Croisements/ Interviews

Des rencontres.

Faire son marché

»Posted by on Jan 27, 2021 in Argenteuil, Corona Circus, Croisements/ Interviews | 0 comments

Faire son marché

 

 

                                                   Faire son marché

 

 

Lorsque l’on est assuré d’avoir le ventre plein, on peut trouver plus séduisant que l’étalage d’un stand de marché derrière des bâches en plastique.

 

En 1960, sur le marché d’Héloïse  de la ville d’Argenteuil, il y avait des moutons, des chèvres, de la volaille. Et une brocante.

 

C…, agriculteur et producteur, était présent. C’était avant l’édification de la salle des fêtes Jean Vilar aujourd’hui plus ou moins menacée de destruction selon les divers projets hôteliers – de luxe- et commerciaux du maire, Georges Mothron. Afin, officiellement, de tenter d’augmenter l’attractivité de la ville.

 

C…est le le doyen des commerçants. Il me raconte un peu avant tout ça.  Il y a deux ans maintenant, à peu près, je le lui avais demandé. Il avait accepté à condition de ne pas faire de politique.  Puis, c’était moi, le jeune, qui, comme tous les jeunes, avait délaissé ce qui lui avait préexisté.  J’avais toujours trouvé mieux à vivre, à écrire ou à faire ailleurs.

 

En revenant quelques fois sur le marché, je venais lui dire bonjour et lui rappeler que je reviendrais. Comme une bouchée de politesse qu’on adresse à quelqu’un pour le faire patienter au bord d’une piste de danse. Alors que cette personne ne nous a rien demandé. Alors que l’on se croit le gardien de l’éternité. Mais on n’est jamais rien d’autre que le plus grand gardien de nos infirmités.

 

Puis, du temps est passé. J’ai arrêté de venir sur le marché. Ensuite, il y a eu cette mêlée -ou cette épidémie- qui, plus vite que la Junk food, a rempli nos assiettes et nos viscères avec du mastic à partir de mars 2020.  Toutes les pistes de danse se sont vidées. C’était l’année dernière.

 

Heureusement, C…a encore tout son temps et toute sa tête. Peut-être plus que beaucoup d’autres qui ont pourtant moins que ses 84 ans.

 

Il fait 0°C, ce dimanche 10 janvier 2021, lorsqu’enfin, j’honore ce que je m’étais dit à moi-même. J’arrive un peu avant 9 heures. J’aurais voulu venir plus tôt. Il y aura davantage de monde à partir de 10 heures.  C…lui, s’est levé à 4h30 et est sur le marché depuis 6h30. Il partira à 13h30 et m’annonce :

 

« Ceux dehors partent à 15 heures ».

 

Je lui demande : « Comment faites-vous avec le froid ? ».

C…rigole : «  Comme tout le monde ! ».

 

Il est aussi sur le marché d’Ermont deux fois par semaine. Ses fils ont leur stand sur les marchés de St Denis, Puteaux, sur le marché des Bergères à Nanterre et aussi à Paris. Il me fait les éloges du marché des Bergères. C’est celui de mon enfance. Je n’y suis pas retourné depuis des décennies.  A cette époque, dans les années 70, cette partie de Nanterre était sûrement plus populaire qu’aujourd’hui. Il m’invite à y aller.

 

Sur le marché d’Argenteuil, il paie son abonnement 250 euros pour 15 jours. Pour l’instant, personne ne peut prendre sa succession car la mairie tient absolument à trouver un producteur. Il y en a de moins en moins, m’affirme C. Il a connu le grand-oncle du maire d’Argenteuil actuel. Ce grand-oncle vendait des fruits et des légumes. Tout comme le grand-père.

Le grand-oncle a vendu son corps de ferme à Argenteuil puis est parti vivre dans le Vexin. Mothron, le maire actuel (précédemment déjà édile plusieurs fois de la ville) n’a pas pris la suite de son grand-père et de son grand-oncle. Il est devenu ingénieur. Et maire.

Le neveu du maire, m’apprend C, vend du café un peu plus loin, sur le marché.

 

Sur le marché d’Ermont, c’est différent. C a pris la suite de ses parents. Et, il tient à « prolonger le plus longtemps possible ».

 

Un habitué, d’origine arabe, arrive. Il porte un liseré de moustache. Après avoir salué C, il sort une bouteille dont il nous apprend la composition : de l’eau, du miel et des agrumes. Il dit en boire tous les jours :

« C’est ça, notre pharmacie ! » déclare-t’il en désignant les fruits vendus par C et la poissonnerie voisine. Il refusera de faire le vaccin anti-Covid quand il deviendra obligatoire ! Quitte à rester chez lui !

 

C, avec un grand sourire tranquille, répond : « Moi, je le ferai ».

L’homme poursuit :

« J’ai plus de 60 ans. Je me porte bien… ».

C s’esclaffe et me prend à témoin : «  Il est jeune ! ».

 

Une femme d’origine antillaise passe rapidement devant le stand :

« Salut Papy ! ».

« Salut, ma belle ! » répond C.

 

Après avoir pris quelques fruits, le client argumente :

« Je suis médecin….même si je ne suis pas reconnu » ajoute-il un peu à voix baisse comme à lui-même.

 

J’avais oublié toute cette dramaturgie que l’on peut obtenir dans un marché. Il suffit de s’y promener.

 

J’ai bien sûr pris des fruits à C. Des pommes, des poires, des kakis. Et je l’ai remercié. Il a accepté facilement que je prenne son stand en photo. Mais quand j’ai parlé de le photographier, il a disparu. Au point que je me demande si je l’ai inventé. Et aussi, si c’est bien lui qui m’a laissé ce texte :

 

                                                      Vols ancrés

 

Même si ce sont souvent les mêmes, nos pensées sont des milliers d’oiseaux qui en enfantent d’autres. Il faut apprendre à regarder pour savoir, selon nos priorités, sur lesquels s’appuyer pour s’orienter. Ils ne se valent pas tous. Certains sont des leurres. D’autres, des impasses. Mais ils proviennent tous de nos cages et cherchent tous à retrouver l’atmosphère où ils étaient avant de nous rencontrer. Car nous les avons capturés. Nous avons besoin de nos pensées comme des oiseaux car ils savent toujours où se trouve le ciel. Et nous, sans eux, nous ne savons pas.

 

Ecrire, c’est déplacer nos cages. C’est plonger dans la page certains oiseaux plutôt que d’autres et permettre à d’autres,  qui les regardent et les écoutent, de trouver leur direction et, peut-être, de trouer certaines interdictions qui les clouaient à l’impuissance.

Photo prise devant le conservatoire d’Argenteuil, ce lundi 25 janvier 2021.

 

 

Franck Unimon, ce mercredi 27 janvier 2021.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Sur le marché de Dieu

»Posted by on Jan 8, 2021 in Argenteuil, Corona Circus, Croisements/ Interviews | 0 comments

Sur le marché de Dieu

Le marché d’Argenteuil, Boulevard d’Héloïse, ce vendredi 8 janvier 2021.

 

                                                Sur le marché de Dieu                                                  

 

“Certains estiment avoir été secourus parce qu’ils ont été élus.

D’autres estiment avoir le droit de tuer parce qu’ils ont été élus.

Moralité : Dieu nous sauvera tous”.

 

Hier matin, j’avais quitté ce délirium très mince ainsi que ma colère envers Dieu et certains de ses adeptes, lorsqu’à l’entrée de l’école de ma fille, je me suis adressé au directeur.

Celui-ci m’a répondu qu’il partageait  mon inquiétude. Les absences répétées de la maitresse depuis la rentrée au mois de septembre ne lui permettaient pas, jusqu’alors, de « visibilité ». Mais, celle-ci étant désormais officiellement en congé, depuis ce mois de janvier, du fait de sa grossesse, il allait pouvoir véritablement faire les démarches.  Pour obtenir une remplaçante ou un remplaçant attitré (e). Mais, impossible pour lui de savoir quand cette remplaçante ou ce remplaçant arriverait.

 

Il m’a conseillé de me rendre sur le site du CNED, en accès libre, afin de trouver des cours en rapport avec la scolarité de ma fille. Tout en reconnaissant que cela ne vaudrait pas la présence d’une maitresse ou d’un maitre. Il a ajouté que si la nomination d’une remplaçante ou d’un remplaçant traînait, qu’il solliciterait l’association des parents d’élèves ou FCPE dont il se trouve que je suis un des membres intermittents.

 

Malgré ses éléments de langage, j’ai cru en la sincérité du nouveau directeur de l’école publique où ma fille est scolarisée. Croisant la maitresse de l’année dernière de ma fille, nous nous sommes mutuellement adressés nos vœux de bonne année. Celle-ci m’a dit qu’elle espérait vraiment qu’il y aurait une remplaçante ou un remplaçant pour la classe de ma fille.

 

Après ça, je me suis rendu dans mon service, à Paris, à quarante cinq minutes de là en transports en commun. Pour mon pot de départ. Dans quelques jours, je commencerai dans un nouvel établissement.

J’étais en retard à mon pot de départ mais j’ai choisi de prendre mon temps.  Au lieu de débuter à 10h comme je l’avais annoncé, mon pot a plutôt débuté vers 10h50. Il devait se terminer pour midi.

 

En raison des mesures sanitaires dues à la pandémie, nous étions un nombre limité de personnes dans la salle à manger du service. Pas plus de quinze. Cela n’avait rien à voir avec ces pots de départ d’ « avant », où nous pouvions être une quarantaine ou beaucoup plus dans une même salle et sans masques. Mais, alors, que courent angoisse et polémiques à propos de la nécessité –ou non- de la vaccination anti-covid, ce pot de départ, même s’il signifiait la fin de mon histoire dans ce « pays » qu’ a été ce service, était pour moi capital.  Dans ce contexte où nos peurs deviennent nos plus vibrantes ambitions, ou nos nouveaux extrémismes, tout moment de réjouissance, en respectant les gestes barrières, est un acte de résistance. Je crois que dans toute épreuve, les fêtes et les périodes de pause permettent- en prenant  certaines précautions- de passer des caps difficiles. Cela peut nécessiter parfois de l’entraînement ou de devoir produire certains efforts pour s’obliger à continuer de vivre alors que notre premier réflexe- ou notre humeur- serait d’attendre dans un coin. 

 

A chaque fin d’année, nous achetons des objets de « bonheur ». Nous en offrons par affection. Mais nous en offrons aussi par obligation. 

Mon âge ou le corona circus fait que les cadeaux qui m’ont le plus porté pendant mon pot de départ- et aussi en dehors de lui- ont d’abord été ces collègues présents, leurs regards, leurs sourires, leurs rires ainsi que leurs mots en public ou en aparté.

 

Je suis revenu le soir pour dire au revoir à d’autres collègues. A nouveau, des moments qui comptent. Même si j’étais fatigué en rentrant chez moi, pendant les horaires du couvre-feu. A la gare St-Lazare, en attendant l’affichage de la voie de mon train de 23h43, il y avait pratiquement autant voire plus d’agents de sécurité que de « voyageurs ».  Je me suis partiellement endormi dans le train comme d’autres fois. Mais je me suis réveillé au bon endroit et au bon moment.

 

Ce matin, après avoir emmené à nouveau ma fille à l’école, je suis retourné au marché d’Argenteuil.  Pour la première fois depuis le premier confinement de mi-mars 2020. Dehors, il faisait un degré celsius. 

Sur le marché d’Argenteuil, Bd Héloïse, ce vendredi 8 janvier 2021.

 

 

J’ai été content de le revoir. Lui, le doyen du marché, avec ses plus de 80 ans. Il connaît le marché d’Argenteuil depuis environ cinquante ans. Il y a bientôt deux ans maintenant, je lui avais dit que je reviendrais l’interroger. Pour mon blog. Il avait accepté. Mais je ne l’avais pas fait. Nous avons pris rendez-vous pour ce dimanche où il sera sur le marché à partir de 6h30.

 

Devant la poissonnerie, une femme m’a interpellé, tout sourire. Je l’avais connue quelques années plus tôt à l’atelier d’écriture animé à la médiathèque d’Argenteuil. Il était arrivé de nous recroiser par la suite dans la ville. Avec son masque sur le visage, je ne l’avais pas reconnue. Infirmière anesthésiste à la retraite, elle m’a appris continuer de faire quelques vacations à l’hôpital d’Ermont. Elle avait pris sa retraite après quinze ans et quelques mois d’activité professionnelle après avoir été maman trois fois.

Elle m’a expliqué, un peu ironique, que son nombre de vacations était limité. Plus on a travaillé en tant qu’infirmière durant sa carrière et plus on peut faire de vacations, une fois à la retraite. Elle se trouve dans la situation inverse.

 

Elle m’a dit que les noix de st Jacques se congelaient très bien. Qu’elle les faisait décongeler dans du lait de vache et un peu d’eau, la veille pour le lendemain.

 

Plus loin, la commerçante à qui j’achetais des pains aux dattes ainsi que des Msemen m’a appris que son père était décédé en avril. Il avait 75 ans. Elle m’a précisé qu’il n’était pas mort du coronavirus. Avant de mourir, celui-ci lui a dit de continuer son commerce :

 

« Même si c’est un euro, gagne-le avec ton travail ». Je voyais bien qui était son père, assez souvent là, avec deux de ses frères et, quelques fois, une de ses jeunes sœurs.

 

Trente ans qu’elle est là. Je me souviens que deux ou trois ans plus tôt, elle m’avait expliqué comme le froid lui rentrait dedans alors qu’elle travaillait sur le marché. Je lui avais conseillé de se procurer l’équivalent d’une polaire. Elle m’avait écouté avec attention. Mais je doute qu’elle n’ait fait le déplacement pour s’acheter le vêtement en question.

 

La dame qui faisait les Msemen et les pains aux dattes a arrêté. C’était déjà le cas avant la pandémie.  Je m’étais déplacé une ou deux fois en vain jusqu’au marché.

La pâtissière,  âgée de 66 ans, que je n’ai jamais vue, a des problèmes de santé avec son bras. Notre «virtuose » des pains aux dattes et des Msemen, ai-je appris ce matin, les faisait bénévolement, sans rien dire. Pour aider des pauvres. L’argent donné pour acheter ses pains aux dattes et ses Msemen permettait d’aider des pauvres.

 

Sur le marché, d’autres personnes font aussi des Msemen continue la commerçante, qui vend aussi du pain et des croissants, mais ce n’est pas fait de façon traditionnelle et c’est moins bon. J’acquiesce.

 

Avant de la quitter, elle me demande si ça va bien pour moi. Ma famille. Si j’ai une famille. Et, elle me souhaite le meilleur et de prendre soin de moi, Inch Allah. Je pars en la saluant.

 

Alors que, mes courses contre moi, je me rapproche de l’avenue Gabriel Péri, je laisse passer un homme derrière moi. Casquette type béret, baskets Nike, Jeans, manteau type redingote, l’homme élégant me remercie rapidement. Un sac de pain à la main, il revient vraisemblablement aussi du marché. C’est alors que je vois sa silhouette s’éloigner devant moi que je crois le reconnaître.

Quelques années plus tôt, cet homme tenait une boulangerie-pâtisserie, de l’autre côté de l’ avenue Gabriel Péri, quelques dizaines de mètres devant nous. Issu d’un milieu modeste peut-être de la ville d’Argenteuil où il est sans doute né et a vécu bien plus longtemps que moi, il avait réussi à faire une école dans la restauration plutôt prestigieuse. Son portrait avait été fait dans le magazine local – gratuit- quelques mois après l’ouverture de son commerce.

Je faisais partie de « ses » clients. Ses produits étaient bons voire très bons. Pourtant, chaque fois que j’avais essayé de nouer une forme de contact un peu personnel avec lui, il avait toujours esquivé, méfiant. Etrange pour un commerçant qui a plutôt intérêt à fidéliser sa clientèle. Chez le marchand de primeurs du centre ville où j’ai mes habitudes, et où il avait les siennes, je l’avais vu, une fois, s’empiffrer comme un crevard, de quelques bouchées d’un fruit. Hilare, il avait été content de son coup. Comme celui qui, gamin, avait beaucoup manqué. Sauf qu’il était alors un commerçant respecté et plutôt en bons termes avec le marchand de primeurs.

 

A Argenteuil, le bail commercial de la première année est offert par la ville. A la fin de cette première année, « notre » boulanger-pâtissier avait disparu. Un jour, on avait retrouvé son commerce fermé. Le marchand de primeurs m’avait appris que notre homme aurait été infidèle à sa femme. Laquelle tenait régulièrement la caisse.

Ce matin, alors que je marche derrière notre homme, je le vois qui regarde une première femme, de l’autre côté de la rue. Alors qu’il traverse le boulevard Gabriel Péri et s’arrête au milieu afin de laisser passer les voitures,  à quelques mètres, sur sa droite, une femme lui fait face. Nouveau regard très concerné de notre boulanger-pâtissier.

 

Il m’arrive aussi de regarder les femmes de façon aussi pavlovienne. Mais je repense à l’historique de       « notre » homme.  A la façon dont il a coulé sa propre entreprise -qui ne demandait qu’à marcher- pour s’enfuir.  Puis, pour réapparaître plus tard dans la ville, incognito, comme s’il lui était impossible de s’en dissocier. Tout ça, pour mater comme un affamé ou un mendiant la moindre femme qu’il aperçoit. Préférer les miettes à un festin. Préférer les oubliettes à un destin…. Je me dis que cela est pour lui une addiction. On ne peut pas bien nourrir les autres avec sa boulangerie et sa pâtisserie si l’on pétrit en soi -en permanence- un gouffre. 

 

Pourtant, il a une belle allure et marche bien plus vite que moi. A cause de mon masque et de mon souffle, j’ai de la buée sur mes lunettes. Je ne fais donc que l’apercevoir pour la dernière fois avant qu’il n’entre dans un immeuble qui borde le boulevard Gabriel Péri où se trouvait son commerce.  Je ne peux pas affirmer que c’était véritablement lui. Cependant, Dieu, lui,  n’a jamais de buée devant les yeux. Et, il le sauvera aussi.

Sur le marché d’Argenteuil, Bd Héloïse, ce vendredi 8 janvier 2021.

 

Franck Unimon, ce vendredi 8 janvier 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Sensei Jean-Pierre Vignau : Un Monde à part

»Posted by on Déc 26, 2020 in Croisements/ Interviews, self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Sensei Jean-Pierre Vignau : Un Monde à part

 

Sensei J-Pierre Vignau, ce lundi 21 décembre 2020 dans sa salle de musculation.

 

 

Sensei Jean-Pierre Vignau : Un monde à part

 

 

Il pleuvait ce lundi 21 décembre 2020 lorsque je suis retourné voir Sensei Jean-Pierre Vignau à son domicile. Depuis notre première rencontre fin novembre, j’avais lu ses deux livres Corps d’Acier ( 1974) et Construire sa légende   (2020)  distants de 26 ans. ( Corps d’Acier/ un livre de Maître Jean-Pierre Vignau ). 

 

 

J’avais aussi rappelé Jean-Pierre plusieurs fois. A chaque fois, il avait pris le temps de me répondre.

 

Cependant, la veille ou le matin de cette seconde rencontre, Jean-Pierre m’apprend qu’il a eu entre-temps des ennuis de santé. Un AVC.  Qu’il a été hospitalisé quelques jours. Mais que ça va mieux maintenant. Je m’en étonne :

 

« Et tu ne m’as rien dit ?! ».

Jean-Pierre : « C’est que je suis un peu cachottier…. ».

 

Ce 21 décembre,  sa femme Tina est en télétravail.  Aussi, Jean-Pierre me reçoit-il cette fois dans sa salle de musculation qu’il m’avait présentée la dernière fois.

 

Dès que je sors de ma voiture, je lui explique que la « dernière fois » j’avais enlevé mon masque chirurgical de prévention anti-covid. Mais qu’au vu de ses ennuis de santé récents, je préfère le garder. Lui, toujours à visage découvert, sa casquette sur la tête, me répond :

 

« Je m’en fous ! ».

 

Ma réaction est immédiate : « Mais, moi, je ne m’en fous pas ! ». Sourire de Jean-Pierre.

 

J’ai donc gardé mon masque. Ce qui donne à ma voix ce son un peu étouffé alors que je tiens mon caméscope lors de l’interview.

 

Celle-ci débute en parlant de celui qu’il cite comme son Maitre de Karaté : Sensei Kase.

 

Cette interview filmée aurait pu s’appeler ” 3553 mouvements de base. ” Savoir ce qu’on est”. “Tu réussis ou tu te tues” .” Mettre les ego de côté”. “Ce n’est pas à moi d’exclure ou d’interdire”. “Le plus important, c’est de savoir tenir sa place”. “La compète, c’est un faux jugement”. “En six mois ou deux ans, tu n’as pas le temps de comprendre“.

 

Mais, finalement, j’ai trouvé que le titre  Un Monde à part correspondait très bien à Sensei Jean-Pierre Vignau et aussi qu’il incluait ces autres titres « délaissés ».

 

 

A la fin de l’interview,  alors que j’ai éteint mon caméscope, je parle à Jean-Pierre de ma rencontre fortuite de Sensei Léo Tamaki quelques jours plus tôt.  j’en parle dans mon article L’Apparition . Aussitôt, Jean-Pierre relève la tête et me dit :

 

« On croit que l’on décide dans la vie mais c’est le hasard qui choisit ».

 

Je lui parle de mon projet de solliciter Léo Tamaki pour une interview. Jean-Pierre cherche alors le numéro de téléphone de celui-ci et me le donne.

 

Je joins Léo Tamaki au téléphone le lendemain ou le surlendemain. Nous convenons, lui et moi de nous rencontrer début ou fin janvier 2021. Depuis, j’ai acheté le dernier numéro du magazine Yashima dans lequel il interviewe Richard Douïeb, plus haut représentant du Krav Maga en France. J’ai d’abord été un peu surpris de voir Richard Douïeb en couverture de Yashima, magazine qui traite «  des Arts Martiaux et de la Culture du Japon ».

 

 

Cependant, le Krav Maga est une discipline à laquelle je me suis aussi intéressé sans que je me décide à « l’essayer ». Il y a trois ans maintenant environ,  ou peut-être plus, je m’étais ainsi déplacé au club de Krav Maga dans le 9ème arrondissement de Paris où il arrive que Richard Douïeb intervienne. A « l’époque », pratiquer un sport de combat ne me suffisait plus. Je cherchais déjà un Maitre.

 

Aujourd’hui, ce samedi 26 décembre, j’irai voir Sensei Jean-Pierre Vignau dans son club, le Fair Play Sport, dans le 20ème arrondissement de Paris avec ma fille. Si les enfants peuvent depuis quelques jours reprendre une activité physique en club (en raison du contexte de la pandémie du Covid) , les adultes, eux, doivent encore patienter. C’est donc ma fille qui découvrira avant moi le Maitre sur le tatamis.

 

Franck Unimon, ce samedi 26 décembre 2020.

 

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L’Apparition

»Posted by on Déc 18, 2020 in Corona Circus, Croisements/ Interviews, self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

L’Apparition

 

L’Apparition

 

 

J’étais très content de devoir aller dans une agence de l’opérateur Orange. Il fallait faire tester la livebox. Eventuellement en avoir une nouvelle qui marcherait mieux que celle que j’avais depuis des années.

 

Et me faire tester aussi, peut-être. J’étais parfois saisi de microcoupures. Alors, j’avais du mal à me connecter. Quand on me parlait, j’avais la parole vide. Cela devenait une idée fixe.

 

Au bout du fil, quelques jours plus tôt, Anissa, la technicienne que j’avais contactée, avait fait son possible. Elle avait fait des tests à distance. Pour conclure qu’il me fallait me rapprocher physiquement d’une agence de l’opérateur Orange. Celle de ma ville, et peut-être de ma vie, avait fermé deux ou trois ans plus tôt.

 

J’ai pris le train.

 

Cela m’a semblé plus pratique d’aller à l’agence d’Opéra. Près de l’Opéra Garnier. Internet et la téléphonie mobile côtoyaient la musique classique.  Nous habitons dans ces paradoxes en permanence. Et cela nous semble normal.

 

 

Très vite, en arrivant à Paris, je me suis retrouvé dans les décors de Noël. Il y avait du monde dans les rues et devant les magasins. Les achats de Noël. C’était une seconde raison d’être content. Cette obligation de faire la fête sur commande. De faire des achats.

 

Impossible de changer de cerveau. Aussi, tout ce que je voulais, c’était que l’on me change ma livebox. Mais le manager m’a très vite contrarié. Il m’a expliqué qu’il me fallait un bon. La technicienne ne m’en avait pas fourni. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était tester la livebox. Il m’a demandé de patienter. Cela pouvait prendre cinq ou dix minutes.

 

Nous étions dans un sous-sol sans fenêtres et surchauffé. Un éclairage veillait à simuler la lumière du jour mais elle échouait à faire oublier notre enfermement. Enfermement auquel les  employés semblaient indifférents. Quelques ordinateurs, quelques stands, l’esprit d’équipe et une fonction définie pour quelques heures suffisaient pour oublier.

Moi, je n’oubliais pas. J’avais dû me déplacer.

 

Je suis reparti avec ma livebox. Elle marchait très bien. Le manager m’a remis le bordereau du test. Par geste commercial ou par diplomatie, il m’a remis une clé 4 G wifi provisoire valable deux mois. Il m’en a expliqué le fonctionnement très simple :

 

«  On allume là où on éteint ».

 

La bonne nouvelle, c’est que j’avais peu attendu dans l’agence.

 

Dans une rue que je n’avais aucune raison de prendre dans ce sens vu qu’elle m’éloignait de la gare du retour, j’ai croisé un homme.  Le magasin Le Printemps était sur ma gauche de l’autre côté de la rue.

 

Plus petit que moi, l’homme avançait masqué comme nous tous en cette période Covid. Il portait un catogan. Ce que j’ai perçu de son visage m’était familier. Le temps que son identité se forge dans mes pensées, il m’avait presque passé. Je me suis retourné et l’ai regardé marcher. Ses jambes étaient très arquées. Alors qu’il s’éloignait, j’ai imaginé les moqueries, plus jeune, et une de ses phrases :

« J’ai eu une jeunesse un peu compliquée » qui laissait supposer qu’il avait dû beaucoup se bagarrer, enfant.

 

Son sac sur le dos, un repas de l’enseigne Prêt à manger à la main, le voilà qui s’arrête à cinquante mètres. Il a enlevé son masque et commence à boire à la paille ce qui est peut-être une soupe. Je me rapproche.

 

Mon masque sur le visage, je le salue et lui demande :

 

« Vous êtes Léo Tamaki ? ». Mais avant même qu’il ne me le confirme, je savais.

 

Je lui ai parlé de son blog, de Jean-Pierre Vignau ( Arts Martiaux : un article inspiré par Maitre Jean-Pierre Vignau). Il m’a écouté. Je me demandais s’il était encore dans son école vu que j’avais cru comprendre qu’il était souvent en voyage. Avec le sourire, il acquiesce concernant ses voyages fréquents. Puis, me précise qu’il est toujours présent dans son école qui se trouve «  à quinze minutes à pied d’ici ». Qu’il espère rouvrir en janvier.

 

Sa question arrive vite : «  Vous avez déjà pratiqué ? ». «  J’ai pratiqué un peu de judo ».

Lorsque je lui parle de mes horaires de travail de nuit, je retrouve le tranchant de sa pensée telle que je l’ai perçue dans une vidéo où il est face à Greg MMA. Mais aussi dans ses articles pour les magazines Yashima et Self& Dragon. C’est un homme qui réagit avant même que l’on ait eu le temps de saisir les conséquences de ce que l’on formule. On imagine facilement que c’est pareil en cas d’attaque.

 

L’échange est bref. Un moment, j’enlève mon masque afin qu’il voie mon visage lorsque je me présente. Je me dis souvent que cela doit être insolite de se faire aborder par un inconnu masqué. Mais cela ne semble pas le désarmer plus que ça. C’est une question de contexte et de tranquillité d’esprit peut-être. Nous sommes en plein jour, dans une grande avenue fréquentée. Et, je suis venu calmement. Il y a quelques années, assis dans un recoin de la rue de Lappe, en soirée, j’avais aperçu l’acteur Jalil Lespert qui passait avec ses deux enfants.  C’est un acteur dont j’aime beaucoup le jeu. Dont la carrière est étonnamment discrète. Je l’avais salué à distance. Mais, à sa façon de faire avancer ses enfants, j’avais compris que je l’avais surpris et un peu effrayé. Ça m’a étonné d’apprendre récemment que Jalil Lespert, le discret, vit désormais une idylle avec Laeticia Halliday, la « veuve » de Johnny. Celle qui pleurait son « homme » il y a encore deux ans. Mais on a le droit de vivre.

 

Léo Tamaki, c’est un autre monde que Johnny, Laeticia, Jalil Lespert et le cinéma. C’est le monde de l’Aïkido et des Arts martiaux. Les deux mondes peuvent se concilier : show « bises » et Arts Martiaux. Mais pour cela, dans le désordre, il  faut avoir quelque chose de particulier qui répond à une nécessité voire des affinités et, avant cela, des lieux de fréquentation communs.

 

Franck Unimon, ce vendredi 18 décembre 2020.

 

 

 

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Corps d’Acier/ un livre de Maître Jean-Pierre Vignau

»Posted by on Déc 11, 2020 in Corona Circus, Croisements/ Interviews, Puissants Fonds/ Livres, self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Corps d’Acier/ un livre de Maître Jean-Pierre Vignau

 

 

Corps d’Acier(La Force conquise La violence maîtrisée)un livre de J-Pierre Vignau

 

Les Fêtes de ce Noël 2020 se rapprochent. Comme chaque année, nous achèterons des objets du bonheur que nous offrirons. Nous sommes souvent prêts à payer de notre personne pour celles et ceux que nous aimons. Et pas uniquement à Noël.

 

La pandémie du Covid que nous connaissons depuis plusieurs mois, avec ses masques, ses restrictions, ses conséquences sociétales, affectives, économiques, culturelles et ses « feuilletons » concernant la course aux vaccins, leur fabrication et leur distribution, donne encore plus de poids à ce que nous vivons de « bien » avec les autres.

 

Pourtant, le bonheur ne s’achète pas.

 

« Avant », la vie était plus dure. « Avant », les clavicules obnubilées par l’étape de ma survie ou de ma liberté immédiate, je n’aurais pas pu m’offrir le luxe de m’épancher sur mon clavier d’ordinateur.

 

Mais, aujourd’hui, un sourire comme une décoration de Noël peut aussi être le préliminaire d’un carnage futur.

 

Avant, comme aujourd’hui, cependant, le bonheur existe.

 

Parce-que le bonheur ne s’achève pas.

 

La lecture après la rencontre :

 

 

Sauf qu’en tant qu’adultes, nous sommes souvent coupables. Soit de ne pas assez nous mouvoir. Soit d’être forts d’un Pouvoir que nous ne savons pas voir.  De mal nous protéger et de mal protéger notre entourage et notre environnement. Comme de tenir de fausses promesses. Et lorsque nous agissons et prenons certaines décisions, nous agissons souvent comme des enfants. Les fêtes de Noël et d’autres réjouissances officielles nous permettent de l’oublier. Sans doute préférons-nous croire que c’est seulement en ces circonstances que nous nous comportons comme des enfants…..

 

Le livre Corps d’Acier La Force Conquise La violence Maitrisée de jean-Pierre Vignau publié en 1984 m’a parlé parce-que le « petit » Vignau né en 1945 a parlé à l’enfant que je suis resté.

 

D’ailleurs, c’est souvent comme ça lorsque l’on rencontre quelqu’un. L’enfant qu’il est ou qu’il a été parle d’abord à nos rêves près de la frontière de notre squelette.

C’est instinctif. Viscéral. C’est seulement après, lorsque c’est possible, que, nous, les « civilisés », laissons à nos lèvres et à nos oreilles le temps de parler et d’écouter.

Et, assez généralement, alors, on finit par se reconnaître un peu dans l’autre.

 

 

J’ai lu ce livre après avoir rencontré et interviewé Maitre ( ou Sensei) Jean-Pierre Vignau comme je l’ai raconté. ( Arts Martiaux) A Toute épreuve : une interview de Maitre Jean-Pierre Vigneau ) Puis, juste après ce livre, j’ai lu son dernier ouvrage, paru en 2020, Construire sa légende Croire en soi, ne rien lâcher et aller jusqu’au bout, qu’il a accepté de me dédicacer.

 

 Chacun ses Maitres :

Certaines et certains trouveront leurs Maitresses et leurs Maitres dans l’exemple et le parcours de personnalités diverses. Aya Nakamura, Camille Chamoux, Booba, Kylian Mbappé, Donald Trump, Nicolas Sarkozy, Lilian Thuram, Zinedine Zidane, Benoit Moitessier, Olivier de Kersauson, Alain Mabanckou, Samuel Jackson, Miles Davis, Denzel Washington, Krzysztof Kieslowski, Damso, Blanche Gardin, Laure Calamy, Frantz Fanon, Robert Loyson, Jacob Desvarieux, Danyel Waro, Ann O’Aro, Cheick Tidiane Seck, Tony Allen, Amadou Hampaté Ba, Tony Leung Chiu Wai…

 

Certaines des quelques personnes que je viens de citer ne font pas partie de mes références mais elles le sont pour d’autres. Des artistes, des sportifs de haut niveau, des femmes et des hommes politiques….

 

On peut aussi trouver ses Maitresses ou ses Maitres chez des Maitres d’Arts Martiaux.

 

Si je suis séduit et sensible au parcours de bien des « personnalités » d’hier et d’aujourd’hui, comme à celui de Maitres d’Arts martiaux, j’ai, je crois, assez vite- et toujours- fait une distinction entre le titre et la personne.

 

Je choisirai toujours d’abord, si j’en ai la possibilité, la personne qui me parle personnellement. Correctement. Même si elle est sévère et exigeante. Dès l’instant où elle ou il me semblera juste.

 

Et, cela, avant son titre ou ses titres. Pour moi, une Maitresse ou un Maitre, c’est aussi celle ou celui qui a vécu. Qui a traversé des frontières. Qui a peut-être morflé. Qui s’est aussi trompé. Qui en est revenu. Qui s’en souvient. Qui peut faire corps. Et qui peut être disponible pour transmettre à d’autres ce qu’il a compris, vécu. Afin que celles-ci et ceux-ci vivent mieux, comprennent, s’autonomisent ou souffrent moins.

 

Dès les premières pages de Corps d’acier,  on apprend que Jean-Pierre Vignau, placé enfant à l’assistance publique, a été le dernier môme à trouver une famille d’accueil dans une ferme dans le Morvan.

 

Cette famille qui l’a alors accepté, ou intercepté, c’était un peu la famille de la dernière chance. Jean-Pierre Vignau était le plus chétif du lot. Or, les familles d’accueil étaient plutôt portées sur les enfants d’apparence robuste pour aider dans les diverses tâches de la maison.

 

Vignau raconte comment, conscient que c’était sa dernière chance, il accourt vers cette femme qu’il voit pour la première fois pour plaider sa cause et la convaincre.

Il se rétame alors devant elle et le directeur, embarrassé, de l’assistance publique. Pour se relever et se plaquer contre cette adulte inconnue et, quasiment, l’implorer de le prendre….

 

 

Une fois adopté par cette femme, les ennuis médicaux de Jean-Pierre Vignau s’amoncellent. Cirrhose du foie, problèmes pulmonaires, décalcification, colonne vertébrale en délicatesse…. On est donc très loin du portrait de l’enfant « parfait » ou doué.

 

La greffe prend entre Vignau et ses parents « nourriciers ». Mais pas avec l’école. Il sera analphabète jusqu’à ses 28 ans et apprendra à lire en prison.

 

Lors de ma rencontre avec lui fin novembre chez lui, un demi-siècle plus tard,  nous avons surtout parlé d’Arts martiaux ;  un peu de son expérience de videur (durant huit ans). Et de son accident lors d’une de ses cascades qui lui a valu la pose d’une prothèse de hanche alors qu’il était au sommet de sa forme physique.

Nous avons peu parlé de son enfance. Pourtant, il est évident que celle-ci, de par les blessures qu’elle lui a infligées, mais aussi grâce au bonheur connu près de ses parents nourriciers, l’a poussé dans les bras de bien des expériences, bonnes et mauvaises, qu’il raconte dans son Corps d’acier.

 

Je n’ai aucune idée de ce que cela peut faire de lire d’abord Construire sa légende, son dernier ouvrage. Mais en le lisant après Corps d’acier, j’ai vu dans Construire sa légende une forme de synthèse intellectualisée et actualisée de ce que l’on peut trouver, de façon « brute », dans Corps d’acier.

 

Construire sa légende a été co-écrit par Jean-Pierre Vignau et Jean-Pierre Leloup «  formateur en relations humaines en France et au Japon ».

Jean-Pierre Leloup « anime des conférences sur le développement personnel » nous apprend entre autres la quatrième de couverture. L’ouvrage est plus rapide à lire que Corps d’Acier et le complète. Corps d’Acier, lui, compte plus de pages ( 231 contre 159) a été publié par les éditions Robert Laffont  dans la collection Vécu.

 

Donc, avec Corps d’Acier, on a un récit direct d’un certain nombre d’expériences de vie de Jean-Pierre Vignau ( Assistance publique, ses parents nourriciers, sa mère, son beau-père, la découverte des Arts Martiaux, son passé d’apprenti charcutier, de serveur, de mercenaire en Afrique, son flirt avec le SAC de l’Extrême droite etc…). Dans un climat social qui peut rappeler la France de Mesrine – qu’il ne cite pas- ou du mercenaire Bob Denard qu’il ne cite pas davantage. Mais aussi à l’époque du Président Valéry Giscard D’estaing (Président de 1974 à 1981) décédé récemment voire du Président Georges Pompidou qui l’avait précédé.

 

Cette époque peut sembler étrangère et très lointaine à beaucoup. Et puis, on arrive à des passages où on se dit que, finalement, ce qui existait à cette époque peut encore se retrouver aujourd’hui. Exemples :

 

Page 89 (sur son expérience de mercenaire)

 

« L’Afrique, je n’ai pas grand chose à en dire (….). J’étais là pour me battre, pour oublier, si c’était possible. Pour me lancer à corps perdu dans des combats auxquels, politiquement, je ne comprenais rien mais dont la violence effacerait peut-être Claudine de ma mémoire ».

 

Page 90 :

«  La grande majorité des gars du camp cherchaient à anéantir leur peur par tous les moyens, surtout grâce à l’alcool. Parfois, c’était à se demander pourquoi ils étaient là. 80% d’entre eux faisaient croire aux autres qu’ils étaient là pour la paye. Les autres 20% étaient là, paraît-il, pour « casser du Nègre ». En réalité tous ces bonshommes qui étaient loin d’être des « supermen », étaient largués dans cette jungle pour des motivations semblables aux miennes. C’est-à-dire qu’une femme les avait laissés tomber, leur femme, leur mère, leur sœur etc…Et par dépit, ils s’étaient embarqués, comme moi, dans cette galère ».

 

Sur sa violence au travers de son expérience de videur :

Page 173 :

 

« Donc, tous les soirs, bagarre (… ) C’était le n’importe quoi intégral, dans cette ambiance bizarre de trois quatre heures du matin, dans cette jungle pas africaine du tout ».

 

«  Quelque chose ne tournait pas rond en moi, aussi (….). Je sentais que je commençais à prendre du plaisir à taper sur les emmerdeurs. La violence accumulée toutes ces années ».

 

« Ces soirées où je risquais ma vie pour que les noctambules puissent s’agiter tranquillement sur les pistes de danse ».

 

« J’étais devenu une sorte de machine parfaitement rodée et huilée, toujours en progrès. Une machine à démolir. Une machine à tuer. Même quand je dormais je ne rêvais que de bagarres, coups, courses dans les rues de mes rêves ».

 

Jusqu’au jour où un événement « l’éveille » particulièrement et l’amène à changer d’attitude.  (L’événement est relaté dans le livre). A partir de là, la pacification de soi qui est au cœur de la pratique des Arts Martiaux prend le dessus. Mais comme on le comprend en lisant Corps d’Acier, il a fallu que Jean-Pierre Vignau vive un certain nombre d’épreuves et d’expériences auxquelles il a survécu. Et, il lui a fallu beaucoup de travail effectué au travers des Arts Martiaux – qu’il débute à 13 ou 14 ans- tel qu’il en parle, page 190.

 

 

L’importance de persévérer dans le travail sur soi :

Page 190 :

 

«  La deuxième forme de recherche, celle à laquelle je consacre mon temps et ma vie, est une esthétique du mouvement. Ce qui amène à une forme de logique spirituelle. Pour obtenir un résultat, il faut travailler, travailler encore et toujours. On forme donc son corps, son endurance et la volonté de son esprit. Et, sans même la chercher, on obtient l’efficacité ».

 

Dans ce passage, Vignau explicite que la voie martiale est assez longue. C’est donc un mode de vie. La voie martiale est le contraire d’une mode, d’un spectacle, d’un raccourci vers le chaos comme une dictature, le banditisme ou le terrorisme par exemple.

 

Par manque de travail sur soi, nos existences peuvent facilement devenir stéréotypées et stériles même si nous avons l’impression de « faire quelque chose » ou d’être «  quelqu’un ». Vignau le dit à sa manière, page 192 :

 

« Ici, quand je m’entrainais, c’était uniquement pour moi et pas pour aller frapper les images parlantes qui viendraient «  foutre la merde » le soir dans les boites ».

Conclusion :

Pour conclure, dans Construire sa légende Croire en soi, ne rien lâcher et aller jusqu’au bout, page 42, il y a ce passage :

 

« La réaction aux situations stressantes sont de trois ordres : combat, fuite, blocage, respectivement 15%, 15%, 70 % chez l’individu lambda. Les policiers du RAID, par exemple, inversent ce rapport avec 70% pour la réaction de combat. Appliquons cela à Vignau à travers quelques unes de ses expériences ».

 

 

Dans Construire sa légende, il est aussi précisé plusieurs fois qu’il est inutile d’essayer de ressembler à Vignau. Ou à un policier du RAID, d’abord sélectionné pour des aptitudes mentales, psychologiques et physiques particulières. Puis formé et surentraîné à diverses méthodes de combat.  Avec et sans armes.

 

Chacune et chacun fait comme il peut. Cependant, certaines personnes, sans faire partie du RAID, savent très bien combattre. Mamoudou Gassama, le jeune Malien sans papiers, qui, le 26 Mai 2018,  avait sauvé le gamin accroché dans le vide à un balcon d’immeuble dans le 18ème, avait selon moi combattu. Sans pour autant faire partie du RAID. Et je ne sais même pas s’il était pratiquant d’Arts Martiaux.

Ce 26 Mai 2018, Mamoudou Gassama avait au moins combattu l’impuissance et l’inaction devant la chute prévisible de l’enfant suspendu dans le vide. Mais aussi  certains préjugés sur les migrants sans papiers.

 

Mais seule une minorité de personnes est capable de réagir spontanément comme l’avait fait Mamoudou Gassama en risquant sa vie ce jour-là. D’ailleurs, il avait été le seul, parmi les « badauds » présents, à pratiquer l’escalade jusqu’au gamin. 

 

On peut trouver des Maitres, des coaches, des thérapeutes ou autres personnes de confiance et bienveillantes qui peuvent nous permettre d’inverser un peu ces pourcentages lors de situations stressantes dans notre vie quotidienne. Pas nécessairement lors d’un combat ou d’une agression dans la rue.

 

On peut aussi diversifier nos expériences pratiques et sportives dans des disciplines qui, a priori, nous effraient ou nous semblent inaccessibles. Et se découvrir, avec de l’entraînement, certaines aptitudes que l’on ignorait.

 

Le combat, cela peut être, et c’est souvent, d’abord vis-à-vis de nous mêmes qu’il se déroule. Vis-à-vis de nos propres peurs que nous acceptons de combattre ou devant lesquelles nous fuyons ou nous bloquons. Si nous acceptons de combattre certaines de nos peurs, nous pouvons changer de vie pour le meilleur au lieu de subir.

 

Corps d’Acier La force conquise La violence maitrisée et Construire sa légende Croire sa légende Ne rien lâcher et aller jusqu’au bout parlent au moins de ça. Ou, alors, j’ai lu de travers et raté mon explication de texte.

 

 

 

Franck Unimon, ce vendredi 11 décembre 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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( Arts Martiaux) A Toute épreuve : une interview de Maitre Jean-Pierre Vigneau

»Posted by on Déc 1, 2020 in Corona Circus, Croisements/ Interviews, self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

( Arts Martiaux) A Toute épreuve : une interview de Maitre Jean-Pierre Vigneau

Maitre Jean-Pierre Vignau chez lui, ce samedi 21 novembre 2020.

 

” Tu as le feu vert”. Cette phrase de Jean-Pierre Vigneau, je m’en suis rappelé quelques heures plus tard, hier soir (ce mardi 24 novembre 2020). 

Dans l’article Arts Martiaux : un article inspiré par Maitre Jean-Pierre Vignau

j’évoquais cette interview filmée de Maitre Jean-Pierre Vignau. C’était ce samedi 21 novembre 2020. 

Hier ( mardi 24 novembre) j’ai tenté de joindre Jean-Pierre avant de publier mon article. Pour le prévenir. Mais aussi pour voir avec lui s’il préférait lire l’article auparavant. Répondeur. Finalement, j’ai publié l’article. Puis, quelques heures plus tard, je lui ai envoyé le lien de l’article par sms. Jean-Pierre m’a alors appelé.

” J’ai raté l’appel tout à l’heure” m’a-t’il dit. Je lui ai alors expliqué où j’en étais et lui ai demandé comment il voulait que l’on s’y prenne. Et, là, la phrase de Jean-Pierre est arrivée simplement.

 

Le Feu vert.

 

Dans cette simple phrase, toute la confiance de Jean-Pierre. Nous nous sommes rencontrés une seule fois. Il n’a jamais rien lu de moi. Et, je devine qu’il ne lira peut-être pas l’article tout de suite s’il le fait. Il a mieux à faire ailleurs. Comme, par exemple, écouter dans quelques heures (ce mardi 24 novembre au soir) ce que va dire “Le Président” concernant le maintien ou l’assouplissement des mesures concernant le confinement à propos de la pandémie du Covid. 

 

” Le président ?!”. Je pense alors au Président de la Fédération de Karaté ou des Arts Martiaux même si je ne sais pas de qui il s’agit.

Non ! Le Président Macron, me répond Jean-Pierre. Je me suis tellement “moulé” dans un certain mode de vie depuis la pandémie et les mesures de confinement. J’ai été si convaincu qu’il allait nous falloir faire montre de patience, que, depuis le tout premier discours – Mi-mars- du Président de la République, Emmanuel Macron, “notre” Président, je n’écoute plus ses discours. 

Ou, peut-être, que je n’ai toujours pas digéré cette ambiance de fin du monde de son premier discours Mi-Mars. Je n’ai jamais cru non plus à mon statut “de héros de la nation”. Je n’ai jamais compté sur la production expresse et miraculeuse du vaccin “magique”. Alors que je m’étais inquiété quant à la perte de certaines de nos libertés. Même si je me suis rapidement “fait” à cette nécessité des gestes barrières. Et à un petit peu de discernement quand c’est possible. 

Mon “indifférence” actuelle envers le Président Emmanuel Macron vient peut-être aussi du fait que, même s’il prend la parole et essaie de paraître comme celui qui reste le chef d’orchestre,  j’ai fini par considérer que la pandémie est depuis quelques mois devenue notre véritable présidente installée.

Une “Présidente” Covid autour de laquelle sont très vite venus graviter quelques parasites, dont “notre” Président, alors qu’elle ne devait être que passagère. A la suite de cela, j’ai en quelque sorte “flouté” l’image de “notre” Président actuel, persuadé de sa propre impuissance.

Mais j’ai sûrement tort de banaliser Emmanuel Macron et celles et ceux qui gouvernent avec lui et les autres. Mon manque de clairvoyance à leur sujet vient certainement du fait que je n’ai aucune compétence politique. Que je vis un peu au jour le jour et avec une  perspective assez limitée. Ce confinement et cette distanciation sociale ont des effets abortifs sur notre imaginaire.  Sauf pour certains qui continuent d’agir, d’entreprendre et de décider. L’épreuve du Vendée Globe est là pour nous le rappeler. Si certains concurrents en tête peinent, à certains moments, à récupérer le vent qui les fera avancer de nouveau, ils sont néanmoins toujours en mer, en avance sur d’autres. Et, lorsque le vent “rejaillit”, ils sont, à nouveau, bien plus avancés que d’autres qui traînent derrière.

Lorsque la pandémie du covid régressera pour de bon, et que l’horizon se dégagera, on devrait voir apparaître, installées à des fonctions clé, pour notre époque et notre société, certaines personnes que l’on avait jusque là ignorées ou sous-estimées. Ces personnes auront su profiter du contexte du Covid pour entreprendre ou bien se placer.

De mon côté, c’est parce-que, depuis Mi-Mars,  j’ai toujours respecté les gestes barrières que je me suis autorisé à aller rencontrer Jean-Pierre chez lui ce samedi 21 novembre. Cela a été mon Vendée Globe. Pour cela, il m’a suffi de dépasser la distance kilométrique “autorisée” de un kilomètre autour de chez soi.  J’en avais besoin et j’étais inspiré. Parce-que je me suis dit qu’en temps ordinaire, il aurait été plus été difficile d’obtenir aussi rapidement une telle rencontre avec Jean-Pierre, à son domicile.

Dans ce “feu vert” qu’il m’a  donné, je mesure à la fois la responsabilité, pour moi, de faire au mieux. Mais je me demande aussi, si moi-même, il m’arrive de donner mon feu vert aussi facilement et aussi rapidement autour de moi. J’ai du mal à le croire. 

 

Mais ce feu vert, où cette autorisation, correspond aussi très bien à Jean-Pierre. Car, comme on pourra le voir et l’entendre dans ces images, il est particulièrement vert. J’ai donné comme titre à cette interview A Toute épreuve. Je crois qu’il sera facile de comprendre la ou les raisons de ce titre.

Ps : je rappelle qu’une fois chez Jean-Pierre et Tina, après avoir obtenu leur accord pour l’interview, j’ai posé mon caméscope de poche sur la table et l’ai laissé filmer tant qu’il pouvait (un peu plus d’une heure). L’interview n’était pas prévue. Elle était seulement véhiculée par ma tête dès que Jean-Pierre m’avait proposé de venir chez lui pour acheter son livre Construire sa Légende. Mais encore fallait-il, une fois sur place, que lui et Tina acceptent l’interview. 

Lors de l’interview, Tina reste hors champ. J’estime que cela préserve sa tranquillité. Et, que, d’autre part, ses interventions- hors champ, donc- ajoutent une plus value à l’interview. 

Franck Unimon, ce mercredi 25 novembre 2020. ( Pour regarder l’interview, cliquer sur le lien vimeo ci-dessous).

https://vimeo.com/482901714

 

 

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