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Marc Valleur nous parle du jeu pathologique

 

 

Marc Valleur nous parle du jeu pathologique

De gauche Ă  droite avec le micro, Mario Blaise, l’actuel mĂ©decin chef de Marmottan, Marc Valleur, le prĂ©cĂ©dent mĂ©decin chef de Marmottan, Jan Kounen, rĂ©alisateur, Marc Batard, alpiniste et Ă©crivain lors du cinquantenaire de Marmottan Ă  la Cigale, dĂ©cembre 2021. Photo©️Franck.Unimon

 

Introduction

Ce samedi 14 janvier 2023, à l’hôpital Sainte Anne, nous sommes une petite dizaine à être venus écouter et rencontrer Marc Valleur. Marc Valleur, psychiatre retraité, est aussi celui qui était devenu médecin chef de Marmottan, dans le 17ème arrondissement de Paris, à la suite de Claude Olievenstein (1933-2008) qu’il a bien connu.

 

Marmottan, situé rue Armaillé entre l’avenue des Ternes et des Champs Elysées, qui compte aussi un CMP et un hôpital de jour pour public adulte, à côté du musée Marmottan, s’est fait connaître internationalement pour ses services de consultation et d’hospitalisation spécialisés dans le traitement des addictions.

 

Marmottan, le service spĂ©cialisĂ© dans le traitement des addictions, avait Ă©tĂ© ouvert en 1971 par Claude Olievenstein (aussi surnommĂ© « Olive Â» ou « Monsieur Drogue Â») et dĂ©pendait Ă  l’origine administrativement du centre hospitalier Perray-Vaucluse ouvert en 1869 dans l’Essonne (d’abord asile puis hĂ´pital psychiatrique). Marmottan a fĂŞtĂ© son cinquantenaire  Ă  la salle de concerts la Cigale ainsi que par des portes ouvertes, des expositions et diverses manifestations lors du premier week-end de dĂ©cembre 2021.( La ferveur de Marmottan)

 

Ce matin du 14 janvier 2023, Marc Valleur est devant nous lors de ce séminaire proposé un samedi par mois par Claude Orsel, à l’hôpital Sainte Anne, dans le 14 ème arrondissement de Paris.

 

Avec Claude Olievenstein, psychiatre, Claude Orsel (né en 1937), psychiatre et psychanalyste, a été un des pionniers du traitement des toxicomanies en France en fondant l’Abbaye en 1969 à St Germain des Prés.

 

Un samedi matin par mois, à l’hôpital Sainte Anne, dans le service du Dr Xavier Laqueille, psychiatre, Claude Orsel propose ce séminaire Psychothérapies, Psychanalyse et Addictions ( P. P. A) Transfert et Contre-Transfert.

 

L’accès Ă  ce sĂ©minaire – qui se dĂ©roule de 9h30 Ă  12h30- est libre après avoir pris  contact au prĂ©alable avec Claude Orsel.

 

S’il s’y trouve généralement des professionnels très expérimentés- voire retraités- dans le traitement des addictions, dont plusieurs ont connu Claude Orsel et travaillé avec lui, il arrive aussi que des patients de celui-ci y soient présents et participent.

 

Un certain nombre des participants et des intervenants amène avec lui un imposant abattage théorique, conceptuel mais aussi pratique. La moyenne d’âge avoisine la bonne cinquantaine d’années.

 

Mentionner la prĂ©sence de tous ces « psy Â» (psychiatres, psychothĂ©rapeutes, psychologues, psychanalystes…) pourrait donner l’impression que ces sĂ©minaires – filmĂ©s par Claude Orsel- sont des cercueils marbrĂ©s d’ennui et de thĂ©ories. Alors qu’ils sortent plutĂ´t des clous et des colonnes.

 

La psychiatrie et la société semblent dotées de moyens pour s’accroître en priorité comme des technologies et des pharmacies ombilicales par lesquelles et vers lesquelles nous sommes constamment entraînés, faisant de nous des sidérurgies sidérées et jamais à jour malgré nos libertés.

 

Un tel sĂ©minaire est une pause dans ces processus de constitution de notre cĂ©citĂ© que nous connaissons tous. D’autant plus que chaque fois que je peux y assister, j’ai l’impression de recueillir une toute petite parcelle de cette très grande Histoire et de  cette grande Culture de la pensĂ©e, du soin, de la psychiatrie, de la psychanalyse et de la SantĂ© mentale inaperçues par et pour la majoritĂ©. Ce sĂ©minaire fait partie de ces moments oĂą j’ai l’impression de me retrouver au pied de certaines immensitĂ©s de connaissances et d’expĂ©riences trop largement ignorĂ©es.

 

Des immensitĂ©s ou des personnalitĂ©s, dans diverses disciplines (pas seulement dans le domaine de la SantĂ© mentale comme lors de ce sĂ©minaire autour de Marc Valleur ) Ă  cĂ´tĂ© desquelles je suis aussi beaucoup passĂ© moi-mĂŞme, en m’en remettant beaucoup Ă  l’habitude, Ă  la facilitĂ© de mes certitudes mais aussi au hasard oĂą Ă  mon volontariat lĂ  oĂą l’on a bien voulu de moi. 

 

Alors que ces immensités nous aident ou peuvent nous aider à vivre.

 

 

Ce matin, je marque un temps d’arrĂŞt en voyant posĂ© sur la table, devant Claude Orsel, l’ouvrage La lionne du barreau de Clarisse Serre (aux Ă©ditions Sonatine) accompagnĂ© de cette accroche sur la page de couverture :

 

« Je suis une femme, je fais du pĂ©nal, j’exerce dans le 9-3, et alors?”.

 

Fin décembre, dans la librairie de ma ville, après avoir récupéré mes livres, j’étais tombé sur cet ouvrage dans les rayons. Je l’avais un peu feuilleté, tenté de le prendre avant de me décider finalement à différer son acquisition…

 

AmusĂ© par mon intĂ©rĂŞt soudain pour ce livre, ce samedi matin, Claude Orsel, m’a lancĂ© :

 

« Vous pouvez le prendre si vous le voulez. Je ne sais pas combien je l’ai achet酠».

 

J’ai opté pour partir m’asseoir en laissant le livre à sa place et à son propriétaire.

 

Marc Valleur prend la parole

 

Marc Valleur est arrivĂ© Ă  Marmottan en 1974. Au dĂ©part, il s’occupait spĂ©cifiquement des toxicomanes :

HĂ©roĂŻne, CocaĂŻne, Crack.

 

En 1974, l’Abbaye et Marmottan étaient les services pilotes pour s’occuper des toxicomanes.

 

En 1981, il a commencé à parler de conduite ordalique. Après la mort de plusieurs patients par overdose qui ont beaucoup éprouvé les soignants, Marc Valleur a commencé à penser à la notion de conduite ordalique.

Dans la conduite ordalique, il y a une perception positive et subjective de la conduite Ă  risque : Le risque et le danger Ă©taient attirants.

Les toxicomanes prenaient des produits car c’était dangereux.

 

Marc Valleur cite l’ouvrage Sorcellerie et ordalies  (paru en 1974) d’Anne Retel-Laurentin (mĂ©decin et ethnologue dĂ©cĂ©dĂ©e) pour parler des Ă©preuves par le poison.

 

 

Marc Valleur :

 

« Dans le jeu de l’argent, on ne s’injecte pas le produit mais le joueur est reprĂ©sentĂ© par son enjeu Â».

 

Marc Valleur cite Le Joueur et Les Frères Karamazov de DostoĂŻevski ainsi que l’ouvrage Figures du crime chez DostoĂŻevski  (paru en 1990) de Vladimir Marinov (psychologue et psychanalyste).

En 1991-1992, le jeu est alors peu abordé en psychanalyse.

 

En 1997, Marc Valleur Ă©crit un Que sais-je ? sur le jeu. Après la parution de ce livre, des joueurs ont commencĂ© Ă  demander Ă  consulter Ă  Marmottan. Des joueurs ont pu dire :

« Le crack, j’arrĂŞte quand je veux. Moi, c’est le jeu que je n’arrive pas Ă  arrĂŞter Â».

 

Cette nouvelle attention portée aux joueurs pathologiques a d’abord suscité du scepticisme au sein des Pouvoirs publics. Un scepticisme partagé au sein de Marmottan lorsque les soignants ont appris qu’ils allaient être amenés à s’occuper aussi de joueurs pathologiques.

 

Marc Valleur relate qu’un soignant du service d’hospitalisation de Marmottan avait d’abord éclaté de rire lorsqu’il lui avait annoncé la venue d’un patient joueur pathologique. Le soignant avait cru que c’était une blague.

 

Marc Valleur explique : « Le toxicomane faisait peur. Cela donnait un cĂ´tĂ© sulfureux Ă  Marmottan. Le joueur, ça faisait rire Â».

 

Marc Valleur ajoute qu’il existait aussi des images préconçues du toxicomane et du joueur.

 

Le toxicomane Ă©tait vu comme quelqu’un « de gauche (politiquement), maigre et qui s’opposait au système Â». Alors que le joueur, lui, Ă©tait vu comme quelqu’un « de droite (politiquement), gros, bourgeois et portant de grosses bagues… Â».

 

Et, puis, très vite, les soignants du service d’hospitalisation de Marmottan se sont aperçus que c’était plus dur avec les joueurs qu’avec les toxicomanes.

 

En 2006, les Pouvoirs publics montrent leurs premiers signes d’intérêt pour les joueurs pathologiques.

 

En 2008, une étude de l’INSERM parle du jeu pathologique.

 

A partir de 2006-2008, le regard sur les joueurs a commencé à changer.

 

2010 marque le début de la libéralisation des jeux en ligne. A partir de là, les joueurs addict commencent à véritablement être pris en considération.

 

« Le joueur tente Dieu en lui posant des questions Â» selon une perception thĂ©ologique du jeu.

 

En 2010, le poker et les paris en ligne se développent. Mais, contrairement aux prévisions (sauf pendant le confinement dû à la pandémie du Covid ) le poker en ligne s’est peu développé. Ce sont plutôt les paris sportifs qui ont connu un grand essor sur internet.

 

Robert Ladouceur (né en 1945), psychologue, auteur et chercheur québecois, spécialisé dans les jeux d’argent et de hasard, souligne les problèmes de croyance chez les joueurs. (croyances et cognitions erronées des joueurs)

« Il faut que je rejoue pour que je me refasse Â». Les joueurs croient avoir la prĂ©science.

Il existe une illusion de contrôle chez les joueurs alors que le hasard l’emporte souvent.

 

Marc Valleur cite un article psychanalytique datant de 1914 intitulĂ© Le plaisir de la peur et l’érotisme anal. Marc Valleur dit que cet article « n’est pas gĂ©nial Â» mais qu’il est une première tentative de comprendre le jeu.

 

Selon la vision freudienne, en 1928, la chance et la malchance peuvent représenter les puissances parentales.

 

Dostoïevski, lui-même, a été un joueur pathologique. Il est donc très pointu pour parler du jeu.

 

En 1945, Fenichel (psychiatre et psychanalyste autrichien décédé en 1946) parle des addictions sans substances.

 

En 1954, Skinner (psychologue et penseur amĂ©ricain dĂ©cĂ©dĂ© en 1990) Ă©crit un article sur les machines Ă  sous qu’il dĂ©crit comme « le meilleur conditionnement pour faire payer les gens Â».

 

Erving Goffman (sociologue et linguiste américain d’origine canadienne, 1922-1982) a écrit sur le jeu.

Le joueur s’imagine qu’il va influer sur le destin.

On aime jouer car on se retrouve dans un monde magique et dans un espace qui n’est pas la vie quotidienne. Le jeu est quelque chose de très sérieux.

 

Le contraire du jeu, c’est la réalité quotidienne.

Les croyances erronées font partie de l’intérêt du jeu.

Marc Valleur cite l’ouvrage En passant par hasard écrit en 1999 par Gilles Pagès (mathématicien) et Claude Bouzitat.

Les gens jouent « pour le vertige du risque Â». Les joueurs non pathologiques arrivent Ă  faire en sorte que le jeu n’ait pas d’incidence sur leur vie.

 

R, un des patients de Claude Orsel, assis Ă  droite de Marc Valleur, se prĂ©sente comme « joueur depuis 35 ans Â». R…parle de sa frustration, de son Ă©chec. Et de son amertume. Il parle de ses expĂ©riences prĂ©coces du jeu qu’il a faites très tĂ´t.

 

R : «  On essaie de se convaincre qu’on est bon Ă  quelque chose Â». R dit que sa première addiction a Ă©tĂ© une addiction aux Ă©crans Ă  l’âge de 8 ans.

Marc Valleur commente :

« La tĂ©lĂ©vision est la grande addiction mondiale…mais personne n’en parle Â». « Il y a une seule personne en 50 ans qui est venue Ă  Marmottan pour une addiction Ă  la tĂ©lĂ©vision.. Â».

 

Pour soigner une addiction, Marc Valleur insiste sur :

 

Une approche multimodale (sociale, familiale et autre…)

La qualitĂ© de l’accueil (« Ce qui se passe au premier entretien est dĂ©terminant Â» ; « Une thĂ©rapie, c’est l’exĂ©gèse de ce qui s’est dit au premier entretien Â»)

La qualité de la relation

Marc Valleur poursuit :

« Le but de l’Abbaye et de Marmottan, c’était de crĂ©er…de recevoir les personnes sans conception canonique du traitement et du soin…De recevoir la personne et, Ă  partir de lĂ , après l’avoir Ă©coutĂ©e, de voir ce que l’on peut faire Â».

 

Marc Valleur nous recommande particulièrement de lire The Great Psychotherapy Debate écrit par Wampold et Imel (paru en 2015).

Marc Valeur prĂ©cise que toutes les mĂ©thodes thĂ©rapeutiques « marchent Â» et ont de très bons rĂ©sultats. Et qu’il n’existe pas une mĂ©thode thĂ©rapeutique meilleure qu’une autre.

(Je m’abstiens de dire que l’on peut sĂ»rement transposer cela dans beaucoup de disciplines comme dans les mĂ©thodes de combats et les Arts Martiaux : la personnalitĂ© du combattant importe plus que les techniques de combats ou les Arts martiaux qu’il a « appris Â» ou pratique. La personnalitĂ© du Maitre ou du professeur importe plus que les techniques ou les Arts martiaux qu’il enseigne…).

 

Marc Valleur souligne qu’il est des mauvais thĂ©rapeutes qui, pourtant, sont « très compĂ©tents Â» en termes de formation et de connaissances.

 

Marc Valleur me confirme que, plus que les thérapies, le plus important, c’est la rencontre. La qualité de l’accueil. La qualité de la relation thérapeutique.

 

Marc Valleur parle aussi de ces patients qui en savent beaucoup plus sur l’objet de leur addiction que le thĂ©rapeute lui-mĂŞme. Il cite l’exemple d’un patient addict aux jeux vidĂ©os qui ne sortait plus de chez lui et qui refusait de rencontrer psychiatre ou psychologue. Marc Valleur a demandĂ© aux parents de ce patient de lui dire qu’il n’y connaissait rien en jeux vidĂ©os et qu’il aimerait bien qu’il vienne lui expliquer ce que c’est. (Marc Valleur confirme qu’il avait un rĂ©el intĂ©rĂŞt pour ce que pouvaient lui dire ses patients). Le patient Ă©tait venu rencontrer Marc Valleur et lui avait en quelque sorte fait  cours.

Marc Valleur me confirme que le dogmatisme (thérapeutique) va souvent de pair avec l’excès de théorie thérapeutique.

(A ce moment du séminaire, comme à son habitude, Claude Orsel fait passer un paquet de chouquettes achetées à la boulangerie)

Marc Valleur me confirme l’importance de l’engagement du corps du thérapeute dans sa rencontre avec le patient. Il se remémore qu’un patient lui avait dit s’être attaché à lui lors du premier entretien car, à un moment donné, il (Marc Valleur) lui avait touché le genou.

R, patient de Claude Orsel, dit :

« Le jeu n’est pas un amusement. C’est un exutoire Â» ; « Entre joueurs, on s’intoxique. C’est aussi ce qui nous fait rester dans le jeu Â» ; « Si, lui, il joue aussi, ça veut dire que je ne suis pas fou Â».

(Plus tĂ´t, R…nous a aussi dit avoir consultĂ© un addictologue pendant dix ans avant que celui-ci ne lui parle de Claude Orsel qu’il voit maintenant depuis 2013 ou 2014. Selon R, l’addictologue, pourtant plutĂ´t rĂ©putĂ©, ne l’écoutait pas. En Ă©coutant R parler en termes Ă©logieux de Claude Orsel, j’ai eu l’impression que celui-ci trouvait Claude Orsel « plus puissant Â» en tant que thĂ©rapeute, que son thĂ©rapeute prĂ©cĂ©dent).

 

Marc Valleur répond à Claude Orsel qu’il existe différents profils dans la biographie des toxicomanes.

 

Marc Valleur cite Michel Foucault ( Philosophe français, 1926-1984) :

« Le but de la transgression, c’est de glorifier ce qu’elle paraĂ®t exclure Â». ( Dits et Ă©crits de Michel Foucault, de 1954 Ă  1988, deux tomes de plus de 1700 pages chacun ).

Marc Valleur répond que chez les consommateurs de crack, souvent, la protection maternelle s’est arrêtée très tôt (viols dans l’enfance, traumas répétés…).

R..dit : « La probabilitĂ©, c’est la vĂ©ritĂ© Â». « La probabilitĂ© ne ment pas Â».

Le livre Dans le jardin de l’ogre (citĂ© par qui ?) de LeĂŻla Slimani est mentionnĂ© pour Ă©voquer l’addiction sexuelle fĂ©minine.

 

Conclusions

Avec le micro, Marc Valleur, le précédent médecin chef de Marmottan à droite, Jan Kounen, réalisateur. Lors du cinquantenaire de Marmottan à la Cigale. Photo©️Franck.Unimon

 

Je demande Ă  Marc Valleur et Claude Orsel comment  ils font pour ne pas se dĂ©courager face Ă  des patients dont les addictions sont longues Ă  soigner. Mais aussi pour vivre dans un monde comme le nĂ´tre oĂą une « guerre Â» quotidienne nous est faite afin de nous rendre addict.

Marc Valleur rĂ©pond que, bien que retraitĂ©, il a encore des contacts par mail avec d’anciens patients qui lui donnent de leurs nouvelles et qui vont mieux. Lors de son intervention, Marc Valleur nous a aussi parlĂ© d’anciens patients qui ont très bien rĂ©ussi leur vie par la suite y compris mieux que lui-mĂŞme a-t’il ajoutĂ© dans un sourire. Et, tout en gardant le sourire, Marc Valleur a convenu qu’en effet, tout est fait dans notre sociĂ©tĂ© pour que l’on soit « accrochĂ© Â» et que cela est assez dĂ©sespĂ©rant. Il a ainsi citĂ© les producteurs d’alcool qui, malgrĂ© leurs discours empathiques, prospèrent grâce Ă  toutes les personnes dĂ©pendantes qui consomment leurs produits.

 

(Un peu plus tôt, R…avait fait référence à ces joueurs de PMU, un lieu qu’il connaît et dont il observe les usagers à l’écouter, qui, dès qu’ils gagnent un ou deux euros au jeu le rejouent alors qu’ils vivent déja dans des conditions très précaires).

 

Claude Orsel, rĂ©pond en souriant, qu’il a envie de « connaĂ®tre la suite Â». A l’entendre, lui comme Marc Valleur, cela semble très simple de s’occuper de personnes addict. Au point que je me demande pour quelle raison seule une minoritĂ© de personnes, Ă  laquelle je n’appartiens pas, parvient comme eux Ă  s’occuper de personnes addict sur du long terme :

Le travail qui peut ĂŞtre effectuĂ© dans un service de psychiatrie institutionnelle lambda- mĂŞme si cela peut aussi ĂŞtre sur du très long terme- est très diffĂ©rent de celui que j’ai pu voir pratiquĂ© Ă  Marmottan lors des quelques remplacements ( une quinzaine) que j’ai pu y faire. La distance relationnelle entre le patient/client et le soignant, par exemple, est très diffĂ©rente. Si, en psychiatrie adulte, la psychose des patients peut effrayer certains, l’absence de psychose, comme c’est souvent le « cas Â» Ă  Marmottan peut dĂ©stabiliser, enrayer certaines frontières et les rendre assez floues entre le patient/client et le soignant. Pour ne parler que de ça. Alors, si, en plus, dans le domaine de l’addiction, le patient/client en sait plus que le soignant, il peut y avoir de quoi ĂŞtre troublĂ©.

 

Claude Orsel m’apprend qu’il est possible que Patrick Declerck (philosophe, ethnologue, psychanalyste et écrivain né en 1953) intervienne à nouveau lors d’un prochain séminaire. Claude Orsel m’apprend aussi qu’il n’y a eu aucun article dans la presse écrit sur le dernier ouvrage de Patrick Declerck, paru en 2022, Sniper en Arizona, dans lequel, celui-ci raconte sa formation de sniper aux Etats-Unis.

 

R, qui ne demandait qu’à parler, qui a beaucoup Ă  dire, entre-autres sur le poker, et qui a plusieurs fois pris la parole de façon assez intempestive au cours de l’intervention de Marc Valleur, m’a d’abord agacĂ© comme d’autres personnes assistant Ă  ce sĂ©minaire. Il fallait entendre R, arrivĂ© avec un peu de retard, dire ensuite Ă  Marc Valleur, Ă  un moment donnĂ©, avec une certaine autoritĂ© :

« Ce que vous avez oubliĂ© de dire… Â».

Devant l’attitude rĂ©pĂ©tĂ©e de R, j’ai d’abord regardĂ© ces vieux briscards que sont Marc Valleur et Claude Orsel qui n’en n’étaient pas une interruption près. Lesquels ont poliment invitĂ© R,  Ă  tour de rĂ´le, Ă  attendre que Marc Valleur ait fini de s’exprimer. Ce qui n’a pas empĂŞchĂ© R de recommencer.

Ensuite, j’ai compris que R était celui qui était annoncé par Claude Orsel comme le joueur venant nous faire part de son expérience. Et que R réagissait car Marc Valleur parlait de sa vie.

Puis, j’ai saisi que R était porteur de connaissances dont j’étais dépourvu.

 

 Ce samedi, alors que Marc Valleur est dĂ©jĂ  parti après nous avoir saluĂ© en nous disant que c’était « bien Â», je suis plus disposĂ© pour Ă©couter R qui, en plus, avait « contre lui Â», en prime abord, le fait de me rappeler un ancien collègue qui a pu avoir tendance Ă  une Ă©poque Ă  me sortir par les yeux. Au travers de R, sans doute ai-je mieux perçu ce samedi, de manière consciente, la dimension addict et sub-agressive de la personnalitĂ© de cet ancien collègue…

 

R m’explique avoir connu un joueur de poker, « parti de rien Â», et qui, aujourd’hui « est millionnaire Â». R m’explique que, durant des annĂ©es, ce joueur a acceptĂ© de « ne rien gagner Â». En s’en tenant Ă  des règles de conduite- et Ă  des limites- qu’il s’était fixĂ©, acceptant de gagner petit et Ă©vitant de perdre de l’argent. En somme, ce joueur est restĂ© prudent, patient et persĂ©vĂ©rant. R, Ă  ce que je comprends, n’est ni patient ni prudent bien qu’intelligent et persĂ©vĂ©rant. Et, il est sĂ»rement aussi convaincu. Et convaincant. Lorsque R m’apprend qu’il a travaillĂ© pendant des annĂ©es dans « le phoning Â» et qu’il sent les gens, j’ai tendance Ă  le croire.

 

Franck Unimon, ce lundi 16 janvier 2023.

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Rien ne dure vraiment longtemps, un livre de Matthieu Seel

Rien ne dure vraiment longtemps, un livre de Matthieu Seel.

 

Matthieu Seel, le métis adopté, a été la voix de la série podcast Crackopolis. Dans cette série, il racontait le hijack que peut-être le crack en plein Paris, en outre dans le 19ème arrondissement où il a d’ailleurs grandi et où, plus jeune, il avait eu Peter Chérif et les frères Kouachi comme copains de primaire et de collège.

 

Certains veulent voir, Matthieu Seel a tout vu sauf l’histoire de ses origines dont les barreaux, par condensation, lui résistent. C’est peut-être pour cette histoire qu’il ne connaît pas qu’il commence par fumer des paquets de joints dès l’âge de dix puis qu’il finit, plus tard, par consulter le caillou.

 

Matthieu Seel ne nous raconte pas tout. Pour cela, il faudrait absolument se souvenir et il a aussi besoin d’oublier. Mais il y en a assez pour dix dans ce qu’il nous dit. Celle ou celui dont la vie dĂ©vie pour dealer et pour attraper du caillou se surpasse jusqu’à un point culminant qui se dĂ©place sans cesse et qui est Ă  peine imaginable.  

 

Il y a des existences beaucoup plus simples et beaucoup plus reposantes. Mais pour cela, il faut ĂŞtre assez robot. Matthieu Seel n’en n’est pas un et il connaĂ®t difficilement le repos depuis assez tĂ´t. Artiste photo un temps, vivant la nuit, il finit par vendre son appareil et par connaĂ®tre des journĂ©es de 96 heures sans dormir lorsque le crack est devenu son mĂ©tronome. Combien de personnes, ou plutĂ´t de formes, a-t’il rencontrĂ©es parmi lui et qui, comme lui, pointaient vers les mĂŞmes usages ? De toute façon, ces formes de rencontres ne tenaient pas.

 

Sa mère ( adoptive) fait partie de celles et ceux qui ont tenu. Et, je comprends qu’une Virginie Despentes ait cru en lui pour ce livre car il aurait pu avoir un rôle dans son film Baise moi. Comme je comprends aussi qu’une personnalité comme Slimane Dazi soit ce parrain qu’il remercie, ainsi que beaucoup d’autres, à la fin de son livre. J’aurais été beaucoup plus étonné si Guillaume Canet ou André Dujardin l’avait parrainé.

 

Dans Rien ne dure vraiment longtemps , sorti en septembre 2022, Seel raconte les mauvais passeurs d’histoires, les arnaques, les guet-apens, l’entraide, la survie dans la rue, les Ă©checs sentimentaux, la paranoĂŻa, sa famille, l’hĂ´pital, les tentatives de sevrage Ă  Pierre Nicole, le centre thĂ©rapeutique de la Croix Rouge, et Ă  Marmottan ( La ferveur de Marmottan). EduquĂ©, autodidacte, il est loin d’être idiot. D’autres sont comme Matthieu Seel mais leurs mots, leur nom et leur visage ne nous parviendront pas.

 

 

Franck Unimon, ce mardi 18 octobre 2022.

 

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Addictions

La ferveur de Marmottan

A la Cigale, le vendredi 3 décembre 2021. Le poing levé, Alain, un des accueillants de Marmottan. Photo©️Franck.Unimon

La ferveur de Marmottan

 

( en cliquant sur ce lien , Ă  droite, une petite vidĂ©o apparaĂ®t ) Hommage de M.Hautefeuille aux anc de Marmottan .   

Cet article fait suite Ă  Les cinquante Temps de Marmottan. 

 

Marmottan, le service d’accueil et d’hospitalisation spĂ©cialisĂ© dans le traitement des addictions, situĂ© dans le 17 ème arrondissement de Paris, rue ArmaillĂ©, près des Champs ElysĂ©es, a longtemps fait partie, pour moi, de ces services connus pour eux-mĂŞmes. Porteurs d’un nom et d’une identitĂ© qui se suffisent Ă  eux-mĂŞmes pour parler d’eux. Un peu comme cela a pu ĂŞtre le cas pour Miles, qui reste mon musicien prĂ©fĂ©rĂ©, mĂŞme plus de trente annĂ©es après sa mort. MĂŞme après avoir, depuis, aimĂ© dĂ©couvrir et Ă©couter d’autres artistes. Tout est fonction de la pĂ©riode de notre vie au cours de laquelle on a effectuĂ© certaines rencontres et du tournant que, pour nous, ces rencontres ont permis.

 

Je sais que Miles avait Ă©tĂ© un temps hĂ©roĂŻnomane et alcoolique. « Comme Â» d’autres artistes de son Ă©poque, avant ou après lui. Et, pour moi, Miles et Marmottan Ă©taient nĂ©anmoins deux bras et deux endroits bien distincts, l’un de l’autre. Puisque Miles, lui, officiellement, s’en Ă©tait sorti.

 

 

Le service Marmottan, placĂ© près du musĂ©e Marmottan  (qui, a priori, ne lui est pas apparentĂ©), faisait de toute façon partie, pour moi, de ces Ă©clats de la SantĂ© mentale. J’en avais entendu parler, moi le jeune infirmier diplĂ´mĂ© d’Etat qui, malgrĂ© ma culpabilitĂ© dans le fait d’abandonner la souverainetĂ© technique des services de mĂ©decine et de chirurgie, avait choisi, finalement, de venir travailler en psychiatrie adulte.

 

J’avais sûrement entendu parler de Marmottan par des collègues, infirmiers diplômés en soins psychiatriques, plus âgés et plus expérimentés que moi.

 

Comme j’avais aussi entendu parler, par eux, du CPOA, des quatre UMD (UnitĂ©s pour malades difficiles) qui existaient alors : Cadillac, Sarreguemines, Mont Favet, Carhaix. Mais aussi, sans doute ou peut-ĂŞtre, de la clinique La Borde….

 

Plus tard, j’entendrais parler d’éthno-psychiatrie de Tobie Nathan et de Devereux, de pĂ©dopsychiatrie, d’unitĂ©s mères-bĂ©bĂ©, d’Anzieu et d’autres.  Avant de dĂ©couvrir des lieux et des personnes, ce sont souvent, d’abord,  des noms.

 

Et puis, j’avais d’abord à apprendre à me débourrer de certaines pensées, de certaines croyances et certitudes mais aussi de certaines ignorances. Et, pour cela, le premier service d’hospitalisation en psychiatrie adulte où je commençais à apprendre un peu plus à devenir adulte à Pontoise fut un grand bienfait.

 

Et un mal.

 

Car la psychiatrie institutionnelle, selon les époques, les tournants, les orientations et les équipes peut à la fois construire mais aussi enfermer. Et, on peut aussi aimer s’enfermer si cela nous protège et nous rassure. Même si on s’en plaint peu à peu.

Photo prise à Marmottan le samedi 4 Décembre 2021, lors du week-end portes ouvertes de Marmottan. Photo©️Franck.Unimon

 

D’autant que, plus jeune, mĂŞme si l’on est supposĂ© avoir la vie devant soi et que l’on aime la littĂ©rature de Romain Gary, on est aussi très myope, très Ă©troit d’esprit et on peut manquer de curiositĂ©. Ou on peut ĂŞtre très ou trop inquiet Ă  l’idĂ©e de devoir changer de vie, de s’éloigner de ce que l’on connaĂ®t. On se laisse donc envelopper et Ă©treindre par les contours des cercles qui nous ressemblent et qui nous permettent d’entrer, ou  de stagner, entre amis ou connaissances, dans un monde d’adultes qui nous rassure. Sans prendre trop de risques. Ou seulement ceux qui nous apparaissent connus et mesurĂ©s. On peut avoir dĂ©jĂ  tellement peur du monde et de la vie adulte que l’on ne va pas en rajouter avec certaines de ces substances dont on avait entendu parler ou commencĂ© Ă  cĂ´toyer, un peu, Ă  partir de l’adolescence :

 

Le cannabis, principalement, un peu l’héroïne. Le tabac et l’alcool ayant des statuts soit plus acceptables soit plus familiers. Et puis, si l’overdose puis la transmission du VIH pouvaient faire peur pour leur possible immédiateté, entre 12 et 20 ans et encore après, on ne pensait pas nécessairement au cancer ou à la cirrhose du foie tandis que d’autres fumaient devant nous ou se prenaient des cuites, terminant leurs soirées à quatre pattes tels des lévriers en fin de course près d’un évier ou les deux pattes surélevées au dessus d’une cuvette des toilettes pour ne pas sombrer dans ce que l’on y rejetait.

 

Lorsque l’on entre dans l’âge adulte, on est, alors, dans la force de l’âge. Sexuellement, physiquement, socialement, intellectuellement. Aussi, peut-on, doit-on même, se permettre quelques petits excès. Car ensuite, il sera trop tard. Et puis, si on ne peut pas un peu s’amuser…

 

A Marmottan, lors du week-end portes ouvertes le 3 et 4 décembre 2021.

 

 

Le service Marmottan est sans doute restĂ© longtemps « loin Â» de moi, physiquement et psychologiquement, parce-que, de cette manière, sans doute, je restais Ă  une distance prudente – et mesurĂ©e- de l’aiguille de certaines de mes peurs et inquiĂ©tudes. Car gĂ©ographiquement, toutes les fois oĂą je me suis rendu sur les Champs ElysĂ©es, pour aller au cinĂ©ma ou au Virgin MĂ©gastore, oĂą mĂŞme lorsque j’étais allĂ© Ă  la Fnac lorsqu’elle se trouvait avenue de Wagram, je n’étais pas très loin de Marmottan.

Mais, aussi, à aucun moment, je ne fis le rapprochement entre ce Francis Curtet que ma prof principale de 3ème nous avait un jour proposé de rencontrer dans notre collège Evariste Galois de Nanterre, en 1982 ou 1983…et Marmottan.

 

M.Hautefeuille parle d’anciens de Marmottan ( en cliquant sur ce lien Ă  gauche, vidĂ©o). 

 

En décembre dernier, en 2021, j’ai pu faire le rapprochement entre Francis Curtet et Marmottan.

 

En décembre dernier, Marmottan a fêté ses cinquante ans à la salle de concerts de la Cigale. Entre-temps, des années avaient passé. Et j’avais appris, depuis, où se trouvait Marmottan dans Paris. J’y avais effectué quelques remplacements et j’y avais même postulé afin d’y travailler.

 

La salle de la Cigale, ce vendredi 3 décembre 2021 avant que ne débute le cinquantenaire de Marmottan. Photo©️Franck.Unimon

 

C’était la première fois que je me rendais au cinquantenaire d’un service. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que le choix d’une salle de concert avait été fait aussi pour bien fêter cet événement historique. Car j’appris lors du cinquantenaire que lors de la création et de l’ouverture de Marmottan, en 1971, que Claude Olievenstein, son premier médecin chef -qui fut novateur dans le traitement des addictions – pensait que le service aurait une existence brève.

 

Photo©️Franck.Unimon

 

Marmottan n’est pas mort

 

Lorsque j’écris maintenant qu’en ouvrant Marmottan, Claude Olievenstein et ceux qui furent alors Ă  ses cĂ´tĂ©s, furent novateurs dans le traitement des addictions, cela peut ĂŞtre abstrait pour beaucoup de personnes. Car, d’abord, qu’est-ce qu’une addiction ?

 

Il faudrait déjà commencer par le savoir.

 

Pour ma part, je prĂ©fère sourire lorsque je repense au fait que, très sĂ»r de moi, il y a environ trois ou quatre ans maintenant, j’avais rĂ©pondu Ă  Mario Blaise (dĂ©ja mĂ©decin chef  de Marmottan) qui venait de me demander si j’avais des addictions :

 

« Non ! Je n’ai pas d’addiction ! Â».

 

J’aurais pu rĂ©pondre «  Pas de ça entre nous ! Â» que cela aurait Ă©tĂ© pareil.

 

 

Mais j’ai un autre exemple de cet esprit novateur de Marmottan. J’aime lire de temps Ă  autre la très bonne revue bimestrielle, assez peu connue finalement, Sport & Vie. Dans le dernier numĂ©ro de Sport & Vie, le numĂ©ro 194 de Septembre/Octobre 2022 l’article intitulĂ© L’amour chimique nous parle de « Chemsex Â». Dans cet article, selon moi très bien rĂ©digĂ©, le rĂ©dacteur, Olivier Soichot, prĂ©cise dans un passage :

 

« (….) Dans le livre de Jean-Luc Romero-Michel, plusieurs phĂ©nomènes se tĂ©lescopent douloureusement. Notamment la mĂ©connaissance presque totale qui caractĂ©rise encore le chemsex en France. Avant le dĂ©cès de son mari, l’auteur lui-mĂŞme confesse qu’il en avait vaguement entendu parler mais sans se douter une seconde que son compagnon y avait recours Â».

 

L’article de la revue Sport & Vie consacrĂ© au chemsex.

 

Peut-ĂŞtre qu’un certain nombre des lectrices et lecteurs de Sport & Vie, pour celles et ceux qui connaissent ce bimestriel,  ou que plusieurs lectrices et lecteurs de mon article, dĂ©couvriront en cet automne 2022 ce qu’est le chemsex.

 

De mon cĂ´tĂ©, cela fait dĂ©sormais deux ou trois ans que  j’ai dĂ©couvert l’existence du chemsex. Lors de mes remplacements Ă  Marmottan. A Marmottan, plus que dans un service de psychiatrie ou de pĂ©dopsychiatrie, je trouve, les patients informent les soignants de certaines de leurs pratiques. C’est aussi de cette façon que l’on peut apprendre son mĂ©tier en tant que soignant et en tant qu’accompagnateur. Et, ensuite, mieux aider celles et ceux dont on « s’occupe Â». Cet Ă©change de Savoirs contribue Ă  instaurer plus facilement une relation de confiance mais aussi une certaine Ă©galitĂ© entre le patient et le soignant.

 

Dans un service de psychiatrie ou de pĂ©dopsychiatrie, une relation de confiance avec le patient ( ou le client ) est aussi nĂ©cessaire et recherchĂ©e. Mais elle diffère de celle qui peut se dĂ©velopper Ă  Marmottan.  Sans pour autant idĂ©aliser la relation patient/soignant,  usager/soignant ou client/soignant Ă  Marmottan ( j’ai oubliĂ© le vocabulaire exact employĂ© Ă  Marmottan ). Car il existe des ratĂ©s Ă  Marmottan. Et, aider Ă  la cure d’une addiction peut ĂŞtre très long.

Patient:client

 

Mais j’ai l’impression que l’échange des Savoirs entre patients et soignants, en psychiatrie et en pédopsychiatrie, à moins de faire partie d’une association permettant ces échanges, est davantage asymétrique qu’à Marmottan.

 

A Marmottan, lors du week-end portes ouvertes, le samedi 4 décembre 2021.

 

Cela peut aussi peut-ĂŞtre s’expliquer par le fait que les personnes addict sont actives lorsqu’elles ont des conduites Ă  risques. Tant pour prendre des substances que pour certains comportements. De ce fait, les personnes addict acquièrent certaines compĂ©tences pharmaceutiques ou mĂ©dicales. Une ancienne collègue infirmière qui avait travaillĂ© plusieurs annĂ©es Ă  Marmottan m’avait ainsi appris :

 

« Ce sont les patients qui m’ont appris Ă  faire des prises de sang… Â».

 

Ici, on se doute que les patients en question, à force de se chercher régulièrement une veine pour se piquer en intraveineuse avaient développé une dextérité hors du commun dépassant de loin celle de bien des infirmier ( es).

 

A Marmottan, ce samedi 4 décembre 2021, lors du week-end portes ouvertes. Installation faite pour la circonstance. Photo©️Franck.Unimon

 

 En comparaison, en psychiatrie adulte ou en pĂ©dopsychiatrie, lorsqu’il m’est arrivĂ© de faire des prises de sang, je n’ai aucun souvenir de patient m’indiquant oĂą le piquer ou comment m’y prendre si j’avais du mal Ă  lui faire son prĂ©lèvement sanguin.

 

 

Mais pour revenir au contexte de l’ouverture de Marmottan, 1971, Le début des années 70, c’est la présidence de Georges Pompidou. Jimi Hendrix, Janis Joplin et Jim Morrisson sont morts d’overdose récemment. Et, Georges Pompidou, qui va bientôt mourir aussi, n’y est pour rien.

 

Aujourd’hui, seulement, je fais un peu le rapprochement entre l’année d’ouverture de Marmottan et les décès rapprochés de célébrités comme Hendrix, Joplin et Morrisson.

 

Auparavant, lorsque je pensais Ă  Marmottan les premiers temps, je ne le faisais pas. Puisque, d’ailleurs, j’ignorais la date exacte de crĂ©ation et d’ouverture de Marmottan. Marmottan Ă©tait dĂ©jĂ  « lĂ  Â» lorsque j’ai commencĂ© Ă  travailler en psychiatrie au dĂ©but des annĂ©es 90. Et Hendrix, Joplin et Morrisson Ă©taient pour moi des noms et des expĂ©riences musicales imprĂ©cises.

 

Cependant, en décembre 2021, je fais un autre rapprochement. C’est une intuition. A Marmottan, tout acte et tout propos raciste et homophobe de la part d’un patient vaut exclusion du service. Mais aussi tout acte de violence.

 

Maison de tolérance

 

C’est la première fois, dans un service, que j’ai pu voir afficher aussi explicitement de tels  interdits ou de telles limites. Dans tous les autres services oĂą j’ai pu travailler, en psychiatrie adulte, en pĂ©dopsychiatrie ou mĂŞme en soins gĂ©nĂ©raux, ces agissements et ces propos (racistes, homophobes, actes de violence) font plutĂ´t partie du mĂ©tier. Au point que certaines de ces caractĂ©ristiques (risques de violence contre autrui, risques de troubles musculo-squelettiques….) peuvent mĂŞme ĂŞtre stipulĂ©es dans les profils de poste de certaines offres d’emploi.

 

 

A Marmottan, le refus de ces comportements et de ces propos renseigne quant au fait que ses services d’hospitalisation et d’accueil s’adressent ou peuvent s’adresser Ă  toutes sortes de publics. Dès lors qu’ils ont  des problèmes d’addiction et qu’ils sont estimĂ©s suffisamment volontaires, coopĂ©rants, et encore assez valides physiquement, pour ne pas nĂ©cessiter des soins d’urgence ou de rĂ©animation mĂ©dicale, sauf exception.

Car il existe des services d’addictologie où des patients sont perfusés par exemple.

 

Pas Ă  Marmottan.

 

L’un des principes du service d’hospitalisation de Marmottan (lĂ  oĂą j’ai fait mes quelques remplacements) est l’hospitalisation libre, mais avec le principe et le contrat moral, que, durant son hospitalisation, de trois semaines en moyenne, le patient ne sortira pas du service et n’aura aucun contact direct avec l’extĂ©rieur. Il n’aura donc pas accès Ă  son tĂ©lĂ©phone portable ou Ă  son ordinateur ou Ă  sa tablette.  A la place, il bĂ©nĂ©ficiera de la disponibilitĂ© du personnel, mais aussi de celles d’autres patients, par le biais d’entretiens, de mĂ©diations et de moments passĂ©s ensemble. Que ce soit lors de la prise des mĂ©dicaments ou lors des repas, du petit dĂ©jeuner au dĂ®ner. Ou, en regardant la tĂ©lĂ©. Ou, en discutant dans la salle « de thĂ© Â». Et l’on parle vraiment de thĂ© ou de cafĂ© et de quelques gâteaux , de goĂ»ters ou d’eau.  

 

 

Et puis, en dĂ©cembre 2021, « connaissant Â» un petit peu la culture engagĂ©e et militante de Marmottan, je me suis dit que la salle de concert de la Cigale, pour fĂŞter ce cinquantenaire, Ă©tait sans doute un hommage aux victimes des attentats terroristes de Novembre 2015, Bataclan, inclus.

 

 

Je n’ai pas (encore) demandĂ© confirmation. C’est une intuition.  Par contre, j’ai observĂ©, Ă  nouveau, ce jour-lĂ , l’engagement des personnels de Marmottan. PassĂ©s et prĂ©sents. Je le rĂ©pète :

 

Je n’ai pas, Ă  ce jour, connu d’équivalent en matière de commĂ©moration de l’existence d’un service de santĂ© mentale. Ou, alors, je ne peux comparer cette commĂ©moration qu’avec celle des cinquante ans d’un groupe de musique, donc, dans le domaine artistique :

 

Pour moi, ce sera le groupe Kassav’. Puisque j’étais prĂ©sent au concert de leur cinquantenaire Ă  la DĂ©fense Arena. Avant le dĂ©cès de Jacob Desvarieux.  

 

Mais je ne serais pas surpris qu’à Marmottan, musicalement, l’esprit soit plus Rock ou Punk que Zouk. Du reste, le lendemain, et le surlendemain de cette journĂ©e Ă  la Cigale, lors d’une des deux journĂ©es portes ouvertes de Marmottan, il y aura une exposition de pochettes de disques du mĂ©decin chef depuis quelques annĂ©es de Marmottan, Mario Blaise. Une exposition très bien intitulĂ©e « A vos disques et pĂ©rils Â» oĂą il sera possible de voir Ă©tablie une certaine valorisation des addictions avec substances.

A Marmottan, lors du week-end portes ouvertes du 4 et 5 décembre 2021.

 

 

Et,  si mes souvenirs sont exacts, aucune pochette de disque de Zouk ne figurait sur les murs de la pièce. Au contraire de pochettes de disque ayant plutĂ´t trait au Rock. MĂŞme si je me souviens d’une pochette d’un disque de U-Roy, chanteur de Reggae qui venait de dĂ©cĂ©der rĂ©cemment.

 

 

 

Il y avait donc, plutôt, à mon sens, une certaine vitalité Rock, ou punk, dans la tenue de ce cinquantenaire. Voire, free Jazz. Car il m’a semblé qu’à Marmottan, que, même si une certaine ligne de conduite était nécessaire, qu’il importait, aussi, de savoir et de pouvoir improviser entre les lignes. Et de tenir sa partition. Avec les autres.

 

 

 

Cinquante ans plus tard, on peut dire que Marmottan a fait bien plus que tenir. J’ai vu dans cette salle de la Cigale des personnels de Marmottan qui y avaient travaillé et qui sont revenus pour l’occasion. Certains à la retraite. Je pense à l’un d’entre eux, en particulier, un infirmier à la retraite depuis les années 2010 qui m’a répondu avoir travaillé à Marmottan pendant une bonne vingtaine d’années. Il était aux côtés d’une ancienne de Marmottan. Celle que j’avais rencontrée dans mon service précédent et qui m’avait dit que les patients lui avaient appris à faire des prises de sang.

Sur la droite, portant un masque blanc, si je ne me trompe, il s’agit d’AurĂ©lie Wellenstein, la documentaliste de Marmottan. Photo©️Franck.Unimon

 

J’ai revu des personnels de Marmottan que j’avais croisés lors de mes quelques remplacements: Aurélie Wellenstein, la documentaliste qui m’avait permis d’assister à l’événement, en charge de l’organisation de celui-ci comme des diverses formations proposées à Marmottan. Des infirmiers, médecins, accueillants, psychologues, assistantes sociales. Mais aussi des médecins ou autres intervenants qui avaient connu Olievenstein et travaillé avec lui avant de quitter Marmottan ou lui ayant succédé. Je pense, ici, à Marc Valleur qui avait succédé à Olivenstein avant que Mario Blaise, ensuite, ne lui succède en tant que médecin-chef de Marmottan.

De gauche à droite, Mario Blaise, médecin chef de Marmottan, Marc Valleur, le précédent médecin chef de Marmottan, Jan Kounen, réalisateur, Marc Batard, alpiniste. A la Cigale, ce vendredi 3 décembre 2021. Photo©️Franck.Unimon

 

Marc Valleur au micro

Marc Valleur, précédent médecin chef de Marmottan avec Jan Kounen, réalisateur. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Je pense aussi à ces praticiens partis travailler ailleurs, toujours dans le domaine des addictions, et qui, comme les invités, se sont exprimés.

 

Mario Blaise et Marc Batard au micro

 

De gauche à Droite, Mario Blaise, Marc Valleur, Jan Kounen et Marc Batard. La Cigale, vendredi 3 décembre 2021. Photo©️Franck.Unimon

 

Tout comme d’anciens patients.

 

Marmottan m’a aidĂ© Ă  avoir une vie

 

Cela, devant une salle pleine de professionnels venant de la rĂ©gion parisienne ou d’ailleurs ( une psychologue assise Ă  cĂ´tĂ© de moi venait de la rĂ©gion de Rennes).

La Cigale, ce vendredi 3 décembre 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Dans ces tĂ©moignages d’anciens de Marmottan, on entendait et on sentait certains de ces engagements maintenus annĂ©e après annĂ©e, en dĂ©pit d’une certaine adversitĂ©. Mais aussi malgrĂ© ou Ă  cause de certains conflits internes. On percevait une observation affutĂ©e du monde et de la sociĂ©tĂ© qui nous entoure et qui, surtout, nous opprime. On recevait une partie de cette mĂ©moire commune de ce qui avait pu ĂŞtre rĂ©ussi envers et contre tout ainsi que, pour moi, une certaine forme de regret de n’avoir pas vĂ©cu cette histoire.

 

La Cigale, ce vendredi 3 décembre 2021. Photo©️Franck.Unimon

 

Maison de fous. Pas

 

Il y a eu au moins quatre mots en particulier qui m’ont marqué lors de ce cinquantenaire à la Cigale. Des mots qui, pour moi, expliquent Marmottan mais aussi la raison pour laquelle Marmottan a survécu et continue d’inspirer.

 

Photo©️Franck.Unimon

 

 

La Folie.

 

Plusieurs des professionnelles et professionnels venus tĂ©moigner de leur expĂ©rience de Marmottan, sur la scène, ont racontĂ© que lors de leur entretien d’embauche avec Olievenstein, celui-ci, avait pu plus ou moins leur/lui dire :

 

« Je crois que vous ĂŞtes folle. Donc, je vous embauche Â».

Photo©️Franck.Unimon

 

 

Par « folie Â», bien-sĂ»r, il fallait, ici, comprendre que ces professionnelles et professionnels qui postulaient ne se contenteraient pas d’être des petits soldats ou des exĂ©cutants de la morale bien-pensante. Et qu’ils seraient impliquĂ©s dans leur travail bien plus qu’une personne venant juste pour faire ses heures de travail et pour toucher sa paie Ă  la fin du mois. C’est en tout cas comme ça que je l’ai dĂ©cryptĂ©.

 

Car, oui, la folie peut aussi aider Ă  vivre. Et Ă  travailler. 

 

La folie créatrice de Marmottan

 

A cette folie s’associe un humour. Il y a donc eu de l’humour lors de ce cinquantenaire comme il en a existé et en existe à Marmottan.

 

M.Hautefeuille avec sa clé USB à air pulsé

 

Le mot Plaisir a été employé par Mario Blaise, le médecin chef actuel de Marmottan. Par ce mot, le principe est d’éviter de juger le mode de vie des uns et des autres. Ou ce qu’ils sont. Dès lors qu’ils n’agressent pas leur entourage.

 

Un autre mot m’a, d’un seul coup, fait comprendre la raison pour laquelle, Marmottan est un service Ă  part. Et que c’est pour cela que j’avais senti, quelques fois, que lorsque je m’exprimais avec mes instruments de mesure psychiatriques, que cela avait fait flop et que quelques uns de mes collègues de Marmottan m’avaient alors regardĂ© comme si j’appartenais Ă  une espèce insolite :

 

Antipsychiatrie

 

 L’antipsychiatrie a Ă©tĂ© un courant dont j’ai pu entendre parler. Mais un peu. Comme d’une Ă©poque passĂ©e depuis longtemps. Bien avant que je ne commence Ă  venir travailler en psychiatrie au dĂ©but des annĂ©es 90. Encore, qu’à cette Ă©poque, la psychiatrie n’avait rien Ă  voir avec la psychiatrie actuelle en matière de moyens et de culture de pensĂ©e mais, aussi, de transmission.

 

Grossièrement, aujourd’hui, je dirais que la psychiatrie telle qu’elle a pu être argumentée par Frantz Fanon, lors de la guerre d’Algérie, avait à voir avec l’antipsychiatrie. Il s’agissait alors de libérer les individus, ou de contribuer à les aider à se sortir de leur asservissement. A Marmottan, pour commencer, il s’agit d’essayer d’aider des personnes à se sortir de leur asservissement à certaines pratiques lorsque celles-ci sont devenues dangereuses pour leur santé. Cet asservissement a une histoire. La rencontre avec cette pratique s’est faite à un moment particulier de leur histoire.

Le mode relationnel que j’ai pu « voir Â» Ă  Marmottan entre patients et soignants Ă©tait diffĂ©rent de celui que j’avais pu connaĂ®tre ailleurs. On n’était pas, on n’est ni potes, ni amis. Cependant, la distance entre le soignant et le patient est diffĂ©rente comparativement Ă  ce que j’ai pu connaĂ®tre dans d’autres services de psychiatrie et de pĂ©dopsychiatrie. Et, je ne parle pas, ici, de l’absence de la blouse pour le soignant. Car j’avais dĂ©jĂ  connu l’expĂ©rience de l’absence de blouse en tant qu’infirmier.

Fille ou garçon de joie à Marmottan

 

Mais la façon de parler du traitement Ă  Marmottan avec le patient, de l’accompagner comme on dit, est diffĂ©rente. Peut-ĂŞtre que cela se faisait aussi un peu de cette façon dans la psychiatrie des annĂ©es 60 et 70. Lorsque la sociĂ©tĂ© Ă©tait diffĂ©rente ? Et que certains nouveaux neuroleptiques permettaient Ă  certains patients d’aller mieux ?

 

 

Mais on ne parle pas des mêmes publics de patients. J’ai croisé assez peu de patients psychotiques lors de mes quelques remplacements dans le service d’hospitalisation de Marmottan. Et, on ne s’adresse pas de la même façon à une personne non-psychotique même si celle-ci répète des comportements extrêmes du fait de ses addictions.

 

 

 

Un autre mot, depuis décembre, revient par intermittences, lorsque je repense à ce cinquantenaire de Marmottan. Et, cela, d’autant plus que je n’ai pas vu le visage ni le corps de son locuteur, apparu soudainement hors-champ, à aucun moment présent sur la scène puis disparu aussi rapidement.

 

Et pourtant, cet homme Ă©tait  bien conscient de l’histoire de Marmottan comme porteur d’une partie de sa mĂ©moire. Le fait que cet homme, qui devait avoir dans les 70 ans, ait un accent antillais, a certainement eu sur moi un effet particulier. Celui d’un certain rĂ©veil de mes origines antillaises. Peut-ĂŞtre, mais je n’en suis pas sĂ»r, que ce mot sur lequel il a insistĂ© m’a autant parlĂ© parce-que, dedans, j’ai entendu du Gro-Ka, cette musique traditionnelle, très lointaine, rattachĂ©e Ă  la mĂ©moire de soi, Ă  la permanence d’une certaine vitalitĂ© malgrĂ© les trajectoires et qui a besoin de ça pour exister :

 

La Ferveur ( en cliquant sur le lien Ă  gauche, une vidĂ©o apparaĂ®t).

 

Photo©️Franck.Unimon

 

Franck Unimon, ce samedi 24 septembre 2022.

Catégories
Addictions

Au bâtiment 21 avec Pierre Sabourin et Claude Orsel

Depuis le pont d’Argenteuil, ce 29 Mai 2022, au matin. Photo ©️Franck.Unimon

 

              Au bâtiment 21 avec Pierre Sabourin et Claude Orsel

 

La semaine dernière, le groupe de Rap PNL (aucun rapport a priori avec la Programmation Neuro Linguistique )  a jouĂ© plusieurs jours de suite au Palais Omnisports de Bercy. Après avoir Ă©coutĂ© cinq titres de leur album Dans la LĂ©gende (sorti en 2016), j’ai changĂ© de Cd pour leur prĂ©fĂ©rer celui de Kool Shen, Sur le Fil du rasoir qui, bien que datĂ© (sorti Ă©galement en 2016), m’a offert deux titres que j’ai rĂ©Ă©coutĂ© :

Déclassé et Debout.

Auparavant, le titre Ska du Cap de Marion Canonge, sur son album Mitan (sorti en 2011) m’avait beaucoup parlĂ©. De mĂŞme que la sincĂ©ritĂ© Ă  peu près infaillible de Diam’s dans son album Brut de Femme (sorti en 2003) ainsi que dans ces quelques minutes que j’ai regardĂ©es de son interview rĂ©cente par le journaliste Augustin Trapenard Ă  propos de son documentaire sur sa carrière et sa vie, projetĂ© cette annĂ©e au festival de Cannes, festival- prĂ©sidĂ© cette annĂ©e par l’acteur Vincent Lindon– qui s’est terminĂ© ce samedi 28 Mai.  

 

 

Mais, il m’a nĂ©anmoins fallu Ă©couter l’album solo du pianiste cubain Bebo Valdès (sorti en 2005) – et peut-ĂŞtre aussi dĂ©buter la lecture de Notre corps ne ment jamais d’Alice Miller (paru en 2004)- pour me dĂ©cider Ă  raconter un peu le sĂ©minaire PsychothĂ©rapies, Psychanalyse et Addictions ( P.P.A) Transfert et Contre Transfert  proposĂ© un samedi ( ou deux ?) par mois  par Claude Orsel.

 

A moins que ce ne soit, tout simplement, le fait d’avoir discutĂ© la veille ou l’avant veille, avec un de mes cousins, dont l’ex beau-père a Ă©tĂ© condamnĂ©, Ă  plus de 60 ans, Ă  12 ans de prison, pour agression sexuelle sur l’une des filles de sa compagne. Cela fait deux ou trois fois, maintenant, qu’alors que nous discutons de tout autre chose, que mon cousin a “besoin” de faire allusion Ă   son ex-beau père, qui, dĂ©sormais, est en prison pour ces faits. Lui, qui se donnait en exemple. Mon cousin a du mal Ă  l’admettre, mais, plus de trente ans après avoir atteint sa majoritĂ© et ĂŞtre parti vivre chez lui, il en veut encore Ă  son ex-beau père. Quelques annĂ©es plus tĂ´t, avant tout « Ă§a Â», avant cette condamnation, mon cousin m’avait un jour rĂ©pondu, sĂ»r de lui :

« Tout ça, c’est le passĂ© Â». Comme s’il avait tirĂ© un trait. Un trait ?! Le voici, le trait tirĂ© par mon cousin, cela fait deux ou trois fois, maintenant, en Ă  peu près deux ans, qu’il faut qu’il mentionne, Ă  un moment ou Ă  un autre, le fait que son ex beau-père est en prison…

J’ai de quoi comprendre. J’ai Ă©tĂ©, lĂ , enfant, chez lui. Si son ex- beau-père avait toujours Ă©tĂ© gentil – ou indulgent plutĂ´t- avec moi, j’avais aussi Ă©tĂ© quelque peu tĂ©moin de certaines humiliations qu’il lui avait infligĂ©es. Et, j’ai au moins Ă  peu près un souvenir d’un jour oĂą mon cousin, Ă  dix ou douze ans, s’était dĂ©menĂ© pour se faire aimer de cet homme qui soufflait le chaud et le froid dans cette maison. Mais, moi, je n’étais pas directement concernĂ© par cette tyrannie. Et puis, ça me dispensait de celle de mon propre père, Ă  la maison, alors, je n’avais pas Ă  me plaindre….

Rue de Rivoli, Paris, le 29 Mai 2022 vers 20h50. Photo ©️Franck.Unimon

La dernière fois que j’avais vu l’ex-beau père de mon cousin, c’était, par hasard, Ă  la DĂ©fense, il y a Ă  peu près dix ans. Il ne vivait plus avec ma tante, la mère de mon cousin, depuis des annĂ©es. Il  allait bien. Il vivait avec quelqu’un d’autre. Peut-ĂŞtre avec celle dont la fille, ensuite, s’est plainte d’agressions sexuelles…

 

L’invité de Claude Orsel, ce samedi 19 Mars 2022, c’était Pierre Sabourin. Son nom me disait quelque chose. Je savais que c’était quelqu’un d’important. Mais c’était flou.

 

Pierre Sabourin, psychiatre et psychanalyste, a cofondĂ©, il y a trente ans, le Centre des Buttes Chaumont. Dans ce centre, on reçoit des victimes d’inceste et on « s’occupe Â» des violences intrafamiliales et des thĂ©rapies familiales.

 

Inutile de dire que durant toute  mon enfance et mon adolescence, jamais les mots «psychiatre Â» et « psychanalyste Â» n’ont Ă©tĂ© prononcĂ©s devant moi par quelqu’un de la famille, ou un proche, faisant autoritĂ© ou d’à peu près respectĂ©. Au mieux, « la psychiatrie Â», ça allait avec la folie de celle ou de celui qui avait mal tournĂ©. Et c’était tout ce qui pouvait nous y attendre, Ă  la limite :

Nous retrouver du côté des fous. En quelque sorte ensorcelés par cette croyance, notre destin était ainsi scellé. Mais, chez moi, nous ne pensions pas à la psychiatrie de toute façon. Ou alors, un peu en secret, plus tard, lorsque ma mère évoquerait le fait que mon père était devenu fou au moment de partir faire son service militaire. Mais cela restait un mystère. On pouvait donc devenir fou comme ça ou après avoir été ensorcelé. Comme on attrape un rhume….

Dans l’hĂ´pital Ste Anne, Paris 14ème, ce samedi 19 Mars 2022 au matin. ©️Franck.Unimon

 

Ce samedi 19 mars 2022, un peu avant 9h30, pour assister Ă  ce sĂ©minaire Ă  l’hĂ´pital Ste Anne, Ă  Paris, dans le 14 ème arrondissement, il y avait presque autant de monde qui attendait devant le bâtiment 21 qu’au festival de Cannes ou avant un des concerts du groupe PNL.  

 

Il faisait neuf degrés. Il faisait donc, un peu frais.

 

Bien que Claude Orsel ait appelé l’hôpital, avant son arrivée, ce samedi matin, l’entrée du bâtiment 21 était toujours close à notre arrivée.

 

Claude Orsel est nĂ© en 1937. Praticien depuis les annĂ©es 60, il est l’un des  pionniers, en France, dans le traitement des addictions. C’est seulement depuis deux ou trois ans, que j’ai commencĂ© Ă  rencontrer Claude Orsel. En cherchant Ă  me former aux addictions. En tant que soignant.

La première fois que je me suis rendu aux sĂ©minaires qu’il organise, Monique Isambart est venue raconter son parcours ainsi que cette Ă©poque oĂą, avec Claude, et d’autres, ils s’étaient occupĂ©s de patients toxicomanes, Ă  l’Abbaye, en 1969, dans les beaux quartiers de St-Germain des PrĂ©s. Deux ans avant que Olivenstein ne crĂ©e Marmottan dans le 17ème arrondissement. Je ne connaissais pas du tout l’Abbaye. Je connais un petit peu mieux Marmottan. J’y ai mĂŞme fait quelques remplacements en tant qu’infirmier. Marmottan a fĂŞtĂ© ses cinquante ans Ă  la Cigale en dĂ©cembre de l’annĂ©e dernière. J’y Ă©tais mais je n’ai pas encore pris le temps d’en rendre vĂ©ritablement compte dans un article. ( pour patienter, on peut lire Les cinquante Temps de Marmottan). 

 

Ce samedi 19 Mars 2022,  j’ai Ă©tĂ© admiratif de voir comme Claude Orsel et Pierre Sabourin ont pris ce contretemps, dehors, avec lĂ©gèretĂ© ; discutant, attendant avec nous que l’on vienne nous ouvrir. Et, pour cela, se mettant au soleil avec nous pour se rĂ©chauffer un peu. Ils n’étaient pas Ă  ça près. A plus de 80 ans ! Après tant d’annĂ©es Ă  percevoir des histoires dans tous les sens mais aussi Ă  vivre des expĂ©riences cliniques de fond….

 

Nous pouvons supposer que toutes les portes de ce bâtiment auraient Ă©tĂ© ouvertes avant mĂŞme l’arrivĂ©e du groupe PNL ou de n’importe quelle vedette du festival de Cannes.  Nous pouvons aussi supposer que Claude Orsel et Pierre Sabourin ont dĂ» en rencontrer, des cĂ©lĂ©britĂ©s. Tant dans le monde du spectacle que de la clinique et de la pensĂ©e. Mais ce samedi 19 mars 2022, j’ai sĂ»rement Ă©tĂ© plus contrariĂ© que l’un et l’autre que l’on nous fasse autant attendre pour accĂ©der Ă  l’intĂ©rieur de ce bâtiment. Eux deux semblent avoir Ă  peine remarquĂ© l’incongruitĂ© de notre « sort Â». Et puis, cela ne valait pas la peine de s’attarder sur ce genre de dĂ©tail.

 

Par terre, avant d’entrer dans ce bâtiment 21, j’ai aperçu un article de Georg Simmel : Les grandes villes et la vie de l’esprit.

 

En tout, dans la salle, nous étions huit en incluant Claude Orsel. Quatre femmes et quatre hommes, dont une patiente de Claude Orsel. Ce n’est pas la première fois qu’un patient ou une patiente de Claude Orsel vient assister à ce séminaire. Je le souligne car je suis habitué, dans mon travail, à ce que patients et soignants soient séparés.

 

Pierre Sabourin et Claude Orsel se sont connus en Troisième et en Seconde. Pierre Sabourin a un ou deux ans de plus que Claude Orsel.

 

D’emblĂ©e, Pierre Sabourin, encore debout dans la salle, nous a interrogĂ© Ă  propos des transgenres. « C’est une question Ă  laquelle on n’est pas habituĂ© Â».

 

« J’ai envie de prendre un peu de testostĂ©rone Â» a pu dire une jeune patiente.

 

Le terme « maltraitance Â» n’existait pas dans le vocabulaire lorsque Claude Orsel et Pierre Sabourin faisaient leurs Ă©tudes de mĂ©decine.

 

Direct, voire assez directif, avec la volontĂ© sans doute de trancher afin d’aller Ă  l’essentiel, Pierre Sabourin nous recommande certains ouvrages :

 

La violence impensable, « Introuvable Â» nous dit Sabourin.

 

Quand la famille marche sur la tête qu’il a co-écrit avec Martine Nisse, autre cofondatrice, avec lui, du Centre des Buttes Chaumont.

 

Sandor Ferenczi, un pionnier de la clinique

 

Puis, Sabourin nous recommande « trois livres sans complexe Â» :

 

Mort de honte, la BD m’a sauvé dans lequel Serge Tisseron raconte son viol par sa mère.

 

Le Consentement de Vanessa Springora.

 

La Familia Grande de Camille Kouchner.

 

Asnières sur Seine, ce 29 Mai 2022, au matin. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Dans le Petit chaperon rouge de Charles Perrault, «  les loups les plus doucereux sont les plus dangereux Â» nous dit Sabourin. Mais, aussi, «  la menace de mort est toujours prĂ©sente dans les incestes Â» :

 L’auteur(e) de l’agression menace soit la victime de mort ou de se suicider si elle parle pour dĂ©noncer.

 

Sabourin Ă©voque « l’effet hypnotique Â» de la menace de mort sur les victimes. Et poursuit :

« Le mĂ©decin doit ĂŞtre le dĂ©fenseur de l’enfant Â». Le mĂ©decin a devoir de signalement s’il constate un danger pour l’enfant dans son entourage.

 

Sabourin parle de Marceline Gabel, ancienne secrétaire de Serge Lebovici, psychiatre et psychanalyste, décédé. Celle-ci a écrit des livres.

 

Il est fait mention du numéro 154 de la revue Coq-Héron (revue scientifique d’orientation psychanalytique crééé en 1969).

 

Sabourin recommande le livre Dans la maison de l’ogre- quand la famille maltraite ses enfants de Bernard Lempert, « Une merveille d’écriture Â» selon Pierre Sabourin.

 

Sabourin explique :

 

« L’absence d’amour entraĂ®ne l’absence de don qui amène la dette Â».

 

Sabourin parle ensuite, chez la victime de « l’autosacrifice de sa propre intĂ©gritĂ© de pensĂ©e pour sauver ses parents Â».

 

Je découvre que Sabourin connaît très bien des cliniciens hongrois. Ainsi, il est capable de nous donner l’orthographe exacte de Boszormenyi-Nagy Ivan, psychiatre qui a écrit l’ouvrage Invisible Loyalties.

 

Sabourin recommande de relire :

 

 Sándor Ferenczi, un pionnier de la clinique 

 

Totem et Tabou de Freud

 

« La loi de Lacan, c’est la loi du langage Â» nous dit Sabourin. « On fait appel Ă  la police quand la loi symbolique n’a plus d’effet Â».

 

Sabourin nous recommande la lecture de Le Petit homme-coq de Sándor Ferenczi.

 

Est-ce en parlant de Le Petit homme-coq de Ferenczi et/ou de Le petit Hans de Freud que Sabourin parle « d’identification Ă  l’agresseur Â» ?

 

Il est demandĂ© Ă  Sabourin quels sont quelques uns des signes qui peuvent faire penser qu’un enfant a Ă©tĂ© abusĂ©. La rĂ©ponse de Sabourin :

 

Lorsque l’enfant se masturbe tout le temps, tape, frappe, tripote les gens…

 

 

Un dessin d’enfant peut être une preuve clinique et peut être envoyé au procureur.

 

Autrefois, l’enfant Ă©tait le « domaine Â» de la femme et de la mère. Il y avait une grande importance de la nounou.

 

« Le silence structure les familles Â» nous dit Sabourin. « Du ciment dans lequel on met les pieds ? Â» remarque une des participantes du sĂ©minaire.

 

 

«  La Terre a marchĂ© sur un certain nombre de mensonges Â» nous dit Claude Orsel.

 

Sabourin nous recommande l’ouvrage Le Mystère Freud, psychanalyse et violence familiale de Giovanna Stoll et Maurice Hurni, aux éditions L’Harmattan.

 

 

Sur le site de la sécurité sociale, depuis quelques mois, une attention est portée en matière de prévention sur les 1000 premiers jours de l’enfant est-il dit lors de ce séminaire.

 

« La haine de l’amour Â». Cette expression est employĂ©e par quelqu’un toujours lors de ce sĂ©minaire mais j’ai oubliĂ© l’auteur(e) de cette expression. 

J’ai parlĂ© de l’artiste et chanteuse rĂ©unionnaise, Ann O’Aro, abusĂ©e par son père et qui en parle dans son premier album ( Ann O’Aro). Quelques personnes ont pris ses “rĂ©fĂ©rences”. 

Cependant, je ne connaissais aucun des ouvrages citĂ©s par Sabourin. Et n’en n’avais, et n’en n’ai encore lu aucun. Je connaissais Ferenczi, Freud et Tisseron de nom. J’ai peut-ĂŞtre lu un ouvrage  ou deux de Tisseron

Sabourin m’a toutefois confirmĂ© que le livre Le Berceau des dominations de Dorothee Dussy, livre dont j’avais entendu parler rĂ©cemment, et que je venais de commander, est Ă  lire.

Sabourin me confirme aussi que, souvent, lorsque des professionnels de la SantĂ© se retrouvent face Ă  une situation d’inceste qu’ils se demandent en quelque sorte :

“Pourquoi, c’est tombĂ© sur moi ?!”. Tant ces professionnels peuvent ĂŞtre dĂ©semparĂ©s devant ce genre de situation. Je ne me sens pas particulièrement Ă  l’aise, personnellement, devant des situations d’inceste que je pourrais rencontrer au travail. 

L’inceste ( au mĂŞme titre, sans doute, que la pĂ©dophilie, mais pour d’autres raisons) est une “particularitĂ©” de la clinique qui peut dĂ©sarmer ou Ă©garer bien des professionnels de la SantĂ©. 

Je comprends que la pratique d’un Pierre Sabourin ou d’un Claude Orsel repose, aussi, sur un armement intellectuel « lourd Â». Armement ou ossature dont je suis dĂ©pourvu, contrairement sans aucun doute Ă  plusieurs des autres participantes et participants de ce sĂ©minaire. Sur les 8 personnes prĂ©sentes ce samedi 19 Mars 2022, 6 sont des thĂ©rapeutes (psychothĂ©rapeutes, psychanalystes, psychiatres), 1 est une patiente. Je suis infirmier en psychiatrie et en pĂ©dopsychiatrie. Je lis mais assez peu ces ouvrages citĂ©s par Sabourin. Et je ne suis pas formĂ© Ă  la psychanalyse. 

 

Il faudrait aussi parler de la moyenne d’âge des participantes et participants. J’aurai 54 ans, cette année. L’ensemble des participantes et participants m’a semblé plus âgé que moi en moyenne de quelques années. Certaines des participantes connaissent Claude Orsel depuis vingt, trente ans, voire davantage.

 

La psychanalyse, un peu comme l’AĂŻkido, a perdu de sa reconnaissance mĂ©diatique. Son nombre d’adhĂ©rents diminue. En plus, il s’agit d’une discipline difficile Ă  « maitriser Â» comme Ă  intellectualiser.

Il lui est prĂ©fĂ©rĂ© des « protocoles Â» ou des techniques prĂ©sentĂ©es comme plus rapides Ă  utiliser, plus efficaces et aux rĂ©sultats plus concrets.

Je sais que lire et la thĂ©orie ne font pas tout. On peut ĂŞtre très « bon Â» en thĂ©orie ou pour un travail administratif. Et ĂŞtre complètement inadĂ©quat pour la pratique. Pourtant, lorsque la psychanalyse est servie par des personnes comme Pierre Sabourin ou Claude Orsel, il me semble plus difficile de la contredire ou de la dĂ©shĂ©riter.

 

Le prochain séminaire proposé par Claude Orsel se déroulera ce samedi 4 juin 2022 avec Patrick Declerck qui vient d’écrire Sniper en Arizona.

 

J’aurais d’autant plus voulu ĂŞtre prĂ©sent que Patrick Declerck – formĂ© Ă  la psychanalyse- avait donnĂ© un cours Ă  ma promotion. Il me reste des souvenirs de son intervention. C’Ă©tait il y a plus de trente ans. A la fin des annĂ©es 80, en pleine Ă©pidĂ©mie du Sida, Ă  l’Ă©poque oĂą François Mitterand Ă©tait PrĂ©sident de la RĂ©publique. L’hĂ´pital de Nanterre s’appelait peut-ĂŞtre encore la maison de Nanterre. 

 

Mais je serai en stage avec mon club d’apnée, ce samedi 4 juin.

Rue de Rivoli, Paris, 30 avril 2022. Photo ©️Franck.Unimon

 

Franck Unimon, ce mercredi 1er juin 2022.

 

 

 

 

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Addictions

Les cinquante Temps de Marmottan

A la Cigale, décembre 2021.

 

Les Cinquante Temps de Marmottan

 

 

 

C’est venu avec le temps.

 

 

De temps Ă  autre, dans une Ĺ“uvre ou parce-que nous sommes les porte-frontières d’une certaine « curiositĂ© Â», nous parviennent quelques informations sur des systèmes et des planètes Ă©loignĂ©es. Des endroits et des histoires survenues avant nous, qui nous survivront, et oĂą nous n’avons pas le souvenir ou l’expĂ©rience d’avoir jamais mis les pieds.

 

Nous entendons alors parler de cycles, de satellites en orbite, de révolutions autour du soleil, de conditions particulières et hors normes qui seraient pour nous, les communs des mortels, impossibles à vivre ou à approcher.

 

A moins de l’imaginer.

 

Marmottan m’a peut-ĂŞtre fait cet effet-lĂ . Parce-que je ne savais pas ce que je savais. Parce-que, pour savoir, il faut partir  un peu de soi.

 

Partir un peu de soi : Qui est Marmottan ?

 

 

Marmottan a fêté ses cinquante ans l’année dernière, en décembre 2021.

 

 

Qui est Marmottan ?

 

Pendant des années, pour moi, Marmottan était un personnage à part entière de l’Histoire de la Psychiatrie.

 

C’était aussi un nom : Olivenstein.

 

Un texte écrit par un patient de Marmottan, visible à Marmottan lors des journées portes ouvertes qui ont suivi le cinquantenaire à la Cigale.

 

Lorsque j’ai commencé à travailler de manière établie en psychiatrie à Pontoise, en 1992-1993, Olivenstein était encore vivant.

 

Infirmier Diplômé d’Etat en 1989, en 1992, j’avais décidé de rompre avec les services de soins généraux (médecine, chirurgie…) ainsi qu’avec une certaine culpabilité de les quitter.

 

Parce qu’être un vĂ©ritable infirmier, cela consistait Ă  se rendre utile dans les services de soins gĂ©nĂ©raux. A  ĂŞtre capable de performer, de faire et de rĂ©pĂ©ter quelque chose de concret et d’immĂ©diatement vĂ©rifiable :

 

Poser des perfusions, poser des sondes urinaires, faire des pansements et des prises de sang.  Transfuser. Faire, poser, reproduire.  Surveiller. RĂ©aliser les prescriptions.

Mais aussi : se taire. Suivre. Subir. ExĂ©cuter. ObĂ©ir.

 

Après trois annĂ©es de tentatives variĂ©es dans les services de soins gĂ©nĂ©raux ou soins somatiques, par intĂ©rim, ou par vacations, jusqu’à Margate, en Angleterre, durant pendant un mois,  la psychiatrie adulte avait fini par rĂ©apparaĂ®tre, de façon idĂ©alisĂ©e, comme Ă©tant plutĂ´t l’opposĂ©.

 

Comme une expérience qui m’avait plu.

 

En psychiatrie, j’avais le sentiment d’être moi-mĂŞme. De me rĂ©unifier. De me retrouver. De me reconstituer. De me dĂ©couvrir. Et cela m’étonnait que ce mĂ©tier d’infirmier qui, depuis ma formation, avait sans scrupules piĂ©tinĂ© mes thĂ©ories de lycĂ©en pour me dĂ©charger  dans la benne du monde du travail et de celui des adultes devienne….agrĂ©able. Tant dans mes relations avec les patients qu’avec plusieurs de mes collègues plus âgĂ©s et majoritairement diplĂ´mĂ©s en soins psychiatriques.

 

Ma rencontre avec ce service de psychiatrie adulte en tant qu’infirmier, alors que j’avais 24 ans, a selon moi décidé de la continuité de ma carrière. Je crois encore que sans cette expérience en tant qu’infirmier, dans ce service de psychiatrie adulte où j’avais effectué un stage lors de ma troisième année d’étude d’infirmier, que j’aurais trouvé en moi la ressource de changer de métier.

 

 

Aujourd’hui, en 2022, certaines personnes ont « besoin Â» d’un livre comme Les Fossoyeurs de Victor Castanet pour apprendre que les conditions de travail dans les Ă©tablissements de santĂ© peuvent ĂŞtre de plus en plus Ă©pouvantables. Alors que pour moi, dès mes Ă©tudes d’infirmier entre 1986 et 1989, le travail d’un infirmier dans les services d’hospitalisation de soins gĂ©nĂ©raux s’apparentait dĂ©jĂ  beaucoup Ă  du travail Ă  la chaine, comme sur les chaines de montage dans une usine.

 

On peut aimer « Ă§a Â»  par tempĂ©rament ou Ă  un moment de sa vie personnelle et professionnelle. Lorsque l’on aime ou que l’on veut que « Ă§a bouge Â». Lorsque l’on ne supporte pas d’être lĂ  Ă  « rien faire Â».

 

Sachant que pour certains, le fait d’écouter et de penser ; ou d’apprendre Ă  penser par soi-mĂŞme ou de prendre du temps face Ă  quelqu’un d’autre qui se comporte ou se prĂ©sente de manière « Ă©trange», « bizarre Â», « anormale Â», « incomprĂ©hensible Â» voire « dangereuse Â» pour lui mĂŞme ou pour autrui, c’est ne « rien faire Â».

 

 

Un DJ dĂ©cĂ©dĂ© l’annĂ©e dernière ou l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, a Ă©crit dans un livre quelque chose comme : «  En fait, j’ai commencĂ© Ă  dĂ©tester tout ce qui pouvait m’empĂŞcher ou empĂŞcher de danser Â».

 

Hé bien, pour ma part, j’ai commencé à travailler en psychiatrie et eu besoin d’y travailler car, à 24 ans, j’avais commencé à détester tout ce qui pouvait m’empêcher de penser. Sauf qu’alors, je ne pouvais pas l’exprimer de cette manière. Il n’y a qu’aujourd’hui que je peux l’écrire comme ça. Presque trente ans plus tard. C’est venu avec le temps.

 

 

Un certain apprentissage de la psychiatrie et de la Santé Mentale

 

 

Au lycĂ©e, j’aimais apprendre. J’aimais aussi comprendre ce que j’apprenais. Le par cĹ“ur sans comprĂ©hension de ce que j’apprenais m’était insupportable y compris lorsque je le voyais chez les autres.

 

Mes études d’infirmier en soins généraux ont été très éprouvantes. Intellectuellement, je trouvais assez peu mon compte. Ni en stage, ni lors des cours théoriques. Et je devais apprendre des notions médicales vers lesquelles, spontanément, je ne serais jamais allé. Mais impossible de faire autrement car, pour pouvoir protéger et sauver des vies, il faut bien apprendre certaines notions de l’anatomie et de la physiologie. Et, pour me sauver de la déchéance du chômage et gagner ma vie, il me fallait trouver un emploi.

 

J’ai donc dĂ» ingurgiter des connaissances par cĹ“ur durant ces Ă©tudes d’infirmier. Des  connaissances dont nos propres monitrices nous ont dit un jour que nous n’en retiendrions qu’à peu près « dix pour cent Â». Fort heureusement, j’ai rencontrĂ© dans mon Ă©cole d’infirmières des personnes qui, humainement, m’ont fait du bien. Dont une amie avec laquelle je suis toujours en contact.

 

J’ai appris Ă  travailler en psychiatrie en partant de moi. En vivant des situations. En regardant et en Ă©coutant faire. En me trouvant des modèles parmi mes collègues. En discutant avec des collègues en lesquels j’avais confiance. En les interrogeant. En gambergeant. En faisant des erreurs et en m’en rappelant. En lisant certaines fois Ă  droite ou Ă  gauche. Mais pas toujours des ouvrages ou des articles rĂ©servĂ©s Ă  la psychiatrie. 

 

Je n’ai pas appris la psychiatrie par cĹ“ur.  Et j’ai beaucoup de mal avec ces professionnels capables de vous rĂ©citer par cĹ“ur certaines thĂ©ories psychanalytiques et autres, si, par ailleurs, je les trouve ou les pressens « mauvais Â» en situation clinique.

 

Mais il y a bien évidemment certaines connaissances théoriques et autres à mémoriser. Que ce soit concernant certains effets possibles des traitements ou à propos de certaines attitudes à savoir éviter ou à développer en soi.

 

Entendre parler de Marmottan

 

J’ai appris des autres. Et je continue d’apprendre des autres chaque fois que c’est possible.

C’est comme cela que j’ai entendu parler de Marmottan, je pense, dans les années 90. J’avais entendu parler de Francis Curtet au collège, en 3ème, par ma prof de Français. Mais je n’avais pas retenu qu’il avait un rapport avec Marmottan.

 

Marmottan, pour moi, faisait partie de ces services emblématiques de la psychiatrie en France. Avec le CPOA, la clinique de La Borde, les UMD…

 

Et lorsque j’écris « emblĂ©matiques Â», cela signifie que ces endroits se distinguaient des services de psychiatrie traditionnels. Il s’y dĂ©roulait quelque chose de particulier. D’assez hors norme. Je croyais mĂŞme que Marmottan Ă©tait en quelque sorte un hĂ´pital Ă  lui tout seul. Et le savoir me suffisait et m’a suffi pendant longtemps.

 

Jamais, dans les annĂ©es 90, je n’ai fait la moindre dĂ©marche afin d’en savoir plus sur Marmottan, situĂ© rue ArmaillĂ©, pas très loin des Champs ElysĂ©es oĂą je pouvais me rendre assez facilement. Ne serait-ce que pour aller au cinĂ©ma ou pour me rendre au Virgin Megastore qui existait encore.

 

Aujourd’hui, je crois avoir choisi d’aller travailler en psychiatrie pour ne pas devenir fou. Mais, aussi, pour mieux comprendre ma propre folie. Et mieux comprendre d’où elle venait. Certains ont peur d’aller travailler en psychiatrie pensant que cela va les perturber irrémédiablement. Et cela peut en effet perturber, ou plutôt déstabiliser, la conscience comme les connaissances que l’on a de soi que d’aller travailler dans un service de psychiatrie :

A Marmottan, lors de la journée Portes Ouvertes.

Nos certitudes, nos croyances, nos apparences, aussi, peuvent se retrouver contestĂ©es ou abattues face aux divers miroirs de la psychiatrie. Surtout lorsque l’on ne « fait rien Â» et qu’il devient plus difficile de se fuir, et de fuir nos propres pensĂ©es, Ă©motions et sentiments, dans une certaine activitĂ© frĂ©nĂ©tique. Il  peut ĂŞtre  plus facile de couler dans du mouvement certaines Ă©motions et certaines pensĂ©es plutĂ´t que de les laisser remonter jusqu’Ă  affluer Ă  la surface de soi. Surtout si l’on a une image et une de soi monstrueuse ou dĂ©sastreuse.

 

Et, aujourd’hui, je crois avoir décidé, à un moment donné, d’avoir tenté de travailler à Marmottan parce-qu’il y a des années que je crois que, de même que j’aurais pu être un psychotique hospitalisé en psychiatrie, j’aurais aussi pu devenir une personne dépendante à des substances. Mon histoire personnelle, selon mes croyances, aurait pu me faire converger vers ce genre d’état. Or, à ce jour, même si j’ai pu redouter de devenir addict à des substances, plus que de devenir psychotique, cela n’est pas arrivé.

 

J’ai cĂ´toyĂ© et rencontrĂ© des personnes qui ont connu des dĂ©pendances dès l’enfance (l’alcoolisme d’un oncle plutĂ´t bien tolĂ©rĂ© dans la famille ) puis ensuite Ă  l’adolescence et adulte. Des personnes dont j’ai pu ĂŞtre proche (une ex qui avait besoin de fumer cinq Ă  dix joints par jour) ou moins. Cependant, j’étais le « SuĂ©dois Â» de service comme m’avait affectueusement surnommĂ© un ami infirmier psy, ancien hĂ©roĂŻnomane, et assez portĂ© sur la boisson festive. Sobre, dans la maitrise ou le contrĂ´le permanent selon l’analyse que l’on en fait.

 

Sobre, oui, en ce qui concerne les substances. Mais pas pour d’autres addictions.

 

 

Addictions sans substance

 

 

Lorsque j’ai postulĂ© pour travailler Ă  Marmottan, j’étais sĂ»r de moi. J’allais ĂŞtre pris. J’avais des annĂ©es d’expĂ©rience en psychiatrie adulte et en pĂ©dopsychiatrie. J’étais un homme. Et je savais, pour ĂŞtre passĂ© auparavant Ă  Marmottan et y avoir discutĂ© avec certains professionnels qui y travaillaient alors,  qu’il n’était pas nĂ©cessaire d’avoir une expĂ©rience en tant que consommateur de substances ou en addictologie pour y ĂŞtre embauchĂ© comme infirmier. Marmottan recrutait des profils divers. Cependant, il y avait des règles très strictes Ă  Marmottan sur certains sujets.

 

Tout comportement violent ou considĂ©rĂ© inacceptable ( relations sexuelles…) , toute consommation de substance dans le service ou tout propos homophobe vaudrait exclusion de ce service ouvert. Cela me convenait.

 

Pourtant, je n’ai pas Ă©tĂ© retenu pour le poste. De mon entretien, dans la bibliothèque, face Ă  deux mĂ©decins et Ă  la cadre de pole d’alors, je me rappelle entre-autres de cette question posĂ©e par Mario Blaise, dĂ©jĂ  mĂ©decin chef de Marmottan :

 

« Avez-vous des addictions ? Â».

Paris, le magasin Printemps, ce mardi 2 mars 2022 vers 21h.

 

Pour toute personne un peu formée ou sensibilisée aux addictions, c’est une question banale. Comme demander l’heure à quelqu’un. La réponse est facile.

 

Pourtant, j’ai rĂ©pondu “superbement” :

 

« Non, je n’ai pas d’addictions ! Â». J’étais sĂ»r de moi. Bien qu’un peu dĂ©contenancĂ©, et aussi un peu mal Ă  l’aise, j’étais sĂ»r de moi. Je n’avais pas d’addictions. Pas de ça avec moi ! J’étais le “SuĂ©dois”. Celui qui, au milieu de personnes dans un Ă©tat d’ébriĂ©tĂ© avancĂ©, ou qui, face Ă  quelqu’un qui fumait son joint, ne se sentait pas incommodĂ©. Celui qui ne faisait pas de cauchemars après avoir « frayĂ© Â» avec des patients psychotiques….

 

Paris, fin février 2022.

 

Pour moi, addictions rimait encore exclusivement, consciemment, avec les substances. J’avais pourtant bien compris que, dans ma propre vie, certaines situations contraignantes ou douloureuses avaient pu se rĂ©pĂ©ter ou pouvaient encore se rĂ©pĂ©ter sans que je parvienne vĂ©ritablement Ă  m’en dĂ©barrasser. Mais je n’avais pas encore fait le rapprochement. Pour moi, Ă  ce moment-lĂ , les addictions avaient plus Ă  voir avec leur forme la plus visible physiquement mais aussi la plus renommĂ©e et la plus condamnĂ©e moralement et pĂ©nalement :

 

Les addictions avec substances.

On a peut-ĂŞtre du mal Ă  lire, mais dans cet article, Olivenstein dĂ©monte le film ” Moi, Christiane F…”. Il en veut en particulier au fait d’avoir choisi David Bowie pour jouer dans le film. Car celui-ci, en tant que Rock star, valorise/hĂ©roĂŻse la consommation de substances. ( A Marmottan, Ă©galement lors des journĂ©es portes ouvertes).

 

 

Cette nuit encore, alors que  je finissais d’Ă©couter un podcast dans lequel tĂ©moigne une jeune Française qui, sous l’effet d’une radicalisation islamiste, est partie vivre dans l’Etat Islamique en Syrie en 2013, ma bĂ©vue m’est Ă  nouveau apparue Ă©vidente. Lorsque celle-ci a parlĂ© de “cage”. Cette jeune femme, dans ce podcast qui comporte quatre Ă©pisodes, raconte comment, pour elle, partir en Syrie, avait d’abord Ă©tĂ© un moyen de quitter la cage dans laquelle elle se trouvait dans sa famille. En espĂ©rant trouver mieux ailleurs. En rencontrant quelqu’un, Ă  un moment donnĂ© de sa vie, qui lui a promis le meilleur en Syrie en venant vivre dans l’Etat Islamique. Cette rencontre aurait pu ĂŞtre un proxĂ©nète, une mère maquerelle, un dealer. Pour elle, cette rencontre a Ă©tĂ© une personne qui l’a sĂ©duite. Cela a Ă©tĂ© rapide et facile.

 

Car elle Ă©tait “disponible” pour ce genre de rencontre Ă  cette pĂ©riode de sa vie.  Parce-que cette croyance idĂ©ologique collait bien, Ă  cette pĂ©riode de sa vie,  avec son patrimoine personnel et culturel. Et que cette croyance idĂ©ologique, mais aussi cette fuite en Syrie, lui apparaissaient ĂŞtre la bonne dĂ©cision.

Cette jeune femme, devenue mère en Syrie est revenue en France six ans plus tard ( en 2019). Et  s’est officiellement dĂ©tournĂ©e de cette croyance islamiste. Elle a pu dire qu’en quittant la France et sa famille, elle avait finalement quittĂ© une cage pour une autre cage. Mais aussi que partir de chez ses parents Ă©tait la “bonne dĂ©cision” mais que la destination choisie Ă©tait “mauvaise”. Elle s’en est rendue compte une fois sur place, en Syrie. 

 Je me suis dit que c’est exactement ce qui peut se passer pour une personne dĂ©pendante avec une substance. MĂŞme si on peut chercher une substance avant tout pour le plaisir. Le mot plaisir a Ă©tĂ© prononcĂ© lors du cinquentenaire de Marmottan.  

Au dĂ©but, c’est très bien, c’est merveilleux, c’est exceptionnel, on vibre. La suite est moins agrĂ©able. Rencontre. PersonnalitĂ©. Cage. On peut remplacer le produit par une croyance ou par une pratique lorsque l’on parle d’addiction. 

 

Il y a sĂ»rement d’autres raisons que mon “incapacitĂ©” Ă  rĂ©pondre favorablement Ă  cette question sur “mes” Ă©ventuelles addictions pour expliquer mon Ă©chec Ă  cet entretien lorsque j’ai postulĂ© pour Marmottan. Comme le simple fait d’avoir envie ou non de travailler avec moi ou de se sentir Ă  l’aise en ma prĂ©sence. Mais mon ignorance hardie, bien qu’assumĂ©e car j’ai ouvertement dit que je ne connaissais pas grand chose dans le domaine des addictions, m’a peu aidĂ© Ă  convaincre de m’embaucher. Puis, par la suite, devant ces Ă©checs ( j’ai postulĂ© trois fois), j’ai dĂ©veloppĂ© une ambivalence Ă  l’idĂ©e de travailler Ă  Marmottan. Peut-ĂŞtre une ambivalence qui peut se retrouver chez toute personne envers son addiction.

 Chaque fois que je suis retournĂ© travailler en remplacement Ă  Marmottan, je m’apercevais que je me sentais suffisamment appropriĂ© : je ne regardais pas ma montre en Ă©tant pressĂ© que ça se termine. Tout en sachant que j’avais beaucoup Ă  apprendre. Je m’y sentais suffisamment bien. Pourtant, il m’est aussi arrivĂ© de me dire que ce n’Ă©tait pas pour moi. Que je n’Ă©tais peut-ĂŞtre pas fait pour y travailler. Que j’allais me faire rouler dans la farine. Ou que je ne saurais pas conseiller ou accompagner comme il se devait certains patients. Que je ne saurais pas leur rĂ©pondre.

 

 

Marmottan, le service spécialisé dans le traitement des addictions

 

 

J’ai nĂ©anmoins eu la chance de venir faire des remplacements, avant et après ma postulation Ă  Marmottan, Ă  peu près une quinzaine de fois en tant qu’infirmier. Et, lorsque j’écris Marmottan, car il faut le prĂ©ciser, je parle bien-sĂ»r du service spĂ©cialisĂ© dans le traitement des addictions.

 

Parce-que si le service spécialisé (hospitalisation et accueil) dans les addictions est connu sous le nom de Marmottan, Marmottan est aussi un endroit où se trouvent un CMP pour patients adultes où se trouve une consultation pour adultes pédophiles. Ainsi qu’un hôpital de jour de psychiatrie adulte. Deux services (le CMP et l’hôpital de jour) qui sont indépendants du service consacré au traitement des addictions. Même si ces deux services (le CMP adulte et l’hôpital de jour) sont aussi situés dans le même bâtiment, rue Armaillé dans le 17 ème arrondissement de Paris.

 

Il  y a aussi le musĂ©e Marmottan qui se trouve Ă  cĂ´tĂ©. Un musĂ©e bien rĂ©fĂ©rencĂ© que l’on peut visiter et qui n’a rien Ă  voir avec le service.

 

Le Marmottan dont je parle, initialement, faisait partie de l’hĂ´pital psychiatrique Perray-Vaucluse. HĂ´pital par lequel j’ai Ă©tĂ© recrutĂ© en juillet 2009. C’est Ă  cette occasion que j’ai compris que « le Â» Marmottan dont j’avais entendu parler depuis des annĂ©es Ă©tait un service. Et que ce service faisait partie du mĂŞme hĂ´pital que celui qui m’employait.

 

Lorsque l’on parlait de grands Ă©tablissements psychiatriques en rĂ©gion parisienne, les Ă©tablissements hospitaliers auxquels je pensais principalement  Ă©taient :

 

Maison Blanche ; Ville-Evrard ;  Ste-Anne ; Voire Villejuif ou Paul Guiraud. 

 

J’ai dĂ©couvert l’existence du groupe hospitalier psychiatrique Perray-Vaucluse tardivement. Et par hasard. Vers la fin des annĂ©es 2000. Il y a une explication gĂ©ographique Ă  cette ignorance. L’Etablissement Perray-Vaucluse est situĂ© dans l’Essonne. Soit dans un dĂ©partement oĂą je n’ai jamais eu d’attache ou de domiciliation. Puis mon ignorance culturelle, comme celle de mes collègues, de la Psychiatrie a fait le reste.  J’ai connu la psychiatrie de Pontoise parce-que j’habitais Ă  Cergy Pontoise durant mes Ă©tudes d’infirmier et que j’y rĂ©sidais encore lorsque j’avais commencĂ© Ă  y travailler en psychiatrie adulte.

 

L’hôpital psychiatrique Perray-Vaucluse, comme les autres, est au moins centenaire. Absorbé par Maison Blanche il y a quelques années, il fait désormais partie du GHU Paris Ste Anne qui comporte la fusion des établissements Perray-Vaucluse, Maison Blanche et Ste Anne. Soit un ensemble de services intra-hospitaliers mais aussi extra-hospitaliers de santé mentale ( psychiatrie adulte, addictions, soins généraux ou somatiques, pédopsychiatrie…).

 

A la Cigale, lors du centenaire de Marmottan. Assis, Ă  gauche, le Dr Mario Blaise, chef du PĂ´le Marmottan-La Terrasse, GHU Paris. Sur sa droite, un des praticiens de Marmottan, le Dr Bertrand. Tout au bout Ă  droite, un des anciens praticiens de Marmottan, Aram Kavciyan, dĂ©sormais psychiatre chef du service d’addictologie au CH de Montfavet depuis des annĂ©es. Je crois que la personne debout en train de parler est une accueillante de Marmottan. J’ai oubliĂ© la fonction de la dame assise.

 

Marmottan/ Olivenstein/ Personnalité/ Antipsychiatrie

 

 

Marmottan a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en 1971, par Claude Olivenstein. Lors du cinquentenaire, j’ai appris qu’il y avait deux ou trois autres mĂ©decins avec lui pour fonder Ă  Marmottan le service spĂ©cialisĂ© dans le traitement des addictions. Mais lorsque l’on dit Marmottan, encore aujourd’hui, pour beaucoup d’un certain âge, on pense aussitĂ´t : Olivenstein.  

 

Son nom et une partie de sa mĂ©moire -comme de sa prĂ©sence- habitent encore l’endroit pour le peu que j’ai entrevu. MĂŞme si, après lui, Marc Valleur a pris sa suite et a, depuis, transmis le relais Ă  Mario Blaise.  

 

A la Cigale, Ă  gauche, Mario Blaise, chef du PĂ´le Marmottan-La Terrasse, GHU Paris. A sa droite, le Dr Marc Valleur, le prĂ©cĂ©dent mĂ©decin chef de Marmottan-La Terrasse qui continue de consulter Ă  Marmottan. Jan Kounen, rĂ©alisateur, venu, entre-autres, parler de son expĂ©rience de l’Ayahuesca. Tout Ă  droite, l’alpiniste Marc Batard venu parler de son addiction aux sommets.

 

 

Le service Marmottan, spécialisé dans le traitement des addictions, a une personnalité que j’ai rarement trouvée ailleurs. Par personnalité, je pense à une volonté assez farouche de maintenir son autonomie et/ ou son indépendance de pensée, de façon de travailler, qui tranche avec cette façon assez unanime qu’ont eu les services de psychiatrie- que je connais- de s’aligner sur les différents diktats imposés ces vingt dernières années en matière de soin et de façon de soigner. Ou de transmettre. Par exemple, alors que depuis une bonne dizaine d’années maintenant, la majorité des services de santé mentale – et autres- écrivent leurs transmissions et leurs prescriptions sur ordinateur, à Marmottan, on écrivait- et on écrit sans doute encore- les transmissions comme les prescriptions médicales sur papier.

 

 

Bien-sûr, mes principaux repères de comparaison sont ici sont ceux de la psychiatrie que je connais.

La psychiatrie que je connais en rĂ©gion parisienne telle qu’elle se pratique aujourd’hui dans la plupart des services est très diffĂ©rente de celle qui est Ă©tait pratiquĂ©e il y a encore vingt ou trente ans. Par bien des aspects, la psychiatrie d’aujourd’hui a dĂ©figurĂ© ce qui se faisait de « bien Â» il y a vingt ou trente ans. Moins de moyens, moins de personnels, plus d’heures de travail…plus d’informatique…

 

L’ouvrage de Victor Castanet, Les Fossoyeurs qui a fait l’actualitĂ© il y a quelques semaines, avant d’être dĂ©passĂ© par l’actualitĂ© de l’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie « de Â» Vladimir Poutine, scrute, si j’ai bien retenu, les conditions de travail dans les EHPAD. Malheureusement, sous d’autres formes, les conditions de travail en psychiatrie publique se sont aussi dĂ©tĂ©riorĂ©es puisqu’elles doivent dĂ©sormais se calquer sur le modèle du privĂ©. Et le peu que j’ai vu dans deux cliniques de psychiatrie adulte il y a une dizaine d’annĂ©es, lorsque j’y avais effectuĂ© des vacations, ne m’a pas donnĂ© envie d’y postuler.

 

 

Aussi, lorsque durant le cinquantenaire de Marmottan, en dĂ©cembre, le mot « Antipsychiatrie Â» a Ă©tĂ© prononcĂ© par un ou une des intervenants, il m’est tout de suite apparu Ă©vident que cela expliquait en partie l’une des raisons pour lesquelles Marmottan, le service des addictions, dĂ©tonait et dĂ©tone encore dans le milieu de la SantĂ© Mentale.

 

D’une part parce que le travail qui s’effectue dans un service spécialisé dans le traitement des addictions se distingue du travail effectué dans un service de psychiatrie. Mais aussi parce qu’il s’y pratique un certain esprit, une certaine façon de travailler, pour le peu que j’ai vu sur place, auxquels un professionnel familier avec la psychiatrie n’est pas habitué.

 

 

Cet article devait être unique. Mais je m’aperçois que le poursuivre maintenant le rendrait trop long. Et qu’il vaut mieux que je m’arrête sur cette introduction avant, dans un prochain article, de raconter et de montrer davantage comment c’était lors du cinquentenaire de Marmottan à la salle de concert de la Cigale en décembre dernier. Mais aussi dans le service ( d’accueil et d’hospitalisation) lors d’une des deux journées portes ouvertes qui a suivi la journée à la Cigale.

 

 

Franck Unimon, ce lundi 28 février 2022.

 

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Addictions Corona Circus Echos Statiques self-défense/ Arts Martiaux

La Clinique de l’Amour-d’après un Podcast de France Inter

 

                   La Clinique de l’Amour, d’après un podcast  de France Inter

C’est devenu une obsession. Après quelques autres obsessions. Car je fais partie des obsessionnels anonymes. Nous sommes des millions et peut-ĂŞtre des milliards Ă  porter ce type de tablier :

 

La personne « obsessionnelle Â» Ă  laquelle je pense est souvent appelĂ©e « maniaque Â» dans le langage quotidien. Dans le langage quotidien, la personne « obsessionnelle Â» ou « maniaque Â» Ă  laquelle je fais allusion est celle ou celui dont la vie semble souvent dĂ©pendre de deux ou trois dĂ©tails qui (le) tuent presque :

 

Madame ou Monsieur a très bien prĂ©parĂ© son repas. Les invitĂ©s vont arriver. Tout est parfait.  La table est mise. Tous les couverts assortis sont disposĂ©s Ă  angle droit avec des variations chromatiques Ă©tudiĂ©es selon le thème astral ou le chakra de chaque convive. Un petit cadeau personnalisĂ© attend chacun. La musique frĂ´le l’intime et le sublime au vu de la crĂ©ativitĂ© des enchaĂ®nements. Mais aussi du fait de l’onctuositĂ© de la restitution sonore. Le mobilier a Ă©tĂ© cirĂ©. Le mĂ©nage a Ă©tĂ© bien fait. Les meubles sont disposĂ©s selon des prĂ©ceptes bouddhistes qui invitent Ă  la dĂ©tente et Ă  la mĂ©ditation. D’ailleurs, un bâton d’encens se consume Ă  la façon d’un phare qui assurerait la sĂ©rĂ©nitĂ© ainsi que l’impossibilitĂ© du naufrage formel comme spirituel. Tout va bien. Madame ou Monsieur est exactement zen. Et puis, arrive le court-circuit.

 

En passant la porte de la salle de bain pour aller ouvrir aux invités qui viennent de sonner à l’interphone, Madame ou Monsieur s’aperçoit de la présence d’une boursouflure sur le mur adjacent. C’est trois fois rien. Un demi-centimètre de boursouflure que personne ne remarquera. Mais, à partir de ce moment, une bombe à retardement s’enclenche. Bombe que Madame ou Monsieur ne parviendra pas à désamorcer. Car, Madame ou Monsieur ne pensera plus qu’à cette boursouflure. Et non plus à cette invitée ou cet invité qui lui a tant plu lors d’une précédente soirée et qu’elle ou qu’il espère séduire en sortant le grand jeu.

 

 Avant que le premier invitĂ© ou la première invitĂ©e n’arrive, Madame ou Monsieur aura peut-ĂŞtre dĂ©foncĂ© le mur Ă  la masse et recevra alors dans la poussière et les gravats…..

 

 

Je caricature bien-sĂ»r lorsque je donne cet exemple « d’obsession Â». Dans cette anecdote que je viens d’inventer ce matin, il s’agit bien-sĂ»r d’une « obsession Â» grave. D’ordre psychiatrique. Mais j’ai illustrĂ© ça de cette façon, en grossissant le trait, pour mieux me faire comprendre lorsque je parle d’obsession. Mes obsessions sont bien-sĂ»r plus lĂ©gères que celle que je viens de raconter. On peut reprendre son souffle ou se mettre Ă  rire.

 

 

Les Maitres, les Experts, les amis….et les faussaires :

 

DĂ©sormais, pratiquement chaque fois que je lis les propos d’un grand Maitre d’Arts Martiaux, d’une PersonnalitĂ© ou de tout autre individu dont l’itinĂ©raire me « plait Â», je me soumets Ă  cette question :

 

Quel genre de personne est-ce lorsque son enfant, comme tous les enfants, le prend au dĂ©pourvu et dĂ©range son superbe agencement mental et moral ? La nuit ? Le jour ? Pendant qu’il est au volant ? Alors qu’il est occupĂ© ? Tandis qu’il lui parle et essaie de le convaincre ou de lui transmettre quelque chose ?

 

 

Lorsque l’on lit les interviews ou que l’on assiste à des démonstrations de Maitres, d’experts ou autres, on a souvent l’impression que tout coule de source pour eux, sur le tatamis comme dans la ratatouille du quotidien. On dirait que leurs émotions sont toujours leurs alliées ou leurs domestiques. Ou, qu’au pire, elles se prennent une bonne branlée lorsqu’elles tentent de les entraîner dans un mauvais kata ou dans un mauvais plan. Mais je sais que c’est impossible. Je sais que c’est faux. Sauf que je n’ai pas de preuves.

 

Je pourrais me rabattre sur les amis. Mais j’ai compris que parmi mes amis, connaissances, collègues et autres, passĂ©s, prĂ©sents et futurs se cachent beaucoup de faussaires :

 

Du côté des mecs ou des hommes, si l’on préfère, cette fausseté est un composé d’ignorance, de prudence et de conformisme. Je n’ai pas oublié, et sans doute ne l’ai-je toujours pas digérée, cette sorte d’hypocrisie sociale et faciale, à laquelle j’ai participé, de bien des hommes qui, plus jeunes, savaient me parler de cul, de leurs coups, de nanas….alors que, secrètement, ils aspiraient à se marier et à faire des enfants.

 

Un article lu par quelles femmes et quels hommes ? :

 

 

Bien-sĂ»r, cette caricature sociale peut faire rire. Et, elle doit faire rire. Ce qui me fait faire la grimace, c’est que cette caricature et ce conformisme social nous font souvent, hommes comme femmes, passer Ă  cĂ´tĂ© du principal concernant notre vie personnelle. Voire concernant notre vie tout court. Un exemple :

 

Cet article long (comme beaucoup de mes articles) sera, à mon avis, plus lu – et apprécié- par des femmes que par des hommes. Alors que les hommes ou les mecs (hétéros comme homos) sont à mon avis autant concernés que les femmes par les sujets de cet article. Puisque, tous, à un moment ou à un autre, nous nous postons devant le sujet de l’Amour et essayons d’y répondre avec nos moyens.

Et si des hommes lisent cet article, je m’attends Ă  ce qu’ils soient en majoritĂ© âgĂ©s de plus de trente ans. Parce qu’en dessous de 30 ans- c’est très schĂ©matique- mĂŞme si les hommes peuvent ĂŞtre des sentimentaux ( je suis un sentimental), nous sommes nombreux, je crois, Ă  ĂŞtre obsĂ©dĂ©s par le fait d’être performants sexuellement. Que ce soit en termes de nombre de conquĂŞtes ou en termes d’aptitudes particulières (longueur du pĂ©nis, durĂ©e de l’érection, capacitĂ© Ă  s’accoupler dans telle position et dans tel type d’environnement etc….), on dirait que notre valeur personnelle est indexĂ©e ( vraiment) sur notre valeur boursière. Et, ce qui est troublant, c’est que plus un homme est « connu Â» pour ĂŞtre un tombeur, plus sa cĂ´te augmente auprès d’une certaine gente fĂ©minine. Gente fĂ©minine qui peut ĂŞtre tout Ă  fait Ă©duquĂ©e, cultivĂ©e et aisĂ©e socialement et matĂ©riellement. Dans le film Extension du domaine de la lutte adaptĂ© par Philippe Harel  (avec lui-mĂŞme et JosĂ© Garcia d’après le livre de Michel Houellebecq) il est clairement dĂ©montrĂ© que l’homme sans conquĂŞte fĂ©minine, dĂ©primĂ©, laborieux et terne est souvent cĂ©libataire contrairement Ă  celui qui « besogne Â» les femmes pour ĂŞtre direct.

 

S’il existe des couples de déprimés, il est aussi assez courant que l’un des deux aille chercher de la légèreté et du réconfort ailleurs. Même si c’est pour, ensuite, revenir au domicile par sécurité, par espoir ou par devoir.

 

Mieux se comprendre, mieux se choisir et mieux s’aimer :

 

Je crois nĂ©anmoins que certaines femmes n’ont pas besoin qu’on leur promette des Ă©toiles (comme m’avait dit un jour un de mes cousins Don Juan il y a plusieurs annĂ©es) pour « faire le grand soleil Â» comme dirait le romancier RenĂ© Depestre.

 

Ou pour se mettre en couple.

 

Pourtant, Ă  propos du sujet de l’Amour, je crois les femmes plus sincères entre elles. Pour l’aborder. Mais je ne vais pas non plus en faire des anges de clairvoyance et de droiture. Car, comme je l’ai dit ce matin avec humour et provocation devant plusieurs de mes collègues femmes :

 

« Cela peut ĂŞtre difficile d’être d’un homme devant une femme Â». Et je ne parlais pas de compĂ©tences sexuelles en particulier. Pour ĂŞtre un homme devant une femme, il faut dĂ©jĂ  savoir ce que cette femme attend d’un homme. Mais aussi ce qu’être femme signifie pour elle. Et quels sont leurs vĂ©ritables projets Ă  tous les deux dans la vie. Et si ça concorde suffisamment pour tous les deux.  

 

Ça paraît simple écrit comme ça. Mais si c’était si simple que cela, les gens se choisiraient mieux, se comprendraient mieux et s’aimeraient mieux.

 

Je crois que, gĂ©nĂ©ralement, on continue de croire qu’il « suffit Â» de s’aimer et de se dĂ©sirer pour qu’une histoire dure.

 

Il existe, aussi, une sorte de méfiance instinctive, donc animale, entre l’homme et la femme, mais aussi entre deux personnes, dès qu’elles se rencontrent, qui fait, bien des fois, que certaines personnes qui pourraient s’allier se rejettent. Pendant que d’autres qui auraient mieux fait de s’ignorer décident de s’amalgamer.

 

Les Hommes, tous des salauds ?! Et les Femmes, toutes des salopes ?!

 

 

Comme tout le monde, j’ai entendu certaines femmes dire des hommes qu’ils sont « tous des salauds!». Et certains hommes dire que les femmes «  sont toutes des salopes ! Â».

 

Ce qui m’étonne, de manière rĂ©pĂ©tĂ©e, mĂŞme s’il y a bien-sĂ»r des « salauds Â» parmi les hommes et des « salopes Â» parmi les femmes, c’est que ces mĂŞmes personnes (femmes et hommes), lorsqu’elles croisent des gens « bien Â», les zappent ou les ignorent. C’est une constante. Je n’écris rien d’extraordinaire, ici.

 

 

Des couples volontaires : Se dire oui…et non.

 

 

Et puis, il y a cette ambivalence ou cette particularitĂ©, propre, je crois, Ă  tous les couples :

 

Lorsque l’on décide de se mettre ensemble, on est souvent l’un et l’autre très volontaire. Car on est au moins soutenu par l’Amour, le désir ainsi que par le souhait de rompre notre solitude.

 

Cependant, dans chaque couple, je crois, mĂŞme si l’on se dit « oui Â» (que l’on se marie ou non), il est des domaines sensibles oĂą l’on se dit non.

 

Mais on le banalise ou on l’ignore parce-que le regard et le corps de l’autre produisent alors des atomes qui propulsent notre univers personnel dans un espace-temps qui s’ouvre seulement pour nous. Et cela nous rend extraordinairement optimistes. Ou exaltés.

 

Et, nous aussi, nous produisons des atomes auxquels l’autre est alors particulièrement sensible. Cela la rend ou le rend aussi extraordinairement optimiste ou exalté( é).

 

 Alors, nous dĂ©collons ensemble vers un ailleurs sans toujours bien prendre le temps de bien vĂ©rifier la validitĂ© de tout l’équipement affectif que nous emportons. Mais aussi ses rĂ©elles compatibilitĂ©s avec l’équipement affectif, moral et psychologique de l’autre. Car notre vie est ainsi faite :

 

De vérifications mais aussi d’élans et de spontanéités. Certains de nos élans et de nos spontanéités sont inspirés par des reflets de nous-mêmes….sauf qu’un reflet, c’est le contraire de l’autre. C’est notre regard sur lui.

SĂ©rie ” La Flamme” sur la chaine Canal + que je n’ai malheureusement pas encore pu voir.

 

 

Moi, thĂ©rapeute de couple ?!

 

 

A ce stade de cet article, on peut peut-ĂŞtre croire que je ma la pète :

 

Que j’ai tout vu et tout entendu. Et que je sais tout concernant le couple. Que je maitrise mon sujet. Ce serait plutĂ´t, un peu le contraire. Je m’applique seulement Ă  ĂŞtre aussi sincère que possible. Aux potins, ragots et autres articles de psychologie « de cuisine Â» oĂą l’on donne des « trucs Â»,  je prĂ©fère  donner la prioritĂ© Ă  un certain vĂ©cu, Ă  certaines rĂ©flexions. Et Ă  les transmettre. Parce-que j’ai aussi eu la chance, quand mĂŞme, d’avoir des discussions ouvertes, ou d’être le tĂ©moin direct de certaines situations affectives sensibles.

 

NĂ©anmoins, j’ai aussi lu des articles de psychologie « facile Â». Et, j’en lirai sans doute d’autres. J’ai aussi Ă©coutĂ© des potins et des ragots mĂŞme si ce n’est pas mon point fort.

 

Car, évidemment, comme pour tout le monde, tout a commencé dans mon enfance.

 

 

 

Le modèle de mes parents :

Je suis largement l’aĂ®nĂ© des enfants de mes parents. A voir mes relations passionnelles et rapidement explosives avec mon père, je reste devant un mystère. Je me demande encore quel genre de père il Ă©tait lorsque je ne m’en souviens pas :

 

Lors de mes quatre premières annĂ©es de vie. Lorsque j’écoute ma mère, que j’ai dĂ©jĂ  questionnĂ©e et re-questionnĂ©e, mon père aurait Ă©tĂ© un père tout ce qu’il y a de plus « ordinaire Â» Ă  mon Ă©gard. Mais je ne le crois pas. Je crois que ma mère, pour dĂ©fendre l’image de mon père et aussi parce qu’elle s’y retrouvait en tant que femme et en tant que mère, avec moi, n’attendait pas trop de « choses Â» de mon père, lorsque j’étais petit.

 

Si bien des femmes se sentent peu maternelles, il existe aussi nĂ©anmoins beaucoup de femmes, sans doute selon un certain modèle traditionnel, qui se sentent d’autant plus femmes qu’elles deviennent mères. Et qu’elles s’occupent de la petite ou du petit. Ce modèle de mère ou de maman n’attendra pas de l’homme ou du père qu’il se lève la nuit lorsque le bĂ©bĂ© ou l’enfant se rĂ©veille. Ni que l’homme ou le père change les couches, prĂ©pare les biberons ou garde l’enfant Ă  la maison. Pour ce « genre Â» de maman, si le père ou le papa est important, en pratique, celui-ci est un personnage assez secondaire lors des premières annĂ©es de vie.  Or, les relations que l’on a dès les premières annĂ©es de vie avec notre enfant mais aussi avec nos frères et nos sĹ“urs engagent nos relations futures.

 

Lorsque je vois Ă  quel point et avec quelle rapiditĂ©, quelques Ă©changes avec mon père suffisent Ă  ce que nous soyons chien et chat, ou, plutĂ´t, deux coqs face Ă  face, j’ai beaucoup de mal Ă  croire qu’il ait pu ĂŞtre si « affectueux Â» Ă  mon Ă©gard lors de mes premières annĂ©es de vie. MĂŞme si je ne doute pas de son amour comme de son implication- musclĂ©e et obsessionnelle- ensuite dans mon Ă©ducation.

 

 

L’enfance est une carrosserie : diffĂ©rences entre la chirurgie et la psychiatrie

 

 

Aîné de mes parents, par contre, je me rappelle bien avoir été le témoin direct et contraint de leurs différends. Et ce n’était pas toujours très beau. Des propos tenus en ma présence.

Des confidences que ma mère a pu me faire. Confidences qui m’ont appris le sens et l’importance de la discrétion et des mots. Ainsi que la solidarité. Sauf que j’étais trop jeune lorsque cet apprentissage a débuté. J’avais moins de dix ans.

 

L’enfance, c’est une carrosserie. Pendant des années, l’enfance permet d’absorber un certain nombre de chocs et d’accidents. Les parents parfaits n’existent pas. Même si chaque parent, je crois, essaie de réparer et de faire mieux ou un peu mieux que ses propres parents.

 

Mais la vie parfaite n’existe pas. Et nous sommes faits et constitués de manière à pouvoir encaisser un certain nombre d’accrochages. Sauf que les coups que nous prenons sont invisibles et laissent des traces invisibles. C’est une des grosses différences entre la chirurgie et la psychiatrie et la psychologie.

 

Lorsque l’on se fracture une jambe en faisant du ski, de la danse, de la Gym ou du Foot, on a des signes physiques visibles. Cela se voit Ă  la radio. On peut rĂ©parer. Je crois de plus en plus que beaucoup de nos blessures sportives arrivent souvent , aussi, dans un certain contexte affectif et psychologique mĂŞme si la fatigue physique et le surentraĂ®nement ou la mĂ©forme peuvent augmenter les risques de blessures. Mais, retenons dans notre exemple ce que je veux surtout dĂ©montrer. La chirurgie permet de rĂ©parer et de rĂ©duire des dommages physiques et physiologiques « visibles Â», dĂ©tectables. Incontestables. Le terme « incontestables Â» a une grande importance.

Le terme « DĂ©montrables Â», aussi. On se fracture une jambe, il est très facile de le dĂ©montrer. Il suffit de toucher. De regarder Ă  l’œil nu. C’est souvent gonflĂ©, chaud, froid, etc….

 

En psychiatrie et en psychologie, il y a aussi des signes cliniques variĂ©s :

 

Perte d’appĂ©tit, perte de sommeil, boulimie, anorexie, conduites Ă  risques, pensĂ©es particulières,  idĂ©es de mort, dĂ©lires etc….

Sauf qu’entre le moment oĂą un Ă©vĂ©nement traumatique a lieu et « dĂ©clenche Â» l’état psychiatrique ou psychologique- physique et social- visible et dĂ©tectable, il peut se passer plusieurs annĂ©es. En pĂ©dopsychiatrie, on a des mĂ´mes de dix, onze ans voire moins. Ça fait très « petit Â» pour ĂŞtre hospitalisĂ© dans des services de pĂ©dopsychiatrie ou pour consulter dans un centre mĂ©dico-psychologique ou dans un CMPP. Ou pour rencontrer un psychologue. Mais ça fait combien d’annĂ©es que la « carrosserie Â» de ces mĂ´mes se mange des chocs et des accrochages ? Depuis leur naissance ? Avant leur naissance ?

 

Dans un garage, on peut vous dire : ça fera tant et tel nombre d’heures pour rĂ©parer la carrosserie. La voiture est un objet inerte. L’être humain est le contraire d’un objet. Et l’être humain est tout sauf inerte. L’être humain, c’est de la matière vivante. RĂ©ceptive Ă  ce qui l’environne, qu’elle s’en rende compte ou non. Partout, tout le temps. Lorsqu’elle dort. Lorsqu’elle Ă©coute de la musique. Lorsqu’elle passe devant une rĂ©clame publicitaire. Lorsqu’on la touche. Ça n’a rien Ă  voir avec une carrosserie de voiture ou avec une fracture que l’on va rĂ©duire au bout de quelques semaines ou quelques mois.

 

Le couple, continuitĂ© de  notre enfance :

Le couple, c’est la continuité de notre enfance. Même adultes, nous restons des enfants.

Beaucoup de personnes croient qu’une fois adultes, elles se sont complètement séparées de leur enfance. Elles ont évolué, oui. Si on leur propose une tétine ou un biberon pour bébé, c’est évident, qu’elles n’en voudront pas. Mais les tétines et les biberons ont aussi évolué. Eux aussi sont devenus grands. Mais avant de devenir adultes, on passe par l’adolescence. Une période assez critique. On critique le monde, les autres, soi. On fait les comptes de ce que l’on a compris et assimilé de la vie, les bons aspects comme les mauvais.

 

Il existe un âge théorique pour l’adolescence, grossièrement entre 12 et 20 ans, selon les personnes, les sexes et les cultures. Mais c’est très théorique. Cela varie selon les expériences de vie, les tempéraments et les personnes.

L’adolescence est la pĂ©riode des virages sensibles. On n’est plus un enfant physiquement, mentalement, intellectuellement au sens oĂą les adultes n’ont plus le mĂŞme pouvoir d’autoritĂ© ou de dissuasion sur nous. Ils n’ont plus le monopole de l’expĂ©rience et du Savoir aussi, et c’est encore plus vrai avec l’informatique et les nouvelles technologies qui ringardisent de plus en plus rapidement les plus « vieux Â».

 

MĂŞme si, en tant qu’ados,  on craint certains ” vieux”. MĂŞme si on en admire d’autres. MĂŞme si on recherche d’autres. Ouvertement ou secrètement.

 

Le couple, qui, en principe, est l’un des « trophĂ©es Â» ou l’apanage de l’adulte, permet Ă  l’adolescente et Ă  l’adolescent de passer Ă  l’action. De mettre en pratique sa vision du monde. Ses convictions. L’adolescente ou l’adolescent se croit souvent plus libre que l’adulte qui peut ĂŞtre criblĂ© de dĂ©fauts. Du cĂ´tĂ© des adultes, on peut aussi très mal vivre ou très mal supporter ces « jeunes Â» qui nous dĂ©rangent, qui nous cherchent ou nous provoquent. Mais il y a de l’adolescent en chaque adulte et de l’adulte en chaque adolescent. Et, bien-sĂ»r, il y a de l’enfance dans les deux. Sauf que cette enfance n’est pas vĂ©cue, protĂ©gĂ©e ou sacrifiĂ©e de la mĂŞme manière selon les circonstances et les choix des uns et des autres. Il est ados qui font des  choix de vie dont bien des adultes seront incapables. Il est aussi des ados qui font des choix de vie qui feront d’eux des adultes suppliciĂ©s et dĂ©primĂ©s alors qu’ils avaient pour eux certains atouts. D’autres, ados ou adultes, deviendront des criminels, des SDF…je ne vais pas rĂ©inventer la vie. Elle est devant nous, tous les jours.

Un Adolescent :

 

 

Adolescent, je voulais devenir père Ă  vingt ans. Comme ma « mère Â». Tout est parti de la naissance de ma sĹ“ur, neuf ans après moi. Puis de celle de notre frère, cinq ans plus tard.

 

Au dĂ©part, j’avais très mal supportĂ© la prĂ©sence de ma petite sĹ“ur ainsi que ses diverses sollicitations. Puis, je m’étais « acclimatĂ© Â». De toute façon, je n’avais pas le choix :

 

Lorsque ma mère partait Ă  l’hĂ´pital pendant douze heures dans le service de rĂ©animation oĂą elle Ă©tait aide-soignante, et que c’était le week-end, notre père considĂ©rait qu’il avait mieux Ă  faire. Et, il me laissait m’occuper de ma sĹ“ur et de mon frère Ă  la « place Â» de maman.

 

J’y ai pris goĂ»t. MĂŞme si, certaines fois, j’aurais bien aimĂ© pouvoir sortir pour m’amuser avec les copains ou pour aller Ă  mon club d’athlĂ©tisme. Un de mes cousins m’avait surnommĂ©, en se marrant : «  La nounou ! Â».

 

La Nounou

 

 

A vingt ans, étudiant infirmier, comme ma mère aurait souhaité le devenir, j’ai croisé une femme dans un mes stages à l’hôpital. Elle était aide-soignante, était plus âgée que moi de six ans et avait un enfant. Simplement, sincèrement, elle m’a fait comprendre qu’elle aimerait bien avoir une histoire avec moi. Elle était plutôt jolie. Elle m’était sympathique et rassurante. J’avais été touché par sa déclaration. Elle m’avait expliqué que le père de son enfant, dont elle était séparée, était quelqu’un de gentil mais de pas très adulte.

 

 

Son offre Ă©tait tentante. Jeune adulte assez rĂ©cemment dĂ©niaisĂ© sexuellement et bien Ă©videmment tournĂ© vers les prodigieux gisements de l’orgasme, j’ai probablement entrevu le très grand potentiel sexuel d’une union avec elle. Mais je savais aussi ce que celle-ci impliquait :

Avec elle, je n’avais aucun doute quant au fait que je serais rapidement devenu père. Et, elle,  Ă  nouveau, une mère.

 

Enfant, puis ado, j’avais pu voir et revoir ce schĂ©ma très courant parmi bien des couples de ma famille antillaise, Ă  commencer par mes propres parents :

 

Des jeunes adultes, qui, très vite, dès qu’ils commencent à travailler, font des enfants. Des femmes qui, jeunes, étaient belles et sveltes, et qui, en devenant mères, s’alourdissaient de kilos en kilos avec les années. Des hommes qui, généralement, étaient plutôt machos et se préoccupaient assez peu de psychologie. Contrairement à moi, on l’aura compris.

 

 

Je tiens à préciser que lorsque cette femme, plus mûre que moi, m’avait abordé, je n’avais pas d’intention particulière à son sujet. Si je regardais les femmes au point d’être amoureux de certaines, j’étais beaucoup dans l’idéalisation de la femme. J’avais aussi un sacré handicap, voire plusieurs, pour rencontrer des femmes et avoir des relations intimes avec elles.

 

 

Mes handicaps au sortir de l’adolescence :

 

Au dessus de ma tĂŞte et dans ma tĂŞte, Ă©tait plantĂ©e l’interdiction paternelle de la Femme blanche. Dans un pays oĂą les gens sont majoritairement blancs, ça compliquait un peu la donne.

 

Ma mère, aide-soignante dans un service de réanimation, m’avait planté dans la tête l’interdiction de la mobylette et de la moto. Interdiction dont je ne me suis toujours pas relevé même si j’ai pu être passager plutôt facilement et avec plaisir derrière des conducteurs de deux roues. Mais, mon père, lui, c’était l’interdiction de la Femme blanche.

 

Si j’avais Ă©tĂ© un « queutard Â», j’aurai pu contourner l’interdit. Parce-que Monsieur Papa, lui-mĂŞme, a bien aimĂ© “rencontrer” quelques femmes blanches. Mais, peut-ĂŞtre du fait de ma solidaritĂ© enfantine avec ma mère, je ne suis pas un queutard. Or, un queutard s’intĂ©resse avant tout Ă  son propre plaisir. Et, n’importe qui, n’importe quand, voire, dans n’importe quelles circonstances peut-ĂŞtre, lui « va Â».

 

J’avais peur de mettre une femme enceinte. MĂŞme si la contraception (pilule et prĂ©servatif) existait bien-sĂ»r et Ă©tait dĂ©jĂ  normalisĂ©e. Sauf que j’avais sans doute une mentalitĂ© de campagnard traditionnel Ă  l’image de mes propres parents. Et, je savais dĂ©jĂ  assez concrètement qu’avoir un enfant ou faire un enfant Ă©tait une responsabilitĂ©. On comprend assez facilement vu ce que j’ai pu raconter de mon adolescence. Si plusieurs de mes amis (femmes et hommes) ont dĂ©couvert vers 25 ou 26 ans, ou plus tard, ont dĂ©couvert, en devant mères ou pères, ce que ça faisait de s’occuper d’un bĂ©bĂ©, moi, je l’avais dĂ©couvert environ dix ans plus tĂ´t. Et quelque peu par la contrainte. J’en ai eu des bĂ©nĂ©fices. Si, aujourd’hui, j’ai plutĂ´t de bonnes relations avec ma sĹ“ur et mon frère, aujourd’hui adultes et mères et pères de famille, cela vient sans aucun doute de mes « aptitudes Â» Ă©galement maternelles lorsque je me suis occupĂ© d’eux. NĂ©anmoins, une partie de mon adolescence a Ă©tĂ© un peu malmenĂ©e, en particulier lorsque notre père m’imposait de tenir  son rĂ´le lorsque notre mère Ă©tait au travail et qu’il partait vadrouiller pour son bon plaisir pendant l’intĂ©gralitĂ© du week-end. Soit un homme et un adulte très exigeant mais pas très juste avec moi. Ce qui explique ma colère assez facilement « Ă©rectile Â» envers lui encore aujourd’hui.

 

« Enfin Â», et c’est Ă  peu près tout,  j’avais aussi peur du Sida. Car la fin des annĂ©es 80, c’était l’épidĂ©mie du Sida. EpidĂ©mie qui existe toujours mais face Ă  laquelle, aujourd’hui, nous disposons de plus d’armes. Aujourd’hui, ce serait plutĂ´t la pandĂ©mie du Coronavirus et celle du terrorisme jihadiste vis-Ă -vis desquels nous manquons d’armes. Ainsi que face au rĂ©chauffement climatique et Ă  la montĂ©e des extrĂ©mismes du manière gĂ©nĂ©rale, politiques comme religieux. Cela fait aujourd’hui partie de notre routine de la peur.

 

 

Une femme et un homme : routine ou normalitĂ© sociale et conjugale

 

Après avoir croisĂ© cette femme plus âgĂ©e que moi, j’ai bien-sĂ»r appris que la « routine Â» ou normalitĂ© conjugale et sociale qu’elle m’avait proposĂ©e  se retrouve dans bien d’autres cultures.

 

Mais cette femme était d’origine antillaise comme moi. Sans doute que cela m’a d’autant plus alerté et poussé à déserter. J’avais donc décliné poliment ses propositions malgré l’insistance, aussi, de sa jeune sœur, laquelle me plaisait encore plus mais avait déjà un compagnon.

 

J’avais dĂ©clinĂ© sa proposition car, depuis mon adolescence, je savais que je ne voulais pas faire partie de ces hommes qui font des mĂ´mes sans penser Ă  l’avenir. Et, je savais aussi, sans doute, que je refusais une relation de mensonge :

 

J’aurais pu faire mine d’accepter le projet conjugal de cette femme, coucher avec elle pendant un certain temps, me faire dorloter par elle. Puis m’enfuir. C’est un classique. S’il est assez classique que des hommes quittent une femme après lui avoir fait un ou plusieurs enfants, il est aussi certaines femmes dont la prioritĂ© est d’ « avoir Â» un ou plusieurs enfants. Comme si l’enfant prĂ©sent permettait de remplacer un ou plusieurs membres qui manquent Ă  la mère.

 

La psychiatrie adulte Ă  vingt cinq ans :

Après mon diplôme d’infirmier, ma mère a essayé un temps de me dissuader d’aller travailler en psychiatrie. Elle avait peur que je devienne fou. Cette fois-ci, sa peur de la psychiatrie m’a moins parlé que sa peur de la moto.

 

 

A vingt cinq ans,  après mon service militaire que j’avais rĂ©ussi effectuer en tant qu’infirmier dans un service de psychiatrie adulte, j’ai commencĂ© Ă  travailler dans un service de psychiatrie adulte.

 

Depuis l’obtention de mon diplĂ´me d’Etat d’infirmier, quatre ans plus tĂ´t, je m’étais  aperçu que cela ne me correspondait pas d’aligner des tâches Ă  la chaĂ®ne dans un hĂ´pital dans un service de soins gĂ©nĂ©raux. Comme si je travaillais sur une chaĂ®ne de montage dans une usine. C’était au dĂ©but des annĂ©es 1990.

 

Si l’on Ă©tait en pleine Ă©pidĂ©mie du Sida, on ne parlait pas, alors, de la pandĂ©mie du Covid qui a atterri dans notre système solaire et mental en mars 2020. Mais on parlait dĂ©jĂ  de pĂ©nurie infirmière. Avant de devenir infirmier titulaire Ă  vingt cinq ans dans ce service de psychiatrie adulte, j’avais aussi Ă©tĂ© vacataire et infirmier intĂ©rimaire dans des cliniques mais aussi dans des hĂ´pitaux publics en Ă®le de France. De jour comme de nuit.

 

 

Dans mon « nouveau Â» service, en psychiatrie adulte, j’ai Ă©tĂ© le plus jeune infirmier pendant deux ou trois ans. Plusieurs de mes collègues Ă©taient mariĂ©s avec enfants ou vivaient en couple. J’étais tout le contraire mais j’avais des principes et des certitudes concernant l’amour et le couple.

 

J’avais donc Ă©tĂ© très choquĂ© en apprenant que tel collègue, mariĂ©, avait trompĂ© sa femme avec telle autre collègue, mariĂ©e Ă©galement mais aussi mère de famille. J’avais Ă©tĂ© si choquĂ© moralement  que j’avais envisagĂ© de quitter le service devant cette dĂ©bauche morale, pour moi,  Ă©vidente.

 

Puis, j’étais restĂ©. Je me sentais très bien professionnellement et humainement dans ce service. Je m’y sentais si bien que j’ai d’ailleurs fini par m’y sentir comme chez moi. Au point de devenir incapable de le quitter mĂŞme si je sentais que c’était pourtant ce qu’il fallait faire.  Cela  a eu plus tard des incidences personnelles et professionnelles qui m’ont obligĂ© et poussĂ© plus tard- enfin- Ă  partir. Et Ă  comprendre que l’affectif, mĂŞme s’il est important avec nos collègues, doit rester secondaire sur notre lieu de travail.

 

Mais, dans ce service, en apprenant à connaître ces collègues, je compris un peu plus que la vie adulte et la vie de couple avaient leurs impasses.

 

Couper le cordon avec nos parents :

 

 

Le modèle du couple de mes parents et de membres de ma famille m’avait bien-sĂ»r dĂ©jĂ  donnĂ© des indices. Mais on ne fait pas toujours le rapprochement entre le modèle de nos parents et de notre famille et celui que l’on va suivre pour notre propre vie affective. Assez souvent, on suit Ă  peu près le mĂŞme modèle que nos parents. MĂŞme si, en apparence, on a l’impression d’être diffĂ©rent. D’avoir coupĂ© le cordon avec nos parents. Et cela se comprend facilement : 

MĂŞme si nous pouvons nous montrer aussi critiques que des ados envers nos parents, ceux-ci n’ont pas tout ratĂ© dans leur vie. Il est mĂŞme des aspects de leur vie que nous serions incapables de supporter ou de rĂ©aliser. Je me suis dĂ©ja demandĂ© par exemple, si, Ă  la place de mes parents, j’aurais eu la capacitĂ©, comme eux, de quitter mon pays natal pour la France.  A la fin des annĂ©es 60, mon père et ma mère ont quittĂ© la Guadeloupe. Ils ont ainsi rompu avec une certaine tradition ainsi qu’une partie du cordon qui les reliait Ă  leurs aĂ®nĂ©s depuis plusieurs gĂ©nĂ©rations depuis l’arrivĂ©e de leurs ancĂŞtres, du fait de l’esclavage, en Guadeloupe. Esclavage qui a Ă©tĂ© aboli en Guadeloupe en 1848. Je le rappelle. Car il est encore des personnes instruites et de bonne foi en France qui ignorent que la prĂ©sence de la majoritĂ© des Antillais par exemple en Guadeloupe ou en Martinique rĂ©sulte de la traite nĂ©grière occidentale qui a durĂ© environ deux cents ans. 

En 1966 et 1967,  mon père avait 22 ans et ma mère, 19 ans.  MĂŞme s’ils sont arrivĂ©s en “MĂ©tropole” avec la nationalitĂ© française, il existait alors un tel dĂ©calage culturel- qui subsiste- entre la Guadeloupe et la France, ainsi qu’un certain handicap de couleur de peau, que, pour moi, leur venue “en” France a bien des points communs avec celle de beaucoup d’immigrĂ©s. C’est comme cela que je m’explique ma comprĂ©hension assez “intuitive” de certaines difficultĂ©s d’intĂ©grations de jeunes français d’origine arabe ou maghrĂ©bine par exemple. Et, je ne vois aucun hasard dans le fait que mon meilleur ami soit d’origine algĂ©rienne. MĂŞme si j’ai appris depuis que dans certains quartiers, il arrive qu’Arabes et noirs ( africains ou antillais) soient les pires ennemis les uns pour les autres. 

 

 

Et puis, il y a une frontière que l’on ne franchit pas vis Ă  vis de ses parents lorsque l’on est mature :

 

Leur sexualitĂ© nous est interdite. Ce n’est pas Auchan ou une salle de cinĂ©ma. Nous n’avons pas de droit de regard dessus. Alors que l’on peut plus facilement s’autoriser Ă  franchir cette frontière en « regardant Â» ou en imaginant la sexualitĂ© de tels collègues ensemble. J’ai dĂ©jĂ  entendu parler de ragots Ă  propos des coucheries ou de la relation sentimentale entre deux collègues. Je n’ai jamais entendu parler de ragots Ă  propos de la sexualitĂ© de mes parents lorsqu’ils s’accouplaient :

 

 Il doit ĂŞtre très rare que des enfants, entre eux, se racontent les derniers potins concernant les derniers vibratos Ă©jaculatoires et clitoridiens de leurs parents.

 

 

En quittant ce premier service de psychiatrie, quelques annĂ©es plus tard,  pour un autre service, mon regard sur le couple, l’amour et certaines normes conjugales avait changĂ©. J’avais par exemple compris, je crois, que dĂ©sirer et aimer quelqu’un ne suffit pas pour ĂŞtre heureux ensemble. MĂŞme si ce dĂ©sir et cet amour sont partagĂ©s. Et qu’ils comptent bien-sĂ»r dans la construction d’un couple ou d’une relation. Du moins, Ă  mon avis.

 

Un quasi-expert dans les relations sentimentales Ă  la mords-moi-le-nĹ“ud :

 

 

Pour  apprendre ça, j’avais payĂ© de ma personne :

 

J’étais devenu un quasi-expert dans les relations sentimentales Ă  la « mords-moi-le-nĹ“ud Â».

 

Si j’ai connu des histoires d’amour avant de travailler dans ce service puis ensuite, j’ai aussi vĂ©cu l’échec final : ce que l’on appelle la rupture sentimentale. J’ai connu la rupture sentimentale, les ruptures sentimentales. Mais je n’avais toujours pas coupĂ© le cordon avec mes parents. Donc, j’étais dans ce que l’on appelle…la rĂ©pĂ©tition.

 

 J’ai Ă©tĂ© quittĂ©. J’ai aussi quittĂ©. Peu importe la sincĂ©ritĂ© de dĂ©part de l’un ou de l’autre.

 

A celles et ceux qui ont pu me dire, Ă  un moment donnĂ© que je manquais de chance, j’ai fini par rĂ©pondre :

 

« Non ! Je ne suis pas douĂ© pour le bonheur Â».

 

 

A une collègue, en couple, qui avait pu me dire que cela l’angoissait d’être seule, j’avais rĂ©pondu :

 

« Moi, c’est d’être en couple qui m’angoisse Â».

 

 

Et, c’est vrai que, célibataire, j’ai connu un certain nombre de moments où j’étais vraiment très content d’être tout seul chez moi.

Mais il y a eu aussi d’autres moments moins drĂ´les. OĂą je devais partir Ă  la chasse d’affection. Au point qu’un certain nombre de fois, j’ai pu ĂŞtre trop prĂ©sent auprès de certaines personnes. Aux mauvais moments. De la mauvaise façon. Avec les « mauvaises Â» personnes : celles qui Ă©taient indisponibles.

 

Une certaine addiction :

 

A la RĂ©pĂ©tition d’histoires sentimentales Ă  la mords-moi le nĹ“ud, s’est ajoutĂ©e sa cousine ou sa jumelle : Une certaine Addiction aux histoires Ă  la mords-moi-le-nĹ“ud.

 

 

Aujourd’hui, je peux parler « d’addiction Â» parce-que depuis que je m’intĂ©resse d’un peu plus près au sujet des addictions depuis environ quatre ans, j’ai compris que l’on peut ĂŞtre aussi « addict Â» Ă  un certain type de comportements qui nous sont nĂ©fastes. Parce-que ces comportements nous dirigent et nous transportent vers des situations que l’on connaĂ®t bien. MĂŞme si ces situations nous dĂ©posent toujours, Ă  un moment ou Ă  un autre, sur un matelas hĂ©rissĂ© de tessons ou de clous dans lequel on s’enroule, seul.

 

 

Entre l’obsession et l’addiction, il y a aussi des points communs. Nous sommes nombreux à avoir des obsessions. Nous sommes aussi nombreux à avoir certaines addictions. Mais nous nous en sortons différemment selon les lieux, selon notre entourage et aussi selon notre capacité à le voir ou à le nier.

 

 

Je me maintenais dans des histoires Ă  la mords-moi-le-nĹ“ud parce-que l’inconnu me faisait peur. L’inconnu d’être dans une histoire sentimentale stable et simple. La peur de me conformer Ă  une histoire conjugale « normale Â» et routinière comme mes parents oĂą le Devoir et le sacrifice semblent l’emporter, l’ont emportĂ©, avant tout.

 

Avant que les gens ne prennent de l’âge, de l’arthrose, ne s’avachissent sous les kilos, le poids de leurs artères et de leurs colères contre l’autre, ils ont Ă©tĂ© beaux. Ils ont Ă©tĂ© souriants en rencontrant l’autre. Et, ils ont cru Ă  leur histoire mĂŞme si celle-ci a peu durĂ© et que l’artifice a très vite disparu. Dans le monde animal, il n’y a aucun drame car c’est comme ça que cela doit se passer. Il n’y a pas de rancune particulière, je crois. Mais dans le monde des ĂŞtres humains, cela se passe diffĂ©remment. Il y a de la mĂ©moire, des rancunes, des espoirs et  des comptes Ă  rendre Ă  l’autre :

 

 A soi-mĂŞme, Ă  notre entourage ainsi qu’à nos aĂ®nĂ©s mais aussi Ă  notre descendance.

 

Ça fait beaucoup. Et cette histoire se perpétue.

 

Le mensonge et les normes sociales :

 

 

Je suis devenu père et me suis mariĂ© tard. J’avais quarante cinq ans. Je connaissais dĂ©jĂ  la sĂ©curitĂ© sociale et Ă©conomique. En me mariant avec ma compagne mais aussi en devenant père, j’ai dĂ©couvert la sĂ©curitĂ© affective :

 

Cette présence quotidienne et aimante qui vous attend et vous reçoit quelle que soit la journée que vous avez passée. Quels que soient vos travers et vos humeurs. Tout ce que vous avez à faire pour cela, c’est rentrer chez vous, passer un coup de téléphone ou envoyer un sms et quelqu’un, votre compagnon ou votre compagne, voire votre enfant, généralement, vous répond plutôt favorablement. Vous êtes souvent le bienvenu ou la bienvenue. Vous bénéficiez assez souvent d’une attention particulière.

 

 

En dĂ©couvrant cette expĂ©rience, j’ai aussi eu la confirmation que certains de mes proches et de mes connaissances qui m’affirmaient avoir moins de temps pour me voir ou me rappeler, m’avaient menti. Le mensonge fait aussi partie des normes sociales. Le mensonge envers les autres. Mais aussi vis Ă  vis de soi-mĂŞme :

 

Si l’on a moins de temps lorsque l’on se met en couple et que l’on dĂ©cide ensuite de « faire Â» un enfant, on peut, si on le veut vĂ©ritablement, joindre untel ou untel. Ou prendre le temps de le rencontrer. Cela nĂ©cessite plus de prĂ©paration pour une durĂ©e plus courte. Mais c’est possible.

 

Cet article est imparfait et biaisé bien-sûr mais je le crois sincère. Je le vois comme le contraire de certains mensonges sociaux.

 

 

Mais il y a d’autres mensonges qui subsistent. Lorsque l’on se met en couple, que l’on se marie ou non, on se dit oui. Sauf que, même en se disant ouvertement oui, il y a d’autres points sur lesquels on se dit non. Mais comme on est plein d’amour et de désir l’un pour l’autre, on n’y fait pas attention. On banalise ces quelques points qui peuvent ou vont devenir beaucoup plus sensibles à mesure que l’on va se rapprocher l’un de l’autre dans le quotidien mais aussi dans la vie intime.

 

 

La Clinique de l’Amour : une Ă©mission de France Inter

 

 

Cette très longue introduction pour expliquer ce qui a pu me donner envie de découvrir et d’écouter cette émission de France Inter appelée La Clinique de l’Amour. Une émission qui raconte en plusieurs épisodes (cinq ou six) d’une vingtaine de minutes l’évolution de plusieurs couples qui font une thérapie.

 

L’émission m’a « plu Â». MĂŞme si je lui reprocherais le fait que, par moments, pour moi, les thĂ©rapeutes sont trop intervenus. Cela peut faire sourire après tout ce que j’ai Ă©crit avant de vous parler, finalement, de ce podcast de France Inter qui date de fĂ©vrier 2020.

 

Le thĂ©rapeute masculin par exemple. Il est certaines fois oĂą, Ă  mon avis, les deux thĂ©rapeutes auraient dĂ» davantage « protĂ©ger Â» la parole de celle ou de celui qui s’exprime  et le laisser parler. Au lieu de le laisser ou de la laisser se faire « pilonner Â» verbalement par l’autre.

 

Je crois que ça aurait Ă©tĂ© « bien Â» d’expliciter :

 

De dire par exemple Ă  telle personne qu’elle semble très déçue ; qu’elle avait apparemment une très haute vision ou une vision diffĂ©rente de ce que son mari ou sa compagne allait ĂŞtre dans la vie de couple ou de famille.

 

 

Un des couples a trois enfants. Je crois que cela aurait Ă©tĂ© bien de demander pourquoi trois enfants ? Pourquoi pas deux ? Pourquoi pas un seul ?

Vu que j’ai compris que bien des couples font des enfants en pensant que faire des enfants rapproche et va aider le couple Ă  se « soigner Â».

 

Alors que je crois que cela peut ĂŞtre le contraire : lorsque l’on fait un enfant, nos tripes prennent facilement ou peuvent facilement prendre le dessus sur tout ce que l’on essaie d’être ou de faire de manière rationnelle. Et l’on peut alors s’apercevoir Ă  quel point on est très diffĂ©rent de sa « moitiĂ© Â» voire opposĂ© Ă  elle. MĂŞme si on peut aussi devenir complĂ©mentaire.

 

 

J’ai aussi Ă©tĂ©  Ă  nouveau assez agacĂ© par certaines phrases typiques du vocabulaire professionnel de mes « collègues Â»:

 

Ma remarque est sĂ»rement très dĂ©placĂ©e. Car le principal est bien-sĂ»r que ces thĂ©rapeutes aient fourni leur prĂ©sence, leur constance et leur empathie Ă  ces couples. Mais je vois Ă  nouveau dans ces tics de vocabulaire et de langage de mes « collègues Â» thĂ©rapeutes un certain manque de spontanĂ©itĂ© : un trop haut degrĂ© d’intellectualisation ; une certaine carence affective. Comme s’ils s’en tenaient Ă  un texte ou Ă  un protocole appris par cĹ“ur qui les empĂŞche d’improviser. Comme s’ils s’exprimaient de manière scolaire.

 

 

Hormis ces quelques remarques, j’ai bien aimé cette émission.

 

 

J’aimerais pouvoir ensuite traduire cet article en Anglais voire peut-être en Espagnol quand je le pourrai.

 

Apparemment, pour l’instant, je n’arrive pas à intégrer le lien vers ce podcast dans cet article. Mais on le trouve facilement. Dès que je le pourrai, je l’intégrerai à l’article.

https://podcasts.apple.com/fr/podcast/1-partir-ou-rester/id1498194259?i=1000465403252

 

 

Je le prĂ©cise assez peu dans mes articles mais la plupart des photos prises dans la rue ou dans le mĂ©tro sont de moi.  

Franck Unimon, ce jeudi 29 octobre 2020. Puis, ce lundi 2 novembre 2020 où j’ai ajouté un certain nombre de propos et de pages depuis l’article initial.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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                                                 DĂ©connectĂ©

Tous les jours, nous avons des désirs, des souhaits, des occasions, des circonstances. Et nous prenons de très grandes décisions. Cracher un gros mollard sur la tête d’untel. Raconter deux ou trois secrets que l’on a appris à son sujet. Aller aux toilettes. Violer la fourmi que l’on avait repérée il y a plusieurs semaines en allant faire nos courses. Eteindre ou allumer la télé. Faire une recherche sur internet. Se brosser les dents. Confectionner un gâteau. Manger des bonbons. Dépasser de dix kilomètres la vitesse autorisée sur la route. Boire. Fumer. Avoir des relations sexuelles. Trucider. Elucider. Déboucher l’évier avec de la javel ou avec du percarbonate de soude. Apprendre à lire. Sourire. Plomber une ambiance. Aller se promener. Enfanter. Se suicider. Démissionner. Voler. Sulfater. Décapiter. Etrangler. Dissoudre. Dessouder. Carboniser.

 

 

Une Histoire

 

J’ai lu ou entendu que l’animal n’a pas d’Histoire. Le genre humain, lui, a une Histoire. Et, certaines fois, une conscience. Du moins en est-il persuadĂ© grâce Ă  cette pensĂ©e que nous avons tous eue un jour ou l’autre :

 

«  Je sais ce que je fais ! Â».

 

Au nom d’une Histoire, d’une Ă©ducation, d’une religion, d’une tradition, d’un nom, d’un parti, d’une croyance, par anticipation, par automatisme, par intĂ©rĂŞt ou par principe, l’être humain est capable de tout. De faire les soldes. Comme de rĂ©inventer le nĂ©ant. Quelle que soit l’action, une fois sa dĂ©cision prise, il aura toujours raison. Ensuite…

 

Ensuite….celles et ceux qu’il croisera le conforteront ou lui feront comprendre, s’ils le peuvent, qu’il n’est pas tout seul. Qu’il fait partie d’un gigantesque puzzle qu’il avait Ă  peine aperçu contrairement Ă  tout ce qu’il « sait Â» et Ă  tout ce qu’il « croit Â».  Et que ce puzzle, comme les icebergs, les arbres et les plantes centenaires, voire millĂ©naires, a de très profondes et de puissantes histoires et origines. Que ces histoires et ces origines nous concernent et nous relient tous. Et qu’il reste donc beaucoup  plus d’une Ă©nigme ne serait-ce qu’à entrevoir avant d’espĂ©rer la rĂ©soudre- si on en a les facultĂ©s- avant de vĂ©ritablement savoir ce que l’on fait !

 

Je n’ai aucun problème particulier avec la religion comme avec  toute autre forme d’autoritĂ©. Mais ce qui m’importe, c’est ce qu’on en fait !

 

Une espèce, comme la nĂ´tre, capable Ă  la fois de trucider pour manger les bonbons de son voisin, ou afin de lui prendre sa console de playstation, a bien Ă©videmment besoin de règles et de « guides Â». Mais j’ai besoin de gages d’ouvertures, de pouvoir choisir celle ou celui que je dĂ©cide de suivre pour une durĂ©e donnĂ©e, mĂŞme si c’est  pour quelques secondes. On appelle ça le libre arbitre, je crois.  Le choix. Ou le consentement Ă©clairĂ©.

 

La confiance

 

Lorsque je décide de monter dans un bus ou dans un métro, c’est parce-que je fais confiance à la conductrice et au conducteur comme à la société qui l’emploie. Bien-sûr, je ne connais ni l’un ni l’autre et serais incapable de dire leur nom comme de dire à quoi ils ressemblent physiquement et où ils habitent.

Mais c’est nĂ©anmoins une des rĂ©ussites accomplies par l’être humain : pouvoir obtenir certains services bien pratiques, moyennant finances ou non, en se rapprochant d’inconnus dont, spontanĂ©ment, il y a plusieurs gĂ©nĂ©rations, il aurait mieux valu d’abord se mĂ©fier afin de s’assurer au prĂ©alable de leurs rĂ©elles intentions.

 

Si je me rends dans un hôpital, dans une administration, dans une école ou dans une association, c’est pareil. Idem pour un club de sport et pour les manifestations qu’il organise et auxquelles je décide de participer. A priori, les personnes qui y oeuvrent veulent mon bien. Et sont compétentes.

 

Bien-sûr, nous savons tous au quotidien qu’il nous arrive de connaître des déconvenues et des contrariétés. Et nous savons aussi que tout dépend de l’orientation de l’institution, de l’association – et beaucoup des personnes qui la dirigent- à laquelle nous nous en remettons.

 

 Mais le principe est qu’il nous est possible dans un certain nombre de cas de figures de vivre en «sociĂ©tĂ© Â» et de nous sentir en sĂ©curitĂ© mĂŞme lorsque nous sortons de chez nous. Ce qui est plutĂ´t une avancĂ©e.

 

Ça, c’est une partie du puzzle. L’autre partie du puzzle est faite de dogmes et d’obĂ©issances absolues. Lorsque l’on parle de fanatisme, religieux, politique, Ă©conomique ou autre, il existe au moins deux Ă©cueils. Celles et ceux qui s’identifient Ă  ce fanatisme, le justifient et en sont fiers car ils sont persuadĂ©s qu’ils « savent ce qu’ils font ! Â». Et rien ni personne a priori ne les fera changer d’avis. Ou alors, il faut avoir la personnalitĂ© d’un Daryl Davis ( auteur de Klan-Destine relationships ) peut-ĂŞtre. Ce qui est hors du commun.   

 

Et puis, il y a les fanatiques potentiels qui s’ignorent et que l’on ignore. D’une part parce qu’eux mĂŞmes ne savent pas de quoi ils sont capables dans certaines circonstances. Mais aussi parce-que le fanatisme, pour ĂŞtre « dĂ©tectĂ© Â», nĂ©cessite certaines capacitĂ©s d’écoute et d’observation. Ou certains moyens humains et logistiques. Des moyens sans doute surhumains faits aussi de psychologie, de patience, d’intuition voire, quasiment, de dons de « voyance Â».

 

 

La Peur

 

Faut-il avoir peur ? On choisit rarement ses peurs ou d’avoir peur. On a peur ou on n’a pas peur. On rĂ©ussit Ă  surmonter ses peurs ou non. Mais pour qu’un dogme s’impose et rende « servile Â», il a besoin d’instaurer la peur ne serait-ce que machinalement. Instinctivement.

Avoir peur, prendre peur, n’écouter que sa peur, vivre de sa peur et dans la peur, c’est donc, Ă  un moment ou Ă  un autre, se soumettre Ă  une institution, Ă  un ordre ou Ă  quelqu’un mĂŞme lorsque celle-ci ou celui-ci est absent, inactif ou dĂ©faillant. C’est donc perdre notre libre arbitre ou notre consentement Ă©clairĂ©.  C’est devenir la chose, le « membre Â» ou l’extension fidèle, loyal ou zĂ©lĂ© d’une institution, d’un ordre, d’une pensĂ©e. On croit peut-ĂŞtre ĂŞtre libre et savoir exactement ce que l’on fait. On sauve sĂ»rement sa peau- et son âme- ou on a peut-ĂŞtre le sentiment de les sauver. Mais, en contrepartie, c’est quelqu’un d’autre ou quelque chose d’autre supposĂ© nous “protĂ©ger” et nous “guider” qui pense pour nous. On est comme sous hypnose. Une autohypnose consentie.

 

 

La Matrice

 

 

Et les rĂ©elles intentions de cette institution ou de cet autre qui pense pour nous nous sont inconnues. Les intentions de Google, de Facebook, d’Amazon ou D’Apple, par exemple, je ne les connais pas vraiment Ă  part d’établir et de maintenir une sorte de monopole.

Je n’ai jamais rencontrĂ© leurs dirigeants. Je ne connais pas ces personnes. Je ne vis pas avec elles. Pourtant, tous les jours, Google, Facebook, Apple, Microsoft et Amazon ( des entreprises amĂ©ricaines) influent sur ma vie directement ou indirectement. Tous les jours, d’une façon ou d’une autre, je contribue Ă  leur richesse et Ă  leur puissance. Puisque j’ai du mal Ă  m’en passer comme une majoritĂ© de personnes. Je suis incapable de savoir aujourd’hui si je suis encore suffisamment en  bonne santĂ© si je dĂ©cide de vivre sans ces entitĂ©s. Mais je sais que passer par Google, Facebook, Microsoft, Apple ou Amazon fait dĂ©sormais- et pour l’instant- partie d’une  normalitĂ©.

 

Je repense de temps à autre au film Matrix des ex-frères Wachowski, film transgenres. Les deux réalisateurs ont changé de genre pour devenir femmes. Comme pour essayer de mieux échapper à un certain conditionnement.

 

C’est pareil pour certaines dĂ©cisions politiques. Il s’y trouve un certain mĂ©lange des genres. Pourtant, mĂŞme si je suis hĂ©bĂ©tĂ© et distancĂ©, je ne peux me passer de continuer d’assister Ă  certaines dĂ©monstrations politiques.  

 

C’est encore pire lorsque je regarde un certain fanatisme religieux. DĂ©capiter Ă  Conflans Ste-Honorine un professeur ( Samuel Paty) qui parlait de Charlie Hebdo  Ă  ses Ă©lèves, ça fait très peur. J’ai travaillĂ© Ă  Conflans Ste Honorine il y a quelques annĂ©es. Je connais un peu cette ville. Une de mes Ex y a habitĂ© ou y habite encore. A Conflans Ste Honorine, j’avais aussi vu John Mc Laughlin en concert. C’était une toute autre ambiance que cette dĂ©capitation et cet attentat. Le soir de ce concert de John Mc Laughlin Ă  Conflans Ste-Honorine, comme tous les autres spectateurs après le concert, j’Ă©tais reparti avec ma tĂŞte. Et j’espère l’avoir encore bien avec moi alors que j’Ă©cris cet article. 

 

 

Harry Potter

 

J’ai appris la nouvelle par une collègue vendredi soir (avant hier) au travail. Elle s’inquiĂ©tait du fait que les jeunes hospitalisĂ©s dans notre service soient effrayĂ©s par la nouvelle. Nous avons « rassurĂ© Â» cette collègue :

 

Les jeunes n’en n’avaient pas entendu parler. Ils Ă©taient plutĂ´t concentrĂ©s sur le fait de  revoir un dvd de Harry Potter, un film oĂą l’on parle aussi de fanatisme. Mais oĂą des enfants, puis des adolescents, les hĂ©ros, en murissant, en se rappelant certains souvenirs, en remportant certaines Ă©preuves, en souffrant aussi, et en s’entraidant, parviennent finalement Ă  tuer le Mal absolu incarnĂ© par un adulte : « celui que l’on ne nomme pas Â».

 

Plusieurs fois, dĂ©jĂ , j’ai exprimĂ© mon Ă©tonnement devant le rĂ´le des adultes dans Harry Potter :

Ces mĂ´mes sont confiĂ©s, par leurs parents, Ă  une Ă©cole hautement rĂ©putĂ©e sans doute privĂ©e – et secrète- de sorcellerie. Or,  bien que ces mĂ´mes soient sous la surveillance et la protection d’adultes formĂ©s et puissants, ils sont rĂ©gulièrement exposĂ©s au danger et Ă  la mort. Je trouve donc les parents de ces mĂ´mes soit très crĂ©dules soit irresponsables et suicidaires. A la limite du signalement. Quant aux professeurs, aussi charismatiques soient-ils, plus d’une fois, selon moi, ils devraient au minimum passer devant une commission de discipline pour manquement Ă  leurs devoirs de protection.

 

Mais, chaque fois que j’ai abordĂ© ce sujet, on m’a Ă©coutĂ© avec indulgence. Comme si le principal Ă©tait ailleurs. Comme si on en savait beaucoup plus que moi.  Harry Potter me laisse donc perplexe au moins pour cette raison. MĂŞme si je peux avoir plaisir Ă  regarder certains Ă©pisodes. Le Prisonnier d’Azkaban- rĂ©alisĂ© (en 2004) par Alfonso Cuaron plusieurs annĂ©es avant Gravity– est pour l’instant mon prĂ©fĂ©rĂ© parmi ceux que j’ai pu voir. Je me rappelle avoir vu le premier volet Ă  sa sortie au cinĂ©ma, Harry Potter Ă  l’école des sorciers, en 2001. Si j’avais plutĂ´t bien aimĂ© regarder le film, Ă  aucun moment, je n’avais envisagĂ© qu’il y aurait d’autres films après celui-lĂ  et qu’ils deviendraient- comme l’œuvre littĂ©raire originelle- le phĂ©nomène mondial qu’ils sont devenus. Encore aujourd’hui, j’ai du mal Ă  retenir le nom de l’auteure de Harry Potter alors que je la sais mondialement connue.

 

Lors des « attentats du bataclan Â» et du « Stade de France Â» en novembre 2015, j’étais Ă©galement au travail. Et, lĂ  encore, les jeunes hospitalisĂ©s dans le service ce soir-lĂ  avaient baignĂ© dans le «fantastique Â» mais d’une autre façon :

Nous avions Ă©coutĂ© un conte avec eux, en avions discutĂ©, avant qu’ils n’aillent tranquillement se coucher. Puis, tandis qu’ils dormaient, mes deux collègues et moi avions appris les Â« nouvelles Â».

 

 

 

La violence, notre addiction favorite

 

 

Que l’on parle de Harry Potter ou de contes (je propose des contes du monde entier : SĂ©nĂ©gal, Mali, Tunisie, Tahiti, Nouvelle OrlĂ©ans, BrĂ©sil, Japon, Bretagne….). Ou que l’on parle de pandĂ©mie du Covid-19; du couvre-feu dĂ©cidĂ© rĂ©cemment par le gouvernement Macron-Castex pour rĂ©pondre Ă  la reprise de la pandĂ©mie du Covid; de la montĂ©e des eaux -qui semble s’inspirer de la montĂ©e des extrĂ©mismes religieux, politiques et Ă©conomiques- du rĂ©chauffement climatique ; de la pollution atmosphĂ©rique ; des Ă©lections prĂ©sidentielles amĂ©ricaines Trump-Biden ; de l’emprise croissante des rĂ©seaux sociaux et des GAFAM ; des crimes racistes ; des guerres en sĂ©rie ou d’autres tragĂ©dies, j’ai l’impression que nous sommes beaucoup de grands enfants qui assistons Ă  un spectacle très violent qui nous dĂ©passe. Spectacle qui explose devant nos yeux en emportant parfois nos bras ou l’une de nos connaissances.

Parce que la violence, sous toutes ses formes, est devenue notre addiction favorite.

 

 

Les Adultes face Ă  leur enfance

 

 

Je ne sais pas oĂą sont les adultes. Ce qu’ils font et ce qu’ils attendent pour remettre de l’ordre et de l’autoritĂ© dans tout ça. Peut-ĂŞtre parce-que c’est encore trop tĂ´t. Peut-ĂŞtre parce-que, comme n’importe quel gamin, je reste dĂ©connectĂ© du lourd travail que rĂ©alisent quantitĂ© d’adultes. Et que ce travail, s’il se fait devant moi-  voire, mĂŞme si j’y prends aussi ma part – avec d’autres dans un champ invisible, tous les jours,  est abstrait. Lent. Et cela me donne peut-ĂŞtre l’impression de servir Ă  rien.  

Peut-ĂŞtre, aussi, que certaines personnes ignorent encore Ă  quel point elles sont et peuvent ĂŞtre adultes en certaines circonstances. Face au danger et Ă  la mort. 

Beaucoup d’adultes restent des enfants qui, lorsqu’ils ont peur, se cachent sous une couverture. Cependant, la peur peut pousser vers deux extrĂŞmes : la paralysie ou l’attaque.

Donc, tout commence souvent par la façon dont on traite l’enfance. Que ce soit la nĂ´tre, celle de notre descendance mais aussi celle des autres. Ainsi que par la façon dont, en tant qu’adultes, on se comporte et on s’exprime devant cette enfance et par rapport Ă  elle. Par la façon dont on lui apprend Ă  regarder la vie, le monde et les autres. C’est toujours la mĂŞme Histoire qui se rĂ©pète et que l’être humain semble avoir beaucoup de mal Ă  retenir, Ă  connaĂ®tre et Ă  comprendre, si pressĂ© de grandir et d’exposer ses certitudes pour se faire admirer qu’il reste petit. 

 

 

Franck Unimon, ce dimanche 18 octobre 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle

 

                    Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle

« Le plaisir est ma seule ambition Â».

 

 

Parler d’un des derniers livres de Kersauson

 

Parler d’un des derniers livres de Kersauson, Le Monde comme il me parle,  c’est presque se dĂ©vouer Ă  sa propre perdition. C’est comme faire la description de notre dentition de lait en dĂ©cidant que cela pourrait captiver. Pour beaucoup, ça manquera de sel et d’exotisme. Je m’aperçois que son nom parlera spontanĂ©ment aux personnes d’une cinquantaine d’annĂ©es comme Ă  celles en âge d’être en EHPAD.

 

Kersauson est sûrement assez peu connu voire inconnu du grand public d’aujourd’hui. Celui que j’aimerais concerner en priorité avec cet article. Je parle du public compris grosso modo entre 10 et 35 ans. Puisque internet et les réseaux sociaux ont contribué à abaisser l’âge moyen du public lambda. Kersauson n’est ni Booba, ni Soprano, ni Kenji Girac. Il n’est même pas le journaliste animateur Pascal Praud, tentative de croisement tête à claques entre Donald Trump et Bernard Pivot, martelant sur la chaine de télé Cnews ses certitudes de privilégié. Et à qui il manque un nez de clown pour compléter le maquillage.

 

Le MĂ©rite

 

Or, aujourd’hui, nous sommes de plus en plus guidĂ©s par et pour la dictature de l’audience et du like. Il est plus rentable de faire de l’audience que d’essayer de se faire une conscience.  

 

Que l’on ne me parle pas du mĂ©rite, hĂ©ritage incertain qui peut permettre Ă  d’autres de profiter indĂ©finiment de notre crĂ©dulitĂ© comme de notre « gĂ©nĂ©rositĂ© Â» ! Je me rappelle toujours de cette citation que m’avait professĂ©e Spock, un de mes anciens collègues :

 

« Il nous arrive non pas ce que l’on mĂ©rite mais ce qui nous ressemble Â».

Une phrase implacable que je n’ai jamais essayé de détourner ou de contredire.

 

Passer des heures sur une entreprise ou sur une action qui nous vaut peu de manifestations d’intĂ©rĂŞt ou pas d’argent revient Ă  se masturber ou Ă  Ă©chouer. 

Cela Ă©quivaut Ă  demeurer  une personne indĂ©sirable.

Si, un jour, mes articles comptent plusieurs milliers de lectrices et de lecteurs, je deviendrai une personne de « valeur Â».  Surtout si ça rapporte de l’argent. Beaucoup d’argent. Quelles que soient l’originalitĂ© ou les vertus de ce que je produis.

 

Mais j’ai beaucoup de mal Ă  croire Ă  cet avenir. Mes Ă©crits manquent par trop de poitrine, de potins, d’images ad hoc, de sex-tapes, de silicone et de oups ! Et ce n’est pas en parlant de Kersauson aujourd’hui que cela va s’amĂ©liorer. Kersauson n’a mĂŞme pas fait le nĂ©cessaire pour intĂ©grer  l’émission de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© Les Marseillais !

 

Rien en commun

 

Mais j’ai plaisir à écrire cet article.

 

Kersauson et moi n’avons a priori rien Ă  voir ensemble. Il a l’âge de mon père, est issu de la bourgeoisie catholique bretonne. Mais il n’a ni l’histoire ni le corps social (et autre) de mon père et de ma mère. MĂŞme si, tous les deux, ont eu une Ă©ducation catholique tendance campagnarde et traditionnelle. Ma grand-mère maternelle, originaire des Saintes, connaissait ses prières en latin.  

 

Kersauson a mis le pied sur un bateau de pĂŞche Ă  l’âge de quatre ans et s’en souvient encore. Il a appris « tĂ´t Â» Ă  nager, sans doute dans la mer, comme ses frères et soeurs.

Je devais avoir entre 6 et 9 ans lorsque je suis allé sur mon premier bateau. C’était dans le bac à sable à côté de l’immeuble HLM où nous habitions en banlieue parisienne. A quelques minutes du quartier de la Défense à vol d’oiseau.

 

J’ai appris à nager vers mes dix ans dans une piscine. Le sel et la mer pour lui, le chlore et le béton pour moi comme principaux décors d’enfance.

 

Moniteur de voile Ă  13 ans, Kersauson enseignait le bateau Ă  des parisiens (sĂ»rement assez aisĂ©s) de 35 Ă  40 ans. Moi, c’est plutĂ´t vers mes 18-20 ans que j’ai commencĂ© Ă  m’occuper de personnes plus âgĂ©es que moi : c’était des patients  dans les hĂ´pitaux et les cliniques. Changer leurs couches, vider leur  bassin, faire leur toilette, prendre soin d’eux….

 

J’ai pourtant connu la mer plus tôt que certains citadins. Vers 7 ans, lors de mon premier séjour en Guadeloupe. Mais si, très tôt, Kersauson est devenu marin, moi, je suis un ultramarin. Lui et moi, ne sommes pas nés du même côté de la mer ni pour les mêmes raisons.

La mer a sĂ»rement eu pour lui, assez tĂ´t, des attraits qui ont mis bien plus de temps  Ă  me parvenir.  Je ne vais pas en rajouter sur le sujet. J’en ai dĂ©jĂ  parlĂ© et reparlĂ©. Et lui, comme d’autres, n’y sont pour rien.

 

Kersauson est né après guerre, en 1944, a grandi dans cette ambiance (la guerre d’Indochine, la guerre d’Algérie, la guerre du Vietnam) et n’a eu de cesse de lui échapper.

Je suis né en 1968. J’ai entendu parler des guerres. J’ai vu des images. J’ai entendu parler de l’esclavage. J’ai vu des images. J’ai plus connu la crise, la peur du chômage, la peur du racisme, l’épidémie du Sida, la peur d’une guerre nucléaire, les attentats. Et, aujourd’hui, le réchauffement climatique, les attentats, les serres d’internet, l’effondrement, le Covid.

 

Kersauson, et moi, c’est un peu la matière et l’antimatière.

 

En cherchant un peu dans la vase

 

Pourtant, si je cherche un peu dans la vase, je nous trouve quand mĂŞme un petit peu de limon en commun.

L’ancien collègue Spock que j’ai connu, contrairement Ă  celui de la sĂ©rie Star Trek, est Breton.

C’est pendant qu’il fait son service militaire que Kersauson, Breton, rencontre Eric Tabarly, un autre Breton.

 

C’est pendant mon service militaire que j’entends parler pour la première fois de Kersauson. Par un étudiant en psychologie qui me parle régulièrement de Brautigan, de Desproges et de Manchette sûrement. Et qui me parle de la culture de Kersauson lorsque celui-ci passe aux Grosses Têtes de Bouvard. Une émission radiophonique dont j’ai plus entendu parler que je n’ai pris le temps de l’écouter.

 

Je crois que Kersauson a bien dĂ» priser l’univers d’au moins une de ces personnes :

Desproges, Manchette, Brautigan.

 

Pierre Desproges et Jean-Patrick Manchette m’ont fait beaucoup de bien à une certaine période de ma vie. Humour noir et polar, je ne m’en défais pas.

 

C’est un Breton que je rencontre une seule fois (l’ami de Chrystèle, une copine bretonne de l’école d’infirmière)  qui m’expliquera calmement, alors que je suis en colère contre la France, que, bien que noir, je suis Français. J’ai alors entre 20 et 21 ans. Et je suis persuadĂ©, jusqu’à cette rencontre, qu’il faut ĂŞtre blanc pour ĂŞtre Français. Ce Breton, dont j’ai oubliĂ© le prĂ©nom, un peu plus âgĂ© que moi, conducteur de train pour la SNCF, me remettra sur les rails en me disant simplement :

« Mais…tu es Français ! Â».

C’était Ă  la fin des annĂ©es 80. On n’entendait pas du tout  parler d’un Eric Zemmour ou d’autres. Il avait beaucoup moins d’audience que depuis quelques annĂ©es. Lequel Eric Zemmour, aujourd’hui, a son trĂ´ne sur la chaine Cnews et est la pierre philosophale de la PensĂ©e selon un Pascal Praud. Eric Zemmour qui se considère frĂ©quemment comme l’une des personnes les plus lĂ©gitimes pour dire qui peut ĂŞtre Français ou non. Et Ă  quelles conditions. Un de ses vĹ“ux est peut-ĂŞtre d’être le Montesquieu de la question de l’immigration en France.

 

Dans son livre, Le Monde comme il me parle, Kersauson redit son attachement Ă  la PolynĂ©sie française. Mais je sais que, comme lui, le navigateur Moitessier y Ă©tait tout autant attachĂ©. Ainsi qu’Alain Colas. Deux personnes qu’il a connues. Je sais aussi que Tabarly, longtemps cĂ©libataire et sans autre idĂ©e fixe que la mer, s’était quand mĂŞme  achetĂ© une maison et mariĂ© avec une Martiniquaise avec laquelle il a eu une fille. MĂŞme s’il a fini sa vie en mer. Avant d’être repĂŞchĂ©.

 

Ce paragraphe vaut-il Ă  lui tout seul la rĂ©daction et la lecture de cet article ? Toujours est-il que Kersauson est un inconnu des rĂ©seaux sociaux.

 

Inconnu des rĂ©seaux sociaux :

 

 

 

Je n’ai pas vĂ©rifiĂ© mais j’ai du mal Ă  concevoir Kersauson sur Instagram, faisant des selfies ou tĂ©lĂ©chargeant des photos dĂ©nudĂ©es de lui sur OnlyFans. Et il ne fait pas non plus partie du dĂ©cor du jeu The Last of us dont le deuxième volet, sorti cet Ă©tĂ©,  une des exclusivitĂ©s pour la console de jeu playstation, est un succès avec plusieurs millions de vente.

 

Finalement, mes articles sont peut-ĂŞtre trop hardcore pour pouvoir attirer beaucoup plus de public. Ils sont peut-ĂŞtre aussi un peu trop « mystiques Â». J’ai eu cette intuition- indirecte- en demandant Ă  un jeune rĂ©cemment ce qu’il Ă©coutait comme artistes de Rap. Il m’a d’abord citĂ© un ou deux noms que je ne connaissais pas. Il m’avait prĂ©venu. Puis, il a mentionnĂ© Dinos. Je n’ai rien Ă©coutĂ© de Dinos mais j’ai entendu parler de lui. J’ai alors Ă©voquĂ© Damso dont j’ai Ă©coutĂ© et rĂ©Ă©coutĂ© l’album LithopĂ©dion (sorti en 2018) et mis plusieurs de ses titres sur mon baladeur.  Le jeune m’a alors fait comprendre que les textes de Damso Ă©taient en quelque sorte trop hermĂ©tiques pour lui.

Mais au moins Damso a-t’il des milliers voire des millions de vues sur Youtube. Alors que Kersauson…. je n’ai pas fouillé non plus- ce n’est pas le plus grave- mais je ne vois pas Kersauson avoir des milliers de vues ou lancer sa chaine youtube. Afin de nous vendre des méduses (les sandales en plastique pour la plage) signées Balenciaga ou une crème solaire bio de la marque Leclerc.

 

J’espère au moins que « Kersau Â», mon Bernard Lavilliers des ocĂ©ans, est encore vivant. Internet, google et wikipĂ©dia m’affirment que « oui Â». Kersauson a au moins une page wikipĂ©dia. Il a peut-ĂŞtre plus que ça sur le net. En Ă©crivant cet article, je me fie beaucoup Ă  mon regard sur lui ainsi que sur le livre dont je parle. Comme d’un autre de ses livres que j’avais lu  il y a quelques annĂ©es, bien avant l’effet « Covid».

 

L’effet « Covid Â»

 

Pourvu, aussi, que Kersauson se prĂ©serve du Covid.  Il a 76 ans cette annĂ©e. Car, alors que la rentrĂ©e (entre-autre, scolaire)  a eu lieu hier et que bien des personnes rechignent Ă  continuer de porter un masque (dont le très inspirĂ© journaliste Pascal Praud sur Cnews), deux de mes collègues infirmières sont actuellement en arrĂŞt de travail pour suspicion de covid. La première collègue a une soixantaine d’annĂ©es. La seconde, une trentaine d’annĂ©es. Praud en a 54 si j’ai bien entendu. Ou 56.

Un article du journal ” Le Canard EnchainĂ©” de ce mercredi 2 septembre 2020.

 

Depuis la pandĂ©mie du Covid-19, aussi appelĂ© de plus en plus « la Covid Â», la vente de livres a augmentĂ©. Jeff Bezos, le PDG du site Amazon, premier site de ventes en ligne, (aujourd’hui, homme le plus riche du monde avec une fortune estimĂ©e Ă  200 milliards de dollars selon le magazine Forbes US  citĂ© dans le journal Le Canard EnchaĂ®nĂ© de ce mercredi 2 septembre 2020) n’est donc pas le seul Ă  avoir bĂ©nĂ©ficiĂ© de la pandĂ©mie du Covid qui a par ailleurs mis en faillite d’autres Ă©conomies.

 

Donc, Kersauson, et son livre, Le Monde comme il me parle, auraient pu profiter de « l’effet Covid Â». Mais ce livre, celui dont j’ai prĂ©vu de vous parler, est paru en 2013.

 

Il y a sept ans.  C’est Ă  dire, il y a très très longtemps pour beaucoup Ă  l’époque.

 

Mon but, aujourd’hui, est de vous parler d’un homme de 76 ans pratiquement inconnu selon les critères de notoriĂ©tĂ© et de rĂ©ussite sociale typiques d’aujourd’hui. Un homme qui a fait publier un livre en 2013.

Nous sommes le mercredi 2 septembre 2020, jour du début du procès des attentats de Charlie Hebdo et de L’Hyper Cacher.

 

 

Mais nous sommes aussi le jour de la sortie du film Police d’Anne Fontaine avec Virginie Efira, Omar Sy et Grégory Gadebois. Un film que j’aimerais voir. Un film dont je devrais plutôt vous parler. Au même titre que le film Tenet de Christopher Nolan, sorti la semaine dernière. Un des films très attendus de l’été, destiné à relancer la fréquentation des salles de cinéma après leur fermeture due au Covid. Un film d’autant plus désiré que Christopher Nolan est un réalisateur reconnu et que l’autre grosse sortie espérée, le film Mulan , produit par Disney, ne sortira pas comme prévu dans les salles de cinéma. Le PDG de Disney préférant obliger les gens à s’abonner à Disney+ (29, 99 dollars l’abonnement aux Etats-Unis ou 25 euros environ en Europe) pour avoir le droit de voir le film. Au prix fort, une place de cinéma à Paris peut coûter entre 10 et 12 euros.

 

 

Tenet, qui dure près de 2h30,  m’a contrariĂ©. Je suis allĂ© le voir la semaine dernière. Tenet est selon moi la bande annonce des films prĂ©cĂ©dents et futurs de Christopher Nolan dont j’avais aimĂ© les films avant cela. Un film de James Bond sans James Bond. On apprend dans Tenet qu’il suffit de poser sa main sur la pĂ©dale de frein d’une voiture qui file Ă  toute allure pour qu’elle s’arrĂŞte au bout de cinq mètres. J’aurais dĂ» m’arrĂŞter de la mĂŞme façon avant de choisir d’aller le regarder. Heureusement qu’il y a Robert Pattinson dans le film ainsi que Elizabeth Debicki que j’avais beaucoup aimĂ©e dans Les Veuves rĂ©alisĂ© en 2018 par Steve McQueen.

 

Distorsions temporelles

 

Nolan affectionne les distorsions temporelles dans ses films. Je le fais aussi dans mes articles :

 

 

En 2013, lorsqu’est paru Le Monde comme il me parle de Kersauson, Omar Sy, un des acteurs du film Police, sorti aujourd’hui,  Ă©tait dĂ©jĂ  devenu un « grand acteur Â».

Grâce Ă  la grande audience qu’avait connue le film Intouchables rĂ©alisĂ© en…2011 par Olivier Nakache et Eric Toledano. Près de vingt millions d’entrĂ©es dans les salles de cinĂ©ma seulement en France. Un film qui a permis Ă  Omar Sy de jouer dans une grosse production amĂ©ricaine. Sans le succès d’Intouchables, nous n’aurions pas vu Omar Sy dans le rĂ´le de Bishop dans un film de X-Men (X-Men : Days of future past rĂ©alisĂ© en 2014 par Bryan Singer).

 

J’ai de la sympathie pour Omar Sy. Et cela, bien avant Intouchables. Mais ce n’est pas un acteur qui m’a particulièrement épaté pour son jeu pour l’instant. A la différence de Virginie Efira et de Grégory Gadebois.

Virginie Efira, d’abord animatrice de télévision pendant une dizaine d’années, est plus reconnue aujourd’hui qu’en 2013, année de sortie du livre de Kersauson.

J’aime beaucoup le jeu d’actrice de Virginie Efira et ce que je crois percevoir d’elle. Son visage et ses personnages ont une allure plutĂ´t fade au premier regard : ils sont souvent le contraire.

GrĂ©gory Gadebois, passĂ© par la comĂ©die Française, m’a « eu Â» lorsque je l’ai vu dans le Angèle et Tony rĂ©alisĂ© par Alix Delaporte en 2011. Je ne me souviens pas de lui dans Go Fast rĂ©alisĂ© en 2008 par Olivier Van Hoofstadt.

 

Je ne me défile pas en parlant de ces trois acteurs.

 

Je continue de parler du livre de Kersauson. Je parle seulement, à ma façon, un petit peu du monde dans lequel était sorti son livre, précisément.

 

Kersauson est évidemment un éminent pratiquant des distorsions temporelles. Et, grâce à lui, j’ai sans doute compris la raison pour laquelle, sur une des plages du Gosier, en Guadeloupe, j’avais pu être captivé par les vagues. En étant néanmoins incapable de l’expliquer à un copain, Eguz, qui m’avait surpris. Pour lui, mon attitude était plus suspecte que d’ignorer le corps d’une femme nue. Il y en avait peut-être une, d’ailleurs, dans les environs.

 

Page 12 de Le Monde comme il me parle :

 

« Le chant de la mer, c’est l’éternitĂ© dans l’oreille. Dans l’archipel des Tuamotu, en PolynĂ©sie, j’entends des vagues qui ont des milliers d’annĂ©es. C’est frappant. Ce sont des vagues qui brisent au milieu du plus grand ocĂ©an du monde. Il n y  a pas de marĂ©e ici, alors ces vagues tapent toujours au mĂŞme endroit Â».

 

Tabarly

 

A une Ă©poque, adolescent, Kersauson lisait un livre par jour. Il le dit dans Le Monde comme il me parle.

 

J’imagine qu’il est assez peu allĂ© au cinĂ©ma. Page 50 :

 

« (….) Quand je suis dĂ©mobilisĂ©, je reste avec lui ( Eric Tabarly). Evidemment. Je tombe sur un mec dont le seul programme est de naviguer. Il est certain que je n’allais pas laisser passer ça Â».

 

Page 51 :

 

«  Tabarly avait, pour moi, toutes les clĂ©s du monde que je voulais connaĂ®tre. C’était un immense marin et, en mer, un homme dĂ©licieux Ă  vivre Â».

 

Page 54 :

« C’est le temps en mer qui comptait. Et, avec Eric, je passais neuf mois de l’annĂ©e en mer Â».

 

A cette Ă©poque, Ă  la fin des annĂ©es 60, Kersauson avait 23 ou 24 ans. Les virĂ©es entre « potes Â» ou entre « amies Â» que l’on peut connaĂ®tre dans les soirĂ©es ou lors de certains sĂ©jours de vacances, se sont dĂ©roulĂ©es autour du monde et sur la mer pour lui. Avec Eric Tabarly, rĂ©fĂ©rence mondiale de la voile.

 

Page 51 :

 

« (…..) Il faut se rendre compte qu’à l’époque, le monde industriel français se demande comment aider Eric Tabarly- tant il est crĂ©atif, ingĂ©nieux. Il suscite la passion. C’est le bureau d’études de chez Dassault qui règle nos problèmes techniques ! Â».

 

 

Le moment des bilans

 

 

Il est facile de comprendre que croiser un mentor comme Tabarly à 24 ans laisse une trace. Mais Kersauson était déjà un ténor lorsqu’ils se sont rencontrés. Il avait déja un aplomb là ou d’autres avaient des implants. Et, aujourd’hui, en plus, on a besoin de tout un tas d’applis, de consignes et de protections pour aller de l’avant.

J’avais lu Mémoires du large, paru en Mai 1998 (dont la rédaction est attribuée à Eric Tabarly) quelques années après sa mort. Tabarly est mort en mer en juin 1998.

 Tabarly Ă©tait aussi intraitable que Kersauson dans son rapport Ă  la vie. Kersauson Ă©crit dans Le Monde comme il me parle, page 83 :

«  Ce qui m’a toujours sidĂ©rĂ©, chez l’être humain, c’est le manque de cohĂ©rence entre ce qu’il pense et ce qu’il fait (…). J’ai toujours tentĂ© de vivre comme je le pensais. Et je m’aperçois que nous ne sommes pas si nombreux dans cette entreprise Â».

 

Tabarly avait la mĂŞme vision de la vie. Il  l’exprimait avec d’autres mots.

 

Que ce soit en lisant Kersauson ou en lisant Tabarly, je me considère comme faisant partie du lot des ruminants. Et c’est peut-être aussi pour cela que je tiens autant à cet article. Il me donne sans doute l’impression d’être un petit peu moins mouton même si mon intrépidité sera un souvenir avant même la fin de la rédaction de cet article.

 

« DiffĂ©rence entre la technologie et l’esclavage. Les esclaves ont pleinement conscience qu’ils ne sont pas libres Â» affirme Nicholas Nassim Taleb dont les propos sont citĂ©s par le Dr Judson Brewer dans son livre Le Craving ( Pourquoi on devient accro et comment se libĂ©rer), page 65.

 

Un peu plus loin, le Dr Judson Brewer rappelle ce qu’est une addiction, terme qui n’a Ă©tĂ© employĂ© par aucun des intervenants, hier, lors du « dĂ©bat Â» animĂ© par Pascal Praud sur Cnews Ă  propos de la consommation de Cannabis. Comme Ă  propos des amendes qui seront dĂ©sormais infligĂ©es automatiquement Ă  toute personne surprise en flagrant dĂ©lit de consommation de cannabis :

D’abord 135 euros d’amende. Ou 200 euros ?

En Ă©coutant Pascal Praud sur Cnews hier ( il a au moins eu la sincĂ©ritĂ© de confesser qu’il n’avait jamais fumĂ© un pĂ©tard de sa vie)  la solution Ă  la consommation de cannabis passe par des amendes dissuasives, donc par la rĂ©pression, et par l’autoritĂ© parentale.

 

Le Dr Judson Brewer rappelle ce qu’est une addiction (page 68 de son livre) :

 

«  Un usage rĂ©pĂ©tĂ© malgrĂ© les consĂ©quences nĂ©gatives Â». 

 

Donc, rĂ©primer ne suffira pas Ă  endiguer les addictions au cannabis par exemple. RĂ©primer par le porte-monnaie provoquera une augmentation des agressions sur la voie publique. Puisqu’il faudra que les personnes addict ou dĂ©pendantes se procurent l’argent pour acheter leur substance. J’ai rencontrĂ© au moins un mĂ©decin addictologue qui nous a dit en formation qu’il lui arrivait de faire des prescriptions de produits de substitution pour Ă©viter qu’une personne addict n’agresse des personnes sur la voie publique afin de leur soutirer de l’argent en vue de s’acheter sa dose. On ne parlait pas d’une addiction au cannabis. Mais, selon moi, les consĂ©quences peuvent ĂŞtre les mĂŞmes pour certains usagers de cannabis.

 

Le point commun entre une addiction (avec ou sans substance) et cette « incohĂ©rence Â» par rapport Ă  la vie que pointe un Kersauson ainsi qu’un Tabarly avant lui, c’est que nous sommes très nombreux Ă  maintenir des habitudes de vie qui ont sur nous des « consĂ©quences nĂ©gatives Â». Par manque d’imagination. Par manque de modèle. Par manque de courage ou d’estomac. Par manque d’accompagnement. Par manque d’estime de soi. Par Devoir. Oui, par Devoir. Et Par peur.

 

La Peur

On peut bien-sûr penser à la peur du changement. Comme à la peur partir à l’aventure.

 

Kersauson affirme dans son livre qu’il n’a peur de rien. C’est là où je lui trouve un côté Bernard Lavilliers des océans. Pour sa façon de rouler des mécaniques. Je ne lui conteste pas son courage en mer ou sur la terre. Je crois à son autorité, à sa détermination comme ses très hautes capacités d’intimidation et de commandement.

 

Mais avoir peur de rien, ça n’existe pas. Tout le monde a peur de quelque chose, Ă  un moment ou Ă  un autre. Certaines personnes sont fortes pour transcender leur peur. Pour  s’en servir pour accomplir des actions que peu de personnes pourraient rĂ©aliser. Mais on a tous peur de quelque chose.

 

Kersauson a peut-être oublié. Ou, sûrement qu’il a peur plus tardivement que la majorité. Mais je ne crois pas à une personne dépourvue totalement de peur. Même Tabarly, en mer, a pu avoir peur. Je l’ai lu ou entendu. Sauf que Tabarly, comme Kersauson certainement, et comme quelques autres, une minorité, font partie des personnes (femmes comme hommes, mais aussi enfants) qui ont une aptitude à se reprendre en main et à fendre leur peur.

 

Je pourrais peut-être ajouter que la personne qui parvient à se reprendre alors qu’elle a des moments de peur est plus grande, et sans doute plus forte, que celle qui ignore complètement ce qu’est la peur. Pour moi, la personne qui ignore la peur s’aperçoit beaucoup trop tard qu’elle a peur. Lorsqu’elle s’en rend compte, elle est déjà bien trop engagée dans un dénouement qui dépasse sa volonté.

 

Cette remarque mise à part, je trouve à Kersauson, comme à Tabarly et à celles et ceux qui leur ressemblent une parenté évidente avec l’esprit chevaleresque ou l’esprit du sabre propre aux Samouraï et à certains aventuriers. Cela n’a rien d’étonnant.

 

L’esprit du samouraï

 

Dans une vidéo postée sur Youtube le 13 décembre 2019, GregMMA, ancien combattant de MMA, rencontre Léo Tamaki, fondateur de l’école Kishinkai Aikido.

 

GregMMA a rencontrĂ© d’autres combattants d’autres disciplines martiales ou en rapport avec le Combat. La particularitĂ© de cette vidĂ©o (qui compte 310 070 vues alors que j’écris l’article) est l’érudition de LĂ©o Tamaki que j’avais entrevue dans une revue. Erudition Ă  laquelle GregMMA se montre heureusement rĂ©ceptif. L’un des attraits du MMA depuis quelques annĂ©es, c’est d’offrir une palette aussi complète que possible de techniques pour se dĂ©fendre comme pour survivre en cas d’agression. C’est La discipline de combat du moment. MĂŞme si le Krav Maga a aussi une bonne cote.  Mais, comme souvent, des comparaisons se font entre tel ou telle discipline martiale, de Self-DĂ©fense ou de combat en termes d’efficacitĂ© dans des conditions rĂ©elles.

 

Je ne donne aucun scoop en Ă©crivant que le MMA attire sĂ»rement plus d’adhĂ©rents aujourd’hui que l’AĂŻkido qui a souvent l’ image d’un art martial dont les postures sont difficiles Ă  assimiler, qui peut faire penser «  Ă  de la danse Â» et dont l’efficacitĂ© dans la vie rĂ©elle peut ĂŞtre mise en doute  :

 

On ne connaît pas de grand champion actuel dans les sports de combats, ou dans les arts martiaux, qui soit Aïkidoka. Steven Seagal, c’est au cinéma et ça date des années 1990-2000. Dans les combats UFC, on ne parle pas d’Aïkidoka même si les combattants UFC sont souvent polyvalents ou ont généralement cumulé différentes expériences de techniques et de distances de combat.

 

Lors de cet Ă©change avec GregMMA, LĂ©o Tamaki confirme que le niveau des pratiquants en AĂŻkido a baissĂ©. Ce qui explique aussi en partie le discrĂ©dit qui touche l’AĂŻkido. Il explique la raison de la baisse de niveau :

 

Les derniers grands Maitres d’AĂŻkido avaient connu la Guerre. Ils l’avaient soit vĂ©cue soit en Ă©taient encore imprĂ©gnĂ©s. A partir de lĂ , pour eux, pratiquer l’AĂŻkido, mĂŞme si, comme souvent, ils avaient pu pratiquer d’autres disciplines martiales auparavant, devait leur permettre d’assurer leur survie. C’était immĂ©diat et très concret. Cela est très diffĂ©rent de la dĂ©marche qui consiste Ă  aller pratiquer un sport de combat ou un art martial afin de faire « du sport Â», pour perdre du poids ou pour se remettre en forme.

 

Lorsque Kersauson explique au début de son livre qu’il a voulu à tout prix faire de sa vie ce qu’il souhaitait, c’était en réponse à la Guerre qui était pour lui une expérience très concrète. Et qui aurait pu lui prendre sa vie.

Lorsque je suis parti faire mon service militaire, qui Ă©tait encore obligatoire Ă  mon « Ă©poque Â», la guerre Ă©tait dĂ©jĂ  une probabilitĂ© Ă©loignĂ©e. Bien plus Ă©loignĂ©e que pour un Kersauson et les personnes de son âge. MĂŞme s’il a vĂ©cu dans un milieu privilĂ©giĂ©, il avait 18 ans en 1962 lorsque l’AlgĂ©rie est devenue indĂ©pendante. D’ailleurs, je crois qu’un de ses frères est parti faire la Guerre d’AlgĂ©rie.

 

On retrouve chez lui comme chez certains adeptes d’arts martiaux , de self-dĂ©fense ou de sport de combat, cet instinct de survie et de libertĂ© qui l’a poussĂ©, lui, Ă  prendre le large. Quitte Ă  perdre sa vie, autant la perdre en  choisissant de faire quelque chose que l’on aime faire. Surtout qu’autour de lui, il s’aperçoit que les aĂ®nĂ©s et les anciens qui devraient ĂŞtre Ă  mĂŞme de l’orienter ont dĂ©gustĂ© (Page 43) :

« Bon, l’ancien monde est mort. S’ouvre Ă  moi une pĂ©riode favorable (….). J’ai 20 ans, j’ai beaucoup lu et je me dis qu’il y a un loup dans la combine :

Je m’aperçois que les vieux se taisent, ne parlent pas. Et comme ils ont fait le trajet avant, ils devraient nous donner le mode d’emploi pour l’avenir, mais rien ! Ils sont vaincus. Alors, je sens qu’il ne faut surtout pas s’adapter Ă  ce qui existe mais crĂ©er ce qui vous convient Â».

 

Nous ne vivons pas dans un pays en guerre.

 

Jusqu’à maintenant, si l’on excepte le chĂ´mage,  certains attentats et les faits divers, nous avons obtenu une certaine sĂ©curitĂ©. Nous ne vivons pas dans un pays en guerre. MĂŞme si, rĂ©gulièrement, on nous parle « d’embrasement Â» des banlieues, « d’insĂ©curitĂ© Â» et «  d’ensauvagement Â» de la France. En tant que citoyens, nous n’avons pas Ă  fournir un effort de guerre en dehors du territoire ou Ă  donner notre vie dans une armĂ©e. En contrepartie, nous sommes une majoritĂ© Ă  avoir acceptĂ© et Ă  accepter  certaines conditions de vie et de travail. Plusieurs de ces conditions de vie et de travail sont discutables voire insupportables.

Face Ă  cela, certaines personnes dĂ©veloppent un instinct de survie lĂ©gal ou illĂ©gal. D’autres s’auto-dĂ©truisent ( par les addictions par exemple mais aussi par les accidents du travail, les maladies professionnelles ou les troubles psychosomatiques). D’autres prennent sur eux et se musèlent par Devoir….jusqu’à ce que cela devienne impossible de prendre sur soi. Que ce soit dans les banlieues. Dans certaines catĂ©gories socio-professionnelles. Ou au travers des gilets jaunes.  

 

Et, on en revient à la toute première phrase du livre de Kersauson.

 

Le plaisir est ma seule ambition

 

J’ai encore du mal à admettre que cette première phrase est/soit peut-être la plus importante du livre. Sans doute parce-que je reste moins libre que Kersauson, et d’autres, question plaisir.

 

Plus loin, Kersauson explicite aussi la nécessité de l’engagement et du Devoir. Car c’est aussi un homme d’engagement et de Devoir.

 

Mais mettre le plaisir au premier plan, ça délimite les Mondes, les êtres, leur fonction et leur rôle.

 

Parce- qu’il y a celles et ceux qui s’en remettent au mĂ©rite – comme certaines religions, certaines Ă©ducations et certaines institutions nous y entraĂ®nent et nous habituent- et qui sont prĂŞts Ă  accepter bien des sacrifices. Sacrifices qui peuvent se rĂ©vĂ©ler vains. Parce que l’on peut ĂŞtre persĂ©vĂ©rant (e ) et mĂ©ritant ( e) et se faire arnaquer. Moralement. Physiquement. Economiquement. Affectivement. C’est l’histoire assez rĂ©pĂ©tĂ©e, encore toute rĂ©cente, par exemple, des soignants comme on l’a vu pendant l’épidĂ©mie du Covid. Ainsi que l’histoire d’autres professions et de bien des gens qui endurent. Qui prennent sur eux. Qui croient en une Justice divine, Ă©tatique ou politique qui va les rĂ©compenser Ă  la hauteur de leurs efforts et de leurs espoirs.

 

Mais c’est aussi l’histoire répétée de ces spectateurs chevronnés que nous sommes tous plus ou moins de notre propre vie. Une vie que nous recherchons par écrans interposés ou à travers celle des autres. Au lieu d’agir. Il faut se rappeler que nous sommes dans une société de loisirs. Le loisir, c’est différent du plaisir.

 

Le loisir, c’est différent du plaisir

 

 

Le loisir, ça peut être la pause-pipi, la pause-cigarette ou le jour de formation qui sont accordés parce-que ça permet ensuite à l’employé de continuer d’accepter des conditions de travail inacceptables.

 

Ça peut aussi consister à laisser le conjoint ou la conjointe sortir avec ses amis ou ses amies pour pouvoir mieux continuer de lui imposer notre passivité et notre mauvaise humeur résiduelle.

 

C’est les congés payés que l’on donne pour que les citoyens se changent les idées avant la rentrée où ils vont se faire imposer, imploser et contrôler plus durement. Bien des personnes qui se prendront une amende pour consommation de cannabis seront aussi des personnes adultes et responsables au casier judiciaire vierge, insérées socialement, payant leurs impôts et effectuant leur travail correctement. Se contenter de les matraquer à coups d’amende en cas de consommation de cannabis ne va pas les inciter à arrêter d’en consommer. Ou alors, elles se reporteront peut-être sur d’autres addictions plus autorisées et plus légales (alcool et médicaments par exemple….).

 

Le plaisir, c’est l’intégralité d’un moment, d’une expérience comme d’une rencontre. Cela a à voir avec le libre-arbitre. Et non avec sa version fantasmée, rabotée, autorisée ou diluée.

 

Il faut des moments de loisirs, bien-sûr. On envoie bien nos enfants au centre de loisirs. Et on peut y connaître des plaisirs.

 

Mais dire et affirmer «  Le plaisir est ma seule ambition Â», cela signifie qu’à un moment donnĂ©, on est une personne libre. On dĂ©pend alors très peu d’un gouvernement, d’un parti politique, d’une religion, d’une Ă©ducation, d’un supĂ©rieur hiĂ©rarchique. Il n’y a, alors, pas grand monde au dessus de nous. Il s’agit alors de s’adresser Ă  nous en consĂ©quence. Faute de quoi, notre histoire se terminera. Et chacun partira de son cĂ´tĂ© dans le meilleur des cas.

 

Page 121 :

 

« Je suis indiffĂ©rent aux fĂ©licitations. C’est une force Â».

 

Page 124 :

 

« Nos contemporains n’ont plus le temps de penser (….) Ils se sont inventĂ© des vies monstrueuses dont ils sont responsables-partiellement Â». Olivier de Kersauson.

 

 

Article de Franck Unimon, mercredi 2 septembre 2020.

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Addictions Puissants Fonds/ Livres

Ma vie en réalité

 

                                                     Ma vie en rĂ©alitĂ©

Magali Berdah est la crĂ©atrice et dirigeante de Shauna Events :

 

« La plus importante agence de mĂ©dia-influenceurs de France Â».  Nabilla, Jessica Thivenin, Julien Tanti et Ayem Nour font partie de ses « protĂ©gĂ©s Â».

 

Un livre publié en 2018

 

Dans ce livre publiĂ© en 2018 (il y a deux ans), Magali Berdah raconte son histoire jusqu’à sa rĂ©ussite professionnelle, Ă©conomique et personnelle dans l’univers de la tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© et de la tĂ©lĂ©. Pourtant, Il y a encore Ă  peu près cinq ans, Magali Berdah ne connaissait rien Ă  la tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© comme au monde de la tĂ©lĂ©. Elle ne faisait pas partie du sĂ©rail. Son histoire est donc celle d’une personne qui, partie de peu, s’est sortie des ronces. C’est sĂ»rement ça et le fait qu’elle nous parle de la tĂ©lĂ© et de la tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© qui m’a donnĂ© envie d’emprunter son livre Ă  la mĂ©diathèque de ma ville. En mĂŞme temps que des livres comme Le Craving Pourquoi on devient accro du Dr Judson Brewer ; Tout bouge autour de moi de Dany Laferriere; DĂ©veloppement (im)personnel de Julia De Funès.

 

 

Un homme du vingtième siècle

 

Je me la pète sĂ»rement avec ces titres parce-que je suis un homme du 20ème siècle. J’ai Ă©tĂ© initiĂ© Ă  l’âge de 9 ans aux bĂ©nĂ©fices de  ce que peut apporter une mĂ©diathèque :

 

Ouverture sur le monde, culture, lien social, tranquillité, recueillement. Des vertus que l’on peut retrouver ailleurs et que Magali Berdah, dans son enfance, comme elle le raconte, a connues par à-coups.

 

Une femme du vingtième siècle

 

Magali Berdah, née en 1981, est aussi une femme du 20ème siècle.

 

Son enfance, c’est celle du divorce, du deuil et de plusieurs sĂ©parations. D’un père plus maltraitant que sĂ©curisant ; d’une mère qui a Ă©tĂ© absente pendant des annĂ©es puis qui est rĂ©apparue. C’est aussi une enfance dans le sud, sur la CĂ´te d’azur, du cĂ´tĂ© de Nice et de St Tropez oĂą elle a pu vivre plus Ă  l’air libre, au bord de la nature. Loin de certains pavĂ©s HLM, stalactites immobilières et langagières qui  semblent figer bien des fuseaux horaires.

 

Les éclaircies qu’elle a pu connaître, elle les doit en grande partie à ses grands-parents maternels, tenants d’un petit commerce. Mais aussi à ses aptitudes scolaires et personnelles. Son sens de la débrouille et son implication s’étalonnent sur ses premiers jobs d’été qu’elle décroche alors qu’elle a à peine dix huit ans. Fêtarde la nuit et travailleuse le jour, elle apprend auprès d’aînés et de professionnels qu’elle s’est choisie. Cela l’emmènera à devenir une très bonne commerciale, très bien payée, dans les assurances et les mutuelles. C’est sûrement une jolie fille, aussi, qui présente bien, qui a du culot et qui a le contact social facile. Mais retenons que c’est une bosseuse. Elle nous le rappelle d’ailleurs après chacun de ses accouchements (trois, sans compter son avortement) où elle a repris le travail très vite. Elle nous parle aussi de journées au cours desquelles elle travaille 16 heures par jour. Et quand elle rentre chez elle, son mari et ses enfants l’attendent.

 

 

Le CV et le visage au moins d’une guerrière et d’une résiliente

 

 

Si l’on s’en tient Ă  ce rĂ©sumĂ©, Magali Berdah a le CV et le visage au moins d’une guerrière et d’une rĂ©siliente. Mais elle officie dĂ©sormais dans le pot au feu de la tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ©, de la tĂ©lĂ©, et est proche de personnalitĂ©s comme Cyril Hanouna. On est donc très loin ou assez loin de ce que l’on appelle la culture « noble Â» ou « propre sur elle Â». Et Magali Berdah critique l’attitude et le regard mĂ©prisants portĂ©s gĂ©nĂ©ralement sur la tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© et une certaine tĂ©lĂ©.

 

 

Le début de la téléréalité

 

 

La tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ©, pour moi, en France, ça commence avec le « Loft Â» : Loana, Steevy, Jean-Edouard….

 

J’avais complètement oubliĂ© que ça s’était passĂ© en 2001, l’annĂ©e du 11 septembre, de l’attentat des «  Twin Towers Â» et de l’émergence mĂ©diatique de Ben Laden, et, avec lui, des attentats islamistes. Dans son livre, Magali Berdah nous le rappelle. A cette Ă©poque, elle avait 20 ans et commençait Ă  s’assumer professionnellement et Ă©conomiquement ou s’assumait dĂ©jĂ  très bien.

 

Un monde en train de changer

 

 

En 2001, je vivais déjà chez moi et je n’avais pas de télé, par choix. Mais dans le service de pédopsychiatrie où je travaillais alors, il y avait la télé. J’ai des souvenirs d’avoir regardé Loft Story dans le service ainsi que des images, quelques mois plus tard, de l’attentat du 11 septembre. Et d’en avoir discuté sans doute avec des jeunes mais, surtout, avec mes collègues de l’époque. On était en train de changer de monde d’une façon comme une autre avec le Loft et les attentats du 11 septembre. Comme, depuis plusieurs mois, nous sommes en train de changer de monde avec le Covid-19.

 

Une image

 

Une image, ça vous prend dans les bras. La tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© est pleine d’images. Il y a quelques jours, j’ai tâtĂ© le terrain en parlant de Magali Berdah et de  Julien Tanti Ă  deux jeunes du service oĂą je travaille. Cela leur disait vaguement quelque chose. Puis l’une des deux a dĂ©clarĂ© :

 

« Quand je me sens bĂŞte, je regarde. Ça me permet de me vider la tĂŞte Â». L’autre jeune prĂ©sente a abondĂ© dans son sens. J’ai fini par comprendre que cela leur servait de dĂ©fouloir moral. Que cela leur remontait le moral de voir Ă  la tĂ©lĂ© des personnes qu’elles considĂ©raient comme plus « bĂŞtes Â» qu’elles.

Pour l’avoir vu, je sais que des adultes peuvent aussi regarder des émissions de téléréalité. Ça m’a fait drôle de voir des Nigérians musulmans d’une trentaine d’année, en banlieue parisienne, regarder Les Marseillais. Mais pour eux, venus travailler en France, une émission comme Les Marseillais offre peut-être quelque chose d’exotique et d’osé. Et puis, ce que l’on voit dans cette émission est facile à suivre et à comprendre pour toute personne qui a envie de se distraire et qui est dépourvue de prétentions intellectuelles ou culturelles apparentes.

 

 

Magali Berdah défend ses protégés

 

 

Lorsque l’on lit Magali Berdah, celle-ci dĂ©fend ses « protĂ©gĂ©s Â». On pourrait se dire :

 

«  Evidemment, elle les dĂ©fend car ils sont un peu ses poules aux Ĺ“ufs d’or. Ils lui permettent de très bien gagner sa vie. Les millions de followers sur les rĂ©seaux sociaux de plusieurs de ses « poulains Â» permettent bien des placements de produits et lui assurent aussi une très forte visibilitĂ© sociale dans un monde oĂą, pour rĂ©ussir Ă©conomiquement, il est indispensable d’être très connu Â».

 

Mais quand on a lu le dĂ©but de son livre, on perçoit une sincère identification de Magali Berdah envers ses « protĂ©gĂ©s Â» :

 

Le destin de la plupart des candidats du Loft de 2001 mais aussi de bien d’autres candidats d’autres Ă©missions de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© ou similaires telles The Voice ou autres, c’est de retourner ensuite au « vide Â», « Ă  l’abandon Â», et  Ă  l’anonymat de leur existence de dĂ©part. Et ça se retrouvait dĂ©ja dans le monde du cinĂ©ma, de la chanson ou du théâtre mĂŞme avant l’arrivĂ©e du Covid.

 

Dominique Besnehard, ancien agent d’acteurs et crĂ©ateur de la sĂ©rie Dix pour cent,  parlait un peu dans son livre Casino d’hiver de ces actrices et acteurs, qui, faute de s’être reposĂ©s uniquement sur leur physique et sur leur jolie frimousse avaient fini par disparaĂ®tre du milieu du cinĂ©ma. Et je me rappelle ĂŞtre tombĂ© un jour sur un des anciens acteurs du film L’Esquive d’Abdelatif Kechiche. D’accord, cet acteur avait un rĂ´le très secondaire dans L’Esquive mais ça m’avait mis assez mal Ă  l’aise de le retrouver, quelques annĂ©es plus tard, Ă  faire le caissier Ă  la Fnac de St Lazare, dans l’indiffĂ©rence la plus totale. Il Ă©tait un caissier parmi d’autres.

 

 

Un certain nombre d’acteurs et d’humoristes que l’on aime « bien Â», avaient un autre mĂ©tier avant de s’engager professionnellement et de percer dans le milieu du cinĂ©ma, du stand up, du théâtre, de l’art et de la culture en gĂ©nĂ©ral. Si je me rappelle bien, MickaĂ«l Youn Ă©tait commercial.

 

Etre Ă  leur place

 

Si on peut se bidonner ou se navrer devant les comportements et les raisonnements de beaucoup de candidats de téléréalité, qui sont souvent jeunes, il faut aussi se rappeler que tant d’autres personnes, parmi nous, secrètement, honteusement ou non, aimeraient être à leur place. Et gagner, comme certains d’entre eux, les plus célèbres, cinquante mille euros par mois. Magali Berdah fournit ce chiffre dans son livre.

 

C’est un peu comme l’histoire du dopage dans le sport : le dopage persistera dans le sport et ailleurs car certaines personnes resteront prĂŞtes Ă  tout tenter pour « rĂ©ussir Â». Surtout si elles sont convaincues que leur existence est une dĂ©charge publique. Et que le dopage est un moyen comme un autre qui peut leur permettre de se sortir de ce sentiment d’être une dĂ©charge publique.

 

Pour d’autres, le sexe aura la mĂŞme fonction que le dopage. MĂŞme en pleine Ă©poque de Me Too et de Balance ton porc, je crois que certaines personnes (femmes comme hommes) seront prĂŞtes Ă  coucher si elles sont convaincues que cela peut leur permettre de rĂ©ussir.  Et de rĂ©ussir vite et bien. Quel que soit le milieu professionnel, ces personnes se feront seulement un peu plus discrètes et un peu plus prudentes.

 

 

Concernant Loft Story et l’intérêt que la première saison avait suscité, mais aussi les sarcasmes, je me souviens que l’acteur Daniel Auteuil, dont la carrière d’acteur était alors bien plantée, avait dit qu’il aurait fait Le Loft ou tenté d’y participer s’il avait été un jeune acteur qui cherchait à se lancer et à se faire connaître.

 

 

Compromettre son image

 

Lorsque l’on est optimiste, raisonnable, raisonnĂ©, patient mais aussi fataliste, docile et obĂ©issant, on refuse le dopage ainsi que certaines conduites Ă  risques.  Comme on peut refuser de  prendre le risque de « compromettre Â» son image en participant Ă  une Ă©mission de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© ou Ă  une autre Ă©mission.

 

Mais lorsque l’on recherche l’immédiateté, l’action, le résultat et que l’on tient à sortir du lot, on peut bifurquer vers la téléréalité, une certaine télé et une certaine célébrité. Il y aura d’une part des producteurs, des vendeurs de rêves (proxénètes ou non) et d’autre part un public qui sera demandeur.

 

Magali Berdah, Ă  la lire, s’intercale entre les deux parties : c’est elle qui a permis aux vedettes de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© de tirer le meilleur parti financièrement de leur exposition mĂ©diatique. Et lorsqu’on la lit, on se dit « qu’avant elle Â», les vedettes de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© Ă©taient vraiment traitĂ©es un peu comme ces belles filles que l’on voit sur le podium du Tour de France avec leur bouquet de fleurs Ă  remettre au vainqueur.

 

L’évolution du statut financier des vedettes de téléréalité

 

 

L’évolution du statut financier des vedettes de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© fait penser Ă  celle qu’ont pu connaĂ®tre des sportifs professionnels ou des artistes par exemple. Avant l’athlète amĂ©ricain Carl Lewis, un sprinter de haut niveau gagnait moins bien sa vie. Usain Bolt et bien d’autres athlètes de haut niveau peuvent « remercier Â» un Carl Lewis pour l’augmentation de leur train de vie. On peut sans doute faire le mĂŞme rapprochement pour le Rap ainsi que pour la techno. Ou pour certains photographes ou peintres. Entre ce qu’ils peuvent toucher aujourd’hui et il y a vingt ou trente ans. Certains diront sans doute qu’ils gagnent nettement moins d’argent aujourd’hui qu’il y a vingt ou trente ans avec le mĂŞme genre de travail. Mais d’autres gagnent sĂ»rement plus d’argent aujourd’hui que s’ils s’étaient faits connaĂ®tre il y a vingt ou trente ans. Pour les vedettes de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ©, il est manifeste que d’un point de vue salarial il vaut mieux ĂŞtre connu aujourd’hui qu’à l’époque de Loft story en 2001.

 

 

Une motivation aussi très personnelle

 

Cependant, la motivation de Magali Berdah est aussi très personnelle. Disponible pratiquement en permanence via son tĂ©lĂ©phone portable, malgrĂ© ses trois enfants et son mari, elle reçoit aussi chez elle plusieurs de ses « protĂ©gĂ©s Â», les week-end.  C’est bien-sĂ»r une très bonne façon d’apprendre Ă  connaĂ®tre ses clients et de crĂ©er avec eux un lien très personnel.

 

Toutefois, dans mon métier, en pédopsychiatrie, on crierait au manque de distance relationnelle et affective. On parlerait d’un mélange des genres, vie privée/vie publique. On évoquerait un cocktail émotionnel addictif. On parlerait aussi des conséquences qu’une telle proximité – voire une telle fusion- peut causer ou cause. Parmi elles, une forte dépendance affective qui peut déboucher sur des événements plus qu’indésirables lorsque la relation se termine ou doit s’espacer ou se terminer pour une raison ou une autre. Que ce soit la relation à la célébrité et à l’exposition médiatique constante. Ou une relation à une personne à laquelle on s’est beaucoup trop attachée affectivement.

 

Il y a donc du pour et du contre dans ma façon de voir ce type de relation que peut avoir Magali Berdah avec ses « protĂ©gĂ©s Â».

 

«  Pour Â» : une relation affective n’est pas une science exacte. Bien des personnes sont consentantes, quoiqu’elles disent, pour une relation de dĂ©pendance affective rĂ©ciproque. Que ce soit envers un public ou avec des personnes. Et on peut avoir plus besoin de quelqu’un Ă  mĂŞme de savoir nous prendre dans les bras et nous rĂ©conforter rĂ©gulièrement, comme un bĂ©bĂ©, que de quelqu’un qui nous « raisonne Â». MĂŞme si, Magali Berdah, visiblement, donne les deux : elle rĂ©conforte et raisonne ses « poulains Â».

 

Loyauté et vertu morale

 

En lisant Ma vie en réalité , je crois aussi au fait que l’on peut faire une carrière dans des programmes télé auxquels, a priori, je ne souscris pas, et, pourtant être une personne véritablement loyale dans la vie.

Je ne crois pas que les participants, les producteurs et les animateurs d’émissions de tĂ©lĂ©, de théâtre ou de cinĂ©ma plus « nobles Â» soient toujours des modèles de vertu morale. Surtout qu’ils peuvent Ă©galement ĂŞtre « ambidextres Â» et parfaitement Ă©voluer dans les diffĂ©rents univers.

 

Le Tsadik

 

J’ai beaucoup aimé ce passage dans son livre, ou, alors surendettée, et déprimée, et avant de travailler dans la téléréalité, elle va rencontrer un rabbin sur les conseils d’une amie.

Juive par ses grands-parents maternels, Magali Berdah apprend par le Rabbin qu’elle est sous la protection d’un Tsadik, un de ses ancêtres.

Dans le hassidisme, le Tsadik est un « homme juste Â», un «  Saint Â», un «  maĂ®tre spirituel Â» qui n’est pas rĂ©compensĂ© de son vivant mais qui peut donner sa protection Ă  un de ses descendants.

J’ai aimĂ© ce passage car il me plait d’imaginer- mĂŞme si je ne suis pas juif ou alors, je l’ignore- qu’un de mes ancĂŞtres puisse me protĂ©ger. Mais aussi que les soignants (je suis soignant) sont sans doute des Ă©quivalents d’un Tsadik et que s’ils en bavent, aujourd’hui, que plus tard, ils pourront peut-ĂŞtre assurer la protection d’un de leurs descendants. Ça peut faire marrer de me voir croire en ce genre de « chose Â». Mais je prĂ©fère aussi croire Ă  ça plutĂ´t que croire Ă  un complot, faire confiance Ă  un dirigeant opportuniste ou Ă  un dealer.

 

J’ai d’abord cru que Magali Berdah Ă©tait juive non-pratiquante. Mais sa rencontre avec le rabbin et sa façon de tomber enceinte « coup sur coup Â» me fait quand mĂŞme penser Ă  l’attitude d’une croyante qui «laisse Â» le destin dĂ©cider. Je parle de ça sans jugement. J’ai connu une catholique pratiquante qui avait la mĂŞme attitude avec le fait d’enfanter. Je souligne ce rapport Ă  la croyance parce qu’il est important pour Magali Berdah. Et que sa « foi Â» lui a sĂ»rement permis de tenir moralement Ă  plusieurs moments de sa vie.

 

Je précise également que, pour moi, cette protection d’un Tsadik peut se transposer dans n’importe quelle autre religion ainsi que dans bien d’autres cultures.

 

Incapable d’une telle proximité affective

 

«  Contre Â» : Je m’estime et me sens incapable d’une telle proximitĂ© affective Ă  l’image d’une Magali Berdah avec ses «  vedettes Â». Donc celle qu’elle instaure avec ses protĂ©gĂ©s m’inquiète.  Une des vedettes de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© dont elle s’occupe l’appelle «  Maman Â». MĂŞme si je comprends l’attitude de Magali Berdah au vu de son histoire personnelle, je m’interroge quant aux retombĂ©es de relations personnelles aussi Ă©troites :

 

Il est impossible de sauver quelqu’un malgrĂ© lui. Et ça demande aussi beaucoup de prĂ©sence et d’énergie. Une telle implication peut ĂŞtre destructrice pour soi-mĂŞme ou pour son entourage. Donc, croire, vouloir ou penser que l’on peut, tout( e)   seul (e), sauver ou soutenir quelqu’un, c’est prendre de grands risques. Mais peut-ĂŞtre que Magali Berdah prend-t’elle plus de prĂ©cautions qu’elle ne le dit pour elle et sa famille. Il est vrai que le fait qu’elle soit mariĂ©e et mère lui impose aussi des limites.  Il lui est donc impossible, si elle Ă©tait tentĂ©e de le faire, de se dĂ©vouer exclusivement Ă  ses « protĂ©gĂ©s Â».

La Norme :

 

NĂ©anmoins, au milieu de ce « pour Â» et de ce « contre, je comprends que ce « support Â» affectif est la Norme dans le milieu de la tĂ©lĂ© et des cĂ©lĂ©britĂ©s en gĂ©nĂ©ral. Et ce qui est peut-ĂŞtre plus effrayant encore, c’est d’apprendre en lisant son livre que lorsque la « mode Â» des influenceurs est apparue en France (il y a environ cinq ans), que, subitement, ses « protĂ©gĂ©s Â» sont devenus attractifs Ă©conomiquement. Et  des producteurs se sont manifestĂ©s pour venir placer leurs billes. Les vedettes de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© avaient peut-ĂŞtre la tĂŞte « vide Â» mais s’il y avait- beaucoup- de fric Ă  se faire avec eux maintenant qu’ils Ă©taient devenus des influenceuses et des influenceurs. Grâce Ă  leurs placements de produits via les rĂ©seaux sociaux avec leurs millions de followers, on voulait bien en profiter. Magali Berdah n’en parle pas comme je le fais  avec une certaine ironie. Car cet intĂ©rĂŞt des producteurs pour les vedettes de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© a permis Ă  sa carrière et Ă  sa notoriĂ©tĂ© de prendre l’ascenseur.

 

Le Buzz ou le mur du son de la Notoriété

 

En 2001, Ă  l’époque du Loft et des attentats de Ben Laden, on Ă©tait très loin de tout ça. Les rĂ©seaux sociaux n’en n’étaient pas du tout Ă  ce niveau et on ne parlait pas du tout de « followers Â». Je me rappelle d’un des candidats du Loft Ă  qui, après l’émission, on avait proposĂ© de travailler…dans un cirque. Il avait fait la gueule.

 

En 2020, à l’époque du Covid-19, on est en plein dans l’ère des followers et des réseaux sociaux. Et on peut penser que la téléréalité et le pouvoir des réseaux sociaux va continuer de s’amplifier. Sans forcément simplifier le climat social et général :

Parmi toutes les rumeurs, toutes les certitudes absolues, tous les emballements mĂ©diatiques et toutes les peurs qui sont semĂ©es de manière illimitĂ©e, j’ai un tout “petit peu ” de mal Ă  croire que l’Ă©poque des followers et des rĂ©seaux sociaux soit une Ă©poque oĂą l’on court totalement et librement vers l’apaisement et la nuance. 

 

 D’autres empires, aujourd’hui timides voire modĂ©rĂ©s, vont sĂ»rement s’imposer d’ici quelques annĂ©es. Ça me rappelle les premiers tubes du groupe Indochine et de Mylène Farmer dans les annĂ©es 80. Vous les trouvez peut-ĂŞtre ringards. Pourtant, Ă  l’époque de leurs tubes Bob Morane et Maman a tort, j’aurais Ă©tĂ© incapable de les imaginer devenir les « icones Â» qu’ils sont devenus. Et puis, il y a sans doute pire comme dictature et comme intĂ©grisme que celle et celui d’un monde oĂą nous devrions tous chanter et danser Ă  des heures imposĂ©es sur  Bob Morane et sur Maman a tort. MĂŞme si ces deux titres sont loin d’ĂŞtre mes titres de chevet.

 

Se rendre incontournable

 

Il est très difficile de pouvoir dire avec exactitude qui, devenu un peu connu ou encore inconnu aujourd’hui, sera une sommitĂ© dans une vingtaine d’annĂ©es. Les candidates et les candidats du Loft, et les suivants, Ă©taient souvent perçus comme ringards. Dès qu’un marchĂ© se crĂ©e, et que l’on en est la cause ou que l’on est prĂ©sent dès l’origine, et que l’on sait se rendre incontournable, la donne change et l’on devient dĂ©sirable et frĂ©quentable. C’est le principe du buzz. Principe qui existait dĂ©jĂ  avant les rĂ©seaux sociaux et la tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© mais qui s’est accĂ©lĂ©rĂ© et dĂ©multipliĂ©. On peut dire que le buzz, c’est le mur du son de la notoriĂ©tĂ©. Faire le buzz cela revient Ă  vivre Ă  Mach 1 ou Ă  Mach 2 ou 3. Ça peut faire vibrer. Mais ça fait aussi trembler. Après avoir lu le livre de Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi,  dans lequel il raconte le tremblement de terre Ă  HaĂŻti le 12 janvier 2010 ( il y Ă©tait), on comprend qu’un tremblement, ça change aussi un monde et des personnes. ça ne fait pas que les tuer et les dĂ©truire. 

 

Une histoire déjà vue

 

L’histoire que nous raconte Magali Berdah est une histoire qui s’est dĂ©jĂ  vue et qui se verra encore : une personne crĂ©e un concept. Peu importe qui est cette personne et si ce concept est moralement acceptable ou non. Il suffit que ce concept soit porteur Ă©conomiquement et tout un tas de commerciaux s’en emparent pour le faire connaĂ®tre – et monnayer-par le plus grand nombre, ce qui gĂ©nère un intĂ©rĂŞt et un chiffre d’affaires grandissant. Ce faisant, ces commerciaux et celles et ceux qui sont proches d’eux prennent du galon socialement et s’enrichissent Ă©conomiquement.

 

A La recherche du scoop et du popotin du potin

 

J’ai aimĂ© lire Ma vie en rĂ©alitĂ© pour ces quelques raisons. Il se lit très facilement. Et vite. Si Ă  la fin de son livre, Magali Berdah parle bien-sĂ»r de plusieurs de « ses Â» vedettes, la lectrice ou le lecteur qui serait Ă  la recherche du scoop et du popotin du potin Ă  propos d’Adixia, AnaĂŻs Camizuli, Anthony MatĂ©o, Astrid, AurĂ©lie Dotremont, Jessica Errero, Nikola Lozina, Manon Marsault, Paga, Ricardo, Jaja, Ayem Nour, Nabilla, Milla Jasmine et d’autres sera mieux inspirĂ©(e) de concentrer ses recherches ailleurs. De mon cĂ´tĂ©, j’ai dĂ©couvert la plupart de ces prĂ©noms et de ces noms en lisant ce livre.

 

Franck Unimon, vendredi 21 août 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

               

 

 

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Addictions en temps de pandémie

Confinés 1.

 

 

Addictions en temps de pandémie.

 

Sans doute faut-il être un petit peu formé aux thérapies familiales, avoir vu certains films tels Canine (réalisé en 2009 par Yorgos Lanthimos), lu certains ouvrages et articles sur le sujet.

 

Ou plus simplement :

 

Sans doute faut-il avoir Ă©tĂ© tĂ©moin- ou acteur- de certains Ă©vĂ©nements pour savoir qu’il existe rĂ©gulièrement une rupture entre la plus ou moins belle image qu’incarne une famille,  un couple ou un groupe et ce qui se passe Ă  l’intĂ©rieur de cette famille, de ce couple ou de ce groupe derrière le grillage des agrĂ©ables assurances et des sourires.

 

On peut multiplier les exemples de films sur ce sujet. On peut mĂŞme citer OpĂ©ration Dragon de Robert Clouse avec Bruce Lee. Mais aussi The Naked Kiss de Samuel Fuller, Get Out de Jordan Peele, L’Impasse de Brian de Palma,  John Wick ou Le Chant du Loup  d’Antonin Baudry ou Alien…. Tous ces films et bien d’autres parlent du confinement imposĂ© au hĂ©ros sous forme d’un destin le plus souvent imposĂ© ou, quelques fois, choisi (Bruce Lee dans OpĂ©ration Dragon par exemple, les hĂ©ros du film Le Chant du Loup) que le hĂ©ros essaie de surmonter et qui le rĂ©vèle Ă  lui-mĂŞme dans ses Ă©checs et fracas (le plus frĂ©quemment) comme dans ses succès (plutĂ´t rares) souvent obtenus au forceps.

 

On ne compte plus les hĂ©roĂŻnes et les hĂ©ros administrĂ©s par l’alcool ou une autre substance psychoactive que ce soit au cinĂ©ma ou dans les polars et romans et qui, pourtant, font sortir les «pourris Â» du circuit. On s’identifie Ă  quelques unes et Ă  quelques uns de ces hĂ©roĂŻnes et de ces hĂ©ros ainsi qu’à leurs adversaires qui sont souvent leur propre reflet. Ne serait-ce qu’en acceptant rĂ©gulièrement d’aller se confiner dans une salle de cinĂ©ma (oui, ce temps reviendra) pour aller voir et vivre avec une certaine ambivalence toutes ces histoires sur grand Ă©cran. Et/ou en se livrant soi-mĂŞme rĂ©gulièrement ou de temps en temps Ă  certaines de ces conduites addictives :

 

« Or, qu’il s’agisse de consommation de produits psychoactifs, de jeux vidĂ©o ou de dĂ©pendance au travail, l’addiction n’a pas attendu le SARS CoV-2 pour affecter les salariĂ©s. L’étude Impact des pratiques addictives au travail, menĂ©e en septembre 2019 par GAE Conseil, indiquait que 44% des salariĂ©s jugent les pratiques addictives frĂ©quentes dans leur milieu professionnel.

« Les expĂ©riences de la NASA ont dĂ©montrĂ© que le stress provoquĂ© par le confinement pouvait conduire les personnes les mieux prĂ©parĂ©es Ă  prendre de mauvaises dĂ©cisions, rappelle Eric Goata, administrateur de la FĂ©dĂ©ration des intervenants en risques psychosociaux (Firps) Â».  C’est extrait de la chronique d’Anne Rodier dans le journal Le Monde du jeudi 26 mars 2020, partie Management, page 19. Titre de la chronique :

Le manageur face à la pandémie de Covid-19.

La chronique d’Anne Rodier se termine en rĂ©pondant Ă  la question suivante :

 Mais comment un manageur peut-il reconnaĂ®tre les salariĂ©s Ă  risque Ă  distance ?

Eric Goata rĂ©pond : « En repĂ©rant les alertes, une agitation verbale, un silence inhabituel, un comportement automatique de gestes routiniers sans utilitĂ© pour l’organisation sont autant de signaux faibles Ă  prendre en considĂ©ration Â».

 

Dans le film Planète Hurlante ( réalisé en 1995 par Christian Duguay) vu en dvd il y a plusieurs années, je me rappelle encore de cette scène où, sur une planète éloignée de la Terre, revenant d’une mission, un homme interpelle son collègue resté à la base.

Mais si le collègue lui rĂ©pond d’abord « normalement Â», ensuite, il ne cesse de rĂ©pĂ©ter la mĂŞme phrase.  Jusqu’à ce que la porte de la base ne s’ouvre et qu’un cortège de robots hurleurs (plus effrayants que les robots chasseurs de Karaba la sorcière dans Kirikou) ne vienne Ă  sa rencontre.

 

Bien-sĂ»r, une personne « Ă  risque Â» du fait du tĂ©lĂ©travail et qui se rapprocherait du burn-out en pĂ©riode de confinement est Ă  diffĂ©rencier d’un des robots hurleurs de Planète Hurlante oĂą l’on devient assez rapidement l’un des meilleurs « amis Â» de la paranoĂŻa. Car nous sommes dans l’univers de Philippe K.Dick. Mais aussi dans le nĂ´tre :

 En cette pĂ©riode d’épidĂ©mie, une accalmie mentale peut ĂŞtre recherchĂ©e sous la forme d’un calumet un peu spĂ©cial. Ce peut ĂŞtre la nourriture. Cela peut ĂŞtre le sexe. Cela peut ĂŞtre des images. Mais cela peut aussi ĂŞtre ces substances psychoactives qui peuvent dĂ©boucher sur des addictions ou les entretenir.

 

« + 15% de ventes sur le rayon cave d’Auchan Â» ; «  On est passĂ©s de six rĂ©unions en visioconfĂ©rence par semaine Ă  une trentaine, qui s’étalent de 8 heures du matin Ă  23 heures du soir, nous confirme Laurent, membre des Alcooliques anonymes Â» ( Page 13, dans la rubrique SociĂ©tĂ©/ Crise du Coronavirus du journal Le Parisien du jeudi 26 mars 2020. Titre de l’article : L’alcool, pour oublier).

Toujours dans cet article de Le Parisien, ce passage :

 

« En rĂ©alitĂ©, c’est la peur, l’anxiĂ©tĂ©, le fait de ne pas voir de fin Ă  ce confinement qui augmente le stress et peut donc crĂ©er un besoin d’alcool et une surconsommation. Dans ce contexte, les personnes seules sont encore plus Ă  risques, analyse la psychologue spĂ©cialisĂ©e. D’ailleurs, pour les personnes addictives, il y a un fort risque de majoration de la consommation Â».

Confinés 2.

 

Plus loin, page 15, toujours dans le mĂŞme numĂ©ro de Le Parisien, ces propos du GĂ©nĂ©ral Jean-Philippe Lecouffe, gendarme, dans cet article intitulĂ© :

« La gendarmerie est en alerte sur les trafics de chloroquine Â» .

 

Celui-ci alerte Ă  propos de la cybercriminalitĂ© :

 

« Oui, il faut appeler les internautes Ă  ĂŞtre encore plus prudents que d’habitude. (….)

Beaucoup de personnes travaillent sur des ordinateurs, parfois personnels, en tĂ©lĂ©travail, sans disposer des moyens de protection d’un service informatique d’entreprise. Nous observons des attaques par rançongiciels ou des hameçonnages avec vol de donnĂ©es. Par exemple, des envois d’e-mails livrant un point de situation dĂ©taillĂ© sur le Covid-19, ou Ă©voquant la chloroquine, avec une pièce jointe. Dès que celle-ci est ouverte, l’internaute se retrouve avec non pas le coronavirus….mais un logiciel espion. Nous surveillons aussi tout ce qui est manipulation de l’information sur les rĂ©seaux pour dĂ©tecter les « fake new Â» sur le Covid-19 Â».

 

Concernant les trafics de drogue, voici la rĂ©ponse, toujours, du gĂ©nĂ©ral Jean-Philippe Lecouffe, toujours dans Le Parisien de ce jeudi 26 mars 2020, page 15 :

 

« Ce qu’on pressent, compte-tenu du confinement, c’est qu’une partie de la vente de la drogue se reporte sur le Darknet. Les consommateurs ne vont plus se dĂ©placer, ils vont essayer de passer par des systèmes de livraison avec des dealers qui bĂ©nĂ©ficient d’autorisation de circulation. Il y aura une probable « ubĂ©risation Â» du business Â».

 

A propos des violences conjugales, le mĂŞme Jean-Philippe Lecouffe rĂ©pond :

 

« Les violences faites aux femmes restent une prioritĂ©. Je veux ĂŞtre clair : mĂŞme en pĂ©riode de confinement, nos unitĂ©s continuent Ă  intervenir quand elles reçoivent des appels d’urgence. (….) Je rappelle que la gendarmerie possède une brigade numĂ©rique que l’on peut contacter 24 heures sur 24 sur Internet Â».

 

Rencontrer ce patient dont je parle dans mon article Faire des images m’a sĂ»rement inspirĂ© ce sujet et rappelĂ© le sĂ©minaire sur les addictions oĂą j’étais allĂ© en janvier et dont je compte rendre compte ensuite.

 

Franck Unimon, mercredi 8 avril 2020.