme certaines affiches et certains tracts politiques- à l’image que l’on s’était fait et que l’on se fait de certaines personnes.

 

A la « fin », ce qui peut changer cette lecture de la partition des autres, c’est la rencontre. Le fait de préférer l’action à la superstition et  à la mauvaise expérience. Quand il y  a eu une mauvaise expérience. En sortant de chez soi. Et ça commence par dire bonjour.

Par prendre le temps d’écouter ce que les autres sont et ont à nous dire. S’ils ont envie de nous le dire. S’ils sentent que l’on est prêt à les écouter un peu. Mais aussi à les croire. Et, donc, à les voir pour ce qu’ils sont.

 

Je ne parle pas d’aller discuter avec un proxénète qui est en train de tabasser une de ses « employées-victimes », avec un dealer qui est pleine livraison de marchandise ou avec un braqueur en train de faire l’amour avec sa voiture-bélier. Ou de vouloir sympathiser à tout prix avec la voisine ou le voisin qui, pour une raison ou pour une autre, préfère entrer et sortir de l’immeuble par les toits plutôt qu’en empruntant les escaliers communs.

 

Discuter

 

Je suis resté à peu près cinq minutes à discuter avec ce vigile de sécurité.  Ça, c’était dans mes compétences. Dans ma vie de tous les jours, j’ai cette « chance » :

 

Je rencontre plus souvent des vigiles de sécurité comme lui et avec lesquels ça se passe très bien. Je rencontre très rarement des proxénètes qui tabassent une de leurs « employées-victimes », un dealer livrant sa marchandise de plusieurs tonnes en bas de chez moi ou des braqueurs qui préparent leur prochain casse sur mon palier.  

 

 

Amazon fait le guet

 

A quelques mètres des casiers de livraison du site Amazon situés à l’entrée du supermarché, il m’a appris qu’il avait d’abord arrêté l’école en CM2.

Les 200 milliards d’euros ou de dollars d’Amazon ( la fortune du PDG d’Amazon, Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde, s’est tellement accentuée depuis l’épidémie du Covid que l’évaluer en dollars ou en euros n’a plus d’importance ) ont continué de faire le guet dans notre dos pendant notre conversation. 

 

Après le CM2, il  a effectué un métier manuel  et technique. Sur les chantiers. Je n’ai pas l’impression, s’il en avait eu la possibilité, qu’il se serait arrêté au CM2. Nos penseurs et nos patrons qui, eux, « savent tout » sont généralement allés bien plus loin que le CM2 et ont, plutôt rarement, travaillé sur un chantier comme cet homme. Pendant 12 ans, au Portugal. Un pays qu’il avait « découvert ».

 

Donc, oui, il m’a confirmé avoir appris à parler Portugais. En prenant des cours du soir. Ce qui lui a permis d’atteindre un niveau de 3ème. Mais, étudier dans ces conditions, tout en travaillant et en ayant une vie de famille, c’est « difficile » me dit-il. Et je le concède facilement.

 

Reconversion

 

Puis, il a été au chômage. Ce qui l’a amené à venir vivre en France où il est donc devenu vigile dans ce supermarché. Mais il a une maison au Portugal :

 

 « Là-bas, quand on a un travail, c’est plus facile qu’en France » m’explique-t’il.

J’ai un niveau d’études supérieur à lui et je ne le savais pas. Pas plus que je ne sais parler Portugais. Et, je ne suis jamais allé au Portugal, pays dont j’ai déjà entendu dire du « bien ».

 

Il préfère la vie au Portugal à la vie en France. Trop de stress si j’ai bien compris. Mais nous sommes en région parisienne. Il raisonnerait peut-être différemment en province me dis-je maintenant.

 

Du fait du Covid, il n’a pas pu retourner au pays cette année. Je le croyais Haïtien. Il est de la Côte-d’Ivoire.  Et puis, en été, le billet d’avion revient à 1200 voire 1300 euros par personne. Donc, cette année, les vacances estivales se sont déroulées en Normandie et à la Rochelle. Il connaissait déjà la Rochelle.

 

Vivre en disant bonjour

 

Résumons :

Cet homme, qui a fait moins  d’études que moi, parle autant de langues que moi si ce n’est davantage. Et il a su se reconvertir face au chômage en changeant de pays, de culture et de langue. Et il a une maison au Portugal. Un pays, qui, économiquement, s’en sort plutôt bien même si, actuellement, le Portugal est moins « puissant » que la France.

 

 Je me demande si nos penseurs (politiques et autres) qui chient sur l’immigration en permanence auraient été capables, seraient capables, un jour, de faire ce que cet homme a fait :

Changer de pays, de culture et de langue. Et vivre, l’air de rien. En disant bonjour.

 

Franck Unimon, ce jeudi 17 septembre 2020.

 

 

 

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Le Bonheur

»Posted by on Sep 9, 2020 in Corona Circus, Echos Statiques | 0 comments

Le Bonheur

 

                                                                 Le Bonheur

Je suis un père exigeant. Très exigeant. Sûrement psychorigide par certains côtés. A grande tendance obsessionnelle. Mais on peut faire confiance en ma mémoire concernant  mes travers :

Je suis aussi exigeant avec moi-même. Si je connais et vis des périodes de répit, il est bien des moments où mon esprit me poursuit de ses morsures et de ses critiques à propos de ce que j’ai mal fait. De ce que j’aurais pu mieux faire. Ou de celui que je ne suis pas assez. Ou de celui que je ne suis que trop.

 

Et puis, il y a des trêves comme en ce moment. Les trêves ne durent pas. C’est le principe des trêves.

 

Les mômes ont la particularité de régulièrement nous faire sortir du passage clouté de nos programmes et de nos pensées. Ils nous font aussi sortir de nos gonds. Soit de par leurs initiatives. Ou de par leurs demandes.

 

Alors que j’écris, ma fille et moi sommes en plein bonheur depuis plusieurs minutes. Elle, dans la cabane qu’elle s’est construite (sous une table) et moi qui ai fini de prendre mon petit-déjeuner.

 

Ce bonheur a une musique : l’album MBO LOZA de l’artiste malgache D’Gary. Un album de plus emprunté à la médiathèque il  y a plusieurs semaines et que j’ai découvert seulement ce matin. Je l’ai mis tout à l’heure après que ma fille ait commencé à jouer, après son petit-déjeuner. Il y avait pourtant eu un peu de tension entre elle et moi après son petit-déjeuner :

 

Elle, assise par terre : « Je n’ai pas bien compris ce que tu m’as dit… ».

Moi : «  Ce n’est pas grave car il n y a rien de nouveau ».

Elle, réfléchissant quelques secondes puis :

« Je n’aime pas me brosser les dents ! ».

Moi : « ça apporte quelque chose, ce que tu viens de dire ?! ».

Elle : « Non…. ».

 

Hier après-midi, pour la première fois depuis la rentrée, je suis allé la chercher à la sortie de l’école. Devant l’école, c’était un carnaval de masques anti-Covid attendant leurs enfants à la sortie de l’école maternelle et de l’école primaire.  Une Première pour une rentrée scolaire.

 

Evidemment, la distance de un mètre entre nous était impossible.

 

Parmi les personnes qui patientaient, il en était une minorité bravant les nouvelles normes sanitaires :

Deux ou trois personnes s’affirmaient à visage découvert sans masque. Dont le gardien de l’école, un jeune homme plutôt sympathique qui m’avait, quelques mois plus tôt alors que je l’avais rencontré dans la rue, exprimé son scepticisme quant à la nécessité de se protéger.

 

Enfin, quelques personnes persistaient à baisser leur masque sous leur nez. J’imagine que ces personnes avaient selon elles une bonne raison : du mal à respirer ; il fait chaud ; cela empêche de bien se faire comprendre lorsque l’on parle….

 

La veille, pourtant,  le footballeur Kylian M’Bappé, un des joueurs vedettes en France mais aussi dans le Monde, avait été déclaré forfait pour le prochain match de l’équipe de France car positif au Covid. Un sportif de haut niveau – très médiatisé- de plus touché par le Covid.

 

Face aux récalcitrants du masque, celles et ceux qui n’en portent pas, qui le portent mal ou gardent le même plusieurs jours de suite, j’adopte une attitude passive et spectatrice. Et, quand je peux, je m’en éloigne physiquement. Je n’ai pas beaucoup le choix. Les autres, aussi, nous font sortir du passage clouté de nos programmes et de nos pensées. Pour le pire comme pour le meilleur. Et sortir de nos gonds, dans ces moments-là, n’est pas forcément ce que nous avons de mieux à faire :

 

L’année scolaire vient de reprendre et je serai appelé à retourner chercher ma fille à la sortie de l’école encore un certain nombre de jours. Ailleurs, on a déjà entendu parler de personnes se faisant tabasser ou poignarder parce qu’elles avaient « osé » reprocher ou essayé de raisonner des personnes qui ne portaient pas de masque de prévention anti-Covid. J’estime qu’à moins d’avoir une personne qui me postillonne dessus, cela ne vaut pas la peine de prendre de tels risques. Comme on le voit, le bonheur est fragile. On attend son môme à la sortie de l’école. Parce qu’à côté de nous, l’attitude d’une personne n’est pas conforme, on pénètre dans son univers. Ce faisant, on la dérange comme un intrus. On la renforce dans son sentiment, déjà préétabli, que le Monde entier lui en veut personnellement. Il ou elle s’était déjà retenu(e) et avait pris sur elle ou sur lui mais, cette fois, avec vous, c’est la fois ou le jour de trop. Quelques minutes plus tard, au lieu d’avoir votre enfant dans les bras, vous vous retrouvez dans ceux du coma.

 

Certaines personnes pensent qu’il faut de la répression et tout ira mieux dans notre Monde. D’accord. Mais face à des personnes qui sont, déjà,  constamment, dans la dépression, la revendication, la destruction, la surinterprétation et dans l’obsession qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part, qui leur en veut ( et leur entourage proche pense généralement comme eux), la répression peut se transformer en wagons de poudrière.

 

 

J’écris ça aujourd’hui. Mais peut-être que dans quelques jours, ou dans quelques semaines, j’aborderai une personne près de moi parce qu’elle porte mal son masque ou qu’elle n’en n’a pas sur elle.

 

 

Alors que ma fille joue dans son coin, je sais l’importance qu’il y a à pouvoir générer son propre monde et à s’y pelotonner. Parce-que je me rappelle de ces moments-là, enfant, et qu’adulte, j’en vis encore. Ce sont des moments auxquels on tient. Sans doute sacrés. Et qu’il convient de protéger ou de ne pas déranger. Ces personnes qui, comme moi, attendent leurs enfants à la sortie de l’école, ont leur propre conception du bonheur. C’était déjà comme ça avant les masques anti-Covid. Le Covid, tout ce qui l’entoure, lui ressemble ou en découle, rajoute plus de colère et d’inquiétude quant à la possibilité  d’être privé de bonheur comme d’en être déjà tenu éloigné alors que l’année scolaire vient seulement de commencer.

 

Franck Unimon, ce mercredi 9 septembre 2020.

 

 

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Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle

»Posted by on Sep 2, 2020 in Addictions, Cinéma, Corona Circus, Puissants Fonds, self-défense, Voyage | 0 comments

Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle

 

                    Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle

« Le plaisir est ma seule ambition ».

 

 

Parler d’un des derniers livres de Kersauson

 

Parler d’un des derniers livres de Kersauson, Le Monde comme il me parle,  c’est presque se dévouer à sa propre perdition. C’est comme faire la description de notre dentition de lait en décidant que cela pourrait captiver. Pour beaucoup, ça manquera de sel et d’exotisme. Je m’aperçois que son nom parlera spontanément aux personnes d’une cinquantaine d’années comme à celles en âge d’être en EHPAD.

 

Kersauson est sûrement assez peu connu voire inconnu du grand public d’aujourd’hui. Celui que j’aimerais concerner en priorité avec cet article. Je parle du public compris grosso modo entre 10 et 35 ans. Puisque internet et les réseaux sociaux ont contribué à abaisser l’âge moyen du public lambda. Kersauson n’est ni Booba, ni Soprano, ni Kenji Girac. Il n’est même pas le journaliste animateur Pascal Praud, tentative de croisement tête à claques entre Donald Trump et Bernard Pivot, martelant sur la chaine de télé Cnews ses certitudes de privilégié. Et à qui il manque un nez de clown pour compléter le maquillage.

 

Le Mérite

 

Or, aujourd’hui, nous sommes de plus en plus guidés par et pour la dictature de l’audience et du like. Il est plus rentable de faire de l’audience que d’essayer de se faire une conscience.  

 

Que l’on ne me parle pas du mérite, héritage incertain qui peut permettre à d’autres de profiter indéfiniment de notre crédulité comme de notre « générosité » ! Je me rappelle toujours de cette citation que m’avait professée Spock, un de mes anciens collègues :

 

« Il nous arrive non pas ce que l’on mérite mais ce qui nous ressemble ».

Une phrase implacable que je n’ai jamais essayé de détourner ou de contredire.

 

Passer des heures sur une entreprise ou sur une action qui nous vaut peu de manifestations d’intérêt ou pas d’argent revient à se masturber ou à échouer. 

Cela équivaut à demeurer  une personne indésirable.

Si, un jour, mes articles comptent plusieurs milliers de lectrices et de lecteurs, je deviendrai une personne de « valeur ».  Surtout si ça rapporte de l’argent. Beaucoup d’argent. Quelles que soient l’originalité ou les vertus de ce que je produis.

 

Mais j’ai beaucoup de mal à croire à cet avenir. Mes écrits manquent par trop de poitrine, de potins, d’images ad hoc, de sex-tapes, de silicone et de oups ! Et ce n’est pas en parlant de Kersauson aujourd’hui que cela va s’améliorer. Kersauson n’a même pas fait le nécessaire pour intégrer  l’émission de téléréalité Les Marseillais !

 

Rien en commun

 

Mais j’ai plaisir à écrire cet article.

 

Kersauson et moi n’avons a priori rien à voir ensemble. Il a l’âge de mon père, est issu de la bourgeoisie catholique bretonne. Mais il n’a ni l’histoire ni le corps social (et autre) de mon père et de ma mère. Même si, tous les deux, ont eu une éducation catholique tendance campagnarde et traditionnelle. Ma grand-mère maternelle, originaire des Saintes, connaissait ses prières en latin.  

 

Kersauson a mis le pied sur un bateau de pêche à l’âge de quatre ans et s’en souvient encore. Il a appris « tôt » à nager, sans doute dans la mer, comme ses frères et soeurs.

Je devais avoir entre 6 et 9 ans lorsque je suis allé sur mon premier bateau. C’était dans le bac à sable à côté de l’immeuble HLM où nous habitions en banlieue parisienne. A quelques minutes du quartier de la Défense à vol d’oiseau.

 

J’ai appris à nager vers mes dix ans dans une piscine. Le sel et la mer pour lui, le chlore et le béton pour moi comme principaux décors d’enfance.

 

Moniteur de voile à 13 ans, Kersauson enseignait le bateau à des parisiens (sûrement assez aisés) de 35 à 40 ans. Moi, c’est plutôt vers mes 18-20 ans que j’ai commencé à m’occuper de personnes plus âgées que moi : c’était des patients  dans les hôpitaux et les cliniques. Changer leurs couches, vider leur  bassin, faire leur toilette, prendre soin d’eux….

 

J’ai pourtant connu la mer plus tôt que certains citadins. Vers 7 ans, lors de mon premier séjour en Guadeloupe. Mais si, très tôt, Kersauson est devenu marin, moi, je suis un ultramarin. Lui et moi, ne sommes pas nés du même côté de la mer ni pour les mêmes raisons.

La mer a sûrement eu pour lui, assez tôt, des attraits qui ont mis bien plus de temps  à me parvenir.  Je ne vais pas en rajouter sur le sujet. J’en ai déjà parlé et reparlé. Et lui, comme d’autres, n’y sont pour rien.

 

Kersauson est né après guerre, en 1944, a grandi dans cette ambiance (la guerre d’Indochine, la guerre d’Algérie, la guerre du Vietnam) et n’a eu de cesse de lui échapper.

Je suis né en 1968. J’ai entendu parler des guerres. J’ai vu des images. J’ai entendu parler de l’esclavage. J’ai vu des images. J’ai plus connu la crise, la peur du chômage, la peur du racisme, l’épidémie du Sida, la peur d’une guerre nucléaire, les attentats. Et, aujourd’hui, le réchauffement climatique, les attentats, les serres d’internet, l’effondrement, le Covid.

 

Kersauson, et moi, c’est un peu la matière et l’antimatière.

 

En cherchant un peu dans la vase

 

Pourtant, si je cherche un peu dans la vase, je nous trouve quand même un petit peu de limon en commun.

L’ancien collègue Spock que j’ai connu, contrairement à celui de la série Star Trek, est Breton.

C’est pendant qu’il fait son service militaire que Kersauson, Breton, rencontre Eric Tabarly, un autre Breton.

 

C’est pendant mon service militaire que j’entends parler pour la première fois de Kersauson. Par un étudiant en psychologie qui me parle régulièrement de Brautigan, de Desproges et de Manchette sûrement. Et qui me parle de la culture de Kersauson lorsque celui-ci passe aux Grosses Têtes de Bouvard. Une émission radiophonique dont j’ai plus entendu parler que je n’ai pris le temps de l’écouter.

 

Je crois que Kersauson a bien dû priser l’univers d’au moins une de ces personnes :

Desproges, Manchette, Brautigan.

 

Pierre Desproges et Jean-Patrick Manchette m’ont fait beaucoup de bien à une certaine période de ma vie. Humour noir et polar, je ne m’en défais pas.

 

C’est un Breton que je rencontre une seule fois (l’ami de Chrystèle, une copine bretonne de l’école d’infirmière)  qui m’expliquera calmement, alors que je suis en colère contre la France, que, bien que noir, je suis Français. J’ai alors entre 20 et 21 ans. Et je suis persuadé, jusqu’à cette rencontre, qu’il faut être blanc pour être Français. Ce Breton, dont j’ai oublié le prénom, un peu plus âgé que moi, conducteur de train pour la SNCF, me remettra sur les rails en me disant simplement :

« Mais…tu es Français ! ».

C’était à la fin des années 80. On n’entendait pas du tout  parler d’un Eric Zemmour ou d’autres. Il avait beaucoup moins d’audience que depuis quelques années. Lequel Eric Zemmour, aujourd’hui, a son trône sur la chaine Cnews et est la pierre philosophale de la Pensée selon un Pascal Praud. Eric Zemmour qui se considère fréquemment comme l’une des personnes les plus légitimes pour dire qui peut être Français ou non. Et à quelles conditions. Un de ses vœux est peut-être d’être le Montesquieu de la question de l’immigration en France.

 

Dans son livre, Le Monde comme il me parle, Kersauson redit son attachement à la Polynésie française. Mais je sais que, comme lui, le navigateur Moitessier y était tout autant attaché. Ainsi qu’Alain Colas. Deux personnes qu’il a connues. Je sais aussi que Tabarly, longtemps célibataire et sans autre idée fixe que la mer, s’était quand même  acheté une maison et marié avec une Martiniquaise avec laquelle il a eu une fille. Même s’il a fini sa vie en mer. Avant d’être repêché.

 

Ce paragraphe vaut-il à lui tout seul la rédaction et la lecture de cet article ? Toujours est-il que Kersauson est un inconnu des réseaux sociaux.

 

Inconnu des réseaux sociaux :

 

 

 

Je n’ai pas vérifié mais j’ai du mal à concevoir Kersauson sur Instagram, faisant des selfies ou téléchargeant des photos dénudées de lui sur OnlyFans. Et il ne fait pas non plus partie du décor du jeu The Last of us dont le deuxième volet, sorti cet été,  une des exclusivités pour la console de jeu playstation, est un succès avec plusieurs millions de vente.

 

Finalement, mes articles sont peut-être trop hardcore pour pouvoir attirer beaucoup plus de public. Ils sont peut-être aussi un peu trop « mystiques ». J’ai eu cette intuition- indirecte- en demandant à un jeune récemment ce qu’il écoutait comme artistes de Rap. Il m’a d’abord cité un ou deux noms que je ne connaissais pas. Il m’avait prévenu. Puis, il a mentionné Dinos. Je n’ai rien écouté de Dinos mais j’ai entendu parler de lui. J’ai alors évoqué Damso dont j’ai écouté et réécouté l’album Lithopédion (sorti en 2018) et mis plusieurs de ses titres sur mon baladeur.  Le jeune m’a alors fait comprendre que les textes de Damso étaient en quelque sorte trop hermétiques pour lui.

Mais au moins Damso a-t’il des milliers voire des millions de vues sur Youtube. Alors que Kersauson…. je n’ai pas fouillé non plus- ce n’est pas le plus grave- mais je ne vois pas Kersauson avoir des milliers de vues ou lancer sa chaine youtube. Afin de nous vendre des méduses (les sandales en plastique pour la plage) signées Balenciaga ou une crème solaire bio de la marque Leclerc.

 

J’espère au moins que « Kersau », mon Bernard Lavilliers des océans, est encore vivant. Internet, google et wikipédia m’affirment que « oui ». Kersauson a au moins une page wikipédia. Il a peut-être plus que ça sur le net. En écrivant cet article, je me fie beaucoup à mon regard sur lui ainsi que sur le livre dont je parle. Comme d’un autre de ses livres que j’avais lu  il y a quelques années, bien avant l’effet « Covid».

 

L’effet « Covid »

 

Pourvu, aussi, que Kersauson se préserve du Covid.  Il a 76 ans cette année. Car, alors que la rentrée (entre-autre, scolaire)  a eu lieu hier et que bien des personnes rechignent à continuer de porter un masque (dont le très inspiré journaliste Pascal Praud sur Cnews), deux de mes collègues infirmières sont actuellement en arrêt de travail pour suspicion de covid. La première collègue a une soixantaine d’années. La seconde, une trentaine d’années. Praud en a 54 si j’ai bien entendu. Ou 56.

Un article du journal ” Le Canard Enchainé” de ce mercredi 2 septembre 2020.

 

Depuis la pandémie du Covid-19, aussi appelé de plus en plus « la Covid », la vente de livres a augmenté. Jeff Bezos, le PDG du site Amazon, premier site de ventes en ligne, (aujourd’hui, homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à 200 milliards de dollars selon le magazine Forbes US  cité dans le journal Le Canard Enchaîné de ce mercredi 2 septembre 2020) n’est donc pas le seul à avoir bénéficié de la pandémie du Covid qui a par ailleurs mis en faillite d’autres économies.

 

Donc, Kersauson, et son livre, Le Monde comme il me parle, auraient pu profiter de « l’effet Covid ». Mais ce livre, celui dont j’ai prévu de vous parler, est paru en 2013.

 

Il y a sept ans.  C’est à dire, il y a très très longtemps pour beaucoup à l’époque.

 

Mon but, aujourd’hui, est de vous parler d’un homme de 76 ans pratiquement inconnu selon les critères de notoriété et de réussite sociale typiques d’aujourd’hui. Un homme qui a fait publier un livre en 2013.

Nous sommes le mercredi 2 septembre 2020, jour du début du procès des attentats de Charlie Hebdo et de L’Hyper Cacher.

 

 

Mais nous sommes aussi le jour de la sortie du film Police d’Anne Fontaine avec Virginie Efira, Omar Sy et Grégory Gadebois. Un film que j’aimerais voir. Un film dont je devrais plutôt vous parler. Au même titre que le film Tenet de Christopher Nolan, sorti la semaine dernière. Un des films très attendus de l’été, destiné à relancer la fréquentation des salles de cinéma après leur fermeture due au Covid. Un film d’autant plus désiré que Christopher Nolan est un réalisateur reconnu et que l’autre grosse sortie espérée, le film Mulan , produit par Disney, ne sortira pas comme prévu dans les salles de cinéma. Le PDG de Disney préférant obliger les gens à s’abonner à Disney+ (29, 99 dollars l’abonnement aux Etats-Unis ou 25 euros environ en Europe) pour avoir le droit de voir le film. Au prix fort, une place de cinéma à Paris peut coûter entre 10 et 12 euros.

 

 

Tenet, qui dure près de 2h30,  m’a contrarié. Je suis allé le voir la semaine dernière. Tenet est selon moi la bande annonce des films précédents et futurs de Christopher Nolan dont j’avais aimé les films avant cela. Un film de James Bond sans James Bond. On apprend dans Tenet qu’il suffit de poser sa main sur la pédale de frein d’une voiture qui file à toute allure pour qu’elle s’arrête au bout de cinq mètres. J’aurais dû m’arrêter de la même façon avant de choisir d’aller le regarder. Heureusement qu’il y a Robert Pattinson dans le film ainsi que Elizabeth Debicki que j’avais beaucoup aimée dans Les Veuves réalisé en 2018 par Steve McQueen.

 

Distorsions temporelles

 

Nolan affectionne les distorsions temporelles dans ses films. Je le fais aussi dans mes articles :

 

 

En 2013, lorsqu’est paru Le Monde comme il me parle de Kersauson, Omar Sy, un des acteurs du film Police, sorti aujourd’hui,  était déjà devenu un « grand acteur ».

Grâce à la grande audience qu’avait connue le film Intouchables réalisé en…2011 par Olivier Nakache et Eric Toledano. Près de vingt millions d’entrées dans les salles de cinéma seulement en France. Un film qui a permis à Omar Sy de jouer dans une grosse production américaine. Sans le succès d’Intouchables, nous n’aurions pas vu Omar Sy dans le rôle de Bishop dans un film de X-Men (X-Men : Days of future past réalisé en 2014 par Bryan Singer).

 

J’ai de la sympathie pour Omar Sy. Et cela, bien avant Intouchables. Mais ce n’est pas un acteur qui m’a particulièrement épaté pour son jeu pour l’instant. A la différence de Virginie Efira et de Grégory Gadebois.

Virginie Efira, d’abord animatrice de télévision pendant une dizaine d’années, est plus reconnue aujourd’hui qu’en 2013, année de sortie du livre de Kersauson.

J’aime beaucoup le jeu d’actrice de Virginie Efira et ce que je crois percevoir d’elle. Son visage et ses personnages ont une allure plutôt fade au premier regard : ils sont souvent le contraire.

Grégory Gadebois, passé par la comédie Française, m’a « eu » lorsque je l’ai vu dans le Angèle et Tony réalisé par Alix Delaporte en 2011. Je ne me souviens pas de lui dans Go Fast réalisé en 2008 par Olivier Van Hoofstadt.

 

Je ne me défile pas en parlant de ces trois acteurs.

 

Je continue de parler du livre de Kersauson. Je parle seulement, à ma façon, un petit peu du monde dans lequel était sorti son livre, précisément.

 

Kersauson est évidemment un éminent pratiquant des distorsions temporelles. Et, grâce à lui, j’ai sans doute compris la raison pour laquelle, sur une des plages du Gosier, en Guadeloupe, j’avais pu être captivé par les vagues. En étant néanmoins incapable de l’expliquer à un copain, Eguz, qui m’avait surpris. Pour lui, mon attitude était plus suspecte que d’ignorer le corps d’une femme nue. Il y en avait peut-être une, d’ailleurs, dans les environs.

 

Page 12 de Le Monde comme il me parle :

 

« Le chant de la mer, c’est l’éternité dans l’oreille. Dans l’archipel des Tuamotu, en Polynésie, j’entends des vagues qui ont des milliers d’années. C’est frappant. Ce sont des vagues qui brisent au milieu du plus grand océan du monde. Il n y  a pas de marée ici, alors ces vagues tapent toujours au même endroit ».

 

Tabarly

 

A une époque, adolescent, Kersauson lisait un livre par jour. Il le dit dans Le Monde comme il me parle.

 

J’imagine qu’il est assez peu allé au cinéma. Page 50 :

 

« (….) Quand je suis démobilisé, je reste avec lui ( Eric Tabarly). Evidemment. Je tombe sur un mec dont le seul programme est de naviguer. Il est certain que je n’allais pas laisser passer ça ».

 

Page 51 :

 

«  Tabarly avait, pour moi, toutes les clés du monde que je voulais connaître. C’était un immense marin et, en mer, un homme délicieux à vivre ».

 

Page 54 :

« C’est le temps en mer qui comptait. Et, avec Eric, je passais neuf mois de l’année en mer ».

 

A cette époque, à la fin des années 60, Kersauson avait 23 ou 24 ans. Les virées entre « potes » ou entre « amies » que l’on peut connaître dans les soirées ou lors de certains séjours de vacances, se sont déroulées autour du monde et sur la mer pour lui. Avec Eric Tabarly, référence mondiale de la voile.

 

Page 51 :

 

« (…..) Il faut se rendre compte qu’à l’époque, le monde industriel français se demande comment aider Eric Tabarly- tant il est créatif, ingénieux. Il suscite la passion. C’est le bureau d’études de chez Dassault qui règle nos problèmes techniques ! ».

 

 

Le moment des bilans

 

 

Il est facile de comprendre que croiser un mentor comme Tabarly à 24 ans laisse une trace. Mais Kersauson était déjà un ténor lorsqu’ils se sont rencontrés. Il avait déja un aplomb là ou d’autres avaient des implants. Et, aujourd’hui, en plus, on a besoin de tout un tas d’applis, de consignes et de protections pour aller de l’avant.

J’avais lu Mémoires du large, paru en Mai 1998 (dont la rédaction est attribuée à Eric Tabarly) quelques années après sa mort. Tabarly est mort en mer en juin 1998.

 Tabarly était aussi intraitable que Kersauson dans son rapport à la vie. Kersauson écrit dans Le Monde comme il me parle, page 83 :

«  Ce qui m’a toujours sidéré, chez l’être humain, c’est le manque de cohérence entre ce qu’il pense et ce qu’il fait (…). J’ai toujours tenté de vivre comme je le pensais. Et je m’aperçois que nous ne sommes pas si nombreux dans cette entreprise ».

 

Tabarly avait la même vision de la vie. Il  l’exprimait avec d’autres mots.

 

Que ce soit en lisant Kersauson ou en lisant Tabarly, je me considère comme faisant partie du lot des ruminants. Et c’est peut-être aussi pour cela que je tiens autant à cet article. Il me donne sans doute l’impression d’être un petit peu moins mouton même si mon intrépidité sera un souvenir avant même la fin de la rédaction de cet article.

 

« Différence entre la technologie et l’esclavage. Les esclaves ont pleinement conscience qu’ils ne sont pas libres » affirme Nicholas Nassim Taleb dont les propos sont cités par le Dr Judson Brewer dans son livre Le Craving ( Pourquoi on devient accro et comment se libérer), page 65.

 

Un peu plus loin, le Dr Judson Brewer rappelle ce qu’est une addiction, terme qui n’a été employé par aucun des intervenants, hier, lors du « débat » animé par Pascal Praud sur Cnews à propos de la consommation de Cannabis. Comme à propos des amendes qui seront désormais infligées automatiquement à toute personne surprise en flagrant délit de consommation de cannabis :

D’abord 135 euros d’amende. Ou 200 euros ?

En écoutant Pascal Praud sur Cnews hier ( il a au moins eu la sincérité de confesser qu’il n’avait jamais fumé un pétard de sa vie)  la solution à la consommation de cannabis passe par des amendes dissuasives, donc par la répression, et par l’autorité parentale.

 

Le Dr Judson Brewer rappelle ce qu’est une addiction (page 68 de son livre) :

 

«  Un usage répété malgré les conséquences négatives ». 

 

Donc, réprimer ne suffira pas à endiguer les addictions au cannabis par exemple. Réprimer par le porte-monnaie provoquera une augmentation des agressions sur la voie publique. Puisqu’il faudra que les personnes addict ou dépendantes se procurent l’argent pour acheter leur substance. J’ai rencontré au moins un médecin addictologue qui nous a dit en formation qu’il lui arrivait de faire des prescriptions de produits de substitution pour éviter qu’une personne addict n’agresse des personnes sur la voie publique afin de leur soutirer de l’argent en vue de s’acheter sa dose. On ne parlait pas d’une addiction au cannabis. Mais, selon moi, les conséquences peuvent être les mêmes pour certains usagers de cannabis.

 

Le point commun entre une addiction (avec ou sans substance) et cette « incohérence » par rapport à la vie que pointe un Kersauson ainsi qu’un Tabarly avant lui, c’est que nous sommes très nombreux à maintenir des habitudes de vie qui ont sur nous des « conséquences négatives ». Par manque d’imagination. Par manque de modèle. Par manque de courage ou d’estomac. Par manque d’accompagnement. Par manque d’estime de soi. Par Devoir. Oui, par Devoir. Et Par peur.

 

La Peur

On peut bien-sûr penser à la peur du changement. Comme à la peur partir à l’aventure.

 

Kersauson affirme dans son livre qu’il n’a peur de rien. C’est là où je lui trouve un côté Bernard Lavilliers des océans. Pour sa façon de rouler des mécaniques. Je ne lui conteste pas son courage en mer ou sur la terre. Je crois à son autorité, à sa détermination comme ses très hautes capacités d’intimidation et de commandement.

 

Mais avoir peur de rien, ça n’existe pas. Tout le monde a peur de quelque chose, à un moment ou à un autre. Certaines personnes sont fortes pour transcender leur peur. Pour  s’en servir pour accomplir des actions que peu de personnes pourraient réaliser. Mais on a tous peur de quelque chose.

 

Kersauson a peut-être oublié. Ou, sûrement qu’il a peur plus tardivement que la majorité. Mais je ne crois pas à une personne dépourvue totalement de peur. Même Tabarly, en mer, a pu avoir peur. Je l’ai lu ou entendu. Sauf que Tabarly, comme Kersauson certainement, et comme quelques autres, une minorité, font partie des personnes (femmes comme hommes, mais aussi enfants) qui ont une aptitude à se reprendre en main et à fendre leur peur.

 

Je pourrais peut-être ajouter que la personne qui parvient à se reprendre alors qu’elle a des moments de peur est plus grande, et sans doute plus forte, que celle qui ignore complètement ce qu’est la peur. Pour moi, la personne qui ignore la peur s’aperçoit beaucoup trop tard qu’elle a peur. Lorsqu’elle s’en rend compte, elle est déjà bien trop engagée dans un dénouement qui dépasse sa volonté.

 

Cette remarque mise à part, je trouve à Kersauson, comme à Tabarly et à celles et ceux qui leur ressemblent une parenté évidente avec l’esprit chevaleresque ou l’esprit du sabre propre aux Samouraï et à certains aventuriers. Cela n’a rien d’étonnant.

 

L’esprit du samouraï

 

Dans une vidéo postée sur Youtube le 13 décembre 2019, GregMMA, ancien combattant de MMA, rencontre Léo Tamaki, fondateur de l’école Kishinkai Aikido.

 

GregMMA a rencontré d’autres combattants d’autres disciplines martiales ou en rapport avec le Combat. La particularité de cette vidéo (qui compte 310 070 vues alors que j’écris l’article) est l’érudition de Léo Tamaki que j’avais entrevue dans une revue. Erudition à laquelle GregMMA se montre heureusement réceptif. L’un des attraits du MMA depuis quelques années, c’est d’offrir une palette aussi complète que possible de techniques pour se défendre comme pour survivre en cas d’agression. C’est La discipline de combat du moment. Même si le Krav Maga a aussi une bonne cote.  Mais, comme souvent, des comparaisons se font entre tel ou telle discipline martiale, de Self-Défense ou de combat en termes d’efficacité dans des conditions réelles.

 

Je ne donne aucun scoop en écrivant que le MMA attire sûrement plus d’adhérents aujourd’hui que l’Aïkido qui a souvent l’ image d’un art martial dont les postures sont difficiles à assimiler, qui peut faire penser «  à de la danse » et dont l’efficacité dans la vie réelle peut être mise en doute  :

 

On ne connaît pas de grand champion actuel dans les sports de combats, ou dans les arts martiaux, qui soit Aïkidoka. Steven Seagal, c’est au cinéma et ça date des années 1990-2000. Dans les combats UFC, on ne parle pas d’Aïkidoka même si les combattants UFC sont souvent polyvalents ou ont généralement cumulé différentes expériences de techniques et de distances de combat.

 

Lors de cet échange avec GregMMA, Léo Tamaki confirme que le niveau des pratiquants en Aïkido a baissé. Ce qui explique aussi en partie le discrédit qui touche l’Aïkido. Il explique la raison de la baisse de niveau :

 

Les derniers grands Maitres d’Aïkido avaient connu la Guerre. Ils l’avaient soit vécue soit en étaient encore imprégnés. A partir de là, pour eux, pratiquer l’Aïkido, même si, comme souvent, ils avaient pu pratiquer d’autres disciplines martiales auparavant, devait leur permettre d’assurer leur survie. C’était immédiat et très concret. Cela est très différent de la démarche qui consiste à aller pratiquer un sport de combat ou un art martial afin de faire « du sport », pour perdre du poids ou pour se remettre en forme.

 

Lorsque Kersauson explique au début de son livre qu’il a voulu à tout prix faire de sa vie ce qu’il souhaitait, c’était en réponse à la Guerre qui était pour lui une expérience très concrète. Et qui aurait pu lui prendre sa vie.

Lorsque je suis parti faire mon service militaire, qui était encore obligatoire à mon « époque », la guerre était déjà une probabilité éloignée. Bien plus éloignée que pour un Kersauson et les personnes de son âge. Même s’il a vécu dans un milieu privilégié, il avait 18 ans en 1962 lorsque l’Algérie est devenue indépendante. D’ailleurs, je crois qu’un de ses frères est parti faire la Guerre d’Algérie.

 

On retrouve chez lui comme chez certains adeptes d’arts martiaux , de self-défense ou de sport de combat, cet instinct de survie et de liberté qui l’a poussé, lui, à prendre le large. Quitte à perdre sa vie, autant la perdre en  choisissant de faire quelque chose que l’on aime faire. Surtout qu’autour de lui, il s’aperçoit que les aînés et les anciens qui devraient être à même de l’orienter ont dégusté (Page 43) :

« Bon, l’ancien monde est mort. S’ouvre à moi une période favorable (….). J’ai 20 ans, j’ai beaucoup lu et je me dis qu’il y a un loup dans la combine :

Je m’aperçois que les vieux se taisent, ne parlent pas. Et comme ils ont fait le trajet avant, ils devraient nous donner le mode d’emploi pour l’avenir, mais rien ! Ils sont vaincus. Alors, je sens qu’il ne faut surtout pas s’adapter à ce qui existe mais créer ce qui vous convient ».

 

Nous ne vivons pas dans un pays en guerre.

 

Jusqu’à maintenant, si l’on excepte le chômage,  certains attentats et les faits divers, nous avons obtenu une certaine sécurité. Nous ne vivons pas dans un pays en guerre. Même si, régulièrement, on nous parle « d’embrasement » des banlieues, « d’insécurité » et «  d’ensauvagement » de la France. En tant que citoyens, nous n’avons pas à fournir un effort de guerre en dehors du territoire ou à donner notre vie dans une armée. En contrepartie, nous sommes une majorité à avoir accepté et à accepter  certaines conditions de vie et de travail. Plusieurs de ces conditions de vie et de travail sont discutables voire insupportables.

Face à cela, certaines personnes développent un instinct de survie légal ou illégal. D’autres s’auto-détruisent ( par les addictions par exemple mais aussi par les accidents du travail, les maladies professionnelles ou les troubles psychosomatiques). D’autres prennent sur eux et se musèlent par Devoir….jusqu’à ce que cela devienne impossible de prendre sur soi. Que ce soit dans les banlieues. Dans certaines catégories socio-professionnelles. Ou au travers des gilets jaunes.  

 

Et, on en revient à la toute première phrase du livre de Kersauson.

 

Le plaisir est ma seule ambition

 

J’ai encore du mal à admettre que cette première phrase est/soit peut-être la plus importante du livre. Sans doute parce-que je reste moins libre que Kersauson, et d’autres, question plaisir.

 

Plus loin, Kersauson explicite aussi la nécessité de l’engagement et du Devoir. Car c’est aussi un homme d’engagement et de Devoir.

 

Mais mettre le plaisir au premier plan, ça délimite les Mondes, les êtres, leur fonction et leur rôle.

 

Parce- qu’il y a celles et ceux qui s’en remettent au mérite – comme certaines religions, certaines éducations et certaines institutions nous y entraînent et nous habituent- et qui sont prêts à accepter bien des sacrifices. Sacrifices qui peuvent se révéler vains. Parce que l’on peut être persévérant (e ) et méritant ( e) et se faire arnaquer. Moralement. Physiquement. Economiquement. Affectivement. C’est l’histoire assez répétée, encore toute récente, par exemple, des soignants comme on l’a vu pendant l’épidémie du Covid. Ainsi que l’histoire d’autres professions et de bien des gens qui endurent. Qui prennent sur eux. Qui croient en une Justice divine, étatique ou politique qui va les récompenser à la hauteur de leurs efforts et de leurs espoirs.

 

Mais c’est aussi l’histoire répétée de ces spectateurs chevronnés que nous sommes tous plus ou moins de notre propre vie. Une vie que nous recherchons par écrans interposés ou à travers celle des autres. Au lieu d’agir. Il faut se rappeler que nous sommes dans une société de loisirs. Le loisir, c’est différent du plaisir.

 

Le loisir, c’est différent du plaisir

 

 

Le loisir, ça peut être la pause-pipi, la pause-cigarette ou le jour de formation qui sont accordés parce-que ça permet ensuite à l’employé de continuer d’accepter des conditions de travail inacceptables.

 

Ça peut aussi consister à laisser le conjoint ou la conjointe sortir avec ses amis ou ses amies pour pouvoir mieux continuer de lui imposer notre passivité et notre mauvaise humeur résiduelle.

 

C’est les congés payés que l’on donne pour que les citoyens se changent les idées avant la rentrée où ils vont se faire imposer, imploser et contrôler plus durement. Bien des personnes qui se prendront une amende pour consommation de cannabis seront aussi des personnes adultes et responsables au casier judiciaire vierge, insérées socialement, payant leurs impôts et effectuant leur travail correctement. Se contenter de les matraquer à coups d’amende en cas de consommation de cannabis ne va pas les inciter à arrêter d’en consommer. Ou alors, elles se reporteront peut-être sur d’autres addictions plus autorisées et plus légales (alcool et médicaments par exemple….).

 

Le plaisir, c’est l’intégralité d’un moment, d’une expérience comme d’une rencontre. Cela a à voir avec le libre-arbitre. Et non avec sa version fantasmée, rabotée, autorisée ou diluée.

 

Il faut des moments de loisirs, bien-sûr. On envoie bien nos enfants au centre de loisirs. Et on peut y connaître des plaisirs.

 

Mais dire et affirmer «  Le plaisir est ma seule ambition », cela signifie qu’à un moment donné, on est une personne libre. On dépend alors très peu d’un gouvernement, d’un parti politique, d’une religion, d’une éducation, d’un supérieur hiérarchique. Il n’y a, alors, pas grand monde au dessus de nous. Il s’agit alors de s’adresser à nous en conséquence. Faute de quoi, notre histoire se terminera. Et chacun partira de son côté dans le meilleur des cas.

 

Page 121 :

 

« Je suis indifférent aux félicitations. C’est une force ».

 

Page 124 :

 

« Nos contemporains n’ont plus le temps de penser (….) Ils se sont inventé des vies monstrueuses dont ils sont responsables-partiellement ». Olivier de Kersauson.

 

 

Article de Franck Unimon, mercredi 2 septembre 2020.

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Gémissements

»Posted by on Août 5, 2020 in Cinéma, Corona Circus, Ecologie, Micro Actif, Puissants Fonds, self-défense | 0 comments

Gémissements

 Gémissements.

C’est notre souffle qui nous tient. C’est à dire : trois fois rien. Dans nos pensées et nos souvenirs se trouvent tant de trajectoires. De ce fait, on ne s’étonnera pas si je fais quelques excursions en des temps et des événements différents et si je me retrouve ensuite à nouveau dans le présent.

 

Aujourd’hui, ce mercredi 5 aout 2020 où il a fait entre 29 et 30 degrés à Paris, je devrais être au cinéma. J’ai l’impression de le trahir. Il y a tant de films à voir même si le nombre de films a été restreint. Les salles de cinéma, pour celles qui ont pu rouvrir depuis le 22 juin,  peinent à s’en sortir économiquement.

 

Enrôlées dans la bobine du cycle Covid-19, les salles de cinéma ont peu de spectateurs. Je m’en suis aperçu directement le 14 juillet en allant voir Tout simplement noir de Jean-Pascal Zadi. Le film m’a beaucoup plu. J’en parle dans un article qui porte le nom du film sur mon blog: Tout simplement Noir.

 

Mais nous étions à peine dix spectateurs dans la grande salle de ce multiplexe parisien que je connais depuis plus de vingt ans. C’est vrai que j’y suis allé à la première séance, celle de 9h et quelques, mais je ne crois pas que l’heure matinale ait joué tant que ça sur le nombre que nous étions dans la salle :

 

 Le confinement de plusieurs semaines dû à la pandémie du Covid-19 et l’arrivée de l’été au moins ont eu un effet sécateur sur le nombre des entrées. En plus, cela fait plusieurs mois qu’il fait beau. Je crois que les gens ont besoin de se rattraper. Ils ont aussi peut-être peur que le couteau d’un autre confinement ne se déploie à nouveau sous leur  gorge.  

 

 

Mais on va un petit peu oublier le Devoir ce matin. Ou on va le défendre autrement.  On va se faire notre cinéma à domicile.

 

 

Les photos qui défilent dans le diaporama sont un assemblage à la fois de quelques photos de vacances, d’ouvrages que je lis, ai essayé de lire ou voudrais lire, du Cd dont la musique m’a inspiré….

 

Et je vais essayer de vous parler d’à peu près tout ça à ma façon.

 

 

On va vers l’autre pour essayer de combler ou de soulager un vide. Mais nous ne partons pas du même vide. Nous ne portons pas le même vide. Et nous ne parlons peut-être même pas du même vide. Beaucoup de conditions sont donc assez souvent réunies pour que, dans la vie, nous fassions….un bide. Et, pourtant, nous connaissons des réussites et des possibilités de réussite. Mais encore faut-il savoir s’en souvenir et s’en apercevoir.

 

 

Je ne connaissais pas du tout Magali Berdah dont j’ai commencé à lire la biographie, Ma Vie en Réalité. J’en suis à la moitié. Et j’ai très vite décidé de lire son livre plutôt que celui de Julia De Funès intitulé Développement ( Im) Personnel.  Qu’est-ce que je reproche au livre de Julia De Funès dont j’ai commencé à lire l’ouvrage ?

 

Le fait, d’abord, que l’on sente la « bonne élève » qui a eu des très bonnes notes lors de ses études supérieures et qui a, donc, une très haute opinion d’elle-même. Je suis bien-sûr pour avoir des bonnes notes et pour faire des études supérieures autant que possible. Je suis aussi  favorable  au fait d’avoir de l’estime de soi.  Parce qu’il peut être très handicapant pour soi-même comme pour notre entourage de passer notre vie à avoir peur de tout comme à toujours décider que l’on ne sait jamais rien et que l’on ne sait absolument rien faire en toute circonstance.

 

 Mais je ne crois pas à la certitude absolue. Y compris la certitude scolaire.

 

Julia De Funès veut « philosophiquement » « déconstruire » les arnaques des « coaches » et des vendeurs de « recettes du bonheur » qui font florès. C’est très bien. Et j’espère bien profiter de ce qu’elle a compris de ces arnaques. Mais elle abat ses certitudes en se servant de sa carte routière de la philosophie dont elle connaît des itinéraires et des soubresauts par cœur.  

 

Elle, elle Sait. Et elle va nous démontrer comme elle Sait  quitte à ce que, pour cela, en la lisant, on ait mal à la tête en essayant de suivre sa propre pensée inspirée de celles de très grands philosophes qu’elle a déchiffrés et qui ont résolu depuis l’antiquité le mal dont on essaie de se guérir aujourd’hui en tombant dans les bras et sur les ouvrages des  commerçants du développement personnel qu’elle veut confondre.

 

Résultat immédiat : pour accéder à sa connaissance et profiter de ses lumières, on comprend dès les premières pages de son livre qu’il faut avoir la philo dans la peau. On lit son livre comme on pourrait lire un livre de Droit. J’aime la philo. Et j’aime prendre le temps de réfléchir.

 

 J’aime moins avoir l’impression, lorsque je lis un livre,  de devoir apprendre des lois. En plus, et c’est sûrement un de mes torts, dès les premières pages, Julia de Funès cite Luc Ferry comme une de ses références.  D’abord, je n’ai pas compris tout de suite. J’ai confondu Luc Ferry avec le Jules Ferry de l’école publique. Oui, j’ai fait ça. Ce genre de confusion. Et puis, comme Julia de Funès cite plusieurs fois Luc Ferry en moins de dix pages, j’ai  fini par comprendre.

 

J’ai sûrement de très très gros préjugés envers Luc Ferry, ancien Ministre de l’Education. Mais, de lui, j’ai surtout retenu qu’il avait une très belle femme et qu’il savait se faire payer très cher pour des conférences sur la philo. Et quand je pense à lui, je « vois » surtout quelqu’un de très suffisant. Je n’ai pas beaucoup aimé ce qu’il a pu dire, dans le journal Les Echos,  ou peut-être plus dans Le Figaro. A savoir, que, selon lui, après le confinement, le business reprendrait «  as usual » et que, en quelque sorte, les Nicolas Hulot et toutes celles et tous ceux qui pensent comme lui, peuvent aller se rhabiller avec leurs histoires de « Il faut changer le monde et essayer de tirer des enseignements de ce que la pandémie du Covid a pu nous obliger à comprendre du monde et de la vie ».

 

On a le droit de critiquer Nicolas Hulot et celles et ceux qui lui ressemblent. On peut critiquer plein de choses sur la manière dont la pandémie a été gérée et dont elle continue d’être gérée. Mais dire que ce sera « business as usual » revient à dire que notre monde marche bien tel qu’il est économiquement, politiquement, industriellement et socialement ; qu’il est réglé comme une horloge suisse et que rien ne peut ou ne doit modifier cet ordre et cet état du monde dans lequel un Luc Ferry, « philosophe » de formation a ses entrées et ses privilèges. Même si Luc Ferry a sans aucun doute des connaissances et des raisonnements plus qu’honorables, il est vrai que, pour moi, pour l’instant, l’homme qu’il incarne est pour moi un repoussoir. Et voir que, dès le début de son livre que j’ai eu pour l’instant un plaisir limité à lire, Julia de Funès le place sur un piédestal, m’a poussé à fermer son livre et à passer à la biographie de Magali Berdah.

 

Oui, Magali Berdah.

 

Car, la biographie de Magali Berdah, c’est le contraire. Je ne connaissais pas Magali Berdah auparavant. Et en tombant sur son livre à la médiathèque, il y a quelques jours, je me suis dit que je pourrais apprendre quelque chose. De mon époque. Pour moi. Pour mon blog. Afin de  mieux le promouvoir mais aussi, peut-être, l’orienter différemment. Sans pour autant aller dans la téléréalité ou biberonner du Cyril Hanouna que Magali Berdah cite comme un de ses premiers soutiens avant de devenir «  la manageuse » des influenceurs et des influenceuses. Avec Julia de Funès, finalement, on est dans une pensée très puritaine. Pensée que je partage aussi. Car je ne me fais pas tant que ça une si haute opinion de moi-même :

 

Je peux, aussi, être très très puritain à ma manière. Si ! Si !

 

Sauf que avoir un certain sens et une certaine idée de la moralité ne suffit pas pour être heureux et pour ce que l’on appelle « réussir sa vie ». Car notre vie se résume quand même souvent à ces deux questions :

 

Sommes-nous heureux ? Et faisons vraiment nous tout ce que nous pouvons, dans la mesure de nos moyens, pour être heureux ?

Parce-que pour moi, réussir sa vie, c’est ça : être heureux autant que possible, le plus longtemps possible et savoir le redevenir si on est malheureux, triste ou déprimé.

 

Et si je veux bien croire que Julia de Funès peut m’aider, aussi, à répondre à ces deux questions au moins dans son livre, je crois que Magali Berdah peut également y contribuer. Car je ne vois pas pourquoi citer Luc Ferry pourrait suffire à me rendre heureux. 

 

Alors que la biographie de Magali Berdah, elle, est concrète. On peut trouver qu’elle nous raconte sa vie de façon à passer pour une Cosette. On lui reprochera peut-être de trop étaler sa vie privée, de se donner le beau rôle (celui de la victime, de la personne  moralement intègre ou protectrice) et de s’en servir pour son sens de la Communication et des affaires. Elle est peut-être ou sans doute moins « jolie » moralement que ce qu’elle nous donne à entrevoir dans son livre mais elle nous parle aussi d’un monde que l’on connaît :

 

Celui où des personnes vulnérables (mineures comme adultes), ignorantes, bosseuses et de bonne volonté, peuvent se faire….arnaquer, kidnapper, trahir etc…..

 

Et Magali Berdah nous raconte aussi comment elle s’en « sort ». Concrètement. Ainsi que certains de ses fiascos et de ses coups durs. Par des exemples répétés. Ce qui parle souvent beaucoup mieux qu’en citant des philosophes ou des Anciens Ministres, fussent-ils très cultivés et dans le « Vrai » lorsqu’ils ( nous) parlent. A moins que ces Anciens Ministres et philosophes ne se parlent, d’abord, à eux-mêmes.

 

Oui, Magali Berdah est beaucoup dans l’affectif. Elle le dit et le fait comprendre avec sa « garde rapprochée » parmi ses collaborateurs. Et elle est à l’aise avec l’argent et le fait d’en gagner beaucoup. Il n’est pas donné à tout le monde, comme elle, de s’épancher facilement auprès d’autrui. Moi, par exemple, dans la vraie vie, je me confie oralement assez peu. C’est une histoire de pudeur et de méfiance. Quant à l’argent, en gagner beaucoup n’a pas été ma priorité lorsque j’ai commencé à travailler. Je ferais plutôt partie des personnes qui auraient du mal à mieux mettre en valeur mes articles par exemple.

 

 

 Vis à vis de la « célébrité », je suis ambivalent :

 

J’aime me mettre en scène et faire le spectacle. Vraiment. Mais j’aime aussi pouvoir être tranquille, pouvoir me retirer et me faire oublier. Soit deux attitudes très difficilement conciliables qui expliquent par exemple au moins, en partie, la raison pour laquelle mon blog a sûrement (beaucoup) moins de vues qu’il ne pourrait en avoir. Mais aussi la raison pour laquelle, à ce jour, mon activité de comédien est plutôt une activité sous-marine (c’est peut-être aussi pour cela que je pratique l’apnée) ou sous-cutanée voire intramusculaire.

 

C’est sûrement aussi pour cela que, certaines fois, je me retrouve à nouveau au moins témoin de certaines situations qui, dans mon métier d’infirmier, restent la norme.

 

Parce-que lorsque l’on est infirmier, on aime assez peu se mettre en scène et prendre toute la lumière. On est plus dans le don de soi que dans la revendication pour soi. Et ça amène ce résultat et cette vérité automatiquement renouvelée :

 

D’autres profitent de cette lumière et de cet argent.

 

Dans son livre, Magali Berdah explique qu’elle découvre l’univers de la téléréalité et des réseaux sociaux en rencontrant Jazz, une ancienne candidate de téléréalité,  amie d’une de ses anciennes salariées, Martine, à qui elle rend un service.

 

A cette époque, Magali Berdah, mariée, trois enfants, est surendettée, et a surtout une expérience consistante en tant que commerciale et auto-entrepreneuse dans les assurances et les mutuelles. A première vue, grossièrement, on dira que cela n’a rien à voir. Sauf que Magali Berdah, est fonceuse, bosseuse, curieuse. Elle a sans doute aussi envie de garantir à ces jeunes vedettes cette protection et cette sécurité dont elle a manqué enfant.  

 

Magali Berdah offre donc à ces jeunes vedettes son sens des affaires et du commerce ; une certaine indépendance. Ainsi qu’une présence affective permanente qui contraste avec ce monde des marques, des reflets et des images qu’incarnent et vendent ces jeunes vedettes qu’elle protège.

 

Quelques temps plus tôt, alors qu’elle était déprimée du fait de ses problèmes professionnels, financiers et personnels répétitifs, elle s’était confiée à une amie. Laquelle lui avait conseillé de consulter un Rav (l’équivalent d’un rabbin) de sa connaissance. Magali Berdah, juive non pratiquante, avait accepté de le rencontrer. Après s’être racontée,  ce Rav, le Rav Eli, lui avait affirmé qu’un de ses ancêtres, du côté de son grand-père maternel, était lui-même un Rabbin très « réputé » considéré comme un Tsadik.

 

Dans le vocabulaire hassidique, le Tsadik est un « homme juste ». Un Maitre spirituel. L’équivalent d’un Saint. Mais ce Saint n’est pas protégé par Dieu de son vivant. Par contre, ce Tsadik protègera un « descendant » et lui « offrira une vie extraordinaire : qui sort de l’ordinaire ».

Et le Rav Eli d’apprendre à Magali qu’elle était cette personne protégée par le Tsadik.

 

Ces propos du Rav étaient-ils sincères ? Relèvent-ils de la gonflette morale ou du placebo ? Sont-ils l’équivalent de ces « trucs » vendus et proposés par les coaches « bien-être » que Julia De Funès veut «déconstruire » ?

 

Je précise d’abord que je ne suis pas juif. Où alors je l’ignore. Mais j’aime beaucoup l’histoire de cette rencontre dans laquelle je vois du conte et de l’universel. Un conte pour adultes. Un conte qu’on aurait pu évidemment transposer autrement en parlant d’une rencontre avec un marabout, un psychologue, un Imam ou toute autre rencontre étonnante ou mystérieuse pourvu que ce soit une rencontre hors-norme, hors de nos habitudes et inattendue dans une période de notre vie où l’on a besoin de changement mais où on ne sait pas comment s’y prendre pour donner une autre direction à notre vie.

 

 

Dans cette histoire du Tsadik qui est l’équivalent du Saint, je pense bien-sûr à la vallée des Saints qu’un ami m’a conseillé d’aller découvrir lors de notre séjour récent en Bretagne. On trouvera facilement mon diaporama de la vallée des Saints sur mon blog. La Vallée des Saints

 

Pour l’instant, je ne vois pas quelles retombées concrètes sur ma vie a pu avoir le fait d’avoir pris la décision de me rendre avec ma compagne et ma fille à la vallée des Saints. Et ma remarque fera sans doute sourire ou ne manquera pas de me faire envisager comme un candidat idéal pour le programme subliminal de n’importe quel gourou foireux et vénal.

 

Alors, il reste le Tsadik, équivalent du Saint, qui, je crois, lui, sera plus difficile à contredire et à déloger, que l’on se moque de moi ou pas :

 

Religion juive ou pas, le soignant, infirmier ou autre, est souvent assimilé au Saint ou à la bonne sœur. Lorsque l’on regarde les conditions de travail et les conditions salariales d’un infirmier et qu’on les compare à ce que celui-ci donne de sa personne au cours d’une carrière, on « sait » que le compte n’y est pas du tout. Et que les infirmiers, comme d’autres corps soignants, sont sous-payés et sous estimés comparativement à ce qu’ils donnent. Mais aussi comparativement à ce qu’ils endurent. J’ai déjà entendu dire que, souvent, dans les ancêtres des soignants, il y a eu un malade, une grande souffrance. Mais on peut aussi penser, à travers l’exemple du Tsadik, qu’un soignant (infirmier ou autre) est un Tsadik et que, lui aussi, donnera sa protection à un de ses descendants un jour ou l’autre.

 

Cette histoire-là me plait beaucoup et elle m’est inspirée en lisant la biographie de Magali Berdah. Pas en lisant l’ouvrage de Julia de Funès. J’ai presque envie d’ajouter :

 

« Alors que cela aurait dû être le contraire. A quoi sert-t’il d’avoir autant de connaissances- comme Julia de Funès- si c’est pour plomber l’atmosphère et le moral des gens alors que ceux-ci essaient de trouver des astuces pour s’alléger, respirer un petit peu mieux et s’octroyer un peu de répit avant de devoir reprendre leur labeur ? ».

 

Récemment, dimanche après-midi, j’ai effectué un remplacement dans un service. La collègue infirmière du matin, ai-je appris plus tard, se lève à 3 heures du matin lorsqu’elle commence sa journée de travail à 6h45.

 

C’est sans doute rare qu’une infirmière se lève aussi tôt lorsqu’elle commence à 6h45 pour être à l’heure au travail. Mais je l’aurais vu au moins une fois dans ma vie.

 

Ce qui est moins rare, c’est d’avoir appris que cette infirmière avait pu se faire « défoncer » en plein staff un matin parce-que le travail n’avait pas été fait en temps et en heure. Pour quelle raison ?

Peut-être parce qu’elle était nouvelle dans le service. Et encore en CDD. Mais, aussi, parce-que le service manque de personnel infirmier. Quatre infirmiers en poste dans le service alors qu’il en manque sept autres. Il y a sept postes d’infirmier vacants dans ce service. Le service tourne donc régulièrement avec des remplaçants.

 

Ce qui est aussi moins rare, c’est qu’en se faisant « défoncer » en plein staff, cette infirmière ait subi sans broncher. C’est une étudiante infirmière présente lors des faits qui, ensuite, en a parlé au collègue infirmier qui m’a raconté ça le dimanche après-midi.

 

Ce qui est également moins rare c’est d’avoir demandé ce dimanche (j’étais alors présent) à cette même infirmière de revenir travailler le lendemain matin sur son jour de repos. Parce qu’il manquait du personnel infirmier le lundi matin.  

 

 Pourquoi je parle de ça ? Le Covid a fait des soignants, officiellement, «  des héros ». Mais des personnes se font « défoncer » cette fois-ci physiquement, sur la place publique lorsqu’ils rappellent à d’autres citoyens de porter- correctement- le masque de prévention anti-covid. Ou simplement d’un porter un.

 

Pendant ce temps, dans leur service, des soignants continuent de se faire « défoncer » en plein staff comme cette collègue infirmière. On peut donc défoncer en plein staff une héroïne. Et c’est normal.

 

Alors, qu’est-ce qu’il reste aux soignants héroïques alors qu’ils continuent de se faire défoncer par leur hiérarchie ? Il leur reste la dépression ou le burn-out. Il leur reste les accidents de travail. Il leur reste les congés longue maladie. Il leur reste la démission. Il leur reste la colère ou la contestation. Il leur reste le Tsadik ou son équivalent. Et c’est en lisant la biographie de Magali Berdah, que je n’ai pas terminée, que je le comprends. Pas en lisant le livre sûrement très cultivé de Julia de Funès.

 

Ce matin, ça a fait marrer une de mes jeunes collègues infirmières lorsque je leur ai parlé de Magali Berdah. Elle était sans doute gentiment amusée par une de mes nouvelles bizarreries. Pourtant, je ne fais que prolonger à ma façon ce en quoi je crois depuis des années.

 

Miles Davis disait « My mind is not shut » : Mon esprit n’est pas fermé. Dans la revue Yashima dont j’ai beaucoup aimé les articles cette fois-ci, il y a entre autres une interview de Kacem Zoughari.

 

Kacem Zoughari est «  docteur en Histoire et Culture du Japon et adepte de Ninjutsu du plus haut niveau ». J’ai découvert l’existence de Kacem Zoughari il y a à peine dix jours par ce magazine Yashima acheté durant mes vacances.

 

Quel rapport entre la téléréalité, le monde du fric et du commerce de Magali Berdah et l’ascèse martiale à laquelle se tient Kacem Zoughari que je devrais appeler au moins Sensei ou Maitre au vu de ses titres ?  A priori, à la télé, ce n’est pas la même chaine. Il n’y a aucun rapport si on oppose ces deux personnes et ces deux expériences selon leur image et leur parcours. Et puis, dans l’interview, Kacem Zoughari dit par exemple :

 

« Quand j’arrive là-bas (au Japon), je pense être bon. J’ai représenté la discipline à Bercy et à la télé et je suis ceinture noire. Mais au premier cours chez Ishizuka sensei, on me reprend. On me reprend gentiment, mais j’ai l’impression d’être giflé ! ».

 

On peut donc être « très bon », bosseur et expérimenté comme le pense alors Kacem Zoughari et, comme Magali Berdah, dans son domaine professionnel…échouer.

 

Or, que l’on évolue dans le commerce ou dans le domaine des arts martiaux ou ailleurs, ce qui va importer, c’est notre réaction par rapport à « l’échec ». Ce que l’on va être capable d’apprendre et d’accepter de cet échec.

 

Plus tard, Kacem Zoughari dit :

 

«  (….) Hatsumi sensei dit parfois : « Tu veux être bon, shuraba ni ike ». Va où a lieu le carnage ».

 

On peut penser au « carnage » de la guerre. Mais on peut aussi penser au « carnage » de la souffrance et de la violence auquel le soignant où le travailleur social est régulièrement exposé. Et Magali Berdah parle aussi de certaines périodes de «  sa vie chaotique ».

 

Et j’ai particulièrement aimé lorsque Kacem Zoughari dit :

 

« Certains élèves copient le maitre jusque dans ses déformations de dos, de genou, etc. Au-delà de l’aspect caricatural, c’est même délétère pour leur santé ! Ce type de pratiquants intégristes refuse souvent aussi de voir ce qui se fait ailleurs pour ne pas corrompre l’image qu’ils ont de leur maître. C’est une grave erreur ».

 

Bien entendu, je n’attends pas que Kacem Zoughari verse dans l’univers de la téléréalité et dans le monde de Cyril Hanouna. Mais on a compris que selon mes aptitudes et mon état d’esprit, je peux trouver des parties de mes besoins et de mes réponses tant dans ce qu’enseigne Kacem Zoughari que dans ce que raconte Magali Berdah.

D’autant que Kacem Zoughari confirme aussi :

 

« (…..) car beaucoup d’obstacles se dressent sur la voie d’un adepte. Il y a d’abord les désillusions. Le monde martial, comme tout microcosme, comporte de nombreuses personnes à la moralité douteuse. Il faut alors avoir foi dans les bénéfices de la pratique pour trouver le recul de se dire que les actes d’un individu ne définissent pas la valeur d’une discipline ».

 

 

Il y aurait bien-sûr davantage à dire de l’interview de Kacem Zoughari et je le ferai peut-être un autre jour.

 

Mais l’article va bientôt se terminer et je veux d’abord répondre à des questions que je crois possibles devant certaines des photos :

 

La voix du Raid écrit par Tatiana Brillant (avec la collaboration de Christine Desmoulins), ancienne négociatrice du RAID, parce-que je crois que son expérience peut aussi m’apprendre quelque chose dans mon métier comme dans ma vie. Tatiana Brillant, dont, d’ailleurs, le père est pompier. Et la mère….infirmière. Tatiana Brillant qui dit, page 24 :

 

«  (….) Ayant cette fois accès à mon dossier, j’ai appris que lors des précédents tests j’avais été reçue première avec l’observation suivante :

 

 «  Première candidate. Impressionnante malgré son jeune âge. Bonnes réactions, empathie naturelle ».

C’est ainsi que je suis entrée au RAID le 1er mars 2004. A Bièvres, dans l’Essonne, mon rêve se réalisait ! Tout cela validait à jamais le mantra qui rythme ma vie :

 

« Il ne faut rien s’interdire ».

 

« L’empathie » est une aptitude qui peut être dévaluée dans un monde où l’image, le statut social, la célébrité, la rapidité, la rentabilité et le fric remportent souvent le gros lot.

 

Le personnel infirmier sait ce qu’est l’empathie même s’il se fait régulièrement enfler. Parce qu’il est plus dans le sacrifice et le don de soi que dans l’empathie me dira-t’on. Peut-être. Mais on voit à travers Tatiana brillant, Magali Berdah mais aussi Kacem Zoughari, qui l’évoque d’une certaine façon dans un passage de son interview, que « l’empathie » est compatible avec la réussite professionnelle et personnelle.

 

 

Tout bouge autour de moi de Dany Laferriere, membre de l’Académie française. Pour le titre. Pour la littérature. Parce-que je n’ai encore rien lu de lui. Parce qu’il parle d’Haïti, où il se trouvait, lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010 :

 

  «  Des choses vues » qui disent l’horreur, mais aussi le sang-froid des Haïtiens. Que reste-il quand tout tombe ? La culture. Et l’énergie d’une forêt de gens remarquables ».

 

 

Parce qu’Haïti est une île où j’aurais aimé être allé depuis des années. Mais son régime politique et sa pauvreté m’ont jusque là trop inquiété. Je suis « entré » un peu à Haïti d’abord par le cinéma de Raoul Peck dans les années 90 par son film, L’Homme sur les quais. J’ai vu d’autres films de lui. Et même des séries. Je l’ai aussi rencontré et interviewé deux fois. Une fois lors du festival de Cannes au début des années 2010. Une autre fois, à Paris.

 

Il y a quelques photos de nos vacances en Bretagne. A la vallée des Saints ( avec les statues en granit) et aussi à Quiberon, du côté du port-Haliguen, où nous sommes passés avant que le port du masque ne devienne obligatoire dans la rue.

 

Le titre que j’ai choisi sur l’album Nordub  réalisé par Sly & Robbie et Nils Petter Molvaer feat Eivind Aarset and Vladislav Delay s’appelle :

 

European Express.

 

C’est le septième titre de l’album. Après avoir lu des critiques dithyrambiques sur cet album, je me suis décidé à l’acheter. J’avais déjà écouté deux anciens albums de Nils Petter Molvaer. J’appréhendais qu’il soit trop présent avec ses traversées électroniques et sa trompette qui louche vers Miles mais sans l’attrait de Miles sur moi.

 

Sly and Robbie, depuis leur trajectoire Reggae avec Black Uhuru, Gainsbourg et beaucoup d’autres dans les années 70 et 80 ont depuis longtemps débouché dans d’autres atmosphères musicales. J’attendais beaucoup de cet album. J’attendais du Dub. J’ai d’abord été déconfit. Puis, en le reprenant en revenant de vacances, il s’est à nouveau vérifié que certains albums nous demandent du temps pour entrer dedans.

 

European Express,  de par sa dynamique, est le titre qui m’a semblé le plus approprié pour cet article.

 

 

Cet article est sans doute plus long qu’il n’aurait dû, une fois de plus. Alors, j’espère qu’il ne sera pas trop fastidieux à lire et que les photos qui l’accompagnent vous iront aussi.

Ici, si on le souhaite, on pourra écouter cet article dans sa version audio :

 

 

Après un concert, il arrivait que Miles engueule certains de ses musiciens après qu’ils aient, selon lui, mal joué. Sans doute estimait-il qu’ils n’avaient pas pris assez de risques. Il leur disait :

 

 «  Jouez ce que vous savez jouer ! ».

 

J’ai écrit ce que je sais écrire. C’est le souffle qui nous tient. C’est à dire : trois fois rien.

 

 

Franck Unimon, ce mercredi 5 aout 2020.

 

 

 

 

 

 

 

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