La Guerre au féminin un livre de Dorothée Olliéric
DrĂŽles de dames
Hier, jâai donc terminĂ© la lecture de cet ensemble de tĂ©moignages de femmes militaires recueilli par la grande reporter DorothĂ©e OlliĂ©ric.
Jâai lu les derniĂšres pages dans ce foyer de psychiatrie adulte oĂč il mâarrive de faire occasionnellement des vacations de 12 heures en plus de mon poste dâinfirmier psychiatrique Ă temps plein. Dans la ligne 14 du mĂ©tro, il y a quelques semaines, jâai entendu une femme au tĂ©lĂ©phone dire face Ă moi Ă quelquâun :
« En dessous de 5000 euros par mois, je ne mâen sors pas ! ».
AprĂšs plus de trente annĂ©es en psychiatrie et en pĂ©dopsychiatrie, mon salaire dâinfirmier psychiatrique est bien Ă©loignĂ© de ce chiffre. Je ne cherche pas Ă lâatteindre. Mais mon salaire ne me prĂ©serve pas de la nĂ©cessitĂ© de devoir faire, de temps Ă autre, des vacations ou des heures sup. Pour atteindre ce salaire mensuel de 5000 euros, il faudrait que, chaque mois, en plus de mon temps complet d’infirmier, « j’effectue » huit Ă neuf vacations infirmiĂšres de jour de douze heures chacune ou huit vacations infirmiĂšres de nuit de douze heures.
Je connais un infirmier qui a touchĂ© ce salaire ou davantage tous les mois pendant les annĂ©es. Il m’avait dit lors d’une de nos premiĂšre rencontres :  » J’ai besoin de gagner beaucoup d’argent ». Il occupait un poste de cadre infirmier de nuit dans le privĂ© en soins somatiques. Il avait un contrat Ă mi-temps dans un laboratoire d’analyses mĂ©dicales en journĂ©e. Et il faisait environ quatre Ă cinq vacations infirmiĂšres de nuit en plus tous les mois dans une clinique de pĂ©dopsychiatrie. Lui et sa femme, infirmiĂšre Ă©galement, travaillaient beaucoup chacun de leur cĂŽtĂ©. Ils n’ont pas d’enfant. Il Ă©tait en surpoids. Il avait dĂ©jĂ plus de cinquante ans. Il m’avait expliquĂ© que jusqu’Ă ses 25-30 ans, il avait surtout beaucoup profitĂ© de la vie. Qu’il avait fait la fĂȘte.
Il y a plus d’une trentaine d’annĂ©es, intĂ©rimaire, j’avais connu une infirmiĂšre qui gagnait sans doute plus que lui, en Ă©quivalent en francs. Elle travaillait entre 25 Ă 30 nuits par mois en soins somatiques . Elle avait prĂšs d’une trentaine d’annĂ©es, vivait seule bien qu’elle ait un copain qu’elle voyait de temps en temps. Elle n’avait pas d’enfant.
Mon mĂ©tier d’infirmier, dans son ensemble, qu’il s’agisse de l’exercer en soins somatiques ou en santĂ© mentale ( psychiatrie, pĂ©dopsychiatrie, addictologie ) n’est pas un mĂ©tier que l’on « dĂ©cide » de faire dans l’intention de devenir rapidement millionnaire. Si le fric est le premier objectif lorsque l’on choisit un emploi ou une carriĂšre, on se dirige plutĂŽt vers le commerce ou des secteurs connus pour rapporter.
Le mĂ©tier d’infirmier fait partie de ces mĂ©tiers oĂč l’on donne de soi. Et parfois ou souvent oĂč l’on donne plus de soi que demandĂ© ou nĂ©cessaire. Ce n’est pas un travail administratif ou un travail ou l’on peut se contenter de larguer et de donner des chiffres et des algorithmes. Puis de partir en sortant d’un service ou d’un bureau pour aller dĂ©jeuner dans un restaurant.
Puisque c’est un mĂ©tier oĂč, selon les spĂ©cialitĂ©s et notre façon toute personnelle et morale de nous impliquer, on ne peut pas se contenter de rĂ©pĂ©ter des actes de maniĂšre standardisĂ©e, des protocoles ou des fonctions Ă la chaine sans se prĂ©occuper des rĂ©actions des personnes que l’on a en face de soi ou des interactions que l’on a avec elles dans le service oĂč l’on se trouve avec elles. C’est un mĂ©tier, qui , le plus souvent, ne connait pas d’heures de fermeture. Mais ce n’est pas un commerce. On n’y vend pas la derniĂšre console Switch, le dernier smartphone de Apple ou de Samsung ou la derniĂšre montre connectĂ©e. Sauf peut-ĂȘtre, bientĂŽt, dans certaines cliniques privĂ©es.
En psychiatrie et en pĂ©dopsychiatrie par exemple, les spĂ©cialitĂ©s que je connais le mieux, au lieu d’essayer de vendre une console switch ou le dernier smartphone dernier prix, on essaie autant que possible d’ĂȘtre Ă l’Ă©coute. Ce qui implique de notre part au moins une certaine disponibilitĂ© psychique et une prĂ©sence concrĂšte pour l’autre. A mon sens, il est un certain nombre de circonstances oĂč on ne peut pas juste faire acte de prĂ©sence ou dĂ©biter des phrases toutes faites ou des protocoles. Ou parler plus que l’autre.
Cela ne signifie pas que l’on doit et que l’on peut tout accepter et tout faire avec lui ou elle ou pour elle. Mais de tenter de savoir. Et de pouvoir ĂȘtre lĂ si la ou les personnes concernĂ©es ont besoin d’ĂȘtre aidĂ©(es) ou accompagnĂ©es pour mettre ou remettre le pied Ă l’Ă©trier pour ce qu’elles ont Ă accomplir ou Ă accepter.
Je n’y arrive pas toujours. Je ne suis pas toujours persuadĂ© d’ĂȘtre un « bon » professionnel. MĂȘme si je peux aussi ĂȘtre satisfait. MĂȘme si je sais que j’ai de l’expĂ©rience et que je peux ĂȘtre critique aussi envers d’autres professionnels quels qu’ils soient, quelle que soit leur hiĂ©rarchie et leur fonction.
Mais j’ai une certaine exigence envers moi-mĂȘme qui n’a pas besoin des autres pour ĂȘtre active. Je fais des erreurs. J’ai certaines insuffisances et certaines lacunes. Peu m’importe que cela ne se remarque pas ou peu. Moi, je le remarque et je m’en rappelle ou je sais m’en rappeler. Par moments, je m’adoucis envers moi-mĂȘme, d’autres fois, moins.
 » C’Ă©tait la guerre ! » m’a dit il y a deux ans Ă peu prĂšs, lors d’une vacation de nuit infirmiĂšre, une jeune infirmiĂšre d’Ă peine trente ans Ă me parler de la pandĂ©mie du Covid dans le service de rĂ©animation oĂč elle avait Ă©tĂ© titulaire auparavant. Un service qu’elle aimait et qu’elle avait quittĂ© dĂšs qu’elle l’avait pu, aprĂšs quatre ou cinq annĂ©es. EreintĂ©e par les conditions de travail qu’elle y avait connues durant la pandĂ©mie du Covid. Devenue intĂ©rimaire ( ou vacataire) afin de pouvoir souffler et travailler quand elle le voulait Ă des conditions qu’elle pouvait accepter et supporter. Elle aussi, elle n’avait pas d’enfant.
MĂȘme sâil sâest masculinisĂ©, je fais un mĂ©tier de femmes et cela a, je crois, une certaine incidence tant dans la façon de le rĂ©munĂ©rer que dans la maniĂšre de prendre en compte depuis une trentaine dâannĂ©es sa pĂ©nibilitĂ©, ses contraintes, ainsi que les diverses revendications et manifestations de la profession infirmiĂšre qui doivent beaucoup faire sourire un certain nombre de dĂ©cideurs (hommes ou femmes). Puisque le travail continue dâĂȘtre fait et les mouvements de contestation infirmiĂšre ont toujours Ă©tĂ© indolores politiquement.
RĂ©cemment, une de mes amies, infirmiĂšre en pĂ©dopsychiatrie, Ă©tait assez en colĂšre. Elle allait peut-ĂȘtre devoir se rĂ©soudre Ă recommencer Ă faire des vacations (une amie lui avait parlĂ© dâune maison de retraite ou dâun EHPAD) car son salaire ne suffisait pas. Elle Ă©tait obligĂ©e assez rĂ©guliĂšrement de puiser dans son Ă©pargne.
Dans ce foyer psychiatrique adulte ou jâĂ©tais hier, des femmes et des hommes sont surtout porteurs, eux, de certaines entraves psychologiques et psychiatriques depuis des annĂ©es.
« Mais » ils ont acquis ou conservĂ© une certaine autonomie. Certaines et certains dâentre eux sont Ă©tudiants, ont un travail ou se rendent Ă un hĂŽpital de jour ou dans une autre institution dâaccueil psychiatrique. Elles et ils peuvent sortir facilement du service.
Au foyer, hier, une des patientes a aperçu le livre de Dorothée Olliéric.
Je croyais que personne ne lâavait vu. Il nâest pas- encore- interdit de lire en public Ă notre Ă©poque oĂč la plupart du temps, nous sommes perchĂ©s juste au au dessus de notre Ă©cran de tĂ©lĂ©phone portable.
Mais je pensais avoir été suffisamment discret.
Elle mâa demandĂ© si câĂ©tait moi qui lisais le livre. Jâai oubliĂ© si elle a dit « le livre sur les femmes ». Il y avait le mot « femme » dans sa phrase. Il nây avait pas le mot « guerre ». Nous en avons alors un peu discutĂ©.
Je lui ai rĂ©pondu que jâessaie autant que possible de lire des ouvrages dâaprĂšs un point de vue fĂ©minin. Jâai expliquĂ© que cela me permettait dâapprendre et de voir un peu autrement. Je lui ai donnĂ© lâexemple de lâouvrage quâavait pu Ă©crire la navigatrice Ellen Mc Arthur. Cet ouvrage lui disait quelque chose.
Jâaurais pu citer dâautres ouvrages que jâai lus :
Femmes puissantes un ensemble dâinterviews pratiquĂ©es par la journaliste LĂ©a SalamĂ© qui avait plutĂŽt tendance Ă mâexcĂ©der avant de lire ces interviews. Mais aussi Les couilles sur la table Les couilles sur la table, un livre de Victoire Tuaillon. PremiĂšres partieset Le cĆur sur la table de Victoire Tuaillon ; La vie sans fard de Maryse CondĂ© ; et La chair est triste hĂ©las dâOvidie La Chair est triste, hĂ©las ! un livre d’Ovidie dont jâai vu lâadaptation théùtrale deux fois rĂ©cemment au théùtre de lâAtelier Ă Paris dans le 18Ăšme.
Je nâai pas parlĂ© Ă cette patiente de ces ouvrages. Ni des articles consacrĂ©s dans le journal LâEquipe ou Le Parisien au Footballeur Ousmane DembelĂ©, joueur du PSG, rĂ©cemment devenu le nouveau Ballon dâOr, nouvelle fiertĂ© nationale.
Mes rĂ©ponses ont satisfait la patiente. Une jeune femme qui doute beaucoup dâelle et qui est rapidement trĂšs anxieuse. Mais qui est nĂ©anmoins parvenue Ă faire des Ă©tudes supĂ©rieures et Ă dĂ©crocher un emploi Ă responsabilitĂ©s. Hier, elle faisait du tĂ©lĂ©travail depuis le foyer.
Dans mes rĂ©ponses Ă la question de cette patiente, jâaperçois de trĂšs loin que nous donnons souvent des rĂ©ponses dont le hors champ est beaucoup plus fourni.
Mais comme notre interlocuteur ou notre interlocutrice se satisfait de ce que nous lui montrons, lui avons donnĂ© ou rĂ©pondu, nous nous en tenons gĂ©nĂ©ralement lĂ . A la surface. Au bord du rivage. LĂ oĂč nous avons pied. Nous sommes un peu des illusionnistes sociaux. Nous partons rarement loin.
Il y aura peut-ĂȘtre un plus tard. Mais il nây aura peut-ĂȘtre rien aussi plus tard.
Appartenir Ă un groupe
Les femmes rencontrĂ©es par DorothĂ©e OlliĂ©ric ont refusĂ© de sâen remettre Ă un vague plus tard. Elles ont refusĂ© de se satisfaire dâillusions et de peut-ĂȘtre plus tard.
Elles avaient un but ou se sont donnĂ©es un but et, pour y parvenir, elles ont dĂ©cidĂ© de sâadresser Ă lâarmĂ©e et de sây engager.
Leur dĂ©cision de sâengager dans lâarmĂ©e sâest faite en moyenne entre lâĂąge de 16 et 22 ans. Un Ăąge oĂč beaucoup de personnes, la majoritĂ© dâentre nous, hommes comme femmes, se cherche encore Ă tous les points de vue.
Si le titre du livre de DorothĂ©e OlliĂ©ric, La Guerre au fĂ©minin, suggĂšre la question du genre dans lâarmĂ©e française mais aussi dans la guerre, les doutes que lâon peut avoir sur soi-mĂȘme, lorsque lâon a entre 16 et 22 ans ou mĂȘme plus, nâont pas de genre.
Lorsque jâavais 22 ans, jâavais obtenu mon diplĂŽme dâEtat dâinfirmier depuis un an. Aujourdâhui, jâai plus de 22 ans, je suis un homme, et jâai encore des doutes.
Je crois quâil faut conserver une certaine aptitude au doute. Câest peut-ĂȘtre une des raisons pour lesquelles, bien quâattirĂ© par lâarmĂ©e et tout ce qui peut y ressembler dans la vie civile, je nâappartiens jamais totalement Ă un groupe. JâĂ©prouve toujours le besoin, Ă un moment ou Ă un autre, de penser par moi-mĂȘme mais aussi dâagir seul. Câest peut-ĂȘtre une force. Câest aussi une faiblesse.
Mais ces femmes, elles, ont choisi lâarmĂ©e, sây sont trouvĂ©es, sây sont Ă©panouies, voire, pour certaines, y ont aussi rencontrĂ© leur mari ou leur compagne.
Lorsque lâon entre dans lâarmĂ©e, on appartient Ă un groupe.
Je nâai pas de jugement sur les femmes qui « font » la guerre ou qui se sont engagĂ©es dans lâarmĂ©e. Jâai lu rĂ©cemment dans le journal Les Echos que lâarmĂ©e ukrainienne avait dĂ©cidĂ© rĂ©cemment de nommer davantage de femmes militaires Ă des postes plus avancĂ©s. DĂ©sormais, certaines « (âŠ.) opĂšrent des drones en premiĂšre ligne » ( Le journal Les Echos de ce jeudi 25 septembre 2025, page 6 et 7, article Kiev fait monter en grade les femmes dans son armĂ©e du journaliste Guillaume Ptak).
Etre dirigé/managé par une femme
Au travail, je nâai pas de problĂšme particulier, Ă ĂȘtre « commandĂ© » ou dirigĂ© par une femme.
Femme ou homme, ce qui va mâimporter, câest dâabord la façon dont on sâadresse Ă moi.
La lĂ©gitimitĂ© et le bien-fondĂ© de ce qui peut ĂȘtre exigĂ© de moi. Et par qui ? Une personne que je trouve plus bavarde, dispersĂ©e et occupĂ©e Ă faire du copinage que compĂ©tente ? Une personne affolĂ©e et psychorigide pour un rien ? Une personne fausse ? Ou une personne qui connait son sujet, capable de pragmatisme, qui connait les personnes avec lesquelles elle travaille ainsi que leurs capacitĂ©s et qui a suffisamment confiance en elles ?
Je ne pensais pas que je parlerais de ma conception du management en commentant ce livre. Cependant, la plupart de ces femmes interrogĂ©es, lorsquâelles sont interrogĂ©es par DorothĂ©e OlliĂ©ric, occupent â aprĂšs plusieurs annĂ©es dâexpĂ©rience sur le terrain-des postes Ă responsabilitĂ©s au sein de lâArmĂ©e française.
Formatage
Pour y parvenir, ces femmes ont acceptĂ© un certain nombre de conditionnements et dâentraĂźnements. Elles ne sont plus ou beaucoup moins celles quâelles Ă©taient en entrant dans lâarmĂ©e. Ou elles ont potentialisĂ© ce qui germait en elles en termes dâaptitudes spĂ©cifiques ou hors normes :
DĂ©mineuse, pilote dâhĂ©licoptĂšre, pilote dâavion de chasse, apprendre Ă manier des armes et sâen servir, apprendre Ă survivre dans le froid, dans la jungle, pouvoir se contenter de peu ou de trĂšs peu tout en Ă©tant capable dâĂȘtre au maximum de ses capacitĂ©s de soldat, se dĂ©placer dans des pays en guerre oĂč certaines personnes engagĂ©es (des camarades, des amis, des collĂšgues) se font tuer et mutiler par les mines artisanales, les roquettes, les balles, assister Ă leur dĂ©part dans un cercueil alors quâils nâavaient « que » et/ou quâils avaient des enfants de tel Ăąge. Ce sont des expĂ©riences que ces femmes militaires vivent concrĂštement, de face, de maniĂšre condensĂ©e, brutalement, rapidement.
Pas de filtre. Pas de prĂ©liminaire. La guerre reste la mĂȘme que lâon y aille en tant que femme ou en tant quâhomme.
Par provocation, jâai nommĂ© cette partie « formatage » car on peut bien-sĂ»r plutĂŽt remplacer ce mot par « conditionnement » et «entraĂźnement».
Le terme « formatage » est un terme pĂ©joratif. Et on lâutilise gĂ©nĂ©ralement pour parler de personnes qui nâont pas leur libre arbitre, qui lâont perdu lors de leur entraĂźnement et de leur formation ou qui ont profitĂ© de cet entraĂźnement et de cette formation pour se « dĂ©lester » et se dĂ©barrasser de leur libre arbitre. Câest dans la derniĂšre interview, celle de la militaire pilote de chasse, bien enceinte de son premier enfant et Ă quelques jours de son accouchement, que cela se voit le mieux.
Celle-ci, qui a effectuĂ© des hautes Ă©tudes supĂ©rieures, et qui vient dâun milieu trĂšs Ă©duquĂ© en matiĂšre dâĂ©tudes supĂ©rieures, explique ĂȘtre le « bras armĂ© » et seulement exĂ©cuter ce qui a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© en plus haut lieu. Lorsquâelle lĂąche des bombes, câest seulement parce-que, auparavant, il y a tout une chaine de direction et de rĂ©flexion au dessus dâelle qui a dĂ©cidĂ© que, lĂ oĂč elle va se rendre, il faut lĂącher des bombes.
Selon le contexte politique et lâimportance qui nous est accordĂ© en tant que citoyen, ce mĂȘme raisonnement a pu ou peut ĂȘtre reprochĂ© Ă certains militaires ou Ă des employĂ©s qui sâefforcent ensuite de rĂ©pondre « Je nâai fait que faire mon travail » et qui constatent, alors, lors de leur jugement, soit quâon ne les croit pas, soit que lâon estime quâils auraient pu ou dĂ» faire autrement.
Cette femme militaire nâest pas plus formatĂ©e que la plupart dâentre nous lorsquâelle dĂ©clare simplement faire ce pour quoi elle a Ă©tĂ© formĂ©e et missionnĂ©e. Car nous sommes tous formatĂ©s dans nos domaines respectifs. Tant dans nos domaines professionnels que personnels. Sauf que, contrairement Ă elle, nous avons moins la « possibilitĂ© » ou la volontĂ© de pouvoir tuer ou dĂ©truire quelquâun dâautre ou quelque chose de maniĂšre aussi dĂ©contractĂ©e et lĂ©gitime.
Parce-que nous nâavons pas, pour la plupart dâentre nous, Ă©tĂ© formatĂ©s ou conditionnĂ©s et entraĂźnĂ©s, comme elle et les autres femmes militaires interviewĂ©es. Ce formatage militaire, spĂ©cifique, leur est nĂ©cessaire pour supporter aussi bien leurs entraĂźnements que les environnements dans lesquels elles/ils Ă©voluent.
Cependant, la rĂ©sultante de cette adaptation et de ce formatage/conditionnement, câest une certaine absence dâempathie.
Une certaine absence dâempathie :
Je trouve Ă la plupart de ces femmes militaires une certaine absence dâempathie. Mais je peux le penser aussi pour les militaires dans leur ensemble et les forces de lâordre.
Ils/ Elles sont entraĂźnĂ©s. Câest la guerre. Donc, il faut mener Ă bien la mission. Mettre en pratique ce que lâon a appris Ă faire, câest-Ă -dire, tuer, dĂ©truire et faire rĂ©gner lâordre, notre ordre, nos lois.
Les autres, en face, sont des terroristes, des violeurs ou des barbares. Et, nous, nous sommes les civilisés.
Lors dâune mission, une des femmes militaires raconte avoir vu un homme manger le membre dâun rival. A dâautres endroits, cela pouvait ĂȘtre les parties gĂ©nitales dâun rival avec lesquelles tel « barbare » se baladait. Ailleurs, encore, une femme enceinte tuĂ©e dont le bĂ©bĂ©, mort, avait Ă©tĂ© dĂ©logĂ©.
Et lorsque des camarades meurent, on les pleure parce quâils sont jeunes, quâils ont femme et enfants, lorsquâils en ont, parce-que lâon a vĂ©cu des moments trĂšs forts avec eux. On sâattache Ă celles et ceux que lâon connait et avec lesquels on a endurĂ© et câest normal. Mais on ne perçoit pas quâen face, « les barbares » peuvent avoir vĂ©cu les mĂȘmes processus.
Lorsque jâai vu ce passage oĂč cette femme militaire relate cette scĂšne dans un pays dâAfrique noire, jâai un moment revu passer devant moi le standard colonial raciste selon lequel, en Afrique, câest des sauvages !
La barbarie et la violence des quelques scĂšnes quâelle dĂ©crit sont incontestables. La douleur de la perte des camarades militaires est Ă©galement incontestable et parfaitement comprĂ©hensible. Pour moi.
Pourtant, en actes de barbarie, Ă peu prĂšs tout le monde conviendra que lâAllemagne nazie Ă©tait allĂ©e particuliĂšrement loin il y a plus d’un demi siĂšcle.
Mais il est vrai que câĂ©tait une barbarie de « Supermarché ». TrĂšs bien organisĂ©e, optimisĂ©e et trĂšs bien industrialisĂ©e. Un modĂšle de planning de la barbarie, de gestion dâentreprise et de management. CâĂ©tait en fait une barbarie trĂšs « propre », trĂšs quadrillĂ©e, presque Ă©cologique, avec ses camps de concentration, ses quotas de production.
Cette barbarie-là ne débordait pas dans la rue.
On ne faisait pas brĂ»ler ou gazer son juif, son homosexuel, son noir, son rĂ©sistant, sa prostituĂ©e, son anarchiste ou son communiste en pleine rue devant tout le monde. Câest trĂšs bien montrĂ© dans le film The Zone of interest rĂ©alisĂ© en 2023 par Jonathan Glazer.
Je parle «dâune certaine absence dâempathie » parce-que, a posteriori, cette femme militaire et dâautres, parmi celles qui tĂ©moignent, nâen expriment aucune ou trĂšs peu a posteriori concernant ces « autres » qu’elles ont pu croiser ou auxquels elles ont dĂ» se confronter durant leurs missions.
Il y a « nous ». Et les « autres ». Les autres font partie du hors champ. Tant qu’ils y restent et qu’ils n ‘essaient pas de nous barrer par le chemin ou le regard, on ne cherche pas Ă en savoir plus sur eux.
« On fait » ou  » on a fait » l’Afghanistan parce-que l’on y a passĂ© et vĂ©cu quatre mois ( ou plusieurs annĂ©es) en mission dans des conditions militaires trĂšs dangereuses. Comme si ce pays, d’autres rĂ©gions du monde et leurs Histoires pouvaient se « faire » et se « vivre » -et se limiter- Ă quatre mois ou quelques annĂ©es sur place en tant que militaire.
Lors de la mission, je sais trĂšs bien que lâon ne va pas aller faire des bisous aux mines artisanales ou Ă lâennemi. Nous ne sommes pas lĂ non plus pour faire de lâethnologie et de la sociologie.
Mais, aprĂšs ? Des annĂ©es plus tard, on est capable dâavoir un point de vue personnel et un peu critique ou autocritique ?
TrĂšs peu.
Pour une raison assez simple, ces femmes militaires, comme beaucoup de celles et ceux qui sâengagent dans lâarmĂ©e, dans les forces de lâordre ou ailleurs, veulent principalement de lâaction et de lâadrĂ©naline.
Adrénaline et vie normale
Câest le mot qui a Ă©tĂ© le plus employĂ© par ces femmes militaires jusquâau stĂ©rĂ©otype. Lâ adrĂ©naline. Je suis Ă©tonnĂ© quâaucune dâelle nâait nommĂ© sa fille ou son fils AdrĂ©naline.
La quĂȘte de lâadrĂ©naline.
On leur prĂ©sente de lâadrĂ©naline Ă profusion et elles sautent, tĂȘte la premiĂšre. Elles y vont. Elles partent. Comme des assoiffĂ©es dâadrĂ©naline. Sauf quâelles ont un alibi militaire pour mettre en pratique toutes leurs forces et toutes les capacitĂ©s logistiques, aussi bien mentales, physiques que techniques, pour tuer, dĂ©truire et sĂ©curiser un endroit sans se censurer puisque lâon a dĂ©jĂ pensĂ© pour elles. Et que lâon fait tout ça en groupe, donc en famille, ou tout le monde est dâaccord, ce qui nous conforte dans le fait que lâon fait- toujours- ce quâil faut.
Avec une telle quĂȘte de lâadrĂ©naline, le retour Ă la vie « normale » et Ă peu prĂšs solitaire ou civile â corrĂ©lĂ© avec lâextraction du groupe de la mission militaire- est dâautant plus difficile Ă supporter ou peut devenir difficile Ă supporter.
Cela arrive Ă plusieurs dâentre elles. Cela arriverait Ă nâimporte qui dâautre dans des conditions similaires. Aussi bien dans la vie militaire que civile.
Ces femmes militaires vivent donc dans un mĂ©lange assez explosif de risque Ă©levĂ© de stress post-traumatique, de burn out, de dĂ©cĂšs prĂ©maturĂ©, de blessures corporelles dĂ©finitives, de sentiment exacerbĂ© dâexistence ou d’extase, de trĂȘvesâŠet de dĂ©pression.
Car on ne peut pas toujours partir en mission. Toutes les missions ne se valent pas. Et puis, on perd des sĆurs ou des frĂšres dâarmes car câest la vraie guerre. Celle oĂč lâon meurt vraiment. Celle dont on revient aussi amputĂ©. Le livre ne parle pas des militaires amputĂ©s qui ne peuvent plus partir en mission. « Seulement » des morts. Alors que toute attaque subie laisse forcĂ©ment des sĂ©quelles.
Puisque lorsque lâon parvient Ă revenir vivant soi-mĂȘme, la vie ne peut plus ĂȘtre comme avant au vu de ce que lâon a vĂ©cu. Puisque une partie de notre vie est restĂ©e engagĂ©e – ou marquĂ©e- dans ce que l’on a connu ailleurs.
 » Quand tu regardes l’abĂźme, il te regarde aussi... ».
Les personnes qui ont Ă©tĂ© victimes dâun attentat racontent bien ce que cela a pu changer pour elles et dans leurs relations avec leur entourage. Je trouve que câest un peu pareil pour certaines de ces femmes (ça peut ĂȘtre pareil pour les hommes) militaires lorsquâelles « reviennent ». MĂȘme si elles ont Ă©tĂ© plus armĂ©es et plus entraĂźnĂ©es que les civils victimes d’attentats. Simplement, cela prend un peu plus de temps pour elles pour ĂȘtre rattrapĂ©es par les mĂȘmes tourments. Et lorsque j’Ă©cris « elles », ces tourments se postent Ă©galement, Ă©videmment, chez les hommes. Il n’existe pas vraiment de murs, ici, entre les genres pour ces tourments. Seuls les individus se diffĂ©rencient entre eux indĂ©pendamment de leur sexe ou de leur genre.
La vie normale et quotidienne, celle de la plupart dâentre nous, câest plutĂŽt un antidote de lâadrĂ©naline. Un arrĂȘt sur image. Une dĂ©tention rĂ©pĂ©tĂ©e dans nos limites et certaines de nos contrariĂ©tĂ©s et frustrations :
Les dĂ©marches administratives, les embouteillages, les heures de pointe, faire les courses, assez peu de variĂ©tĂ©, assez peu dâaction, assez peu de panache ou d’aventure, lâimpression dâĂȘtre sous employĂ©(e), de subir, de vĂ©gĂ©ter ou de pourrir sur pied et dâavoir, en contrepartie, des distractions de merde ou celles de tout le monde. Alors que, nous, ce que lâon veut, câest sâillustrer, ĂȘtre des hĂ©ros ou des hĂ©roĂŻnes. Des vrais. Comme dans les films.
Comme dans les films
Deux ou trois des femmes militaires se qualifient de « gosses » ou qualifient les militaires de « gosses » qui partent Ă la guerre. Câest pareil dans dâautres professions (policiers, pompiers et autres, et pas seulement les reprĂ©sentants des forces de lâordre).
Deux ou trois, aussi, disent vivre certains moments dans leurs missions comme « dans un film ». DĂ©mineurs et Zero Dark Thirty ( voir l’article Zero Dark Thirty/ Un film de Kathryn Bigelow ) de K. Bigelow, Le Chant du loup ( voir l’article Le Chant du Loup ) et la sĂ©rie Le Bureau des lĂ©gendes font partie des Ćuvres cinĂ©matographiques citĂ©es.
Elles, elles vivent ou ont vĂ©cu « pour de vrai » ce qui peut ĂȘtre racontĂ© dans ces films. Elles font alors partie du film. Dâun film, quâelles pourront se raconter ou raconter plus tard. Soit Ă des militaires comme elles qui peuvent les comprendre. Ou Ă certains proches. C’est tout de mĂȘme mieux que de raconter ses courses Ă Auchan ou dans un magasin Picard SurgelĂ©s.
Nous sommes nombreux Ă aspirer Ă avoir une vie de « film » ou « comme dans un film ». Sauf que, elles, elles se sont donnĂ©es les moyens pour y parvenir et ce quâelles disent, aussi, câest que, Ă lâarmĂ©e, on a plus de chances de voir tous nos efforts et nos sacrifices rĂ©compensĂ©s comparativement Ă la vie civile qui, Ă la fois, offre moins dâopportunitĂ©s dâexpĂ©riences hors du commun mais ne garantit pas pour autant le meilleur Ă celles et ceux qui le mĂ©ritent ou l’ont mĂ©ritĂ© Ă force d’efforts et de sacrifices.
Féminisme
MalgrĂ© les Ă©cueils rencontrĂ©s par quelques unes Ă lâarmĂ©e avec des gradĂ©s ou dâautres simples militaires qui ne veulent pas des femmes ou seulement pour leur passer dessus ou les dĂ©nigrer, elles sont plusieurs Ă dire que lâarmĂ©e française a Ă©voluĂ©, quâelles ont su se faire respecter et que cela a Ă©tĂ© plus facile pour elles dâĂȘtre des femmes militaires quâil y a trente ou quarante ans.
Elles vivent plutĂŽt comme une injustice le fait quâavoir un enfant en bas Ăąge a pu les priver de certaines missions. Peut-ĂȘtre parce-que, socialement, cela reste souvent la carriĂšre du pĂšre ou de lâhomme qui reste prioritaire tandis que la mĂšre/la femme est celle qui reste Ă la maison pour sâoccuper des enfants. Elles ont peut-ĂȘtre raison de le voir de cette façon. Je crois pourtant quâil faut aussi parler davantage de la figure du hĂ©ros sans distinction de genre.
Le héros et la fierté :
Bien avant de lire La Guerre au fĂ©minin, jâai dĂ©jĂ plusieurs fois rĂ©flĂ©chi au fait dâĂȘtre « un hĂ©ros », «une hĂ©roĂŻne ». Et aussi Ă propos de « la fiertĂ© ». Jâaurais dĂ» aussi rajouter le terme « sacrifice » dans ce titre.
Cela fait plusieurs fois que, devant la statue dâun « hĂ©ros », ou devant le nom de rue dâun « hĂ©ros », je me fais la remarque que, moi, en tant quâenfant, je nâen nâaurais rien eu Ă faire que mon pĂšre ou ma mĂšre soit un hĂ©ros ou une hĂ©roĂŻne et ait sa statue ou une rue Ă son nom. Car tout ce que j’aurais voulu, en tant quâenfant, câest que ma mĂšre et mon pĂšre soient prĂ©sents pour mâaimer, me conseiller, me protĂ©ger. Ce quâune statue, un nom de rue ou des « Ton pĂšre Ă©tait un hĂ©ros, tu peux ĂȘtre fier de lui »/  » Ta mĂšre Ă©tait une hĂ©roĂŻne, tu peux ĂȘtre fiĂšre d’elle » nâapportera jamais.
Si nos parents sont des héros, pourquoi sont-ils absents pour nous, lorsque nous sommes enfants puis adolescents ?
Dans les faits, ma mĂšre et mon pĂšre sont encore vivants et autonomes. Ils vivent chez eux et non dans un EHPAD. Je ne suis pas orphelin alors que je suis aujourdâhui adulte. Cependant, je ne comprends pas cette espĂšce « dâaviditĂ© » pour le sacrifice et le fait de devenir un hĂ©ros/une hĂ©roĂŻne en mourant au besoin.
Je parle « dâaviditĂ© » pour le fait dâĂȘtre volontaire afin de se jeter de soi-mĂȘme dans le vide. Lorsque personne ne nous le demande ou ne nous y oblige.
Alors que plusieurs de ces femmes militaires, dâelles-mĂȘmes, demandent avec insistance Ă pouvoir partir se jeter dans l’action militaire alors que leurs mĂŽmes ont quelques mois, un an ou deux ans. Jâai le mĂȘme raisonnement vis-Ă -vis des hommes militaires ou autres qui font un mĂ©tier particuliĂšrement risquĂ© :
Tu es devenu jeune pĂšre. Pour qui te prends-tu Ă continuer Ă te croire si invincible lorsque tu pars Ă la guerre alors que ton enfant de quelques mois ou de deux ou trois ans ne te reverra peut-ĂȘtre pas car tu vas mourir lĂ oĂč tu pars, pour satisfaire ton appĂ©tence en adrĂ©naline ?
La fiertĂ© est importante pour ces femmes ( et hommes) militaires. A plusieurs reprises, lâune dâentre elles Ă©voque le fait que dans le regard des autres (la famille ou dâautres militaires), elles voient quâelles ont changĂ© de dimension et quâelles suscitent fiertĂ© et admiration. Ou une certaine crainte.
Je nâai rien contre la fiertĂ© ou le fait dâĂȘtre un hĂ©ros. Mes buts dans la vie ne se rĂ©sument pas Ă ĂȘtre un lĂąche, Ă passer mon temps Ă fuir et Ă faire le rĂ©cit de mes courses au magasin de surgelĂ©s Picard ou sur le marchĂ© d’Argenteuil. Mais le prix que ces femmes et ces hommes sont prĂȘts Ă payer pour leur adrĂ©naline, pour ĂȘtre des hĂ©ros, pour ĂȘtre fiers dâeux-mĂȘmes, me parait trop Ă©levĂ©. Et il est en plus trĂšs difficile voire impossible de pouvoir tout bien concilier :
Etre des hĂ©ros, ĂȘtre fier de soi, avoir son quota dâadrĂ©naline, avoir une vie de couple ou de famille Ă©panouie….
Aussi, leur engagement admirable dans lâarmĂ©e me laisse malgrĂ© tout avec des doutes sur la façon dont elles et ils sâengagent dans leur humanitĂ©, leur façon d’ĂȘtre des ĂȘtres humains, mais aussi sur leurs rĂ©elles facultĂ©s et leur rĂ©elle volontĂ© afin (re)devenir une femme, un homme, une mĂšre, un pĂšre…dans la vie civile et par temps de paix.
Je crois que ces femmes vivent lâexceptionnel en tant que militaires mais quâelles passent Ă cĂŽtĂ© de certains aspects de la vie qui sont tout autant exceptionnels. Mais quâelles lâignorent car lâarmĂ©e nâentraine pas à ça. Sauf si elles ont la chance de croiser certaines personnes dans lâarmĂ©e qui sont suffisamment capables dâempathie, de clairvoyance ( il y en a) et qui leur font relativiser certaines de leurs certitudes acquises durant leur carriĂšre.
Sauf si un burn out, un stress post-traumatique et/ou un divorce leur casse la route, ce qui arrive Ă deux ou trois dâentre elles au moins.
Mais je suis peut-ĂȘtre aussi dĂ©routĂ© par les choix de ces femmes parce-qu’elles accordent avant tout une grande importance Ă leur carriĂšre.
Faire carriÚre et prendre la décision parfaite
Ces femmes militaires sont d’indĂ©niables compĂ©titrices. Et lorsque l’on a un tempĂ©rament de compĂ©titrice ou de compĂ©titeur, on aspire sans cesse au meilleur. Et rien ne doit ou ne peut entraver notre parcours. Je me rappelle seulement ce matin ( nous sommes le 27 septembre 2025) alors que je complĂšte cet article depuis sa publication hier, du film Volontaire rĂ©alisĂ© en 2018 par HĂ©lĂšne FilliĂšres dans lequel elle joue elle-mĂȘme un rĂŽle de femme militaire gradĂ©e. Un film qui m’avait beaucoup plu lorsque je l’avais vu au cinĂ©ma.
Dans ce film, Volontaire, l’actrice Diane Rouxel interprĂšte la jeune Laure Baer qui donne tout pour rĂ©ussir dans l’armĂ©e. Y compris se faire prescrire un traitement -en se servant de son copain « civil » qu’elle finit par quitter- pour bloquer ses rĂšgles.
Dans l’esprit de ces femmes militaires rencontrĂ©es par DorothĂ©e OlliĂ©ric, on est plus proche de cet Ă©tat d’esprit ou de celui de l’actrice Jennifer Lawrence dans les films Hunger Games que du mien. J’ai un Ă©tat d’esprit sans doute trop spontanĂ©ment ou trop rapidement sentimental, gogo-naĂŻf et trop gentil envers autrui.
Cet Ă©tat d’esprit- le mien- qui s’applique, autant que possible, Ă d’abord chercher Ă prĂ©server l’autre et Ă faire le moins de mal possible Ă autrui. A bien ou comprendre au mieux ses Ă©ventuels besoins. A s’assurer qu’il ou qu’elle va bien ou qu’il ou qu’elle est en lieu sĂ»r avec des personnes de confiance avant de pouvoir m’adonner vĂ©ritablement Ă ma quĂȘte personnelle. Soit un Ă©tat d’esprit plutĂŽt « maternant » conjuguĂ© avec un Ă©tat d’esprit qui peut ĂȘtre plus agressif, froid, qui peut surprendre, dont on peut douter de l’existence, car Ă l’opposĂ© de ce cĂŽtĂ© gentil, rassurant et maternant.
Soit un Ă©tat d’esprit ou une ambivalence ( chez moi) difficile Ă concilier, par moments, avec certaines compĂ©titions et certaines situations oĂč il faut d’abord penser Ă soi avant tout. Et ĂȘtre le plus rapide possible pour agir ou dĂ©cider sans se prĂ©occuper des consĂ©quences ou des dĂ©sagrĂ©ments pour les autres ou notre entourage. Ces femmes militaires, de toute Ă©vidence, sont moins ambivalentes et moins tourmentĂ©es que moi devant ce genre de choix ou de dilemme. C’est peut-ĂȘtre ce qui nous diffĂ©rencie le plus psychologiquement, et ce qui fait d’elles des guerriĂšres et des militaires « accomplies », des soldats ou des compĂ©titrices plus que des « femmes » et des « personnes ». Tandis que je persiste, moi, dans une espĂšce d’entre-deux tantĂŽt rassurant et tantĂŽt satisfaisant, tantĂŽt insatisfaisant. Entre ĂȘtre un soldat ou un compĂ©titeur ou ĂȘtre une personne.
A ceci prĂšs que ces femmes militaires exercent sur des terrains de guerre en tant que soldats au service de l’Etat français lĂ oĂč, moi, j’exerce par temps de paix, en tant que soignant Ă©galement au service de l’Etat français mais dans la vie civile.
Si nous pouvons nous ressembler, ces femmes militaires et moi, les contextes dans lesquels nous avons Ă agir, les moyens d’actions dont nous disposons et les buts que nous visons pour nos missions respectives sont diffĂ©rents.
Mais il n’existe pas de dĂ©cision parfaite. Il existe plutĂŽt des choix et des consĂ©quences que nous sommes prĂȘts ou capables d’accepter.
Ou incapables.
Des conséquences que nous ne pouvons pas toujours prévoir ni maitriser.
Et, j’ai sans doute eu besoin de lire ce livre pour continuer d’apprendre qu’il faut se faire confiance et donc apprendre Ă moins tergiverser. Apprendre Ă accepter aussi l’irrĂ©parable comme l’inconcevable.
Cette conclusion efface tout ce qui suivait ensuite dans cet article lors de sa premiĂšre publication.
Franck Unimon, ce vendredi 26 septembre 2025 puis ce samedi 27 septembre 2025.





















































