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La Profession infirmière

                                    La Profession infirmière

 

« Les deux tiers des soignants suspendus sont revenus au travail une fois vaccinĂ©s Â», a indiquĂ© Mardi le Ministre de la SantĂ©, Olivier VĂ©ran.

 

Nous sommes le mercredi 27 octobre 2021. Et, il est 23h19 alors que je commence la rĂ©daction de cet article dont j’ai eu l’idĂ©e ce matin en me levant. Cet article Ă©tait ma première idĂ©e. Deux autres sont arrivĂ©es ensuite. Mais, d’abord, j’ai tenu en prioritĂ© Ă  Ă©crire sur la quatrième idĂ©e. Sur le film d’animation MĂŞme les souris vont au paradis/ un film d’animation de Jan Bubenicek et Denisa Grimmova  vu samedi dernier lors du festival du cinĂ©ma tchèque. Car celui-ci est sorti aujourd’hui.

 

La journĂ©e est passĂ©e. J’ai pris du temps sur la rĂ©daction de mon article consacrĂ© Ă  MĂŞme les souris vont au paradis. Puis, ma compagne est partie chercher notre fille au centre de loisirs. Après son coucher, j’ai parcouru plusieurs journaux papier achetĂ©s le jour-mĂŞme :

 

Les Echos ; Le Canard EnchainĂ© ; Charlie Hebdo ; Le Parisien.

 

Et, me revoilĂ  au dessus du clavier.

 

« L’admiration et le respect Â» :

 

Je n’ai pas encore parcouru L’HumanitĂ© et le New York Times du jour. J’ai dĂ©laissĂ© le journal La Croix lors de l’achat des journaux. J’en ai eu pour un peu plus de 18 euros.  C’est un coĂ»t alors que plein d’informations circulent « gratuitement Â» et « librement Â» sur internet. Cette information selon laquelle «  les deux tiers des soignants suspendus sont revenus au travail une fois vaccinĂ©s Â», je l’avais lue incidemment sur le net alors que j’étais au travail. Hier, peut-ĂŞtre plutĂ´t qu’avant hier. Et, j’avais aussitĂ´t retenu cette information.

 

Parce-que je suis directement concerné en tant que soignant.

 

Je peux comprendre que la mĂŞme information ait Ă©chappĂ© Ă  beaucoup d’autres gens qui, vaccinĂ©s ou non contre le Covid, en ont assez d’entendre parler de vaccins, de Covid, de passe sanitaire et de pandĂ©mie. D’autant qu’il convient de rĂ©tablir une vĂ©ritĂ© qui date de bien avant la pandĂ©mie du Covid :

 

Si beaucoup de personnes admirent souvent les personnels soignants- ce qui n’empĂŞche pas par ailleurs d’insulter, de menacer, de dĂ©noncer, d’agresser ou de cracher sur ces mĂŞmes personnels soignants-  c’est aussi parce-que, dans la vie courante, la majoritĂ© des gens prĂ©fèrent aller au restaurant, dans une salle de concert ou au cinĂ©ma plutĂ´t que dans un hĂ´pital ou dans une clinique. Alors, savoir que des personnes a priori sensĂ©es et frĂ©quentables optent comme lieu de travail constant, jusqu’à leur dĂ©part Ă  la retraite ou jusqu’à leur mort pour l’hĂ´pital et la clinique, cela force l’admiration ou le respect.

Je peux aussi comprendre que cette dĂ©claration ( ” les deux tiers des soignants suspendus sont revenus au travail une fois vaccinĂ©s” ) soit passĂ©e inaperçue pour beaucoup de gens car nous sommes en pleines vacances de la Toussaint depuis bientĂ´t une semaine. Ceux qui le peuvent et qui le souhaitent sont partis en week-end prolongĂ© ou en congĂ©s. D’autant que, depuis quelques mois, nous pouvons Ă  nouveau ( depuis le 9 juin ? ) circuler Ă  peu près librement dans toute la France et dans un certain nombre de pays en dehors dès lors que l’on est vaccinĂ© contre le Covid et/ou que l’on peut prĂ©senter son pass sanitaire valide. Et, plus simplement, la pĂ©riode des vacances est une pĂ©riode oĂą, gĂ©nĂ©ralement, on a besoin de couper avec les “actualitĂ©s”. Je ne suis pas en vacances. C’est peut-ĂŞtre aussi pour cette raison que je suis tombĂ© aussi facilement sur cette dĂ©claration/information d’abord sur le net puis dans un journal. 

 

Ce mercredi, je retrouve cette information-dĂ©claration selon laquelle «  les deux tiers des soignants suspendus sont revenus au travail une fois vaccinĂ©s Â»  Ă©crite noir sur blanc dans le journal Les Echos . Un article concis et discret. Je l’ai aussi pris en photo.

Le journal ” Les Echos” de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

 

Pourquoi payer des journaux alors que l’on peut retrouver certaines informations gratuitement sur internet ?

 

Au moins parce qu’en payant, je lis encore à peu près ce que je veux lire dans des journaux. Au lieu de subir des thématiques d’informations ou publicitaires que je recevrais ensuite systématiquement parce-que, sur internet, j’aurais lu tel ou tel article s’y rapportant. La gratuité sur internet, mais aussi ailleurs, est souvent intéressée. Que cet intérêt soit partagé ou non.

 

J’achète aussi des journaux parce qu’en choisissant les journaux que j’achète, j’ai accès Ă  plus d’informations, dans diffĂ©rents domaines, que celles que j’obtiens et trouve sur internet ou dans les journaux gratuits mis Ă  notre « disposition Â» dans les gares.  Je suis aussi un « traditionnel Â» pour lequel le contact physique avec le papier du journal et du livre est nĂ©cessaire pour un meilleur plaisir de lecture. Je tiens un blog Ă  dĂ©faut de ne pas avoir de rubrique ( de chronique, plutĂ´t) dans un journal papier; une expĂ©rience que j’ai connue il y a plusieurs annĂ©es puis qui s’est interrompue pour raisons Ă©conomiques et, sans doute, usure du rĂ©dacteur en chef.

 

Alors, 18 euros dans des journaux, c’est un coût. Mais la gratuité peut être une économie trompeuse.

 

« Les deux tiers des soignants suspendus sont revenus au travail une fois vaccinĂ©s Â»

 

Dans cinq ans peut-être, cette phrase toute seule sera énigmatique pour beaucoup de ses lecteurs. Aujourd’hui, nous savons encore qu’il est question du vaccin contre le Covid.

 

Cela m’a soulagé de relire cette phrase- que j’avais lue sur internet- dans le journal Les Echos tout à l’heure. Non par plaisir de reparler du Covid, de la pandémie, des vaccins anti-Covid, des soignants suspendus pour refus de cette vaccination mais aussi pour refuser le passe sanitaire.

Mais parce-que c’était, pour moi, une information officielle et vérifiable. Il y a sans doute des gens qui considèreront qu’il ne faut pas se fier aux journaux d’une façon générale ou du journal Les Echos. Moi, malgré mes réserves envers le pass sanitaire, malgré mon acceptation tardive de la vaccination anti-Covid, je me fie à cette information dans le journal Les Echos. Je peux donc continuer mon article en partant de cette information.

 

Lorsqu’hier ou avant hier, au travail,  j’ai lu ce «  Les deux tiers des soignants suspendus sont revenus au travail une fois vaccinĂ©s Â», je l’ai gardĂ© pour moi. Pourtant, aussitĂ´t, j’ai vu dans cette phrase un sentiment de satisfaction. Et de victoire politique plus que de victoire sanitaire.

Il y a, de toute façon, en rĂ©gion parisienne, un peu plus de 800 postes infirmiers vacants. Et le retour de ces soignants qui retrouvent leur poste après leur vaccination ne comblera pas cette pĂ©nurie. Une pĂ©nurie chronique et  bien antĂ©rieure Ă  la pandĂ©mie du Covid. 

Page 6, du journal “LibĂ©ration” de ce mercredi 27 octobre 2021. Le Ministre de la SantĂ©, Olivier VĂ©ran, s’exprime.

 

 

Sans doute ai-je l’esprit mal tournĂ©. Sans doute que le Ministre de la SantĂ©, qui a prononcĂ© cette phrase  (ce que je n’avais pas remarquĂ© lorsque je l’avais lue sur internet) est-il fondamentalement sincère et avant tout rĂ©ellement concernĂ© par la SantĂ©, y compris celle des soignants. Cependant, dans ce rapport de force entre le gouvernement et certains soignants- une minoritĂ©- Ă  propos de cette vaccination anti-Covid dans le contexte de la pandĂ©mie du Covid, j’ai du mal Ă  croire Ă  une sincĂ©ritĂ© totalement dĂ©sintĂ©ressĂ©e du gouvernement.

 

Ma défiance ne vient pas de nulle part. Elle vient de ce que je vois, de ce que j’entends, de ce que je comprends et de ce que je vis depuis une trentaine d’années dans la profession infirmière.

 

La profession infirmière

 

J’ai obtenu mon diplôme d’Etat d’infirmier en 1989 après trente trois mois d’études. Il y a plus de trente ans. Les soignants de la génération de ma mère (ma mère était aide-soignante) faisaient souvent pratiquement toute leur carrière dans un même service. Voire dans deux. J’ai connu cinq établissements employeurs différents en bientôt trente ans d’expérience en Santé Mentale. En psychiatrie et en pédopsychiatrie. Sans compter les hôpitaux et les cliniques où, avant d’être titulaire, il avait pu m’arriver d’être intérimaire ou vacataire pour une journée ou pour une nuit. Pendant quelques années, j’ai aussi donné des cours à des étudiantes et étudiants infirmiers dans cinq ou six écoles ou instituts de soins infirmiers. En région parisienne.

 

Mon esprit « mal tournĂ© Â» Ă  l’encontre de cette phrase du Ministre de la SantĂ© actuel- qui n’existait pas Ă  un tel niveau politique lorsque j’ai dĂ©butĂ©- provient sĂ»rement de ce dĂ©calage entre lui et moi. Le temps. Les diffĂ©rents Ă©tablissements et services oĂą je suis passĂ©. Les collègues que j’ai connus et que je connais encore. Qu’ils soient restĂ©s en rĂ©gion parisienne ou soient partis en province. Des femmes. Des hommes. Des mères. Des pères. Des divorcĂ©(es). Des mariĂ©(es).  Des veuves. Mes expĂ©riences. Tout cela s’intercale, Ă  un moment ou Ă  un autre, entre moi et  des phrases. Qu’elles viennent d’un homme politique, d’un directeur d’hĂ´pital, d’un cadre ou d’un collègue.

 

 

J’ai dĂ» participer Ă  dix manifestations infirmières en plus de trente ans de diplĂ´me. Je me suis syndiquĂ© très tardivement. A plus de 45 ans. Je suis un adhĂ©rent syndiquĂ© qui paie sa cotisation. MĂŞme si je sollicite certaines fois « mon Â» syndicat pour avoir certaines rĂ©ponses, je ne suis pas un membre actif du syndicat mĂŞme si cela m’a Ă©tĂ© proposĂ©. Dans les services oĂą j’ai travaillĂ© et lĂ  oĂą je travaille, je me perçois comme un Ă©lĂ©ment modĂ©rateur. AffirmĂ©. Mais modĂ©rateur. Je n’aime pas les embrouilles Ă  deux balles. Je ne suis pas la personne la  mieux informĂ©e sur les  derniers ragots qui sont les combustibles du moment  dans un service.

 

 

Hier ou avant hier :

 

Hier ou avant hier, avec mes collègues infirmiers, nous avons discutĂ© du mĂ©tier. De la pĂ©nurie infirmière. Mes trois autres collègues infirmiers, mes aĂ®nĂ©s de plusieurs annĂ©es, sont plus proches de la retraite que moi. A deux mois ou deux ans de le retraite. Une femme. Deux hommes. Je suis, moi, selon les calculs, selon les projets, selon ce que j’estime raisonnable, Ă  8 ou 10 ans de la retraite. Si je tiens. Si cela vaut le coup et le coĂ»t. Si je vais suffisamment bien. Si j’ai encore suffisamment envie de ce travail. Pour l’instant, lĂ  oĂą je suis, j’ai envie de ce travail. 

 

 

La Revalorisation salariale

 

Un de mes collègues a affirmé sa certitude que la trop faible valorisation salariale expliquait la pénurie infirmière. Selon lui, si les infirmières et les infirmiers étaient mieux payés, beaucoup plus de personnes décideraient de faire des études d’infirmier.

 

Cette revendication est l’équivalente de la demande d’une augmentation du pouvoir d’achat que les gouvernements agitent rĂ©gulièrement devant nous qui devons faire des efforts pour joindre les deux bouts.

 

Le métier d’infirmier fait en effet partie des métiers sous-payés. Régulièrement, des collègues rappellent que l’évolution de salaire des personnels infirmiers n’a pas suivi l’évolution du coût de la vie. Il y a près de vingt ans, maintenant, une collègue ( sans enfant), mon aînée de quelques années, m’avait raconté qu’elle avait bien perçu la réduction de son pouvoir d’achat avec les années. Une collègue et qui, alors, habitait à dix minutes en voiture de notre lieu de travail.

 

Je ne vais donc pas contester le fait que l’augmentation salariale du mĂ©tier d’infirmier est nĂ©cessaire et plus que bienvenue. Ce Ă   quoi, on me rĂ©pondra que nous avons eu une prime exceptionnelle pouvant aller jusqu’à 1500 euros ( pour celles et ceux qui l’ont eu) l’annĂ©e dernière en juin ou juillet 2020. Pour rĂ©compenser nos efforts pendant les trois premiers mois de la pandĂ©mie du Covid et du confinement. Face au manque de matĂ©riel, au manque de personnel, aux heures de travail supplĂ©mentaires, Ă  la contamination par le Covid….

 

Prime Ă  laquelle s’est rajoutĂ©e le Plan SĂ©gur, soit une augmentation de 183 euros sur le salaire. J’ai oubliĂ© si c’est une prime ou une modification du traitement indiciaire. Et, une autre augmentation, un peu plus consĂ©quente, d’environ 300 ou 400 euros est prĂ©vue pour bientĂ´t, Ă  la fin de ce mois d’octobre, dans les lieux de soins. Dans les hĂ´pitaux. Dans les cliniques ?

Je n’ai pas bien compris si cette augmentation concerne les infirmiers de catĂ©gorie A comme les infirmiers de catĂ©gorie B. Je suis en catĂ©gorie B, la catĂ©gorie « historique Â». Une catĂ©gorie vouĂ©e Ă  disparaĂ®tre, considĂ©rĂ©e comme « active Â». Alors que la catĂ©gorie A, crĂ©Ă©e plus rĂ©cemment ( il y a environ 15 ans) classĂ©e comme « sĂ©dentaire Â» est en principe mieux payĂ©e mais aussi obligĂ©e de travailler plus longtemps que la B avant de pouvoir partir Ă  la retraite avec une pension complète. Depuis une dizaine d’annĂ©e, tous les nouveaux infirmiers diplĂ´mĂ©s sont d’emblĂ©e en catĂ©gorie A et ont, aussi, le niveau Licence. A mon « Ă©poque Â», le diplĂ´me d’Etat d’infirmier, obtenu en trente trois mois, correspondait Ă  un niveau BTS, ce qui Ă©quivaut Ă  un niveau Bac + 2.

 

Les infirmiers de catégorie A ont fait 36 mois d’études, je crois.

Le Ministre de la Santé, Olivier Véran, dans le journal Libération de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

AttractivitĂ© du mĂ©tier d’infirmier : Je ne crois pas Ă  la revalorisation salariale

 

Selon moi, une augmentation salariale serait évidemment plus qu’appréciée par l’ensemble de la profession déjà en fonction. Mais, ai-je dit à mon collègue, je ne crois pas que le fait d’augmenter le salaire des infirmiers ferait venir beaucoup plus de monde à la profession.

 

J’ai dit quelque chose comme :

 

« MĂŞme si tu augmentes le salaire de 1000 euros, il y a plein de gens qui refuseront de faire ce mĂ©tier. Ne serait-ce que parce qu’il y a beaucoup de gens qui n’ont pas envie de travailler dans le sang, le pipi et le caca Â».

 

Mon collègue était très sûr de lui. Payer plus cher les infirmiers amènerait plus de nouvelles et de nouveaux collègues.

Puis, de lui-mĂŞme, il nous raconte une de ses expĂ©riences, dans le service oĂą il travaillait prĂ©cĂ©demment, oĂą un bĂ©bĂ© Ă©tait mort dans ses bras. Et, oĂą un autre avait fait un infarctus dans ses bras. J’ai alors repris mon raisonnement :

 

« Tu vois, il y a des gens, mĂŞme si tu les paies 5000 euros par mois, ils ne voudront pas vivre ce genre de situation Â».

 

J’ai ensuite continué d’amener ce que je pense du métier. Je n’ai même pas eu envie de débattre du sujet de la vocation évoquée par ce même collègue, devenu infirmier par vocation.

 

La Vocation :

 

J’ai déjà dit et écrit ce que je pense de ce mot. Je comprends que des collègues l’emploient pour eux. Pour ma part, ce mot m’est insupportable.

 

Le stade  de la  Â« vocation Â» est justement celui qui permet de dĂ©considĂ©rer le mĂ©tier d’infirmier depuis des annĂ©es voire depuis des gĂ©nĂ©rations. N’oublions pas que nous vivons dans une sociĂ©tĂ© matĂ©rialiste ou tout est prĂ©texte Ă  faire de l’argent et Ă  en faire dĂ©penser. Et oĂą, travailler ou agir gratuitement, permet très facilement Ă  quelqu’un de faire des Ă©conomies ou du profit sur notre dos. 

 

Discours imaginaire que m’inspire la « vocation Â» :

 

« Untel a la vocation donc on peut le faire travailler comme un chien. Un verre d’eau, un peu de pain, cinq minutes pour sa pause dĂ©jeuner, le pipi et le lavage de main, et elle ou il repart. C’est vraiment bien, la vocation ! Â»

 

 

 

Extrait de l’article ” Hublo, et les heures sup dĂ©collent Ă  l’hosto” du journal ” Le Canard EnchainĂ©” de ce mercredi 27 octobre 2021.

Bien-sĂ»r, il est des institutions, il y a eu des institutions et des hiĂ©rarchies qui ont « respectĂ© Â» l’idĂ©e de la « vocation Â». Mais cela est fonction des services, des Ă©poques, des rĂ©gions, des personnalitĂ©s. Cela fait beaucoup de paramètres pour que soit respectĂ©e la « vocation Â». Malheureusement, ce que j’ai le plus souvent vu, c’est que le personnel soignant qui supporte d’être compressĂ© par des conditions de travail difficiles, de plus en plus difficiles, et qui reste fidèle au poste, sera de plus en plus compressĂ©. Sa charge de travail continuera d’augmenter au lieu de s’allĂ©ger si ce personnel attend d’autrui

(ses collègues, sa hiérarchie ou son institution) que cette charge de travail s’allège d’elle-même.

 

A moins d’avoir des horaires de travail de bureau, les horaires de travail du personnel infirmier peuvent ĂŞtre très contraignantes. Il y a des personnes qui veulent ĂŞtre de repos tous les samedis et les dimanches, les jours fĂ©riĂ©s et dormir chez eux la nuit. Ou qui veulent pouvoir se lever les matins Ă  7h. A 7 heures du matin,  Ă  l’hĂ´pital, il y a des infirmiers qui terminent leur nuit de travail. Et d’autres qui ont dĂ©jĂ  commencĂ© leur journĂ©e de travail. On peut d’abord se dire qu’en commençant Ă  7 heures du matin ou un peu avant, que cela permet de terminer sa journĂ©e de travail plus tĂ´t. C’est vrai. Mais la fatigue nous suit aussi avec les annĂ©es.

 

Et puis, notre société a changé ainsi que la façon de s’impliquer dans le métier.

Haut de l’article prĂ©cĂ©dent. Dans le journal ” Le Canard EnchaĂ®nĂ©” de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

 

La sociĂ©tĂ© a changĂ© ainsi que la façon de s’impliquer dans le mĂ©tier :

 

Lorsque j’ai commencé à travailler comme infirmier par intérim ou en tant que vacataire, toute infirmière et tout infirmier que je croisais était titulaire de son poste quelque part. Peu importe la spécialité, que ce soit en soins somatiques ou en psychiatrie, de jour ou de nuit. Toutes les camarades et les camarades de ma promotion, des promotions précédentes et suivantes, aspiraient à avoir un poste de titulaire.

 

Depuis cinq ou dix ans, au moins, il est devenu frĂ©quent de croiser des infirmières et des infirmiers diplĂ´mĂ©s depuis moins de cinq ans qui font uniquement de l’intĂ©rim et/ou des vacations. Ou, en psychiatrie adulte, de voir des infirmières et des infirmiers quitter assez rapidement- avant cinq ans d’exercice- les services d’hospitalisation psychiatriques  pour, par exemple, des postes dans des CMP ( centre mĂ©dico-psychologiques). 

 Â« Avant Â», il Ă©tait plus courant que les jeunes diplĂ´mĂ©s ou les personnes qui venaient d’obtenir un poste y restent plus de cinq ans.

 

Ce qui n’a pas changĂ© :

 

Ce qui n’a pas changé, c’est la grande féminisation du métier. Cette féminisation explique selon moi, en partie, la raison pour laquelle, aussi, le métier d’infirmier est mal payé.

 

J’étais resté sur le chiffre de 78 pour cent de femmes dans la profession infirmière. Notre collègue infirmière a tenu à dire que, tout de même, le métier s’était masculinisé. J’ai admis que cela s’était partiellement produit. Sans doute dans certains services plutôt que dans d’autres. Mais que lorsque l’on regardait dans l’ensemble, la profession infirmière reste majoritairement féminine. En psychiatrie, par exemple, l’équipe infirmière avec laquelle j’ai débuté dans le service où j’ai été titularisé, au début des années 90, était parfaitement mixte et constituée de collègues qui avaient entre cinq et dix ans d’expérience professionnelle. Du personnel infirmier autant masculin que féminin sur une équipe de 14 ou 15 infirmiers.

 

Il y avait peut-être même 8 infirmiers pour 7 infirmières. Il faut aussi rappeler qu’à cette époque le diplôme d’infirmier psy (ISP) existait encore. Et, sans doute que ce diplôme attirait plus d’hommes que le diplôme d’Etat d’infirmier que j’ai passé.

Trois ans plus tard, dans le même service, plusieurs collègues masculins étaient partis. L’équipe s’était non seulement féminisée mais aussi rajeunie. Des collègues infirmières tout juste diplômées venaient remplacer des collègues soit masculins et expérimentés, ou des collègues féminins mais tout autant expérimentés.

 

C’était il y a plus de vingt ans, maintenant. Il n’y a qu’aujourd’hui, dans le service oĂą je travaille depuis moins d’un an, donc plus de vingt ans plus tard,  oĂą j’ai retrouvĂ© une Ă©quipe, cette fois,  plus masculine que fĂ©minine.

 

Les conditions de travail dans bien des services n’ont pas changĂ©. Car, lorsque l’on parle de « changement Â» d’une situation, c’est pour parler des amĂ©liorations.

 

Il y a sûrement eu des améliorations en matériel, en formation. Mais en conditions de travail des infirmiers, cela s’est plutôt dégradé. C’était déjà limite il y a vingt ou trente ans dans certains services. Aujourd’hui, c’est pire. Et, avant la pandémie du Covid.

 

 

Le choix des jeunes infirmiers diplômés en faveur de l’intérim s’explique pour moi de cette façon. On peut voir l’intérim comme le moyen de se faire une expérience dans différents établissements afin de bien arrêter son choix sur un service et un établissement à un moment donné. Cela arrive encore. Mais ce recours à l’intérim, souvent, lorsque j’en ai parlé avec des intérimaires venant travailler dans le service où j’étais en poste, était justifié par la possibilité de décider de son planning. Et, aussi, de pouvoir partir très vite d’un service si cela déplaisait ou était trop difficile.

 

Mais c’est mieux de donner quelques exemples de ce que ce métier peut provoquer comme engagement chez les professionnels qui l’exercent.

Je mets une partie de la première page du journal ” Le Parisien” de ce mercredi 27 octobre 2021 pour deux raisons. La première est pour la sĂ©rie “Germinal” qui bĂ©nĂ©ficie de très bonnes critiques. Avec, au premier plan, l’acteur qui avait un des rĂ´les principaux dans la très bonne sĂ©rie policière ” Engrenages”. S’il vaut mieux, pour sa survie et sa santĂ©, ĂŞtre infirmier que mineur, je me demande quels points communs on peut trouver malgrĂ© tout entre le travail de mineur et celui d’infirmier lorsque certaines conditions de travail deviennent particulièrement difficiles. Ensuite, il y a cette interview de StĂ©phane Bancel, patron de Moderna. Dans cette interview, on reparle du Covid et des vaccins contre le Covid. La fabrication du vaccin Moderna, son efficacitĂ© officiellement dĂ©montrĂ©e contre le Covid associĂ©e Ă  la rĂ©ussite Ă©conomique de StĂ©phane Bancel lui confère une “autoritĂ©” officieuse pour donner son avis sur la vaccination pour les jeunes enfants, sujet hautement sensible. Peut-ĂŞtre StĂ©phane Bancel a-t’il raison. Mais pour qui se prend-il pour s’avancer de cette manière alors qu’il n’est pas Ministre de la SantĂ© ?! Il a le droit de penser qu’il faut ou que l’on peut vacciner les jeunes enfants contre le Covid avec le Moderna. Par contre, ce n’est pas Ă  lui de souffler au gouvernement ce qu’il doit dĂ©cider ou faire en matière de vaccination infantile. Mais il se le permet ici, fort de son succès personnel et Ă©conomique avec le vaccin Moderna. A lire son interview, StĂ©phane Bancel se rajoute Ă  la longue liste de toutes celles et ceux qui sont très sĂ»rs d’eux concernant la façon de s’y prendre avec le Covid et la pandĂ©mie. En lisant son interview, on apprend que, selon lui, si ” les gens font leur rappel, je pense qu’Ă  partir de l’Ă©tĂ© 2022, ils retrouveront une vie complètement normale (…..) Les non-vaccinĂ©s, eux, courent toujours un risque”. Soit une autre façon de dire que tout est sous contrĂ´le avec le vaccin Moderna. Mais, aussi, qu’il est possible de pratiquement tout contrĂ´ler dans la vie.

 

Le don de soi et le sens du Devoir :

 

Dans le mĂ©tier d’infirmier, comme dans d’autres mĂ©tiers, celle ou celui qui fera bien plus que ce qui lui est demandĂ© aura le privilège de s’esquinter Ă  ses risques et pĂ©rils. S’il ou si elle a la chance d’avoir des collègues et une hiĂ©rarchie engagĂ©s Ă  ses cĂ´tĂ©s, le professionnel trouvera des soutiens et des compensations. Cependant, en tant que soignant, confier sa santĂ© Ă  la chance alors que par ailleurs, celles et ceux qui dĂ©cident des conditions dans lesquelles nous devons travailler, eux, s’en remettent Ă  des chiffres pour Ă©valuer notre travail, c’est très mal prendre soin de soi.

 

Les chiffres, certains chiffres, peuvent ĂŞtre des repères. Sauf que ce sont certains chiffres, plutĂ´t que d’autres, qui sont retenus comme critères prioritaires. Et, ces chiffres choisis deviennent des empires irrĂ©vocables. Il est question de faire des Ă©conomies. Alors, on ferme des lits. On remplace moins le personnel. Ailleurs, on Ă©tablit que, finalement, il y a besoin de moins de personnel qu’il n’y en a. Et, comme le personnel soignant est un personnel capable de donner beaucoup de lui-mĂŞme, et au delĂ  de lui-mĂŞme, en continuant de toucher le mĂŞme salaire, le compte est bon pour celles et ceux qui dĂ©cident quels chiffres il faut regarder en prioritĂ© pour gĂ©rer un service. Ailleurs, le personnel peut  accepter de toucher plus d’argent en Ă©tant moins nombreux. Ce qui n’est pas forcĂ©ment mieux. Mais il est volontaire. Or, on le sait, le volontariat est un gage de “bonne santĂ©” au travail. Jamais, bien-sĂ»r, le fait de gagner de l’argent ou d’avoir besoin de gagner suffisamment ou sensiblement plus d’argent, au dĂ©triment de sa santĂ© et de sa vie privĂ©e, n’oblige ou ne contraint qui que ce soit Ă  ĂŞtre volontaire pour accepter de beaucoup ( trop) travailler. Ou de simplement continuer de travailler alors que des conditions de travail se dĂ©gradent. 

Il y a maintenant un mois bientĂ´t, j’ai discutĂ© avec un infirmier, un peu plus plus âgĂ© que moi, qui, en plus de son poste de titulaire dans un hĂ´pital semi-privĂ© ou privĂ©, fait des vacations Ă  cĂ´tĂ© dans deux ou trois autres Ă©tablissements. Sa femme, Ă©galement infirmière, travaillait aussi beaucoup m’a-t’il appris mĂŞme si moins que lui. Il faisait ça depuis des annĂ©es, maintenant.

Pragmatique, celui-ci m’a expliquĂ© :

” J’ai besoin de gagner 5000 Ă  6000 euros par mois afin de conserver un certain mode de vie”. “Cela m’a permis de rembourser en moins de dix ans ( au lieu de 15 ou 16 ans) mon crĂ©dit immobilier. Maintenant, j’ai un grand appartement sur Paris”. 

Lui et sa femme, sans enfants, avaient achetĂ© cet appartement il y a Ă  peu près une dizaine d’annĂ©es. Auparavant, ils logeaient tous les deux dans une location qu’ils avaient obtenu grâce Ă  l’Ă©quivalent du 1 pour cent patronal. D’oĂą un loyer plus “doux” que ceux pratiquĂ©s depuis Ă  peu près une vingtaine d’annĂ©es, maintenant. Au fait, j’ai lu dans le supplĂ©ment gratuit du journal ” Les Echos” de ce mercredi 27 octobre 2021 que :

” 743 000 personnes sont en attente d’un logement social en Ă®le-de-France”.

Le supplĂ©ment gratuit du journal ” Les Echos” de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

 

Dans cet article intitulĂ© 92 Des Ă©lus de gauche contre la crise du logement en Ile-de-France, on peut aussi lire que

” Cette crise touche aussi les foyers issus de la classe moyenne, dont les revenus sont trop Ă©levĂ©s pour espĂ©rer obtenir un logement social et trop faibles pour accĂ©der Ă  la propriĂ©tĂ© Ă  Paris ou dans la petite couronne. 

C’est le cas notamment des fonctionnaires territoriaux, ou des infirmiers, qui ne peuvent pas toujours loger près de leur lieu de travail, explique Jacqueline Belhomme, maire de Malakoff”. 

Si l’on n’agit pas, ils seront 1 million Ă  la fin du mandat municipal“, annonce Michel LeprĂŞtre, prĂ©sident de l’intercommunalitĂ© Grand Orly Seine Bièvre ( Val-de-Marne). 

La première page du journal ” Les Echos” de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

C’est aussi en première page de ce numĂ©ro du journal Les Echos que l’on apprend le ” triomphe boursier de la voiture Ă©lectrique Tesla” du PDG amĂ©ricain Elon Musk. Et qu’avec ” 1.OOO milliards de dollars de capitalisation boursière, Tesla vaut dĂ©sormais davantage que tous les constructeurs traditionnels rĂ©unis. Et cent fois plus que le français Renault ( premier constructeur automobile français)”. A la page 18, le journal Les Echos nous raconte le parcours d’Elon Musk jusqu’Ă  son succès en bourse depuis la cotation de l’entreprise Tesla en 2010. Il y a 11 ans. 

Dans un autre article, sur la mĂŞme page du journal Les Echos, on peut lire Elon Musk, l’homme qui vaut plus que Nike Ă  lui tout seul. Puis, juste en dessous :

” Le patron de Tesla est dĂ©sormais l’homme le plus riche de la planète, avec une fortune estimĂ©e Ă  289 milliards de dollars”. 

Le journal ” Les Echos” de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

En comparaison, avec ses 5000 Ă  6000 euros par mois, cet infirmier qui a pu, avec sa femme, en cumulant les heures de travail par-ci, par-lĂ , en plus de son poste titulaire, se payer son grand appartement Ă  Paris en moins de dix ans, apparaĂ®t d’un seul coup bien plus que microscopique. Pourtant, j’ai trouvĂ© les choix de cet infirmier et de sa femme plutĂ´t exemplaires. En termes d’anticipation et de rĂ©alisme. Lui qui avait pu me dire aussi que travailler autant, pour gagner aussi “bien” sa vie, avait aussi nĂ©cessitĂ©, nĂ©cessitait de sa part, des sacrifices. Mais qu’il ne les regrettait pas. Ce que je pouvais comprendre- sans tout Ă  fait l’envier- puisque, devant moi, il Ă©tait encore suffisamment bien portant. Et qu’il avait pu se payer, avec sa femme, l’appartement qu’il souhaitait. Mais aussi des croisières. Certains investissements immobiliers dans son pays d’origine. Des repas dans des restaurants. Quelques jours plus tard, pour fĂŞter son anniversaire, il avait un repas prĂ©vu dans un restaurant en haut de la Tour Montparnasse. “Un très bon restaurant”, m’avait-il dit. Je n’ai pas encore regardĂ© les prix de ce restaurant. Mais j’imagine que ce restaurant est plus cher qu’un repas dans un restaurant kebab ou dans un Mac Do. 

Au dĂ©but de ma carrière, et mĂŞme avant l’obtention de mon diplĂ´me d’infirmier lorsque mon niveau d’Ă©tudes (dès la fin de ma première annĂ©e d’Ă©tudes), m’avait donnĂ© l’Ă©quivalence du diplĂ´me d’aide soignant, j’avais commencĂ© Ă  rencontrer, lors de vacations effectuĂ©es dans des cliniques, des infirmières et des infirmiers titulaires et qui, en parallèle, travaillaient dans un autre Ă©tablissement. Pour payer leurs impĂ´ts. Pour rembourser les crĂ©dits de leur maison.

C’Ă©tait il y a plus de trente ans. J’avais 20 ou 21 ans. 

Le salaire d’une infirmière, aujourd’hui, au plus haut, après trente ans d’anciennetĂ©, c’est souvent moins de 3000 euros tous les mois. Allez, disons 3500 euros par mois en poussant très fort. Si l’on ajoute les primes. Les Ă©ventuelles nĂ©gociations de salaire. Si l’on travaille dans le privĂ©, avec les week-end travaillĂ©s, les jours fĂ©riĂ©s travaillĂ©s. Selon les horaires que l’on fait. Et, encore, il est possible que des collègues me disent que je suis optimiste. Je touche moins de 3000 euros par mois après bientĂ´t trente ans d’activitĂ© professionnelle . Sans les primes. J’habite dans une ville de banlieue, dans le Val d’Oise, Ă  Argenteuil. Une ville situĂ©e Ă  11 minutes de la gare de Paris St Lazare par le train direct. Et  qui n’est pas connue pour ĂŞtre la plus chère au mètre carrĂ© dès lors qu’il s’agit d’acheter dans l’immobilier. Y compris dans le Val d’Oise. 

 

Entre l’exemple de la rĂ©ussite d’un Elon Musk; celle de ce collègue infirmier qui tourne tous les mois Ă  5000 ou 6000 euros avec son emploi fixe et ses vacations Ă  cĂ´tĂ©; et moi avec mon salaire, moindre, on a dĂ©ja trois mondes, trois modes de vie, très violemment diffĂ©rents. Et trois salaires aussi très violemment opposĂ©s. Pourtant, tous les trois, Elon Musk, ce collègue infirmier et moi, nous sommes travailleurs.

Mais la valeur ajoutée au travail que, chacun, nous produisons, est très différente.

Pourtant, que ces  secteurs dans lequel Elon Musk Ă©volue, dans lequel StĂ©phane Bancel, PDG de Moderna, Ă©volue, ou celui dans lequel, le collègue infirmier Ă  5000-6000 euros et moi, nous Ă©voluons, tous ces secteurs ont leur utilitĂ©. Mais d’après certains chiffres, l’entreprise d’Elon Musk et celle que reprĂ©sente StĂ©phane Bancel ont beaucoup plus d’importance et beaucoup plus de valeur boursière et commerciale que celle ” l’hĂ´pital, la clinique, un lieu de soins” dans laquelle ce collègue infirmier, moi et beaucoup d’autres Ă©voluons. D’après certaines valeurs ( commerciales, boursières et autres), ce collègue infirmier et moi, dès lors que nous avons fait le choix de devenir et de rester infirmiers, nous avons dĂ©cidĂ© d’accepter de faire partie des ratĂ©s du monde et de la sociĂ©tĂ©.

 

Et, si ce collègue infirmier et moi, au regard de ces chiffres, sommes dĂ©ja des personnes et des travailleurs dĂ©risoires, il existe encore des milliers, des millions de personnes plutĂ´t ( dans le milieu infirmier, hospitalier, en clinique, dans des services mĂ©dico-sociaux ou dans d’autres sphères professionnelles rĂ©munĂ©rĂ©es) qui sont encore bien plus dĂ©favorisĂ©es que nous. Et qui sont donc encore plus dĂ©considĂ©rĂ©es que nous. 

 

Aujourd’hui, et depuis des annĂ©es, les mondes d’Elon Musk et de StĂ©phane Bancel sont supposĂ©s reprĂ©senter les seuls mondes valables de la modernitĂ© et du futur. Ce collègue infirmier et moi, et beaucoup d’autres, avec ou sans notre blouse, sommes supposĂ©s reprĂ©senter un monde ancien. Donc dĂ©passĂ©. Donc contournable. Donc dispensable. Il faut une pandĂ©mie, une crise ou une catastrophe extrĂŞme, spĂ©ciale ou Ă©pouvantable (des attentats, un tsunami, un gĂ©nocide, une guerre, une catastrophe nuclĂ©aire, un tremblement de terre, une inondation exceptionnelle avec beaucoup de morts….) pour se rappeler que des professions et des mĂ©tiers ( pas seulement soignants) anciens et traditionnels ont aussi leur importance dans une sociĂ©tĂ© qui se dit et se veut moderne, Ă©voluĂ©e, libre et dĂ©mocratique. 

 

Or, nous sommes dans une sociĂ©tĂ© pour laquelle ĂŞtre moderne, cela signifie ĂŞtre amnĂ©sique; avoir une mĂ©moire partielle et sĂ©lective, briquer certains chiffres, administrer et s’agenouiller seulement devant une horreur plus grande, plus incontournable et plus durable que la nĂ´tre. 

 

D’autres chiffres, nĂ©anmoins, restent des chiffres fantĂ´mes. Inexistants. Ils n’apparaissent jamais. Le mĂ©tier d’infirmier fait partie des mĂ©tiers apaisants, curatifs mais aussi prĂ©ventifs et rĂ©gulateurs d’une sociĂ©tĂ©. Combien de suicides Ă©vitĂ©s, combien de meurtres et d’agressions Ă©vitĂ©s parce-qu’ un patient a Ă©tĂ© bien reçu, a pu ĂŞtre bien soignĂ© par des soignants suffisamment en forme, suffisamment nombreux, disponibles et attachĂ©s Ă  leur mĂ©tier ?

 

Ce genre de chiffres n’apparaĂ®t pas. Ils n’existent pas. Ce travail ne compte pas. On nous parle, Ă  l’hĂ´pital, d’écrire ce que nous faisons. Mais, d’une part, on ne peut pas tout Ă©crire. On ne peut pas Ă©crire et faire et vivre. D’autre part, pourquoi Ă©crire Ă  des personnes qui, de toutes façons, savent surtout voir et lire certains chiffres en particulier ?!

 

 

Je terminerai avec le chiffre deux.

 

Le journal ” LibĂ©ration” de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

Le chiffre deux :

Il y a deux ou trois semaines, maintenant, j’ai participĂ© Ă  une formation. Son but Ă©tait de prĂ©senter l’institution aux nouveaux arrivants qu’elle emploie. Nouveaux arrivants dont je fais partie. Cela m’a donnĂ© l’occasion de dĂ©couvrir de nouveaux lieux mais aussi de rencontrer d’autres personnes employĂ©es Ă©galement par l’institution.Dont Sue….mère de plusieurs enfants, qui doit avoir au moins deux enfants. Sue est agent administratif dans l’institution. Cependant, en discutant avec elle vers la fin de la formation, j’ai appris qu’elle avait Ă©tĂ© aide-soignante pendant près de 15 ans. Dans un service de gĂ©riatrie ou un EHPAD. En quelques minutes, elle m’a alors racontĂ© comment les mercredis, au lieu d’être trois aides soignantes, elle se retrouvait toute seule pour faire les toilettes des patients. Les patients Ă  soulever. L’épaule qui s’abĂ®me. L’arrĂŞt de travail. L’obligation de se faire opĂ©rer. Le chirurgien qui lui dit :

 

« Si vous reprenez le travail, je serai obligĂ© de vous opĂ©rer l’autre Ă©paule Â».

Les dĂ©marches ensuite aux Prudhommes. Des dĂ©marches difficiles, longues, qui ne lui ont pas tout fait donnĂ© raison. La perte irrĂ©versible d’une partie de la mobilitĂ© de son Ă©paule. 

 

Ce qu’il  y a de notable pour moi, en plus de la destruction de son corps et de son moral, c’est que cette histoire, je sais qu’elle a dĂ©jĂ  existĂ© il y a vingt ou trente ans. J’ai dĂ©jĂ  fait des toilettes. J’ai portĂ© et soulevĂ© des patientes et des patients pour faire des toilettes dans un service de gĂ©riatrie. C’est beaucoup plus difficile Ă  porter que les chiffres avec lesquels on nous tape dessus depuis des annĂ©es.

 

Ensuite, il y a Dei…une ancienne collègue que j’ai connue il y a vingt ans dans un de mes prĂ©cĂ©dents services. Dans un service de soins et d’accueil urgents en pĂ©dopsychiatrie. Dei habite et travaille maintenant dans le sud de la France. Son travail lui plait beaucoup. A seulement dix minutes en voiture de chez elle.

« De toute façon, j’ai toujours Ă©tĂ© dans des services près de chez moi Â» me dit-elle.

 

Dei… est infirmière dans un service gĂ©riatrie. Des journĂ©es de travail de 12 heures. Ce qu’elle aime beaucoup, c’est le « relationnel Â» avec les patients. Et transmettre aux autres collègues. Elle me dit que travailler en pĂ©dopsychiatrie lui a beaucoup appris. Je comprends.

Je sais aussi, depuis trente ans, que s’il y avait plus de personnel dans les services de gériatrie, ce serait très gratifiant d’y travailler pour le relationnel. Mais, classiquement, les services de gériatrie manquent de personnel depuis trente ans. Les jeunes infirmiers diplômés fuient les services de gériatrie.

 

 Lorsque Dei travaille, elle est responsable de….84 patients rĂ©partis sur trois services. Dei…m’explique, de bonne humeur, que dans chacun des services, il y a trois aides-soignantes. Divisons 84 par trois, cela donne quoi ? 28 patients par service.

Je n’ai pas poussé pour demander à Dei…si les patients sont suffisamment valides pour se déplacer ou pour se laver en toute autonomie. Déjà, pour moi, une infirmière toute seule pour 84 patients, pendant 12 heures, il y a quelque chose qui cloche. Mais c’est normal. Et ça, ça ne dérange pas nos grands vertébrés des chiffres.

Je ne connaissais pas ce chiffre de 84 patients pour une infirmière avant que Dei…ne me le donne. Malheureusement, ce chiffre comme celui de 3 aides soignantes pour 28 patients ne m’étonne pas, ne m’étonne plus. Avec ce que j’ai pu connaĂ®tre ou entendre ailleurs. Alors que je devrais ĂŞtre Ă©tonnĂ©. Mais, mĂŞme pour moi, ce chiffre est devenu « normal Â». Ensuite, lorsque cela dĂ©rapera, si ça dĂ©rape, on nous parlera de maltraitance d’une soignante ou du personnel.

 

Je lui demande : ” Il y a toujours des kilos de mĂ©dicaments Ă  donner aux patients ?”. Dei semble alors rĂ©aliser : ” Ah, lĂ , lĂ . C’est vrai qu’il y a beaucoup de mĂ©dicaments Ă  donner…”. Trente ans sont passĂ©s pourtant depuis la dernière fois oĂą j’ai travaillĂ© dans un service de gĂ©riatrie. 

 

Sur ses 12 heures de travail, Dei…me dit sans amertume que, normalement, elles/ils ont droit Ă  « deux heures de pause Â». Mais que, vu le travail Ă  faire, elles/ils ne peuvent jamais prendre ces deux heures de pause.

OĂą sont nos grands pratiquants du chiffre ? Qu’attendent-ils pour rapidement corriger ce genre de dĂ©sordre ? Comment peuvent-ils accepter que ça continue ? Sans doute que ces chiffres-lĂ  ne leur ont pas Ă©tĂ© communiquĂ©s ou ne leur parlent pas. Sans doute aussi que ce que connaissent Dei…et ses collègues font partie des exceptions. Dans tous les autres services de gĂ©riatrie de France, c’est certainement beaucoup mieux.

 

Mieux ? Dei m’apprend que, lorsqu’elle reprend le travail après plusieurs jours de repos, qu’elle arrive Ă  6h30.( Au lieu de 7h30 qui est son horaire de dĂ©but normal). Afin de pouvoir bien prendre le temps de lire les dossiers des patients. Je l’écoute. Je ne dis rien. Dei…est heureuse comme ça. Cela fait un peu plus de trois ans qu’elle travaille lĂ .  Elle ne souffre pas. Et, tout le monde est content. Celles et ceux qui pelotent leurs chiffres en permanence et qui font une bonne affaire en Ă©tant dispensĂ©s de rĂ©munĂ©rer tout ce travail abattu gratis par Dei et toutes les infirmières et les personnels soignants et mĂ©dicaux-sociaux qui lui ressemblent et qui se comptent par….mince, je n’ai pas les chiffres. Donc, ça ne compte pas.

Dei m’apprend aussi que plusieurs de ses collègues ont prĂ©fĂ©rĂ© quitter le service. PlutĂ´t que de devoir accepter de se faire vacciner contre le Covid. Elle ne sait pas oĂą ces anciennes collègues sont parties travailler. Ni comment elles s’en sortent financièrement…. 

Ma compagne, Ă©galement infirmière, a Ă©tĂ© suspendue il y a quelques semaines pour avoir maintenu son refus de la vaccination anti-Covid  ainsi que du pass sanitaire. Elle a touchĂ© son salaire du mois d’octobre tout Ă  l’heure. Le gouvernement a appliquĂ© ce qu’il avait annoncĂ© cet Ă©tĂ© en cas de persistance du refus des soignants de se faire vacciner contre le Covid Ă  compter du 15 octobre 2021. Ma compagne a touchĂ© pour ce mois d’octobre la somme de 246 euros.

La première page du journal L’HumanitĂ© de ce mercredi 27 octobre 2021 nous montre ( Ă  Dieppe) ” des gilets jaunes déçus des mesures du gouvernement ( qui) relancent le mouvement“. Avec ce titre :

Pouvoir d’Achat ” Trois ans après, c’est pire”. En dernière page du journal L’HumanitĂ©, un article intitulĂ© Catherine Corsini porte la parole des soignants raconte le passage Ă  la rĂ©daction de la rĂ©alisatrice dont le dernier film, La Fracturesorti ce mercredi, raconte, en passant par un service d’urgence hospitalier, les “violences policières” et la “lutte des classes”. 

Le journal ” L’HumanitĂ©” de ce mercredi 27 octobre 2021.

Le Journal L’HumanitĂ©

 

Après avoir Ă©voquĂ© Elon Musk , lequel incarne le fracas de la rĂ©ussite sociale et Ă©conomique, et du monde de la bourse et de l’entreprise,  cette image du journal l’HumanitĂ© nous ramène Ă  un mĂ©dia, emblĂ©matique du Parti communiste français mais aussi d’un monde tous deux dĂ©suets, conquĂ©rants hiers ( autant qu’un Elon Musk aujourd’hui) mais qui feraient maintenant trainer leur extinction depuis très ( trop) longtemps.   LĂ  aussi, le contraste est très violent entre la vie de ces gilets jaunes ( dont quelques tĂ©moignages dans le journal L’HumanitĂ© nous expliquent qu’ils doivent survivre chaque mois avec des sommes comprises entre 830 et 1200 euros par mois) et les triomphes financiers ( et autres) au lance-flammes d’un Elon Musk. Ou d’un StĂ©phane Bancel, PDG de Moderna. 

Devant cette première page de L’HumanitĂ©, comme les quelques autres fois oĂą j’ai pu le lire, mes sentiments restent partagĂ©s. Je ne sais pas si le journal est vraiment sincère et aussi optimiste et combattif que je devrais l’ĂŞtre ou que j’aurais dĂ» toujours l’ĂŞtre.

Je ne sais pas si  les causes qu’il embrasse sont des causes qui ressemblent Ă  des causes largement perdues d’avance parce-que le journal lui-mĂŞme a l’air de tenter le tout pour le tout pour survivre. Et qu’il n’a pas les moyens – auxquels il essaie encore de croire- pour vĂ©ritablement rĂ©sister et changer la donne d’une situation ou d’une cause. 

Je ne sais donc pas qui, ici, des gilets jaunes, qui avaient crĂ©Ă© un mouvement ( qui avait surpris beaucoup  de “monde” au sein des partis politiques, des syndicats et les mĂ©dia) de contestation sociale, durable, très populaire et très influent il y a trois ans, ou du journal L’HumanitĂ©, a le plus besoin de l’autre ?

Le journal l’HumanitĂ© qui persiste dans une contrĂ©e, une croyance et un langage annexes dont beaucoup de monde a oubliĂ© ou rejetĂ© l’usage et l’existence ?

Ou le mouvement des gilets jaunes qui, lui, s’Ă©tait retrouvĂ© privĂ© de ses appels d’air par l’instauration des mesures gouvernementales de confinement, de couvre-feu, de restriction de dĂ©placement gĂ©ographique et d’interdictions de rassemblement pour cause, officiellement, d’urgence sanitaire en raison de la pandĂ©mie du Covid Ă  partir du mois de mars 2020 ?   ( voir Gilets jaunes, samedi 14 mars 2020)

Pourtant, bien des infirmières et des infirmiers pourraient se reconnaĂ®tre dans cet article du journal de l’HumanitĂ© Ă  propos des gilets jaunes comme dans ce titre : ” MĂŞme avec deux salaires, c’est difficile”.

Journal de l’HumanitĂ© de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

Mais, peut-ĂŞtre que plus que sa mise en page et son langage ringards, que ce qui est le plus reprochĂ© instinctivement Ă  l’HumanitĂ©, c’est la dĂ©faite, la fuite ou la trahison d’une vraie gauche sociale, humanitaire et universelle en laquelle beaucoup trop d’entre nous ont fait l’erreur de croire.

Une faute que le journal L’HumanitĂ© porte plus que d’autres mĂ©dia sur ses colonnes. Telle la croix que le Christ a dĂ» porter lui-mĂŞme. A ceci près que le Christ, s’il a souffert sur le trajet de son supplice, s’il a agonisĂ©,  a bien fini par partir. MĂŞme si, c’Ă©tait pour, officiellement, revenir et ressusciter ensuite. Alors que le journal L’HumanitĂ©, lui, mĂŞme crucifiĂ©, dĂ©savouĂ© et dĂ©sertifiĂ©, ne trĂ©passe pas.

 

Le pass sanitaire 

 

Le pass sanitaire, lui, devait s’arrĂŞter en novembre de cette annĂ©e. DĂ©sormais, le gouvernement parle , pour cause de “vigilance sanitaire”, d’une prolongation du pass sanitaire jusqu’en juin 2022. Ce qui impliquera, bien-sĂ»r, de devoir rester Ă  jour question vaccination anti-Covid. Et, donc, sans doute pour des millions de Français de recevoir une troisième injection de vaccin anti-Covid entre-temps. On a l’impression que depuis le premier confinement, le gouvernement passe rĂ©gulièrement son temps Ă  demander aux Français de faire plus d’efforts pour le mettre Ă  l’aise, lui. Afin qu’il puisse garder une bonne marge de manoeuvre, confortable, afin de fournir de son cĂ´tĂ© assez peu d’efforts. Ou pour donner l’illusion et se donner l’illusion qu’il fait de grands efforts lorsqu’il fait quelques gestes. On dirait presque que le gouvernement souffre beaucoup plus que les Français de la pandĂ©mie du Covid et de toutes les mesures restrictives qui en ont dĂ©coulĂ© depuis l’annĂ©e dernière. Et que c’est plus au chevet du gouvernement qu’il faudrait ĂŞtre qu’Ă  celui des Français. 

 

Dans le journal Les Echos de ce mercredi 27 octobre 2021, Ă  nouveau, le philosophe Gaspard Koenig, prĂ©sident du think tank GenerationLibre s’exprime sur le sujet de la longĂ©vitĂ© du pass sanitaire dans son article intitulĂ© Vigilance sanitaire et privation de libertĂ©s. 

Le journal ” Les Echos” de ce mercredi 27 octobre 2021.

 

Dans cet article, Koenig Ă©crit entre-autres :

” (….) Pourtant, le gouvernement envisage le renforcement du passe, en le conditionnant Ă  une troisième dose, en donnant aux directeurs d’Ă©cole des pouvoirs de vĂ©rification ( charmante conception de l’instruction publique) ( ….)”.

 

” (…..) Le ministre de la SantĂ©, qui s’engageait encore en janvier dernier devant la Commission des lois Ă  ne pas recourir au passe, explique aujourd’hui que celui-ci restera en vigueur tant que ” le Covid ne disparaĂ®t pas de nos vies”. Autant dire pour toujours. Car la “vigilance sanitaire” pourra indĂ©finiment ĂŞtre justifiĂ©e par un nouveau variant ou sous-variant, une reprise Ă©pidĂ©mique ici ou lĂ , une Ă©nième dose de rappel, ou simplement la probabilitĂ© d’apparition d’un nouveau virus. Si l’on accepte ce raisonnement, on discutera bientĂ´t de vigilance sĂ©curitaire ou environnementale. On nous privera de libertĂ© ” au cas oĂą”. François Sureau Ă©voque dĂ©ja la “dĂ©rive autoritaire” de nos sociĂ©tĂ©s ( …..)”.

 

” (…) Le plus grand danger est celui de l’accoutumance. LassĂ©s de ces dĂ©bats anxiogènes, la plupart de nos concitoyens se rĂ©signent. Nous nous habituons Ă  demander une autorisation pour vivre notre vie et Ă  nous fliquer les uns les autres. Le gouvernement trouve bien pratique de nous laisser un fil Ă  la patte : pourquoi nous Ă©pargner une servitude que nous semblons rechercher ? (….)”. 

La “variation” infirmière

 

Bien-sĂ»r, Sue, l’ancienne aide-soignante, et Dei et toutes celles et tous ceux qui ont travaillĂ© ou qui travaillent dans des conditions Ă  peu près Ă©quivalentes, si on leur prĂ©sente un micro se sentiront souvent illĂ©gitimes pour donner leur avis. Ou seront mal Ă  l’aise pour exprimer ce qu’un Ministre, un directeur d’hĂ´pital, une psychologue ou un mĂ©decin pourra ou saura dire s’il a ou si elle a Ă  s’exprimer Ă  propos de son propre travail. Donc, lĂ , aussi, ce qu’ont vĂ©cu ou vivent Sue et Dei au travail, dans un service de gĂ©riatrie ou dans un autre service Ă  l’hĂ´pital ou dans une clinique, ça ne compte pas. ça n’existe pas. Il n’y a pas de chiffres pour ça. On va me parler du nombre des arrĂŞts de travail. Mais toutes les fois oĂą Sue, avant de se dĂ©molir l’Ă©paule, avait trop portĂ© ou s’Ă©tait retrouvĂ©e seule. Toutes les fois oĂą Dei a acceptĂ© l’inacceptable qu’elle trouve tellement normal qu’elle ne m’en a pas parlĂ©. Cela n’est pas comptabilisĂ©. Cette comptabilitĂ© destructrice se dĂ©compte dans le corps et dans le moral des soignants.

 

La profession infirmière, une profession qui avance, Ă©clairĂ©e par des chiffres qui lui tombent dessus, avec lesquels elle doit faire. Et se taire. Telle une femme battue qui va s’en prendre une si elle se met Ă  parler et Ă  penser. 

 

Franck Unimon, Jeudi 28 octobre 2021.

 

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MĂŞme les souris vont au paradis/ un film d’animation de Jan Bubenicek et Denisa Grimmova

Même les souris vont au paradis/ un film d’animation de Jan Bubenicek et Denisa Grimmova

 En salles Ă  partir de ce mercredi 27 octobre 2021. (Je prĂ©sente mes excuses aux deux rĂ©alisateurs pour avoir un peu « francisĂ© Â» l’orthographe de leur nom de famille).

Parfois, ma fille me demande de chanter, de pratiquer certains jeux avec elle ou de lui raconter une histoire drôle. C’est à nouveau arrivé samedi dernier alors que nous marchions vers la gare. Je lui faisais la surprise de l’emmener voir le film d’animation tchèque Même les souris vont au paradis à Paris, au cinéma Les 3 Luxembourg. Celui-ci faisait partie de la programmation du festival du cinéma tchèque qui a eu lieu du 22 au 24 octobre. Jamila Ouzahir, l’attachée de presse avec laquelle je travaille régulièrement, m’avait fait parvenir des informations concernant ce festival du cinéma tchèque qui allait se tenir. Et, La directrice du festival, Markéta Hodouskova ( je présente à nouveau mes excuses pour le fait de franciser un peu son nom ) a bien voulu nous inviter, ma fille et moi, pour cette séance.

A droite, Markéta Hodouskova ( directrice du festival du cinéma tchèque). Au milieu, le producteur Vladimir Lhotak. A gauche, le producteur Alexandre Charlet. Au cinéma Les 3 Luxembourg, 67 rue Monsieur le Prince, Paris, 6ème. Samedi 23 octobre 2021.

Adultes, avec ou sans enfants, nous pouvons souvent nous concentrer beaucoup sur ce que nous prĂ©parons. Quel que soit le projet, nous Ă©voluons alors au moins dans deux temporalitĂ©s ou dans deux dimensions qu’il s’agit de faire coĂŻncider. Un certain nombre d’actions et de fonctions qui contribuent Ă  la rĂ©alisation effective de notre projet. Des actions et des fonctions si familières que nous les faisons souvent sans sourciller, de manière automatique dans l’ordre ou dans le dĂ©sordre : marcher, faire la vaisselle, prendre un repas, se moucher, s’habiller, se doucher, rĂ©cupĂ©rer nos clĂ©s d’appartement, fermer une porte, Ă©teindre la lumière, se brosser les dents, partir.

Tout ça pour arriver à notre action principale, proprement dite qui, ici, consistait à être à l’heure pour la séance à 15h, en se rendant au bon cinéma.

 

Puis, comme c’est le cas dans toute cette organisation usuelle, mais aussi très théorique et individuelle, arrive souvent l’imprévu. Insolite, heureux, amusant ou désagréable. Cela peut être un événement que l’on observe à la périphérie, dont on est le témoin ou la victime.

Ce peut-ĂŞtre aussi un Ă©vĂ©nement dont on est le papa. Car un vĂ©ritable enfant, et qui se comporte comme tel, mĂŞme si l’on a choisi de le  concevoir, qu’on l’a voulu et qu’on l’avait donc « prĂ©vu Â», c’est un cortège d’imprĂ©vus Ă  lui tout seul. Les enfants nous font rĂ©gulièrement entrer dans la 3D que l’on y soit prĂŞt ou non. Que l’on aime improviser ou pas. 

Je considère donc que lorsque l’on vit avec un enfant, que lorsque l’on est avec un enfant, qu’il faut disposer d’au minimum trois cerveaux en activitĂ© ou qui disposent de la particularitĂ© de pouvoir, assez rapidement, nous faire dĂ©coller afin de pouvoir nous transporter jusqu’au lieu ou dans la dimension oĂą l’action et l’Ă©motion principale culminent. 

Me mettre Ă  chanter…. je suis en train de penser au billet de train Ă  acheter. A l’heure oĂą nous aurons un train. Au temps du trajet. Au parcours que je visualise. A des calculs plus ou moins compliquĂ©s afin d’Ă©valuer si nous serons Ă  l’heure car ma fille a voulu , ce n’Ă©tait pas prĂ©vu , aller Ă  la mĂ©diathèque, je ne pouvais pas refuser. En descendant son vĂ©lo, ça aussi, ce n’Ă©tait pas prĂ©vu, je ne pouvais pas refuser. Et, lĂ , ma fille voudrait que je chante comme elle vient de le faire alors que nous marchons main dans la main vers la gare…

Je n’ai rien contre le fait de chanter mĂŞme si, malheureusement, je chante encore très faux. Mais en entendant la requĂŞte de ma fille qui venait de m’interprĂ©ter une chanson, je me suis aussitĂ´t retrouvĂ© aphone. Cela me rappelle ma première thĂ©rapeute, qui, après que je lui aie racontĂ© des moments sensibles et importants de ma vie me demandait :

« Et, qu’est-ce que tu ressens ? Â». Ma voix restait alors sur place. Mon cerveau, lui, enregistrait bien sur son registre l’écho de la question. Puis, cet Ă©cho, tombait, inerte et abandonnĂ©, devant le tombeau qu’était instantanĂ©ment devenu mon cerveau sans que je ne parvienne Ă  lever le moindre petit doigt. Tandis qu’interdit, je me dĂ©couvrais complètement infirme et momifiĂ© devant une question aussi simple. 

Adultes, nous sommes souvent récompensés lorsque nous avons un cerveau bien dressé.

Un enfant, un film d’animation, pour pouvoir bien se sentir avec lui ou devant lui, nécessite d’avoir encore en soi suffisamment de parties de notre cerveau non dressées.

Non, dans MĂŞme les souris vont au paradis, il n’y a pas de chant. Si vous le pensez maintenant, sans avoir vu le film, c’est parce-que je parle tellement de chant depuis le dĂ©but de cet article, que, d’une certaine façon, et bien malgrĂ© moi,  j’ai presque “dressĂ©” ou habituĂ© votre cerveau Ă  penser ou Ă  croire qu’il est question de chants dans cette oeuvre. 

 

Le Cinéma les 3 Luxembourg, samedi 23 octobre 2021, Paris 6ème. Le producteur Alexandre Charlet.

 

Ceci est un paradoxe vivant : les deux expĂ©riences, « faire Â» un enfant, « faire un film d’animation»

( Ă©crire un article ?),  pour qu’elles rĂ©ussissent dans les grandes lignes, nĂ©cessitent tout de mĂŞme au moins deux aptitudes contraires. Voire davantage.

Organiser, ĂŞtre dressĂ© et dresser. Mais aussi pouvoir permettre, dans une grande confiance et avec un fort sentiment d’optimisme, l’expression de l’inverse. Le chaos, c’est peut-ĂŞtre lorsque l’une de ces deux actions l’emporte trop aveuglĂ©ment, trop longuement et trop durement sur l’autre.

A gauche, Whizzy, face Ă  elle, Ă  droite, Whitbelly.

 

Samedi, après la projection de MĂŞme les souris vont au paradis, les enfants dans la salle ont aimĂ© poser des questions aux deux producteurs prĂ©sents. MĂŞme les souris vont au paradis est le rĂ©sultat d’une coproduction composĂ©e de plusieurs cerveaux europĂ©ens en provenance de la RĂ©publique tchèque, de la France, de la Belgique et de la Slovaquie. Mais j’ai aussi entendu parler d’une partie du travail qui avait Ă©tĂ© effectuĂ©e en Pologne.

 

Les producteurs Vladimir Lhotak ( tchèque) et Alexandre Charlet ( français) Ă©taient prĂ©sents, samedi. Deux hommes, deux adultes, deux professionnels, deux techniciens. Mais aussi, sans doute, deux grands enfants. Deux grands enfants qui ont pris la peine de prĂ©venir, avant la projection :

“Certaines scènes peuvent faire peur dans MĂŞme les souris vont au paradis mais, Ă  la fin, cela se termine bien”.

J’avais déjà eu l’occasion de croiser des réalisatrices et des réalisateurs de courts métrages d’animation. Et, je m’étais déjà demandé de quoi était fait leur ordinaire. Comment ceux-ci parvenaient-ils à vivre au quotidien en maintenant, vivante et active, en eux, une telle part d’enfance ?

Alexandre Charlet a spontanĂ©ment rĂ©pondu Ă  cette question que je n’ai pas posĂ©e.J’étais peut-ĂŞtre redevenu parfaitement aphone sous l’effet de mon cerveau très bien dressĂ©. D’ailleurs, après la sĂ©ance, j’ai Ă©tĂ© incapable de dire autre chose que  ” J’ai bien aimĂ©”. Je n’avais rien d’autre Ă  dire. Je suis restĂ© lĂ , quelques minutes, Ă  cĂ´tĂ© des deux producteurs et de MarkĂ©ta Hodouskova, Ă  Ă©couter.  J’ai Ă©tĂ© totalement incapable ( ou inapte) de saisir la proposition d’interviewer les deux producteurs. Proposition que MarkĂ©ta Hodouskova m’a faite Ă  deux reprises mais que j’ai dĂ©clinĂ© en Ă©tant assez embarrassĂ©. Au point qu’elle s’est peut-ĂŞtre demandĂ©e qui Ă©tait ce journaliste timorĂ© que j’incarnais.

La technique des films d’animation, d’une façon gĂ©nĂ©rale, me livre Ă  ma petitesse. Je ne suis pas technicien. Je ne prĂ©tends pas avoir ce genre de compĂ©tences. Je ne sais pas dessiner. Je suis Ă©patĂ© par les mondes mais aussi le coup d’oeil que peuvent proposer des dessinateurs “traditionnels”. Alors, des rĂ©alisateurs et des concepteurs de films d’animation….

J’ai besoin de croire dans les questions que je pose. Or, avec les films d’animation, on est souvent entre deux ou trois extrĂŞmes : d’un cĂ´tĂ©, une très haute technicitĂ© et une très grande habilitĂ©. Au milieu, une très forte crĂ©ativitĂ©. Et, Ă  l’autre bout de la chaine, de l’Ă©motion et de l’enfance en grandes quantitĂ©s et sur de grandes surfaces : celles que l’on peut se permettre de voir et de retrouver en soi. 

Il y a sans doute des gens, qui, comme lorsqu’ils se rendent Ă  l’opĂ©ra, y vont comme s’il s’agissait d’une expĂ©rience ordinaire qui consiste Ă  manger des chips, des cacahuètes ou Ă  appuyer sur une chasse d’eau dans les toilettes. Je crois vivre ce genre d’expĂ©rience, mais aussi mes relations dans la vraie vie en gĂ©nĂ©ral, un petit peu diffĂ©remment. Je les prends assez frontalement. Soit je me barricade , m’illusionne,  ou ne vois d’abord rien. Soit cela m’Ă©treint tout de suite de près, et, ensuite, si je veux pouvoir Ă©crire, j’ai d’abord besoin d’assimiler ce que j’ai vĂ©cu. Je n’ai pas l’aptitude mondaine-  oui, c’est une aptitude– de certaines personnes Ă  parler de tout et de rien. Cela se voit tout de suite que je ne suis pas dans le sujet dont on discute ou que je ne suis pas raccord. 

Au cinéma les 3 Luxembourg, le producteur Alexandre Charlet, Paris 6ème. samedi 23 octobre 2021.

 

Le producteur français de MĂŞme les souris vont au paradis, Alexandre Charlet, la quarantaine, m’a touchĂ© lorsqu’il a dit ĂŞtre triste de voir que le film d’animation Le sommet des dieux rĂ©alisĂ© par Patrick Imbert ( sorti en salles le 21 septembre 2021) Ă©tait aussi peu vu. Une affiche de ce film d’animation Ă©tait visible dans le cinĂ©ma en sortant de la salle. Cela m’a rappelĂ© que j’avais lu de très bons Ă©chos Ă  son propos et, aussi, que je ne l’avais pas vu. 

J’ai aussi Ă©tĂ© surpris lorsqu’Alexandre Charlet a dit, après la projection, avoir Ă  nouveau eu les larmes aux yeux, lorsque, dans MĂŞme les souris vont au paradis, le renard Whitbelly se « jette Â» devant la trop arrogante et inconsciente Whizzy pour la protĂ©ger lors d’un certain passage. Car Alexandre Charlet a dĂ» voir et dĂ©tailler ce film un certain nombre de fois. En tant que producteur, technicien et en tant que personne. Donc, entendre qu’il continuait de ressentir une telle Ă©motion devant ce passage Ă©tait pour moi surprenant. 

 

J’ai dĂ©jĂ  pleurĂ© devant un film. Je n’ai pas pleurĂ© devant MĂŞme les souris vont au paradis. De mĂŞme que je ne suis pas parvenu Ă  chanter en prenant le train avec ma fille pour la sĂ©ance. Mon cerveau trop bien dressĂ© l’a sans doute emportĂ©, ce samedi.  Mais il m’a aussi permis, malgrĂ© ma fatigue, samedi -car j’étais fatiguĂ©- de nous faire arriver Ă  l’heure Ă  la sĂ©ance de MĂŞme les souris vont au paradis.

 

J’ai aimĂ© ce film d’animation qui parle de nos peurs, du courage, du sacrifice, du deuil, de la mĂ©moire, de l’amour pour nos parents mais aussi pour nos enfants, de la loyautĂ©, de l’amitiĂ©, de l’inconnu, de la mort, de la vie après la mort, de l’existence d’une seconde chance pour tenter de raccommoder nos erreurs et nos pensĂ©es passĂ©es. 

Je ne me suis pas endormi pendant la sĂ©ance. J’ai vu ma fille pleurer silencieusement Ă  deux reprises. J’ai mĂ©morisĂ© la première fois et ce qui se passait alors sur l’Ă©cran. J’ai aussi pris la main de ma fille dans la mienne. Plus tard, elle m’a confirmĂ© avoir beaucoup aimĂ© ce film d’animation.

Le producteur Alexandre Charlet explique ce que c’est que filmer en stop motion avant la projection de ” MĂŞme les souris vont au paradis”. Ce samedi 23 octobre 2021 au cinĂ©ma Les 3 Luxembourg, Paris 6ème. A droite, MarkĂ©ta Hodouskova.

 

MĂŞme les souris vont au paradis a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© principalement en stop motion. Le producteur Alexandre Charlet avait expliquĂ© en quoi cela consistait avant le dĂ©but de la projection. Le film d’animation comporte plus de 120 000 images a-t’il Ă©tĂ© rĂ©pondu lors du dĂ©bat qui a suivi.

 

 

Le rĂ©sumĂ© de MĂŞme les souris vont au paradis  dans le programme du festival commence ainsi :

 

« Après un malencontreux accident, une jeune souris au caractère bien trempĂ© et un renardeau plutĂ´t renfermĂ© se retrouvent au paradis des animaux. Dans ce monde nouveau, ils doivent se dĂ©barrasser de leurs instincts naturels et suivre un parcours semĂ© d’embĂ»ches vers une vie nouvelle Â».

 

Le seul aspect qui me dĂ©range dans l’histoire comme dans ce rĂ©sumĂ©, c’est le principe de se dĂ©barrasser «  de leurs instincts naturels Â». J’ai dĂ©jĂ  vu ce concept dans un autre film d’animation et j’ai du mal Ă  y croire. Alors, je prĂ©fère remplacer les termes « instincts naturels Â» par le mot Â«prĂ©jugĂ©s». Cela me semble plus juste et plus rĂ©aliste. Parce-que c’est Ă  cela que mon cerveau dressĂ© d’adulte peut croire. Je ne vais quand mĂŞme pas raconter Ă  ma fille qu’elle peut devenir amie avec une hyène dans la sociĂ©tĂ© humaine ou dans la nature. Je vais plutĂ´t essayer de lui apprendre Ă  la reconnaĂ®tre sous ses diffĂ©rents aspects et ses diffĂ©rentes intonations. Et, autant que possible, comment Ă©chapper Ă  la hyène ou se dĂ©fendre contre elle. 

A gauche, Markéta Hodouskova et le producteur tchèque, samedi 23 octobre 2021, au cinéma les 3 Luxembourg, Paris 6ème, lors du festival du cinéma tchèque.

 

Hormis ça, je suis bien sĂ»r content d’ ĂŞtre venu. Cette annĂ©e, je n’avais pas la disponibilitĂ© pour voir d’autres oeuvres qui ont Ă©tĂ© projetĂ©es lors de ce festival du cinĂ©ma tchèque.

Je suis aussi content d’avoir un peu entendu parler Tchèque après la projection. MĂŞme si je ne connais pas cette langue et ne suis jamais allĂ© dans ces rĂ©gions oĂą l’on parle Tchèque.

Je recommande d’aller voir MĂŞme les souris vont au paradis que l’on soit un enfant ou un adulte. Et, cela, qu’on aille le dĂ©couvrir avec ou sans enfants.

Adulte, on peut prĂ©fĂ©rer aller le voir tout seul. Surtout que certains enfants sont capables de vous demander de chanter pendant la sĂ©ance. Ou, d’autres, de vous regarder pleurer et de vous demander ensuite de manière très dĂ©sagrĂ©able :

«  Mais qu’est-ce qui t’arrive ?! Â».

 

Mais, entraĂ®nĂ© par mon cerveau dressĂ© pour composer cet article, j’avais dĂ©ja oubliĂ© presque le principal dans cet article. J’avais demandĂ© Ă  ma fille de faire un dessin ou de m’Ă©crire ce qu’elle avait pensĂ© de MĂŞme les souris vont au paradis.Voici ce qu’elle avait Ă©crit le lendemain  : 

«  C’est sympa de voir une souris qui est amie avec un renard. Mais c’est triste de voir Gros Croc tuer le père de Whizzy. Mais si j’étais Whitebelly, je saurais dĂ©jĂ  qu’être attachĂ© Ă  Whizzy, je pense que ce ne serait pas pratique du tout. Â» ( Emmi).

Franck Unimon, ce mercredi 27 octobre 2021. ( avec la participation d’Emmi). 

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Pour les Poissons Rouges

Jay-Z, Basquiat et Beyoncé à Paris, au Châtelet

Paris, 19 octobre 2021, le matin.

 

                          Jay-Z, Basquiat et BeyoncĂ© Ă  Chatelet, ce mois d’octobre 2021

C’est un petit peu une histoire de boulangerie. Non pas que je vous roule dans la farine. Mais parce qu’après une nuit de travail, il y a quelques jours, j’ai repris mon vĂ©lo pour bifurquer jusqu’à celle qui est ma boulangerie prĂ©fĂ©rĂ©e. Mais aussi mon secret. Pour les croissants au beurre et les pains au chocolat. Je vous en dirai moins sur elle que « sur Â» Jay-Z et BeyoncĂ©. Bien que je la connaisse davantage que ces deux-lĂ . Je connais davantage l’image de Jay-Z et BeyoncĂ© que ce qu’ils sont vĂ©ritablement ou ont rĂ©alisĂ© en tant qu’artistes, commerçants ou citoyens. C’est le propre des « stars» d’être beaucoup connues pour et par leur image Ă  la suite d’un ou de plusieurs Ă©vĂ©nements auxquels ils ont contribuĂ© ou participĂ©. Par ailleurs, c’est sans doute souvent comme ça aussi :

 

On parle beaucoup mieux et plus longtemps de ce que l’on ne connaît pas. Ce que l’on connaît vraiment, c’est d’une telle évidence pour soi qu’on ne le mentionne que très rarement. Et puis, parler seulement de ce que l’on ne connaît pas permet de distraire celles et ceux qui nous regardent et nous écoutent tout en conservant nos secrets que ceux-ci voudraient pourtant peut-être bien connaître.

 

Après un passage dans « ma Â» boulangerie oĂą tout est fait sur place, les pâtisseries originales, le pain avec de la farine de kamut, d’épeautre et les brioches, j’ai choisi de repasser devant le palais de la justice de l’île de la CitĂ©. Nous avons un palais pour goĂ»ter les bonnes choses. Nous avons aussi des palais pour Ă©couter, regarder, commenter, pleurer, endurer, juger et condamner.

Paris, 19 octobre 2021, au matin.

Pendant encore quelques semaines, tous les jours (mĂŞme le samedi et le dimanche ?), quinze victimes des attentats islamistes du 13 novembre 2015 Ă  Paris viendront tĂ©moigner.

Je suis dĂ©jĂ  passĂ© une première fois devant ce grand palais. Je suis ce matin-lĂ  repassĂ© devant car j’ai le projet de venir assister au moins Ă  une audience. Les tribunaux, comme mon travail d’infirmier en psychiatrie, sont ces endroits oĂą l’envers des corps et des comportements nous montrent un autre monde que celui des jolies vitrines ou, parfois, des fortes poitrines qui nous attirent. Nous avons besoin de jolies vitrines. Du moins sommes-nous Ă©duquĂ©s et entraĂ®nĂ©s pour rechercher pratiquement en exclusivitĂ© leur contact et leur proximitĂ©. Cela nous anime. MĂŞme si chaque fois que nous tombons un peu trop amoureuses et amoureux de nouvelles vitrines, nous nous Ă©loignons toujours un peu plus de nos origines. 

Paris, 19 octobre 2021, le matin.

 

J’avais passĂ© la « frontière Â» le long de ces barrières de sĂ©curitĂ© et des forces de police engagĂ©es et je me dirigeais vers Chatelet lorsque j’ai d’abord vu la grosse tĂŞte de Jay-Z. Je l’ai toujours trouvĂ© moche. Le phĂ©nomène Ă©tait amplifiĂ© avec les locks qu’il portait.

Jay-Z n’est pas le seul moche au monde et dans la vie qui, une fois qu’il a rĂ©ussi, est devenu très beau et irrĂ©sistible. Cela fait au moins vingt ans que Jay-Z, maintenant, est devenu beau et irrĂ©sistible. Grâce Ă  sa maestria dans le Rap. Aujourd’hui, on parle moins de lui qu’il y a dix ou quinze ans. Mais il fait partie de ces artistes bien implantĂ©s dans le dĂ©cor. Avoir sa tĂŞte surdimensionnĂ©e sur une affiche gigantesque Ă  Chatelet, en plein Paris, Ă  quelques minutes Ă  pied d’un tribunal oĂą sont en train de se juger des attentats mondialement connus, n’est pas donnĂ© Ă  n’importe qui ! Les personnages Vore et Tina/Reva du très bon film Border d’Ali Abassi ne bĂ©nĂ©ficieront jamais de tout cet Ă©clairage public.

 

Même s’ils racontent une histoire qui a pu être celle de Jay-Z.

 

C’est de leur faute ! Ils n’avaient qu’à faire du Rap et Ă  se sortir du lot !

 

Mais j’avais mal regardé. Sur l’affiche, Jay-Z n’est pas seul. A côté de lui, il y a Beyoncé. La belle Beyoncé. Sa femme ou sa compagne dans la vraie vie.

 

Une autre affiche, sur le cĂ´tĂ©, montre le couple autrement. Lui, Jay-Z, assis qui la regarde ou semble la regarder et elle, toute en formes, dans une longue robe noire près du corps, face Ă  nous. Elle fait un peu « potiche Â», BeyoncĂ©. Sauf que quelques indices nous dissuadent de le penser.

Paris, 19 octobre 2021, le matin.

 

D’abord, BeyoncĂ© est debout alors que lui, Jay-Z, est assis. Donc, elle le domine. Ensuite, en observant un peu mieux le « look Â» de Sieur Jay-Z mais aussi le fond de l’affiche, on comprend que nous sommes dans une reproduction d’un tableau du peintre Basquiat, d’origine haĂŻtienne. Peintre mort avant ses trente ans et devenu cĂ©lèbre. Madonna avait connu Basquiat et avait peut-ĂŞtre, ou sĂ»rement, Ă©tĂ© un moment sa maitresse ou une de ses maitresses.

 

C’était il y a longtemps.

 

Avant que le Rap ne devienne ce qu’il est maintenant aux Etats-Unis et en France. Bien avant que le monde, et Chatelet, n’entendent parler de Jay-Z et de Beyoncé.

Basquiat, de son vivant, avait souffert du racisme. Les poches remplies du pĂ©trole des billets de dollars, il s’attristait de ne pouvoir prendre simplement un taxi dans New-York. Les chauffeurs ne s’arrĂŞtant pas parce qu’il Ă©tait….noir comme le pĂ©trole. 

Photo d’une des oeuvres de Basquiat, prise fin dĂ©cembre 2018, lors de l’exposition Ă  la Fondation Louis Vuitton.

 

 

Les locks portĂ©es par Jay-Z ont Ă  voir avec celles que portaient Basquiat mais aussi avec celles portĂ©es par les Rastas. Si l’on parle des Rastas, alors, on parle du Reggae. De Bob Marley, bien-sĂ»r, l’icĂ´ne Reggae en occident et dans le monde (mĂŞme Miles Davis avait jouĂ© un titre, My Man’s Gone now , en hommage Ă  Bob Marley après la mort de celui-ci en 1981).

 

De Bob Marley, l’amateur fidèle de vitrines retient souvent qu’il était l’adepte d’un Peace & Love universel. Mais les titres de Bob Marley et le Reggae en général temporisent aussi des violences et des contestations.

 Â« Europeans stay in Europe and Africans rule Africa ! Â» avait pu chanter le groupe Black Uhuru dans son titre Wicked Act. Black Uhuru fut un court temps  supposĂ©,  par la voix de MichaĂ«l Rose, pouvoir devenir ce qu’avait Ă©tĂ© Bob Marley. La rĂ©fĂ©rence du Reggae dans le monde. Mais le groupe n’a pas rĂ©sistĂ© Ă  son succès. Et puis, une fois de plus, la musique a changĂ© mais aussi la façon de l’écouter.

 

Le Reggae, mais aussi sa version Dub, est donc une musique qui a la particularitĂ© de mettre une bonne ambiance, dĂ©tendue, faite de Ah-Ah-Ah, et de danse auto-berçante. Alors qu’elle chante souvent la tristesse, une mĂ©moire traumatique, la colère et l’espoir. Le Rap, dans sa constitution et ses origines, lui devrait beaucoup.  Billie Eilish et Aurora ?  

Photo d’une des oeuvres de Basquiat, prise fin dĂ©cembre 2018, lors de l’exposition Ă  la fondation Louis Vuitton.

 

On est loin de se douter de ce qui compose le Reggae si on ne le sait pas. Ou si personne ne nous l’a racontĂ© lorsque l’on peut voir, par exemple, un Tiken Jah Fakoly, « un ancien Â», danser sur sa musique.  Je me suis dĂ©jĂ   interrogĂ© sur ce paradoxe qui consiste Ă  danser et Ă  crĂ©er une musique dansante pour parler de sujets graves. Mais c’est certainement seulement comme ça que ça peut « marcher Â» pour attirer et toucher un plus grand auditoire.

 

Danser et sourire

 

 

Presqu’autant que par la pauvretĂ©, la faim, la douleur ou la peur, on devient infirme lorsque l’on devient inapte Ă  danser, Ă  rĂŞver comme Ă  sourire. Mais, au dĂ©part, on ne fait pas particulièrement attention Ă  ça, lorsque l’on perd la facultĂ© de danser, de rĂŞver et de sourire ou que celle-ci diminue. Tant que l’on peut continuer Ă  se dĂ©placer de diffĂ©rentes façons et que l’on a Ă  effectuer un certain nombre de tâches qui nous occultent. 

Paris, 19 octobre 2021, le matin.

 

Ces deux grandes affiches de Jay-Z et de BeyoncĂ© ne m’ont ni fait sourire ou danser. Du reste, elles ne sont pas lĂ  pour ça. J’ai fini par voir aussi que c’était une pub pour les bijoux Tiffany’s. Et, qui mieux que BeyoncĂ© pouvait porter un collier de la joaillerie de luxe Tiffany’s ? Je n’imagine pas le mĂŞme collier autour du cou de Jay-Z.

Jay-Z et BeyoncĂ© font partie, depuis plusieurs annĂ©es, des multimillionnaires. Moi, je fais partie des personnes qui ont rĂ©gulièrement, depuis des annĂ©es, un dĂ©couvert bancaire. Aucun producteur, aucun artiste mais aussi aucune cĂ©lĂ©britĂ© ou spĂ©cialiste de n’importe quel type n’a besoin de mes services. Ma vie et celle de Jay-Z et BeyoncĂ© sont incomparables. Des bijoux de haute valeur, une rĂ©ussite sociale, artistique et Ă©conomique, sont des trophĂ©es de guerre pour celle ou celui qui, Ă  l’origine, aurait dĂ» se contenter de rester le tĂ©moin ou le spectateur des victoires sociales des autres. Avec cette pub, on est très loin du constat amer fait dans le film Retour Ă  Reims de Jean-Gabriel PĂ©riot – d’après l’ouvrage de Didier Eribon- oĂą la plus grande partie des personnes issues d’un milieu social modeste et moyen sabordent d’elles-mĂŞmes leurs aptitudes et leurs ambitions. Jay-Z et BeyoncĂ© ont su inverser le processus. Et, sur cette affiche, plus grande que l’endroit oĂą j’habite,  lorsque l’on lève la tĂŞte, on voit donc deux pilotes d’essai qui se sont rendus aux bons endroits, au bon moment, avec les bonnes cargaisons, les bonnes munitions et les bonnes intuitions. Celles qui permettent de s’installer, d’ĂŞtre acceptĂ©s, de durer, et d’ĂŞtre recherchĂ©s pour des facultĂ©s particulières : des qualitĂ©s artistiques et/ou une cĂ©lĂ©britĂ© maintenue.

 

Ma sĹ“ur a nĂ©anmoins soulignĂ© le paradoxe de la perruque blonde pour BeyoncĂ©. Elle que tant de jeunes femmes noires prennent pour modèle. 

 

Une mesquinerie entre filles, aussi, peut-être. Je n’avais pas remarqué cette perruque blonde. J’ai alors essayé d’expliquer que cette perruque blonde est une mise en scène. La perruque blonde, cela permet d’imiter et de se moquer de la femme parfaite, souvent blonde, dans l’idéal esclavagiste et raciste au moins américain :

« Regardez-moi, une femme noire, une descendante d’esclave ! Je suis devenue plus que votre Ă©gale maintenant. Je peux mĂŞme poser sur ma tĂŞte l’attribut de votre fĂ©minitĂ© dont je fais un postiche si je le veux Â».

 

J’ai ajoutĂ© que cette robe moulante qui met en avant les  formes dĂ©sirables de l’assurĂ©e BeyoncĂ© peut aussi vouloir dire aux hommes qui la « voudraient Â» qu’elle leur est incessible. Elle tient toute seule bien que sous le regard de Jay-Z, qui, malgrĂ© tout son gĂ©nie (vu que le peintre Basquiat est dĂ©sormais considĂ©rĂ© comme un gĂ©nie. Une exposition de ses Ĺ“uvres s’est d’ailleurs tenue il y a environ deux ans dans la fondation….Louis Vuitton , voir Basquiat   et aussi L’exposition )      est un peu Ă  la renverse devant elle.

Photo d’une des oeuvres de Basquiat, prise fin dĂ©cembre 2018, lors de l’exposition Ă  la fondation Louis Vuitton.

 

Ma sĹ“ur n’a pas Ă©tĂ© très convaincue par mon analyse. Et, je ne vais pas me faire plus intelligent que je ne le suis. On peut projeter tout un tas d’intentions dans ce que l’on regarde et ce que l’on entend. On peut se raconter tout un monde qui n’existe pas, finalement. J’ai choisi le titre de cet article en mettant Jay-Z devant car si j’avais mis le prĂ©nom de BeyoncĂ© au dĂ©but, nous aurions butĂ© un peu sur le son “B” de son prĂ©nom. ( J’avais d’abord intitulĂ© cet article Jay-Z et BeyoncĂ©…avant de finalement rajouter plusieurs plusieurs photos des oeuvres de Basquiat ainsi que son nom au titre). 

Alors qu’en mettant le son de Jay-Z, d’abord, ça glisse mieux. Je le prĂ©cise en vue de rĂ©pondre Ă  d’Ă©ventuelles critiques “fĂ©ministes” ultĂ©rieures de mon titre. Lorsque je serai “connu”.   

Bien-sĂ»r, je n’ai pas pensĂ© Ă  tout ça, dehors, devant ces affiches. J’ai juste Ă©tĂ© happĂ© par leur vision imprĂ©vue. On se rappelle qu’au dĂ©but, tout ce que je voulais, c’était, après une nuit de travail, reprendre mon vĂ©lo, changer d’itinĂ©raire afin de pouvoir retourner dans une boulangerie ; repasser devant le tribunal oĂą se jugent les attentats du 13 novembre 2015. Puis, prendre mon train de banlieue afin de rentrer chez moi.  Je me suis trouvĂ© subitement devant une image agrandie d’un rappeur que j’ai reconnu. Je me suis arrĂŞtĂ©. J’ai pris des photos. Ensuite, le lendemain matin, je suis revenu pour reprendre en photo une de ces deux affiches sous un autre angle, le long de la Seine, car, la veille en retournant au travail par un trajet inhabituel, j’avais remarquĂ© que l’on pouvait la voir diffĂ©remment. Voici les faits. Peut-ĂŞtre que dans les jours qui viendront, je me ferais poser des rajouts pour avoir des locks ou adopterais-je une perruque blonde, ceci est une supposition. 

Paris, le 20 octobre 2021, le matin.

 

Franck Unimon, dimanche 24 octobre 2021.

 

 

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self-défense/ Arts Martiaux

Servir

Gare de Paris St-Lazare, septembre ou octobre 2021.

 

                                                          Servir

Le Cerveau humain

 

 

Au cours de mon article Trois Maitres + Un , je me suis escrimĂ© Ă  expliquer que je recherchais des Maitres qui pourraient me permettre de me bonifier. Et, que je n’étais pas un esclave recherchant son Maitre esclavagiste.

 

Si, en tant qu’homme Ă  peau noire et de condition sociale moyenne et commune,  je prĂ©fère sans hĂ©sitation vivre aujourd’hui plutĂ´t qu’il y a deux cents ans en France, en repensant un tout petit peu tout Ă  l’heure Ă  l’article Trois Maitres + Un , j’en suis arrivĂ© Ă  la conclusion que, quoique nous pensions, souhaitions et affirmions, nous servons des rĂ©giments de Maitres depuis le commencement de notre existence.

 

Et, cela a sans doute toujours été pour l’être humain. Quelle que soit sa couleur de peau, sa culture, ses rites, son ethnie ou sa géographie. Au point que, rapidement, on s’y perd parmi tous ses Maitres que l’on sert.

 

D’abord, en nommant mon précédent article Trois Maitres + Un, je me suis trompé. Officiellement, si je me réfère avec exactitude à des Maitres d’Arts martiaux que je suis allé rencontrer, ou avec lesquels j’ai pratiqué une séance sous leur responsabilité, c’est plutôt Quatre Maitres + Un que mon article aurait dû avoir pour titre.

 

Car j’avais oublié de mentionner Sifu Roger Itier qui est le premier Maitre que j’avais fait la démarche d’aller rencontrer. Avant Sensei Jean-Pierre Vignau.

 

Je n’oublie pas mon premier prof de Judo, Pascal Fleury, dĂ©sormais Sensei. Sauf que, comme je l’ai expliquĂ©, Pascal n’était pas Sensei quand j’ai dĂ©butĂ© le judo, il y a trente ans, sous son Ă©gide. D’abord Ă  l’universitĂ© de Nanterre après mes Ă©tudes d’infirmier puis, très vite, sur sa suggestion, dans le club oĂą il enseignait- et enseigne toujours- le judo Ă  Paris, au gymnase Michel Lecomte, Ă  la suite de sa « petite Â» sĹ“ur, la championne olympique de judo, Cathy Fleury.

 

 

Et, je vais aussi me servir de cet « oubli Â» de Sifu Roger Itier pour constituer mon article.

 

Le cerveau humain, notre cerveau, tel que nous l’utilisons généralement, peut se concentrer sur un nombre limité d’opérations. Des neurologistes pourront l’expliquer. Des magiciens ou des arnaqueurs, aussi. Pour ma part, c’est la lecture récente d’une interview d’un magicien, qui utilise aussi l’hypnose lors de ses spectacles, qui me l’a rappelé. Mais certains réalisateurs de cinéma savent aussi jouer avec les angles morts de notre regard et de notre cerveau pour mieux nous surprendre et nous «manipuler», avec notre consentement, pour nous divertir.

 

Dans mon article Trois Maitres + Un , j’ai oubliĂ© de citer Sifu Roger Itier parce qu’au delĂ  d’un certain nombre d’informations, notre cerveau fait le tri pour se fixer sur celles que nos pensĂ©es et nos Ă©motions distinguent comme prioritaires en fonction de la situation. Et, aussi, parce-que, d’un point de vue affectif, si je reconnais l’expertise de Sifu Roger Itier, sa très grande culture, sa maitrise pĂ©dagogique et sa très bonne qualitĂ© d’accueil, je me sens plus attirĂ© par des arts martiaux « japonais Â». MĂŞme si j’ai un peu appris que certains arts martiaux « japonais Â», tels que le karatĂ©, doivent beaucoup Ă  des arts martiaux chinois. Mais, aussi, simplement, que les arts martiaux, d’oĂą qu’ils  « sortent Â», peuvent se complĂ©ter ou complètent l’éducation et la formation de ces mĂŞmes Maitres d’Arts martiaux que j’ai pu citer ou que je peux regarder.

 

Je sais par exemple que Sensei Jean-Pierre Vignau, Sensei LĂ©o Tamaki, Sensei RĂ©gis Soavi et sans doute Sifu Roger Itier ont tâtĂ©, pratiquĂ©, de plusieurs arts martiaux et sports de combats, souvent en parallèle, pendant environ une dizaine d’annĂ©es Ă  chaque fois avant de « s’arrĂŞter Â» Ă  un moment donnĂ© sur un Art martial plus spĂ©cifiquement. Je ne connais pas suffisamment le parcours martial de Sensei Manon Soavi pour en parler. 

 

Le spectateur ou l’admirateur lambda, devant des Maitres d’arts martiaux ou devant des pratiquants Ă©mĂ©rites de sports de combats, va peut-ĂŞtre principalement retenir l’éclat physique ou sportif de la performance rĂ©alisĂ©e. Sauf que cette « performance Â» physique ou cette espèce d’alchimie martiale devient possible techniquement,tactiquement et d’un point de vue fonctionnel du fait  d’une pratique rĂ©gulière et multipliĂ©e.

 

Grâce Ă  cette pratique rĂ©gulière multipliĂ©e, voire dĂ©multipliĂ©e, le cerveau de l’auteur ou de l’autrice de la « performance Â» a Ă©voluĂ© au point de pouvoir se permettre des connexions et des crĂ©ations de solutions psychomotrices quasi-instantanĂ©es. Lesquelles solutions quasi-instantanĂ©es sont adaptĂ©es Ă  des situations de danger et d’impasse que le spectateur ou l’admirateur lambda, placĂ© devant dans les mĂŞmes situations, aurait peut-ĂŞtre autant de possibilitĂ©s de rĂ©ussir que nous n’en n’avons de gagner au loto lorsque nous y jouons pour la première fois.

 

Ces connexions et crĂ©ations cĂ©rĂ©brales quasi-instantanĂ©es « harmonisĂ©es Â» avec les aptitudes physiques et Ă©motionnelles de leur autrice ou auteur ne sont pas des analyses d’ordre Ă©conomique ou philosophique qui dĂ©coulent de statistiques ou de modĂ©lisations prĂ©Ă©tablies. Mais bien des adaptations humaines en temps rĂ©el. Une situation se prĂ©sente avec son lot de stimuli et d’informations diverses et pressantes, le pratiquant Â« Ă©largi Â» par ses expĂ©riences- et son Ă©volution qui en a rĂ©sultĂ©- rĂ©agit et s’adapte assez vite. La pratiquante ou le pratiquant « Ă©largi Â» et qui s’est bonifiĂ© ne tergiverse pas pour prendre telle dĂ©cision. Pour rĂ©aliser et s’engager dans telle action- adĂ©quate- Ă  tel moment. Elle ou il ne se dit pas : «  Oh, non, si je fais ça, je vais rater mon mĂ©tro qui arrive Ă   telle heure Â» ; « Oh, non, je vais salir mon beau pantalon blanc tout neuf que j’ai pris beaucoup de temps  Ă  repasser Â».

 

Cette façon de s’adapter Ă  des situations de plus en plus dĂ©licates, Ă  mesure que l’expĂ©rience du pratiquant augmente, se transpose dans notre vie de tous les jours. Et dans tous les mĂ©tiers oĂą dans tous ces moments oĂą nous avons certaines responsabilitĂ©s. Une motarde rĂ©gulière- et prudente– depuis une dizaine d’annĂ©es aura certainement plus d’aptitudes Ă  garder son sang froid et Ă  prendre les bonnes dĂ©cisions si un automobiliste dĂ©boite subitement devant elle comparativement Ă  un jeune motard chien fou persuadĂ© d’être un champion du monde de moto. D’un cĂ´tĂ©, vous aurez une personne compĂ©tente qui saura dĂ©jĂ  respecter les bonnes distances et se rappeler qu’elle est mortelle. D’un autre cĂ´tĂ©, vous aurez un meurtrier ou un suicidaire qui s’ignore.

 

Avec cette illustration, il serait facile de résumer en se disant que ce jeune motard est l’esclave de son ego. S’il n’y avait que l’ego qui soit notre Maitre….

Car si nous avons des Maitres assez permanents tels que notre ego, nous avons aussi, je trouve, d’autres Maitres, seulement transitoires, mais néanmoins persistants dans notre existence.

Point de vue depuis la butte d’Orgemont, Ă  Argenteuil, septembre 2021.

 

En emmenant ma fille à l’école, ce matin

 

Nous sommes un lundi. Comme beaucoup d’adultes, ce lundi matin, j’ai emmenĂ© ma fille Ă  son Ă©cole. La pandĂ©mie du Covid semble derrière nous. MĂŞme s’il reste encore bien des gestes (port du masque Ă  certains endroits, rappels de l’obligation du pass sanitaire ou de la nĂ©cessitĂ© de la vaccination contre le Covid sur des Ă©crans de la ville ou dans des spots d’informations dans les trains ou dans les gares…) l’ambiance gĂ©nĂ©rale, depuis fin aout, dĂ©but septembre, consiste sans ambiguĂŻtĂ© Ă  « tourner la page Â». Aujourd’hui, dans les journaux, il faut chercher – quand il y en a- des articles relatifs au Covid et aux vaccins ou traitements anti Covid. En France, dans les mĂ©dia, on ne parle pas trop non plus de la catastrophe sanitaire aux Antilles ou dans les Dom du fait du Covid parce-que la majoritĂ© des gens n’y sont pas vaccinĂ©s contre le Covid. En abordant Ă  nouveau le sujet de la pandĂ©mie, alors que la majoritĂ© des gens l’a aujourd’hui dĂ©laissĂ©, je « montre Â» que la pandĂ©mie du Covid est en partie restĂ©e Maitre de certains endroits de ma mĂ©moire. MĂŞme si, hier, chez moi, je n’ai rien fait de dĂ©libĂ©rĂ© pour, parmi plusieurs piles de journaux, retomber sur un ancien exemplaire du journal gratuit 20 Minutes datĂ© du 9 juin 2021.

La première page du journal gratuit ” 20 minutes” du 9 juin 2021.

 

Dans cet exemplaire du journal gratuit 20 minutes, en première page, on faisait allusion de façon dĂ©contractĂ©e Ă  la fin  fin du confinement. Plusieurs pages plus loin, le sujet portait sur la rĂ©ouverture des terrasses et des restaurants dans l’article Une forme de libĂ©ration pour les relations.  Et un ou deux autres articles traitaient aussi du Covid et de ses Ă  cĂ´tĂ©s : les relations amoureuses (l’article Un vaccin pour avoir sa dose « d’amour et de sexe Â» ), une infirmière «  soupçonnĂ©e de fournir des certificats de vaccination…sans avoir vaccinĂ© Â».

 

 

Un autre article, « Le tĂ©lĂ©travail entraĂ®ne un vrai changement de culture Â» abordait, lui, la stratĂ©gie suivie par certaines entreprises pour remĂ©dier au confinement de ses employĂ©s. La veille, le 8 juin, «  au cours d’un dĂ©placement Ă  Tain-l’Hermitage Â»  (dans la DrĂ´me), le PrĂ©sident Emmanuel Macron s’était fait «  gifler par un homme prĂ©sent dans la foule Â». L’article La Classe politique encaisse les claques en parle.

 

C’était seulement il y a quatre mois. Cela m’a paru très très loin.

 

La perception du temps et des Ă©vĂ©nements  par notre cerveau nous permet aussi d’évacuer plus facilement certaines expĂ©riences, ultra sensibles il y a quelques mois, anecdotiques quelques mois plus tard. C’est souvent pareil avec les histoires d’amour ou chargĂ©es d’affectivitĂ© et d’émotions particulières. Sauf lorsque l’issue a Ă©tĂ© trop douloureuse.

 

Le cerveau des personnes victimes d’un stress post-traumatique, telles que celles victimes des attentats du 13 novembre 2015 dont le jugement se poursuit Ă  Paris, lui, continue de vivre et de revivre l’évĂ©nement traumatique comme s’il Ă©tait toujours prĂ©sent et, aussi, comme s’il pouvait Ă  nouveau se reproduire.  Pour certaines de ces victimes, leur cerveau a comme perdu de sa plus grande capacitĂ© Ă  recevoir de nouvelles informations, plus apaisantes, de la vie et du monde. Le 9 juin 2021, pour beaucoup de personnes et moi, cela paraĂ®t dĂ©jĂ  très loin. Le 13 novembre 2015, pour les personnes qui ont vĂ©cu ces attentats ou qui en ont Ă©tĂ© traumatisĂ©es, c’est encore tout « frais Â» ou encore « trop chaud Â».

 

 

Comme il n’y a pas eu d’incident ou de surprise extraordinaire pour moi alors que j’ai emmené ma fille à son école, mon cerveau a déjà oublié une bonne partie de ce qui a pu se passer durant le trajet pour retenir certains aspects du réveil de ma fille, de ses préparatifs et de ce qui s’est passé ou dit jusqu’à l’école. Ma fille, bien-sûr, aura sûrement une mémoire différente de ce qui s’est passé. Et, elle m’en parlera peut-être un jour ou peut-être cette après-midi lorsque je retournerai la chercher.

 

Il est nĂ©anmoins un « Ă©vĂ©nement Â» qui m’a marquĂ© alors que je revenais de l’école.

Photo prise à Cergy-St-Christophe, début octobre 2021.

 

L’évĂ©nement qui m’a marquĂ© :

 

En revenant de l’école, j’ai cru faire une bonne affaire en dĂ©plaçant ma voiture afin de la rapprocher de chez nous, dans la rue. J’ai donc pris ma voiture, me suis retrouvĂ© derrière une file d’autres vĂ©hicules qui attendaient au feu rouge. Puisque c’était l’heure de pointe oĂą beaucoup de personnes partaient au travail. Alors que je reprendrai le travail demain, de nuit.  

Dans la rue, plus proche, où je croyais avoir vu deux bonnes places, en fait, il n’y avait pas de quoi se garer. Il y avait bien un espace vide les deux fois entre deux voitures. Lorsque j’avais aperçu ces deux espaces à une vingtaine de mètres au minimum en emmenant ma fille à l’école, j’avais cru qu’il y avait de quoi se garer. Ordinairement, je ne me trompe pas. Ce matin, je me suis trompé. J’ai donc dû repartir et me garer ailleurs. Presque aussi loin que là où j’avais garé ma voiture initialement. Puisqu’entre-temps, une automobiliste ou un automobiliste avait rangé sa voiture là où était encore la mienne avant que je ne décide de la déplacer. Ce genre de déconvenue arrive. Il y a pire. Même si j’aurais pu me contenter de laisser ma voiture là où elle était au départ, bien garée. Mais un peu loin de chez moi.

 

Avant de rentrer, je me suis décidé pour aller m’acheter des lames de rasoir. Je me suis rasé hier soir. Et, j’avais envie de prévoir. Lorsque j’éprouverai à nouveau le besoin de me raser, c’est agréable de savoir que l’on a ce qu’il faut sous la main. C’est ici que ça commence.

 

Des lames de rasoir, j’en achète depuis des années. Il n’y a pas de risque mortel à aller acheter des lames de rasoir. Il n’est pas encore nécessaire de pratiquer un art martial ou un sport de combat, ou de courir très vite, pour aller acheter des lames de rasoir au péril de sa vie.

Mais, ce matin, j’ai eu soudainement besoin de me demander :

 

« Et, si, un jour, il n’y a plus de lames de rasoir, je ferais comment ? Â». AussitĂ´t, je me suis dit. HĂ© bien, je ferais sans doute sans. Je porterais davantage la barbe. Mais comme il y a les lames de rasoir que je recherche près de chez moi en attendant, j’y vais. C’est lĂ  oĂą j’ai retrouvĂ© un de mes très nombreux Maitres. Un supermarchĂ©.

 

Pendant que j’y Ă©tais pour m’acheter des lames de rasoir, j’en ai « profitĂ© Â», aussi, pour m’acheter un peu de chocolat.

 

J’en ai profitĂ© ? Qui en a vĂ©ritablement le plus profitĂ© ?

 

Le supermarchĂ© est un Maitre qui, comme chaque Maitre, a ses particularitĂ©s. Lui, ses particularitĂ©s, c’est qu’il est  toujours au mĂŞme endroit. Ou très facilement reconnaissable, comme ses « jumeaux Â», lorsque je vais dans un autre endroit, une autre ville. A certaines heures ouvrables.

Ce supermarché, près de chez moi, je l’ai aperçu un jour, comme une de ces places de parking vides ou que j’ai crues vides, près de chez moi. Mon cerveau l’a localisé et mémorisé. Et, dès que j’ai besoin de quelque chose en particulier que je sais pouvoir trouver chez lui, j’y vais. Aux heures ouvrables que j’ai aussi mémorisées. Elles sont souvent faciles à retenir pour mon cerveau.

 

On peut bien mettre une petite musique d’ambiance choisie, modifier la disposition des rayons, changer en partie le personnel (j’ai appris ce matin qu’un des vigiles sympathiques qui me demandait assez rĂ©gulièrement «  Et, comment, elle va, la petite ? Â» est parti depuis au moins six mois, du jour au lendemain, et qu’il travaille maintenant Ă  Paris), j’y retournerai. Je suis un client que l’on pourrait appeler « fidĂ©lisĂ© Â» ou suffisamment fidĂ©lisĂ©. 

 

Je « viens Â» moins souvent qu’auparavant. Parce qu’entre temps, j’ai commencĂ© Ă  frĂ©quenter d’autres Maitres, un peu plus Ă©loignĂ©s, qui me donnent le sentiment d’être moins chers et de me faire  Ă©conomiser lorsque je rĂ©alise de « grandes courses Â». Mais, aussi, peut-ĂŞtre, parce-que ma fille ayant grandi, je m’autorise plus facilement, aujourd’hui, Ă  augmenter mes distances de dĂ©placement lorsque je pars faire des courses.

 

Néanmoins, dès que je veux effectuer de petites courses rapides près de chez moi, surtout aux heures assez creuses, je retourne chez ce Maitre. Ainsi que chez un ou deux autres, dont un petit marché, pas très loin de chez moi. Et ça tourne comme ça.

Paris 20ème, octobre 2021.

 

« Mon but, c’est de dĂ©courager ! »

 

 

J’ai bien sûr plus d’estime personnelle pour les Maitres d’Arts martiaux que j’ai cités récemment que pour les supermarchés. Néanmoins, ma vie, telle que je l’ai choisie et telle que je la pratique depuis des années, depuis mon enfance, me rend mes Maitres supermarchés ou marchés indispensables. On parlera de la société de consommation, et dans ce domaine, mes Maitres supermarchés et marchés, en connaissent des rayons, c’est vrai.

 

Et, malgrĂ© les travers que ces Maitres entretiennent en moi, je ne me rĂŞve pas encore vivant isolĂ© Ă  cinquante kilomètres de la première bourgade oĂą je pourrais acheter un peu de pain et un peu de beurre. Car nous  avons tellement d’autres Maitres par ailleurs que nous avons adoptĂ©s avec les annĂ©es dont certains ont dĂ©jĂ  pris le relais de plusieurs de nos Maitres « traditionnels Â» ou « classiques Â». La tĂ©lĂ©vision, nos tĂ©lĂ©phones portables, nos ordinateurs, internet, nos employeurs. Certaines de nos relations et de nos habitudes. Notre ego.

 

Sensei Jean-Pierre Vignau m’avait dit, lors d’une de nos premières rencontres :

 

« Mon but, c’est de dĂ©courager Â». Plusieurs mois plus tard, je continue de repenser Ă  cette phrase de temps Ă  autre. Pour moi, le but de Jean-Pierre est de dĂ©courager l’ego. Pourquoi viens-tu pratiquer ? Tes intentions sont elles sincères ? As-tu vraiment besoin de pratiquer avec moi ? Pourquoi ?! Si tes intentions sont profondes et que c’est le moment pour toi, tu tiendras. Autrement, tu partiras.

Jean-Pierre peut ĂŞtre dĂ©crit comme « un personnage Â» ou perçu comme un « malade mental Â» du fait de certaines de ses positions. Mais, jusqu’alors, Jean-Pierre m’a toujours bien accueilli. Je suis allĂ© le rencontrer les deux premières fois chez lui. C’était en plein confinement. J’ai lu sa biographie ainsi que le dernier livre sorti Ă  son propos.

 Si j’ai cru percevoir une première pointe d’animositĂ© ou de contrariĂ©tĂ© chez lui, mais qu’il a vite rĂ©frĂ©nĂ©e, c’était au tĂ©lĂ©phone il y a quelques semaines. Quand je venais de lui apprendre que je n’étais pas – alors- vaccinĂ© contre le Covid et que, de ce fait, je ne pouvais pas pour l’instant, prendre des cours avec lui. Le Jean-Pierre que je suis allĂ© saluer la semaine dernière- j’étais alors doublement vaccinĂ© contre le Covid- après avoir passĂ© du temps au Dojo Tenshin- Ecole Itsuo Tsuda Ă©tait Ă  nouveau un Jean-Pierre, disposĂ© et simple. S’absentant de son cours quelques instants pour venir me saluer. Visiblement touchĂ© par ma visite. Paraissant aminci. Ce qu’il m’a confirmĂ©, me rĂ©pondant simplement :

 

« J’ai perdu cinq kilos car je voulais maigrir Â».

 

Sensei Jean-Pierre Vignau a 75 ans peut-être un peu plus. Sensei Régis Soavi, 71. Souvent, je trouve, les Maitres d’Arts martiaux vivent vieux. Au delà de 80 ans. Néanmoins, le Temps est un de nos Maitres. Et, si nous avons tous des Maitres, il est des périodes dans notre vie où nous avons la possibilité de choisir de servir certains de nos Maitres plutôt que d’autres.

 

Servir

 

Choisir sa ou son Maitre, c’est, aussi savoir la servir ou le servir. Ce verbe, « Servir Â», est virulent dans une dĂ©mocratie. Servir/Maitre, lĂ , aussi, on a de quoi avoir peur. On peut penser Ă  la servilitĂ©, Ă  la servitude. Et, pourtant, nous servons tous quelqu’un ou quelque chose. Mais, lĂ , aussi, il importe de savoir qui, quand et pourquoi.

 

J’aurai pris beaucoup de temps, deux ou trois mois, pour lire la biographie de l’ancien officier légionnaire parachutiste Helie de Saint Marc, écrite par un de ses neveux, l’historien Laurent Beccaria.

 

 

Beccaria, mon aîné de cinq ans, est né en 1963. Helie de Saint Marc, décédé aujourd’hui, était encore vivant lorsque Laurent Beccaria, historien de formation, lui a consacré cette biographie en 1988. Beccaria avait alors 25 ans lorsqu’il a confronté Helie de Saint Marc à plusieurs épisodes de sa vie. De Saint Marc, né en 1922, avait 66 ans en 1988. Il est décédé en 2013.

 

 Beccaria, pour la rĂ©daction de cet ouvrage, avait aussi rencontrĂ© diverses personnes, dont des militaires de carrière, qui avaient connu HĂ©lie de Saint Marc. A l’époque, oĂą, Ă  peine majeur, celui-ci Ă©tait devenu rĂ©sistant sous l’occupation nazie. Pendant sa dĂ©portation au camp de concentration Ă  Buchenwald. Pendant la guerre d’Indochine. Pendant la guerre d’AlgĂ©rie oĂą HĂ©lie de Saint Marc avait fait partie des officiers militaires qui, sur sollicitation du GĂ©nĂ©ral Challe,  avaient organisĂ© le putsch contre le GĂ©nĂ©ral de Gaulle en AlgĂ©rie en avril 1961 afin que celle-ci reste française.

Les intentions de Helie de Saint Marc (lesquelles intentions n’étaient pas partagĂ©es par d’autres « putschistes Â» qui, eux, voulaient surtout garder l’AlgĂ©rie au bĂ©nĂ©fice exclusif de la France et des Français) Ă©taient de sauver les harkis de l’exĂ©cution qui les attendait en cas d’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie. De donner plus de droits aux AlgĂ©riens Ă  Ă©galitĂ© avec les Français. Ainsi que d’assurer la victoire militaire de l’armĂ©e française. Helie de Saint Marc fut ensuite jugĂ© pour avoir participĂ© Ă  ce putsch, condamnĂ©, puis rĂ©habilitĂ© dans ses droits dix Ă  quinze ans après sa condamnation.

 

La vie et la carrière militaire d’un Helie de Saint Marc, qui a aussi écrit des livres plutôt reconnus pour leur valeur de témoignage comme pour leur valeur littéraire, sont faites d’un engagement et d’une loyauté qui dépassent largement ceux de l’individu lambda, qui, comme moi, tout à l’heure, est allé tranquillement s’acheter ses lames de rasoir dans un pays en paix.

 

Helie de Saint Marc avait choisi cette vie de militaire puis de lĂ©gionnaire parachutiste. Avant cela, il avait Ă©tĂ© dĂ©portĂ©, avait failli mourir deux ou trois fois pendant sa dĂ©portation Ă  Buchenwald. Sans ce vĂ©cu de dĂ©portĂ©, donnĂ© Ă  la faim, Ă  la maladie et Ă  l’impuissance,  peut-ĂŞtre n’aurait-il pas eu, ensuite, cette volontĂ© de s’engager comme il l’a fait dans l’armĂ©e. Ou en tant que militaire et lĂ©gionnaire, il a ensuite tuĂ©. Ainsi que commandĂ© dont des lĂ©gionnaires de nationalitĂ© allemande, qui, quelques annĂ©es plus tĂ´t, au camp de Buchenwald, auraient pu faire partie de ses tortionnaires.

En tant que militaire, il s’est aussi lié avec des populations indigènes. Il a également été blessé. Il a vu mourir. Puis, sur ordre, en Indochine, Il a dû abandonner des personnes qui s’étaient engagées pour la France tout en sachant, comme d’autres, que toutes ces personnes qui s’étaient dévouées à la France, allaient être exécutées par les vainqueurs du conflit.

 

En AlgĂ©rie, De Saint Marc a Ă  nouveau commandĂ©, sans doute tuĂ© et fait tuer. Vu Ă  nouveau mourir. De Saint Marc Ă©tait opposĂ© Ă  la torture. Et, s’il a connu ou croisĂ© le lieutenant Le Pen, le père “de”, leurs opinions politiques et humanitaires Ă©taient diffĂ©rentes. Dans la biographie de Laurent Beccaria, tĂ©moignages Ă  l’appui de militaires mais aussi de journalistes, De Saint Marc est dĂ©crit comme un “idĂ©aliste” mais aussi comme le contraire d’un fanatique. 

 

Toutes les personnes qui, aujourd’hui, demain ou hier, en France ou ailleurs, militaires ou non, ressemblent Ă  Helie de Saint Marc et qui sont prĂŞtes Ă  mourir pour servir un pays ou des valeurs sont Ă  mon avis plus libres que l’individu que je suis qui a peur de se faire mal mais aussi de la mort.  

 

Pourtant, à mon niveau, comme chaque individu lambda, je sers aussi quelqu’un ou quelque chose. La loyauté et l’engagement, on les retrouve aussi chez toute personne impliquée et consciencieuse dès lors qu’elle va chercher à assumer une responsabilité qui lui est confiée. Un Maitre d’Art martial, un militaire, un pompier, un policier, un gendarme évoluent dans ces activités humaines où des femmes et des hommes engagent ou peuvent engager directement leur corps et leur vie en poussant la loyauté et l’engagement plus loin que l’individu lambda. Le terroriste et le fanatique, aussi.

 

 

D’oĂą l’importance de savoir choisir ses Maitres lorsque l’on commence Ă  servir. Mais pour pouvoir choisir ses Maitres, il faut dĂ©jĂ  comprendre que nous avons besoin de Maitres. Or, comme l’a dit Sensei Jean-Pierre Vignau, «  avant de m’appeler Maitre, il faut dĂ©jĂ  en avoir connu plusieurs Â».

 

Connaître un Maitre, le fréquenter, et apprendre à se connaître, puisque c’est souvent pour cela que l’on va vers un Maitre, cela prend du temps. Cela ne se fait pas en quelques clics, quelques flirts et quelques sms. Donc, connaître plusieurs Maitres, plusieurs vies….

 

Servir, ensuite. Un militaire, un pompier, un policier ou un gendarme n’ont pas beaucoup de latitude pour ce qui est de décider de choisir qui elles ou ils vont servir. Que ce soit leurs supérieurs directs ou politiques. Elles et ils ont le choix entre obéir. Mourir. Vivre. Réussir. Echouer ou démissionner. L’employée ou l’employé lambda qui part tranquillement faire ses courses au supermarché….

 

 

Franck Unimon, lundi 18 octobre 2021.

 

 

 

 

 

Catégories
self-défense/ Arts Martiaux

Trois Maitres + Un

 

Paris, station Opéra, octobre 2021.

                                               Trois Maitres + Un

 

Le Contexte :

Trouver l’album de musique qui va nous faire bien dĂ©buter la journĂ©e correspond peut-ĂŞtre Ă  la profession de certaines personnes. De ce choix  peut dĂ©couler une ribambelle d’incidences et d’influences.

Ce matin, mon choix se porte finalement sur l’album Live at Hammersmith en 1979 de Ted Nugent. Un cd empruntĂ© hier. Je n’ai jamais Ă©coutĂ© d’album de Ted Nugent mais j’ai entendu son nom il y a des annĂ©es. Peut-ĂŞtre dans les annĂ©es 80. Ted Nugent, ce matin, a supplantĂ© l’album Celebration des Simple Minds. Dont j’ai trouvĂ© le premier titre trop « dansant Â». Une danse froide. Mais aussi l’album Addiction de Robert Palmer ainsi que le Cd The Best of Bond…James Bond sur lequel ne figure pas le titre interprĂ©tĂ© par la chanteuse Adele que j’aurais aimĂ© rĂ©entendre.

Si Ted Nugent avait « Ă©chouĂ© Â» au casting, j’aurais alors essayĂ© l’album Live de The Clash From Here to Eternity. Mais Ted Nugent l’a emportĂ©. En Ă©coutant plusieurs de ses titres alors que j’effectuais des Ă©tirements, je me suis avisĂ© que lui, comme bien des artistes qui ont « rĂ©ussi Â», sont souvent des personnes qui, malgrĂ© bien des difficultĂ©s souvent adverses, sont parvenues Ă  leur substituer le succès. Economique, artistique, social. Un artiste qui « rĂ©ussit Â» est souvent une personne qui su conserver une certaine libertĂ© ( mĂŞme si celle-ci tient Ă  coups de substances, de dĂ©sagrĂ©ments, de compromissions, d’opĂ©rations de communication ou de publicitĂ©s, de trahisons) qui, le plus souvent, manque Ă  celles et ceux qui l’écoutent, le  dĂ©sirent,  le « dĂ©vorent Â» ou le regardent, et qui, près ou loin de la scène « communient Â» avec lui le temps d’un concert ou d’une reprĂ©sentation publique de quelques minutes ou de quelques heures.  

 

Comme tant d’autres, je ne suis pas Ted Nugent. Et, demain, je vais reprendre « le travail Â» : celui que l’on dĂ©signe le plus souvent en premier du fait de ses caractĂ©ristiques obligatoires. Tant d’un point de vue financier que moral. Si mon travail a peut-ĂŞtre plus de points communs que je ne le crois avec celui d’un artiste comme Ted Nugent, mon travail bĂ©nĂ©ficie de beaucoup moins d’aura. C’est celui d’un employĂ© comme il en existe des millions.

 

Au cours de la durĂ©e d’une certaine activitĂ© professionnelle et personnelle, comme des millions d’autres individus, j’accepte d’être l’employĂ© de quelqu’un, de plusieurs interlocuteurs ou d’une institution, et de partager avec eux un certain nombre de valeurs et d’objectifs Ă  atteindre. Je m’appliquerai Ă  faire de mon mieux en vue d’être, quelles que soient les circonstances rencontrĂ©es lors de l’exercice de mes fonctions, conforme Ă  ces valeurs mais aussi attachĂ© Ă  la rĂ©alisation des objectifs dĂ©finis, prĂ©dĂ©finis lors de mon embauche. Ou redĂ©finis après mon embauche. 

 

J’offre ou donne une partie de ma disponibilitĂ©, de ma bonne volontĂ© comme de mes capacitĂ©s et compĂ©tences en vue de percevoir un salaire ou une rĂ©munĂ©ration. Laquelle rĂ©munĂ©ration me permet et me permettra, ensuite, de continuer de satisfaire ou de faire face Ă  d’autres obligations. Mais, aussi, de m’accorder quelques plaisirs ou de prĂ©parer certains projets ( comme, peut-ĂŞtre, prendre une place dans une machine Ă  remonter le temps afin d’aller assister en direct Ă  ce concert de Ted Nugent). De manière immĂ©diate ou diffĂ©rĂ©e. En pouvant m’acquitter rapidement de la somme financière attendue. Ou en demandant et en obtenant un crĂ©dit que je m’engagerai, après signature d’un contrat, Ă  rembourser rĂ©gulièrement pendant un  certain laps de temps.

 

Il est d’autres sortes de travail que nous effectuons rĂ©gulièrement en parallèle ou, aussi, un peu en mĂŞme temps. Au « travail Â», nous continuons de penser Ă  notre vie personnelle. Sauf si nous sommes trop absorbĂ©s par notre tâche ou notre « travail Â» par choix ou par contrainte.

 

Afin de vivre au mieux ce travail, il est préférable que celui-ci corresponde au mieux à nos croyances comme à la plus grande partie de nos valeurs. C’est encore plutôt le cas pour moi là où je travaille actuellement. Même si rien n’est parfait dans le monde du travail comme ailleurs.

Paris, octobre 2021.

 

 

Cependant, avant de reprendre « ce Â» travail demain, dois-je ranger tous les journaux que j’ai accumulĂ©s depuis plusieurs semaines et qui font plusieurs piles près de mon lit ? Alors que je les ai parcourus comme une souris grignoterait tous les rebords ( et un peu le cĹ“ur ) du pain sans s’attaquer aux tranches elles-mĂŞmes.

Dois-je retranscrire au propre – et trier- les nombreuses notes que j’ai prises la semaine dernière lors de deux jours de formation professionnelle pour lesquelles j’ai choisi de revenir sur mes jours de vacances ? Deux jours de congĂ©s que je rĂ©cupèrerai plus tard.

Dois-je d’ores et déjà commencer à préparer mon sac pour partir au travail demain vu que j’effectue une partie de mon trajet avec mon vélo ?

Pourrais-je, ce soir, me rendre Ă  Paris, du cĂ´tĂ© de Mouffetard, Ă  la dernière reprĂ©sentation d’une très grande artiste lors d’un spectacle de marionnettes ?

Pourrai-je rapidement, et correctement, Ă©crire au moins deux autres articles après celui-ci :

Embrigadement  et Les principales vertus du combattant dont les idĂ©es me sont aussi advenues ce matin ? Sachant que je n’ai toujours pas rĂ©digĂ© d’article sur le cinĂ© dĂ©bat avec Jean-Gabriel PĂ©riot ; que je n’ai pas Ă©crit d’article sur le dernier James Bond, Mourir peut attendre que je suis allĂ© voir lundi matin ?

 

Dans les informations récentes que j’ai lues dans des journaux ( Le Monde, Le Figaro, Les Echos, Le Canard Enchainé, Charlie Hebdo, Le Parisien…) j’ai retenu qu’il y a aujourd’hui plus de 800 postes d’infirmières et d’infirmiers vacants dans les hôpitaux publics de la région parisienne. Le manque infirmier se fait beaucoup sentir sur les postes de nuit. Le Plan Ségur décidé par le gouvernement qui a accordé 183 euros de plus par mois à un certain nombre d’infirmières et d’infirmiers et la prochaine augmentation salariale qui devrait être effective à partir de la fin de ce mois dans les établissements de soins (et concerner aussi le personnel aide-soignant) n’a pas suffi à atténuer la dégradation des conditions de travail lancée il y a plus de vingt ans après des décisions gouvernementales et managériales successives et répétées.

 

Trois vaccins contre le Covid, d’après des Ă©tudes rĂ©alisĂ©es sur plus de vingt millions de personnes, ont dĂ©montrĂ© leur efficacitĂ© rĂ©elle contre le Covid ainsi que contre ses formes graves : les vaccins Ă  ARN messager Pfizer et Moderna. Mais aussi le vaccin Astrazeneca , pourtant techniquement moins avancĂ© et aussi moins bien rĂ©putĂ© en raison de quelques effets secondaires graves reconnus ( thromboses…..). Cette information concernant l’efficacitĂ© avĂ©rĂ©e des vaccins anti-covid m’a nĂ©anmoins rassurĂ©. Reste cette histoire de passe sanitaire dĂ©sormais installĂ©e telle une ancre ou une enclume de plus en plus lourde, au fur et Ă  mesure des jours, et qu’il va ĂŞtre de plus en plus difficile de soulever et de faire sortir de nos vies.

 

Au moins trois témoignages m’ont marqué parmi les parties civiles qui ont témoigné lors du procès des des attentats du 13 novembre 2015 qui continue de se dérouler.

Une femme qui, d’abord, s’est sentie illĂ©gitime en tant que victime, car non blessĂ©e physiquement, puis qui finit par dire qu’après l’attentat, elle n’a plus Ă©tĂ© en mesure de vivre comme auparavant et qui conclu, Ă  propos des meurtriers des attentats :

« Ils m’ont tout pris Â».

Le deuxième tĂ©moignage est celui d’une autre victime, un homme, au concert au bataclan avec son fils, qui a expliquĂ© qu’avant de tirer- et de tuer- les terroristes avaient parlĂ© du PrĂ©sident François Hollande, de la Syrie, pour justifier le fait de tirer ensuite sur les spectateurs du concert de ce jour-lĂ . Mais que leur discours, toujours selon cet homme qui tĂ©moigne, sonnait faux. Les terroristes donnant l’impression d’être des « mauvais acteurs Â» rĂ©citant un texte appris par cĹ“ur mais auquel ils ne croyaient pas eux-mĂŞmes comme s’ils Ă©taient « sous captagon Â».

Le troisième tĂ©moignage est celui d’un autre homme qui, s’adressant aux accusĂ©s, leur a dit que les terroristes s’étaient attaquĂ©s Ă  des personnes qui n’avaient rien Ă  voir avec les horreurs qui leur Ă©taient reprochĂ©es (la guerre en Syrie ou autre). Mais, aussi que les terroristes s’en Ă©taient pris Ă  des personnes qui n’étaient pas des militaires (entraĂ®nĂ©s et armĂ©s). Et, il a demandĂ© aux accusĂ©s s’il leur Ă©tait arrivĂ©, de rester couchĂ©s, pendant des heures, au milieu de cadavres dont les yeux les regardaient ?

 

Au milieu de tout ça, l’industrie nuclĂ©aire, malgrĂ© Fukushima, malgrĂ© Tchernobyl, malgrĂ© le livre La Supplication de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littĂ©rature il y a moins de cinq ans pour l’ensemble de son Ĺ“uvre, a les faveurs du PrĂ©sident Macron afin de prĂ©parer  notre avenir en anticipant le tarissement  des gisements de pĂ©trole prĂ©vu d’ici un demi-siècle.

 

En ce moment, sur certaines plages de Bretagne, les algues vertes toxiques dues Ă  l’usage et au rejet intensif de certains engrais chimiques destinĂ©s Ă  l’élevage, continuent d’abonder.  En pleine mer, suffisamment loin de tout ça, plusieurs de mes moniteurs de mon club d’apnĂ©e, avec quelques membres du club dont j’aurais pu faire partie comme lors des deux stages prĂ©cĂ©dents, sont partis faire de la chasse sous-marine. Ils ont dĂ» se mettre Ă  l’eau vers 8h30 ou 9h avec leurs combinaisons de 5 Ă  7 mm de nĂ©oprène. Et, maintenant, ils ont dĂ» rentrer et commencĂ© Ă  prĂ©parer leur repas fait d’une partie de leur pĂŞche.

 

 

Voici pour le contexte.

 

 

 

Trois Maitres + Un

 

J’ai officiellement rencontrĂ© trois Maitres d’Arts Martiaux depuis la fin de l’annĂ©e dernière :

 

Sensei Jean-Pierre Vignau. Sensei LĂ©o Tamaki. Sensei RĂ©gis Soavi. Trois hommes. Trois vies diffĂ©rentes.  L’un, particulièrement chĂ©tif Ă  sa naissance mais aussi lors des premières annĂ©es de son enfance a Ă©tĂ© placĂ© Ă  l’assistance publique. Puis, a Ă©tĂ© adoptĂ© par un frère et une sĹ“ur agriculteurs. Le second, mi-Japonais, mi-europĂ©en a aussi un frère qui enseigne l’AĂŻkido dans le Val d’Oise et qui participe Ă  ses divers projets avec martiaux ainsi que d’autres enseignants de son Ă©cole : Aikido Kinshikai dont une antenne se trouve Ă  quelques minutes Ă  pied de mon domicile.

J’ai toujours le projet d’interviewer Sensei LĂ©o Tamaki L’Apparition). 

 

Je connais « moins Â», pour l’instant, la biographie de Sensei RĂ©gis Soavi. Toutefois, des trois Maitres rencontrĂ©s, il est celui que j’ai rencontrĂ© avec une de ses filles. Laquelle,  Manon Soavi, est cet autre Maitre que je suggère dans le titre de cet article. Sensei Soavi, m’a aussi particulièrement interpellĂ© en tant que père.

Parce-que je suis père d’une fille bien plus jeune que Manon, aujourd’hui mère et en couple. Mais aussi parce-que Sensei Soavi m’a appris que Manon n’avait pas Ă©tĂ© scolarisĂ©e.

Mais… comment a-t’elle fait pour apprendre Ă  lire ? ai-je alors demandĂ©. Sensei Soavi d’interpeller alors sa fille Manon:

” Manon, tu sais lire ?”. Celle-ci, situĂ©e alors Ă  plusieurs mètres de nous, en pleine discussion, a rĂ©pondu : ” Quoi ?!”. 

Sensei Soavi de m’apprendre ensuite en souriant que Manon savait non seulement lire et Ă©crire, parler Italien mais, qu’en plus, elle Ă©crivait “mĂŞme des livres”. Soit exactement l’inverse du modèle d’Ă©ducation et d’apprentissage que j’ai toujours connu. J’ai souvent eu besoin de prendre des cours avec un prof certifiĂ© pour dĂ©buter un nouvel apprentissage. Une amie m’en avait fait un jour la remarque. Il n’y a que pour Ă©crire et la photographie ( mais je serais bien incapable de tirer mes propres photos avec un appareil photo non numĂ©rique) que je n’ai pas pris de cours. Et, Ă  ce jour, je ne vis toujours pas Ă©conomiquement, grâce Ă  ces deux activitĂ©s.  

Selon Sensei Soavi, “quand on aime son enfant”, on y arrive. C’Ă©tait aussi simple et aussi Ă©vident que cela Ă  l’entendre. J’aurais bien aimĂ© avoir sa confiance. Une confiance d’autant plus Ă©tablie que, concrètement, je voyais et vivais le rĂ©sultat en temps rĂ©el. Ce dojo oĂą je me trouvais. Et une de ses filles qui m’avait guidĂ© durant ma sĂ©ance de dĂ©couverte. Alors que moi, je ne suis qu’au dĂ©but de tout ça. Et, encore, si je m’y prends “bien”. Car, en tant que père, on peut beaucoup rater en se montrant trop volontaire.  

MĂŞme si je suis très loin de ce qu’a pu rĂ©aliser Sensei Soavi en tant que père,  je crois que la capacitĂ© de se conformer au système scolaire et social est un atout dont certaines et certains sont dĂ©pourvus. Plus pour des raisons de “comportement” ou d’histoire personnelle et Ă©motionnelle que pour des raisons d’aptitude cognitive. Et, bien mĂŞme si je suis  plus conformiste en tan que père que Sensei Soavi , je ne crois pas que toute la vie s’apprenne Ă  l’Ă©cole, dans les Ă©coles, dans les livres ou dans les Ă©tudes.

Mais j’ai assez peu de mĂ©rite pour “savoir” cela. D’une part, j’ai grandi en prenant quelques mandales et semonces au moins paternelles qui rĂ©futent totalement le thĂ©orème selon lequel il suffirait d’ĂŞtre poli, sĂ©rieux et gentil pour que nos quelques erreurs et bĂŞtises supposĂ©es ou rĂ©elles nous soient magiquement pardonnĂ©es. D’autre part, ĂŞtre poli, sĂ©rieux et seulement gentil nous expose dans la vie Ă  bien des retournements de situation dĂ©favorables. Enfin, mes Ă©tudes puis mon mĂ©tier d’infirmier m’a un petit peu instruit quant au fait que le bonheur est une activitĂ© très concrète. Et qu’il ne se dĂ©cide pas Ă  nous choisir juste parce-que l’on aurait fait de très bonnes Ă©tudes ou que l’on disposerait du bon algorithme. Mais aussi, que l’on peut avoir des très bonnes notes lors de ses Ă©tudes d’infirmier, de mĂ©decine ou autres, et, en pratique, se rĂ©vĂ©ler ĂŞtre une personne irascible, tyrannique, dispensable ou incompĂ©tente malgrĂ© le poste Ă  haute responsabilitĂ© ou toute l’anciennetĂ© qui peut ĂŞtre le nĂ´tre ou la nĂ´tre. 

Paris, Octobre 2021.

Pour ces raisons, ce que m’a laissĂ© entrevoir Sensei Soavi de l’Ă©volution de Manon depuis son enfance, ne pouvait que m’interpeller. En tant qu’individu mais aussi en tant que père. Car si je veux bien-sĂ»r le meilleur pour ma fille, je me comporte aussi avec elle comme un militaire. La vie n’est pas que jolies licornes, douceur et gentillesse immĂ©diates et sans arrières pensĂ©es oĂą le temps s’est arrĂŞtĂ© et nous laisse tout loisir d’inventer et de compter les jolies couleurs dans le ciel. MĂŞme s’il faut, Ă©videmment, aussi, savoir s’offrir de tels moments. Mais pas n’importe comment. Pas n’importe quand. Et pas avec n’importe qui. 

 

Dans mon article Dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda/ sĂ©ance dĂ©couverte , je me demande si  Manon Soavi est dĂ©jĂ  un Maitre.

 

 

Qu’il n’y ait aucune mĂ©prise :

 

Je ne connais pas le rituel, la cĂ©rĂ©monie, le protocole ou le processus par lequel un ĂŞtre humain devient un Maitre. Je suis totalement ignorant de ce « passage Â» vers le statut de Maitre et, bien-sĂ»r, des responsabilitĂ©s que cela peut incomber. Car il ne suffit pas d’avoir le titre de Maitre. Il faut ĂŞtre Maitre. Et, cela est vrai pour toute responsabilitĂ© que l’on « incarne Â» ou que l’on prend.

 

Lorsque je parle de celui par lequel j’ai dĂ©couvert et pratiquĂ© le judo, Pascal Fleury, je dis mon « prof  de judo Â». Cependant, je suis dĂ©jĂ  retournĂ© le saluer par affection dans son club ou ai pu participer Ă  une ou deux sĂ©ances de reprise et ai pu alors constater que, dĂ©sormais, plusieurs – ou la plupart- de ses Ă©lèves l’appellent Sensei. Y compris Des Ă©lèves dĂ©sormais plus avancĂ©s et plus gradĂ©s que moi en judo. Mais lorsque je l’ai connu, il y a plus de vingt ans, personne dans le club ne l’appelait Sensei. Tout en reconnaissant Ă©videmment son autoritĂ©, son Savoir et son expĂ©rience.

 

 

J’écris, qu’à mon avis, Manon Soavi est aussi un Maitre car elle est beaucoup plus avancée que moi dans différents domaines. Même si j’ai arrêté de pratiquer le judo pendant une vingtaine d’années, j’ai néanmoins continué à apprendre à vivre. Mon regard et ma façon de penser, sur moi-même et sur les autres, a un petit peu évolué.

Gare de Cergy st-Christophe, octobre 2021.

 

 

L’âge, le sexe, la condition sociale d’origine, la formation universitaire ou scolaire reconnue ou officielle,  ni mĂŞme l’habilitĂ© Ă  savoir s’exprimer par Ă©crit, par l’image ou par oral, n’est pas, pour moi, le critère le plus important pour dĂ©finir un Maitre. Ces aspects ont leur importance ou peuvent en avoir une au dĂ©part, bien-sĂ»r. Pour d’autres comme pour moi. Mais, ensuite, vient la pratique. Les faits. C’est ce que je vais « regarder Â» ou retenir pour me dire que telle personne est un Maitre ou en a, selon moi, les particularitĂ©s. Que j’en parle ou non. Pour moi, un de mes moniteurs d’apnĂ©e, Y…actuellement en Bretagne, est l’équivalent d’un Maitre dans cette discipline qu’est l’apnĂ©e. Je ne lui en parlerai pas. Car il me rĂ©pondrait qu’il n’en n’est pas question. Qu’il trouve ça exagĂ©rĂ©. Ou qu’il n’a pas cette prĂ©tention. Pourtant, lorsque j’en ai parlĂ© il y a quelques jours Ă  une copine du club, elle a aussitĂ´t abondĂ© dans mon sens.

 

 

On ne dit et l’on n’écrit pas toujours ce qui peut nous marquer. Parce-que l’on n’y pense pas. Ou que l’on se concentre sur d’autres sujets que l’on voit comme plus importants à dire.

 

Par exemple, dans mon article Dojo Tenshin- Ecole Itsuo Tsuda/ Séance découverte, je n’ai pas écrit ces moments où, venant me corriger aimablement, Sensei Régis Soavi, a pu me montrer comment, par un tout petit changement d’attitude corporelle ( a very very little change), une attaque apparaissait inoffensive. Et, une autre, alarmante, appelant aussitôt une façon différente, plus précise, de réagir.

 

Il en est de même avec Sensei Manon Soavi avec qui j’ai participé à la séance avant hier matin. Je n’ai pas tout écrit. Et, cet article et les deux autres que j’écrirai peut-être

( Embrigadement  et Les principales vertus du combattant ) doivent autant une partie de mon inspiration Ă  ma « rencontre Â» avec Sensei Jean-Pierre Vignau, Sensei LĂ©o Tamaki, Sensei RĂ©gis Soavi. Qu’à Sensei Manon Soavi.

 

Lors d’une de mes rencontres avec lui, Jean-Pierre Vignau m’avait répondu :

 

« Appelle-moi, Jean-Pierre. Parce-que, pour m’appeler Sensei, il faut dĂ©jĂ  que tu aies connu plusieurs Maitres Â».

 

 

Paris, octobre 2021.

Lorsque j’étais allĂ© assister  Ă  un de ses stages, LĂ©o Tamaki m’avait dit que je pouvais l’appeler LĂ©o. (Dojo 5 ). 

 

Régis et Manon Soavi ne m’ont pas demandé de les appeler Sensei. Parmi tout ce qu’il m’a dit, Régis Soavi m’a aussi expliqué qu’il n’exigeait pas de ses élèves qu’ils portent d’emblée le Hakama. Que cela relevait de leur propre décision. Mais que, par contre, du jour où ils décidaient de le porter, qu’ils s’engageaient d’une façon particulière et qu’il ne pouvait y avoir de retour en arrière.

Concernant la ceinture, Sensei Régis Soavi m’a dit qu’il y avait pour lui deux ceintures. Une blanche. Une noire. Et, qu’à un moment donné, sans que cela soit tenu par une évaluation d’ordre didactique, il attribuait la ceinture noire. Ou pas sans doute…..

Lorsque RĂ©gis Soavi m’a expliquĂ© ça, sĂ»rement lors du petit-dĂ©jeuner d’après la sĂ©ance, oĂą, comme nous tous, il avait alors quittĂ© sa tenue martiale, redevenant ainsi un simple civil, je n’ai pas eu besoin de sous-titres pour comprendre que c’était toujours  le Maitre d’AĂŻkido qui continuait de me parler au travers de la simple enveloppe civile et dĂ©contractĂ©e de RĂ©gis.

 

 

Sensei Manon Soavi , elle, est la seule avec laquelle, à ce jour, dans mon expérience très limitée, j’ai un peu pratiqué directement l’Aïkido. Le temps d’une séance. Ce n’est ni une débutante ni une inconnue de l’Aïkido.

 

 

Alors, je suis lĂ  Ă  donner du Maitre. Et on peut se demander si je suis en pleine extase tel le pèlerin ou l’alpiniste se trouvant au pied d’une montagne sacrĂ©e dont il a pu rĂŞver depuis des annĂ©es. En outre, avec le rĂ©chauffement du permafrost, il y a plutĂ´t intĂ©rĂŞt Ă  ne pas trop traĂ®ner pour dĂ©buter l’apprentissage de l’escalade. Après tant d’annĂ©es passĂ©es Ă  errer. Et, c’est lĂ  oĂą je reprends la phrase de Sensei Jean-Pierre Vignau. Si je jouais sur ses termes, je pourrais me dire :

 

« Ă§a y’est ! J’ai rencontrĂ© trois ou quatre Maitres, donc, maintenant, je peux dire Maitre ! Â».

 

En fait, se hâter Ă  dire Maitre revient un peu Ă  se dĂ©pĂŞcher de se châtrer et de se châtier soi-mĂŞme. A prendre le mot « Maitre Â» dans son sens le plus avilissant pour l’HumanitĂ©. L’esclave devait et doit dire Maitre Ă  celle ou celui qui le domine et qui a droit de vie et de mort sur lui et sa descendance. Or, les Maitres d’Arts martiaux que je dĂ©signe dans cet article- ainsi que les autres – seraient sĂ»rement horrifiĂ©s si les Ă©lèves ou les disciples qui les appellent Maitre se comportaient d’eux-mĂŞmes comme des esclaves devant leur pharaon. Ou comme des fans devant  leur Ted Nugent.

 

Aussi, que cela soit officiel : lorsque j’écris « Maitre Â», je ne parle pas de pharaons, d’empereurs ou de ClĂ©opâtre devant lesquels, je devrais baisser les yeux et lĂ©cher le sol  oĂą ils marchent. En remerciant une force supĂ©rieure de m’avoir autorisĂ© Ă  vivre cette expĂ©rience suprĂŞme. Et, en faisant de moi un peu l’équivalent du personnage particulièrement bien jouĂ© par l’acteur Samuel Jackson  dans le film Django Unchained de Quentin Tarantino. Soit un esclave noir si fervent de son Maitre esclavagiste (Ă©galement très bien interprĂ©tĂ© par l’acteur  LĂ©o Dicaprio) qu’il est prĂŞt Ă  mourir pour lui en dĂ©pit des multiples sĂ©vices que celui-ci et d’autres ont pu lui infliger dès sa naissance.

 

Cergy St-Christophe, fin septembre 2021, lors de la manifestation Cergy, soit !

 

La libertĂ© :

 

 

Ce qui me marque beaucoup à parler de ces Maitres, c’est leur liberté. Chacun a bien sûr sa personnalité. Et, celle-ci tranche par rapport à celle des autres. Mais ces Maitres, d’une façon ou d’une autre, sont plus libres et semblent aussi plus épanouis que la majorité.

 

Une minoritĂ© d’individus, sur terre, concentre la majoritĂ© des richesses Ă©conomiques et politiques sur terre. Les Maitres d’Arts martiaux font plutĂ´t partie de ces minoritĂ©s d’individus qui concentrent ou semblent concentrer, elles et eux, une « quantitĂ© Â», peut-ĂŞtre une majoritĂ©, de richesses morales, spirituelles et physiques sur terre. Mais ces derniers ( les Maitres d’Arts martiaux) peuvent ĂŞtre assez « ignorĂ©s Â» au profit de coaches, de consultations de « bien-ĂŞtre Â» les plus diverses, de salles de sport, de magazines, souvent fĂ©minins ou considĂ©rĂ©s comme du ressort de la presse dite fĂ©minine type Psychologie ou Biba ou autres, ou de « sorties Â» entre copains ou entre copines. Ce mode de vie a bien-sĂ»r ses justifications. Sauf qu’il a une certaine tendance, Ă  un moment donnĂ©, Ă  tourner autour du pot lorsqu’il s’agit de vivre ou d’être une personne. Je vais prendre mon exemple :

 

Je peux continuer d’aller voir des quantitĂ©s indĂ©nombrables de films et Ă©crire ensuite Ă  leur sujet. D’autant que depuis hier, par exemple, en m’inscrivant dans une mĂ©diathèque d’une autre ville que la mienne, j’ai un nouvel accès – illimitĂ©- Ă  un certain nombre de prĂŞts de dvds, de cds et de livres. Et, j’ai commencĂ© par en emprunter 39 articles car il fallait bien « amortir Â» le coĂ»t de l’inscription Ă  l’annĂ©e, pour un « Ă©tranger Â» : 50 euros. Je savais très bien qu’un mois de prĂŞt serait largement insuffisant pour regarder tous ces films et ces quelques sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es. Mais, aussi, pour Ă©couter avec prĂ©sence cette dizaine de cds.

Cependant, mĂŞme si j’y parviens, voir tous ces films, Ă©crire Ă  leur sujet, lire le plus possible de journaux et de livres (empruntĂ©s comme achetĂ©s) cela va-t’il suffire pour me rendre plus libre et plus Ă©panoui ?

 

MĂŞme si j’ai la chance, par rapport Ă  d’autres, de pouvoir prendre le temps de regarder des dvds et d’écouter des cds. Ainsi que, d’avoir  pu faire le nĂ©cessaire, en dĂ©cidant de chercher un poste avec certains horaires de travail, pour pouvoir bĂ©nĂ©ficier de ce temps personnel. Mais aussi en dĂ©cidant du nombre d’enfants pour lequel je serai père et Ă  partir de quand dans ma vie.  

 

Donc, être Maitre, c’est sûrement, déjà, être suffisamment Maitre de son temps afin de pouvoir l’employer à ce qui nous importe le plus. Et, cela, de manière suffisamment satisfaisante pour soi et pour celles et ceux qui, ensuite, viennent régulièrement chercher et vivre ce temps commun.

 

Près de la gare d’Argenteuil, octobre 2021.

 

La difficulté

 

 

Toutefois, si je parle de Maitres d’Arts martiaux qui sont, pour tout pratiquant d’Art martial, les modèles ou les pionniers dont on s’inspire (j’aime, dans la traduction du mot Sensei lire que le Sensei est « celle ou celui qui est nĂ©(e ) avant), il faut aussi parler de celles et ceux qui les entourent. Les autres pratiquantes et pratiquants.

 

Face au sensei, on est un peu comme face Ă  un miroir. Sauf que le reflet, la silhouette, l’idĂ©al, la personnalitĂ© que l’on voit n’est pas le nĂ´tre, pas la nĂ´tre. Et, cela ne sera jamais. Car chaque personne est unique.  NĂ©anmoins, on peut avoir tendance, si l’on admire un peu trop une Maitre ou un Maitre, si l’on colle beaucoup trop Ă  son reflet ou Ă  sa personnalitĂ©, Ă  ne voir qu’elle ou lui ou Ă  ne voir que par elle ou par lui. Et Ă  nĂ©gliger celles et ceux qui nous entourent. Plus avancĂ©s que nous, plutĂ´t exemplaires. Mais aussi celles et ceux donnant Ă  voir une pratique peu flatteuse et peu avantageuse  de la discipline. Il y a les pratiquantes et les pratiquants douĂ©s et expĂ©rimentĂ©s. Leur inverse existe aussi : peu douĂ©, peu expĂ©rimentĂ©, mais aussi expĂ©rimentĂ© et pourtant peu douĂ©. Ou très douĂ© alors que peu expĂ©rimentĂ©.

 

Etre un Maitre, ou aspirer Ă  en devenir un, cela consistera sans doute Ă  apprendre Ă  accepter de composer avec au moins ces trois « difficultĂ©s Â».

 

Celle du Maitre. Celle des autres pratiquantes et pratiquants qui « rĂ©ussissent Â» mieux que nous ou qui sont « meilleurs Â» que nous. Celle des pratiquantes et pratiquants qui « patinent Â», qui « rament».

Et soi-même. Avec nos propres difficultés et facilités qui varient selon les périodes.

 

 

Je cite trois difficultĂ©s + une. Ces difficultĂ©s peuvent aussi ĂŞtre perçues comme les trois angles diffĂ©rents d’un problème ou d’une situation. On peut aussi remplacer le terme « difficultĂ©s Â» par le terme «  dimension Â».  Nous vivons souvent dans Ă  peine une dimension, voire deux. Et, encore. Je l’écris ici, assez intuitivement, et, aussi, pour l’avoir lu ou entendu.

 

Le titre de cet article est Trois Maitres + Un. Soit quatre possibilitĂ©s, parce qu’une difficultĂ© peut aussi devenir une possibilitĂ©,  que l’on peut rencontrer, que l’on rencontre, que l’on a rencontrĂ©, de vivre autrement, d’être autrement. Selon que l’on  dĂ©cide. De Ranger des piles de journaux. De PrĂ©parer son sac de travail pour le lendemain. D’ Ă©crire un article ou plusieurs. Ou de ne pas le faire. L’école Itsuo Tsuda de Sensei RĂ©gis Soavi enseigne le Non-Faire. Le Non-Faire, c’est le contraire de notre sociĂ©tĂ©. Il y a beaucoup de personnes de par le monde, en France comme ailleurs, pour lesquels ne rien faire est particulièrement violent. Cela reviendrait presque Ă  vomir ses tripes après plusieurs cuites rĂ©pĂ©tĂ©es.

 

Franck Unimon, ce jeudi 14 octobre 2021.

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self-défense/ Arts Martiaux

Dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda/ séance découverte

                                              

                                  Dojo Tenshin- Ecole Itsuo Tsuda/ sĂ©ance dĂ©couverte 

 

Un manga pour un dojo

 

 

Je dois au manga Le Garçon et la bĂŞte ( article   Ou aller ? Le Garçon et la bĂŞte )sorti au cinĂ©ma en 2015- de m’être rendu ce mardi 12 octobre 2021 au Dojo Tenshin- Ecole Itsuo Tsuda afin de le dĂ©couvrir.

 

Cela les a fait marrer, ce matin, au Dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda, lorsque je leur ai expliqué ça. Nous étions alors plusieurs à être assis autour des tables basses rectangulaires.

 

La veille, P…, membre du dojo depuis cinq ans, m’avait rappelé suite au message que j’avais laissé. Afin de donner des explications et de répondre à mes questions.

 

On pourrait me prĂŞter un kimono. Si la sĂ©ance dĂ©bute Ă  6h45, idĂ©alement, ce serait bien de pouvoir ĂŞtre lĂ  entre 6h et 6h15 afin de prendre le temps de boire un cafĂ©, de discuter un peu avant.  

 

Cet Ă©tĂ©, ou lors d’une pĂ©riode plus floue qu’aujourd’hui, pour cause de pandĂ©mie, nous devions sortir de chez nous Ă  partir d’une certaine heure et y rentrer au plus tard Ă  une autre heure Ă©galement prĂ©dĂ©terminĂ©e par notre gouvernement. Pour les mĂŞmes raisons, pendant plusieurs mois, notre pĂ©rimètre de dĂ©placement kilomĂ©trique avait pu ĂŞtre restreint.  Et, certains lieux Ă©taient fermĂ©s au public. Provisoirement ou dĂ©finitivement Ă  la suite des consĂ©quences Ă©conomiques de ces fermetures.

 

 

J’avais cherché cet été. Des endroits, sur Paris ou dans la région parisienne, où il serait possible, un jour, de suivre des cours d’arts martiaux le matin.

 

J’avais relevĂ© plusieurs « organisations Â» que j’ai notĂ©es avec application sur un de mes petits carnets. Tant de sports de combats que d’Arts martiaux. J’avais ainsi « regardĂ© Â» un club ou deux de sistema.

 

Parmi tous ces « clubs Â» ou « organisations Â», j’avais dĂ©couvert le Dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda par une photo en noir et blanc montrant des pratiquants parfaitement alignĂ©s en position de salut.

 

Les cours y débutaient à 6h45 du matin plusieurs jours de suite en semaine.

 

C’était la première fois que je voyais Ă§a. Je n’avais jamais entendu parler du Dojo Tenshin. Beaucoup de sĂ©ances d’entrainement se dĂ©roulent le plus souvent le soir, quelques fois le matin ou Ă  l’heure du dĂ©jeuner afin de permettre aux adultes travailleurs et aux plus jeunes scolarisĂ©s ou en formation d’être disponibles pour les entraĂ®nements . Hormis lors des stages oĂą les horaires peuvent ressembler aux horaires de bureau conventionnels de 9h Ă  17 ou 18h. 

 

Le dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda prenait le contrepied de tout ça. Mais qui Ă©taient-ils ? Evidemment, dans mon entourage direct, je ne pouvais consulter personne pour m’en parler.

 

Un passage sur leur site m’a confirmé le caractère déjà très sérieux imposé par la photo initiale. Puis, je me suis demandé s’il s’y déroulait des événements étranges. Car ce dojo m’était totalement inconnu. Et le fait qu’il propose autant de séances, plus que d’autres, rajoutait au mystère.

 

RĂ©gis et Manon Soavi, le père et la fille ?  C’est seulement hier soir, la veille de ma venue, en discutant avec P… que j’ai commencĂ© Ă  faire le rapprochement.

 

J’avais lu leurs noms et sans doute certains de leurs articles dans des magazines tels que Yashima  ou Dragon Magazine . Je peux mĂŞme dire maintenant que j’avais vu la photo de Maitre RĂ©gis Soavi. Mais ma culture martiale, d’abord, est dĂ©butante et très parcellaire.  Ensuite, elle est principalement thĂ©orique ainsi qu’assez isolĂ©e.

 

 

La PĂŞche Ă  la ligne

 

 

Ce matin,  depuis Argenteuil, j’ai pris le train de 5h32 direct pour Paris St Lazare. Le rĂ©veil, un peu avant 5 heures, n’a pas Ă©tĂ© trop difficile. J’avais choisi de venir. Je savais pourquoi je venais. Contrairement peut-ĂŞtre Ă  quelques unes et quelques uns des passagers convoyĂ©s comme moi vers Paris. J’ai pu ĂŞtre comme eux lorsqu’il a pu m’arriver d’aller en stage ou au travail aux mĂŞmes horaires sans autre motivation que de remplir des obligations. Les Ă©crans de plusieurs tĂ©lĂ©phones portables hypnotisaient dĂ©jĂ  leurs propriĂ©taires. NĂ©anmoins, j’ai aimĂ© ce calme dans les transports en commun. Sortir alors qu’il faisait encore nuit m’a donnĂ© l’impression de me rendre aux avant postes d’un grand projet.

 

Puis, j’ai pris le mĂ©tro, ligne 9, sans me presser. A la sortie d la station Maraichers, je me suis rappelĂ© que le dojo de Maitre Jean-Pierre Vignau , que j’étais allĂ© rencontrer deux fois chez lui ( Arts Martiaux : un article inspirĂ© par Maitre Jean-Pierre Vignau )ainsi que dans son dojo avec ma fille,  se trouvait non loin de lĂ . Dans le sens opposĂ©.

Ce mardi 12 octobre 2021, après être sorti du métro à la station Maraîchers.

Dans la rue, une femme africaine, une maman, m’a facilement guidé. La rue des Grands Champs, c’était la prochaine, sur la droite. Cependant, pour moi, pour aller au dojo, le numéro 120 partait vers la gauche.

 

Vu le numĂ©ro 120, je m’attends Ă  marcher un moment. Mais ça arrive très vite. Moins de cinq minutes après ĂŞtre sorti de la bouche du mĂ©tro, je m’approche. Les rues sont calmes. Sur ma gauche, une voiture garĂ©e aux phares arrières allumĂ©s. Rapidement, j’aperçois l’enseigne Dojo Tenshin. Mais je vois d’abord des rideaux de fer baissĂ©s. P… m’avait pourtant dit que le dojo Ă©tait ouvert Ă  partir de 6h.  Or, il est plus près de 6h10.

 

 

Je sors mon appareil photo. J’appuie deux fois. Je continue. Je pousse une porte en fer sur la droite. Je regarde en haut. Là où il y a de la lumière à la fenêtre. Ça doit être là. Je me retourne. Un homme derrière moi. Je le salue, lui explique que je viens découvrir. A son air, je présume qu’il a pu me croire mal intentionné. Sitôt que je lui dis ce qui m’amène, il se propose aussitôt de m’emmener. Je le suis. Oui, c’était lui dans la voiture que j’ai vu, phares allumés, me confirme-t’il.

 

 

Nulle part ou aller :

 

Dans Le Garçon et la bête, ce moment où le jeune Ren/Kyuta a nulle part où aller m’a beaucoup marqué lorsque je l’ai revu ce samedi avec ma fille.

 

C’est parce-que nous n’avons nulle part où aller que nous pouvons passer notre temps à faire des magasins et à remplir nos sacs de courses ou nos caddies. Parce que ce nulle part nous remplit de vide. Nous faisons des achats comme nous essayons de nous payer de nouvelles destinations.

 

Je n’ai rien contre les achats alimentaires, de plaisir ou nécessaires. De toute façon, je me vautre aussi dedans encore régulièrement. A l’heure où j’écris cet article un nouveau tic-tac s’est d’ailleurs enclenché dans ma tête concernant des dépenses futures. Sur un tapis roulant imaginaire, je vois passer et repasser un ou deux articles que j’aimerais bien m’acheter.

Je pense bien-sûr davantage à toutes ces dépenses et à tous ces objets qui nous encombrent plus qu’ils ne nous servent. Quand ils ne sont pas en toc.

 

C’est aussi parce-que nous n’avons nulle part oĂą aller que nous nous blottissons contre certains comportements. En espĂ©rant y trouver un peu de chaleur et de prĂ©sence alors que plus nous nous y enfouissons et plus cette chaleur et cette prĂ©sence que nous recherchons  se diluent.

 

Je ne devrais pas l’écrire car, souvent, ce genre de propos désole. Mais j’ai des regrets. Ainsi que des souhaits.

 

Des Regrets

 

 

Je regrette d’avoir manqué de curiosité. De m’être trop de fois contenté de ce que je savais ou croyais savoir. D’avoir pu très facilement me satisfaire de mes théorisations et d’une certaine intellectualisation.

Bien-sûr, je suis dur avec moi-même et il me faut aussi faire acte d’indulgence. Etre et pouvoir vivre avec bonheur et certitude en permanence comme un bourrin requiert des capacités largement supérieures à ma moyenne. Cependant, il me faudra du temps pour améliorer mon indulgence envers moi-même.

 

Le Dojo Tenshin- Ecole Itsuo Tsuda se trouve Ă  cet endroit depuis 2000 ai-je appris ce matin. Autrement, l’association existe depuis 1985. Ce matin, après la sĂ©ance, Maitre RĂ©gis Soavi et Manon Soavi m’ont rĂ©pondu qu’il restait encore des anciens de cette toute première Ă©poque. Autrement, il y  avait des « jeunes Â» pratiquants prĂ©sents depuis les annĂ©es 2000.

 

L’an 2000 est l’annĂ©e oĂą j’avais arrĂŞtĂ© de pratiquer le judo. Je plafonnais. J’avais alors essayĂ© de bifurquer vers une autre pratique, le Jujitsu brĂ©silien. Les Frères Gracie  Ă©taient la rĂ©fĂ©rence alors que le MMA se dĂ©veloppait mais aussi connaissait son Boom mĂ©diatique ;

 

Dans une bien moindre mesure, j’avais fait une séance de découverte de Kick boxing.

 

« Pour apprendre Ă  donner des coups de pieds et des coups de poing ! Â».

 

Cela nous avait Ă©tĂ© recommandĂ© un jour, Ă  nous, judokas, au dojo d’étĂ©. Nous avions trop tendance Ă  rester dans le judo et Ă  ne rien apprendre d’autre. 

 

J’avais aussi essayĂ© un tout petit peu la lutte contact.  Je me rappelle d’un club oĂą l’esprit Ă©tait ouvertement « guerrier Â». En tout cas, je n’oublierai pas ce jour oĂą j’avais aperçu son fondateur et prĂ©sident remonter le Boulevard de l’Oise d’un pas martial. On aurait dit que mĂŞme marcher le mettait en colère. Ou que cela l’énervait d’autant plus que personne ne vienne le titiller. J’ai aperçu cet homme il y a deux ou trois mois, sur le quai de la gare St Lazare. Il portait un de ses bras en Ă©charpe. Dix Ă  vingt ans plus tard, j’en ai dĂ©duit qu’il n’avait pas beaucoup dĂ©colĂ©rĂ©.

 

Mon prof de Jujitsu brĂ©silien, lui, Ă©tait un très très bon pratiquant. Technique, puissant  et souple. Il s’entraĂ®nait tous les jours, avait bien sĂ»r tâtĂ© de diffĂ©rentes formes de combat. Je garde un très bon souvenir de ces quelques fois oĂą nous avons combattu ensemble. Comme de son accueil ouvert et sympathique. Cependant, il aimait trop la bagarre ou avait peut-ĂŞtre trop besoin de prouver. Quelques adeptes de ses cours avaient une revanche Ă  prendre sur la vie ou sur toute personne un peu gradĂ©e. Or, moi, je venais avec ma ceinture de couleur du judo. Je me suis plus blessĂ© en un an de pratique de jujitsu brĂ©silien qu’en dix ans de judo. J’en avais assez des blessures physiques dues au sport. Qui plus est si une de ces blessures survenait parce-que l’éducation Ă©lĂ©mentaire d’un pratiquant n’avait pas Ă©tĂ© faite en matière de prĂ©vention envers un de ses partenaires. Et, je dois admettre que j’avais alors commencĂ© Ă  Ă©prouver une sourde animositĂ© contre ce pauvre type-  un adhĂ©rent  du club comme moi- qui s’y Ă©tait trop cru lors d’un simple randori.

 

Pourtant, Ă  aucun moment, en l’an 2000, je n’ai pensĂ© Ă  l’AĂŻkido. Il y avait un cours d’AĂŻkido au gymnase oĂą j’avais « fait Â» du judo. Peut-ĂŞtre mĂŞme dispensĂ© par Maitre LĂ©o Tamaki Ă  l’époque, au gymnase Michel Lecomte, si je me fie Ă  ce qu’a pu me dire depuis mon ancien prof de Judo, Pascal Fleury.

 

Pendant plusieurs annĂ©es, j’ai arrĂŞtĂ© les sports de combats. Je ne faisais pas particulièrement la distinction entre un sport de combat  et un art martial. Si ce n’est que je savais que certaines disciplines relevaient du sport de combat et d’autres de l’Art martial. Sans vraiment chercher Ă  connaĂ®tre la raison de cette diffĂ©rence.

 

Quelques années plus tard, j’ai essayé la boxe française. Jusqu’à la rupture du tendon d’Achille après à peine deux mois d’entraînement. On dira que c’était l’âge. Les hommes, à peu près sportifs, vers un certain âge, surtout après avoir pris un peu de poids, se rompent le tendon d’Achille, c’est bien connu. Mon tour était venu. Perfide, car il me fallait bien faire l’intelligent, j’avais aussi noté que cette rupture était arrivée à un moment de changement ou de besoin de changement profond dans ma vie. J’avais quitté la ville où j’avais vécu pendant près de vingt ans pour une nouvelle. Et, j’essayais de tout garder ensemble, l’ancienne ville, la nouvelle et Paris.

Le fait d’être alors cĂ©libataire et sans enfant ne m’avait pas posĂ© de limites. Mon tendon d’Achille s’était chargĂ© de me rappeler certaines de ces limites…fonctionnelles.

 

On croit peut-être que je raconte ma vie seulement pour faire joli et pour dribbler les esprits. Mais, non. Le sport peut se résumer à une performance et nous donner un sentiment d’importance ou de soulagement aléatoire. Si l’on passe à côté de soi.

En « faisant Â» du judo, j’ai connu des plaisirs d’athlète. De l’explosivitĂ©, de la tonicitĂ©, une certaine combativitĂ© et un dĂ©but d’apprentissage de la technicitĂ©. Mais il y avait beaucoup d’autosatisfaction. Au point que j’avais presque rĂ©ussi Ă  me sentir pousser une supposĂ©e culture asiatique. Une copine de judo, un jour, nous avait remis Ă  notre place Ă  ce sujet, verbalement, un jour, un ami et moi.  

 

« Vous n’êtes pas des Japonais ! Â».

 

Mais j’avais surtout enfilé le kimono d’une assez profonde lassitude pour le judo et n’avais pas trouvé son équivalent ou son suivant que ce soit dans un sport de combat ou un art martial. Même si les arts martiaux et les sports de combat dans leur ensemble, ainsi que l’Asie, ont continué de débrider mes pensées.

 

Si l’idĂ©e du combat ou de la confrontation, ainsi que leur rĂ©alitĂ© ou leur possibilitĂ©, voire leur nĂ©cessitĂ©, font partie de ce qui « m’attire Â» dans les sports de combat et les arts martiaux, je me suis de plus en plus senti attachĂ© au fait d’acquĂ©rir une certaine maitrise. L’économie. Le ou les gestes justes. Et puis, surtout, il y a trois ou quatre ans, environ, j’ai commencĂ© Ă  me demander ce qu’était un Maitre. La baston, c’est « bien Â». Savoir « bien Â» se battre, c’est bien. Mais après ? On va cumuler des armoires de techniques d’étranglement, de clĂ©s de bras, de coups de pied sautĂ©s, de crochets ou autres, ĂŞtre content de les appliquer et de voir que tout cela est efficace. Mais ensuite ?

 

 

Des souhaits

 

 

Si j’ai des regrets, j’ai aussi des souhaits. Dont, celui, de prendre le temps d’aller rencontrer des Maitres, dont des Maitres d’Arts martiaux. Il en est quelques uns qui sont assez accessibles. D’abord, parce qu’ils sont encore vivants. Ensuite, parce-que certains se trouvent en rĂ©gion parisienne. Du vivant de Maitre Henry PlĂ©e, j’avais fait l’erreur de me contenter de lire des courts extraits de ses pensĂ©es sans chercher Ă  le rencontrer ou Ă  le voir. Depuis la fin de l’annĂ©e dernière, j’ai commencĂ© Ă  avoir l’attitude inverse. D’oĂą ma rencontre avec Maitre Jean-Pierre Vignau, puis avec Maitre LĂ©o Tamaki et ce mardi 12 octobre avec Maitre RĂ©gis Soavi mais aussi avec Manon Soavi dont je ne sais si elle est dĂ©ja Maitre mais qui l’est sĂ»rement dĂ©jĂ , en pratique, beaucoup plus que moi, de bien des façons.  

 

 

La séance de ce mardi 12 octobre 2021

 

Muni de mon kimono d’emprunt et de la ceinture blanche que m’avait remis P…, j’ai rejoint le groupe sur le tatami.

Manon, qui s’était dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e, m’a fait un rĂ©sumĂ© du dĂ©roulĂ© de la sĂ©ance. Elle m’a appris qu’elle serait derrière moi au moment du salut. Puis que nous travaillerions ensemble. Elle m’a dit, qu’au dĂ©but, on « imite Â» les autres, on essaie de faire comme eux. Et ce qui est important, c’est de suivre le rythme du groupe. J’acquiesce. A ce stade de la sĂ©ance, je comprends encore ce qui m’est dit.

 

Nous sommes tous assis en seiza. En deux colonnes alignées. Manon Soavi est à un ou deux mètres derrière moi. Elle peut déjà voir beaucoup de moi. Comment je me tiens. Comment je respire. Si je suis relâché. Ou tendu.

Un certain silence dans le dojo. Maitre RĂ©gis Soavi est sur notre gauche. Nous respirons. Il se passe une minute ou deux. Peut-ĂŞtre plus.

 

 Â« Il Â» entre. Se pose face au centre du groupe. Une voix gutturale s’élève et prononce des mots en Japonais. C’est la voix, ou l’autre voix, de Maitre RĂ©gis Soavi. Je ne sais pas de quoi il parle. De qui il parle. A qui il s’adresse. Peut-ĂŞtre Ă  des divinitĂ©s. En pareille situation, on pourrait ĂŞtre mal Ă  l’aise, se dire que l’on est dans une secte. Se mettre Ă  rire nerveusement. Mais je ne suis pas venu pour rire nerveusement ni pour ĂŞtre embarrassĂ©. C’est le processus. Je ne vais pas lever la main et dire :

 

« Excusez-moi, mais qu’est-ce que vous faites exactement ? Â».

 

 

Cela fait partie du rituel. De l’entrée en matière. Le tatami est un lieu sacré. Le dojo, aussi, d’ailleurs. Lorsque la séance débute, il faut marquer son début par certaines attitudes. On n’entre pas là comme dans un moulin ou un supermarché où les portes automatiques s’ouvrent dès que l’on avance. On se met dans un certain état. On entre dans une autre dimension. C’est ce que je comprends. C’est ce que je crois.

 

Arrive l’échauffement. Pendant une quinzaine de minutes, balancements, mouvements, on tape dans ses mains ; le rĂ´le pivot du bassin et des hanches ; de la position des pieds ; de la respiration. Quelques fois, on crie ou on souffle fort.

 

De temps Ă  autre  ( c’est Ă  dire souvent car je suis très vite Ă  cĂ´tĂ© du rythme ou en dĂ©calage ) Manon vient me guider. Je m’applique mais j’estime que le rĂ©sultat est peu probant.

 

Après environ 15 minutes, Maitre Régis Soavi pousse son Kiai, signal pour nous de nous lever et de nous mettre à courir autour du dojo. Ça, j’ai compris facilement. Me lever et courir, je comprends. Le moment venu, je me lève et je cours. Je suis derrière Manon et les autres. Je suis intrigué par sa façon de mettre sa main gauche sur le côté, à l’horizontale. Cela a sûrement une signification mais je ne la connais pas. Moi, évidemment, je cours comme toujours. Comme un athlète. Je suis parti pour faire deux kilomètres comme cela s’il le faut. Mais on s’arrête au bout d’à peine un tour ou deux. Même pas le temps de faire des lignes droites.

 

La Partie technique :

 

Nous en arrivons à la partie technique de la séance. Maitre Régis Soavi nous fait à chaque fois les démonstrations. Avec précision, décontraction, mais aussi avec humour.

 

Nous sommes environ une vingtaine de participants.

 

Un geste, cela est constituĂ© de plusieurs points, de plusieurs axes. Dans un mouvement, combien de gestes ? Je n’en n’ai aucune idĂ©e. Par contre, je sais que lorsque je regarde Maitre RĂ©gis Soavi, l’exemple est bien sĂ»r fluide et facile Ă  regarder. Et que sa dĂ©monstration est Ă  peine terminĂ©e que j’ai dĂ©jĂ  perdu, oubliĂ©, un bon nombre des points utiles Ă  la reproduction. Qu’est-ce qui me gĂŞne le plus ? De ne pas avoir suffisamment mĂ©morisĂ© ? De ne pas sentir assez le mouvement que je fais ?

 

Qu’est-ce que je suis maladroit, raide. En outre, je suis partagé entre mon envie de réussir et ma peur de faire mal. Pour parachever le tout, je me sens embarrassé envers Manon. Tout le travail que je lui impose. Le pied se met là. Le poignet plus haut que le coude.

 

Régulièrement, Maitre Régis Soavi passe nous voir et me montre à nouveau.

Nous travaillons d’abord sans tanto puis avec tanto. Deux fois de chaque cĂ´tĂ©. Puis l’on change de rĂ´le. Manon insiste plusieurs fois sur le fait de bien respirer lors de telle phase du mouvement. Respirer. MĂŞme ça, il faut me le dire. En judo, tel que je l’ai connu et tel que je l’ai pratiquĂ© c’est « assez simple Â» :

 

On s’attrape, on se pousse, on se projette, on s’esquive. On « lutte Â» ou le moins possible. On peut ĂŞtre « bourrin Â», ça peut passer, ça pourrait passer, si on est Ă  peu près bien placĂ©, que l’on met de la vitesse ou de la force. Bien-sĂ»r, je caricature ma description du judo. Mais, en AĂŻkido, c’est quand mĂŞme très vite plus exigeant. Ça peut ĂŞtre fantastique mais il faut ĂŞtre plus prĂ©cis. L’à peu près est moins possible.

 

 

A la fin de la sĂ©ance, devant mon dĂ©pit, Manon se montre encourageante. « Il faut bien commencer Â» me dit-elle en souriant. Plus tard, elle m’apprendra avoir commencĂ© l’AĂŻkido alors qu’elle avait 6 ou 7 ans. Il y a trente ans. En effet, trente ans de pratique, ça forme.

 

 

 

Le petit-dĂ©jeuner :

 

Après avoir pris ma douche, je rejoins celles et ceux qui ont pu rester pour le petit-dĂ©jeuner dans la pièce attitrĂ©e. Autour des tables basses.  J’aurais Ă©tĂ© idiot de partir dès la fin de la « sĂ©ance Â». A la fois pour des raisons sociales mais aussi parce-que le petit dĂ©jeuner fait aussi partie de la sĂ©ance. Avant celle-ci sur le tatamis, Maitre RĂ©gis Soavi avait commencĂ© de m’expliquer que l’association est locataire du lieu et ne le partage avec aucune autre association. Et que chaque membre du Dojo Tenshin est « locataire Â». Si je choisissais de rester en tant que membre, comme tout un chacun, j’aurais Ă  participer aux diverses tâches d’entretien du dojo : mĂ©nage, vaisselle, participation aux frais du petit dĂ©jeuner, rĂ©unions…

 

J’ai retrouvé là une partie de ce que raconte Maitre Jacques Payet dans son livre Uchideschi ( Dans les pas du Maitre). Sauf que le dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda, je crois, est le seul dojo sur Paris, à être aussi proche de cet état d’esprit.

 

 

Lorsque j’avais appris Ă  ma compagne que le cours dĂ©butait Ă  6h45, celle-ci s’en Ă©tait Ă©tonnĂ©e. Elle m’avait demandĂ© si c’était pour ensuite permettre aux gens d’aller au travail. J’avais rĂ©pondu que c’était peut-ĂŞtre ça. Puis, j’avais ajoutĂ©, parce-que cela m’arrangeait :

« Un horaire aussi matinal permet aussi de faire une sorte de tri indirect. Lorsque c’est trop facile, un peu n’importe qui peut se prĂ©senter. Si tu viens pour un cours Ă  6h45, c’est que tu es volontaire Â».

Maitre Régis Soavi, ce mardi 12 octobre 2021 après la séance.

Maitre RĂ©gis Soavi m’a appris qu’au dĂ©but, la sĂ©ance dĂ©marrait Ă  6h30. Soit l’horaire oĂą les Maitres dĂ©butent leurs cours au Japon. Mais c’était un horaire peu pratique pour celles et ceux qui viennent en mĂ©tro.  

 

A table, près de nous, Manon m’explique que le coĂ»t de l’adhĂ©sion est Ă©levĂ© car l’association propose beaucoup de sĂ©ances. Il y a celles du matin, Ă  6h45 en semaine du lundi au vendredi.  Et Ă  8h le samedi et le dimanche. Et trois sĂ©ances le soir en semaine. Lors d’une de ces trois sĂ©ances, le lundi, Manon dirige la sĂ©ance du maniement des armes.

 

 

Le coût de l’adhésion s’explique aussi par le nombre d’adhérents. Plus il y aura d’adhérents, plus le coût de l’adhésion pourra diminuer.

 

 

Lorsque je suis parti du dojo Tenshin, deux réunions se tenaient. Une concernant la lecture et l’analyse d’un ouvrage. Une autre peut-être plus portée sur la logistique du dojo.

Quelques minutes plus tôt, Maitre Régis Soavi avait pris congé afin de se préparer pour des cours d’Aïkido à destination d’enfants non-scolarisés âgés de 8 ans ou plus. Des cours qu’il donne avec plusieurs uchideschis.

 

 

Mes impressions gĂ©nĂ©rales :

 

On détecte facilement dans cet article que j’ai aimé vivre cette expérience au dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda ce matin. L’accueil qui m’a été donné a été plus que bon.

Pendant le petit déjeuner, j’ai raconté que j’avais prévu de tout bien faire dès la première séance. Ce qui était très loin de ce qui s’était passé. J’allais donc repartir très énervé et très frustré. Ma remarque a fait sourire. Maitre Régis Soavi m’a alors raconté ce qu’il avait pu vivre avec un Maitre auprès duquel il avait pratiqué. Alors qu’il avait déjà à son actif plusieurs années de pratique de judo et d’Aïkido, il n’arrivait pas à comprendre ce que faisait ce Maitre. Et ça l’énervait aussi.

 

Je peux beaucoup apprendre de l’AĂŻkido si je parviens Ă  prendre suffisamment congĂ© de mon ego. 

 

A cĂ´tĂ© de l’ ambiance dĂ©contractĂ©e de ce matin, le dojo Tenshin-Ecole Itsuo Tsuda a un caractère militant affirmĂ©. A table, toujours lors du petit dĂ©jeuner, Maitre RĂ©gis Soavi a bien soulignĂ© que le dojo, de par l’implication qui Ă©tait attendue de ses membres, se diffĂ©rencie d’un club oĂą l’on vient en consommateur Â».

 

J’ai aussi aimĂ© le fait que le pratiquant puisse laisser son kimono au dojo dans le  vestiaire collectif attribuĂ© aux hommes. Ce qui le dispense de devoir venir rĂ©gulièrement avec son sac chargĂ©, ce qui est une de mes caractĂ©ristiques.

 

Le calme que j’avais trouvé en arrivant avant 6h30 s’est maintenu tout le temps que je suis resté au dojo.

 

Dans mon ancien club de judo, j’avais eu l’occasion de combattre une fois avec une copine judokate dont la dextérité technique et l’expérience avaient surpassé mon engagement. Lors de cette séance où j’ai uniquement travaillé avec Manon Soavi, j’ai de nouveau fait l’expérience que la technique et une bonne connaissance des divers équilibres du corps humain peuvent tout faire basculer.

 

 

Franck Unimon, ce mardi 12 octobre 2021.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Catégories
Cinéma self-défense/ Arts Martiaux

Ou aller ? Le Garçon et la bête

 

                                          Ou aller ?/ Le Garçon et la bĂŞte

 

Le Garçon et la bête

 

Finalement, hier après-midi, j’ai proposé à ma fille de voir le manga Le Garçon et la bête de Mamoru Hosoda. A défaut, comme je souhaite le faire depuis plusieurs semaines, de l’emmener faire du vélo jusqu’à la Tour Eiffel. Eiffel Tower

 

 

J’avais vu Le Garçon et la bĂŞte au cinĂ©ma Ă  sa sortie.  En 2015.

 

Hier après-midi, je me rappelais l’histoire de façon assez floue :

 

Au Japon, le jeune Ren a neuf ans lorsque sa mère dĂ©cède suite Ă  un accident. Son père les a quittĂ©s, lui et sa mère, des annĂ©es plus tĂ´t et ne les a plus revus. Un oncle dĂ©sire l’adopter. De cette façon, Ren, selon ce « plan d’adoption Â» pratique, pourra bĂ©nĂ©ficier d’une bonne situation Ă©conomique et sociale et, en contrepartie, devenir cet enfant que cet oncle et sa femme n’ont pas pu avoir…ou obtenir.

 

Mais Ren, contre « toute logique Â», refuse, se rĂ©volte et s’enfuit dans la rue jusqu’à devenir un possible SDF.

 

 

Rien que ce dĂ©but pourrait suffire pour dĂ©battre. Que vaut-il mieux privilĂ©gier ? La sĂ©curitĂ© Ă©conomique et sociale ? Ou la loyautĂ© et la mĂ©moire de l’affection de celles et ceux que nous avons perdus ?  Nos valeurs morales et affectives ou les valeurs matĂ©rielles ?

 

Jusqu’à quand ? Et Ă  quel prix ? L’attitude de Ren peut ĂŞtre facile Ă  comprendre si l’on part du principe qu’à son âge, 9 ans, l’individu que l’on est peut ĂŞtre plus ou moins encore assez « animal Â» , viscĂ©ral, spontanĂ©. Avant que l’éducation, les règles, les valeurs, les sanctions, les modèles et les interdits, d’abord de nos parents, de notre famille, de notre entourage, de notre culture, de l’école, des institutions que nous rencontrons et de la sociĂ©tĂ© dans laquelle nous vivons ne nous ordonnent et ne nous fasse comprendre Ă  quel endroit et quel poste elle nous tolère ou nous « veut Â». Et Ă  quel prix. Mais aussi pour une certaine durĂ©e plus ou moins dĂ©terminĂ©e.

 

Se voiler la face “Ă  la Française”

 

En France, on peut se voiler la face devant Le Garçon et la bĂŞte et se dire que l’histoire se passe au Japon. Et qu’il est bien « connu Â» que le Japon est une sociĂ©tĂ© rigide.

 

Cependant, un assez petit effort d’introspection, de mĂ©morisation et d’observation peut nous permettre de remarquer que, mĂŞme en France, la plupart des enfants connaissent exactement le mĂŞme « processus Â» Ă  la Française de socialisation, de domestication, de dressage, de conditionnement. Pour employer un autre mot que celui de « formatage Â».

Dès la maternelle oĂą ma fille avait Ă©tĂ© scolarisĂ©e, dans une Ă©cole publique, j’avais Ă©tĂ© Ă©tonnĂ© de voir le nombre rapidement croissant d’enfants qui avait Ă©tĂ© placĂ©s Ă  l’école privĂ©e voisine et rĂ©putĂ©e par leurs parents. Si d’autres enfants avaient quittĂ© l’école pour des raisons dues Ă  des dĂ©mĂ©nagements, cette urgence de certains parents Ă  placer, dès que possible, leurs enfants dans une Ă©cole privĂ©e m’avait beaucoup touchĂ©. Et, je me rappelle encore de la mère de deux jeunes filles, une de l’âge de ma fille et sa sĹ“ur ainĂ©e, avec lesquelles il nous arrivait, au dĂ©but, de faire ensemble le trajet jusqu’à l’école publique. Lorsque celle-ci, une fois que les deux jeunes filles avaient Ă©tĂ© inscrites et mises en lieu sĂ»r dans l’école privĂ©e voisine, avait gentiment insistĂ© pour me faire comprendre que ce serait mieux , pour le « bien Â» de ma fille, je fasse de mĂŞme.

 

Dans Le Garçon et la bête, les parents qui souhaitent adopter Ren pourraient représenter l’assurance de l’école privée où, à ce jour, ma fille, n’est pas scolarisée.

Sauf que ces parents qui veulent adopter Ren, même s’ils ont sans doute de bonnes intentions, se comportent avec Ren comme s’il était un animal, oui. Mais un animal domestique ou déjà domestiqué. Et, au Japon comme en France, on peut être un enfant déjà domestiqué avant ses six ans.

Ce sont ces enfants souvent « parfaits Â», « sages Â» et exemplaires  qui ne font pas de vagues. Qui travaillent bien.  Qui parlent bien. Qui sont polis et aimables. Qui sont “propres” dès deux ans. 

Qu’il suffit de regarder avec un peu d’insistance ou en Ă©levant un tout petit peu la voix devant eux dès que leur comportement ne nous convient pas. Et, avec lesquels, très vite, tout « rentre dans l’ordre Â» :

 

L’enfant se ravise, se « calme Â», se tait, se conforme ou se soumet Ă  ce que l’adulte (parent ou autre) souhaite. DĂ©cide. DĂ©sire. Ou semble vouloir.

 

Une des actualitĂ©s du moment :

 

Je profite de cette dernière phrase pour bifurquer vers une des actualitĂ©s des moments :

Les actes aujourd’hui reconnus de pédophilie au sein de l’église catholique.

Première page du journal ” Le Monde” de ce mercredi 6 octobre 2021.

 

Si les mômes dont certaines autorités catholiques ont abusé avaient eu la capacité d’un Ren de se révolter, je crois qu’il y aurait eu moins de victimes d’actes de pédophilie au sein de l’église catholique. Mais aussi ailleurs.

Le film Mystic River adaptĂ© en 2003 au cinĂ©ma par Clint Eastwood d’après le roman de Dennis Lehanne dit exactement la mĂŞme chose :

La victime (jouĂ©e Ă  l’âge adulte par l’acteur Tim Robbins) des deux adultes pĂ©dophiles n’est autre que le plus fragile et le plus gentil des trois jeunes garçons qu’ils croisent. Celui dont on « pressent Â» qu’il se dominera tellement lui-mĂŞme, qu’il s’interdira toute rĂ©volte comme toute fuite, qu’il sera d’autant plus facile d’en faire ce que l’on en veut.

 

Pas ce genre d’enfant :

 

Ren/Kyuta n’est pas ce genre d’enfant. Ou de personne. Cela est peut-ĂŞtre du Ă  sa colère et Ă  sa tristesse. Une colère et une tristesse qu’il se permet et qui le motorisent. Mais une colère et une tristesse auxquelles, dĂ©jĂ , il sait donner des limites. Cela peut ĂŞtre dĂ» Ă  son tempĂ©rament. Ou Ă  ce qu’il a eu le temps de vivre de « bon Â» et de « bien Â» avec des ĂŞtres humains : la bienveillance, la constance, la douceur…

J’ai lu récemment que le rôle principal des parents est d’apporter de l’amour à leurs enfants. Or, en tant que citoyens et adultes, nous recevons tellement d’injonctions que nous pouvons l’oublier. Puis, en arriver à croire qu’en tant que parents, la priorité est d’abord de faire en sorte que notre enfant entre dans le moule et de lui assurer une aisance matérielle suffisante. Et que le reste, l’épanouissement et la reconnaissance de notre enfant, suivra automatiquement. Mécaniquement.

 

Stabilité émotionnelle et maturité affective

 

Ren/Kyuta, Ă  ses 9 ans, a sĂ»rement reçu beaucoup ou suffisamment d’amour et de bienveillance. Car,  après la mort de sa mère et la disparition prĂ©coce de son père, mĂŞme seul, il n’est pas que colère et tristesse. Il est aussi capable d’anticiper, de rĂ©flĂ©chir pour construire et pour grandir. Pour avoir envie et besoin de continuer d’apprendre. Il sait pratiquer l’introspection. Il est capable d’écouter. Il sait observer. Ce qui le diffĂ©rencie de l’animal total et a priori sans règles qu’est Kumatetsu qui propose de l’adopter. Et que Ren va accepter comme « père Â» spirituel ou Maitre. Certains spĂ©cialistes de l’enfance diraient sans doute que Ren, du haut de ses neuf ans, a une bien meilleure stabilitĂ© Ă©motionnelle ainsi qu’une plus grande maturitĂ© affective que son…Maitre Kumatetsu qui est pourtant un adulte ainsi qu’un guerrier exceptionnel et redoutable. Car, du haut de ses neuf ans, Ren/Kyuta ( ce second prĂ©nom est celui que lui donne Kumatetsu) a reçu plus d’amour et d’affection que son Maitre/Sensei Kumatetsu et est, dans ce domaine, son aĂ®nĂ©.

 

 

 Le Garçon et la bĂŞte nous rappelle ainsi que l’on peut ĂŞtre devenu un adulte reconnu et imposant et ĂŞtre restĂ©….un enfant inconnu de tous. 

 

 

J’avais prévenu que, rien que le début de ce manga pourrait suffire pour provoquer un débat.

Autre dĂ©bat : Aujourd’hui, le succès de stars de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© ou d’autres domaines (cinĂ©ma, musique….) impose sous toutes ses formes la dictature de l’image. L’image que l’on donne de soi a toujours eu de l’importance. Dans le pire des cas, mĂŞme les personnes criminelles font, au dĂ©part, en sorte d’offrir d’elles l’image de personnes frĂ©quentables et “normales”. Cependant, aujourd’hui, cette norme et cette nĂ©cessitĂ© de l’image a encore plus renforcĂ© son emprise sur nous. 

 

Des stratégies et des mondes contraires

 

Qui veut rĂ©ussir aujourd’hui doit ĂŞtre « vu Â» et « revu Â» un certain nombre de fois. Ou pouvoir ĂŞtre “vu” et “revu” plutĂ´t rapidement au moment oĂą il fait sa promotion ou se met sur le “marchĂ©”.

On peut critiquer cette norme ou cette habitude. La regretter. Mais on doit aussi la constater. On doit aussi apprendre Ă  soupeser ce que l’on est prĂŞt Ă  concĂ©der Ă  cette norme et habitude. En fonction du rĂ©sultat et du type de popularitĂ© que l’on recherche. Et de ce que l’on peut accepter de rendre public de soi.

 Ainsi, une artiste telle la chanteuse Angèle qui peut porter des messages très lucides et très louables sur diffĂ©rents sujets doit de s’être faite connaĂ®tre au dĂ©but, assez rapidement, grâce Ă  Instagram, je crois. 

 

Tel autre artiste, français ou étranger, en mettant des vidéos sur Youtube.

 

Avant hier, en plein Paris, j’entendais une jeune femme, sans doute encore adolescente, s’engueuler dans la rue au tĂ©lĂ©phone avec son père en lui disant :

 

« Mais, papa, aujourd’hui, beaucoup de monde peut trouver du travail grâce Ă  Facebook ! Â».

Mais il n’y a pas que les nouveaux moyens de communications qui peuvent permettre de rĂ©ussir. Il y a aussi certaines niches, de nouveautĂ©s encore, oĂą il faut savoir s’engager au “bon” moment. Avant que le marchĂ© ne soit saturĂ© et la concurrence trop importante.

Il y a une vingtaine d’annĂ©es, ou un peu plus, se lancer dans le Rap pouvait ĂŞtre un moyen plus facile de se faire connaĂ®tre si cela “marchait”. Aujourd’hui, la personne qui dĂ©cide de se lancer dans le Rap en France a intĂ©rĂŞt Ă  ĂŞtre plus que bon et d’avoir une patte originale. Car en plus d’un hĂ©ritage solide en matière de Rap avec des groupes prĂ©curseurs, connus et moins connus du grand public, il y a aujourd’hui plus d’artistes de Rap en activitĂ© en France qu’au dĂ©but des annĂ©es 90- 2000. 

Je me rappelle aussi de l’acteur Daniel Auteuil, alors dĂ©ja reconnu, disant que s’il avait jeune acteur Ă  l’Ă©poque la première saison de Loft Story, une Ă©mission de tĂ©lĂ© rĂ©alitĂ© donc une Ă©mission plutĂ´t considĂ©rĂ©e comme moins noble d’un point de vue culturel ( Nabilla ou Loana ont des prĂ©tentions culturelles, sociales intellectuelles autres qu’Anne Sinclair et LĂ©a SalamĂ©  mĂŞme si leurs ambitions peuvent se rejoindre sur certains points ) qu’il aurait tout fait pour y participer. Le Daniel Auteuil de Manon des Sources et d’autres films d’auteur mais aussi de comĂ©dies qui lui ont donnĂ© un statut de comĂ©dien et d’artiste indiscutable. Au contraire de Nabilla ou de Loana dont on peut surtout regarder la plastique- dĂ©ferlante ou obĂ©issante- et admirer soit le sens des affaires. Soit l’aptitude Ă  rester malgrĂ© tout l’invitĂ©e de certains cercles tĂ©lĂ©visĂ©s et mĂ©diatisĂ©s. 

 

Aussi, pour celles et ceux, jeunes et moins jeunes, qui ont pu trouver leur emploi, leur conjoint, leur conjointe, leur coup du soir, leur co-voiturage, leur mĂ©decin ou leur appartement,  via des applications oĂą il s’agit de se faire voir mais, surtout, de se faire connaĂ®tre, reconnaĂ®tre et joindre très vite, l’attitude d’un Ren (sans jeu de mot avec «  un renne Â») apparaĂ®tra sĂ»rement comme vieillote, suicidaire. Ou inapplicable.

 

Parce-que, pour rĂ©ussir, Ren choisit exactement le contraire. D’abord de disparaĂ®tre. Alors que nous sommes dans une Ă©poque oĂą, dĂ©sormais, il est très difficile d’accepter de disparaĂ®tre. Puisque disparaĂ®tre, c’est angoissant, c’est la solitude, c’est ne pas exister. Et, nous bĂ©nĂ©ficions de tout un tas de prothèses et de tocs qui nous permettent d’éviter de nous sentir noyĂ©s dans ça :

 

Le tĂ©lĂ©phone portable constamment allumĂ© ; ĂŞtre en permanence sur internet ;  l’envoi constant de sms, mms, liens ou mails.

 

Alors que le manga Le Garçon et la bête fait plutôt table rase de toute cette modernité high-tech dont le Japon a longtemps été, et reste, l’un des fleurons mondiaux.

 

Pire, Le Garçon et la bĂŞte fait l’apologie de la patience. De la discrĂ©tion ( le fait de disparaĂ®tre) et de pouvoir accepter de travailler durement et quotidiennement pendant près de dix ans avant de, peut-ĂŞtre, atteindre l’excellence dans un certain domaine. Mais pour pouvoir ĂŞtre patient, il faut pouvoir disposer de suffisamment de confiance en soi, avoir reçu suffisamment d’amour, se sentir donc suffisamment en sĂ©curitĂ©. Il faut aussi avoir un don ou avoir le sentiment d’avoir un don pour soi ou pour les autres qui nous permet de nous distinguer ou qui pourra le permettre un jour. Enfin, il faut ĂŞtre suffisamment optimiste. 

Si Ren, sans jeu de mots, a sans doute ça pour lui. Beaucoup de personnes, enfants et adultes, manquent de ces “aptitudes” et n’ont pour elles “que” la volontĂ©, la rage ou l’ambition de s’en sortir. Donc, Ren/Kyuta est un enfant en colère et orphelin. MalgrĂ© tout, Ă  ses neuf ans, il a sans doute reçu plus que beaucoup, enfants et adultes lors du dĂ©but de l’histoire. Et, bien qu’en colère, il Ă©tait sans doute ou peut-ĂŞtre, aussi, un de ces enfants “modèles” Ă©voquĂ©s plus tĂ´t avant que le malheur de la mort de sa mère ne lui tombe dessus. DĂ©cès qui peut “suffire” pour que des enfants, mĂŞme “modèles”, se laissent envahir ” par les tĂ©nèbres”. Car Ren/Kyuta a aussi sa vulnĂ©rabilitĂ© et a , comme tout un chacun, des choix Ă  faire Ă  divers moments de son existence. Mais sa “rĂ©ussite” si elle se produit, part du principe qu’il faut “donner du temps au temps”. Et que la rĂ©ussite se “mĂ©rite” si l’on travaille dur, quotidiennement et assez longtemps. Sans savoir au dĂ©part combien de temps il va falloir oeuvrer avant de “rĂ©ussir”. Si l’on “rĂ©ussit”…..

Nous sommes ici plutôt aux antipodes des exemples de réussite diverses qui nous sont donnés assez régulièrement.

Le journal gratuit ” 20minutes” de ce lundi 4 octobre 2021, page 4.

 

La mort rĂ©cente d’ un Bernard Tapie nous vaut des retours de flamme mĂ©diatiques pour bien nous expliquer comme il Ă©tait quelqu’un d’attachant, de mĂ©ritant et de «sympa» .Car c’est lui, qui, le premier, avait rĂ©ussi Ă  mettre Ă  mal Le Pen père, PrĂ©sident alors du FN, lors d’un dĂ©bat tĂ©lĂ©visĂ©. Mais aussi lui, qui, Ă  la tĂŞte de l’Ă©quipe de Foot de l’OM ( j’avais regardĂ© le match en direct Ă  la tĂ©lĂ©. But de la tĂŞte du joueur Basile Boli) avait permis Ă  une Ă©quipe de française de devenir championne d’Europe. La seule Ă  ce jour, encore, je crois.  Tapie incarne aussi encore cette Ă©poque oĂą un PrĂ©sident socialiste dirigeait la France, François Mitterrand. Et oĂą, pas grand monde, parmi ses Ministres, ou parmi les Ă©lus socialistes, ne se serait permis de le regarder de haut ou d’essayer de fronder. Une Ă©poque irrĂ©alisable aujourd’hui.

 

Cependant, la chronologie de la rĂ©ussite de Tapie correspondait aussi Ă  son Ă©poque. Et n’a rien Ă  voir avec celle d’un rappeur comme Jul, aujourd’hui, un des plus grands vendeurs de Rap en France et qui doit beaucoup de son succès, Ă  son travail et Ă  son originalitĂ© comme un Tapie Ă  son Ă©poque…  ainsi qu’à Ă  sa très grande maitrise d’internet et des rĂ©seaux sociaux. Et du genre musical dans lequel il s’exprime, avec le marchĂ© que reprĂ©sente aujourd’hui celui du Rap en France depuis plusieurs annĂ©es. Aujourd’hui, le Rap est le genre musical qui se vend le plus en France. Ce n’Ă©tait pas le cas Ă  l’Ă©poque de l’OM de Bernard Tapie. A cette Ă©poque, un Jul ou d’autres, avec la mĂŞme capacitĂ© de travail et la mĂŞme originalitĂ©,  n’auraient pas pu avoir la carrière, la mĂŞme rĂ©ussite Ă©conomique, sociale et artistique, qu’ils ont aujourd’hui. 

 

Nulle part oĂą aller :

 

Donc, vieillot, le petit Ren que l’on ne voit très peu avec un smartphone et qui sait Ă  peine lire le Japonais Ă  18 ans ?

 

Seulement pour l’esthétique.

 

Car, pour le fond, ce qu’il vit est intemporel. Et toute personne, Geek ou non, Ă  plusieurs moments de son existence, vit ce que vit Ren. Ou a vĂ©cu ce qu’a vĂ©cu Ren. Le fait de devoir trouver sa propre rĂ©ponse Ă  cette question qui se pose Ă  tout ĂŞtre humain mais, aussi, Ă  toute espèce humaine :

 

OĂą aller ? Trouver sa place.

 

Au dĂ©but du manga, d’ailleurs, cette simple phrase m’a marquĂ© alors que Ren hĂ©site encore sur ce qu’il va faire après avoir fuguĂ© et commencĂ© Ă  errer dans la rue :

 

Il n’a « nulle part oĂą aller Â».

 

Et, hier, pour la première fois, cette simple phrase m’a parlĂ© d’une autre façon. Bien-sĂ»r, les thèmes martiaux du manga m’ont plu. Dans Le Garçon et la bĂŞte, on reconnaĂ®tra le Kendo et l’AĂŻkido comme les arts martiaux de rĂ©fĂ©rence. Ce qui m’a rappelĂ© que je n’avais toujours pas fait le compte rendu de ma lecture du livre de Sensei Jacques Payet :

 

Uchideschi ( Dans les pas du Maitre ).  

 

Me rappeler de cet « oubli Â» m’a un peu culpabilisĂ©. J’ai eu l’impression de m’être dispersĂ© depuis sa lecture il y a bientĂ´t deux mois. Alors, que peut-ĂŞtre, Ă  ma façon, suis-je malgrĂ© tout restĂ© dans la voie de ce que j’avais lu. 

 

Sauf que, contrairement au jeune Ren qui se concentre sur un seul but, depuis ma lecture du témoignage de Sensei Jacques Payet, j’ai recommencé à m’impliquer dans plusieurs directions.

 

J’ai donc à prendre des décisions devant plusieurs directions qui s’offrent à moi. Ou à trouver le moyen de les unifier. Unifier ou sacrifier.

Ren n’a plus rien au début de l’histoire. Ren a donc un deuil à faire. Là où j’en ai en quelques sortes plusieurs à faire.

Ren n’a personne sous sa responsabilitĂ©. J’ai ma fille sous ma responsabilitĂ©. N’importe quel parent impliquĂ© dans le quotidien et l’avenir de son enfant sait qu’il faut rĂ©gulièrement disposer d’au moins trois cerveaux afin de pouvoir mener plusieurs actions en mĂŞme temps. Les actions pour son enfant. Celles pour soi et avec son entourage immĂ©diat. Et, tout ce qui concerne l’anticipation, travail que votre enfant ne peut pas faire Ă  votre place. Au milieu de tout ça, dans l’idĂ©al, il faut rĂ©ussir Ă  lui rendre la plupart de ces actions suffisamment intelligibles afin qu’il les comprenne mais aussi afin qu’il apprenne leur nĂ©cessitĂ©. Car, plus tard, selon les situations et les circonstances,  il aura Ă  effectuer un certain nombre de ces actions pour lui-mĂŞme, peut-ĂŞtre pour vous ou son entourage immĂ©diat etc….

 

Evidemment, un enfant n’est pas de la matière inerte. Un enfant est souvent là où on ne l’attend pas. Là où on ne le pense pas. Et, un enfant, ça conteste aussi votre belle organisation mais aussi vos pouvoirs de logique. Donc, j’estime il faut bien avoir à peu près trois cerveaux au minimum lorsque l’on est attaché à faire de son mieux pour son enfant et avec lui.

 

Donc, si Ren est au départ plus vulnérable que moi du fait de son jeune âge et de son statut, son emploi du temps et ses obligations au regard de la société sont aussi moindres que les miennes.

 

Il ne s’agit pas, pour moi, néanmoins, de dire que la vie est belle pour le petit Ren. Alors que, contrairement à lui, j’ai toujours vécu avec ma mère et n’ai jamais eu, enfant, à essayer de survivre dans la rue. Mais, plutôt de dire que chacune et chacun d’entre nous a ses obstacles personnels. Et qu’il lui faut fournir et trouver des efforts particuliers ou des solutions à leur mesure afin de les surmonter. Moi, par exemple, j’ai sans aucun doute constitué un ensemble de mauvaises habitudes qui, aujourd’hui, m’empêchent. Donc, soit, je les accepte et vis avec. Car, après tout, si ces habitudes sont là, c’est qu’elles me servent à quelque chose.

 

 Soit, je tranche.

Ren tranche en dĂ©cidant de suivre et de rejoindre Kumatetsu dans le monde des bĂŞtes. L’intellect, alors, n’est pas sa prioritĂ© au sens de l’éducation scolaire et sociale avec la mise sous uniforme, sous chloroforme et sous cloche de ce qu’il peut ressentir. Ren dĂ©cide de dĂ©laisser l’image et certains codes de conduite protocolaires considĂ©rĂ©s comme « respectables Â» et « normaux Â».

 

Ren opte plutĂ´t pour ce ce qu’il a dans les tripes, d’instinctif, d’enfantin. Il ne joue pas Ă  l’homme contrairement Ă  d’autres de son âge ou un peu plus vieux qui rĂ©cupèrent ce qui leur vient de leurs parents, de leur entourage et l’adoptent. Comme une dĂ©calcomanie. Sans voir et sans comprendre que cela ne leur correspond peut-ĂŞtre pas autant qu’ils le croient. MĂŞme si, Ă  l’extĂ©rieur, ils font illusion et qu’on les regarde ou que l’on semble les considĂ©rer pour eux-mĂŞmes. Alors que celles et ceux qui les regardent et les considèrent ne savent peut-ĂŞtre mĂŞme pas eux-mĂŞmes qui ils sont vĂ©ritablement…..

 

 

Mais ce « nulle part oĂą aller Â», hier après-midi, m’a beaucoup parlĂ©.  On entend rĂ©gulièrement ce sujet.

Je pense Ă  la chanson de Tiken Jah Fakoly qui parle des migrants. OĂą aller oĂą ? 

Je pense aussi au titre de Mc Solaar. Bouge de lĂ .

 

 

C’est parce-que Ren n’a nulle part oĂą aller, qu’il n’a plus d’attache,  qu’il peut se permettre de disparaĂ®tre du monde des vidĂ©os surveillances ; de l’obligation de se conformer Ă  certaines images sociales ; du monde des humains.

Pour, pendant neuf ans, choisir d’accomplir un travail quotidien, approfondi, intérieur mais aussi socialisant, libérateur et apaisant avec plusieurs personnes de confiance.

 

Les sectes, les religions, les groupes terroristes et autres organisations humaines peuvent aussi jouer ce rĂ´le selon les intentions de celles et ceux qui dĂ©cident de les rejoindre. Selon le « vide Â» que ces prĂ©tendantes et prĂ©tendants ont en eux et espèrent combler.

D’autres espèrent combler ce vide par un mariage, par le fait de faire des enfants, en multipliant les expĂ©riences professionnelles, relationnelles ou autres.  Ou en acquĂ©rant un certain statut social ou Ă©conomique. Pour moi,  Le Garçon et la bĂŞte parle de tout ça.

 

Si Ren était toujours seul face à Kumatetsu, sans doute serait-il aussi devenu une bête ou qu’il aurait aussi fugué pour ne pas repartir. Mais il existe des tuteurs ou des tiers reconnus et tolérés tant par Kumatetsu que Ren. Ce qui évite la fusion, la confusion mais aussi la confrontation meurtrière entre l’enfant et l’adulte, mais aussi entre la bête et l’animal. Ren n’est pas seul face à Kumatetsu. D’autres adultes, d’abord des hommes aux caractères différents, sont constamment présents et raisonnent tant l’un et l’autre. Puis, Ren rencontre d’autres garçons qui, dans le monde des bêtes, ont l’équivalent de son âge, et ont des codes d’intégration assez proches de ceux que l’on peut trouver dans le monde des humains.

 

Quitter son île natale

 

En  revoyant Le Garçon et la bĂŞte, j’ai compris comment le jeune adulte Jacques Payet, avait pu trouver l’aplomb de quitter son Ă®le natale de la RĂ©union pour partir vivre pendant huit ans au Japon, dans les annĂ©es 80, afin de devenir l’Uchideschi d’un grand Maitre d’AĂŻkido :

 

Sensei Gozo Shioda.

 

 Comme Ren, Jacques Payet en Ă©tait passĂ© par certaines Ă©tapes et Ă©preuves.  Et, comme Ren, dans plusieurs de nos expĂ©riences de dĂ©butants, nous en sommes aussi passĂ©s par lĂ , Ă  diffĂ©rents degrĂ©s. En acceptant diverses difficultĂ©s car, nous savons que nous n’avions nulle part d’autre oĂą aller.  Retourner lĂ  d’oĂą nous venions ? Pas question. On retrouve lĂ , la phrase prononcĂ©e par l’acteur Daniel Craig (que j’ai citĂ© dans mon article prĂ©cĂ©dent Moderna J + 5 ) lorsqu’il a annoncĂ© ne plus vouloir interprĂ©ter le personnage de James Bond :

 

« Je prĂ©fère m’ouvrir les veines Â».

 

Et, l’on retrouve aussi, sans aucun doute ce qui pousse, aujourd’hui aussi, Ă  notre Ă©poque de la dictature de l’image et des rĂ©seaux sociaux, sĂ»rement le mĂŞme genre de dĂ©termination chez celles et ceux qui ont rĂ©ussi, rĂ©ussissent ou rĂ©ussiront Ă  leur façon. Ce refus de poursuivre tel que l’on a Ă©tĂ©. Ce besoin et cette volontĂ© de changement personnel qui sont un engagement et une dĂ©marche intimes et non des promesses sans lendemain Ă©quivalentes Ă  des  bravades lancĂ©es après avoir bu plusieurs verres ou après avoir fumĂ© un certain nombre de joints.

 

Sans domicile fixe

 

 

Enfin, pour conclure. Toujours inspirĂ© par cette phrase « Nulle part oĂą aller Â» mais aussi par ce court passage oĂą Ren risque de vivre dans la rue avec tout ce Ă  quoi ce mode de vie l’aurait exposĂ© (dĂ©rĂ©liction, addictions, prostitution, prison, maladies et vieillissement prĂ©coces…), j’ai pensĂ© Ă  ces SDF que nous croisons souvent. Et dont un certain nombre « s’adonne Â» Ă  la boisson.

 

SDF, cela signifie Sans domicile fixe. Par extension, j’ai aussi pensé que leur élixir est leur domicile, l’endroit, le moment et la sensation dans lesquels elles et ils se sentent bien. A la fois protégés mais aussi perméables au monde et à la vie, dans une sorte de cocon ou de fœtus artificiel recréé où, pensent-ils, et sentent-ils, il ne peut plus rien leur arriver.

 

Mais ces effets ne durent pas. Les « propriĂ©tĂ©s Â» de l’alcool s’évaporent. L’organisme, ce « traitre Â»,  se dĂ©barrasse aussi de ces bordĂ©es d’alcool.  De ce fait, un ou une Sans domicile fixe est aussi une personne Sans Ă©lixir fixe. LĂ  aussi, mĂŞme si l’on rencontre des SDF qui sont Ă  peu près souvent au mĂŞme endroit, nous avons affaire Ă  des personnes qui n’ont nulle part oĂą aller. MĂŞme si, avant de devenir SDF, elles ont pu beaucoup voyager, avoir eu un foyer, un emploi y compris très bien payĂ© et très bien valorisĂ©. Jusqu’à finir par opter pour l’alcool comme lieu de domicile. Car leur ailleurs, de toute façon, ont-ils fini par conclure, n’existe ou ne subsiste pas. Est instable ou ne dure pas. De mĂŞme que certains ailleurs que nous recherchons et que nous dĂ©fendons, dans certaines de nos rencontres, de nos expĂ©riences, de nos dĂ©cisions ou de nos croyances. 

 

Hier soir, j’ai dĂ» me pousser pour Ă©crire mon article Moderna J + 5.  Cet article-ci m’a poussĂ©.

 

Franck Unimon, ce dimanche 10 octobre 2021.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Moderna J + 5

Photo prise à Paris, dans le 13ème, vendredi 8 octobre 2021.

    

                                      Moderna J + 5

 

Je dois me pousser ce soir pour écrire. Aussi, cet article devrait-il être court…..

 

Je m’explique mon manque d’entrain, sĂ»rement passager, par le fait d’avoir pris beaucoup de notes lors de mes deux jours de formation hier et avant hier. Mais aussi par le fait que ces dix derniers jours, j’ai multipliĂ© les contacts sociaux directs. Famille, amis mais aussi dans un contexte professionnel. Ou/Et par le fait d’avoir Ă©crit beaucoup d’articles en aout et en septembre. A peu près 15 articles Ă  chaque fois.

 

 

J’ai sûrement besoin de faire une petite pause alors que plusieurs sujets m’attendent. Cependant la régularité a son importance. Et, je crois qu’il me faut faire l’effort de parler encore un peu de la deuxième injection de Moderna que j’ai reçue ce lundi 4 octobre 2021. Parce-que, plus tard, j’aurai sans doute oublié ou préfèrerai me concentrer sur d’autres thèmes.

Photo prise le mercredi 6 octobre 2021, Ă  Villeneuve le Comte.

 

 

Ce soir, nous sommes samedi 9 octobre 2021. Nous sommes bien Ă  J + 5.  Lundi, dans deux jours, je devrais recevoir ou avoir reçu ma carte du « club Â» des vaccinĂ©s contre le Covid.

 

Je me sens bien.  A J+ 2 (mercredi), j’ai pensĂ© Ă©crire mais je n’ai pas pu me rendre disponible. Je n’ai pas ressenti de fièvre après ma seconde injection comme après ma première. Et, le soir de ma deuxième injection ( le lundi) comme j’en parle un peu Ă  la fin de mon article Consentement , je m’étais rendu Ă  un cinĂ© dĂ©bat Ă  la salle Jean Gabin, Ă  Argenteuil. Pour voir le nouveau film de Jean-Gabriel PĂ©riot inspirĂ© de l’ouvrage de Didier Eribon :

 

Retour Ă  Reims

 

D’ailleurs, je n’ai toujours pas Ă©crit Ă  propos de ce cinĂ©-dĂ©bat comme Ă  propos du « spectacle Â» Screws vu le samedi 25 septembre 2021 Ă  Cergy-PrĂ©fecture lors de l’évĂ©nement Cergy, soit ! 

 

Avoir un dossier sous le bras

 

Le mardi, le lendemain de ma seconde injection et de cette soirĂ©e cinĂ© dĂ©bat, je partais dĂ©jeuner avec Lucifer, une ancienne collègue.  Lorsqu’avant notre rendez-vous, celle-ci m’avait demandĂ© par sms si cela allait, je lui avais rĂ©pondu que j’avais «  un peu mal au bras et Ă  l’aisselle Â». Lucifer, alors, avait su me rassurer :

 

« EspĂ©rons que tu y survivras mais sur une courte durĂ©e ça devrait aller….( sourire). A tout Ă  l’heure Â».

Paris, vendredi 8 octobre 2021, l’Ă©glise Sainte-Eugène-Sainte-CĂ©cile.

 

Dans la vie courante, Lucifer est une personne charmante. Ce qui ne l’empĂŞche pas d’avoir un certain humour. Un humour que je prĂ©fère aux immersions catastrophĂ©es ou fatalistes Ă  visĂ©e rĂ©pĂ©titive. 

 

Si j’ai pu m’accommoder d’une petite tachycardie, en me disant qu’elle rĂ©sultait plus de la fatigue ( due Ă  quelques heures de sommeil en moins) que de l’injection, je n’ai pas aimĂ© voir cette hypertrophie de mes ganglions sous mon aisselle. Bien-sĂ»r, j’ai dĂ©duit de ce « gonflement Â» que mes dĂ©fenses immunitaires se mettaient au travail sous l’effet du vaccin. Je n’ai pas craint particulièrement pour ma vie. Mais cette rĂ©action visible et palpable m’a bien confirmĂ© que ce vaccin avait opĂ©rĂ© une certaine transformation dans mon organisme. J’ai dĂ©jĂ  reçu d’autres vaccins. C’était la première fois que j’assistais Ă  cette rĂ©action.

 

Je ne me suis pas trop inquiĂ©tĂ©. Et, aujourd’hui, cette « boursouflure Â» sous l’aisselle correspondant au bras qui a Ă©tĂ© piquĂ© Ă  deux reprises (le 13 septembre puis ce 4 octobre) a pratiquement disparu. Reste peut-ĂŞtre une petite sensibilitĂ© sous l’aisselle si j’appuie. Mais rien qui ne m’empĂŞche de dormir, de manger, d’écrire ou de lire.  Ou de faire ce que j’ai prĂ©vu de faire.

La Grande synagogue de Paris, rue Sainte Victoire, vendredi 8 octobre 2021.

 

Etre confiant

 

Concernant ma santĂ©, je devrais ĂŞtre confiant Ă  cent pour cent. D’autant qu’hier, j’ai effectuĂ© un nouveau test antigĂ©nique, soit le sixième depuis avril de cette annĂ©e. Si, cette fois, la pharmacie oĂą je me suis rendu a appliquĂ© le protocole qui consiste Ă  attendre 25 minutes avant de communiquer le rĂ©sultat, contre moins de cinq minutes les trois dernières fois oĂą j’ai passĂ© un test antigĂ©nique Ă  deux autres endroits, le rĂ©sultat du test antigĂ©nique a Ă©tĂ© identique Ă  toutes les autres fois : NĂ©gatif.

L’étudiant en chirurgie dentaire qui a effectué le test antigénique a su être doux. J’aurai donc passé six tests antigéniques. Les trois première fois avec des femmes. J’affirme ce soir que les hommes qui ont réalisé les tests antigéniques ont été les plus doux.

J’affirme aussi que l’étudiant en mĂ©decine qui m’a fait la deuxième injection intramusculaire l’a mieux rĂ©ussie que l’étudiante en mĂ©decine qui m’avait fait la première. Cela pour dire de nouveau, Ă  notre Ă©poque oĂą le verbe « dĂ©construire Â»- pour dĂ©construire les stĂ©rĂ©otypes et les prĂ©jugĂ©s- est facilement utilisĂ© que la douceur et la dĂ©licatesse ne sont pas la propriĂ©tĂ© dĂ©terminĂ©e et exclusive des femmes.

 

Toutefois, depuis plusieurs semaines, il est plutĂ´t facile de se sentir confiant, je trouve. On nous parle nettement moins de la pandĂ©mie du Covid, de ses morts et des patients qu’elle envoie en rĂ©animation. On nous laisse plus comprendre que les chiffres de la pandĂ©mie sont en baisse en France. Il faut les chercher dans les journaux, les articles qui parlent du Covid. Alors qu’au mois d’aout encore, le thème astral du Covid et son horoscope nous sautaient facilement aux yeux dans les mĂ©dia mais aussi dans les rĂ©seaux sociaux :

 

« Travail : Aujourd’hui, vous aurez beaucoup de rĂ©ussite dans ce que vous entreprendrez. Amour : Vous avez laissĂ© un grand vide derrière vous. SantĂ© : Rien ne vous est impossible Â».

Paris, vendredi 8 octobre 2021.

 

 MĂŞme les Ă©ventuelles consĂ©quences- en termes de pĂ©nurie de personnel dans le secteur hospitalier dĂ©jĂ  touchĂ© par le manque de personnel avant la pandĂ©mie du Covid- des suspensions des soignants qui ont refusĂ© de se faire vacciner sont gommĂ©es des prĂ©occupations premières.

 

En plus, il fait plutĂ´t beau ces  derniers jours. Lorsqu’il ne pleut pas. Les restaurants sont ouverts, les cinĂ©mas etc…. il faut juste fournir son passe sanitaire ou un rĂ©sultat nĂ©gatif de moins de 72 heures Ă  un test antigĂ©nique ou PCR ou un document officiel attestant que l’on a attrapĂ© le Covid il y a plus de 11 jours ( et moins de 6 mois ?).

 

Paris, vendredi 8 octobre 2021.

 

Donc, ça « roule Â» dans l’ensemble. Et ça fait aussi du bien de voir que ça roule autour de soi lorsque l’on marche dans les rues en plein Paris. Lorsque l’on entre dans un commerce. Ou quand on prend le mĂ©tro pour se rendre Ă  sa formation aux heures de pointe.  BientĂ´t, je reprendrai mes entraĂ®nements d’apnĂ©e avec mon club. Puisque, jusque lĂ , je ne pouvais pas. Vu que je n’étais pas vaccinĂ© contre le Covid. Je retournerai un peu plus souvent au cinĂ©ma. Je suis finalement moins pressĂ© pour aller voir le dernier James Bond avec l’acteur Daniel Craig, Mourir peut attendre. Car les Ă©chos sont un peu amers Ă  l’encontre de ce dernier James Bond  avec l’acteur Daniel Craig, pour la dernière fois dans le rĂ´le.

 

Et, moi, avec Daniel Craig, dans le rĂ´le, je reste accrochĂ© Ă  son tout premier, dans le remake de Casino Royale ; oĂą la franchise mais aussi lui-mĂŞme avaient beaucoup Ă  prouver. Par ailleurs, le casting autour de lui Ă©tait variĂ©, Ă©quilibrĂ© et très bon :

 

Mikkelsen, Bankolé, Dench, Abkarian, Green…

 

Aujourd’hui, on ne sait pas qui va succéder à Daniel Craig dans le rôle de James Bond. La pandémie est toujours là. D’ailleurs, si ce James Bond ne sort que maintenant, c’est à cause de la pandémie du Covid.

 

NĂ©anmoins, d’autres sujets d’inquiĂ©tude dans le monde persistent ou s’intensifient (l’eau, certaines pĂ©nuries alimentaires mais aussi de vĂŞtements et de chaussures, l’augmentation du prix du gaz et de l’électricitĂ©, les grosses coupures d’électricitĂ© connues par la Chine, l’emprise des GAFAM….) mais nous pouvons encore, pour plusieurs d’entre nous, encore nous demander qui pourrait bien ĂŞtre le prochain acteur qui va jouer James Bond. L’acteur Tom Hardy ? A un moment, j’avais entendu parler de l’acteur Idriss Elba…

 

Je n’ai pas encore Ă©coutĂ© le podcast oĂą l’acteur Daniel Craig explique qu’en « devenant Â» James Bond, sa vie privĂ©e Ă©tait devenue impossible et qu’il devait laisser ses rideaux fermĂ©s lorsqu’il Ă©tait Ă  son domicile. Je me rappelle par contre d’une interview lue sans doute avant le premier confinement oĂą il confirmait sa dĂ©cision d’arrĂŞter de jouer James Bond. Affirmant :

 

« Je prĂ©fèrerais m’ouvrir les veines Â».

 

 

Mourir peut attendre

 

Hier après-midi, après la fin de ma formation de deux jours, j’ai changĂ© mon itinĂ©raire de retour afin de continuer de discuter avec un de mes collègues. Cela m’a donnĂ© l’idĂ©e de passer dans un des magasins de Tang Frères. Vingt Ă  trente mètres avant d’y arriver,  je me suis arrĂŞtĂ© devant ces affiches. Mon collègue a alors commentĂ© :

 

« Ils cherchent vraiment Ă  faire peur aux gens Â».

Paris, 8 octobre 2021.

J’ai aussitôt pris des photos en me disant que ces affiches seront vraisemblablement assez vite arrachées. Mon collègue m’a imité.

 

 

 

Le fait est que je ne sais pas quoi penser devant ces affiches. Pour les personnes convaincues par les bienfaits des vaccins anti-Covid que nous avons reçus ( Astrazeneca, Moderna, Pfizer, Johnson & Johnson ), il n’y a pas photo. Ce genre d’affiches est Ă  ranger dans le casier « fake news Â», « complotisme Â», « irrationnel Â».

 

Le soir mĂŞme, sur le net, j’ai tapĂ© deux noms parmi ces « tĂŞtes d’affiche Â». Dont le dĂ©funt Maxime Beltra, dont j’avais « entendu Â» parler. J’ai « trouvĂ© Â» un extrait d’un article du journal LibĂ©ration qui expliquait qu’après une recherche un peu plus approfondie qu’il ressortait que le jeune Maxime Beltra Ă©tait officiellement dĂ©cĂ©dĂ© suite Ă  une allergie alimentaire. En mangeant au restaurant des aliments pour lesquels il avait une allergie connue. D’oĂą l’œdème de Quincke lĂ©tal. Il Ă©tait envisagĂ© que l’allergie alimentaire associĂ©e Ă  la vaccination avait pu provoquer la mort. Mais, fondamentalement, l’allergie alimentaire Ă©tait la principale cause de dĂ©cès officielle. Je me suis nĂ©anmoins demandĂ© ce qui avait pu pousser Maxime Beltra Ă  aller manger au restaurant une nourriture Ă  laquelle il se savait allergique. Mais l’être humain est aussi plein de paradoxes et de mystères. Et, pas plus que je ne suis devenu Ă©pidĂ©miologiste depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie du Covid, je ne suis devenu inspecteur de police, mĂ©decin lĂ©giste ou analyste de laboratoire.

Photo prise Ă  Paris, ce vendredi 8 octobre 2021.

 

 

Pour certains, en parlant de Maxime Beltra et d’autres personnes qui seraient décédées suite à une injection de vaccin anti-Covid, je refuse de voir l’évidence. Pour d’autres, je m’attarde trop sur des détails et des coïncidences.

 

Mais si je prends aussi le temps de « parler Â» de ces affiches, ce soir, c’est parce-que, plus tard, dans un avenir plus ou moins proche, six mois, deux ans ou trois, ou quatre, ou plus, sortiront des explications irrĂ©futables tant Ă  propos des vaccins anti-Covid actuels que de certaines de ces morts. Et, si je suis encore en vie et que je souhaite alors revenir Ă  ce que nous vivons maintenant, je pourrai toujours revenir Ă  ces quelques informations que je laisse ce soir. Très certainement que je me dirai alors :

 

« C’est dommage de ne pas avoir Ă©crit davantage ce soir-lĂ  ou sur ce genre de sujets Ă  cette Ă©poque…. Â».

Paris, ce vendredi 8 octobre 2021.

 

Franck Unimon, ce samedi 9 octobre 2021.

 

 

 

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Corona Circus

Consentement

Le verso du questionnaire prĂ© vaccinal que j’ai rempli hier avant ma deuxième injection de Moderna.

 

 

                                              Consentement

 

Retour Ă  la normale

 

 

Le mĂ©decin qui  a certifiĂ© ce lundi 4 octobre 2021 m’avoir examinĂ© et m’avoir transmis  « toutes les informations liĂ©es Ă  la vaccination pour la Covid-19 Â» et m’avoir informĂ© que mon « cycle vaccinal est terminĂ© Â» est gynĂ©cologue.

 

Je l’ai dĂ©couvert sur l’écran de tĂ©lĂ©viseur plat derrière les deux hĂ´tesses d’accueil. En ramenant mon « questionnaire de consultation prĂ© vaccinale Â» que j’avais rempli recto verso. Comme cela m’avait Ă©tĂ© rappelĂ© par l’hĂ´tesse Ă  laquelle je m’étais adressĂ©. Une femme d’une vingtaine d’annĂ©es, mesurant environ 1m60, montĂ©e sur des talons hauts, qui me l’avait tendu. 

 

Celle-ci avait d’abord Ă©tĂ© un peu surprise lorsque je lui avais appris la raison de ma venue :

 

Ma deuxième vaccination anti Covid.

 

Cela était sûrement tellement loin des principaux motifs de consultation désormais. Puisque nous étions le quatre octobre 2021 et que la majorité des Français s’était déja fait vacciner. Et puis, la pandémie du Covid est dépassée comme sujet d’actualité depuis fin aout, début septembre. Elle pensait peut-être davantage au décès, la veille, pour cancer, une mort normale et habituelle, de Bernard Tapie, 78 ans.

Bernard Tapie, Ex-Ministre, ex- homme d’affaires, ex-PDG, ex-Patron de l’équipe de Foot de l’OM, ex patron de la Vie Claire, l’équipe cycliste de Greg Lemond et de Bernard Hinault , ex-acteur. Un homme qui avait tout rĂ©ussi en partant de peu. Au dĂ©but de sa vie, il aurait tout aussi bien pu ĂŞtre hĂ´te d’accueil durant quelques temps. Peut-ĂŞtre que cette hĂ´tesse, aussi, Ă©tait-elle une future Bernadette Tapie. Qu’est-ce qu’on en sait ?! Tout est possible.

Photo prise ce lundi 4 octobre 2021, Paris.

 

Derrière les deux hĂ´tesses, en ramenant mon questionnaire de consultation prĂ©-vaccinale, j’ai regardĂ© celui qui m’avait « examinĂ© Â» puis, quelques minutes plus tard, signifiĂ© que mon cycle « vaccinal Ă©tait terminĂ© Â». Il ne me regardait pas.

Sur l’écran de tĂ©lĂ©viseur, aussi plat que j’aurais voulu avoir le ventre, on pouvait le voir s’exprimer sans le son. Les questions qu’on lui posait Ă©taient retranscrites sur l’écran de mĂŞme que ses rĂ©ponses. Les yeux bleus, une alliance dorĂ©e au doigt, plutĂ´t mince, la quarantaine, il parlait en s’aidant beaucoup de ses mains. Il parlait « fertilitĂ© Â» en tant qu’expert ; il expliquait qu’ici, dans le centre de soins oĂą je me trouvais, une Ă©quipe pluridisciplinaire suivait du dĂ©but jusqu’à la fin les personnes qui consultaient. Qu’il s’agisse de couples et femmes mariĂ©es. Ou de femmes vivant seules et ayant des difficultĂ©s Ă  enfanter. En Ă©voquant cette dernière situation, «  des femmes vivant seules Â», il a eu un mouvement de la main qui signifiait que, pour lui, cette situation particulière qu’une partie de la sociĂ©tĂ© rejetait et critiquait encore, n’était pas un sujet. Qu’il Ă©tait en quelque sorte un praticien et un homme ouvert. Et/ ou qu’il avait rĂ©flĂ©chi d’un point de vue Ă©thique Ă  ce propos.

 

Le voir sans le son me donnait l’impression d’être plus réaliste dans ma façon de le percevoir. Cet homme était peut-être un futur politicien mais il donnait l’impression d’être sincère. Même si la sincérité peut être une action éphémère. Devant des caméras ou face au temps. Bernard Tapie, aussi, avait su et pu être sincère.

 

La sincĂ©ritĂ© :

 

Un homme d’une cinquantaine d’annĂ©es attendait, assis, près du lieu de vaccination au mĂŞme Ă©tage que la dernière fois. Au 7ème.  Après m’avoir expĂ©diĂ© au 7ème ciel en m’accompagnant jusqu’à l’ascenseur, en se servant de son badge et en appuyant sur le bouton, l’hĂ´tesse d’accueil avait tournĂ© les talons pour retourner Ă  son poste, son casque tĂ©lĂ©phonique de rĂ©ception toujours sur sa tĂŞte. Au 7 Ă¨me,  en sortant de l’ascenseur, je n’avais qu’à suivre et me diriger vers le fond en passant devant un premier poste d’accueil vide.

 

L’homme assis m’a rĂ©pondu qu’il venait de se faire vacciner. Non, il n’avait pas eu mal. Ni cette fois-ci, ni la première fois. J’allais toquer Ă  la porte comme la fois prĂ©cĂ©dente, le 13 septembre, lorsqu’il m’a dit qu’ils allaient bientĂ´t venir  de toute façon.

 

Deux ou trois minutes plus tard, un jeune homme en blouse blanche est sorti pour lui dire qu’il pouvait y aller s’il se sentait bien. Oui, il se sentait bien. J’ai constaté à voix haute :

 

« La dernière fois, nous avions des jeunes femmes, aujourd’hui, nous avons des Rugbymen ! Â». Celui qui se tenait debout face Ă  moi devait faire 1m90 pour près de cent kilos. Un vrai physique d’athlète. Il a pris ma remarque avec le sourire :

 

« Pourquoi, ça ne vous plait pas ? Â». J’ai dĂ©menti. Je remarquais simplement le contraste. Sans pour autant m’attarder. La dernière fois, des jeunes femmes plutĂ´t mignonnes et minces ( Marcher pour ne pas mourir). Cette fois,  un presque  Conan le Barbare  en blouse blanche venait Ă  ma rencontre.

 

A l’intérieur, un autre homme en blouse blanche, assis devant un ordinateur. Moins taillé mais plus quand même que les jeunes femmes croisées trois semaines plus tôt pour ma première injection. Et d’un abord a priori moins avenant. Ou plus stressé, sans le montrer. Donc, capable peut-être d’une grande maitrise de soi. Ou, tout simplement rigide.

 

Photo prise Ă  Paris, ce lundi 4 octobre 2021.

 

Douceur et indulgence

 

Deux jours plus tôt, je m’étais décidé à passer un test antigénique à une heure étudiée afin qu’il me dure suffisamment pour certaines démarches. Telles que pouvoir me rendre à un déjeuner le lendemain (ce mardi 5 octobre) avec une ancienne collègue et amie.

 Je n’avais pas oubliĂ© l’expĂ©rience dĂ©sagrĂ©able qu’un nouveau test antigĂ©nique, rĂ©alisĂ© par une charmante Ă©tudiante en mĂ©decine de 4ème annĂ©e, avait Ă©tĂ© pour moi avant ma première injection de Moderna. Or, deux jours plus tĂ´t, soit le 2 octobre, l’étudiant en mĂ©decin 2ème annĂ©e qui avait pratiquĂ© le test antigĂ©nique pour une des pharmacies de ma ville s’y Ă©tait bien pris. Et, je l’avais fĂ©licitĂ©. Visiblement, il n’était pas familier avec ce genre de compliment. En repartant ce 2 octobre, après ce test antigĂ©nique au rĂ©sultat Ă  nouveau nĂ©gatif, j’avais considĂ©rĂ© que l’on attribue trop facilement la douceur aux femmes. Alors que pour ĂŞtre doux mais aussi indulgent envers les autres, il faut d’abord savoir l’être vis-Ă -vis de soi-mĂŞme.

 

Il y a des femmes, soignantes ou non, qui sont brutales. J’avais repensĂ© Ă  cette aide-soignante qui, avant une opĂ©ration, il  y a plusieurs annĂ©es, m’avait rasĂ© une petite partie de mon corps Ă  sec. Car elle estimait que j’avais laissĂ© trop de poils près du champ opĂ©ratoire en me rasant. Je m’étais rasĂ© la veille au soir avec douceur et mousse.

Elle, le matin avant le passage au bloc, sous prĂ©texte d’augmentation de l’efficacitĂ©, m’avait administrĂ© des gestes rapides et agressifs. Mais loin d’être aussi parfaits qu’elle le croyait. Mais elle avait « fait Â». Elle avait fait son Ĺ“uvre. Je n’avais pas pu m’empĂŞcher de penser que cette femme d’une bonne trentaine d’annĂ©es, pas très jolie, au lit, devait ĂŞtre un très mauvais coup. MĂŞme en Ă©tant mère plusieurs fois.

 

 

La  rĂ©pĂ©tition de tests antigĂ©niques ( ou de tests PCR) des millions de fois lors de la pandĂ©mie du Covid peut malheureusement se concilier avec un certain nombre de manĹ“uvres « nasales Â» indĂ©licates. Car, si depuis mes deux premiers tests antigĂ©niques, ou Ă  chaque fois on instillait une tige dans chaque narine alors que maintenant on le fait dans une seule (pour quelle raison ?), la pratique rĂ©gulière ne suffit pas pour ĂŞtre « doux Â» ou « douce Â». Et, bien supporter un test indĂ©licat n’est pas le bon critère :

Lorsque, plus jeune, j’ai commencĂ© Ă  me raser, je trouvais ça parfaitement normal de finir le visage en sang. Pour moi, c’était ça, ĂŞtre un homme. Ensuite, j’ai appris qu’on pouvait se raser dans la douceur et avoir du plaisir Ă  le faire. Mais, aussi, qu’être dur avec soi-mĂŞme lorsque cela est inutile et injustifiĂ© ne fait pas de nous une personne plus rĂ©sistante qu’une autre face Ă  une vĂ©ritable adversitĂ© ou  Ă  l’imprĂ©vu. Je ne suis ni un guerrier, ni un aventurier, ni un meneur, ni un hĂ©ros mais je me considère plus rĂ©sistant et plus constant dans l’effort qu’à cette Ă©poque oĂą je me rasais jusqu’au sang et oĂą je bĂ©nĂ©ficiais pourtant d’une forme et d’une force athlĂ©tique supĂ©rieures Ă  celles dont je dispose aujourd’hui. Parce qu’aujourd’hui , je crois mieux savoir et mieux reconnaĂ®tre ce qui est vĂ©ritablement essentiel. Et ce qui l’est moins. Pour cela, j’ai appris. Certaines fois en prenant des coups. D’autres fois en rĂ©flĂ©chissant et en observant. D’autres fois, encore, en acceptant de me faire davantage confiance. Et, aussi, en apprenant Ă  mieux m’aimer. Pour moi, c’est aussi ça, ĂŞtre capable de douceur et d’indulgence pour soi-mĂŞme comme pour les autres. Cela ne signifie pas ĂŞtre parfait Ă  toute heure ni tout savoir ou ĂŞtre un gĂ©nie.

 

 

Cependant, pour ĂŞtre plus ou moins « doux Â» ou « douce Â», il faut non seulement avoir l’intention et la disposition pour l’être.  Etre suffisamment Ă  l’aise au contact de l’autre. Mais, aussi, ĂŞtre suffisamment « doux Â» ou « douce Â» pour soi-mĂŞme. 

Et, lorsque l’on fait des multitudes de tests Ă  la chaĂ®ne, comment rester « douce Â» et « doux Â» si, en plus, dès le dĂ©part, cela est une notion et une sensation que l’on ignore ? Que l’on banalise ? Que l’on standardise avec des trucs et des tics  de langage et de comportement. Ces « Vous allez bien ? Â» ou ces «  ça va ? Â» que l’on ne pense pas mais que l’on inocule aux autres en n’attendant d’eux qu’une seule chose : qu’ils nous rĂ©ponde de manière toute aussi standardisĂ©e : «  Oui, ça va Â». « Oui, je vais bien Â». MĂŞme si elles ressentent le contraire.

 

Voilà le genre de question que l’expérience d’un simple test antigénique peut m’inspirer.

 

 

Faire pire que la douceur et l’indulgence

 

Photo prise Ă  Paris, ce lundi 4 octobre 2021.

Cependant, ce 4 octobre, j’ai fait pire. J’ai fait le professeur.

 

Alors que je m’asseyais tout en rĂ©pondant au rugbyman en blouse blanche, j’ai d’emblĂ©e prĂ©cisĂ© que je n’aimais pas du tout les tests antigĂ©niques. Ou j’ai demandĂ© s’il faisait « mal Â».  Car il venait de m’apprendre que l’on allait quand mĂŞme me faire un test antigĂ©nique au prĂ©alable. J’ai marquĂ© mon Ă©tonnement. Le test antigĂ©nique que j’avais passĂ© samedi Ă©tait encore valable….puis, j’ai ajoutĂ© :

 

« Ă§a va vous ramener de l’argent ! Â». LĂ©gère dĂ©nĂ©gation sans dĂ©bat. Je me suis Ă  nouveau laissĂ© faire.

 

 

L’étudiant en médecine de quatrième année (j’ai demandé) m’a assuré qu’il ferait attention. Je l’ai trouvé sincère et attaché à faire de son mieux. Dans la foulée, je les ai informés, lui et son prochain, que j’étais infirmier en psychiatrie. Ce que je n’avais pas fait lors de ma première injection.

 

En psychiatrie ?

 

Cela a intrigué celui qui s’occupait de moi. Il a voulu savoir ce qui me plaisait à travailler en psychiatrie. Même si je me suis dit que c’était sa façon de détourner mon attention afin que le test antigénique se fasse telle une formalité, j’ai néanmoins répondu.

 

Pour penser. Pour ĂŞtre Ă©gal Ă  moi-mĂŞme. Et non faire du travail Ă  la chaine. A ses cĂ´tĂ©s, son collègue, Ă©galement Ă©tudiant en mĂ©decine 4ème annĂ©e, ne disait rien. Il Ă©tait nĂ©anmoins ouvertement le plus directif des deux. On aurait dit que, autant, le premier, essayait d’entrer en relation, d’être « sympa Â», autant, lui, semblait estimer que tout cela Ă©tait une perte de temps. Qu’il fallait surtout avancer.

 

Etre en quatrième annĂ©e de mĂ©decine, cela peut impressionner le grand public. Il est vrai que faire des Ă©tudes de mĂ©decine, c’est faire partie de l’élite. Et puis, ce sont des Ă©tudes difficiles. Il faut donc ĂŞtre une « tĂŞte Â» et aussi avoir le cĹ“ur solide et endurant pour ces Ă©tudes longues, Ă  très grande responsabilitĂ© et très concrètes. Il faut l’admettre. Je n’ai jamais envisagĂ© de faire mĂ©decine. Et, je ne crois pas avoir  souhaitĂ© le devenir.

 

Mais, ĂŞtre en quatrième annĂ©e d’études de mĂ©decine, ça donnait et ça donne peut-ĂŞtre encore aujourd’hui l’équivalence pour travailler comme…infirmier. Et, ĂŞtre en quatrième annĂ©e de mĂ©decine, cela ne donne pas l’expĂ©rience. L’expĂ©rience du mĂ©tier. Mais, aussi, de la vie. Je peux faire encore plus simple :

 

J’ai bien sĂ»r croisĂ© un certain nombre de mĂ©decins, de diffĂ©rentes spĂ©cialitĂ©s, de par mon mĂ©tier et de par ma vie. En tant que collègues. Ou en tant que « spĂ©cialistes Â» que j’ai pu consulter. Il y a des compĂ©tences mĂ©dicales ou chirurgicales Ă©videntes qu’un mĂ©decin acquiert. NĂ©anmoins, cela ne signifie pas qu’un mĂ©decin a raison sur tout et sait tout bien faire. Et tout le temps. Et tout seul.

 

Il y a des très bons mĂ©decins et des très bons chirurgiens qui, sortis de leur excellence de praticien, font partie des ordures mĂ©nagères ou, aussi, des handicapĂ©s relationnels et Ă©motionnels. Il y a des mĂ©decins et des chirurgiens corrects, passables, et qui, par contre, vont ĂŞtre « bons Â» ou «  très bons Â» dans le relationnel. Et, puis, il y a les autres mĂ©decins et chirurgiens qui savent surtout vous rappeler et se rappeler qu’ils le sont. Mais qui, en pratique, sont plutĂ´t Ă  surveiller ou Ă  savoir remettre Ă  leur place. Et qui, sans les gardes boue que sont leurs collègues (mĂ©dicaux, paramĂ©dicaux et autres) tiendraient modĂ©rĂ©ment la route. Soit en termes de diagnostic. Soit en termes de comportement. Il s’agit d’une minoritĂ©. Mais cette minoritĂ© existe et est active comme dans toutes les professions.

 

Je ne suis pas anti-médecin. Je suis surtout contre cette idée qu’être médecin ou chirurgien revient à s’estimer au delà du réel. Au delà de l’autre. Tels ces pilotes d’avion de chasse qui se sentent au dessus de toutes celles et tous ceux qui évoluent à terre et qui, c’est vrai, seraient incapables de faire décoller un simple avion.

 

Photo prise ce lundi 4 octobre 2021, Ă  Paris.

 

Je ne sais ni faire dĂ©coller un avion. Encore moins piloter une unitĂ© de soins. Je n’ai pas pris de cours. Je n’ai mĂŞme pas essayĂ© de le faire. J’ai plutĂ´t fait de mon mieux pour Ă©viter de me retrouver Ă  cette place ou dans ce rĂ´le de pilote, de meneur ou de cadre. Ce que j’essaie de faire aussi bien que possible, c’est bichonner mon autonomie de pensĂ©e, d’action et ma complĂ©mentaritĂ© avec les autres :

les médecins inclus jusqu’à la femme ou l’homme de ménage.

 

 

Et, si je ne sais ni faire dĂ©coller un avion ni piloter une unitĂ©, je sais contribuer, avec d’autres, jusqu’à un certain point, de façon Ă  ce que l’avion ait la quantitĂ© de carburant nĂ©cessaire. Pour que le vol se dĂ©roule Ă  peu près dans les meilleures conditions jusqu’à destination. Qu’il s’agisse d’un vol court, long, facile ou difficile. Je sais aussi participer de manière Ă  ce qu’il y ait le moins de conflit possible au sein de l’équipe. Cela peut compter par moments autant voire plus que l’aptitude technique « pure Â» et dĂ©cisionnelle. MĂŞme si la mĂ©galomanie de tout un tas de personnages Ă©clipse rapidement ou frĂ©quemment ce fait.

 

La mégalomanie de certains personnages réels

 

 

 Cette mĂ©galomanie n’est pas exclusive aux mĂ©decins, chirurgiens ou Ă  certains pilotes d’avions de chasse. Mais on peut la trouver chez quelques unes et quelques uns d’entre eux.

 

C’est pour cela que lorsque mon « piqueur Â» a commencĂ© et que nous Ă©tions toujours en train de discuter, j’ai tenu Ă  ĂŞtre aussi concret que possible dans mes explications. Quant Ă  ce qui m’a donnĂ© et me donne envie de continuer de travailler en psychiatrie. Et, lorsque je dis « psychiatrie Â», je pense aussi bien « psychiatrie Â» que « pĂ©dopsychatrie Â». Car, pour moi, contrairement Ă  ce que peuvent penser des collègues « psy Â» (infirmiers ou autres) , ces deux spĂ©cialitĂ©s ou ces deux disciplines se complètent. Plus qu’elles ne s’opposent. La polyvalence professionnelle et personnelle, pas seulement en tant qu’infirmier (puisque je suis aussi journaliste et pratiquant dans d’autres domaines que celui de la santĂ© mentale et heureusement pour ma propre santĂ© mentale) est un des meilleurs antidotes qui soient contre la mĂ©galomanie, l’autosatisfaction ou, plus simplement, contre la connerie humaine dont l’étendue est  beaucoup plus vaste que sa durĂ©e de vie.

 

 

A cet étudiant en quatrième année de médecine (mais aussi à son collègue auquel je m’adressais tout autant voire davantage lorsque je parlais ) j’ai ainsi raconté qu’il arrive que des personnes au départ opposées à l’idée de travailler en psychiatrie, finalement, se ravisent.

 

J’ai parlĂ© d’un de mes anciens collègues, psychiatre, qui, initialement, avait prĂ©vu de travailler dans le somatique jusqu’à ce que , lors de son stage avec le SAMU, « tombe Â» sur une femme qui prĂ©sentait tous les signes cliniques- donc objectifs- du coma ou de la mort.  Pour, finalement, renaĂ®tre Ă  la vie. Une patiente « hystĂ©rique Â». Cette expĂ©rience l’avait destabilisĂ©. Quelques annĂ©es plus tard, je faisais sa connaissance dans le service de pĂ©dopsychiatrie oĂą je venais d’arriver. Aujourd’hui, cet ancien collègue travaille dans son cabinet, en libĂ©ral.

 

Mais j’ai persistĂ©. Evidemment, ai-je expliquĂ© Ă  l’étudiant en mĂ©decine qui s’occupait de mon bras, si l’on prĂ©fère « faire du chiffre Â», ou que l’on a besoin de faire de « l’abattage Â» ; ou de faire carrière ; ou que l’on estime qu’en « psychiatrie, on ne fait rien ! Â», on prĂ©fèrera travailler dans le somatique. Et, le travail somatique est bien sĂ»r honorable. Et nĂ©cessaire. Intellectualiser, philosopher, parler des schĂ©mas de l’inconscient, de l’histoire familiale ou des lapsus, c’est très bien. Mais cela ne suffira pas pour se sortir – et se guĂ©rir- d’une plaie par arme blanche ou par arme de guerre, d’une septicĂ©mie, d’un diabète, d’une pandĂ©mie ou de toute autre urgence mĂ©dicale ou chirurgicale. Donc, chaque discipline, somatique, comme mentale, a son importance dans les Ă©tapes de guĂ©rison mais aussi de deuil d’un patient/client comme de sa famille.  

 

Encore une fois, mon but n’est pas d’opposer mais, au contraire, d’unifier tout en discernant bien à quel moment il faut savoir à quelle discipline il faut mieux s’en remettre.

 

L’oubli du « professeur Â» Franck :

 

Il y a nĂ©anmoins un aspect indispensable que j’ai oubliĂ© dans mon laĂŻus :

 

Pour travailler en psychiatrie ou en pĂ©dopsychiatrie, il faut aussi accepter de se voir en face sans maquillage et sans dĂ©tour. Il faut accepter d’apprendre Ă  se connaĂ®tre. Je n’ai pas citĂ© la phrase d’une ancienne Ă©lève infirmière stagiaire, dans un de mes prĂ©cĂ©dents services de psychiatrie adulte, alors que je l’avais ensuite recroisĂ©e. Elle m’avait dit avoir finalement optĂ© pour aller travailler dans un service de rĂ©animation parce qu’elle prĂ©fĂ©rait «  se refouler par la technique Â».

 

 

Se refouler par la technique et par des cascades de gestes et d’actions, c’est ce que vont préférer bien des personnes. Soignantes ou non-soignantes. Il est souvent des gens, dans la vie, qui me déconcertent par cette façon qu’ils ont de choisir d’ignorer ce qui, pour moi, fait partie des règles élémentaires de la vie et de la relation humaine. Ces personnes ont évidemment d’autres priorités. Et, pour elles, je parais sans aucun doute très retardé et très déficitaire dans d’autres domaines. Pour caricaturer, dans le domaine de l’informatique ou du bricolage. Deux univers où j’admets être assez limité.

 

 

 

Partant de ce genre de logique,  cette vaccination anti-Covid, pour certaines personnes, c’est juste une aiguille, une seringue et un produit. Avec, on entre dans le corps des gens. Et, c’est tout. Au suivant comme l’a chantĂ© Jacques Brel. On ne sait pas exactement ce qu’il y a dans ces vaccins ? Mais c’est pareil pour tout un tas de mĂ©dicaments que l’on avale rĂ©gulièrement sans se poser de questions. C’est pareil pour les cigarettes que l’on fume. Pour les alcools et pour beaucoup de boissons que l’on rachète avec gourmandise. Comme pour ce que l’on peut accepter de manger et d’acheter pour soi-mĂŞme, des proches ou des collègues qui nous feront plutĂ´t remarquer que ça manque si on en procure en trop petites quantitĂ©s.  Vis-vis de ces vaccins anti-Covid, c’est un peu pareil. Nous vivons Ă  l’ère des centrales nuclĂ©aires. Des Ă©manations de nos usines et de nos millions ou milliards de voitures. Alors, on peut bien se faire injecter quelques vaccins contre le Covid sans trop savoir ce qu’il y a dedans.

 

 

Au vu de cette courte description de notre mode de vie, on comprend facilement ou l’on comprendra facilement plus tard la raison pour laquelle, tant de personnes ont pu aussi facilement accepter ces vaccins anti-Covid. Moi, malgrĂ© mes doutes, j’ai acceptĂ© d’abord la première injection de ce vaccin. Puis, la seconde trois semaines plus tard. J’aurai « rĂ©sistĂ© Â» deux ou trois mois. Après avoir annulĂ© une première injection prĂ©vue le 4 aout de cette annĂ©e dans ma ville avec le Pfizer. Après l’annonce gouvernementale faite aux soignants de se faire vacciner au plus tard pour  le 15 octobre. Soit dans dix jours maintenant. En incluant les 7 jours après la seconde vaccination pour que la vaccination soit effective. Donc, pour moi, ma vaccination anti-Covid sera considĂ©rĂ©e effective le 11 octobre. Quatre jours avant la limite fixĂ©e par le gouvernement. On note la rĂ©pĂ©tition du chiffre 4. Je ne l’ai pas fait exprès. 4 aout. 4 octobre. 4 jours avant la limite. Mais cette rĂ©pĂ©tition du chiffre 4 n’efface pas mes doutes quant aux effets secondaires de cette vaccination anti-Covid. Mes doutes font partie de mes limites d’individu. Car j’ai toujours connaissance de mes limites.

Photo prise ce lundi 4 octobre 2021, Ă  Paris.

Mes doutes et mes limites

 

Mes doutes quant Ă  ce vaccin anti-Covid que j’ai dĂ©cidĂ© « d’accepter Â» sous la contrainte, malgrĂ© ce que j’ai pu signer, subsistent en partie.

 

Je connais des personnes très intelligentes, très courageuses, et de profil différent, qui se sont faites vacciner contre le Covid.

 

Je connais aussi des personnes aussi intelligentes, aussi courageuses et de profil diffĂ©rent, qui persistent dans leur refus de ces vaccins anti-Covid. Le fait que ces personnes opposĂ©es  Ă  ces vaccins soient maintenant minoritaires ne diminue pas, pour moi, leur intelligence ou leur courage.

 

Ma compagne continue de résider dans son refus et est aujourd’hui suspendue de son travail depuis une semaine. Elle a reçu la semaine dernière un courrier en recommandé avec accusé de réception le lui notifiant.

Depuis,  elle a aussi Ă©tĂ© priĂ©e, par courrier, de contacter «  dans les plus brefs dĂ©lais Â» le service DRH de son hĂ´pital afin de dire ce qu’elle a prĂ©vu pour son schĂ©ma vaccinal anti-Covid. Mais, aussi, pour faire savoir si elle souhaite prendre une disponibilitĂ© ou poser des jours de congĂ©s.

 

 A aucun moment, je n’ai,  essayĂ© de la convaincre de se faire vacciner. J’ai bien-sĂ»r donnĂ© mes arguments contradictoires, que j’estimais fiables, en faveur de ces vaccins anti-Covid.

 

 

Cependant, ce mardi 5 octobre 2021, après avoir reçu ma deuxième injection de Moderna,  je demeure incapable de dire si son attitude est hĂ©roĂŻque et avisĂ©e. Et si la mienne est  lâche et incohĂ©rente au vu de mes doutes. Ou si son attitude est bornĂ©e et la mienne, sage et avisĂ©e.

 

Il y a des personnes qui « savent Â» ou sont sĂ»res de savoir, mĂ©decins ou autres, avec certitude. Que ce soit pour les vaccins anti-Covid actuels ou contre eux. Tant mieux pour ces personnes. Moi, je conserve une part de doute quant aux effets secondaires Ă  moyen terme ou Ă  long terme de ces vaccins anti-Covid actuels.

 

Je vois bien que toutes les personnes que je connais qui se sont faites vacciner contre le Covid vont bien actuellement et depuis plusieurs semaines et plusieurs mois. Et leur nombre a beaucoup augmenté ces derniers mois puisqu’aujourd’hui, la majorité des Français est vaccinée.

 

Il est même des personnes qui, d’elles-mêmes, ont fait en sorte de recevoir une troisième injection de vaccin anti-Covid alors qu’elles ne correspondent pas aux critères actuels pour bénéficier de cette troisième injection de rappel.

J’ai lu rĂ©cemment dans un numĂ©ro du New York Times  de fin septembre un article oĂą des AmĂ©ricaines racontaient comment et pourquoi elles ( c’était deux femmes qui avaient acceptĂ© de se faire photographier) avaient dĂ©cidĂ© de recevoir une troisième injection de vaccin anti-Covid. Qui en mentant et en se faisant passer pour quelqu’un qui recevait sa première injection. Qui en tentant sa chance dans une pharmacie oĂą aucune question n’avait Ă©tĂ© posĂ©e au prĂ©alable.

Journal ” Le New York Times” de ce mardi 21 septembre 2021. Page 6, article ” Unwilling to wait for a booster shot”.

 

Vous voulez une injection de Pfizer ? Pas de problème, on vous en fait une.

 

Dans le ” New York Times” de ce mardi 21 septembre 2021, une des amĂ©ricaines qui a acceptĂ© de tĂ©moigner Ă  visage dĂ©couvert quant au fait qu’elle a devancĂ© l’appel pour recevoir une troisième injection de vaccin anti-Covid.

 

Toujours le ” New York Times” de ce mardi 21 septembre 2021, trois pages plus loin, page 9.

 

 

 

 

A cĂ´tĂ© de ça, en Afrique et dans d’autres rĂ©gions pauvres du monde, des populations restent sous-vaccinĂ©es contre le Covid. Mais pas uniquement. MĂŞme aux Etats-Unis, il y aurait 25 pour cent de la population qui serait non-vaccinĂ©e contre le Covid par refus de la vaccination anti-Covid. On pourrait grossièrement penser que cela fait partie des restes de la pensĂ©e du prĂ©cĂ©dent PrĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump qui minimisait la gravitĂ© de la pandĂ©mie. Mais mĂŞme sans lui, il y avait des sceptiques aux Etats-Unis et ailleurs ( en France, aussi :  j’en ai rencontrĂ© deux ce week-end- un couple- et ils ne sont pas soignants. Pour moi, ce couple, dĂ©jĂ  rencontrĂ© avant la pandĂ©mie, a toute sa tĂŞte et est intelligent, mesurĂ© et cultivĂ©) contre ces vaccins anti-Covid mais, aussi, contre la gravitĂ© de cette pandĂ©mie.

 

Et, même sans Donald Trump, aussi, on peut décider ou choisir de se faire vacciner contre le Covid et rester opposé au pass sanitaire. Lequel, en France, va durer ou continuer de frapper au delà du 15 novembre alors qu’il était supposé disparaître rapidement.

 

Mon thérapeute, vacciné contre le Covid, m’a dit être également opposé au pass sanitaire. Il n’est probablement pas le seul, vacciné par choix et par raison, à être opposé au pass sanitaire.

 

Un petit monde

 

 

Je n’ai pas discutĂ© de ça avec les deux Ă©tudiants en mĂ©decine. Après ma seconde injection, hier, j’ai complimentĂ© celui qui m’avait piquĂ©. J’ai ensuite demandĂ© Ă  celui qui se taisait :

 

« Pourquoi la deuxième injection dans le mĂŞme bras que la première fois ? Je croyais qu’il fallait une alternance… Â».

 

Il m’a répondu que cela n’empêchait pas. Et qu’il valait mieux piquer dans le bras dont je me servais moins.

 

Avant de partir, je leur ai dit :

 

« Peut-ĂŞtre que l’on se reverra (en tant que collègues). Vous savez, le monde hospitalier est un petit monde… Â».

 

En sortant, je suis allĂ© m’asseoir Ă  cĂ´tĂ© d’un couple âgĂ© arrivĂ© entre-temps. Je leur ai demandĂ© si c’était leur seconde injection. Avec un petit rire, l’homme a rĂ©pondu :

 

« Nous, c’est pour le rappel… Â». J’avais oubliĂ© que, si, rien n’a encore Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© en France pour « proposer Â» une troisième injection de vaccin anti-Covid (gĂ©nĂ©ralement avec un vaccin Ă  ARN messager comme le Pfizer ou le Moderna) aux personnes vaccinĂ©es Ă  partir de 30 ans comme cela se fait depuis quelques semaines en IsraĂ«l, modèle sanitaire de la France contre la pandĂ©mie, après avoir constatĂ© une flambĂ©e retour de la pandĂ©mie face au variant Delta qui a fait chuter le taux d’efficacitĂ© des vaccins anti-Covid (principalement le Pfizer en IsraĂ«l Ă  ce que j’ai compris), pour l’instant, en France, cette troisième injection s’adresse principalement aux personnes âgĂ©es dĂ©jĂ  vaccinĂ©es ou immuno dĂ©primĂ©es. Ce couple âgĂ© entrait dans la première catĂ©gorie.

 

L’un et l’autre m’ont répondu que cela s’était bien passé pour eux lors des deux premières injections. A part peut-être que, lui, avait beaucoup dormi après la seconde injection.

 

La femme m’a rĂ©pondu qu’ils avaient fait leurs premières injections en fĂ©vrier. A l’écouter, cela faisait dĂ©ja « longtemps Â». Il est vrai que la pandĂ©mie du Covid a Ă©tĂ© officialisĂ©e en France mi-mars 2020 et que j’ai l’impression que c’était dĂ©jĂ  il y a longtemps. Alors que c’était seulement il y a un an et demi.

 

Pour partir, après ma seconde injection, je suis passé par les escaliers. Puis, je suis retourné jusqu’à la gare St Lazare à pied. Cette fois-ci, dès l’aller, j’étais venu à pied depuis St Lazare.

Ce restaurant me semble bien sympathique. Photo prise ce lundi 4 octobre 2021, Ă  Paris.

 

Deux ou trois ans Ă  vivre :

 

Selon certaines rumeurs, croyances ou affirmations, maintenant que j’ai reçu ma deuxième injection de vaccin anti-Covid dans le bras, il me resterait deux Ă  trois ans Ă  vivre. Je pourrais aussi perdre en fertilitĂ©. Dès lors que je suis « BiberonnĂ© Â» par le vaccin, on pourrait, grâce au produit prĂ©sent dans le vaccin, me suivre Ă  la trace au moyen de la Wifi. Mais aussi prendre le contrĂ´le de mes pensĂ©es grâce Ă  la 5G. Mais je pourrais aussi mourir demain, après-demain, brutalement. Puisque le but de cette « expĂ©rimentation de masse Â» serait de rĂ©aliser une « extinction de masse Â». Pour crĂ©er un nouveau monde. Et une autre Ă©conomie.

 

On peut se marrer ou s’inquiéter de ces rumeurs, croyances, affirmations….

 

Toutefois, il est un fait incontestable. Depuis la pandémie du Covid, notre monde ou notre rapport au monde, plutôt, a changé de façon perceptible par nous-mêmes. La pandémie, je crois, nous a amené à avoir plus conscience de nous mêmes comme de certains de nos choix. Et, si pour certains, ces choix se font dans un certain optimisme, pour d’autres, ces choix s’éloignent radicalement du sentiment de légèreté ou du plaisir.

 

Et, moi, même si je suis en désaccord avec la vision de ma compagne concernant la pandémie et les vaccins, mais aussi concernant l’attitude à avoir envers la vie et ce qui nous reste ou nous resterait à vivre, il est des points où je reste très sceptique et où, d’une certaine façon, je la rejoins.

La Banque BNP-Paribas, photo prise à Paris ce lundi 4 octobre 2021. Les affaires marchent plutôt bien pour les banques depuis le début de la pandémie du Covid.

 

Le scepticisme, lorsqu’il persiste, est-il une chorĂ©graphie morbide ou une autre forme grave de septicĂ©mie ?

 

Le laboratoire français Sanofi et la pandémie du Covid….

 

Sanofi, le laboratoire français de recherche, un des poids lourds mondiaux entre-autres dans la fabrication de vaccins, avait déjà beaucoup de retard pour fabriquer et produire son vaccin contre le Covid. Ce retard, associé à des gros cadeaux financiers à ses actionnaires il y a quelques mois, a provoqué certaines railleries dans les média il y a quelques mois.

 

Pendant que les vaccins Ă©trangers Astrazeneca, Moderna,  Pfizer puis Johnson & Johnson dĂ©barquaient en masse Ă  compter du dĂ©but de l’annĂ©e 2021 (janvier ou fĂ©vrier, je crois), le laboratoire Sanofi, lui,  pourtant Ă  a pointe de la recherche dans le monde, accusait un gros retard. Son vaccin Ă©tait annoncĂ© pour la fin de l’annĂ©e comme on peut annoncer la sortie mondiale d’un blockbuster dans des salles de cinĂ©ma Ă  la fin de l’annĂ©e.

 

La pandémie du Covid fait des petits ( des variants), fauche des gens dans le monde, rend malade et le laboratoire Sanofi bosse sur son vaccin qui sera performant- c’est annoncé- à la fin de l’année 2021. Dans deux mois. En décembre.

 

Et puis, arrive cette rentrée en septembre 2021 et, courant septembre, il y a moins de deux semaines, Sanofi nous apprend avoir renoncé. ( article du journal La Croix de ce mercredi 29 septembre 2021).

 

J’ai lu que Thomas Triomphe (un nom bien choisi) le vice-prĂ©sident de la « Branche vaccins de Sanofi Â» « expiquait Â» (expliquait) que si son vaccin sortait lors de ce mois de dĂ©cembre 2021 sur le marchĂ© que ce serait en quelque sorte trop tard. Que cela n’offrirait rien de mieux ou de plus que ce qui existe dĂ©jĂ  avec Astrazenaca, Pfizer, Moderna, Johnson & Johnson. Oui, oui, les rĂ©sultats des tests de son vaccin sont concluants. Il serait aussi performant que les vaccins dĂ©jĂ  prĂ©sents contre le Covid

( Astrazeneca, Moderna, Johnson & Johnson et Pfizer). Mais ça n’apporterait « rien Â» ou ça ne « servirait Ă  rien Â» de le sortir en dĂ©cembre comme prĂ©vu. Surtout que Sanofi prĂ©cise participer, de toute façon, Ă  la fabrication de plusieurs de ces vaccins en leur faisant bĂ©nĂ©ficier de sa logistique :

 

«  Le laboratoire français n’est cependant pas totalement absent dans cette lutte contre la pandĂ©mie, puisqu’il produit dĂ©jĂ  des vaccins pour ses concurrents Pfizer BioNtech ( Ă  Francfort), Johnson & Johnson (Ă  Marcy-L’Etoile, près de Lyon) et Moderna ( aux Etats-Unis). « Nous sommes la seule entreprise au monde Ă  le faire Â», estime le vice-prĂ©sident de Sanofi. Une trentaine de millions de doses viennent de sortir des chaines de production et il en prĂ©voit 500 millions «  dans les mois qui viennent Â» ( Ă  nouveau, le mĂŞme article Contre le Covid, Sanofi mise sur la vaccination de rappel, dans le journal La Croix de ce mercredi 29 septembre 2021. Dans la rubrique : Economie, page 11.)

 

Il est reprochĂ© ou a Ă©tĂ© reprochĂ© Ă  certaines personnes rĂ©fractaires aux vaccins anti-Covid d’être «complotistes Â», « irresponsables Â», ” irrationnelles”, d’être « plus ou moins dĂ©rangĂ©es mentalement» et Ă©goĂŻstes.

Par contre, j’ai lu ou entendu assez peu de critiques envers ce tour de magie effectuĂ© par Sanofi en pleine pandĂ©mie du Covid. Oui, Sanofi continue de s’atteler, plus que jamais d’ailleurs, Ă  d’autres domaines de recherches en utilisant la technique ARN messager pour soigner d’autres maladies ( « dans l’immunologie, l’oncologie, les maladies rares Â», le journal La croix, toujours ce mĂŞme article du mercredi 29 septembre 2021). Car cette technique de soin a de l’avenir. D’ailleurs, Sanofi a rachetĂ© «  la Biotech amĂ©ricaine Translate Bio, pour 2,7 milliards d’euros, avec qui il travaille dans le dĂ©veloppement de vaccins Â» ( toujours dans le mĂŞme article du journal La Croix de ce mercredi 29 septembre 2021).

 

 

Et, oui, en dĂ©cembre, Sanofi sortira en principe un vaccin anti-Covid mais « classique Â» qui viendra alors renforcer l’offre vaccinale dĂ©jĂ  assurĂ©e par Astrazeneca, Moderna, Pfizer et Johnson& Johnson. Sanofi n’a rien Ă  se reprocher. Et, entre les lignes, si le laboratoire entend toujours trouver des remèdes Ă  d’autres maladies graves, ce que je comprends, surtout, c’est que Sanofi cherche ce qu’il pourrait bien mettre sur le marchĂ© afin d’empocher un maximum d’argent. Car le terme « sur le marchĂ© Â» figurait bien dans l’article que j’ai lu lorsqu’il Ă©tait question du retrait du vaccin de Sanofi. Retrait que le laboratoire avait prĂ©parĂ©. En se comportant comme un candidat de The Voice, qui, s’auto-Ă©liminant presque, encourageait, une ou deux semaines plus tĂ´t,  Ă  se tourner vers les autres candidats :

 

Astrazeneca, Moderna, Pfizer et Johnson & Johnson.

 

Sanofi, aujourd’hui, peut dire ou faire dire ce qu’il veut à ses représentants puis, ensuite, tranquillement, changer d’avis. Sanofi, économiquement, technologiquement et d’un point de vue judiciaire peut se le permettre. Il fait partie des poids lourds, aussi puissants voire plus puissants que les gouvernements. Ce revirement de Sanofi en est une démonstration. Sanofi se rétracte pour faire sortir son vaccin à ARN messager contre le Covid, aucune sanction, aucune critique, aucune pression. Par contre, la petite infirmière qui refuse de se faire vacciner contre le Covid, elle, on peut l’éclater. On peut se le permettre. On peut même lui reprocher son refus et lui montrer qu’en Afrique et dans certaines régions pauvres, les gens meurent du Covid et aimeraient qu’on leur fournisse ces vaccins anti-Covid qu’elle se permet de refuser.

 

D’un cĂ´tĂ©, on a le cynisme d’un laboratoire qui nous parle de « marchĂ© Â», donc de profit, et qui privilĂ©gie sa stratĂ©gie commerciale afin de se « positionner Â» sur d’autres marchĂ©s plus porteurs. Tandis que des millions de personnes pourraient bĂ©nĂ©ficier, dans les rĂ©gions pauvres ou moins pauvres des vaccins anti-Covid que ce laboratoire puissant ( Sanofi) a mis autant de temps Ă  fabriquer. En supposant qu’il y est vĂ©ritablement parvenu. Car qui va aller vĂ©rifier que Sanofi a vraiment menĂ© Ă  terme la fabrication de ce vaccin anti-Covid ?!

D’un autre cĂ´tĂ©, on  a des personnes presque pauvres en ce sens qu’elles ont très peu de moyen de pression ou de contre-pouvoir contre leurs employeurs ou leurs gouvernements qui, du fait de leur conviction personnelle, se font emmurer car elles refusent ces vaccins anti-Covid dont elles se mĂ©fient.

 

Si ce parallèle entre le cynisme permissif d’un laboratoire comme Sanofi et l’attitude des réfractaires aux vaccins anti-Covid actuels peut apparaître déplacé et critiquable, ce que j’admets, il est un domaine où de simples expériences dans la vie courante peuvent, je crois, autoriser, une nouvelle fois, à nuancer la légitimité de cette forme de répression exercée légalement maintenant contre celles et ceux qui se refusent aux vaccins anti-Covid.

Photo prise Ă  Paris, ce lundi 4 octobre 2021.

 

De simples expériences dans la vie courante….

 

 

Depuis le début de la rédaction, hier, de cet article sur le consentement, je ne me suis pas transformé en épidémiologiste. Ni en pilote d’avion de chasse. Ni en scientifique émérite travaillant dans un laboratoire comme Sanofi. Je n’ai donc aucun bagage et aucune compétence scientifique, politique ou même économique de poids. Je suis un rien du tout comme des millions d’autres rien du tout de ce monde.

 

Ce « rien du tout Â» que je suis, facile Ă  faire taire, Ă  Ă©clater, si besoin Ă©tait, se rappelle ceci.

 

Entre le mois d’avril 2021 et ce mois d’octobre 2021, j’ai eu Ă  passer cinq tests antigĂ©niques. A chaque fois, je ne me sentais pas malade. Je n’en n’éprouvais pas le besoin. Mais j’y ai nĂ©anmoins Ă©tĂ© contraint Ă  chaque fois. Cinq fois. Deux fois, d’abord, Ă  une semaine d’intervalle parce-que je faisais partie des « cas contacts Â» au travail. Au moins deux de mes collègues, au travail, ont attrapĂ© le Covid dans mon service. Deux tests antigĂ©niques, une tige dans chaque narine, deux fois de suite. Pour quel rĂ©sultat :

 

NĂ©gatif !

 

On va m’expliquer ou il a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© expliquĂ© que l’on peut très bien ĂŞtre nĂ©gatif Ă  un test antigĂ©nique et avoir contractĂ© le Covid sans s’en ĂŞtre aperçu. Ou, aussi, qu’il y a eu et qu’il aussi des « faux nĂ©gatifs Â». Que le test antigĂ©nique n’est pas très sĂ»r. Seulement Ă  « 65% Â». Alors que le test PCR, lui, serait plus fiable. Alors, on va dire que les deux premières fois oĂą j’ai eu Ă  passer des tests antigĂ©niques alors que je me sentais bien, n’avais pas de fièvre et portais des masques anti-Covid de prĂ©vention en prĂ©sence d’un public (collègues ou autres dans un lieu fermĂ©), qu’il valait mieux s’assurer quand mĂŞme que tout allait bien.

 

Mais cela n’était pas suffisant. Première injection de Moderna le 13 septembre et, Ă  nouveau, au prĂ©alable, il faut subir un test antigĂ©nique. Car on ne sait jamais. Je me sentais mal ? J’avais de la fièvre ? Non. Nous sommes le 13 septembre 2021. La pandĂ©mie du Covid a Ă©tĂ© officialisĂ©e en France 18 mois plus tĂ´t donc on commence quand mĂŞme Ă  avoir un peu d’expĂ©rience concernant les symptĂ´mes du Covid. Et, on a Ă©tĂ© largement informĂ© de l’existence de la pandĂ©mie du Covid, mais, ce n’est pas grave : on va faire un nouveau test antigĂ©nique. RĂ©sultat ? NĂ©gatif pour la troisième fois. J’ai droit Ă  ma première injection de Moderna Ă  la suite.

Le 2 octobre, de moi-mĂŞme, je pars faire un test antigĂ©nique. Je me sens mal ? Non. Seulement, afin de me rendre Ă  un endroit donnĂ©, je sais qu’il me faut un test antigĂ©nique rĂ©cent au rĂ©sultat nĂ©gatif. RĂ©sultat ? NĂ©gatif. Il s’agit du 4 ème test antigĂ©nique que je fais. Et, pour la quatrième fois de suite, le rĂ©sultat est nĂ©gatif.

 

Il m’a semblĂ© que le rĂ©sultat d’un test antigĂ©nique Ă©tait valable 72 heures. «  A ce qu’on dit Â». Je passe le test antigĂ©nique le 2 octobre après 13h, vers 13h30, j’arrive hier ( le 4 octobre vers 10h30) pour ma seconde injection de Moderna. Et, lĂ , on m’apprend que, malgrĂ© tout, je dois refaire un nouveau test antigĂ©nique avant la seconde injection. 5ème test antigĂ©nique. Cinquième rĂ©sultat nĂ©gatif. Faux nĂ©gatif ? J’ai pu ĂŞtre contaminĂ© sans le savoir ?

 

Fin juillet, je me suis fait prescrire une sĂ©rologie Covid. RĂ©sultat : nĂ©gatif. DĂ©but septembre, je me fais Ă  nouveau prescrire une sĂ©rologie Covid. RĂ©sultat : nĂ©gatif.

 

 

Cinq tests antigéniques et deux sérologies Covid entre mars-avril de cette année et ce 4 octobre 2021, soit en 7 mois, je suis à chaque fois négatif, je porte des masques anti-Covid régulièrement. Depuis le début de la pandémie en France en Mars 2020, j’ai réduit ma vie sociale comme beaucoup de gens. J’embrasse bien moins de personnes qu’auparavant pour les convenances sociales. Mais les résultats à mes différents tests de contrôle pourraient être de faux résultats négatifs. Et puis, je pourrais être porteur du Covid sans m’en rendre compte…..

 

Pour remĂ©dier Ă  cela, il y a une solution : le vaccin anti-Covid et le pass sanitaire dĂ©sormais obligatoires…..

Un peu de Ben Hur dans un monde de brutes. Photo prise Ă  Paris, ce lundi 4 octobre 2021.

 

On peut et on le droit d’être pro-vaccin comme de se sentir protĂ©gĂ© par la vaccination anti-Covid. Mais, comment ne pas avoir le sentiment d’être baladĂ© et d’être privĂ© de certaines libertĂ©s pour des raisons injustifiĂ©es depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie du Covid après ça ?!

 

Il y a bientĂ´t deux semaines maintenant, je n’ai pas pu me rendre Ă  une exposition sur la cĂ©ramique près de l’église St Sulpice. Il fallait prĂ©senter son pass sanitaire ou un test antigĂ©nique rĂ©cent. Comme d’habitude, je portais un masque anti-Covid comme lors de toute manifestation publique. Laquelle exposition se dĂ©roulait sous des tentes Ă  l’extĂ©rieur. Comment pourrais-je me laisser convaincre que, vraiment, le pass sanitaire ou la vaccination anti-Covid Ă©tait indispensable afin de se rendre Ă  cette exposition alors que je portais un masque anti-Covid ? Alors que dans certains magasins plus frĂ©quentĂ©s, en intĂ©rieur, on peut entrer avec un simple masque anti-Covid sur le visage ?

 

 

Lorsque je relate ça, je ne suis pas dans la rumeur, la croyance ou le complot. Je parle de la vie courante. D’expériences concrètes que n’importe qui peut faire ou a pu faire depuis le début de la pandémie du Covid. Donc, même si l’on est pro-vaccin anti Covid, il me semble que l’on se doit, aussi, de voir ça. Et de comprendre que lorsque des gens, ensuite, ont des doutes ou refusent de se faire vacciner contre le Covid, que ces gens, ne sont pas si décérébrés que cela. Par moments, j’ai un peu l’impression que pour certains, se faire vacciner leur délivre comme une autorisation d’absence de pensée et d’observation. Ces personnes sont vaccinées, donc le vaccin anti-Covid injecté va penser et observer pour elles.

 

Ces vaccins anti-Covid sont, je l’espère, plus bénéfiques que néfastes, mais je ne crois pas qu’ils vont penser et regarder le monde mieux que je ne suis capable de le faire.

 

 

Mais, partons du principe, pour ma part, puisque j’ai encore quelques doutes à propos de ces vaccins anti-Covid que je n’ai donc plus que deux à trois ans à vivre, désormais.

Photo prise Ă  Paris, ce lundi 4 octobre 2021.

 

Randonnées

 

J’entends vivre au mieux lors de ces deux Ă  trois ans qu’il me resterait Ă  vivre. Puisqu’en acceptant ces vaccins anti-Covid, il semblerait que j’aie choisi de vivre petit au lieu de vivre Tapie; lequel Bernard Tapie, en dĂ©cĂ©dant Ă  78 ans, a eu la grande classe de profiter d’une espĂ©rance de vie qui pourrait ĂŞtre supĂ©rieure Ă  la mienne de plus de vingt ans !

 

Avant le jour de ma mort, j’espère que j’aurais pu me procurer une bonne paire de chaussures confortables et rĂ©sistantes. Car la mort est une randonnĂ©e très longue dont le terrain peut ĂŞtre variĂ©. Ce terrain est peut-ĂŞtre aquatique ? Toujours est-il qu’avant d’atteindre Paris St Lazare, je suis entrĂ© dans un grand magasin. Grand en ce sens qu’il s’agit de magasin de plusieurs Ă©tages oĂą l’on vend des chaussures et des vĂŞtements assez branchĂ©s, plutĂ´t pour jeunes. Le magasin Citadium , sĂ»rement bien plus frĂ©quentĂ© que la mĂ©diathèque de ma ville, et oĂą, pourtant, j’ai pu entrer facilement avec un simple masque anti-Covid sur le visage. Alors que je le rappelle, dans la petite mĂ©diathèque de ma ville d’Argenteuil, ce 4 octobre 2021 et sans doute encore pour plusieurs semaines, il faut, depuis le 9 aout, fournir un pass sanitaire ou un test antigĂ©nique ou PCR rĂ©cent au rĂ©sultat nĂ©gatif de moins de 72 heures. Cependant, mĂŞme vaccinĂ© et mĂŞme porteur d’un test antigĂ©nique rĂ©cent au rĂ©sultat nĂ©gatif, j’ai dĂ©cidĂ© la semaine dernière que je ne retournerais pas dans « ma Â» mĂ©diathèque tant qu’il y aurait ces consignes absurdes de rĂ©tention ou d’exclusion sociale plus que de prĂ©vention sanitaire. Et, cela, de manière tout Ă  fait lĂ©gale puisque le gouvernement a «  dit que Â».

 

 

 

En attendant, hier, au lieu de me rendre peut-ĂŞtre plus tard dans « ma Â» mĂ©diathèque, je suis entrĂ© dans le magasin Citadium. Car toutes ces mesures « bienveillantes Â» et prĂ©ventives contre le Covid sont aussi lĂ  pour ça. Pour nous convaincre que nous avons beaucoup de chance de pouvoir consommer. Pouvoir aller consommer dans certains endroits, c’est aujourd’hui un très grand privilège. MĂŞme si, auparavant, il y a Ă  peine deux ans,  on consommait dĂ©jĂ  comme des gorets et sans avoir Ă  demander la permission Ă  l’entrĂ©e. On passait dĂ©jĂ  Ă  la caisse tout autant. Sauf que lĂ , on peut mĂŞme se sentir soulagĂ© car, enfin, les magasins, les restaurants et autres sont Ă  nouveau ouverts. Et nous pouvons y retourner.  Durant la pandĂ©mie, les forĂŞts environnantes sont restĂ©es ouvertes. Mais il y en a de moins en moins. Et ce n’est pas cela qui nous intĂ©resse. On prend beaucoup mieux l’air et l’on se change bien mieux les idĂ©es en faisant les magasins ou en allant au restaurant. Ou en boite.

 

Malgré mes propos, j’ai bien sûr du plaisir à me rendre dans certains magasins et au restaurant.

Hier,  d’ailleurs, dans le magasin Citadium, les vendeurs, un petit peu comme l’étudiant en mĂ©decine qui m’a piquĂ©, sont sensiblement formĂ©s au relationnel avec la clientèle. C’est devenu courant dĂ©sormais, pour un vendeur ou une vendeuse, d’être aussi « friendly Â».

 

J’ai ainsi discutĂ© pendant un bon quart d’heure avec une vendeuse enthousiaste et sympathique d’un stand Ă  propos d’un article qui ne figurait pas dans ce qu’elle vendait :

Le vélo pliant de la marque Brompton.

Photo prise à Paris, fin septembre 2021. Au centre de la photo, le cycliste à casque jaune se déplace sur un vélo pliant de la marque Brompton.

 

Je me dĂ©placerai peut-ĂŞtre en Brompton quand je serai mort. Et quand je ne pourrai pas pĂ©daler, mes bonnes chaussures- que j’ai repĂ©rĂ©es mais que je n’ai pas achetĂ©es- me permettront de continuer de marcher. Je me rendrai peut-ĂŞtre dans une salle de cinĂ©ma ou dans une mĂ©diathèque.  Pas dans celle de ma ville puisque l’on continuera sans doute de rĂ©clamer le pass sanitaire un ou test antigĂ©nique rĂ©cent Ă  l’entrĂ©e.

 

Photo prise Ă  Paris, ce 1er octobre 2021. Il semble que la fresque sur le mur soit la reproduction d’une oeuvre de Tignous, un des journalistes de Charlie Hebdo, assassinĂ© avec plusieurs de ses collègues et amis en janvier 2015 lors d’un attentat terroriste islamiste. C’est un hasard si la femme qui passe en ce moment-lĂ  est vĂŞtue de cette manière. Ce n’Ă©tait pas calculĂ© de ma part. Sur la gauche, on peut apercevoir l’affiche du film ” Mourir peut attendre” le prochain James Bond qui sortira demain, ce mercredi 6 octobre 2021.

 

 

Ce mercredi 6 octobre  (demain) sortira Mourir peut attendre, le dernier James Bond avec l’acteur Daniel Craig. Un film que je compte aller voir.

Photo prise à Paris, ce lundi 4 octobre 2021, vers 8h30 du matin. La route est barrée en raison du procès des attentats du 13 novembre 2015.

 

Entre le procès des attentats du 13 novembre 2015 auquel j’aimerais me rendre ;  les articles que j’ai prĂ©vus d’écrire comme celui Ă  propos du film Retour Ă  Reims de Jean-Gabriel PĂ©riot, inspirĂ© du livre de Didier Eribon que je suis allĂ© voir hier soir  Ă  Argenteuil au cinĂ©ma Jean Gabin en prĂ©sence de Jean-Gabriel PĂ©riot ;  Ă  dix minutes Ă  pied de chez moi, près de la mĂ©diathèque de ma ville.

Au centre, le rĂ©alisateur Jean-Gabriel PĂ©riot, au cinĂ©ma Jean Gabin, Ă  Argenteuil, ce lundi 4 octobre 2021, après la projection de son film ” Retour Ă  Reims”, inspirĂ© du livre de Didier Eribon.

 

 

 

Il y a aussi des séjours que j’aimerais faire à Limoges, Berlin, en Algérie, en Guadeloupe et à la Réunion pour commencer et quelques autres projets, j’ai de quoi randonner. Pour cela, il me faudra des bonnes chaussures, un jour ou un autre. Ensuite, j’écrirai de nouveaux articles qui, je l’espère, feront aussi marcher des lectrices et des lecteurs avec plaisir. Ainsi qu’avec leur plein consentement.

Photo prise Ă  Paris, ce 1er octobre 2021.

 

Franck Unimon, ce mardi  5 octobre 2021.

 

 

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Cergy-Pontoise Corona Circus

Cergy, Soit ! Une expérience paranormale

Ecole de la Lanterne, Ă  Cergy St Christophe, ce samedi 26 septembre 2021.

                       Cergy, Soit ! Une expĂ©rience paranormale

 

La manifestation Cergy, Soit !

 

On a parfois l’impression que certaines musiques n’agissent plus sur nous. Et que c’est pareil pour certains lieux. Du temps est passé et on peut en changer comme on change de souliers.

 

La manifestation Cergy, Soit ! ne dira presque rien Ă  celles et ceux pour qui la ville de Cergy-Pontoise, en tant que ville de banlieue, c’est très loin de Paris. Mais j’ai vĂ©cu Ă  Cergy Pontoise pendant quelques annĂ©es. L’une des premières Ă©ditions de Cergy, Soit ! Ă  laquelle j’étais allĂ©, s’était passĂ©e il y a une vingtaine d’annĂ©es. Dans le parc derrière la prĂ©fecture, Ă  Cergy PrĂ©fecture. C’étaient beaucoup de spectacles gratuits. Du théâtre de rue mais aussi des acrobaties. Il y avait beaucoup de monde. Ma prof de théâtre, d’alors, VĂ©ronique, avait jouĂ© une femme enceinte avec “sa” compagnie, Théâtre en stock. Je me souviens encore de sa prestation. Ailleurs, un acrobate s’était laissĂ© glisser tĂŞte en bas depuis le haut d’une barre Ă  toute vitesse pour s’arrĂŞter Ă  ras du sol.

Cergy, Soit ! Ă©tait une nouvelle très belle initiative. Mais j’étais l’un des moins bons candidats pour m’en apercevoir. Son nom, pour commencer, m’apparaissait un peu alambiquĂ©.

 

Ensuite, frĂ©quemment aimantĂ© tel le junkie par Paris, ahuri, je ne voyais pas qu’il se trouvait Ă  Cergy-Pontoise des aventures Ă  ma portĂ©e. ( voir mon article sur le film J’ai aimĂ© vivre lĂ - un film de RĂ©gis Sauder).  Je trouvais cette ville plutĂ´t vide. FabriquĂ©e pour dormir. Mais aussi pour Ă©loigner des meilleures opportunitĂ©s qui ne pouvaient se trouver qu’Ă  Paris. J’avais quelques petites circonstances attĂ©nuantes pour croire que le meilleur se trouvait en dehors de Cergy-Pontoise :

 

Plusieurs de mes collègues n’allaient jamais ou très peu à Paris.

Mes amis habitaient Ă  Paris. MĂŞme si quelques uns, par la suite, partirent vivre en province.

 Les trains et les RER de banlieue  que je prenais avaient tous Paris pour terminus ou l’avaient pour destination. Ainsi que tous les trains et RER de banlieue que je prenais et qui me permettaient de  rentrer chez moi.

Il Ă©tait plus facile, mĂŞme si c’était un peu long, de se rendre en transports en commun Ă  Paris depuis Cergy que pour aller dans certaines villes de banlieue avoisinantes. Pour aller Ă  Pontoise, Auvers sur Oise, l’Isle Adam, Taverny, Herblay….

A moins d’avoir le permis et de conduire. Or, je n’étais pas pressĂ© de passer le permis et « d’avoir Â» une voiture.

La facultĂ© de Cergy-Pontoise, rĂ©cente, dĂ©pendait encore de l’universitĂ© de Paris X, Ă  Nanterre. Pour mon premier cours de DEUG d’Anglais LCE après mes Ă©tudes d’infirmier, je m’étais prĂ©sentĂ© Ă  la face (mais aussi Ă  la fac )  de Cergy-Pontoise, Ă  Cergy PrĂ©fecture. A une station de RER de chez mes parents chez qui j’habitais encore, Ă  Cergy St Christophe.

Devant la fac de Cergy-Pontoise, j’avais compris que les cours se déroulaient à la Fac de Nanterre et j’avais ensuite pris le train pour Nanterre Université.

 

PrĂ©dation ?

Parvis de Cery-PrĂ©fecture, ce samedi 26 septembre 2021. Au fond, derrière le dragon, la prĂ©fecture du Val d’Oise.

La première fois que j’étais allĂ© Ă  Cergy,  soit !  Je n’avais pas pris de photos. Je n’y avais mĂŞme pas pensĂ©. MĂŞme avec le meilleur appareil photo dans les mains, je n’aurais pas su voir quoi photographier. Je ne voyais pas. Je ne voyais pas parce-que mon imaginaire Ă©tait bridĂ©  par un ailleurs que j’inventais et voulais voir…ailleurs et avant celui qui se trouvait devant moi.

Dans cet ailleurs, il y avait eu une ou deux histoires d’amour impossibles. Dont une Ă  Marseille. Puis, une autre en Australie. Ensuite, sur Cergy-Pontoise, j’avais aussi très bien poursuivi ma carrière de spĂ©cialiste d’histoires d’amour Ă  la “mords-moi-le-noeud” : collectionneur de rendez-vous manquĂ©s avec une championne toute catĂ©gories de l’ambiguĂŻtĂ©,  amant finalement dĂ©laissĂ© de femme mariĂ©e et de jeune maman, courtisan Ă©mĂ©rite prĂ©cisĂ©ment de celle qui ne pouvait pas me correspondre….

Pendant plusieurs annĂ©es, j’ai su me confectionner des trajets sentimentaux encore plus venimeux que certains trajets en  transports en communs inter-banlieues qui peuvent cumuler les correspondances tirĂ©es par les cheveux. Au lieu de faire simple. Un ami, qui habitait alors Ă  Sarcelles, m’avait un jour appris cette expression qu’il avait reçue de sa mère :

 

Toi, tu n’as pas besoin d’aide pour te foutre dans la merde !

On se fout assez rĂ©gulièrement dans la merde tout seul parce-que l’on croit surtout, que, plus ce sera difficile et compliquĂ©, mieux ce sera. Que la souffrance et la difficultĂ© sont nos principaux atouts  pour nous confirmer que ce que l’on “vit” ou “obtient” est “bien”, valable et durable. Comme dans les contes de fĂ©e. Mais ce qui est surtout durable ensuite, c’est les embrouilles, les malentendus, la solitude.

Parce-que, finalement, dans ces conditions, on invente assez peu l’ailleurs.

Dans la vraie vie, on voit l’ailleurs ou on ne le voit pas. On l’entend ou on ne l’entend pas. On le prend ou on ne le prend pas.  C’est comme sur un quai, faire en sorte rĂ©gulièrement de pouvoir seulement prendre le train d’après ou celui d’après pour ensuite se mettre en retard. Alors que l’on pourrait assez facilement prendre le bon train et ĂŞtre Ă  l’heure ou en avance.

 

Train et appareil photo

J’ai eu plusieurs appareils photos compacts « grand public Â». Et, aujourd’hui, nous avons des tĂ©lĂ©phones portables qui « font Â» de très bonnes photos et avec lesquels nous pouvons mĂŞme filmer et enregistrer. C’était un peu moins le cas en 2007 quand j’ai quittĂ© Cergy-Pontoise. Mais les appareils photos et les camĂ©ras existaient dĂ©jĂ  depuis longtemps.

 

On dit qu’il faut faire pour apprendre. Mais on peut faire pendant des annĂ©es sans rien apprendre. Entre 2007 et aujourd’hui, ma technique photographique a peu Ă©voluĂ©. Si l’on me prĂŞtait un appareil photo un peu sophistiquĂ© nĂ©cessitant des rĂ©glages, j’aurais beaucoup de mal pour apprendre Ă  m’en servir correctement. Cependant, ma façon de faire des photos a changĂ©. J’aime le fait que la photo nous permette d’avoir un rapport particulier ou privilĂ©giĂ© avec l’instant, le silence, la lumière, le cadre. En prenant une photo, on « sait Â» que ce que l’on prend ne reviendra plus.

 

PrĂ©dation ? Si l’intention est seulement de se servir de l’autre ou de lui nuire, alors qu’il est vulnĂ©rable et innocent, on pourrait parler de prĂ©dation.

Mais si l’intention est de prĂ©server et de rĂ©vĂ©ler ce qui est nĂ©gligĂ© et banalisĂ© alors que c’est « beau Â», « drĂ´le Â», « insolite Â», « touchant Â»,  «  Ă©phĂ©mère Â», « vivant Â» ou « contrariant Ă  propos de notre Ă©poque », la photo peut se justifier pour des raisons morales, de mĂ©moire ou esthĂ©tiques.

 

Sur l’autoroute A15

Parvis de Cery-Préfecture, ce samedi 26 septembre 2021.

 

J’avais prĂ©vu de retourner Ă  Cergy, Soit ! Cette annĂ©e. Puis, je l’avais oubliĂ©. Jusqu’à ce que ma sĹ“ur me propose d’y aller avec nos enfants. Ce samedi 26 septembre 2021, tous les cinq, nous avons pris l’autoroute A15 dans ma voiture. Celle que j’avais dĂ©jĂ  en partant de Cergy-Pontoise. Et, nous sommes allĂ©s nous garer, près de l’Esplanade de Paris, des « douze colonnes Â» Ă  quelques minutes Ă  pied de l’école de la Lanterne oĂą se passaient plusieurs des Ă©vĂ©nements de cette après-midi.

 

L’école de la Lanterne, fermĂ©e maintenant depuis une dizaine d’annĂ©es Ă  ce que j’ai ensuite appris par une bĂ©nĂ©vole, est maintenant le « bureau Â» de l’association de la Lanterne. Une association plus portĂ©e, je crois, sur des Ă©vĂ©nements artistiques, culturels et Ă©cologiques.

 

Cependant, l’autre particularité de l’école de la Lanterne, c’est qu’elle avait été l’école primaire de ma sœur et de mon frère. Et qu’elle se trouve à deux ou trois minutes à pied du pavillon pour lequel nous avions quitté notre appartement HLM de Nanterre.

Ce samedi 26 septembre 2021 s’est donc transformĂ© pour moi en une machine Ă  remonter le temps. Ma voiture. L’autoroute A15. Ma sĹ“ur et nos enfants. Le pavillon oĂą nous avions vĂ©cu plusieurs annĂ©es avec nos parents qu’ils ne le revendent pour partir retourner vivre en Guadeloupe au dĂ©but des annĂ©es 2000. Les 12 colonnes de l’Esplanade de Paris depuis lesquelles on peut apercevoir Le quartier de La DĂ©fense et, derrière, l’Arc de Triomphe.

L’Ă©cole de la Lanterne. Une lanterne, ça Ă©claire.  Le titre The Payback de James Brown. La musique de James Brown fait partie de ces musiques que mon père m’a transmises par ses disques vinyles. Dont le titre Sex Machine dont il avait le 45 tours ou le 33 tours. Mon père dont l’anniversaire se rĂ©pète tous les 3 octobre. Un jour après moi. Lui, en Guadeloupe, Ă  Petit-Bourg. Moi, en France, Ă  Nanterre. 1944. 1968. 

 

Nostalgie ?

 

J’aurais pu le penser si certains sentiments n’avaient Ă©tĂ© que les miens. Seulement, après avoir prĂ©sentĂ© nos passes sanitaires ou test antigĂ©nique nĂ©gatif rĂ©cent,  nous Ă©tions Ă  peine entrĂ©s dans l’école de la lanterne, que nous sommes allĂ©s assister Ă  la fin d’un concours de tags. J’ai alors demandĂ© confirmation Ă  ma sĹ“ur. La musique que nous entendions Ă©tait bien du Rap amĂ©ricain des annĂ©es 90-2000. Sur notre droite, Ă  quelques mètres, un homme d’une quarantaine d’annĂ©es dansait en Ă©coutant les sons. Lesquels sons lui rappelaient vraisemblablement toute une Ă©poque. Il faisait beau. L’ambiance gĂ©nĂ©rale Ă©tait parfaitement dĂ©tendue. Il n’y avait pas trop de monde.

 

 

Des Ĺ“uvres remarquables

 

Après quelques minutes, nous avons dĂ©cidĂ© de poursuivre notre « visite Â». Je suis alors tombĂ© sur quelques Ĺ“uvres remarquables. Dont celle du collectif “TSF”. ( je ne suis pas sĂ»r de l’orthographe”)

 

 

Un petit peu plus loin, un artiste ( Sitou) terminait sa fresque. Sa particularitĂ© Ă©tait qu’il Ă©coutait le titre Payback de James Brown ! Difficile de faire plus « ancien Â» aujourd’hui ou, en France, on Ă©coute « beaucoup Â», parmi les artistes français des personnes comme Jul, Booba, Niska, Orelsan, Soolking, Damso, Soprano, Aya Nakamura, PNL,  Slimane,  et d’autres….

 

Je connais plus le nom de la plupart de ces artistes que leur discographie,  et mĂŞme si je me dĂ©sole de ne plus vraiment danser depuis quinze ou vingt ans, je peux aimer des morceaux de ces artistes sans pour autant avoir envie de bouger en les entendant.

 

Ce titre de James Brown, Payback, je le « connais Â».  Je l’avais rangĂ© derrière moi comme on peut regarder une ville ou un paysage s’éloigner dans le rĂ©troviseur de notre voiture alors que l’on roule. Et, quelques annĂ©es me sĂ©paraient dĂ©ja de Payback ce samedi 26 septembre 2021.  Mais, lĂ , parce-que mis Ă  un volume suffisamment Ă©levĂ©, Payback m’a rappelĂ© Ă  l’ordre.

Parce-que dans la voix de « James Â», il y a un appel :

 

«  Tu vas te lever. Tu vas te bouger. Tu existes. Tu vas danser. Tu vas vivre. Tu n’as pas le choix».

C’est un appel pĂ©remptoire. C’est peut-ĂŞtre aussi dans cette chanson qu’il constatait que plusieurs artistes d’alors l’imitaient sans pour autant lui verser les royalties qu’ils lui devaient. Et qu’il leur intimait : «  Virez ma voix de vos disques ! Â». J’avais lu un article Ă   ce sujet il y a plusieurs annĂ©es. Je vivais peut-ĂŞtre encore Ă  Cergy-Pontoise lors de la lecture de cet article. 

 

Sur son Ă©chafaudage, Ă  deux ou trois mètres au dessus de nous, tout en terminant sa fresque, l’artiste Sitou, lui,  par moments, dansait en Ă©coutant The  Payback. Et, de mon cĂ´tĂ©, j’ai senti qu’à ce moment-lĂ , seule la musique comptait.

Pour voir d’autres photos relatives  Ă  cette manifestationPhotos Cergy, Soit ! Samedi 26 septembre 2021

 

Franck Unimon, dimanche 3 octobre 2021.