Posts made in juin, 2019

Coming Out

»Posted by on Juin 28, 2019 in Cinéma | 0 comments

Coming Out

                                                        Coming Out

 

 

Coming Out : « Ce n’est pas un choix ».

 

Je viens de parler du film Le Daim de Quentin Dupieux sorti ce 19 juin 2019 au cinéma. En faisant ça, j’ai respecté l’ordre chronologique dans lequel j’ai d’abord vu Le Daim puis Coming Out cette semaine. Mais j’aurais peut-être dû commencer par Coming Out. Malgré le bien que je pense de Le Daim de Quentin Dupieux (voir mon article ) Coming Out est une œuvre prioritaire. Cet article est donc, aussi, un article de rattrapage.

Avant d’aller voir Coming Out de Denis Parrot, sorti en salles le 1er Mai 2019, j’avais hésité avec d’autres réalisations telles que Dirty God de Sacha Polak ou Permaculture, la voie de l’autonomie de Carinne Coisman et Julien Lenoir. J’ai pour l’instant raté les séances de Un Havre de paix de Yona Rozenkier et de Le Chant de la Forêt de Joao Salaviza et Renée Nader Messora. J’avais pour moi d’avoir parlé récemment du film Conséquences de Darko Stante dans un de mes articles.

Conséquences est sorti ce mercredi 26 juin ( avant hier) et, à ce que je lis « par dessus l’épaule » ( sur sa page Facebook) d’une des attachées de presse que je connais, Jamila Ouzahir, le film bénéficie de bonnes critiques dans les média à droite à gauche. Si l’homosexualité est abordée dans Conséquences, l’inspiration masochiste du héros, Andrej, m’a dérangé. Et, je vois celui qu’il « aime », Zeljko, plus comme un jeune homme qui prend son plaisir de manière opportuniste par toutes ses pores, sexualités, drogues et actes de violences confondus que comme un homo. Si la personnalité d’Andrej en tant qu’homo se définit à mesure du film, Zeljko, pour moi, est sans limites : S’il s’avérait que devenir prêtre, proxénète, croque-mort, combattant MMA ou sniper pouvait lui permettre de prendre son pied, je pense qu’il se dirigerait vers une de ces voies-là ou vers plusieurs d’entre-elles en même temps.

On peut évidemment m’opposer un avis différent. Et je m’abstiendrai de toute façon de m’affirmer en spécialiste du sujet de l’homosexualité devant nos voisins, collègues, copains, amis homme-eau, lesbiennes, transgenres, sociologues, psychologues et autres.

Par contre, à parler d’homosexualité et de transgenre, je préfère nettement Coming Out qui est fait de vidéos postées sur le net entre 2012 et 2018 par des personnes qui ont fait leur coming out.

Denis Parrot, le réalisateur le souligne au début : à son époque, internet n’existait pas.

 

Il y’a trente ou quarante ans, internet comme nous le connaissons aujourd’hui, n’existait pas non plus. Et cela avait pu faire rire de voir les humoristes Coluche et Thierry Le Luron se marier. Cela avait pu déranger aussi. Mais ceci pour dire que les homos pouvaient être « tolérés » dans la mesure où ils faisaient marrer. C’est ce qui peut expliquer-peut-être- le succès du premier volet de La Cage aux folles réalisé en 1978 par Edouard Molinaro avec Ugo Tognazzi et Michel Serrault d’après la pièce de théâtre au titre éponyme. J’ai néanmoins rencontré au moins un homo qui voit dans ce film des clichés et un mépris affiché envers les homosexuels. J’imagine que d’autres homos pensent comme lui.

En découvrant La Cage aux folles– il y’a moins de dix ans- il m’a pourtant semblé que le pire personnage était celui qui jouait le fils, hétéro. La représentation de l’homo a un peu changé dans le cinéma. Dans un des derniers James Bond, Skyfall, je crois (réalisé en 2012), alors qu’il est torturé, « James » suggère d’un air entendu et détendu avoir déjà couché avec un homme.

Aujourd’hui, très superficiellement sans doute, et malgré une réelle volonté de sincérité et d’ouverture, j’ai l’impression que « ça fait bien » lorsque l’on est hétéro, de dire que l’on « a des amis homos » ou que l’on fraie dans les milieux gay et lesbiens. Et transgenres. Nous sommes à une époque où les gens sont tellement « ouverts », « cool » et « tolérants ». Et on peut remplacer le mot « homo » par le mot « Arabe », « Noir », « Blanc », « Asiatique », « Musulman », « Juif », « Femme », « Homme », « Riche », « Pauvre », « Manuel », « Intellectuel », « Sportif », pour s’apercevoir que selon les environnements, les interlocuteurs et les échéances, on se retrouvera tour à tour devant la porte d’un club privé dont l’accès nous sera refusé ou, au contraire, accordé.

Nous sommes dans un monde de cases et de castes.

On peut toujours regarder les autres cultures et les autres pays et se « moquer » de leur côté arriéré ou supposé comme tel. Même en France, et au XXIème siècle, on peut être particulièrement arriéré.

Je peux être particulièrement arriéré. D’ailleurs, Coming Out nous en apprend davantage au travers de ses divers témoignages qui, pour la plupart, se font face caméra, sur les formes principales de l’intolérance.

L’intolérance, selon Coming out, est bien un plat fait de certains mélanges. On y trouve côte à côte de l’ignorance, du déni, de la psychorigidité, du conditionnement, de l’aliénation, de la peur (du Freak, de l’Alien, du violeur), de la complaisance, de l’absence de conscience partielle ou totale de soi et des autres.

Dans l’intolérance, on trouve aussi cette conviction quasi délirante voire paranoïaque que la Norme de pensée à laquelle on adhère ou qui nous tient en laisse ou en haleine nous assurera la vie éternelle. Le bonheur éternel. Le pardon perpétuel. Et, cela, quelles que soient les erreurs et les horreurs que l’on peut commettre, seul ou avec le concours d’autres personnes, en tuant ou en blessant d’autres personnes désarmées, pacifiques et en situation d’infériorité.

Dans Coming Out, fait d’une bonne dizaine de témoignages, on assiste à quelques réactions des proches : Du déni au rejet en passant par l’acceptation ou l’encouragement. Certaines de ses personnes ont la chance d’avoir des proches qui comprennent ou, mieux, qui le « savaient déjà » et acceptent.

D’autres n’ont pas cette chance.

La phrase maladroite de quelques parents qui croient bien faire et qui revient plusieurs fois est : « C’est ton choix…. ». Ce à quoi, plusieurs de ces jeunes qui font leur coming out répondent aussitôt : « Ce n’est pas un choix ! ».

Si, pour certains, la découverte de leur homosexualité a été plus ou moins évidente assez tôt, pour d’autres, il a fallu certaines circonstances : une attirance amoureuse, plusieurs tentatives de suicides et plusieurs dépressions.

En regardant Coming Out, on s’aperçoit bien que ces personnes qui portent sur elles (ce en quoi elles sont, finalement, si on gratte bien, davantage les enfants de Dieu que ces « tenants » d’une certaine vérité religieuse ) tout le poids de la désapprobation morale de la communauté majoritaire aimeraient tellement être dans la « Norme » et acceptés du plus grand nombre.

On s’aperçoit aussi qu’elles se préoccupent plus du bien-être être de leurs parents que du leur. Une des jeunes femmes dit ainsi à sa mère au téléphone :

« J’essayais de vous rendre heureux ».

Une autre, devenue garçon, demande en quelque sorte à sa mère de le rebaptiser en lui donnant un autre prénom.

Certains passages pourraient être drôles si l’on excluait la souffrance dont ils sont remplis :

« Je suis censée m’intéresser à des garçons…. ».

Si la plupart des témoignages se font face caméra ou en présence des parents, il est aussi un photomontage particulièrement réussi ou une jeune fille, de 12 ans, fait des commentaires en voix off.

A nouveau, à voir ces personnes en pleine « mutation », il est détonant de voir comme les films de super-héros manquent généralement de réalisme en nous montrant des modèles exclusivement étalonnés sur les normes sexuelles, sociales et amoureuses hétéros. Il est vrai que les films de super-héros, pour des raisons économiques, se doivent d’être grand public et donc montrer le moins de scènes « osées » ou choquantes possible. Mais voir les mêmes histoires « d’amour » dans les films de super-héros revient à raconter aux enfants, aux ados et aux adultes que les bébés sont apportés au travers de la couche d’ozone par des cigognes ou transportés via Amazon Prime dans des éprouvettes par le Père Noël.

Coming Out révèle ou rappelle que derrière certains signes d’ouverture, mal être et solitude complètent encore la vie de beaucoup d’homos, de lesbiennes et de transgenres et que, comme le dit très bien un des jeunes hommes qui témoigne :

« Nous crions pour que les personnes comme nous sachent qu’elles ne sont pas seules : nous sommes des êtres humains ».

Franck Unimon, ce vendredi 28 juin 2019.

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Le Daim

»Posted by on Juin 28, 2019 in Cinéma | 0 comments

Le Daim

Le Daim

 

 

Extension du domaine de la chute ou voyage « pataud », Le Daim, le dernier film de Quentin Dupieux , sorti ce 19 juin 2019, est tout en aimants presque chromés d’anachronismes.

Dans Le Daim, Quentin Dupieux poursuit sa route, sa trève, son rêve américain parallèle dont il continue d’équiper la bande son : C’est étonnant comme ses films emploient la route ou ce qui s’en rapproche mais aussi comme les situations du Daim – comme sans doute de ses autres films- se raccordent bien aux bretelles sonores de quelques titres de son premier album Analog Worms Attack ( livré en 1999, l’année du film Matrix) comme de son premier tube : Flat Beat.

Ecoutez des titres comme Bad Start, No Day Massacre, Last Night A DJ Killed My Dog, trois des titres de son premier album Analog Worms Attack. D’abord, vous constaterez peut-être qu’aujourd’hui où des artistes comme Jain et Aya Nakamura tapent le son, ces trois titres de Quentin Dupieux/ Mr Oizo sont loin d’en être les seconds. Mais aussi qu’ils collent à la peau de Georges tel du plomb dans le fond de la gorge.

Qui est Georges ? Georges est un emballage ou un homme dans la quarantaine, emporté par l’acteur Jean Dujardin sur une autoroute à péage dans une vieille Audi sans électronique. Cette voiture Audi est immatriculée dans le 92. Donc en région parisienne dans le département considéré comme ” le plus riche de France”. La voiture Audi et l’appartenance au département 92 sont à première vue des symboles de réussite économique.

La voiture de Georges date peut-être aussi de l’année 92 ou de la fin des années 90. Si l’on tient compte du modèle automobile mais aussi du tableau de bord.

Georges a des goûts musicaux très sûrs : Dans sa voiture passe « Et si tu n’existais pas », interprétée par Joe Dassin, un chanteur « franco-américain » très années 70-80 (décédé en 1980 d’un « malaise cardiaque » à 41 ans) également très connu pour son titre L’été Indien. Quentin Dupieux laisse filtrer suffisamment de « bizarreries » dans ses films pour que ceux-ci en deviennent multipistes. Les traces qu’on y trouve peuvent donc être les « tracks » de nos sillons personnels. Cela convient à certains spectateurs et à certaines humeurs plutôt qu’à d’autres.

 

« Je promets de ne plus porter de blouson de toute ma vie » semble être le nouvel ordre que Georges veut imposer à celles et ceux qu’il rencontre après qu’il ait passé le péage et changé en quelque sorte de route, de dépression… et de dimension. On peut évidemment jouer sur les mots et voir la « paix-âge » dans le péage. Georges est à ce moment de sa vie où il aspire à trouver un second souffle et à faire….le ménage. Cela commence par cette veste de cadre qu’il porte au début du film et qu’il va remplacer par cette veste en daim achetée au prix fort à un vendeur ( l’acteur Albert Delpy ) facétieux ou tout autant enluminé que lui. En voyant l’acteur Albert Delpy, on se dit que ce personnage du vendeur aurait aussi pu être joué par l’acteur Philippe Nahon ou par l’acteur Jean-François Stévenin. André Dujardin/ Georges, quant à lui, ressemble alors au José Garcia du Extension du domaine de la lutte (1999) adapté par Philippe Harel d’après le livre de Michel Houellebecq. Rôle qui avait permis de découvrir l’aptitude dramatique de José Garcia avant son rôle dans Le Couperet (2005) de Costa-Gavras. Mais c’est un Georges également proche de L’Homme à tête de Chou de Gainsbourg pour la transformation psychique que va connaître son personnage.

Au fait ! Le Daim, ici, c’est peut-être l’équivalent masculin du mot « Dinde ». Georges est un banni du génie. Et il est au ban du monde. On s’abstiendra de voir en lui un sujet d’admiration. Et, c’est pourtant la seule petite lueur qui lui reste : celle de ce petit voyant rouge qui s’allume lorsqu’il met en marche sa caméra numérique et qu’il se voit réalisateur « dans le vrai cinéma ! ». D’autant que « Le numérique, c’est ce qui se fait de mieux ! ».

Si nous voyons en Georges un raté qui se trouve pour monastère un hôtel à la Barton Fink ( des frères Coen) perdu près des montagnes, lui se voit en Cow-Boy conquérant. A travers lui et son personnage en perte de repères qui rappelle aussi le personnage de Vincent Lindon dans La Moustache (2005), Dupieux filme aussi notre impossibilité d’inventer notre vie au jour le jour. Car nos vies sont de plus en plus quadrillées. Par l’urbanisation. Par les technologies modernes et numériques qui sont évacuées, désactivées ( la carte bancaire) ou finissent à la poubelle dans Le Daim :

La scène du téléphone portable rappelle en effet celle du Nokia dans Matrix, à l’époque où Nokia (entreprise finlandaise) était le numéro 1 mondial (« Jusqu’en 2011 ») en téléphonie mobile. Alors qu’aujourd’hui, les marques Samsung (Corée du sud), Apple (Américaine) et Huawei (Chinoise) semblent constituer le trio de tête dans ce domaine. Et l’on peut voir dans Le Daim différents marqueurs d’un monde enrubanné de cellophane dans les années 70-80 :

des Baskets Nike typées années 80, une télévision portative en noir et blanc…

Attirer le regard, exister, s’ancrer, semble de plus en plus difficile dans notre monde de voyeurs et de reflets à couper au montage où beaucoup peut être refait.

Au passage, Dupieux nous parle de la précarité avec le personnage d’Adèle Haenel, monteuse précaire et résignée qui se révèlera être une Rosetta (1999) des Frères Dardenne ou une Christine Blanc du film Elle est des nôtres (2002) de Siegrid Alnoy.

L’actrice Adèle Haenel, en barmaid et dans son rôle, fait de plus en plus penser à l’actrice Mathilde Seigner à force de se rassembler dans cet air renfrogné qui nous l’a présentée et avec lequel elle nous prend en étau. Mais quand elle sourit, elle ressemble à elle-même et c’est très beau. Dupieux nous donne aussi quelques trucs sur le cinéma en nous parlant de l’importance du montage à travers l’exemple du film Pulp Fiction (1994) de Tarantino ( Prénom : Quentin). Il se fait alors- brièvement- l’égal d’un mécano qui éduquerait les futurs acquéreurs et consommateurs de ces moteurs particuliers que sont les images.

Il peut dérouter qu’un artiste comme Dupieux qui maitrise, célèbre les technologies « nouvelles » et assure sa vie économique et personnelle grâce à elles, tienne un tel discours. Mais, au fond, dans les années 90 à l’époque de la « French Touch », en tant que musicien techno, et avant de devenir cinéaste, il exprimait déjà des idées allant dans le sens contraire. Et, à l’écouter, sa techno « sale » au sens noble contrastait par exemple avec la musique « sublimée », proprette et nacrée d’un groupe comme Air et, avec celle, plus tard, d’un groupe comme Daft Punk, dont on ne sait plus aujourd’hui si leur musique nous touche parce qu’elle nous rappelle ce qu’elle a été. Parce qu’elle est devenue une institution et une norme et que tout le monde (beaucoup de monde) la connaît, l’écoute et danse dessus. Ou parce qu’elle nous libère véritablement. En écoutant l’album Homework (1997) des Daft Punk,  je ne me posais pas ce genre de questions.

A la fin de Le Daim, Georges « l’albinos » (voir le film Noi Albinoi réalisé par Dagur Kari en 2002), ressemble à l’acteur Edouard Baer. Puis, un petit peu, à l’acteur Marcelo Mastroianni, capable de jouer « les mecs banals » selon Fellini, je crois.

Peut-être que pour l’acteur André Dujardin, le film Le Daim permettra d’exister davantage, et, mieux, au cinéma.

 

Franck Unimon, ce vendredi 28 juin 2019.

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Sibyl

»Posted by on Juin 21, 2019 in Cinéma | 0 comments

Sibyl

 

Sibyl un film de Justine Triet

 

Sibyl : « On ne construit que sur la merde ».

 

Sibyl a un métier réfléchi. Psychologue libérale depuis plusieurs années, elle est une professionnelle et une femme autonome et accomplie. Mari parfait jusqu’à l’effacement. Enfants plus que parfaits. Entourage aimant. Pas de problèmes d’argent en vue. Assez soudainement, elle veut quitter tout ça et se remettre à écrire. Peut-être parce-que sa vie fléchée l’ennuie. Peut-être parce-que que sa tête reste le passage obligé d’une routine. Et que cette routine la reconduit vers sa mère, ses 3 grammes d’alcool dans le sang, et la sortie de route qui l’ont fait disparaître et rendue muette à jamais.

Dans son cabinet, comme dans la vie, Sibyl sait écouter les autres et leur parler. Lorsqu’on la regarde vivre extraite de son justaucorps social, Sibyl est un de ces sushis qui défile sur tapis roulant au début du film tandis qu’un de ses amis éditeur lui parle à lui donner le tournis.

 

Film étrange que ce Sibyl de Justine Triet, où l’on s’éponge entre mensonges, fantasmes, perversion, exhibitionnisme et voyeurisme, mélanges prompts à vous égarer. Encore plus peut-être si juste auparavant, à la séance précédente, vous étiez en compagnie de John Wick Parabellum et ses scènes de combat où vous compreniez chaque réplique et chaque mimique. Avec Sibyl, on pourrait se dire que nous sommes en face du énième film français de bobo névrosé pour intellectuels bobos :

Ce film doit être vu avec son microscope, mieux, avec son scanner cérébral portatif en bon état de marche.

 

Regardons de plus près quelques protagonistes principaux : Virginie Efira/ Sibyl est la première raison pour laquelle je suis allé voir ce film. Cela fait plusieurs années que cette actrice nous a fait comprendre que nous avons tout à gagner à nous la fader sur grand écran, elle et son visage de blonde assez fade. Il est assez pratique d’employer des formules toutes faites à propos de certaines actrices et acteurs telles que :

« C’est le comédien le plus doué de sa génération ». Ou « Il peut tout jouer ! ». Hé bien, en voyant le film Sibyl – qui n’est pas un film d’épouvante- on peut se dire que Virginie Efira, également douée pour la comédie, pourrait jouer dans des films d’épouvante ou d’horreur. De cette épouvante bien sous tous rapports et à cheval entre la normalité et la folie. Son jeu dans Sibyl est très propre. Ma scène préférée est sans doute celle de « la pomme d’Amour et du Barbapapa ». Mais j’ai aussi beaucoup aimé une autre scène qui fait penser à une scène de licenciement.

Adèle Exarchopoulos/ Margot Vasilis. La Vie d’Adèle de Kechiche avait été un film presque fait sur mesure pour elle. Elle a tourné dans d’autres films depuis. Dans Sibyl, elle me convainc moyennement dans certaines scènes. Lorsqu’elle pleure par exemple. Pour la première fois, dans son rôle de Margot Vasilis, elle m’a fait penser à l’actrice Ludivine Sagnier plus jeune. Mais en un peu plus « perverse ». Pour le rôle. Dans Sibyl, Margot/ Adèle est selon moi meilleure comédienne lorsqu’elle balade Sibyl que sur le tournage du film réalisé par Mika/ l’actrice Sandra Hüller et où elle est une jeune comédienne qui joue son avenir professionnel.

Gaspar Ulliel/ Igor a gardé un peu de sa « balafre » hannibalienne dans son rôle et ça colle bien. En en montrant moins que Margot Vasilis, son personnage dégage plus d’épaisseur.

Niels Schneider/ Gabriel (comme l’ange Gabriel ?) me plait davantage dans la dernière partie du film : dans la première partie, on le voit jouer ce par quoi il s’est fait connaître en particulier dans le cinéma de Xavier Dolan (l’ambiguïté, la sexualité).

Laure Calamy/la sœur de Sibyl, Paul Hamy/ le mari de Sibyl, Arthur Harari/ Dr Katz, Sandra Hüller/ Mika, la réalisatrice, complètent la liste des rôles principaux. J’aime beaucoup le jeu de l’actrice Laure Calamy en général. Si j’aime la revoir ici, j’aimerais bien qu’elle sorte – un peu- de sa « panoplie » de femme névrosée.

Lors de la séance de John Wick Parabellum, j’avais arrêté de compter à partir de la 8ème scène de combat. En découvrant Sibyl, j’ai assez vite renoncé à savoir ce qui faisait partie des mensonges ou des fantasmes de Sibyl. Le film peut faire penser à l’univers de Catherine Breillat comme à celui d’Atom Egoyan pour cette relation fusionnelle et passionnelle entre les protagonistes. Pour cette façon de nous manipuler en nous laissant croire que nous captons tout alors que nous captons hak ! (rien, le néant ). Ce film est peut-être un regard critique sur le milieu du cinéma et du spectacle au sens large. Je n’ai peut-être pas suffisamment compris ce film pour en parler correctement. Mais j’ai compris que Sibyl est fatiguée de se mentir à elle-même et qu’elle répète souvent aux autres « Tu n’es pas seule » alors qu’elle est elle-même un comptoir de solitude. Cela me rappelle cette chanson de Björk : Army of Me. Il m’avait fallu plusieurs écoutes fois avant de finir par comprendre que Björk s’adressait sûrement à elle-même. Que ce soit lors de ce tournage où Sibyl se rend malgré l’interdit (ou le tabou) déontologique rappelé par le Dr Katz ( tous ses garde-fous sont des hommes dans le film ) :

« Ton rôle à toi, c’est de rester du côté du fantasme ».

Que ce soit lors de ses ébats supposés ou réels avec Gabriel, Sibyl lève une armée contre elle-même. Peut-être qu’il lui faut ça pour enfoncer la forteresse qu’elle a érigée entre sa vie et ce qu’elle est véritablement. Finalement, elle a peut-être plus de points communs qu’il n’y paraît avec John Wick. Sibyl sera peut-être dans le 4ème volet de John Wick. Virginie Efira en est capable.

 

 

 

 

Franck Unimon, ce vendredi 31 Mai 2019.

 

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Paranoïa Sociale

»Posted by on Juin 20, 2019 in Echos Statiques | 0 comments

Paranoïa Sociale

 

 

Paranoïa sociale 

 

 

Hier, en allant à la médiathèque rendre des prêts en retard (une de mes routines), je me suis imaginé que, dans la vie sociale, j’étais et suis une personne plus sincère, plus honnête et plus franche que la « normale ».

J’ignore encore ce qui m’a pris. Mais, je me suis avisé qu’il fallait, dans les faits, assez peu se dévoiler ou, tout au moins, modérément donner de sa gentillesse et de sa disponibilité et prendre le temps, en restant poli, d’observer. Et d’évaluer si ces personnes dont nous faisons la rencontre, que nous trouvons en prime abord si “cool”, si “sympas”  et si “mignonnes”,  valent ou valaient la peine qu’on leur donne davantage de soi :

De notre gentillesse, de notre spontanéité, de notre sincérité, de notre intérêt, de notre altérité etc….

La « norme » sociale, au premier abord, est assez souvent de s’accoster les uns, les autres, avec de grands sourires et propos ouverts et accueillants. Mais derrière la forme, le plus souvent, celles et ceux que nous rencontrons se font une idée de nous, vraie ou fausse. Nous faisons tous ça : nous projetons sur l’autre quelque chose. De bien ou de mal. Puis, au travers de certaines situations ( la façon de tenir un verre, cette façon particulière que l’autre a de se déplacer pour se rendre aux toilettes ou de regarder, subitement, son portable)  nos impressions se trouvent confirmées ou contredites.

Cela va très vite.

Après le temps des sourires et de l’accueil, le temps du jugement social- et de la guillotine- arrive très vite. Plus vite qu’on ne le pense. Plus vite, en tout cas, que, moi, je le pense. J’ai oublié d’écrire que je m’imagine, aussi, en matière de relations sociales, être une personne naïve ou très naïve. Ou, en tout cas,  je m’imagine que je peux l’être.

Parce-que, foncièrement, celles et ceux que nous rencontrons pour les premières fois, lorsqu’ils viennent vers nous avec sourires et « bonnes » intentions affichées ( pour celles et ceux qui viennent à nous car d’autres, pour des raisons assez mystérieuses, restent à l’écart et très discrets) sont souvent en pleine prospection afin d’essayer d’obtenir de nous un éventuel bénéfice, intérêt, y compris commun. Je le fais aussi mais, j’ai l’impression, que plus que d’autres, bien plus que d’autres, je vais vers les autres avec une plus sincère sympathie là ou d’autres sont, finalement, et foncièrement, avant tout intéressés. Un peu comme si dès le début d’une rencontre, on se mettait à avoir rapidement des relations sexuelles avec une personne parce-que l’on se sent bien avec elle et qu’on la trouve sympathique. Alors que cette personne, elle, a uniquement vu en nous un « bon » coup ou un coup à tirer. Ou attendait simplement de nous qu’on lui offre un café, une cigarette. Ou une vingtaine de centimes.

 

Avec certains parents rencontrés à l’école où ma fille est scolarisée, j’ai un peu l’impression de m’être fait un peu « tirer » socialement. Et puis, une fois le temps de « l’inspection » sociale terminé, j’ai été évalué comme bon à jeter, bon à écarter, bon à négliger. Avec les formes bien-sûr. Car, lorsque l’on me croise, c’est sourire et bonjour.

Officiellement : il n’y’a pas de conflit ou de désaccord. C’est la norme sociale. Et je me la prends – à nouveau- en pleine figure au travers de ces quelques relations avec quelques parents que je croise depuis que ma fille est à l’école maternelle.  Peu m’importe que mes relations soient cordiales avec la majorité des parents que je salue. Je m’attarde ici sur deux ou trois parents vis-à-vis desquels j’ai maintenant quelques réserves.

Mais ces attitudes se retrouvent partout.

Hier, je me suis avisé qu’il fallait en fait, savoir laisser les autres projeter sur nous. Et moins se dévoiler : pourquoi se montrer tel qu’en soi-même, si, en face certaines personnes avancent masquées ou se voilent la face sur elles-mêmes. Chez les parents d’une ancienne copine d’école de ma fille, nous avons été invités une fois. Il y’a bientôt deux ans maintenant. Et, je me rappelle que chez eux figurait – et figure toujours sans doute- une sorte d’inscription ou de maxime, accrochée sur le mur où était prônée la tolérance et des valeurs proches. J’imagine bien que ces parents – comme la plupart d’entre nous- sont sincèrement convaincus des bienfaits de ces valeurs. Tout en les appliquant à leur sauce comme on peut interpréter à sa sauce une religion, un film, une vérité, une chanson, un regard, tout en refusant que l’autre nous apporte la contradiction, sa contradiction.

Je suis donc, je crois, socialement, une personne souvent trop naïve, honnête, sincère et trop franche. Il est déjà arrivé, lors de mes discussions avec ma compagne, que celle-ci me le fasse comprendre en quelque sorte et me donne des cours de réalisme. Lorsque je lui parlais par exemple de mes désillusions sociales et relationnelles dans le milieu du cinéma en tant que journaliste ou comédien, où j’ai, à ce jour, dans le meilleur des cas, rencontré bien plus d’experts et d’expertes en séduction sociale que d’amis véritables.

Lorsque j’écris qu’il faut laisser les autres « projeter » sur soi, c’est évidemment en faisant en sorte que ce qu’ils projettent soit à notre avantage. Si pour les besoins d’un film, un réalisateur veut voir en moi un boucher et que, pour cela, il est prêt à me payer 1500 euros par jour, ça me va. Par contre, si pour jouer la doublure d’un homme grenouille, je dois entrer dans une eau glacée et y rester pendant des heures pour le plaisir de participer au travail de fin d’études d’un étudiant en cinéma, je crois plus sensé de refuser cette proposition.

Il convient donc de faire attention à son image.

Il est vrai que, dans ce domaine, je suis et reste plutôt « nature » là où bien d’autres (femmes comme hommes) sont des experts en maquillage et en enrobage social. Et, la vie quotidienne nous apprend que souvent voire assez souvent, celles et ceux qui savent se montrer à leur avantage à coups de maquillage et de matraquage social, ou de sourires adressés au bon endroit, vers les regards porteurs d’avenir,  réussissent souvent mieux, et plus vite, que celles et ceux, qui, comme moi, se montrent plus “fous” et moins regardants sur l’enrobage et la présentation. Le feu de la folie dévore le décor et le protocole social. Lorsque l’on est ” fou”, en cas de “réussite”, on devient un modèle ou une crainte. Dans une situation intermédiaire, on inspire scepticisme, suspicion ou rejet quelles que soient nos réelles qualifications et intentions.

Dit autrement : les parents de cette ancienne copine d’école de ma fille- et d’autres- peuvent bien m’évaluer à mon désavantage autant qu’ils le veulent ou s’estiment autorisés à le faire. Je sais, Moi, que j’ai autant de valeur humaine qu’eux. Et, je crois, aussi, que contrairement à eux et d’autres, je suis plus respectueux des autres : Je me sens plus l’égal de celles et ceux que je croise que leur supérieur. Mais la vie sociale est ainsi faite qu’à moins d’une catastrophe ou d’un événement exceptionnel où l’on se retrouve obligé de faire « corps » et alliance avec des personnes que l’on désapprouve ou déprécie, généralement, chacun peut rester confortablement domicilié dans ses préjugés sur une personne ou un groupe de personnes.

Mais savoir ce que je sais de moi, ce que je vaux, et sur moi, si je suis le seul à le savoir, est insuffisant pour réussir sa vie sociale.

Savoir que nous avons invité la mère de cette ancienne copine d’école de ma fille il y’a quelques mois, et que cela s’était pourtant- apparemment- bien passé avec elle et les autres parents présents, est insuffisant pour comprendre ce qui fait que, prochainement, nous ne serons pas invités, contrairement aux  parents de la très bonne copine de ma fille, chez cette dame. Je n’ai pas l’intention de séquestrer cette maman et son mari ni de les interroger comme peut l’être le personnage de Malotru dans Le Bureau des Légendes alors que lors d’un des premiers épisodes de la série, il passe au détecteur de mensonges. Si je m’étends autant sur le sujet, c’est parce qu’en repensant à ma fille avant hier dans l’aire de jeux où elle a joué plus d’une heure avec une de ses copines, j’ai revu ce que je vois assez souvent lorsqu’elle joue avec des autres enfants :

C’est elle qui est demandeuse. C’est assez souvent, elle dans la rue, qui reconnaît d’autres enfants et les appelle. Hier soir, à la maison, j’ai entendu notre fille expliquer à ma compagne, sa mère, son problème avec sa très bonne copine :

Sa très bonne copine commande le déroulement de leurs jeux. Et notre fille essaie de s’y opposer.

Mais, à entendre notre fille, sa très bonne copine a le leadership et, s’opposer à elle, c’est prendre le risque d’être isolée du groupe. Hier soir, je me suis contenté d’écouter car j’étais alors dans une autre pièce, sans doute en train de faire mes étirements avant de partir au travail.

J’ai écouté ma compagne conseiller à notre fille de dire à sa copine que c’était à chacune son tour de décider. J’ai écouté ma compagne dire à notre fille que si sa copine persistait à vouloir diriger (ce que notre fille a expliqué à sa maman/ ma compagne), hé bien, que dans ce cas, il suffisait en quelque sorte de ne plus jouer avec elle ! Et ma compagne d’assurer à notre fille que sa copine et le reste du groupe viendraient sûrement la chercher pour jouer avec eux. Il m’a semblé, aux réactions de notre fille, qu’elle était assez peu persuadée par les conseils de sa maman. En tout cas, c’est peut-être moi qui projette finalement. Car, moi, j’étais peu convaincu par les conseils de ma compagne même si je me suis abstenu d’intervenir.

Je souhaite évidemment à notre fille d’apprendre à éviter ces écueils sociaux et affectifs :

Que ce soit une certaine dépendance sociale et affective aux autres. Ainsi que ces « Je ne sais pas » quant aux raisons qui font qu’une relation avec un proche, une proche, ou une connaissance, se distend. Comme nous, ou comme moi ( car je crois que le problème doit provenir de moi) avec les parents de cette ancienne copine d’école de notre fille.

Je souhaite résolument à notre fille de savoir voir comme, dans la vie sociale, celles et ceux qui nous font les plus beaux et les plus rapides sourires- sans que ce soit forcément de l’hypocrisie ou le repaire d’une perversion comme d’une mauvaise intention- doivent être décodés. Se doivent d’être décodés. Car celles et ceux qui font les plus beaux et les plus rapides sourires feront rarement l’effort de se décoder d’eux-mêmes :

Premièrement parce qu’ils n’ont aucun intérêt à se dévoiler comme à dévoiler leurs réelles intentions. Tout être a ses défauts et sa perception propre.  Et peut percevoir – à tort ou à raison- comme un handicap le fait de se montrer tel qu’il est véritablement.

Deuxièmement, parce-que celles et ceux que nous rencontrons ont une connaissance et une perception d’eux-mêmes, comme du retentissement de leurs actions sur les autres, assez limités :

Des personnes peuvent nous faire plus ou moins de mal sans, toujours, le prévoir, le souhaiter ou s’en apercevoir.

Et, bien-sûr, il faut aussi apprendre à se préserver de celles et ceux qui nous font du mal ou peuvent chercher à nous nuire délibérément.

Je souhaite à notre fille d’apprendre à se connaître, comme à connaître les autres suffisamment, ainsi que le monde bien-sûr, pour s’épargner le plus de déboires possibles sociaux et affectifs, en priorité, dans sa vie. Et, bien-sûrj’espère que sa mère et moi ainsi que d’autres personnes de confiance, adultes ou non, sauront l’aider à faire ce genre d’apprentissage.

Sinon, « autre » sujet, je continue d’avoir beaucoup de plaisir à lire le livre Inside Apple d’Adam Lashinsky . Un livre sur lequel je suis tombé par hasard à la médiathèque près de chez nous.

Le numérique, l’informatique, internet sont de plus en plus un justaucorps, voire une seconde peau, pour de plus en plus de gens. Moi, je fais partie d’une époque préhistorique. D’une époque où tout cet attirail numérique, ainsi que cette économie, cette toxicomanie et cette méthode « d’achievement » ou de réussite social(e) était embryonnaire, inexistante ou réservée à quelques uns qui passaient peut-être pour déments, déviants…ou visionnaires.

Lire ce livre, qui plus est au travers de l’entreprise Apple qui est un des symboles de cette réussite économique, technologique et culturelle, me permet de mieux comprendre ce « nouveau » monde qui s’est érigé et qui s’est implanté dans nos vies et les a transformées ces vingt à trente dernières années et qui va continuer de les transformer pour le pire et le meilleur.

Ma fille, et d’autres plus âgés, sont nés avec ce monde. Dans ce monde. Aussi, pour eux, ce monde est une norme. Aussi normal que reprendre son souffle après avoir expiré. Aussi normal que prendre une douche après avoir transpiré. Aussi normal que de s’habiller avant de sortir pour un rendez-vous. Moi, je suis entre deux. J’ai déjà pu dire que j’étais « un analphabète informatique ». Mais j’ai des capacités- une « marge de progression » comme on dit- pour me faire à ce monde numérique. Et tenir ce blog, indirectement, m’y aide et m’y contraint. Ne serait-ce que pour réussir à faire de ce blog, balistiqueduquotidien.com, une entreprise « successful » ou suffisamment gratifiante en nombre de lecteurs, voire, pour peut-être envisager une certaine reconversion, partielle ou totale. Ce qui pourrait être judicieux étant donné que l’âge du départ à la retraite ressemble de plus en plus à une fiction de film d’épouvante.

Mais aussi parce-que l’on nous injecte de plus en plus l’injonction selon laquelle, nous nous devons d’être mobiles, « proactifs », et d’avoir plusieurs vies professionnelles, voire émotionnelles, dans notre monde actuel et à venir. L ‘exigence de devoir se conformer de plus en plus à ce « parfait » modèle de vie se fait et se fera sûrement aussi grâce au soutien galopant de produits dopants anciens, actuels, d’autres pas encore inventés ni brevetés, que des industries sauront commercialiser et rentabiliser pour le bien-être financier de quelques actionnaires et investisseurs. Et ces actionnaires et investisseurs pourront tout aussi bien être des pères ou des mères ayant les mêmes préoccupations que moi pour ma fille ou des artistes dont j’aime ou écoute les œuvres musicales, littéraires ou cinématographiques.

 

D’un autre côté, sûrement parce-que je suis vieux jeu, chronique, dépassé, psychorigide, ma mémoire du monde ancien, mon attachement à lui comme à certaines de ses valeurs, et mes réserves vis-à-vis de certaines évolutions actuelles et futures du monde de notre quotidien, me commandent d’éviter de m’y plonger totalement :

 

Un monde où notre téléphone portable est activé et ouvert en permanence, nous plongeant dans une apnée profonde nous captivant 24 heures sur 24. Ce n’est plus le monde du silence. Mais le monde des écrans, des casques et des oreillettes. Un monde où un écran, une console de jeux, des spots publicitaires constitueraient le plus gros de ces moments que nous vivons. Et où l’on s’adresserait aux autres avec des slogans publicitaires ou avec des phrases toutes faites et autres éléments de langage que l’on recevrait, après s’être abonné, chez soi dans notre boite à lettres – pour les plus archaïques ou les férus du vintage- par mail ou par sms transgénique.

Il y’a deux nuits, alors que j’étais en pleine paranoïa sans doute,  je me suis mis à surfer sur internet pendant plus de deux heures. Si bien que lorsque j’ai rejoint ma compagne dans notre chambre, un peu avant minuit, elle s’était endormie. Du moins, est-ce ce qu’elle s’est employée à me laisser croire, allongée dans l’obscurité de notre lit. Ce qui fait qu’à son retour du travail vers 21h, j’avais peu discuté avec elle comme elle me l’a fait remarquer avec diplomatie le lendemain matin. Alors qu’elle m’avait « attendu » jusqu’à 22h. Comme excuse, je ne peux même pas écrire que je matais des photos érotiques sur le net ou que je draguais sur un site de rencontres :

Je regardais avec attention- plus qu’avec déférence- des biographies d’actrices, d’acteurs, de joueuses et de joueurs de tennis. Plus de deux heures durant, dans mon fors intérieur ferroviaire comme sur la terre battue de mes pensées, des soupçons  en suspension me crachaient à la tête des évidences : Ces “Personnalités” étaient peut-être entrées en possession de vies qui, à l’origine, auraient dû m’appartenir. Et j’essayais sans doute de savoir à quel moment, profitant de ma coupable inattention comme de ma pitoyable passivité, elles s’en étaient emparées. Désormais, il était trop tard pour les rattraper. Ces créatures débordaient de vie par elles-mêmes. Prenons Jeff Nichols, davantage réalisateur que joueur de tennis, et son film Take Shelter, inspiré de ses inquiétudes pour son enfant, ou un de ses autres films, Mud. Les héros masculins de ces deux films, tour à tour l’acteur Michael Shannon et l’acteur Matthew McConaughey, au départ mal perçus par la communauté, et isolés dans un monde rural ou sur une île, finissaient par s’en tenir à cette consigne de Miles Don’t Lose your Mind alors qu’ils exécutaient cette sentence :

” Si l’on attend toujours, de façon obéissante et caressante, d’obtenir une permission pour partir faire son solo, son numéro, seuls les désastres viendront à notre secours”.

A la fin de ces plus de deux heures d’errance, j’avais fini par m’extraire de l’écran, double et créance de nos vies. C’est ce monde-là, fait de la suprématie des écrans ajoutée à une certaine fausseté- ancienne et relative- des relations sociales qui se développe. Ou un simple clic et quelques liens suffisent pour avoir un avis tranché sur un sujet et ses hématies.  Soit un monde propice à la croissance des extrémismes  : affectifs, religieux, politiques, militaires, sectaires, écologiques, économiques, artistiques, culturels. Un monde où il reste possible et où il restera possible d’avoir de « véritables » relations humaines et une vie qui en vaut la peine. On peut très bien être calé en informatique et dans toutes ces nouvelles technologies- et autres applications- qui se démultiplient vers l’infini et être dans la “vraie vie”.  Mais encore faudra-t’il- encore- savoir à quoi cela ressemble d’avoir une « vraie vie », et de « véritables relations » sincères, spontanées, franches, honnêtes, naïves.

Encore faudra-il être qualifié et suffisamment compétent( e) afin d’être à même de connaître comme de « juger » de leur importance et de leur- vitale- nécessité. C’est un peu ce que ma paranoïa me racontait alors que je suis parti pour la médiathèque. Le reste de ce qu’elle m’a dit et apporté, je vais bien sûr le garder pour moi. Car on ne sait jamais. Celles et ceux qui auront lu cet article pourraient avoir très peur de moi. Finalement.

Franck Unimon, ce jeudi 20 juin 2019.

 

Ps : Non, je ne suis pas déprimé. Sourire.

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Conséquences

»Posted by on Juin 18, 2019 in Cinéma | 0 comments

Conséquences

Andrej ( l’acteur Matej Zemljic) au centre, allongé sur son lit.

 

 

 

                                         Conséquences un film de Darko Stante

 

 

Andrej (l’acteur Matej Zemljic) grand et beau jeune homme est fait d’une coque gangsta. Adepte des codes du Rap américain, même si l’histoire se passe en Slovénie , il a la côte auprès des très belles filles qu’il parvient à serrer dans ces soirées pour gosses de riches où il parvient à s’insérer. Sauf que ça dérape. Et l’on retrouve Andrej au tribunal pour mineurs où il a été convoqué avec ses parents.

Au tribunal et devant le regard et l’écran social, l’enveloppe du bel Andrej est ouverte et son identité judiciaire est déballée devant nous. Sa mère raconte qu’Andrej se montre assidu à des soirées en compagnie de jeunes dont il n’a pas les moyens : Andrej priserait une vie de champagne alors qu’il a à peine les moyens de s’offrir une limonade.

A côté de la mère, drone parental le plus fort, le père d’Andrej est un homme déprimé, courbé, qui a depuis longtemps perdu ses derniers combats. Et qui cherchera quelques fois la semonce d’un second souffle en essayant de faire acte de diplomatie entre Andrej et sa mère plutôt que de se confronter à l’un ou à l’autre.

Au tribunal, Andrej « rigole ». Pour lui, tous ses problèmes viennent de sa mère. Nous ne saurons rien du passé d’Andrej et de ses parents. Si le premier long-métrage de Darko Stante nous parle des conséquences de leurs actes, et, en tout premier lieu, de ceux d’Andrej qui se dresse en tant qu’adulte lors de ce film, il éclipse malheureusement comme dans beaucoup d’autres projets cinématographiques, ce qui précède le quotidien de tous ces « héros » que l’on regarde défiler sur nos écrans comme devant nos vies. Dans un film plutôt extrême tel que We Need to Talk about Kevin réalisé par Lynne Ramsay en 2011, on peut ainsi se rappeler cette scène où, déboutée par les pleurs insistants du petit Kévin encore bébé, la mère vient se planter avec celui-ci près d’un chantier où des marteaux-piqueurs en activité viennent la « délivrer » des cris. Cette scène, parmi d’autres, permettra ensuite à la réalisatrice d’expliquer voire de justifier l’évolution de Kévin. Dans Conséquences, où le personnage d’Andrej est bien plus sympathique que le personnage de Kévin, nous sommes privés de cette « trace » historique. Ce qui signifie peut-être pour le réalisateur, que, quelles que soient nos origines familiales et affectives, à l’âge adulte, nous nous devons de faire face à ce que nous sommes et nous accepter comme nous sommes.

Parmi les spectatrices et les spectateurs que nous sommes, il s’en trouvera certainement plusieurs pour lesquels (femmes et hommes) les causes des dérives d’Andrej sont rapidement évidentes. Pourtant, Andrej ressemble à beaucoup d’autres jeunes. Dans un film tel que les X-Men dont la dernière saga (Dark Phoenix ) est actuellement en salles, un professeur Xavier déboulerait pour venir accoster le jeune Andrej pour peu que celui-ci ait des pouvoirs de mutant. Une psychologue comme Sibyl (l’actrice Virginie Efira dans le dernier film de Justine Triet) l’emmènerait peut-être en voyage sur un lieu de tournage ou le suivrait tel un Basquiat dans ses virées nocturnes.

Mais Andrej n’a pas de pouvoir particulier y compris dans le domaine artistique. Tout au plus a-t’il un beau physique qui pourrait peut-être lui permettre de développer une carrière dans le cinéma ou dans le mannequinat. Et cela est visiblement éloigné de son idéal. Sibyl, elle, est trop occupée à essayer de sortir de la boite de son alcoolisme comme à recoudre son couple et sa famille pour s’occuper d’Andrej. Même si les priorités de celui-ci, se faire accepter par celles et ceux qu’il se choisit comme modèles, se faire aimer, leur sont communes. Surtout, que, comme Sibyl, Andrej ne recule devant-presque- rien pour se faire accepter et aimer.

 

Andrej, entre son père et sa mère, à son arrivée au centre de "détention".

Andrej, entre son père et sa mère, à son arrivée au centre de “détention” pour mineurs.

 

 

Le « centre de détention » pour mineurs où Andrej atterrit (faute d’avoir pu obtenir une place dans l’école privée et très sélect pour mutants du professeur Charles Xavier ou un rendez-vous en consultation avec Sibyl) peut avoir des ambitions que l’on peut juger au choix ridicules ( pauvres éducateurs constamment ridiculisés dans le film !) ou hypocrites. Mais au moins ce centre de détention, qui est aussi un lieu d’accueil et de tentative d’apprentissage et d’éducation sociale, existe-t’il. Ce qui reste un peu mieux que d’être accueilli par la rue, la prostitution, la mafia, un combo terroriste ou sectaire. Même s’il est vrai que ce centre “de détention” est peu glamour dans ce qu’il propose : au champagne, alcools, stupéfiants, bonne musique et bonne ambiance succède ici une manufacture miniature assez paumée où le projet principal consiste plutôt à essayer de transformer les jeunes qui y passent en OS sous-qualifiés pour l’usine bien plus qu’en de brillants ingénieurs qui pourront ensuite aspirer être embauchés chez Apple afin de contribuer à faire évoluer ses systèmes d’exploitation et ses divers produits.

 

Andrej, au centre, Zeljko à gauche.

 

Pourquoi ai-je autant de mal à parler de la préférence sexuelle d’Andrej qui semble être le rouage principal de ses problèmes dans ce film ? Je crois que c’est parce-que l’Amour, selon Andrej, c’est se choisir un être ou un implant auquel se soumettre et pour lequel on est prêt à passer à tabac des innocents et des plus faibles qui ont pour principal « défaut » d’être les victimes choisies par l’être « vénéré ». L’être « vénéré » par Andrej dans Conséquences, c’est Zeljko (l’acteur Timon Sturbej). Un jeune homme particulièrement « vénère ». Zeljko, sorte de dandy-maquereau d’origine sociale et culturelle modeste, où pieuvre passée Maitre es- perversion, jouit à la fois par toutes ses pores de la souffrance qu’il peut – faire- infliger à son entourage comme de toutes les opportunités qui passent à sa portée. On peut vraiment dire de Zeljko qu’il n’a pas de limites ou qu’il les repousse comme il respire.

 

Le “hautement” sympathique Zeljko ( l’acteur Timon Sturbej)

 

 

 

A les regarder, Andrej et ses nouveaux « copains » sont des bébés obsédés par la recherche de l’intensité du présent. Mais ce sont des grands bébés (psychopathes) d’autant plus intimidants qu’ils sont terrifiés par le monde et le futur. Ils restent donc entre eux. Leurs « fêtes » ressemblent à des grossières décalcomanies de ce qu’ils considèrent être une belle vie : elles nécessitent souvent des victimes sacrifiées qu’ils ont agressées et pigeonnées. Soit un certain aperçu négatif de ce qui se pratique légalement et couramment- socialement et économiquement- à un plus haut niveau et à une plus grande échelle dans nos pays démocratiques, modernes et civilisés où l’enrichissement, le confort et les privilèges d’une certaine élite politique, industrielle, financière, économique, culturelle, militaire et autre se perpétuent et s’accentuent aussi au détriment de bien d’autres personnes plus ou moins consentantes. Plus ou moins pigeonnées. Plus ou moins agressées, plus ou moins informées, plus ou moins concernées. Et plus ou moins sacrifiées.

 

Une Sibyl sobre et en forme expliquerait peut-être qu’Andrej frappe d’autres personnes comme il frappe à des portes dans l’espoir que quelqu’un l’accepte et le fasse entrer dans une demeure familiale et chaleureuse. A la maison, qu’il fuit d’abord pour des soirées dans d’autres maisons, dominé par sa mère qui domine et éjecte/exècre son père en tant que puissance virile, Andrej supprime son impulsivité qui le pousserait à frapper sa mère. Car il la tuerait sans aucun doute : celle-ci, physiquement, ne ferait pas le poids. Mais, à la maison, c’est elle qui fait et détient la loi. Affronter son père est impossible car celui-ci est déja rompu : un affrontement est possible avec un adversaire de connivence ou de taille à répondre à la violence qu’on lui envoie. Le centre de “détention” où Andrej est envoyé est un peu une “consécration” et une déresponsibilisation pour sa mère. Elle s’y montre d’autant plus à son avantage, plutôt respectable et souriante. Le père, lui, continue de porter son visage et son alliance d’homme raté et humilié. De par ses frasques, Andrej est pointé du doigt. Mais c’est à l’intérieur de la famille qu’il faudrait se rendre afin de faire sortir les transes du mal-être d’Andrej dont l’homosexualité est une explication parmi d’autres. Le personnage de Zeljko, de par sa force masculine dominante, semble peut-être reconstituer l’image fracassée et dévalorisée du père d’Andrej. Or, bien des Amours semblent les meilleurs sommets à même de pouvoir compenser certaines de nos pertes.

 

 

C’est au moins pour cela que, même si les éducateurs- et la juge- dans le film sont déployés à leur désavantage, Conséquences est une œuvre réaliste. L’expérience personnelle et professionnelle du réalisateur en tant qu’éducateur ( Darko Stante est « actuellement tuteur dans un centre de réhabilitation de jeunes en difficulté » ) se retrouve ainsi dans son film dont on aimerait connaître la suite.

Selon notre optimisme ou notre pessimisme, on peut imaginer cette suite en repensant à quelques films déjà réalisés que l’on évoque des personnages qui font ensuite carrière dans certains groupes néonazis ( tels Un Français de Diastème) terroristes ( La Désintégration de Philippe Faucon) sectaires ( The Master de Paul Thomas Anderson). Des films où le trouble identitaire – et la difficulté où l’impossibilité à « se réussir » en tant que personne- conduisent les « héros » à aboutir à la consommation de stupéfiants, au meurtre, aux excès de violence, à la délinquance ou à la manipulation (Le Talentueux Mr Ripley d’Anthony Minghella).

Conséquences est annoncé en salles tantôt le 19 juin 2019 tantôt le 26 juin 2019. C’est-à-dire : bientôt.

Franck Unimon, ce mardi 18 juin 2019.

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