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Dany Laferrière-Tout bouge autour de moi

»Posted by on Sep 7, 2020 in Puissants Fonds | 0 comments

Dany Laferrière-Tout bouge autour de moi

 

                            Dany Laferrière – Tout bouge autour de moi  

« Une secousse de magnitude 7.3 n’est pas si terrible. On peut encore courir. C’est le béton qui a tué. Les gens ont fait une orgie de béton ces cinquante dernières années. De petites forteresses. Les maisons en bois et en tôle, plus souples, ont résisté. Dans les chambres d’hôtel souvent exigües, l’ennemi c’est le téléviseur. On se met toujours en face de lui. Il a foncé droit sur nous. Beaucoup de gens l’ont reçu sur la tête » (chapitre Les projectiles, page 14 de Tout bouge autour de moi, paru en 2011).

 

Passer sa vie en mer

 

Passer sa vie en mer, c’est passer une certaine partie de son temps à voir des empires se former, s’écrouler et recommencer. Naviguer, c’est être l’aiguille qui peut être amenée à devoir passer au travers du tamis de ces empires. Mais avant même d’arriver jusqu’à la mer, nos histoires personnelles seront nos premiers empires. Nous y passerons tous et ce sera à nous de trouver de multiples façons et de multiples prises afin de passer au travers de leurs rouleaux en évitant le Ippon fatal qui nous laissera à terre.

La lecture du livre Le Monde comme il me parle d’Olivier de Kersauson est encore là. Je vous en ai parlé il y a quelques jours ( Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle). Sa lecture a été après celle du livre de Dany Laferrière. Mais les deux livres se retrouvent. Laferrière et Kersauson ont des univers communs. Et, moi, je suis ici l’aiguille qui va essayer de coudre ces univers ensemble. Et en plus court que je ne l’ai fait pour le livre de Kersauson.

 

L’écrivain Dany Laferrière

 

Dany Laferrière, Haïtien né à Haïti, obligé de s’exiler pour raisons politiques, a vécu des années (où il vit peut être encore) au Québec. Au Québec, il a lu tous les auteurs québecois en activité. Membre de l’Académie Française- depuis décembre 2013- écrivain reconnu et adapté plusieurs fois au cinéma ( Comment faire l’Amour avec un Nègre sans se fatiguer (1989) avec Isaac de Bankolé, Vers le Sud  réalisé en 2005 par Laurent Cantet avec Charlotte Rampling), Prix Médicis en 2009, Dany Laferrière était dans un restaurant à Haïti quand la Terre y a tremblé le 12 janvier 2010.

 

Une histoire personnelle de tremblement

 

C’est l’histoire personnelle de ce tremblement qu’il nous raconte, par des chapitres courts, dans Tout bouge autour de moi où il navigue à travers ce qu’il voit et reste d’Haïti comme parmi ses souvenirs.  Fils du pays, comme cela peut être bien décrit dans son L’Enfant du pays ( très bien restitué par Arthur H et Nicolas Repacdans l’album L’Or Noir ) il sillonne les états de sa famille de ses amis intellectuels ( dont Frankétienne…) et d’inconnus. Ainsi que le traitement humanitaire et médiatique du séisme. Page 60 :

« (….). Le photographe Ivanoh Demers la talonne. Lui semble plutôt gêné. (….) Ses photos ont été reprises dans les journaux du monde entier. Et son émouvante photo du jeune garçon qui tourne son regard vers nous, avec un mélange de douleur et de gravité, restera longtemps dans notre mémoire. La lumière douce qui éclaire son visage fait penser à la peinture flamande. Pourtant, le photographe semble déchiré entre cette soudaine célébrité et la ville détruite- l’un n’allant pas sans l’autre. Il n’a pas à se sentir mal. Sa photo du jeune garçon au regard si doux restera ».

 

A une autre extrémité de la célébrité

Dans ce paragraphe, nous sommes aux antipodes de cette quête de « célébrité » de tous les instants sur les réseaux sociaux, à la télé ainsi que dans ses dérivés ( Ma vie en réalité). Néanmoins, derrière chaque célébrité que nous « suivons » ou regardons, il y a peut-être aussi l’équivalent d’une ville qui se forme, se détruit et se remonte indéfiniment. Le tout est de ne pas faire partie des décombres et des encombrants.

 

Cadavres et atelier de digestion

 

Il y a quelques cadavres dans le livre de Dany Laferrière. Et ce ne sont ni des bouteilles d’alcool, ni des merveilles d’alcôve.

Son chapitre Les projectiles décrit assez techniquement un tremblement de terre. Mais le chiffre de la magnitude pourrait correspondre au calibre d’une balle et nous pourrions très bien être dans le début d’un polar. Cadavres et viscères font partie des quelques points communs- et vitaux- qu’il peut y avoir entre le récit que Laferrière nous fait de ce tremblement et un polar.

 

D’ailleurs, Tout bouge autour de moi débute dans un restaurant, page 11, extrait du chapitre La minute :

 

« Me voilà au restaurant de l’hôtel Karibe avec mon ami Rodney Saint-Eloi, éditeur de Mémoire d’encrier, qui vient d’arriver de Montréal. Au pied de la table, deux grosses valises remplies de ses dernières parutions. J’attendais cette langouste ( sur la carte, c’était écrit homard) et Saint-Eloi, un poisson gros sel. J’avais déjà entamé le pain quand j’ai entendu une terrible explosion. Au début j’ai cru percevoir le bruit d’une mitrailleuse (certains diront un train), juste dans mon dos. En voyant  passer les cuisiniers en trombe, j’ai pensé qu’une chaudière venait d’exploser. Tout cela a duré moins d’une minute. On a eu huit à dix secondes pour prendre une décision. Quitter l’endroit ou rester (….) ».  

 

 

Après la nourriture, le plus souvent, commence la partition de la digestion.  La digestion peut faire penser à un tremblement sauf que celui-ci est routinier et imperceptible. On s’en préoccupe généralement lorsque ça ne passe pas. Lorsque ça ne pousse pas. Quand notre digestion est montée sur ressort hydraulique et nous désopercule de manière incontrôlée par le haut ou par le bas.

 

Cet ouvrage de Laferrière ressemble à un atelier de digestion de l’événement. Comme tout événement. Mais celui-ci se matérialise et s’impose plus que d’autres comme une  expérience hypertonique de tremblement intime, page 43, extrait du chapitre Le Court métrage :

 

« Si je repasse souvent dans ma tête ces minutes qui précèdent l’explosion c’est parce qu’il est impossible de revivre l’événement lui-même. Il nous habite trop intimement. (….)C’est un moment éternellement présent. On se rappelle l’instant d’avant dans les moindres détails. (….) A partir de 16h53, notre mémoire tremble ».

 

Une expérience traumatique et traumatisante

 

Le tremblement de terre d’Haïti peut faire passer à toute expérience traumatique et traumatisante : attentat, assassinat, viol, accident, décès soudain d’un proche, confinement.

Mais  le tremblement de terre peut aussi faire penser à un soulèvement populaire. Comme celui des gilets jaunes. Ou dans les cités. Le titre du livre me rappelle aussi le court métrage Ce Chemin devant moi réalisé- en 2012- par Hamé et Ekoué ( du groupe de Rap La Rumeur) avec l’acteur Reda Kateb dans le rôle principal. L’acteur Slimane Dazi fait aussi partie du casting.

 

 

C’est aussi pour ces quelques raisons que Tout bouge autour de moi peut nous parler de manière rapprochée. Et aussi nous guider.

 

 

A un moment, Laferrière nous raconte que le tremblement ne passe pas. Lors d’une scène, quelques jours plus tard, où il croit que le tremblement reprend. Alors que tout va « bien » et que ce sont seulement  ses jambes, qui portent encore la mémoire, lourde, du tremblement, qui se mettent soudainement à flageoler.

 

Les Choses :

 

Son court paragraphe sur Les Choses, page 19, vaut aussi davantage que sa lecture :

 

« L’ennemi n’est pas le temps mais toutes ces choses qu’on a accumulées au fil des jours. Dès qu’on ramasse une chose on ne peut plus s’arrêter. Car chaque chose appelle une autre. C’est la cohérence d’une vie. On retrouvera des corps près de la porte. Une valise à côté d’eux ».

 

Parmi les décombres, les attraits du livre

 

 

Parmi ses attraits, le livre est simple à lire. Dans son quotidien. Et il est bâti sur la vie sans éluder certaines tragédies.

 

Je suis étonné, que parmi les intellectuels qu’il connaît et qu’il cite, le réalisateur haïtien engagé, Raoul Peck, ne soit jamais mentionné vu qu’ils doivent être à peu près du même âge. Mais Haïti a sans doute beaucoup plus d’histoires et de personnes à nommer qu’elle ne compte de kilomètres carrés. Laferrière souligne la très grande créativité de la culture haïtienne dont je suis un témoin mémoriel au travers de la musique Konpa qui a rythmé une partie de mon enfance mais aussi de certaines de mes vacances en Guadeloupe.

 

Avec le Brésil, Haïti fait partie de ces deux destinations dont j’ai eu envie depuis des années mais où je n’ai jamais osé aller. Par appréhension de la violence. Le livre de Laferrière m’a beaucoup donné envie d’aller à Haïti. Malgré ce tremblement de terre. Alors que nous sommes encore en pleine période de Covid. Et je ne vois dans cette envie aucune parenté avec la folie. C’est peut-être le plus étonnant. Mais je sais aussi que, parfois, ou souvent, seuls les gens fous survivent voire vivent véritablement en passant au travers des empires qui s’écroulent.

 

Franck Unimon, ce lundi 7 septembre 2020.

 

 

 

 

                     

 

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Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle

»Posted by on Sep 2, 2020 in Addictions, Cinéma, Corona Circus, Puissants Fonds, self-défense, Voyage | 0 comments

Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle

 

                    Olivier de Kersauson- Le Monde comme il me parle

« Le plaisir est ma seule ambition ».

 

 

Parler d’un des derniers livres de Kersauson

 

Parler d’un des derniers livres de Kersauson, Le Monde comme il me parle,  c’est presque se dévouer à sa propre perdition. C’est comme faire la description de notre dentition de lait en décidant que cela pourrait captiver. Pour beaucoup, ça manquera de sel et d’exotisme. Je m’aperçois que son nom parlera spontanément aux personnes d’une cinquantaine d’années comme à celles en âge d’être en EHPAD.

 

Kersauson est sûrement assez peu connu voire inconnu du grand public d’aujourd’hui. Celui que j’aimerais concerner en priorité avec cet article. Je parle du public compris grosso modo entre 10 et 35 ans. Puisque internet et les réseaux sociaux ont contribué à abaisser l’âge moyen du public lambda. Kersauson n’est ni Booba, ni Soprano, ni Kenji Girac. Il n’est même pas le journaliste animateur Pascal Praud, tentative de croisement tête à claques entre Donald Trump et Bernard Pivot, martelant sur la chaine de télé Cnews ses certitudes de privilégié. Et à qui il manque un nez de clown pour compléter le maquillage.

 

Le Mérite

 

Or, aujourd’hui, nous sommes de plus en plus guidés par et pour la dictature de l’audience et du like. Il est plus rentable de faire de l’audience que d’essayer de se faire une conscience.  

 

Que l’on ne me parle pas du mérite, héritage incertain qui peut permettre à d’autres de profiter indéfiniment de notre crédulité comme de notre « générosité » ! Je me rappelle toujours de cette citation que m’avait professée Spock, un de mes anciens collègues :

 

« Il nous arrive non pas ce que l’on mérite mais ce qui nous ressemble ».

Une phrase implacable que je n’ai jamais essayé de détourner ou de contredire.

 

Passer des heures sur une entreprise ou sur une action qui nous vaut peu de manifestations d’intérêt ou pas d’argent revient à se masturber ou à échouer. 

Cela équivaut à demeurer  une personne indésirable.

Si, un jour, mes articles comptent plusieurs milliers de lectrices et de lecteurs, je deviendrai une personne de « valeur ».  Surtout si ça rapporte de l’argent. Beaucoup d’argent. Quelles que soient l’originalité ou les vertus de ce que je produis.

 

Mais j’ai beaucoup de mal à croire à cet avenir. Mes écrits manquent par trop de poitrine, de potins, d’images ad hoc, de sex-tapes, de silicone et de oups ! Et ce n’est pas en parlant de Kersauson aujourd’hui que cela va s’améliorer. Kersauson n’a même pas fait le nécessaire pour intégrer  l’émission de téléréalité Les Marseillais !

 

Rien en commun

 

Mais j’ai plaisir à écrire cet article.

 

Kersauson et moi n’avons a priori rien à voir ensemble. Il a l’âge de mon père, est issu de la bourgeoisie catholique bretonne. Mais il n’a ni l’histoire ni le corps social (et autre) de mon père et de ma mère. Même si, tous les deux, ont eu une éducation catholique tendance campagnarde et traditionnelle. Ma grand-mère maternelle, originaire des Saintes, connaissait ses prières en latin.  

 

Kersauson a mis le pied sur un bateau de pêche à l’âge de quatre ans et s’en souvient encore. Il a appris « tôt » à nager, sans doute dans la mer, comme ses frères et soeurs.

Je devais avoir entre 6 et 9 ans lorsque je suis allé sur mon premier bateau. C’était dans le bac à sable à côté de l’immeuble HLM où nous habitions en banlieue parisienne. A quelques minutes du quartier de la Défense à vol d’oiseau.

 

J’ai appris à nager vers mes dix ans dans une piscine. Le sel et la mer pour lui, le chlore et le béton pour moi comme principaux décors d’enfance.

 

Moniteur de voile à 13 ans, Kersauson enseignait le bateau à des parisiens (sûrement assez aisés) de 35 à 40 ans. Moi, c’est plutôt vers mes 18-20 ans que j’ai commencé à m’occuper de personnes plus âgées que moi : c’était des patients  dans les hôpitaux et les cliniques. Changer leurs couches, vider leur  bassin, faire leur toilette, prendre soin d’eux….

 

J’ai pourtant connu la mer plus tôt que certains citadins. Vers 7 ans, lors de mon premier séjour en Guadeloupe. Mais si, très tôt, Kersauson est devenu marin, moi, je suis un ultramarin. Lui et moi, ne sommes pas nés du même côté de la mer ni pour les mêmes raisons.

La mer a sûrement eu pour lui, assez tôt, des attraits qui ont mis bien plus de temps  à me parvenir.  Je ne vais pas en rajouter sur le sujet. J’en ai déjà parlé et reparlé. Et lui, comme d’autres, n’y sont pour rien.

 

Kersauson est né après guerre, en 1944, a grandi dans cette ambiance (la guerre d’Indochine, la guerre d’Algérie, la guerre du Vietnam) et n’a eu de cesse de lui échapper.

Je suis né en 1968. J’ai entendu parler des guerres. J’ai vu des images. J’ai entendu parler de l’esclavage. J’ai vu des images. J’ai plus connu la crise, la peur du chômage, la peur du racisme, l’épidémie du Sida, la peur d’une guerre nucléaire, les attentats. Et, aujourd’hui, le réchauffement climatique, les attentats, les serres d’internet, l’effondrement, le Covid.

 

Kersauson, et moi, c’est un peu la matière et l’antimatière.

 

En cherchant un peu dans la vase

 

Pourtant, si je cherche un peu dans la vase, je nous trouve quand même un petit peu de limon en commun.

L’ancien collègue Spock que j’ai connu, contrairement à celui de la série Star Trek, est Breton.

C’est pendant qu’il fait son service militaire que Kersauson, Breton, rencontre Eric Tabarly, un autre Breton.

 

C’est pendant mon service militaire que j’entends parler pour la première fois de Kersauson. Par un étudiant en psychologie qui me parle régulièrement de Brautigan, de Desproges et de Manchette sûrement. Et qui me parle de la culture de Kersauson lorsque celui-ci passe aux Grosses Têtes de Bouvard. Une émission radiophonique dont j’ai plus entendu parler que je n’ai pris le temps de l’écouter.

 

Je crois que Kersauson a bien dû priser l’univers d’au moins une de ces personnes :

Desproges, Manchette, Brautigan.

 

Pierre Desproges et Jean-Patrick Manchette m’ont fait beaucoup de bien à une certaine période de ma vie. Humour noir et polar, je ne m’en défais pas.

 

C’est un Breton que je rencontre une seule fois (l’ami de Chrystèle, une copine bretonne de l’école d’infirmière)  qui m’expliquera calmement, alors que je suis en colère contre la France, que, bien que noir, je suis Français. J’ai alors entre 20 et 21 ans. Et je suis persuadé, jusqu’à cette rencontre, qu’il faut être blanc pour être Français. Ce Breton, dont j’ai oublié le prénom, un peu plus âgé que moi, conducteur de train pour la SNCF, me remettra sur les rails en me disant simplement :

« Mais…tu es Français ! ».

C’était à la fin des années 80. On n’entendait pas du tout  parler d’un Eric Zemmour ou d’autres. Il avait beaucoup moins d’audience que depuis quelques années. Lequel Eric Zemmour, aujourd’hui, a son trône sur la chaine Cnews et est la pierre philosophale de la Pensée selon un Pascal Praud. Eric Zemmour qui se considère fréquemment comme l’une des personnes les plus légitimes pour dire qui peut être Français ou non. Et à quelles conditions. Un de ses vœux est peut-être d’être le Montesquieu de la question de l’immigration en France.

 

Dans son livre, Le Monde comme il me parle, Kersauson redit son attachement à la Polynésie française. Mais je sais que, comme lui, le navigateur Moitessier y était tout autant attaché. Ainsi qu’Alain Colas. Deux personnes qu’il a connues. Je sais aussi que Tabarly, longtemps célibataire et sans autre idée fixe que la mer, s’était quand même  acheté une maison et marié avec une Martiniquaise avec laquelle il a eu une fille. Même s’il a fini sa vie en mer. Avant d’être repêché.

 

Ce paragraphe vaut-il à lui tout seul la rédaction et la lecture de cet article ? Toujours est-il que Kersauson est un inconnu des réseaux sociaux.

 

Inconnu des réseaux sociaux :

 

 

 

Je n’ai pas vérifié mais j’ai du mal à concevoir Kersauson sur Instagram, faisant des selfies ou téléchargeant des photos dénudées de lui sur OnlyFans. Et il ne fait pas non plus partie du décor du jeu The Last of us dont le deuxième volet, sorti cet été,  une des exclusivités pour la console de jeu playstation, est un succès avec plusieurs millions de vente.

 

Finalement, mes articles sont peut-être trop hardcore pour pouvoir attirer beaucoup plus de public. Ils sont peut-être aussi un peu trop « mystiques ». J’ai eu cette intuition- indirecte- en demandant à un jeune récemment ce qu’il écoutait comme artistes de Rap. Il m’a d’abord cité un ou deux noms que je ne connaissais pas. Il m’avait prévenu. Puis, il a mentionné Dinos. Je n’ai rien écouté de Dinos mais j’ai entendu parler de lui. J’ai alors évoqué Damso dont j’ai écouté et réécouté l’album Lithopédion (sorti en 2018) et mis plusieurs de ses titres sur mon baladeur.  Le jeune m’a alors fait comprendre que les textes de Damso étaient en quelque sorte trop hermétiques pour lui.

Mais au moins Damso a-t’il des milliers voire des millions de vues sur Youtube. Alors que Kersauson…. je n’ai pas fouillé non plus- ce n’est pas le plus grave- mais je ne vois pas Kersauson avoir des milliers de vues ou lancer sa chaine youtube. Afin de nous vendre des méduses (les sandales en plastique pour la plage) signées Balenciaga ou une crème solaire bio de la marque Leclerc.

 

J’espère au moins que « Kersau », mon Bernard Lavilliers des océans, est encore vivant. Internet, google et wikipédia m’affirment que « oui ». Kersauson a au moins une page wikipédia. Il a peut-être plus que ça sur le net. En écrivant cet article, je me fie beaucoup à mon regard sur lui ainsi que sur le livre dont je parle. Comme d’un autre de ses livres que j’avais lu  il y a quelques années, bien avant l’effet « Covid».

 

L’effet « Covid »

 

Pourvu, aussi, que Kersauson se préserve du Covid.  Il a 76 ans cette année. Car, alors que la rentrée (entre-autre, scolaire)  a eu lieu hier et que bien des personnes rechignent à continuer de porter un masque (dont le très inspiré journaliste Pascal Praud sur Cnews), deux de mes collègues infirmières sont actuellement en arrêt de travail pour suspicion de covid. La première collègue a une soixantaine d’années. La seconde, une trentaine d’années. Praud en a 54 si j’ai bien entendu. Ou 56.

Un article du journal ” Le Canard Enchainé” de ce mercredi 2 septembre 2020.

 

Depuis la pandémie du Covid-19, aussi appelé de plus en plus « la Covid », la vente de livres a augmenté. Jeff Bezos, le PDG du site Amazon, premier site de ventes en ligne, (aujourd’hui, homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à 200 milliards de dollars selon le magazine Forbes US  cité dans le journal Le Canard Enchaîné de ce mercredi 2 septembre 2020) n’est donc pas le seul à avoir bénéficié de la pandémie du Covid qui a par ailleurs mis en faillite d’autres économies.

 

Donc, Kersauson, et son livre, Le Monde comme il me parle, auraient pu profiter de « l’effet Covid ». Mais ce livre, celui dont j’ai prévu de vous parler, est paru en 2013.

 

Il y a sept ans.  C’est à dire, il y a très très longtemps pour beaucoup à l’époque.

 

Mon but, aujourd’hui, est de vous parler d’un homme de 76 ans pratiquement inconnu selon les critères de notoriété et de réussite sociale typiques d’aujourd’hui. Un homme qui a fait publier un livre en 2013.

Nous sommes le mercredi 2 septembre 2020, jour du début du procès des attentats de Charlie Hebdo et de L’Hyper Cacher.

 

 

Mais nous sommes aussi le jour de la sortie du film Police d’Anne Fontaine avec Virginie Efira, Omar Sy et Grégory Gadebois. Un film que j’aimerais voir. Un film dont je devrais plutôt vous parler. Au même titre que le film Tenet de Christopher Nolan, sorti la semaine dernière. Un des films très attendus de l’été, destiné à relancer la fréquentation des salles de cinéma après leur fermeture due au Covid. Un film d’autant plus désiré que Christopher Nolan est un réalisateur reconnu et que l’autre grosse sortie espérée, le film Mulan , produit par Disney, ne sortira pas comme prévu dans les salles de cinéma. Le PDG de Disney préférant obliger les gens à s’abonner à Disney+ (29, 99 dollars l’abonnement aux Etats-Unis ou 25 euros environ en Europe) pour avoir le droit de voir le film. Au prix fort, une place de cinéma à Paris peut coûter entre 10 et 12 euros.

 

 

Tenet, qui dure près de 2h30,  m’a contrarié. Je suis allé le voir la semaine dernière. Tenet est selon moi la bande annonce des films précédents et futurs de Christopher Nolan dont j’avais aimé les films avant cela. Un film de James Bond sans James Bond. On apprend dans Tenet qu’il suffit de poser sa main sur la pédale de frein d’une voiture qui file à toute allure pour qu’elle s’arrête au bout de cinq mètres. J’aurais dû m’arrêter de la même façon avant de choisir d’aller le regarder. Heureusement qu’il y a Robert Pattinson dans le film ainsi que Elizabeth Debicki que j’avais beaucoup aimée dans Les Veuves réalisé en 2018 par Steve McQueen.

 

Distorsions temporelles

 

Nolan affectionne les distorsions temporelles dans ses films. Je le fais aussi dans mes articles :

 

 

En 2013, lorsqu’est paru Le Monde comme il me parle de Kersauson, Omar Sy, un des acteurs du film Police, sorti aujourd’hui,  était déjà devenu un « grand acteur ».

Grâce à la grande audience qu’avait connue le film Intouchables réalisé en…2011 par Olivier Nakache et Eric Toledano. Près de vingt millions d’entrées dans les salles de cinéma seulement en France. Un film qui a permis à Omar Sy de jouer dans une grosse production américaine. Sans le succès d’Intouchables, nous n’aurions pas vu Omar Sy dans le rôle de Bishop dans un film de X-Men (X-Men : Days of future past réalisé en 2014 par Bryan Singer).

 

J’ai de la sympathie pour Omar Sy. Et cela, bien avant Intouchables. Mais ce n’est pas un acteur qui m’a particulièrement épaté pour son jeu pour l’instant. A la différence de Virginie Efira et de Grégory Gadebois.

Virginie Efira, d’abord animatrice de télévision pendant une dizaine d’années, est plus reconnue aujourd’hui qu’en 2013, année de sortie du livre de Kersauson.

J’aime beaucoup le jeu d’actrice de Virginie Efira et ce que je crois percevoir d’elle. Son visage et ses personnages ont une allure plutôt fade au premier regard : ils sont souvent le contraire.

Grégory Gadebois, passé par la comédie Française, m’a « eu » lorsque je l’ai vu dans le Angèle et Tony réalisé par Alix Delaporte en 2011. Je ne me souviens pas de lui dans Go Fast réalisé en 2008 par Olivier Van Hoofstadt.

 

Je ne me défile pas en parlant de ces trois acteurs.

 

Je continue de parler du livre de Kersauson. Je parle seulement, à ma façon, un petit peu du monde dans lequel était sorti son livre, précisément.

 

Kersauson est évidemment un éminent pratiquant des distorsions temporelles. Et, grâce à lui, j’ai sans doute compris la raison pour laquelle, sur une des plages du Gosier, en Guadeloupe, j’avais pu être captivé par les vagues. En étant néanmoins incapable de l’expliquer à un copain, Eguz, qui m’avait surpris. Pour lui, mon attitude était plus suspecte que d’ignorer le corps d’une femme nue. Il y en avait peut-être une, d’ailleurs, dans les environs.

 

Page 12 de Le Monde comme il me parle :

 

« Le chant de la mer, c’est l’éternité dans l’oreille. Dans l’archipel des Tuamotu, en Polynésie, j’entends des vagues qui ont des milliers d’années. C’est frappant. Ce sont des vagues qui brisent au milieu du plus grand océan du monde. Il n y  a pas de marée ici, alors ces vagues tapent toujours au même endroit ».

 

Tabarly

 

A une époque, adolescent, Kersauson lisait un livre par jour. Il le dit dans Le Monde comme il me parle.

 

J’imagine qu’il est assez peu allé au cinéma. Page 50 :

 

« (….) Quand je suis démobilisé, je reste avec lui ( Eric Tabarly). Evidemment. Je tombe sur un mec dont le seul programme est de naviguer. Il est certain que je n’allais pas laisser passer ça ».

 

Page 51 :

 

«  Tabarly avait, pour moi, toutes les clés du monde que je voulais connaître. C’était un immense marin et, en mer, un homme délicieux à vivre ».

 

Page 54 :

« C’est le temps en mer qui comptait. Et, avec Eric, je passais neuf mois de l’année en mer ».

 

A cette époque, à la fin des années 60, Kersauson avait 23 ou 24 ans. Les virées entre « potes » ou entre « amies » que l’on peut connaître dans les soirées ou lors de certains séjours de vacances, se sont déroulées autour du monde et sur la mer pour lui. Avec Eric Tabarly, référence mondiale de la voile.

 

Page 51 :

 

« (…..) Il faut se rendre compte qu’à l’époque, le monde industriel français se demande comment aider Eric Tabarly- tant il est créatif, ingénieux. Il suscite la passion. C’est le bureau d’études de chez Dassault qui règle nos problèmes techniques ! ».

 

 

Le moment des bilans

 

 

Il est facile de comprendre que croiser un mentor comme Tabarly à 24 ans laisse une trace. Mais Kersauson était déjà un ténor lorsqu’ils se sont rencontrés. Il avait déja un aplomb là ou d’autres avaient des implants. Et, aujourd’hui, en plus, on a besoin de tout un tas d’applis, de consignes et de protections pour aller de l’avant.

J’avais lu Mémoires du large, paru en Mai 1998 (dont la rédaction est attribuée à Eric Tabarly) quelques années après sa mort. Tabarly est mort en mer en juin 1998.

 Tabarly était aussi intraitable que Kersauson dans son rapport à la vie. Kersauson écrit dans Le Monde comme il me parle, page 83 :

«  Ce qui m’a toujours sidéré, chez l’être humain, c’est le manque de cohérence entre ce qu’il pense et ce qu’il fait (…). J’ai toujours tenté de vivre comme je le pensais. Et je m’aperçois que nous ne sommes pas si nombreux dans cette entreprise ».

 

Tabarly avait la même vision de la vie. Il  l’exprimait avec d’autres mots.

 

Que ce soit en lisant Kersauson ou en lisant Tabarly, je me considère comme faisant partie du lot des ruminants. Et c’est peut-être aussi pour cela que je tiens autant à cet article. Il me donne sans doute l’impression d’être un petit peu moins mouton même si mon intrépidité sera un souvenir avant même la fin de la rédaction de cet article.

 

« Différence entre la technologie et l’esclavage. Les esclaves ont pleinement conscience qu’ils ne sont pas libres » affirme Nicholas Nassim Taleb dont les propos sont cités par le Dr Judson Brewer dans son livre Le Craving ( Pourquoi on devient accro et comment se libérer), page 65.

 

Un peu plus loin, le Dr Judson Brewer rappelle ce qu’est une addiction, terme qui n’a été employé par aucun des intervenants, hier, lors du « débat » animé par Pascal Praud sur Cnews à propos de la consommation de Cannabis. Comme à propos des amendes qui seront désormais infligées automatiquement à toute personne surprise en flagrant délit de consommation de cannabis :

D’abord 135 euros d’amende. Ou 200 euros ?

En écoutant Pascal Praud sur Cnews hier ( il a au moins eu la sincérité de confesser qu’il n’avait jamais fumé un pétard de sa vie)  la solution à la consommation de cannabis passe par des amendes dissuasives, donc par la répression, et par l’autorité parentale.

 

Le Dr Judson Brewer rappelle ce qu’est une addiction (page 68 de son livre) :

 

«  Un usage répété malgré les conséquences négatives ». 

 

Donc, réprimer ne suffira pas à endiguer les addictions au cannabis par exemple. Réprimer par le porte-monnaie provoquera une augmentation des agressions sur la voie publique. Puisqu’il faudra que les personnes addict ou dépendantes se procurent l’argent pour acheter leur substance. J’ai rencontré au moins un médecin addictologue qui nous a dit en formation qu’il lui arrivait de faire des prescriptions de produits de substitution pour éviter qu’une personne addict n’agresse des personnes sur la voie publique afin de leur soutirer de l’argent en vue de s’acheter sa dose. On ne parlait pas d’une addiction au cannabis. Mais, selon moi, les conséquences peuvent être les mêmes pour certains usagers de cannabis.

 

Le point commun entre une addiction (avec ou sans substance) et cette « incohérence » par rapport à la vie que pointe un Kersauson ainsi qu’un Tabarly avant lui, c’est que nous sommes très nombreux à maintenir des habitudes de vie qui ont sur nous des « conséquences négatives ». Par manque d’imagination. Par manque de modèle. Par manque de courage ou d’estomac. Par manque d’accompagnement. Par manque d’estime de soi. Par Devoir. Oui, par Devoir. Et Par peur.

 

La Peur

On peut bien-sûr penser à la peur du changement. Comme à la peur partir à l’aventure.

 

Kersauson affirme dans son livre qu’il n’a peur de rien. C’est là où je lui trouve un côté Bernard Lavilliers des océans. Pour sa façon de rouler des mécaniques. Je ne lui conteste pas son courage en mer ou sur la terre. Je crois à son autorité, à sa détermination comme ses très hautes capacités d’intimidation et de commandement.

 

Mais avoir peur de rien, ça n’existe pas. Tout le monde a peur de quelque chose, à un moment ou à un autre. Certaines personnes sont fortes pour transcender leur peur. Pour  s’en servir pour accomplir des actions que peu de personnes pourraient réaliser. Mais on a tous peur de quelque chose.

 

Kersauson a peut-être oublié. Ou, sûrement qu’il a peur plus tardivement que la majorité. Mais je ne crois pas à une personne dépourvue totalement de peur. Même Tabarly, en mer, a pu avoir peur. Je l’ai lu ou entendu. Sauf que Tabarly, comme Kersauson certainement, et comme quelques autres, une minorité, font partie des personnes (femmes comme hommes, mais aussi enfants) qui ont une aptitude à se reprendre en main et à fendre leur peur.

 

Je pourrais peut-être ajouter que la personne qui parvient à se reprendre alors qu’elle a des moments de peur est plus grande, et sans doute plus forte, que celle qui ignore complètement ce qu’est la peur. Pour moi, la personne qui ignore la peur s’aperçoit beaucoup trop tard qu’elle a peur. Lorsqu’elle s’en rend compte, elle est déjà bien trop engagée dans un dénouement qui dépasse sa volonté.

 

Cette remarque mise à part, je trouve à Kersauson, comme à Tabarly et à celles et ceux qui leur ressemblent une parenté évidente avec l’esprit chevaleresque ou l’esprit du sabre propre aux Samouraï et à certains aventuriers. Cela n’a rien d’étonnant.

 

L’esprit du samouraï

 

Dans une vidéo postée sur Youtube le 13 décembre 2019, GregMMA, ancien combattant de MMA, rencontre Léo Tamaki, fondateur de l’école Kishinkai Aikido.

 

GregMMA a rencontré d’autres combattants d’autres disciplines martiales ou en rapport avec le Combat. La particularité de cette vidéo (qui compte 310 070 vues alors que j’écris l’article) est l’érudition de Léo Tamaki que j’avais entrevue dans une revue. Erudition à laquelle GregMMA se montre heureusement réceptif. L’un des attraits du MMA depuis quelques années, c’est d’offrir une palette aussi complète que possible de techniques pour se défendre comme pour survivre en cas d’agression. C’est La discipline de combat du moment. Même si le Krav Maga a aussi une bonne cote.  Mais, comme souvent, des comparaisons se font entre tel ou telle discipline martiale, de Self-Défense ou de combat en termes d’efficacité dans des conditions réelles.

 

Je ne donne aucun scoop en écrivant que le MMA attire sûrement plus d’adhérents aujourd’hui que l’Aïkido qui a souvent l’ image d’un art martial dont les postures sont difficiles à assimiler, qui peut faire penser «  à de la danse » et dont l’efficacité dans la vie réelle peut être mise en doute  :

 

On ne connaît pas de grand champion actuel dans les sports de combats, ou dans les arts martiaux, qui soit Aïkidoka. Steven Seagal, c’est au cinéma et ça date des années 1990-2000. Dans les combats UFC, on ne parle pas d’Aïkidoka même si les combattants UFC sont souvent polyvalents ou ont généralement cumulé différentes expériences de techniques et de distances de combat.

 

Lors de cet échange avec GregMMA, Léo Tamaki confirme que le niveau des pratiquants en Aïkido a baissé. Ce qui explique aussi en partie le discrédit qui touche l’Aïkido. Il explique la raison de la baisse de niveau :

 

Les derniers grands Maitres d’Aïkido avaient connu la Guerre. Ils l’avaient soit vécue soit en étaient encore imprégnés. A partir de là, pour eux, pratiquer l’Aïkido, même si, comme souvent, ils avaient pu pratiquer d’autres disciplines martiales auparavant, devait leur permettre d’assurer leur survie. C’était immédiat et très concret. Cela est très différent de la démarche qui consiste à aller pratiquer un sport de combat ou un art martial afin de faire « du sport », pour perdre du poids ou pour se remettre en forme.

 

Lorsque Kersauson explique au début de son livre qu’il a voulu à tout prix faire de sa vie ce qu’il souhaitait, c’était en réponse à la Guerre qui était pour lui une expérience très concrète. Et qui aurait pu lui prendre sa vie.

Lorsque je suis parti faire mon service militaire, qui était encore obligatoire à mon « époque », la guerre était déjà une probabilité éloignée. Bien plus éloignée que pour un Kersauson et les personnes de son âge. Même s’il a vécu dans un milieu privilégié, il avait 18 ans en 1962 lorsque l’Algérie est devenue indépendante. D’ailleurs, je crois qu’un de ses frères est parti faire la Guerre d’Algérie.

 

On retrouve chez lui comme chez certains adeptes d’arts martiaux , de self-défense ou de sport de combat, cet instinct de survie et de liberté qui l’a poussé, lui, à prendre le large. Quitte à perdre sa vie, autant la perdre en  choisissant de faire quelque chose que l’on aime faire. Surtout qu’autour de lui, il s’aperçoit que les aînés et les anciens qui devraient être à même de l’orienter ont dégusté (Page 43) :

« Bon, l’ancien monde est mort. S’ouvre à moi une période favorable (….). J’ai 20 ans, j’ai beaucoup lu et je me dis qu’il y a un loup dans la combine :

Je m’aperçois que les vieux se taisent, ne parlent pas. Et comme ils ont fait le trajet avant, ils devraient nous donner le mode d’emploi pour l’avenir, mais rien ! Ils sont vaincus. Alors, je sens qu’il ne faut surtout pas s’adapter à ce qui existe mais créer ce qui vous convient ».

 

Nous ne vivons pas dans un pays en guerre.

 

Jusqu’à maintenant, si l’on excepte le chômage,  certains attentats et les faits divers, nous avons obtenu une certaine sécurité. Nous ne vivons pas dans un pays en guerre. Même si, régulièrement, on nous parle « d’embrasement » des banlieues, « d’insécurité » et «  d’ensauvagement » de la France. En tant que citoyens, nous n’avons pas à fournir un effort de guerre en dehors du territoire ou à donner notre vie dans une armée. En contrepartie, nous sommes une majorité à avoir accepté et à accepter  certaines conditions de vie et de travail. Plusieurs de ces conditions de vie et de travail sont discutables voire insupportables.

Face à cela, certaines personnes développent un instinct de survie légal ou illégal. D’autres s’auto-détruisent ( par les addictions par exemple mais aussi par les accidents du travail, les maladies professionnelles ou les troubles psychosomatiques). D’autres prennent sur eux et se musèlent par Devoir….jusqu’à ce que cela devienne impossible de prendre sur soi. Que ce soit dans les banlieues. Dans certaines catégories socio-professionnelles. Ou au travers des gilets jaunes.  

 

Et, on en revient à la toute première phrase du livre de Kersauson.

 

Le plaisir est ma seule ambition

 

J’ai encore du mal à admettre que cette première phrase est/soit peut-être la plus importante du livre. Sans doute parce-que je reste moins libre que Kersauson, et d’autres, question plaisir.

 

Plus loin, Kersauson explicite aussi la nécessité de l’engagement et du Devoir. Car c’est aussi un homme d’engagement et de Devoir.

 

Mais mettre le plaisir au premier plan, ça délimite les Mondes, les êtres, leur fonction et leur rôle.

 

Parce- qu’il y a celles et ceux qui s’en remettent au mérite – comme certaines religions, certaines éducations et certaines institutions nous y entraînent et nous habituent- et qui sont prêts à accepter bien des sacrifices. Sacrifices qui peuvent se révéler vains. Parce que l’on peut être persévérant (e ) et méritant ( e) et se faire arnaquer. Moralement. Physiquement. Economiquement. Affectivement. C’est l’histoire assez répétée, encore toute récente, par exemple, des soignants comme on l’a vu pendant l’épidémie du Covid. Ainsi que l’histoire d’autres professions et de bien des gens qui endurent. Qui prennent sur eux. Qui croient en une Justice divine, étatique ou politique qui va les récompenser à la hauteur de leurs efforts et de leurs espoirs.

 

Mais c’est aussi l’histoire répétée de ces spectateurs chevronnés que nous sommes tous plus ou moins de notre propre vie. Une vie que nous recherchons par écrans interposés ou à travers celle des autres. Au lieu d’agir. Il faut se rappeler que nous sommes dans une société de loisirs. Le loisir, c’est différent du plaisir.

 

Le loisir, c’est différent du plaisir

 

 

Le loisir, ça peut être la pause-pipi, la pause-cigarette ou le jour de formation qui sont accordés parce-que ça permet ensuite à l’employé de continuer d’accepter des conditions de travail inacceptables.

 

Ça peut aussi consister à laisser le conjoint ou la conjointe sortir avec ses amis ou ses amies pour pouvoir mieux continuer de lui imposer notre passivité et notre mauvaise humeur résiduelle.

 

C’est les congés payés que l’on donne pour que les citoyens se changent les idées avant la rentrée où ils vont se faire imposer, imploser et contrôler plus durement. Bien des personnes qui se prendront une amende pour consommation de cannabis seront aussi des personnes adultes et responsables au casier judiciaire vierge, insérées socialement, payant leurs impôts et effectuant leur travail correctement. Se contenter de les matraquer à coups d’amende en cas de consommation de cannabis ne va pas les inciter à arrêter d’en consommer. Ou alors, elles se reporteront peut-être sur d’autres addictions plus autorisées et plus légales (alcool et médicaments par exemple….).

 

Le plaisir, c’est l’intégralité d’un moment, d’une expérience comme d’une rencontre. Cela a à voir avec le libre-arbitre. Et non avec sa version fantasmée, rabotée, autorisée ou diluée.

 

Il faut des moments de loisirs, bien-sûr. On envoie bien nos enfants au centre de loisirs. Et on peut y connaître des plaisirs.

 

Mais dire et affirmer «  Le plaisir est ma seule ambition », cela signifie qu’à un moment donné, on est une personne libre. On dépend alors très peu d’un gouvernement, d’un parti politique, d’une religion, d’une éducation, d’un supérieur hiérarchique. Il n’y a, alors, pas grand monde au dessus de nous. Il s’agit alors de s’adresser à nous en conséquence. Faute de quoi, notre histoire se terminera. Et chacun partira de son côté dans le meilleur des cas.

 

Page 121 :

 

« Je suis indifférent aux félicitations. C’est une force ».

 

Page 124 :

 

« Nos contemporains n’ont plus le temps de penser (….) Ils se sont inventé des vies monstrueuses dont ils sont responsables-partiellement ». Olivier de Kersauson.

 

 

Article de Franck Unimon, mercredi 2 septembre 2020.

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Ma vie en réalité

»Posted by on Août 21, 2020 in Addictions, Puissants Fonds | 0 comments

Ma vie en réalité

 

                                                     Ma vie en réalité

Magali Berdah est la créatrice et dirigeante de Shauna Events :

 

« La plus importante agence de média-influenceurs de France ».  Nabilla, Jessica Thivenin, Julien Tanti et Ayem Nour font partie de ses « protégés ».

 

Un livre publié en 2018

 

Dans ce livre publié en 2018 (il y a deux ans), Magali Berdah raconte son histoire jusqu’à sa réussite professionnelle, économique et personnelle dans l’univers de la téléréalité et de la télé. Pourtant, Il y a encore à peu près cinq ans, Magali Berdah ne connaissait rien à la téléréalité comme au monde de la télé. Elle ne faisait pas partie du sérail. Son histoire est donc celle d’une personne qui, partie de peu, s’est sortie des ronces. C’est sûrement ça et le fait qu’elle nous parle de la télé et de la téléréalité qui m’a donné envie d’emprunter son livre à la médiathèque de ma ville. En même temps que des livres comme Le Craving Pourquoi on devient accro du Dr Judson Brewer ; Tout bouge autour de moi de Dany Laferriere; Développement (im)personnel de Julia De Funès.

 

 

Un homme du vingtième siècle

 

Je me la pète sûrement avec ces titres parce-que je suis un homme du 20ème siècle. J’ai été initié à l’âge de 9 ans aux bénéfices de  ce que peut apporter une médiathèque :

 

Ouverture sur le monde, culture, lien social, tranquillité, recueillement. Des vertus que l’on peut retrouver ailleurs et que Magali Berdah, dans son enfance, comme elle le raconte, a connues par à-coups.

 

Une femme du vingtième siècle

 

Magali Berdah, née en 1981, est aussi une femme du 20ème siècle.

 

Son enfance, c’est celle du divorce, du deuil et de plusieurs séparations. D’un père plus maltraitant que sécurisant ; d’une mère qui a été absente pendant des années puis qui est réapparue. C’est aussi une enfance dans le sud, sur la Côte d’azur, du côté de Nice et de St Tropez où elle a pu vivre plus à l’air libre, au bord de la nature. Loin de certains pavés HLM, stalactites immobilières et langagières qui  semblent figer bien des fuseaux horaires.

 

Les éclaircies qu’elle a pu connaître, elle les doit en grande partie à ses grands-parents maternels, tenants d’un petit commerce. Mais aussi à ses aptitudes scolaires et personnelles. Son sens de la débrouille et son implication s’étalonnent sur ses premiers jobs d’été qu’elle décroche alors qu’elle a à peine dix huit ans. Fêtarde la nuit et travailleuse le jour, elle apprend auprès d’aînés et de professionnels qu’elle s’est choisie. Cela l’emmènera à devenir une très bonne commerciale, très bien payée, dans les assurances et les mutuelles. C’est sûrement une jolie fille, aussi, qui présente bien, qui a du culot et qui a le contact social facile. Mais retenons que c’est une bosseuse. Elle nous le rappelle d’ailleurs après chacun de ses accouchements (trois, sans compter son avortement) où elle a repris le travail très vite. Elle nous parle aussi de journées au cours desquelles elle travaille 16 heures par jour. Et quand elle rentre chez elle, son mari et ses enfants l’attendent.

 

 

Le CV et le visage au moins d’une guerrière et d’une résiliente

 

 

Si l’on s’en tient à ce résumé, Magali Berdah a le CV et le visage au moins d’une guerrière et d’une résiliente. Mais elle officie désormais dans le pot au feu de la téléréalité, de la télé, et est proche de personnalités comme Cyril Hanouna. On est donc très loin ou assez loin de ce que l’on appelle la culture « noble » ou « propre sur elle ». Et Magali Berdah critique l’attitude et le regard méprisants portés généralement sur la téléréalité et une certaine télé.

 

 

Le début de la téléréalité

 

 

La téléréalité, pour moi, en France, ça commence avec le « Loft » : Loana, Steevy, Jean-Edouard….

 

J’avais complètement oublié que ça s’était passé en 2001, l’année du 11 septembre, de l’attentat des «  Twin Towers » et de l’émergence médiatique de Ben Laden, et, avec lui, des attentats islamistes. Dans son livre, Magali Berdah nous le rappelle. A cette époque, elle avait 20 ans et commençait à s’assumer professionnellement et économiquement ou s’assumait déjà très bien.

 

Un monde en train de changer

 

 

En 2001, je vivais déjà chez moi et je n’avais pas de télé, par choix. Mais dans le service de pédopsychiatrie où je travaillais alors, il y avait la télé. J’ai des souvenirs d’avoir regardé Loft Story dans le service ainsi que des images, quelques mois plus tard, de l’attentat du 11 septembre. Et d’en avoir discuté sans doute avec des jeunes mais, surtout, avec mes collègues de l’époque. On était en train de changer de monde d’une façon comme une autre avec le Loft et les attentats du 11 septembre. Comme, depuis plusieurs mois, nous sommes en train de changer de monde avec le Covid-19.

 

Une image

 

Une image, ça vous prend dans les bras. La téléréalité est pleine d’images. Il y a quelques jours, j’ai tâté le terrain en parlant de Magali Berdah et de  Julien Tanti à deux jeunes du service où je travaille. Cela leur disait vaguement quelque chose. Puis l’une des deux a déclaré :

 

« Quand je me sens bête, je regarde. Ça me permet de me vider la tête ». L’autre jeune présente a abondé dans son sens. J’ai fini par comprendre que cela leur servait de défouloir moral. Que cela leur remontait le moral de voir à la télé des personnes qu’elles considéraient comme plus « bêtes » qu’elles.

Pour l’avoir vu, je sais que des adultes peuvent aussi regarder des émissions de téléréalité. Ça m’a fait drôle de voir des Nigérians musulmans d’une trentaine d’année, en banlieue parisienne, regarder Les Marseillais. Mais pour eux, venus travailler en France, une émission comme Les Marseillais offre peut-être quelque chose d’exotique et d’osé. Et puis, ce que l’on voit dans cette émission est facile à suivre et à comprendre pour toute personne qui a envie de se distraire et qui est dépourvue de prétentions intellectuelles ou culturelles apparentes.

 

 

Magali Berdah défend ses protégés

 

 

Lorsque l’on lit Magali Berdah, celle-ci défend ses « protégés ». On pourrait se dire :

 

«  Evidemment, elle les défend car ils sont un peu ses poules aux œufs d’or. Ils lui permettent de très bien gagner sa vie. Les millions de followers sur les réseaux sociaux de plusieurs de ses « poulains » permettent bien des placements de produits et lui assurent aussi une très forte visibilité sociale dans un monde où, pour réussir économiquement, il est indispensable d’être très connu ».

 

Mais quand on a lu le début de son livre, on perçoit une sincère identification de Magali Berdah envers ses « protégés » :

 

Le destin de la plupart des candidats du Loft de 2001 mais aussi de bien d’autres candidats d’autres émissions de télé-réalité ou similaires telles The Voice ou autres, c’est de retourner ensuite au « vide », « à l’abandon », et  à l’anonymat de leur existence de départ. Et ça se retrouvait déja dans le monde du cinéma, de la chanson ou du théâtre même avant l’arrivée du Covid.

 

Dominique Besnehard, ancien agent d’acteurs et créateur de la série Dix pour cent,  parlait un peu dans son livre Casino d’hiver de ces actrices et acteurs, qui, faute de s’être reposés uniquement sur leur physique et sur leur jolie frimousse avaient fini par disparaître du milieu du cinéma. Et je me rappelle être tombé un jour sur un des anciens acteurs du film L’Esquive d’Abdelatif Kechiche. D’accord, cet acteur avait un rôle très secondaire dans L’Esquive mais ça m’avait mis assez mal à l’aise de le retrouver, quelques années plus tard, à faire le caissier à la Fnac de St Lazare, dans l’indifférence la plus totale. Il était un caissier parmi d’autres.

 

 

Un certain nombre d’acteurs et d’humoristes que l’on aime « bien », avaient un autre métier avant de s’engager professionnellement et de percer dans le milieu du cinéma, du stand up, du théâtre, de l’art et de la culture en général. Si je me rappelle bien, Mickaël Youn était commercial.

 

Etre à leur place

 

Si on peut se bidonner ou se navrer devant les comportements et les raisonnements de beaucoup de candidats de téléréalité, qui sont souvent jeunes, il faut aussi se rappeler que tant d’autres personnes, parmi nous, secrètement, honteusement ou non, aimeraient être à leur place. Et gagner, comme certains d’entre eux, les plus célèbres, cinquante mille euros par mois. Magali Berdah fournit ce chiffre dans son livre.

 

C’est un peu comme l’histoire du dopage dans le sport : le dopage persistera dans le sport et ailleurs car certaines personnes resteront prêtes à tout tenter pour « réussir ». Surtout si elles sont convaincues que leur existence est une décharge publique. Et que le dopage est un moyen comme un autre qui peut leur permettre de se sortir de ce sentiment d’être une décharge publique.

 

Pour d’autres, le sexe aura la même fonction que le dopage. Même en pleine époque de Me Too et de Balance ton porc, je crois que certaines personnes (femmes comme hommes) seront prêtes à coucher si elles sont convaincues que cela peut leur permettre de réussir.  Et de réussir vite et bien. Quel que soit le milieu professionnel, ces personnes se feront seulement un peu plus discrètes et un peu plus prudentes.

 

 

Concernant Loft Story et l’intérêt que la première saison avait suscité, mais aussi les sarcasmes, je me souviens que l’acteur Daniel Auteuil, dont la carrière d’acteur était alors bien plantée, avait dit qu’il aurait fait Le Loft ou tenté d’y participer s’il avait été un jeune acteur qui cherchait à se lancer et à se faire connaître.

 

 

Compromettre son image

 

Lorsque l’on est optimiste, raisonnable, raisonné, patient mais aussi fataliste, docile et obéissant, on refuse le dopage ainsi que certaines conduites à risques.  Comme on peut refuser de  prendre le risque de « compromettre » son image en participant à une émission de téléréalité ou à une autre émission.

 

Mais lorsque l’on recherche l’immédiateté, l’action, le résultat et que l’on tient à sortir du lot, on peut bifurquer vers la téléréalité, une certaine télé et une certaine célébrité. Il y aura d’une part des producteurs, des vendeurs de rêves (proxénètes ou non) et d’autre part un public qui sera demandeur.

 

Magali Berdah, à la lire, s’intercale entre les deux parties : c’est elle qui a permis aux vedettes de téléréalité de tirer le meilleur parti financièrement de leur exposition médiatique. Et lorsqu’on la lit, on se dit « qu’avant elle », les vedettes de téléréalité étaient vraiment traitées un peu comme ces belles filles que l’on voit sur le podium du Tour de France avec leur bouquet de fleurs à remettre au vainqueur.

 

L’évolution du statut financier des vedettes de téléréalité

 

 

L’évolution du statut financier des vedettes de téléréalité fait penser à celle qu’ont pu connaître des sportifs professionnels ou des artistes par exemple. Avant l’athlète américain Carl Lewis, un sprinter de haut niveau gagnait moins bien sa vie. Usain Bolt et bien d’autres athlètes de haut niveau peuvent « remercier » un Carl Lewis pour l’augmentation de leur train de vie. On peut sans doute faire le même rapprochement pour le Rap ainsi que pour la techno. Ou pour certains photographes ou peintres. Entre ce qu’ils peuvent toucher aujourd’hui et il y a vingt ou trente ans. Certains diront sans doute qu’ils gagnent nettement moins d’argent aujourd’hui qu’il y a vingt ou trente ans avec le même genre de travail. Mais d’autres gagnent sûrement plus d’argent aujourd’hui que s’ils s’étaient faits connaître il y a vingt ou trente ans. Pour les vedettes de téléréalité, il est manifeste que d’un point de vue salarial il vaut mieux être connu aujourd’hui qu’à l’époque de Loft story en 2001.

 

 

Une motivation aussi très personnelle

 

Cependant, la motivation de Magali Berdah est aussi très personnelle. Disponible pratiquement en permanence via son téléphone portable, malgré ses trois enfants et son mari, elle reçoit aussi chez elle plusieurs de ses « protégés », les week-end.  C’est bien-sûr une très bonne façon d’apprendre à connaître ses clients et de créer avec eux un lien très personnel.

 

Toutefois, dans mon métier, en pédopsychiatrie, on crierait au manque de distance relationnelle et affective. On parlerait d’un mélange des genres, vie privée/vie publique. On évoquerait un cocktail émotionnel addictif. On parlerait aussi des conséquences qu’une telle proximité – voire une telle fusion- peut causer ou cause. Parmi elles, une forte dépendance affective qui peut déboucher sur des événements plus qu’indésirables lorsque la relation se termine ou doit s’espacer ou se terminer pour une raison ou une autre. Que ce soit la relation à la célébrité et à l’exposition médiatique constante. Ou une relation à une personne à laquelle on s’est beaucoup trop attachée affectivement.

 

Il y a donc du pour et du contre dans ma façon de voir ce type de relation que peut avoir Magali Berdah avec ses « protégés ».

 

«  Pour » : une relation affective n’est pas une science exacte. Bien des personnes sont consentantes, quoiqu’elles disent, pour une relation de dépendance affective réciproque. Que ce soit envers un public ou avec des personnes. Et on peut avoir plus besoin de quelqu’un à même de savoir nous prendre dans les bras et nous réconforter régulièrement, comme un bébé, que de quelqu’un qui nous « raisonne ». Même si, Magali Berdah, visiblement, donne les deux : elle réconforte et raisonne ses « poulains ».

 

Loyauté et vertu morale

 

En lisant Ma vie en réalité , je crois aussi au fait que l’on peut faire une carrière dans des programmes télé auxquels, a priori, je ne souscris pas, et, pourtant être une personne véritablement loyale dans la vie.

Je ne crois pas que les participants, les producteurs et les animateurs d’émissions de télé, de théâtre ou de cinéma plus « nobles » soient toujours des modèles de vertu morale. Surtout qu’ils peuvent également être « ambidextres » et parfaitement évoluer dans les différents univers.

 

Le Tsadik

 

J’ai beaucoup aimé ce passage dans son livre, ou, alors surendettée, et déprimée, et avant de travailler dans la téléréalité, elle va rencontrer un rabbin sur les conseils d’une amie.

Juive par ses grands-parents maternels, Magali Berdah apprend par le Rabbin qu’elle est sous la protection d’un Tsadik, un de ses ancêtres.

Dans le hassidisme, le Tsadik est un « homme juste », un «  Saint », un «  maître spirituel » qui n’est pas récompensé de son vivant mais qui peut donner sa protection à un de ses descendants.

J’ai aimé ce passage car il me plait d’imaginer- même si je ne suis pas juif ou alors, je l’ignore- qu’un de mes ancêtres puisse me protéger. Mais aussi que les soignants (je suis soignant) sont sans doute des équivalents d’un Tsadik et que s’ils en bavent, aujourd’hui, que plus tard, ils pourront peut-être assurer la protection d’un de leurs descendants. Ça peut faire marrer de me voir croire en ce genre de « chose ». Mais je préfère aussi croire à ça plutôt que croire à un complot, faire confiance à un dirigeant opportuniste ou à un dealer.

 

J’ai d’abord cru que Magali Berdah était juive non-pratiquante. Mais sa rencontre avec le rabbin et sa façon de tomber enceinte « coup sur coup » me fait quand même penser à l’attitude d’une croyante qui «laisse » le destin décider. Je parle de ça sans jugement. J’ai connu une catholique pratiquante qui avait la même attitude avec le fait d’enfanter. Je souligne ce rapport à la croyance parce qu’il est important pour Magali Berdah. Et que sa « foi » lui a sûrement permis de tenir moralement à plusieurs moments de sa vie.

 

Je précise également que, pour moi, cette protection d’un Tsadik peut se transposer dans n’importe quelle autre religion ainsi que dans bien d’autres cultures.

 

Incapable d’une telle proximité affective

 

«  Contre » : Je m’estime et me sens incapable d’une telle proximité affective à l’image d’une Magali Berdah avec ses «  vedettes ». Donc celle qu’elle instaure avec ses protégés m’inquiète.  Une des vedettes de téléréalité dont elle s’occupe l’appelle «  Maman ». Même si je comprends l’attitude de Magali Berdah au vu de son histoire personnelle, je m’interroge quant aux retombées de relations personnelles aussi étroites :

 

Il est impossible de sauver quelqu’un malgré lui. Et ça demande aussi beaucoup de présence et d’énergie. Une telle implication peut être destructrice pour soi-même ou pour son entourage. Donc, croire, vouloir ou penser que l’on peut, tout( e)   seul (e), sauver ou soutenir quelqu’un, c’est prendre de grands risques. Mais peut-être que Magali Berdah prend-t’elle plus de précautions qu’elle ne le dit pour elle et sa famille. Il est vrai que le fait qu’elle soit mariée et mère lui impose aussi des limites.  Il lui est donc impossible, si elle était tentée de le faire, de se dévouer exclusivement à ses « protégés ».

La Norme :

 

Néanmoins, au milieu de ce « pour » et de ce « contre, je comprends que ce « support » affectif est la Norme dans le milieu de la télé et des célébrités en général. Et ce qui est peut-être plus effrayant encore, c’est d’apprendre en lisant son livre que lorsque la « mode » des influenceurs est apparue en France (il y a environ cinq ans), que, subitement, ses « protégés » sont devenus attractifs économiquement. Et  des producteurs se sont manifestés pour venir placer leurs billes. Les vedettes de téléréalité avaient peut-être la tête « vide » mais s’il y avait- beaucoup- de fric à se faire avec eux maintenant qu’ils étaient devenus des influenceuses et des influenceurs. Grâce à leurs placements de produits via les réseaux sociaux avec leurs millions de followers, on voulait bien en profiter. Magali Berdah n’en parle pas comme je le fais  avec une certaine ironie. Car cet intérêt des producteurs pour les vedettes de téléréalité a permis à sa carrière et à sa notoriété de prendre l’ascenseur.

 

Le Buzz ou le mur du son de la Notoriété

 

En 2001, à l’époque du Loft et des attentats de Ben Laden, on était très loin de tout ça. Les réseaux sociaux n’en n’étaient pas du tout à ce niveau et on ne parlait pas du tout de « followers ». Je me rappelle d’un des candidats du Loft à qui, après l’émission, on avait proposé de travailler…dans un cirque. Il avait fait la gueule.

 

En 2020, à l’époque du Covid-19, on est en plein dans l’ère des followers et des réseaux sociaux. Et on peut penser que la téléréalité et le pouvoir des réseaux sociaux va continuer de s’amplifier. Sans forcément simplifier le climat social et général :

Parmi toutes les rumeurs, toutes les certitudes absolues, tous les emballements médiatiques et toutes les peurs qui sont semées de manière illimitée, j’ai un tout “petit peu ” de mal à croire que l’époque des followers et des réseaux sociaux soit une époque où l’on court totalement et librement vers l’apaisement et la nuance. 

 

 D’autres empires, aujourd’hui timides voire modérés, vont sûrement s’imposer d’ici quelques années. Ça me rappelle les premiers tubes du groupe Indochine et de Mylène Farmer dans les années 80. Vous les trouvez peut-être ringards. Pourtant, à l’époque de leurs tubes Bob Morane et Maman a tort, j’aurais été incapable de les imaginer devenir les « icones » qu’ils sont devenus. Et puis, il y a sans doute pire comme dictature et comme intégrisme que celle et celui d’un monde où nous devrions tous chanter et danser à des heures imposées sur  Bob Morane et sur Maman a tort. Même si ces deux titres sont loin d’être mes titres de chevet.

 

Se rendre incontournable

 

Il est très difficile de pouvoir dire avec exactitude qui, devenu un peu connu ou encore inconnu aujourd’hui, sera une sommité dans une vingtaine d’années. Les candidates et les candidats du Loft, et les suivants, étaient souvent perçus comme ringards. Dès qu’un marché se crée, et que l’on en est la cause ou que l’on est présent dès l’origine, et que l’on sait se rendre incontournable, la donne change et l’on devient désirable et fréquentable. C’est le principe du buzz. Principe qui existait déjà avant les réseaux sociaux et la téléréalité mais qui s’est accéléré et démultiplié. On peut dire que le buzz, c’est le mur du son de la notoriété. Faire le buzz cela revient à vivre à Mach 1 ou à Mach 2 ou 3. Ça peut faire vibrer. Mais ça fait aussi trembler. Après avoir lu le livre de Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi,  dans lequel il raconte le tremblement de terre à Haïti le 12 janvier 2010 ( il y était), on comprend qu’un tremblement, ça change aussi un monde et des personnes. ça ne fait pas que les tuer et les détruire. 

 

Une histoire déjà vue

 

L’histoire que nous raconte Magali Berdah est une histoire qui s’est déjà vue et qui se verra encore : une personne crée un concept. Peu importe qui est cette personne et si ce concept est moralement acceptable ou non. Il suffit que ce concept soit porteur économiquement et tout un tas de commerciaux s’en emparent pour le faire connaître – et monnayer-par le plus grand nombre, ce qui génère un intérêt et un chiffre d’affaires grandissant. Ce faisant, ces commerciaux et celles et ceux qui sont proches d’eux prennent du galon socialement et s’enrichissent économiquement.

 

A La recherche du scoop et du popotin du potin

 

J’ai aimé lire Ma vie en réalité pour ces quelques raisons. Il se lit très facilement. Et vite. Si à la fin de son livre, Magali Berdah parle bien-sûr de plusieurs de « ses » vedettes, la lectrice ou le lecteur qui serait à la recherche du scoop et du popotin du potin à propos d’Adixia, Anaïs Camizuli, Anthony Matéo, Astrid, Aurélie Dotremont, Jessica Errero, Nikola Lozina, Manon Marsault, Paga, Ricardo, Jaja, Ayem Nour, Nabilla, Milla Jasmine et d’autres sera mieux inspiré(e) de concentrer ses recherches ailleurs. De mon côté, j’ai découvert la plupart de ces prénoms et de ces noms en lisant ce livre.

 

Franck Unimon, vendredi 21 août 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

               

 

 

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Gémissements

»Posted by on Août 5, 2020 in Cinéma, Corona Circus, Ecologie, Micro Actif, Puissants Fonds, self-défense | 0 comments

Gémissements

 Gémissements.

C’est notre souffle qui nous tient. C’est à dire : trois fois rien. Dans nos pensées et nos souvenirs se trouvent tant de trajectoires. De ce fait, on ne s’étonnera pas si je fais quelques excursions en des temps et des événements différents et si je me retrouve ensuite à nouveau dans le présent.

 

Aujourd’hui, ce mercredi 5 aout 2020 où il a fait entre 29 et 30 degrés à Paris, je devrais être au cinéma. J’ai l’impression de le trahir. Il y a tant de films à voir même si le nombre de films a été restreint. Les salles de cinéma, pour celles qui ont pu rouvrir depuis le 22 juin,  peinent à s’en sortir économiquement.

 

Enrôlées dans la bobine du cycle Covid-19, les salles de cinéma ont peu de spectateurs. Je m’en suis aperçu directement le 14 juillet en allant voir Tout simplement noir de Jean-Pascal Zadi. Le film m’a beaucoup plu. J’en parle dans un article qui porte le nom du film sur mon blog: Tout simplement Noir.

 

Mais nous étions à peine dix spectateurs dans la grande salle de ce multiplexe parisien que je connais depuis plus de vingt ans. C’est vrai que j’y suis allé à la première séance, celle de 9h et quelques, mais je ne crois pas que l’heure matinale ait joué tant que ça sur le nombre que nous étions dans la salle :

 

 Le confinement de plusieurs semaines dû à la pandémie du Covid-19 et l’arrivée de l’été au moins ont eu un effet sécateur sur le nombre des entrées. En plus, cela fait plusieurs mois qu’il fait beau. Je crois que les gens ont besoin de se rattraper. Ils ont aussi peut-être peur que le couteau d’un autre confinement ne se déploie à nouveau sous leur  gorge.  

 

 

Mais on va un petit peu oublier le Devoir ce matin. Ou on va le défendre autrement.  On va se faire notre cinéma à domicile.

 

 

Les photos qui défilent dans le diaporama sont un assemblage à la fois de quelques photos de vacances, d’ouvrages que je lis, ai essayé de lire ou voudrais lire, du Cd dont la musique m’a inspiré….

 

Et je vais essayer de vous parler d’à peu près tout ça à ma façon.

 

 

On va vers l’autre pour essayer de combler ou de soulager un vide. Mais nous ne partons pas du même vide. Nous ne portons pas le même vide. Et nous ne parlons peut-être même pas du même vide. Beaucoup de conditions sont donc assez souvent réunies pour que, dans la vie, nous fassions….un bide. Et, pourtant, nous connaissons des réussites et des possibilités de réussite. Mais encore faut-il savoir s’en souvenir et s’en apercevoir.

 

 

Je ne connaissais pas du tout Magali Berdah dont j’ai commencé à lire la biographie, Ma Vie en Réalité. J’en suis à la moitié. Et j’ai très vite décidé de lire son livre plutôt que celui de Julia De Funès intitulé Développement ( Im) Personnel.  Qu’est-ce que je reproche au livre de Julia De Funès dont j’ai commencé à lire l’ouvrage ?

 

Le fait, d’abord, que l’on sente la « bonne élève » qui a eu des très bonnes notes lors de ses études supérieures et qui a, donc, une très haute opinion d’elle-même. Je suis bien-sûr pour avoir des bonnes notes et pour faire des études supérieures autant que possible. Je suis aussi  favorable  au fait d’avoir de l’estime de soi.  Parce qu’il peut être très handicapant pour soi-même comme pour notre entourage de passer notre vie à avoir peur de tout comme à toujours décider que l’on ne sait jamais rien et que l’on ne sait absolument rien faire en toute circonstance.

 

 Mais je ne crois pas à la certitude absolue. Y compris la certitude scolaire.

 

Julia De Funès veut « philosophiquement » « déconstruire » les arnaques des « coaches » et des vendeurs de « recettes du bonheur » qui font florès. C’est très bien. Et j’espère bien profiter de ce qu’elle a compris de ces arnaques. Mais elle abat ses certitudes en se servant de sa carte routière de la philosophie dont elle connaît des itinéraires et des soubresauts par cœur.  

 

Elle, elle Sait. Et elle va nous démontrer comme elle Sait  quitte à ce que, pour cela, en la lisant, on ait mal à la tête en essayant de suivre sa propre pensée inspirée de celles de très grands philosophes qu’elle a déchiffrés et qui ont résolu depuis l’antiquité le mal dont on essaie de se guérir aujourd’hui en tombant dans les bras et sur les ouvrages des  commerçants du développement personnel qu’elle veut confondre.

 

Résultat immédiat : pour accéder à sa connaissance et profiter de ses lumières, on comprend dès les premières pages de son livre qu’il faut avoir la philo dans la peau. On lit son livre comme on pourrait lire un livre de Droit. J’aime la philo. Et j’aime prendre le temps de réfléchir.

 

 J’aime moins avoir l’impression, lorsque je lis un livre,  de devoir apprendre des lois. En plus, et c’est sûrement un de mes torts, dès les premières pages, Julia de Funès cite Luc Ferry comme une de ses références.  D’abord, je n’ai pas compris tout de suite. J’ai confondu Luc Ferry avec le Jules Ferry de l’école publique. Oui, j’ai fait ça. Ce genre de confusion. Et puis, comme Julia de Funès cite plusieurs fois Luc Ferry en moins de dix pages, j’ai  fini par comprendre.

 

J’ai sûrement de très très gros préjugés envers Luc Ferry, ancien Ministre de l’Education. Mais, de lui, j’ai surtout retenu qu’il avait une très belle femme et qu’il savait se faire payer très cher pour des conférences sur la philo. Et quand je pense à lui, je « vois » surtout quelqu’un de très suffisant. Je n’ai pas beaucoup aimé ce qu’il a pu dire, dans le journal Les Echos,  ou peut-être plus dans Le Figaro. A savoir, que, selon lui, après le confinement, le business reprendrait «  as usual » et que, en quelque sorte, les Nicolas Hulot et toutes celles et tous ceux qui pensent comme lui, peuvent aller se rhabiller avec leurs histoires de « Il faut changer le monde et essayer de tirer des enseignements de ce que la pandémie du Covid a pu nous obliger à comprendre du monde et de la vie ».

 

On a le droit de critiquer Nicolas Hulot et celles et ceux qui lui ressemblent. On peut critiquer plein de choses sur la manière dont la pandémie a été gérée et dont elle continue d’être gérée. Mais dire que ce sera « business as usual » revient à dire que notre monde marche bien tel qu’il est économiquement, politiquement, industriellement et socialement ; qu’il est réglé comme une horloge suisse et que rien ne peut ou ne doit modifier cet ordre et cet état du monde dans lequel un Luc Ferry, « philosophe » de formation a ses entrées et ses privilèges. Même si Luc Ferry a sans aucun doute des connaissances et des raisonnements plus qu’honorables, il est vrai que, pour moi, pour l’instant, l’homme qu’il incarne est pour moi un repoussoir. Et voir que, dès le début de son livre que j’ai eu pour l’instant un plaisir limité à lire, Julia de Funès le place sur un piédestal, m’a poussé à fermer son livre et à passer à la biographie de Magali Berdah.

 

Oui, Magali Berdah.

 

Car, la biographie de Magali Berdah, c’est le contraire. Je ne connaissais pas Magali Berdah auparavant. Et en tombant sur son livre à la médiathèque, il y a quelques jours, je me suis dit que je pourrais apprendre quelque chose. De mon époque. Pour moi. Pour mon blog. Afin de  mieux le promouvoir mais aussi, peut-être, l’orienter différemment. Sans pour autant aller dans la téléréalité ou biberonner du Cyril Hanouna que Magali Berdah cite comme un de ses premiers soutiens avant de devenir «  la manageuse » des influenceurs et des influenceuses. Avec Julia de Funès, finalement, on est dans une pensée très puritaine. Pensée que je partage aussi. Car je ne me fais pas tant que ça une si haute opinion de moi-même :

 

Je peux, aussi, être très très puritain à ma manière. Si ! Si !

 

Sauf que avoir un certain sens et une certaine idée de la moralité ne suffit pas pour être heureux et pour ce que l’on appelle « réussir sa vie ». Car notre vie se résume quand même souvent à ces deux questions :

 

Sommes-nous heureux ? Et faisons vraiment nous tout ce que nous pouvons, dans la mesure de nos moyens, pour être heureux ?

Parce-que pour moi, réussir sa vie, c’est ça : être heureux autant que possible, le plus longtemps possible et savoir le redevenir si on est malheureux, triste ou déprimé.

 

Et si je veux bien croire que Julia de Funès peut m’aider, aussi, à répondre à ces deux questions au moins dans son livre, je crois que Magali Berdah peut également y contribuer. Car je ne vois pas pourquoi citer Luc Ferry pourrait suffire à me rendre heureux. 

 

Alors que la biographie de Magali Berdah, elle, est concrète. On peut trouver qu’elle nous raconte sa vie de façon à passer pour une Cosette. On lui reprochera peut-être de trop étaler sa vie privée, de se donner le beau rôle (celui de la victime, de la personne  moralement intègre ou protectrice) et de s’en servir pour son sens de la Communication et des affaires. Elle est peut-être ou sans doute moins « jolie » moralement que ce qu’elle nous donne à entrevoir dans son livre mais elle nous parle aussi d’un monde que l’on connaît :

 

Celui où des personnes vulnérables (mineures comme adultes), ignorantes, bosseuses et de bonne volonté, peuvent se faire….arnaquer, kidnapper, trahir etc…..

 

Et Magali Berdah nous raconte aussi comment elle s’en « sort ». Concrètement. Ainsi que certains de ses fiascos et de ses coups durs. Par des exemples répétés. Ce qui parle souvent beaucoup mieux qu’en citant des philosophes ou des Anciens Ministres, fussent-ils très cultivés et dans le « Vrai » lorsqu’ils ( nous) parlent. A moins que ces Anciens Ministres et philosophes ne se parlent, d’abord, à eux-mêmes.

 

Oui, Magali Berdah est beaucoup dans l’affectif. Elle le dit et le fait comprendre avec sa « garde rapprochée » parmi ses collaborateurs. Et elle est à l’aise avec l’argent et le fait d’en gagner beaucoup. Il n’est pas donné à tout le monde, comme elle, de s’épancher facilement auprès d’autrui. Moi, par exemple, dans la vraie vie, je me confie oralement assez peu. C’est une histoire de pudeur et de méfiance. Quant à l’argent, en gagner beaucoup n’a pas été ma priorité lorsque j’ai commencé à travailler. Je ferais plutôt partie des personnes qui auraient du mal à mieux mettre en valeur mes articles par exemple.

 

 

 Vis à vis de la « célébrité », je suis ambivalent :

 

J’aime me mettre en scène et faire le spectacle. Vraiment. Mais j’aime aussi pouvoir être tranquille, pouvoir me retirer et me faire oublier. Soit deux attitudes très difficilement conciliables qui expliquent par exemple au moins, en partie, la raison pour laquelle mon blog a sûrement (beaucoup) moins de vues qu’il ne pourrait en avoir. Mais aussi la raison pour laquelle, à ce jour, mon activité de comédien est plutôt une activité sous-marine (c’est peut-être aussi pour cela que je pratique l’apnée) ou sous-cutanée voire intramusculaire.

 

C’est sûrement aussi pour cela que, certaines fois, je me retrouve à nouveau au moins témoin de certaines situations qui, dans mon métier d’infirmier, restent la norme.

 

Parce-que lorsque l’on est infirmier, on aime assez peu se mettre en scène et prendre toute la lumière. On est plus dans le don de soi que dans la revendication pour soi. Et ça amène ce résultat et cette vérité automatiquement renouvelée :

 

D’autres profitent de cette lumière et de cet argent.

 

Dans son livre, Magali Berdah explique qu’elle découvre l’univers de la téléréalité et des réseaux sociaux en rencontrant Jazz, une ancienne candidate de téléréalité,  amie d’une de ses anciennes salariées, Martine, à qui elle rend un service.

 

A cette époque, Magali Berdah, mariée, trois enfants, est surendettée, et a surtout une expérience consistante en tant que commerciale et auto-entrepreneuse dans les assurances et les mutuelles. A première vue, grossièrement, on dira que cela n’a rien à voir. Sauf que Magali Berdah, est fonceuse, bosseuse, curieuse. Elle a sans doute aussi envie de garantir à ces jeunes vedettes cette protection et cette sécurité dont elle a manqué enfant.  

 

Magali Berdah offre donc à ces jeunes vedettes son sens des affaires et du commerce ; une certaine indépendance. Ainsi qu’une présence affective permanente qui contraste avec ce monde des marques, des reflets et des images qu’incarnent et vendent ces jeunes vedettes qu’elle protège.

 

Quelques temps plus tôt, alors qu’elle était déprimée du fait de ses problèmes professionnels, financiers et personnels répétitifs, elle s’était confiée à une amie. Laquelle lui avait conseillé de consulter un Rav (l’équivalent d’un rabbin) de sa connaissance. Magali Berdah, juive non pratiquante, avait accepté de le rencontrer. Après s’être racontée,  ce Rav, le Rav Eli, lui avait affirmé qu’un de ses ancêtres, du côté de son grand-père maternel, était lui-même un Rabbin très « réputé » considéré comme un Tsadik.

 

Dans le vocabulaire hassidique, le Tsadik est un « homme juste ». Un Maitre spirituel. L’équivalent d’un Saint. Mais ce Saint n’est pas protégé par Dieu de son vivant. Par contre, ce Tsadik protègera un « descendant » et lui « offrira une vie extraordinaire : qui sort de l’ordinaire ».

Et le Rav Eli d’apprendre à Magali qu’elle était cette personne protégée par le Tsadik.

 

Ces propos du Rav étaient-ils sincères ? Relèvent-ils de la gonflette morale ou du placebo ? Sont-ils l’équivalent de ces « trucs » vendus et proposés par les coaches « bien-être » que Julia De Funès veut «déconstruire » ?

 

Je précise d’abord que je ne suis pas juif. Où alors je l’ignore. Mais j’aime beaucoup l’histoire de cette rencontre dans laquelle je vois du conte et de l’universel. Un conte pour adultes. Un conte qu’on aurait pu évidemment transposer autrement en parlant d’une rencontre avec un marabout, un psychologue, un Imam ou toute autre rencontre étonnante ou mystérieuse pourvu que ce soit une rencontre hors-norme, hors de nos habitudes et inattendue dans une période de notre vie où l’on a besoin de changement mais où on ne sait pas comment s’y prendre pour donner une autre direction à notre vie.

 

 

Dans cette histoire du Tsadik qui est l’équivalent du Saint, je pense bien-sûr à la vallée des Saints qu’un ami m’a conseillé d’aller découvrir lors de notre séjour récent en Bretagne. On trouvera facilement mon diaporama de la vallée des Saints sur mon blog. La Vallée des Saints

 

Pour l’instant, je ne vois pas quelles retombées concrètes sur ma vie a pu avoir le fait d’avoir pris la décision de me rendre avec ma compagne et ma fille à la vallée des Saints. Et ma remarque fera sans doute sourire ou ne manquera pas de me faire envisager comme un candidat idéal pour le programme subliminal de n’importe quel gourou foireux et vénal.

 

Alors, il reste le Tsadik, équivalent du Saint, qui, je crois, lui, sera plus difficile à contredire et à déloger, que l’on se moque de moi ou pas :

 

Religion juive ou pas, le soignant, infirmier ou autre, est souvent assimilé au Saint ou à la bonne sœur. Lorsque l’on regarde les conditions de travail et les conditions salariales d’un infirmier et qu’on les compare à ce que celui-ci donne de sa personne au cours d’une carrière, on « sait » que le compte n’y est pas du tout. Et que les infirmiers, comme d’autres corps soignants, sont sous-payés et sous estimés comparativement à ce qu’ils donnent. Mais aussi comparativement à ce qu’ils endurent. J’ai déjà entendu dire que, souvent, dans les ancêtres des soignants, il y a eu un malade, une grande souffrance. Mais on peut aussi penser, à travers l’exemple du Tsadik, qu’un soignant (infirmier ou autre) est un Tsadik et que, lui aussi, donnera sa protection à un de ses descendants un jour ou l’autre.

 

Cette histoire-là me plait beaucoup et elle m’est inspirée en lisant la biographie de Magali Berdah. Pas en lisant l’ouvrage de Julia de Funès. J’ai presque envie d’ajouter :

 

« Alors que cela aurait dû être le contraire. A quoi sert-t’il d’avoir autant de connaissances- comme Julia de Funès- si c’est pour plomber l’atmosphère et le moral des gens alors que ceux-ci essaient de trouver des astuces pour s’alléger, respirer un petit peu mieux et s’octroyer un peu de répit avant de devoir reprendre leur labeur ? ».

 

Récemment, dimanche après-midi, j’ai effectué un remplacement dans un service. La collègue infirmière du matin, ai-je appris plus tard, se lève à 3 heures du matin lorsqu’elle commence sa journée de travail à 6h45.

 

C’est sans doute rare qu’une infirmière se lève aussi tôt lorsqu’elle commence à 6h45 pour être à l’heure au travail. Mais je l’aurais vu au moins une fois dans ma vie.

 

Ce qui est moins rare, c’est d’avoir appris que cette infirmière avait pu se faire « défoncer » en plein staff un matin parce-que le travail n’avait pas été fait en temps et en heure. Pour quelle raison ?

Peut-être parce qu’elle était nouvelle dans le service. Et encore en CDD. Mais, aussi, parce-que le service manque de personnel infirmier. Quatre infirmiers en poste dans le service alors qu’il en manque sept autres. Il y a sept postes d’infirmier vacants dans ce service. Le service tourne donc régulièrement avec des remplaçants.

 

Ce qui est aussi moins rare, c’est qu’en se faisant « défoncer » en plein staff, cette infirmière ait subi sans broncher. C’est une étudiante infirmière présente lors des faits qui, ensuite, en a parlé au collègue infirmier qui m’a raconté ça le dimanche après-midi.

 

Ce qui est également moins rare c’est d’avoir demandé ce dimanche (j’étais alors présent) à cette même infirmière de revenir travailler le lendemain matin sur son jour de repos. Parce qu’il manquait du personnel infirmier le lundi matin.  

 

 Pourquoi je parle de ça ? Le Covid a fait des soignants, officiellement, «  des héros ». Mais des personnes se font « défoncer » cette fois-ci physiquement, sur la place publique lorsqu’ils rappellent à d’autres citoyens de porter- correctement- le masque de prévention anti-covid. Ou simplement d’un porter un.

 

Pendant ce temps, dans leur service, des soignants continuent de se faire « défoncer » en plein staff comme cette collègue infirmière. On peut donc défoncer en plein staff une héroïne. Et c’est normal.

 

Alors, qu’est-ce qu’il reste aux soignants héroïques alors qu’ils continuent de se faire défoncer par leur hiérarchie ? Il leur reste la dépression ou le burn-out. Il leur reste les accidents de travail. Il leur reste les congés longue maladie. Il leur reste la démission. Il leur reste la colère ou la contestation. Il leur reste le Tsadik ou son équivalent. Et c’est en lisant la biographie de Magali Berdah, que je n’ai pas terminée, que je le comprends. Pas en lisant le livre sûrement très cultivé de Julia de Funès.

 

Ce matin, ça a fait marrer une de mes jeunes collègues infirmières lorsque je leur ai parlé de Magali Berdah. Elle était sans doute gentiment amusée par une de mes nouvelles bizarreries. Pourtant, je ne fais que prolonger à ma façon ce en quoi je crois depuis des années.

 

Miles Davis disait « My mind is not shut » : Mon esprit n’est pas fermé. Dans la revue Yashima dont j’ai beaucoup aimé les articles cette fois-ci, il y a entre autres une interview de Kacem Zoughari.

 

Kacem Zoughari est «  docteur en Histoire et Culture du Japon et adepte de Ninjutsu du plus haut niveau ». J’ai découvert l’existence de Kacem Zoughari il y a à peine dix jours par ce magazine Yashima acheté durant mes vacances.

 

Quel rapport entre la téléréalité, le monde du fric et du commerce de Magali Berdah et l’ascèse martiale à laquelle se tient Kacem Zoughari que je devrais appeler au moins Sensei ou Maitre au vu de ses titres ?  A priori, à la télé, ce n’est pas la même chaine. Il n’y a aucun rapport si on oppose ces deux personnes et ces deux expériences selon leur image et leur parcours. Et puis, dans l’interview, Kacem Zoughari dit par exemple :

 

« Quand j’arrive là-bas (au Japon), je pense être bon. J’ai représenté la discipline à Bercy et à la télé et je suis ceinture noire. Mais au premier cours chez Ishizuka sensei, on me reprend. On me reprend gentiment, mais j’ai l’impression d’être giflé ! ».

 

On peut donc être « très bon », bosseur et expérimenté comme le pense alors Kacem Zoughari et, comme Magali Berdah, dans son domaine professionnel…échouer.

 

Or, que l’on évolue dans le commerce ou dans le domaine des arts martiaux ou ailleurs, ce qui va importer, c’est notre réaction par rapport à « l’échec ». Ce que l’on va être capable d’apprendre et d’accepter de cet échec.

 

Plus tard, Kacem Zoughari dit :

 

«  (….) Hatsumi sensei dit parfois : « Tu veux être bon, shuraba ni ike ». Va où a lieu le carnage ».

 

On peut penser au « carnage » de la guerre. Mais on peut aussi penser au « carnage » de la souffrance et de la violence auquel le soignant où le travailleur social est régulièrement exposé. Et Magali Berdah parle aussi de certaines périodes de «  sa vie chaotique ».

 

Et j’ai particulièrement aimé lorsque Kacem Zoughari dit :

 

« Certains élèves copient le maitre jusque dans ses déformations de dos, de genou, etc. Au-delà de l’aspect caricatural, c’est même délétère pour leur santé ! Ce type de pratiquants intégristes refuse souvent aussi de voir ce qui se fait ailleurs pour ne pas corrompre l’image qu’ils ont de leur maître. C’est une grave erreur ».

 

Bien entendu, je n’attends pas que Kacem Zoughari verse dans l’univers de la téléréalité et dans le monde de Cyril Hanouna. Mais on a compris que selon mes aptitudes et mon état d’esprit, je peux trouver des parties de mes besoins et de mes réponses tant dans ce qu’enseigne Kacem Zoughari que dans ce que raconte Magali Berdah.

D’autant que Kacem Zoughari confirme aussi :

 

« (…..) car beaucoup d’obstacles se dressent sur la voie d’un adepte. Il y a d’abord les désillusions. Le monde martial, comme tout microcosme, comporte de nombreuses personnes à la moralité douteuse. Il faut alors avoir foi dans les bénéfices de la pratique pour trouver le recul de se dire que les actes d’un individu ne définissent pas la valeur d’une discipline ».

 

 

Il y aurait bien-sûr davantage à dire de l’interview de Kacem Zoughari et je le ferai peut-être un autre jour.

 

Mais l’article va bientôt se terminer et je veux d’abord répondre à des questions que je crois possibles devant certaines des photos :

 

La voix du Raid écrit par Tatiana Brillant (avec la collaboration de Christine Desmoulins), ancienne négociatrice du RAID, parce-que je crois que son expérience peut aussi m’apprendre quelque chose dans mon métier comme dans ma vie. Tatiana Brillant, dont, d’ailleurs, le père est pompier. Et la mère….infirmière. Tatiana Brillant qui dit, page 24 :

 

«  (….) Ayant cette fois accès à mon dossier, j’ai appris que lors des précédents tests j’avais été reçue première avec l’observation suivante :

 

 «  Première candidate. Impressionnante malgré son jeune âge. Bonnes réactions, empathie naturelle ».

C’est ainsi que je suis entrée au RAID le 1er mars 2004. A Bièvres, dans l’Essonne, mon rêve se réalisait ! Tout cela validait à jamais le mantra qui rythme ma vie :

 

« Il ne faut rien s’interdire ».

 

« L’empathie » est une aptitude qui peut être dévaluée dans un monde où l’image, le statut social, la célébrité, la rapidité, la rentabilité et le fric remportent souvent le gros lot.

 

Le personnel infirmier sait ce qu’est l’empathie même s’il se fait régulièrement enfler. Parce qu’il est plus dans le sacrifice et le don de soi que dans l’empathie me dira-t’on. Peut-être. Mais on voit à travers Tatiana brillant, Magali Berdah mais aussi Kacem Zoughari, qui l’évoque d’une certaine façon dans un passage de son interview, que « l’empathie » est compatible avec la réussite professionnelle et personnelle.

 

 

Tout bouge autour de moi de Dany Laferriere, membre de l’Académie française. Pour le titre. Pour la littérature. Parce-que je n’ai encore rien lu de lui. Parce qu’il parle d’Haïti, où il se trouvait, lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010 :

 

  «  Des choses vues » qui disent l’horreur, mais aussi le sang-froid des Haïtiens. Que reste-il quand tout tombe ? La culture. Et l’énergie d’une forêt de gens remarquables ».

 

 

Parce qu’Haïti est une île où j’aurais aimé être allé depuis des années. Mais son régime politique et sa pauvreté m’ont jusque là trop inquiété. Je suis « entré » un peu à Haïti d’abord par le cinéma de Raoul Peck dans les années 90 par son film, L’Homme sur les quais. J’ai vu d’autres films de lui. Et même des séries. Je l’ai aussi rencontré et interviewé deux fois. Une fois lors du festival de Cannes au début des années 2010. Une autre fois, à Paris.

 

Il y a quelques photos de nos vacances en Bretagne. A la vallée des Saints ( avec les statues en granit) et aussi à Quiberon, du côté du port-Haliguen, où nous sommes passés avant que le port du masque ne devienne obligatoire dans la rue.

 

Le titre que j’ai choisi sur l’album Nordub  réalisé par Sly & Robbie et Nils Petter Molvaer feat Eivind Aarset and Vladislav Delay s’appelle :

 

European Express.

 

C’est le septième titre de l’album. Après avoir lu des critiques dithyrambiques sur cet album, je me suis décidé à l’acheter. J’avais déjà écouté deux anciens albums de Nils Petter Molvaer. J’appréhendais qu’il soit trop présent avec ses traversées électroniques et sa trompette qui louche vers Miles mais sans l’attrait de Miles sur moi.

 

Sly and Robbie, depuis leur trajectoire Reggae avec Black Uhuru, Gainsbourg et beaucoup d’autres dans les années 70 et 80 ont depuis longtemps débouché dans d’autres atmosphères musicales. J’attendais beaucoup de cet album. J’attendais du Dub. J’ai d’abord été déconfit. Puis, en le reprenant en revenant de vacances, il s’est à nouveau vérifié que certains albums nous demandent du temps pour entrer dedans.

 

European Express,  de par sa dynamique, est le titre qui m’a semblé le plus approprié pour cet article.

 

 

Cet article est sans doute plus long qu’il n’aurait dû, une fois de plus. Alors, j’espère qu’il ne sera pas trop fastidieux à lire et que les photos qui l’accompagnent vous iront aussi.

Ici, si on le souhaite, on pourra écouter cet article dans sa version audio :

 

 

Après un concert, il arrivait que Miles engueule certains de ses musiciens après qu’ils aient, selon lui, mal joué. Sans doute estimait-il qu’ils n’avaient pas pris assez de risques. Il leur disait :

 

 «  Jouez ce que vous savez jouer ! ».

 

J’ai écrit ce que je sais écrire. C’est le souffle qui nous tient. C’est à dire : trois fois rien.

 

 

Franck Unimon, ce mercredi 5 aout 2020.

 

 

 

 

 

 

 

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Croire aux fauves

»Posted by on Jan 21, 2020 in Ecologie, Puissants Fonds | 0 comments

Croire aux fauves

 

                                                      Croire aux fauves

Terminer un livre. Il n y a pas plus illusoire. Il y a l’idée d’une victoire. Alors que chaque livre devrait nous éjecter de ce genre de croyance. Etre une frontière, une trajectoire. Et nous rapprocher du rêve.

 

Mais nous ne rêvons plus, nous dit Nastassja Martin dans son livre, Croire aux fauves. Nous laissons les atomes et les pixels de nos vies modernes rêver des traces à notre place.

 

A la fin de ma lecture de Croire aux fauves, il y a quelques jours, j’étais hébété :

 

J’étais incapable de me sortir -d’en parler- de ce livre de 151 pages de taille moyenne.

 

Depuis, j’ai cherché un autre médicament, commencé à tourner d’autres pages sans réussir à me décider vraiment :

 

Les Chamans ( Hier et Aujourd’hui) de Jean-Patrick Costa.

 

L’Apothéose des vaincus ( Philosophie et champ jazzistique) de Christian Béthune.

 

Catherine Ringer Et les Rita Mitsouko de Stan Cuesta (avec une préface d’Alfredo Arias)

 

Ecrit sur la bouche de Claude Olievenstein

 

Deep de James Nestor

 

L’An V de la Révolution algérienne de Frantz Fanon dont Abdel Raouf Dafri m’a parlé lors de son interview pour son film Qu’un sang impur… qui sort demain ( Interview en apnée avec Abdel Raouf Dafri ). 

 

Mon père, ce tueur de Thierry Crouzet

 

 

Alors, je passe un peu d’un livre à un autre, comme un alpiniste passerait d’une montagne à une autre. Dans le Ecrit sur la bouche d’Olivenstein, publié en 1995, il y a cette phrase, page 15 : « La bouche garde le souvenir de notre passé (…) ».

Cela peut correspondre avec ce qu’écrit Nastassja Martin en 2019 dans son livre Croire aux fauves, page 113 :

 

«  Le fauve mord la mâchoire pour rendre la parole ».

 

 

Dans Deep, je suis tombé sur ce passage qui raconte que le Capitaine Cook avait embarqué pour un de ses voyages, le chef d’une tribu «  primitive ». Non seulement, celui-ci lui avait fait découvrir un certain nombre de « mondes » (d’autres contrées)  en les lui montrant sur la carte. Mais, quel que soit l’endroit où ils se trouvaient sur la mer, ce « chef » restait capable de situer exactement sur la carte l’endroit où se trouvait son « pays ».

Toujours dans le même livre, James Nestor nous parle d’une autre tribu (aborigène ?) qui, dans son langage quotidien, intégrait en permanence les points cardinaux : nord, sud, ouest, est.

 

Si je me fie à ma pensée cartésienne d’occidental parisien éduqué, « normal », borné et « responsable » de 2020, je dirais que ces sujets et ces livres font partie de mes envies d’exotisme du moment en pleine période des soldes d’hiver. Et que Nastassja Martin, anthropologue, brillante étudiante, élève de Philippe Descola, formée à la psychanalyse, sûrement une très belle femme à «  l’origine », très bonne alpiniste, russophone et sans doute capable de parler d’autres langues en plus du Français,  d’un ( très) bon milieu social, guidée par son arrogance et son sentiment de supériorité, s’est à nouveau  aventurée sur un territoire encore sauvage, dans les montagnes du Kamtchatka ; a fait le voyage de trop en aout 2015 et est tombée sur un ours qui l’a défigurée. Elle lui a résisté et, les yeux fermés, avec son piolet, a réussi à le blesser. Autrement, il l’aurait sans doute tuée. L’ours s’est échappé. Nastassja Martin est une combattante et une survivante. Elle raconte ce que cette rencontre lui a donné dans la peur et dans la douleur. Sans voyeurisme et sans exhibitionnisme.

 

Si je laisse tomber cette corde de pensée, je dirais que je suis en ce moment incapable de regarder un film et de me fixer sur un livre parce-que la poussée animiste du livre de Nastassja Martin m’épouse et me rappelle une histoire perdue qui vient de loin. Mais je ne l’ai pas encore écrite :

Nous sommes surtout doués, désormais, pour savoir nous repérer et nous répéter dans des administrations et des magasins. Pour nous cantonner à certaines de nos fonctions et  à certaines actions à des horaires et des périodes paramétrés. Alors que pour vivre nous devrions plus nous inspirer de nos rêves que des murs qui nous regardent.

 

 

Nastassja Martin, encore, dans son Croire aux fauves, page 121 :

 

 

«  (….) personne n’a écouté Antonin Artaud qui, pourtant, avait raison. Il faut sortir de l’aliénation que produit notre civilisation. Mais la drogue, l’alcool, la mélancolie et in fine la folie et/ou la mort ne sont pas une solution, il faut trouver autre chose. C’est ce que j’ai cherché dans les forêts du nord, ce que je n’ai que partiellement trouvé, ce que je continue de traquer ».

 

 

 

Franck Unimon, ce mardi 21 janvier 2020.

 

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Bravo Two Zero

»Posted by on Jan 7, 2020 in Puissants Fonds | 0 comments

Bravo Two Zero

Andy McNab ne devrait pas être un héros. Mais il l’est. Et c’est ce qui me donne mauvaise conscience. C’est la raison pour laquelle je parle de son livre Bravo Two Zero maintenant alors que j’en avais terminé la lecture une bonne semaine avant de commencer à lire New York Vertigo  écrit par Patrick Declerck, ouvrage dont j’ai déjà parlé hier à ma manière.( Rentrée des classes )

 

Les deux livres se recoupent sûrement dans l’Histoire. Mais les deux hommes,  leurs intentions et leurs actions, diffèrent. On pourrait parler de Devoir pour le premier et de choix pour le second. Mais Andy McNab, comme tout héros, a  la franchise pour lui. Patrick Declerck, aussi, est fait de franchise. Alors, on dira que l’on prendra pour modèle le héros de sa préférence si les conditions sont réunies :

 

D’un côté, Andy McNab, Militaire au sein du SAS lors de “la guerre du Golfe” (débutée en Aout 1990) contre Saddam Hussein. Officiellement, selon Georges Bush, le Président américain de l’époque, pour ” défendre la démocratie” ( le prétexte de rechercher et d’éliminer ” des armes de destruction massive” en Irak sera employé en 2002)  alors que bien des occidentaux moyens avaient compris que le but était au moins d’assurer aux pays occidentaux l’approvisionnement en pétrole nécessaire à leur suffisance et à leur croissance.

De l’autre côté, Patrick Declerck, anthropologue et psychanalyste, longtemps connu pour son travail sur les SDF, et qui considère que l’espèce humaine ” est pourrie”. 

 

Dans son livre, je ne me rappelle pas qu’Andy McNab nous dise en préambule qu’il considère l’espèce humaine comme ” pourrie”. Nous apprenons qu’il a été un enfant adopté et aussi que lorsque débute son récit, il a une trentaine d’années et a divorcé trois fois. Jill est sa nouvelle compagne et ils ont une fille.

 

Vu que j’ai « dû » me rabattre sur un livre d’occasion dans sa version originale, en Anglais, parue en 1993, j’aurais été incapable de donner une explication précise du SAS. Même si dès le début de son livre -très bien écrit- où Andy McNab nous raconte les préparatifs avant son départ en mission en Irak, il est évident que lui et « ses » 7 hommes sont beaucoup plus que des simples appelés que l’on envoie au front afin d’y effectuer leurs classes.

En 1990, en France, le service militaire était encore obligatoire. Et, deux ans plus tard, lors de mes classes à Beynes, dans un camp militaire semi-disciplinaire, tout appelé avait la possibilité de s’engager afin d’aller prendre part à la guerre en ex-Yougoslavie. La solde passait à 2000 francs par mois contre un peu plus de 500 francs pour l’appelé ordinaire que j’étais. Personne, parmi les appelés qui effectuaient leur service militaire comme moi, ne s’était porté volontaire. Nous ignorions tous l’affiche qui nous informait de cette possibilité quelque part près des douches collectives et froides en ce mois  de décembre 1992. Cela avait fait ricaner un caporal : 

 

«  Personne ne veut partir en Bosnie ?! ».

 

 

SAS ou Special Air Service signifie Forces spéciales des forces armées britanniques (source Wikipédia). Je m’y connais mal dans les différentes catégories d’armées mais pour avoir lu Bravo Two Zero et vu quelques films, je dirais qu’Andy McNab et « ses » 7 hommes sont bien chacun des équivalents de James Bond ou de Jason Bourne. Et davantage des Jason Bourne pour le côté réaliste comme pour, autant que possible, le fait de s’appliquer au maximum, à se fondre dans le décor et à ne pas laisser trop de traces de son passage. 

Si le personnage de Jason Bourne a des problèmes de mémoire et est poursuivi par son passé et son identité qu’il reconstitue avec le feu des affrontements, la mémoire fait dès le départ partie des armes et des stratégies de combat d’Andy McNab et de ses hommes pour cette mission en Irak qu’ils préparent avec autant de minutie que l’on manipule un explosif. D’autant que le but de leur mission est d’aller détruire des rampes de lancement de missiles SCUD irakiens dirigés vers des cibles stratégiques israéliennes.

 

Je parle des personnages de James Bond et de Jason Bourne pour que la lectrice ou le lecteur qui lira cet article puisse facilement situer le niveau poussé de formation militaire- l’élite- d’Andy McNab et de ses hommes. Mais il est possible que je sois encore  loin de la vérité en matière de réalisme :

 

Dans Bravo Two Zero, à plusieurs reprises, Andy McNab nous explique avec pédagogie que, souvent, au cinéma, on voit telle action de combat se dérouler d’une certaine façon, tout en « finesse » en quelque sorte. Alors que dans les faits, cela se passe très différemment. Et il nous explique très bien les faits. Tant d’un point de vue des préparatifs, de l’adaptation au terrain de la mission, de la fuite, puis lors de la période de captivité et de tortures par l’armée irakienne jusqu’à la fin de cette période de captivité. Après cette mission racontée dans Bravo Two Zero, Andy McNab a réalisé d’autres missions militaires. Depuis, il a raccroché et est devenu, à ce que j’ai pu lire, un auteur reconnu. Et je le crois facilement après avoir lu ce premier ouvrage de lui qui combine connaissance pratique et tactique du terrain, maitrise de la psychologie de combat, très bonne connaissance des armes, mais aussi de la physiologie du corps humain. Humour et qualité d’écriture sont aussi de la partie. Il y a donc plein d’atouts dans son récit.

 

Ma mauvaise conscience concernant le contenu de Bravo Two Zero  vient du fait qu’avec Andy McNab nous sommes, à nouveau, du côté des occidentaux et des vainqueurs dans cette guerre du Golfe. Bien-sûr, Saddam Hussein était un dictateur. Et, oui, il faut bien des hommes comme Andy McNab pour faire la guerre et la « gagner ». Et, oui, devant ce que nous raconte Andy McNab des séances de torture répétées qu’il a subis et du comportement de plusieurs de ses tortionnaires, notre empathie lui est très vite acquise. Et, à la façon d’un Patrick Declerck qui, dans New York Vertigo, se demande, lui qui s’estime si lâche et si mou, ce qu’il aurait fait le 22 décembre 2001 lors du vol Paris-Miami face au terroriste Richard Reid, je me pose évidemment la même question tant face au terroriste Richard Reid ( finalement, une hôtesse qui l’avait repéré prend l’initiative de lui sauter dessus puis d’autres personnes se joignent à elle pour le maitriser) qu’à la place d’Andy McNab et de ses hommes.

 

«  Mais en de semblables circonstances, qu’aurais-je fait moi ? Voilà ce à quoi je pense, assis dans mon fauteuil pour schtroumpfs ? » se demande Patrick Declerck, anthropologue, psychanalyste et écrivain, en 2012 ( page 45, de New York Vertigo).

 

 

Ma mauvaise conscience devant Bravo Two Zero provient du fait, qu’évidemment, j’aurais été incapable de partir volontairement en mission comme Andy McNab. Si j’en avais été capable ou si je l’avais souhaité, je me serais engagé pour partir « faire la guerre » en Bosnie fin 1992.

Malgré mon attachement à l’effort sportif, contrairement à un Patrick Declerck me semble-t’il, je m’entraîne à me résigner ce constat : les groupes et les troupes d’élite, que ce soit dans les armées, dans le civil, dans les forces de police du monde entier ou dans le privé, sont généralement constitués par des individus ( femmes, hommes comme animaux) aux capacités physiques et mentales hors-normes donc durement sélectionnés. Et durement formés. Même des personnes volontaires pour ce genre de vie et d’action échouent en cours de formation ou  parfois y décèdent. J-Pierre Roybon en parle un peu dans son livre Mes rêves avaient un goût de sel. ( Mes rêves avaient un goût de sel ).

 

 

Pour ces quelques raisons, critiquer depuis mon salon l’engagement militaire et personnel d’un Andy McNab, de ses hommes et de toutes celles et ceux qui leur ressemblent de par le monde me donne mauvaise conscience :

 

Je devrais soit me contenter de les remercier. Soit me taire. Ou les deux en même temps si c’est possible. Parce que ces hommes – et ces femmes- militaires, des forces de police, prennent des risques et meurent afin que je puisse tranquillement continuer ma petite vie civile et seulement me préoccuper de l’heure à laquelle mon bus ou mon train va arriver et si je vais pouvoir y trouver une place assise. Tandis que dans d’autres pays, c’est souvent la guerre, et les civils rasent les murs et les frontières, afin d’essayer de trouver une vie meilleure et plus calme, comme en France, dans d’autres pays occidentaux ou ailleurs.  

 

Sauf que des Irakiens civils comme militaires auxquels les occidentaux ont décidé de faire la guerre en 1990 rappellent eux aussi dans le livre d’Andy McNab qu’ils en ont assez que les occidentaux viennent leur voler leurs matières premières telles que le pétrole. Qu’ils en ont assez que les occidentaux tuent leurs femmes et leurs enfants lorsqu’ils refusent cette relation post coloniale qui leur est imposée. Et que Saddam Hussein, leur grand leader ou leur grand guide, va les sauver et redonner de la Grandeur à leur vie et à leur pays. En France, on a un parti politique et une pensée intellectuelle, tendance extrême droite, qui a grosso modo les mêmes propos depuis une bonne dizaine d’années ou davantage. Et les représentants de l’un comme l’autre passent facilement à la télé comme à la radio et sont bien rémunérés. Leurs livres, lorsqu’ils paraissent, se vendent plutôt bien et bénéficient d’une promotion plutôt favorable. Leurs armes de destruction massive sont leur présence permanente qui “veille” sur nos consciences ou rôde autour d’elles:

Par les patrouilles de leurs paroles, de leurs slogans, de leur image, de leur pouvoir intellectuel, politique et économique avec lesquels s’arrangent certains média, les autres classes politiques, d’autres personnes de pouvoir. Et ça passe. On vit et mange avec ça. On grandit avec ça. On élève nos enfants avec ça. Nous nous faisons coloniser mentalement par ces façons de penser. Lentement et sûrement.

Et on continue de pointer exclusivement du doigt les gens d’ailleurs, et celles et ceux qui, à nos yeux,  leur « ressemblent » car tout est de leur faute. Ils seraient apparus sur Terre tout seuls un beau jour :  Saddam Hussein, Khadafi, Ben Laden, leurs semblables,  l’intégrisme islamiste, les terroristes islamistes qu’il faut tous éliminer.

 

 «  Those pieces of shit ! » comme le dit Patrick Declerck dans New York Vertigo à une femme flic à la « poitrine ballon » qui aurait fait rêver le réalisateur Russ Meyer ( réalisateur pour lequel, j’ai aussi une grande sympathie lorsque je pense à ses films tels que Vixen ou Super Vixen par exemple).

Et la femme flic à la poitrine-ballon, le jour de la commémoration du 11 septembre 2001, en septembre 2012,  répond à Patrick Declerck : « Oh Yeah ! ».

Je comprends l’émotion de Patrick Declerck le jour de cette commémoration en 2012 surtout en présence de cette femme flic à la « poitrine ballon ». Un an plus tôt, mais en octobre, je m’étais par hasard retrouvé au même endroit. Et, subitement, toutes ces images que j’avais vues en boucle à la télé le 11 septembre 2001- j’étais au travail dans le service de pédopsychiatrie où je travaillais alors dans les Yvelines- m’ont « parlé ».

J’ai « entendu » les cris de certaines de ces personnes qui s’étaient jetées dans le vide et dont Patrick Declerck sait très bien parler dans son New York Vertigo. C’étaient évidemment des cris fantômes.

Durant mon enfance et mon adolescence, moi, le jeune antillais occidentalisé et influencé par la culture américaine dès sa naissance, j’avais idéalisé la ville de New-York puis m’en étais éloigné. Et lorsque je la découvrais véritablement en 2011, à 43 ans, avec celle qui, originaire de l’île de la Réunion, allait devenir ma femme, c’était plusieurs années après le 11 septembre 2001. Après l’ouragan Katrina à la Nouvelle Orléans. Après avoir connu, en 1990 en pleine guerre du Golfe, mon premier contrôle d’identité au faciès à la Défense, quartier où j’avais collecté des bons souvenirs depuis mon enfance jusqu’à  mon adolescence.  Si la couleur des souvenirs n’était pas contrôlée pendant la Guerre du Golfe, celle de ma peau l’a été. Peut-être aussi parce-que j’avais eu le tort vraisemblable d’être vêtu d’un survêtement.

 La femme d’environ une trentaine d’années,  blanche, vêtue d’un tailleur, chaussée de talons aiguilles, qui sortait comme moi du RER A à la Défense, et me précédait d’à peine deux mètres avait pu prendre l’escalator. Elle avait pu s’élever vers la surface sans supporter le moindre contrôle d’identité et peut-être, aussi, sans même soupçonner mon existence derrière elle. 

 

 

Peut-être que sans la Guerre du Golfe que raconte très bien Andy McNab dans son Bravo Two Zero et d’autres guerres importées par l’occident au Moyen-Orient et dans d’autres régions du monde au vingtième siècle mais aussi lors des siècles précédents, Patrick Declerck n’aurait pas écrit son New York Vertigo.  Mais il y aurait eu d’autres guerres. Pour Andy McNab et ses hommes, et tous les autres qui leur ressemblent, cela n’aurait rien changé. Ils y seraient allés. Parce qu’ils ont besoin de ces guerres :

Stan, originaire d’Afrique du Sud, un des « hommes » d’Andy McNab, était au départ étudiant en médecine. Il a mis un terme à sa carrière médicale pour s’enrôler dans le SAS.  

 

Dans Bravo Two Zero, Andy McNab peut bien rappeler que le Saddam Hussein idéalisé par plusieurs de ses tortionnaires est celui qui a fait gazer des enfants iraniens, à mon avis, il aurait de toute façon été volontaire pour sa mission en Irak même sans ça. Parce qu’il est des êtres humains « faits » pour la guerre militaire. Pour tuer. Même si McNab justifie son engagement militaire en écrivant à deux ou trois reprises qu’il est « payé pour ça ». Personne ne le paie, à la fin de Bravo Two Zero, pour nous apprendre que lui et ses 7 hommes ont abattu «  250 personnes » au cours de cette mission.

On est évidemment de son côté et du côté de ses hommes- et des autres soldats occidentaux- lorsqu’ils se font torturer (sur le sujet des tortures, Bravo Two Zero, se déroule sur une bonne centaine de pages) et humilier par des militaires irakiens. On peut aussi s’étonner du grand nombre de soldats irakiens présents lors de ces séances de torture et les voir comme des espèces de planqués très contents de leur avantage militaire sur leurs prisonniers désarmés, diminués, en infériorité numérique et blessés. Mais à part lorsqu’un soldat irakien  s’en prend  à Andy McNab, après la perte de son fils, celui-ci n’exprime aucune empathie pour les hommes, les femmes et les enfants irakiens qui ont subi cette guerre du Golfe. Donc, pour moi, autant que héros, Andy McNab, est aussi un psychopathe comme cela peut être compris grossièrement : seuls comptent son camp, sa vision, sa tribu. Sa mission. Les siens. Ses priorités. Par certains aspects, il me fait penser au personnage incarné par Sean Penn dans le film Mystic River réalisé en 2003 par Clint Eastwood ( un très bon film à propos duquel j’écrirai peut-être un jour).

Evidemment, c’est parce-qu’il est celui qu’il est qu’Andy McNab a été un très bon soldat et un héros et, encore mieux, un survivant. Evidemment, en cas de conflit, d’agression, ou dans un environnement hostile et inconnu,  il vaut mieux être avec un Andy McNab qu’avec un bisounours ou un binoclard intellectuel prétentieux comme moi qui sera tétanisé, invalide, et demandera très vite où se trouvent le coin toilettes et aussi quand le film se termine.

 

Mais il est donné à une minorité de personnes de compter parmi ses proches un Andy McNab ou de pouvoir, le moment venu, lui ressembler. C’est autant une mauvaise nouvelle qu’une bonne nouvelle. Le Ying et le Yang. Ni tout noir ni tout blanc. Avant d’y être, personne ne peut véritablement savoir de quoi il est véritablement fait et de quoi il est capable. Et combien de temps. Femme, homme. Adolescent(e) ou enfant.

 

Surtout, qu’un des autres points forts de Bravo Two Zero, malgré mes réserves, est qu’Andy McNab ne roule pas des mécaniques. Lorsqu’il a peur, il l’écrit sans réserve. Et cela arrive plus d’une fois lors de la période des tortures. «  Fear was everything ». Lorsqu’il doute, il l’écrit aussi de bout en bout. Pour cela aussi, son ton trancherait avec le récit de Chris Ryan, un de « ses » hommes lors de cette mission. Je n’ai pas encore lu le récit de Chris Ryan. Je lirai d’autres livres d’Andy McNab. Avoir lu Bravo Two Zero en Anglais, malgré mes limites linguistiques par moments, a sûrement été un plus.

 

Franck Unimon, ce mardi 7 janvier 2020. 

 

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