Addictions

La Clinique de l’Amour-d’après un Podcast de France Inter

»Posted by on Nov 2, 2020 in Addictions, Corona Circus, Echos Statiques, self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

La Clinique de l’Amour-d’après un Podcast de France Inter

 

                   La Clinique de l’Amour, d’après un podcast  de France Inter

C’est devenu une obsession. Après quelques autres obsessions. Car je fais partie des obsessionnels anonymes. Nous sommes des millions et peut-être des milliards à porter ce type de tablier :

 

La personne « obsessionnelle » à laquelle je pense est souvent appelée « maniaque » dans le langage quotidien. Dans le langage quotidien, la personne « obsessionnelle » ou « maniaque » à laquelle je fais allusion est celle ou celui dont la vie semble souvent dépendre de deux ou trois détails qui (le) tuent presque :

 

Madame ou Monsieur a très bien préparé son repas. Les invités vont arriver. Tout est parfait.  La table est mise. Tous les couverts assortis sont disposés à angle droit avec des variations chromatiques étudiées selon le thème astral ou le chakra de chaque convive. Un petit cadeau personnalisé attend chacun. La musique frôle l’intime et le sublime au vu de la créativité des enchaînements. Mais aussi du fait de l’onctuosité de la restitution sonore. Le mobilier a été ciré. Le ménage a été bien fait. Les meubles sont disposés selon des préceptes bouddhistes qui invitent à la détente et à la méditation. D’ailleurs, un bâton d’encens se consume à la façon d’un phare qui assurerait la sérénité ainsi que l’impossibilité du naufrage formel comme spirituel. Tout va bien. Madame ou Monsieur est exactement zen. Et puis, arrive le court-circuit.

 

En passant la porte de la salle de bain pour aller ouvrir aux invités qui viennent de sonner à l’interphone, Madame ou Monsieur s’aperçoit de la présence d’une boursouflure sur le mur adjacent. C’est trois fois rien. Un demi-centimètre de boursouflure que personne ne remarquera. Mais, à partir de ce moment, une bombe à retardement s’enclenche. Bombe que Madame ou Monsieur ne parviendra pas à désamorcer. Car, Madame ou Monsieur ne pensera plus qu’à cette boursouflure. Et non plus à cette invitée ou cet invité qui lui a tant plu lors d’une précédente soirée et qu’elle ou qu’il espère séduire en sortant le grand jeu.

 

 Avant que le premier invité ou la première invitée n’arrive, Madame ou Monsieur aura peut-être défoncé le mur à la masse et recevra alors dans la poussière et les gravats…..

 

 

Je caricature bien-sûr lorsque je donne cet exemple « d’obsession ». Dans cette anecdote que je viens d’inventer ce matin, il s’agit bien-sûr d’une « obsession » grave. D’ordre psychiatrique. Mais j’ai illustré ça de cette façon, en grossissant le trait, pour mieux me faire comprendre lorsque je parle d’obsession. Mes obsessions sont bien-sûr plus légères que celle que je viens de raconter. On peut reprendre son souffle ou se mettre à rire.

 

 

Les Maitres, les Experts, les amis….et les faussaires :

 

Désormais, pratiquement chaque fois que je lis les propos d’un grand Maitre d’Arts Martiaux, d’une Personnalité ou de tout autre individu dont l’itinéraire me « plait », je me soumets à cette question :

 

Quel genre de personne est-ce lorsque son enfant, comme tous les enfants, le prend au dépourvu et dérange son superbe agencement mental et moral ? La nuit ? Le jour ? Pendant qu’il est au volant ? Alors qu’il est occupé ? Tandis qu’il lui parle et essaie de le convaincre ou de lui transmettre quelque chose ?

 

 

Lorsque l’on lit les interviews ou que l’on assiste à des démonstrations de Maitres, d’experts ou autres, on a souvent l’impression que tout coule de source pour eux, sur le tatamis comme dans la ratatouille du quotidien. On dirait que leurs émotions sont toujours leurs alliées ou leurs domestiques. Ou, qu’au pire, elles se prennent une bonne branlée lorsqu’elles tentent de les entraîner dans un mauvais kata ou dans un mauvais plan. Mais je sais que c’est impossible. Je sais que c’est faux. Sauf que je n’ai pas de preuves.

 

Je pourrais me rabattre sur les amis. Mais j’ai compris que parmi mes amis, connaissances, collègues et autres, passés, présents et futurs se cachent beaucoup de faussaires :

 

Du côté des mecs ou des hommes, si l’on préfère, cette fausseté est un composé d’ignorance, de prudence et de conformisme. Je n’ai pas oublié, et sans doute ne l’ai-je toujours pas digérée, cette sorte d’hypocrisie sociale et faciale, à laquelle j’ai participé, de bien des hommes qui, plus jeunes, savaient me parler de cul, de leurs coups, de nanas….alors que, secrètement, ils aspiraient à se marier et à faire des enfants.

 

Un article lu par quelles femmes et quels hommes ? :

 

 

Bien-sûr, cette caricature sociale peut faire rire. Et, elle doit faire rire. Ce qui me fait faire la grimace, c’est que cette caricature et ce conformisme social nous font souvent, hommes comme femmes, passer à côté du principal concernant notre vie personnelle. Voire concernant notre vie tout court. Un exemple :

 

Cet article long (comme beaucoup de mes articles) sera, à mon avis, plus lu – et apprécié- par des femmes que par des hommes. Alors que les hommes ou les mecs (hétéros comme homos) sont à mon avis autant concernés que les femmes par les sujets de cet article. Puisque, tous, à un moment ou à un autre, nous nous postons devant le sujet de l’Amour et essayons d’y répondre avec nos moyens.

Et si des hommes lisent cet article, je m’attends à ce qu’ils soient en majorité âgés de plus de trente ans. Parce qu’en dessous de 30 ans- c’est très schématique- même si les hommes peuvent être des sentimentaux ( je suis un sentimental), nous sommes nombreux, je crois, à être obsédés par le fait d’être performants sexuellement. Que ce soit en termes de nombre de conquêtes ou en termes d’aptitudes particulières (longueur du pénis, durée de l’érection, capacité à s’accoupler dans telle position et dans tel type d’environnement etc….), on dirait que notre valeur personnelle est indexée ( vraiment) sur notre valeur boursière. Et, ce qui est troublant, c’est que plus un homme est « connu » pour être un tombeur, plus sa côte augmente auprès d’une certaine gente féminine. Gente féminine qui peut être tout à fait éduquée, cultivée et aisée socialement et matériellement. Dans le film Extension du domaine de la lutte adapté par Philippe Harel  (avec lui-même et José Garcia d’après le livre de Michel Houellebecq) il est clairement démontré que l’homme sans conquête féminine, déprimé, laborieux et terne est souvent célibataire contrairement à celui qui « besogne » les femmes pour être direct.

 

S’il existe des couples de déprimés, il est aussi assez courant que l’un des deux aille chercher de la légèreté et du réconfort ailleurs. Même si c’est pour, ensuite, revenir au domicile par sécurité, par espoir ou par devoir.

 

Mieux se comprendre, mieux se choisir et mieux s’aimer :

 

Je crois néanmoins que certaines femmes n’ont pas besoin qu’on leur promette des étoiles (comme m’avait dit un jour un de mes cousins Don Juan il y a plusieurs années) pour « faire le grand soleil » comme dirait le romancier René Depestre.

 

Ou pour se mettre en couple.

 

Pourtant, à propos du sujet de l’Amour, je crois les femmes plus sincères entre elles. Pour l’aborder. Mais je ne vais pas non plus en faire des anges de clairvoyance et de droiture. Car, comme je l’ai dit ce matin avec humour et provocation devant plusieurs de mes collègues femmes :

 

« Cela peut être difficile d’être d’un homme devant une femme ». Et je ne parlais pas de compétences sexuelles en particulier. Pour être un homme devant une femme, il faut déjà savoir ce que cette femme attend d’un homme. Mais aussi ce qu’être femme signifie pour elle. Et quels sont leurs véritables projets à tous les deux dans la vie. Et si ça concorde suffisamment pour tous les deux.  

 

Ça paraît simple écrit comme ça. Mais si c’était si simple que cela, les gens se choisiraient mieux, se comprendraient mieux et s’aimeraient mieux.

 

Je crois que, généralement, on continue de croire qu’il « suffit » de s’aimer et de se désirer pour qu’une histoire dure.

 

Il existe, aussi, une sorte de méfiance instinctive, donc animale, entre l’homme et la femme, mais aussi entre deux personnes, dès qu’elles se rencontrent, qui fait, bien des fois, que certaines personnes qui pourraient s’allier se rejettent. Pendant que d’autres qui auraient mieux fait de s’ignorer décident de s’amalgamer.

 

Les Hommes, tous des salauds ?! Et les Femmes, toutes des salopes ?!

 

 

Comme tout le monde, j’ai entendu certaines femmes dire des hommes qu’ils sont « tous des salauds!». Et certains hommes dire que les femmes «  sont toutes des salopes ! ».

 

Ce qui m’étonne, de manière répétée, même s’il y a bien-sûr des « salauds » parmi les hommes et des « salopes » parmi les femmes, c’est que ces mêmes personnes (femmes et hommes), lorsqu’elles croisent des gens « bien », les zappent ou les ignorent. C’est une constante. Je n’écris rien d’extraordinaire, ici.

 

 

Des couples volontaires : Se dire oui…et non.

 

 

Et puis, il y a cette ambivalence ou cette particularité, propre, je crois, à tous les couples :

 

Lorsque l’on décide de se mettre ensemble, on est souvent l’un et l’autre très volontaire. Car on est au moins soutenu par l’Amour, le désir ainsi que par le souhait de rompre notre solitude.

 

Cependant, dans chaque couple, je crois, même si l’on se dit « oui » (que l’on se marie ou non), il est des domaines sensibles où l’on se dit non.

 

Mais on le banalise ou on l’ignore parce-que le regard et le corps de l’autre produisent alors des atomes qui propulsent notre univers personnel dans un espace-temps qui s’ouvre seulement pour nous. Et cela nous rend extraordinairement optimistes. Ou exaltés.

 

Et, nous aussi, nous produisons des atomes auxquels l’autre est alors particulièrement sensible. Cela la rend ou le rend aussi extraordinairement optimiste ou exalté( é).

 

 Alors, nous décollons ensemble vers un ailleurs sans toujours bien prendre le temps de bien vérifier la validité de tout l’équipement affectif que nous emportons. Mais aussi ses réelles compatibilités avec l’équipement affectif, moral et psychologique de l’autre. Car notre vie est ainsi faite :

 

De vérifications mais aussi d’élans et de spontanéités. Certains de nos élans et de nos spontanéités sont inspirés par des reflets de nous-mêmes….sauf qu’un reflet, c’est le contraire de l’autre. C’est notre regard sur lui.

Série ” La Flamme” sur la chaine Canal + que je n’ai malheureusement pas encore pu voir.

 

 

Moi, thérapeute de couple ?!

 

 

A ce stade de cet article, on peut peut-être croire que je ma la pète :

 

Que j’ai tout vu et tout entendu. Et que je sais tout concernant le couple. Que je maitrise mon sujet. Ce serait plutôt, un peu le contraire. Je m’applique seulement à être aussi sincère que possible. Aux potins, ragots et autres articles de psychologie « de cuisine » où l’on donne des « trucs »,  je préfère  donner la priorité à un certain vécu, à certaines réflexions. Et à les transmettre. Parce-que j’ai aussi eu la chance, quand même, d’avoir des discussions ouvertes, ou d’être le témoin direct de certaines situations affectives sensibles.

 

Néanmoins, j’ai aussi lu des articles de psychologie « facile ». Et, j’en lirai sans doute d’autres. J’ai aussi écouté des potins et des ragots même si ce n’est pas mon point fort.

 

Car, évidemment, comme pour tout le monde, tout a commencé dans mon enfance.

 

 

 

Le modèle de mes parents :

Je suis largement l’aîné des enfants de mes parents. A voir mes relations passionnelles et rapidement explosives avec mon père, je reste devant un mystère. Je me demande encore quel genre de père il était lorsque je ne m’en souviens pas :

 

Lors de mes quatre premières années de vie. Lorsque j’écoute ma mère, que j’ai déjà questionnée et re-questionnée, mon père aurait été un père tout ce qu’il y a de plus « ordinaire » à mon égard. Mais je ne le crois pas. Je crois que ma mère, pour défendre l’image de mon père et aussi parce qu’elle s’y retrouvait en tant que femme et en tant que mère, avec moi, n’attendait pas trop de « choses » de mon père, lorsque j’étais petit.

 

Si bien des femmes se sentent peu maternelles, il existe aussi néanmoins beaucoup de femmes, sans doute selon un certain modèle traditionnel, qui se sentent d’autant plus femmes qu’elles deviennent mères. Et qu’elles s’occupent de la petite ou du petit. Ce modèle de mère ou de maman n’attendra pas de l’homme ou du père qu’il se lève la nuit lorsque le bébé ou l’enfant se réveille. Ni que l’homme ou le père change les couches, prépare les biberons ou garde l’enfant à la maison. Pour ce « genre » de maman, si le père ou le papa est important, en pratique, celui-ci est un personnage assez secondaire lors des premières années de vie.  Or, les relations que l’on a dès les premières années de vie avec notre enfant mais aussi avec nos frères et nos sœurs engagent nos relations futures.

 

Lorsque je vois à quel point et avec quelle rapidité, quelques échanges avec mon père suffisent à ce que nous soyons chien et chat, ou, plutôt, deux coqs face à face, j’ai beaucoup de mal à croire qu’il ait pu être si « affectueux » à mon égard lors de mes premières années de vie. Même si je ne doute pas de son amour comme de son implication- musclée et obsessionnelle- ensuite dans mon éducation.

 

 

L’enfance est une carrosserie : différences entre la chirurgie et la psychiatrie

 

 

Aîné de mes parents, par contre, je me rappelle bien avoir été le témoin direct et contraint de leurs différends. Et ce n’était pas toujours très beau. Des propos tenus en ma présence.

Des confidences que ma mère a pu me faire. Confidences qui m’ont appris le sens et l’importance de la discrétion et des mots. Ainsi que la solidarité. Sauf que j’étais trop jeune lorsque cet apprentissage a débuté. J’avais moins de dix ans.

 

L’enfance, c’est une carrosserie. Pendant des années, l’enfance permet d’absorber un certain nombre de chocs et d’accidents. Les parents parfaits n’existent pas. Même si chaque parent, je crois, essaie de réparer et de faire mieux ou un peu mieux que ses propres parents.

 

Mais la vie parfaite n’existe pas. Et nous sommes faits et constitués de manière à pouvoir encaisser un certain nombre d’accrochages. Sauf que les coups que nous prenons sont invisibles et laissent des traces invisibles. C’est une des grosses différences entre la chirurgie et la psychiatrie et la psychologie.

 

Lorsque l’on se fracture une jambe en faisant du ski, de la danse, de la Gym ou du Foot, on a des signes physiques visibles. Cela se voit à la radio. On peut réparer. Je crois de plus en plus que beaucoup de nos blessures sportives arrivent souvent , aussi, dans un certain contexte affectif et psychologique même si la fatigue physique et le surentraînement ou la méforme peuvent augmenter les risques de blessures. Mais, retenons dans notre exemple ce que je veux surtout démontrer. La chirurgie permet de réparer et de réduire des dommages physiques et physiologiques « visibles », détectables. Incontestables. Le terme « incontestables » a une grande importance.

Le terme « Démontrables », aussi. On se fracture une jambe, il est très facile de le démontrer. Il suffit de toucher. De regarder à l’œil nu. C’est souvent gonflé, chaud, froid, etc….

 

En psychiatrie et en psychologie, il y a aussi des signes cliniques variés :

 

Perte d’appétit, perte de sommeil, boulimie, anorexie, conduites à risques, pensées particulières,  idées de mort, délires etc….

Sauf qu’entre le moment où un événement traumatique a lieu et « déclenche » l’état psychiatrique ou psychologique- physique et social- visible et détectable, il peut se passer plusieurs années. En pédopsychiatrie, on a des mômes de dix, onze ans voire moins. Ça fait très « petit » pour être hospitalisé dans des services de pédopsychiatrie ou pour consulter dans un centre médico-psychologique ou dans un CMPP. Ou pour rencontrer un psychologue. Mais ça fait combien d’années que la « carrosserie » de ces mômes se mange des chocs et des accrochages ? Depuis leur naissance ? Avant leur naissance ?

 

Dans un garage, on peut vous dire : ça fera tant et tel nombre d’heures pour réparer la carrosserie. La voiture est un objet inerte. L’être humain est le contraire d’un objet. Et l’être humain est tout sauf inerte. L’être humain, c’est de la matière vivante. Réceptive à ce qui l’environne, qu’elle s’en rende compte ou non. Partout, tout le temps. Lorsqu’elle dort. Lorsqu’elle écoute de la musique. Lorsqu’elle passe devant une réclame publicitaire. Lorsqu’on la touche. Ça n’a rien à voir avec une carrosserie de voiture ou avec une fracture que l’on va réduire au bout de quelques semaines ou quelques mois.

 

Le couple, continuité de  notre enfance :

Le couple, c’est la continuité de notre enfance. Même adultes, nous restons des enfants.

Beaucoup de personnes croient qu’une fois adultes, elles se sont complètement séparées de leur enfance. Elles ont évolué, oui. Si on leur propose une tétine ou un biberon pour bébé, c’est évident, qu’elles n’en voudront pas. Mais les tétines et les biberons ont aussi évolué. Eux aussi sont devenus grands. Mais avant de devenir adultes, on passe par l’adolescence. Une période assez critique. On critique le monde, les autres, soi. On fait les comptes de ce que l’on a compris et assimilé de la vie, les bons aspects comme les mauvais.

 

Il existe un âge théorique pour l’adolescence, grossièrement entre 12 et 20 ans, selon les personnes, les sexes et les cultures. Mais c’est très théorique. Cela varie selon les expériences de vie, les tempéraments et les personnes.

L’adolescence est la période des virages sensibles. On n’est plus un enfant physiquement, mentalement, intellectuellement au sens où les adultes n’ont plus le même pouvoir d’autorité ou de dissuasion sur nous. Ils n’ont plus le monopole de l’expérience et du Savoir aussi, et c’est encore plus vrai avec l’informatique et les nouvelles technologies qui ringardisent de plus en plus rapidement les plus « vieux ».

 

Même si, en tant qu’ados,  on craint certains ” vieux”. Même si on en admire d’autres. Même si on recherche d’autres. Ouvertement ou secrètement.

 

Le couple, qui, en principe, est l’un des « trophées » ou l’apanage de l’adulte, permet à l’adolescente et à l’adolescent de passer à l’action. De mettre en pratique sa vision du monde. Ses convictions. L’adolescente ou l’adolescent se croit souvent plus libre que l’adulte qui peut être criblé de défauts. Du côté des adultes, on peut aussi très mal vivre ou très mal supporter ces « jeunes » qui nous dérangent, qui nous cherchent ou nous provoquent. Mais il y a de l’adolescent en chaque adulte et de l’adulte en chaque adolescent. Et, bien-sûr, il y a de l’enfance dans les deux. Sauf que cette enfance n’est pas vécue, protégée ou sacrifiée de la même manière selon les circonstances et les choix des uns et des autres. Il est ados qui font des  choix de vie dont bien des adultes seront incapables. Il est aussi des ados qui font des choix de vie qui feront d’eux des adultes suppliciés et déprimés alors qu’ils avaient pour eux certains atouts. D’autres, ados ou adultes, deviendront des criminels, des SDF…je ne vais pas réinventer la vie. Elle est devant nous, tous les jours.

Un Adolescent :

 

 

Adolescent, je voulais devenir père à vingt ans. Comme ma « mère ». Tout est parti de la naissance de ma sœur, neuf ans après moi. Puis de celle de notre frère, cinq ans plus tard.

 

Au départ, j’avais très mal supporté la présence de ma petite sœur ainsi que ses diverses sollicitations. Puis, je m’étais « acclimaté ». De toute façon, je n’avais pas le choix :

 

Lorsque ma mère partait à l’hôpital pendant douze heures dans le service de réanimation où elle était aide-soignante, et que c’était le week-end, notre père considérait qu’il avait mieux à faire. Et, il me laissait m’occuper de ma sœur et de mon frère à la « place » de maman.

 

J’y ai pris goût. Même si, certaines fois, j’aurais bien aimé pouvoir sortir pour m’amuser avec les copains ou pour aller à mon club d’athlétisme. Un de mes cousins m’avait surnommé, en se marrant : «  La nounou ! ».

 

La Nounou

 

 

A vingt ans, étudiant infirmier, comme ma mère aurait souhaité le devenir, j’ai croisé une femme dans un mes stages à l’hôpital. Elle était aide-soignante, était plus âgée que moi de six ans et avait un enfant. Simplement, sincèrement, elle m’a fait comprendre qu’elle aimerait bien avoir une histoire avec moi. Elle était plutôt jolie. Elle m’était sympathique et rassurante. J’avais été touché par sa déclaration. Elle m’avait expliqué que le père de son enfant, dont elle était séparée, était quelqu’un de gentil mais de pas très adulte.

 

 

Son offre était tentante. Jeune adulte assez récemment déniaisé sexuellement et bien évidemment tourné vers les prodigieux gisements de l’orgasme, j’ai probablement entrevu le très grand potentiel sexuel d’une union avec elle. Mais je savais aussi ce que celle-ci impliquait :

Avec elle, je n’avais aucun doute quant au fait que je serais rapidement devenu père. Et, elle,  à nouveau, une mère.

 

Enfant, puis ado, j’avais pu voir et revoir ce schéma très courant parmi bien des couples de ma famille antillaise, à commencer par mes propres parents :

 

Des jeunes adultes, qui, très vite, dès qu’ils commencent à travailler, font des enfants. Des femmes qui, jeunes, étaient belles et sveltes, et qui, en devenant mères, s’alourdissaient de kilos en kilos avec les années. Des hommes qui, généralement, étaient plutôt machos et se préoccupaient assez peu de psychologie. Contrairement à moi, on l’aura compris.

 

 

Je tiens à préciser que lorsque cette femme, plus mûre que moi, m’avait abordé, je n’avais pas d’intention particulière à son sujet. Si je regardais les femmes au point d’être amoureux de certaines, j’étais beaucoup dans l’idéalisation de la femme. J’avais aussi un sacré handicap, voire plusieurs, pour rencontrer des femmes et avoir des relations intimes avec elles.

 

 

Mes handicaps au sortir de l’adolescence :

 

Au dessus de ma tête et dans ma tête, était plantée l’interdiction paternelle de la Femme blanche. Dans un pays où les gens sont majoritairement blancs, ça compliquait un peu la donne.

 

Ma mère, aide-soignante dans un service de réanimation, m’avait planté dans la tête l’interdiction de la mobylette et de la moto. Interdiction dont je ne me suis toujours pas relevé même si j’ai pu être passager plutôt facilement et avec plaisir derrière des conducteurs de deux roues. Mais, mon père, lui, c’était l’interdiction de la Femme blanche.

 

Si j’avais été un « queutard », j’aurai pu contourner l’interdit. Parce-que Monsieur Papa, lui-même, a bien aimé “rencontrer” quelques femmes blanches. Mais, peut-être du fait de ma solidarité enfantine avec ma mère, je ne suis pas un queutard. Or, un queutard s’intéresse avant tout à son propre plaisir. Et, n’importe qui, n’importe quand, voire, dans n’importe quelles circonstances peut-être, lui « va ».

 

J’avais peur de mettre une femme enceinte. Même si la contraception (pilule et préservatif) existait bien-sûr et était déjà normalisée. Sauf que j’avais sans doute une mentalité de campagnard traditionnel à l’image de mes propres parents. Et, je savais déjà assez concrètement qu’avoir un enfant ou faire un enfant était une responsabilité. On comprend assez facilement vu ce que j’ai pu raconter de mon adolescence. Si plusieurs de mes amis (femmes et hommes) ont découvert vers 25 ou 26 ans, ou plus tard, ont découvert, en devant mères ou pères, ce que ça faisait de s’occuper d’un bébé, moi, je l’avais découvert environ dix ans plus tôt. Et quelque peu par la contrainte. J’en ai eu des bénéfices. Si, aujourd’hui, j’ai plutôt de bonnes relations avec ma sœur et mon frère, aujourd’hui adultes et mères et pères de famille, cela vient sans aucun doute de mes « aptitudes » également maternelles lorsque je me suis occupé d’eux. Néanmoins, une partie de mon adolescence a été un peu malmenée, en particulier lorsque notre père m’imposait de tenir  son rôle lorsque notre mère était au travail et qu’il partait vadrouiller pour son bon plaisir pendant l’intégralité du week-end. Soit un homme et un adulte très exigeant mais pas très juste avec moi. Ce qui explique ma colère assez facilement « érectile » envers lui encore aujourd’hui.

 

« Enfin », et c’est à peu près tout,  j’avais aussi peur du Sida. Car la fin des années 80, c’était l’épidémie du Sida. Epidémie qui existe toujours mais face à laquelle, aujourd’hui, nous disposons de plus d’armes. Aujourd’hui, ce serait plutôt la pandémie du Coronavirus et celle du terrorisme jihadiste vis-à-vis desquels nous manquons d’armes. Ainsi que face au réchauffement climatique et à la montée des extrémismes du manière générale, politiques comme religieux. Cela fait aujourd’hui partie de notre routine de la peur.

 

 

Une femme et un homme : routine ou normalité sociale et conjugale

 

Après avoir croisé cette femme plus âgée que moi, j’ai bien-sûr appris que la « routine » ou normalité conjugale et sociale qu’elle m’avait proposée  se retrouve dans bien d’autres cultures.

 

Mais cette femme était d’origine antillaise comme moi. Sans doute que cela m’a d’autant plus alerté et poussé à déserter. J’avais donc décliné poliment ses propositions malgré l’insistance, aussi, de sa jeune sœur, laquelle me plaisait encore plus mais avait déjà un compagnon.

 

J’avais décliné sa proposition car, depuis mon adolescence, je savais que je ne voulais pas faire partie de ces hommes qui font des mômes sans penser à l’avenir. Et, je savais aussi, sans doute, que je refusais une relation de mensonge :

 

J’aurais pu faire mine d’accepter le projet conjugal de cette femme, coucher avec elle pendant un certain temps, me faire dorloter par elle. Puis m’enfuir. C’est un classique. S’il est assez classique que des hommes quittent une femme après lui avoir fait un ou plusieurs enfants, il est aussi certaines femmes dont la priorité est d’ « avoir » un ou plusieurs enfants. Comme si l’enfant présent permettait de remplacer un ou plusieurs membres qui manquent à la mère.

 

La psychiatrie adulte à vingt cinq ans :

Après mon diplôme d’infirmier, ma mère a essayé un temps de me dissuader d’aller travailler en psychiatrie. Elle avait peur que je devienne fou. Cette fois-ci, sa peur de la psychiatrie m’a moins parlé que sa peur de la moto.

 

 

A vingt cinq ans,  après mon service militaire que j’avais réussi effectuer en tant qu’infirmier dans un service de psychiatrie adulte, j’ai commencé à travailler dans un service de psychiatrie adulte.

 

Depuis l’obtention de mon diplôme d’Etat d’infirmier, quatre ans plus tôt, je m’étais  aperçu que cela ne me correspondait pas d’aligner des tâches à la chaîne dans un hôpital dans un service de soins généraux. Comme si je travaillais sur une chaîne de montage dans une usine. C’était au début des années 1990.

 

Si l’on était en pleine épidémie du Sida, on ne parlait pas, alors, de la pandémie du Covid qui a atterri dans notre système solaire et mental en mars 2020. Mais on parlait déjà de pénurie infirmière. Avant de devenir infirmier titulaire à vingt cinq ans dans ce service de psychiatrie adulte, j’avais aussi été vacataire et infirmier intérimaire dans des cliniques mais aussi dans des hôpitaux publics en île de France. De jour comme de nuit.

 

 

Dans mon « nouveau » service, en psychiatrie adulte, j’ai été le plus jeune infirmier pendant deux ou trois ans. Plusieurs de mes collègues étaient mariés avec enfants ou vivaient en couple. J’étais tout le contraire mais j’avais des principes et des certitudes concernant l’amour et le couple.

 

J’avais donc été très choqué en apprenant que tel collègue, marié, avait trompé sa femme avec telle autre collègue, mariée également mais aussi mère de famille. J’avais été si choqué moralement  que j’avais envisagé de quitter le service devant cette débauche morale, pour moi,  évidente.

 

Puis, j’étais resté. Je me sentais très bien professionnellement et humainement dans ce service. Je m’y sentais si bien que j’ai d’ailleurs fini par m’y sentir comme chez moi. Au point de devenir incapable de le quitter même si je sentais que c’était pourtant ce qu’il fallait faire.  Cela  a eu plus tard des incidences personnelles et professionnelles qui m’ont obligé et poussé plus tard- enfin- à partir. Et à comprendre que l’affectif, même s’il est important avec nos collègues, doit rester secondaire sur notre lieu de travail.

 

Mais, dans ce service, en apprenant à connaître ces collègues, je compris un peu plus que la vie adulte et la vie de couple avaient leurs impasses.

 

Couper le cordon avec nos parents :

 

 

Le modèle du couple de mes parents et de membres de ma famille m’avait bien-sûr déjà donné des indices. Mais on ne fait pas toujours le rapprochement entre le modèle de nos parents et de notre famille et celui que l’on va suivre pour notre propre vie affective. Assez souvent, on suit à peu près le même modèle que nos parents. Même si, en apparence, on a l’impression d’être différent. D’avoir coupé le cordon avec nos parents. Et cela se comprend facilement : 

Même si nous pouvons nous montrer aussi critiques que des ados envers nos parents, ceux-ci n’ont pas tout raté dans leur vie. Il est même des aspects de leur vie que nous serions incapables de supporter ou de réaliser. Je me suis déja demandé par exemple, si, à la place de mes parents, j’aurais eu la capacité, comme eux, de quitter mon pays natal pour la France.  A la fin des années 60, mon père et ma mère ont quitté la Guadeloupe. Ils ont ainsi rompu avec une certaine tradition ainsi qu’une partie du cordon qui les reliait à leurs aînés depuis plusieurs générations depuis l’arrivée de leurs ancêtres, du fait de l’esclavage, en Guadeloupe. Esclavage qui a été aboli en Guadeloupe en 1848. Je le rappelle. Car il est encore des personnes instruites et de bonne foi en France qui ignorent que la présence de la majorité des Antillais par exemple en Guadeloupe ou en Martinique résulte de la traite négrière occidentale qui a duré environ deux cents ans. 

En 1966 et 1967,  mon père avait 22 ans et ma mère, 19 ans.  Même s’ils sont arrivés en “Métropole” avec la nationalité française, il existait alors un tel décalage culturel- qui subsiste- entre la Guadeloupe et la France, ainsi qu’un certain handicap de couleur de peau, que, pour moi, leur venue “en” France a bien des points communs avec celle de beaucoup d’immigrés. C’est comme cela que je m’explique ma compréhension assez “intuitive” de certaines difficultés d’intégrations de jeunes français d’origine arabe ou maghrébine par exemple. Et, je ne vois aucun hasard dans le fait que mon meilleur ami soit d’origine algérienne. Même si j’ai appris depuis que dans certains quartiers, il arrive qu’Arabes et noirs ( africains ou antillais) soient les pires ennemis les uns pour les autres. 

 

 

Et puis, il y a une frontière que l’on ne franchit pas vis à vis de ses parents lorsque l’on est mature :

 

Leur sexualité nous est interdite. Ce n’est pas Auchan ou une salle de cinéma. Nous n’avons pas de droit de regard dessus. Alors que l’on peut plus facilement s’autoriser à franchir cette frontière en « regardant » ou en imaginant la sexualité de tels collègues ensemble. J’ai déjà entendu parler de ragots à propos des coucheries ou de la relation sentimentale entre deux collègues. Je n’ai jamais entendu parler de ragots à propos de la sexualité de mes parents lorsqu’ils s’accouplaient :

 

 Il doit être très rare que des enfants, entre eux, se racontent les derniers potins concernant les derniers vibratos éjaculatoires et clitoridiens de leurs parents.

 

 

En quittant ce premier service de psychiatrie, quelques années plus tard,  pour un autre service, mon regard sur le couple, l’amour et certaines normes conjugales avait changé. J’avais par exemple compris, je crois, que désirer et aimer quelqu’un ne suffit pas pour être heureux ensemble. Même si ce désir et cet amour sont partagés. Et qu’ils comptent bien-sûr dans la construction d’un couple ou d’une relation. Du moins, à mon avis.

 

Un quasi-expert dans les relations sentimentales à la mords-moi-le-nœud :

 

 

Pour  apprendre ça, j’avais payé de ma personne :

 

J’étais devenu un quasi-expert dans les relations sentimentales à la « mords-moi-le-nœud ».

 

Si j’ai connu des histoires d’amour avant de travailler dans ce service puis ensuite, j’ai aussi vécu l’échec final : ce que l’on appelle la rupture sentimentale. J’ai connu la rupture sentimentale, les ruptures sentimentales. Mais je n’avais toujours pas coupé le cordon avec mes parents. Donc, j’étais dans ce que l’on appelle…la répétition.

 

 J’ai été quitté. J’ai aussi quitté. Peu importe la sincérité de départ de l’un ou de l’autre.

 

A celles et ceux qui ont pu me dire, à un moment donné que je manquais de chance, j’ai fini par répondre :

 

« Non ! Je ne suis pas doué pour le bonheur ».

 

 

A une collègue, en couple, qui avait pu me dire que cela l’angoissait d’être seule, j’avais répondu :

 

« Moi, c’est d’être en couple qui m’angoisse ».

 

 

Et, c’est vrai que, célibataire, j’ai connu un certain nombre de moments où j’étais vraiment très content d’être tout seul chez moi.

Mais il y a eu aussi d’autres moments moins drôles. Où je devais partir à la chasse d’affection. Au point qu’un certain nombre de fois, j’ai pu être trop présent auprès de certaines personnes. Aux mauvais moments. De la mauvaise façon. Avec les « mauvaises » personnes : celles qui étaient indisponibles.

 

Une certaine addiction :

 

A la Répétition d’histoires sentimentales à la mords-moi le nœud, s’est ajoutée sa cousine ou sa jumelle : Une certaine Addiction aux histoires à la mords-moi-le-nœud.

 

 

Aujourd’hui, je peux parler « d’addiction » parce-que depuis que je m’intéresse d’un peu plus près au sujet des addictions depuis environ quatre ans, j’ai compris que l’on peut être aussi « addict » à un certain type de comportements qui nous sont néfastes. Parce-que ces comportements nous dirigent et nous transportent vers des situations que l’on connaît bien. Même si ces situations nous déposent toujours, à un moment ou à un autre, sur un matelas hérissé de tessons ou de clous dans lequel on s’enroule, seul.

 

 

Entre l’obsession et l’addiction, il y a aussi des points communs. Nous sommes nombreux à avoir des obsessions. Nous sommes aussi nombreux à avoir certaines addictions. Mais nous nous en sortons différemment selon les lieux, selon notre entourage et aussi selon notre capacité à le voir ou à le nier.

 

 

Je me maintenais dans des histoires à la mords-moi-le-nœud parce-que l’inconnu me faisait peur. L’inconnu d’être dans une histoire sentimentale stable et simple. La peur de me conformer à une histoire conjugale « normale » et routinière comme mes parents où le Devoir et le sacrifice semblent l’emporter, l’ont emporté, avant tout.

 

Avant que les gens ne prennent de l’âge, de l’arthrose, ne s’avachissent sous les kilos, le poids de leurs artères et de leurs colères contre l’autre, ils ont été beaux. Ils ont été souriants en rencontrant l’autre. Et, ils ont cru à leur histoire même si celle-ci a peu duré et que l’artifice a très vite disparu. Dans le monde animal, il n’y a aucun drame car c’est comme ça que cela doit se passer. Il n’y a pas de rancune particulière, je crois. Mais dans le monde des êtres humains, cela se passe différemment. Il y a de la mémoire, des rancunes, des espoirs et  des comptes à rendre à l’autre :

 

 A soi-même, à notre entourage ainsi qu’à nos aînés mais aussi à notre descendance.

 

Ça fait beaucoup. Et cette histoire se perpétue.

 

Le mensonge et les normes sociales :

 

 

Je suis devenu père et me suis marié tard. J’avais quarante cinq ans. Je connaissais déjà la sécurité sociale et économique. En me mariant avec ma compagne mais aussi en devenant père, j’ai découvert la sécurité affective :

 

Cette présence quotidienne et aimante qui vous attend et vous reçoit quelle que soit la journée que vous avez passée. Quels que soient vos travers et vos humeurs. Tout ce que vous avez à faire pour cela, c’est rentrer chez vous, passer un coup de téléphone ou envoyer un sms et quelqu’un, votre compagnon ou votre compagne, voire votre enfant, généralement, vous répond plutôt favorablement. Vous êtes souvent le bienvenu ou la bienvenue. Vous bénéficiez assez souvent d’une attention particulière.

 

 

En découvrant cette expérience, j’ai aussi eu la confirmation que certains de mes proches et de mes connaissances qui m’affirmaient avoir moins de temps pour me voir ou me rappeler, m’avaient menti. Le mensonge fait aussi partie des normes sociales. Le mensonge envers les autres. Mais aussi vis à vis de soi-même :

 

Si l’on a moins de temps lorsque l’on se met en couple et que l’on décide ensuite de « faire » un enfant, on peut, si on le veut véritablement, joindre untel ou untel. Ou prendre le temps de le rencontrer. Cela nécessite plus de préparation pour une durée plus courte. Mais c’est possible.

 

Cet article est imparfait et biaisé bien-sûr mais je le crois sincère. Je le vois comme le contraire de certains mensonges sociaux.

 

 

Mais il y a d’autres mensonges qui subsistent. Lorsque l’on se met en couple, que l’on se marie ou non, on se dit oui. Sauf que, même en se disant ouvertement oui, il y a d’autres points sur lesquels on se dit non. Mais comme on est plein d’amour et de désir l’un pour l’autre, on n’y fait pas attention. On banalise ces quelques points qui peuvent ou vont devenir beaucoup plus sensibles à mesure que l’on va se rapprocher l’un de l’autre dans le quotidien mais aussi dans la vie intime.

 

 

La Clinique de l’Amour : une émission de France Inter

 

 

Cette très longue introduction pour expliquer ce qui a pu me donner envie de découvrir et d’écouter cette émission de France Inter appelée La Clinique de l’Amour. Une émission qui raconte en plusieurs épisodes (cinq ou six) d’une vingtaine de minutes l’évolution de plusieurs couples qui font une thérapie.

 

L’émission m’a « plu ». Même si je lui reprocherais le fait que, par moments, pour moi, les thérapeutes sont trop intervenus. Cela peut faire sourire après tout ce que j’ai écrit avant de vous parler, finalement, de ce podcast de France Inter qui date de février 2020.

 

Le thérapeute masculin par exemple. Il est certaines fois où, à mon avis, les deux thérapeutes auraient dû davantage « protéger » la parole de celle ou de celui qui s’exprime  et le laisser parler. Au lieu de le laisser ou de la laisser se faire « pilonner » verbalement par l’autre.

 

Je crois que ça aurait été « bien » d’expliciter :

 

De dire par exemple à telle personne qu’elle semble très déçue ; qu’elle avait apparemment une très haute vision ou une vision différente de ce que son mari ou sa compagne allait être dans la vie de couple ou de famille.

 

 

Un des couples a trois enfants. Je crois que cela aurait été bien de demander pourquoi trois enfants ? Pourquoi pas deux ? Pourquoi pas un seul ?

Vu que j’ai compris que bien des couples font des enfants en pensant que faire des enfants rapproche et va aider le couple à se « soigner ».

 

Alors que je crois que cela peut être le contraire : lorsque l’on fait un enfant, nos tripes prennent facilement ou peuvent facilement prendre le dessus sur tout ce que l’on essaie d’être ou de faire de manière rationnelle. Et l’on peut alors s’apercevoir à quel point on est très différent de sa « moitié » voire opposé à elle. Même si on peut aussi devenir complémentaire.

 

 

J’ai aussi été  à nouveau assez agacé par certaines phrases typiques du vocabulaire professionnel de mes « collègues »:

 

Ma remarque est sûrement très déplacée. Car le principal est bien-sûr que ces thérapeutes aient fourni leur présence, leur constance et leur empathie à ces couples. Mais je vois à nouveau dans ces tics de vocabulaire et de langage de mes « collègues » thérapeutes un certain manque de spontanéité : un trop haut degré d’intellectualisation ; une certaine carence affective. Comme s’ils s’en tenaient à un texte ou à un protocole appris par cœur qui les empêche d’improviser. Comme s’ils s’exprimaient de manière scolaire.

 

 

Hormis ces quelques remarques, j’ai bien aimé cette émission.

 

 

J’aimerais pouvoir ensuite traduire cet article en Anglais voire peut-être en Espagnol quand je le pourrai.

 

Apparemment, pour l’instant, je n’arrive pas à intégrer le lien vers ce podcast dans cet article. Mais on le trouve facilement. Dès que je le pourrai, je l’intégrerai à l’article.

https://podcasts.apple.com/fr/podcast/1-partir-ou-rester/id1498194259?i=1000465403252

 

 

Je le précise assez peu dans mes articles mais la plupart des photos prises dans la rue ou dans le métro sont de moi.  

Franck Unimon, ce jeudi 29 octobre 2020. Puis, ce lundi 2 novembre 2020 où j’ai ajouté un certain nombre de propos et de pages depuis l’article initial.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Déconnecté

»Posted by on Oct 18, 2020 in Addictions, Echos Statiques | 0 comments

Déconnecté

 

                                                 Déconnecté

Tous les jours, nous avons des désirs, des souhaits, des occasions, des circonstances. Et nous prenons de très grandes décisions. Cracher un gros mollard sur la tête d’untel. Raconter deux ou trois secrets que l’on a appris à son sujet. Aller aux toilettes. Violer la fourmi que l’on avait repérée il y a plusieurs semaines en allant faire nos courses. Eteindre ou allumer la télé. Faire une recherche sur internet. Se brosser les dents. Confectionner un gâteau. Manger des bonbons. Dépasser de dix kilomètres la vitesse autorisée sur la route. Boire. Fumer. Avoir des relations sexuelles. Trucider. Elucider. Déboucher l’évier avec de la javel ou avec du percarbonate de soude. Apprendre à lire. Sourire. Plomber une ambiance. Aller se promener. Enfanter. Se suicider. Démissionner. Voler. Sulfater. Décapiter. Etrangler. Dissoudre. Dessouder. Carboniser.

 

 

Une Histoire

 

J’ai lu ou entendu que l’animal n’a pas d’Histoire. Le genre humain, lui, a une Histoire. Et, certaines fois, une conscience. Du moins en est-il persuadé grâce à cette pensée que nous avons tous eue un jour ou l’autre :

 

«  Je sais ce que je fais ! ».

 

Au nom d’une Histoire, d’une éducation, d’une religion, d’une tradition, d’un nom, d’un parti, d’une croyance, par anticipation, par automatisme, par intérêt ou par principe, l’être humain est capable de tout. De faire les soldes. Comme de réinventer le néant. Quelle que soit l’action, une fois sa décision prise, il aura toujours raison. Ensuite…

 

Ensuite….celles et ceux qu’il croisera le conforteront ou lui feront comprendre, s’ils le peuvent, qu’il n’est pas tout seul. Qu’il fait partie d’un gigantesque puzzle qu’il avait à peine aperçu contrairement à tout ce qu’il « sait » et à tout ce qu’il « croit ».  Et que ce puzzle, comme les icebergs, les arbres et les plantes centenaires, voire millénaires, a de très profondes et de puissantes histoires et origines. Que ces histoires et ces origines nous concernent et nous relient tous. Et qu’il reste donc beaucoup  plus d’une énigme ne serait-ce qu’à entrevoir avant d’espérer la résoudre- si on en a les facultés- avant de véritablement savoir ce que l’on fait !

 

Je n’ai aucun problème particulier avec la religion comme avec  toute autre forme d’autorité. Mais ce qui m’importe, c’est ce qu’on en fait !

 

Une espèce, comme la nôtre, capable à la fois de trucider pour manger les bonbons de son voisin, ou afin de lui prendre sa console de playstation, a bien évidemment besoin de règles et de « guides ». Mais j’ai besoin de gages d’ouvertures, de pouvoir choisir celle ou celui que je décide de suivre pour une durée donnée, même si c’est  pour quelques secondes. On appelle ça le libre arbitre, je crois.  Le choix. Ou le consentement éclairé.

 

La confiance

 

Lorsque je décide de monter dans un bus ou dans un métro, c’est parce-que je fais confiance à la conductrice et au conducteur comme à la société qui l’emploie. Bien-sûr, je ne connais ni l’un ni l’autre et serais incapable de dire leur nom comme de dire à quoi ils ressemblent physiquement et où ils habitent.

Mais c’est néanmoins une des réussites accomplies par l’être humain : pouvoir obtenir certains services bien pratiques, moyennant finances ou non, en se rapprochant d’inconnus dont, spontanément, il y a plusieurs générations, il aurait mieux valu d’abord se méfier afin de s’assurer au préalable de leurs réelles intentions.

 

Si je me rends dans un hôpital, dans une administration, dans une école ou dans une association, c’est pareil. Idem pour un club de sport et pour les manifestations qu’il organise et auxquelles je décide de participer. A priori, les personnes qui y oeuvrent veulent mon bien. Et sont compétentes.

 

Bien-sûr, nous savons tous au quotidien qu’il nous arrive de connaître des déconvenues et des contrariétés. Et nous savons aussi que tout dépend de l’orientation de l’institution, de l’association – et beaucoup des personnes qui la dirigent- à laquelle nous nous en remettons.

 

 Mais le principe est qu’il nous est possible dans un certain nombre de cas de figures de vivre en «société » et de nous sentir en sécurité même lorsque nous sortons de chez nous. Ce qui est plutôt une avancée.

 

Ça, c’est une partie du puzzle. L’autre partie du puzzle est faite de dogmes et d’obéissances absolues. Lorsque l’on parle de fanatisme, religieux, politique, économique ou autre, il existe au moins deux écueils. Celles et ceux qui s’identifient à ce fanatisme, le justifient et en sont fiers car ils sont persuadés qu’ils « savent ce qu’ils font ! ». Et rien ni personne a priori ne les fera changer d’avis. Ou alors, il faut avoir la personnalité d’un Daryl Davis ( auteur de Klan-Destine relationships ) peut-être. Ce qui est hors du commun.   

 

Et puis, il y a les fanatiques potentiels qui s’ignorent et que l’on ignore. D’une part parce qu’eux mêmes ne savent pas de quoi ils sont capables dans certaines circonstances. Mais aussi parce-que le fanatisme, pour être « détecté », nécessite certaines capacités d’écoute et d’observation. Ou certains moyens humains et logistiques. Des moyens sans doute surhumains faits aussi de psychologie, de patience, d’intuition voire, quasiment, de dons de « voyance ».

 

 

La Peur

 

Faut-il avoir peur ? On choisit rarement ses peurs ou d’avoir peur. On a peur ou on n’a pas peur. On réussit à surmonter ses peurs ou non. Mais pour qu’un dogme s’impose et rende « servile », il a besoin d’instaurer la peur ne serait-ce que machinalement. Instinctivement.

Avoir peur, prendre peur, n’écouter que sa peur, vivre de sa peur et dans la peur, c’est donc, à un moment ou à un autre, se soumettre à une institution, à un ordre ou à quelqu’un même lorsque celle-ci ou celui-ci est absent, inactif ou défaillant. C’est donc perdre notre libre arbitre ou notre consentement éclairé.  C’est devenir la chose, le « membre » ou l’extension fidèle, loyal ou zélé d’une institution, d’un ordre, d’une pensée. On croit peut-être être libre et savoir exactement ce que l’on fait. On sauve sûrement sa peau- et son âme- ou on a peut-être le sentiment de les sauver. Mais, en contrepartie, c’est quelqu’un d’autre ou quelque chose d’autre supposé nous “protéger” et nous “guider” qui pense pour nous. On est comme sous hypnose. Une autohypnose consentie.

 

 

La Matrice

 

 

Et les réelles intentions de cette institution ou de cet autre qui pense pour nous nous sont inconnues. Les intentions de Google, de Facebook, d’Amazon ou D’Apple, par exemple, je ne les connais pas vraiment à part d’établir et de maintenir une sorte de monopole.

Je n’ai jamais rencontré leurs dirigeants. Je ne connais pas ces personnes. Je ne vis pas avec elles. Pourtant, tous les jours, Google, Facebook, Apple, Microsoft et Amazon ( des entreprises américaines) influent sur ma vie directement ou indirectement. Tous les jours, d’une façon ou d’une autre, je contribue à leur richesse et à leur puissance. Puisque j’ai du mal à m’en passer comme une majorité de personnes. Je suis incapable de savoir aujourd’hui si je suis encore suffisamment en  bonne santé si je décide de vivre sans ces entités. Mais je sais que passer par Google, Facebook, Microsoft, Apple ou Amazon fait désormais- et pour l’instant- partie d’une  normalité.

 

Je repense de temps à autre au film Matrix des ex-frères Wachowski, film transgenres. Les deux réalisateurs ont changé de genre pour devenir femmes. Comme pour essayer de mieux échapper à un certain conditionnement.

 

C’est pareil pour certaines décisions politiques. Il s’y trouve un certain mélange des genres. Pourtant, même si je suis hébété et distancé, je ne peux me passer de continuer d’assister à certaines démonstrations politiques.  

 

C’est encore pire lorsque je regarde un certain fanatisme religieux. Décapiter à Conflans Ste-Honorine un professeur ( Samuel Paty) qui parlait de Charlie Hebdo  à ses élèves, ça fait très peur. J’ai travaillé à Conflans Ste Honorine il y a quelques années. Je connais un peu cette ville. Une de mes Ex y a habité ou y habite encore. A Conflans Ste Honorine, j’avais aussi vu John Mc Laughlin en concert. C’était une toute autre ambiance que cette décapitation et cet attentat. Le soir de ce concert de John Mc Laughlin à Conflans Ste-Honorine, comme tous les autres spectateurs après le concert, j’étais reparti avec ma tête. Et j’espère l’avoir encore bien avec moi alors que j’écris cet article. 

 

 

Harry Potter

 

J’ai appris la nouvelle par une collègue vendredi soir (avant hier) au travail. Elle s’inquiétait du fait que les jeunes hospitalisés dans notre service soient effrayés par la nouvelle. Nous avons « rassuré » cette collègue :

 

Les jeunes n’en n’avaient pas entendu parler. Ils étaient plutôt concentrés sur le fait de  revoir un dvd de Harry Potter, un film où l’on parle aussi de fanatisme. Mais où des enfants, puis des adolescents, les héros, en murissant, en se rappelant certains souvenirs, en remportant certaines épreuves, en souffrant aussi, et en s’entraidant, parviennent finalement à tuer le Mal absolu incarné par un adulte : « celui que l’on ne nomme pas ».

 

Plusieurs fois, déjà, j’ai exprimé mon étonnement devant le rôle des adultes dans Harry Potter :

Ces mômes sont confiés, par leurs parents, à une école hautement réputée sans doute privée – et secrète- de sorcellerie. Or,  bien que ces mômes soient sous la surveillance et la protection d’adultes formés et puissants, ils sont régulièrement exposés au danger et à la mort. Je trouve donc les parents de ces mômes soit très crédules soit irresponsables et suicidaires. A la limite du signalement. Quant aux professeurs, aussi charismatiques soient-ils, plus d’une fois, selon moi, ils devraient au minimum passer devant une commission de discipline pour manquement à leurs devoirs de protection.

 

Mais, chaque fois que j’ai abordé ce sujet, on m’a écouté avec indulgence. Comme si le principal était ailleurs. Comme si on en savait beaucoup plus que moi.  Harry Potter me laisse donc perplexe au moins pour cette raison. Même si je peux avoir plaisir à regarder certains épisodes. Le Prisonnier d’Azkaban- réalisé (en 2004) par Alfonso Cuaron plusieurs années avant Gravity– est pour l’instant mon préféré parmi ceux que j’ai pu voir. Je me rappelle avoir vu le premier volet à sa sortie au cinéma, Harry Potter à l’école des sorciers, en 2001. Si j’avais plutôt bien aimé regarder le film, à aucun moment, je n’avais envisagé qu’il y aurait d’autres films après celui-là et qu’ils deviendraient- comme l’œuvre littéraire originelle- le phénomène mondial qu’ils sont devenus. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à retenir le nom de l’auteure de Harry Potter alors que je la sais mondialement connue.

 

Lors des « attentats du bataclan » et du « Stade de France » en novembre 2015, j’étais également au travail. Et, là encore, les jeunes hospitalisés dans le service ce soir-là avaient baigné dans le «fantastique » mais d’une autre façon :

Nous avions écouté un conte avec eux, en avions discuté, avant qu’ils n’aillent tranquillement se coucher. Puis, tandis qu’ils dormaient, mes deux collègues et moi avions appris les « nouvelles ».

 

 

 

La violence, notre addiction favorite

 

 

Que l’on parle de Harry Potter ou de contes (je propose des contes du monde entier : Sénégal, Mali, Tunisie, Tahiti, Nouvelle Orléans, Brésil, Japon, Bretagne….). Ou que l’on parle de pandémie du Covid-19; du couvre-feu décidé récemment par le gouvernement Macron-Castex pour répondre à la reprise de la pandémie du Covid; de la montée des eaux -qui semble s’inspirer de la montée des extrémismes religieux, politiques et économiques- du réchauffement climatique ; de la pollution atmosphérique ; des élections présidentielles américaines Trump-Biden ; de l’emprise croissante des réseaux sociaux et des GAFAM ; des crimes racistes ; des guerres en série ou d’autres tragédies, j’ai l’impression que nous sommes beaucoup de grands enfants qui assistons à un spectacle très violent qui nous dépasse. Spectacle qui explose devant nos yeux en emportant parfois nos bras ou l’une de nos connaissances.

Parce que la violence, sous toutes ses formes, est devenue notre addiction favorite.

 

 

Les Adultes face à leur enfance

 

 

Je ne sais pas où sont les adultes. Ce qu’ils font et ce qu’ils attendent pour remettre de l’ordre et de l’autorité dans tout ça. Peut-être parce-que c’est encore trop tôt. Peut-être parce-que, comme n’importe quel gamin, je reste déconnecté du lourd travail que réalisent quantité d’adultes. Et que ce travail, s’il se fait devant moi-  voire, même si j’y prends aussi ma part – avec d’autres dans un champ invisible, tous les jours,  est abstrait. Lent. Et cela me donne peut-être l’impression de servir à rien.  

Peut-être, aussi, que certaines personnes ignorent encore à quel point elles sont et peuvent être adultes en certaines circonstances. Face au danger et à la mort. 

Beaucoup d’adultes restent des enfants qui, lorsqu’ils ont peur, se cachent sous une couverture. Cependant, la peur peut pousser vers deux extrêmes : la paralysie ou l’attaque.

Donc, tout commence souvent par la façon dont on traite l’enfance. Que ce soit la nôtre, celle de notre descendance mais aussi celle des autres. Ainsi que par la façon dont, en tant qu’adultes, on se comporte et on s’exprime devant cette enfance et par rapport à elle. Par la façon dont on lui apprend à regarder la vie, le monde et les autres. C’est toujours la même Histoire qui se répète et que l’être humain semble avoir beaucoup de mal à retenir, à connaître et à comprendre, si pressé de grandir et d’exposer ses certitudes pour se faire admirer qu’il reste petit. 

 

 

Franck Unimon, ce dimanche 18 octobre 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle

»Posted by on Sep 2, 2020 in Addictions, Cinéma, Corona Circus, Puissants Fonds/ Livres, self-défense/ Arts Martiaux, Voyage | 0 comments

Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle

 

                    Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle

« Le plaisir est ma seule ambition ».

 

 

Parler d’un des derniers livres de Kersauson

 

Parler d’un des derniers livres de Kersauson, Le Monde comme il me parle,  c’est presque se dévouer à sa propre perdition. C’est comme faire la description de notre dentition de lait en décidant que cela pourrait captiver. Pour beaucoup, ça manquera de sel et d’exotisme. Je m’aperçois que son nom parlera spontanément aux personnes d’une cinquantaine d’années comme à celles en âge d’être en EHPAD.

 

Kersauson est sûrement assez peu connu voire inconnu du grand public d’aujourd’hui. Celui que j’aimerais concerner en priorité avec cet article. Je parle du public compris grosso modo entre 10 et 35 ans. Puisque internet et les réseaux sociaux ont contribué à abaisser l’âge moyen du public lambda. Kersauson n’est ni Booba, ni Soprano, ni Kenji Girac. Il n’est même pas le journaliste animateur Pascal Praud, tentative de croisement tête à claques entre Donald Trump et Bernard Pivot, martelant sur la chaine de télé Cnews ses certitudes de privilégié. Et à qui il manque un nez de clown pour compléter le maquillage.

 

Le Mérite

 

Or, aujourd’hui, nous sommes de plus en plus guidés par et pour la dictature de l’audience et du like. Il est plus rentable de faire de l’audience que d’essayer de se faire une conscience.  

 

Que l’on ne me parle pas du mérite, héritage incertain qui peut permettre à d’autres de profiter indéfiniment de notre crédulité comme de notre « générosité » ! Je me rappelle toujours de cette citation que m’avait professée Spock, un de mes anciens collègues :

 

« Il nous arrive non pas ce que l’on mérite mais ce qui nous ressemble ».

Une phrase implacable que je n’ai jamais essayé de détourner ou de contredire.

 

Passer des heures sur une entreprise ou sur une action qui nous vaut peu de manifestations d’intérêt ou pas d’argent revient à se masturber ou à échouer. 

Cela équivaut à demeurer  une personne indésirable.

Si, un jour, mes articles comptent plusieurs milliers de lectrices et de lecteurs, je deviendrai une personne de « valeur ».  Surtout si ça rapporte de l’argent. Beaucoup d’argent. Quelles que soient l’originalité ou les vertus de ce que je produis.

 

Mais j’ai beaucoup de mal à croire à cet avenir. Mes écrits manquent par trop de poitrine, de potins, d’images ad hoc, de sex-tapes, de silicone et de oups ! Et ce n’est pas en parlant de Kersauson aujourd’hui que cela va s’améliorer. Kersauson n’a même pas fait le nécessaire pour intégrer  l’émission de téléréalité Les Marseillais !

 

Rien en commun

 

Mais j’ai plaisir à écrire cet article.

 

Kersauson et moi n’avons a priori rien à voir ensemble. Il a l’âge de mon père, est issu de la bourgeoisie catholique bretonne. Mais il n’a ni l’histoire ni le corps social (et autre) de mon père et de ma mère. Même si, tous les deux, ont eu une éducation catholique tendance campagnarde et traditionnelle. Ma grand-mère maternelle, originaire des Saintes, connaissait ses prières en latin.  

 

Kersauson a mis le pied sur un bateau de pêche à l’âge de quatre ans et s’en souvient encore. Il a appris « tôt » à nager, sans doute dans la mer, comme ses frères et soeurs.

Je devais avoir entre 6 et 9 ans lorsque je suis allé sur mon premier bateau. C’était dans le bac à sable à côté de l’immeuble HLM où nous habitions en banlieue parisienne. A quelques minutes du quartier de la Défense à vol d’oiseau.

 

J’ai appris à nager vers mes dix ans dans une piscine. Le sel et la mer pour lui, le chlore et le béton pour moi comme principaux décors d’enfance.

 

Moniteur de voile à 13 ans, Kersauson enseignait le bateau à des parisiens (sûrement assez aisés) de 35 à 40 ans. Moi, c’est plutôt vers mes 18-20 ans que j’ai commencé à m’occuper de personnes plus âgées que moi : c’était des patients  dans les hôpitaux et les cliniques. Changer leurs couches, vider leur  bassin, faire leur toilette, prendre soin d’eux….

 

J’ai pourtant connu la mer plus tôt que certains citadins. Vers 7 ans, lors de mon premier séjour en Guadeloupe. Mais si, très tôt, Kersauson est devenu marin, moi, je suis un ultramarin. Lui et moi, ne sommes pas nés du même côté de la mer ni pour les mêmes raisons.

La mer a sûrement eu pour lui, assez tôt, des attraits qui ont mis bien plus de temps  à me parvenir.  Je ne vais pas en rajouter sur le sujet. J’en ai déjà parlé et reparlé. Et lui, comme d’autres, n’y sont pour rien.

 

Kersauson est né après guerre, en 1944, a grandi dans cette ambiance (la guerre d’Indochine, la guerre d’Algérie, la guerre du Vietnam) et n’a eu de cesse de lui échapper.

Je suis né en 1968. J’ai entendu parler des guerres. J’ai vu des images. J’ai entendu parler de l’esclavage. J’ai vu des images. J’ai plus connu la crise, la peur du chômage, la peur du racisme, l’épidémie du Sida, la peur d’une guerre nucléaire, les attentats. Et, aujourd’hui, le réchauffement climatique, les attentats, les serres d’internet, l’effondrement, le Covid.

 

Kersauson, et moi, c’est un peu la matière et l’antimatière.

 

En cherchant un peu dans la vase

 

Pourtant, si je cherche un peu dans la vase, je nous trouve quand même un petit peu de limon en commun.

L’ancien collègue Spock que j’ai connu, contrairement à celui de la série Star Trek, est Breton.

C’est pendant qu’il fait son service militaire que Kersauson, Breton, rencontre Eric Tabarly, un autre Breton.

 

C’est pendant mon service militaire que j’entends parler pour la première fois de Kersauson. Par un étudiant en psychologie qui me parle régulièrement de Brautigan, de Desproges et de Manchette sûrement. Et qui me parle de la culture de Kersauson lorsque celui-ci passe aux Grosses Têtes de Bouvard. Une émission radiophonique dont j’ai plus entendu parler que je n’ai pris le temps de l’écouter.

 

Je crois que Kersauson a bien dû priser l’univers d’au moins une de ces personnes :

Desproges, Manchette, Brautigan.

 

Pierre Desproges et Jean-Patrick Manchette m’ont fait beaucoup de bien à une certaine période de ma vie. Humour noir et polar, je ne m’en défais pas.

 

C’est un Breton que je rencontre une seule fois (l’ami de Chrystèle, une copine bretonne de l’école d’infirmière)  qui m’expliquera calmement, alors que je suis en colère contre la France, que, bien que noir, je suis Français. J’ai alors entre 20 et 21 ans. Et je suis persuadé, jusqu’à cette rencontre, qu’il faut être blanc pour être Français. Ce Breton, dont j’ai oublié le prénom, un peu plus âgé que moi, conducteur de train pour la SNCF, me remettra sur les rails en me disant simplement :

« Mais…tu es Français ! ».

C’était à la fin des années 80. On n’entendait pas du tout  parler d’un Eric Zemmour ou d’autres. Il avait beaucoup moins d’audience que depuis quelques années. Lequel Eric Zemmour, aujourd’hui, a son trône sur la chaine Cnews et est la pierre philosophale de la Pensée selon un Pascal Praud. Eric Zemmour qui se considère fréquemment comme l’une des personnes les plus légitimes pour dire qui peut être Français ou non. Et à quelles conditions. Un de ses vœux est peut-être d’être le Montesquieu de la question de l’immigration en France.

 

Dans son livre, Le Monde comme il me parle, Kersauson redit son attachement à la Polynésie française. Mais je sais que, comme lui, le navigateur Moitessier y était tout autant attaché. Ainsi qu’Alain Colas. Deux personnes qu’il a connues. Je sais aussi que Tabarly, longtemps célibataire et sans autre idée fixe que la mer, s’était quand même  acheté une maison et marié avec une Martiniquaise avec laquelle il a eu une fille. Même s’il a fini sa vie en mer. Avant d’être repêché.

 

Ce paragraphe vaut-il à lui tout seul la rédaction et la lecture de cet article ? Toujours est-il que Kersauson est un inconnu des réseaux sociaux.

 

Inconnu des réseaux sociaux :

 

 

 

Je n’ai pas vérifié mais j’ai du mal à concevoir Kersauson sur Instagram, faisant des selfies ou téléchargeant des photos dénudées de lui sur OnlyFans. Et il ne fait pas non plus partie du décor du jeu The Last of us dont le deuxième volet, sorti cet été,  une des exclusivités pour la console de jeu playstation, est un succès avec plusieurs millions de vente.

 

Finalement, mes articles sont peut-être trop hardcore pour pouvoir attirer beaucoup plus de public. Ils sont peut-être aussi un peu trop « mystiques ». J’ai eu cette intuition- indirecte- en demandant à un jeune récemment ce qu’il écoutait comme artistes de Rap. Il m’a d’abord cité un ou deux noms que je ne connaissais pas. Il m’avait prévenu. Puis, il a mentionné Dinos. Je n’ai rien écouté de Dinos mais j’ai entendu parler de lui. J’ai alors évoqué Damso dont j’ai écouté et réécouté l’album Lithopédion (sorti en 2018) et mis plusieurs de ses titres sur mon baladeur.  Le jeune m’a alors fait comprendre que les textes de Damso étaient en quelque sorte trop hermétiques pour lui.

Mais au moins Damso a-t’il des milliers voire des millions de vues sur Youtube. Alors que Kersauson…. je n’ai pas fouillé non plus- ce n’est pas le plus grave- mais je ne vois pas Kersauson avoir des milliers de vues ou lancer sa chaine youtube. Afin de nous vendre des méduses (les sandales en plastique pour la plage) signées Balenciaga ou une crème solaire bio de la marque Leclerc.

 

J’espère au moins que « Kersau », mon Bernard Lavilliers des océans, est encore vivant. Internet, google et wikipédia m’affirment que « oui ». Kersauson a au moins une page wikipédia. Il a peut-être plus que ça sur le net. En écrivant cet article, je me fie beaucoup à mon regard sur lui ainsi que sur le livre dont je parle. Comme d’un autre de ses livres que j’avais lu  il y a quelques années, bien avant l’effet « Covid».

 

L’effet « Covid »

 

Pourvu, aussi, que Kersauson se préserve du Covid.  Il a 76 ans cette année. Car, alors que la rentrée (entre-autre, scolaire)  a eu lieu hier et que bien des personnes rechignent à continuer de porter un masque (dont le très inspiré journaliste Pascal Praud sur Cnews), deux de mes collègues infirmières sont actuellement en arrêt de travail pour suspicion de covid. La première collègue a une soixantaine d’années. La seconde, une trentaine d’années. Praud en a 54 si j’ai bien entendu. Ou 56.

Un article du journal ” Le Canard Enchainé” de ce mercredi 2 septembre 2020.

 

Depuis la pandémie du Covid-19, aussi appelé de plus en plus « la Covid », la vente de livres a augmenté. Jeff Bezos, le PDG du site Amazon, premier site de ventes en ligne, (aujourd’hui, homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à 200 milliards de dollars selon le magazine Forbes US  cité dans le journal Le Canard Enchaîné de ce mercredi 2 septembre 2020) n’est donc pas le seul à avoir bénéficié de la pandémie du Covid qui a par ailleurs mis en faillite d’autres économies.

 

Donc, Kersauson, et son livre, Le Monde comme il me parle, auraient pu profiter de « l’effet Covid ». Mais ce livre, celui dont j’ai prévu de vous parler, est paru en 2013.

 

Il y a sept ans.  C’est à dire, il y a très très longtemps pour beaucoup à l’époque.

 

Mon but, aujourd’hui, est de vous parler d’un homme de 76 ans pratiquement inconnu selon les critères de notoriété et de réussite sociale typiques d’aujourd’hui. Un homme qui a fait publier un livre en 2013.

Nous sommes le mercredi 2 septembre 2020, jour du début du procès des attentats de Charlie Hebdo et de L’Hyper Cacher.

 

 

Mais nous sommes aussi le jour de la sortie du film Police d’Anne Fontaine avec Virginie Efira, Omar Sy et Grégory Gadebois. Un film que j’aimerais voir. Un film dont je devrais plutôt vous parler. Au même titre que le film Tenet de Christopher Nolan, sorti la semaine dernière. Un des films très attendus de l’été, destiné à relancer la fréquentation des salles de cinéma après leur fermeture due au Covid. Un film d’autant plus désiré que Christopher Nolan est un réalisateur reconnu et que l’autre grosse sortie espérée, le film Mulan , produit par Disney, ne sortira pas comme prévu dans les salles de cinéma. Le PDG de Disney préférant obliger les gens à s’abonner à Disney+ (29, 99 dollars l’abonnement aux Etats-Unis ou 25 euros environ en Europe) pour avoir le droit de voir le film. Au prix fort, une place de cinéma à Paris peut coûter entre 10 et 12 euros.

 

 

Tenet, qui dure près de 2h30,  m’a contrarié. Je suis allé le voir la semaine dernière. Tenet est selon moi la bande annonce des films précédents et futurs de Christopher Nolan dont j’avais aimé les films avant cela. Un film de James Bond sans James Bond. On apprend dans Tenet qu’il suffit de poser sa main sur la pédale de frein d’une voiture qui file à toute allure pour qu’elle s’arrête au bout de cinq mètres. J’aurais dû m’arrêter de la même façon avant de choisir d’aller le regarder. Heureusement qu’il y a Robert Pattinson dans le film ainsi que Elizabeth Debicki que j’avais beaucoup aimée dans Les Veuves réalisé en 2018 par Steve McQueen.

 

Distorsions temporelles

 

Nolan affectionne les distorsions temporelles dans ses films. Je le fais aussi dans mes articles :

 

 

En 2013, lorsqu’est paru Le Monde comme il me parle de Kersauson, Omar Sy, un des acteurs du film Police, sorti aujourd’hui,  était déjà devenu un « grand acteur ».

Grâce à la grande audience qu’avait connue le film Intouchables réalisé en…2011 par Olivier Nakache et Eric Toledano. Près de vingt millions d’entrées dans les salles de cinéma seulement en France. Un film qui a permis à Omar Sy de jouer dans une grosse production américaine. Sans le succès d’Intouchables, nous n’aurions pas vu Omar Sy dans le rôle de Bishop dans un film de X-Men (X-Men : Days of future past réalisé en 2014 par Bryan Singer).

 

J’ai de la sympathie pour Omar Sy. Et cela, bien avant Intouchables. Mais ce n’est pas un acteur qui m’a particulièrement épaté pour son jeu pour l’instant. A la différence de Virginie Efira et de Grégory Gadebois.

Virginie Efira, d’abord animatrice de télévision pendant une dizaine d’années, est plus reconnue aujourd’hui qu’en 2013, année de sortie du livre de Kersauson.

J’aime beaucoup le jeu d’actrice de Virginie Efira et ce que je crois percevoir d’elle. Son visage et ses personnages ont une allure plutôt fade au premier regard : ils sont souvent le contraire.

Grégory Gadebois, passé par la comédie Française, m’a « eu » lorsque je l’ai vu dans le Angèle et Tony réalisé par Alix Delaporte en 2011. Je ne me souviens pas de lui dans Go Fast réalisé en 2008 par Olivier Van Hoofstadt.

 

Je ne me défile pas en parlant de ces trois acteurs.

 

Je continue de parler du livre de Kersauson. Je parle seulement, à ma façon, un petit peu du monde dans lequel était sorti son livre, précisément.

 

Kersauson est évidemment un éminent pratiquant des distorsions temporelles. Et, grâce à lui, j’ai sans doute compris la raison pour laquelle, sur une des plages du Gosier, en Guadeloupe, j’avais pu être captivé par les vagues. En étant néanmoins incapable de l’expliquer à un copain, Eguz, qui m’avait surpris. Pour lui, mon attitude était plus suspecte que d’ignorer le corps d’une femme nue. Il y en avait peut-être une, d’ailleurs, dans les environs.

 

Page 12 de Le Monde comme il me parle :

 

« Le chant de la mer, c’est l’éternité dans l’oreille. Dans l’archipel des Tuamotu, en Polynésie, j’entends des vagues qui ont des milliers d’années. C’est frappant. Ce sont des vagues qui brisent au milieu du plus grand océan du monde. Il n y  a pas de marée ici, alors ces vagues tapent toujours au même endroit ».

 

Tabarly

 

A une époque, adolescent, Kersauson lisait un livre par jour. Il le dit dans Le Monde comme il me parle.

 

J’imagine qu’il est assez peu allé au cinéma. Page 50 :

 

« (….) Quand je suis démobilisé, je reste avec lui ( Eric Tabarly). Evidemment. Je tombe sur un mec dont le seul programme est de naviguer. Il est certain que je n’allais pas laisser passer ça ».

 

Page 51 :

 

«  Tabarly avait, pour moi, toutes les clés du monde que je voulais connaître. C’était un immense marin et, en mer, un homme délicieux à vivre ».

 

Page 54 :

« C’est le temps en mer qui comptait. Et, avec Eric, je passais neuf mois de l’année en mer ».

 

A cette époque, à la fin des années 60, Kersauson avait 23 ou 24 ans. Les virées entre « potes » ou entre « amies » que l’on peut connaître dans les soirées ou lors de certains séjours de vacances, se sont déroulées autour du monde et sur la mer pour lui. Avec Eric Tabarly, référence mondiale de la voile.

 

Page 51 :

 

« (…..) Il faut se rendre compte qu’à l’époque, le monde industriel français se demande comment aider Eric Tabarly- tant il est créatif, ingénieux. Il suscite la passion. C’est le bureau d’études de chez Dassault qui règle nos problèmes techniques ! ».

 

 

Le moment des bilans

 

 

Il est facile de comprendre que croiser un mentor comme Tabarly à 24 ans laisse une trace. Mais Kersauson était déjà un ténor lorsqu’ils se sont rencontrés. Il avait déja un aplomb là ou d’autres avaient des implants. Et, aujourd’hui, en plus, on a besoin de tout un tas d’applis, de consignes et de protections pour aller de l’avant.

J’avais lu Mémoires du large, paru en Mai 1998 (dont la rédaction est attribuée à Eric Tabarly) quelques années après sa mort. Tabarly est mort en mer en juin 1998.

 Tabarly était aussi intraitable que Kersauson dans son rapport à la vie. Kersauson écrit dans Le Monde comme il me parle, page 83 :

«  Ce qui m’a toujours sidéré, chez l’être humain, c’est le manque de cohérence entre ce qu’il pense et ce qu’il fait (…). J’ai toujours tenté de vivre comme je le pensais. Et je m’aperçois que nous ne sommes pas si nombreux dans cette entreprise ».

 

Tabarly avait la même vision de la vie. Il  l’exprimait avec d’autres mots.

 

Que ce soit en lisant Kersauson ou en lisant Tabarly, je me considère comme faisant partie du lot des ruminants. Et c’est peut-être aussi pour cela que je tiens autant à cet article. Il me donne sans doute l’impression d’être un petit peu moins mouton même si mon intrépidité sera un souvenir avant même la fin de la rédaction de cet article.

 

« Différence entre la technologie et l’esclavage. Les esclaves ont pleinement conscience qu’ils ne sont pas libres » affirme Nicholas Nassim Taleb dont les propos sont cités par le Dr Judson Brewer dans son livre Le Craving ( Pourquoi on devient accro et comment se libérer), page 65.

 

Un peu plus loin, le Dr Judson Brewer rappelle ce qu’est une addiction, terme qui n’a été employé par aucun des intervenants, hier, lors du « débat » animé par Pascal Praud sur Cnews à propos de la consommation de Cannabis. Comme à propos des amendes qui seront désormais infligées automatiquement à toute personne surprise en flagrant délit de consommation de cannabis :

D’abord 135 euros d’amende. Ou 200 euros ?

En écoutant Pascal Praud sur Cnews hier ( il a au moins eu la sincérité de confesser qu’il n’avait jamais fumé un pétard de sa vie)  la solution à la consommation de cannabis passe par des amendes dissuasives, donc par la répression, et par l’autorité parentale.

 

Le Dr Judson Brewer rappelle ce qu’est une addiction (page 68 de son livre) :

 

«  Un usage répété malgré les conséquences négatives ». 

 

Donc, réprimer ne suffira pas à endiguer les addictions au cannabis par exemple. Réprimer par le porte-monnaie provoquera une augmentation des agressions sur la voie publique. Puisqu’il faudra que les personnes addict ou dépendantes se procurent l’argent pour acheter leur substance. J’ai rencontré au moins un médecin addictologue qui nous a dit en formation qu’il lui arrivait de faire des prescriptions de produits de substitution pour éviter qu’une personne addict n’agresse des personnes sur la voie publique afin de leur soutirer de l’argent en vue de s’acheter sa dose. On ne parlait pas d’une addiction au cannabis. Mais, selon moi, les conséquences peuvent être les mêmes pour certains usagers de cannabis.

 

Le point commun entre une addiction (avec ou sans substance) et cette « incohérence » par rapport à la vie que pointe un Kersauson ainsi qu’un Tabarly avant lui, c’est que nous sommes très nombreux à maintenir des habitudes de vie qui ont sur nous des « conséquences négatives ». Par manque d’imagination. Par manque de modèle. Par manque de courage ou d’estomac. Par manque d’accompagnement. Par manque d’estime de soi. Par Devoir. Oui, par Devoir. Et Par peur.

 

La Peur

On peut bien-sûr penser à la peur du changement. Comme à la peur partir à l’aventure.

 

Kersauson affirme dans son livre qu’il n’a peur de rien. C’est là où je lui trouve un côté Bernard Lavilliers des océans. Pour sa façon de rouler des mécaniques. Je ne lui conteste pas son courage en mer ou sur la terre. Je crois à son autorité, à sa détermination comme ses très hautes capacités d’intimidation et de commandement.

 

Mais avoir peur de rien, ça n’existe pas. Tout le monde a peur de quelque chose, à un moment ou à un autre. Certaines personnes sont fortes pour transcender leur peur. Pour  s’en servir pour accomplir des actions que peu de personnes pourraient réaliser. Mais on a tous peur de quelque chose.

 

Kersauson a peut-être oublié. Ou, sûrement qu’il a peur plus tardivement que la majorité. Mais je ne crois pas à une personne dépourvue totalement de peur. Même Tabarly, en mer, a pu avoir peur. Je l’ai lu ou entendu. Sauf que Tabarly, comme Kersauson certainement, et comme quelques autres, une minorité, font partie des personnes (femmes comme hommes, mais aussi enfants) qui ont une aptitude à se reprendre en main et à fendre leur peur.

 

Je pourrais peut-être ajouter que la personne qui parvient à se reprendre alors qu’elle a des moments de peur est plus grande, et sans doute plus forte, que celle qui ignore complètement ce qu’est la peur. Pour moi, la personne qui ignore la peur s’aperçoit beaucoup trop tard qu’elle a peur. Lorsqu’elle s’en rend compte, elle est déjà bien trop engagée dans un dénouement qui dépasse sa volonté.

 

Cette remarque mise à part, je trouve à Kersauson, comme à Tabarly et à celles et ceux qui leur ressemblent une parenté évidente avec l’esprit chevaleresque ou l’esprit du sabre propre aux Samouraï et à certains aventuriers. Cela n’a rien d’étonnant.

 

L’esprit du samouraï

 

Dans une vidéo postée sur Youtube le 13 décembre 2019, GregMMA, ancien combattant de MMA, rencontre Léo Tamaki, fondateur de l’école Kishinkai Aikido.

 

GregMMA a rencontré d’autres combattants d’autres disciplines martiales ou en rapport avec le Combat. La particularité de cette vidéo (qui compte 310 070 vues alors que j’écris l’article) est l’érudition de Léo Tamaki que j’avais entrevue dans une revue. Erudition à laquelle GregMMA se montre heureusement réceptif. L’un des attraits du MMA depuis quelques années, c’est d’offrir une palette aussi complète que possible de techniques pour se défendre comme pour survivre en cas d’agression. C’est La discipline de combat du moment. Même si le Krav Maga a aussi une bonne cote.  Mais, comme souvent, des comparaisons se font entre tel ou telle discipline martiale, de Self-Défense ou de combat en termes d’efficacité dans des conditions réelles.

 

Je ne donne aucun scoop en écrivant que le MMA attire sûrement plus d’adhérents aujourd’hui que l’Aïkido qui a souvent l’ image d’un art martial dont les postures sont difficiles à assimiler, qui peut faire penser «  à de la danse » et dont l’efficacité dans la vie réelle peut être mise en doute  :

 

On ne connaît pas de grand champion actuel dans les sports de combats, ou dans les arts martiaux, qui soit Aïkidoka. Steven Seagal, c’est au cinéma et ça date des années 1990-2000. Dans les combats UFC, on ne parle pas d’Aïkidoka même si les combattants UFC sont souvent polyvalents ou ont généralement cumulé différentes expériences de techniques et de distances de combat.

 

Lors de cet échange avec GregMMA, Léo Tamaki confirme que le niveau des pratiquants en Aïkido a baissé. Ce qui explique aussi en partie le discrédit qui touche l’Aïkido. Il explique la raison de la baisse de niveau :

 

Les derniers grands Maitres d’Aïkido avaient connu la Guerre. Ils l’avaient soit vécue soit en étaient encore imprégnés. A partir de là, pour eux, pratiquer l’Aïkido, même si, comme souvent, ils avaient pu pratiquer d’autres disciplines martiales auparavant, devait leur permettre d’assurer leur survie. C’était immédiat et très concret. Cela est très différent de la démarche qui consiste à aller pratiquer un sport de combat ou un art martial afin de faire « du sport », pour perdre du poids ou pour se remettre en forme.

 

Lorsque Kersauson explique au début de son livre qu’il a voulu à tout prix faire de sa vie ce qu’il souhaitait, c’était en réponse à la Guerre qui était pour lui une expérience très concrète. Et qui aurait pu lui prendre sa vie.

Lorsque je suis parti faire mon service militaire, qui était encore obligatoire à mon « époque », la guerre était déjà une probabilité éloignée. Bien plus éloignée que pour un Kersauson et les personnes de son âge. Même s’il a vécu dans un milieu privilégié, il avait 18 ans en 1962 lorsque l’Algérie est devenue indépendante. D’ailleurs, je crois qu’un de ses frères est parti faire la Guerre d’Algérie.

 

On retrouve chez lui comme chez certains adeptes d’arts martiaux , de self-défense ou de sport de combat, cet instinct de survie et de liberté qui l’a poussé, lui, à prendre le large. Quitte à perdre sa vie, autant la perdre en  choisissant de faire quelque chose que l’on aime faire. Surtout qu’autour de lui, il s’aperçoit que les aînés et les anciens qui devraient être à même de l’orienter ont dégusté (Page 43) :

« Bon, l’ancien monde est mort. S’ouvre à moi une période favorable (….). J’ai 20 ans, j’ai beaucoup lu et je me dis qu’il y a un loup dans la combine :

Je m’aperçois que les vieux se taisent, ne parlent pas. Et comme ils ont fait le trajet avant, ils devraient nous donner le mode d’emploi pour l’avenir, mais rien ! Ils sont vaincus. Alors, je sens qu’il ne faut surtout pas s’adapter à ce qui existe mais créer ce qui vous convient ».

 

Nous ne vivons pas dans un pays en guerre.

 

Jusqu’à maintenant, si l’on excepte le chômage,  certains attentats et les faits divers, nous avons obtenu une certaine sécurité. Nous ne vivons pas dans un pays en guerre. Même si, régulièrement, on nous parle « d’embrasement » des banlieues, « d’insécurité » et «  d’ensauvagement » de la France. En tant que citoyens, nous n’avons pas à fournir un effort de guerre en dehors du territoire ou à donner notre vie dans une armée. En contrepartie, nous sommes une majorité à avoir accepté et à accepter  certaines conditions de vie et de travail. Plusieurs de ces conditions de vie et de travail sont discutables voire insupportables.

Face à cela, certaines personnes développent un instinct de survie légal ou illégal. D’autres s’auto-détruisent ( par les addictions par exemple mais aussi par les accidents du travail, les maladies professionnelles ou les troubles psychosomatiques). D’autres prennent sur eux et se musèlent par Devoir….jusqu’à ce que cela devienne impossible de prendre sur soi. Que ce soit dans les banlieues. Dans certaines catégories socio-professionnelles. Ou au travers des gilets jaunes.  

 

Et, on en revient à la toute première phrase du livre de Kersauson.

 

Le plaisir est ma seule ambition

 

J’ai encore du mal à admettre que cette première phrase est/soit peut-être la plus importante du livre. Sans doute parce-que je reste moins libre que Kersauson, et d’autres, question plaisir.

 

Plus loin, Kersauson explicite aussi la nécessité de l’engagement et du Devoir. Car c’est aussi un homme d’engagement et de Devoir.

 

Mais mettre le plaisir au premier plan, ça délimite les Mondes, les êtres, leur fonction et leur rôle.

 

Parce- qu’il y a celles et ceux qui s’en remettent au mérite – comme certaines religions, certaines éducations et certaines institutions nous y entraînent et nous habituent- et qui sont prêts à accepter bien des sacrifices. Sacrifices qui peuvent se révéler vains. Parce que l’on peut être persévérant (e ) et méritant ( e) et se faire arnaquer. Moralement. Physiquement. Economiquement. Affectivement. C’est l’histoire assez répétée, encore toute récente, par exemple, des soignants comme on l’a vu pendant l’épidémie du Covid. Ainsi que l’histoire d’autres professions et de bien des gens qui endurent. Qui prennent sur eux. Qui croient en une Justice divine, étatique ou politique qui va les récompenser à la hauteur de leurs efforts et de leurs espoirs.

 

Mais c’est aussi l’histoire répétée de ces spectateurs chevronnés que nous sommes tous plus ou moins de notre propre vie. Une vie que nous recherchons par écrans interposés ou à travers celle des autres. Au lieu d’agir. Il faut se rappeler que nous sommes dans une société de loisirs. Le loisir, c’est différent du plaisir.

 

Le loisir, c’est différent du plaisir

 

 

Le loisir, ça peut être la pause-pipi, la pause-cigarette ou le jour de formation qui sont accordés parce-que ça permet ensuite à l’employé de continuer d’accepter des conditions de travail inacceptables.

 

Ça peut aussi consister à laisser le conjoint ou la conjointe sortir avec ses amis ou ses amies pour pouvoir mieux continuer de lui imposer notre passivité et notre mauvaise humeur résiduelle.

 

C’est les congés payés que l’on donne pour que les citoyens se changent les idées avant la rentrée où ils vont se faire imposer, imploser et contrôler plus durement. Bien des personnes qui se prendront une amende pour consommation de cannabis seront aussi des personnes adultes et responsables au casier judiciaire vierge, insérées socialement, payant leurs impôts et effectuant leur travail correctement. Se contenter de les matraquer à coups d’amende en cas de consommation de cannabis ne va pas les inciter à arrêter d’en consommer. Ou alors, elles se reporteront peut-être sur d’autres addictions plus autorisées et plus légales (alcool et médicaments par exemple….).

 

Le plaisir, c’est l’intégralité d’un moment, d’une expérience comme d’une rencontre. Cela a à voir avec le libre-arbitre. Et non avec sa version fantasmée, rabotée, autorisée ou diluée.

 

Il faut des moments de loisirs, bien-sûr. On envoie bien nos enfants au centre de loisirs. Et on peut y connaître des plaisirs.

 

Mais dire et affirmer «  Le plaisir est ma seule ambition », cela signifie qu’à un moment donné, on est une personne libre. On dépend alors très peu d’un gouvernement, d’un parti politique, d’une religion, d’une éducation, d’un supérieur hiérarchique. Il n’y a, alors, pas grand monde au dessus de nous. Il s’agit alors de s’adresser à nous en conséquence. Faute de quoi, notre histoire se terminera. Et chacun partira de son côté dans le meilleur des cas.

 

Page 121 :

 

« Je suis indifférent aux félicitations. C’est une force ».

 

Page 124 :

 

« Nos contemporains n’ont plus le temps de penser (….) Ils se sont inventé des vies monstrueuses dont ils sont responsables-partiellement ». Olivier de Kersauson.

 

 

Article de Franck Unimon, mercredi 2 septembre 2020.

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Ma vie en réalité

»Posted by on Août 21, 2020 in Addictions, Puissants Fonds/ Livres | 0 comments

Ma vie en réalité

 

                                                     Ma vie en réalité

Magali Berdah est la créatrice et dirigeante de Shauna Events :

 

« La plus importante agence de média-influenceurs de France ».  Nabilla, Jessica Thivenin, Julien Tanti et Ayem Nour font partie de ses « protégés ».

 

Un livre publié en 2018

 

Dans ce livre publié en 2018 (il y a deux ans), Magali Berdah raconte son histoire jusqu’à sa réussite professionnelle, économique et personnelle dans l’univers de la téléréalité et de la télé. Pourtant, Il y a encore à peu près cinq ans, Magali Berdah ne connaissait rien à la téléréalité comme au monde de la télé. Elle ne faisait pas partie du sérail. Son histoire est donc celle d’une personne qui, partie de peu, s’est sortie des ronces. C’est sûrement ça et le fait qu’elle nous parle de la télé et de la téléréalité qui m’a donné envie d’emprunter son livre à la médiathèque de ma ville. En même temps que des livres comme Le Craving Pourquoi on devient accro du Dr Judson Brewer ; Tout bouge autour de moi de Dany Laferriere; Développement (im)personnel de Julia De Funès.

 

 

Un homme du vingtième siècle

 

Je me la pète sûrement avec ces titres parce-que je suis un homme du 20ème siècle. J’ai été initié à l’âge de 9 ans aux bénéfices de  ce que peut apporter une médiathèque :

 

Ouverture sur le monde, culture, lien social, tranquillité, recueillement. Des vertus que l’on peut retrouver ailleurs et que Magali Berdah, dans son enfance, comme elle le raconte, a connues par à-coups.

 

Une femme du vingtième siècle

 

Magali Berdah, née en 1981, est aussi une femme du 20ème siècle.

 

Son enfance, c’est celle du divorce, du deuil et de plusieurs séparations. D’un père plus maltraitant que sécurisant ; d’une mère qui a été absente pendant des années puis qui est réapparue. C’est aussi une enfance dans le sud, sur la Côte d’azur, du côté de Nice et de St Tropez où elle a pu vivre plus à l’air libre, au bord de la nature. Loin de certains pavés HLM, stalactites immobilières et langagières qui  semblent figer bien des fuseaux horaires.

 

Les éclaircies qu’elle a pu connaître, elle les doit en grande partie à ses grands-parents maternels, tenants d’un petit commerce. Mais aussi à ses aptitudes scolaires et personnelles. Son sens de la débrouille et son implication s’étalonnent sur ses premiers jobs d’été qu’elle décroche alors qu’elle a à peine dix huit ans. Fêtarde la nuit et travailleuse le jour, elle apprend auprès d’aînés et de professionnels qu’elle s’est choisie. Cela l’emmènera à devenir une très bonne commerciale, très bien payée, dans les assurances et les mutuelles. C’est sûrement une jolie fille, aussi, qui présente bien, qui a du culot et qui a le contact social facile. Mais retenons que c’est une bosseuse. Elle nous le rappelle d’ailleurs après chacun de ses accouchements (trois, sans compter son avortement) où elle a repris le travail très vite. Elle nous parle aussi de journées au cours desquelles elle travaille 16 heures par jour. Et quand elle rentre chez elle, son mari et ses enfants l’attendent.

 

 

Le CV et le visage au moins d’une guerrière et d’une résiliente

 

 

Si l’on s’en tient à ce résumé, Magali Berdah a le CV et le visage au moins d’une guerrière et d’une résiliente. Mais elle officie désormais dans le pot au feu de la téléréalité, de la télé, et est proche de personnalités comme Cyril Hanouna. On est donc très loin ou assez loin de ce que l’on appelle la culture « noble » ou « propre sur elle ». Et Magali Berdah critique l’attitude et le regard méprisants portés généralement sur la téléréalité et une certaine télé.

 

 

Le début de la téléréalité

 

 

La téléréalité, pour moi, en France, ça commence avec le « Loft » : Loana, Steevy, Jean-Edouard….

 

J’avais complètement oublié que ça s’était passé en 2001, l’année du 11 septembre, de l’attentat des «  Twin Towers » et de l’émergence médiatique de Ben Laden, et, avec lui, des attentats islamistes. Dans son livre, Magali Berdah nous le rappelle. A cette époque, elle avait 20 ans et commençait à s’assumer professionnellement et économiquement ou s’assumait déjà très bien.

 

Un monde en train de changer

 

 

En 2001, je vivais déjà chez moi et je n’avais pas de télé, par choix. Mais dans le service de pédopsychiatrie où je travaillais alors, il y avait la télé. J’ai des souvenirs d’avoir regardé Loft Story dans le service ainsi que des images, quelques mois plus tard, de l’attentat du 11 septembre. Et d’en avoir discuté sans doute avec des jeunes mais, surtout, avec mes collègues de l’époque. On était en train de changer de monde d’une façon comme une autre avec le Loft et les attentats du 11 septembre. Comme, depuis plusieurs mois, nous sommes en train de changer de monde avec le Covid-19.

 

Une image

 

Une image, ça vous prend dans les bras. La téléréalité est pleine d’images. Il y a quelques jours, j’ai tâté le terrain en parlant de Magali Berdah et de  Julien Tanti à deux jeunes du service où je travaille. Cela leur disait vaguement quelque chose. Puis l’une des deux a déclaré :

 

« Quand je me sens bête, je regarde. Ça me permet de me vider la tête ». L’autre jeune présente a abondé dans son sens. J’ai fini par comprendre que cela leur servait de défouloir moral. Que cela leur remontait le moral de voir à la télé des personnes qu’elles considéraient comme plus « bêtes » qu’elles.

Pour l’avoir vu, je sais que des adultes peuvent aussi regarder des émissions de téléréalité. Ça m’a fait drôle de voir des Nigérians musulmans d’une trentaine d’année, en banlieue parisienne, regarder Les Marseillais. Mais pour eux, venus travailler en France, une émission comme Les Marseillais offre peut-être quelque chose d’exotique et d’osé. Et puis, ce que l’on voit dans cette émission est facile à suivre et à comprendre pour toute personne qui a envie de se distraire et qui est dépourvue de prétentions intellectuelles ou culturelles apparentes.

 

 

Magali Berdah défend ses protégés

 

 

Lorsque l’on lit Magali Berdah, celle-ci défend ses « protégés ». On pourrait se dire :

 

«  Evidemment, elle les défend car ils sont un peu ses poules aux œufs d’or. Ils lui permettent de très bien gagner sa vie. Les millions de followers sur les réseaux sociaux de plusieurs de ses « poulains » permettent bien des placements de produits et lui assurent aussi une très forte visibilité sociale dans un monde où, pour réussir économiquement, il est indispensable d’être très connu ».

 

Mais quand on a lu le début de son livre, on perçoit une sincère identification de Magali Berdah envers ses « protégés » :

 

Le destin de la plupart des candidats du Loft de 2001 mais aussi de bien d’autres candidats d’autres émissions de télé-réalité ou similaires telles The Voice ou autres, c’est de retourner ensuite au « vide », « à l’abandon », et  à l’anonymat de leur existence de départ. Et ça se retrouvait déja dans le monde du cinéma, de la chanson ou du théâtre même avant l’arrivée du Covid.

 

Dominique Besnehard, ancien agent d’acteurs et créateur de la série Dix pour cent,  parlait un peu dans son livre Casino d’hiver de ces actrices et acteurs, qui, faute de s’être reposés uniquement sur leur physique et sur leur jolie frimousse avaient fini par disparaître du milieu du cinéma. Et je me rappelle être tombé un jour sur un des anciens acteurs du film L’Esquive d’Abdelatif Kechiche. D’accord, cet acteur avait un rôle très secondaire dans L’Esquive mais ça m’avait mis assez mal à l’aise de le retrouver, quelques années plus tard, à faire le caissier à la Fnac de St Lazare, dans l’indifférence la plus totale. Il était un caissier parmi d’autres.

 

 

Un certain nombre d’acteurs et d’humoristes que l’on aime « bien », avaient un autre métier avant de s’engager professionnellement et de percer dans le milieu du cinéma, du stand up, du théâtre, de l’art et de la culture en général. Si je me rappelle bien, Mickaël Youn était commercial.

 

Etre à leur place

 

Si on peut se bidonner ou se navrer devant les comportements et les raisonnements de beaucoup de candidats de téléréalité, qui sont souvent jeunes, il faut aussi se rappeler que tant d’autres personnes, parmi nous, secrètement, honteusement ou non, aimeraient être à leur place. Et gagner, comme certains d’entre eux, les plus célèbres, cinquante mille euros par mois. Magali Berdah fournit ce chiffre dans son livre.

 

C’est un peu comme l’histoire du dopage dans le sport : le dopage persistera dans le sport et ailleurs car certaines personnes resteront prêtes à tout tenter pour « réussir ». Surtout si elles sont convaincues que leur existence est une décharge publique. Et que le dopage est un moyen comme un autre qui peut leur permettre de se sortir de ce sentiment d’être une décharge publique.

 

Pour d’autres, le sexe aura la même fonction que le dopage. Même en pleine époque de Me Too et de Balance ton porc, je crois que certaines personnes (femmes comme hommes) seront prêtes à coucher si elles sont convaincues que cela peut leur permettre de réussir.  Et de réussir vite et bien. Quel que soit le milieu professionnel, ces personnes se feront seulement un peu plus discrètes et un peu plus prudentes.

 

 

Concernant Loft Story et l’intérêt que la première saison avait suscité, mais aussi les sarcasmes, je me souviens que l’acteur Daniel Auteuil, dont la carrière d’acteur était alors bien plantée, avait dit qu’il aurait fait Le Loft ou tenté d’y participer s’il avait été un jeune acteur qui cherchait à se lancer et à se faire connaître.

 

 

Compromettre son image

 

Lorsque l’on est optimiste, raisonnable, raisonné, patient mais aussi fataliste, docile et obéissant, on refuse le dopage ainsi que certaines conduites à risques.  Comme on peut refuser de  prendre le risque de « compromettre » son image en participant à une émission de téléréalité ou à une autre émission.

 

Mais lorsque l’on recherche l’immédiateté, l’action, le résultat et que l’on tient à sortir du lot, on peut bifurquer vers la téléréalité, une certaine télé et une certaine célébrité. Il y aura d’une part des producteurs, des vendeurs de rêves (proxénètes ou non) et d’autre part un public qui sera demandeur.

 

Magali Berdah, à la lire, s’intercale entre les deux parties : c’est elle qui a permis aux vedettes de téléréalité de tirer le meilleur parti financièrement de leur exposition médiatique. Et lorsqu’on la lit, on se dit « qu’avant elle », les vedettes de téléréalité étaient vraiment traitées un peu comme ces belles filles que l’on voit sur le podium du Tour de France avec leur bouquet de fleurs à remettre au vainqueur.

 

L’évolution du statut financier des vedettes de téléréalité

 

 

L’évolution du statut financier des vedettes de téléréalité fait penser à celle qu’ont pu connaître des sportifs professionnels ou des artistes par exemple. Avant l’athlète américain Carl Lewis, un sprinter de haut niveau gagnait moins bien sa vie. Usain Bolt et bien d’autres athlètes de haut niveau peuvent « remercier » un Carl Lewis pour l’augmentation de leur train de vie. On peut sans doute faire le même rapprochement pour le Rap ainsi que pour la techno. Ou pour certains photographes ou peintres. Entre ce qu’ils peuvent toucher aujourd’hui et il y a vingt ou trente ans. Certains diront sans doute qu’ils gagnent nettement moins d’argent aujourd’hui qu’il y a vingt ou trente ans avec le même genre de travail. Mais d’autres gagnent sûrement plus d’argent aujourd’hui que s’ils s’étaient faits connaître il y a vingt ou trente ans. Pour les vedettes de téléréalité, il est manifeste que d’un point de vue salarial il vaut mieux être connu aujourd’hui qu’à l’époque de Loft story en 2001.

 

 

Une motivation aussi très personnelle

 

Cependant, la motivation de Magali Berdah est aussi très personnelle. Disponible pratiquement en permanence via son téléphone portable, malgré ses trois enfants et son mari, elle reçoit aussi chez elle plusieurs de ses « protégés », les week-end.  C’est bien-sûr une très bonne façon d’apprendre à connaître ses clients et de créer avec eux un lien très personnel.

 

Toutefois, dans mon métier, en pédopsychiatrie, on crierait au manque de distance relationnelle et affective. On parlerait d’un mélange des genres, vie privée/vie publique. On évoquerait un cocktail émotionnel addictif. On parlerait aussi des conséquences qu’une telle proximité – voire une telle fusion- peut causer ou cause. Parmi elles, une forte dépendance affective qui peut déboucher sur des événements plus qu’indésirables lorsque la relation se termine ou doit s’espacer ou se terminer pour une raison ou une autre. Que ce soit la relation à la célébrité et à l’exposition médiatique constante. Ou une relation à une personne à laquelle on s’est beaucoup trop attachée affectivement.

 

Il y a donc du pour et du contre dans ma façon de voir ce type de relation que peut avoir Magali Berdah avec ses « protégés ».

 

«  Pour » : une relation affective n’est pas une science exacte. Bien des personnes sont consentantes, quoiqu’elles disent, pour une relation de dépendance affective réciproque. Que ce soit envers un public ou avec des personnes. Et on peut avoir plus besoin de quelqu’un à même de savoir nous prendre dans les bras et nous réconforter régulièrement, comme un bébé, que de quelqu’un qui nous « raisonne ». Même si, Magali Berdah, visiblement, donne les deux : elle réconforte et raisonne ses « poulains ».

 

Loyauté et vertu morale

 

En lisant Ma vie en réalité , je crois aussi au fait que l’on peut faire une carrière dans des programmes télé auxquels, a priori, je ne souscris pas, et, pourtant être une personne véritablement loyale dans la vie.

Je ne crois pas que les participants, les producteurs et les animateurs d’émissions de télé, de théâtre ou de cinéma plus « nobles » soient toujours des modèles de vertu morale. Surtout qu’ils peuvent également être « ambidextres » et parfaitement évoluer dans les différents univers.

 

Le Tsadik

 

J’ai beaucoup aimé ce passage dans son livre, ou, alors surendettée, et déprimée, et avant de travailler dans la téléréalité, elle va rencontrer un rabbin sur les conseils d’une amie.

Juive par ses grands-parents maternels, Magali Berdah apprend par le Rabbin qu’elle est sous la protection d’un Tsadik, un de ses ancêtres.

Dans le hassidisme, le Tsadik est un « homme juste », un «  Saint », un «  maître spirituel » qui n’est pas récompensé de son vivant mais qui peut donner sa protection à un de ses descendants.

J’ai aimé ce passage car il me plait d’imaginer- même si je ne suis pas juif ou alors, je l’ignore- qu’un de mes ancêtres puisse me protéger. Mais aussi que les soignants (je suis soignant) sont sans doute des équivalents d’un Tsadik et que s’ils en bavent, aujourd’hui, que plus tard, ils pourront peut-être assurer la protection d’un de leurs descendants. Ça peut faire marrer de me voir croire en ce genre de « chose ». Mais je préfère aussi croire à ça plutôt que croire à un complot, faire confiance à un dirigeant opportuniste ou à un dealer.

 

J’ai d’abord cru que Magali Berdah était juive non-pratiquante. Mais sa rencontre avec le rabbin et sa façon de tomber enceinte « coup sur coup » me fait quand même penser à l’attitude d’une croyante qui «laisse » le destin décider. Je parle de ça sans jugement. J’ai connu une catholique pratiquante qui avait la même attitude avec le fait d’enfanter. Je souligne ce rapport à la croyance parce qu’il est important pour Magali Berdah. Et que sa « foi » lui a sûrement permis de tenir moralement à plusieurs moments de sa vie.

 

Je précise également que, pour moi, cette protection d’un Tsadik peut se transposer dans n’importe quelle autre religion ainsi que dans bien d’autres cultures.

 

Incapable d’une telle proximité affective

 

«  Contre » : Je m’estime et me sens incapable d’une telle proximité affective à l’image d’une Magali Berdah avec ses «  vedettes ». Donc celle qu’elle instaure avec ses protégés m’inquiète.  Une des vedettes de téléréalité dont elle s’occupe l’appelle «  Maman ». Même si je comprends l’attitude de Magali Berdah au vu de son histoire personnelle, je m’interroge quant aux retombées de relations personnelles aussi étroites :

 

Il est impossible de sauver quelqu’un malgré lui. Et ça demande aussi beaucoup de présence et d’énergie. Une telle implication peut être destructrice pour soi-même ou pour son entourage. Donc, croire, vouloir ou penser que l’on peut, tout( e)   seul (e), sauver ou soutenir quelqu’un, c’est prendre de grands risques. Mais peut-être que Magali Berdah prend-t’elle plus de précautions qu’elle ne le dit pour elle et sa famille. Il est vrai que le fait qu’elle soit mariée et mère lui impose aussi des limites.  Il lui est donc impossible, si elle était tentée de le faire, de se dévouer exclusivement à ses « protégés ».

La Norme :

 

Néanmoins, au milieu de ce « pour » et de ce « contre, je comprends que ce « support » affectif est la Norme dans le milieu de la télé et des célébrités en général. Et ce qui est peut-être plus effrayant encore, c’est d’apprendre en lisant son livre que lorsque la « mode » des influenceurs est apparue en France (il y a environ cinq ans), que, subitement, ses « protégés » sont devenus attractifs économiquement. Et  des producteurs se sont manifestés pour venir placer leurs billes. Les vedettes de téléréalité avaient peut-être la tête « vide » mais s’il y avait- beaucoup- de fric à se faire avec eux maintenant qu’ils étaient devenus des influenceuses et des influenceurs. Grâce à leurs placements de produits via les réseaux sociaux avec leurs millions de followers, on voulait bien en profiter. Magali Berdah n’en parle pas comme je le fais  avec une certaine ironie. Car cet intérêt des producteurs pour les vedettes de téléréalité a permis à sa carrière et à sa notoriété de prendre l’ascenseur.

 

Le Buzz ou le mur du son de la Notoriété

 

En 2001, à l’époque du Loft et des attentats de Ben Laden, on était très loin de tout ça. Les réseaux sociaux n’en n’étaient pas du tout à ce niveau et on ne parlait pas du tout de « followers ». Je me rappelle d’un des candidats du Loft à qui, après l’émission, on avait proposé de travailler…dans un cirque. Il avait fait la gueule.

 

En 2020, à l’époque du Covid-19, on est en plein dans l’ère des followers et des réseaux sociaux. Et on peut penser que la téléréalité et le pouvoir des réseaux sociaux va continuer de s’amplifier. Sans forcément simplifier le climat social et général :

Parmi toutes les rumeurs, toutes les certitudes absolues, tous les emballements médiatiques et toutes les peurs qui sont semées de manière illimitée, j’ai un tout “petit peu ” de mal à croire que l’époque des followers et des réseaux sociaux soit une époque où l’on court totalement et librement vers l’apaisement et la nuance. 

 

 D’autres empires, aujourd’hui timides voire modérés, vont sûrement s’imposer d’ici quelques années. Ça me rappelle les premiers tubes du groupe Indochine et de Mylène Farmer dans les années 80. Vous les trouvez peut-être ringards. Pourtant, à l’époque de leurs tubes Bob Morane et Maman a tort, j’aurais été incapable de les imaginer devenir les « icones » qu’ils sont devenus. Et puis, il y a sans doute pire comme dictature et comme intégrisme que celle et celui d’un monde où nous devrions tous chanter et danser à des heures imposées sur  Bob Morane et sur Maman a tort. Même si ces deux titres sont loin d’être mes titres de chevet.

 

Se rendre incontournable

 

Il est très difficile de pouvoir dire avec exactitude qui, devenu un peu connu ou encore inconnu aujourd’hui, sera une sommité dans une vingtaine d’années. Les candidates et les candidats du Loft, et les suivants, étaient souvent perçus comme ringards. Dès qu’un marché se crée, et que l’on en est la cause ou que l’on est présent dès l’origine, et que l’on sait se rendre incontournable, la donne change et l’on devient désirable et fréquentable. C’est le principe du buzz. Principe qui existait déjà avant les réseaux sociaux et la téléréalité mais qui s’est accéléré et démultiplié. On peut dire que le buzz, c’est le mur du son de la notoriété. Faire le buzz cela revient à vivre à Mach 1 ou à Mach 2 ou 3. Ça peut faire vibrer. Mais ça fait aussi trembler. Après avoir lu le livre de Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi,  dans lequel il raconte le tremblement de terre à Haïti le 12 janvier 2010 ( il y était), on comprend qu’un tremblement, ça change aussi un monde et des personnes. ça ne fait pas que les tuer et les détruire. 

 

Une histoire déjà vue

 

L’histoire que nous raconte Magali Berdah est une histoire qui s’est déjà vue et qui se verra encore : une personne crée un concept. Peu importe qui est cette personne et si ce concept est moralement acceptable ou non. Il suffit que ce concept soit porteur économiquement et tout un tas de commerciaux s’en emparent pour le faire connaître – et monnayer-par le plus grand nombre, ce qui génère un intérêt et un chiffre d’affaires grandissant. Ce faisant, ces commerciaux et celles et ceux qui sont proches d’eux prennent du galon socialement et s’enrichissent économiquement.

 

A La recherche du scoop et du popotin du potin

 

J’ai aimé lire Ma vie en réalité pour ces quelques raisons. Il se lit très facilement. Et vite. Si à la fin de son livre, Magali Berdah parle bien-sûr de plusieurs de « ses » vedettes, la lectrice ou le lecteur qui serait à la recherche du scoop et du popotin du potin à propos d’Adixia, Anaïs Camizuli, Anthony Matéo, Astrid, Aurélie Dotremont, Jessica Errero, Nikola Lozina, Manon Marsault, Paga, Ricardo, Jaja, Ayem Nour, Nabilla, Milla Jasmine et d’autres sera mieux inspiré(e) de concentrer ses recherches ailleurs. De mon côté, j’ai découvert la plupart de ces prénoms et de ces noms en lisant ce livre.

 

Franck Unimon, vendredi 21 août 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

               

 

 

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Addictions en temps de pandémie

»Posted by on Avr 8, 2020 in Addictions, Cinéma, Corona Circus | 0 comments

Addictions en temps de pandémie

Confinés 1.

 

 

Addictions en temps de pandémie.

 

Sans doute faut-il être un petit peu formé aux thérapies familiales, avoir vu certains films tels Canine (réalisé en 2009 par Yorgos Lanthimos), lu certains ouvrages et articles sur le sujet.

 

Ou plus simplement :

 

Sans doute faut-il avoir été témoin- ou acteur- de certains événements pour savoir qu’il existe régulièrement une rupture entre la plus ou moins belle image qu’incarne une famille,  un couple ou un groupe et ce qui se passe à l’intérieur de cette famille, de ce couple ou de ce groupe derrière le grillage des agréables assurances et des sourires.

 

On peut multiplier les exemples de films sur ce sujet. On peut même citer Opération Dragon de Robert Clouse avec Bruce Lee. Mais aussi The Naked Kiss de Samuel Fuller, Get Out de Jordan Peele, L’Impasse de Brian de Palma,  John Wick ou Le Chant du Loup  d’Antonin Baudry ou Alien…. Tous ces films et bien d’autres parlent du confinement imposé au héros sous forme d’un destin le plus souvent imposé ou, quelques fois, choisi (Bruce Lee dans Opération Dragon par exemple, les héros du film Le Chant du Loup) que le héros essaie de surmonter et qui le révèle à lui-même dans ses échecs et fracas (le plus fréquemment) comme dans ses succès (plutôt rares) souvent obtenus au forceps.

 

On ne compte plus les héroïnes et les héros administrés par l’alcool ou une autre substance psychoactive que ce soit au cinéma ou dans les polars et romans et qui, pourtant, font sortir les «pourris » du circuit. On s’identifie à quelques unes et à quelques uns de ces héroïnes et de ces héros ainsi qu’à leurs adversaires qui sont souvent leur propre reflet. Ne serait-ce qu’en acceptant régulièrement d’aller se confiner dans une salle de cinéma (oui, ce temps reviendra) pour aller voir et vivre avec une certaine ambivalence toutes ces histoires sur grand écran. Et/ou en se livrant soi-même régulièrement ou de temps en temps à certaines de ces conduites addictives :

 

« Or, qu’il s’agisse de consommation de produits psychoactifs, de jeux vidéo ou de dépendance au travail, l’addiction n’a pas attendu le SARS CoV-2 pour affecter les salariés. L’étude Impact des pratiques addictives au travail, menée en septembre 2019 par GAE Conseil, indiquait que 44% des salariés jugent les pratiques addictives fréquentes dans leur milieu professionnel.

« Les expériences de la NASA ont démontré que le stress provoqué par le confinement pouvait conduire les personnes les mieux préparées à prendre de mauvaises décisions, rappelle Eric Goata, administrateur de la Fédération des intervenants en risques psychosociaux (Firps) ».  C’est extrait de la chronique d’Anne Rodier dans le journal Le Monde du jeudi 26 mars 2020, partie Management, page 19. Titre de la chronique :

Le manageur face à la pandémie de Covid-19.

La chronique d’Anne Rodier se termine en répondant à la question suivante :

 Mais comment un manageur peut-il reconnaître les salariés à risque à distance ?

Eric Goata répond : « En repérant les alertes, une agitation verbale, un silence inhabituel, un comportement automatique de gestes routiniers sans utilité pour l’organisation sont autant de signaux faibles à prendre en considération ».

 

Dans le film Planète Hurlante ( réalisé en 1995 par Christian Duguay) vu en dvd il y a plusieurs années, je me rappelle encore de cette scène où, sur une planète éloignée de la Terre, revenant d’une mission, un homme interpelle son collègue resté à la base.

Mais si le collègue lui répond d’abord « normalement », ensuite, il ne cesse de répéter la même phrase.  Jusqu’à ce que la porte de la base ne s’ouvre et qu’un cortège de robots hurleurs (plus effrayants que les robots chasseurs de Karaba la sorcière dans Kirikou) ne vienne à sa rencontre.

 

Bien-sûr, une personne « à risque » du fait du télétravail et qui se rapprocherait du burn-out en période de confinement est à différencier d’un des robots hurleurs de Planète Hurlante où l’on devient assez rapidement l’un des meilleurs « amis » de la paranoïa. Car nous sommes dans l’univers de Philippe K.Dick. Mais aussi dans le nôtre :

 En cette période d’épidémie, une accalmie mentale peut être recherchée sous la forme d’un calumet un peu spécial. Ce peut être la nourriture. Cela peut être le sexe. Cela peut être des images. Mais cela peut aussi être ces substances psychoactives qui peuvent déboucher sur des addictions ou les entretenir.

 

« + 15% de ventes sur le rayon cave d’Auchan » ; «  On est passés de six réunions en visioconférence par semaine à une trentaine, qui s’étalent de 8 heures du matin à 23 heures du soir, nous confirme Laurent, membre des Alcooliques anonymes » ( Page 13, dans la rubrique Société/ Crise du Coronavirus du journal Le Parisien du jeudi 26 mars 2020. Titre de l’article : L’alcool, pour oublier).

Toujours dans cet article de Le Parisien, ce passage :

 

« En réalité, c’est la peur, l’anxiété, le fait de ne pas voir de fin à ce confinement qui augmente le stress et peut donc créer un besoin d’alcool et une surconsommation. Dans ce contexte, les personnes seules sont encore plus à risques, analyse la psychologue spécialisée. D’ailleurs, pour les personnes addictives, il y a un fort risque de majoration de la consommation ».

Confinés 2.

 

Plus loin, page 15, toujours dans le même numéro de Le Parisien, ces propos du Général Jean-Philippe Lecouffe, gendarme, dans cet article intitulé :

« La gendarmerie est en alerte sur les trafics de chloroquine » .

 

Celui-ci alerte à propos de la cybercriminalité :

 

« Oui, il faut appeler les internautes à être encore plus prudents que d’habitude. (….)

Beaucoup de personnes travaillent sur des ordinateurs, parfois personnels, en télétravail, sans disposer des moyens de protection d’un service informatique d’entreprise. Nous observons des attaques par rançongiciels ou des hameçonnages avec vol de données. Par exemple, des envois d’e-mails livrant un point de situation détaillé sur le Covid-19, ou évoquant la chloroquine, avec une pièce jointe. Dès que celle-ci est ouverte, l’internaute se retrouve avec non pas le coronavirus….mais un logiciel espion. Nous surveillons aussi tout ce qui est manipulation de l’information sur les réseaux pour détecter les « fake new » sur le Covid-19 ».

 

Concernant les trafics de drogue, voici la réponse, toujours, du général Jean-Philippe Lecouffe, toujours dans Le Parisien de ce jeudi 26 mars 2020, page 15 :

 

« Ce qu’on pressent, compte-tenu du confinement, c’est qu’une partie de la vente de la drogue se reporte sur le Darknet. Les consommateurs ne vont plus se déplacer, ils vont essayer de passer par des systèmes de livraison avec des dealers qui bénéficient d’autorisation de circulation. Il y aura une probable « ubérisation » du business ».

 

A propos des violences conjugales, le même Jean-Philippe Lecouffe répond :

 

« Les violences faites aux femmes restent une priorité. Je veux être clair : même en période de confinement, nos unités continuent à intervenir quand elles reçoivent des appels d’urgence. (….) Je rappelle que la gendarmerie possède une brigade numérique que l’on peut contacter 24 heures sur 24 sur Internet ».

 

Rencontrer ce patient dont je parle dans mon article Faire des images m’a sûrement inspiré ce sujet et rappelé le séminaire sur les addictions où j’étais allé en janvier et dont je compte rendre compte ensuite.

 

Franck Unimon, mercredi 8 avril 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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