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Coming Out

                                                        Coming Out

 

 

Coming Out : « Ce n’est pas un choix ».

 

Je viens de parler du film Le Daim de Quentin Dupieux sorti ce 19 juin 2019 au cinĂ©ma. En faisant ça, j’ai respectĂ© l’ordre chronologique dans lequel j’ai d’abord vu Le Daim puis Coming Out cette semaine. Mais j’aurais peut-ĂȘtre dĂ» commencer par Coming Out. MalgrĂ© le bien que je pense de Le Daim de Quentin Dupieux (voir mon article ) Coming Out est une Ɠuvre prioritaire. Cet article est donc, aussi, un article de rattrapage.

Avant d’aller voir Coming Out de Denis Parrot, sorti en salles le 1er Mai 2019, j’avais hĂ©sitĂ© avec d’autres rĂ©alisations telles que Dirty God de Sacha Polak ou Permaculture, la voie de l’autonomie de Carinne Coisman et Julien Lenoir. J’ai pour l’instant ratĂ© les sĂ©ances de Un Havre de paix de Yona Rozenkier et de Le Chant de la ForĂȘt de Joao Salaviza et RenĂ©e Nader Messora. J’avais pour moi d’avoir parlĂ© rĂ©cemment du film ConsĂ©quences de Darko Stante dans un de mes articles.

ConsĂ©quences est sorti ce mercredi 26 juin ( avant hier) et, Ă  ce que je lis « par dessus l’épaule » ( sur sa page Facebook) d’une des attachĂ©es de presse que je connais, Jamila Ouzahir, le film bĂ©nĂ©ficie de bonnes critiques dans les mĂ©dia Ă  droite Ă  gauche. Si l’homosexualitĂ© est abordĂ©e dans ConsĂ©quences, l’inspiration masochiste du hĂ©ros, Andrej, m’a dĂ©rangĂ©. Et, je vois celui qu’il « aime », Zeljko, plus comme un jeune homme qui prend son plaisir de maniĂšre opportuniste par toutes ses pores, sexualitĂ©s, drogues et actes de violences confondus que comme un homo. Si la personnalitĂ© d’Andrej en tant qu’homo se dĂ©finit Ă  mesure du film, Zeljko, pour moi, est sans limites : S’il s’avĂ©rait que devenir prĂȘtre, proxĂ©nĂšte, croque-mort, combattant MMA ou sniper pouvait lui permettre de prendre son pied, je pense qu’il se dirigerait vers une de ces voies-lĂ  ou vers plusieurs d’entre-elles en mĂȘme temps.

On peut Ă©videmment m’opposer un avis diffĂ©rent. Et je m’abstiendrai de toute façon de m’affirmer en spĂ©cialiste du sujet de l’homosexualitĂ© devant nos voisins, collĂšgues, copains, amis homme-eau, lesbiennes, transgenres, sociologues, psychologues et autres.

Par contre, Ă  parler d’homosexualitĂ© et de transgenre, je prĂ©fĂšre nettement Coming Out qui est fait de vidĂ©os postĂ©es sur le net entre 2012 et 2018 par des personnes qui ont fait leur coming out.

Denis Parrot, le rĂ©alisateur le souligne au dĂ©but : Ă  son Ă©poque, internet n’existait pas.

 

Il y’a trente ou quarante ans, internet comme nous le connaissons aujourd’hui, n’existait pas non plus. Et cela avait pu faire rire de voir les humoristes Coluche et Thierry Le Luron se marier. Cela avait pu dĂ©ranger aussi. Mais ceci pour dire que les homos pouvaient ĂȘtre « tolĂ©rĂ©s » dans la mesure oĂč ils faisaient marrer. C’est ce qui peut expliquer-peut-ĂȘtre- le succĂšs du premier volet de La Cage aux folles rĂ©alisĂ© en 1978 par Edouard Molinaro avec Ugo Tognazzi et Michel Serrault d’aprĂšs la piĂšce de thĂ©Ăątre au titre Ă©ponyme. J’ai nĂ©anmoins rencontrĂ© au moins un homo qui voit dans ce film des clichĂ©s et un mĂ©pris affichĂ© envers les homosexuels. J’imagine que d’autres homos pensent comme lui.

En dĂ©couvrant La Cage aux folles– il y’a moins de dix ans- il m’a pourtant semblĂ© que le pire personnage Ă©tait celui qui jouait le fils, hĂ©tĂ©ro. La reprĂ©sentation de l’homo a un peu changĂ© dans le cinĂ©ma. Dans un des derniers James Bond, Skyfall, je crois (rĂ©alisĂ© en 2012), alors qu’il est torturĂ©, « James » suggĂšre d’un air entendu et dĂ©tendu avoir dĂ©jĂ  couchĂ© avec un homme.

Aujourd’hui, trĂšs superficiellement sans doute, et malgrĂ© une rĂ©elle volontĂ© de sincĂ©ritĂ© et d’ouverture, j’ai l’impression que « ça fait bien » lorsque l’on est hĂ©tĂ©ro, de dire que l’on « a des amis homos » ou que l’on fraie dans les milieux gay et lesbiens. Et transgenres. Nous sommes Ă  une Ă©poque oĂč les gens sont tellement « ouverts », « cool » et « tolĂ©rants ». Et on peut remplacer le mot « homo » par le mot « Arabe », « Noir », « Blanc », « Asiatique », « Musulman », « Juif », « Femme », « Homme », « Riche », « Pauvre », « Manuel », « Intellectuel », « Sportif », pour s’apercevoir que selon les environnements, les interlocuteurs et les Ă©chĂ©ances, on se retrouvera tour Ă  tour devant la porte d’un club privĂ© dont l’accĂšs nous sera refusĂ© ou, au contraire, accordĂ©.

Nous sommes dans un monde de cases et de castes.

On peut toujours regarder les autres cultures et les autres pays et se « moquer » de leur cĂŽtĂ© arriĂ©rĂ© ou supposĂ© comme tel. MĂȘme en France, et au XXIĂšme siĂšcle, on peut ĂȘtre particuliĂšrement arriĂ©rĂ©.

Je peux ĂȘtre particuliĂšrement arriĂ©rĂ©. D’ailleurs, Coming Out nous en apprend davantage au travers de ses divers tĂ©moignages qui, pour la plupart, se font face camĂ©ra, sur les formes principales de l’intolĂ©rance.

L’intolĂ©rance, selon Coming out, est bien un plat fait de certains mĂ©langes. On y trouve cĂŽte Ă  cĂŽte de l’ignorance, du dĂ©ni, de la psychorigiditĂ©, du conditionnement, de l’aliĂ©nation, de la peur (du Freak, de l’Alien, du violeur), de la complaisance, de l’absence de conscience partielle ou totale de soi et des autres.

Dans l’intolĂ©rance, on trouve aussi cette conviction quasi dĂ©lirante voire paranoĂŻaque que la Norme de pensĂ©e Ă  laquelle on adhĂšre ou qui nous tient en laisse ou en haleine nous assurera la vie Ă©ternelle. Le bonheur Ă©ternel. Le pardon perpĂ©tuel. Et, cela, quelles que soient les erreurs et les horreurs que l’on peut commettre, seul ou avec le concours d’autres personnes, en tuant ou en blessant d’autres personnes dĂ©sarmĂ©es, pacifiques et en situation d’infĂ©rioritĂ©.

Dans Coming Out, fait d’une bonne dizaine de tĂ©moignages, on assiste Ă  quelques rĂ©actions des proches : Du dĂ©ni au rejet en passant par l’acceptation ou l’encouragement. Certaines de ses personnes ont la chance d’avoir des proches qui comprennent ou, mieux, qui le « savaient dĂ©jĂ  » et acceptent.

D’autres n’ont pas cette chance.

La phrase maladroite de quelques parents qui croient bien faire et qui revient plusieurs fois est : « C’est ton choix
. ». Ce Ă  quoi, plusieurs de ces jeunes qui font leur coming out rĂ©pondent aussitĂŽt : « Ce n’est pas un choix ! ».

Si, pour certains, la dĂ©couverte de leur homosexualitĂ© a Ă©tĂ© plus ou moins Ă©vidente assez tĂŽt, pour d’autres, il a fallu certaines circonstances : une attirance amoureuse, plusieurs tentatives de suicides et plusieurs dĂ©pressions.

En regardant Coming Out, on s’aperçoit bien que ces personnes qui portent sur elles (ce en quoi elles sont, finalement, si on gratte bien, davantage les enfants de Dieu que ces « tenants » d’une certaine vĂ©ritĂ© religieuse ) tout le poids de la dĂ©sapprobation morale de la communautĂ© majoritaire aimeraient tellement ĂȘtre dans la « Norme » et acceptĂ©s du plus grand nombre.

On s’aperçoit aussi qu’elles se prĂ©occupent plus du bien-ĂȘtre ĂȘtre de leurs parents que du leur. Une des jeunes femmes dit ainsi Ă  sa mĂšre au tĂ©lĂ©phone :

« J’essayais de vous rendre heureux ».

Une autre, devenue garçon, demande en quelque sorte à sa mÚre de le rebaptiser en lui donnant un autre prénom.

Certains passages pourraient ĂȘtre drĂŽles si l’on excluait la souffrance dont ils sont remplis :

« Je suis censĂ©e m’intĂ©resser Ă  des garçons
. ».

Si la plupart des témoignages se font face caméra ou en présence des parents, il est aussi un photomontage particuliÚrement réussi ou une jeune fille, de 12 ans, fait des commentaires en voix off.

A nouveau, Ă  voir ces personnes en pleine « mutation », il est dĂ©tonant de voir comme les films de super-hĂ©ros manquent gĂ©nĂ©ralement de rĂ©alisme en nous montrant des modĂšles exclusivement Ă©talonnĂ©s sur les normes sexuelles, sociales et amoureuses hĂ©tĂ©ros. Il est vrai que les films de super-hĂ©ros, pour des raisons Ă©conomiques, se doivent d’ĂȘtre grand public et donc montrer le moins de scĂšnes « osĂ©es » ou choquantes possible. Mais voir les mĂȘmes histoires « d’amour » dans les films de super-hĂ©ros revient Ă  raconter aux enfants, aux ados et aux adultes que les bĂ©bĂ©s sont apportĂ©s au travers de la couche d’ozone par des cigognes ou transportĂ©s via Amazon Prime dans des Ă©prouvettes par le PĂšre NoĂ«l.

Coming Out rĂ©vĂšle ou rappelle que derriĂšre certains signes d’ouverture, mal ĂȘtre et solitude complĂštent encore la vie de beaucoup d’homos, de lesbiennes et de transgenres et que, comme le dit trĂšs bien un des jeunes hommes qui tĂ©moigne :

« Nous crions pour que les personnes comme nous sachent qu’elles ne sont pas seules : nous sommes des ĂȘtres humains ».

Franck Unimon, ce vendredi 28 juin 2019.

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Le Daim

Le Daim

 

 

Extension du domaine de la chute ou voyage « pataud », Le Daim, le dernier film de Quentin Dupieux , sorti ce 19 juin 2019, est tout en aimants presque chromĂ©s d’anachronismes.

Dans Le Daim, Quentin Dupieux poursuit sa route, sa trĂšve, son rĂȘve amĂ©ricain parallĂšle dont il continue d’équiper la bande son : C’est Ă©tonnant comme ses films emploient la route ou ce qui s’en rapproche mais aussi comme les situations du Daim – comme sans doute de ses autres films- se raccordent bien aux bretelles sonores de quelques titres de son premier album Analog Worms Attack ( livrĂ© en 1999, l’annĂ©e du film Matrix) comme de son premier tube : Flat Beat.

Ecoutez des titres comme Bad Start, No Day Massacre, Last Night A DJ Killed My Dog, trois des titres de son premier album Analog Worms Attack. D’abord, vous constaterez peut-ĂȘtre qu’aujourd’hui oĂč des artistes comme Jain et Aya Nakamura tapent le son, ces trois titres de Quentin Dupieux/ Mr Oizo sont loin d’en ĂȘtre les seconds. Mais aussi qu’ils collent Ă  la peau de Georges tel du plomb dans le fond de la gorge.

Qui est Georges ? Georges est un emballage ou un homme dans la quarantaine, emportĂ© par l’acteur Jean Dujardin sur une autoroute Ă  pĂ©age dans une vieille Audi sans Ă©lectronique. Cette voiture Audi est immatriculĂ©e dans le 92. Donc en rĂ©gion parisienne dans le dĂ©partement considĂ©rĂ© comme ” le plus riche de France”. La voiture Audi et l’appartenance au dĂ©partement 92 sont Ă  premiĂšre vue des symboles de rĂ©ussite Ă©conomique.

La voiture de Georges date peut-ĂȘtre aussi de l’annĂ©e 92 ou de la fin des annĂ©es 90. Si l’on tient compte du modĂšle automobile mais aussi du tableau de bord.

Georges a des goĂ»ts musicaux trĂšs sĂ»rs : Dans sa voiture passe « Et si tu n’existais pas », interprĂ©tĂ©e par Joe Dassin, un chanteur « franco-amĂ©ricain » trĂšs annĂ©es 70-80 (dĂ©cĂ©dĂ© en 1980 d’un « malaise cardiaque » Ă  41 ans) Ă©galement trĂšs connu pour son titre L’étĂ© Indien. Quentin Dupieux laisse filtrer suffisamment de « bizarreries » dans ses films pour que ceux-ci en deviennent multipistes. Les traces qu’on y trouve peuvent donc ĂȘtre les « tracks » de nos sillons personnels. Cela convient Ă  certains spectateurs et Ă  certaines humeurs plutĂŽt qu’à d’autres.

 

« Je promets de ne plus porter de blouson de toute ma vie » semble ĂȘtre le nouvel ordre que Georges veut imposer Ă  celles et ceux qu’il rencontre aprĂšs qu’il ait passĂ© le pĂ©age et changĂ© en quelque sorte de route, de dĂ©pression… et de dimension. On peut Ă©videmment jouer sur les mots et voir la « paix-Ăąge » dans le pĂ©age. Georges est Ă  ce moment de sa vie oĂč il aspire Ă  trouver un second souffle et Ă  faire
.le mĂ©nage. Cela commence par cette veste de cadre qu’il porte au dĂ©but du film et qu’il va remplacer par cette veste en daim achetĂ©e au prix fort Ă  un vendeur ( l’acteur Albert Delpy ) facĂ©tieux ou tout autant enluminĂ© que lui. En voyant l’acteur Albert Delpy, on se dit que ce personnage du vendeur aurait aussi pu ĂȘtre jouĂ© par l’acteur Philippe Nahon ou par l’acteur Jean-François StĂ©venin. AndrĂ© Dujardin/ Georges, quant Ă  lui, ressemble alors au JosĂ© Garcia du Extension du domaine de la lutte (1999) adaptĂ© par Philippe Harel d’aprĂšs le livre de Michel Houellebecq. RĂŽle qui avait permis de dĂ©couvrir l’aptitude dramatique de JosĂ© Garcia avant son rĂŽle dans Le Couperet (2005) de Costa-Gavras. Mais c’est un Georges Ă©galement proche de L’Homme Ă  tĂȘte de Chou de Gainsbourg pour la transformation psychique que va connaĂźtre son personnage.

Au fait ! Le Daim, ici, c’est peut-ĂȘtre l’équivalent masculin du mot « Dinde ». Georges est un banni du gĂ©nie. Et il est au ban du monde. On s’abstiendra de voir en lui un sujet d’admiration. Et, c’est pourtant la seule petite lueur qui lui reste : celle de ce petit voyant rouge qui s’allume lorsqu’il met en marche sa camĂ©ra numĂ©rique et qu’il se voit rĂ©alisateur « dans le vrai cinĂ©ma ! ». D’autant que « Le numĂ©rique, c’est ce qui se fait de mieux ! ».

Si nous voyons en Georges un ratĂ© qui se trouve pour monastĂšre un hĂŽtel Ă  la Barton Fink ( des frĂšres Coen) perdu prĂšs des montagnes, lui se voit en Cow-Boy conquĂ©rant. A travers lui et son personnage en perte de repĂšres qui rappelle aussi le personnage de Vincent Lindon dans La Moustache (2005), Dupieux filme aussi notre impossibilitĂ© d’inventer notre vie au jour le jour. Car nos vies sont de plus en plus quadrillĂ©es. Par l’urbanisation. Par les technologies modernes et numĂ©riques qui sont Ă©vacuĂ©es, dĂ©sactivĂ©es ( la carte bancaire) ou finissent Ă  la poubelle dans Le Daim :

La scĂšne du tĂ©lĂ©phone portable rappelle en effet celle du Nokia dans Matrix, Ă  l’époque oĂč Nokia (entreprise finlandaise) Ă©tait le numĂ©ro 1 mondial (« Jusqu’en 2011 ») en tĂ©lĂ©phonie mobile. Alors qu’aujourd’hui, les marques Samsung (CorĂ©e du sud), Apple (AmĂ©ricaine) et Huawei (Chinoise) semblent constituer le trio de tĂȘte dans ce domaine. Et l’on peut voir dans Le Daim diffĂ©rents marqueurs d’un monde enrubannĂ© de cellophane dans les annĂ©es 70-80 :

des Baskets Nike typées années 80, une télévision portative en noir et blanc


Attirer le regard, exister, s’ancrer, semble de plus en plus difficile dans notre monde de voyeurs et de reflets Ă  couper au montage oĂč beaucoup peut ĂȘtre refait.

Au passage, Dupieux nous parle de la prĂ©caritĂ© avec le personnage d’AdĂšle Haenel, monteuse prĂ©caire et rĂ©signĂ©e qui se rĂ©vĂšlera ĂȘtre une Rosetta (1999) des FrĂšres Dardenne ou une Christine Blanc du film Elle est des nĂŽtres (2002) de Siegrid Alnoy.

L’actrice AdĂšle Haenel, en barmaid et dans son rĂŽle, fait de plus en plus penser Ă  l’actrice Mathilde Seigner Ă  force de se rassembler dans cet air renfrognĂ© qui nous l’a prĂ©sentĂ©e et avec lequel elle nous prend en Ă©tau. Mais quand elle sourit, elle ressemble Ă  elle-mĂȘme et c’est trĂšs beau. Dupieux nous donne aussi quelques trucs sur le cinĂ©ma en nous parlant de l’importance du montage Ă  travers l’exemple du film Pulp Fiction (1994) de Tarantino ( PrĂ©nom : Quentin). Il se fait alors- briĂšvement- l’égal d’un mĂ©cano qui Ă©duquerait les futurs acquĂ©reurs et consommateurs de ces moteurs particuliers que sont les images.

Il peut dĂ©router qu’un artiste comme Dupieux qui maitrise, cĂ©lĂšbre les technologies « nouvelles » et assure sa vie Ă©conomique et personnelle grĂące Ă  elles, tienne un tel discours. Mais, au fond, dans les annĂ©es 90 Ă  l’époque de la « French Touch », en tant que musicien techno, et avant de devenir cinĂ©aste, il exprimait dĂ©jĂ  des idĂ©es allant dans le sens contraire. Et, Ă  l’écouter, sa techno « sale » au sens noble contrastait par exemple avec la musique « sublimĂ©e », proprette et nacrĂ©e d’un groupe comme Air et, avec celle, plus tard, d’un groupe comme Daft Punk, dont on ne sait plus aujourd’hui si leur musique nous touche parce qu’elle nous rappelle ce qu’elle a Ă©tĂ©. Parce qu’elle est devenue une institution et une norme et que tout le monde (beaucoup de monde) la connaĂźt, l’écoute et danse dessus. Ou parce qu’elle nous libĂšre vĂ©ritablement. En Ă©coutant l’album Homework (1997) des Daft Punk,  je ne me posais pas ce genre de questions.

A la fin de Le Daim, Georges « l’albinos » (voir le film Noi Albinoi rĂ©alisĂ© par Dagur Kari en 2002), ressemble Ă  l’acteur Edouard Baer. Puis, un petit peu, Ă  l’acteur Marcelo Mastroianni, capable de jouer « les mecs banals » selon Fellini, je crois.

Peut-ĂȘtre que pour l’acteur AndrĂ© Dujardin, le film Le Daim permettra d’exister davantage, et, mieux, au cinĂ©ma.

 

Franck Unimon, ce vendredi 28 juin 2019.

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Cinéma

Sibyl

 

Sibyl un film de Justine Triet

 

Sibyl : « On ne construit que sur la merde ».

 

Sibyl a un mĂ©tier rĂ©flĂ©chi. Psychologue libĂ©rale depuis plusieurs annĂ©es, elle est une professionnelle et une femme autonome et accomplie. Mari parfait jusqu’à l’effacement. Enfants plus que parfaits. Entourage aimant. Pas de problĂšmes d’argent en vue. Assez soudainement, elle veut quitter tout ça et se remettre Ă  Ă©crire. Peut-ĂȘtre parce-que sa vie flĂ©chĂ©e l’ennuie. Peut-ĂȘtre parce-que que sa tĂȘte reste le passage obligĂ© d’une routine. Et que cette routine la reconduit vers sa mĂšre, ses 3 grammes d’alcool dans le sang, et la sortie de route qui l’ont fait disparaĂźtre et rendue muette Ă  jamais.

Dans son cabinet, comme dans la vie, Sibyl sait Ă©couter les autres et leur parler. Lorsqu’on la regarde vivre extraite de son justaucorps social, Sibyl est un de ces sushis qui dĂ©file sur tapis roulant au dĂ©but du film tandis qu’un de ses amis Ă©diteur lui parle Ă  lui donner le tournis.

 

Film Ă©trange que ce Sibyl de Justine Triet, oĂč l’on s’éponge entre mensonges, fantasmes, perversion, exhibitionnisme et voyeurisme, mĂ©langes prompts Ă  vous Ă©garer. Encore plus peut-ĂȘtre si juste auparavant, Ă  la sĂ©ance prĂ©cĂ©dente, vous Ă©tiez en compagnie de John Wick Parabellum et ses scĂšnes de combat oĂč vous compreniez chaque rĂ©plique et chaque mimique. Avec Sibyl, on pourrait se dire que nous sommes en face du Ă©niĂšme film français de bobo nĂ©vrosĂ© pour intellectuels bobos :

Ce film doit ĂȘtre vu avec son microscope, mieux, avec son scanner cĂ©rĂ©bral portatif en bon Ă©tat de marche.

 

Regardons de plus prĂšs quelques protagonistes principaux : Virginie Efira/ Sibyl est la premiĂšre raison pour laquelle je suis allĂ© voir ce film. Cela fait plusieurs annĂ©es que cette actrice nous a fait comprendre que nous avons tout Ă  gagner Ă  nous la fader sur grand Ă©cran, elle et son visage de blonde assez fade. Il est assez pratique d’employer des formules toutes faites Ă  propos de certaines actrices et acteurs telles que :

« C’est le comĂ©dien le plus douĂ© de sa gĂ©nĂ©ration ». Ou « Il peut tout jouer ! ». HĂ© bien, en voyant le film Sibyl – qui n’est pas un film d’épouvante- on peut se dire que Virginie Efira, Ă©galement douĂ©e pour la comĂ©die, pourrait jouer dans des films d’épouvante ou d’horreur. De cette Ă©pouvante bien sous tous rapports et Ă  cheval entre la normalitĂ© et la folie. Son jeu dans Sibyl est trĂšs propre. Ma scĂšne prĂ©fĂ©rĂ©e est sans doute celle de « la pomme d’Amour et du Barbapapa ». Mais j’ai aussi beaucoup aimĂ© une autre scĂšne qui fait penser Ă  une scĂšne de licenciement.

AdĂšle Exarchopoulos/ Margot Vasilis. La Vie d’AdĂšle de Kechiche avait Ă©tĂ© un film presque fait sur mesure pour elle. Elle a tournĂ© dans d’autres films depuis. Dans Sibyl, elle me convainc moyennement dans certaines scĂšnes. Lorsqu’elle pleure par exemple. Pour la premiĂšre fois, dans son rĂŽle de Margot Vasilis, elle m’a fait penser Ă  l’actrice Ludivine Sagnier plus jeune. Mais en un peu plus « perverse ». Pour le rĂŽle. Dans Sibyl, Margot/ AdĂšle est selon moi meilleure comĂ©dienne lorsqu’elle balade Sibyl que sur le tournage du film rĂ©alisĂ© par Mika/ l’actrice Sandra HĂŒller et oĂč elle est une jeune comĂ©dienne qui joue son avenir professionnel.

Gaspar Ulliel/ Igor a gardĂ© un peu de sa « balafre » hannibalienne dans son rĂŽle et ça colle bien. En en montrant moins que Margot Vasilis, son personnage dĂ©gage plus d’épaisseur.

Niels Schneider/ Gabriel (comme l’ange Gabriel ?) me plait davantage dans la derniĂšre partie du film : dans la premiĂšre partie, on le voit jouer ce par quoi il s’est fait connaĂźtre en particulier dans le cinĂ©ma de Xavier Dolan (l’ambiguĂŻtĂ©, la sexualitĂ©).

Laure Calamy/la sƓur de Sibyl, Paul Hamy/ le mari de Sibyl, Arthur Harari/ Dr Katz, Sandra HĂŒller/ Mika, la rĂ©alisatrice, complĂštent la liste des rĂŽles principaux. J’aime beaucoup le jeu de l’actrice Laure Calamy en gĂ©nĂ©ral. Si j’aime la revoir ici, j’aimerais bien qu’elle sorte – un peu- de sa « panoplie » de femme nĂ©vrosĂ©e.

Lors de la sĂ©ance de John Wick Parabellum, j’avais arrĂȘtĂ© de compter Ă  partir de la 8Ăšme scĂšne de combat. En dĂ©couvrant Sibyl, j’ai assez vite renoncĂ© Ă  savoir ce qui faisait partie des mensonges ou des fantasmes de Sibyl. Le film peut faire penser Ă  l’univers de Catherine Breillat comme Ă  celui d’Atom Egoyan pour cette relation fusionnelle et passionnelle entre les protagonistes. Pour cette façon de nous manipuler en nous laissant croire que nous captons tout alors que nous captons hak ! (rien, le nĂ©ant ). Ce film est peut-ĂȘtre un regard critique sur le milieu du cinĂ©ma et du spectacle au sens large. Je n’ai peut-ĂȘtre pas suffisamment compris ce film pour en parler correctement. Mais j’ai compris que Sibyl est fatiguĂ©e de se mentir Ă  elle-mĂȘme et qu’elle rĂ©pĂšte souvent aux autres « Tu n’es pas seule » alors qu’elle est elle-mĂȘme un comptoir de solitude. Cela me rappelle cette chanson de Björk : Army of Me. Il m’avait fallu plusieurs Ă©coutes fois avant de finir par comprendre que Björk s’adressait sĂ»rement Ă  elle-mĂȘme. Que ce soit lors de ce tournage oĂč Sibyl se rend malgrĂ© l’interdit (ou le tabou) dĂ©ontologique rappelĂ© par le Dr Katz ( tous ses garde-fous sont des hommes dans le film ) :

« Ton rĂŽle Ă  toi, c’est de rester du cĂŽtĂ© du fantasme ».

Que ce soit lors de ses Ă©bats supposĂ©s ou rĂ©els avec Gabriel, Sibyl lĂšve une armĂ©e contre elle-mĂȘme. Peut-ĂȘtre qu’il lui faut ça pour enfoncer la forteresse qu’elle a Ă©rigĂ©e entre sa vie et ce qu’elle est vĂ©ritablement. Finalement, elle a peut-ĂȘtre plus de points communs qu’il n’y paraĂźt avec John Wick. Sibyl sera peut-ĂȘtre dans le 4Ăšme volet de John Wick. Virginie Efira en est capable.

 

 

 

 

Franck Unimon, ce vendredi 31 Mai 2019.

 

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Echos Statiques

ParanoĂŻa Sociale

 

 

Paranoïa sociale 

 

 

Hier, en allant Ă  la mĂ©diathĂšque rendre des prĂȘts en retard (une de mes routines), je me suis imaginĂ© que, dans la vie sociale, j’étais et suis une personne plus sincĂšre, plus honnĂȘte et plus franche que la « normale ».

J’ignore encore ce qui m’a pris. Mais, je me suis avisĂ© qu’il fallait, dans les faits, assez peu se dĂ©voiler ou, tout au moins, modĂ©rĂ©ment donner de sa gentillesse et de sa disponibilitĂ© et prendre le temps, en restant poli, d’observer. Et d’évaluer si ces personnes dont nous faisons la rencontre, que nous trouvons en prime abord si “cool”, si “sympas”  et si “mignonnes”,  valent ou valaient la peine qu’on leur donne davantage de soi :

De notre gentillesse, de notre spontanĂ©itĂ©, de notre sincĂ©ritĂ©, de notre intĂ©rĂȘt, de notre altĂ©ritĂ© etc
.

La « norme » sociale, au premier abord, est assez souvent de s’accoster les uns, les autres, avec de grands sourires et propos ouverts et accueillants. Mais derriĂšre la forme, le plus souvent, celles et ceux que nous rencontrons se font une idĂ©e de nous, vraie ou fausse. Nous faisons tous ça : nous projetons sur l’autre quelque chose. De bien ou de mal. Puis, au travers de certaines situations ( la façon de tenir un verre, cette façon particuliĂšre que l’autre a de se dĂ©placer pour se rendre aux toilettes ou de regarder, subitement, son portable)  nos impressions se trouvent confirmĂ©es ou contredites.

Cela va trĂšs vite.

AprĂšs le temps des sourires et de l’accueil, le temps du jugement social- et de la guillotine- arrive trĂšs vite. Plus vite qu’on ne le pense. Plus vite, en tout cas, que, moi, je le pense. J’ai oubliĂ© d’écrire que je m’imagine, aussi, en matiĂšre de relations sociales, ĂȘtre une personne naĂŻve ou trĂšs naĂŻve. Ou, en tout cas,  je m’imagine que je peux l’ĂȘtre.

Parce-que, fonciĂšrement, celles et ceux que nous rencontrons pour les premiĂšres fois, lorsqu’ils viennent vers nous avec sourires et « bonnes » intentions affichĂ©es ( pour celles et ceux qui viennent Ă  nous car d’autres, pour des raisons assez mystĂ©rieuses, restent Ă  l’écart et trĂšs discrets) sont souvent en pleine prospection afin d’essayer d’obtenir de nous un Ă©ventuel bĂ©nĂ©fice, intĂ©rĂȘt, y compris commun. Je le fais aussi mais, j’ai l’impression, que plus que d’autres, bien plus que d’autres, je vais vers les autres avec une plus sincĂšre sympathie lĂ  ou d’autres sont, finalement, et fonciĂšrement, avant tout intĂ©ressĂ©s. Un peu comme si dĂšs le dĂ©but d’une rencontre, on se mettait Ă  avoir rapidement des relations sexuelles avec une personne parce-que l’on se sent bien avec elle et qu’on la trouve sympathique. Alors que cette personne, elle, a uniquement vu en nous un « bon » coup ou un coup Ă  tirer. Ou attendait simplement de nous qu’on lui offre un cafĂ©, une cigarette. Ou une vingtaine de centimes.

 

Avec certains parents rencontrĂ©s Ă  l’école oĂč ma fille est scolarisĂ©e, j’ai un peu l’impression de m’ĂȘtre fait un peu « tirer » socialement. Et puis, une fois le temps de « l’inspection » sociale terminĂ©, j’ai Ă©tĂ© Ă©valuĂ© comme bon Ă  jeter, bon Ă  Ă©carter, bon Ă  nĂ©gliger. Avec les formes bien-sĂ»r. Car, lorsque l’on me croise, c’est sourire et bonjour.

Officiellement : il n’y’a pas de conflit ou de dĂ©saccord. C’est la norme sociale. Et je me la prends – Ă  nouveau- en pleine figure au travers de ces quelques relations avec quelques parents que je croise depuis que ma fille est Ă  l’école maternelle.  Peu m’importe que mes relations soient cordiales avec la majoritĂ© des parents que je salue. Je m’attarde ici sur deux ou trois parents vis-Ă -vis desquels j’ai maintenant quelques rĂ©serves.

Mais ces attitudes se retrouvent partout.

Hier, je me suis avisĂ© qu’il fallait en fait, savoir laisser les autres projeter sur nous. Et moins se dĂ©voiler : pourquoi se montrer tel qu’en soi-mĂȘme, si, en face certaines personnes avancent masquĂ©es ou se voilent la face sur elles-mĂȘmes. Chez les parents d’une ancienne copine d’école de ma fille, nous avons Ă©tĂ© invitĂ©s une fois. Il y’a bientĂŽt deux ans maintenant. Et, je me rappelle que chez eux figurait – et figure toujours sans doute- une sorte d’inscription ou de maxime, accrochĂ©e sur le mur oĂč Ă©tait prĂŽnĂ©e la tolĂ©rance et des valeurs proches. J’imagine bien que ces parents – comme la plupart d’entre nous- sont sincĂšrement convaincus des bienfaits de ces valeurs. Tout en les appliquant Ă  leur sauce comme on peut interprĂ©ter Ă  sa sauce une religion, un film, une vĂ©ritĂ©, une chanson, un regard, tout en refusant que l’autre nous apporte la contradiction, sa contradiction.

Je suis donc, je crois, socialement, une personne souvent trop naĂŻve, honnĂȘte, sincĂšre et trop franche. Il est dĂ©jĂ  arrivĂ©, lors de mes discussions avec ma compagne, que celle-ci me le fasse comprendre en quelque sorte et me donne des cours de rĂ©alisme. Lorsque je lui parlais par exemple de mes dĂ©sillusions sociales et relationnelles dans le milieu du cinĂ©ma en tant que journaliste ou comĂ©dien, oĂč j’ai, Ă  ce jour, dans le meilleur des cas, rencontrĂ© bien plus d’experts et d’expertes en sĂ©duction sociale que d’amis vĂ©ritables.

Lorsque j’écris qu’il faut laisser les autres « projeter » sur soi, c’est Ă©videmment en faisant en sorte que ce qu’ils projettent soit Ă  notre avantage. Si pour les besoins d’un film, un rĂ©alisateur veut voir en moi un boucher et que, pour cela, il est prĂȘt Ă  me payer 1500 euros par jour, ça me va. Par contre, si pour jouer la doublure d’un homme grenouille, je dois entrer dans une eau glacĂ©e et y rester pendant des heures pour le plaisir de participer au travail de fin d’Ă©tudes d’un Ă©tudiant en cinĂ©ma, je crois plus sensĂ© de refuser cette proposition.

Il convient donc de faire attention Ă  son image.

Il est vrai que, dans ce domaine, je suis et reste plutĂŽt « nature » lĂ  oĂč bien d’autres (femmes comme hommes) sont des experts en maquillage et en enrobage social. Et, la vie quotidienne nous apprend que souvent voire assez souvent, celles et ceux qui savent se montrer Ă  leur avantage Ă  coups de maquillage et de matraquage social, ou de sourires adressĂ©s au bon endroit, vers les regards porteurs d’avenir,  rĂ©ussissent souvent mieux, et plus vite, que celles et ceux, qui, comme moi, se montrent plus “fous” et moins regardants sur l’enrobage et la prĂ©sentation. Le feu de la folie dĂ©vore le dĂ©cor et le protocole social. Lorsque l’on est ” fou”, en cas de “rĂ©ussite”, on devient un modĂšle ou une crainte. Dans une situation intermĂ©diaire, on inspire scepticisme, suspicion ou rejet quelles que soient nos rĂ©elles qualifications et intentions.

Dit autrement : les parents de cette ancienne copine d’école de ma fille- et d’autres- peuvent bien m’évaluer Ă  mon dĂ©savantage autant qu’ils le veulent ou s’estiment autorisĂ©s Ă  le faire. Je sais, Moi, que j’ai autant de valeur humaine qu’eux. Et, je crois, aussi, que contrairement Ă  eux et d’autres, je suis plus respectueux des autres : Je me sens plus l’égal de celles et ceux que je croise que leur supĂ©rieur. Mais la vie sociale est ainsi faite qu’à moins d’une catastrophe ou d’un Ă©vĂ©nement exceptionnel oĂč l’on se retrouve obligĂ© de faire « corps » et alliance avec des personnes que l’on dĂ©sapprouve ou dĂ©prĂ©cie, gĂ©nĂ©ralement, chacun peut rester confortablement domiciliĂ© dans ses prĂ©jugĂ©s sur une personne ou un groupe de personnes.

Mais savoir ce que je sais de moi, ce que je vaux, et sur moi, si je suis le seul à le savoir, est insuffisant pour réussir sa vie sociale.

Savoir que nous avons invitĂ© la mĂšre de cette ancienne copine d’Ă©cole de ma fille il y’a quelques mois, et que cela s’Ă©tait pourtant- apparemment- bien passĂ© avec elle et les autres parents prĂ©sents, est insuffisant pour comprendre ce qui fait que, prochainement, nous ne serons pas invitĂ©s, contrairement aux  parents de la trĂšs bonne copine de ma fille, chez cette dame. Je n’ai pas l’intention de sĂ©questrer cette maman et son mari ni de les interroger comme peut l’ĂȘtre le personnage de Malotru dans Le Bureau des LĂ©gendes alors que lors d’un des premiers Ă©pisodes de la sĂ©rie, il passe au dĂ©tecteur de mensonges. Si je m’étends autant sur le sujet, c’est parce qu’en repensant Ă  ma fille avant hier dans l’aire de jeux oĂč elle a jouĂ© plus d’une heure avec une de ses copines, j’ai revu ce que je vois assez souvent lorsqu’elle joue avec des autres enfants :

C’est elle qui est demandeuse. C’est assez souvent, elle dans la rue, qui reconnaüt d’autres enfants et les appelle. Hier soir, à la maison, j’ai entendu notre fille expliquer à ma compagne, sa mùre, son problùme avec sa trùs bonne copine :

Sa trĂšs bonne copine commande le dĂ©roulement de leurs jeux. Et notre fille essaie de s’y opposer.

Mais, Ă  entendre notre fille, sa trĂšs bonne copine a le leadership et, s’opposer Ă  elle, c’est prendre le risque d’ĂȘtre isolĂ©e du groupe. Hier soir, je me suis contentĂ© d’écouter car j’étais alors dans une autre piĂšce, sans doute en train de faire mes Ă©tirements avant de partir au travail.

J’ai Ă©coutĂ© ma compagne conseiller Ă  notre fille de dire Ă  sa copine que c’était Ă  chacune son tour de dĂ©cider. J’ai Ă©coutĂ© ma compagne dire Ă  notre fille que si sa copine persistait Ă  vouloir diriger (ce que notre fille a expliquĂ© Ă  sa maman/ ma compagne), hĂ© bien, que dans ce cas, il suffisait en quelque sorte de ne plus jouer avec elle ! Et ma compagne d’assurer Ă  notre fille que sa copine et le reste du groupe viendraient sĂ»rement la chercher pour jouer avec eux. Il m’a semblĂ©, aux rĂ©actions de notre fille, qu’elle Ă©tait assez peu persuadĂ©e par les conseils de sa maman. En tout cas, c’est peut-ĂȘtre moi qui projette finalement. Car, moi, j’étais peu convaincu par les conseils de ma compagne mĂȘme si je me suis abstenu d’intervenir.

Je souhaite Ă©videmment Ă  notre fille d’apprendre Ă  Ă©viter ces Ă©cueils sociaux et affectifs :

Que ce soit une certaine dĂ©pendance sociale et affective aux autres. Ainsi que ces « Je ne sais pas » quant aux raisons qui font qu’une relation avec un proche, une proche, ou une connaissance, se distend. Comme nous, ou comme moi ( car je crois que le problĂšme doit provenir de moi) avec les parents de cette ancienne copine d’Ă©cole de notre fille.

Je souhaite rĂ©solument Ă  notre fille de savoir voir comme, dans la vie sociale, celles et ceux qui nous font les plus beaux et les plus rapides sourires- sans que ce soit forcĂ©ment de l’hypocrisie ou le repaire d’une perversion comme d’une mauvaise intention- doivent ĂȘtre dĂ©codĂ©s. Se doivent d’ĂȘtre dĂ©codĂ©s. Car celles et ceux qui font les plus beaux et les plus rapides sourires feront rarement l’effort de se dĂ©coder d’eux-mĂȘmes :

PremiĂšrement parce qu’ils n’ont aucun intĂ©rĂȘt Ă  se dĂ©voiler comme Ă  dĂ©voiler leurs rĂ©elles intentions. Tout ĂȘtre a ses dĂ©fauts et sa perception propre.  Et peut percevoir – Ă  tort ou Ă  raison- comme un handicap le fait de se montrer tel qu’il est vĂ©ritablement.

DeuxiĂšmement, parce-que celles et ceux que nous rencontrons ont une connaissance et une perception d’eux-mĂȘmes, comme du retentissement de leurs actions sur les autres, assez limitĂ©s :

Des personnes peuvent nous faire plus ou moins de mal sans, toujours, le prĂ©voir, le souhaiter ou s’en apercevoir.

Et, bien-sûr, il faut aussi apprendre à se préserver de celles et ceux qui nous font du mal ou peuvent chercher à nous nuire délibérément.

Je souhaite Ă  notre fille d’apprendre Ă  se connaĂźtre, comme Ă  connaĂźtre les autres suffisamment, ainsi que le monde bien-sĂ»r, pour s’épargner le plus de dĂ©boires possibles sociaux et affectifs, en prioritĂ©, dans sa vie. Et, bien-sĂ»r, j’espĂšre que sa mĂšre et moi ainsi que d’autres personnes de confiance, adultes ou non, sauront l’aider Ă  faire ce genre d’apprentissage.

Sinon, « autre » sujet, je continue d’avoir beaucoup de plaisir Ă  lire le livre Inside Apple d’Adam Lashinsky . Un livre sur lequel je suis tombĂ© par hasard Ă  la mĂ©diathĂšque prĂšs de chez nous.

Le numĂ©rique, l’informatique, internet sont de plus en plus un justaucorps, voire une seconde peau, pour de plus en plus de gens. Moi, je fais partie d’une Ă©poque prĂ©historique. D’une Ă©poque oĂč tout cet attirail numĂ©rique, ainsi que cette Ă©conomie, cette toxicomanie et cette mĂ©thode « d’achievement » ou de rĂ©ussite social(e) Ă©tait embryonnaire, inexistante ou rĂ©servĂ©e Ă  quelques uns qui passaient peut-ĂȘtre pour dĂ©ments, dĂ©viants
ou visionnaires.

Lire ce livre, qui plus est au travers de l’entreprise Apple qui est un des symboles de cette rĂ©ussite Ă©conomique, technologique et culturelle, me permet de mieux comprendre ce « nouveau » monde qui s’est Ă©rigĂ© et qui s’est implantĂ© dans nos vies et les a transformĂ©es ces vingt Ă  trente derniĂšres annĂ©es et qui va continuer de les transformer pour le pire et le meilleur.

Ma fille, et d’autres plus ĂągĂ©s, sont nĂ©s avec ce monde. Dans ce monde. Aussi, pour eux, ce monde est une norme. Aussi normal que reprendre son souffle aprĂšs avoir expirĂ©. Aussi normal que prendre une douche aprĂšs avoir transpirĂ©. Aussi normal que de s’habiller avant de sortir pour un rendez-vous. Moi, je suis entre deux. J’ai dĂ©jĂ  pu dire que j’étais « un analphabĂšte informatique ». Mais j’ai des capacitĂ©s- une « marge de progression » comme on dit- pour me faire Ă  ce monde numĂ©rique. Et tenir ce blog, indirectement, m’y aide et m’y contraint. Ne serait-ce que pour rĂ©ussir Ă  faire de ce blog, balistiqueduquotidien.com, une entreprise « successful » ou suffisamment gratifiante en nombre de lecteurs, voire, pour peut-ĂȘtre envisager une certaine reconversion, partielle ou totale. Ce qui pourrait ĂȘtre judicieux Ă©tant donnĂ© que l’ñge du dĂ©part Ă  la retraite ressemble de plus en plus Ă  une fiction de film d’épouvante.

Mais aussi parce-que l’on nous injecte de plus en plus l’injonction selon laquelle, nous nous devons d’ĂȘtre mobiles, « proactifs », et d’avoir plusieurs vies professionnelles, voire Ă©motionnelles, dans notre monde actuel et Ă  venir. L ‘exigence de devoir se conformer de plus en plus Ă  ce « parfait » modĂšle de vie se fait et se fera sĂ»rement aussi grĂące au soutien galopant de produits dopants anciens, actuels, d’autres pas encore inventĂ©s ni brevetĂ©s, que des industries sauront commercialiser et rentabiliser pour le bien-ĂȘtre financier de quelques actionnaires et investisseurs. Et ces actionnaires et investisseurs pourront tout aussi bien ĂȘtre des pĂšres ou des mĂšres ayant les mĂȘmes prĂ©occupations que moi pour ma fille ou des artistes dont j’aime ou Ă©coute les Ɠuvres musicales, littĂ©raires ou cinĂ©matographiques.

 

D’un autre cĂŽtĂ©, sĂ»rement parce-que je suis vieux jeu, chronique, dĂ©passĂ©, psychorigide, ma mĂ©moire du monde ancien, mon attachement Ă  lui comme Ă  certaines de ses valeurs, et mes rĂ©serves vis-Ă -vis de certaines Ă©volutions actuelles et futures du monde de notre quotidien, me commandent d’éviter de m’y plonger totalement :

 

Un monde oĂč notre tĂ©lĂ©phone portable est activĂ© et ouvert en permanence, nous plongeant dans une apnĂ©e profonde nous captivant 24 heures sur 24. Ce n’est plus le monde du silence. Mais le monde des Ă©crans, des casques et des oreillettes. Un monde oĂč un Ă©cran, une console de jeux, des spots publicitaires constitueraient le plus gros de ces moments que nous vivons. Et oĂč l’on s’adresserait aux autres avec des slogans publicitaires ou avec des phrases toutes faites et autres Ă©lĂ©ments de langage que l’on recevrait, aprĂšs s’ĂȘtre abonnĂ©, chez soi dans notre boite Ă  lettres – pour les plus archaĂŻques ou les fĂ©rus du vintage- par mail ou par sms transgĂ©nique.

Il y’a deux nuits, alors que j’Ă©tais en pleine paranoĂŻa sans doute,  je me suis mis Ă  surfer sur internet pendant plus de deux heures. Si bien que lorsque j’ai rejoint ma compagne dans notre chambre, un peu avant minuit, elle s’était endormie. Du moins, est-ce ce qu’elle s’est employĂ©e Ă  me laisser croire, allongĂ©e dans l’obscuritĂ© de notre lit. Ce qui fait qu’à son retour du travail vers 21h, j’avais peu discutĂ© avec elle comme elle me l’a fait remarquer avec diplomatie le lendemain matin. Alors qu’elle m’avait « attendu » jusqu’à 22h. Comme excuse, je ne peux mĂȘme pas Ă©crire que je matais des photos Ă©rotiques sur le net ou que je draguais sur un site de rencontres :

Je regardais avec attention- plus qu’avec dĂ©fĂ©rence- des biographies d’actrices, d’acteurs, de joueuses et de joueurs de tennis. Plus de deux heures durant, dans mon fors intĂ©rieur ferroviaire comme sur la terre battue de mes pensĂ©es, des soupçons  en suspension me crachaient Ă  la tĂȘte des Ă©vidences : Ces “PersonnalitĂ©s” Ă©taient peut-ĂȘtre entrĂ©es en possession de vies qui, Ă  l’origine, auraient dĂ» m’appartenir. Et j’essayais sans doute de savoir Ă  quel moment, profitant de ma coupable inattention comme de ma pitoyable passivitĂ©, elles s’en Ă©taient emparĂ©es. DĂ©sormais, il Ă©tait trop tard pour les rattraper. Ces crĂ©atures dĂ©bordaient de vie par elles-mĂȘmes. Prenons Jeff Nichols, davantage rĂ©alisateur que joueur de tennis, et son film Take Shelter, inspirĂ© de ses inquiĂ©tudes pour son enfant, ou un de ses autres films, Mud. Les hĂ©ros masculins de ces deux films, tour Ă  tour l’acteur Michael Shannon et l’acteur Matthew McConaughey, au dĂ©part mal perçus par la communautĂ©, et isolĂ©s dans un monde rural ou sur une Ăźle, finissaient par s’en tenir Ă  cette consigne de Miles Don’t Lose your Mind alors qu’ils exĂ©cutaient cette sentence :

” Si l’on attend toujours, de façon obĂ©issante et caressante, d’obtenir une permission pour partir faire son solo, son numĂ©ro, seuls les dĂ©sastres viendront Ă  notre secours”.

A la fin de ces plus de deux heures d’errance, j’avais fini par m’extraire de l’Ă©cran, double et crĂ©ance de nos vies. C’est ce monde-lĂ , fait de la suprĂ©matie des Ă©crans ajoutĂ©e Ă  une certaine faussetĂ©- ancienne et relative- des relations sociales qui se dĂ©veloppe. Ou un simple clic et quelques liens suffisent pour avoir un avis tranchĂ© sur un sujet et ses hĂ©maties.  Soit un monde propice Ă  la croissance des extrĂ©mismes  : affectifs, religieux, politiques, militaires, sectaires, Ă©cologiques, Ă©conomiques, artistiques, culturels. Un monde oĂč il reste possible et oĂč il restera possible d’avoir de « vĂ©ritables » relations humaines et une vie qui en vaut la peine. On peut trĂšs bien ĂȘtre calĂ© en informatique et dans toutes ces nouvelles technologies- et autres applications- qui se dĂ©multiplient vers l’infini et ĂȘtre dans la “vraie vie”.  Mais encore faudra-t’il- encore- savoir Ă  quoi cela ressemble d’avoir une « vraie vie », et de « vĂ©ritables relations » sincĂšres, spontanĂ©es, franches, honnĂȘtes, naĂŻves.

Encore faudra-il ĂȘtre qualifiĂ© et suffisamment compĂ©tent( e) afin d’ĂȘtre Ă  mĂȘme de connaĂźtre comme de « juger » de leur importance et de leur- vitale- nĂ©cessitĂ©. C’est un peu ce que ma paranoĂŻa me racontait alors que je suis parti pour la mĂ©diathĂšque. Le reste de ce qu’elle m’a dit et apportĂ©, je vais bien sĂ»r le garder pour moi. Car on ne sait jamais. Celles et ceux qui auront lu cet article pourraient avoir trĂšs peur de moi. Finalement.

Franck Unimon, ce jeudi 20 juin 2019.

 

Ps : Non, je ne suis pas déprimé. Sourire.

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Cinéma

Conséquences

Andrej ( l’acteur Matej Zemljic) au centre, allongĂ© sur son lit.

 

 

 

                                         Conséquences un film de Darko Stante

 

 

Andrej (l’acteur Matej Zemljic) grand et beau jeune homme est fait d’une coque gangsta. Adepte des codes du Rap amĂ©ricain, mĂȘme si l’histoire se passe en SlovĂ©nie , il a la cĂŽte auprĂšs des trĂšs belles filles qu’il parvient Ă  serrer dans ces soirĂ©es pour gosses de riches oĂč il parvient Ă  s’insĂ©rer. Sauf que ça dĂ©rape. Et l’on retrouve Andrej au tribunal pour mineurs oĂč il a Ă©tĂ© convoquĂ© avec ses parents.

Au tribunal et devant le regard et l’écran social, l’enveloppe du bel Andrej est ouverte et son identitĂ© judiciaire est dĂ©ballĂ©e devant nous. Sa mĂšre raconte qu’Andrej se montre assidu Ă  des soirĂ©es en compagnie de jeunes dont il n’a pas les moyens : Andrej priserait une vie de champagne alors qu’il a Ă  peine les moyens de s’offrir une limonade.

A cĂŽtĂ© de la mĂšre, drone parental le plus fort, le pĂšre d’Andrej est un homme dĂ©primĂ©, courbĂ©, qui a depuis longtemps perdu ses derniers combats. Et qui cherchera quelques fois la semonce d’un second souffle en essayant de faire acte de diplomatie entre Andrej et sa mĂšre plutĂŽt que de se confronter Ă  l’un ou Ă  l’autre.

Au tribunal, Andrej « rigole ». Pour lui, tous ses problĂšmes viennent de sa mĂšre. Nous ne saurons rien du passĂ© d’Andrej et de ses parents. Si le premier long-mĂ©trage de Darko Stante nous parle des consĂ©quences de leurs actes, et, en tout premier lieu, de ceux d’Andrej qui se dresse en tant qu’adulte lors de ce film, il Ă©clipse malheureusement comme dans beaucoup d’autres projets cinĂ©matographiques, ce qui prĂ©cĂšde le quotidien de tous ces « hĂ©ros » que l’on regarde dĂ©filer sur nos Ă©crans comme devant nos vies. Dans un film plutĂŽt extrĂȘme tel que We Need to Talk about Kevin rĂ©alisĂ© par Lynne Ramsay en 2011, on peut ainsi se rappeler cette scĂšne oĂč, dĂ©boutĂ©e par les pleurs insistants du petit KĂ©vin encore bĂ©bĂ©, la mĂšre vient se planter avec celui-ci prĂšs d’un chantier oĂč des marteaux-piqueurs en activitĂ© viennent la « dĂ©livrer » des cris. Cette scĂšne, parmi d’autres, permettra ensuite Ă  la rĂ©alisatrice d’expliquer voire de justifier l’évolution de KĂ©vin. Dans ConsĂ©quences, oĂč le personnage d’Andrej est bien plus sympathique que le personnage de KĂ©vin, nous sommes privĂ©s de cette « trace » historique. Ce qui signifie peut-ĂȘtre pour le rĂ©alisateur, que, quelles que soient nos origines familiales et affectives, Ă  l’ñge adulte, nous nous devons de faire face Ă  ce que nous sommes et nous accepter comme nous sommes.

Parmi les spectatrices et les spectateurs que nous sommes, il s’en trouvera certainement plusieurs pour lesquels (femmes et hommes) les causes des dĂ©rives d’Andrej sont rapidement Ă©videntes. Pourtant, Andrej ressemble Ă  beaucoup d’autres jeunes. Dans un film tel que les X-Men dont la derniĂšre saga (Dark Phoenix ) est actuellement en salles, un professeur Xavier dĂ©boulerait pour venir accoster le jeune Andrej pour peu que celui-ci ait des pouvoirs de mutant. Une psychologue comme Sibyl (l’actrice Virginie Efira dans le dernier film de Justine Triet) l’emmĂšnerait peut-ĂȘtre en voyage sur un lieu de tournage ou le suivrait tel un Basquiat dans ses virĂ©es nocturnes.

Mais Andrej n’a pas de pouvoir particulier y compris dans le domaine artistique. Tout au plus a-t’il un beau physique qui pourrait peut-ĂȘtre lui permettre de dĂ©velopper une carriĂšre dans le cinĂ©ma ou dans le mannequinat. Et cela est visiblement Ă©loignĂ© de son idĂ©al. Sibyl, elle, est trop occupĂ©e Ă  essayer de sortir de la boite de son alcoolisme comme Ă  recoudre son couple et sa famille pour s’occuper d’Andrej. MĂȘme si les prioritĂ©s de celui-ci, se faire accepter par celles et ceux qu’il se choisit comme modĂšles, se faire aimer, leur sont communes. Surtout, que, comme Sibyl, Andrej ne recule devant-presque- rien pour se faire accepter et aimer.

 

Andrej, entre son pÚre et sa mÚre, à son arrivée au centre de "détention".
Andrej, entre son pĂšre et sa mĂšre, Ă  son arrivĂ©e au centre de “dĂ©tention” pour mineurs.

 

 

Le « centre de dĂ©tention » pour mineurs oĂč Andrej atterrit (faute d’avoir pu obtenir une place dans l’école privĂ©e et trĂšs sĂ©lect pour mutants du professeur Charles Xavier ou un rendez-vous en consultation avec Sibyl) peut avoir des ambitions que l’on peut juger au choix ridicules ( pauvres Ă©ducateurs constamment ridiculisĂ©s dans le film !) ou hypocrites. Mais au moins ce centre de dĂ©tention, qui est aussi un lieu d’accueil et de tentative d’apprentissage et d’Ă©ducation sociale, existe-t’il. Ce qui reste un peu mieux que d’ĂȘtre accueilli par la rue, la prostitution, la mafia, un combo terroriste ou sectaire. MĂȘme s’il est vrai que ce centre “de dĂ©tention” est peu glamour dans ce qu’il propose : au champagne, alcools, stupĂ©fiants, bonne musique et bonne ambiance succĂšde ici une manufacture miniature assez paumĂ©e oĂč le projet principal consiste plutĂŽt Ă  essayer de transformer les jeunes qui y passent en OS sous-qualifiĂ©s pour l’usine bien plus qu’en de brillants ingĂ©nieurs qui pourront ensuite aspirer ĂȘtre embauchĂ©s chez Apple afin de contribuer Ă  faire Ă©voluer ses systĂšmes d’exploitation et ses divers produits.

 

Andrej, au centre, Zeljko Ă  gauche.

 

Pourquoi ai-je autant de mal Ă  parler de la prĂ©fĂ©rence sexuelle d’Andrej qui semble ĂȘtre le rouage principal de ses problĂšmes dans ce film ? Je crois que c’est parce-que l’Amour, selon Andrej, c’est se choisir un ĂȘtre ou un implant auquel se soumettre et pour lequel on est prĂȘt Ă  passer Ă  tabac des innocents et des plus faibles qui ont pour principal « dĂ©faut » d’ĂȘtre les victimes choisies par l’ĂȘtre « vĂ©nĂ©rĂ© ». L’ĂȘtre « vĂ©nĂ©rĂ© » par Andrej dans ConsĂ©quences, c’est Zeljko (l’acteur Timon Sturbej). Un jeune homme particuliĂšrement « vĂ©nĂšre ». Zeljko, sorte de dandy-maquereau d’origine sociale et culturelle modeste, oĂč pieuvre passĂ©e Maitre es- perversion, jouit Ă  la fois par toutes ses pores de la souffrance qu’il peut – faire- infliger Ă  son entourage comme de toutes les opportunitĂ©s qui passent Ă  sa portĂ©e. On peut vraiment dire de Zeljko qu’il n’a pas de limites ou qu’il les repousse comme il respire.

 

Le “hautement” sympathique Zeljko ( l’acteur Timon Sturbej)

 

 

 

A les regarder, Andrej et ses nouveaux « copains » sont des bĂ©bĂ©s obsĂ©dĂ©s par la recherche de l’intensitĂ© du prĂ©sent. Mais ce sont des grands bĂ©bĂ©s (psychopathes) d’autant plus intimidants qu’ils sont terrifiĂ©s par le monde et le futur. Ils restent donc entre eux. Leurs « fĂȘtes » ressemblent Ă  des grossiĂšres dĂ©calcomanies de ce qu’ils considĂšrent ĂȘtre une belle vie : elles nĂ©cessitent souvent des victimes sacrifiĂ©es qu’ils ont agressĂ©es et pigeonnĂ©es. Soit un certain aperçu nĂ©gatif de ce qui se pratique lĂ©galement et couramment- socialement et Ă©conomiquement- Ă  un plus haut niveau et Ă  une plus grande Ă©chelle dans nos pays dĂ©mocratiques, modernes et civilisĂ©s oĂč l’enrichissement, le confort et les privilĂšges d’une certaine Ă©lite politique, industrielle, financiĂšre, Ă©conomique, culturelle, militaire et autre se perpĂ©tuent et s’accentuent aussi au dĂ©triment de bien d’autres personnes plus ou moins consentantes. Plus ou moins pigeonnĂ©es. Plus ou moins agressĂ©es, plus ou moins informĂ©es, plus ou moins concernĂ©es. Et plus ou moins sacrifiĂ©es.

 

Une Sibyl sobre et en forme expliquerait peut-ĂȘtre qu’Andrej frappe d’autres personnes comme il frappe Ă  des portes dans l’espoir que quelqu’un l’accepte et le fasse entrer dans une demeure familiale et chaleureuse. A la maison, qu’il fuit d’abord pour des soirĂ©es dans d’autres maisons, dominĂ© par sa mĂšre qui domine et Ă©jecte/exĂšcre son pĂšre en tant que puissance virile, Andrej supprime son impulsivitĂ© qui le pousserait Ă  frapper sa mĂšre. Car il la tuerait sans aucun doute : celle-ci, physiquement, ne ferait pas le poids. Mais, Ă  la maison, c’est elle qui fait et dĂ©tient la loi. Affronter son pĂšre est impossible car celui-ci est dĂ©ja rompu : un affrontement est possible avec un adversaire de connivence ou de taille Ă  rĂ©pondre Ă  la violence qu’on lui envoie. Le centre de “dĂ©tention” oĂč Andrej est envoyĂ© est un peu une “consĂ©cration” et une dĂ©responsibilisation pour sa mĂšre. Elle s’y montre d’autant plus Ă  son avantage, plutĂŽt respectable et souriante. Le pĂšre, lui, continue de porter son visage et son alliance d’homme ratĂ© et humiliĂ©. De par ses frasques, Andrej est pointĂ© du doigt. Mais c’est Ă  l’intĂ©rieur de la famille qu’il faudrait se rendre afin de faire sortir les transes du mal-ĂȘtre d’Andrej dont l’homosexualitĂ© est une explication parmi d’autres. Le personnage de Zeljko, de par sa force masculine dominante, semble peut-ĂȘtre reconstituer l’image fracassĂ©e et dĂ©valorisĂ©e du pĂšre d’Andrej. Or, bien des Amours semblent les meilleurs sommets Ă  mĂȘme de pouvoir compenser certaines de nos pertes.

 

 

C’est au moins pour cela que, mĂȘme si les Ă©ducateurs- et la juge- dans le film sont dĂ©ployĂ©s Ă  leur dĂ©savantage, ConsĂ©quences est une Ɠuvre rĂ©aliste. L’expĂ©rience personnelle et professionnelle du rĂ©alisateur en tant qu’éducateur ( Darko Stante est « actuellement tuteur dans un centre de rĂ©habilitation de jeunes en difficultĂ© » ) se retrouve ainsi dans son film dont on aimerait connaĂźtre la suite.

Selon notre optimisme ou notre pessimisme, on peut imaginer cette suite en repensant Ă  quelques films dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ©s que l’on Ă©voque des personnages qui font ensuite carriĂšre dans certains groupes nĂ©onazis ( tels Un Français de DiastĂšme) terroristes ( La DĂ©sintĂ©gration de Philippe Faucon) sectaires ( The Master de Paul Thomas Anderson). Des films oĂč le trouble identitaire – et la difficultĂ© oĂč l’impossibilitĂ© Ă  « se rĂ©ussir » en tant que personne- conduisent les « hĂ©ros » Ă  aboutir Ă  la consommation de stupĂ©fiants, au meurtre, aux excĂšs de violence, Ă  la dĂ©linquance ou Ă  la manipulation (Le Talentueux Mr Ripley d’Anthony Minghella).

ConsĂ©quences est annoncĂ© en salles tantĂŽt le 19 juin 2019 tantĂŽt le 26 juin 2019. C’est-Ă -dire : bientĂŽt.

Franck Unimon, ce mardi 18 juin 2019.

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Cinéma

Dark Phoenix

 

 

Dark Phoenix, le « dernier » X-Men à ce jour a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par Simon Kinberg. Sorti en salles la semaine derniĂšre, Dark Phoenix bĂ©nĂ©ficie d’une bonne critique dans le TĂ©lĂ©rama numĂ©ro 3621 du 8 au 14 juin 2019. C’est dire ! Quelle surprise !

AbonnĂ© Ă  TĂ©lĂ©rama depuis des annĂ©es, je puis tĂ©moigner que cet hebdomadaire aime peu ce genre de grosse production qui est un peu l’équivalent de la pĂątĂ©e pour chiens pour tout mĂ©dia qui se veut respectueux du 7Ăšme art et Ă©duquĂ© Ă  le goĂ»ter comme Ă  le prononcer. Mais il faut rappeler, aussi, que TĂ©lĂ©rama avait beaucoup aimĂ© le Valerian rĂ©alisĂ© par Luc Besson. Lequel Valerian m’avait beaucoup fait penser – aussi- Ă  une campagne de « name dropping » en matiĂšre de cĂ©lĂ©britĂ©s invitĂ©es, cachetĂ©es et plus ou moins cachĂ©es. Peut-ĂȘtre par amitiĂ© ainsi que pour rĂ©pondre Ă  cette nĂ©cessitĂ© de placement de produits plus ou moins consentis car rĂ©aliser un film peut coĂ»ter trĂšs cher. Economiquement et personnellement. Comme pour un mariage, lorsque l’on rĂ©alise un film, il faut savoir qui inviter et qui l’on peut se permettre de nĂ©gliger, pour la suite de sa carriĂšre professionnelle et personnelle. Les femmes et les hommes politiques officiels et officieux savent trĂšs bien faire ça qu’ils Ă©voluent Ă  l’échelon international, municipal ou libidinal : c’est dans les couloirs et dans ces zones oĂč s’évaporent les regards et les consciences que l’on dĂ©vore le mieux sa proie. AprĂšs ça, on a tout le temps de se refaire une beautĂ© et de prendre un certain public pour un champ de pommes grĂące Ă  une superbe com’.

« Come » qui, en Anglais, signifie aussi « jouir ». « Come again ! » disent parfois certains chanteurs à leurs choristes ou à leurs musiciens. Et, je vais continuer de dégainer.

On peut aimer le cinĂ©ma d’auteur et aimer les films de super-hĂ©ros. On peut aimer lire TĂ©lĂ©rama et des journaux Ă  premiĂšre vue moins prestigieux. On peut aussi Ă©galement aimer certaines sĂ©ries telles que Game of Thrones dont la derniĂšre saison s’est terminĂ©e il y’a quelques semaines. Et, cela, quels que soient les dĂ©fauts ajoutĂ©s des uns et des autres. Quand il y’en a bien-sĂ»r. On peut aimer le cinĂ©ma d’Alejandro Gonzalez Innaritu qui a prĂ©sidĂ© le dernier festival de Cannes, l’avoir interviewĂ© il y’a plusieurs annĂ©es pour son film Biutiful, connaĂźtre son point de vue- et l’approuver- sur tous ces films de super hĂ©ros qu’il a aussi critiquĂ© dans son trĂšs bon – et oscarisĂ©- Birdman . Et le « trahir ».  En se rendant en salle avec plaisir afin d’aller voir le « dernier » X-Men.

Dans Dark Phoenix, le personnage de PhĂ©nix/ Jean Grey est jouĂ© par l’actrice Sophie Turner. Jouera-t’elle un jour dans un des films d’Innaritu ?

L’actrice Sophie Turner a Ă©tĂ© « rĂ©vĂ©lĂ©e » par la sĂ©rie Game of Thrones. Game of Thrones est cette super sĂ©rie qui a obtenu un certain nombre de prix et qui a sans doute battu un record historique pour sa capacitĂ© Ă  assurer une seconde vie Ă  la carriĂšre de plusieurs de ses actrices et acteurs. Game of Thrones est cette sĂ©rie dont l’issue a tellement déçu un certain nombre de ses fans qu’il circulerait sur le net  la pĂ©tition de plus d’un million d’entre eux exigeant une autre fin. Cela pour dire Ă  quel point cette sĂ©rie a touchĂ© la vie de beaucoup de personnes dans le monde. Et aussi comme le fait d’en avoir fait partie en tant qu’actrice et acteur est un “plus”.

Rappelons que la trĂšs bonne carriĂšre d’une actrice et d’un acteur peut varier du simple au double selon les bons projets auxquels elle/il aura eu la possibilitĂ© de participer. Si la qualitĂ© de jeu et le travail entrent en compte, le facteur chance, son environnement relationnel et la mĂ©diatisation d’une actrice et d’un acteur, sa « rentabilitĂ© » ou son cĂŽte « bankable » voire sa rĂ©putation, comptent tout autant voire davantage : « C’est qui cette actrice ? Je connais pas
. » est beaucoup moins vendeur que : « Ah, oui, c’est celle qui joue dans Game of Thrones
 ». Aujourd’hui, en 2019, il faudrait ĂȘtre un professionnel du cinĂ©ma mutant ou mourant pour ignorer le nom de la sĂ©rie Game of Thrones.

L’attrait des films de « mutant » et de super-hĂ©ros, repose beaucoup sur la quĂȘte identitaire. Qui suis-je ? A quoi suis-je destinĂ© ? De quoi suis-je vĂ©ritablement capable ? Comment ĂȘtre aimĂ© et reconnu ? Des prĂ©occupations qui nous concernent tous et qui creusent beaucoup, jusqu’à la souffrance, bien des adolescents et prĂ©adolescents. Mais aussi des adultes. D’oĂč le succĂšs de ces films comme de ces autres films qui abordent les mĂȘmes thĂšmes. Sans doute apprendrons-nous un jour que certains jeunes jihadistes avant de « s’engager » avaient aussi beaucoup prisĂ© des films, sagas et des sĂ©ries tels que les X-Men, Harry Potter, Matrix , Le Seigneur des Anneaux , Divergente, Hunger Games, Game of Thrones
. Sauf que, eux, aucun professeur Xavier ne les a dĂ©tectĂ©s ou n’a tentĂ© de les sauver.

Pourquoi ?

On sait la raison pour laquelle , pour incarner Jean Grey/ PhĂ©nix, l’actrice Sophie Turner a Ă©tĂ© choisie : Pour effectuer une rĂ©plique de son rĂŽle dans Game of Thrones . Mais avec plus de pouvoirs ou de puissance de feu. Quelle imagination !

La puissance de “Sansa Stark”( au fait, ” Stark”, en Anglais, c’est proche du mot “Star”,  “Ă©toile”)  dans Dark Phoenix et sa façon d’en digĂ©rer la greffe fait d’elle l’égale ou la supĂ©rieure d’un Hulk. Mais je parle ici du Hulk rĂ©alisĂ© par Ang Lee ( 2003), selon moi plus conforme Ă  « l’ñme » du Comics pour sa ruisselante puissance plutĂŽt qu’aux derniers Hulk pourtant drĂŽlement bien troussĂ©s par Mark Ruffalo.

Dans le Hulk d’Ang Lee, je repense maintenant Ă  cette scĂšne oĂč David Banner se trouve devant une porte. DerriĂšre cette porte ou ce placard (vu qu’Ang Lee peut ĂȘtre vu comme un rĂ©alisateur du « coming out » depuis au moins son film Garçon d’Honneur rĂ©alisĂ© en 1993 soit 12 ans avant son Le Secret de Brokeback Mountain ) se trouve la frayeur Hulk.

La mouvance fĂ©ministe de Dark Phoenix a peut-ĂȘtre plu Ă  TĂ©lĂ©rama. Et on pourrait sĂ»rement dire que les tergiversations du personnage de Jean Grey/ PhĂ©nix sont une des facettes d’une (jeune) femme qui tente de s’émanciper (de la mĂȘme façon que Sansa Stark dans dans Game of Thrones !) dans un monde de mĂąles post-Weinstein et contemporain de l’esprit Balance ton porc/ Me Too.

Mais, en matiĂšre de fĂ©minisme, on remerciera davantage- pour les subtilitĂ©s de jeu- les rĂŽles tenus par Jennifer Lawrence, qui, une fois de plus, en Raven/ Mystique bonifie ce qu’on lui donne et, encore plus peut-ĂȘtre, Jessica Chastain dans le rĂŽle de Vuk :

MĂȘme moyennant un abonnement de cent mille ans Ă  TĂ©lĂ©rama, je m’abstiendrais de partir en voyage de noces avec le personnage de Vuk proposĂ© par Jessica Chastain. Et il n’y’a rien de sexiste dans le fait de prĂ©fĂ©rer les prestations de Jessica Chastain et de Jennifer Lawrence Ă  celle de Sophie Turner en ce sens qu’il semble trĂšs difficile de faire plus chaste et plus puritain que dans Dark Phoenix et les autres X-Men. Les principaux moments proches de la jouissance sont la propriĂ©tĂ© de Vuk ( Jessica Chastain, rousse dans le civil, couleur de cheveux plutĂŽt mal perçue selon certaines croyances et Ă©poques), la force nĂ©faste, ou “double” du lac des cygnes.

Du cĂŽtĂ© des “bons” et des gentils, c’est ceinture de chastetĂ© et autres expĂ©dients. Pour cela, j’invite les spectateurs ou futurs spectateurs Ă  se remĂ©morer l’histoire d’amour de Raven/ Mystique avec Le Fauve. Ainsi que ce conformisme imperturbable- et dĂ©routant pour une Ɠuvre supposĂ©e tolĂ©rante et futuriste- dĂšs que l’on parle des identitĂ©s de genre et des prĂ©fĂ©rences sexuelles. Il existe lĂ  un vide sĂ©mantique constant de film en film. Et ce vide reflĂšte aussi l’impossibilitĂ© au moins pour les sagas X-Men Ă  nous montrer ce qui pourrait exister au delĂ  de certaines frontiĂšres, en particulier raciales et culturelles, en dĂ©pit des bonnes intentions affichĂ©es. Soit une saga rĂ©trograde –  nombriliste et trĂšs pro-amĂ©ricaine- alors qu’elle se veut visionnaire.

AprĂšs m’ĂȘtre ainsi acharnĂ© sur l’actrice Sophie Turner et cet article de TĂ©lĂ©rama, passons Ă  quelques autres singularitĂ©s de Dark Phoenix qui marche trĂšs bien en salles depuis sa sortie en France et qui devance le film Parasite (Palme d’or Ă  Cannes cette annĂ©e) de Bong Joon-Ho, pour la premiĂšre place en nombre d’entrĂ©es.

Dans Dark Phoenix, le pĂšre de Jean Grey/ PhĂ©nix en prend pour son prĂ©puce de bout en bout. Lorsque notre vie a mal dĂ©butĂ©, il faut bien- aussi- pouvoir s’en prendre Ă  quelqu’un d’autre Ă  un moment donnĂ©. Le pĂšre de Jean Grey/ PhĂ©nix « gagne » le jackpot. Il a tout contre lui, cet homme. On peut mĂȘme se demander comment il fait pour Ă©viter l’alcoolisme et le suicide. Va-t’il seulement sur Facebook ? Connait-il Game of Thrones ? Cet homme-lĂ  a vraiment tout ratĂ©. Pendant ce temps-lĂ , le professeur Xavier, notre druide tĂ©lĂ©pathe, continue de jouer les bons samaritains. C’est quelqu’un de bien, le professeur Xavier ! MĂȘme si son Ă©go va quand mĂȘme tĂąter du dĂ©sert plutĂŽt que du bourre-sein dans Dark Phoenix, il va s’en remettre. Le pĂšre de Jean Grey, lui, va en baver. Tout est fait pour. Quel suspense ! Quel scĂ©nario ! Il a perdu sa femme, mĂšre de leur fille ? Oui, c’est trĂšs dur. Mais quand mĂȘme, de lĂ  à
 Il faut qu’il paie, hein ! Quelle enflure ! Quel lĂąche ! Ah, ces hommes, tous les mĂȘmes ! Par contre, le professeur Xavier, lui, il est parfait. Indemne du drame vĂ©cu par le pĂšre et par Jean Grey, il dĂ©barque avec son fauteuil roulant, façon chasseur de tĂȘtes ou recruteur de talents qui vient faire ses courses et il sauve la mise au pĂšre et Ă  Jean (prononcer : « Djin » comme l’esprit voire le saint esprit ou « Jean » comme le titre « Billie Jean » qui va dans les aigus).

Parce que Jean a des pouvoirs particuliers. Et pas uniquement capillaires. Sans ses pouvoirs, Jean Grey finirait sĂ»rement dans un orphelinat ou dans une maison d’accueil mais, ça, c’est chercher la super nova dans le yaourt. Parce-que tout le monde sait que tout le monde a des super pouvoirs et que les super pouvoirs des X-Men sont bien-sĂ»r une mĂ©taphore de nos propres pouvoirs que nous mĂ©connaissons.

Et puis, il va absolument falloir faire quelque chose pour tous ces mutants aux super pouvoirs dont l’intelligence stratĂ©gique en plein combat est privĂ©e de l’ADSL. Il faut tout leur dire ! Quelle faible capacitĂ© d’analyse. Tornade, autre figure fĂ©ministe affichĂ©e, je me demande comment, en maitrisant Ă  ce point les Ă©lĂ©ments, elle peut continuer de se faire bousculer par des vilains de division d’honneur.  ça “sent” la femme battue.

Ce serait peut-ĂȘtre aussi bien d’apprendre Ă  nos « Maitres » du monde amĂ©ricains, que la France, en 2019, c’est un (petit) peu plus que des DS, des Deux Chevaux et la Tour Eiffel. Et que si au monopoly, la Rue de la paix fait partie des rues les plus chĂšres Ă  acheter, dans la vraie vie, ce sont aussi des gens plutĂŽt aisĂ©s et privilĂ©giĂ©s qui y habitent.

Franck Unimon, ce vendredi 14 juin 2019.

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Cinéma

Redemption Day

CANNES, FRANCE – MAY 21: Actor Gary Dourdan (2nd from L) attends the screening of “Once Upon A Time In Hollywood” during the 72nd annual Cannes Film Festival on May 21, 2019 in Cannes, France. (Photo by Marc Piasecki/FilmMagic)

 

Redemption Day un film de Hicham Hajji

 

Le festival de Cannes 2019 s’est terminĂ© le 25 Mai 2019 sous la prĂ©sidence du rĂ©alisateur Alejandro Gonzales Inarritu. Le palmarĂšs remportĂ© par les films Ă  thĂ©matique sociale ou regardant le monde de face est conforme aux engagements du personnage.

Alejandro Gonzalez Innaritu est ce rĂ©alisateur que j’avais interviewĂ© – un souvenir marquant dont je parlerai peut-ĂȘtre un jour dans ce blog- Ă  propos de son film Biutiful pour le mensuel Brazil et qui m’avait confirmĂ©, aprĂšs m’avoir presque cuisinĂ© pour s’assurer que j’avais bien vu son film- et quand ?!- avant de l’interviewer :

« This is not Disney World ! ».

 

Cependant, le festival de Cannes, en coulisses, c’est Ă©galement un festival oĂč l’on crĂ©e des contacts professionnels et oĂč l’on cherche – aussi- des producteurs et des distributeurs.

Hicham Hajji, originaire du Maroc, est dans cette situation du rĂ©alisateur qui cherche aujourd’hui des distributeurs pour son premier long mĂ©trage : Redemption Day. Et il Ă©tait donc prĂ©sent Ă  ce dernier festival de Cannes comme le montre cette photo ( le 2Ăšme Ă  droite Ă  partir de l’acteur Gary Dourdan). Avec ce film, et aprĂšs avoir Ă©tĂ© premier assistant rĂ©alisateur pendant une dizaine d’annĂ©es, producteur pendant autant d’annĂ©es, et rĂ©alisĂ© plusieurs courts mĂ©trages en particulier pour la pub, Hicham Hajji a dĂ©cidĂ© de rendre encore plus concrĂšte son envie de rĂ©alisation.

Je n’ai pas vu ce film rĂ©alisĂ© au Maroc et Ă  New-York et dont le tournage s’est achevĂ© ce 16 Mai Ă  New-York. D’aprĂšs la fiche technique, il sera sur la table de montage Ă  partir de ce 15 juin 2019 et pourra ĂȘtre livrĂ© fin 2019. Il se trouve que le 15 Juin est une date particuliĂšre pour moi. Mais ça, c’est mon histoire.

Dans sa note d’intention, Hicham Hajji explique avoir vendu son appartement afin de crĂ©er sa sociĂ©tĂ© de production : H-Films. Et pour continuer d’augmenter ses chances professionnelles, il est parti s’installer Ă  Los Angeles. Le titre de son film, Redemption Day, a sans doute un rapport avec la chanson de Bob Marley. On peut voir un portrait de Bob Marley dans le court-mĂ©trage Chaala rĂ©alisĂ© quelques annĂ©es plus tĂŽt par Hicham Hajji. Bob Marley est un chanteur qui me parle. C’est mon enfance.

Hicham Hajji assume le visage commercial de son film qui se situe dans le registre de l’action Ă  l’amĂ©ricaine oĂč le sujet de la lutte contre le terrorisme, en particulier islamiste, est abordĂ©. Samy Naceri joue le rĂŽle du terroriste. Ce qui pourrait faire penser Ă  un rĂŽle Ă  double sens dans le milieu du cinĂ©ma compte tenu de la carriĂšre- plutĂŽt explosive- de celui-ci depuis plusieurs annĂ©es. Mais on peut aussi voir la prĂ©sence de Samy Naceri dans ce film comme une belle preuve de survie cinĂ©matographique et professionnelle. Dans RĂ©demption Day  se trouvent aussi d’autres acteurs dont l’itinĂ©raire cinĂ©matographique et personnel est plus stable, passĂ© le hĂ©ros du film qui n’est autre que l’acteur Gary Dourdan, principalement connu pour son rĂŽle dans la sĂ©rie Les Experts bien qu’il ait participĂ© Ă  d’autres projets cinĂ©matographiques tels Alien, la RĂ©surrection. Suivent les acteurs Andy Garcia, Ernie Hudson (Oz, SOS FantĂŽmes), Robert Knepper (Prison Break, Jack Reacher, Hunger Games) et Martin Donovan (les films de Hal Hartley tels que The Inbelievable Truth, Simple Men mais aussi
Malcolm X de Spike Lee ).

DerriĂšre ce film qui affiche sa volontĂ© de remporter la bataille Ă©conomique ( d’ĂȘtre rentable) ainsi que la dĂ©termination de son rĂ©alisateur, figure aussi un Ă©vĂ©nement personnel :

La mort de la photographe et vidĂ©aste franco-marocaine Leila Alaoui, le 15 janvier 2016, lors d’un attentat terroriste au Burkina Faso alors que mandatĂ©e par Amnesty International, celle-ci effectuait un travail sur les droits des femmes au Burkina Faso. NĂ©e en 1982 comme Hicham Hajji, Leila Alaoui Ă©tait la sƓur d’un de ses amis. Et selon les propos de la fondation qui porte son nom (la Fondation Leila Alaoui) :

« Son travail explorait la construction d’identitĂ©, les diversitĂ©s culturelles et la migration dans l’espace mĂ©diterranĂ©en ».

MĂȘme si le film de Hicham Hajji a une autre patte que le travail de Leila Alaoui, souhaitons-lui la meilleure des diffusions. Redemption Day sera sĂ»rement un film qui parlera peut-ĂȘtre mieux Ă  celles et ceux qui refuseront d’aller voir un film comme Le Jeune Ahmed des frĂšres Dardenne, primĂ© Ă  Cannes cette annĂ©e.

Qu’est-ce qui fait qu’un film ou un projet, plutĂŽt qu’un autre, rĂ©ussit Ă  sortir et Ă  trouver son public ? C’est Ă  la fois l’histoire du cinĂ©ma et de la vie.

Franck Unimon, ce mardi 4 juin 2019.

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Croisements/ Interviews

Journées Portes Ouvertes au Qu4tre à Argenteuil les 25 et 26 Mai 2019

 

ArrivĂ© Ă  Argenteuil en 2007, j’avais entendu parler de ces journĂ©es portes ouvertes qui s’y dĂ©roulent une fois par an au Qu4tre, citĂ© des artistes. Mais je frĂ©quentais toujours un empĂȘchement ou un oubli. Ce 25 et 26 Mai 2019, je m’y suis enfin rendu avec mon appareil photo et ma fille, dans ce quartier d’Argenteuil appelĂ© le croissant ferrĂ©.

 

 

Deux parapluies, trois esprits assis sur une chaise et une bouteille d’eau m’ont accueilli prĂšs d’une premiĂšre oeuvre.

 

 

L’artiste Hopare scrutait l’horizon, guettant peut-ĂȘtre des lignes de pluie tandis que son oeuvre posait dans nos regards des grenades de pluie.

 

 

 

La découverte de ces anciens locaux de la SNCF pouvait commencer.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les couleurs et l’espace, ces mĂ©taux rares et prĂ©sents dont les artistes scient les rythmes en s’appliquant Ă  les laisser vivants.

 

 

 

 

Au fond, Ă  droite, bras croisĂ©s, Samer Tarabichi, l’artiste peintre et sur sa gauche, une main sur l’escalier, l’artiste Fabrice Minel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y’avait une animation particuliĂšre dans cette cour de rĂ©crĂ© particuliĂšre.

 

 

 

 

 

 

 

 

L’entrĂ©e de l’exposition des oeuvres de Thibaut Dapoigny. Cela commençait par deux coccinelles, se poursuivait par d’autres animaux en moins favorable compagnie.

 

 

 

 

 

Cet interrupteur laissĂ© dans le champ de la photo est peut-ĂȘtre dĂ©placĂ©. Pour moi, il illustre bien l’Ă©clat de la vision de ce rhinocĂ©ros.

 

 

 

 

 

 

 

Si peu de distance entre ces muscles et cet oeil. Une telle puissance qu’elle concentre les siĂšcles par sillon. Ce que l’on voit, cet animal ou soi, est millĂ©naire et il suffit de ce regard pour s’en rappeler. Et l’on comprend que nous sommes face au sacrĂ©.

 

 

 

 

 

 

 

 

Thibaut Dapoigny m’a racontĂ© les 30 premiĂšres heures de travail Ă  partir d’une photo bien plus petite. Puis, le travail plus ou moins “balayĂ©” par la maladresse d’un autre nous-mĂȘme. Et les 30 autres heures de travail pour restituer le pourtour de l’oeil. Ensuite, il s’est fait Ă  son imagination. Son oeuvre s’Ă©tait vendue un peu plus tĂŽt dans la journĂ©e. 1200 euros. Je ne l’aurais peut-ĂȘtre pas achetĂ©e. Mais, Ă  dĂ©faut,  je lui ai demandĂ© de bien vouloir poser Ă  cĂŽtĂ© de sa crĂ©ation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette oeuvre ci-dessus et les deux précédentes sont de Laurence Louisfert.

 

 

 

Cette oeuvre ci-dessus est de Tom Lestienne. A cette Ă©poque, d’aprĂšs les couleurs, cela n’allait pas trĂšs bien dans sa vie Ă  ce qui nous a Ă©tĂ© dit.

 

 

 

Oeuvre de Tom Lestienne.

 

 

 

Oeuvres ci-dessus de Tom Lestienne.

 

 

 

Sezny Peron travaille l’ardoise.

 

 

 

 

 

 

Oeuvre ci-dessus de CĂ©cile Garaudel.

 

 

La journĂ©e portes ouvertes Ă©tait terminĂ©e ce samedi quand je me suis prĂ©sentĂ© devant les oeuvres de CĂ©cile Garaudel. Mais la porte Ă©tait encore ouverte et l’on m’a dit que je pouvais venir. Je suis entrĂ©, un peu mal Ă  l’aise bien que personne ne me manifeste une quelconque mauvaise humeur. Un certain nombre d’amis et d’invitĂ©s, de l’artiste vraisemblablement, discutaient, dĂ©contractĂ©s, devant apĂ©ritifs et boissons. Devant ces portraits pixelisĂ©s, j’Ă©tais si dĂ©concertĂ© que cela m’a amusĂ© de prendre cette photo avec ces jambes dans l’escalier. La mise en scĂšne me plaisait. Ainsi que les autres personnes Ă  l’arriĂšre-plan absolument pas au courant de ce qui venait de me passer par la tĂȘte.Puis, je suis parti rapidement. Comme un voleur. Par la suite, je me suis aperçu qu’en regardant ces portraits pixelisĂ©s d’un peu plus loin, et en prenant mon temps, cela donnait autre chose. Et j’aurais sans doute demandĂ© Ă  l’artiste comment elle avait obtenu ce rĂ©sultat.

 

 

 

 

 

 

 

 

L’artiste Hopare.

 

Fin de la premiĂšre partie.

 

Oeuvres de Alexandre Hopare; Samer Tarabichi; Fabrice Minel; Elizabeth Martin; Thibaut Dapoigny; Frédéric Jallot; Laurence Louisfert; Tom Lestienne; Sezny Peron; Cécile Garaudel;

 

Musique Ă©coutĂ©e pendant la sĂ©lection des photos : album ” Vazo” de Tao Ravao et Vincent Bucher en particulier les titres ” Mamy T”; ” Jamba”; ” Muddys Song”; ” Mellow Down Easy aka Ny Meva”.

Musique Ă©coutĂ©e pendant la mise en page de cet article : album ” Souldier” de Jain en particulier les titres ” On My Way”; ” Alright”; ” Oh Man”; ” Abu Dhabi”; ” Souldier”. Je n’aimais pas particuliĂšrement la musique de Jain jusqu’alors.

 

Texte ( quand il y’en a ) et photos : Franck Unimon, ce lundi 3 juin 2019.