Puissants Fonds/ Livres

Des livres que j’ai lus, qui m’ont généralement plu, et dont j’ai pu prendre le temps de parler.

J’ai lu Réinventer l’Amour de Mona Chollet

»Posted by on Mai 2, 2022 in Puissants Fonds/ Livres | 0 comments

J’ai lu Réinventer l’Amour de Mona Chollet

 

 

 

Au spot 13, en mars 2022.

 

 J’ai lu Réinventer l’Amour ( Comment le Patriarcat sabote les relations hétérosexuelles) de Mona Chollet

« On va tellement vous violer que vous ne pourrez plus avoir d’enfants » auraient dit des militaires russes à des femmes ukrainiennes. Depuis le 24 février 2022, l’armée militaire russe a commencé à envahir l’Ukraine. Et la guerre, qui était « prévue » pour être courte, continue entre les deux pays.

 

Il y a quelques années, j’ai envisagé d’aller travailler dans un CMP ( Centre Médico- psychologique) pour adultes en banlieue parisienne, dans une ville assez proche d’Argenteuil, ville où j’habite.

 

Lors du trajet en voiture depuis Gennevilliers vers ce CMP , situé à Villeneuve la Garenne, la cadre infirmière m’avait un peu raconté quelques unes de ses missions humanitaires passées. Dont une durant la guerre en ex-Yougoslavie. Dans la voiture de service, tout en me conduisant, cette infirmière expérimentée, à quelques années de la retraite, m’avait parlé de sa peur. De sa peur du viol. Et de deux sœurs bosniaques qu’elle avait alors connues. L’aînée des soeurs lui avait servi d’interprète.

 

Après  la guerre, l’aînée, avec laquelle elle était restée en contact,  était demeurée célibataire et avait développé un cancer. La plus jeune, femme très coquette à l’origine, s’était mariée et radicalisée religieusement.

 

Chaque fois qu’il y a des guerres, des femmes mais aussi des enfants se font violer. Si, en temps de « paix », certains viols peuvent être- difficilement- condamnés, en temps de guerre, il peut être encore plus difficile de les faire condamner comme de faire condamner leurs auteurs.

 

 

D’autant plus que la « Paix », comme la Santé, ont des définitions très variables. Puisque l’on peut, aussi, être victime d’un viol dans un pays en « Paix » et riche comme la France.

Paris, mars 2022.

 

Les multiples guerres du quotidien

 

 

Car, si certaines guerres militaires sont plus médiatisées que d’autres, il existe bien d’autres déclinaisons de la guerre :

 

Des guerres domestiques, sociales, économiques, relationnelles, professionnelles, culturelles. Et, ces multiples guerres du quotidien, directes ou indirectes, propulsent plus facilement certaines et certains aux avants postes tandis que d’autres, «progressivement », et malgré leurs efforts, régressent, stagnent ou piétinent dans leur évolution personnelle.

 

Récemment, à la gare de Paris St Lazare, j’ai aperçu un patient que j’avais d’abord “croisé” une première fois deux ou trois ans plus tôt dans un service d’addictologie où j’avais effectué quelques remplacements. Puis, au début de la pandémie du Covid, je l’avais reconnu aux abords de la gare St Lazare.

Au début de la pandémie du Covid, il présentait bien, avait même une perception assez critique concernant la pandémie . Quand je l’ai revu à la gare St Lazare, la semaine dernière, il était en train de fumer, sans masque, et ressemblait à un clochard. La première fois que je l’avais recroisé près de la gare de Paris St Lazare, il faisait la manche. Il y a quelques jours, j’imagine qu’il était encore dans la gare de Paris St Lazare pour continuer de faire la manche. Sauf que son état personnel s’était aggravé. Pourtant, depuis des années, cet homme qui a connu l’emploi, comme d’autres femmes et d’autres hommes, a essayé et aura essayé de s’en sortir.

 

 

Je ne peux pas affirmer que, par son livre, Mona Chollet, vise aussi ces sujets puisque le titre de son ouvrage est : Réinventer l’Amour. Mais voilà ce qu’il commence par m’inspirer, ce matin, alors que j’ai terminé sa lecture dans un jardin des Tuileries ensoleillé il y a plus d’une semaine désormais.

Au jardin des Tuileries, Paris, avril 2022.

 

Mona Chollet parle d’Amour et avec son titre rajoute :

 

Comment le Patriarcat sabote les relations sexuelles. Et, moi, je commence par parler de viols de femmes par temps de guerre et de paix. Puis d’un homme en voie de clochardisation.

 

« On va tellement vous violer que vous ne pourrez plus faire d’enfants… ».

« On va tellement vous violer que vous ne pourrez plus vous exprimer ».

 

Réinventer l’Amour : un livre de « fille » et d’intello favorisée

 

Je n’aurais pas lu ce livre de Mona Chollet, si, une de mes jeunes collègues internes, Chamallow, en stage dans mon service, ne m’en avait parlé il y a plusieurs semaines. Après que j’aie eu la curiosité de lui demander ce qu’elle lisait ou avait lu récemment. 

( voirLe petit fantôme bleu, Mona Chollet-Réinventer l’Amour ).

 

 

J’avais entendu parler de ce livre. Mais je l’avais pris pour un sujet ou un livre de « fille ».

 

Moi, qui, depuis des années, évolue dans un milieu professionnel qui a souvent été majoritairement féminin ; moi qui exerce un métier de soignant (infirmier en soins psychiatriques et pédopsychiatriques ou en Santé Mentale ), métier auquel on attribue plutôt des « qualités » ou des vertus féminines ; moi, qui, en tant qu’aîné, a, à partir de mon adolescence jusqu’à mes trente ans, joué un rôle de substitut parental jusqu’au sacrifice de mon intimité et de mon célibat, j’ai d’abord pensé, en entendant parler de ce livre de Mona Chollet : « C’est un truc de fille ! » ou « Encore une intello favorisée qui a les moyens de vivre de ses concepts ».

 

Mona Chollet est en effet une femme, après avoir été une fille. Et, elle vient bien d’un milieu social et intellectuel favorisé, voire privilégié, en tant que femme blanche, même si ses parents se sont séparés alors qu’elle était enfant, comme elle le mentionne. Néanmoins, son livre m’a rapidement plu.

 

Depuis, j’ai déjà remercié plusieurs fois Chamallow de m’avoir prêté ce livre. A la fois pour le plaisir que j’ai eu à le lire. Mais, aussi, à le lire certaines fois dans mon service actuel : avant de lire Réinventer l’Amour de Mona Chollet, j’ignorais que l’on pouvait prendre d’autant plus de plaisir à lire un livre que son contenu contraste avec l’état d’esprit ou la culture plutôt générale dans le service où l’on travaille.

 

 

Le plaisir de lire Réinventer l’Amour, la nuit, dans mon service actuel où, pour certains collègues, un homme, et un bon infirmier, c’est d’abord quelqu’un qui s’impose.

 

 

Mon service actuel n’est pas un service de collègues violeurs et de collègues femmes violées. Peut-être, qu’un jour, lorsque je me déciderai vraiment à prendre le temps d’écrire que j’inventerai des histoires de ce genre. Mais, pour l’instant, j’en suis encore à décrire le fait que dans mon service actuel, certaines valeurs « viriles » font office de table de Loi. Dans mon service actuel, plus que dans les services et les établissements précédents où j’ai travaillé, pour certains de mes collègues, un homme (et je suis un homme, c’est certain) et un bon infirmier (et je suis infirmier), c’est d’abord quelqu’un qui s’impose.

 

En particulier, physiquement. Pour faire des injections à un patient agité ou opposant à la prise de son traitement par voie orale (sous forme de gouttes le plus souvent).

 

Dans mon service actuel, pour certains de mes collègues, être un homme et un bon infirmier, c’est pratiquer la contention physique. Et, aussi, sans doute, parler fort ou plus ou moins fort, faire connaître ses exploits  physiques, les raconter, parler de certains sujets d’une certaine façon ( le Foot, les femmes, parler de sa vie etc….).

 

Paris, mars-avril 2022.

 

Peu importe que, lorsque je l’estime justifié et inévitable, je puisse, aussi, faire des injections, de la contention physique, ou y participer avec d’autres collègues lorsque nous devons le faire. Mon personnage, ma personnalité, ne cadre pas avec la conception que se font certains de mes collègues actuels de ce qu’est ou doit être un homme mais, aussi, un bon infirmier. Ou, tout simplement, un être humain dit “normal”. Alors que moi, sans m’en apercevoir, car c’est ma normalité, sans doute que je me comporte “bizarrement”. C’est à dire pas comme tout le monde.

 

Sans doute aussi, parais-je un petit peu trop “intello” pour être honnête. 

 

Et, vu que, paradoxalement,  je parle peu de ma vie conjugale et de ma fille au travail, cela doit vraisemblablement signifier que je dissimule des projets, des pensées et des moeurs fort peu recommandables : j’attends  presque ce moment ( ce suspense devient un peu insoutenable)  où certains de mes collègues décideront ( c’est peut-être déja fait) que je suis probablement pédé ou homosexuel.

Pour moi, ce n’est pas une insulte d’être confondu avec un homosexuel. Je trouve ça plutôt drôle. Mais je sais, aussi, que dans certains milieux et dans certains groupes, être perçu comme un homosexuel peut revenir à être considéré comme un sous-homme ou comme une sorte de perversion. Ce qui peut susciter, de la part de certaines personnes, une agressivité et une violence particulières, redoublées, ou un rejet, à l’encontre de celle ou de celui qui est suspecté(e) d’homosexualité.

 

J’ai donc compris, que, pour certains de mes collègues actuels, je suis un baltringue; un con; quelqu’un à qui « on ne fait pas confiance » ; quelqu’un qui se « débine » ou se « débinerait » lorsque cela se tend avec un patient ou lorsque cela est susceptible de se tendre. Et que je suis quelqu’un, c’est une certitude pour certains de ces collègues,  ou cela l’a été !, que je n’ai rien à faire dans mon service actuel où je travaille, maintenant depuis un peu plus d’un an. Et, cela, malgré plus de vingt ans d’expériences en soins psychiatriques et pédopsychiatriques, de jour, comme de nuit, dans des services intra comme extra hospitaliers où j’ai eu, aussi, à vivre des situations de tension avec des patients et des patientes. Ainsi que certaines confrontations physiques.

 

Je manquerais de “couilles”. Si on ne l’a pas bien compris. Et si j’ai bien décodé certains messages que m’ont adressé certains de mes collègues assez peu courageux, qui marchent et pensent souvent par deux au minimum.  

Je ne compte déja plus le nombre de fois où en me disant bonjour certains de ces collègues virils , et très assurés, ont rapidement évité ou évitent mon regard alors que nous nous retrouvons face à face. Le dégout de ma personne sans doute ou un sentiment proche de la pitié pour l’irrémédiable merde que je suis. 

 

Paris, avril 2022.

Je serais « trop gentil ». Je « discuterais trop ». Peu importe que, plusieurs fois, cette « gentillesse », cette « discussion » de quelques minutes mais aussi cette « patience » de quelques minutes, aussi, ont déjà permis de désamorcer certaines situations. Dans mon service actuel, avoir certaines aptitudes pour la modération serait plutôt un aveu de faiblesse d’après le point de vue de certains de mes collègues. 

 

Le parallèle avec le livre de Mona Chollet, Réinventer l’Amour ?

 

Si l’on parle de l’Amour, d’une façon ou d’une autre, on en arrive à parler du Pouvoir sur le corps d’autrui.

 

 

Si l’on parle d’Amour, d’une façon ou d’une autre, on en arrive à parler du Pouvoir. Du Pouvoir dont on dispose mais aussi du Pouvoir que l’on peut, ou pourrait, en certaines circonstances, pour certaines raisons, bonnes ou mauvaises, choisies ou involontaires, exercer sur quelqu’un d’autre.

 

Et si l’on parle d’Amour, même si l’Amour spirituel, parental, filial, cérébral ou platonique existe, on parle aussi, du corps. De ce Pouvoir qu’une personne peut exercer, à qui l’on donne cette autorisation ou cette possibilité, sur notre corps.

 

Paris, mars 2022.

 

Lorsque l’on aime quelqu’un ou lorsque l’on est malade (d’Amour ou d’autre chose), il arrive un moment où l’on se confond avec l’autre. Avec son désir, sa volonté.

 

Où l’on s’abandonne à lui. Où l’on se confie à elle ou à lui.

 

 Où il arrive un moment, aussi, où, malgré l’intimité ou la proximité, on résiste ou s’oppose. Soit parce-que l’on a peur. Soit parce-que l’on perçoit l’autre comme un agresseur dont on veut se défaire ou se défendre.

 

Parfois, nous avons encore la possibilité de nous défaire ou de nous défendre de l’autre. Parfois, il est trop tard ou un peu trop tard lorsque nous réagissons :

 

Les victimes d’un viol, d’une agression, à moins d’avoir été surprises dès le début par leur agresseur (e) ont souvent, au début, laissées celle-ci ou celui-ci s’approcher de leur espace personnel. Elles (les victimes) ont souvent « cohabité » ou « coexisté » un temps avec leur futur(e) agresseur ( e). Que cette agression se répète ou qu’elle soit unique.

 

 

Mona Chollet parle-t’elle de cela dans son livre ? Pas de cette façon.

 

Paris, 2 Mai 2022.

 

 Prédation et sexualité

 

Récemment, j’ai écouté un podcast dans lequel était interviewée l’humoriste Caroline Vigneaux. En l’écoutant, j’ai appris que ses spectacles étaient très documentés (comme pour beaucoup d’humoristes) mais, aussi, qu’elle visait à faire passer des messages.

Parmi ces messages, bien qu’ouvertement féministe, lors de cette interview, Caroline Vigneaux confirmait aussi s’être accrochée violemment- et verbalement- avec des femmes, sûrement des victimes d’agressions, pour lesquelles « Tous les hommes sont des prédateurs ».

 

S’il est un fait que, le plus souvent, les victimes de viols sont des femmes ( et des enfants filles ou garçons), fermer la boucle par un « Tous les hommes sont des prédateurs » ne permettra pas de….réinventer l’Amour.

 

 

J’ai parlé du corps, tout à l’heure. Parler du corps, c’est aussi, bien-sûr, parler de la sexualité. Nous n’avons pas tous le même rapport à la sexualité. Notre rapport à la sexualité peut être différent selon l’âge que l’on a. Selon nos croyances. Selon notre éducation.

Dans mon éducation de petit antillais né en France, la musique et la danse, qui sont des dogmes sociaux et culturels aux Antilles, m’ont indiscutablement préparé ou initié, sans pour autant faire de moi, un Rocco Siffredi antillais, à un certain éveil corporel et sexuel. Danser le Compas et le Zouk dès l’enfance, que ce soit en France et en Guadeloupe, mais aussi voir toutes les générations, des enfants aux grands parents, danser de cette manière lors de festivités (baptêmes, mariages, communions…) permet sans aucun doute une approche assez précoce et concrète de son propre corps comme du corps de l’autre, qui plus est en rythme ( un rythme binaire pour comparer avec le rythme ternaire du Maloya par exemple qui me semble moins dansable à deux) comparativement à une éducation où, à la maison ou en famille, on va écouter de la variété française, du Rock ou de la musique classique.

On a bien sûr une sexualité et un éveil à la sexualité et au corps même lorsque l’on écoute de la variété française, du Rock, de la musique classique, de la techno ou du Rap ou un tout autre genre musical. Autrement, un certain nombre de lectrices et de lecteurs de cet article ne pourraient pas le lire aujourd’hui et demain.

Mais on comprendra facilement, je crois, que lorsque l’on danse « collés-serrés » sur du Zouk ou du Compas, que la composante sexuelle de la musique et de la danse, est facile à détecter de façon implicite ou explicite. Et si, malgré cela, on danse en toute « innocence », certaines paroles en Créole ( pas uniquement du bien connu Francky Vincent ) de certaines chansons nous signalent assez « bien » que la sexualité et le coït sont envisagés. Ou suggérés.  

Il y a quelques années, maintenant, un copain enseignant avait voulu traduire en Français, à sa classe, les paroles du tube Angela du groupe Saïan Supa Crew mais dans des termes châtiés. Il m’avait donc sollicité. J’aurais tellement voulu lui rendre ce service mais même en faisant tourner dans ma tête diverses correspondances, j’avais été obligé de lui dire qu’il n’y avait rien à faire :

Si je traduisais, honnêtement, une des phrases phares de la chanson, cela donnait quelque chose comme, sur un air enjoué, « Angela, je vais te défoncer (sexuellement, s’entend) pendant l’absence de ton père ». Ce qui est quand même plus « rentre-dedans » que les sous-entendus de La Sucette à l’Anis composée par Gainsbourg pour la naïve France Gall et que, plus tard (car je suis plus jeune que Gainsbourg et France Gall, aujourd’hui disparus) des mômes de 12 à 13 ans, chantaient avec amusement, et en toute lucidité concernant ces sous-entendus sexuels, dans une des colonies de vacances où je fus assistant sanitaire.

 

 

Depuis mon enfance, que je m’en souvienne ou non, j’ai entendu des chansons à caractère sexuel à peine camouflé dans des festivités antillaises. Et j’ai dansé dessus, en toute simplicité, comme la majorité des personnes présentes. Sans y penser plus que ça.

 

Le corps, ça commence par la peau.

 

Paris, avril 2022.

 

Mais, avant la sexualité, le corps, cela commence par la peau. La peau du nouveau né que l’on a été. Et que l’on est resté d’une certaine façon quel que soit notre âge. Comme une part de notre enfance et de notre adolescence reste en nous, même à l’âge adulte.

 

La peau, aussi, a une mémoire. Une mémoire surpuissante qui dépasse, je crois, notre intellect et notre raisonnement.

Alice Miller, psychanalyste bien connue, a écrit un livre que j’ai emprunté mais que je n’ai pas encore lu et dont le titre est :

 

Notre corps ne ment jamais.

 

Malgré toutes nos expériences, toutes nos prétentions et nos certitudes, toutes nos applications high tech, toutes nos « victoires », tous nos titres  et toutes nos conquêtes, je crois qu’il est des vérités incontestables ou assez incontestables comme le titre de ce livre d’Alice Miller.

 

 

Que l’on parle de la torture, d’un viol, d’une blessure, d’un traumatisme, d’un harcèlement, d’un burn out, d’un désespoir ou d’un plaisir consenti, il m’apparaît très difficile d’échapper à la vérité de ce titre d’Alice Miller. C’est pourtant une vérité à laquelle, quotidiennement, nous tournons le dos ou que nous ignorons.

 

Des expériences de massage bien-être

 

Osny, dans le parc du château de Grouchy, avril 2022.

Et, sans être psychanalyste, je suis resté marqué par cette découverte que j’ai faite lors de ma formation en massage bien-être il  y a quelques années :

 

Pour asseoir cette formation en massage bien-être, très concrète, je me suis fait masser par différents stagiaires, femmes et hommes de différentes histoires et horizons. Y compris par un homosexuel, à son domicile.

Et j’ai aussi massé des stagiaires en formation massage bien-être comme moi, femmes et hommes. J’ai aussi massé certains de mes proches et moins proches (famille, amis, connaissances).

 

J’ai appris que quelques personnes, une minorité, en se faisant masser au cours de cette formation en massage bien-être, dans un climat de réelle bienveillance, s’était effondrée en larmes. Des émotions douloureuses, anciennes et ancrées en elles (j’ai plutôt entendu parler de femmes à qui cette expérience est arrivée), aspirées par les mains qui les massaient, avaient en quelque sorte « fracassé » ces barrages mentaux qu’elles soutenaient de toutes leurs forces pour juguler une certaine souffrance intérieure et très forte. Cela pouvait être parce-que, jamais, dans leur enfance, on ne les avait touchées avec une telle « bienveillance ». Ou pour toute autre raison…

 

 

De mon côté, je me rappelle de mon effarement en massant deux amis de longue date. Deux amis que je connais depuis le collège. Bien qu’officiellement volontaires tous les deux pour que je les masse, ces deux amis (masculins, donc) se sont révélés particulièrement indisponibles pour profiter du massage.

 

L’un expliquant à sa compagne (j’étais venu le masser chez eux) un peu comme s’il s’agissait d’aborder un problème de mathématiques, que, pour se faire masser, il « faut se laisser aller ». Pour me montrer, ensuite…comme il avait particulièrement du mal à se laisser aller.

Lorsque l’on se laisse aller lors d’un massage, on peut soit se mettre à pleurer si certaines émotions douloureuses font surface ou, au contraire, se détendre jusqu’à l’endormissement. Et il s’agit d’un endormissement réparateur et très agréable. Même si cet endormissement ne dure que quelques minutes.

 

Je me demande si j’ai le droit de faire un parallèle pour cet ami, qui est quand même mon meilleur ami, entre le fait qu’il ait eu autant de mal à recevoir mon massage et le fait que lorsqu’il a tenté de faire une thérapie, il a pu dire qu’il ne s’y passait « rien », car ne parvenant pas, j’imagine, à « s’ouvrir » suffisamment ou à se « laisser » aller ou porter…..

 

J’ignore si le fait que mes deux amis se connaissent a joué. Néanmoins, à plusieurs jours ou plusieurs semaines d’intervalle, le second ami a fait encore « mieux » que le précédent :

Alors que je le massais, chez moi, subitement, cet ami s’est avisé qu’il lui fallait absolument consulter son téléphone portable. Je l’ai donc vu étendre son bras pour attraper son téléphone portable…. 

 

Mon propre père a refusé ma proposition de se faire masser. Tandis que ma mère, ma jeune sœur et mon jeune frère se sont faits masser avec plaisir. Mon frère allant jusqu’à rester endormi dix bonnes minutes après la fin du massage.

Lors d’une autre expérience, alors que, dans un centre de plongée et d’apnée en banlieue parisienne, je le massais à même la peau, un moniteur de plongée ( également motard ) celui-ci, plutôt sympathique, et volontaire également,  parlait sans discontinuer.  Me racontant qu’il avait “déja fait” des massages. S’amusant aussi quant au fait que j’avais peut-être prévu de ” la musique indienne” etc….

Il faut savoir que je fais plutôt partie des personnes, qui, lorsqu’elles sont “dans” le massage, en tant que masseur ou massé, entrent dans une sorte de méditation :

Un peu sans doute comme dans la lecture d’un livre ou lorsque j’écris. Il m’est arrivé d’être appelé alors que j’étais en pleine écriture. Et, souvent, la personne que j’ai eue au téléphone a eu l’impression de me réveiller. J’étais tout simplement encore ” en moi-même” en répondant au téléphone.

Lorsque je masse,  si la personne massée peut “entrer en elle”, j’entre aussi en moi-même, tout en étant attentif à la personne que je masse comme au temps que je mets. C’est un voyage à la fois commun mais aussi individuel. Le corps de l’autre et  le contact de nos mains reliées bien sûr à notre être, donc, également à notre corps et à notre propre vie intérieure permettent ce voyage.

Dans ces circonstances, être en présence de quelqu’un qui se met à parler pour “meubler” ou sans doute parce-qu’il est finalement mal à l’aise, casse en quelque sorte l’ambiance. Un massage, de mon point de vue, est pour beaucoup un voyage intérieur même si l’on part de “l’extérieur” ( le corps, des mains, de l’huile, un environnement et un moment particulier….).

 

Néanmoins, ce jour-là, s’il était particulièrement bavard lors du massage à l’huile de son dos, ce “cobaye” moniteur de plongée, qui était déja descendu à soixante mètres et plus profond en plongée bouteille, s’était soudainement tu. Lorsque j’étais ensuite passé à une forme d’étirements et de balancements plus fermes mais aussi plus toniques qui détendent également. J’en avais déduit que c’était cela qui convenait le mieux à cet homme. Un homme que je n’ai jamais revu par la suite car en revenant plus tard, en accord avec le directeur de ce centre aquatique, pour masser et relaxer des plongeuses et des plongeurs volontaires avant leur séance ( et il y’en eut), j’appris que ce moniteur de plongée s’était tué quelques semaines plus tard à moto. 

Un autre ami, toujours vivant, lui, que j’ai massé deux ou trois fois, m’avait aussi surpris à chaque fois. Plutôt réservé quant à ses émotions et assez dur au mal, très travailleur, perfectionniste, et plus que reconnu dans sa profession, chaque fois que j’avais commencé à le masser, cet ami s’était mis subitement à me parler – lui qui est plutôt du genre à voir toute forme de thérapie comme une absurdité- et à se confier à moi sans que je ne m’y attende.

Je me rappelle aussi d’une fois, en particulier, où, après l’avoir massé, j’avais “ramassé” beaucoup de ses tensions intérieures. 

 

Enfin, bien-sûr, plus d’une fois, des personnes m’ont dit ouvertement qu’elles voyaient le massage comme un préliminaire à l’acte sexuel. Et que, de ce fait, il était pour elles hors de question que je les masse. Cela a pu prendre des proportions très comiques avec mon beau-frère. Ainsi qu’avec un ami, Raguse

 

 

Alice Miller a donc raison : Notre corps ne ment jamais. Et, selon l’état de confiance et de méfiance, d’attirance ou de répulsion dans lequel on se trouve, on accepte, à tort ou à raison, de s’en remettre à l’autre. Et, il me semble que l’Amour, c’est, à un moment ou à un autre, s’en remettre à l’autre dans une certaine intimité.

 

Il est courant de considérer qu’une personne nous inspire de la méfiance parce-que son attitude nous apparaît « louche » ou « suspecte ». Et cela peut être vrai. Sauf que l’on parle moins souvent de ces fois où l’on attribue à quelqu’un des défauts ou des vices, mais aussi des qualités extraordinaires, qui existent principalement dans le décor de notre imaginaire.

 

Couple se parlant, dans le métro. Paris, avril 2022.

 

Le Décor de notre imaginaire

 

J’ai plusieurs fois été marqué d’entendre des femmes se plaindre d’histoires malheureuses qu’elles avaient pu connaître avec des hommes. Alors que, parallèlement à cela, ces mêmes femmes avaient pu se détourner ou se montrer impitoyables avec d’autres hommes sincèrement attentionnés à leur égard.

 

Pas plus tard qu’il y a quelques jours, une interne qui faisait sa dernière garde dans mon service, en tant que stagiaire, me parlait d’une conférence ou d’un colloque où elle s’était rendue et où elle avait eu l’impression de se trouver « dans une secte » :

 

Un médecin chef (psychiatre, je crois) y était admiré par plusieurs de ses autres collègues médecins. Des femmes, exclusivement.  Et, à un moment donné, l’une d’elle, a pris la parole pour s’exprimer sur un sujet donné. Sauf que son point de vue n’a pas été partagé par le médecin chef qui, devant tout le monde (environ une cinquantaine de personnes) lui a dit : « Tu dis n’importe quoi ! ».

La jeune interne qui me racontait ça m’a ensuite appris, médusée, que la femme médecin humiliée en public avait trouvé des circonstances à ce médecin chef qu’elle estimait si « génial ! ».

 

J’en ai rajouté une couche en disant à cette jeune interne :

 

Peut-être ou sans doute que toutes ces femmes qui admirent ce médecin chef aimeraient s’autoriser à être comme lui. Et j’ai en quelque sorte conclu en disant que, sans aucun doute, d’ici quelques années, plusieurs de ces femmes médecins diront que travailler avec ce médecin chef a constitué ou aura constitué l’une des meilleures périodes de leur vie professionnelle mais aussi personnelle.

 

Mona Chollet, dans son livre, Réinventer l’Amour, parle de ces sujets autrement. Avec d’autres exemples. En citant Marlon Brando et Serge Gainsbourg, deux hommes, deux Personnalités et deux artistes, encore adulés. Des modèles pour bien des femmes et des hommes encore aujourd’hui.

 

Lorsque l’on lit l’ouvrage de Mona Chollet, on rit jaune en découvrant l’envers du décor conjugal de Marlon Brando et Serge Gainsbourg. Pareil pour Miles Davis, mon musicien préféré malgré ce que je savais déja de lui en tant que père plus qu’absent et déplorable.

 

Dans le livre de Mona Chollet, cela m’a fait rire de lire ce passage où Miles, jaloux et paranoïaque, persuadé qu’un rival amoureux se cachait  à la maison, s’est mis à dévaler les escaliers,  un couteau de cuisine à la main.

Je peux me permettre de rire, d’une part, parce que Cicely Tyson, je crois, sa compagne de l’époque, est toujours en vie. Mais, aussi, parce-que, plusieurs années après la mort de Miles (en 1991, la même année que Serge GainsbourgMona Chollet nous apprend dans son livre que Cicely Tyson affirme encore que Miles est « son homme ».

La grande chanteuse de Blues, Billie Holliday, finalement, ne chantait pas autre chose. Et Edith Piaf ?

 

 

Je peux rire jaune concernant Miles et son couteau de cuisine. Pourtant, concrètement, il y a à peine deux semaines, avec deux de mes collègues, nous avons transféré un homme, dans un service d’hospitalisation en psychiatrie, parce-que, Monsieur, après avoir pris de la cocaïne avec sa compagne, et chez elle, a commencé à être persuadé que quelqu’un se cachait dans l’appartement. Et que celle-ci lui mentait. Alors, Monsieur a violenté sa compagne, a confisqué ses deux téléphones portables. Il a fallu l’intervention de la police, appelée par des voisins, pour sortir la compagne de cet embarras. Lors du transfert, que nous avons effectué de nuit, après une nuit passée par ce patient dans notre service, ce Monsieur ne m’a pas semblé plus culpabilisé que cela concernant son comportement. Il ne m’a pas non plus donné l’impression de douter plus que cela de pouvoir renouer avec sa compagne. Laquelle, si elle avait confirmé les faits devant la police, avait refusé de porter plainte contre lui.

 

 

Cette ambivalence toute autant féminine que masculine vis à vis de l’Amour permet de s’apercevoir que le livre de Mona Chollet traite d’un sujet bien plus sérieux et difficile qu’il n’y paraît. Et Mona Chollet a fourni un gros travail de recherche. Son livre est facile et agréable à lire. J’ai aimé la façon, dont, par moments, elle entremêle, sans trop en rajouter, des bouts de ses expériences personnelles qui complètent son livre et en font un objet à cœur ouvert qui tranche avec ces livres pleins de dialectiques alambiquées et théoriques.

J’ai aussi aimé toutes ces références qu’elle nous donne en termes d’ouvrages ou de personnalités portées sur ce sujet des relations entre les femmes et les hommes. C’est en lisant ce livre que j’ai ainsi découvert Victoire Tuaillon dont j’ai emprunté le livre Les Couilles sur la Table que je n’ai pas encore lu. Préférant d’abord lire Retour de flammes ( les pompiers, des héros fatigués ?) de Romain Pudal dont le titre peut faire penser que j’ai eu besoin de me rassurer en me réfugiant dans un sujet « bien viril » alors que, finalement, je trouve que plusieurs caractéristiques des valeurs que l’on trouve chez les pompiers convergent  très bien avec ce que je vis- en partie- dans mon service actuel. Et, donc, avec le sujet du livre de Chollet.

 

Mona Chollet, dans ce livre-ci, parle aussi de l’image de la femme. Des contraintes vestimentaires que la femme peut s’infliger pour plaire. Dans cet article, j’ai inséré des photos- très courantes- de publicités montrant des femmes dénudées. Ces photos ont plu à mon regard tant d’un point de vue esthétique qu’érotique. Mais il m’a semblé que parler du livre de Mona Chollet en l’illustrant, aussi, avec ces photos, peut aussi permettre de se rappeler du monde dans lequel nous vivons comme de la façon dont, souvent, des jeunes femmes, nous sont présentées. Même si, par ailleurs, pour ma part, je sais très bien que je ne rencontrerai jamais, dans la vraie vie, des femmes aussi avantagées physiquement. Et même si cela arrivait, cela ne suffira pas forcément pour devenir intime avec elles ou “amis”.

On dira donc que je regarde ces photos pour “l’art”, car ce sont souvent de belles photos ainsi que pour le plaisir des yeux. Et qu’en lisant un ouvrage comme celui de Chollet, je m’aperçois un peu plus de ce que ces mêmes photos peuvent avoir de brutal et d’oppressant pour l’identité de certaines femmes. Et, évidemment, en tant que père d’une fille, je m’inquiète sans doute aussi un peu plus de la portée de ce genre de clichés photographiques, quasi-pornographiques, sur certains enfants mais aussi sur d’autres personnes plus âgées. 

A propos de la pornographie, on peut peut-être lire cet article que je découvre de plus en plus lu sur mon blog : Brigitte Lahaie en podcast . Un article que j’avais écrit au mois de Mai de l’année dernière.

 

Mais j’ai néanmoins bien parlé de l’ambivalence « autant féminine que masculine » vis à vis à de l’Amour.

L’ambivalence « autant féminine que masculine » vis à vis de l’Amour :

 

Certaines œuvres, comme certaines rencontres ou expériences, nous marquent encore plusieurs années plus tard.

 

Le film Mystic River de Clint Eastwood fait partie de ces œuvres et expériences pour moi. A la fin du film, nous savons que Sean Penn, a été persuadé que son ami d’enfance, interprété par l’acteur Tim Robbins, est celui qui avait assassiné sa fille.

Alors, Sean Penn, devenu, adulte, plus ou moins un caïd dans son quartier, a fait « avouer » à son ancien ami d’enfance que c’est bien lui qui avait assassiné sa fille ( la fille de Sean Penn). Une fois que l’ami d’enfance ( Tim Robbins), brutalisé et intimidé par Sean Penn et ses hommes, a « avoué », Sean ( qui porte bien-sûr un autre prénom dans le film) applique ce qu’il considère être la justice d’un père vengeant l’assassinat immonde de sa fille . Et il exécute son ami d’enfance. Car les « aveux » de celui-ci ont balayé ses derniers doutes.

 

Pourquoi Sean Penn croit-il plausible que son ami d’enfance ait pu assassiner sa fille ? Parce-que, plus jeunes, alors que Sean Penn, Tim Robbins et Kevin Beacon, jouaient ensemble dans leur quartier, le jeune Tim, perçu, en le regardant, comme le plus fragile psychologiquement du trio, avait été kidnappé par deux adultes se déplaçant en voiture. Puis violé.

 

Ce qui veut dire qu’un prédateur ne choisit pas n’importe quelle proie. Et qu’une fois que l’on a été la proie ou la victime de quelqu’un, qu’il peut rester en nous, la trace de ce passé qui peut être retrouvée- et utilisée- par quelqu’un d’autre. Si, entre-temps, on n’a pas appris à se défendre en cas d’agression ou à mieux reconnaître, et plus vite, de véritables agresseurs et prédateurs, lorsqu’il s’en présente.

 

On peut être un homme et avoir été, plus jeune, le souffre-douleur attitré de certaines personnes parce-que l’on a été identifié comme celui qui est « faible » ou qu’il est facile de malmener pour s’amuser. C’est ce que j’ai compris lorsque le combattant français Patrice Quarteron, né en 1979, dont je découvre le surnom « Le Rônin sombre », pratiquant du Muay Thaï, a pu dire dans une interview que, plus jeune, malgré ou à cause de sa grande taille, qu’il était souvent celui que l’on venait frapper. Quarteron allant, alors, jusqu’à ironiser en se remémorant ce passé en disant quelque chose comme :

 

« C’était drôle, c’était toujours Patrice Quarteron que l’on venait frapper…. ». On revenait « toujours » le frapper, comme on revenait souvent frapper à une même porte, parce qu’à cette époque, révolue, Quarteron était « connu » comme celui sur lequel on pouvait facilement venir se défouler. Pour faire passer le temps.

Comme on peut le faire pour certaines femmes sexuellement ou physiquement. Ou, sur certains enfants.

Dans Mystic River, face aux trois jeunes garçons dont les personnages sont joués, adultes, par Sean Penn, Tim Robbins et Kevin Beacon, les deux hommes prédateurs, âgés d’une quarantaine d’années, établissent que le « jeune » Sean Penn est un dur à cuire qui va leur donner du mal. Et que le « jeune » Kevin Beacon est trop malin. Cela semble se « voir » ou se deviner en regardant ces trois jeunes garçons qui doivent avoir alors 12 ans tout au plus.

Alors, les deux prédateurs se rabattent sur le « jeune » Tim Robbins. Le plus docile, le plus vulnérable et sans doute aussi le plus poli et le plus gentil. Celui qui est, ici, trop pétri de bonnes manières. Celui, qui, plus tard, sans doute aurait été un homme galant, attentionné etc est celui qui est sacrifié. 

Etant donné que les apparences peuvent être trompeuses, les deux prédateurs auraient pu tomber sur un jeune “Tim”, finalement bien plus combattif qu’ils ne l’avaient cru. Mais il se trouve que le jeune “Tim” s’est révélé être la victime “idéale” pour ces deux hommes. Peut-être du fait de leur déja grande “expérience” mais aussi de leur instinct de “chasseurs”. 

 

A la fin du film Mystic River, Sean Penn apprend qu’il s’est trompé sur son ancien ami d’enfance. Et que celui-ci n’était pas l’assassin de sa fille. Sean Penn a alors un moment d’effondrement face  à sa femme. Et, là, celle-ci, le « remonte » et lui dit, ou plutôt lui assène, qu’il a fait ce qu’il fallait faire ! Qu’il s’est comporté comme un chef de tribu doit le faire ! Nous avons donc, là, une mère, et une femme, qui considère qu’un homme, en tant que chef de famille, même s’il se trompe, doit être capable de s’imposer physiquement et de tuer pour protéger ou défendre sa famille. Nous sommes donc ici très loin du discours selon lequel il est attendu d’un homme qu’il soit aux petits soins avec sa femme et sa progéniture ; qu’il fasse des bons petits plats ; qu’il invite sa femme au restaurant, lui déclame des poèmes, change les couches des enfants, aille faire les courses et participe aux tâches ménagères comme aux devoirs scolaires des enfants etc….

 

Parce-que, même si un homme peut cumuler certaines aptitudes domestiques avec celles d’un Sean Penn dans Mystic River, il m’apparaît peu plausible qu’un même homme puisse et à la fois être l’équivalent d’un Sean Penn dans Mystic River mais, aussi, être un compagnon doux et attentionné selon  certains critères d’égalité officiels entre les femmes et les hommes, et qu’il soit recherché pour cela par la majorité des femmes.

Il me semble que tout en recherchant plus d’égalité avec les hommes, que bien des femmes vont préférer avoir un Sean Penn tel qu’il est dans Mystic River soit comme amant, soit pour mari et père de leurs enfants. Tandis que d’autres femmes ne pourront pas accepter de vivre avec un homme pareil car elles se sentiront incapables de “rivaliser” ou avec lui ou  ne pourront pas le “maitriser” ( le dominer)….

Je me rappelle qu’il y a plusieurs années, un ami guadeloupéen, né en Guadeloupe et y résidant toujours, m’avait dit qu’il était du genre romantique. Et qu’il s’était vite aperçu qu’il ne correspondait pas du tout au type d’homme recherché par les femmes du pays.

Il s’est ensuite marié avec une Polonaise avec laquelle il vit en Guadeloupe depuis des années avec leurs enfants.

 

Dans un podcast écouté récemment, dans l’émission Les pieds sur terre, une jeune femme raconte comment elle aime soumettre les hommes. Peu m’importe qu’elle soit adepte de relations BDSM dès l’instant où celles ci sont consenties entre adultes. Ce qui m’a dérangé, c’est que cette femme a ouvertement dit être attirée par des femmes plutôt que par des hommes. Et, je n’ai pu m’empêcher de voir de la perversion et une très grande satisfaction personnelle de sa part dans ce qui, pour moi, était le contraire absolu d’une relation. Même si les hommes qu’elle soumettait étaient et sont consentants. Car pour qu’il y ait Amour, il faut déjà qu’il y ait un minimum de relation entre deux personnes. Ce qui implique, à mon avis, une certaine égalité, à un moment donné. Si l’on parle d’une relation. Alors que dans le témoignage de cette jeune femme, assez contente d’elle, je ne voyais pas où était cette égalité et cette réciprocité. Cette jeune femme racontait simplement comment elle prenait son pied à humilier et à soumettre avec le consentement de « ses » hommes.

 

Enfin, dans un autre podcast, une femme raconte qu’à un moment de sa vie, elle avait besoin de faire l’Amour tous les jours. En changeant de partenaire régulièrement. Pourquoi pas ? Sauf que sa libido n’était pas au rendez-vous et elle s’est demandée comment elle pouvait y remédier. D’où son podcast dans lequel elle raconte comment elle s’y est prise pour accroître sa libido. Ce faisant, elle a entendu parler de la poudre de Maca qui, sur elle, a eu peu d’effets. Alors que, toujours dans ce podcast, elle interviewe une femme pour qui la poudre de Maca a eu l’effet aphrodisiaque recherché.

J’en profite pour dire que, depuis, je suis allé acheter de la poudre de Maca. Non pour gonfler ma libido. Mais parce-que je me sens fatigué en ce moment et que j’ai découvert, grace à ce podcast, que la poudre de Maca pouvait faire du bien lorsque l’on est fatigué. J’en suis à trois jours de prise quotidienne à raison d’une cuillère à café le matin et j’ai tendance à confirmer pour l’instant les propriétés requinquantes de la poudre de Maca. Et tant mieux, car ces 200 grammes de poudre de Maca m’ont quand même coûté près de 30 euros !  

 

Par contre, alors que j’écoutais ce podcast centré sur la recherche de moyens pour maintenir ou remettre une libido à flot, j’ai été étonné que la personne autrice de ce podcast oublie, selon moi, l’essentiel :

 

Le but est d’avoir une remontée de libido ? Alors, peut-être faut-il d’abord commencer par avoir une relation sincère avec quelqu’un et s’attacher à cette personne. Cela me semble aussi simple que cela. Et je crois – ou espère- que le livre de Mona Chollet va aussi dans ce sens-là. Même si, comme on s’en doute, le sujet de l’Amour peut durer une vie entière.

 

 

Franck Unimon, ce lundi 2 Mai 2022.

 

 

 

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Le petit fantôme bleu, Mona Chollet-Réinventer l’Amour

»Posted by on Mar 9, 2022 in Puissants Fonds/ Livres | 0 comments

Le petit fantôme bleu, Mona Chollet-Réinventer l’Amour

 Le petit fantôme bleu, Mona Chollet-Réinventer L’Amour

 

Cette nuit, j’ai retravaillé. Une de mes collègues m’a rendu la trilogie Pusher ( Pusher III : Journée de merde pour papa-poule ) de Nicholas Winding Refn que je lui avais prêtée. Trilogie qu’elle a bien aimé. Elle m’a même dit qu’elle s’attendait à « plus violent ». Qu’elle ne connaissait pas le cinéma danois.

 

Toujours disponible, avec son sourire, ma jeune collègue ne dit « rien » de plus au point que l’on peut croire que c’est à dessein. Car on peut percevoir comme elle est observatrice des autres. Se met-elle en colère ? C’est difficile à savoir.

 

C’est aussi cette nuit que, comme prévu ( Le couple de la Saint-Valentin/ La femme dans l’homme, ) elle m’a prêté son livre de Mona Chollet :

 

Réinventer l’Amour.

 

 

A la réflexion, et je le lui ai dit, j’ai trouvé ça assez « provocateur » qu’elle me prête ce livre dans un service aussi « testostéroné » que celui où nous travaillons. Elle a alors….souri et m’a répondu qu’elle me prêtait ce livre car je lui avais demandé ce qu’elle lisait en ce moment. Une réponse imparable.

 

Cette  nuit, entre 3 heures et 5 heures du matin, j’ai lu les cinquante premières pages de Réinventer l’Amour.  Avec d’autant plus d’intérêt que je savais que son contenu dénotait dans le service. Dans notre service, pour diverses raisons historiques mais aussi pour certaines nécessités concrètes, certaines valeurs et actions « viriles » ou dites « masculines » peuvent s’exprimer et prédominer. Mais aussi s’agripper à une certaine façon de penser. Moi, j’apparais sans aucun doute encore comme suspect selon certains de ces critères et pour certains collègues :

Je serais « trop gentil » ; « trop patient » ; « je discuterais trop » et manque, ou manquerais, vraisemblablement de « poigne ». Ou de réalisme. Tant physique que verbal.

Si j’ai d’abord dit à ma collègue que, dans le service, j’avais soigneusement dissimulé son livre sous des magazines plus virils consacrés à l’Aïkido et aux Arts Martiaux, je n’exclue plus de m’y montrer avec ce bouquin. Cela pourrait être drôle. 

 

Pourtant, alors que je lisais Réinventer l’Amour, je commençais à faire provision, aussi, de quelques réserves. Dont certaines se sont un peu confirmées chez moi.

 

Ce matin, en rentrant du travail, je rangeais mes affaires lorsque j’ai aperçu ma fille qui se cachait derrière la veste polaire bleue de ma compagne qui est aussi sa maman.

 

 Je l’ai vue pratiquement tout de suite. Je me suis dit que tant que ma fille continuerait de se cacher de cette façon lorsque je rentre, et à jouer à être découverte et recherchée, que ce serait bon signe. Mais aussi, peut-être, que tant que je remarquerais aussi vite en rentrant qu’elle se cache afin d’être vue.

 

Que je n’ai pas tout raté. Que je ne rate pas tout dans ma relation avec elle, au travers de l’éducation que je lui « donne » mais, aussi, lui impose.

 

Dans son livre, Réinventer L’Amour,  Mona Chollet cite deux exemples de couples « réussis » où l’Amour a tenu toute la vie.

 

Celui d’André Gorz et celui de Serge Rezvani dont je ne connais pas les œuvres.

 

Le sujet de Réinventer l’Amour porte sur L’Amour entre deux adultes consentants. Et non sur l’Amour filial.

 

Et, Mona Chollet, elle-même, relate sa joie à avoir réussi à garder une relation apaisée avec son ex-compagnon. Je peux l’envier. Je me suis déjà demandé comment faisaient les autres pour garder des relations apaisées avec leurs ex. A ce jour, je n’ai pas réussi.

 

Toutefois, je remarque qu’elle comme André Gorz et Serge Rezvani n’ont pas eu d’enfant.

 

Pas le moindre enfant. Par choix. Un choix que je peux comprendre. Si en tant que personne adulte, je considère le fait d’être père comme une expérience extraordinaire à vivre en tant qu’être humain, je comprends que d’autres puissent décider de s’abstenir de vivre cette expérience. Car pour extraordinaire que soit cette expérience, elle est aussi très personnelle.

 

Cependant, j’ai l’impression qu’il manque « quelque chose » dans Réinventer l’Amour, lorsque Chollet parle d’Amour dans le couple, alors qu’elle cite sa propre expérience et deux couples exemplaires en matière d’Amour. Sans aucun enfant à proximité de ces expériences de couple.

On peut raconter tout ce que l’on veut, de sensé, sur le couple et l’atteinte du couple par le patriarcat. Et de ce qu’il faudrait faire pour éviter la destruction de l’Amour dans le couple. Mais, pour l’instant, si je lis à la lettre son livre, je constate que pour  Chollet, les premiers couples dont l’histoire d’Amour a été aboutie qu’elle cite sont des couples sans enfants.

 

Même si je peux avoir des « choses » à corriger dans ma perception du couple et de la vie, le fait d’être parent change donc la donne dans la « durée d’action de l’Amour » au sein d’un couple.

 

Que l’on n’essaie pas de me convaincre qu’un couple avec enfant dispose exactement des mêmes atouts et de la même disponibilité pour l’autre, qu’un couple sans enfant.

 

Que l’on n’essaie pas.

 

 

Même si le fait d’avoir un enfant peut être un atout.

 

 

Je ne regrette pas, par exemple, malgré certains efforts, certaines difficultés et certains de mes doutes, d’être le père de ma fille. Même si je suis insatisfait assez régulièrement de « mes états de services » en tant que père. Même si je suis contrarié de constater mes  infirmités en tant que père et que je m’inquiète de leurs retombées sur ma fille. 

 

 

Pour ces quelques raisons, aussi, pour essayer de conjurer les éventuelles retombées de mes infirmités, je tenais, ce matin, à parler un peu de ce petit fantôme bleu qui m’attendait, ce matin, à la maison, en rentrant.

 

Petit fantôme bleu, qui, ensuite, m’a présenté/imposé le menu de son restaurant.

 

Comme je n’ai pas réagi tout de suite lorsqu’elle l’a déposé près de moi dans la salle de bain, alors que je récupérais mes affaires de piscine et d’apnée, ma fille a déplacé le dit menu et l’a rapproché de moi. J’ai compris qu’il fallait que je le voie. J’ai donc demandé à ma fille :

 

« C’est pour que je commande à manger ? ».

 

Près de moi, elle a alors acquiescé avec un sourire d’évidence.

 

On est adulte, contrarié, fatigué ou simplement concentré sur diverses pensées qui n’ont rien à voir avec notre enfant ou qui ont simplement à voir avec notre monde intérieur (penser à ranger telles affaires pour se préparer à notre nuit de travail suivante, penser à écrire tel article, ou telles idées d’articles, faire quelques étirements pour le dos car on a fait du vélo en rentrant du travail…).

 

Et votre enfant est là, immédiatement devant vous. Tel un génie dont vous avez rendu l’existence concrète. Car vous avez œuvré pour cela. Personne a priori ne vous a forcé à le faire venir. Et, désormais, pour quelques années, ce génie apparaît souvent. Vous regarde et vous écoute, sans que vous vous y attendiez toujours.

 

 

Et ce génie vous sollicite. Que votre enfant vous gratifie ou vous contrarie, votre enfant est un génie. Vous n’êtes peut-être pas – toujours-  au courant. Car ce génie s’exprime parfois ou souvent sans répit en dehors des heures ouvrables de votre tolérance et de…de votre imagination. Peu importe ce qui s’est passé la veille ou ce que vous venez de vivre. Vous avez travaillé douze heures, dehors en rentrant à vélo, il faisait 7 degrés. Tout cela n’existe pas, ne compte pas, pour lui. Il n’est pas au courant. Lui, il sait qu’il ne vous a pas vu depuis la veille, plus de 12 heures auparavant. Pour lui, c’est tout ce qui compte. Et, ça y ‘est, vous êtes là devant lui, en chair et en os. C’est le moment où jamais. Vous êtes donc disponible. Et cherche donc à renouer avec vous. Pour lui, c’est la normalité. L’anormalité pour lui, c’est d’avoir été séparé de vous. Entre adultes, il existe  parfois ce rituel préliminaire, ou, avant de vous solliciter, ce qui est de toute son intention prioritaire, l’autre vous demande :

 

« ça va ? Tu as passé une bonne journée ? ». Alors qu’en fait, l’autre n’attend qu’une chose. Vous solliciter ou vous parler d’un sujet précis qui, pour elle ou pour lui, nécessite votre pleine et immédiate attention et adhésion. L’enfant, lui, s’il va bien et se trouve dans un environnement familial où il se sent en confiance, s’épargne- et vous épargne- ce genre de salamalecs et de faux-semblant. Plus tard, peut-être, il apprendra à le faire.

 

 

Quoi de plus facile à comprendre. Pourtant, ça, vous qui êtes évolué, adulte, intégré, réfléchi, vous ne le comprenez pas tout le temps. Vous, pas forcément malheureux de votre nuit de travail, pas nécessairement rejetant, vous avez néanmoins besoin d’un certain sas entre le monde dont vous venez ; le monde, les humeurs, les diverses transhumances que vous portez en vous et dans lesquelles vous vagabondez encore. Et l’immédiateté de la demande spontanée de votre enfant que vous ne prévoyez pas. Que, malgré votre « expérience » de lui, une fois de plus, vous n’avez pas vu venir. Pour lui, ce sas dont vous avez peut-être besoin, est une abstraction ou une absurdité d’adulte.

 

Il (votre enfant, bien-sûr, nous ne parlons pas de celui des autres)  semble régulièrement croire que vous avez l’aptitude de lire l’avenir. Mais aussi à lire dans ses pensées.  Cette demande et cette croyance renouvelées sont à la fois bon signe. Et résultent aussi du fait et de l’évidence que vous faites partie de l’Histoire de votre enfant. Mais aussi que  votre enfant fait partie de la vôtre.  Et que c’est comme ça. Un cercle qui semble alors infini. Et cette Histoire, ce cercle en mouvement, durant quelques heures, vous vous en êtes extrait, vous l’avez en partie oublié. Alors que votre enfant, loyal, et toujours magnétisé par le cercle de cette Histoire, s’en souvient. Il vous en rappelle à la fois le conte, l’existence mais aussi la naissance. Votre naissance.

 

Donc, penser ou croire qu’un couple sans enfant et un couple avec enfant – qui a pourtant conçu cet enfant par amour- ont les mêmes aptitudes, ou les mêmes volontés, pour réinventer l’Amour est une erreur. Mais comme je n’en suis qu’aux cinquante premières pages du livre de Mona Chollet, il est trop tôt pour que j’affirme qu’elle laisse sous entendre ça.  Cet article aura bien-sûr une suite.

 

Franck Unimon, ce mercredi 9 mars 2022.

 

 

 

 

 

 

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Panser les attentats- un livre de Marianne Kédia

»Posted by on Jan 9, 2022 in Corona Circus, Puissants Fonds/ Livres | 0 comments

Panser les attentats- un livre de Marianne Kédia

 Panser les attentats –un livre de Marianne Kédia

 

(Pour ne pas céder à la peur)

 

Détermination et bienveillance

 

 

La couverture découvre deux mains l’une dans l’autre. C’est un geste simple. On pourrait se dire qu’il concerne un adulte et un enfant. Mais il s’adresse à tous. Les derniers mots du livre de la psychologue et psychothérapeute Marianne Kédia sont « détermination et bienveillance ».

 

Une détermination et une bienveillance dont elle entoure son livre et celles et ceux qui le touchent.  Un livre paru en 2016. 2016, cela paraît loin maintenant. Il y a quelques jours encore, nous fêtions Noël 2021. Puis a suivi la nouvelle année, 2022.

L’année 2016, c’est loin alors que la pandémie du Covid reflue lors de l’hiver. Avec le variant Omicron, ses plus de trente mutations- contre moins de dix pour le variant Delta encore présent du Covid. Alors que plus de cent mille personnes attrapent le Covid tous les jours, que le gouvernement, après le passe sanitaire, aspire désormais à imposer le passe vaccinal et sans doute la vaccination anti-Covid pour les enfants de moins de 11 ans.

 

La mort kilométrique

 

 

En 2016, nous étions « ailleurs ». L’assassinat par un terroriste de l’enseignant Samuel Paty, a eu lieu le 16 d’octobre 2020. Mais, déjà,  en 2020, les attentats terroristes nous semblaient plus loin qu’ en 2016. Peut-être aussi parce-que, comme l’explique également Marianne Kédia dans son livre, avec le principe de la « mort kilométrique », notre perception de l’assassinat de Samuel Paty a t’elle été influencée par notre distance avec l’événement :

 

Plus la mort est donnée loin de nous, moins elle nous terrorise. Conflans Ste Honorine, où Samuel Paty a été assassiné, c’est une ville de banlieue distante de vingt kilomètres de Paris. Conflans Ste Honorine est une ville de banlieue parisienne moins connue que d’autres.

 

Bien que située dans les Yvelines, la ville de Conflans Ste Honorine est moins connue que Versailles ou St Germain en Laye, lesquelles, déjà, font sans doute plus partie de l’histoire- ancienne- ou du Patrimoine de France. Même si, ces derniers temps, au travers de la candidate aux élections Présidentielles de 2022, Valérie Pécresse, on entend peut-être un petit peu plus parler de ces deux villes des Yvelines :

 

Saint Germain en Laye et Versailles.

 

Pour ma part, je connais la ville de Conflans Ste Honorine au moins pour y avoir travaillé. Mais aussi pour y avoir vu le guitariste John McLaughlin en concert. Et, une de mes ex y vit sans doute encore. Donc, pour moi, la ville de Conflans Ste Honorine est bien plus qu’un simple nom sur une carte. Je sais également comment m’y rendre. D’ailleurs, j’y suis passé avant hier en train. Mais je fais ici partie d’une minorité même si cette minorité se compte en milliers de personnes.

 

Alors que les attentats du 13 novembre 2015- dont le procès se déroule encore pendant quelques mois, à Paris- avaient eu lieu en plein Paris. Ou à Saint-Denis.

Contrairement à  la ville de Conflans Ste Honorine ou de Magnanville (ville située dans l’agglomération de Mantes la Jolie, à 60 kilomètres de Paris, ou en juin 2016, un policier et sa compagne s’étaient faits  assassiner par un terroriste islamiste) Saint Denis, déjà, est une ville de banlieue proche de Paris.

 

Le 13 novembre 2015, les attentats avaient débuté dans un endroit où peuvent se retrouver beaucoup de personnes de tous les environs dont Paris : Au Stade de France qui peut accueillir un peu plus de 80 000 personnes et où se déroulent des événements sportifs de masse. Le Stade de France reçoit des événements sportifs qui bénéficient d’un retentissement médiatique mondial. C’est donc un lieu sans doute plus connu dans le monde que Conflans Ste Honorine ou Magnanville.

 

Puis, après le Stade de France, le 13 novembre 2015, les attentats avaient essaimé en plein Paris. Je me rappelle encore où j’étais cette nuit-là : au travail, dans le 18 ème arrondissement de Paris. J’avais appris la « nouvelle » des attentats par ma collègue de nuit, qui, elle-même, l’avait appris par son compagnon. Autrement, de notre côté, tout était calme. Tant dans le service que dans le quartier.

Le lendemain matin, vers 7 heures du matin, j’était rentré chez moi. On rentre chez soi différemment lorsque l’on sait que durant la nuit ont eu lieu des attentats dans la ville où l’on se trouve.

Photo prise ce 22 décembre 2021 au Spot 13, à Paris.

En 2016, quand paraît ce livre de Marianne Kédia, notre attention, tant géographiquement, psychologiquement que chronologiquement, est davantage happée par les attentats- rapprochés–  comparativement à aujourd’hui, en 2022.

Rappelons aussi qu’à Nice, le 14 juillet 2016, un attentat terroriste effectué ” au camion-bélier” sur la promenade des Anglais- donc pendant les réjouissances nationales du 14 juillet- avait fait 86 morts et plus de 400 blessés.

 

Détermination et bienveillance

 

 

En 2016, ces attentats semblaient partis pour muter sans s’arrêter. C’est dans ce contexte que Marianne Kédia a écrit ce livre, Panser les attentats.  En psychologue et psychothérapeute dont les armes sont faites de….détermination et de bienveillance. Il faut bien se rappeler que les deux termes- détermination et bienveillance– sont ici rassemblés et clôturent le livre. C’est qu’ils prononcent l’intention principale de l’ouvrage. Une personne terroriste, peu importe son idéologie, islamiste ou autre, est également déterminée. Mais elle est rarement ou exceptionnellement bienveillante pour autrui lorsqu’elle passe à l’action.

 

Selon le dernier ouvrage de Hugo Micheron, Le Jihadisme Français : Quartier, Syrie, Prisons paru en 2020 (cité comme l’ouvrage actuel de référence sur le sujet par Charlie Hebdo dans son numéro de cette semaine), la stratégie des jihadistes serait désormais de privilégier davantage l’infiltration dans la société française par le biais de l’action sociale, politique et culturelle surnommée le « soft power ».  Par ailleurs, d’autres attentats auraient été désamorcés à temps par les services dont c’est la fonction.

 

Mais cela ne nous préserve pas pour autant définitivement d’autres attentats. Notre monde continue de se transformer. Et, ce qui se déroule par exemple en Afghanistan avec les Talibans qui ont repris le Pouvoir, ou ailleurs, peut avoir pour conséquence la réalisation d’autres attentats.

 

Les atouts et attraits de cette lecture

 

La prévention

 

Souvent, nous attendons que certains événements nous heurtent. Comme s’ils étaient à jamais improbables ou disparus pour toujours. Comme si nous devions constamment ou régulièrement découvrir ou redécouvrir que certaines violences et certaines catastrophes subsistent et existent. Alors que nous avons la possibilité mais aussi la capacité, en nous informant mais aussi en nous formant, de le savoir voire de nous y préparer.

 

Aujourd’hui, en 2022, on peut aussi lire cet ouvrage à titre préventif pour diverses situations – extrêmes- de notre vie courante. La prévention est une précaution dont on fait trop souvent l’économie. Je pars du principe qu’il y a de fausses économies :

 

A être trop sûrs de soi, certaines fois, on néglige certains domaines. Et, ensuite, il arrive de se retrouver dans l’embarras, du genre en panne sèche sur l’autoroute à cinquante kilomètres de la première station d’essence, ou en état de panique face à une situation réellement inquiétante qui, pourtant, s’était déjà produite. Dans certains pays tels le Japon, sujet aux tremblements de terre, la population est éduquée ou entraînée de façon à savoir comment réagir lorsque la terre tremble.  

 

Marianne Kédia le rappelle bien : le terrorisme a pour but de détruire la cohésion sociale.

Vu comme ça, la « cohésion sociale », peut faire penser à une chose abstraite, floue et générale, donc très distante de soi. La « cohésion sociale », on peut penser que c’est les autres à vingt ou trente kilomètres de soi. Ou que cela concerne l’assistante sociale. Même si c’est vrai, ce qui va se passer à vingt ou trente kilomètres de soi- ou plus proche de soi- aura des effets, d’une façon ou d’une autre, sur nous.

 

Si le but du terrorisme, c’est de détruire la cohésion sociale, ce qui nous tue, aussi, d’abord, tous les jours, c’est d’être de plus en plus, chacun dans son camp, étrangers les uns aux autres. Cela a ses avantages : une certaine liberté hors du jugement des autres. Sauf que si nous sommes étrangers les uns ou autres, il arrive aussi que nous soyons aussi des étrangers pour nous-mêmes.

Dans la vie sociale, nous sommes souvent plus superposés ou amenés à occuper un espace et un moment qu’ensemble. Donc, déjà, nous sommes plus ou moins quelque peu extérieurs à une certaine cohésion sociale :

 

Si une personne dans les transports en commun, ou ailleurs, se fait agresser devant plusieurs témoins qui restent passifs. Alors que ces témoins sont numériquement plus nombreux que le ou les agresseurs, c’est aussi parce-que cette personne qui se fait agresser devant eux leur est « inconnue ». Distante et inconnue. Etrangère. Le destin de cette victime leur semble d’abord n’avoir aucun rapport avec leur propre destin ou ne serait-ce qu’avec leur réputation.

 

 

Cependant, je ne passe pas mes jours et mes nuits à guetter l’attentat qui rôde. Je continue de préférer d’autres occupations que celles de « chasseur » ou de « pisteur » d’attentats. Et puis, je n’ai pas de compétences ou de dons pour détecter les attentats.

 

Par contre, j’ai trouvé dans les propos de Marianne Kédia des réponses qui peuvent s’appliquer, aussi, à bien d’autres situations que des attentats.

 

Trop souvent, la tendance est à cloisonner les disciplines comme les expériences. Alors que ce que l’on apprend dans une discipline ou dans une expérience peut se transposer dans d’autres domaines. C’est pour cela que j’ai lu l’ouvrage de Kédia autant en tant que personne qu’en tant que soignant.

Par exemple, lors de la nuit des attentats du 13 novembre 2015, après avoir appris par son compagnon que des attentats avaient lieu en plein Paris, où notre service d’hospitalisation pédopsychiatrique pour adolescents se trouve , ma collègue de nuit m’avait alors dit :

 

« J’ai envie d’allumer la télé pour regarder les infos…. »

 

Ma réaction avait été instinctive :

 

« Tu peux. Mais sans moi ! ».

 

Avant même d’allumer la télé, je savais ce sur quoi nous allions tomber. Regarder la télé, à ce moment-là, c’était se faire gaver comme des oies, en continu, avec des informations anxiogènes. Je ne voyais pas en quoi cela allait ou pouvait m’apporter quoique ce soit de bénéfique. Cette certitude me venait sans aucun doute de mes souvenirs de ces heures passées, chez mes parents, à rester cramponné, pendant des heures, à des programmes télé de plus en plus débiles à mesure que je les regardais. Je m’apercevais que je m’avançais de plus en plus sur l’autoroute du néant de la pensée. Pourtant, je restais fixé, crucifié, devant l’écran.

 

Mes souvenirs des spots d’informations répétitifs de la radio France Info, écoutés à une époque où j’ambitionnais ainsi de m’informer et me cultiver, sont sans doute aussi remontés la nuit du 13 novembre 2015. Lorsque j’ai répondu à ma collègue et amie.

 

A la fin de son livre, Marianne Kédia, donne entre-autres, comme recommandation, de limiter notre exposition à la télé en période d’attentats précisément pour éviter de connaître une anxiété galopante qui pourrait franchir toutes les frontières. A la place, elle préconise, à juste titre, de s’informer en lisant des journaux voire, en écoutant la radio (en évitant les radios qui répètent les mêmes flashes en continu).  Car la surinformation fait des dégâts comme le surarmement.  Marianne Kédia fait ainsi cette analyse :

 

Le plus souvent, lorsque des informations nous sont « données »à chaud par rapport à un événement catastrophique ou choquant, ces informations, masquent leur vide par leur répétition industrielle. Elles nous injectent principalement du bruit sonore, des suppositions, de l’agitation et du parasitage qui mettent et maintiennent en alerte. Alors que cet état d’hyper-vigilance, de peur et d’alerte maximale n’a aucune utilité pour la majorité des personnes qui écoutent ou regardent ces informations. 

 

Marianne Kédia considère que les média, lorsqu’ils se comportent de cette manière, agissent comme un « cerveau traumatisé » qui répète en boucle la même information. Je me dis ce soir qu’à comparer alors certains média à un  « cerveau traumatisé » que Kédia est encore trop indulgente. Et qu’elle pense encore en soignante bienveillante et optimiste qui peut aider à guérir.

 

Je suis peut-être moins bienveillant ou moins optimiste qu’elle car, moi, devant cette banalisation et cette hyperproduction de bruit sonore, de suppositions, d’agitation et de parasitage, je vois surtout ce avec quoi notre civilisation et notre société nous  éduque, nous nourrit et nous dirige régulièrement. Et, il faut des événements plus marquants que d’autres, tel un attentat, une pandémie ou les fêtes de Noël avec toute sa mise en scène avec les illuminations, les promotions et les réclames où, d’un seul coup, on se doit d’être joyeux coûte que coûte pour s’apercevoir de certains aspects disproportionnés et pathologiques de notre mode de vie.

 

Pedigree, pédagogie

 

Je n’avais jamais entendu parler de Marianne Kédia avant ma lecture récente de Ricochets-Un livre de Camille Emmanuelle qui la cite, entre autres. Dans son livre, Camille Emmanuelle cite aussi Patrick Pelloux, lequel avait également écrit sur son deuil après les attentats de Charlie Hebdo ( voir L’instinct de vie ). 

 

 

Marianne Kédia, spécialisée dans le traitement des psycho-traumas (ou PTSD dans son appellation anglaise) a également écrit Dissociation et mémoire traumatique et participé à la rédaction de L’aide-mémoire psycho-traumatique.

 

Par ailleurs, elle cite entre autres Bessel A. Van Del Kolk qu’elle présente comme l’un des plus grands spécialistes actuels du syndrome post-traumatique. Lequel a écrit l’ouvrage Le corps n’oublie rien.

 

Diplômée en 2003, Marianne Kédia compte déjà une certaine expérience clinique dans plusieurs univers. Dans le monde de l’entreprise, dans l’Humanitaire, dans des associations et à l’hôpital.

 

J’ai été marqué par son engagement dans son travail. Je me demande comment on peut maintenir un tel engagement, sur la durée, comme elle le fait, là où elle le fait. Son métier est autrement plus éprouvant que d’autres. Pour moi, le métier de soignant consiste à « manger de la violence et de la souffrance ».

 

Son très grand engagement vient-il de son « jeune » âge ou d’une passion comme elle le dit ?

 

Quoiqu’il en soit, dans une période de grande violence et de grande souffrance, les personnes qui savent nous divertir, nous faire rêver mais aussi celles qui visent à nous rassurer et nous soigner jouent un rôle prépondérant dans une société. On l’oublie souvent- même des soignants l’oublient- mais un soignant joue également un rôle fondateur, pacificateur, égalitaire, démocratique et stabilisateur dans une société. Soit l’opposé du terrorisme qu’il soit religieux, intellectuel, économique ou politique.  Ou de l’inquisition.

 

L’ouvrage, Panser les attentats (sans doute aussi un jeu de mot avec le verbe « penser ») de Marianne Kédia est paré de ces vertus fondatrices, pacificatrices, égalitaires, démocratiques et stabilisatrices.

 

Son livre se parcourt plutôt facilement. Il est très pédagogique. L’humour le ponctue dans certains passages. La fin me donne un peu l’impression d’avoir été écrite plus rapidement que les trois premiers quarts. Je trouve aussi qu’elle insiste beaucoup pour orienter vers son corps de métier, en cas de besoin, les psychologues.  Mais elle connaît son sujet. Son livre est à avoir, à lire et  à appliquer. Avec détermination.

 

Franck Unimon, ce dimanche 9 janvier 2022.

 

 

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Helie de Saint Marc par Laurent Beccaria

»Posted by on Déc 18, 2021 in Corona Circus, Puissants Fonds/ Livres | 0 comments

Helie de Saint Marc par Laurent Beccaria

Helie de Saint Marc par Laurent Beccaria

 

 

« Tu veux être bon ?! Va où est le chaos… ».

 

Nous sommes des millions, en France, à considérer qu’à partir de ce soir ( ce vendredi 17 décembre 2021)  vont débuter les vacances de Noël. Et de nombreux préparatifs, dans cette intention, ont déjà été entamés.

 

Qu’est-ce qu’on va manger ? Avec qui on va faire la fête ? Quoi offrir ?

 

Pour certains, Noël et ses vacances sont une période joyeuse. Pour d’autres, il s’agira d’un bataillon de leurres à endurer plus que d’autres jours. Une croix à porter.

Gare de Paris St Lazare, 7 décembre 2021.

 

 

Toutes ces illuminations et ces airs de musique optimistes. Avec ces suggestions de cadeaux qui se déversent même dans  des média « sérieux ». Forêts hormonales- et de nitrates- surgies brutalement et à travers lesquelles il s’agira de cheminer comme si tout cela était normal. Et qui disparaitront ensuite pour être remplacées par d’autres ténors magistraux : les soldes, la galette des rois….

 

Hélie de Saint Marc, lui, ne fêtera pas Noël. Il est mort en 2013…à 91 ans.  Après plus de 90 Noël. C’est une longévité étonnante pour un homme qui a fait beaucoup plus que de décorer des sapins de Noël.

 

Il a envoyé quelques hommes au sapin, en a vu d’autres se faire harponner par lui. Et, lui-même, dans sa jeunesse, avait évité de peu sa transformation en sapin. C’était pendant la Seconde Guerre Mondiale, dans un camp de concentration nazi. Il avait à peu près vingt ans. Puis en Indochine. Il y avait eu, aussi, la Guerre d’Algérie….

 

Les décorations militaires qu’ Hélie de Saint Marc avait reçues ne venaient pas d’un magasin vendant des articles pour Noël.  

 

Je serai peut-être décédé bien avant mes 91 ans, moi qui bénéficie encore de la sécurité sociale, d’une certaine sécurité de l’emploi et qui réussis à manger à ma faim. Mais aussi à me plaindre, à être insatisfait. Et si, un jour, on parle un petit peu plus de moi que lui et de toutes celles et tous ceux qui lui ont ressemblé, qui lui ressemblent ou lui ressembleront, noirs, blancs, jaunes, arabes, hétérosexuels ou homosexuels, transgenres ou queer, femmes, hommes ou enfants, cela ne changera rien aux faits.

 

Les faits sont que Hélie de Saint Marc, comme celles et ceux qui lui ressemblent, pour moi, est une très grande personne. Beaucoup plus que moi. Et, obtenir plus de « popularité » que lui, si cela arrivait, n’y changera rien.

L’écrivaine Annie Ernaux, vraisemblablement en 1963.

 

Soyons précis : c’est ce que j’ai cru entrevoir chez l’homme qu’a été Hélie de Saint Marc, malgré son parcours de militaire qui me fait écrire ça. Certaines de ses…valeurs. Il aura été un homme engagé et un résistant. Il existe différentes formes de résistances. Pour moi, lorsque Annie Ernaux, dans sa nouvelle, L’événement, raconte son avortement clandestin, en 1963, alors qu’elle a une vingtaine d’années, dans le périmètre de Rouen, je vois aussi une résistante.

Et, lorsqu’en Guadeloupe, le musicien Vélo, joue du Gwo-Ka, alors que ce genre de musique est alors mal perçu ( ou le Maloya à la Réunion à une certaine époque), je vois aussi un résistant.

 

Aujourd’hui, le mot Résilience, beaucoup transmis par Boris Cyrulnik, est souvent « dicté » comme une évidence, mêlés parmi d’autres termes qui seraient nos boussoles et nos idéaux communs et immédiats :

 

Humanité, tolérance, bienveillance, être une famille, entraide, solidarité, écologie, démocratie, égalité, liberté, écoute, assistance, conseil, rebondir…

 

Les personnes résistantes sont celles qui s’aperçoivent que la pensée dominante est un échec. Et que le chaos auquel cette pensée obéit ne fera rien sortir de bon ou de meilleur chez l’être humain.

 

« Tu veux être bon ?! Va où est le chaos…. ». Cette phrase ne signifie pas :

 

« Fais-toi plaisir, écrase tout le monde autour de toi parce-que tu es très fort et que tu as beaucoup de pouvoir ».

 

Cette phrase ne signifie pas : « Bâtis un empire de carnage à ton image et prends ton pied absolu sans te retourner. Et sans jamais te préoccuper des autres ou te consacrer à eux ».

 

Contexte de lecture

 

Hélie de Saint Marc, un prénom et un nom  inconnus, aujourd’hui.

 

Comparativement au variant Omicron de la pandémie du Covid. Au rappeur Orelsan .

Gare de Paris St Lazare, 7 décembre 2021. En haut à droite, au dessus de la sortie, une affiche montrant le rappeur Orelsan pour la promotion de son nouvel album ” Civilisation”.

 

 

Pardon pour la chronologie mais j’essaie de trouver des actualités qui parlent ou parleront rapidement au plus grand nombre :

 

Ouvrage dirigé par Zineb El Razhaoui, ancienne journaliste de ” Charlie Hebdo”, dans lequel elle recueille 13 témoignages de victimes ou de proches de victimes des attentats islamistes du 13 novembre 2015 à Paris. Elle fait aussi le portrait du meneur de ces attentats.

Le procès des attentats islamistes du 13 novembre 2015 ; Le candidat aux élections présidentielles polémiste-journaliste-écrivain-extrémiste de droite-futur papa Eric Zemmour ; la pénurie infirmière et médicale ;

 

 

L’hebdomadaire Télérama de ce 15 décembre 2021.

 

 

le refus du passe sanitaire et de l’obligation vaccinale en Guadeloupe et dans d’autres régions de France et d’outre-mer ;

 

 

Le journal ” Charlie Hebdo” de ce 15 décembre 2021.

 

 

la normalisation des relations de certains pays du Machrek tels le Maroc avec Israël ; L’emprise croissante de la Chine sur Hong-Kong et dans le Monde ; L’incarcération à la prison de la Santé de Claude Guéant , l’ancien Ministre de l’intérieur très sûr de lui, de l’ex Président de la République, Nicolas Sarkozy pour détournement de fonds ; L’accusation de viol portée à l’encontre de personnalités populaires ( masculines) telles que Nicolas Hulot, ancien Ministre mais aussi animateur de télé vedette, Yannick Agnel, ancien champion olympique de natation ; La Turquie qui brûle ou ampute les doigts de certains de ses écrivains afin qu’ils ne puissent plus écrire ; La sonde Parker Solar Probe, de la NASA, qui a « touché le soleil pour la première fois » (La sonde lancée en 2018  «   a franchi une bordure symbolique appelée la frontière d’Alfvèn » située à 15 millions de kilomètres de la surface du Soleil ». Article de France info publié le 16 décembre 2021) ; la sortie du « nouveau » film Matrix Résurrections ce 22 décembre 2021. La mort récente de Pierre Rabhi, écologiste modèle, homophobe et assez misogyne.  

 

 

Première page de couverture du journal ” Charlie Hebdo” de ce 8 décembre 2021. Avec, à gauche, l’homme politique, Eric Ciotti, au centre, la femme politique Valérie Pécresse, à droite, la femme politique Marine Le Pen et, allongé, à plat ventre, Eric Zemmour ex-journaliste, polémiste, écrivain qui s’est déclaré récemment candidat aux élections présidentielles de 2022.

 

 

Hélie de Saint Marc n’appartient plus à cette époque. Mais je cite ces quelques événements car je crois que connaître un peu le contexte qui entoure une lecture peut rajouter du relief et une certaine profondeur à un article.

 

La couverture de l’hebdomadaire Télérama de ce 15 décembre 2021. Le rappeur Joey Starr, un des meneurs du groupe de Rap NTM ou Suprême NTM y est montré en première page. Aujourd’hui, le groupe NTM n’existe plus. Mais un film consacré au groupe ” Les Suprêmes” d’Audrey Estrougou est sorti au cinéma le 24 novembre 2021 et marche plutôt bien en salle. Par ailleurs, Joey Starr, depuis cette photo en 1988, est depuis devenu un acteur et un comédien ( tant au cinéma qu’au théâtre) reconnus. Ce que rien en particulier ne laissait présager lorsque le groupe NTM a sorti ses premiers albums dans les années 90, Joey Starr se faisant plus “connaître” pour ses frasques ainsi que pour sa musique et ses prestations scéniques.

 

 

Ma « découverte » de Hélie de Saint Marc  :

J’avais « entendu » parler de Hélie de Saint Marc sans doute un peu avant sa mort.

 

« Tu veux être bon ?! Va où est le chaos » n’est pas de lui.

 

Le Maitre Kacem Zoughari en couverture d’un précédent numéro de la très bonne revue d’Arts martiaux, Yashima.

 

 Cette phrase- à laquelle j’ai déjà fait référence- a été prononcée par Kacem Zoughari, Maitre d’Arts martiaux, lorsqu’il avait été interviewé pour le magazine Yashima par Léo Tamaki, un autre Maitre d’Arts Martiaux. Un des Maitres d’Arts Martiaux de Kacem Zoughari , devenu un Sensei lui-même, lui avait donné un jour ce « conseil ».

 

 

 Hélie de Saint Marc n’était ni prêtre, ni rappeur, ni Maitre d’Arts Martiaux :

Il a été résistant, déporté dans un camp de concentration nazi, militaire, légionnaire parachutiste, officier. Il a avait été entaché par sa participation au putsch des généraux en Algérie en 1961 qui s’est opposé au Général de Gaulle. Condamné pour cela à faire de la prison. Puis réhabilité après plusieurs années d’incarcération. Enfin, il est devenu écrivain et ses livres, où il raconte « ses » guerres et ses époques, sont bien cotés.

Je n’en n’ai lu aucun pour l’instant par contre j’ai lu cette biographie que lui a consacré, de son vivant, un des membres de sa famille, Laurent Beccaria, historien, ainsi que cet ouvrage qui retranscrivait sa rencontre avec un ancien officier nazi :

Notre Histoire avec August Von Kageneck , conversations recueillies par Etienne de Montety.  

 

Autant que je le comprenne, Hélie de Saint Marc n’a jamais eu d’ambitions politiques et n’a jamais cherché à se montrer dans les média ou  à participer à une émission de téléréalité. Il était plutôt à l’opposé de ce mode de « vie ».

 

Ce qui le différencie complètement d’un Général de Gaulle, son aîné de plusieurs années, qui avait désobéi au Maréchal Pétain en entrant dans la Résistance, c’est son absence d’ambition et stratégie politique. C’est aussi ce qui le sépare de certains des généraux qu’il avait rejoints lors du putsch des généraux en Algérie en 1961. C’est, entre autres, ce qui ressort de cette biographie.

 

Qu’ai-je retenu de cette biographie ?

 

Si le variant Omicron de la pandémie du Covid est de aujourd’hui le variant dont on parle de plus en plus depuis le début officiel de cette pandémie en France en mars 2020, j’avais lu ou commencé à lire cet ouvrage lorsque le variant Delta de la pandémie était dominant. Peut-être avant l’obligation vaccinale comme celle du passe sanitaire décidée par le Président Macron et son gouvernement ce 12 juillet.  

 

J’ai terminé sa lecture il y a maintenant deux ou trois mois. Je me rappelle d’un jeune Hélie de Saint Marc, issu d’une famille vivant dans les environs de Bordeaux depuis plusieurs générations, plutôt d’un bon milieu social. Une famille cultivée. Catholique pratiquante. Je me rappelle d’un père (celui de Hélie de Saint Marc) avocat ou notaire, ôtant son chapeau avec respect lorsqu’il croisait des juifs forcés par le gouvernement Pétain à porter l’étoile jaune.

 

Je me souviens d’un jeune Hélie de Saint Marc plus à l’aise pour parcourir la région à vélo que pour réaliser des prouesses intellectuelles à l’école. Le travail scolaire lui demandant beaucoup d’efforts afin d’obtenir des résultats moyens ou corrects. Par contre, le jeune Hélie, qui avait au moins un frère, lisait avec admiration les récits de certains grands hommes ou aventuriers.

 

 

Lorsque l’Allemagne nazie envahit la France jusqu’à se répandre à Bordeaux, c’est la colère qui anime le jeune Hélie de Saint Marc. Dans cet ouvrage ou dans Notre Histoire, il rappellera comme il avait alors fait l’expérience douloureuse – voire traumatique- et s’en rappellera plus tard, qu’un grand empire établi et semblant parti pour durer peut péricliter en très peu de temps. La France d’aujourd’hui n’est peut-être qu’une vitrine de Noël pour touristes, consommateurs, extrémistes ou terroristes et apparaît assez souvent comme la spectatrice un peu consultée des décisions prises par les plus grandes Puissances (La Chine, les Etats Unis, la Russie, Le Japon, l’Allemagne, Israël…). Le récent raté où l’Australie a préféré, finalement, rompre le contrat par lequel elle s’était engagée à acheter des sous-marins nucléaires à la France au bénéfice des Etats-Unis et de la Grande Bretagne « prouve » à quel point la France a reculé ou recule dans le classement des Nations qui « comptent ».

 

 Mais la France des années 1940 était encore une des plus grandes Puissances mondiales. Ainsi qu’une des plus grandes Puissances coloniales. C’est dans cette France et dans sa mémoire concrète et directe qu’Hélie de Saint Marc est né et a grandi. Mémoire d’autant plus concrète qu’il était né dans l’hexagone et qu’il avait suffisamment d’aisance et de conscience sociale et intellectuelle pour en ressentir une certaine fierté.

Mes grands parents paternels et maternels, de la même génération qu’Hélie de Saint Marc, tous nés en Guadeloupe, un peu plus de cinquante ans après l’abolition de l’esclavage, dans un milieu social rural, manuel, modeste voire pauvre, avaient très certainement une autre perception de la France. Mais aussi de leur propre importance dans le monde en tant que personnes.

 

 

 

 

Extrait du journal ” Charlie Hebdo” du 15 décembre 2021 à propos du refus, en Guadeloupe, de la vaccination anti-Covid et du passe sanitaire obligatoires.

 

 

Bien-sûr, être issu d’un milieu modeste et « sinistré » n’empêche pas, malgré tout, d’être pourvu d’une certaine conscience de soi et de s’accorder de l’importance. Mais cela nécessite sûrement une très grande confiance en soi, une pulsion de vie particulièrement développée, voire hors norme, un farouche optimisme en même temps que certaines qualités ou vertus d’opportunisme. Soit des aptitudes qui peuvent être présentes en beaucoup d’entre nous. Encore faut-il s’autoriser à les exprimer. Or, ce qui opprime et refrène aussi, beaucoup, les êtres, c’est toute cette armada de censures et d’interdits qu’ils se sont copieusement entraînés à assimiler pour être acceptés ou aimés.

 

 

A telle époque et dans telle région, il s’agira d’adopter telle religion pour être bien vu ou pour éviter la mort et l’humiliation économique, sociale ou physique.

Ailleurs, ce sera telle langue plutôt qu’une autre. Ou telles mœurs. Aller à contre-courant de ces normes et de ces pensées dominantes nécessite plus que de la chance et de la « simple » volonté. C’est l’une des raisons pour lesquelles, après avoir été des fidèles croyants, nous sommes majoritairement des consommateurs et des exécutants.

 

Parce qu’être lucide en permanence, s’opposer,  résister (la créativité culturelle et artistique font partie de la résistance) ou devenir un meneur exige des efforts particuliers. Efforts qui ne sont pas toujours loués, compris, encouragés ou partagés par nos familiers ou proches. Efforts qui ne rencontrent pas toujours le succès et la reconnaissance….

 

Le contraire du mot « consommateur », c’est peut-être, dans sa version active et radicale, de devenir un transformateur. Et dans sa version plus sociable et plus indulgente, cela consiste à essayer de devenir un transmetteur.

Première page du New York Times du 8 décembre 2021.

 

 

La résistance

 

 

Résister, s’affirmer, c’est donc, à un moment ou à un autre,  être prêt, si nécessité, à s’exiler même si cela peut devenir dangereux. Parce-que s’exposer à l’inconnu et à l’isolement pour une durée indéterminée est une aventure dangereuse.

 

C’est  pourtant ce que va faire le jeune Hélie de Saint Marc. Sa connaissance de la région va d’abord faire de lui un messager opportun, et de confiance, pour la résistance française. Un univers d’hommes  plus âgés que lui. Dans un mouvement de résistance bien organisé.

En lisant ce livre, je découvrirai que si l’on a souvent une image idéalisée a posteriori de la résistance comme d’une action collective héroïque et bien structurée, qu’il était,  aussi, des mouvements de résistance si mal organisés qu’un certain nombre de leurs membres, pourtant exemplaires, se sont fait attraper ou tuer comme des amateurs. Leur tort étant d’avoir confié trop facilement leur vie à des meneurs…incompétents en termes d’organisation. Ce qui,  aujourd’hui, pourrait aussi nous faire penser à  des cadres, des entraîneurs, des conjoints, des amis, des proches, des professionnels ou des chefs d’entreprise (ou d’Etats) incompétents.

 

Dans le numéro du journal Le Parisien d’hier, je suis retombé sur ce fait divers arrivé le 8 juin 2018 à Argenteuil, dans ma ville, dans le centre commercial Côté Seine. Un centre commercial que je n’aime pas et, où, le 8 juin 2018, une mère a perdu un de ses jeunes enfants. Son erreur ? Avoir fait confiance à l’ascenseur qui permettait d’accéder à l’étage supérieur. Des ascenseurs dans des immeubles ou dans des centres commerciaux, nous en prenons tous. Celui-ci a « lâché » sur plus de deux mètres. Le môme n’a pas eu le temps de sortir. Il est mort écrasé sous les yeux de sa mère et de son jeune frère. Trois ans plus tard, aucun des responsables des diverses entreprises chargées de la maintenance de l’ascenseur n’a eu à s’expliquer devant un tribunal. Chacune des entreprises renvoie à l’autre à la responsabilité de la défaillance.

 

Voici ce que m’évoque, aujourd’hui, ces résistantes et résistants, qui, hier, comme aujourd’hui, confient ou confieront facilement leur vie à certains décideurs ou dirigeants qui, de leur côté, affirmeront que tout va bien se passer sans, par ailleurs,  prendre le temps et la précaution de véritablement s’impliquer afin que tout se déroule comme prévu ou puisse être résolu en cas d’imprévu.

 

Hélie de Saint Marc, lui-même, fera cette expérience en cherchant à s’affranchir du mouvement de résistance qui l’a initié. Il voudra s’engager davantage et tombera, comme d’autres volontaires, dans une embuscade qui le déportera dans un camp de concentration. Bien que moins robuste que d’autres, il y survivra deux fois. Une première fois grâce à l’entraide concrète dont il bénéficiera du fait de certaines amitiés et relations. Et, une seconde fois parce qu’un homme plus âgé que lui, un Lithuanien, je crois, taillé pour le travail de mineur, et aussi voleur intrépide de nourriture, décidera de le prendre sous sa protection et de partager avec lui ses vols alimentaires.

 

 

Lorsque l’on apprend déjà « ça » de Hélie de Saint Marc, comme de ceux qui l’environnent et qui vivent cela avec lui, on comprend mieux ce qu’il faut avoir comme parcours et ressources en soi pour être un résistant.

 

Mais on peut être un héros et un résistant et avoir des convictions idéologiques contraires. Cela arrivera à Hélie de Saint Marc qui croisera Jean-Marie Le Pen, « le père de », qui sera un de « ses » lieutenants et un de ses « subordonnés ». La biographie de Beccaria s’étend peu sur cette connaissance de Saint Marc en Indochine, je crois. Mais il ressort que Saint Marc ne partage pas les buts de l’OAS et, plus tard, de l’Extrême droite fasciste. Même s’il a pu connaître et combattre aux côtés de certains de ses futurs membres et meneurs.

 

Pour comprendre ce qui lui prend d’être du côté des généraux qui, en Algérie, organisent le Putsch en 1961 contre le Général de Gaulle, il faut savoir ce qui s’est passé en Indochine :

 

Lorsque la France, après avoir fait de certains asiatiques ses alliés et ses soldats (des villages), les abandonne sur place après avoir perdu la guerre, faisant d’eux les victimes des  vainqueurs.

En Algérie, l’histoire se répète avec les harkis et les tergiversations autant politiques que militaires de De Gaulle ainsi que ses visions coloniales pour ne pas dire colonialistes. Saint Marc est décrit comme un idéaliste qui s’attache aux indigènes en toute sincérité comme à leur loyauté et qui croit aussi à une réelle égalité des droits entre Algériens et pieds noirs. Alors que le gouvernement français de l’époque voudrait tantôt garder l’Algérie française telle quelle ou la « rendre » au FLN alors que, militairement, la France serait en train de gagner la guerre. Et que des soldats français, après avoir « perdu » face aux nazis et après avoir perdu la guerre d’Indochine voudraient, pour leur honneur et celui de la France, imposer cette victoire française.

 

Je ne suis pas pro-Algérie française et encore moins pro-OAS. Mais j’ai aussi appris que le FLN a aussi produit des horreurs. Et, je crois que le Martiniquais Frantz Fanon, psychiatre de référence ( sur lequel le réalisateur d’origine haïtienne Raoul Peck serait en train de réaliser un film), très engagé auprès du FLN, a eu une certaine  « chance » de mourir- jeune, à 39 ans- d’une leucémie avant l’indépendance de l’Algérie. Car l’Algérie qu’il a défendue comme d’autres, un demi siècle plus tard, n’est pas devenue la démocratie – plutôt laïque- pour laquelle il s’était battu. L’Algérie devenue indépendante en 1962, peu après sa mort,  semble l’avoir plutôt rapidement « oubliée ».

 

 

 

La jouissance du danger

 

 

Parler, un peu, de Hélie de Saint de Marc ,  c’est aussi parler de cette  «  jouissance du danger » qui pousse certaines personnes à agir comme elles le font. Cette jouissance du danger, dans sa partie la plus visible, serait d’abord propre aux résistants, combattants civils et autres, aux militaires, mais aussi sans doute à bien des membres de certains groupes d’intervention tels que le RAID, le GIGN, les SAS, la BRI, dans le banditisme et le grand  banditisme, dans les organisations terroristes.

 

 Mais, également, aussi à celles et ceux qui participent à certaines actions militantes :

 

Sea Sheperd ;

 

Txai Surui ? la jeune indigène brésilienne de 24 ans, présente à la récente COP de Glasow, en novembre, consacrée au réchauffement climatique et à l’épuisement des ressources de la planète, qui a affirmé, après la jeune suédoise, Greta Thunberg :

 

« La planète nous dit que nous n’avons plus le temps ».

 

 Nous pouvons aussi penser aux personnes qui vivent certaines passions. Mais aussi certaines addictions.

Cinquantenaire de Marmottan, à la cigale, à Paris, ce vendredi 3 décembre 2021.

 

Le 3 décembre dernier, dans la salle- remplie- de concerts de la Cigale, le service Marmottan spécialisé dans le traitement des addictions fêtait son cinquentenaire.

 

Sur place, j’ai eu l’impression qu’étaient présentes principalement des personnes préoccupées directement par le sujet des addictions. Soit en tant que professionnels de santé. Soit en tant qu’usagers s’étant sevrés ou ayant du mal- et cherchant- à se décrocher de leur(s) addiction (s).

 

 

Je ne peux pas avoir de certitude mais j’ai eu l’impression que la majorité des personnes de ce pays, la pensée dominante, se sent assez peu concernée directement par ce sujet. Et qu’entendre parler de Marmottan ou de tout autre service dévoué aux addictions n’est pas la priorité de la majorité qui dispose de la pensée dominante. A moins d’y être obligée.

J’ai bien prévu de consacrer un article sur à ce cinquentanaire de Marmottan dès que cela sera possible. Mais je m’attends à ce qu’il soit en grande partie parcouru par des professionnels de santé des addictions ou par des personnes qui ont envie d’entreprendre de mieux faire le tri parmi leurs addictions. 

 

Une addiction particulière :

 

Pourtant, l’être humain est porteur d’une addiction particulière : celle de la destruction d’autrui, de son environnement comme de sa propre autodestruction. Et, cela, peu importe son niveau intellectuel, social, politique ou son histoire.  Invariablement, l’être humain  retourne à cette addiction de destruction et d’autodestruction.

 

Les fêtes de ce Noël, et d’autres festivités, permettront à certaines et certains de vivre la courte trêve de cette addiction.

Paris, décembre 2021.

 

 

Donc, finalement, avec ou sans sapin, ces fêtes de Noël ont du bon. De même que la lecture de cette biographie d’Hélie de Saint Marc.

 

 

Franck Unimon, ce samedi 18 décembre 2021.

 

 

 

 

 

 

 

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Ricochets-Un livre de Camille Emmanuelle

»Posted by on Nov 22, 2021 in Corona Circus, Puissants Fonds/ Livres | 0 comments

Ricochets-Un livre de Camille Emmanuelle

                             Ricochets– un livre de Camille Emmanuelle

Black Fridays

 

La Black Fridays de ce mois de novembre 2021 se termine dans quelques heures. On reparle peu à peu de la pandémie du Covid qui reprend. En Autriche et en Australie, des mesures gouvernementales ont été prises pour obliger les non vaccinés à se vacciner contre le Covid. Confinement forcé, peines d’emprisonnement, contrôles de police sur la route. Dans le New York Times de ce mercredi 17 novembre, j’ai appris que les non-vaccinés étaient rendus responsables de la reprise de la pandémie du Covid. Pandémie qui nous a fait vivre notre premier confinement pour raisons sanitaires en France en mars 2020. Mais j’ai l’impression que la perspective d’un reconfinement et la peur du Covid semblent très loin des attentions des Français dans l’Hexagone. Même si la troisième dose du vaccin commence à s’étendre aux moins de 65 ans. Environ 80 pour cent de la population dans l’Hexagone est vaccinée contre le Covid. Nous sommes encore nombreux à porter des masques. J’ai l’impression que peu de personnes en France envisagent ou acceptent l’idée d’être à nouveau confinées. Depuis fin aout à peu près, le sujet de la pandémie du Covid s’est dissous. Et, cette nouvelle remontée du Covid associée à une pénurie de lits dans les hôpitaux mais aussi à une accentuation de la pénurie soignante ( 1200 postes infirmiers seraient inoccupés en région parisienne), semblent encore très loin de la portée du plus grand nombre.

 

Les attentats islamistes, c’est un petit peu pareil. Le procès des attentats du 13 novembre 2015 a débuté en septembre. Il durera jusqu’en Mai 2022. Cependant, à part certaines personnes directement concernées ou touchées, et assidues, le sujet apparaît moins présent dans la conscience immédiate de la majorité. D’abord, pour l’instant, et récemment, il y a eu moins – ou pas- d’attentats islamistes à proximité. Ensuite, nous avons aussi envie et besoin d’air. Donc de « voir » et de « vivre » autre chose que des attentats et du Covid.

 

A priori. 

 

Psycho-traumatologie

 

A ceci près que, parmi mes sujets « d’intérêt », il y a ce que l’on appelle la psycho-traumatologie. « Tu aimes vraiment ce qui est médico-légal » m’a redit récemment mon collègue- cadre au travail, sans doute après m’avoir vu avec le livre Ricochets de Camille Emmanuelle.

 

Il est arrivé que ma compagne se moque de moi en voyant les films ou les livres, assez « chargés », que je regarde et lis pendant mes heures de repos. J’aime la poésie et la fantaisie. Je peux être très naïf. Très ou trop gentil. Et même niais. Puis, il y a une partie de moi, restée dans la noirceur, dont la mèche s’allume quelques fois et que je suis. Jusqu’à la psychose ou ailleurs. Ce n’est pas très bien défini. Mais je sais que cela fait partie de ma normalité et sûrement aussi de ma mémoire. C’est sans doute cela qui m’a mené à Camille Emmanuelle.

 

Je ne « connaissais » pas Camille Emmanuelle.  J’ai tendance à croire que si elle et moi, nous nous étions croisés avant la lecture de son ouvrage, que cela aurait fait flop. Je le crois car en lisant son Ricochets, il est une partie d’elle et de son monde qui m’a rappelé comme je suis extérieur à certaines élites ainsi qu’à certaines réussites. Je ne devrais pas mentionner ça. Parce-que, fondamentalement, et moralement, au vu du sujet de son ouvrage, cela est déplacé. Là, je donne le premier rôle à mon ego alors que le premier rôle, c’est foncièrement elle et ce qu’elle a donné, ce qu’elle nous a donné de sa vie, avec son ouvrage. Mais je le fais car cela fait aussi partie des impressions que j’ai pu avoir en la lisant. Je me dis que d’autres personnes pourraient aussi avoir ces impressions. Et qu’une fois que j’aurai exprimé ça, je pourrais d’autant mieux faire ressortir tout ce que son livre apporte.

 

Elites et réussites

 

J’ai parlé « d’élites » et de « réussites » car, jusqu’au 7 janvier 2015 (et aussi un peu avant lors d’un événement traumatique antérieur), son parcours personnel et le mien me semblent deux opposés. Elle, belle jeune femme, milieu social aisé, bonne élève, aimée, assurée, encouragée à partir à l’assaut de ses aspirations à Paris. Clopes, alcool, à l’aise dans son corps, soirées parisiennes, les bonnes rencontres au bon moment pour sa carrière professionnelle. Moi, banlieusard, corseté par les croyances traditionnalistes de mes parents, antillais d’origine modeste et rurale immigrés en métropole, refugiés dans l’angoisse du Monde extérieur et dans la méfiance vis-à-vis du blanc (alors, la femme blanche !) pas si à l’aise que ça dans mon corps. Malgré ce que mes origines antillaises «Vas-y Francky, c’est bon ! » pourraient laisser prétendre ou supposer.

 

On aime dire que les « contraires s’attirent ». Mais il ne faut pas exagérer.

 

Devant une Camille Emmanuelle dans une soirée ou ailleurs, je me fais « confiance » pour me présenter à mon désavantage ou m’éteindre complètement. Il n’y aurait qu’en ignorant la présence ou le regard d’une personne pareille que je pourrais véritablement être moi-même, au meilleur. De ce fait, je n’ai pas évolué dans les domaines où elle a pu évoluer même si j’en ai eu ou en ai le souhait. Ce n’est pas de son fait. Mais parce-que je me suis plein de fois censuré tout seul et que je continue de le faire studieusement en “bon” élément qui a bien appris comment échouer avant d’atteindre certains horizons. 

 

Je parle aussi « d’élites » parce-que, lorsque le 7 janvier 2015, deux terroristes sont venus tuer plusieurs personnes dans les locaux du journal Charlie Hebdo, ils sont aussi venus s’en prendre à des élites intellectuelles et/ou artistiques ou culturelles. Et, ça, je crois que c’est assez oublié.

 

Charlie Hebdo

 

Je lis Le Canard Enchainé depuis plus de vingt ans. Le Canard Enchainé est un peu le cousin de Charlie Hebdo. Les deux hebdomadaires ont bien sûr leur identité propre. Mais ils ont en commun leur indépendance d’esprit. Un certain humour et une certaine capacité critique (supérieure à la moyenne) envers le monde qui nous entoure et celles et ceux qui le dirigent.

 

Avant le 7 janvier 2015, j’avais acheté une fois Charlie Hebdo. Pour essayer. Philippe Val en était encore le rédacteur chef. Je n’avais pas aimé le style. Les articles. J’ai peut-être gardé ce numéro malgré tout parmi d’autres journaux.

 

Les caricatures de Mahomet, les menaces de mort, les pressions sur Charlie Hebdo mais aussi au Danemark m’étaient passées plutôt au dessus de la tête. Je n’avais pas d’avis particulier. J’étais spectateur de ce genre d’informations comme pour d’autres informations.

 

Le 7 janvier 2015, c’était le premier jour des soldes. Chez nous, je crois, ma compagne m’apprend l’attentat « de » Charlie Hebdo. Je lui réponds aussitôt :

 

« C’est très grave ! ».

 

Le 11 janvier, je n’étais pas à la manifestation pour soutenir Charlie Hebdo pour deux raisons. Je « savais » qu’il y aurait beaucoup de monde. Donc, j’ai estimé que Charlie Hebdo bénéficierait de « suffisamment » de soutien dehors.

 

Ensuite, il était évident pour moi que cet engouement se dégonflerait. Et que soutenir Charlie Hebdo, cela signifiait le faire sur la durée. A partir de là, j’ai commencé à acheter chaque semaine Charlie Hebdo. Et à le lire. Je me suis étonné de voir que les articles me plaisaient. Soit j’étais devenu un autre lecteur. Soit la qualité des articles avait changé. J’ai trouvé le niveau des articles tellement bon qu’il m’est arrivé de les trouver meilleurs que ceux du Canard Enchainé. J’ai attribué ça à un réflexe de survie de la part de la rédaction de Charlie Hebdo. On se rappelle que l’équipe rédactionnelle qui restait avait d’autant plus tenu à maintenir la survie de l’hebdomadaire en continuant de paraître malgré tout. Et que le numéro d’après l’attentat avait été publié dans un tirage augmenté et avait été disponible pendant plusieurs semaines. Les gens faisaient la queue pour « avoir » son numéro de Charlie Hebdo. Voire se battaient.

 

Je ne me suis pas battu pour avoir ce numéro. J’ai attendu. Et, un jour, une collègue amie m’en a acheté un numéro. Il est même possible que j’aie deux fois ce numéro de Charlie Hebdo.

 

Je n’ai pas écrit ou mis sur ma page Facebook ou autre : Je suis Charlie. Si je crois à la sincérité de celles et ceux qui l’ont dit ou écrit, pour moi, on peut être « pour » Charlie sans le dire. Même si je ne suis pas toujours d’accord ou n’ai pas toujours été d’accord avec certains points de vue de Charlie Hebdo. Mais je ne suis pas toujours d’accord avec ma famille, mes amis ou mes collègues, non plus.

Et puis, l’expérience d’un attentat, ça change beaucoup la perception que l’on a des autres et de soi-même. Charlie Hebdo vit désormais sans doute dans au moins deux bunkers. Celui qui le protège des menaces extérieures. Et celui, sûrement plus épais, à l’intérieur duquel se sont soudés celles et ceux qui ont vécu l’attentat du 7 janvier 2015.

 

Hormis le dessinateur Cabu qui officiait autant dans Charlie Hebdo que dans Le Canard Enchainé, je n’avais pas de journaliste de Charlie Hebdo auquel j’aurais pu être « habitué » ou particulièrement attaché. Il en est un, néanmoins, que j’avais rencontré une ou deux fois, des années avant l’attentat, car il était l’ami d’une amie. Ou même l’ami de deux amies : Philippe Lançon, l’auteur de Le Lambeau.

 

Je veux bien croire que je me souvenais bien plus de lui que lui, de moi. Envers Philippe Lançon, j’avais des sentiments contrariés. Pour moi, lors de cette rencontre il y a plus de vingt ans, il était mûr de trop d’assurance. Sauf qu’il avait réussi là où j’aurais aimé réussir. Dans le journalisme. Je trouvais qu’il écrivait très bien. Mais nous n’étions déjà plus du même monde lorsque nous nous étions croisés. L’élite, déjà. J’aurais peut-être pu, par le biais d’une de nos deux amies communes, le solliciter. Mais je n’en n’avais pas envie. J’ai compris seulement récemment que j’étais un peu comme mon grand-père paternel, ancien maçon, décédé aujourd’hui. Mon grand-père paternel avait construit sa maison pratiquement tout seul. A Petit-Bourg, en Guadeloupe. Je n’aime pas contracter de dette morale envers autrui. Je préfère construire ma « maison » seul même si cela va me compliquer l’existence. Sauf que dans les domaines professionnels où j’aurais voulu construire, seul, même travailleur et plus ou moins doué, on n’arrive à rien. Il faut entrer dans un réseau. S’en faire accepter. Il faut savoir se faire aimer. Ce que je ne sais pas ou ne veux pas faire. Je suis peut-être trop névrosé.

 

Dans son livre, Camille Emmanuel évoque Philippe Lançon. Ainsi que son frère, Arnaud. Je les ai vus tous les deux il y a quelques mois à l’anniversaire d’une amie commune. Je n’avais pas prévu, en lisant l’ouvrage de Camille Emmanuel, qu’elle allait aussi les évoquer. Et, les quelques passages où elle parle d’eux m’ont donc d’autant plus « parlé ».

 

D’un côté, il y avait ce que je « savais » de l’événement de Charlie Hebdo. De l’autre côté, il y avait la rencontre humaine et directe, lors de cet anniversaire, où il n’a jamais été fait mention, par quiconque, du 7 janvier 2015. « Mieux » : lors de cet anniversaire, j’ai en quelque sorte « sympathisé » avec Arnaud, sans arrière pensée. Pour découvrir plus ou moins ensuite, lors de l’arrivée de celui-ci, qu’il était le frère de Philippe. Je me rappelle de la façon dont Arnaud a salué son frère à l’arrivée de celui-ci. De quelques échanges avec l’un et l’autre. Ce fut humainement agréable. Ma contrariété- rentrée- envers Philippe n’était plus ou n’avait plus de raison d’être. Le voir, là, pour cette amie, en « sachant » ce qu’il avait reçu le 7 janvier 2015. Et puis, j’avais aussi changé. On s’accroche par moments à des impressions ou à un certain ressentiment dont on fait une complète vérité. Alors que l’on a à peine aperçu celle ou celui que l’on juge.

 

Ricochets :

 

En tant qu’infirmier en psychiatrie et en pédopsychiatrie, j’ai travaillé avec quelques psychiatres et pédopsychiatres. Un des pédopsychiatres que j’ai le plus admiré avait dit un jour que, même dans les milieux favorisés, il y a des gens qui souffrent. J’ai parlé « d’élites », de « réussites » concernant Camille Emmanuelle parce-que j’estime ne pas faire partie de son élite ou ne pas avoir connu certaines de ses réussites.

 

Cela dit, à aucun moment, je ne l’ai perçue comme une « pleureuse ». Je n’envie pas ce qu’elle a vécu le 7 janvier 2015 et ensuite. Et dont elle nous fait le récit. Car le 7 janvier 2015, elle est déjà la femme de Luz, l’un des dessinateurs de Charlie Hebdo. Celui dont c’était l’anniversaire et qui est arrivé en retard, ce jour-là. Ce qui lui a sauvé la vie : les deux terroristes quittaient le journal lorsqu’il arrivait. Il les a vus tirer en l’air dehors et sans doute crier : « On a vengé le prophète ! ».

 

Je « connaissais » à peine Luz avant le 7 janvier 2015.

 

Je ne connaissais pas l’appellation « Ricochets » ou « victime par ricochet » avant ce témoignage de Camille Emmanuelle. Quelques semaines avant de me retrouver devant son livre dans une médiathèque, j’avais lu un article sur son livre.

 

Sur son livre, on la voit en photo. Je me suis demandé et me demande la raison pour laquelle on voit sa photo. Pour faire face ? Pour lui donner un visage en tant que victime ? Et, donc, pour la personnaliser, l’humaniser ?

 

Je ne me suis pas posé ces questions lorsque j’ai lu l’ouvrage que Patrick Pelloux, -qu’elle mentionne aussi- a écrit après l’attentat de Charlie Hebdo. (Voir  L’instinct de vie ). 

 

Comme Camille Emmanuelle est une belle femme, je me suis aussi dit que c’était peut-être une manière de montrer qu’il peut y avoir un abîme entre l’image et son vécu traumatique. Nous sommes dans une société d’images et de vitrines. Son livre vient éventrer quelques vitrines. Dans son livre, assez vite, elle va parler de son addiction au vin comme une conséquence de son mal être. Ce qui, immédiatement, me faire penser à Claire Touzard, la journaliste. Celle-ci, pourtant, n’a pas un vécu traumatique dû à un attentat. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de « rapprocher » leurs deux addictions à l’alcool. Addictions que je vois aussi comme les addictions de femmes « modernes », occidentales, libérées ou officiellement libérées, éduquées, parisiennes ou urbanisées, plutôt jeunes, plutôt blanches, et souvent attractives et très performantes socialement.

 

Quelques impressions et remarques sur Ricochets :

 

Assez vite, en lisant Ricochets, je me suis avisé que pour que son histoire d’amour avec Luz soit aussi forte au moment de l’attentat, c’est qu’elle devait être récente. Peu après, Camille Emmanuelle nous apprend qu’ils étaient mariés depuis un an à peu près. Se mariant assez vite après leur rencontre.

L’Amour permet de combattre ensemble bien des épreuves. C’est ce que l’on peut se dire en lisant son témoignage. Pourtant, il est des amours qui, même sincères, ne tiennent pas devant certaines épreuves. Camille Emmanuelle cite ce couple qu’elle rencontre, Maisie et Simon, particulièrement esquinté par l’attentat du Bataclan. Physiquement et psychologiquement. Au point que la rupture est un moment envisagée par Maisie.

 

Si les décès et les sévères « injures » physiques dus aux attentats causent des traumas, l’ouvrage de Camille Emmanuelle « réhabilite » la légitimité de la psychologie et de la psychiatrie à aider et soigner après des événements comme un attentat. Puisque ce sont deux des disciplines reconnues pour soigner ces « blessures invisibles » qui, parce qu’elles le sont – dans notre monde où seul ce qui se « voit », se « montre » et se « compte » est prioritaire – restent minimisées ou niées. Or, ces blessures peuvent persister très longtemps. Dans un article que j’ai lu il y a une ou deux semaines maintenant, le témoignage d’une des victimes de l’attentat du bataclan, non blessée physiquement, était cité.

Dans ce témoignage, cette femme racontait qu’au départ, elle s’estimait quasi-chanceuse par rapport aux autres, décédés ou gravement blessés. Sauf que, six ans plus tard, elle n’avait pas pu reprendre son travail du fait de son stress post-traumatique.

 

Etre soignant

 

En lisant Ricochets et le mal que Camille Emmanuelle s’est donnée pour « sauver » son mari, j’ai bien sûr pensé au métier de soignant. On résume souvent le rôle de soignant à celle ou celui dont c’est le métier. Or, ce qu’entreprend Camille Emmanuelle, au quotidien – et d’autres personnes désormais appelées « personnes aidantes » – c’est un travail de soignant. On pourrait se dire qu’il est donc « normal » qu’elle flanche à certains moments vu que ce n’est pas son métier. Sauf que je n’ai aucun problème pour admettre qu’il puisse exister des personnes non-formées qui peuvent être de très bons soignants dans certains domaines : les études ne nous apprennent pas l’empathie ou à être sensibles et réceptifs à certaines relations ou situations.

 

Et puis, dans tous les couples et dans toutes les familles, il y a des personnes qui sont des « soignants » ou des « personnes aidantes » officieuses. La différence, c’est qu’avec son mari, Camille Emmanuelle découvre ce rôle de manière intensive. « Intrusive ».

 

Il est toujours très difficile-ou impossible- de faire concilier sa vie affective amoureuse ou amicale avec un rôle de soignant dans son couple. Une absence d’empathie crée une froideur affective assez incompatible avec l’acte soignant. Mais trop d’empathie crée une surcharge de responsabilités et expose à ce que connaît Camille Emmanuelle :

 

Une trop grande identification à ce que ressent son mari. Des angoisses. La dépression….

Dans Ricochets, un psychiatre lui explique que la relation fusionnelle de leur couple cause aussi ses tourments.

Dans notre métier de soignant, nous sommes « sensibilisés » à la nécessité de mettre certaines « limites » ou un certain « cadre » entre l’autre et nous. Même si – ou surtout si- nous avons spontanément une grande empathie pour l’autre que nous « soignons » ou essayons d’aider.

 

Au travail, j’aime me rappeler de temps en temps le nombre d’intervenants que nous sommes. Car être à plusieurs nous permet, aussi, de nous répartir la charge émotionnelle d’une « situation ». Seule à la maison avec son mari, puis avec leur fille, Camille Emmanuelle a moins cette possibilité d’être relayée. Mais l’aurait-elle eue qu’elle l’aurait probablement refusée. Si l’Amour peut aider à surmonter certaines épreuves, le sens du Devoir permet, aussi, de le croire. Surtout lorsque l’on est dans l’action.

 

 

Etre dans l’action

Vers la fin de son livre, Camille Emmanuelle « rencontre » (soit via Skype ou en consultation) un psychiatre ou une psychologue qui lui explique que son Hyper-vigilance post attentat 2015 s’explique très facilement. La menace de mort a persisté bien après le 7 janvier 2015. Sauf que l’hyper-vigilance, ça use.

 

C’est seulement lorsque le journaliste Philippe Lançon a commencé à aller mieux que son frère , Arnaud, qui venait le voir tous les jours à l’hôpital, s’était autorisé à s’occuper de lui. Et à consulter pour lui. Camille Emmanuelle a également ressenti ça. Et, moi, je me suis aperçu en lisant Ricochets que j’avais ressenti ça pour ma fille, prématurée, qui avait passé deux mois et demi à l’hôpital dès sa naissance. Tous les jours, nous allions la voir à l’hôpital.  C’est trois à quatre ans après cette période que j’ai commencé à penser à consulter. Et que je me suis dit que nous aurions dû le faire bien plus tôt. Dans la situation de ma compagne et moi, il n’y avait pas eu d’attentat mais il y avait bien eu un trauma : il y a des naissances plus heureuses et plus simples. Or, nous avions compté sur nos propres forces, ma compagne et moi, pour cette naissance difficile.

 

Et, il y a un autre point commun, ici, entre notre expérience et celles de certaines victimes d’attentats : si  parmi les gens qui nous entourent, certains ont d’abord exprimé une réelle empathie, ensuite, la situation a en quelque sorte  été  rapidement « classifiée » pour eux. Ils sont restés extérieurs à l’expérience, pensant que cela coulait de source pour nous, et ont vaqué à leurs occupations. Parce-que ce n’est pas la première fois qu’il y a eu un attentat. Qu’il y a la « résilience ». Ou que l’on est suffisamment « fort » et que l’on va « rebondir ». Ou être « proactif ». Ou, aussi, parce-que cette situation les mettait mal à l’aise ou leur faisait peur : «  Je ne sais pas quoi dire… ».

 

Comme Camille Emmanuelle, sans doute, avec son mari après les attentats, je n’ai pas recherché et n’aurais pas aimé que l’on me plaigne à la naissance de ma fille. En outre, je mentionne ici sa prématurité mais ordinairement je ne le mentionne pas. Je n’aimerais pas devoir en permanence parler de ce sujet. Et, c’est sûrement pour lui échapper que je me suis beaucoup impliqué en reprenant des cours de théâtre au conservatoire un peu avant sa naissance (environ dix heures de cours par semaine). Et que trois ans plus tard, alors que ma fille allait mieux, j’ai perdu de façon étonnante ce « besoin » de faire du théâtre.

 

On peut trouver indécent que je rapproche de cette expérience d’attentats ce que j’ai pu vivre avec la naissance de ma fille. Moi, je crois que certaines expériences de vie ont en quelque sorte des « troncs communs ». Et que, même si certaines situations sont bien sûr plus extrêmes que d’autres, qu’elles ont néanmoins une certaine parenté avec d’autres situations de vie. Dans son livre, Camille Emmanuelle relève bien que l’expérience traumatique de son viol par soumission chimique, en 2012, aux Etats-Unis, l’a sans doute préparée à pouvoir d’autant plus facilement se mettre à la place de son mari après les attentats du 7 Janvier 2015. Même si, évidemment, elle se serait bien passée de ce viol. Même si son mari n’a pas été violé et a toujours conservé son intégrité corporelle intacte.

Elle nomme aussi les trois attitudes adoptées par l’être humain face à un stress ou un danger extrême:

Fight, Flight or Freeze : Se battre, fuir ou se figer.

Une psychiatre ou une psychologue qu’elle interroge explique que ces trois attitudes humaines sont normales. Et que se battre, selon les situations, n’est pas toujours l’attitude qui permet de rester en vie.

 

Une sorte de conclusion :

 

L’ouvrage de Camille Emmanuelle m’a plusieurs fois fait penser au livre Je ne lui ai pas dit au revoir : Des enfants de déportés parlent de Claudine Vegh, paru en 1996, seul ouvrage, je crois, à ce jour, de cette…pédopsychiatre.

 

Des attentats, une enfant prématurée, la déportation…on peut se demander quels rapports ces sujets ont-ils à voir ensemble.

 

Le Deuil.

 

D’ailleurs, pour moi, à plusieurs reprises, l’attentat « de » Charlie Hebdo a imposé à celles et ceux qui sont restés, un deuil impossible. Initialement, d’ailleurs, avant de commencer à écrire cet article, j’avais prévu de commencer par ça :

 

Par écrire Le Deuil impossible.

 

Mais ce n’est pas ce que raconte Camille Emmanuelle dans son livre. Ce n’est pas ce que l’existence de ma fille raconte, non plus. Claudine Vegh, par contre… mais son ouvrage est à lire.

 

Camille Emmanuelle donne aussi des conseils pour celles et ceux qui se retrouveraient dans la même situation qu’elle. Si elle rencontre des avocats, d’autres victimes directes ou par ricochets, des psychiatres, psychologues, mais aussi d’autres personnes, ce qui lui permet, aussi, de reposer un peu sa conscience, elle donne quelques coups de pouce.

 

Elle conseille de ne pas recourir à l’alcool ou à une quelconque substance (cannabis ou autre) peu de temps après un événement traumatique. Pour cause de risque d’addiction.

Même la prescription classique de lexomil serait à éviter. Il semblerait que la prescription de bêta bloquants pourrait être préconisée selon les individus.

 

Elle conseille d’éviter de se livrer dans les média. Pour cause d’amplification d’un effet boomerang de nos propos sous l’effet de l’émotion. Elle fait aussi un travail de recherche sur les effets des réseaux sociaux (ou les média) après qu’un de ses articles ait été lu plus de …600 000 fois après l’attentat de Charlie Hebdo.

 

Elle raconte aussi les désaffections de certaines personnes proches, et les simples connaissances devenues des proches. 

 

J’ai retenu, dans ce qui l’avait aidé et qui l’aide :

 

Ecrire, regarder (ou lire) des fictions, faire du Yoga, faire de la boxe anglaise, consulter, déménager, quitter Paris, trouver un endroit calme, faire l’amour avec son mari/ou sa femme (lorsque c’est possible), dormir, reprendre le travail…

 

Elle cite aussi plusieurs auteurs ou psychologues ou psychiatres reliés au trauma. J’ai mémorisé en particulier l’ouvrage Panser les attentats de Marianne Kédia.

 

Franck Unimon, ce dimanche 21 novembre 2021.

 

 

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Béatrice Dalle, trois fois.

»Posted by on Juil 6, 2021 in Béatrice Dalle, Cinéma, Puissants Fonds/ Livres | 0 comments

Béatrice Dalle, trois fois.

 

 

Béatrice Dalle, trois fois.

 

Puisque c’est toujours de la faute des autres, tout est parti d’un cd du groupe Sonic Youth.

 

Je n’ai pas revu les films, ces forêts, où on la trouve. Je suis seul avec mes pensées, ces vieillesses condamnées sur lesquelles il faut apprendre à veiller. Si l’on tient à prévenir le déclin de notre humanité.

 

Béatrice Dalle, trois fois. Béatrice Dalle, pourquoi. Ma prudence me répète que je ne la connais pas. Mais, déja, pour la première fois dans mon blog, je crée une rubrique uniquement pour elle. Parce-que parler d’elle m’évoque peut-être le cheval de Troie. 

Le physique de charme est un fusil de chasse. Mais cette arme a une particularité dangereuse : partout où elle passe, on la repère au lointain. Sa détentrice- ou son détenteur- doit savoir s’en servir ou la quitter. Sinon, cette arme sera son enterrement ou sa rétention. Et, elle sera le trophée de celle ou celui qui la brandira. Qui la tisonnera.  

 

Je me rappelle un peu d’une partie de sa cinématographie. Dans son livre Que Dalle un livre sur l’actrice et comédienne Béatrice Dalle / Béatrice DalleLouvrier nous apprend qu’hormis avec les réalisateurs Jim Jarmusch et Abel Ferrara, elle a fait peu d’efforts pour connaître une carrière aux Etats-Unis. Parce qu’elle ne parle pas Anglais. 

 

Si tu cours longtemps et vite, et que tu es sur la défensive devant la moindre limite, comment te suivre, Béatrice Balle ? Il faut un certain recul pour atteindre quelqu’un. Mais aussi pour l’attendre.

 

Louvrier parle du Rap et de Joey Starr. Mais il y a d’autres musiques. Peut-être du Free Jazz ou ne serait-ce que du Free…gaz.

 

En 1986, Dalle est dans 37°2. Après les Punks (que Louvrier cite). Après Nina Hagen, le Reggae de Police(groupe de Reggae blanc influencé par le Punk), la mort de Bob Marley. La lecture de Que Dalle nous informe que Sting, l’auteur des tubes du groupe Police, était « fou » d’elle et voulait la rencontrer. Mais « dans » la France de Mitterrand et de Jack Lang, elle avait d’autres évidences.

 

Dans la France de Giscard, je ne vois pas de place pour 37°2. Et puis, rester dans les années 70 et 80, c’est se tenir très loin d’aujourd’hui et de demain.

 

Récemment, à l’anniversaire d’une amie, à Levallois (oui, grâce à Louvrier, je sais qu’à une époque, Dalle a vécu à Levallois) en parlant de mon blog, j’ai répondu à quelqu’un avec qui je sympathisais que j’avais, entre-autres, écrit sur Béatrice Dalle. Il a été un peu étonné. Sûr de moi, j’ai alors avancé, tel un attaché de presse bien au fait de ses projets :

 

« Elle fait toujours des films ».

 

 

J’étais néanmoins dans la salle pour voir le  film Lux Aeterna de Gaspar Noé. Un réalisateur dont j’ai vu plusieurs des films depuis Seul Contre tous avec « feu » Philippe Nahon. Au contraire de Seul contre tous (un chef-d’œuvre, selon moi) je n’ai pas souscrit à l’intégralité de Lux Aeterna. J’ai pour l’instant renoncé à écrire dessus. Mais il m’en reste quelque chose. De même pour Climax.

 

 

Dans le Que Dalle de Pascal Louvrier, il est plusieurs fois fait état de sa bouche. Cet organe aurait été perçu comme « trop » grand chez elle au début de sa carrière. Presqu’un naufrage.

 

J’ai oublié.

 

Sa bouche est la graine que nulle gravité n’aliène. Pourtant, dans J’ai pas sommeil, l’acteur Alex Descas- dont je parlerai un jour-  s’en prend à elle :

 

« Tu ne seras jamais prête ! ».

 

Devant sa nudité inquiète, mes articles, aussi, sans doute, ne seront jamais prêts.

 

 

Franck Unimon, ce mardi 6 juillet 2021.

 

 

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