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La Profession infirmière

»Posted by on Oct 28, 2021 in Corona Circus, Crédibilité | 2 comments

La Profession infirmière

                                    La Profession infirmière

 

« Les deux tiers des soignants suspendus sont revenus au travail une fois vaccinés », a indiqué Mardi le Ministre de la Santé, Olivier Véran.

 

Nous sommes le mercredi 27 octobre 2021. Et, il est 23h19 alors que je commence la rédaction de cet article dont j’ai eu l’idée ce matin en me levant. Cet article était ma première idée. Deux autres sont arrivées ensuite. Mais, d’abord, j’ai tenu en priorité à écrire sur la quatrième idée. Sur le film d’animation Même les souris vont au paradis/ un film d’animation de Jan Bubenicek et Denisa Grimmova  vu samedi dernier lors du festival du cinéma tchèque. Car celui-ci est sorti aujourd’hui.

 

La journée est passée. J’ai pris du temps sur la rédaction de mon article consacré à Même les souris vont au paradis. Puis, ma compagne est partie chercher notre fille au centre de loisirs. Après son coucher, j’ai parcouru plusieurs journaux papier achetés le jour-même :

 

Les Echos ; Le Canard Enchainé ; Charlie Hebdo ; Le Parisien.

 

Et, me revoilà au dessus du clavier.

 

« L’admiration et le respect » :

 

Je n’ai pas encore parcouru L’Humanité et le New York Times du jour. J’ai délaissé le journal La Croix lors de l’achat des journaux. J’en ai eu pour un peu plus de 18 euros.  C’est un coût alors que plein d’informations circulent « gratuitement » et « librement » sur internet. Cette information selon laquelle «  les deux tiers des soignants suspendus sont revenus au travail une fois vaccinés », je l’avais lue incidemment sur le net alors que j’étais au travail. Hier, peut-être plutôt qu’avant hier. Et, j’avais aussitôt retenu cette information.

 

Parce-que je suis directement concerné en tant que soignant.

 

Je peux comprendre que la même information ait échappé à beaucoup d’autres gens qui, vaccinés ou non contre le Covid, en ont assez d’entendre parler de vaccins, de Covid, de passe sanitaire et de pandémie. D’autant qu’il convient de rétablir une vérité qui date de bien avant la pandémie du Covid :

 

Si beaucoup de personnes admirent souvent les personnels soignants- ce qui n’empêche pas par ailleurs d’insulter, de menacer, de dénoncer, d’agresser ou de cracher sur ces mêmes personnels soignants-  c’est aussi parce-que, dans la vie courante, la majorité des gens préfèrent aller au restaurant, dans une salle de concert ou au cinéma plutôt que dans un hôpital ou dans une clinique. Alors, savoir que des personnes a priori sensées et fréquentables optent comme lieu de travail constant, jusqu’à leur départ à la retraite ou jusqu’à leur mort pour l’hôpital et la clinique, cela force l’admiration ou le respect.

Je peux aussi comprendre que cette déclaration ( ” les deux tiers des soignants suspendus sont revenus au travail une fois vaccinés” ) soit passée inaperçue pour beaucoup de gens car nous sommes en pleines vacances de la Toussaint depuis bientôt une semaine. Ceux qui le peuvent et qui le souhaitent sont partis en week-end prolongé ou en congés. D’autant que, depuis quelques mois, nous pouvons à nouveau ( depuis le 9 juin ? ) circuler à peu près librement dans toute la France et dans un certain nombre de pays en dehors dès lors que l’on est vacciné contre le Covid et/ou que l’on peut présenter son pass sanitaire valide. Et, plus simplement, la période des vacances est une période où, généralement, on a besoin de couper avec les “actualités”. Je ne suis pas en vacances. C’est peut-être aussi pour cette raison que je suis tombé aussi facilement sur cette déclaration/information d’abord sur le net puis dans un journal. 

 

Ce mercredi, je retrouve cette information-déclaration selon laquelle «  les deux tiers des soignants suspendus sont revenus au travail une fois vaccinés »  écrite noir sur blanc dans le journal Les Echos . Un article concis et discret. Je l’ai aussi pris en photo.

Le journal ” Les Echos” de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

 

Pourquoi payer des journaux alors que l’on peut retrouver certaines informations gratuitement sur internet ?

 

Au moins parce qu’en payant, je lis encore à peu près ce que je veux lire dans des journaux. Au lieu de subir des thématiques d’informations ou publicitaires que je recevrais ensuite systématiquement parce-que, sur internet, j’aurais lu tel ou tel article s’y rapportant. La gratuité sur internet, mais aussi ailleurs, est souvent intéressée. Que cet intérêt soit partagé ou non.

 

J’achète aussi des journaux parce qu’en choisissant les journaux que j’achète, j’ai accès à plus d’informations, dans différents domaines, que celles que j’obtiens et trouve sur internet ou dans les journaux gratuits mis à notre « disposition » dans les gares.  Je suis aussi un « traditionnel » pour lequel le contact physique avec le papier du journal et du livre est nécessaire pour un meilleur plaisir de lecture. Je tiens un blog à défaut de ne pas avoir de rubrique ( de chronique, plutôt) dans un journal papier; une expérience que j’ai connue il y a plusieurs années puis qui s’est interrompue pour raisons économiques et, sans doute, usure du rédacteur en chef.

 

Alors, 18 euros dans des journaux, c’est un coût. Mais la gratuité peut être une économie trompeuse.

 

« Les deux tiers des soignants suspendus sont revenus au travail une fois vaccinés »

 

Dans cinq ans peut-être, cette phrase toute seule sera énigmatique pour beaucoup de ses lecteurs. Aujourd’hui, nous savons encore qu’il est question du vaccin contre le Covid.

 

Cela m’a soulagé de relire cette phrase- que j’avais lue sur internet- dans le journal Les Echos tout à l’heure. Non par plaisir de reparler du Covid, de la pandémie, des vaccins anti-Covid, des soignants suspendus pour refus de cette vaccination mais aussi pour refuser le passe sanitaire.

Mais parce-que c’était, pour moi, une information officielle et vérifiable. Il y a sans doute des gens qui considèreront qu’il ne faut pas se fier aux journaux d’une façon générale ou du journal Les Echos. Moi, malgré mes réserves envers le pass sanitaire, malgré mon acceptation tardive de la vaccination anti-Covid, je me fie à cette information dans le journal Les Echos. Je peux donc continuer mon article en partant de cette information.

 

Lorsqu’hier ou avant hier, au travail,  j’ai lu ce «  Les deux tiers des soignants suspendus sont revenus au travail une fois vaccinés », je l’ai gardé pour moi. Pourtant, aussitôt, j’ai vu dans cette phrase un sentiment de satisfaction. Et de victoire politique plus que de victoire sanitaire.

Il y a, de toute façon, en région parisienne, un peu plus de 800 postes infirmiers vacants. Et le retour de ces soignants qui retrouvent leur poste après leur vaccination ne comblera pas cette pénurie. Une pénurie chronique et  bien antérieure à la pandémie du Covid. 

Page 6, du journal “Libération” de ce mercredi 27 octobre 2021. Le Ministre de la Santé, Olivier Véran, s’exprime.

 

 

Sans doute ai-je l’esprit mal tourné. Sans doute que le Ministre de la Santé, qui a prononcé cette phrase  (ce que je n’avais pas remarqué lorsque je l’avais lue sur internet) est-il fondamentalement sincère et avant tout réellement concerné par la Santé, y compris celle des soignants. Cependant, dans ce rapport de force entre le gouvernement et certains soignants- une minorité- à propos de cette vaccination anti-Covid dans le contexte de la pandémie du Covid, j’ai du mal à croire à une sincérité totalement désintéressée du gouvernement.

 

Ma défiance ne vient pas de nulle part. Elle vient de ce que je vois, de ce que j’entends, de ce que je comprends et de ce que je vis depuis une trentaine d’années dans la profession infirmière.

 

La profession infirmière

 

J’ai obtenu mon diplôme d’Etat d’infirmier en 1989 après trente trois mois d’études. Il y a plus de trente ans. Les soignants de la génération de ma mère (ma mère était aide-soignante) faisaient souvent pratiquement toute leur carrière dans un même service. Voire dans deux. J’ai connu cinq établissements employeurs différents en bientôt trente ans d’expérience en Santé Mentale. En psychiatrie et en pédopsychiatrie. Sans compter les hôpitaux et les cliniques où, avant d’être titulaire, il avait pu m’arriver d’être intérimaire ou vacataire pour une journée ou pour une nuit. Pendant quelques années, j’ai aussi donné des cours à des étudiantes et étudiants infirmiers dans cinq ou six écoles ou instituts de soins infirmiers. En région parisienne.

 

Mon esprit « mal tourné » à l’encontre de cette phrase du Ministre de la Santé actuel- qui n’existait pas à un tel niveau politique lorsque j’ai débuté- provient sûrement de ce décalage entre lui et moi. Le temps. Les différents établissements et services où je suis passé. Les collègues que j’ai connus et que je connais encore. Qu’ils soient restés en région parisienne ou soient partis en province. Des femmes. Des hommes. Des mères. Des pères. Des divorcé(es). Des marié(es).  Des veuves. Mes expériences. Tout cela s’intercale, à un moment ou à un autre, entre moi et  des phrases. Qu’elles viennent d’un homme politique, d’un directeur d’hôpital, d’un cadre ou d’un collègue.

 

 

J’ai dû participer à dix manifestations infirmières en plus de trente ans de diplôme. Je me suis syndiqué très tardivement. A plus de 45 ans. Je suis un adhérent syndiqué qui paie sa cotisation. Même si je sollicite certaines fois « mon » syndicat pour avoir certaines réponses, je ne suis pas un membre actif du syndicat même si cela m’a été proposé. Dans les services où j’ai travaillé et là où je travaille, je me perçois comme un élément modérateur. Affirmé. Mais modérateur. Je n’aime pas les embrouilles à deux balles. Je ne suis pas la personne la  mieux informée sur les  derniers ragots qui sont les combustibles du moment  dans un service.

 

 

Hier ou avant hier :

 

Hier ou avant hier, avec mes collègues infirmiers, nous avons discuté du métier. De la pénurie infirmière. Mes trois autres collègues infirmiers, mes aînés de plusieurs années, sont plus proches de la retraite que moi. A deux mois ou deux ans de le retraite. Une femme. Deux hommes. Je suis, moi, selon les calculs, selon les projets, selon ce que j’estime raisonnable, à 8 ou 10 ans de la retraite. Si je tiens. Si cela vaut le coup et le coût. Si je vais suffisamment bien. Si j’ai encore suffisamment envie de ce travail. Pour l’instant, là où je suis, j’ai envie de ce travail. 

 

 

La Revalorisation salariale

 

Un de mes collègues a affirmé sa certitude que la trop faible valorisation salariale expliquait la pénurie infirmière. Selon lui, si les infirmières et les infirmiers étaient mieux payés, beaucoup plus de personnes décideraient de faire des études d’infirmier.

 

Cette revendication est l’équivalente de la demande d’une augmentation du pouvoir d’achat que les gouvernements agitent régulièrement devant nous qui devons faire des efforts pour joindre les deux bouts.

 

Le métier d’infirmier fait en effet partie des métiers sous-payés. Régulièrement, des collègues rappellent que l’évolution de salaire des personnels infirmiers n’a pas suivi l’évolution du coût de la vie. Il y a près de vingt ans, maintenant, une collègue ( sans enfant), mon aînée de quelques années, m’avait raconté qu’elle avait bien perçu la réduction de son pouvoir d’achat avec les années. Une collègue et qui, alors, habitait à dix minutes en voiture de notre lieu de travail.

 

Je ne vais donc pas contester le fait que l’augmentation salariale du métier d’infirmier est nécessaire et plus que bienvenue. Ce à  quoi, on me répondra que nous avons eu une prime exceptionnelle pouvant aller jusqu’à 1500 euros ( pour celles et ceux qui l’ont eu) l’année dernière en juin ou juillet 2020. Pour récompenser nos efforts pendant les trois premiers mois de la pandémie du Covid et du confinement. Face au manque de matériel, au manque de personnel, aux heures de travail supplémentaires, à la contamination par le Covid….

 

Prime à laquelle s’est rajoutée le Plan Ségur, soit une augmentation de 183 euros sur le salaire. J’ai oublié si c’est une prime ou une modification du traitement indiciaire. Et, une autre augmentation, un peu plus conséquente, d’environ 300 ou 400 euros est prévue pour bientôt, à la fin de ce mois d’octobre, dans les lieux de soins. Dans les hôpitaux. Dans les cliniques ?

Je n’ai pas bien compris si cette augmentation concerne les infirmiers de catégorie A comme les infirmiers de catégorie B. Je suis en catégorie B, la catégorie « historique ». Une catégorie vouée à disparaître, considérée comme « active ». Alors que la catégorie A, créée plus récemment ( il y a environ 15 ans) classée comme « sédentaire » est en principe mieux payée mais aussi obligée de travailler plus longtemps que la B avant de pouvoir partir à la retraite avec une pension complète. Depuis une dizaine d’année, tous les nouveaux infirmiers diplômés sont d’emblée en catégorie A et ont, aussi, le niveau Licence. A mon « époque », le diplôme d’Etat d’infirmier, obtenu en trente trois mois, correspondait à un niveau BTS, ce qui équivaut à un niveau Bac + 2.

 

Les infirmiers de catégorie A ont fait 36 mois d’études, je crois.

Le Ministre de la Santé, Olivier Véran, dans le journal Libération de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

Attractivité du métier d’infirmier : Je ne crois pas à la revalorisation salariale

 

Selon moi, une augmentation salariale serait évidemment plus qu’appréciée par l’ensemble de la profession déjà en fonction. Mais, ai-je dit à mon collègue, je ne crois pas que le fait d’augmenter le salaire des infirmiers ferait venir beaucoup plus de monde à la profession.

 

J’ai dit quelque chose comme :

 

« Même si tu augmentes le salaire de 1000 euros, il y a plein de gens qui refuseront de faire ce métier. Ne serait-ce que parce qu’il y a beaucoup de gens qui n’ont pas envie de travailler dans le sang, le pipi et le caca ».

 

Mon collègue était très sûr de lui. Payer plus cher les infirmiers amènerait plus de nouvelles et de nouveaux collègues.

Puis, de lui-même, il nous raconte une de ses expériences, dans le service où il travaillait précédemment, où un bébé était mort dans ses bras. Et, où un autre avait fait un infarctus dans ses bras. J’ai alors repris mon raisonnement :

 

« Tu vois, il y a des gens, même si tu les paies 5000 euros par mois, ils ne voudront pas vivre ce genre de situation ».

 

J’ai ensuite continué d’amener ce que je pense du métier. Je n’ai même pas eu envie de débattre du sujet de la vocation évoquée par ce même collègue, devenu infirmier par vocation.

 

La Vocation :

 

J’ai déjà dit et écrit ce que je pense de ce mot. Je comprends que des collègues l’emploient pour eux. Pour ma part, ce mot m’est insupportable.

 

Le stade  de la  « vocation » est justement celui qui permet de déconsidérer le métier d’infirmier depuis des années voire depuis des générations. N’oublions pas que nous vivons dans une société matérialiste ou tout est prétexte à faire de l’argent et à en faire dépenser. Et où, travailler ou agir gratuitement, permet très facilement à quelqu’un de faire des économies ou du profit sur notre dos. 

 

Discours imaginaire que m’inspire la « vocation » :

 

« Untel a la vocation donc on peut le faire travailler comme un chien. Un verre d’eau, un peu de pain, cinq minutes pour sa pause déjeuner, le pipi et le lavage de main, et elle ou il repart. C’est vraiment bien, la vocation ! »

 

 

 

Extrait de l’article ” Hublo, et les heures sup décollent à l’hosto” du journal ” Le Canard Enchainé” de ce mercredi 27 octobre 2021.

Bien-sûr, il est des institutions, il y a eu des institutions et des hiérarchies qui ont « respecté » l’idée de la « vocation ». Mais cela est fonction des services, des époques, des régions, des personnalités. Cela fait beaucoup de paramètres pour que soit respectée la « vocation ». Malheureusement, ce que j’ai le plus souvent vu, c’est que le personnel soignant qui supporte d’être compressé par des conditions de travail difficiles, de plus en plus difficiles, et qui reste fidèle au poste, sera de plus en plus compressé. Sa charge de travail continuera d’augmenter au lieu de s’alléger si ce personnel attend d’autrui

(ses collègues, sa hiérarchie ou son institution) que cette charge de travail s’allège d’elle-même.

 

A moins d’avoir des horaires de travail de bureau, les horaires de travail du personnel infirmier peuvent être très contraignantes. Il y a des personnes qui veulent être de repos tous les samedis et les dimanches, les jours fériés et dormir chez eux la nuit. Ou qui veulent pouvoir se lever les matins à 7h. A 7 heures du matin,  à l’hôpital, il y a des infirmiers qui terminent leur nuit de travail. Et d’autres qui ont déjà commencé leur journée de travail. On peut d’abord se dire qu’en commençant à 7 heures du matin ou un peu avant, que cela permet de terminer sa journée de travail plus tôt. C’est vrai. Mais la fatigue nous suit aussi avec les années.

 

Et puis, notre société a changé ainsi que la façon de s’impliquer dans le métier.

Haut de l’article précédent. Dans le journal ” Le Canard Enchaîné” de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

 

La société a changé ainsi que la façon de s’impliquer dans le métier :

 

Lorsque j’ai commencé à travailler comme infirmier par intérim ou en tant que vacataire, toute infirmière et tout infirmier que je croisais était titulaire de son poste quelque part. Peu importe la spécialité, que ce soit en soins somatiques ou en psychiatrie, de jour ou de nuit. Toutes les camarades et les camarades de ma promotion, des promotions précédentes et suivantes, aspiraient à avoir un poste de titulaire.

 

Depuis cinq ou dix ans, au moins, il est devenu fréquent de croiser des infirmières et des infirmiers diplômés depuis moins de cinq ans qui font uniquement de l’intérim et/ou des vacations. Ou, en psychiatrie adulte, de voir des infirmières et des infirmiers quitter assez rapidement- avant cinq ans d’exercice- les services d’hospitalisation psychiatriques  pour, par exemple, des postes dans des CMP ( centre médico-psychologiques). 

 « Avant », il était plus courant que les jeunes diplômés ou les personnes qui venaient d’obtenir un poste y restent plus de cinq ans.

 

Ce qui n’a pas changé :

 

Ce qui n’a pas changé, c’est la grande féminisation du métier. Cette féminisation explique selon moi, en partie, la raison pour laquelle, aussi, le métier d’infirmier est mal payé.

 

J’étais resté sur le chiffre de 78 pour cent de femmes dans la profession infirmière. Notre collègue infirmière a tenu à dire que, tout de même, le métier s’était masculinisé. J’ai admis que cela s’était partiellement produit. Sans doute dans certains services plutôt que dans d’autres. Mais que lorsque l’on regardait dans l’ensemble, la profession infirmière reste majoritairement féminine. En psychiatrie, par exemple, l’équipe infirmière avec laquelle j’ai débuté dans le service où j’ai été titularisé, au début des années 90, était parfaitement mixte et constituée de collègues qui avaient entre cinq et dix ans d’expérience professionnelle. Du personnel infirmier autant masculin que féminin sur une équipe de 14 ou 15 infirmiers.

 

Il y avait peut-être même 8 infirmiers pour 7 infirmières. Il faut aussi rappeler qu’à cette époque le diplôme d’infirmier psy (ISP) existait encore. Et, sans doute que ce diplôme attirait plus d’hommes que le diplôme d’Etat d’infirmier que j’ai passé.

Trois ans plus tard, dans le même service, plusieurs collègues masculins étaient partis. L’équipe s’était non seulement féminisée mais aussi rajeunie. Des collègues infirmières tout juste diplômées venaient remplacer des collègues soit masculins et expérimentés, ou des collègues féminins mais tout autant expérimentés.

 

C’était il y a plus de vingt ans, maintenant. Il n’y a qu’aujourd’hui, dans le service où je travaille depuis moins d’un an, donc plus de vingt ans plus tard,  où j’ai retrouvé une équipe, cette fois,  plus masculine que féminine.

 

Les conditions de travail dans bien des services n’ont pas changé. Car, lorsque l’on parle de « changement » d’une situation, c’est pour parler des améliorations.

 

Il y a sûrement eu des améliorations en matériel, en formation. Mais en conditions de travail des infirmiers, cela s’est plutôt dégradé. C’était déjà limite il y a vingt ou trente ans dans certains services. Aujourd’hui, c’est pire. Et, avant la pandémie du Covid.

 

 

Le choix des jeunes infirmiers diplômés en faveur de l’intérim s’explique pour moi de cette façon. On peut voir l’intérim comme le moyen de se faire une expérience dans différents établissements afin de bien arrêter son choix sur un service et un établissement à un moment donné. Cela arrive encore. Mais ce recours à l’intérim, souvent, lorsque j’en ai parlé avec des intérimaires venant travailler dans le service où j’étais en poste, était justifié par la possibilité de décider de son planning. Et, aussi, de pouvoir partir très vite d’un service si cela déplaisait ou était trop difficile.

 

Mais c’est mieux de donner quelques exemples de ce que ce métier peut provoquer comme engagement chez les professionnels qui l’exercent.

Je mets une partie de la première page du journal ” Le Parisien” de ce mercredi 27 octobre 2021 pour deux raisons. La première est pour la série “Germinal” qui bénéficie de très bonnes critiques. Avec, au premier plan, l’acteur qui avait un des rôles principaux dans la très bonne série policière ” Engrenages”. S’il vaut mieux, pour sa survie et sa santé, être infirmier que mineur, je me demande quels points communs on peut trouver malgré tout entre le travail de mineur et celui d’infirmier lorsque certaines conditions de travail deviennent particulièrement difficiles. Ensuite, il y a cette interview de Stéphane Bancel, patron de Moderna. Dans cette interview, on reparle du Covid et des vaccins contre le Covid. La fabrication du vaccin Moderna, son efficacité officiellement démontrée contre le Covid associée à la réussite économique de Stéphane Bancel lui confère une “autorité” officieuse pour donner son avis sur la vaccination pour les jeunes enfants, sujet hautement sensible. Peut-être Stéphane Bancel a-t’il raison. Mais pour qui se prend-il pour s’avancer de cette manière alors qu’il n’est pas Ministre de la Santé ?! Il a le droit de penser qu’il faut ou que l’on peut vacciner les jeunes enfants contre le Covid avec le Moderna. Par contre, ce n’est pas à lui de souffler au gouvernement ce qu’il doit décider ou faire en matière de vaccination infantile. Mais il se le permet ici, fort de son succès personnel et économique avec le vaccin Moderna. A lire son interview, Stéphane Bancel se rajoute à la longue liste de toutes celles et ceux qui sont très sûrs d’eux concernant la façon de s’y prendre avec le Covid et la pandémie. En lisant son interview, on apprend que, selon lui, si ” les gens font leur rappel, je pense qu’à partir de l’été 2022, ils retrouveront une vie complètement normale (…..) Les non-vaccinés, eux, courent toujours un risque”. Soit une autre façon de dire que tout est sous contrôle avec le vaccin Moderna. Mais, aussi, qu’il est possible de pratiquement tout contrôler dans la vie.

 

Le don de soi et le sens du Devoir :

 

Dans le métier d’infirmier, comme dans d’autres métiers, celle ou celui qui fera bien plus que ce qui lui est demandé aura le privilège de s’esquinter à ses risques et périls. S’il ou si elle a la chance d’avoir des collègues et une hiérarchie engagés à ses côtés, le professionnel trouvera des soutiens et des compensations. Cependant, en tant que soignant, confier sa santé à la chance alors que par ailleurs, celles et ceux qui décident des conditions dans lesquelles nous devons travailler, eux, s’en remettent à des chiffres pour évaluer notre travail, c’est très mal prendre soin de soi.

 

Les chiffres, certains chiffres, peuvent être des repères. Sauf que ce sont certains chiffres, plutôt que d’autres, qui sont retenus comme critères prioritaires. Et, ces chiffres choisis deviennent des empires irrévocables. Il est question de faire des économies. Alors, on ferme des lits. On remplace moins le personnel. Ailleurs, on établit que, finalement, il y a besoin de moins de personnel qu’il n’y en a. Et, comme le personnel soignant est un personnel capable de donner beaucoup de lui-même, et au delà de lui-même, en continuant de toucher le même salaire, le compte est bon pour celles et ceux qui décident quels chiffres il faut regarder en priorité pour gérer un service. Ailleurs, le personnel peut  accepter de toucher plus d’argent en étant moins nombreux. Ce qui n’est pas forcément mieux. Mais il est volontaire. Or, on le sait, le volontariat est un gage de “bonne santé” au travail. Jamais, bien-sûr, le fait de gagner de l’argent ou d’avoir besoin de gagner suffisamment ou sensiblement plus d’argent, au détriment de sa santé et de sa vie privée, n’oblige ou ne contraint qui que ce soit à être volontaire pour accepter de beaucoup ( trop) travailler. Ou de simplement continuer de travailler alors que des conditions de travail se dégradent. 

Il y a maintenant un mois bientôt, j’ai discuté avec un infirmier, un peu plus plus âgé que moi, qui, en plus de son poste de titulaire dans un hôpital semi-privé ou privé, fait des vacations à côté dans deux ou trois autres établissements. Sa femme, également infirmière, travaillait aussi beaucoup m’a-t’il appris même si moins que lui. Il faisait ça depuis des années, maintenant.

Pragmatique, celui-ci m’a expliqué :

” J’ai besoin de gagner 5000 à 6000 euros par mois afin de conserver un certain mode de vie”. “Cela m’a permis de rembourser en moins de dix ans ( au lieu de 15 ou 16 ans) mon crédit immobilier. Maintenant, j’ai un grand appartement sur Paris”. 

Lui et sa femme, sans enfants, avaient acheté cet appartement il y a à peu près une dizaine d’années. Auparavant, ils logeaient tous les deux dans une location qu’ils avaient obtenu grâce à l’équivalent du 1 pour cent patronal. D’où un loyer plus “doux” que ceux pratiqués depuis à peu près une vingtaine d’années, maintenant. Au fait, j’ai lu dans le supplément gratuit du journal ” Les Echos” de ce mercredi 27 octobre 2021 que :

” 743 000 personnes sont en attente d’un logement social en île-de-France”.

Le supplément gratuit du journal ” Les Echos” de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

 

Dans cet article intitulé 92 Des élus de gauche contre la crise du logement en Ile-de-France, on peut aussi lire que

” Cette crise touche aussi les foyers issus de la classe moyenne, dont les revenus sont trop élevés pour espérer obtenir un logement social et trop faibles pour accéder à la propriété à Paris ou dans la petite couronne. 

C’est le cas notamment des fonctionnaires territoriaux, ou des infirmiers, qui ne peuvent pas toujours loger près de leur lieu de travail, explique Jacqueline Belhomme, maire de Malakoff”. 

Si l’on n’agit pas, ils seront 1 million à la fin du mandat municipal“, annonce Michel Leprêtre, président de l’intercommunalité Grand Orly Seine Bièvre ( Val-de-Marne). 

La première page du journal ” Les Echos” de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

C’est aussi en première page de ce numéro du journal Les Echos que l’on apprend le ” triomphe boursier de la voiture électrique Tesla” du PDG américain Elon Musk. Et qu’avec ” 1.OOO milliards de dollars de capitalisation boursière, Tesla vaut désormais davantage que tous les constructeurs traditionnels réunis. Et cent fois plus que le français Renault ( premier constructeur automobile français)”. A la page 18, le journal Les Echos nous raconte le parcours d’Elon Musk jusqu’à son succès en bourse depuis la cotation de l’entreprise Tesla en 2010. Il y a 11 ans. 

Dans un autre article, sur la même page du journal Les Echos, on peut lire Elon Musk, l’homme qui vaut plus que Nike à lui tout seul. Puis, juste en dessous :

” Le patron de Tesla est désormais l’homme le plus riche de la planète, avec une fortune estimée à 289 milliards de dollars”. 

Le journal ” Les Echos” de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

En comparaison, avec ses 5000 à 6000 euros par mois, cet infirmier qui a pu, avec sa femme, en cumulant les heures de travail par-ci, par-là, en plus de son poste titulaire, se payer son grand appartement à Paris en moins de dix ans, apparaît d’un seul coup bien plus que microscopique. Pourtant, j’ai trouvé les choix de cet infirmier et de sa femme plutôt exemplaires. En termes d’anticipation et de réalisme. Lui qui avait pu me dire aussi que travailler autant, pour gagner aussi “bien” sa vie, avait aussi nécessité, nécessitait de sa part, des sacrifices. Mais qu’il ne les regrettait pas. Ce que je pouvais comprendre- sans tout à fait l’envier- puisque, devant moi, il était encore suffisamment bien portant. Et qu’il avait pu se payer, avec sa femme, l’appartement qu’il souhaitait. Mais aussi des croisières. Certains investissements immobiliers dans son pays d’origine. Des repas dans des restaurants. Quelques jours plus tard, pour fêter son anniversaire, il avait un repas prévu dans un restaurant en haut de la Tour Montparnasse. “Un très bon restaurant”, m’avait-il dit. Je n’ai pas encore regardé les prix de ce restaurant. Mais j’imagine que ce restaurant est plus cher qu’un repas dans un restaurant kebab ou dans un Mac Do. 

Au début de ma carrière, et même avant l’obtention de mon diplôme d’infirmier lorsque mon niveau d’études (dès la fin de ma première année d’études), m’avait donné l’équivalence du diplôme d’aide soignant, j’avais commencé à rencontrer, lors de vacations effectuées dans des cliniques, des infirmières et des infirmiers titulaires et qui, en parallèle, travaillaient dans un autre établissement. Pour payer leurs impôts. Pour rembourser les crédits de leur maison.

C’était il y a plus de trente ans. J’avais 20 ou 21 ans. 

Le salaire d’une infirmière, aujourd’hui, au plus haut, après trente ans d’ancienneté, c’est souvent moins de 3000 euros tous les mois. Allez, disons 3500 euros par mois en poussant très fort. Si l’on ajoute les primes. Les éventuelles négociations de salaire. Si l’on travaille dans le privé, avec les week-end travaillés, les jours fériés travaillés. Selon les horaires que l’on fait. Et, encore, il est possible que des collègues me disent que je suis optimiste. Je touche moins de 3000 euros par mois après bientôt trente ans d’activité professionnelle . Sans les primes. J’habite dans une ville de banlieue, dans le Val d’Oise, à Argenteuil. Une ville située à 11 minutes de la gare de Paris St Lazare par le train direct. Et  qui n’est pas connue pour être la plus chère au mètre carré dès lors qu’il s’agit d’acheter dans l’immobilier. Y compris dans le Val d’Oise. 

 

Entre l’exemple de la réussite d’un Elon Musk; celle de ce collègue infirmier qui tourne tous les mois à 5000 ou 6000 euros avec son emploi fixe et ses vacations à côté; et moi avec mon salaire, moindre, on a déja trois mondes, trois modes de vie, très violemment différents. Et trois salaires aussi très violemment opposés. Pourtant, tous les trois, Elon Musk, ce collègue infirmier et moi, nous sommes travailleurs.

Mais la valeur ajoutée au travail que, chacun, nous produisons, est très différente.

Pourtant, que ces  secteurs dans lequel Elon Musk évolue, dans lequel Stéphane Bancel, PDG de Moderna, évolue, ou celui dans lequel, le collègue infirmier à 5000-6000 euros et moi, nous évoluons, tous ces secteurs ont leur utilité. Mais d’après certains chiffres, l’entreprise d’Elon Musk et celle que représente Stéphane Bancel ont beaucoup plus d’importance et beaucoup plus de valeur boursière et commerciale que celle ” l’hôpital, la clinique, un lieu de soins” dans laquelle ce collègue infirmier, moi et beaucoup d’autres évoluons. D’après certaines valeurs ( commerciales, boursières et autres), ce collègue infirmier et moi, dès lors que nous avons fait le choix de devenir et de rester infirmiers, nous avons décidé d’accepter de faire partie des ratés du monde et de la société.

 

Et, si ce collègue infirmier et moi, au regard de ces chiffres, sommes déja des personnes et des travailleurs dérisoires, il existe encore des milliers, des millions de personnes plutôt ( dans le milieu infirmier, hospitalier, en clinique, dans des services médico-sociaux ou dans d’autres sphères professionnelles rémunérées) qui sont encore bien plus défavorisées que nous. Et qui sont donc encore plus déconsidérées que nous. 

 

Aujourd’hui, et depuis des années, les mondes d’Elon Musk et de Stéphane Bancel sont supposés représenter les seuls mondes valables de la modernité et du futur. Ce collègue infirmier et moi, et beaucoup d’autres, avec ou sans notre blouse, sommes supposés représenter un monde ancien. Donc dépassé. Donc contournable. Donc dispensable. Il faut une pandémie, une crise ou une catastrophe extrême, spéciale ou épouvantable (des attentats, un tsunami, un génocide, une guerre, une catastrophe nucléaire, un tremblement de terre, une inondation exceptionnelle avec beaucoup de morts….) pour se rappeler que des professions et des métiers ( pas seulement soignants) anciens et traditionnels ont aussi leur importance dans une société qui se dit et se veut moderne, évoluée, libre et démocratique. 

 

Or, nous sommes dans une société pour laquelle être moderne, cela signifie être amnésique; avoir une mémoire partielle et sélective, briquer certains chiffres, administrer et s’agenouiller seulement devant une horreur plus grande, plus incontournable et plus durable que la nôtre. 

 

D’autres chiffres, néanmoins, restent des chiffres fantômes. Inexistants. Ils n’apparaissent jamais. Le métier d’infirmier fait partie des métiers apaisants, curatifs mais aussi préventifs et régulateurs d’une société. Combien de suicides évités, combien de meurtres et d’agressions évités parce-qu’ un patient a été bien reçu, a pu être bien soigné par des soignants suffisamment en forme, suffisamment nombreux, disponibles et attachés à leur métier ?

 

Ce genre de chiffres n’apparaît pas. Ils n’existent pas. Ce travail ne compte pas. On nous parle, à l’hôpital, d’écrire ce que nous faisons. Mais, d’une part, on ne peut pas tout écrire. On ne peut pas écrire et faire et vivre. D’autre part, pourquoi écrire à des personnes qui, de toutes façons, savent surtout voir et lire certains chiffres en particulier ?!

 

 

Je terminerai avec le chiffre deux.

 

Le journal ” Libération” de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

Le chiffre deux :

Il y a deux ou trois semaines, maintenant, j’ai participé à une formation. Son but était de présenter l’institution aux nouveaux arrivants qu’elle emploie. Nouveaux arrivants dont je fais partie. Cela m’a donné l’occasion de découvrir de nouveaux lieux mais aussi de rencontrer d’autres personnes employées également par l’institution.Dont Sue….mère de plusieurs enfants, qui doit avoir au moins deux enfants. Sue est agent administratif dans l’institution. Cependant, en discutant avec elle vers la fin de la formation, j’ai appris qu’elle avait été aide-soignante pendant près de 15 ans. Dans un service de gériatrie ou un EHPAD. En quelques minutes, elle m’a alors raconté comment les mercredis, au lieu d’être trois aides soignantes, elle se retrouvait toute seule pour faire les toilettes des patients. Les patients à soulever. L’épaule qui s’abîme. L’arrêt de travail. L’obligation de se faire opérer. Le chirurgien qui lui dit :

 

« Si vous reprenez le travail, je serai obligé de vous opérer l’autre épaule ».

Les démarches ensuite aux Prudhommes. Des démarches difficiles, longues, qui ne lui ont pas tout fait donné raison. La perte irréversible d’une partie de la mobilité de son épaule. 

 

Ce qu’il  y a de notable pour moi, en plus de la destruction de son corps et de son moral, c’est que cette histoire, je sais qu’elle a déjà existé il y a vingt ou trente ans. J’ai déjà fait des toilettes. J’ai porté et soulevé des patientes et des patients pour faire des toilettes dans un service de gériatrie. C’est beaucoup plus difficile à porter que les chiffres avec lesquels on nous tape dessus depuis des années.

 

Ensuite, il y a Dei…une ancienne collègue que j’ai connue il y a vingt ans dans un de mes précédents services. Dans un service de soins et d’accueil urgents en pédopsychiatrie. Dei habite et travaille maintenant dans le sud de la France. Son travail lui plait beaucoup. A seulement dix minutes en voiture de chez elle.

« De toute façon, j’ai toujours été dans des services près de chez moi » me dit-elle.

 

Dei… est infirmière dans un service gériatrie. Des journées de travail de 12 heures. Ce qu’elle aime beaucoup, c’est le « relationnel » avec les patients. Et transmettre aux autres collègues. Elle me dit que travailler en pédopsychiatrie lui a beaucoup appris. Je comprends.

Je sais aussi, depuis trente ans, que s’il y avait plus de personnel dans les services de gériatrie, ce serait très gratifiant d’y travailler pour le relationnel. Mais, classiquement, les services de gériatrie manquent de personnel depuis trente ans. Les jeunes infirmiers diplômés fuient les services de gériatrie.

 

 Lorsque Dei travaille, elle est responsable de….84 patients répartis sur trois services. Dei…m’explique, de bonne humeur, que dans chacun des services, il y a trois aides-soignantes. Divisons 84 par trois, cela donne quoi ? 28 patients par service.

Je n’ai pas poussé pour demander à Dei…si les patients sont suffisamment valides pour se déplacer ou pour se laver en toute autonomie. Déjà, pour moi, une infirmière toute seule pour 84 patients, pendant 12 heures, il y a quelque chose qui cloche. Mais c’est normal. Et ça, ça ne dérange pas nos grands vertébrés des chiffres.

Je ne connaissais pas ce chiffre de 84 patients pour une infirmière avant que Dei…ne me le donne. Malheureusement, ce chiffre comme celui de 3 aides soignantes pour 28 patients ne m’étonne pas, ne m’étonne plus. Avec ce que j’ai pu connaître ou entendre ailleurs. Alors que je devrais être étonné. Mais, même pour moi, ce chiffre est devenu « normal ». Ensuite, lorsque cela dérapera, si ça dérape, on nous parlera de maltraitance d’une soignante ou du personnel.

 

Je lui demande : ” Il y a toujours des kilos de médicaments à donner aux patients ?”. Dei semble alors réaliser : ” Ah, là, là. C’est vrai qu’il y a beaucoup de médicaments à donner…”. Trente ans sont passés pourtant depuis la dernière fois où j’ai travaillé dans un service de gériatrie. 

 

Sur ses 12 heures de travail, Dei…me dit sans amertume que, normalement, elles/ils ont droit à « deux heures de pause ». Mais que, vu le travail à faire, elles/ils ne peuvent jamais prendre ces deux heures de pause.

Où sont nos grands pratiquants du chiffre ? Qu’attendent-ils pour rapidement corriger ce genre de désordre ? Comment peuvent-ils accepter que ça continue ? Sans doute que ces chiffres-là ne leur ont pas été communiqués ou ne leur parlent pas. Sans doute aussi que ce que connaissent Dei…et ses collègues font partie des exceptions. Dans tous les autres services de gériatrie de France, c’est certainement beaucoup mieux.

 

Mieux ? Dei m’apprend que, lorsqu’elle reprend le travail après plusieurs jours de repos, qu’elle arrive à 6h30.( Au lieu de 7h30 qui est son horaire de début normal). Afin de pouvoir bien prendre le temps de lire les dossiers des patients. Je l’écoute. Je ne dis rien. Dei…est heureuse comme ça. Cela fait un peu plus de trois ans qu’elle travaille là.  Elle ne souffre pas. Et, tout le monde est content. Celles et ceux qui pelotent leurs chiffres en permanence et qui font une bonne affaire en étant dispensés de rémunérer tout ce travail abattu gratis par Dei et toutes les infirmières et les personnels soignants et médicaux-sociaux qui lui ressemblent et qui se comptent par….mince, je n’ai pas les chiffres. Donc, ça ne compte pas.

Dei m’apprend aussi que plusieurs de ses collègues ont préféré quitter le service. Plutôt que de devoir accepter de se faire vacciner contre le Covid. Elle ne sait pas où ces anciennes collègues sont parties travailler. Ni comment elles s’en sortent financièrement…. 

Ma compagne, également infirmière, a été suspendue il y a quelques semaines pour avoir maintenu son refus de la vaccination anti-Covid  ainsi que du pass sanitaire. Elle a touché son salaire du mois d’octobre tout à l’heure. Le gouvernement a appliqué ce qu’il avait annoncé cet été en cas de persistance du refus des soignants de se faire vacciner contre le Covid à compter du 15 octobre 2021. Ma compagne a touché pour ce mois d’octobre la somme de 246 euros.

La première page du journal L’Humanité de ce mercredi 27 octobre 2021 nous montre ( à Dieppe) ” des gilets jaunes déçus des mesures du gouvernement ( qui) relancent le mouvement“. Avec ce titre :

Pouvoir d’Achat ” Trois ans après, c’est pire”. En dernière page du journal L’Humanité, un article intitulé Catherine Corsini porte la parole des soignants raconte le passage à la rédaction de la réalisatrice dont le dernier film, La Fracturesorti ce mercredi, raconte, en passant par un service d’urgence hospitalier, les “violences policières” et la “lutte des classes”. 

Le journal ” L’Humanité” de ce mercredi 27 octobre 2021.

Le Journal L’Humanité

 

Après avoir évoqué Elon Musk , lequel incarne le fracas de la réussite sociale et économique, et du monde de la bourse et de l’entreprise,  cette image du journal l’Humanité nous ramène à un média, emblématique du Parti communiste français mais aussi d’un monde tous deux désuets, conquérants hiers ( autant qu’un Elon Musk aujourd’hui) mais qui feraient maintenant trainer leur extinction depuis très ( trop) longtemps.   Là aussi, le contraste est très violent entre la vie de ces gilets jaunes ( dont quelques témoignages dans le journal L’Humanité nous expliquent qu’ils doivent survivre chaque mois avec des sommes comprises entre 830 et 1200 euros par mois) et les triomphes financiers ( et autres) au lance-flammes d’un Elon Musk. Ou d’un Stéphane Bancel, PDG de Moderna. 

Devant cette première page de L’Humanité, comme les quelques autres fois où j’ai pu le lire, mes sentiments restent partagés. Je ne sais pas si le journal est vraiment sincère et aussi optimiste et combattif que je devrais l’être ou que j’aurais dû toujours l’être.

Je ne sais pas si  les causes qu’il embrasse sont des causes qui ressemblent à des causes largement perdues d’avance parce-que le journal lui-même a l’air de tenter le tout pour le tout pour survivre. Et qu’il n’a pas les moyens – auxquels il essaie encore de croire- pour véritablement résister et changer la donne d’une situation ou d’une cause. 

Je ne sais donc pas qui, ici, des gilets jaunes, qui avaient créé un mouvement ( qui avait surpris beaucoup  de “monde” au sein des partis politiques, des syndicats et les média) de contestation sociale, durable, très populaire et très influent il y a trois ans, ou du journal L’Humanité, a le plus besoin de l’autre ?

Le journal l’Humanité qui persiste dans une contrée, une croyance et un langage annexes dont beaucoup de monde a oublié ou rejeté l’usage et l’existence ?

Ou le mouvement des gilets jaunes qui, lui, s’était retrouvé privé de ses appels d’air par l’instauration des mesures gouvernementales de confinement, de couvre-feu, de restriction de déplacement géographique et d’interdictions de rassemblement pour cause, officiellement, d’urgence sanitaire en raison de la pandémie du Covid à partir du mois de mars 2020 ?   ( voir Gilets jaunes, samedi 14 mars 2020)

Pourtant, bien des infirmières et des infirmiers pourraient se reconnaître dans cet article du journal de l’Humanité à propos des gilets jaunes comme dans ce titre : ” Même avec deux salaires, c’est difficile”.

Journal de l’Humanité de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

Mais, peut-être que plus que sa mise en page et son langage ringards, que ce qui est le plus reproché instinctivement à l’Humanité, c’est la défaite, la fuite ou la trahison d’une vraie gauche sociale, humanitaire et universelle en laquelle beaucoup trop d’entre nous ont fait l’erreur de croire.

Une faute que le journal L’Humanité porte plus que d’autres média sur ses colonnes. Telle la croix que le Christ a dû porter lui-même. A ceci près que le Christ, s’il a souffert sur le trajet de son supplice, s’il a agonisé,  a bien fini par partir. Même si, c’était pour, officiellement, revenir et ressusciter ensuite. Alors que le journal L’Humanité, lui, même crucifié, désavoué et désertifié, ne trépasse pas.

 

Le pass sanitaire 

 

Le pass sanitaire, lui, devait s’arrêter en novembre de cette année. Désormais, le gouvernement parle , pour cause de “vigilance sanitaire”, d’une prolongation du pass sanitaire jusqu’en juin 2022. Ce qui impliquera, bien-sûr, de devoir rester à jour question vaccination anti-Covid. Et, donc, sans doute pour des millions de Français de recevoir une troisième injection de vaccin anti-Covid entre-temps. On a l’impression que depuis le premier confinement, le gouvernement passe régulièrement son temps à demander aux Français de faire plus d’efforts pour le mettre à l’aise, lui. Afin qu’il puisse garder une bonne marge de manoeuvre, confortable, afin de fournir de son côté assez peu d’efforts. Ou pour donner l’illusion et se donner l’illusion qu’il fait de grands efforts lorsqu’il fait quelques gestes. On dirait presque que le gouvernement souffre beaucoup plus que les Français de la pandémie du Covid et de toutes les mesures restrictives qui en ont découlé depuis l’année dernière. Et que c’est plus au chevet du gouvernement qu’il faudrait être qu’à celui des Français. 

 

Dans le journal Les Echos de ce mercredi 27 octobre 2021, à nouveau, le philosophe Gaspard Koenig, président du think tank GenerationLibre s’exprime sur le sujet de la longévité du pass sanitaire dans son article intitulé Vigilance sanitaire et privation de libertés. 

Le journal ” Les Echos” de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

Dans cet article, Koenig écrit entre-autres :

” (….) Pourtant, le gouvernement envisage le renforcement du passe, en le conditionnant à une troisième dose, en donnant aux directeurs d’école des pouvoirs de vérification ( charmante conception de l’instruction publique) ( ….)”.

 

” (…..) Le ministre de la Santé, qui s’engageait encore en janvier dernier devant la Commission des lois à ne pas recourir au passe, explique aujourd’hui que celui-ci restera en vigueur tant que ” le Covid ne disparaît pas de nos vies”. Autant dire pour toujours. Car la “vigilance sanitaire” pourra indéfiniment être justifiée par un nouveau variant ou sous-variant, une reprise épidémique ici ou là, une énième dose de rappel, ou simplement la probabilité d’apparition d’un nouveau virus. Si l’on accepte ce raisonnement, on discutera bientôt de vigilance sécuritaire ou environnementale. On nous privera de liberté ” au cas où”. François Sureau évoque déja la “dérive autoritaire” de nos sociétés ( …..)”.

 

” (…) Le plus grand danger est celui de l’accoutumance. Lassés de ces débats anxiogènes, la plupart de nos concitoyens se résignent. Nous nous habituons à demander une autorisation pour vivre notre vie et à nous fliquer les uns les autres. Le gouvernement trouve bien pratique de nous laisser un fil à la patte : pourquoi nous épargner une servitude que nous semblons rechercher ? (….)”. 

La “variation” infirmière

 

Bien-sûr, Sue, l’ancienne aide-soignante, et Dei et toutes celles et tous ceux qui ont travaillé ou qui travaillent dans des conditions à peu près équivalentes, si on leur présente un micro se sentiront souvent illégitimes pour donner leur avis. Ou seront mal à l’aise pour exprimer ce qu’un Ministre, un directeur d’hôpital, une psychologue ou un médecin pourra ou saura dire s’il a ou si elle a à s’exprimer à propos de son propre travail. Donc, là, aussi, ce qu’ont vécu ou vivent Sue et Dei au travail, dans un service de gériatrie ou dans un autre service à l’hôpital ou dans une clinique, ça ne compte pas. ça n’existe pas. Il n’y a pas de chiffres pour ça. On va me parler du nombre des arrêts de travail. Mais toutes les fois où Sue, avant de se démolir l’épaule, avait trop porté ou s’était retrouvée seule. Toutes les fois où Dei a accepté l’inacceptable qu’elle trouve tellement normal qu’elle ne m’en a pas parlé. Cela n’est pas comptabilisé. Cette comptabilité destructrice se décompte dans le corps et dans le moral des soignants.

 

La profession infirmière, une profession qui avance, éclairée par des chiffres qui lui tombent dessus, avec lesquels elle doit faire. Et se taire. Telle une femme battue qui va s’en prendre une si elle se met à parler et à penser. 

 

Franck Unimon, Jeudi 28 octobre 2021.

 

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Même les souris vont au paradis/ un film d’animation de Jan Bubenicek et Denisa Grimmova

»Posted by on Oct 27, 2021 in Cinéma | 0 comments

Même les souris vont au paradis/ un film d’animation de Jan Bubenicek et Denisa Grimmova

Même les souris vont au paradis/ un film d’animation de Jan Bubenicek et Denisa Grimmova

 En salles à partir de ce mercredi 27 octobre 2021. (Je présente mes excuses aux deux réalisateurs pour avoir un peu « francisé » l’orthographe de leur nom de famille).

Parfois, ma fille me demande de chanter, de pratiquer certains jeux avec elle ou de lui raconter une histoire drôle. C’est à nouveau arrivé samedi dernier alors que nous marchions vers la gare. Je lui faisais la surprise de l’emmener voir le film d’animation tchèque Même les souris vont au paradis à Paris, au cinéma Les 3 Luxembourg. Celui-ci faisait partie de la programmation du festival du cinéma tchèque qui a eu lieu du 22 au 24 octobre. Jamila Ouzahir, l’attachée de presse avec laquelle je travaille régulièrement, m’avait fait parvenir des informations concernant ce festival du cinéma tchèque qui allait se tenir. Et, La directrice du festival, Markéta Hodouskova ( je présente à nouveau mes excuses pour le fait de franciser un peu son nom ) a bien voulu nous inviter, ma fille et moi, pour cette séance.

A droite, Markéta Hodouskova ( directrice du festival du cinéma tchèque). Au milieu, le producteur Vladimir Lhotak. A gauche, le producteur Alexandre Charlet. Au cinéma Les 3 Luxembourg, 67 rue Monsieur le Prince, Paris, 6ème. Samedi 23 octobre 2021.

Adultes, avec ou sans enfants, nous pouvons souvent nous concentrer beaucoup sur ce que nous préparons. Quel que soit le projet, nous évoluons alors au moins dans deux temporalités ou dans deux dimensions qu’il s’agit de faire coïncider. Un certain nombre d’actions et de fonctions qui contribuent à la réalisation effective de notre projet. Des actions et des fonctions si familières que nous les faisons souvent sans sourciller, de manière automatique dans l’ordre ou dans le désordre : marcher, faire la vaisselle, prendre un repas, se moucher, s’habiller, se doucher, récupérer nos clés d’appartement, fermer une porte, éteindre la lumière, se brosser les dents, partir.

Tout ça pour arriver à notre action principale, proprement dite qui, ici, consistait à être à l’heure pour la séance à 15h, en se rendant au bon cinéma.

 

Puis, comme c’est le cas dans toute cette organisation usuelle, mais aussi très théorique et individuelle, arrive souvent l’imprévu. Insolite, heureux, amusant ou désagréable. Cela peut être un événement que l’on observe à la périphérie, dont on est le témoin ou la victime.

Ce peut-être aussi un événement dont on est le papa. Car un véritable enfant, et qui se comporte comme tel, même si l’on a choisi de le  concevoir, qu’on l’a voulu et qu’on l’avait donc « prévu », c’est un cortège d’imprévus à lui tout seul. Les enfants nous font régulièrement entrer dans la 3D que l’on y soit prêt ou non. Que l’on aime improviser ou pas. 

Je considère donc que lorsque l’on vit avec un enfant, que lorsque l’on est avec un enfant, qu’il faut disposer d’au minimum trois cerveaux en activité ou qui disposent de la particularité de pouvoir, assez rapidement, nous faire décoller afin de pouvoir nous transporter jusqu’au lieu ou dans la dimension où l’action et l’émotion principale culminent. 

Me mettre à chanter…. je suis en train de penser au billet de train à acheter. A l’heure où nous aurons un train. Au temps du trajet. Au parcours que je visualise. A des calculs plus ou moins compliqués afin d’évaluer si nous serons à l’heure car ma fille a voulu , ce n’était pas prévu , aller à la médiathèque, je ne pouvais pas refuser. En descendant son vélo, ça aussi, ce n’était pas prévu, je ne pouvais pas refuser. Et, là, ma fille voudrait que je chante comme elle vient de le faire alors que nous marchons main dans la main vers la gare…

Je n’ai rien contre le fait de chanter même si, malheureusement, je chante encore très faux. Mais en entendant la requête de ma fille qui venait de m’interpréter une chanson, je me suis aussitôt retrouvé aphone. Cela me rappelle ma première thérapeute, qui, après que je lui aie raconté des moments sensibles et importants de ma vie me demandait :

« Et, qu’est-ce que tu ressens ? ». Ma voix restait alors sur place. Mon cerveau, lui, enregistrait bien sur son registre l’écho de la question. Puis, cet écho, tombait, inerte et abandonné, devant le tombeau qu’était instantanément devenu mon cerveau sans que je ne parvienne à lever le moindre petit doigt. Tandis qu’interdit, je me découvrais complètement infirme et momifié devant une question aussi simple. 

Adultes, nous sommes souvent récompensés lorsque nous avons un cerveau bien dressé.

Un enfant, un film d’animation, pour pouvoir bien se sentir avec lui ou devant lui, nécessite d’avoir encore en soi suffisamment de parties de notre cerveau non dressées.

Non, dans Même les souris vont au paradis, il n’y a pas de chant. Si vous le pensez maintenant, sans avoir vu le film, c’est parce-que je parle tellement de chant depuis le début de cet article, que, d’une certaine façon, et bien malgré moi,  j’ai presque “dressé” ou habitué votre cerveau à penser ou à croire qu’il est question de chants dans cette oeuvre. 

 

Le Cinéma les 3 Luxembourg, samedi 23 octobre 2021, Paris 6ème. Le producteur Alexandre Charlet.

 

Ceci est un paradoxe vivant : les deux expériences, « faire » un enfant, « faire un film d’animation»

( écrire un article ?),  pour qu’elles réussissent dans les grandes lignes, nécessitent tout de même au moins deux aptitudes contraires. Voire davantage.

Organiser, être dressé et dresser. Mais aussi pouvoir permettre, dans une grande confiance et avec un fort sentiment d’optimisme, l’expression de l’inverse. Le chaos, c’est peut-être lorsque l’une de ces deux actions l’emporte trop aveuglément, trop longuement et trop durement sur l’autre.

A gauche, Whizzy, face à elle, à droite, Whitbelly.

 

Samedi, après la projection de Même les souris vont au paradis, les enfants dans la salle ont aimé poser des questions aux deux producteurs présents. Même les souris vont au paradis est le résultat d’une coproduction composée de plusieurs cerveaux européens en provenance de la République tchèque, de la France, de la Belgique et de la Slovaquie. Mais j’ai aussi entendu parler d’une partie du travail qui avait été effectuée en Pologne.

 

Les producteurs Vladimir Lhotak ( tchèque) et Alexandre Charlet ( français) étaient présents, samedi. Deux hommes, deux adultes, deux professionnels, deux techniciens. Mais aussi, sans doute, deux grands enfants. Deux grands enfants qui ont pris la peine de prévenir, avant la projection :

“Certaines scènes peuvent faire peur dans Même les souris vont au paradis mais, à la fin, cela se termine bien”.

J’avais déjà eu l’occasion de croiser des réalisatrices et des réalisateurs de courts métrages d’animation. Et, je m’étais déjà demandé de quoi était fait leur ordinaire. Comment ceux-ci parvenaient-ils à vivre au quotidien en maintenant, vivante et active, en eux, une telle part d’enfance ?

Alexandre Charlet a spontanément répondu à cette question que je n’ai pas posée.J’étais peut-être redevenu parfaitement aphone sous l’effet de mon cerveau très bien dressé. D’ailleurs, après la séance, j’ai été incapable de dire autre chose que  ” J’ai bien aimé”. Je n’avais rien d’autre à dire. Je suis resté là, quelques minutes, à côté des deux producteurs et de Markéta Hodouskova, à écouter.  J’ai été totalement incapable ( ou inapte) de saisir la proposition d’interviewer les deux producteurs. Proposition que Markéta Hodouskova m’a faite à deux reprises mais que j’ai décliné en étant assez embarrassé. Au point qu’elle s’est peut-être demandée qui était ce journaliste timoré que j’incarnais.

La technique des films d’animation, d’une façon générale, me livre à ma petitesse. Je ne suis pas technicien. Je ne prétends pas avoir ce genre de compétences. Je ne sais pas dessiner. Je suis épaté par les mondes mais aussi le coup d’oeil que peuvent proposer des dessinateurs “traditionnels”. Alors, des réalisateurs et des concepteurs de films d’animation….

J’ai besoin de croire dans les questions que je pose. Or, avec les films d’animation, on est souvent entre deux ou trois extrêmes : d’un côté, une très haute technicité et une très grande habilité. Au milieu, une très forte créativité. Et, à l’autre bout de la chaine, de l’émotion et de l’enfance en grandes quantités et sur de grandes surfaces : celles que l’on peut se permettre de voir et de retrouver en soi. 

Il y a sans doute des gens, qui, comme lorsqu’ils se rendent à l’opéra, y vont comme s’il s’agissait d’une expérience ordinaire qui consiste à manger des chips, des cacahuètes ou à appuyer sur une chasse d’eau dans les toilettes. Je crois vivre ce genre d’expérience, mais aussi mes relations dans la vraie vie en général, un petit peu différemment. Je les prends assez frontalement. Soit je me barricade , m’illusionne,  ou ne vois d’abord rien. Soit cela m’étreint tout de suite de près, et, ensuite, si je veux pouvoir écrire, j’ai d’abord besoin d’assimiler ce que j’ai vécu. Je n’ai pas l’aptitude mondaine-  oui, c’est une aptitude– de certaines personnes à parler de tout et de rien. Cela se voit tout de suite que je ne suis pas dans le sujet dont on discute ou que je ne suis pas raccord. 

Au cinéma les 3 Luxembourg, le producteur Alexandre Charlet, Paris 6ème. samedi 23 octobre 2021.

 

Le producteur français de Même les souris vont au paradis, Alexandre Charlet, la quarantaine, m’a touché lorsqu’il a dit être triste de voir que le film d’animation Le sommet des dieux réalisé par Patrick Imbert ( sorti en salles le 21 septembre 2021) était aussi peu vu. Une affiche de ce film d’animation était visible dans le cinéma en sortant de la salle. Cela m’a rappelé que j’avais lu de très bons échos à son propos et, aussi, que je ne l’avais pas vu. 

J’ai aussi été surpris lorsqu’Alexandre Charlet a dit, après la projection, avoir à nouveau eu les larmes aux yeux, lorsque, dans Même les souris vont au paradis, le renard Whitbelly se « jette » devant la trop arrogante et inconsciente Whizzy pour la protéger lors d’un certain passage. Car Alexandre Charlet a dû voir et détailler ce film un certain nombre de fois. En tant que producteur, technicien et en tant que personne. Donc, entendre qu’il continuait de ressentir une telle émotion devant ce passage était pour moi surprenant. 

 

J’ai déjà pleuré devant un film. Je n’ai pas pleuré devant Même les souris vont au paradis. De même que je ne suis pas parvenu à chanter en prenant le train avec ma fille pour la séance. Mon cerveau trop bien dressé l’a sans doute emporté, ce samedi.  Mais il m’a aussi permis, malgré ma fatigue, samedi -car j’étais fatigué- de nous faire arriver à l’heure à la séance de Même les souris vont au paradis.

 

J’ai aimé ce film d’animation qui parle de nos peurs, du courage, du sacrifice, du deuil, de la mémoire, de l’amour pour nos parents mais aussi pour nos enfants, de la loyauté, de l’amitié, de l’inconnu, de la mort, de la vie après la mort, de l’existence d’une seconde chance pour tenter de raccommoder nos erreurs et nos pensées passées. 

Je ne me suis pas endormi pendant la séance. J’ai vu ma fille pleurer silencieusement à deux reprises. J’ai mémorisé la première fois et ce qui se passait alors sur l’écran. J’ai aussi pris la main de ma fille dans la mienne. Plus tard, elle m’a confirmé avoir beaucoup aimé ce film d’animation.

Le producteur Alexandre Charlet explique ce que c’est que filmer en stop motion avant la projection de ” Même les souris vont au paradis”. Ce samedi 23 octobre 2021 au cinéma Les 3 Luxembourg, Paris 6ème. A droite, Markéta Hodouskova.

 

Même les souris vont au paradis a été réalisé principalement en stop motion. Le producteur Alexandre Charlet avait expliqué en quoi cela consistait avant le début de la projection. Le film d’animation comporte plus de 120 000 images a-t’il été répondu lors du débat qui a suivi.

 

 

Le résumé de Même les souris vont au paradis  dans le programme du festival commence ainsi :

 

« Après un malencontreux accident, une jeune souris au caractère bien trempé et un renardeau plutôt renfermé se retrouvent au paradis des animaux. Dans ce monde nouveau, ils doivent se débarrasser de leurs instincts naturels et suivre un parcours semé d’embûches vers une vie nouvelle ».

 

Le seul aspect qui me dérange dans l’histoire comme dans ce résumé, c’est le principe de se débarrasser «  de leurs instincts naturels ». J’ai déjà vu ce concept dans un autre film d’animation et j’ai du mal à y croire. Alors, je préfère remplacer les termes « instincts naturels » par le mot «préjugés». Cela me semble plus juste et plus réaliste. Parce-que c’est à cela que mon cerveau dressé d’adulte peut croire. Je ne vais quand même pas raconter à ma fille qu’elle peut devenir amie avec une hyène dans la société humaine ou dans la nature. Je vais plutôt essayer de lui apprendre à la reconnaître sous ses différents aspects et ses différentes intonations. Et, autant que possible, comment échapper à la hyène ou se défendre contre elle. 

A gauche, Markéta Hodouskova et le producteur tchèque, samedi 23 octobre 2021, au cinéma les 3 Luxembourg, Paris 6ème, lors du festival du cinéma tchèque.

 

Hormis ça, je suis bien sûr content d’ être venu. Cette année, je n’avais pas la disponibilité pour voir d’autres oeuvres qui ont été projetées lors de ce festival du cinéma tchèque.

Je suis aussi content d’avoir un peu entendu parler Tchèque après la projection. Même si je ne connais pas cette langue et ne suis jamais allé dans ces régions où l’on parle Tchèque.

Je recommande d’aller voir Même les souris vont au paradis que l’on soit un enfant ou un adulte. Et, cela, qu’on aille le découvrir avec ou sans enfants.

Adulte, on peut préférer aller le voir tout seul. Surtout que certains enfants sont capables de vous demander de chanter pendant la séance. Ou, d’autres, de vous regarder pleurer et de vous demander ensuite de manière très désagréable :

«  Mais qu’est-ce qui t’arrive ?! ».

 

Mais, entraîné par mon cerveau dressé pour composer cet article, j’avais déja oublié presque le principal dans cet article. J’avais demandé à ma fille de faire un dessin ou de m’écrire ce qu’elle avait pensé de Même les souris vont au paradis.Voici ce qu’elle avait écrit le lendemain  : 

«  C’est sympa de voir une souris qui est amie avec un renard. Mais c’est triste de voir Gros Croc tuer le père de Whizzy. Mais si j’étais Whitebelly, je saurais déjà qu’être attaché à Whizzy, je pense que ce ne serait pas pratique du tout. » ( Emmi).

Franck Unimon, ce mercredi 27 octobre 2021. ( avec la participation d’Emmi). 

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Jay-Z, Basquiat et Beyoncé à Paris, au Châtelet

»Posted by on Oct 24, 2021 in Pour les Poissons Rouges | 0 comments

Jay-Z, Basquiat et Beyoncé à Paris, au Châtelet

Paris, 19 octobre 2021, le matin.

 

                          Jay-Z, Basquiat et Beyoncé à Chatelet, ce mois d’octobre 2021

C’est un petit peu une histoire de boulangerie. Non pas que je vous roule dans la farine. Mais parce qu’après une nuit de travail, il y a quelques jours, j’ai repris mon vélo pour bifurquer jusqu’à celle qui est ma boulangerie préférée. Mais aussi mon secret. Pour les croissants au beurre et les pains au chocolat. Je vous en dirai moins sur elle que « sur » Jay-Z et Beyoncé. Bien que je la connaisse davantage que ces deux-là. Je connais davantage l’image de Jay-Z et Beyoncé que ce qu’ils sont véritablement ou ont réalisé en tant qu’artistes, commerçants ou citoyens. C’est le propre des « stars» d’être beaucoup connues pour et par leur image à la suite d’un ou de plusieurs événements auxquels ils ont contribué ou participé. Par ailleurs, c’est sans doute souvent comme ça aussi :

 

On parle beaucoup mieux et plus longtemps de ce que l’on ne connaît pas. Ce que l’on connaît vraiment, c’est d’une telle évidence pour soi qu’on ne le mentionne que très rarement. Et puis, parler seulement de ce que l’on ne connaît pas permet de distraire celles et ceux qui nous regardent et nous écoutent tout en conservant nos secrets que ceux-ci voudraient pourtant peut-être bien connaître.

 

Après un passage dans « ma » boulangerie où tout est fait sur place, les pâtisseries originales, le pain avec de la farine de kamut, d’épeautre et les brioches, j’ai choisi de repasser devant le palais de la justice de l’île de la Cité. Nous avons un palais pour goûter les bonnes choses. Nous avons aussi des palais pour écouter, regarder, commenter, pleurer, endurer, juger et condamner.

Paris, 19 octobre 2021, au matin.

Pendant encore quelques semaines, tous les jours (même le samedi et le dimanche ?), quinze victimes des attentats islamistes du 13 novembre 2015 à Paris viendront témoigner.

Je suis déjà passé une première fois devant ce grand palais. Je suis ce matin-là repassé devant car j’ai le projet de venir assister au moins à une audience. Les tribunaux, comme mon travail d’infirmier en psychiatrie, sont ces endroits où l’envers des corps et des comportements nous montrent un autre monde que celui des jolies vitrines ou, parfois, des fortes poitrines qui nous attirent. Nous avons besoin de jolies vitrines. Du moins sommes-nous éduqués et entraînés pour rechercher pratiquement en exclusivité leur contact et leur proximité. Cela nous anime. Même si chaque fois que nous tombons un peu trop amoureuses et amoureux de nouvelles vitrines, nous nous éloignons toujours un peu plus de nos origines. 

Paris, 19 octobre 2021, le matin.

 

J’avais passé la « frontière » le long de ces barrières de sécurité et des forces de police engagées et je me dirigeais vers Chatelet lorsque j’ai d’abord vu la grosse tête de Jay-Z. Je l’ai toujours trouvé moche. Le phénomène était amplifié avec les locks qu’il portait.

Jay-Z n’est pas le seul moche au monde et dans la vie qui, une fois qu’il a réussi, est devenu très beau et irrésistible. Cela fait au moins vingt ans que Jay-Z, maintenant, est devenu beau et irrésistible. Grâce à sa maestria dans le Rap. Aujourd’hui, on parle moins de lui qu’il y a dix ou quinze ans. Mais il fait partie de ces artistes bien implantés dans le décor. Avoir sa tête surdimensionnée sur une affiche gigantesque à Chatelet, en plein Paris, à quelques minutes à pied d’un tribunal où sont en train de se juger des attentats mondialement connus, n’est pas donné à n’importe qui ! Les personnages Vore et Tina/Reva du très bon film Border d’Ali Abassi ne bénéficieront jamais de tout cet éclairage public.

 

Même s’ils racontent une histoire qui a pu être celle de Jay-Z.

 

C’est de leur faute ! Ils n’avaient qu’à faire du Rap et à se sortir du lot !

 

Mais j’avais mal regardé. Sur l’affiche, Jay-Z n’est pas seul. A côté de lui, il y a Beyoncé. La belle Beyoncé. Sa femme ou sa compagne dans la vraie vie.

 

Une autre affiche, sur le côté, montre le couple autrement. Lui, Jay-Z, assis qui la regarde ou semble la regarder et elle, toute en formes, dans une longue robe noire près du corps, face à nous. Elle fait un peu « potiche », Beyoncé. Sauf que quelques indices nous dissuadent de le penser.

Paris, 19 octobre 2021, le matin.

 

D’abord, Beyoncé est debout alors que lui, Jay-Z, est assis. Donc, elle le domine. Ensuite, en observant un peu mieux le « look » de Sieur Jay-Z mais aussi le fond de l’affiche, on comprend que nous sommes dans une reproduction d’un tableau du peintre Basquiat, d’origine haïtienne. Peintre mort avant ses trente ans et devenu célèbre. Madonna avait connu Basquiat et avait peut-être, ou sûrement, été un moment sa maitresse ou une de ses maitresses.

 

C’était il y a longtemps.

 

Avant que le Rap ne devienne ce qu’il est maintenant aux Etats-Unis et en France. Bien avant que le monde, et Chatelet, n’entendent parler de Jay-Z et de Beyoncé.

Basquiat, de son vivant, avait souffert du racisme. Les poches remplies du pétrole des billets de dollars, il s’attristait de ne pouvoir prendre simplement un taxi dans New-York. Les chauffeurs ne s’arrêtant pas parce qu’il était….noir comme le pétrole. 

Photo d’une des oeuvres de Basquiat, prise fin décembre 2018, lors de l’exposition à la Fondation Louis Vuitton.

 

 

Les locks portées par Jay-Z ont à voir avec celles que portaient Basquiat mais aussi avec celles portées par les Rastas. Si l’on parle des Rastas, alors, on parle du Reggae. De Bob Marley, bien-sûr, l’icône Reggae en occident et dans le monde (même Miles Davis avait joué un titre, My Man’s Gone now , en hommage à Bob Marley après la mort de celui-ci en 1981).

 

De Bob Marley, l’amateur fidèle de vitrines retient souvent qu’il était l’adepte d’un Peace & Love universel. Mais les titres de Bob Marley et le Reggae en général temporisent aussi des violences et des contestations.

 « Europeans stay in Europe and Africans rule Africa ! » avait pu chanter le groupe Black Uhuru dans son titre Wicked Act. Black Uhuru fut un court temps  supposé,  par la voix de Michaël Rose, pouvoir devenir ce qu’avait été Bob Marley. La référence du Reggae dans le monde. Mais le groupe n’a pas résisté à son succès. Et puis, une fois de plus, la musique a changé mais aussi la façon de l’écouter.

 

Le Reggae, mais aussi sa version Dub, est donc une musique qui a la particularité de mettre une bonne ambiance, détendue, faite de Ah-Ah-Ah, et de danse auto-berçante. Alors qu’elle chante souvent la tristesse, une mémoire traumatique, la colère et l’espoir. Le Rap, dans sa constitution et ses origines, lui devrait beaucoup.  Billie Eilish et Aurora ?  

Photo d’une des oeuvres de Basquiat, prise fin décembre 2018, lors de l’exposition à la fondation Louis Vuitton.

 

On est loin de se douter de ce qui compose le Reggae si on ne le sait pas. Ou si personne ne nous l’a raconté lorsque l’on peut voir, par exemple, un Tiken Jah Fakoly, « un ancien », danser sur sa musique.  Je me suis déjà  interrogé sur ce paradoxe qui consiste à danser et à créer une musique dansante pour parler de sujets graves. Mais c’est certainement seulement comme ça que ça peut « marcher » pour attirer et toucher un plus grand auditoire.

 

Danser et sourire

 

 

Presqu’autant que par la pauvreté, la faim, la douleur ou la peur, on devient infirme lorsque l’on devient inapte à danser, à rêver comme à sourire. Mais, au départ, on ne fait pas particulièrement attention à ça, lorsque l’on perd la faculté de danser, de rêver et de sourire ou que celle-ci diminue. Tant que l’on peut continuer à se déplacer de différentes façons et que l’on a à effectuer un certain nombre de tâches qui nous occultent. 

Paris, 19 octobre 2021, le matin.

 

Ces deux grandes affiches de Jay-Z et de Beyoncé ne m’ont ni fait sourire ou danser. Du reste, elles ne sont pas là pour ça. J’ai fini par voir aussi que c’était une pub pour les bijoux Tiffany’s. Et, qui mieux que Beyoncé pouvait porter un collier de la joaillerie de luxe Tiffany’s ? Je n’imagine pas le même collier autour du cou de Jay-Z.

Jay-Z et Beyoncé font partie, depuis plusieurs années, des multimillionnaires. Moi, je fais partie des personnes qui ont régulièrement, depuis des années, un découvert bancaire. Aucun producteur, aucun artiste mais aussi aucune célébrité ou spécialiste de n’importe quel type n’a besoin de mes services. Ma vie et celle de Jay-Z et Beyoncé sont incomparables. Des bijoux de haute valeur, une réussite sociale, artistique et économique, sont des trophées de guerre pour celle ou celui qui, à l’origine, aurait dû se contenter de rester le témoin ou le spectateur des victoires sociales des autres. Avec cette pub, on est très loin du constat amer fait dans le film Retour à Reims de Jean-Gabriel Périot – d’après l’ouvrage de Didier Eribon- où la plus grande partie des personnes issues d’un milieu social modeste et moyen sabordent d’elles-mêmes leurs aptitudes et leurs ambitions. Jay-Z et Beyoncé ont su inverser le processus. Et, sur cette affiche, plus grande que l’endroit où j’habite,  lorsque l’on lève la tête, on voit donc deux pilotes d’essai qui se sont rendus aux bons endroits, au bon moment, avec les bonnes cargaisons, les bonnes munitions et les bonnes intuitions. Celles qui permettent de s’installer, d’être acceptés, de durer, et d’être recherchés pour des facultés particulières : des qualités artistiques et/ou une célébrité maintenue.

 

Ma sœur a néanmoins souligné le paradoxe de la perruque blonde pour Beyoncé. Elle que tant de jeunes femmes noires prennent pour modèle. 

 

Une mesquinerie entre filles, aussi, peut-être. Je n’avais pas remarqué cette perruque blonde. J’ai alors essayé d’expliquer que cette perruque blonde est une mise en scène. La perruque blonde, cela permet d’imiter et de se moquer de la femme parfaite, souvent blonde, dans l’idéal esclavagiste et raciste au moins américain :

« Regardez-moi, une femme noire, une descendante d’esclave ! Je suis devenue plus que votre égale maintenant. Je peux même poser sur ma tête l’attribut de votre féminité dont je fais un postiche si je le veux ».

 

J’ai ajouté que cette robe moulante qui met en avant les  formes désirables de l’assurée Beyoncé peut aussi vouloir dire aux hommes qui la « voudraient » qu’elle leur est incessible. Elle tient toute seule bien que sous le regard de Jay-Z, qui, malgré tout son génie (vu que le peintre Basquiat est désormais considéré comme un génie. Une exposition de ses œuvres s’est d’ailleurs tenue il y a environ deux ans dans la fondation….Louis Vuitton , voir Basquiat   et aussi L’exposition )      est un peu à la renverse devant elle.

Photo d’une des oeuvres de Basquiat, prise fin décembre 2018, lors de l’exposition à la fondation Louis Vuitton.

 

Ma sœur n’a pas été très convaincue par mon analyse. Et, je ne vais pas me faire plus intelligent que je ne le suis. On peut projeter tout un tas d’intentions dans ce que l’on regarde et ce que l’on entend. On peut se raconter tout un monde qui n’existe pas, finalement. J’ai choisi le titre de cet article en mettant Jay-Z devant car si j’avais mis le prénom de Beyoncé au début, nous aurions buté un peu sur le son “B” de son prénom. ( J’avais d’abord intitulé cet article Jay-Z et Beyoncé…avant de finalement rajouter plusieurs plusieurs photos des oeuvres de Basquiat ainsi que son nom au titre). 

Alors qu’en mettant le son de Jay-Z, d’abord, ça glisse mieux. Je le précise en vue de répondre à d’éventuelles critiques “féministes” ultérieures de mon titre. Lorsque je serai “connu”.   

Bien-sûr, je n’ai pas pensé à tout ça, dehors, devant ces affiches. J’ai juste été happé par leur vision imprévue. On se rappelle qu’au début, tout ce que je voulais, c’était, après une nuit de travail, reprendre mon vélo, changer d’itinéraire afin de pouvoir retourner dans une boulangerie ; repasser devant le tribunal où se jugent les attentats du 13 novembre 2015. Puis, prendre mon train de banlieue afin de rentrer chez moi.  Je me suis trouvé subitement devant une image agrandie d’un rappeur que j’ai reconnu. Je me suis arrêté. J’ai pris des photos. Ensuite, le lendemain matin, je suis revenu pour reprendre en photo une de ces deux affiches sous un autre angle, le long de la Seine, car, la veille en retournant au travail par un trajet inhabituel, j’avais remarqué que l’on pouvait la voir différemment. Voici les faits. Peut-être que dans les jours qui viendront, je me ferais poser des rajouts pour avoir des locks ou adopterais-je une perruque blonde, ceci est une supposition. 

Paris, le 20 octobre 2021, le matin.

 

Franck Unimon, dimanche 24 octobre 2021.

 

 

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Servir

»Posted by on Oct 18, 2021 in self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Servir

Gare de Paris St-Lazare, septembre ou octobre 2021.

 

                                                          Servir

Le Cerveau humain

 

 

Au cours de mon article Trois Maitres + Un , je me suis escrimé à expliquer que je recherchais des Maitres qui pourraient me permettre de me bonifier. Et, que je n’étais pas un esclave recherchant son Maitre esclavagiste.

 

Si, en tant qu’homme à peau noire et de condition sociale moyenne et commune,  je préfère sans hésitation vivre aujourd’hui plutôt qu’il y a deux cents ans en France, en repensant un tout petit peu tout à l’heure à l’article Trois Maitres + Un , j’en suis arrivé à la conclusion que, quoique nous pensions, souhaitions et affirmions, nous servons des régiments de Maitres depuis le commencement de notre existence.

 

Et, cela a sans doute toujours été pour l’être humain. Quelle que soit sa couleur de peau, sa culture, ses rites, son ethnie ou sa géographie. Au point que, rapidement, on s’y perd parmi tous ses Maitres que l’on sert.

 

D’abord, en nommant mon précédent article Trois Maitres + Un, je me suis trompé. Officiellement, si je me réfère avec exactitude à des Maitres d’Arts martiaux que je suis allé rencontrer, ou avec lesquels j’ai pratiqué une séance sous leur responsabilité, c’est plutôt Quatre Maitres + Un que mon article aurait dû avoir pour titre.

 

Car j’avais oublié de mentionner Sifu Roger Itier qui est le premier Maitre que j’avais fait la démarche d’aller rencontrer. Avant Sensei Jean-Pierre Vignau.

 

Je n’oublie pas mon premier prof de Judo, Pascal Fleury, désormais Sensei. Sauf que, comme je l’ai expliqué, Pascal n’était pas Sensei quand j’ai débuté le judo, il y a trente ans, sous son égide. D’abord à l’université de Nanterre après mes études d’infirmier puis, très vite, sur sa suggestion, dans le club où il enseignait- et enseigne toujours- le judo à Paris, au gymnase Michel Lecomte, à la suite de sa « petite » sœur, la championne olympique de judo, Cathy Fleury.

 

 

Et, je vais aussi me servir de cet « oubli » de Sifu Roger Itier pour constituer mon article.

 

Le cerveau humain, notre cerveau, tel que nous l’utilisons généralement, peut se concentrer sur un nombre limité d’opérations. Des neurologistes pourront l’expliquer. Des magiciens ou des arnaqueurs, aussi. Pour ma part, c’est la lecture récente d’une interview d’un magicien, qui utilise aussi l’hypnose lors de ses spectacles, qui me l’a rappelé. Mais certains réalisateurs de cinéma savent aussi jouer avec les angles morts de notre regard et de notre cerveau pour mieux nous surprendre et nous «manipuler», avec notre consentement, pour nous divertir.

 

Dans mon article Trois Maitres + Un , j’ai oublié de citer Sifu Roger Itier parce qu’au delà d’un certain nombre d’informations, notre cerveau fait le tri pour se fixer sur celles que nos pensées et nos émotions distinguent comme prioritaires en fonction de la situation. Et, aussi, parce-que, d’un point de vue affectif, si je reconnais l’expertise de Sifu Roger Itier, sa très grande culture, sa maitrise pédagogique et sa très bonne qualité d’accueil, je me sens plus attiré par des arts martiaux « japonais ». Même si j’ai un peu appris que certains arts martiaux « japonais », tels que le karaté, doivent beaucoup à des arts martiaux chinois. Mais, aussi, simplement, que les arts martiaux, d’où qu’ils  « sortent », peuvent se compléter ou complètent l’éducation et la formation de ces mêmes Maitres d’Arts martiaux que j’ai pu citer ou que je peux regarder.

 

Je sais par exemple que Sensei Jean-Pierre Vignau, Sensei Léo Tamaki, Sensei Régis Soavi et sans doute Sifu Roger Itier ont tâté, pratiqué, de plusieurs arts martiaux et sports de combats, souvent en parallèle, pendant environ une dizaine d’années à chaque fois avant de « s’arrêter » à un moment donné sur un Art martial plus spécifiquement. Je ne connais pas suffisamment le parcours martial de Sensei Manon Soavi pour en parler. 

 

Le spectateur ou l’admirateur lambda, devant des Maitres d’arts martiaux ou devant des pratiquants émérites de sports de combats, va peut-être principalement retenir l’éclat physique ou sportif de la performance réalisée. Sauf que cette « performance » physique ou cette espèce d’alchimie martiale devient possible techniquement,tactiquement et d’un point de vue fonctionnel du fait  d’une pratique régulière et multipliée.

 

Grâce à cette pratique régulière multipliée, voire démultipliée, le cerveau de l’auteur ou de l’autrice de la « performance » a évolué au point de pouvoir se permettre des connexions et des créations de solutions psychomotrices quasi-instantanées. Lesquelles solutions quasi-instantanées sont adaptées à des situations de danger et d’impasse que le spectateur ou l’admirateur lambda, placé devant dans les mêmes situations, aurait peut-être autant de possibilités de réussir que nous n’en n’avons de gagner au loto lorsque nous y jouons pour la première fois.

 

Ces connexions et créations cérébrales quasi-instantanées « harmonisées » avec les aptitudes physiques et émotionnelles de leur autrice ou auteur ne sont pas des analyses d’ordre économique ou philosophique qui découlent de statistiques ou de modélisations préétablies. Mais bien des adaptations humaines en temps réel. Une situation se présente avec son lot de stimuli et d’informations diverses et pressantes, le pratiquant « élargi » par ses expériences- et son évolution qui en a résulté- réagit et s’adapte assez vite. La pratiquante ou le pratiquant « élargi » et qui s’est bonifié ne tergiverse pas pour prendre telle décision. Pour réaliser et s’engager dans telle action- adéquate- à tel moment. Elle ou il ne se dit pas : «  Oh, non, si je fais ça, je vais rater mon métro qui arrive à  telle heure » ; « Oh, non, je vais salir mon beau pantalon blanc tout neuf que j’ai pris beaucoup de temps  à repasser ».

 

Cette façon de s’adapter à des situations de plus en plus délicates, à mesure que l’expérience du pratiquant augmente, se transpose dans notre vie de tous les jours. Et dans tous les métiers où dans tous ces moments où nous avons certaines responsabilités. Une motarde régulière- et prudente– depuis une dizaine d’années aura certainement plus d’aptitudes à garder son sang froid et à prendre les bonnes décisions si un automobiliste déboite subitement devant elle comparativement à un jeune motard chien fou persuadé d’être un champion du monde de moto. D’un côté, vous aurez une personne compétente qui saura déjà respecter les bonnes distances et se rappeler qu’elle est mortelle. D’un autre côté, vous aurez un meurtrier ou un suicidaire qui s’ignore.

 

Avec cette illustration, il serait facile de résumer en se disant que ce jeune motard est l’esclave de son ego. S’il n’y avait que l’ego qui soit notre Maitre….

Car si nous avons des Maitres assez permanents tels que notre ego, nous avons aussi, je trouve, d’autres Maitres, seulement transitoires, mais néanmoins persistants dans notre existence.

Point de vue depuis la butte d’Orgemont, à Argenteuil, septembre 2021.

 

En emmenant ma fille à l’école, ce matin

 

Nous sommes un lundi. Comme beaucoup d’adultes, ce lundi matin, j’ai emmené ma fille à son école. La pandémie du Covid semble derrière nous. Même s’il reste encore bien des gestes (port du masque à certains endroits, rappels de l’obligation du pass sanitaire ou de la nécessité de la vaccination contre le Covid sur des écrans de la ville ou dans des spots d’informations dans les trains ou dans les gares…) l’ambiance générale, depuis fin aout, début septembre, consiste sans ambiguïté à « tourner la page ». Aujourd’hui, dans les journaux, il faut chercher – quand il y en a- des articles relatifs au Covid et aux vaccins ou traitements anti Covid. En France, dans les média, on ne parle pas trop non plus de la catastrophe sanitaire aux Antilles ou dans les Dom du fait du Covid parce-que la majorité des gens n’y sont pas vaccinés contre le Covid. En abordant à nouveau le sujet de la pandémie, alors que la majorité des gens l’a aujourd’hui délaissé, je « montre » que la pandémie du Covid est en partie restée Maitre de certains endroits de ma mémoire. Même si, hier, chez moi, je n’ai rien fait de délibéré pour, parmi plusieurs piles de journaux, retomber sur un ancien exemplaire du journal gratuit 20 Minutes daté du 9 juin 2021.

La première page du journal gratuit ” 20 minutes” du 9 juin 2021.

 

Dans cet exemplaire du journal gratuit 20 minutes, en première page, on faisait allusion de façon décontractée à la fin  fin du confinement. Plusieurs pages plus loin, le sujet portait sur la réouverture des terrasses et des restaurants dans l’article Une forme de libération pour les relations.  Et un ou deux autres articles traitaient aussi du Covid et de ses à côtés : les relations amoureuses (l’article Un vaccin pour avoir sa dose « d’amour et de sexe » ), une infirmière «  soupçonnée de fournir des certificats de vaccination…sans avoir vacciné ».

 

 

Un autre article, « Le télétravail entraîne un vrai changement de culture » abordait, lui, la stratégie suivie par certaines entreprises pour remédier au confinement de ses employés. La veille, le 8 juin, «  au cours d’un déplacement à Tain-l’Hermitage »  (dans la Drôme), le Président Emmanuel Macron s’était fait «  gifler par un homme présent dans la foule ». L’article La Classe politique encaisse les claques en parle.

 

C’était seulement il y a quatre mois. Cela m’a paru très très loin.

 

La perception du temps et des événements  par notre cerveau nous permet aussi d’évacuer plus facilement certaines expériences, ultra sensibles il y a quelques mois, anecdotiques quelques mois plus tard. C’est souvent pareil avec les histoires d’amour ou chargées d’affectivité et d’émotions particulières. Sauf lorsque l’issue a été trop douloureuse.

 

Le cerveau des personnes victimes d’un stress post-traumatique, telles que celles victimes des attentats du 13 novembre 2015 dont le jugement se poursuit à Paris, lui, continue de vivre et de revivre l’événement traumatique comme s’il était toujours présent et, aussi, comme s’il pouvait à nouveau se reproduire.  Pour certaines de ces victimes, leur cerveau a comme perdu de sa plus grande capacité à recevoir de nouvelles informations, plus apaisantes, de la vie et du monde. Le 9 juin 2021, pour beaucoup de personnes et moi, cela paraît déjà très loin. Le 13 novembre 2015, pour les personnes qui ont vécu ces attentats ou qui en ont été traumatisées, c’est encore tout « frais » ou encore « trop chaud ».

 

 

Comme il n’y a pas eu d’incident ou de surprise extraordinaire pour moi alors que j’ai emmené ma fille à son école, mon cerveau a déjà oublié une bonne partie de ce qui a pu se passer durant le trajet pour retenir certains aspects du réveil de ma fille, de ses préparatifs et de ce qui s’est passé ou dit jusqu’à l’école. Ma fille, bien-sûr, aura sûrement une mémoire différente de ce qui s’est passé. Et, elle m’en parlera peut-être un jour ou peut-être cette après-midi lorsque je retournerai la chercher.

 

Il est néanmoins un « événement » qui m’a marqué alors que je revenais de l’école.

Photo prise à Cergy-St-Christophe, début octobre 2021.

 

L’événement qui m’a marqué :

 

En revenant de l’école, j’ai cru faire une bonne affaire en déplaçant ma voiture afin de la rapprocher de chez nous, dans la rue. J’ai donc pris ma voiture, me suis retrouvé derrière une file d’autres véhicules qui attendaient au feu rouge. Puisque c’était l’heure de pointe où beaucoup de personnes partaient au travail. Alors que je reprendrai le travail demain, de nuit.  

Dans la rue, plus proche, où je croyais avoir vu deux bonnes places, en fait, il n’y avait pas de quoi se garer. Il y avait bien un espace vide les deux fois entre deux voitures. Lorsque j’avais aperçu ces deux espaces à une vingtaine de mètres au minimum en emmenant ma fille à l’école, j’avais cru qu’il y avait de quoi se garer. Ordinairement, je ne me trompe pas. Ce matin, je me suis trompé. J’ai donc dû repartir et me garer ailleurs. Presque aussi loin que là où j’avais garé ma voiture initialement. Puisqu’entre-temps, une automobiliste ou un automobiliste avait rangé sa voiture là où était encore la mienne avant que je ne décide de la déplacer. Ce genre de déconvenue arrive. Il y a pire. Même si j’aurais pu me contenter de laisser ma voiture là où elle était au départ, bien garée. Mais un peu loin de chez moi.

 

Avant de rentrer, je me suis décidé pour aller m’acheter des lames de rasoir. Je me suis rasé hier soir. Et, j’avais envie de prévoir. Lorsque j’éprouverai à nouveau le besoin de me raser, c’est agréable de savoir que l’on a ce qu’il faut sous la main. C’est ici que ça commence.

 

Des lames de rasoir, j’en achète depuis des années. Il n’y a pas de risque mortel à aller acheter des lames de rasoir. Il n’est pas encore nécessaire de pratiquer un art martial ou un sport de combat, ou de courir très vite, pour aller acheter des lames de rasoir au péril de sa vie.

Mais, ce matin, j’ai eu soudainement besoin de me demander :

 

« Et, si, un jour, il n’y a plus de lames de rasoir, je ferais comment ? ». Aussitôt, je me suis dit. Hé bien, je ferais sans doute sans. Je porterais davantage la barbe. Mais comme il y a les lames de rasoir que je recherche près de chez moi en attendant, j’y vais. C’est là où j’ai retrouvé un de mes très nombreux Maitres. Un supermarché.

 

Pendant que j’y étais pour m’acheter des lames de rasoir, j’en ai « profité », aussi, pour m’acheter un peu de chocolat.

 

J’en ai profité ? Qui en a véritablement le plus profité ?

 

Le supermarché est un Maitre qui, comme chaque Maitre, a ses particularités. Lui, ses particularités, c’est qu’il est  toujours au même endroit. Ou très facilement reconnaissable, comme ses « jumeaux », lorsque je vais dans un autre endroit, une autre ville. A certaines heures ouvrables.

Ce supermarché, près de chez moi, je l’ai aperçu un jour, comme une de ces places de parking vides ou que j’ai crues vides, près de chez moi. Mon cerveau l’a localisé et mémorisé. Et, dès que j’ai besoin de quelque chose en particulier que je sais pouvoir trouver chez lui, j’y vais. Aux heures ouvrables que j’ai aussi mémorisées. Elles sont souvent faciles à retenir pour mon cerveau.

 

On peut bien mettre une petite musique d’ambiance choisie, modifier la disposition des rayons, changer en partie le personnel (j’ai appris ce matin qu’un des vigiles sympathiques qui me demandait assez régulièrement «  Et, comment, elle va, la petite ? » est parti depuis au moins six mois, du jour au lendemain, et qu’il travaille maintenant à Paris), j’y retournerai. Je suis un client que l’on pourrait appeler « fidélisé » ou suffisamment fidélisé. 

 

Je « viens » moins souvent qu’auparavant. Parce qu’entre temps, j’ai commencé à fréquenter d’autres Maitres, un peu plus éloignés, qui me donnent le sentiment d’être moins chers et de me faire  économiser lorsque je réalise de « grandes courses ». Mais, aussi, peut-être, parce-que ma fille ayant grandi, je m’autorise plus facilement, aujourd’hui, à augmenter mes distances de déplacement lorsque je pars faire des courses.

 

Néanmoins, dès que je veux effectuer de petites courses rapides près de chez moi, surtout aux heures assez creuses, je retourne chez ce Maitre. Ainsi que chez un ou deux autres, dont un petit marché, pas très loin de chez moi. Et ça tourne comme ça.

Paris 20ème, octobre 2021.

 

« Mon but, c’est de décourager ! »

 

 

J’ai bien sûr plus d’estime personnelle pour les Maitres d’Arts martiaux que j’ai cités récemment que pour les supermarchés. Néanmoins, ma vie, telle que je l’ai choisie et telle que je la pratique depuis des années, depuis mon enfance, me rend mes Maitres supermarchés ou marchés indispensables. On parlera de la société de consommation, et dans ce domaine, mes Maitres supermarchés et marchés, en connaissent des rayons, c’est vrai.

 

Et, malgré les travers que ces Maitres entretiennent en moi, je ne me rêve pas encore vivant isolé à cinquante kilomètres de la première bourgade où je pourrais acheter un peu de pain et un peu de beurre. Car nous  avons tellement d’autres Maitres par ailleurs que nous avons adoptés avec les années dont certains ont déjà pris le relais de plusieurs de nos Maitres « traditionnels » ou « classiques ». La télévision, nos téléphones portables, nos ordinateurs, internet, nos employeurs. Certaines de nos relations et de nos habitudes. Notre ego.

 

Sensei Jean-Pierre Vignau m’avait dit, lors d’une de nos premières rencontres :

 

« Mon but, c’est de décourager ». Plusieurs mois plus tard, je continue de repenser à cette phrase de temps à autre. Pour moi, le but de Jean-Pierre est de décourager l’ego. Pourquoi viens-tu pratiquer ? Tes intentions sont elles sincères ? As-tu vraiment besoin de pratiquer avec moi ? Pourquoi ?! Si tes intentions sont profondes et que c’est le moment pour toi, tu tiendras. Autrement, tu partiras.

Jean-Pierre peut être décrit comme « un personnage » ou perçu comme un « malade mental » du fait de certaines de ses positions. Mais, jusqu’alors, Jean-Pierre m’a toujours bien accueilli. Je suis allé le rencontrer les deux premières fois chez lui. C’était en plein confinement. J’ai lu sa biographie ainsi que le dernier livre sorti à son propos.

 Si j’ai cru percevoir une première pointe d’animosité ou de contrariété chez lui, mais qu’il a vite réfrénée, c’était au téléphone il y a quelques semaines. Quand je venais de lui apprendre que je n’étais pas – alors- vacciné contre le Covid et que, de ce fait, je ne pouvais pas pour l’instant, prendre des cours avec lui. Le Jean-Pierre que je suis allé saluer la semaine dernière- j’étais alors doublement vacciné contre le Covid- après avoir passé du temps au Dojo Tenshin- Ecole Itsuo Tsuda était à nouveau un Jean-Pierre, disposé et simple. S’absentant de son cours quelques instants pour venir me saluer. Visiblement touché par ma visite. Paraissant aminci. Ce qu’il m’a confirmé, me répondant simplement :

 

« J’ai perdu cinq kilos car je voulais maigrir ».

 

Sensei Jean-Pierre Vignau a 75 ans peut-être un peu plus. Sensei Régis Soavi, 71. Souvent, je trouve, les Maitres d’Arts martiaux vivent vieux. Au delà de 80 ans. Néanmoins, le Temps est un de nos Maitres. Et, si nous avons tous des Maitres, il est des périodes dans notre vie où nous avons la possibilité de choisir de servir certains de nos Maitres plutôt que d’autres.

 

Servir

 

Choisir sa ou son Maitre, c’est, aussi savoir la servir ou le servir. Ce verbe, « Servir », est virulent dans une démocratie. Servir/Maitre, là, aussi, on a de quoi avoir peur. On peut penser à la servilité, à la servitude. Et, pourtant, nous servons tous quelqu’un ou quelque chose. Mais, là, aussi, il importe de savoir qui, quand et pourquoi.

 

J’aurai pris beaucoup de temps, deux ou trois mois, pour lire la biographie de l’ancien officier légionnaire parachutiste Helie de Saint Marc, écrite par un de ses neveux, l’historien Laurent Beccaria.

 

 

Beccaria, mon aîné de cinq ans, est né en 1963. Helie de Saint Marc, décédé aujourd’hui, était encore vivant lorsque Laurent Beccaria, historien de formation, lui a consacré cette biographie en 1988. Beccaria avait alors 25 ans lorsqu’il a confronté Helie de Saint Marc à plusieurs épisodes de sa vie. De Saint Marc, né en 1922, avait 66 ans en 1988. Il est décédé en 2013.

 

 Beccaria, pour la rédaction de cet ouvrage, avait aussi rencontré diverses personnes, dont des militaires de carrière, qui avaient connu Hélie de Saint Marc. A l’époque, où, à peine majeur, celui-ci était devenu résistant sous l’occupation nazie. Pendant sa déportation au camp de concentration à Buchenwald. Pendant la guerre d’Indochine. Pendant la guerre d’Algérie où Hélie de Saint Marc avait fait partie des officiers militaires qui, sur sollicitation du Général Challe,  avaient organisé le putsch contre le Général de Gaulle en Algérie en avril 1961 afin que celle-ci reste française.

Les intentions de Helie de Saint Marc (lesquelles intentions n’étaient pas partagées par d’autres « putschistes » qui, eux, voulaient surtout garder l’Algérie au bénéfice exclusif de la France et des Français) étaient de sauver les harkis de l’exécution qui les attendait en cas d’indépendance de l’Algérie. De donner plus de droits aux Algériens à égalité avec les Français. Ainsi que d’assurer la victoire militaire de l’armée française. Helie de Saint Marc fut ensuite jugé pour avoir participé à ce putsch, condamné, puis réhabilité dans ses droits dix à quinze ans après sa condamnation.

 

La vie et la carrière militaire d’un Helie de Saint Marc, qui a aussi écrit des livres plutôt reconnus pour leur valeur de témoignage comme pour leur valeur littéraire, sont faites d’un engagement et d’une loyauté qui dépassent largement ceux de l’individu lambda, qui, comme moi, tout à l’heure, est allé tranquillement s’acheter ses lames de rasoir dans un pays en paix.

 

Helie de Saint Marc avait choisi cette vie de militaire puis de légionnaire parachutiste. Avant cela, il avait été déporté, avait failli mourir deux ou trois fois pendant sa déportation à Buchenwald. Sans ce vécu de déporté, donné à la faim, à la maladie et à l’impuissance,  peut-être n’aurait-il pas eu, ensuite, cette volonté de s’engager comme il l’a fait dans l’armée. Ou en tant que militaire et légionnaire, il a ensuite tué. Ainsi que commandé dont des légionnaires de nationalité allemande, qui, quelques années plus tôt, au camp de Buchenwald, auraient pu faire partie de ses tortionnaires.

En tant que militaire, il s’est aussi lié avec des populations indigènes. Il a également été blessé. Il a vu mourir. Puis, sur ordre, en Indochine, Il a dû abandonner des personnes qui s’étaient engagées pour la France tout en sachant, comme d’autres, que toutes ces personnes qui s’étaient dévouées à la France, allaient être exécutées par les vainqueurs du conflit.

 

En Algérie, De Saint Marc a à nouveau commandé, sans doute tué et fait tuer. Vu à nouveau mourir. De Saint Marc était opposé à la torture. Et, s’il a connu ou croisé le lieutenant Le Pen, le père “de”, leurs opinions politiques et humanitaires étaient différentes. Dans la biographie de Laurent Beccaria, témoignages à l’appui de militaires mais aussi de journalistes, De Saint Marc est décrit comme un “idéaliste” mais aussi comme le contraire d’un fanatique. 

 

Toutes les personnes qui, aujourd’hui, demain ou hier, en France ou ailleurs, militaires ou non, ressemblent à Helie de Saint Marc et qui sont prêtes à mourir pour servir un pays ou des valeurs sont à mon avis plus libres que l’individu que je suis qui a peur de se faire mal mais aussi de la mort.  

 

Pourtant, à mon niveau, comme chaque individu lambda, je sers aussi quelqu’un ou quelque chose. La loyauté et l’engagement, on les retrouve aussi chez toute personne impliquée et consciencieuse dès lors qu’elle va chercher à assumer une responsabilité qui lui est confiée. Un Maitre d’Art martial, un militaire, un pompier, un policier, un gendarme évoluent dans ces activités humaines où des femmes et des hommes engagent ou peuvent engager directement leur corps et leur vie en poussant la loyauté et l’engagement plus loin que l’individu lambda. Le terroriste et le fanatique, aussi.

 

 

D’où l’importance de savoir choisir ses Maitres lorsque l’on commence à servir. Mais pour pouvoir choisir ses Maitres, il faut déjà comprendre que nous avons besoin de Maitres. Or, comme l’a dit Sensei Jean-Pierre Vignau, «  avant de m’appeler Maitre, il faut déjà en avoir connu plusieurs ».

 

Connaître un Maitre, le fréquenter, et apprendre à se connaître, puisque c’est souvent pour cela que l’on va vers un Maitre, cela prend du temps. Cela ne se fait pas en quelques clics, quelques flirts et quelques sms. Donc, connaître plusieurs Maitres, plusieurs vies….

 

Servir, ensuite. Un militaire, un pompier, un policier ou un gendarme n’ont pas beaucoup de latitude pour ce qui est de décider de choisir qui elles ou ils vont servir. Que ce soit leurs supérieurs directs ou politiques. Elles et ils ont le choix entre obéir. Mourir. Vivre. Réussir. Echouer ou démissionner. L’employée ou l’employé lambda qui part tranquillement faire ses courses au supermarché….

 

 

Franck Unimon, lundi 18 octobre 2021.

 

 

 

 

 

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Trois Maitres + Un

»Posted by on Oct 14, 2021 in self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Trois Maitres + Un

 

Paris, station Opéra, octobre 2021.

                                               Trois Maitres + Un

 

Le Contexte :

Trouver l’album de musique qui va nous faire bien débuter la journée correspond peut-être à la profession de certaines personnes. De ce choix  peut découler une ribambelle d’incidences et d’influences.

Ce matin, mon choix se porte finalement sur l’album Live at Hammersmith en 1979 de Ted Nugent. Un cd emprunté hier. Je n’ai jamais écouté d’album de Ted Nugent mais j’ai entendu son nom il y a des années. Peut-être dans les années 80. Ted Nugent, ce matin, a supplanté l’album Celebration des Simple Minds. Dont j’ai trouvé le premier titre trop « dansant ». Une danse froide. Mais aussi l’album Addiction de Robert Palmer ainsi que le Cd The Best of Bond…James Bond sur lequel ne figure pas le titre interprété par la chanteuse Adele que j’aurais aimé réentendre.

Si Ted Nugent avait « échoué » au casting, j’aurais alors essayé l’album Live de The Clash From Here to Eternity. Mais Ted Nugent l’a emporté. En écoutant plusieurs de ses titres alors que j’effectuais des étirements, je me suis avisé que lui, comme bien des artistes qui ont « réussi », sont souvent des personnes qui, malgré bien des difficultés souvent adverses, sont parvenues à leur substituer le succès. Economique, artistique, social. Un artiste qui « réussit » est souvent une personne qui su conserver une certaine liberté ( même si celle-ci tient à coups de substances, de désagréments, de compromissions, d’opérations de communication ou de publicités, de trahisons) qui, le plus souvent, manque à celles et ceux qui l’écoutent, le  désirent,  le « dévorent » ou le regardent, et qui, près ou loin de la scène « communient » avec lui le temps d’un concert ou d’une représentation publique de quelques minutes ou de quelques heures.  

 

Comme tant d’autres, je ne suis pas Ted Nugent. Et, demain, je vais reprendre « le travail » : celui que l’on désigne le plus souvent en premier du fait de ses caractéristiques obligatoires. Tant d’un point de vue financier que moral. Si mon travail a peut-être plus de points communs que je ne le crois avec celui d’un artiste comme Ted Nugent, mon travail bénéficie de beaucoup moins d’aura. C’est celui d’un employé comme il en existe des millions.

 

Au cours de la durée d’une certaine activité professionnelle et personnelle, comme des millions d’autres individus, j’accepte d’être l’employé de quelqu’un, de plusieurs interlocuteurs ou d’une institution, et de partager avec eux un certain nombre de valeurs et d’objectifs à atteindre. Je m’appliquerai à faire de mon mieux en vue d’être, quelles que soient les circonstances rencontrées lors de l’exercice de mes fonctions, conforme à ces valeurs mais aussi attaché à la réalisation des objectifs définis, prédéfinis lors de mon embauche. Ou redéfinis après mon embauche. 

 

J’offre ou donne une partie de ma disponibilité, de ma bonne volonté comme de mes capacités et compétences en vue de percevoir un salaire ou une rémunération. Laquelle rémunération me permet et me permettra, ensuite, de continuer de satisfaire ou de faire face à d’autres obligations. Mais, aussi, de m’accorder quelques plaisirs ou de préparer certains projets ( comme, peut-être, prendre une place dans une machine à remonter le temps afin d’aller assister en direct à ce concert de Ted Nugent). De manière immédiate ou différée. En pouvant m’acquitter rapidement de la somme financière attendue. Ou en demandant et en obtenant un crédit que je m’engagerai, après signature d’un contrat, à rembourser régulièrement pendant un  certain laps de temps.

 

Il est d’autres sortes de travail que nous effectuons régulièrement en parallèle ou, aussi, un peu en même temps. Au « travail », nous continuons de penser à notre vie personnelle. Sauf si nous sommes trop absorbés par notre tâche ou notre « travail » par choix ou par contrainte.

 

Afin de vivre au mieux ce travail, il est préférable que celui-ci corresponde au mieux à nos croyances comme à la plus grande partie de nos valeurs. C’est encore plutôt le cas pour moi là où je travaille actuellement. Même si rien n’est parfait dans le monde du travail comme ailleurs.

Paris, octobre 2021.

 

 

Cependant, avant de reprendre « ce » travail demain, dois-je ranger tous les journaux que j’ai accumulés depuis plusieurs semaines et qui font plusieurs piles près de mon lit ? Alors que je les ai parcourus comme une souris grignoterait tous les rebords ( et un peu le cœur ) du pain sans s’attaquer aux tranches elles-mêmes.

Dois-je retranscrire au propre – et trier- les nombreuses notes que j’ai prises la semaine dernière lors de deux jours de formation professionnelle pour lesquelles j’ai choisi de revenir sur mes jours de vacances ? Deux jours de congés que je récupèrerai plus tard.

Dois-je d’ores et déjà commencer à préparer mon sac pour partir au travail demain vu que j’effectue une partie de mon trajet avec mon vélo ?

Pourrais-je, ce soir, me rendre à Paris, du côté de Mouffetard, à la dernière représentation d’une très grande artiste lors d’un spectacle de marionnettes ?

Pourrai-je rapidement, et correctement, écrire au moins deux autres articles après celui-ci :

Embrigadement  et Les principales vertus du combattant dont les idées me sont aussi advenues ce matin ? Sachant que je n’ai toujours pas rédigé d’article sur le ciné débat avec Jean-Gabriel Périot ; que je n’ai pas écrit d’article sur le dernier James Bond, Mourir peut attendre que je suis allé voir lundi matin ?

 

Dans les informations récentes que j’ai lues dans des journaux ( Le Monde, Le Figaro, Les Echos, Le Canard Enchainé, Charlie Hebdo, Le Parisien…) j’ai retenu qu’il y a aujourd’hui plus de 800 postes d’infirmières et d’infirmiers vacants dans les hôpitaux publics de la région parisienne. Le manque infirmier se fait beaucoup sentir sur les postes de nuit. Le Plan Ségur décidé par le gouvernement qui a accordé 183 euros de plus par mois à un certain nombre d’infirmières et d’infirmiers et la prochaine augmentation salariale qui devrait être effective à partir de la fin de ce mois dans les établissements de soins (et concerner aussi le personnel aide-soignant) n’a pas suffi à atténuer la dégradation des conditions de travail lancée il y a plus de vingt ans après des décisions gouvernementales et managériales successives et répétées.

 

Trois vaccins contre le Covid, d’après des études réalisées sur plus de vingt millions de personnes, ont démontré leur efficacité réelle contre le Covid ainsi que contre ses formes graves : les vaccins à ARN messager Pfizer et Moderna. Mais aussi le vaccin Astrazeneca , pourtant techniquement moins avancé et aussi moins bien réputé en raison de quelques effets secondaires graves reconnus ( thromboses…..). Cette information concernant l’efficacité avérée des vaccins anti-covid m’a néanmoins rassuré. Reste cette histoire de passe sanitaire désormais installée telle une ancre ou une enclume de plus en plus lourde, au fur et à mesure des jours, et qu’il va être de plus en plus difficile de soulever et de faire sortir de nos vies.

 

Au moins trois témoignages m’ont marqué parmi les parties civiles qui ont témoigné lors du procès des des attentats du 13 novembre 2015 qui continue de se dérouler.

Une femme qui, d’abord, s’est sentie illégitime en tant que victime, car non blessée physiquement, puis qui finit par dire qu’après l’attentat, elle n’a plus été en mesure de vivre comme auparavant et qui conclu, à propos des meurtriers des attentats :

« Ils m’ont tout pris ».

Le deuxième témoignage est celui d’une autre victime, un homme, au concert au bataclan avec son fils, qui a expliqué qu’avant de tirer- et de tuer- les terroristes avaient parlé du Président François Hollande, de la Syrie, pour justifier le fait de tirer ensuite sur les spectateurs du concert de ce jour-là. Mais que leur discours, toujours selon cet homme qui témoigne, sonnait faux. Les terroristes donnant l’impression d’être des « mauvais acteurs » récitant un texte appris par cœur mais auquel ils ne croyaient pas eux-mêmes comme s’ils étaient « sous captagon ».

Le troisième témoignage est celui d’un autre homme qui, s’adressant aux accusés, leur a dit que les terroristes s’étaient attaqués à des personnes qui n’avaient rien à voir avec les horreurs qui leur étaient reprochées (la guerre en Syrie ou autre). Mais, aussi que les terroristes s’en étaient pris à des personnes qui n’étaient pas des militaires (entraînés et armés). Et, il a demandé aux accusés s’il leur était arrivé, de rester couchés, pendant des heures, au milieu de cadavres dont les yeux les regardaient ?

 

Au milieu de tout ça, l’industrie nucléaire, malgré Fukushima, malgré Tchernobyl, malgré le livre La Supplication de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature il y a moins de cinq ans pour l’ensemble de son œuvre, a les faveurs du Président Macron afin de préparer  notre avenir en anticipant le tarissement  des gisements de pétrole prévu d’ici un demi-siècle.

 

En ce moment, sur certaines plages de Bretagne, les algues vertes toxiques dues à l’usage et au rejet intensif de certains engrais chimiques destinés à l’élevage, continuent d’abonder.  En pleine mer, suffisamment loin de tout ça, plusieurs de mes moniteurs de mon club d’apnée, avec quelques membres du club dont j’aurais pu faire partie comme lors des deux stages précédents, sont partis faire de la chasse sous-marine. Ils ont dû se mettre à l’eau vers 8h30 ou 9h avec leurs combinaisons de 5 à 7 mm de néoprène. Et, maintenant, ils ont dû rentrer et commencé à préparer leur repas fait d’une partie de leur pêche.

 

 

Voici pour le contexte.

 

 

 

Trois Maitres + Un

 

J’ai officiellement rencontré trois Maitres d’Arts Martiaux depuis la fin de l’année dernière :

 

Sensei Jean-Pierre Vignau. Sensei Léo Tamaki. Sensei Régis Soavi. Trois hommes. Trois vies différentes.  L’un, particulièrement chétif à sa naissance mais aussi lors des premières années de son enfance a été placé à l’assistance publique. Puis, a été adopté par un frère et une sœur agriculteurs. Le second, mi-Japonais, mi-européen a aussi un frère qui enseigne l’Aïkido dans le Val d’Oise et qui participe à ses divers projets avec martiaux ainsi que d’autres enseignants de son école : Aikido Kinshikai dont une antenne se trouve à quelques minutes à pied de mon domicile.

J’ai toujours le projet d’interviewer Sensei Léo Tamaki L’Apparition). 

 

Je connais « moins », pour l’instant, la biographie de Sensei Régis Soavi. Toutefois, des trois Maitres rencontrés, il est celui que j’ai rencontré avec une de ses filles. Laquelle,  Manon Soavi, est cet autre Maitre que je suggère dans le titre de cet article. Sensei Soavi, m’a aussi particulièrement interpellé en tant que père.

Parce-que je suis père d’une fille bien plus jeune que Manon, aujourd’hui mère et en couple. Mais aussi parce-que Sensei Soavi m’a appris que Manon n’avait pas été scolarisée.

Mais… comment a-t’elle fait pour apprendre à lire ? ai-je alors demandé. Sensei Soavi d’interpeller alors sa fille Manon:

” Manon, tu sais lire ?”. Celle-ci, située alors à plusieurs mètres de nous, en pleine discussion, a répondu : ” Quoi ?!”. 

Sensei Soavi de m’apprendre ensuite en souriant que Manon savait non seulement lire et écrire, parler Italien mais, qu’en plus, elle écrivait “même des livres”. Soit exactement l’inverse du modèle d’éducation et d’apprentissage que j’ai toujours connu. J’ai souvent eu besoin de prendre des cours avec un prof certifié pour débuter un nouvel apprentissage. Une amie m’en avait fait un jour la remarque. Il n’y a que pour écrire et la photographie ( mais je serais bien incapable de tirer mes propres photos avec un appareil photo non numérique) que je n’ai pas pris de cours. Et, à ce jour, je ne vis toujours pas économiquement, grâce à ces deux activités.  

Selon Sensei Soavi, “quand on aime son enfant”, on y arrive. C’était aussi simple et aussi évident que cela à l’entendre. J’aurais bien aimé avoir sa confiance. Une confiance d’autant plus établie que, concrètement, je voyais et vivais le résultat en temps réel. Ce dojo où je me trouvais. Et une de ses filles qui m’avait guidé durant ma séance de découverte. Alors que moi, je ne suis qu’au début de tout ça. Et, encore, si je m’y prends “bien”. Car, en tant que père, on peut beaucoup rater en se montrant trop volontaire.  

Même si je suis très loin de ce qu’a pu réaliser Sensei Soavi en tant que père,  je crois que la capacité de se conformer au système scolaire et social est un atout dont certaines et certains sont dépourvus. Plus pour des raisons de “comportement” ou d’histoire personnelle et émotionnelle que pour des raisons d’aptitude cognitive. Et, bien même si je suis  plus conformiste en tan que père que Sensei Soavi , je ne crois pas que toute la vie s’apprenne à l’école, dans les écoles, dans les livres ou dans les études.

Mais j’ai assez peu de mérite pour “savoir” cela. D’une part, j’ai grandi en prenant quelques mandales et semonces au moins paternelles qui réfutent totalement le théorème selon lequel il suffirait d’être poli, sérieux et gentil pour que nos quelques erreurs et bêtises supposées ou réelles nous soient magiquement pardonnées. D’autre part, être poli, sérieux et seulement gentil nous expose dans la vie à bien des retournements de situation défavorables. Enfin, mes études puis mon métier d’infirmier m’a un petit peu instruit quant au fait que le bonheur est une activité très concrète. Et qu’il ne se décide pas à nous choisir juste parce-que l’on aurait fait de très bonnes études ou que l’on disposerait du bon algorithme. Mais aussi, que l’on peut avoir des très bonnes notes lors de ses études d’infirmier, de médecine ou autres, et, en pratique, se révéler être une personne irascible, tyrannique, dispensable ou incompétente malgré le poste à haute responsabilité ou toute l’ancienneté qui peut être le nôtre ou la nôtre. 

Paris, Octobre 2021.

Pour ces raisons, ce que m’a laissé entrevoir Sensei Soavi de l’évolution de Manon depuis son enfance, ne pouvait que m’interpeller. En tant qu’individu mais aussi en tant que père. Car si je veux bien-sûr le meilleur pour ma fille, je me comporte aussi avec elle comme un militaire. La vie n’est pas que jolies licornes, douceur et gentillesse immédiates et sans arrières pensées où le temps s’est arrêté et nous laisse tout loisir d’inventer et de compter les jolies couleurs dans le ciel. Même s’il faut, évidemment, aussi, savoir s’offrir de tels moments. Mais pas n’importe comment. Pas n’importe quand. Et pas avec n’importe qui. 

 

Dans mon article Dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda/ séance découverte , je me demande si  Manon Soavi est déjà un Maitre.

 

 

Qu’il n’y ait aucune méprise :

 

Je ne connais pas le rituel, la cérémonie, le protocole ou le processus par lequel un être humain devient un Maitre. Je suis totalement ignorant de ce « passage » vers le statut de Maitre et, bien-sûr, des responsabilités que cela peut incomber. Car il ne suffit pas d’avoir le titre de Maitre. Il faut être Maitre. Et, cela est vrai pour toute responsabilité que l’on « incarne » ou que l’on prend.

 

Lorsque je parle de celui par lequel j’ai découvert et pratiqué le judo, Pascal Fleury, je dis mon « prof  de judo ». Cependant, je suis déjà retourné le saluer par affection dans son club ou ai pu participer à une ou deux séances de reprise et ai pu alors constater que, désormais, plusieurs – ou la plupart- de ses élèves l’appellent Sensei. Y compris Des élèves désormais plus avancés et plus gradés que moi en judo. Mais lorsque je l’ai connu, il y a plus de vingt ans, personne dans le club ne l’appelait Sensei. Tout en reconnaissant évidemment son autorité, son Savoir et son expérience.

 

 

J’écris, qu’à mon avis, Manon Soavi est aussi un Maitre car elle est beaucoup plus avancée que moi dans différents domaines. Même si j’ai arrêté de pratiquer le judo pendant une vingtaine d’années, j’ai néanmoins continué à apprendre à vivre. Mon regard et ma façon de penser, sur moi-même et sur les autres, a un petit peu évolué.

Gare de Cergy st-Christophe, octobre 2021.

 

 

L’âge, le sexe, la condition sociale d’origine, la formation universitaire ou scolaire reconnue ou officielle,  ni même l’habilité à savoir s’exprimer par écrit, par l’image ou par oral, n’est pas, pour moi, le critère le plus important pour définir un Maitre. Ces aspects ont leur importance ou peuvent en avoir une au départ, bien-sûr. Pour d’autres comme pour moi. Mais, ensuite, vient la pratique. Les faits. C’est ce que je vais « regarder » ou retenir pour me dire que telle personne est un Maitre ou en a, selon moi, les particularités. Que j’en parle ou non. Pour moi, un de mes moniteurs d’apnée, Y…actuellement en Bretagne, est l’équivalent d’un Maitre dans cette discipline qu’est l’apnée. Je ne lui en parlerai pas. Car il me répondrait qu’il n’en n’est pas question. Qu’il trouve ça exagéré. Ou qu’il n’a pas cette prétention. Pourtant, lorsque j’en ai parlé il y a quelques jours à une copine du club, elle a aussitôt abondé dans mon sens.

 

 

On ne dit et l’on n’écrit pas toujours ce qui peut nous marquer. Parce-que l’on n’y pense pas. Ou que l’on se concentre sur d’autres sujets que l’on voit comme plus importants à dire.

 

Par exemple, dans mon article Dojo Tenshin- Ecole Itsuo Tsuda/ Séance découverte, je n’ai pas écrit ces moments où, venant me corriger aimablement, Sensei Régis Soavi, a pu me montrer comment, par un tout petit changement d’attitude corporelle ( a very very little change), une attaque apparaissait inoffensive. Et, une autre, alarmante, appelant aussitôt une façon différente, plus précise, de réagir.

 

Il en est de même avec Sensei Manon Soavi avec qui j’ai participé à la séance avant hier matin. Je n’ai pas tout écrit. Et, cet article et les deux autres que j’écrirai peut-être

( Embrigadement  et Les principales vertus du combattant ) doivent autant une partie de mon inspiration à ma « rencontre » avec Sensei Jean-Pierre Vignau, Sensei Léo Tamaki, Sensei Régis Soavi. Qu’à Sensei Manon Soavi.

 

Lors d’une de mes rencontres avec lui, Jean-Pierre Vignau m’avait répondu :

 

« Appelle-moi, Jean-Pierre. Parce-que, pour m’appeler Sensei, il faut déjà que tu aies connu plusieurs Maitres ».

 

 

Paris, octobre 2021.

Lorsque j’étais allé assister  à un de ses stages, Léo Tamaki m’avait dit que je pouvais l’appeler Léo. (Dojo 5 ). 

 

Régis et Manon Soavi ne m’ont pas demandé de les appeler Sensei. Parmi tout ce qu’il m’a dit, Régis Soavi m’a aussi expliqué qu’il n’exigeait pas de ses élèves qu’ils portent d’emblée le Hakama. Que cela relevait de leur propre décision. Mais que, par contre, du jour où ils décidaient de le porter, qu’ils s’engageaient d’une façon particulière et qu’il ne pouvait y avoir de retour en arrière.

Concernant la ceinture, Sensei Régis Soavi m’a dit qu’il y avait pour lui deux ceintures. Une blanche. Une noire. Et, qu’à un moment donné, sans que cela soit tenu par une évaluation d’ordre didactique, il attribuait la ceinture noire. Ou pas sans doute…..

Lorsque Régis Soavi m’a expliqué ça, sûrement lors du petit-déjeuner d’après la séance, où, comme nous tous, il avait alors quitté sa tenue martiale, redevenant ainsi un simple civil, je n’ai pas eu besoin de sous-titres pour comprendre que c’était toujours  le Maitre d’Aïkido qui continuait de me parler au travers de la simple enveloppe civile et décontractée de Régis.

 

 

Sensei Manon Soavi , elle, est la seule avec laquelle, à ce jour, dans mon expérience très limitée, j’ai un peu pratiqué directement l’Aïkido. Le temps d’une séance. Ce n’est ni une débutante ni une inconnue de l’Aïkido.

 

 

Alors, je suis là à donner du Maitre. Et on peut se demander si je suis en pleine extase tel le pèlerin ou l’alpiniste se trouvant au pied d’une montagne sacrée dont il a pu rêver depuis des années. En outre, avec le réchauffement du permafrost, il y a plutôt intérêt à ne pas trop traîner pour débuter l’apprentissage de l’escalade. Après tant d’années passées à errer. Et, c’est là où je reprends la phrase de Sensei Jean-Pierre Vignau. Si je jouais sur ses termes, je pourrais me dire :

 

« ça y’est ! J’ai rencontré trois ou quatre Maitres, donc, maintenant, je peux dire Maitre ! ».

 

En fait, se hâter à dire Maitre revient un peu à se dépêcher de se châtrer et de se châtier soi-même. A prendre le mot « Maitre » dans son sens le plus avilissant pour l’Humanité. L’esclave devait et doit dire Maitre à celle ou celui qui le domine et qui a droit de vie et de mort sur lui et sa descendance. Or, les Maitres d’Arts martiaux que je désigne dans cet article- ainsi que les autres – seraient sûrement horrifiés si les élèves ou les disciples qui les appellent Maitre se comportaient d’eux-mêmes comme des esclaves devant leur pharaon. Ou comme des fans devant  leur Ted Nugent.

 

Aussi, que cela soit officiel : lorsque j’écris « Maitre », je ne parle pas de pharaons, d’empereurs ou de Cléopâtre devant lesquels, je devrais baisser les yeux et lécher le sol  où ils marchent. En remerciant une force supérieure de m’avoir autorisé à vivre cette expérience suprême. Et, en faisant de moi un peu l’équivalent du personnage particulièrement bien joué par l’acteur Samuel Jackson  dans le film Django Unchained de Quentin Tarantino. Soit un esclave noir si fervent de son Maitre esclavagiste (également très bien interprété par l’acteur  Léo Dicaprio) qu’il est prêt à mourir pour lui en dépit des multiples sévices que celui-ci et d’autres ont pu lui infliger dès sa naissance.

 

Cergy St-Christophe, fin septembre 2021, lors de la manifestation Cergy, soit !

 

La liberté :

 

 

Ce qui me marque beaucoup à parler de ces Maitres, c’est leur liberté. Chacun a bien sûr sa personnalité. Et, celle-ci tranche par rapport à celle des autres. Mais ces Maitres, d’une façon ou d’une autre, sont plus libres et semblent aussi plus épanouis que la majorité.

 

Une minorité d’individus, sur terre, concentre la majorité des richesses économiques et politiques sur terre. Les Maitres d’Arts martiaux font plutôt partie de ces minorités d’individus qui concentrent ou semblent concentrer, elles et eux, une « quantité », peut-être une majorité, de richesses morales, spirituelles et physiques sur terre. Mais ces derniers ( les Maitres d’Arts martiaux) peuvent être assez « ignorés » au profit de coaches, de consultations de « bien-être » les plus diverses, de salles de sport, de magazines, souvent féminins ou considérés comme du ressort de la presse dite féminine type Psychologie ou Biba ou autres, ou de « sorties » entre copains ou entre copines. Ce mode de vie a bien-sûr ses justifications. Sauf qu’il a une certaine tendance, à un moment donné, à tourner autour du pot lorsqu’il s’agit de vivre ou d’être une personne. Je vais prendre mon exemple :

 

Je peux continuer d’aller voir des quantités indénombrables de films et écrire ensuite à leur sujet. D’autant que depuis hier, par exemple, en m’inscrivant dans une médiathèque d’une autre ville que la mienne, j’ai un nouvel accès – illimité- à un certain nombre de prêts de dvds, de cds et de livres. Et, j’ai commencé par en emprunter 39 articles car il fallait bien « amortir » le coût de l’inscription à l’année, pour un « étranger » : 50 euros. Je savais très bien qu’un mois de prêt serait largement insuffisant pour regarder tous ces films et ces quelques séries télévisées. Mais, aussi, pour écouter avec présence cette dizaine de cds.

Cependant, même si j’y parviens, voir tous ces films, écrire à leur sujet, lire le plus possible de journaux et de livres (empruntés comme achetés) cela va-t’il suffire pour me rendre plus libre et plus épanoui ?

 

Même si j’ai la chance, par rapport à d’autres, de pouvoir prendre le temps de regarder des dvds et d’écouter des cds. Ainsi que, d’avoir  pu faire le nécessaire, en décidant de chercher un poste avec certains horaires de travail, pour pouvoir bénéficier de ce temps personnel. Mais aussi en décidant du nombre d’enfants pour lequel je serai père et à partir de quand dans ma vie.  

 

Donc, être Maitre, c’est sûrement, déjà, être suffisamment Maitre de son temps afin de pouvoir l’employer à ce qui nous importe le plus. Et, cela, de manière suffisamment satisfaisante pour soi et pour celles et ceux qui, ensuite, viennent régulièrement chercher et vivre ce temps commun.

 

Près de la gare d’Argenteuil, octobre 2021.

 

La difficulté

 

 

Toutefois, si je parle de Maitres d’Arts martiaux qui sont, pour tout pratiquant d’Art martial, les modèles ou les pionniers dont on s’inspire (j’aime, dans la traduction du mot Sensei lire que le Sensei est « celle ou celui qui est né(e ) avant), il faut aussi parler de celles et ceux qui les entourent. Les autres pratiquantes et pratiquants.

 

Face au sensei, on est un peu comme face à un miroir. Sauf que le reflet, la silhouette, l’idéal, la personnalité que l’on voit n’est pas le nôtre, pas la nôtre. Et, cela ne sera jamais. Car chaque personne est unique.  Néanmoins, on peut avoir tendance, si l’on admire un peu trop une Maitre ou un Maitre, si l’on colle beaucoup trop à son reflet ou à sa personnalité, à ne voir qu’elle ou lui ou à ne voir que par elle ou par lui. Et à négliger celles et ceux qui nous entourent. Plus avancés que nous, plutôt exemplaires. Mais aussi celles et ceux donnant à voir une pratique peu flatteuse et peu avantageuse  de la discipline. Il y a les pratiquantes et les pratiquants doués et expérimentés. Leur inverse existe aussi : peu doué, peu expérimenté, mais aussi expérimenté et pourtant peu doué. Ou très doué alors que peu expérimenté.

 

Etre un Maitre, ou aspirer à en devenir un, cela consistera sans doute à apprendre à accepter de composer avec au moins ces trois « difficultés ».

 

Celle du Maitre. Celle des autres pratiquantes et pratiquants qui « réussissent » mieux que nous ou qui sont « meilleurs » que nous. Celle des pratiquantes et pratiquants qui « patinent », qui « rament».

Et soi-même. Avec nos propres difficultés et facilités qui varient selon les périodes.

 

 

Je cite trois difficultés + une. Ces difficultés peuvent aussi être perçues comme les trois angles différents d’un problème ou d’une situation. On peut aussi remplacer le terme « difficultés » par le terme «  dimension ».  Nous vivons souvent dans à peine une dimension, voire deux. Et, encore. Je l’écris ici, assez intuitivement, et, aussi, pour l’avoir lu ou entendu.

 

Le titre de cet article est Trois Maitres + Un. Soit quatre possibilités, parce qu’une difficulté peut aussi devenir une possibilité,  que l’on peut rencontrer, que l’on rencontre, que l’on a rencontré, de vivre autrement, d’être autrement. Selon que l’on  décide. De Ranger des piles de journaux. De Préparer son sac de travail pour le lendemain. D’ écrire un article ou plusieurs. Ou de ne pas le faire. L’école Itsuo Tsuda de Sensei Régis Soavi enseigne le Non-Faire. Le Non-Faire, c’est le contraire de notre société. Il y a beaucoup de personnes de par le monde, en France comme ailleurs, pour lesquels ne rien faire est particulièrement violent. Cela reviendrait presque à vomir ses tripes après plusieurs cuites répétées.

 

Franck Unimon, ce jeudi 14 octobre 2021.

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