Catégories
Cinéma

Selfie

AprĂšs Marche avec les loups   Selfie, donc. Plusieurs milliers d’annĂ©es d’évolution- et de massacres- afin de pouvoir continuer Ă  nous consacrer avec de plus en plus de moyens Ă  nos plus grandes idoles:

 

Notre image et nos Ă©motions.

 

Il y avait plus de monde dans la salle de cinĂ©ma, Ă  la  sĂ©ance de 9 heures du matin, pour venir voir Selfie que Marche avec les loups.

Nous Ă©tions Ă  peu prĂšs quatre ou cinq pour Marche avec les loups dont un homme avec des bottes en caoutchouc. Et prĂšs d’une vingtaine ou plus, la veille Ă  la mĂȘme heure, pour Selfie.

 

Les deux Ɠuvres sorties le 15 janvier 2020 ont des attraits diffĂ©rents. D’un cĂŽtĂ©, avec Selfie, nous avons une comĂ©die avec des personnalitĂ©s que l’on aime bien ou que l’on dĂ©couvre : Voir Blanche Gardin dans la bande annonce m’a tout de suite donnĂ© envie d’aller voir ce film. Mais le film a d’autres cartes Ă  jouer avec Elza Zylberstein, Maxence Tual, Max Boublil, Manu Payet, Fanny Sidney (dĂ©couverte dans la sĂ©rie Dix pour cent), EstĂ©ban, Finnegan Oldfield, Haroun, Sam Karmann, Marc Fraize  et d’autres qui me reprocheront peut-ĂȘtre – mais j’espĂšre qu’ils arriveront Ă  me le pardonner- de les « oublier Â» dans cette liste.

D’un autre cĂŽtĂ©, dans Marche avec les loups, nous avons un film documentaire rĂ©alisĂ© par Jean-Michel Bertrand, la soixantaine, pas sexy, peu connu,  sauf par quelques loups,  des Ă©cologistes, des adeptes des documentaires animaliers, dont son prĂ©cĂ©dent, ou par les quelques unes et quelques uns qui ont envie de le tirer comme un pigeon. On aurait mis comme titre Mike Horn part se battre avec des loups ou Rocky avec les Loups, cela aurait sĂ»rement plus donnĂ© envie de venir. Mais, lĂ , une marche avec des loups alors que l’industrie des trottinettes Ă©lectriques, des vĂ©los pliables et des engins motorisĂ©s personnels est en pleine croissance
 Bien des spectateurs ont sans doute prĂ©fĂ©rĂ© Ă©viter cette aventure mĂȘme si, Ă  mon avis, le film Selfie et le documentaire de Jean-Michel Bertrand ont bien des points communs.

 

Pour le dire trĂšs grossiĂšrement : les loups dont Jean-Michel Bertrand veut croiser le regard, au moins regardent-ils vraiment ce qui les environnent. Et ils sont aussi de moins implacables prĂ©dateurs que celles et ceux que nous engraissons et au devant desquels nous allons souvent volontairement en consommant. Peut-ĂȘtre parce-que consommer en tout genre- et payer pour cela- nous permet d’obtenir en Ă©change un Savoir magique et une protection. Et comme les effets de ce Savoir et de cette protection ne durent pas, il nous faut consommer/acheter Ă  nouveau ces Ă©lĂ©ments qui semblent nous permettre de les obtenir ou de nous en rapprocher. Ce besoin de Savoir et de protection et, aussi, de conquĂȘte, remonte bien chez l’ĂȘtre humain Ă  l’époque des loups. A l’époque oĂč l’ĂȘtre humain a dĂ» apprendre Ă  vivre et Ă  survivre sur le territoire des loups ou d’un autre prĂ©dateur en chair et en os. Aujourd’hui, il existe par exemple des prĂ©dateurs numĂ©riques, Ă©conomiques et industriels bien plus coriaces. Le documentaire de Jean-Michel Bertrand nous le dit dans une forme et un langage peut-ĂȘtre anciens qui ne parlent dĂ©jĂ  plus Ă  beaucoup d’entre nous. Mais la comĂ©die Selfie nous le dit aussi d’une autre façon ainsi qu’avec une plus grande cruautĂ© qu’on minimise comme Ă  chaque fois que l’on rit et que l’on est capable de rire d’une tragĂ©die. Parce-que tant que l’on peut rire, on a l’impression de garder encore un peu le contrĂŽle sur ce qui nous Ă©chappe. Alors qu’il nous est tout de suite impossible de rire lorsque l’on rencontre un loup et d’ajouter :

 

«C’est bon, je contrĂŽle Â».

 

 

Ajoutons Ă  cela, presque au milieu de ces deux sĂ©ances de cinĂ©ma 
la mort de Kobe Bryant. Du basketteur amĂ©ricain Kobe Bryant que, bien-sĂ»r, tout le monde « connaĂźt Â», dans l’accident de cet hĂ©licoptĂšre qu’il pilotait Ă  premiĂšre vue.

Cette mort,  alors que Kobe Bryant Ă©tait ĂągĂ© de 40 ans et accompagnĂ© de sa fille de 13 ans,  a connu et connaĂźt un trĂšs grand « retentissement Â» mĂ©diatique. MĂȘme le PrĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump, plus « vertueux Â» pour la haine et les tweets belliqueux Ă  tout propos s’en est « Ă©mu Â».

 

Comme beaucoup de monde s’est dĂ©jĂ  exprimĂ© Ă  propos de votre mort, Monsieur Kobe Bryant, j’aimerais, Ă  mon tour, m’exprimer :

Mourir Ă  quarante ans, au dĂ©part, c’est trĂšs moche. Surtout aujourd’hui oĂč l’on peut vivre jusqu’à 70 ou 80 ans si l’on sait Ă©viter les selfies qui nous font le coup du lapin. A condition bien-sĂ»r d’avoir la santĂ© et une retraite dĂ©cente afin d’éviter de devoir aller pointer Ă  l’ArmĂ©e du Salut ou de devoir partir pour aller faire la manche dans la rue oĂč Ă   la sortie des magasins. Et, vous, Monsieur Kobe, aprĂšs nous avoir tant fait rĂȘver sur un parquet de basket, vous aviez tout ce qu’il fallait pour continuer d’avoir une vie de rĂȘve. Une vie que nous aurions Ă©tĂ© nombreux Ă  souhaiter avoir et que nous aurions consciencieusement peut-ĂȘtre fait connaĂźtre moyennant quelques selfies ou vidĂ©os sur Youtube ou les rĂ©seaux sociaux Ă  la façon de tant d’autres cĂ©lĂ©britĂ©s et personnalitĂ©s que vous avez sĂ»rement rencontrĂ©es et inspirĂ©es.

 

 Mais, je souhaiterais que vous reveniez dunker au moins une fois pour nous refaire la dĂ©monstration suivante et mettre tout le monde d’accord sur un point :

 

Vous ĂȘtes mort trop vite et c’est trĂšs triste. Et je ne pense pas Ă  votre fille de 13 ans dont la mort est tout aussi triste. D’abord, je pense Ă  ces autres passagers qui sont morts avec vous et dont personne, apparemment, n’a rien Ă  faire. Pour votre fille et vous, j’ai vu l’image d’une jolie fresque gĂ©ante et souriante qui honore dĂ©ja votre souvenir en attendant d’autres nombreux tĂ©moignages de « notre Â» trĂšs grande affection pour vous. On peut s’attendre Ă  ce que des pĂ©lĂ©rinages  aient lieu Ă  certains endroits oĂč seront disposĂ©s des Ă©lĂ©ments de votre mĂ©moire.

Par contre, en dehors de votre fille, pour celles et ceux qui Ă©taient dans l’hĂ©licoptĂšre avec vous, rien ! Leur fait le plus mĂ©morable sera de s’ĂȘtre Ă©crasĂ©s avec vous mais on ne retiendra ni leur nom, ni leur visage, ni leur Ăąge et ni leur histoire. Parce-que nous sommes comme ça, Monsieur Kobe Bryant, vous le savez bien.  On vous retiendra vous et votre fille. En cela, nous respecterons fidĂšlement, sans doute, ce que vous avez toujours voulu. Marquer l’Histoire.

 

 

Ensuite, malheureusement, vous n’ĂȘtes ni le premier ni le dernier ĂȘtre humain  Ă  mourir bĂȘtement en dehors de votre domaine de prĂ©dilection oĂč vous Ă©tiez un demi-dieu. Tel grand champion d’escalade Ă  mains nues est ainsi mort en tombant dans les escaliers. Tel autre trĂšs grand alpiniste s’est tuĂ© lors d’une ascension « facile Â». Les exemples sont nombreux. Vous pourrez en discuter avec ces personnes ainsi qu’avec quelques anonymes qui ont connu la mĂȘme fin entre deux ou trois dunks que vous saurez, j’en suis sĂ»r, faire admirer dans l’au-delĂ .

Dans Selfie, rĂ©alisĂ© par cinq rĂ©alisateurs, le couple parental jouĂ© par Blanche Gardin et Maxence Tual est un corps perdu dans la recherche du nombre de vues. Il y a du Marina FoĂŻs dans le personnage de Blanche Gardin. Je pense Ă  la Marina FoĂŻs du Le Grand Bain de Gilles Lellouche. Et au cĂŽtĂ© « limite Â» de leur jeu : elles peuvent toutes les deux dire et commettre des horreurs avec dĂ©licatesse, humour et innocence. Cela rappelle un peu le jeu de Marie Trintignant. Et l’affection que l’on peut avoir pour ces trois femmes et actrices.

Face à Blanche Gardin, Maxence Tual est extraordinaire dans sa version 3.0 du raté lambda qui se croit artiste du réel. Et leurs trois mÎmes font partie du gros lot de Selfie.

Cinq rĂ©alisateurs et autant de scĂ©naristes, ça donne un film Ă  sketches autour des rĂ©seaux sociaux et de l’omniprĂ©sence du numĂ©rique et de la technologie qui se sont substituĂ©s Ă  notre pensĂ©e, nos connaissances et Ă  nos intuitions. Les rĂ©seaux sociaux et les nouvelles technologies sont devenues les expĂ©riences ultimes. Celles pour lesquelles on est prĂȘt Ă  tout afin d’entrer dans leurs cases et critĂšres. Pour en utiliser les pouvoirs et les Savoir magiques.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les nazis utilisaient de la pervitine pour ĂȘtre performants malgrĂ© le fait que les rats testĂ©s en laboratoire avec ce produit finissaient par se ronger les pattes ( article de Sorj Chalandon Ă  propos du documentaire Hitler, blitzkrieg et drogues de Jason Sklaver ( Etats-Unis) dans Le Canard EnchaĂźnĂ© de ce mercredi 29 janvier). Dans Selfie, on bouffe de façon illimitĂ©e des rĂ©seaux sociaux et des nouvelles technologies jusqu’à en ronger tout notre environnement personnel et mental.

«  Je dĂ©sire qui, putain ?! Â» finit par se demander Manu Payet qui s’en remet Ă  l’algorithme qui lui fait rĂ©guliĂšrement des suggestions d’achat personnalisĂ©es.

 

 

Dans selfie , le reste et les autres ne comptent plus vraiment. Ils font partie du décor.

«  Les gens, c’est pas important Â». «  19 millions de vues, c’est plus Qu’intouchables Â».

 

Le film a ses chutes de tension. Vers la fin, ça ressemble aussi Ă  l’agitation de rats dans un laboratoire. Mais entre-temps, on aura vu du monde tirer un portrait juste- mĂȘme dans ses caricatures- et trĂšs drĂŽle de notre Ă©poque. Bien-sĂ»r, il y a une bonne quantitĂ© « de scĂšnes et de rĂ©pliques potentiellement cultes Â»

 

Selfie n’est pas un chef d’Ɠuvre mais je crois que face Ă  lui,  il existera trois grosses catĂ©gories de personnes :

 

Celles et ceux qui regretteront d’avoir Ă©tĂ© absents de son casting. Celles et ceux qui l’ont vu. Et celles et ceux qui ne l’ont pas (encore) vu.

 

MĂȘme si je ne crois pas qu’il fera plus d’entrĂ©es Qu’intouchables.

 

Franck Unimon, ce vendredi 31 janvier 2020.

 

 

 

 

 

 

Catégories
Cinéma Ecologie

Marche avec les loups

Photo issue du site allociné comme les suivantes.

Pour cause de Selfie hier ( film rĂ©alisĂ© par Thomas Bidegain et Marc Fitoussi), ce matin, je suis allĂ© voir le documentaire Marche avec les loups de et avec Jean-Michel Bertrand. Avant qu’il disparaisse sans doute rapidement des Ă©crans.

 

Afin d’avoir le droit d’obtenir ma place dans une salle de cinĂ©ma et voir marcher Jean-Michel Bertrand dans les Alpes et le Jura,  j’ai d’abord dĂ» accepter d’entrer dans les transports en commun parisiens bondĂ©s aux heures de pointe.

Il y a plusieurs annĂ©es, quelqu’un m’avait rĂ©sumĂ© de cette façon une « soirĂ©e qui craint Â» :

« C’est une soirĂ©e oĂč tu payes dix balles l’entrĂ©e, oĂč il n’ y a pas de meuf et oĂč tu sais qu’à un moment donnĂ©, quelqu’un va s’embrouiller avec un autre Â».

 

Ce matin, il n y a pas eu de torsion de vocabulaire ou d’action circulaire dans le train Bombardier. Mais il y a eu une promiscuitĂ© intermittente avec une certaine haleine testamentaire ou avec un abcĂšs dentaire. Je n’ai pas cherchĂ© Ă  en savoir plus.

En pleine inquiĂ©tude Ă  propos de la Chine qui, en plus d’ĂȘtre de plus en prĂ©sentĂ©e comme une menace fantĂŽme et visible d’un point de vue Ă©conomique et identitaire, nous « envoie Â» maintenant sa grippe mortuaire, il a fallu refaire connaissance avec la persistance. 

 

Au dĂ©but de son documentaire rĂ©alisĂ© en 2018, Jean-Michel Bertrand nous apprend ĂȘtre parti marcher dans les Alpes « pendant trois ans et avec une seule obsession : croiser le regard des loups». On le suit donc dans les Alpes et le Jura, plutĂŽt en hiver,  jusqu’à moins dix neuf degrĂ©s. Son voyage ressemble au chemin de Compostelle vers la vie sauvage. MĂȘme si Jean-Michel Bertrand nous le dit :

 

«  La frontiĂšre entre le sauvage et ce qui ne l’est pas est illusoire Â». Il est vrai que dans une soirĂ©e qui « craint Â» ou dans des transports en commun dĂ©goulinant de monde, vouloir s’asseoir peut revenir Ă  prendre le risque de s’exposer Ă  un coup de rasoir. Mais on est trĂšs loin de tout ça dans le documentaire de Jean-Michel Bertrand. Alchimie de l’homme du « passĂ© Â» et de l’homme  «connectĂ© Â» avec son matĂ©riel de campeur de pointe,  ses camĂ©ras automatiques et son tĂ©lĂ©phone portable qui lui transmet des images et des vidĂ©os en temps rĂ©el, Il nous guide dans un monde oubliĂ© parce-que nous l’avons fui et abandonnĂ© pour le profit total de la modernitĂ©. Et aussi parce-que nous sommes originaires d’autres cultures du monde.

 

 

 

Lorsque l’on regarde Jean-Michel Bertrand, on se dit que l’électricitĂ© rime aussi avec l’obscuritĂ©  d’un certain nombre de nos activitĂ©s qui nous semblent si importantes. Alors que si l’on prenait vraiment le temps de faire le tri, on s’apercevrait que bien avant l’invention du GPS, d’internet et de nos applications mobiles, nous nous Ă©tions dĂ©jĂ  perdus. La comĂ©die Selfie  parle de ça d’une autre façon.

Jean-Michel Bertrand nous dit aussi :

 

« La force du loup, c’est le groupe Â». On retrouve ça chez bien des groupes humains hostiles comme amicaux. Pourtant, on dit aussi que nous vivons de plus en plus dans une sociĂ©tĂ© individualiste oĂč c’est « chacun pour soi Â». Et, lors de mon trajet de quelques minutes dans mon train bondĂ© de ce matin pour rejoindre Paris,  puis dans le mĂ©tro, seules les personnes qui se connaissaient dĂ©jĂ  sont restĂ©es ensemble. Toutes les autres, la majoritĂ©, ont juste composĂ© les unes avec les autres comme elles le pouvaient, le temps du trajet, sans se rencontrer. Avant de rencontrer celles et ceux avec lesquels elles sont prĂ©sumĂ©es ĂȘtre ensemble au travail, Ă  la maison, dans un commerce ou dans une administration.  

 

Et c’est comme ça tous les jours depuis des annĂ©es. On peut ĂȘtre hyper-connectĂ© mais sans se calculer. Sauf pour s’insulter, s’épier ou pour se menacer.

 

 

Marche avec les loups, c’est le contraire de ça. MĂȘme si Jean-Michel Bertrand est le seul humain que l’on voit au premier plan. Il nous donne son avis sur cette haine pour le loup qui provient selon lui de croyances mĂ©diĂ©vales. Il nous parle du loup mais je me dis que d’autres dĂ©fendent les requins et les ours comme lui, dĂ©fend le loup. Et, bien-sĂ»r, j’ai repensĂ© au livre de Nastassja Martin, Croire aux fauves . Ainsi qu’au film The Ride de StĂ©phanie Gillard. Ce sont des Ɠuvres-frontiĂšres entre le passĂ© et le prĂ©sent. Entre l’inhumain et l’humain. Entre l’innommable et l’inhumĂ©. 

Jean-Michel Bertrand cite Robert Hainard, un Ă©cologiste oubliĂ© qui, devant la destruction de la nature, a pu dire ou Ă©crire :

« On me tue mon infini Â».

 

On peut voir ce documentaire de Jean-Michel Bertrand comme seulement fait de trĂšs belles images de la nature, de loups et d’autres animaux. On peut le voir comme un Into the Wild dĂ©cafĂ©inĂ© et monastique. Comme un manifeste pro-loup, ce qui a beaucoup dĂ©plu Ă  certaines personnes qui ont voulu empĂȘcher sa sortie. ( Je crois que Jean-Michel Bertrand a aussi reçu des menaces de mort).

 

Mais on peut aussi voir Marche avec les loups comme une Ɠuvre qui s’escrime Ă  nous faire percevoir l’infini. Ce qui est quand mĂȘme beaucoup mieux que d’attendre de retrouver le quai , dans un train ou dans un mĂ©tro bondĂ©, alors que celui-ci est arrĂȘtĂ© sur la voie ferrĂ©e plutĂŽt que sur la voie lactĂ©e.  

 

Franck Unimon, mardi 28 janvier 2020. 

Catégories
Argenteuil Cinéma

Les Cinglés du cinéma à Argenteuil

A Argenteuil, dans certains endroits, on entend et on voit rĂ©guliĂšrement une voiture de police. C’est ma fille qui me l’a fait remarquer tout Ă  l’heure. ça me rappelle un ami parti vivre depuis Ă  PondichĂ©ry qui, lorsqu’il habitait encore Sarcelles ( dans une citĂ© HLM), m’avait dit un jour :

“A Sarcelles, on entend tous les jours la sirĂšne d’une voiture de police !”. 

 On pourrait trĂšs facilement comptabiliser au  millimĂštre et Ă  la microseconde prĂšs toutes ces incivilitĂ©s et ces nuisances qui gĂȘnent ou inquiĂštent. Jouir du dĂ©sastre que l’on observe en permanence au microscope a ses avantages :

Cela donne un trĂšs fort sentiment d’invincibilitĂ© et de supĂ©rioritĂ©. On se sent trĂšs au dessus du lot. Si tout Ă©tait parfait, on se sentirait dĂ©soeuvrĂ© et inutile. Et on dĂ©primerait rapidement. Alors que lĂ , on a plusieurs combats Ă  mener afin de sauver et critiquer tout le monde qui nous entoure. MĂȘme si celui-ci, bien-sĂ»r, ne nous mĂ©rite pas.  

Mais laissons Ă  d’autres ce genre de pensĂ©e. Pendant que la police et d’autres services ( au moins sociaux et sanitaires) opĂšrent dans la ville d’Argenteuil (et d’ailleurs) celle-ci reste Ă  vivre. Prenons le temps de faire une pause. Ce week-end,  la foire internationale Les CinglĂ©s du cinĂ©ma se dĂ©roule Ă  nouveau Ă  Argenteuil. Le cinĂ©ma japonais est le thĂšme de cette 32 Ăšme Ă©dition. Nous y avons passĂ© trop peu de temps pour dĂ©tailler l’Ă©vĂ©nement. Mais assez pour prendre quelques photos. L’ambiance y Ă©tait dĂ©tendue et on n’y a entendu aucun bruit de sirĂšne de police. BientĂŽt, aura Ă  nouveau lieu au mĂȘme endroit, toujours Ă  Argenteuil, dans la salle des fĂȘtes Jean Vilar, Le Salon du livre et des lecteurs. Pour y ĂȘtre Ă©galement dĂ©ja allĂ© plusieurs fois, je crois que lĂ  aussi, on n’y entendra pas de sirĂšne de voiture de police. Sauf si c’est prĂ©vu dans l’animation de l’Ă©vĂ©nement.

 

Franck Unimon, ce samedi  25 janvier 2020. 

 

 

Catégories
Echos Statiques

CratĂšres de lacunes

 

 

En Rap, j’ai des cratĂšres de lacunes. Je vois et j’entends parler de diffĂ©rentes cultures de Rap : elles sont si nombreuses qu’elles semblent venir d’une carriĂšre mystĂ©rieuse. Bien-sĂ»r, c’est tout simplement parce-que je ne suis pas Ă  la page. Je devais faire mes courses chez Picard ou lire la notice de la machine Ă  laver pendant toutes ces annĂ©es oĂč ces dĂ©clinaisons du Rap se sont dĂ©veloppĂ©es.  Et puis, il y a des tempĂ©raments.

 

Il y a le Rap conscient. Hardcore. Et celui de la rĂ©clame. Il y a le Rap domestiquĂ© par les maisons de disques.  Celui oĂč le mĂ©cano d’une crame hypnotique et funĂ©raire prend les neurones des autres pour les prochaines Ă©tapes de sa chaine de vĂ©lo.  Le Rap oĂč l’on crĂąne et oĂč, sans fin, on se retape les fesses et la carrosserie comme si on Ă©tait dispensĂ© de la moindre obligation sanitaire.

 

Multiple, rĂ©cidiviste et mutant, le Rap est comme l’existant. Antidote aux cellules de formol dans lequel sont capturĂ©es bien des bouches et des prĂ©sences privĂ©es, plusieurs fois par jour, de parole, d’électricitĂ© et d’oxygĂšne, le Rap est le genre musical le plus Ă©coutĂ© en France depuis des annĂ©es. Ne pas l’écouter, ne pas l’avoir Ă©coutĂ©, ne serait-ce qu’un tout petit peu, mĂȘme en se cachant en sachet, c’est ĂȘtre marginal, retraitĂ© ou congelĂ©.

 

Il y a quelques jours, Ă©couter et voir des clips de Rap m’a remontĂ©. Et, encore plus rĂ©cemment, en quittant certains amis, je me suis dit que je vivais un  certain dĂ©doublement de personnalitĂ© car il m’était impossible de les imaginer Ă©coutant ou dansant sur du Rap. Pourtant, j’écoute assez peu de Rap.

 

Pourtant, le Rap est l’équivalent du Blues. Du Maloya et du Gro-Ka.  Le cousin de la techno. Il bouscule le Rock. Doit quelque chose au Funk, au Reggae, au Jazz et peut-ĂȘtre mĂȘme au Gospel pour certaines tĂȘtes. Il est un dĂ©dale en furie et une musique  dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e pour certains  hĂ©misphĂšres cĂ©rĂ©braux. Avec le sexe, la mort, la drogue, la folie, le fanatisme, la faim, l’amour, le dĂ©sespoir, la pauvretĂ©, le nuclĂ©aire et le napalm, il n’y a peut-ĂȘtre pas d’expĂ©rience plus extrĂȘme et plus personnelle que la musique qui est un Ă©chantillon de tout cela et qui, en quelques mesures, nous en fait le rappel. De ce que nous sommes sur terre, de nos combines pour continuer, de ce qui nous arrĂȘte, nous pousse et nous conditionne.

 

Ce qui fait du bien Ă  notre corps en mercure sera du cyanure pour celle ou celui d’à cĂŽtĂ©. Iconoclaste ou icĂŽnes de clash, le Rap permet le grand Ă©cart. Mais contrairement Ă  la musique classique, la grĂące n’est pas ce qui est recherchĂ©e en premier.  On entendra peut-ĂȘtre un jour une rappeuse ou un rappeur dĂ©rouler des entrechats avec une voix et une diction de kora.  La grĂące, c’est ce que l’on voit en premier chez celles et ceux qui sont au sommet et qui pourraient aussi tomber car ils n’auront pas su bien se dĂ©fendre. Et, le Rap, c’est le moment de la revanche plutĂŽt que de la dĂ©faite. Une revanche, c’est toujours bon Ă  prendre. Je ne connais personne qui affirme :

« Moi, surtout, ce que j’adore avant tout dans la vie, c’est perdre ! Â».

 

Le Rap peut ĂȘtre le voisin, le collĂšgue, le conjoint, l’ami, l’enfant  ou la police, qui, rĂ©guliĂšrement, vient vous interrompre au plus mauvais moment pour vous.  Et vous allez devoir vous y remettre. RĂ©installer les syllabes. DigĂ©rer le souffle en six balles. Parcourir des sĂ©ries de typhon l’horizon. Garder sa constance entre quatre sons.

« Papa, t’étais oĂč ?! Â». Au turbin, mon enfant. J’ai essayĂ© de fuguer. De refuser la tapine. J’ai obtenu quelques victoires mĂȘme si on ne m’a jamais donnĂ© de mĂ©daille et que l’on ne me verra jamais me faire homologuer sur grand Ă©cran ou Ă  la tĂ©lĂ©. Mais j’ai attrapĂ© la routine. Quand tu me regardes, si tu me regardes, fais en sorte, si tu peux, avant que l’artĂšre de la derniĂšre thune me confisque mon dernier souffle pour un Ă©niĂšme dĂ©faut de paiement, de voir autre chose qu’un pansement en 3D et  un adulte qui a Ă©chouĂ©. Car ton regard sera ce qui restera de moi. Au fait, n’oublie jamais :

Le sanibroyeur du 2Ăšme empĂȘche de dormir au 1er et au 3Ăšme.

Rappelle-toi aussi ce qu’a pu dire Tricky, autodidacte de la musique :

 

« Seule compte l’énergie ! Â».

 

Franck Unimon

 

 

 

 

 

 

Catégories
Crédibilité

Crédibilité 3

                                                                    

 

Une gueule Ă  connaissances

Il y a deux ans et demi (en juin ou juillet 2017), dans mon hĂŽpital, j’ai  postulĂ© pour travailler dans un service rĂ©putĂ© dans le traitement des addictions.

J’ai postulĂ© trois fois. Ma derniĂšre candidature date de novembre 2018. Trois « Ă©checs Â».

 

Je me suis mal vendu au moins lors d’une de ces trois candidatures.

 

Mon CV est bon Ă  ce qui m’avait Ă©tĂ© rĂ©pondu lors de ma troisiĂšme et derniĂšre  candidature Ă  ce jour. Autrement, m’avait-il Ă©tĂ© expliquĂ©, on m’aurait dit dĂšs le dĂ©but que mon profil ne convenait pas.

 

Aujourd’hui, j’ai effectuĂ© un peu plus de dix remplacements dans ce service. Si je le peux, je compte en effectuer davantage. Pas seulement pour des raisons financiĂšres.

 

Lors de ces remplacements- oĂč je suis payĂ© en heures supplĂ©mentaires comme tout(e) infirmier(e) volontaire de mon Ă©tablissement venant combler une pĂ©nurie de personnel sur ses heures de repos ou sur ses congĂ©s- cela se passe plutĂŽt bien avec les divers collĂšgues de ce service. Ainsi que pour moi. Ni cauchemars, ni nausĂ©es.

 

Lors de ces remplacements, les Ă©chos sont bons Ă  mon sujet. C’est, aussi, ce qui m’avait Ă©tĂ© rĂ©pondu lors de ma troisiĂšme candidature il y a un peu plus d’un an.

 

 

Officiellement, ce qui me desservirait, ce serait «  mon manque d’expĂ©rience –professionnelle- dans les addictions Â». Je ne crois pas Ă  cette histoire. Mais je laisse celle qui, plusieurs fois dĂ©jĂ , me soumet Ă  cette condition, se la raconter. Je suis l’outsider. Je n’ai pas le pouvoir de la contrer.

 

Mais, historiquement, je sais que ce service oĂč j’ai postulĂ© trois fois a embauchĂ© avant moi dans le passĂ©- et dans un prĂ©sent rĂ©cent- avant moi des infirmiĂšres et des infirmiers de diffĂ©rents Ăąges qui n’avaient aucune expĂ©rience professionnelle ou mĂȘme personnelle, ou alors une petite, dans le domaine des addictions. Je le sais car je m’intĂ©ressais dĂ©ja Ă  ce service plusieurs annĂ©es avant d’y postuler. Avant mĂȘme qu’y travaille celle qui, aujourd’hui, m’explique qu’il faut impĂ©rativement une expĂ©rience dans le domaine des addictions pour pouvoir prĂ©tendre y exercer.

 

Et, je le sais aussi, parce-que j’ai discutĂ© avec plusieurs infirmiĂšres et infirmiers qui y travaillent ou y ont travaillĂ©. Le monde de la SantĂ© est aussi un petit monde pour les infirmiĂšres et infirmiers. Et, en discutant, on peut dĂ©couvrir qu’untel ou untel a travaillĂ© dans tel service. Et quel avait Ă©tĂ© son parcours professionnel voire personnel auparavant.

 

Lors de ma troisiĂšme candidature, on s’était Ă©tonnĂ© l’air de rien du fait que, depuis ma premiĂšre candidature, je n’avais fait aucune dĂ©marche afin de suivre une formation dans le domaine des addictions. J’avais alors rĂ©pondu que j’étais « volontaire Â» pour suivre des formations. « L’échange Â» s’était arrĂȘtĂ© lĂ  sur ce sujet. MĂȘme si on s’était empressĂ© de me dire que cette remarque Ă©tait sans consĂ©quence particuliĂšre, j’avais pressenti que j’avais de nouveau « fautĂ© Â» lors de cette nouvelle candidature. Je m’étais nĂ©anmoins exclamĂ© :

« Mais si vous ne m’embauchez pas, je n’aurais jamais l’expertise ! Â». Silence de mes deux interlocutrices. «  On te rappellera Ă  la fin du mois mais sache qu’il y a d’autres candidats qui ont de l’expĂ©rience dans les addictions et qui ont des projets
 Â».

 

Dans mon service, quelques mois plus tard, on me refusait finalement la possibilitĂ© de suivre un D.U en addictologie. D’une part parce-que les budgets de formation de l’hĂŽpital Ă©taient de plus en plus difficiles Ă  obtenir. Et d’autre part parce-que l’on avait appris mes intentions d’aller travailler dans ce service spĂ©cialisĂ© dans les addictions. Aussi, ma hiĂ©rarchie estimait-elle que c’était plutĂŽt Ă  ce service spĂ©cialisĂ© dans les addictions, et faisant partie du mĂȘme hĂŽpital, de me payer cette formation.

 

Selon moi, des raisons personnelles – que je ne peux pas dĂ©finir avec prĂ©cision pour l’instant- expliquent cette discrimination Ă  l’embauche que je vis depuis un peu plus de deux ans dans mon hĂŽpital lorsque je parle de ce service spĂ©cialisĂ© dans le traitement des addictions.

 

Je ne parle pas de discrimination raciale.

 

Je crois qu’il y a quelque chose dans ma personnalitĂ©, qui a dĂ©plu, a dĂ©rangĂ© ou effrayĂ© lorsque je me suis prĂ©sentĂ© pour un poste dans ce service. MĂȘme si on y recherche  Â«  des profils atypiques Â».

 

Je pense m’ĂȘtre trĂšs mal vendu au moins lors d’une de mes trois candidatures. J’ai sans doute exposĂ© trop d’assurance. J’ai sans doute dĂ©stabilisĂ© quelqu’un lors d’une ou plusieurs de mes candidatures. Il est vrai qu’avec mon expĂ©rience et mon CV, j’étais trĂšs « sĂ»r Â» de moi au moins en apparence. Or, je peux aussi ĂȘtre bon comĂ©dien. Et, lorsque l’on est bon comĂ©dien, on rĂ©ussit trĂšs bien Ă  faire passer l’apparence pour soi-mĂȘme. MĂȘme si ça peut nous desservir en dehors d’une scĂšne de thĂ©Ăątre ou du plateau de tournage d’un film. Au travail comme dans la vie. Il est ensuite plus difficile voire impossible de rattraper l’image que l’on a donnĂ©e de soi. Avec laquelle on a marquĂ© son territoire, son auditoire ou ses interlocuteurs.

 

J’ai peut-ĂȘtre Ă©tĂ© trop franc et trop direct. Ça peut faire peur. AprĂšs tout, il est bien des personnes rusĂ©es qui, en prime abord, font profil bas. ça plait, ça console, ça flatte et ça rassure car on estime que l’on pourra- au besoin- en disposer comme du bĂ©tail docile. Eduquer ou convertir cette personne. Parfois, une fois dans la place, le bĂ©tail docile du dĂ©part peut se rĂ©vĂ©ler ĂȘtre fait de braises, de rocaille. Mais c’est trop tard. On fera avec puisqu’on l’a choisi. Comme en Amour, on peut rester avec une ou un partenaire que l’on a choisi mĂȘme quand ça se passe mal. Et puis, on sait que dans chaque Ă©quipe, il y a un certain pourcentage de personnel plus ou moins instable. La gestion de personnel fait partie du travail.

 

Je pourrais aussi me dire que mon Ă©chec est un acte manquĂ© car j’étais encore trop indĂ©cis : que je me suis rendu au moins Ă  ma premiĂšre candidature avec une certaine ambivalence. Que celle-ci m’a fait « dĂ©jouer Â», m’a rendu moins attractif et fait rater mon casting. 

 

 Je suis aussi allĂ© jusqu’à me demander si, lors de mes candidatures, mes interlocuteurs et futurs cadres et collĂšgues potentiels, telles des puissances extralucides surnaturelles, avaient pu percevoir en moi un potentiel addict ou celui qui, plutĂŽt que de postuler comme infirmier, ferait peut-ĂȘtre mieux de consulter comme client ou patient.

 

Je me suis aussi demandĂ© si j’étais apte Ă  travailler dans ce genre de discipline. Je suis peut-ĂȘtre trop lisse. Trop normal. Trop dĂ©formĂ© par la psychiatrie.

On peut trĂšs bien vouloir travailler dans un service prestigieux et ne pas disposer des capacitĂ©s personnelles suffisantes. Ou ne plus ĂȘtre fait pour cela.  Je ne peux pas prĂ©tendre tout connaĂźtre de moi et, d’ailleurs, j’ai toujours affichĂ© lors de mes candidatures ma grande ignorance dans le domaine des addictions. Et je le croyais sincĂšrement. MĂȘme si c’est faux.

 

En deux ans et demi, un peu Ă  la façon des thĂšmes astrologiques,  j’ai eu le temps de laisser infuser dans ma tĂȘte le thĂšme des addictions. Les addictions sont multiples. Le plus souvent, on pense d’abord aux addictions avec substance. Alors que l’on sait que se sont dĂ©veloppĂ©es les addictions aux Ă©crans,  aux dĂ©penses en tout genre en ligne comme dans les magasins physiques que ce soit lors des pĂ©riodes des soldes comme en ce moment ou en dehors de ces pĂ©riodes, au sucre, au sexe etc
.

 

Donc, que ce soit passivement ou en tant qu’acteur et consommateur, j’ai Ă©videmment comme tout citoyen « normal Â» mes expĂ©riences personnelles en tant qu’addict. Et comme tout citoyen « normal Â» qui veut se faire bien voir, lors de ma premiĂšre candidature, j’en ai eu honte. J’ai alors affirmĂ© sans chercher Ă  comprendre que, non, moi, Franck Unimon, je n’avais pas d’addiction !

 

Mais cela est plus comique que rĂ©dhibitoire Ă  mon avis. Personnellement, ce dĂ©ni me fait sourire lorsque j’y repense.  Aussi, je ne crois pas que ce soit lĂ  que je me sois le plus mal vendu en tant que postulant.

En attendant, je considĂšre comme peu crĂ©dible et trĂšs ambivalente cette croyance ou ce principe selon lesquels, pour ĂȘtre embauchĂ©, seule me manquerait une formation en addiction.

Parce-que, par ailleurs, mon CV est « bon Â». Et, je suis un professionnel rassurant lorsque je viens effectuer des remplacements. « Cela me rassure que ce soit toi Â» m’a t’il par exemple Ă©tĂ© dit lors d’un de mes derniers remplacements. Juste aprĂšs avoir fait la dĂ©couverte suivante : « Unimon, c’est toi?!». Ce jour-lĂ , aprĂšs mes trois candidatures pour rien et ma dizaine de remplacements, j’ai fini par reconnaĂźtre :

 

« Oui, Unimon,  c’est moi ! Â».  « Je suis content de savoir que je te rassure ! Â».  Mimique pincĂ©e de mon interlocutrice qui a alors tenu Ă  m’assurer de sa sincĂ©ritĂ© ! C’était il y a deux ou trois mois.

 

Un an plus tĂŽt environ, aprĂšs ma troisiĂšme candidature, et voyant que personne ne me rappelait comme on s’y Ă©tait engagĂ©,  j’avais un moment fini par me changer en colĂšre. Puis, avec le concours de ma compagne, je m’étais raisonnĂ©. Me mettre en colĂšre n’allait rien changer. Par contre, je pouvais continuer de me former en retournant effectuer des remplacements dans ce service oĂč j’avais plaisir Ă  me rendre lorsque je le pouvais.  Cela me permettrait par ailleurs de continuer de m’assurer que je ne suis bien Ă  ma place et dans mon rĂŽle dans un service d’addiction en tant que professionnel. Et, aussi, d’étoffer mon CV.

 

Mais il fallait quand mĂȘme, Ă  un moment donnĂ©, suivre une formation dans le domaine des addictions. Pour moi. Plus que pour me plier Ă  cette obligation de formation thĂ©orique qui rassure et flatte surtout celle qui m’a servi cet argument ou ce prĂ©texte :

 

Mon parcours personnel et professionnel en tant qu’infirmier (mais aussi au moins en tant que journaliste et en tant que comĂ©dien)  dit tout le contraire de cette obligation de formation trĂšs trĂšs scolaire.

 

Initialement, je suis infirmier diplĂŽmĂ© en soins gĂ©nĂ©raux. Ce qui signifie que si l’on regarde scolairement mon diplĂŽme, on m’enverrait travailler dans un service de soins gĂ©nĂ©raux en mĂ©decine ou chirurgie. MĂȘme si, lors de nos Ă©tudes et mĂȘme aprĂšs l’obtention de notre diplĂŽme, nous comprenons trĂšs vite, en pratique, que nous avons beaucoup Ă  apprendre. Comme tout Ă©tudiant d’une Ă©cole de cinĂ©ma ou tout Ă©lĂšve de conservatoire de thĂ©Ăątre s’aperçoit trĂšs vite qu’il a peut-ĂȘtre un trĂšs beau diplĂŽme d’un institut prestigieux mais, sur le terrain, il va devoir se modeler sur son nouvel environnement professionnel, Ă  de nouveaux rĂŽles et Ă  de nouvelles situations prĂ©vus et imprĂ©vus. Et s’y frotter.

Une fois diplĂŽmĂ© en tant qu’infirmier, et aprĂšs avoir tentĂ© plusieurs fois l’expĂ©rience dans diffĂ©rents services par intĂ©rim, de nuit comme de jour, je m’étais aperçu que le milieu gĂ©nĂ©ral me bouchait l’horizon en tant qu’individu. Je me suis rappelĂ© de mes bonnes impressions lors d’un de mes stages en psychiatrie adulte. C’est comme ça que j’ai dĂ©butĂ© ma carriĂšre d’infirmier en psychiatrie adulte il y a bientĂŽt trente ans. MalgrĂ© les inquiĂ©tudes rĂ©pĂ©tĂ©es de ma mĂšre qui craignait que je devienne « fou Â» et qui m’exhortait, aussi, Ă  reprendre ma licence d’Anglais Ă  la Fac. Pour la licence d’Anglais, j’aurais dĂ» l’écouter mais j’avais Ă©tĂ© dĂ©pitĂ© par l’enseignement de l’Anglais, Ă  la Fac, oĂč l’on nous demandait beaucoup de technique, beaucoup de thĂ©orie et, aussi, beaucoup de par cƓur. J’ignorais que cela pouvait s’arranger ensuite. Et, je me sentais trĂšs bien dans le milieu de la psychiatrie adulte. Personnellement. Professionnellement. J’avais un poste attitrĂ© et je gagnais ma vie correctement en effectuant des trajets confortables pour me rendre au travail.

 

Puis est arrivĂ© le « virage Â» en pĂ©dopsychiatrie. LĂ  aussi, j’aurais pu dire, et je l’ai dit d’ailleurs, que je n’y connaissais rien en pĂ©dopsychiatrie comme en psychiatrie adulte Ă  mes dĂ©buts. Et comme pour les addictions. LĂ  aussi, mĂȘme s’il m’a fallu me former et affiner, c’était faux :

je savais des choses dans le domaine de la pĂ©dopsychiatrie comme dans le domaine de la psychiatrie adulte. Mais j’ai dĂ» apprendre d’autres enseignements. D’autres codes relationnels. Ce que j’ai fait au contact des autres. Mes collĂšgues. Les patients. J’ai aussi suivi quelques formations thĂ©oriques. J’ai Ă©galement lu par moi-mĂȘme. Je crois beaucoup au fait que certaines lectures, expĂ©riences, rencontres et dĂ©couvertes que l’on peut faire dans diffĂ©rents domaines a priori trĂšs Ă©loignĂ©s les uns des autres peuvent se recouper. Et que cela nous permet de mieux assimiler et pratiquer une discipline. Peut-ĂȘtre davantage qu’en subissant un cours thĂ©orique mĂ©canique et informe dont certains  enseignants  semblent autant subir le corps et la durĂ©e que celles et ceux qui y assistent et y participent en tant qu’Ă©lĂšves et Ă©tudiants.  

Question un peu tendancieuse :

Un « bon Â» dealer doit-il obtenir un D.U en addictologie ou un diplĂŽme d’une bonne Ă©cole de commerce  pour rĂ©ussir ? Ou apprend-t’il son mĂ©tier par transmission et par entraĂźnement au contact- rĂ©pĂ©tĂ©- d’un certain milieu et de certaines connaissances ?

La rĂ©ponse se passe, je crois, de dĂ©monstration. Mais si l’on doit parler de faire et de suivre des Ă©tudes thĂ©oriques, je suis preneur.

 

Pourvu que le menu des Ă©tudes rĂ©sulte de mon choix, J’ai un assez grand plaisir Ă  manger de la connaissance. Certaines personnes sont des « gueules Ă  cannes ( Ă  sucre) Â». Je fais partie des personnes qui- dans certains domaines- ont une gueule Ă  connaissances :

ThĂ©orique, intuitive mais aussi par le biais des rencontres, des discussions, de l’observation et de la rĂ©flexion. MĂȘme si je peux ĂȘtre trĂšs lent, aussi.

Mon problĂšme n’est pas de rechigner Ă  faire des Ă©tudes. Mon problĂšme serait plutĂŽt que j’ai encore le vif ressentiment que j’aurais pu, que j’aurais dĂ», plus jeune, et mĂȘme aujourd’hui, prĂ©tendre Ă  de plus longues Ă©tudes. Les projets d’études sont donc loin d’ĂȘtre rares dans mon esprit y compris dans d’autres univers que celui de la SantĂ©. Et, mon blog, je crois, en donne un aperçu. 

 

J’ai donc un moment envisagĂ© de payer ma formation pour obtenir ce diplĂŽme universitaire en addictologie . Je me suis dĂ©jĂ  payĂ© une autre formation il y a plusieurs annĂ©es. Pour un Brevet d’Etat d’éducateur sportif dont j’avais suivi le cursus sur mes congĂ©s personnels. MĂȘme si, Ă  ce jour, je m’en suis trĂšs peu servi, je ne l’ai jamais regrettĂ©.  L’avantage, lorsque l’on paie soi-mĂȘme sa formation, c’est que l’on ne doit rien Ă  personne. Et que l’on Ă©vite aussi toutes ces convulsions administratives qui rendent bien des dĂ©marches et bien des initiatives aussi fastidieuses que l’activitĂ© d’un transit intestinal hautement colonisĂ© et pourtant obstinĂ©ment constipĂ©.

 

PrĂšs de 2000 euros pour ce diplĂŽme universitaire en addictologie. Et, je suis moins « riche Â» qu’auparavant.

 

Une responsable Ă  la formation des ressources humaines de mon Ă©tablissement – que j’ai rencontrĂ©e Ă  la fin de l’annĂ©e derniĂšre- m’a expliquĂ© que ce serait dommage de fournir un tel effort financier. Elle m’a aussi dit qu’à son avis, la motivation importait plus qu’une formation quelconque dans le domaine des addictions pour exercer dans un service d’addictologie. Elle m’a nĂ©anmoins encouragĂ©, dĂšs que je le pouvais, Ă  profiter des formations- courtes- qui pouvaient m’ĂȘtre accordĂ©es en addictologie. J’avais dĂ©jĂ  acceptĂ© d’aller suivre la formation en addictologie de quelques jours que mon service m’avait concĂ©dĂ©. Depuis, je me suis renseignĂ© sur ces formations internes Ă  mon hĂŽpital et auxquelles je peux accĂ©der sans dĂ©bourser un sou, sauf pour le dĂ©jeuner.

 

 

Ce samedi, aprĂšs une nuit de travail, lorsque je me rends Ă  cette nouvelle « formation Â»,  j’ai dĂ©ja suivi d’autres formations courtes dans le domaine des addictions dans mon hĂŽpital. Dont une, organisĂ©e par ce service oĂč j’ai postulĂ©. Service oĂč je suis revenu effectuer un 13Ăšme remplacement, lors de la journĂ©e du 25 dĂ©cembre. AprĂšs avoir agrĂ©ablement et sobrement fĂȘtĂ© NoĂ«l en famille jusqu’à  trois heures du matin ou plus. La grĂšve des transports se poursuivant depuis le 5 dĂ©cembre afin de protester contre « la rĂ©forme Â» des retraites dĂ©cidĂ©e par le gouvernement Macron-Philippe, je m’y Ă©tais rendu Ă  vĂ©lo.

 

Ce samedi matin, je ne crois pas du tout au fait que cette nouvelle formation, pas plus que les prĂ©cĂ©dentes et les suivantes, m’ouvrira davantage les pores de ce service d’addiction oĂč j’avais postulĂ© pour la premiĂšre fois deux ans et demi plus tĂŽt.  Je suis mĂȘme devenu ambivalent envers ce service : je veux bien y retourner pour y effectuer des remplacements et continuer d’apprendre. Je crois que je serais dĂ©sormais assez embarrassĂ© si l’on m’y proposait un poste.

 

Je vais donc Ă  cette formation pour moi. Pour mon plaisir. Mon plaisir est aussi assez agressif car, mĂȘme si je recroisais ( ce qui est dĂ©ja arrivĂ© entre-temps en me rendant Ă  une autre formation) celle qui m’a affirmĂ© qu’il me manque de l’expĂ©rience et une formation dans les addictions, et que je ne peux donc pas faire partie de ce club trĂšs sĂ©lect que constitue ce service prestigieux Ă  ses yeux, je sais que je ne lui parlerai pas de ces formations- formelles et informelles- que j’ai commencĂ©es Ă  ajouter  ici et lĂ  Ă  mon tableau de chasse. Car, oui, de banal candidat Ă  un poste, dans un service, la situation rĂ©pĂ©tĂ©e, d’irrespect Ă  mon Ă©gard, a fait de moi un chasseur. Et ma proie n’est pas celle que l’on croit.

 

« Transfert et contre-transfert dans les addictions Â». Voici ma proie, ce matin-lĂ . Et, elle apparaĂźt Ă  partir de 9h30. A quelques minutes Ă  pied des nouveaux locaux oĂč mon service a emmĂ©nagĂ© cette semaine, le temps que les locaux originels de notre service  soient rĂ©novĂ©s. On estime que les travaux prendront un an. Peut-ĂȘtre plus.

 

Franck Unimon, mercredi 22 janvier 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Catégories
Ecologie Puissants Fonds/ Livres

Croire aux fauves

 

                                                      Croire aux fauves

Terminer un livre. Il n y a pas plus illusoire. Il y a l’idĂ©e d’une victoire. Alors que chaque livre devrait nous Ă©jecter de ce genre de croyance. Etre une frontiĂšre, une trajectoire. Et nous rapprocher du rĂȘve.

 

Mais nous ne rĂȘvons plus, nous dit Nastassja Martin dans son livre, Croire aux fauves. Nous laissons les atomes et les pixels de nos vies modernes rĂȘver des traces Ă  notre place.

 

A la fin de ma lecture de Croire aux fauves, il y a quelques jours, j’étais hĂ©bĂ©tĂ© :

 

J’étais incapable de me sortir -d’en parler- de ce livre de 151 pages de taille moyenne.

 

Depuis, j’ai cherchĂ© un autre mĂ©dicament, commencĂ© Ă  tourner d’autres pages sans rĂ©ussir Ă  me dĂ©cider vraiment :

 

Les Chamans ( Hier et Aujourd’hui) de Jean-Patrick Costa.

 

L’ApothĂ©ose des vaincus ( Philosophie et champ jazzistique) de Christian BĂ©thune.

 

Catherine Ringer Et les Rita Mitsouko de Stan Cuesta (avec une prĂ©face d’Alfredo Arias)

 

Ecrit sur la bouche de Claude Olievenstein

 

Deep de James Nestor

 

L’An V de la RĂ©volution algĂ©rienne de Frantz Fanon dont Abdel Raouf Dafri m’a parlĂ© lors de son interview pour son film Qu’un sang impur… qui sort demain ( Interview en apnĂ©e avec Abdel Raouf Dafri ). 

 

Mon pĂšre, ce tueur de Thierry Crouzet

 

 

Alors, je passe un peu d’un livre Ă  un autre, comme un alpiniste passerait d’une montagne Ă  une autre. Dans le Ecrit sur la bouche d’Olivenstein, publiĂ© en 1995, il y a cette phrase, page 15 : « La bouche garde le souvenir de notre passĂ© (
) Â».

Cela peut correspondre avec ce qu’écrit Nastassja Martin en 2019 dans son livre Croire aux fauves, page 113 :

 

«  Le fauve mord la mĂąchoire pour rendre la parole Â».

 

 

Dans Deep, je suis tombĂ© sur ce passage qui raconte que le Capitaine Cook avait embarquĂ© pour un de ses voyages, le chef d’une tribu «  primitive Â». Non seulement, celui-ci lui avait fait dĂ©couvrir un certain nombre de « mondes Â» (d’autres contrĂ©es)  en les lui montrant sur la carte. Mais, quel que soit l’endroit oĂč ils se trouvaient sur la mer, ce « chef Â» restait capable de situer exactement sur la carte l’endroit oĂč se trouvait son « pays Â».

Toujours dans le mĂȘme livre, James Nestor nous parle d’une autre tribu (aborigĂšne ?) qui, dans son langage quotidien, intĂ©grait en permanence les points cardinaux : nord, sud, ouest, est.

 

Si je me fie Ă  ma pensĂ©e cartĂ©sienne d’occidental parisien Ă©duquĂ©, « normal Â», bornĂ© et « responsable Â» de 2020, je dirais que ces sujets et ces livres font partie de mes envies d’exotisme du moment en pleine pĂ©riode des soldes d’hiver. Et que Nastassja Martin, anthropologue, brillante Ă©tudiante, Ă©lĂšve de Philippe Descola, formĂ©e Ă  la psychanalyse, sĂ»rement une trĂšs belle femme Ă  «  l’origine Â», trĂšs bonne alpiniste, russophone et sans doute capable de parler d’autres langues en plus du Français,  d’un ( trĂšs) bon milieu social, guidĂ©e par son arrogance et son sentiment de supĂ©rioritĂ©, s’est Ă  nouveau  aventurĂ©e sur un territoire encore sauvage, dans les montagnes du Kamtchatka ; a fait le voyage de trop en aout 2015 et est tombĂ©e sur un ours qui l’a dĂ©figurĂ©e. Elle lui a rĂ©sistĂ© et, les yeux fermĂ©s, avec son piolet, a rĂ©ussi Ă  le blesser. Autrement, il l’aurait sans doute tuĂ©e. L’ours s’est Ă©chappĂ©. Nastassja Martin est une combattante et une survivante. Elle raconte ce que cette rencontre lui a donnĂ© dans la peur et dans la douleur. Sans voyeurisme et sans exhibitionnisme.

 

Si je laisse tomber cette corde de pensĂ©e, je dirais que je suis en ce moment incapable de regarder un film et de me fixer sur un livre parce-que la poussĂ©e animiste du livre de Nastassja Martin m’épouse et me rappelle une histoire perdue qui vient de loin. Mais je ne l’ai pas encore Ă©crite :

Nous sommes surtout douĂ©s, dĂ©sormais, pour savoir nous repĂ©rer et nous rĂ©pĂ©ter dans des administrations et des magasins. Pour nous cantonner Ă  certaines de nos fonctions et  Ă  certaines actions Ă  des horaires et des pĂ©riodes paramĂ©trĂ©s. Alors que pour vivre nous devrions plus nous inspirer de nos rĂȘves que des murs qui nous regardent.

 

 

Nastassja Martin, encore, dans son Croire aux fauves, page 121 :

 

 

«  (
.) personne n’a Ă©coutĂ© Antonin Artaud qui, pourtant, avait raison. Il faut sortir de l’aliĂ©nation que produit notre civilisation. Mais la drogue, l’alcool, la mĂ©lancolie et in fine la folie et/ou la mort ne sont pas une solution, il faut trouver autre chose. C’est ce que j’ai cherchĂ© dans les forĂȘts du nord, ce que je n’ai que partiellement trouvĂ©, ce que je continue de traquer Â».

 

 

 

Franck Unimon, ce mardi 21 janvier 2020.

 

Catégories
Cinéma Interview

Interview en apnée avec Abdel Raouf Dafri

 

 

Cela faisait quelques annĂ©es que j’avais envie d’interviewer Abdel Raouf Dafri. Avant la crĂ©ation de balistiqueduquotidien.com. Depuis Un ProphĂšte ( 2009), Mesrine ( 2008), la sĂ©rie Braquo (Ă  partir de 2011)


 

Lorsque Qu’un sang impur
., son premier film en tant que rĂ©alisateur, s’est prĂ©sentĂ© en projection de presse Ă  la fin de l’annĂ©e derniĂšre, j’ai filĂ© pour aller le voir : Qu’un sang impur


J’ai eu la chance d’ĂȘtre restĂ© en contact avec Jamila Ouzahir, l’attachĂ©e de presse qui s’occupe du film. La mĂȘme que j’avais recroisĂ©e dans le mĂ©tro parisien un Ă©tĂ© il y a bientĂŽt deux ans et qui m’avait tout de suite encouragĂ© lorsque mon blog Ă©tait encore Ă  l’état d’idĂ©e. Jamila fait partie des attachĂ©es de presse que j’ai rencontrĂ©(es) du             « temps» de Brazil. Le mensuel de cinĂ©ma papier qui m’a fait entrer dans le journalisme cinĂ©ma.

 

 

A gauche de l’affiche, suspendus, certains des costumes utilisĂ©s pour le film.

Finalement, lorsqu’est venue la possibilitĂ© de le rencontrer, Ă  propos de Qu’un sang impur
,  j’ai hĂ©sitĂ©. PrĂ©parer une interview, c’est du travail. La retranscrire, aussi. Et, au milieu, on peut rater l’exercice mĂȘme si on n’en meurt pas. En plus, Abdel Raouf Dafri est le frĂšre de quelqu’un que je connais « bien Â». ( Projection de presse ) Quelqu’un qui, il y a bientĂŽt vingt ans, m’avait dit un jour :

« Son rĂȘve, c’est d’ĂȘtre scĂ©nariste
 Â».

 

Depuis la fin de parution du mensuel Brazil aprĂšs le festival de Cannes de 2011, je n’avais plus interviewĂ© de rĂ©alisateur de long mĂ©trage. AprĂšs Brazil, pendant deux Ă  trois ans, j’avais fait la dĂ©couverte du journalisme cinĂ©ma du cĂŽtĂ© des court-mĂ©trages avec le site Format Court.

Ma plus rĂ©cente interview datait de trois ou quatre ans : avec l’ami Eddy, nous avions interviewĂ© un couple d’apnĂ©istes. Lui, Ă  la photo, Ă  la camĂ©ra et au montage. Moi, au texte et Ă  la voix. 

 

Quatre jours avant cette journĂ©e presse ( ce jeudi 16 janvier 2020) oĂč allaient se dĂ©rouler les interviews Ă  propos de Qu’un sang impur
, du texte m’est venu. J’ai alors su que je pouvais rencontrer Abdel Raouf Dafri.

Cette interview est imparfaite. Je dĂ©bite mes phrases au dĂ©but et j’articule mal. Je lis un peu trop. D’un point de vue corporel, je peux mieux faire. On dirait que ma tĂȘte tient sur un ressort. 

C’est ainsi que l’on ne comprend pas au dĂ©but de l’interview que je parle du rĂ©alisateur Raoul Peck qui est sĂ»rement actuellement en train de tourner un film sur Frantz Fanon. Et, un peu plus tard, c’est bien-sĂ»r le titre Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon auquel Abdel Raouf Dafri fait rĂ©fĂ©rence. Quant au fichier vidĂ©o que je livre finalement de cette interview, son format pour le blog me satisfait moyennement. Mais c’est tout ce que j’ai pour l’instant sous la main aprĂšs plusieurs essais de conversion. 

Cependant, cette interview aura toujours ceci de particulier que c’est avec elle que j’aurai repris le trajet des interviews. 

 

ArrivĂ© avant l’heure, j’ai pu discuter avec Abdel Raouf Dafri. Nous avons parlĂ© du Japon, de certaines actualitĂ©s et bien-sĂ»r de cinĂ©ma.

Puis, en attendant mon tour pour l’interviewer, j’ai pu discuter un peu avec un correspondant du journal algĂ©rien El Watan ( Cela veut dire ” Nation” m’a-t’il Ă©tĂ© expliquĂ©). El Watan a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en 1990. On peut le trouver Ă  la vente dans les kiosques au moins de la rĂ©gion parisienne en langue française. 

Mais le mieux, bien-sĂ»r, puisque c’est le “jus” de cet article,  c’est de vous faire votre propre idĂ©e de la rencontre avec Abdel Raouf Dafri. AprĂšs l’interview, suit le lien vers le teaser du film. Qu’un sang impur…. sort au cinĂ©ma ce 22 janvier 2020. 

 

 

 

 

QUUN-SANG-IMPUR_TEASER_HD_H264_VFSTF

 

ps : Merci Ă  mon cousin Christophe ainsi qu’Ă  Michel pour leur rĂ©activitĂ© et leurs conseils “techniques”. J’ai aussi une pensĂ©e particuliĂšre pour mon ami Driss. 

Franck Unimon, jeudi 16 janvier 2020

Catégories
Echos Statiques

Sans Pardon

                                                         Sans Pardon

Seuls des parents peuvent apprendre le pardon Ă  leurs enfants pour eux-mĂȘmes et pour les autres. Et, ce faisant, ils leur Ă©vitent peut-ĂȘtre bien des prisons. C’est ce que ma fille m’a rappelĂ© tout Ă  l’heure alors que je venais de me lever. Debout plus tĂŽt ce matin afin de l’emmener Ă  l’école (cette fois-ci, en dĂ©pit  de la grĂšve et du service minimum actif dans bien des Ă©coles publiques, la maitresse de ma fille ne fait pas grĂšve A l’école de ma fille )  je pensais Ă  mes articles :

 

Je me disais que, pour l’époque, mes articles manquent de Rap, de Slam,  de thĂ©Ăątre, d’OpĂ©ra, de sport, d’images et de jeux vidĂ©os, de montages sonores et visuels, d’images de synthĂšse, de musique, de jeux de rĂŽles et aussi de rĂ©seaux sociaux numĂ©riques mais aussi humains. Et d’Ă©cologie. 

MĂȘme si le nombre de lectrices et de lecteurs augmente sur mon blog, je me dis qu’alors que j’aime rencontrer des gens, je dois ĂȘtre vraiment particuliĂšrement nĂ©vrosĂ©, plus qu’incompĂ©tent- et trĂšs  trĂšs mĂ©fiant – lorsqu’il s’agit de commettre un  « buzz Â», ou, plus simplement, de savoir partager avec d’autres certaines arcanes de mes comĂštes  mentales. Il est vrai que j’ai cette tendance depuis l’enfance : seuls certaines et certains Ă©lus ont (eu) mes faveurs pour le pire et le meilleur.

 

Lire quelques articles du site Urban Track’z  (crĂ©Ă© par Zez Shalmani) pour lequel j’écris principalement dans la rubrique 7Ăšme art m’avait dĂ©jĂ  donnĂ© Ă   apprĂ©hender certains de mes manquements sociaux. Mais, en plus, hier soir, avant de me coucher, j’ai lu plusieurs articles sur le mĂ©dia en ligne BB qui a plus Ă  voir avec le Bondy Blog  qu’avec BB King ou Brigitte Bardot.

 

Je connaissais le Bondy Blog de nom depuis des annĂ©es mais je n’avais jamais pris le temps de lire autant de ses articles. C’est en tombant hier sur la page Facebook de Jamila Ouzahir, attachĂ©e de presse,  d’un article du Bondy Blog consacrĂ© au premier film rĂ©alisĂ© par Abdel Raouf Dafri qui sortira ce 22 janvier ( Qu’un sang impur
) que cela m’a donnĂ© envie de lire plus d’articles du Bondy Blog.

 

J’ai beaucoup aimĂ© la patte de l’article de la journaliste Latifa Oulkhouir :

Dafri, tonton flingueur.

Laquelle Latifa Oulkhouir s’est avĂ©rĂ©e ĂȘtre celle qui dirige maintenant le Bondy Blog.

Car aprĂšs avoir lu son article et l’interview qu’elle a rĂ©alisĂ©e, avec Audrey Pronesti, d’Abdel Raouf Dafri, j’ai ensuite pris le temps de cliquer sur Qui sommes nous ? et de regarder les photos des rĂ©dactrices et des rĂ©dacteurs du BB comme de lire la façon dont ils se prĂ©sentent.

 

Avec un peu de soulagement, j’ai constatĂ© que trĂšs peu d’entre eux Ă©taient sur Instagram en plus de Facebook alors que j’ai quand mĂȘme un compte Instagram. MĂȘme si je le nĂ©glige (balistiqueinstagram). J’ai constatĂ© la «panoplie Â» de profils des unes et des autres, leur niveau d’études et de compĂ©tences, ainsi que l’humour de certaines prĂ©sentations.  

 

Je n’ai pu que noter la briĂšvetĂ© de leurs articles par rapport aux miens. Ce qui donne Ă  coup sĂ»r un caractĂšre pratique Ă  leur lecture.

 

C’est ainsi que j’en suis arrivĂ© Ă  aimer lire :

L’interview du rappeur Dinos – que je ne connaissais pas mais j’ai plusieurs cratĂšres de lacunes dans le Rap- rĂ©alisĂ©e par FĂ©lix Mubenga : Le succĂšs arrivera quand il doit arriver.

 

L’article de Nesrine Slaoui Djebril Zonga, jamais deux vies sans trois sur l’acteur Djebril Zonga (qui joue dans le film Les MisĂ©rables de Ladj Ly Les misĂ©rables 2Ăšme partie ) mais aussi, toujours de Nesrine Slaoui, l’article A la finale d’Eloquentia, le poids des bons mots.

 

Soumaya, l’histoire vraie (qui dĂ©range) d’une citoyenne française, rĂ©digĂ© par Chahira Bakhtaoui.

 

Lyna Khoudri, destin d’actrice, mĂ©moires d’AlgĂ©rie, encore par Nesrine Slaoui.

 

Aya Ă  l’Huma : alliage improbable, succĂšs indĂ©niable par Fleury Vuadiambo.

 

La Tornade Megan Thee Stallion est passée à Paris ( et ça valait le détour) par Sylsphée Bertili.

 

Le Festival CinĂ©-Palestine, un regard tendre et juste sur Gaza  par Arno Pedram.

 

Ta-Nehisi Coates : Trump ou la revanche des suprĂ©macistes blancs par HĂ©lĂšna Berkaoui.

 

Trois femmes, trois rĂ©sistantes, trois hĂ©roĂŻnes de la guerre d’AlgĂ©rie par Kab Niang.

 

François Beaune : «  Mon boulot, c’est que la rĂ©alitĂ© te prenne en pleine figure Â» ( Ă  propos de son livre Omar et Greg) par Jimmy Saint-Louis.

 

 

Pourtant, je ne crois pas que la longueur variable de mes articles soit aujourd’hui le point faible principal de mon blog, balistiqueduquotidien.com, pour plus et mieux le faire connaütre.

 

 

Ce matin, je pensais aussi Ă  mon article sur le livre Bravo Two Zero d’Andy MacNab ( Bravo Two Zero ). Je me disais qu’il allait me falloir Ă©crire qu’il me faisait aussi penser au personnage jouĂ© par Sean Penn dans le film Mystic River rĂ©alisĂ© par Clint Eastwood en 2003. Et je remarquais que le nom de « Penn Â» rime facilement avec le nom de la ville Phnom Penn. Puis, ma fille m’a appelĂ© dans le noir. J’ai rĂ©pondu : «  Oui ? Â». Alors qu’elle est venue jusqu’à moi, j’ai fait un pas oĂč deux pour me rapprocher d’elle. Elle est venue se mettre contre moi. Nous nous sommes embrassĂ©s. Puis, elle est repartie avec le sourire. Je ne m’y attendais pas.

 

Mais il est des enfants qui grandissent sans pardon. Et se barricader a plus Ă  voir avec le rhum arrangĂ© qu’avec une solution pour Ă©viter le danger.

 

En allant voir ma fille pour la prĂ©parer pour l’école, je me suis dit que j’allais envoyer cet article au Bondy Blog dans leur partie Contactez-nous. J’hĂ©sitais encore sur la forme Ă  donner Ă  ce courrier :

 

Sous forme de lien numĂ©rique en provenance de mon blog  (le plus probable ), sous format Word (au cas oĂč ils craindraient un lien manutentionnĂ© par de mauvaises intentions) ou sous une forme verbale de type podcast comme je l’ai fait pour Descartes ? ( Descartes)

 

Franck Unimon, ce jeudi 9 janvier 2020.

 

 

Catégories
Echos Statiques

Entre le rĂȘve et le sel

                                            Entre le rĂȘve et le sel

«  Alors, Roybon, on ravage ?! Â». AprĂšs bien des efforts tĂȘtus au sortir de ma sieste, j’ai fini par retrouver et ressortir cette ancre disparue, cette fin de phrase aperçue lors de ma lecture il y a deux ou trois mois du livre Mes rĂȘves avaient un goĂ»t de sel  de Jean-Pierre Roybon, ancien nageur de combat de la marine.

 

Chacun ses obsessions.

 

Dans son New York Vertigo, ( RentrĂ©e des classes)Patrick Declerck raconte bien avoir tenu, Ă  New York  en septembre 2012, Ă  prendre le temps de lire «  lentement Â» le nom des 2983 victimes des attentats terroristes. Soit, comme il le dĂ©compte scrupuleusement, «  les 2977 victimes des quatre attaques du 11 septembre aux deux tours, au pentagone, et dans le vol United Airlines 93  qui s’est Ă©crasĂ© en Pennsylvanie, plus les 6 tuĂ©s lors de la premiĂšre tentative du 26 fĂ©vrier 1993. Cette lecture lui prend «  un peu plus d’une heure et demie Â». Il estime que cela n’est pas beaucoup de temps mĂȘme si son action ne sert sans doute Ă  rien.

 

Cet article-ci, comme d’autres de mes articles, ne sert sans doute Ă  rien non plus. Il est salvateur, aussi, de savoir se regarder avec autant de prĂ©cision que de dĂ©rision. Mais je crois de plus en plus Ă  la vertu d’écrire au sortir du sommeil sans trop se circonscrire. Amadou HampatĂ© Ba. Amadou HampatĂ© Ba. Lorsque je l’aurai vu, il faudra aussi que j’écrive sur le film Grigris rĂ©alisĂ© en 2013 par Mahamet Saleh-Haroun. Quand j’avais interviewĂ© Mahamet Saleh-Haroun pour le mensuel Brazil Ă  propos de son film Un homme qui crie, je me souviens comme je l’avais beaucoup touchĂ© lorsque je lui avais dit Ă  propos du personnage principal, maitre-nageur dans un hĂŽtel de luxe au Tchad, ancien champion de natation :

«  On dirait qu’il liquide sa descendance Â». 

Je crois pouvoir affirmer, mĂȘme si cela ne regarde que moi et qu’il me sera sĂ»rement impossible de le dĂ©montrer, que le rĂ©alisateur Mahamat Saleh-Haroun, avait alors rĂ©pĂ©tĂ© ma phrase comme s’il assimilait une nouvelle donnĂ©e de son personnage principal ou cette autre façon de le dĂ©crire. 

 

 

J’estime avoir mal parlĂ© du livre de J-Pierre Roybon dans mon article d’il y a quelques mois Mes rĂȘves avaient un goĂ»t de sel. J’ai trop parlĂ© de moi et je continue. Mais il y a plusieurs façons de parler d’un livre. Notre inspiration varie selon les jours. Pour le livre Bravo Two Zero d’Andy MacNab, aussi, j’aurais pu m’y prendre autrement ( Bravo Two Zero ). D’ailleurs, je vais refaire quelques corrections dans mon article :

Si le numĂ©ro de TĂ©lĂ©rama de cette semaine a mis l’actrice amĂ©ricaine Scarlett Johansson en couverture avec le titre Star innĂ©e, je crois avoir un peu trop forcĂ© en parlant de l’élite des combattants et des forces de police comme des individus qui ont des capacitĂ©s « innĂ©es Â». Des capacitĂ©s physiques et mentales hors-normes, oui. InnĂ©es, pas forcĂ©ment.

Jean-Pierre Roybon, au dĂ©part, avant de s’engager dans l’armĂ©e un peu avant ses 18 ans, n’était pas particuliĂšrement sportif par exemple. Mais il rĂȘvait des nageurs de combat et de l’armĂ©e depuis trĂšs jeune. Dans un autre univers, Ellen Mac Arthur, la navigatrice, a beaucoup rĂȘvĂ© de la mer, enfant, avant de commencer Ă  prendre des cours de navigation. Contrairement Ă  un Jean-Pierre Roybon nĂ© au bord de la mer, Ă  Toulon, Ellen Mac Arthur, elle, a d’abord vĂ©cu dans les terres. Si l’on peut, Ă©videmment, avoir des aptitudes innĂ©es hors-normes, il est bien des personnes qui se transcendent le moment venu aprĂšs des annĂ©es de maturation, de formation et de rĂȘve. Que ce soit dans les Ă©tudes, dans une carriĂšre, dans une pratique sportive ou dans une activitĂ© quelconque. On peut souhaiter que cela soit aussi pour le “bien” d’autrui. Mais c’est souvent, d’abord, pour soi-mĂȘme. 

 

«  Alors, Roybon, on ravage ? Â».

 

C’était ce qu’un des instituteurs disait avec un peu d’ironie au jeune Roybon qui devait se contenter d’une pĂȘche de seconde main au bord de l’eau. Alors que l’instituteur, lui, partait en mer sur son bateau personnel. Dans son livre, Roybon raconte que ces rencontres assez frĂ©quentes et quelques peu « taquines Â» avec son instituteur, avaient eu peu d’incidence ascensionnelle sur ses notes scolaires. On peut facilement imaginer la scĂšne avec l’instituteur qui s’adresse sur un ton un peu sarcastique et hautain, de maniĂšre rĂ©pĂ©titive, avec l’accent du sud, au minot qu’il toise un peu et qu’il laisse sur place avec l’Ă©cume en prenant le large avec son bateau ou en revenant du large, le regard et le visage pleins d’embruns.

 

Pourtant, quelques annĂ©es plus tard, ce minot allait d’abord dĂ©couvrir- avec l’autorisation et l’encouragement de ses parents- la plongĂ©e sous-marine vers ses 15 et 16 ans en compagnie d’adultes expĂ©rimentĂ©s. Puis s’engager dans l’armĂ©e et, par Ă©tapes, Ă  force d’entraĂźnement, devenir un nageur de combat de la marine et faire partie des Ă©lites du «  corps Â» militaire.

 

On peut peut-ĂȘtre affirmer que son instituteur qui, pendant plusieurs annĂ©es, avait rencontrĂ© quantitĂ©s d’élĂšves, a pu ĂȘtre surpris plus d’une fois en apprenant plus tard, lorsqu’il l’a appris, ce qu’avaient pu « devenir Â» certaines et certains de ses Ă©lĂšves passĂ©s. Et, Ă  travers le parcours militaire d’un Jean-Pierre Roybon, plus que le soldat qui acquiert la capacitĂ© et le droit de dĂ©truire et de tuer, je souligne ici la discipline Ă  laquelle on est spontanĂ©ment capable de s’astreindre tous les jours dĂšs lors que l’on a un rĂȘve, un projet ou une ambition. MĂȘme si ça ne sert Ă  rien pour faire encore de l’humour noir. D’écrire. De faire de la musique. Du sport. De faire rire. De chanter. De dessiner. De croire en quelque chose. De croire en quelqu’un. Cela ne sert Ă  rien si l’on tient seulement, tout le temps et tout de suite, Ă  obtenir un retour sur investissement. Du succĂšs. De la reconnaissance. Une explication. Une rĂ©ponse. Un rĂ©sultat. A ĂȘtre une star innĂ©e. Et chaque fois que l’on nous demande «Comment vas-tu ? Â», toujours, nous devrions rĂ©pondre : « Ă§a ne sert Ă  rien Â». Chaque fois que l’on nous fait un compliment, nous devrions aussi ajouter : «  ça ne sert Ă  rien Â».

 

Je suis maintenant Ă  peu prĂšs rĂ©veillĂ© et c’est dĂ©sormais que certains ennuis commencent car il me faut trouver du sens Ă  ce que je viens d’écrire. Alors que ça ne sert Ă  rien.

 

Franck Unimon, ce mercredi 8 janvier 2020.

 

 

 

 

 

Catégories
Puissants Fonds/ Livres

Bravo Two Zero

Andy McNab ne devrait pas ĂȘtre un hĂ©ros. Mais il l’est. Et c’est ce qui me donne mauvaise conscience. C’est la raison pour laquelle je parle de son livre Bravo Two Zero maintenant alors que j’en avais terminĂ© la lecture une bonne semaine avant de commencer Ă  lire New York Vertigo  Ă©crit par Patrick Declerck, ouvrage dont j’ai dĂ©jĂ  parlĂ© hier Ă  ma maniĂšre.( RentrĂ©e des classes )

 

Les deux livres se recoupent sĂ»rement dans l’Histoire. Mais les deux hommes,  leurs intentions et leurs actions, diffĂšrent. On pourrait parler de Devoir pour le premier et de choix pour le second. Mais Andy McNab, comme tout hĂ©ros, a  la franchise pour lui. Patrick Declerck, aussi, est fait de franchise. Alors, on dira que l’on prendra pour modĂšle le hĂ©ros de sa prĂ©fĂ©rence si les conditions sont rĂ©unies :

 

D’un cĂŽtĂ©, Andy McNab, Militaire au sein du SAS lors de “la guerre du Golfe” (dĂ©butĂ©e en Aout 1990) contre Saddam Hussein. Officiellement, selon Georges Bush, le PrĂ©sident amĂ©ricain de l’époque, pour ” dĂ©fendre la dĂ©mocratie” ( le prĂ©texte de rechercher et d’Ă©liminer ” des armes de destruction massive” en Irak sera employĂ© en 2002)  alors que bien des occidentaux moyens avaient compris que le but Ă©tait au moins d’assurer aux pays occidentaux l’approvisionnement en pĂ©trole nĂ©cessaire Ă  leur suffisance et Ă  leur croissance.

De l’autre cĂŽtĂ©, Patrick Declerck, anthropologue et psychanalyste, longtemps connu pour son travail sur les SDF, et qui considĂšre que l’espĂšce humaine ” est pourrie”. 

 

Dans son livre, je ne me rappelle pas qu’Andy McNab nous dise en prĂ©ambule qu’il considĂšre l’espĂšce humaine comme ” pourrie”. Nous apprenons qu’il a Ă©tĂ© un enfant adoptĂ© et aussi que lorsque dĂ©bute son rĂ©cit, il a une trentaine d’annĂ©es et a divorcĂ© trois fois. Jill est sa nouvelle compagne et ils ont une fille.

 

Vu que j’ai « dĂ» Â» me rabattre sur un livre d’occasion dans sa version originale, en Anglais, parue en 1993, j’aurais Ă©tĂ© incapable de donner une explication prĂ©cise du SAS. MĂȘme si dĂšs le dĂ©but de son livre -trĂšs bien Ă©crit- oĂč Andy McNab nous raconte les prĂ©paratifs avant son dĂ©part en mission en Irak, il est Ă©vident que lui et « ses Â» 7 hommes sont beaucoup plus que des simples appelĂ©s que l’on envoie au front afin d’y effectuer leurs classes.

En 1990, en France, le service militaire Ă©tait encore obligatoire. Et, deux ans plus tard, lors de mes classes Ă  Beynes, dans un camp militaire semi-disciplinaire, tout appelĂ© avait la possibilitĂ© de s’engager afin d’aller prendre part Ă  la guerre en ex-Yougoslavie. La solde passait Ă  2000 francs par mois contre un peu plus de 500 francs pour l’appelĂ© ordinaire que j’étais. Personne, parmi les appelĂ©s qui effectuaient leur service militaire comme moi, ne s’était portĂ© volontaire. Nous ignorions tous l’affiche qui nous informait de cette possibilitĂ© quelque part prĂšs des douches collectives et froides en ce mois  de dĂ©cembre 1992. Cela avait fait ricaner un caporal : 

 

«  Personne ne veut partir en Bosnie ?! Â».

 

 

SAS ou Special Air Service signifie Forces spĂ©ciales des forces armĂ©es britanniques (source WikipĂ©dia). Je m’y connais mal dans les diffĂ©rentes catĂ©gories d’armĂ©es mais pour avoir lu Bravo Two Zero et vu quelques films, je dirais qu’Andy McNab et « ses Â» 7 hommes sont bien chacun des Ă©quivalents de James Bond ou de Jason Bourne. Et davantage des Jason Bourne pour le cĂŽtĂ© rĂ©aliste comme pour, autant que possible, le fait de s’appliquer au maximum, Ă  se fondre dans le dĂ©cor et Ă  ne pas laisser trop de traces de son passage. 

Si le personnage de Jason Bourne a des problĂšmes de mĂ©moire et est poursuivi par son passĂ© et son identitĂ© qu’il reconstitue avec le feu des affrontements, la mĂ©moire fait dĂšs le dĂ©part partie des armes et des stratĂ©gies de combat d’Andy McNab et de ses hommes pour cette mission en Irak qu’ils prĂ©parent avec autant de minutie que l’on manipule un explosif. D’autant que le but de leur mission est d’aller dĂ©truire des rampes de lancement de missiles SCUD irakiens dirigĂ©s vers des cibles stratĂ©giques israĂ©liennes.

 

Je parle des personnages de James Bond et de Jason Bourne pour que la lectrice ou le lecteur qui lira cet article puisse facilement situer le niveau poussĂ© de formation militaire- l’élite- d’Andy McNab et de ses hommes. Mais il est possible que je sois encore  loin de la vĂ©ritĂ© en matiĂšre de rĂ©alisme :

 

Dans Bravo Two Zero, Ă  plusieurs reprises, Andy McNab nous explique avec pĂ©dagogie que, souvent, au cinĂ©ma, on voit telle action de combat se dĂ©rouler d’une certaine façon, tout en « finesse Â» en quelque sorte. Alors que dans les faits, cela se passe trĂšs diffĂ©remment. Et il nous explique trĂšs bien les faits. Tant d’un point de vue des prĂ©paratifs, de l’adaptation au terrain de la mission, de la fuite, puis lors de la pĂ©riode de captivitĂ© et de tortures par l’armĂ©e irakienne jusqu’à la fin de cette pĂ©riode de captivitĂ©. AprĂšs cette mission racontĂ©e dans Bravo Two Zero, Andy McNab a rĂ©alisĂ© d’autres missions militaires. Depuis, il a raccrochĂ© et est devenu, Ă  ce que j’ai pu lire, un auteur reconnu. Et je le crois facilement aprĂšs avoir lu ce premier ouvrage de lui qui combine connaissance pratique et tactique du terrain, maitrise de la psychologie de combat, trĂšs bonne connaissance des armes, mais aussi de la physiologie du corps humain. Humour et qualitĂ© d’écriture sont aussi de la partie. Il y a donc plein d’atouts dans son rĂ©cit.

 

Ma mauvaise conscience concernant le contenu de Bravo Two Zero  vient du fait qu’avec Andy McNab nous sommes, Ă  nouveau, du cĂŽtĂ© des occidentaux et des vainqueurs dans cette guerre du Golfe. Bien-sĂ»r, Saddam Hussein Ă©tait un dictateur. Et, oui, il faut bien des hommes comme Andy McNab pour faire la guerre et la « gagner Â». Et, oui, devant ce que nous raconte Andy McNab des sĂ©ances de torture rĂ©pĂ©tĂ©es qu’il a subis et du comportement de plusieurs de ses tortionnaires, notre empathie lui est trĂšs vite acquise. Et, Ă  la façon d’un Patrick Declerck qui, dans New York Vertigo, se demande, lui qui s’estime si lĂąche et si mou, ce qu’il aurait fait le 22 dĂ©cembre 2001 lors du vol Paris-Miami face au terroriste Richard Reid, je me pose Ă©videmment la mĂȘme question tant face au terroriste Richard Reid ( finalement, une hĂŽtesse qui l’avait repĂ©rĂ© prend l’initiative de lui sauter dessus puis d’autres personnes se joignent Ă  elle pour le maitriser) qu’à la place d’Andy McNab et de ses hommes.

 

«  Mais en de semblables circonstances, qu’aurais-je fait moi ? VoilĂ  ce Ă  quoi je pense, assis dans mon fauteuil pour schtroumpfs ? Â» se demande Patrick Declerck, anthropologue, psychanalyste et Ă©crivain, en 2012 ( page 45, de New York Vertigo).

 

 

Ma mauvaise conscience devant Bravo Two Zero provient du fait, qu’évidemment, j’aurais Ă©tĂ© incapable de partir volontairement en mission comme Andy McNab. Si j’en avais Ă©tĂ© capable ou si je l’avais souhaitĂ©, je me serais engagĂ© pour partir « faire la guerre Â» en Bosnie fin 1992.

MalgrĂ© mon attachement Ă  l’effort sportif, contrairement Ă  un Patrick Declerck me semble-t’il, je m’entraĂźne Ă  me rĂ©signer ce constat : les groupes et les troupes d’élite, que ce soit dans les armĂ©es, dans le civil, dans les forces de police du monde entier ou dans le privĂ©, sont gĂ©nĂ©ralement constituĂ©s par des individus ( femmes, hommes comme animaux) aux capacitĂ©s physiques et mentales hors-normes donc durement sĂ©lectionnĂ©s. Et durement formĂ©s. MĂȘme des personnes volontaires pour ce genre de vie et d’action Ă©chouent en cours de formation ou  parfois y dĂ©cĂšdent. J-Pierre Roybon en parle un peu dans son livre Mes rĂȘves avaient un goĂ»t de sel. ( Mes rĂȘves avaient un goĂ»t de sel ).

 

 

Pour ces quelques raisons, critiquer depuis mon salon l’engagement militaire et personnel d’un Andy McNab, de ses hommes et de toutes celles et ceux qui leur ressemblent de par le monde me donne mauvaise conscience :

 

Je devrais soit me contenter de les remercier. Soit me taire. Ou les deux en mĂȘme temps si c’est possible. Parce que ces hommes – et ces femmes- militaires, des forces de police, prennent des risques et meurent afin que je puisse tranquillement continuer ma petite vie civile et seulement me prĂ©occuper de l’heure Ă  laquelle mon bus ou mon train va arriver et si je vais pouvoir y trouver une place assise. Tandis que dans d’autres pays, c’est souvent la guerre, et les civils rasent les murs et les frontiĂšres, afin d’essayer de trouver une vie meilleure et plus calme, comme en France, dans d’autres pays occidentaux ou ailleurs.  

 

Sauf que des Irakiens civils comme militaires auxquels les occidentaux ont dĂ©cidĂ© de faire la guerre en 1990 rappellent eux aussi dans le livre d’Andy McNab qu’ils en ont assez que les occidentaux viennent leur voler leurs matiĂšres premiĂšres telles que le pĂ©trole. Qu’ils en ont assez que les occidentaux tuent leurs femmes et leurs enfants lorsqu’ils refusent cette relation post coloniale qui leur est imposĂ©e. Et que Saddam Hussein, leur grand leader ou leur grand guide, va les sauver et redonner de la Grandeur Ă  leur vie et Ă  leur pays. En France, on a un parti politique et une pensĂ©e intellectuelle, tendance extrĂȘme droite, qui a grosso modo les mĂȘmes propos depuis une bonne dizaine d’annĂ©es ou davantage. Et les reprĂ©sentants de l’un comme l’autre passent facilement Ă  la tĂ©lĂ© comme Ă  la radio et sont bien rĂ©munĂ©rĂ©s. Leurs livres, lorsqu’ils paraissent, se vendent plutĂŽt bien et bĂ©nĂ©ficient d’une promotion plutĂŽt favorable. Leurs armes de destruction massive sont leur prĂ©sence permanente qui “veille” sur nos consciences ou rĂŽde autour d’elles:

Par les patrouilles de leurs paroles, de leurs slogans, de leur image, de leur pouvoir intellectuel, politique et Ă©conomique avec lesquels s’arrangent certains mĂ©dia, les autres classes politiques, d’autres personnes de pouvoir. Et ça passe. On vit et mange avec ça. On grandit avec ça. On Ă©lĂšve nos enfants avec ça. Nous nous faisons coloniser mentalement par ces façons de penser. Lentement et sĂ»rement.

Et on continue de pointer exclusivement du doigt les gens d’ailleurs, et celles et ceux qui, Ă  nos yeux,  leur « ressemblent Â» car tout est de leur faute. Ils seraient apparus sur Terre tout seuls un beau jour :  Saddam Hussein, Khadafi, Ben Laden, leurs semblables,  l’intĂ©grisme islamiste, les terroristes islamistes qu’il faut tous Ă©liminer.

 

 Â«  Those pieces of shit ! Â» comme le dit Patrick Declerck dans New York Vertigo Ă  une femme flic Ă  la « poitrine ballon Â» qui aurait fait rĂȘver le rĂ©alisateur Russ Meyer ( rĂ©alisateur pour lequel, j’ai aussi une grande sympathie lorsque je pense Ă  ses films tels que Vixen ou Super Vixen par exemple).

Et la femme flic Ă  la poitrine-ballon, le jour de la commĂ©moration du 11 septembre 2001, en septembre 2012,  rĂ©pond Ă  Patrick Declerck : « Oh Yeah ! Â».

Je comprends l’émotion de Patrick Declerck le jour de cette commĂ©moration en 2012 surtout en prĂ©sence de cette femme flic Ă  la « poitrine ballon Â». Un an plus tĂŽt, mais en octobre, je m’étais par hasard retrouvĂ© au mĂȘme endroit. Et, subitement, toutes ces images que j’avais vues en boucle Ă  la tĂ©lĂ© le 11 septembre 2001- j’étais au travail dans le service de pĂ©dopsychiatrie oĂč je travaillais alors dans les Yvelines- m’ont « parlĂ© Â».

J’ai « entendu Â» les cris de certaines de ces personnes qui s’étaient jetĂ©es dans le vide et dont Patrick Declerck sait trĂšs bien parler dans son New York Vertigo. C’étaient Ă©videmment des cris fantĂŽmes.

Durant mon enfance et mon adolescence, moi, le jeune antillais occidentalisĂ© et influencĂ© par la culture amĂ©ricaine dĂšs sa naissance, j’avais idĂ©alisĂ© la ville de New-York puis m’en Ă©tais Ă©loignĂ©. Et lorsque je la dĂ©couvrais vĂ©ritablement en 2011, Ă  43 ans, avec celle qui, originaire de l’üle de la RĂ©union, allait devenir ma femme, c’était plusieurs annĂ©es aprĂšs le 11 septembre 2001. AprĂšs l’ouragan Katrina Ă  la Nouvelle OrlĂ©ans. AprĂšs avoir connu, en 1990 en pleine guerre du Golfe, mon premier contrĂŽle d’identitĂ© au faciĂšs Ă  la DĂ©fense, quartier oĂč j’avais collectĂ© des bons souvenirs depuis mon enfance jusqu’Ă   mon adolescence.  Si la couleur des souvenirs n’Ă©tait pas contrĂŽlĂ©e pendant la Guerre du Golfe, celle de ma peau l’a Ă©tĂ©. Peut-ĂȘtre aussi parce-que j’avais eu le tort vraisemblable d’ĂȘtre vĂȘtu d’un survĂȘtement.

 La femme d’environ une trentaine d’annĂ©es,  blanche, vĂȘtue d’un tailleur, chaussĂ©e de talons aiguilles, qui sortait comme moi du RER A Ă  la DĂ©fense, et me prĂ©cĂ©dait d’Ă  peine deux mĂštres avait pu prendre l’escalator. Elle avait pu s’élever vers la surface sans supporter le moindre contrĂŽle d’identitĂ© et peut-ĂȘtre, aussi, sans mĂȘme soupçonner mon existence derriĂšre elle. 

 

 

Peut-ĂȘtre que sans la Guerre du Golfe que raconte trĂšs bien Andy McNab dans son Bravo Two Zero et d’autres guerres importĂ©es par l’occident au Moyen-Orient et dans d’autres rĂ©gions du monde au vingtiĂšme siĂšcle mais aussi lors des siĂšcles prĂ©cĂ©dents, Patrick Declerck n’aurait pas Ă©crit son New York Vertigo.  Mais il y aurait eu d’autres guerres. Pour Andy McNab et ses hommes, et tous les autres qui leur ressemblent, cela n’aurait rien changĂ©. Ils y seraient allĂ©s. Parce qu’ils ont besoin de ces guerres :

Stan, originaire d’Afrique du Sud, un des « hommes Â» d’Andy McNab, Ă©tait au dĂ©part Ă©tudiant en mĂ©decine. Il a mis un terme Ă  sa carriĂšre mĂ©dicale pour s’enrĂŽler dans le SAS.  

 

Dans Bravo Two Zero, Andy McNab peut bien rappeler que le Saddam Hussein idĂ©alisĂ© par plusieurs de ses tortionnaires est celui qui a fait gazer des enfants iraniens, Ă  mon avis, il aurait de toute façon Ă©tĂ© volontaire pour sa mission en Irak mĂȘme sans ça. Parce qu’il est des ĂȘtres humains « faits Â» pour la guerre militaire. Pour tuer. MĂȘme si McNab justifie son engagement militaire en Ă©crivant Ă  deux ou trois reprises qu’il est « payĂ© pour ça Â». Personne ne le paie, Ă  la fin de Bravo Two Zero, pour nous apprendre que lui et ses 7 hommes ont abattu «  250 personnes Â» au cours de cette mission.

On est Ă©videmment de son cĂŽtĂ© et du cĂŽtĂ© de ses hommes- et des autres soldats occidentaux- lorsqu’ils se font torturer (sur le sujet des tortures, Bravo Two Zero, se dĂ©roule sur une bonne centaine de pages) et humilier par des militaires irakiens. On peut aussi s’étonner du grand nombre de soldats irakiens prĂ©sents lors de ces sĂ©ances de torture et les voir comme des espĂšces de planquĂ©s trĂšs contents de leur avantage militaire sur leurs prisonniers dĂ©sarmĂ©s, diminuĂ©s, en infĂ©rioritĂ© numĂ©rique et blessĂ©s. Mais Ă  part lorsqu’un soldat irakien  s’en prend  Ă  Andy McNab, aprĂšs la perte de son fils, celui-ci n’exprime aucune empathie pour les hommes, les femmes et les enfants irakiens qui ont subi cette guerre du Golfe. Donc, pour moi, autant que hĂ©ros, Andy McNab, est aussi un psychopathe comme cela peut ĂȘtre compris grossiĂšrement : seuls comptent son camp, sa vision, sa tribu. Sa mission. Les siens. Ses prioritĂ©s. Par certains aspects, il me fait penser au personnage incarnĂ© par Sean Penn dans le film Mystic River rĂ©alisĂ© en 2003 par Clint Eastwood ( un trĂšs bon film Ă  propos duquel j’Ă©crirai peut-ĂȘtre un jour).

Evidemment, c’est parce-qu’il est celui qu’il est qu’Andy McNab a Ă©tĂ© un trĂšs bon soldat et un hĂ©ros et, encore mieux, un survivant. Evidemment, en cas de conflit, d’agression, ou dans un environnement hostile et inconnu,  il vaut mieux ĂȘtre avec un Andy McNab qu’avec un bisounours ou un binoclard intellectuel prĂ©tentieux comme moi qui sera tĂ©tanisĂ©, invalide, et demandera trĂšs vite oĂč se trouvent le coin toilettes et aussi quand le film se termine.

 

Mais il est donnĂ© Ă  une minoritĂ© de personnes de compter parmi ses proches un Andy McNab ou de pouvoir, le moment venu, lui ressembler. C’est autant une mauvaise nouvelle qu’une bonne nouvelle. Le Ying et le Yang. Ni tout noir ni tout blanc. Avant d’y ĂȘtre, personne ne peut vĂ©ritablement savoir de quoi il est vĂ©ritablement fait et de quoi il est capable. Et combien de temps. Femme, homme. Adolescent(e) ou enfant.

 

Surtout, qu’un des autres points forts de Bravo Two Zero, malgrĂ© mes rĂ©serves, est qu’Andy McNab ne roule pas des mĂ©caniques. Lorsqu’il a peur, il l’écrit sans rĂ©serve. Et cela arrive plus d’une fois lors de la pĂ©riode des tortures. «  Fear was everything Â». Lorsqu’il doute, il l’écrit aussi de bout en bout. Pour cela aussi, son ton trancherait avec le rĂ©cit de Chris Ryan, un de « ses Â» hommes lors de cette mission. Je n’ai pas encore lu le rĂ©cit de Chris Ryan. Je lirai d’autres livres d’Andy McNab. Avoir lu Bravo Two Zero en Anglais, malgrĂ© mes limites linguistiques par moments, a sĂ»rement Ă©tĂ© un plus.

 

Franck Unimon, ce mardi 7 janvier 2020.