Posts made in mai, 2020

Avec ou sans masques

»Posted by on Mai 26, 2020 in Corona Circus | 0 comments

Avec ou sans masques

 

                                                             Avec ou sans masques.

 

 

 

Le déconfinement a donc bien eu lieu le 12 Mai. Cela fait déjà deux semaines. A première vue, notre monde n’a pas changé. Nous avons toujours deux bras et deux jambes. Nous nous déplaçons toujours de la même manière en gardant les mêmes symptômes qu’auparavant : nous habitons ensemble des couloirs et des histoires différentes en boitant. Parfois en gagnant. D’autres fois en perdant. Mais, toujours, en respirant. Et lorsque nous jouissons ou éjaculons, notre respiration part faire une ou plusieurs boucles avant de se rappeler de nous et, comme le marteau de Thor  ou la « planche » du Surfer d’Argent, de nous revenir.  Car ça aussi, ça n’a pas changé. En principe.

 

Nous avons eu peur. Nous avons encore peur d’une certaine manière puisque nous sommes nombreux maintenant à porter des masques. Mais, dans l’ensemble, une fois de plus, nous avons survécu. Ça, aussi, ça n’a pas changé. Sauf qu’une bonne partie d’entre nous sont devenus des fantômes masqués. Car les masques sont arrivés et nous les plaçons devant notre nez et notre bouche. Certaines personnes rajoutent des lunettes ou des protections plastifiées devant tout le visage. Nous ne savons plus ce que ça fait que de respirer à visage découvert dans la rue, dans des commerces, des transports ou au travail en présence de nos collègues à proximité.

 

Il y a les masques jetables et réutilisables. Ceux achetés dans les supermarchés, d’autres commerces ou dans les pharmacies ou en ligne. Ceux offerts par la mairie de notre ville, notre employeur, la SNCF ou la RATP.

 

Il y a des résistants au masque. Et des résistants à la distance sociale.  Ce qui démontre bien que nous sommes toujours la même espèce humaine :

 

Il faut toujours qu’il y en ait un ou plusieurs qui se singularisent. Peu importe de savoir qui a tort ou raison. Mais nous sommes quand même beaucoup plus nombreux aujourd’hui à porter des masques dans les rues, dans les transports, dans les commerces et au travail qu’il y a trois mois.

 

Il y a trois mois, notre gouvernement considérait comme inutile d’en porter. Il y a trois mois, nous étions un grand nombre d’ignorants concernant le mode de propagation du virus. Nous avons aussi pété plus haut que notre nez et sans doute été d’un certain mépris pour ce qui se pratique à l’étranger, en Asie en particulier, depuis des années :

 

Porter un masque dans un monde pollué, dans un monde infecté.

 

Aujourd’hui, dans les transports en commun ainsi qu’au travail, le port du masque est devenu obligatoire. Soit nous avons appris de l’étranger. Soit nous appliquons les règles et la loi qui nous ont été indiquées par le gouvernement et les chiffres. Les chiffres des malades et des morts, inconnus ou familiers : amis, voisins, proches, collègues.

 

En France, il y a trois mois, nous aurions sûrement porté des masques plus vite. Sauf qu’il y a trois mois, en France comme dans d’autres pays, il y avait très peu de masques à disposition pour la population, professionnels de la santé inclus. Et les masques FFP2, parmi ceux protégeant le mieux  (parmi les masques jetables) coûtaient au moins 3,99 euros l’unité (voir l’article Coronavirus ). Sachant que la durée de vie de ce masque est d’environ quatre heures, il aurait fallu être plutôt riche pour s’en fournir pour une durée de deux à trois mois.

 

A nouveau, ce n’est pas nouveau, les riches s’en sortent le mieux. Ainsi que celles et ceux qui distribuent, calculent, anticipent et décident des chiffres qui sont souvent les mêmes personnes.

 

Bientôt, nous allons nous faire avoir par tout un tas d’impôts, de conditions et de vie et de travail de plus en plus répressives au profit de la minorité des riches, des dirigeants et de notre gouvernement et cela va se passer comme d’habitude car nous sommes toujours dans le même monde qu’avant l’épidémie. C’est ce que nous croyons pour la plupart d’entre nous. Même s’il y aura des contestations sociales qui s’opposeront à la distanciation sociale imposée pendant l’épidémie.

 Mais nous croyons que ça va se passer comme d’habitude parce-que nous sommes cramponnés à notre monde. Nous y sommes entraînés même s’il nous en fait voir. Nous sommes installés en lui autant qu’il est installé nous. Lui et nous avons fusionné jusqu’à un certain point. Un point assez pathologique. Mais nous nous en rendons moyennement compte, et pas longtemps, puisque tout le monde fait pareil. Et on ne peut pas vivre tout seul ni se battre- et gagner- contre le plus grand nombre. En plus, l’ennemi, est invisible, multicartes et quasiment interchangeable. Prénom, genre, préférence sexuelle,  taille,  âge, couleur de peau, adresse postale, niveau d’études, nombre d’enfants, profession, religion, régime alimentaire, appartenance politique, langues parlées et écrites, chemise, veste, pantalon, jupe, couche-culotte pampers, legging, maillot de bain, soutien-gorge,  il peut ruisseler de l’un à l’autre avec facilité. Il finira toujours par nous avoir.  

 

Pourtant croire et penser que tout reste exactement et toujours à l’identique reviendrait à dire que depuis vingt, trente ou quarante ans, tous les jours, nous portons toujours la même tenue léopard, nous mangeons toujours les mêmes carottes, le même couscous, les mêmes donbrés, matin, midi et soir ; que nous écoutons toujours le même titre de musique ; que nous portons encore le même vêtement de la même couleur ;  que nous adressons les mêmes mots aux mêmes visages que nous avons devant nous ; que nous vivons toujours au même endroit et que nous sommes toujours dans la même position corporelle au millimètre près; que nous avons toujours les mêmes voisins….

Cela reviendrait à dire qu’en 1989, le mur de Berlin est resté intact. Ou que dans la série Game of Thrones le Mur reste immuable. Ce qui signifierait que pour le mur de Berlin, on est soit ignorant de ce qui s’est passé dans les faits et que pour Game of Thrones, on n’ait pas vu la série dans son intégralité ou que l’on n’en n’ait jamais entendu parler. C’est possible. Il est possible que des gens n’aient jamais entendu parler de la chute du Mur de Berlin comme de la série Game of Thrones. Il y a bien des événements de par le monde, et même dans notre vie personnelle, qui nous ont marqués et qui sont passés totalement inaperçus ou ont été considérés, volontairement ou involontairement, comme insignifiants par beaucoup d’autres. C’est une bonne partie de notre vie et cela peut être très dur à accepter comme à digérer. D’où l’explication de la présence de la haine et de la rancune sur terre sans doute entre les êtres humains.

 

Mais je crois que nous pensons que notre monde n’a pas changé depuis l’épidémie par habitude. Ou parce-que nous voudrions qu’il se transforme comme dans les contes de fées. Du jour au lendemain et pour le meilleur, pendant notre sommeil, pendant que l’on regarde ailleurs ou que l’on est en train de faire ses courses afin de changer de carottes, de voisins ou de collègues. 

 

Aujourd’hui, celles et ceux qui ont un regard sont avantagés dans notre monde de masques jetables et réutilisables. Celles et ceux qui portent un masque. Et celles et ceux qui les regardent. J’ai l’impression que l’on se regarde un peu plus, les uns et les autres, dehors. Il y a bien sûr de la méfiance. Mais il y a aussi une certaine attention qui avait pratiquement disparu au profit de tous ces écrans qui sont devenus nos nouvelles frontières entre nous et les autres. Des frontières aux serrures de plus en plus sophistiquées qui deviendront peut-être plus difficiles à ouvrir que ces frontières physiques pour lesquelles des migrants meurent à l’extérieur de notre pays et dans « nos » mers.

 

Quand nos masques tomberont, une fois l’épidémie passée, et que nous les rangerons et les oublierons (même si je crois qu’ils reviendront), nos yeux redeviendront des linceuls et des impasses pour les autres:

 

Celles et ceux qui nous sont inconnus et que nous ignorons par habitude.

 

La pandémie a simplifié nos agendas. Elle a aussi, malheureusement, tué, rendu malade, mis en colère et poussé au chômage. Elle a aussi permis le crime (violences conjugales, maltraitance sur enfants). Des délits (trafics de drogues, vols et trafics de masques et de matériel médical et paramédical…). Des enrichissements en bourse pour les plus riches. Des stratégies politiques. Mais elle a aussi permis à celles et ceux qui en avaient le souhait, celles et ceux qui étaient déjà en train de le faire…de changer. De façon de vivre. De façon de penser.

 

Assiette de la fête de l’Aïd que nous a offert un de nos voisins, ce matin.

 

Par exemple, en France, on a pu faire toute une histoire concernant le port du voile « musulman ». Or, actuellement, depuis l’épidémie, nous sommes nombreux, avec nos masques, à ressembler à des musulmans. Même celles et ceux qui ont eu et ont des points de vue antimusulmans.

 

La culture du masque, en cas de risque de pollution ou d’épidémie, n’est pas française. C’est parce-que la culture française, comme d’autres cultures, a su incorporer, assimiler et adopter le Savoir, les connaissances et les expériences d’autres cultures qu’elle a pu s’en sortir, perdurer…et devenir une grande culture. Ce qui implique pour la culture française et  d’autres cultures si « importantes », y compris scientifiques, de par le monde, de Savoir reconnaître ce qu’elle Doit à d’autres cultures et, avant cela, d’Apprendre à les Connaître.

 

 

 

Mais si la culture française- ou toute autre culture « triomphante »- continue de préférer ses chiffres, ses pendentifs, ses médailles et ses vitrines aux personnes qui l’animent, la guident, la soignent, l’entretiennent, la lavent, la convoient et la nettoient jour après jour elle finira victime de ses latrines, de ses blessures et de ses guerres, un jour ou l’autre, avec ou sans ses masques.

 

Franck Unimon, mardi 26 mai 2020.

 

 

 

 

 

read more

Coronavirus Circus 2ème Panorama 15 avril-18 Mai 2020 par Franck Unimon

»Posted by on Mai 19, 2020 in Corona Circus | 0 comments

Coronavirus Circus 2ème Panorama 15 avril- 18 Mai 2020.

read more

Sankara n’est pas mort

»Posted by on Mai 15, 2020 in Cinéma | 0 comments

Sankara n’est pas mort

 

 

 

                   Sankara n’est pas mort : Au Pays des Hommes intègres

 

                    Réalisé en 2019 par Lucie Viver. Musique : Rodolphe Burger.

                    Langues parlées   : Français, Moré, Dioula. 

                     Film Disponible en VOD sur la plateforme  25 ème Heure

                     Distribué par Meteore-Films

                     Agence de Presse : Makna Presse/ Chloé Lorenzi

 

D’un point de vue occidental, j’ai l’impression que chaque fois que l’on parle de l’Afrique, qu’en fait, on parle d’un pays. Comme si l’Afrique était une fresque saccadée et fragile, qui, pour se tenir et s’ériger, nécessitait le cours et les contours de tous ses fleuves, de tous ses mirages et de tous ses peuples. Et qu’elle héritait constamment de sillons- en partie coloniaux- la séparant de ses aimants. Un destin qui peut ressembler à celui de toute minorité disparue ou menacée de finir dans une décharge un jour ou l’autre que ce soit en Asie, en Amazonie ou en Europe. Car une minorité qui ne se fond pas dans la masse ou dans la forêt ombilicale de la majorité est généralement considérée comme usagée. Sauf que l’Afrique est beaucoup trop grande, trop peuplée et trop ancienne, pour être uniquement un bout de terrain même si elle sert souvent de parking et d’antres-peaux à certains entrepreneurs, à certaines castes familiales et politiques d’Afrique et d’ailleurs.

 

Pendant ce temps, en occident, en Asie ou ailleurs, certaines Nations se démarquent sans qu’on leur colle la même exigence d’unité que l’on impose à l’Afrique. Nous l’avons vu récemment avec la pandémie du Covid-19 : On nous a parlé de l’Allemagne,   des Pays-Bas, la Chine, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Russie, la Corée du Sud, Taïwan, l’Italie, l’Espagne…. et de l’Afrique qui était à nouveau appelée à souffrir- un peu comme si l’Afrique était de la même taille qu’Haïti- car trop peu structurée.

 

L’Afrique est peut-être le continent dont on parle le plus sans le connaître, en occident. Sans même prendre la peine de présenter ses excuses pour notre ignorance la concernant. Lorsqu’on parle d’elle. Elle est cette gigantesque silhouette dans l’arrière champ d’un film. Celle qui fait le ménage ou est un mauvais exemple, dont on retient à peine le nom et dont on oublie la fiche de paie.

 

Lorsqu’on parle de l’Afrique, en occident, le plus souvent, c’est pour nous parler d’un vertige bloqué. D’un continent qui dégringole. Et qui dégringole sans cesse. Rimbaud a écrit Le Bateau ivre. C’est toujours un modèle. Depuis l’occident, avec nos yeux d’occidentaux standardisés,  on pourrait presque surnommer l’Afrique, le continent ivre. Et ce n’est pas pour la citer en exemple. Car nous avons alors les yeux de celle ou celui qui quitte le sol et voit déjà double rien qu’en fixant le fond de son verre et cela avant même de commencer à boire ce qu’il contient.

 

Je suis un occidental. Je suis né comme ça. Je répète seulement à ma façon ce que l’auteur noir américain Richard Wright (mort à Paris en 1960) avait pu dire il y a un demi-siècle siècle ou davantage.

Thomas Sankara connaissait sans aucun doute des auteurs comme Richard Wright, une référence occidentale. Par contre, en occident, nous connaissons moins bien les auteurs africains.

 

Je ne connais rien à l’Afrique. Je n’y suis jamais allé. Personne, dans ma famille, n’y est jamais allé. Plusieurs de mes ancêtres, il y a longtemps, ont été forcés d’en partir. C’est tout. On ne sait même pas exactement qui ils sont. Ni d’où ils venaient précisément dans l’Afrique des siècles passés. A quels peuples ils appartenaient. Moi, je suis né en île-de-France.

 

L’Afrique actuelle compte un peu plus de trente pays. Je viens de l’apprendre en comptant sur une carte. Il me semble que l’Europe actuelle compte moins de pays que l’Afrique. Mais je n’ai pas compté.

Le Burkina Faso ou Burkina, l’ancienne Haute Volta, fait partie de l’Afrique de l’Ouest.   

Autour du Burkina Faso ( 20 millions d’habitants), situé en Afrique de l’Ouest, on trouve le Mali, le Niger, le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Certains de ces pays, avant l’époque coloniale et aussi pendant l’époque de l’esclavage ont été de grands royaumes africains tant par la force militaire, économique que culturelle. Leurs frontières étaient aussi différentes.

 

Le Burkina n’a pas d’accès direct à la mer.

 

Thomas Sankara, Président d’orientation marxiste, a appelé l’ancienne Haute Volta, le Burkina Faso:

«  Le Pays des hommes intègres ».

 

C’était en 1984. Après le Putsch Militaire qui l’a amené à devenir le Président du pays. Jusqu’en 1987 où il aurait été assassiné par le capitaine Blaise Compaoré, un de ses anciens alliés, qui a ensuite dirigé le pays jusqu’en 2014 où l’insurrection populaire l’a vidé du Pouvoir. Aujourd’hui, Blaise Campaoré vivrait en Côte d’Ivoire ( le journal Le Monde diplomatique, Mai 2020, article de Rémi Carayol, Les milices prolifèrent au Burkina Faso).

 

Le Burkina a été un pays où des « groupes communautaires et des religions y coexistaient de manière pacifique :

Mossis, Bobos, Dioulas, Peuls, Gourmantchés, Sénoufos, Bissas, Touaregs etc….Selon le recensement de 2006, le pays compte 60,5% de musulmans, 19% de catholiques, 15,3% d’animistes et 4,2% de protestants. Les mariages mixtes y sont nombreux ; les familles, multiconfessionnelles » (article de l’envoyé spécial Rémi Carayol, dans le journal Le Monde diplomatique de Mai 2020, article Les milices prolifèrent au Burkina Faso, page 12).

 

Actuellement, les Peuls sont accusés d’être proches des djihadistes.  Certains Peuls ont été « massacrés » par certaines confréries  (dont les dozos ou donsos) de chasseurs traditionnels. Depuis des siècles, les dozos «  assurent la protection des villageois, régulent la pratique de la chasse pour préserver la faune et pratiquent la médecine traditionnelle ».  Mais des Peuls ont aussi été tués par « les gardiens de la brousse » ou Koglweogo  (dans la langue des Mossis) après qu’un chef de village Mossi ait été assassiné par des djihadistes.  Les milices des Koglweogo sont apparues dans «  les années 90 » et se « sont multipliées après la chute de M.Compaoré » ( article Les milices prolifèrent au Burkina Faso dans Le Monde diplomatique, Mai 2020).

 

 

A l’époque de Thomas Sankara, le climat inter-ethnique était sûrement plus apaisé au Burkina. Et puis, Sankara était un meneur charismatique. Je me rappelle de lui en tenue militaire. Et d’un article où il expliquait qu’il dormait peu et s’imposait une discipline assez stricte en terme d’exercice physique. Ce qui lui donnait les yeux rouges. Et, il anticipait le fait que certaines personnes allaient en déduire qu’il se droguait. Si sa figure de combattant « puriste » pourrait, pour un occidental, spontanément faire penser à une sorte de Che Guévara “africain”, il faut peut-être plus lui trouver de points communs avec Patrice Lumumba du Congo-Kinshasa, assassiné en 1961 avec la complicité de Mobutu, son ancien allié, devenu ensuite dirigeant du pays rebaptisé Zaïre de 1965 à 1997. Le Zaïre, pays où eut lieu, en 1974, le match de boxe Historique entre les deux noirs américains, Georges Foreman et Muhammad Ali, héros de millions de gens. 

 

“Loin” de tout ça, le film-reportage Thomas Sankara n’est pas mort de Lucie Viver ( son premier film), débute par des images nous montrant l’usine Ideale où l’on conditionne de l’eau minérale dans des sacs en plastique. Ces sacs sont destinés à la vente. De ces sacs en plastique remplis d’eau, nous passons à  quelques images de rue lors du renversement du gouvernement de Blaise Campaoré.

Un homme explique que le « règne interminable » de Blaise Campaoré a assez duré :

 

«  Il a été le Président de mon papa. Il ne peut pas être le Président de mes enfants ! ».

 

 

Puis, nous suivrons l’écrivain-poète Bikontine à travers le pays. Lequel espère «  se sortir de son chancèlement » au cours de ce voyage qu’il accomplit en grande partie à pied :

 

Beregadougou, Bobo-Dioulasso, Bagassi, Pompoï, Zamo, Ouagadougou et Kaya sont les étapes de ce voyage assorties chacune d’un titre. « L’illusion d’une vie meilleure » ; «  sans jamais y croire » ; «  c’est le même monde » ; «  je veux changer »…..

Bikontine, au premier plan.

Bikontine avait 5 ans en 1987, lors de la mort de Sankara. Avec Bikontine, nous découvrons un pays encore paisible (c’est en tout cas que nous montre Thomas Sankara n’est pas mort) où le souvenir de Sankara est resté vivace alors que certains des chantiers qu’il avait lancés sont quelque peu moribonds :

 

«  Depuis que Sankara est parti, on a eu un faux-départ ».

 

La monnaie semble être le compas d’un ancien temps. Un stylo peut coûter 3000 francs. Et l’instruction de qualité est peut-être encore plus chère. Pourtant, les personnes que l’on croise avec Bikontine semblent tenir le choc devant la caméra malgré des conditions d’existence qui pourraient donner le hoquet. Une institutrice enseigne en Français à sa classe (de près de cent élèves) la signification des couleurs du drapeau Burkinabé :

 

« Rouge pour le sang versé par nos grands-pères contre les Blancs ; Jaune pour la couleur de l’étoile qui guide vers un Burkina où il fait bon vivre ; Vert, pour le pays agricole qu’est le Burkina ».

 

Plus loin, Bikontine, devant des travailleurs dans une plantation de canne à sucre, parle de « l’écume des ouvriers au milieu du soleil ».

 

Une femme-taxi explique que Sankara considérait la femme comme l’égale de l’homme et qu’il impliquait tout le monde. «  La femme, c’est la lumière du monde ». Pourtant, la contraception des femmes conserve un statut fragile. Une jeune femme souhaite se faire retirer son stérilet qu’elle porte depuis un an et quatre mois car il en a été décidé ainsi avec son mari et, celle-ci affirme à la professionnelle de santé qui la reçoit :

« Il ne va rien arriver ».

 

Avec un jeune qui a arrêté l’école avant ses 18 ans pour trouver du travail, Bikontine parle de Camara Laye, Césaire et Senghor. Ailleurs, il fait l’expérience de descendre sous terre, à la corde, sur le campement installé par des chercheurs d’or qui se disent qu’ils ont peut-être leurs chances vers les 40 mètres de profondeur. L’installation est plutôt artisanale.

 

Vers la fin de Thomas Sankara n’est pas mort, nous atteignons le bout de l’unique voie ferrée du pays qui date de l’époque de Sankara et dont la construction a été abandonnée. Bikontine s’est inspiré du sillon de cette voie ferrée pour son trajet à travers le Burkina.

La voie ferrée se délabre. Un arbre a poussé au milieu des rails et ce n’est pas un arbre à palabres. L’enfant isolé que rencontre Bikontine dans la nuit, près du feu qu’il a fait, lui répond n’avoir jamais vu le train. L’enfant refuse de suivre Bikontine car il a « peur d’aller loin ».

 

Un peu plus tôt, Bikontine s’est demandé si un poète peut « apporter quelque chose à sa société » et « si cela sert à quelque chose d’écrire des textes que personne ne va lire »…

 

 

Franck Unimon, vendredi 15 Mai 2020.

 

 

 

 

 

 

 

read more

The Charmer

»Posted by on Mai 13, 2020 in Cinéma | 0 comments

The Charmer

 

                                       The  Charmer : Esmaïl, homme de fois.

 

Esmaïl est iranien. Il vit au Danemark depuis deux ans. Il n’a rien à voir avec Milo et Kurt le con qui « vivaient » dans le monde de la drogue de Pusher III, l’Ange de la mort. ( Pusher III : Journée de merde pour papa-poule ). 

Esmaïl, c’est un ange des corps. Un verre de vin à la main, toujours dans le même bar, il sait plaire aux Danoises. Il sait parler. Il s’exprime bien en Danois. Il a de l’humour. Et, sexuellement, il fait salle comble. Moitié talentueux Mr Ripley/ moitié Esmaïl, c’est l’homme araignée mais sans sa toile et sans sixième sens. Une fois séduites, une à une, ses conquêtes se détachent. On regarde donc Esmaïl tirer son coup puis avoir du mal à joindre les deux bouts. On l’envie d’abord puis on le plaint.

 

Avec The Charmer, j’ai appris qu’il existait une diaspora iranienne en Suède et au Danemark. Cela semble quasi-culturel. Avec Esmaïl, on est aussi un peu dans le surnaturel car s’il est bien éduqué,  on ignore qui il est véritablement. Et lui, ignore qu’il existe une diaspora iranienne au Danemark. Il se croyait le seul. C’est vrai qu’il est un peu unique en son genre.

 

Car pour cette diaspora iranienne, bien plus aisée que lui, le souvenir de l’Iran est un musée sacré dont Esmaïl a peut-être plus entendu parler que connu. Il se retrouve donc exilé au royaume du Danemark parmi ses conquêtes mais aussi parmi d’autres Iraniens, eux-mêmes exilés au Danemark et accrochés à leur communauté où Esmaïl est un étranger.

Car ils n’ont pas les mêmes rêves. Et, de l’homme araignée sans toile véritable, Esmaïl devient de plus en plus sirène. Tellement sirène que si ce film nous entraîne, il entraîne aussi Esmaïl dans une vie différente de la sienne. Ce qui se tient :

Les grands séducteurs sont aussi ceux qui savent se convaincre eux-mêmes.

 

Reste à convaincre les autres que le rêve dairnois d’Esmaïl sera encore là au moment du réveil et qu’il pourra le tenir par la taille. The Charmer est l’histoire d’un homme travailleur, intelligent et charmant plutôt doué pour les relations comme pour fae des rencontres mais qui reste le seul à croire à un rêve auquel les autres ne croient pas. C’est peut-être aussi un film sur la foi, finalement. Esmaïl n’est pas fait de la même foi que les autres.

 

 

Franck Unimon, mercredi 13 Mai 2020

read more

Images

»Posted by on Mai 12, 2020 in Corona Circus | 0 comments

Images

 

 

Images

Je me suis couché un peu tard cette nuit. Après deux heures du matin. Ce matin, dans mon lit, je me le suis très vite reproché. J’aimerais faire tellement. Reprendre la lecture de tel livre commencée il y a plus de deux mois avant que la pandémie du Covid-19 ne colonise une grande partie de nos pensées et de nos émotions. Continuer de faire le tri dans des magazines que j’ai depuis 2017 et même avant. Faire mes étirements. Aller acheter des fruits et des légumes. Passer voir mon vélo pour vérifier si la roue arrière est restée gonflée depuis la dernière fois afin de pouvoir reprendre mon vélo, rassuré, ce soir, pour me rendre à mon travail. Ce qui nécessitera plus d’une heure de vélo à l’aller.

 

Ma compagne et notre fille étaient parties lorsque je me suis levé environ trente minutes plus tard. J’ai commencé par mes étirements. A jeun. Comme ça, j’étais sûr de les faire.

 

Hier soir, je me suis couché tard parce-que je suis resté regarder des images de combats. Le combat Georges Foreman/ Muhammad Ali dont j’avais entendu parler, enfant, et sur lequel j’avais lu et aussi vu un très bon documentaire, When we were kings.

J’ai aussi lu le résumé de la biographie de l’acteur Donnie Yen que j’avais découvert dans Hero peut-être. Et que je redécouvre dans des extraits de Ip-Man. Bruce Lee, Scott Adkins, Jacky Chan, Jet Li, Van Damme, Chuck Norris, Tony Jaa, Amy Johnston, quelques combats de MMA…. J’ai regardé ou revu des extraits de leurs films. Ainsi que des démonstrations de Self-Défense.

 

J’ai aussi regardé des extraits d’interviews d’anciens membres du GIGN, mais aussi de Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série que j’avais interviewé deux fois, qui m’avait particulièrement déniaisé concernant les tueurs en série, et qu’un article du Monde de ce 21 avril soupçonne d’être un affabulateur.

 

A ces images de combats et de mort, j’avais préféré des images d’humoristes au cours de la journée ou un ou deux jours plus tôt : Mustafa El Atrassi, Bill Burr, Bun Hay Mean, Haroun, Louis C.K. Il faut bien se détendre avant un combat ou entre deux combats. Même si l’on y participe uniquement en tant que… spectateur.

 

Je n’ai pas la carrière de combattant ou d’humoriste qu’idéalement, je souhaiterais, aurais souhaité ou ai pu souhaiter avoir. Pour arriver au niveau de ces humoristes, combattants et ex- intervenants du GIGN, et des autres que je n’ai pas cités, il faut généralement commencer tôt, souvent avant ses 10 ans, cumuler des heures et des heures et des années d’entraînement, donner de sa personne, et, à ce que je comprends, cumuler des expériences dans diverses disciplines, complémentaires ou opposées. Ce qui suppose une extrême persévérance ou une certaine détermination ( d’autres parleront d’engagement) ainsi qu’une marge d’erreurs.

 

Des erreurs, j’en ai faites et je continue d’en faire. Hier, en aidant ma fille à faire ses devoirs, je lui ai affirmé :

 

« Les erreurs, ça sert à apprendre ! ». Ma fille avait refait la même erreur que quelques heures plus tôt avec exactement la même opération et les mêmes chiffres. Une erreur de retenue dans son addition. Je croyais qu’elle avait bien mémorisé d’autant qu’elle s’implique dans ses devoirs. Mais, non, la distraction, l’insouciance et un trop grand sentiment de facilité sans doute l’avaient bernée.

 

J’aurais peut-être pu ou dû ajouter :

«  Les erreurs, ça sert à apprendre ! A condition de savoir ou de pouvoir s’en rendre compte ».

 

Evidemment, un enfant, un novice, un débutant ou un innocent a du mal à s’apercevoir de ses erreurs. Comme pour trouver la solution. C’est donc aux personnes qui les entourent et qui en sont responsables de, autant que possible, les éduquer,  les sensibiliser et de les préserver de certaines déconvenues.

 

Je ne suis pas toujours persuadé, en tant qu’adulte et en tant que père, de toujours être le bon exemple pour ma fille. Tant mieux pour eux si certains parents sont convaincus, lorsqu’ils se regardent, d’être ou d’avoir été les meilleurs parents de l’univers. Mais, hier, alors que nous déjeunions ensemble et que ma fille me parlait, je l’écoutais tout en voguant dans ma tente psychique.

Ma fille était et est dans l’instant présent comme tous les enfants. Moi, j’étais dans un de ces moments où ma conscience  chemine, entre le passé, le présent et le futur. On dira que j’étais dans la contemplation. Ou dans l’extrapolation : ma fille me parlait et tandis que je l’écoutais à la surface, en profondeur, j’étais ailleurs. Il y a d’autres moments où c’est elle qui est ailleurs alors que nous lui parlons, ma compagne et moi. Et il est plein d’autres fois où celles et ceux à qui l’on cherche à s’adresser sont ailleurs.  Il y a aussi d’autres fois où nous portons notre attention sur les autres véritablement mais où, ceux-ci, ne nous voient pas et restent ensuite persuadés d’être sans valeur. C’est l’Histoire des êtres humains. Nous avons beau avoir des agendas, beaucoup de bonnes intentions théoriques et pleins d’inventions technologiques, lorsque ce moteur que nous avons tous à l’intérieur nous pousse vers cet ailleurs, il est difficile de savoir quand nous nous rencontrons vraiment.

 

Heureusement, en partageant l’intimité d’une personne ou avec la répétition des rencontres, mathématiquement, il arrive des moments où nous sommes bien disposés en même temps. Où nous sommes en phase, comme on dit. Ceci pour dire que, finalement, dans l’Histoire des relations humaines, sans doute sommes nous en permanence comme la terre, le soleil et la lune. Nous nous tournons autour. Un certain nombre de fois, tout est bien aligné. D’autres fois, comme nous vivons dans le même périmètre physique et géographique, c’est la collision, l’illusion ( nous croyons être proches les uns des autres mais, en fait, des milliers de kilomètres nous séparent) ou l’ignorance.

 

Depuis, j’ai oublié de quoi je voulais précisément parler. Etre ailleurs, ou vouloir être ailleurs, ça, j’ai commencé avant mes dix ans. Comme tout le monde, je pense. Et, de ce côté-là, j’ai continué l’entraînement comme tout le monde, aussi, je pense.

Evidemment, en regardant cette nuit ces images de combat, j’ai sans doute essayé de voir si j’y étais ou si je pouvais y être. Ce qui est impossible, ne serait-ce que physiquement. C’est bien à ça que nous servent les images. A faire l’expérience cérébrale, émotionnelle, voire physique d’un événement que l’on ne peut pas vivre directement, physiquement, dans l’instant présent. On le vivra peut-être un jour. On l’a peut-être pleinement vécu dans le passé. Mais lorsqu’on le regarde, on ne le vit pas totalement. Les images que nous regardons et qui nous captivent sont peut-être souvent des étoiles mortes que, nous, les vivants, nous regardons afin de pouvoir nous guider….

 

 

J’avais prévu de parler du don. Du don de soi. Je sais que la pandémie du Covid-19 a fait de nous, «officiellement », les soignants, des « héros » avec d’autres professions :

 

les cytokines, les pompiers, les éboueurs, les caissiers, les enseignants ( oui, je mets les enseignants dedans car le travail à distance effectué par les enseignants, même s’il a été limité par les moyens de certains parents et par la technologie elle-même, est pour moi une très grande force d’engagement ), travailleurs sociaux, policiers etc….

 

Dans la vie courante, « normale » et ne serait-ce qu’avec notre administration ( je pense ici au service de la Direction de notre employeur) on verra ce  qu’il restera du crédit que l’on porte aux héros. Mais, en attendant, j’ai bien compris qu’il ne suffit pas de donner de soi aveuglement pour recevoir une quelconque reconnaissance et compensation. Non. Cela ne suffit pas. En étant même un peu provocateur, je crois qu’il faut donner moins pour recevoir plus. Car, lorsque l’on donne trop, sans compter, on encourage forcément quelqu’un, à un moment ou à un autre, à se reposer sur nous tandis que l’on s’épuise. Et, au final, on termine K.O.

C’est ce qui est arrivé à Georges Foreman à Kinshasa en 1974 face à Muhammad Ali, un de mes héros d’enfance.

De Georges Foreman, avant le match, on louait la force physique hors norme. Muhammad Ali partait perdant selon certains pronostics. En regardant et en (re)découvrant le match, cette nuit, je me suis demandé comment tous ces experts avaient pu ignorer à ce point certaines évidences :

Georges Foreman était beaucoup plus limité techniquement que Muhammad Ali. Sa gamme de coups. Ses déplacements étaient monolithiques. Ali esquivait beaucoup mieux, était plus mobile. Ali était plus rapide sur ses appuis et sur ses directs. Il a touché Foreman au visage très vite. La plupart des coups qu’il porte à Foreman sont situés au visage. Signe qu’il n’avait pas peur. Signe de sa détermination. Il est allé à l’essentiel. Là où il savait pouvoir faire le plus mal à Foreman. Le mettre en colère, lui faire perdre la raison. Le désaxer mentalement. Muhammad Ali avait aussi pour lui la ruse, la stratégie. 

En outre, Muhammad Ali a donné à Foreman ce qu’il a voulu lui donner. Et Foreman a foncé sans réfléchir. Il a donné de sa personne comme il le pouvait en se faisant manipuler par Ali : Foreman a réagi comme Ali le souhaitait. Ali était pourtant connu. Foreman avait trop d’assurance. Il a boxé sans sa tête. Il s’est vidé tout seul de sa puissance et de sa résistance. Et Muhammad Ali l’a mis K.O vers la fin du 8ème round.

D’après les images, Ali s’attendait à ce que le match dure plus longtemps même si Foreman, depuis un ou deux rounds, glissait de plus en plus.

Ce match de boxe montre la différence qui existe entre un boxeur stratégique et un boxeur exécutant. Et sans doute aussi entre un boxeur qui a débuté assez tôt et incorporé une gestuelle ou une grammaire technique et un autre qui devait principalement ses victoires à sa force physique hors norme.

 

 

Nous, les spectateurs du quotidien, qui sortons peu à peu du confinement, j’espère que nous serons plus des Muhammad Ali que des Georges Foreman. Même si Muhammad Ali a aussi fait de sacrées erreurs dans sa vie (concernant Malcolm X ou Joe Frazier par exemple) et que Georges Foreman, par ailleurs, est une personne de valeur.

 

Franck Unimon, ce mardi 12 Mai 2020. 

 

read more