Puissants Fonds/ Livres

Des livres que j’ai lus, qui m’ont généralement plu, et dont j’ai pu prendre le temps de parler.

Jeux de pouvoir, un livre de Mathieu Gallet ( ancien dirigeant de Radio France en 2014-2018)

»Posted by on Août 21, 2022 in Puissants Fonds/ Livres | 0 comments

Jeux de pouvoir, un livre de Mathieu Gallet ( ancien dirigeant de Radio France en 2014-2018)

                                             Jeux de pouvoir un livre de Mathieu Gallet

 

 

C’est un livre à relire.

 

Pour qui a entendu parler des Présidents de la République François Hollande, Emmanuel Macron ( et sa femme Brigitte Macron), des Ministres Fleur Pellerin, Aurélie Filippeti, Frédéric Mitterrand, Manuel Valls, François Bayrou. De l’ancien maire de Marseille (et sénateur) Jean-Claude Gaudin. D’autres personnalités politiques et médiatiques françaises. Des notes de taxi G7 de l’affaire « Saal ». Du journal Le Canard Enchainé. De Médiapart.

 

Pour qui veut ou voudrait « réussir ».

 

Mathieu Gallet nous était devenu très familier lorsqu’il était alors le jeune dirigeant (même pas 40 ans) de Radio France de 2014 à 2018. Laquelle Radio France connaissait une grave crise sociale sans précédent dont Mathieu Gallet avait été tenu pour le principal responsable.

 

Gallet avait le « profil » de ces jeunes ambitieux arrivés vite à de très hautes fonctions et dont le principe actif est de promouvoir leur carrière avant tous et malgré tout.

 

Dans son Jeux de pouvoir, Mathieu Gallet nous parle de tout « ça » et de ces à côtés que nous ne connaissons pas. « Nous », c’est officiellement le grand public. Et aussi, un  « peu », certaines personnes qui ont été directement concernées par ces sujets abordés par lui dans son ouvrage. Des personnes qu’il cite par leur nom et leur prénom. Ce qui nous permet rapidement d’identifier la plupart d’entre eux en 2022 en lisant son ouvrage considéré comme un document par les éditions Bouquins.  

 

 

Jeux de pouvoir est paru en Mai 2022. J’avais été étonné d’apprendre que la librairie de ma ville de banlieue pourtant proche de Paris (Argenteuil) était dans l’impossibilité de m’en commander un exemplaire. Je me suis alors imaginé que son livre dérangeait encore certaines « personnes » quelques années plus tard. Et qu’il y avait donc, dedans, un Savoir peu courant. Puisqu’aujourd’hui, Mathieu Gallet fait beaucoup moins parler de lui que lorsqu’il était jeune dirigeant de Radio France sous la présidence de François Hollande puis au début de la présidence d’Emmanuel Macron.

 

Aujourd’hui, Mathieu Gallet n’évoque plus grand chose pour le grand public  comme entre 2014 et 2018.

 

A « l’époque », entre 2014 et 2018, pour moi, Mathieu Gallet aurait tout aussi bien pu être… Martin Hirsch. Dans son Jeux de pouvoir, Gallet ne mentionne pas, je crois, ( il me reste 90 pages à lire pour le terminer) Martin Hirsch. Puisque lui, Gallet, exerce alors dans la Culture tandis que Hirsch (à partir de fin 2013 jusqu’en juin 2022) exerce dans « la » Santé.

Mais le portrait de Gallet dans Le Canard Enchainé (dont je lis des articles depuis des années) me le rendait proche de ces énièmes dirigeants de l’AP-HP ( ce qu’était alors Martin Hirsch) quittant leurs fonctions paisiblement en laissant plein de gravats après leurs entreprises de démolition ainsi que beaucoup de merde dans les chiottes sans tirer la chasse. 

 

L’ouvrage de Gallet est-il une entreprise de démolition délivrant plein de merde, aussi, sur la tête de certaines des personnalités qu’il nomme ?

 

Je peux comprendre que certaines de ces personnalités (au sens où ce sont des personnes « connues », « réputées »,  médiatisées et dont l’image que l’on se fait d’elles peut assurer ou détruire la suite de leur carrière) voient Jeux de pouvoir de cette manière. Gallet donne ses explications et celles-ci sont lisibles et plutôt bien argumentées. Il lui a été ou sera reproché de « donner » certains noms de ces personnalités qu’il critique. Mais, pour moi, c’est aussi parce qu’il donne ces noms et prend donc le risque d’être attaqué en justice en cas de diffamation que son livre acquiert d’autant plus de valeur et de légitimité.

 

Son Jeux de pouvoir est donc un livre à relire. Car ce qu’il écrit est selon moi une photographie de ce qui peut exister dans tout milieu policé, instruit et privilégié où se déroulent….des jeux de pouvoir qui échappent complètement à l’entendement du citoyen lambda.

 

Des jeux de pouvoir, pourtant, qui se répliquent ou peuvent se répliquer à l’infini, dans toutes les institutions d’une société.

 

A mon avis, ce que Mathieu Gallet raconte, existe aussi dans d’autres milieux dont on parle beaucoup moins ou peu. Quotidiennement. Là où évoluent tous les gens lambda, très éloignés et très oubliés de celles et ceux que l’on n’oublie pas.

 

Gallet parle de son homosexualité assumée ( il revendique seulement le droit à l’indifférence). Et du tort qu’a pu lui causer la rumeur de sa liaison avec Emmanuel Macron, alors candidat aux Présidentielles avant sa première élection (nous sommes désormais sous le deuxième mandat présidentiel d’Emmanuel Macron). En le lisant, on remarque à nouveau à quel point certaines épreuves très difficiles ne durent pas. Aujourd’hui, je me demande qui pense encore à cette rumeur. Et, pour ma part, j’avais assez peu fait attention à cette rumeur lorsqu’elle était médiatisée. Mais je comprends que pour Gallet, alors très médiatisé, dont la vie privée et professionnelle était très exposée, cette rumeur se soit muée en supplice supplémentaire. Et du supplice, on arrive assez vite au précipice.

 

Son livre m’a t’il rendu Mathieu Gallet plus sympathique et plus humain ?

 

Plus humain et plus proche, oui. Sympathique ? Je ne rencontrerai probablement jamais Mathieu Gallet pour savoir s’il m’est sympathique.

 

Car lui et moi, nous ne sommes pas du même monde. Moi, je me suis coupé du monde, d’un certain monde de la “réussite”, là où lui a décidé, puis su et pu s’y propulser. C’est aussi ça que je lis dans son livre et que je me suis pris, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, en pleine figure. Même si Gallet (comme beaucoup d’autres) n’y est pour rien.

 

Dans Jeux de pouvoir, Gallet dit, aussi, avoir dû surmonter le fait d’avoir des origines sociales moyennes et de venir de province. Mais aussi que son homosexualité a pu être un obstacle à sa réussite. Mais je constate, que même en province, à Bordeaux, il a fait « les » bonnes voire les «très bonnes » études :

Hypôkhagne. Sciences Po…

 

Bordeaux, ce n’est pas Paris, c’est vrai. Surtout que Gallet a étudié dans le Bordeaux d’avant le TGV qui emmène à Paris en deux heures. Et qu’il existe à Paris une concentration d’élites dans des univers fermés où beaucoup se décide et se choisit. Des univers concentrés, exclusifs et fermés dont, moi, le banlieusard parisien de naissance et d’extraction, de classe moyenne, noir et d’origine antillaise, je n’ai aucune idée. Donc, les principes de Liberté, Egalité, Fraternité, pour moi et beaucoup d’autres, se sont sans doute souvent, dès mon enfance, résumés à l’équivalent de ces annonces publicitaires ou de ces bandes annonces que l’on regarde dans les salles de cinéma avant la projection du film. Il n’est pas nécessaire de venir de province pour vivre ça. 

 

Mais, pour moi, Gallet ( qui ne s’en rend peut-être pas toujours compte ) a d’autres atouts qui lui ont permis de « réussir ». Même s’il vit- encore- mal le fait d’avoir dû quitter la direction de Radio France et les divers avantages qui vont avec  :

 

Je ne perçois pas dans son livre le fait qu’il ait dû se battre contre sa famille pour faire ses hautes études, peu courantes dans sa famille. Et, il fait bien, aussi, de nous apprendre “qu’un”  Emmanuel Macron ( “Notre” Président de la République pour la deuxième fois de suite) a grandi dans une famille de catégories sociales professionnelles supérieures. Emmanuel Macron à qui Gallet a pu être comparé : Des jeunes ambitieux qui font de très bonnes carrières. Comme Gallet fait bien de souligner qu’il a fait de moins bonnes études que Macron. 

Mais je n’ai pas l’impression que Gallet ait eu à travailler à côté dans un métier éreintant pendant qu’il étudiait. J’ai plutôt l’impression, aussi, qu’il a toujours été aimé chez lui et eu une enfance et une adolescence plutôt « libre » y compris d’un point de vue amoureux. Ses histoires d’Amour ne me font pas penser à celle que j’ai pu apercevoir, un jour, d’une jeune fille et d’un jeune garçon, obligés de se cacher, dans ma ville, à Argenteuil, ville située à une dizaine de kilomètres de paris, en haut d’un toboggan, alors qu’il faisait nuit, pour se parler en cachette.

 

Enfin, Gallet, pour moi, c’est aussi un homme qui sait séduire. Si Gallet évoque son léger strabisme ( perceptible sur la couverture de son livre) qui lui a sans doute valu des quolibets et des humiliations, dans l’enfance et plus tard, Gallet sait indéniablement séduire.

Et, la séduction, qui plus est si elle est adossée à l’ambition mais aussi à une certaine combattivité,  pour moi, c’est un atout supplémentaire pour “réussir”, études ou non. Homosexualité ou pas.

Car, mise au service de l’ambition et escortée par une certaine combativité ( voire par une colère enfouie peut-être pour avoir vécu, plus jeune, certaines humiliations) la capacité de séduire, le fait de séduire, de plaire, la séduction, n’a ni âge, ni sexe, ni genre, ni frontière, ni parti politique, ni date, ni règle, ni principe, ni limite.

Si l’on sait séduire, et que l’on est ambitieux et combattif, on peut arriver à des endroits ou à des postes qui, « en principe », auraient dû ou auraient pu échoir à d’autres.

 

Et, je crois que Gallet est une très bonne illustration de ce que la capacité de séduction sociale, dans ces conditions, peut permettre d’obtenir.

 

Je ne remets pas en question l’étudiant ou le gros travailleur qu’est Mathieu Gallet. Je souligne simplement que ses « compétences » personnelles pour séduire lui ont aussi permis d’aller au delà de ce qu’il avait sans doute pu imaginer lui-même au départ de son existence et de sa conscience.

Comme Emmanuel Macron. Comme beaucoup d’autres. En politique ou ailleurs.

 

Jusqu’au moment où l’on plait moins à d’autres et que ceux-ci disposent, aussi, de suffisamment de pouvoir pour nous faire descendre de notre piédestal. Ce n’est pas une question de compétences. Ni de droiture morale. Et surtout pas de Justice.  Mais d’avoir su plaire à qui il fallait au bon moment, de la bonne façon et au bon endroit.

 

Dans son livre, Gallet nous parle aussi de toutes ces personnes importantes à qui il a su plaire. Dont il s’est fait des amis. Cela fait du « monde ». Il est difficile de faire moins mondain que Gallet lorsqu’il nomme certaines personnalités qu’il compte parmi ses proches. Mais, aussi, lorsqu’il narre certains de ses voyages et visites. Au passage, il nous fait bien comprendre, aussi, qu’en matière de Culture, il s’y connaît. Contrairement à une Fleur Pellerin, ancienne Ministre- peu probante- de la Culture, avec laquelle il a été en conflit alors qu’il était dirigeant de Radio France.

 

 

Même si je n’ai pas encore terminé Jeux de pouvoir, sa lecture me plait. Mais je doute que mon plaisir de lecture n’apporte quoique ce soit de plus à un Mathieu Gallet ainsi qu’à celles et ceux qui lui ressemblent étant donné ce qu’ils savent déjà et ont appris bien avant moi.

 

Aussi, j’espère que ce livre m’apportera quelque chose et qu’il apportera aussi à d’autres.

 

Franck Unimon, ce dimanche 21 aout 2022.

 

 

read more

Les Couilles sur la table, un livre de Victoire Tuaillon. 2ème partie. Ego Trip.

»Posted by on Juil 28, 2022 in Puissants Fonds/ Livres | 0 comments

Les Couilles sur la table, un livre de Victoire Tuaillon. 2ème partie. Ego Trip.

Au Spot 13, 15 janvier 2022. Photo©️Franck.Unimon

Les couilles sur la table, un livre de Victoire Tuaillon, 2ème partie : ego trip.

 

Cet article est la suite de Les couilles sur la table, un livre de Victoire Tuaillon. Premières parties

 

Ego Trip :

 

Je crois que nous aimons ces instants où nous retrouvons en nous des endroits faits sur mesure où l’on se sent à l’abri de tout. Ces endroits sont ce qui restent des meilleurs moments de nos origines. Et nous sommes contents, ou heureux, qu’ils soient toujours là malgré les épreuves et le temps passé ou traversé.

 

Il n’est pas nécessaire d’aller très loin, de soulever de très lourdes haltères ou d’avoir recours à des substances chimiques pour parvenir à ce genre d’endroit, ce genre d’état et d’instant.

 

Ecouter ou entendre un titre de musique. Une simple promenade. Un « voyage » dans un métro ou dans un train. Un parfum. Un regard. Une impression. Un sentiment.

Au Spot 13, 15 janvier 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Chacun a sa « recette » ou ses « trucs ». Certains y arrivent plus facilement et plus fréquemment que d’autres. Nous sommes souvent des exilés de nous-mêmes. Amenés à faire certaines compromissions. Obligés d’accepter de multiples contraintes. Et la « récompense » n’est pas toujours au bout de nos – très nombreux et très oubliables – efforts.

 

On pourrait penser que notre existence consiste à pousser de bout en bout afin d’accoucher de nous-mêmes. Sauf que la date prévue pour notre accouchement et notre véritable délivrance est un mystère et peut, finalement, se résumer à l’heure et à la date du constat de notre mort cérébrale et médicale :

 

On peut très bien satisfaire à nos très nombreuses obligations de toutes sortes. Etre une personne plus ou moins impliquée et exemplaire compte-tenu de toutes ces obligations familiales, économiques et sociales et, dans les faits, ne jamais avoir véritablement accouché de soi-même.

 

Une histoire d’Amour nous offre la possibilité, pendant quelques temps «  de retrouver en nous ces endroits faits sur mesure où l’on se sent à l’abri de tout…. ». Et, pendant un temps, nous allons vivre ça avec quelqu’un d’autre, le plus longtemps possible, nous l’espérons.

 

Au spot 13, l’artiste Clément Herrmann, ce 22 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Ce que j’écris, là, n’a rien d’exceptionnel. D’autres l’ont écrit et vont l’écrire beaucoup mieux que moi.

 

Selon moi, à condition bien-sûr de rencontrer d’abord quelqu’un dont les sentiments et le désir sont réciproques, il n’y a rien de plus de simple que de tomber amoureux de quelqu’un et de ressentir du désir pour lui ou elle, peu importe son genre. Pourtant, ce sujet de la « rencontre » est, à mon avis, un des thèmes qui manque dans l’ouvrage de Victoire Tuaillon ainsi que dans celui de Mona Chollet (Réinventer l’Amour) : J’ai lu Réinventer l’Amour de Mona Chollet . 

 

Je trouve que l’une comme l’autre escamote un peu trop ce sujet de la rencontre. Car avant toute histoire d’Amour, il y a nécessité d’une rencontre. Que celle-ci soit spirituelle, physique ou autre. Il me semble que notre rapport à la rencontre de quelqu’un d’autre a de grandes incidences pour la suite d’une histoire d’Amour.

 

 

Le sujet de la rencontre

 

Dans le film documentaire Inna de Yard : The Soul of Jamaica  réalisé en 2018 par Peter Webber, Ken Boothe, une des grandes vedettes du Reggae Jamaïcain montrées dans le film, dit à un moment  qu’il s’est longtemps comporté comme un « campagnard » alors qu’il avait déjà du succès ( un succès mondial).

Ken Boothe est originaire d’un milieu social modeste, voire pauvre en Jamaïque. Lors de sa première compétition de chant toujours en Jamaïque, il était très timide. Au point de fermer les yeux pour chanter face au public. La compétition était très dure. Se retrouver face à un public. Et, cette compétition comptait d’autres candidats, qui, comme lui, espéraient pouvoir s’extraire de la misère, mais aussi de la violence, par le chant et la musique. Aujourd’hui, ce sont les Rappeuses et les rappeurs qui s’en « sortent » qui ont ce genre de parcours. Comme bien des chanteuses et des chanteurs de Rock avant eux.

 

En se qualifiant de « Campagnard », Ken Boothe évoquait en fait ses grandes difficultés pour pratiquer les urbanités sociales :

 

Cette aptitude nécessaire, lorsque l’on veut réussir, à entrer en relation avec les personnes qui comptent dans un certain milieu. A établir avec elles une sorte de contact ou de « connexion » qui va leur donner envie de nous aider à développer notre carrière.

 

Pour l’anecdote, et pour rester encore un peu en Jamaïque, l’athlète jamaïcain Usain Bolt, plusieurs fois recordman du monde et plusieurs fois champion olympique- et du monde- du 100 mètres et du 200 mètres, aujourd’hui à la retraite (alors que Ken Boothe continue de chanter) lui, est le contraire du garçon timide.

L’ancien athlète Usain Bolt, en plus d’avoir été le sprinteur le plus rapide du monde pendant plusieurs années, était à l’aise, lui, pour entrer en contact avec les personnes qui comptent parmi les officiels importants de l’Athlétisme mondial.

 

38 ans séparent Ken Boothe de Usain Bolt.  

 

On ne voit pas où je veux en venir ? Je connais bien plus la carrière de Usain Bolt ( né en 1986) que celle de Ken Boothe dont j’avais déjà entendu parler avant ce documentaire de Peter Webber. Pourtant, lorsque j’ai entendu Ken Boothe s’exprimer et se taxer de « campagnard », je me suis subitement beaucoup reconnu en lui.

Problème : nous étions alors en 2019. Année où a été publié le livre Les Couilles sur la Table de Victoire Tuaillon, trentenaire. J’avais alors « déjà » 51 ans, étais marié et père depuis quelques années.

 

Je suis né à Nanterre en 1968. Donc, on lit bien :

 

1968, année en France de la « révolte étudiante », de la « révolution des mœurs », du très profond bouleversement qui s’est opéré dans la société française à cette époque. En pleine période de décolonisation de l’Afrique et de l’Asie, des mouvements de contestation noire aux Etats-Unis, du mouvement hippie, des mouvements de libération de la femme ; de la croissance économique- et du plein emploi- dont on nous parle dans les manuels d’histoire.

Et si la ville de Nanterre, en 1968, a aussi été la ville des bidonvilles, elle n’en n’était déjà pas moins une ville, du département des Hauts de Seine (le département le plus riche de France !) proche de Paris et du futur ou du déjà existant quartier d’affaires de la Défense présenté comme un des plus grands, si ce n’est le plus grand quartier d’affaires d’Europe !

 

 

Ajoutons à cela que Ken Boothe, né en 1948, en Jamaïque, sûrement dans un quartier pauvre, donc dans des conditions nettement plus défavorisées que celles que j’ai pu connaître à ma naissance à Nanterre (de mes parents qui s’étaient exilés de leur Guadeloupe natale en 1966 et en 1967) a ni plus ni moins…l’âge de ma mère, également née en 1948.

 

Au spot 13, Paris, ce vendredi 22 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Par quel tour de passe-passe, moi, né en 1968 à Nanterre, qui ai toujours vécu en ville, et qui a ensuite, après mes études d’infirmier, obtenu un DEUG d’Anglais à la fac de Nanterre ( celle de 1968 !), j’ai pu, en 2019, m’identifier à Ken Boothe né en 1948 dans un quartier défavorisé de la Jamaïque plutôt qu’à Usain Bolt, né en 1986 en Jamaïque, mais ( à ce que j’ai compris) dans un environnement plus favorable que Ken Boothe ?!

 

 

La réponse est simple et connue : la transmission. L’héritage familial. Inconscient et conscient.

Héritage conscient : je sais d’où viennent mes parents. Je suis déjà allé en Guadeloupe avec eux mais aussi sans eux. Je connais et comprends leur langue natale, le Créole. Je mange antillais. J’écoute la musique antillaise de mes parents et danse sur la musique antillaise. Ces derniers jours, j’écoute régulièrement des titres de musique Kompa datant des années 70, une des fonderies de mon enfance.

Héritage inconscient : je n’imagine pas à quel point les enseignements de mes parents, leurs modèles relationnels et leur façon de voir la vie et le monde, même si j’ai pu et peux les critiquer ont pu et peuvent m’influencer. Voire, me conforter dans mes idées mais aussi dans mes préjugés et mes appréhensions.

 

Et nous sommes nombreux à être dans ce genre de situation. On parle de « conflit de loyauté ». De « double lien ». D’ambivalence. Tout cela fait partie du genre humain. Et cela nous conditionne beaucoup lors de nos rencontres avec les autres. Peu importe la sincérité de nos sentiments amoureux pour quelqu’un d’autre.

 

Au cinéma, j’ai pensé au film Nocturnal Animals réalisé en 2016 par Tom Ford. Dans ce film, Susan Morrow, galeriste d’Art à Los Angeles (l’actrice Amy Adams) a une position sociale forte dans le prolongement de son éducation et de ses origines sociales. Elle vit mariée avec un homme qui a également une situation sociale forte. Sauf que quelques années, plus tôt, Susan s’était détourné de son Amoureux de l’époque, Edward (l’acteur Jake Gyllenhaal) qui était plutôt du genre fauché et sans avenir économique bien défini….

 

Au spot 13, fin mars 2022. La deuxième oeuvre est de Clément Herrmann en hommage à l’Ukraine attaquée par l’armée militaire russe le 24 février 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Concrètement, pour moi, une femme « française », c’est souvent une femme blanche, citadine qui fume des cigarettes ou/ et qui boit de l’alcool.

J’ai des amies françaises blanches, citadines, qui fument des cigarettes et qui boivent de l’alcool. J’ai pu être amoureux de femmes françaises qui fumaient des cigarettes (et ou/ du shit). Pourtant, le tabac et la consommation de l’alcool ne font pas du tout partie de mon « idéal » féminin en termes de pratiques. Ni de mon éducation.

 

Comme on dit, on « s’adapte », on « s’accommode », on « évolue ». Par Amour. C’est vrai. Mais jusqu’à un certain point, seulement, à mon avis. Car si, de notre côté, on est prêt à faire certains efforts vers l’autre qui diffère de nous. L’autre, elle ou lui, peut avoir moins d’aplomb pour faire le « grand écart » entre ses origines et nous.

Au spot 13, Paris, 28 avril 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Ce que je raconte est-il hors sujet ? Suis-je, ni plus, ni moins, en train de raconter ma vie une fois de plus alors que cela ne regarde personne et n’a aucun rapport avec le sujet du livre de Victoire Tuaillon ?

 

Moi, je crois que je suis bien dans le sujet du livre de Victoire Tuaillon comme de celui de Mona Chollet. Celui de la relation, celui du couple, celui de l’Amour. Seulement, si on « oublie » de parler de certaines de ces –grandes- étapes qui précèdent une relation d’Amour, je me dis que c’est comme si on voulait envoyer une fusée dans l’espace en oubliant tout ce qui peut permettre la meilleure mise à feu possible avec la meilleure trajectoire possible.

 

 

Le sujet de la rencontre est vaste. Dans la première partie de mon article, je revendiquais mon droit à être, aussi, « Beauf », « pénible » et « lourdaud ». Maintenant, je revendique mon droit à être « campagnard » dans son sens péjoratif :

Celui qui est vraiment « vieux jeu », conservateur, pas dans le coup,  terre à terre, qui a des idées arrêtées, rigide, pas drôle. Déprimant.

 

Rien à voir avec le profil festif, souriant et sautillant de plusieurs de mes compatriotes antillais ou de mes cousins africains et latins. Avec eux, au moins, on s’amuse bien. Bon, c’est vrai, ils ne sont pas très sérieux. Mais, au moins, c’est fun. Ils mettent de l’ambiance. Avec eux, c’est carnaval. On ne se prend pas la tête !

 

Alors qu’avec moi, on réfléchit. On s’analyse et on se scrute en temps réel. Pas un fantasme inconscient ne doit échapper à notre vigilance !

Au Spot 13, Paris, 22 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Je suis un militaire de l’affectif et de la vie amoureuse. Le champ-adverse- est localisé. Et délimité. J’effectue des rondes régulières autour de lui.

 

Que l’on se rappelle bien de cette expression :

 

« Un militaire de l’affectif et de la vie amoureuse ».

 

Parce-que cette expression va me servir plus tard.

 

 

Dans les faits, rencontrer quelqu’un n’est pas si simple que cela pour tout le monde.

 

 

Rencontrer quelqu’un : Aussi simple que lire une bande dessinée ?

 

Cet article doit avoir une fin pour des sujets qui, eux (l’Amour, les rencontres amoureuses, la vie amoureuse, la vie à deux ou à plus) sont sans fin pour un être humain. Je serai donc obligé de trancher et de passer sur certaines idées.

Mais je tiens à faire un petit retour en arrière.

 

 

En 2009, je découvrais le monde de Riad Sattouf en allant voir comment il avait transposé au cinéma sa bande dessinée :

 

Les Beaux Gosses.

 

J’avais déja 41 ans en 2009. Pourtant, dès les premières images, son film m’avait parlé. Et plu. Et fait rire. Parce-que j’ai eu l’âge de ses personnages ainsi que leurs inquiétudes.

J’écris « j’ai eu ». Mais cette formulation au passé est un piège caché. Ne l’oubliez pas. Car j’en reparlerai un peu plus tard.

 

En pensant à la deuxième partie de cet article, je me suis rappelé mes 13-14 ans lorsqu’avec un copain, j’avais discuté de la bonne façon d’embrasser une fille. Je ne l’avais jamais fait. Du moins pas comme les « grands ». J’avançais en âge et, à 13-14 ans, je me devais de dépasser l’étape des bisous. Mais comment bien rouler une pelle à une fille ? Comment savoir ? D’autant qu’il y avait cette certitude (qui persiste encore aujourd’hui, je trouve) que le garçon se doit de savoir.

 

Je me souviens encore de ce copain, X…., près d’une des grandes tours de notre cité HLM Fernand Léger, à Nanterre me dire que, lui, il savait ! Alors, je l’ai envié.

 

Moi, je ne savais pas. Evidemment, il n’allait pas me mettre sa langue dans la bouche pour me montrer. Il y avait comme une défaite pour moi, ce jour-là. A me retrouver devant ce copain qui avait ce Savoir inestimable et indestructible. Alors que moi, je ne voyais pas comment faire pour l’obtenir à mon tour. Apprendre à rouler une pelle à une fille, finalement, c’était un peu devenu l’équivalent d’apprendre à faire du feu. Ne pas savoir le faire revenait à se diriger vers une sorte de vie de perdition, de déchéance et de clochardisation. Comme si en parlant de quelqu’un que l’on avait connu dans le passé, on  disait de lui :

 

«Lui, il a vraiment très très mal tourné. Il ne sait même pas comment emballer une fille. Le pauvre ! ».

Spot 13, Paris, vendredi 22 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Aujourd’hui, je maintiens que même des adultes (femmes et hommes) peuvent être aussi embarrassés que je l’avais été à 13 ou 14 ans pour savoir comment embrasser une fille. Même avec ma mentalité de campagnard, j’ai appris que nos parcours personnels vers notre intimité corporelle mais aussi vers l’intimité de l’autre sont loin d’être aussi évidents que cela pour tout le monde. Malgré toutes les pubs ou peut-être justement parce-que toutes ces pubs dénudées, toutes ces images et ces œuvres visuelles érotiques, pornographiques ou suggestives pullulent dans notre environnement quotidien.

 

S’il était si simple que cela de rencontrer quelqu’un et de partager avec elle ou lui une intimité charnelle, émotionnelle, sentimentale et morale, toutes ces images érotico-pornographiques-suggestives, toutes ces discussions qui tournent autour de ces sujets et de ces fantasmes disparaîtraient d’eux-mêmes.

 

J’ai repensé tout à l’heure  à une ancienne collègue, plus jeune que moi de quelques années. Alors qu’elle allait bientôt se marier, celle-ci m’avait appris qu’elle ne savait plus comment rencontrer quelqu’un. Alors que plus jeune, avant d’être en couple, à l’écouter, elle « savait » comment faire pour rencontrer un homme. J’avais été intrigué par sa remarque. Car je n’ai jamais eu l’impression de « savoir » en particulier comment m’y prendre pour rencontrer quelqu’un d’autre. J’ai connu ou connais des personnes qui « savent » rencontrer. Des personnes qui, foncièrement, restent rarement seules ou savent ne pas rester seules. Peu importe leur âge, leur sexe ou leur situation personnelle.

 

Spot 13, Paris, 15 juin 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Séduire

 

Car il y a le fait de rencontrer. Et le fait de séduire et de savoir séduire. Je ne connais pas la situation personnelle de Victoire Tuaillon ou de Mona Chollet dans le domaine de la séduction. Mais séduire et savoir séduire n’est pas donné à tout le monde. Et, comme le fait d’embrasser, de (bien) faire l’amour, de se donner du plaisir, l’action de séduire et de plaire ne s’apprend ni dans les manuels, ni à l’école. On peut bien avoir quelques conseils, certaines lectures. Mais c’est quand même toujours avec l’expérience que l’on apprend à bien le faire.

 

On se rappelle de Ken Boothe qui fermait les yeux lorsqu’il s’agissait de chanter devant un public pour sa première participation à une compétition de chant tant il avait peur d’échouer mais aussi des moqueries. On peut imaginer que bien des personnes peuvent être dans le même état de stress lorsqu’il s’agit d’essayer de séduire quelqu’un. Sauf que j’ai du mal à concevoir que l’on puisse plaire à quelqu’un si on se met à fermer les yeux alors qu’on lui parle ou que l’on entame une conversation avec elle ou lui.

 

Alors que pour d’autres personnes, séduire, plaire, est un jeu. C’est une action légère et agréable qui agrémente le quotidien. J’ai connu quelqu’un, plutôt séducteur, qui m’avait raconté avoir plaisir à aller se balader dans le quartier du Marais, à Paris, afin d’être dragué et regardé par des homos. J’aime plutôt plaire. Mais chaque fois que je me suis rendu dans le Marais, cela n’a jamais été afin d’espérer allumer quelques homos de passage pour le « fun ».

 

Lorsque le site de rencontres Meetic s’est imposé comme la référence des sites de rencontres au début des années 2000, célibataire ayant du mal à rencontrer, j’avais fini par accepter l’expérience. Encouragé en cela par un copain qui en était très content et qui avait su me donner les arguments me permettant de me décider. J’avais d’abord eu honte de m’inscrire sur un tel site. Et si quelqu’un que je connaissais m’y voyait ?

 

« Mais dans ce cas-là, qu’est-ce qu’elle fait là, sur le site, cette personne ?! » m’avait répondu, ce copain, très pragmatique.

 

Au Spot 13, Paris, vendredi 22 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

J’avais parlé plus tard de cette expérience Meetic à une copine. Pour moi, c’était tellement novateur. Aussitôt, cette copine m’avait alors exprimé sa désapprobation envers cette façon de rencontrer quelqu’un. Elle m’avait aussi parlé de sa plus jeune sœur qui avait eu la même attitude que moi. S’inscrire à Meetic !  Et, cela, aussi, elle ne le comprenait pas. Pour, elle, elle suffisait de rencontrer les gens. Je parle de quelqu’un qui évolue depuis des années dans le spectacle vivant : le théâtre. Comédienne, metteure en scène, prof de théâtre.

 

J’avais compris ce jour-là et essayé de lui expliquer, je crois, que, elle, n’avait pas de problème pour séduire. Et, cela s’est depuis vérifié à mon avis. Cette copine, devenue mère  de deux enfants par la suite, s’est plus tard séparée du père de ses deux enfants. Non seulement, elle a pu quitter la région où elle avait vécu avec lui, au soleil, avec son ancien compagnon et père de ses deux enfants. Mais, aux dernières nouvelles, elle avait rencontré un autre homme, lui même également père.

 

Je « sais » que ce type de famille recomposée existe. Seulement, je crois aussi que certaines personnes savent mieux s’y prendre que d’autres pour faire des rencontres amoureuses opportunes. Alors que leur situation personnelle (mère ou père d’un ou de plusieurs enfants) lorsqu’elle est vécue à l’identique par d’autres, constitue un obstacle frontal à une nouvelle histoire amoureuse.

 

L’âge peut sans doute, aussi, influer, sur les attentes exprimées envers le couple et une histoire d’Amour.

 

 

Une question d’âge :

 

On dit que l’Amour n’a pas d’âge. Je veux bien le croire. Mais notre époque a son âge. Et notre façon d’aimer se modifie aussi sans doute un peu avec notre époque. Comme avec le pays et la culture dans lesquels on vit et grandit.

 

 

Dans la première partie de mon article, j’ai parlé de l’âge de Victoire Tuaillon. 30 ans lors de la parution de son livre Les Couilles sur la table. 21 ans de moins que moi.

On a peut-être trouvé paternalistes certains de mes propos lorsque je parle de son livre ou lorsque j’évoque Victoire Tuaillon ou certaines femmes de son âge ou plus jeunes.

 

Là aussi, je ne vais pas essayer de me disculper de mon paternalisme s’il est avéré. Sans doute suis-je paternaliste par moments dans cet article :

 

Je suis le reflet de mon époque et des valeurs qui m’ont été transmises. Même si j’ai fait et fais des efforts pour essayer d’évoluer.

Au Spot 13, Paris, vendredi 22 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Néanmoins dans le spécial dossier – le numéro 164 de juillet 2022- du journal Le Canard Enchainé  dont le titre est L’amour à tout prix ( Marché du mariage, boom des applis de rencontre, coachs de drague ou de sexe, love hotels, etc…) , je suis tombé sur cet article, page 22 et 23 :

 

Le Mariage, Une Affaire de sous Comptes et Mécomptes du conte de Fées (Vouées à disparaître à la fin du XXème siècle, les noces sont redevenues à la mode et génèrent un bizness très lucratif).

 

Plusieurs des articles de ce nouveau spécial dossier du journal Le Canard Enchainé m’ont bien plu. Mais dans cet article, il y a un passage qui m’a aussitôt fait penser à ce que traite Victoire Tuaillon dans son livre Les Couilles sur la table.

 

Je retranscris le passage de cet article, page 23 :

 

« (….) L’ascenseur social qu’il ( le mariage) constituait pour les candidates à l’hypergamie féminine ( fait de s’unir à un homme de la classe supérieure pour gagner en niveau de vie) ne fonctionne plus. Plus diplômées que les hommes depuis 2000, les femmes revendiquent surtout l’égalité. Le vieux mariage à la papa est mort, vive le mariage-association ! (….) ».

 

 

Je ne connaissais pas le terme « hypergamie » avant la lecture de cet article. En apprenant que depuis 2000, les femmes sont devenues « plus diplômées que les hommes », j’ai repensé à ce que Victoire Tuaillon mais aussi Mona Chollet disent elles-mêmes dans les premières pages de leur ouvrage. Elles ont fait de bonnes études et ont grandi dans un milieu socio-culturel mais aussi économique plutôt confortable.

 

Si Mona Chollet est ma « petite sœur » de cinq ans, Victoire Tuaillon, elle, encore plus, est pile dans cette époque à partir de laquelle les femmes sont devenues « plus diplômées que les hommes ».

Au Spot 13, Paris, fin mars 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Et pour corser un peu plus le constat de cet article, je fais partie de ces personnes (hommes comme femmes) qui auraient bien voulu faire des études longues mais qui, pour des raisons « familiales », n’ont pas pu les faire. Les études longues, le fait de ne pas avoir pu être « bien diplômé », constituent pour moi une blessure personnelle encore ouverte. Même si c’est sûrement du fait de la persistance de cette blessure, et de la présence de ce sentiment de manque, que j’écris comme je le fais depuis des années. 

 

Bien-sûr, on peut faire des études à tout âge. Mais je n’ai pas pu devenir ce jeune homme diplômé après des études longues comme je n’ai pas pu obtenir la reconnaissance sociale et éventuellement économique qui va avec. J’ai bien compris que Mona Chollet et Victoire Tuaillon, même bien diplômées, ont dû aussi se frayer leur chemin dans le monde du travail. Cependant, comme le dit, je crois, Mona Chollet dans les premières pages de son ouvrage Réinventer l’Amour, elle a longtemps cru que ses très bons résultats à l’école étaient tout ce qu’il y a de plus logique. Avant de s’apercevoir que si elle avait certes travaillé pour obtenir ses bonnes notes, qu’elle avait aussi toujours pu évoluer dans un univers socio-culturel univers, toujours entourée de livres et de certaines facilités d’accès à la culture. Et Victoire Tuaillon ne dit pas autre chose lorsqu’elle explique que même si elle a eu à vivre jeune le divorce de ses parents, qu’elle a toujours connu chez l’un comme chez l’autre, une demeure plutôt sécurisante…où il y avait des livres.

 

 

J’insiste sur ces points non par jalousie ou aigreur envers Mona Chollet et Victoire Tuaillon ou d’autres qui n’y sont pour rien dans ma trajectoire personnelle à propos des études. Mais pour rappeler que le sentiment de sécurité, de confiance en soi, de légitimité à se lancer dans certaines entreprises s’acquiert dès l’enfance. Et que ce sentiment de sécurité, de confiance en soi, de légitimité pour se lancer dans certaines entreprises nous incite, ensuite, à aller vers certains types de rencontres. Vers certaines personnes. Vers certaines expériences.

 

Je ne suis pas en train de dire qu’il suffit, lorsque l’on a fait de bonnes études, d’aller à la rencontre de quelqu’un qui a également fait de longues études (ou des études similaires aux nôtres) pour être heureux en Amour avec cette personne. Mais que cela nous « oriente » vers certaines rencontres plutôt que vers d’autres. J’ai cru comprendre que l’on rencontrait souvent son partenaire ou sa partenaire au moment de nos études, dans nos cercles amicaux et familiaux ou sur notre lieu de travail. Les sites de rencontres et les associations sportives ou culturelles peuvent ou pourraient un peu modifier la donne. Mais encore faut-il savoir comment s’y prendre pour rencontrer quelqu’un d’autre comme pour la séduire ou le séduire. Et, il faut apprendre à faire le tri sur le site des rencontres ou la mise en scène de la candidate ou du candidat pour se présenter peut être ce qu’elle ou qu’il a de mieux à proposer. Je n’ai pas encore lu les ouvrages de Judith Duportail ( L’Amour sous algorithme,  Dating Fatigue)  citée peut-être autant par Mona Chollet que Victoire Tuaillon mais j’ai prévu de le faire. Notons que Judith Duportail, née en 1986, a pratiquement le même âge que Victoire Tuaillon.

 

 

Au Spot 13, Paris, vendredi 22 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

La lutte à la place de la turlutte  

 

 

Il y a quelques mois, maintenant, alors que j’ignorais que je lirais un jour un ouvrage de Mona Chollet et de Victoire Tuaillon, j’ai revu un extrait ou deux du film Extension du Domaine de la lutte de Philippe Harel d’après l’ouvrage de Michel Houellebecq. Lors de la sortie du film (1999, je crois), Houellebecq n’avait pas le statut qu’il a aujourd’hui. L’année 1999, c’est aussi l’année de la sortie du premier film Matrix des ex-frères Wachowski. Si l’on peut trouver asexué le héros joué par l’acteur Keanu Reeves mais aussi une absence totale d’érotisme dans Matrix où, finalement, tout est aseptisé et maitrisé et où aucun poil ne dépasse (serait-ce, déjà, une des diverses manifestations de la mentalité militaire que je citais un peu plus tôt ?), les deux univers sont quand même très opposés.

 

Dans Extension du domaine de la lutte, chaque jour de plus et chaque tentative de vie sentimentale, sociale et sexuelle est une corvée.

Dans Matrix, les héros se battent contre le totalitarisme. D’un côté, on déprime et on est vaincu d’avance. De l’autre côté, on se démène pour rattraper son retard sur l’existence après s’être aperçu que, pendant des années, on s’est fait balader. Et, qu’en plus, on l’avait accepté.

Sauf que dans Extension du domaine de la lutte, l’horizon est réservé à d’autres depuis longtemps. On a beau s’acquitter de ses diverses obligations, espérer, essayer de survivre, on est et on reste insignifiant. Indésirable.  

 

Mais ce qui m’a touché, c’est certains commentaires en bas d’un des extraits du film Extension du domaine de la lutte sur Youtube.

 

Trop souvent, et trop facilement, certain(es) internautes, comme certain(es ) automobilistes sur la route, en viennent à avoir des propos et des intentions très agressives et très dégradantes envers leurs contemporains  pour peu que ceux-ci ait émis un avis différent. C’est à la fois très risible de lire à quel point ça peut déraper très vite. Et pathétique.

 

Cette fois-ci, j’ai lu des commentaires ou quelqu’un disait qu’il n’avait jamais vu une scène aussi « violente ». De quoi parlait cet internaute ? De la scène, dans la boite de nuit, où Raphaël (le personnage joué par José Garcia), un cadre commercial de classe moyenne plutôt beauf, pas très « Francky Vincent », croit qu’il va pouvoir avoir ses chances avec une femme au moment des slows. Puis, il se fait éjecter par un autre homme ( un homme noir -sans doute antillais ou africain- puisque tout le monde sait que les noirs ont la musique « dans la peau » et leur sexe, ensuite, c’est la suite logique, dans le corps de toutes les femmes du monde…. ).

 

 

En lisant ce genre de commentaire, j’ai à nouveau vu, devant moi, ce sous-monde ou ce quart monde dépeint par Houellebecq et d’autres. Certes, Houellebecq dans Extension du domaine de la lutte parle surtout de la misère sexuelle et sentimentale de deux mâles. Mais cette misère sexuelle et sentimentale concerne aussi les femmes. Et lorsque je parle de « quart monde » et de « sous-monde », je me reprends tout de suite :

 

Cette misère sentimentale et sexuelle touche aussi des personnes (des femmes comme des hommes) de milieux sociaux et économiques très favorisés. On peut être d’un très bon niveau social et économique et connaître une affreuse misère sentimentale et sexuelle. Et pas parce-que l’on est moche et stupide.  Mais plutôt parce-que l’on ne sait pas séduire. On ne sait pas « bien » choisir ses rencontres. On ne sait pas avoir une relation de bonne « qualité » avec quelqu’un d’autre.

 

Avoir un handicap

 

Parce-que l’on est très handicapé au moins affectivement et émotionnellement.

On croit souvent que le handicap est un handicap qui se voit. Un handicap physique. Un handicap mental. Un handicap intellectuel.

Mais il est d’autres handicaps plus graves qui passent sous les radars. Parce-que compensés par ce que l’on appelle la réussite sociale, économique ou politique.

Si l’on retirait à bon nombre des Puissants -ou des personnes modèles- que nous côtoyons ou que nous regardons via les media, les innombrables femmes et hommes de mains, conseillers et intermédiaires qui les entourent, on s’apercevrait rapidement que beaucoup d’entre eux (femmes comme hommes) une fois sortis du domaine où ils excellent, sont de grands handicapés. Ou qu’ils sont à peu près aussi handicapés que nous dans bien des secteurs de la vie courante.

 

 

Pourquoi est-ce que j’insiste autant sur tous ces sujets ?

Au spot 13, 28 avril 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Parce-que je crois que lorsque l’on se rappelle de ces sujets, il est plus facile de comprendre la raison pour laquelle certaines personnes, féministes, militantes, et brillantes acceptent ensuite de vivre des relations intimes avec des personnes dont, pourtant, elles condamnent les comportements et les jugements à propos des femmes…..

 

 

 

Notre rapport à la solitude :

C’est l’autre grand sujet, selon moi, trop oublié dans l’ouvrage de Victoire Tuaillon. Etre féministe, c’est très bien. Je l’ai écrit dans la première partie de mon article :

 

Je suis évidemment contre les injustices et les violences diverses faites aux femmes. Féminicides, viols, surcharge mentale et physique quant aux tâches ménagères, salaire moindre qu’un homme pour un travail égal…..

 

Au Spot 13, Paris, vendredi 22 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Mais, en pratique, si être féministe, que l’on soit une femme ou un homme, cela aboutit à vivre seul ( e ) ou à terminer sa vie seul ( e) , cela ne vaut peut-être pas le coup. Lorsque j’écris ça comme ça, j’ai l’impression de décrire un combat juste que certaines et certains trahiraient à un moment donné malgré leurs engagements. On retrouve ça dans certains combats politiques et idéologiques. Et le féminisme fait partie de ces combats politiques et idéologiques bien-sûr. Mais aussi dans le milieu artistique. Dans d’autres domaines. Untel est « pur » et « intègre » au début du combat, de sa carrière, et puis, finalement, bifurque, met de l’eau dans son vin, s’assagit, devient « commercial » et « vend » son âme.

 

 

Il y a un peu de ça, lorsque vers la fin de son livre, Victoire Tuaillon, « salue » les femmes féministes qui, paradoxalement, se « mettent » et restent avec des hommes qui ont les comportements qu’elles condamnent et combattent :

 

Les chaussettes sales qui traînent ; la machine à laver qui reste une terra incognita pour le compagnon ; le compagnon qui se sert de sa compagne comme d’un agenda, l’éducation des enfants ( et les devoirs) qui sont esquivés ; le mec macho et misogyne dont on s’entiche….

 

 

Les hommes domestiques

Gare du Nord, Paris, lundi 25 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Pour partie, je me dis que certains hommes contribuent plus que d’autres quand même aux tâches domestiques et ménagères. Même si je ne conteste pas les chiffres. Même dans le dossier spécial du Journal Enchainé, j’ai lu un article qui, comme l’affirme Victoire Tuaillon dans son livre, dit aussi que les hommes participent toujours aussi peu  à l’effort de guerre des tâches ménagères. Et, à titre personnel, je sais très bien que je passe nettement moins le balai que ma compagne ; que je cuisine nettement moins qu’elle ; que j’ai exceptionnellement (deux ou trois fois) lavé des fenêtres dans ma vie ; que je repasse très peu ( y compris mes propres vêtements). Et que lorsque nous partons en vacances avec notre fille, que c’est elle qui se charge généralement de préparer ses affaires et celles de notre fille.

 

Je ne peux que l’admettre. Comme je me rappelle aussi de ce jour où ma compagne a tenté de me proposer (ou de m’imposer ) un emploi du temps répartissant plus équitablement les tâches ménagères. J’ai alors rigolé et me suis étonné qu’à la place, elle ne me propose pas, plutôt, un emploi du temps d’activités que nous ferions ensemble, elle et moi. Cela n’a pas fait rire ma compagne. Et, depuis, elle s’est résignée à être celle qui passe le balai, qui cuisine et qui repasse plus que moi. Et moi, aussi.

 

Cette remarque peut soit beaucoup mettre en colère ou faire rire. Mais il n’y a aucune provocation de ma part. Et je ne perçois pas ma compagne comme ma domestique. Plus tôt, je parlais de militarisation de la vie affective et sentimentale.

 

 

La militarisation de la vie affective et sentimentale

 

Les attentes et les exigences envers le couple et l’Amour  « d’une » Victoire Tuaillon et d’une Mona Chollet nées en 1989 et en 1973, diplômées, indépendantes économiquement, socialement et sexuellement, sans doute citadines, bien insérées, et que je devine (et je le leur souhaite) bien entourées par un certain nombre d’amis et de collègues réellement bienveillants et disponibles sont évidemment différentes de celles qu’a pu avoir ma mère née en 1948 comme de moi-même, né en 1968.

 

Ce n’est pas uniquement une question d’époque. Même des personnes nées avant 1948 ou nées la même année que moi ont évidemment pu avoir des attentes et des exigences plus grandes que ma mère et moi vis-à-vis de l’Amour et du couple. Comme celles qu’expriment Victoire Tuaillon et Mona Chollet ainsi que celles-et ceux qui se retrouvent dans leurs réflexions.

 

Dans son ouvrage Réinventer l’Amour, je me rappelle que Mona Chollet  a pu citer en exemple le couple formé par le peintre et écrivain Serge Rezvani ( né en 1928) avec sa compagne Lula. Ceux-ci ont vécu ensemble pendant des années, dans leur maison, La Béate, sans eau ni électricité, dans le midi de la France. J’ai oublié l’autre couple cité par Mona Chollet. Mais je me suis alors aperçu que le couple d’Amour Rezvani-Lula cité en exemple par Mona Chollet vivait sans enfant. Je n’ai rien contre les couples amoureux sans enfant. Mais moi, j’ai une enfant. Et la naissance d’un enfant (ou de plusieurs) peut ajouter, avec la tournure du quotidien, certaines tensions bien caractéristiques dans un couple.

 

Plus récemment, j’ai pu tomber sur des propos attribués à Mona Chollet où celle-ci ne regrettait pas ses engagements féministes mais déplorait, en quelque sorte, le manque d’amour dans sa vie personnelle. J’ai cru comprendre que sa vie sentimentale et amoureuse subissait les contrecoups de ses engagements féministes. J’ai trouvé ça assez triste. Autant d’engagement pour bénéficier, en retour, d’une vie amoureuse déficitaire.

Mona Chollet n’est pas la seule femme devant ce constat. Dans son ouvrage Les Couilles sur la table, Victoire Tuaillon écrit aussi que devant l’énormité de la surcharge de travail domestique et invisible qui échoit à la femme lorsque celle-ci a une histoire d’Amour, qu’elle avait en quelque sorte décidé de refuser de se « mettre en ménage » pour une durée indéterminée. Je ne peux que comprendre sa décision si, pour elle, la décision de vivre dans le même logement que son compagnon l’oblige à se transformer en femme de ménage, d’intérieur et en coach émotionnel.

Au Spot 13, Paris, vendredi 22 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Ensuite, je m’interroge. Je ne fais, bien-sûr, que des suppositions. Puisque je ne connais pas personnellement Victoire Tuaillon et ne la rencontrerai probablement jamais. Comme je ne rencontrerai probablement jamais Mona Chollet.

 

Je ne prétends pas détenir la formule magique qui permet de rencontrer la personne avec laquelle on pourra vivre heureux jusqu’à la fin de sa vie. Je ne possède pas cette formule.

 

Mais je me dis que l’Amour, le sujet de l’Amour, est, je crois, un idéal « très » féminin.

Par Amour et tant qu’une femme a de l’Amour pour sa compagne ou son compagnon, il semble qu’elle puisse tout ou trop accepter d’elle ou de lui. Qu’elle puisse tout ou trop espérer. Par Amour.

 

Dans les années 80, la chanteuse du groupe Kassav’, Jocelyne Béroard a chanté le titre Siwo. Dans cette chanson, qui avait bien marché, Jocelyne Béroard raconte- en Créole-,  qu’elle cherche un homme « doux comme le sirop ». Et, elle détaille que celui-ci n’est pas obligé d’être beau. Par contre, elle souhaite ( elle exige) qu’il soit régulièrement de bonne humeur, qu’il soit constamment en train de danser tout en étant capable par ailleurs de l’écouter lorsqu’elle lui parle mais aussi de s’affirmer lorsque la vie le nécessite. Jocelyne Béroard conclut sa chanson en disant qu’elle a déjà cherché cet homme partout dans le Monde mais ne l’a jamais trouvé. Et qu’elle « sait » qu’elle ne pourra le trouver qu’aux Antilles. Dans sa chanson, Jocelyne Béroard ne parle pas de la répartition des tâches domestiques et ménagères, des fenêtres à laver ni des devoirs des enfants. Alors que j’écoutais une nouvelle fois le titre Siwo avec entrain chez un de mes oncles, celui-ci, marié et déjà père, avait alors déclaré :

« Mais ce qu’elle dit-là, c’est impossible…. ». Je devais avoir 17 ou 18 ans. ( Le titre Siwo est sorti en 1986). Le commentaire de mon oncle m’avait arrêté pile. Je ne voyais pas de quoi il pouvait bien parler. Je me concentrais sur la musique et le rythme. Les paroles de la chanteuse tombaient directement dans le champ vide de mon inexpérience. Et j’étais incapable, comme mon oncle venait de le faire, de prendre la mesure concrète de ce qui était dit. Jocelyne Béroard aurait pu raconter tout autre chose, cela m’aurait tout autant convenu. Dans les faits, en tant que l’un des membres permanents du groupe Kassav’ depuis une quarantaine d’années dans le Monde entier, et en tant que femme, j’ai l’impression que Jocelyne Béroard n’a pas eu de vie couple au long cours.

 

 

Un homme me semble regarder l’Amour d’un autre œil. Comme il me semble l’exprimer autrement. J’emploie sans doute des clichés mais j’ai l’impression qu’un homme sera moins expressif même s’il aime sa compagne. Ou, il semblerait, à lire Victoire Tuaillon et Mona Chollet, que l’homme, par Amour, fasse moins d’efforts que sa compagne.

 

L’Amour, selon les chiffres et les constatations de Mona Chollet et Victoire Tuaillon, est une promotion principalement pour les hommes. Et un traquenard pour les femmes. Plus besoin de nous occuper de nos chaussettes sales, de nos repas, des devoirs et des vêtements des enfants si nous en avons, du repassage de nos vêtements. Et, en plus, même si nous frappons et violons notre compagne, il se pourrait qu’elle reste avec nous jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je deviens ici un peu provocateur. Mais ce n’est pas mon but, pourtant.

 

Le travail invisible des hommes

 

Victoire Tuaillon nous informe du travail invisible des femmes. Des chiffres le démontrent.

Au Spot 13, Paris, vendredi 22 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Mais je me demande si les hommes fournissent aussi un travail invisible dont Victoire Tuaillon ne parle pas et ne peut parler. Soit parce-que peu d’hommes en ont témoigné. Soit parce qu’elle reste depuis une perspective de femme. En faisant un peu d’ironie, on dirait, en lisant l’ouvrage de Victoire Tuaillon, que le principal travail invisible des hommes consiste à saper le moral de leurs compagnes.

 

Lorsque je me décrivais en « militaire de la vie affective et amoureuse », je me moquais bien-sûr de moi-même. Il y a sûrement une part de vrai. Mais je crois aussi être un peu plus fréquentable que cela au quotidien et dans la vie réelle.

 

En « bon » élève qui a lu les ouvrages des Mona Chollet et de Victoire Tuaillon, Réinventer l’Amour et Les Couilles sur la Table ( elles ont écrit d’autres ouvrages), j’ai confirmé partager certains travers reprochés à beaucoup d’hommes dans la sphère conjugale.

 

Mais il est quelques uns de ces « travers » que je n’ai pas. Ma compagne a pu me dire que je faisais plus que d’autres hommes. Pour me dire cela, il a bien fallu qu’elle ait certaines discussions avec d’autres femmes qui ont un homme « à la maison ».

Je vais m’abstenir de faire la « liste » de courses des tâches domestiques auxquelles je prends spontanément part régulièrement. Car j’aurai trop l’impression de déposer ici une sorte d’annonce. Mais je peux écrire, je crois, que j’ai été présent dès la naissance de notre fille. Pour à peu près tout. Notre fille nous a beaucoup sollicité la nuit, bébé. Nous n’avons pas connu ce paradis qui consiste à avoir un enfant qui « fait ses nuits » au bout de deux mois. Je ne connais pas cette utopie. Je travaillais alors uniquement de nuit. Lorsque j’étais au travail, ma compagne s’occupait de notre fille. Mais lorsque j’étais de repos, ma compagne pouvait dormir tranquille. Plus d’une fois, j’ai entendu notre fille pleurer et suis allé m’occuper d’elle avant que ma compagne n’ait eu le temps de s’en apercevoir.

 

Certains parents parlent de temps à autre de la « super nounou » sur qui ils ont pu toujours compter. Pour la garde de leur enfant. Nous, c’est la nounou qui a pu compter sur nous à plusieurs reprises pour que nous gardions notre fille parce-que là, « Excusez-moi, excusez-moi de vous déranger mais… ». Et, c’est moi qui gardais notre fille que je sois de repos ou que je vienne de terminer une nuit de travail. A ce jour, je crois que ma compagne peut encore compter sur ses dix doigts le nombre de jours où elle a eu à s’arrêter pour cause de « enfant malade ». Moins de dix jours.

 

Ça, c’était pour donner un ou deux exemples concrets qui, je crois, peuvent parler à tout parent comme à toute compagne ou tout compagnon. Ou futur parent. Je ne prétends pas être un papa ou un conjoint parfait pour autant.

 

Le travail invisible d’un compagnon, cela peut être, aussi, de supporter la personnalité de sa compagne…..

Spot 13, Paris, vendredi 22 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

La juste répartition des tâches ménagères et domestiques, c’est un souhait louable. Mais si cela prend trop d’importance dans un couple, c’est peut-être aussi, certaines fois, parce-que cela devient une priorité qui n’a pas de raison d’être.

 

Je m’explique : faire le ménage, repasser, faire la cuisine, c’est important. Même si j’avais beaucoup aimé lire Truisme de Marie Darrieussecq, mon but dans la vie n’est pas de proclamer : « Chérie, vivons dans une porcherie comme des cochons et tout ira bien ! ».

 

Sauf que, il y a propreté et propreté. Je n’ai aucun problème avec le fait de passer le balai ou l’aspirateur. Ou de faire le repassage. Je comprends le principe qui consiste à faire le ménage régulièrement pour que cela prenne moins de temps et pour empêcher que la poussière ne s’entasse. Et, j’avais bien perçu l’incrédulité de ma compagne lorsque j’avais essayé de lui expliquer que je n’ai pas de problème avec le fait de passer le balai. Seulement, je ne me rends pas compte qu’il faut le passer. Je ne vois pas. J’ai d’autres priorités. Devant moi, ma compagne a manifestement cru que je la prenais pour une tarte et que je lui racontais des bobards. Mais non.

 

Je crois qu’il y a un sentiment d’urgence dans la réalisation de certaines tâches et de certaines actions que je ne partage pas avec ma compagne. Hier soir, nous sommes allés dîner chez des amis. Chez mon meilleur ami et sa compagne. Je connais mon meilleur ami depuis le collège. Il y a maintenant 40 ans. Je m’étais douché, habillé pour aller à ce dîner. Alors que nous partions, ma compagne m’a fait remarquer qu’il y avait un trou près du col de mon maillot de corps. Un maillot de corps propre, non repassé parce-que j’ai arrêté de le repasser. Mais propre. Ma compagne n’a pas insisté après sa remarque car, sans doute, a-t’elle compris que cela n’aurait rien changé. Que j’aurais gardé ( et j’ai gardé) mon maillot de corps. Mais il est très vraisemblable qu’à ma place, ma compagne se serait mise dans tous ses états et aurait changé illico de vêtement. Comme il est vraisemblable qu’une autre personne, à la place de ma compagne, m’aurait fait toute une histoire pour ce trou dans mon maillot de corps. Ou n’aurait pensé qu’à ça et aurait eu le sentiment d’effectuer une cascade périlleuse, toute la soirée, en faisant comme si ce trou n’existait pas alors qu’elle aurait continué d’y penser toute la soirée entre deux plats ou deux remarques.

 

On croit que j’exagère ? Hé bien, je pense que certaines femmes se comportent avec le ménage et certaines tâches domestiques comme d’autres auraient pu le faire avec ce trou dans mon maillot de corps. En insistant. En faisant un pataquès. En oubliant que le principal, c’est le moment détendu que l’on va passer avec ses amis.

 

Au Spot 13, Paris, 15 juin 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Je n’invite pas les femmes qui se mettent en ménage à accepter que leur compagnon les laisse se charger de leurs chaussettes sales et plus si affinités. N’exagérons rien. Mais je me demande si, certaines fois, qui se répètent, il est vrai, trop d’importance est accordée aux tâches domestiques plutôt qu’à d’autres.

 

Par ailleurs, je ne crois pas du tout que le fait d’être un homme « parfait » question ménage, tâches domestiques, préparation du repas, éducation des enfants, courses et autres suffise pour que l’histoire d’Amour du couple soit absolument épanouissante. Autrement, il suffirait à beaucoup de femmes se mettre en couple avec des hommes de ménage.

 

 

Ensuite, je l’ai aussi dit : je ne partage pas certains des « travers » attribués à une majorité d’hommes. Et, je ne me vois pas comme un homme exceptionnel.

 

Donc, je me dis qu’il doit y avoir d’autres hommes qui, comme moi, participent régulièrement, en partie, aux tâches domestiques, éducatives et ménagères.

J’ai l’impression que le niveau d’exigence et d’attente de certaines femmes a beaucoup augmenté et peut-être trop. Pas uniquement dans le domaine des tâches domestiques, éducatives et ménagères d’ailleurs. Parce-que si je prends à la lettre certains critères féministes, les femmes ont intérêt à changer de modèle d’homme idéal :

 

Il va falloir qu’elles se fassent à des multitudes d’Abbés Pierre et de Omar Sy. Or, je ne suis pas convaincu que toutes les femmes aimeraient vivre avec un Abbé Pierre ou un Omar Sy même si ce sont deux personnalités plutôt ou particulièrement sympathiques.

 

 

Cette amélioration du niveau de vie et de l’éducation des femmes a aussi une conséquence sur les relations hommes-femmes. Je ne la critique pas. Peut-être que c’est le fait d’être dans une société patriarcale et d’être un des nombreux rejetons de cette pensée patriarcale qui me fait d’abord souligner la conséquence plutôt que le bienfait de ce changement. Mais ce changement a divers effets. Bons et mauvais. Comme beaucoup de changements. Ce serait facile de dire pour simplifier que ce changement rompt un équilibre entre les femmes et les hommes : cependant, d’un point de vue légèrement féministe, on pourrait facilement répondre, et prouver, qu’il n’y a jamais eu de relation équilibrée entre les femmes et les hommes. Puisque c’est le principe même du patriarcat que d’imposer aux femmes une société dans laquelle elles sont inférieures aux hommes.

 

 

Mais j’ai l’impression que dans un couple, que l’on soit un homme ou une femme, il y aura toujours ce rapport de dominé-dominant. Même si l’équilibre relationnel se transforme. Parce qu’un équilibre parfait entre êtres humains, est-ce possible ?

Au Spot 13, Paris, vendredi 22 juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Dans le domaine de la séduction, je ne vois pas d’équilibre entre les êtres humains. Il est des personnes qui savent séduire. Et d’autres pas.

Vis à vis de la solitude, il est des personnes capables de bien vivre la solitude, voire de la rechercher. Et il en est d’autres qui en souffrent et qui feront leur possible pour essayer de s’en débarrasser presque par tous les moyens. Là aussi, je ne vois pas d’équilibre. Et il ne s’agit pas d’une opposition entre des femmes et des hommes. Ou alors, il faut, comme le disent aussi Mona Chollet et Victoire Tuaillon, un autre type de société. Mais pour faire en sorte que de manière à peu près équilibrée, tout le monde soit à même de plaire et de séduire mais aussi de composer avec sa solitude…j’ai quand même l’impression que l’on se rapproche là d’un mode de vie  militaire et totalitaire.

 

 

Je ne vois pourtant pas le livre de Victoire Tuaillon comme un manifeste militaire et totalitaire. Certes, elle s’est attardée sur nos couilles plus longuement que cela ne se fait d’habitude. Pour faire parler plusieurs personnes et témoins qui ont affaire à elles. Mais aussi pour les faire parler d’Amour. C’est une prouesse qui vaut le détour.

 

 

Franck Unimon, ce mercredi 27 juillet 2022.

 

 

 

 

read more

Les couilles sur la table, un livre de Victoire Tuaillon. Premières parties

»Posted by on Juil 24, 2022 in Puissants Fonds/ Livres | 0 comments

Les couilles sur la table, un livre de Victoire Tuaillon. Premières parties

Affiches aperçues ce 10 juillet 2022, sur les quais entre la gare d’austerlitz et la gare de Lyon. Photo©️Franck.Unimon

Les couilles sur la table un livre de Victoire Tuaillon Premières parties

 

 C’est ma première surprise partie

 

Il s’agit d’une espèce de pieuvres qui ne lève jamais l’ancre et que l’on retrouve partout où il peut y avoir des hommes sur la Terre. De multiples fois millénaires, transportée, ballotée, sous diverses latitudes, y compris dans les pires conditions, elle a connu l’âge de pierre, du fer, du bronze, du nucléaire et, désormais, celui du réchauffement de l’atmosphère.

 

Très fragile, sans volonté propre,  elle peut néanmoins s’imposer à celle des autres et se faire bienfaitrice, réconfortante, ou, au contraire, envahissante et destructrice.

 

Nous parlons bien d’une paire de couilles. S’il y en avait une seule peut-être que l’Histoire serait-elle différente. Mais habitué depuis ma naissance à en avoir deux, je n’ai pas envie d’essayer de finir ma vie avec une seule. Deux couilles, un jour, deux couilles, toujours.

 

Nos couilles seraient et sont des grandes prédatrices, agissant et disparaissant, en plein jour comme par temps de brouillard. Et, Victoire Tuaillon, avec cet ouvrage (publié en 2019), a décidé de se lancer dans l’étude de cette espèce particulière à laquelle beaucoup d’hommes sont rattachés comme bien des femmes peuvent être très rattachées à leur poitrine ou à leur chevelure.

 

J’ai entendu parler de Victoire Tuaillon et de ce livre en lisant Réinventer l’Amour de Mona Chollet qu’une collègue, Chamallow, m’a prêté il y a quelques mois. Un livre que j’ai eu plaisir à lire et à propos duquel j’ai écrit ensuite. ( J’ai lu Réinventer l’Amour de Mona Chollet ). 

 

Pour son ouvrage, Réinventer l’Amour, Mona Chollet a fourni un très gros travail de recherche et de réflexions et donne, aussi, une abondante bibliographie. Dont cet « objet » de Victoire Tuaillon que j’ai d’abord emprunté à la médiathèque puis finalement acheté afin de pouvoir le lire tranquillement.

 

Depuis, Warda, une collègue à peu près du même âge que Chamallow, m’a appris avoir déjà offert ce livre à plusieurs hommes qui l’ont ensuite remerciée. Sans qu’elle-même n’ait jamais lu une seule ligne de cet ouvrage. Warda, si tu lis cet article, sache donc que ce clin d’œil est pour toi. Je pense que tu sauras te reconnaître car tu m’avais demandé, amusée « Tu crois que je ne sais pas lire ?! » lorsque j’avais tenu à te prévenir que mon article sur le livre de Mona Chollet, Réinventer l’Amour, est « très » long. J’espère que tu as pu le lire, depuis. Warda n’est pas ton vrai prénom. Peut-être Nabilla….

 

Je ne connaissais pas du tout Victoire Tuaillon avant de lire Réinventer l’Amour de Mona Chollet. Alors que dans l’univers « féministe », Victoire Tuaillon compte parmi les jeunes auteures dont le travail engagé est d’importance. Victoire Tuaillon avait trente ans lors de la parution de son livre Les Couilles sur la table, en 2019. En 2019, j’avais 51 ans et, à ce jour, malgré mes prétentions et aspirations artistiques et littéraires, je n’ai pas publié un seul livre. Donc, bravo, aussi, pour avoir réussi à être publiée !

Pub aperçue à la gare St Lazare en juin ou juillet 2022. On parle de parfum, mais ça fait un peu penser à une orgie, non ? Et puis, une pub pour un parfum qui s’appelle Diesel, alors que le prix de l’essence et du diesel a augmenté depuis la guerre en Ukraine, ça fait un peu drôle. Même si c’est une coïncidence. Photo©️Franck. Unimon

Les Couilles sur la table a d’abord été un podcast décliné en plusieurs épisodes. Victoire Tuaillon l’explique au début de son livre. Je n’avais jamais entendu parler de ce podcast bien que devenu un adepte des podcast : ( La Clinique de l’Amour ( version courte)

 

Je trouve que l’écoute d’un sujet que l’on a cherché et choisi est bien plus « éducatif » et nourrissant que lorsque l’on se laisse attraper puis gaver comme des oies par des fleuves ininterrompus d’images sans but.

 

Actuellement, plus de 70 gigas de podcast m’attendent sur mon smartphone sur divers sujets. Mais je ne connaissais pas celui de Victoire Tuaillon. Et, lorsque j’ai fait la réservation de son livre dans une des médiathèques où je suis inscrit, j’ai eu le plaisir de voir la surprise monter sur le visage des trois bibliothécaires ( une femme et deux hommes) en leur donnant le titre, tout en ayant pris soin, au préalable, avec le sourire, de m’excuser pour ce que j’allais dire.

Juin ou juillet 2022, Paris. Photo©️Franck.Unimon

 

Victoire Tuaillon explique aussi au début de son livre que certaines personnes ont été choquées par ce titre et le lui ont en quelque sorte reproché. Je sais qu’il faut trouver un titre accrocheur pour attirer un public et que, régulièrement, nos instincts de voyeur (femme et homme) sont sollicités par différents média. Mais le titre Les Couilles sur la table m’a surtout et me fait surtout sourire et plutôt rire. Peut-être parce-que j’aime assez l’humour noir ( Desproges, la bonne époque de Dieudonné, Blanche Gardin, Fabrice Eboué, Thomas N’Gigol, le philosophe Cioran, le réalisateur Jean-Pierre Mocky, le réalisateur Joao César Monteiro, l’auteur Jean-Patrick Manchette…) autant comme spectateur, lecteur que comme auteur.

Peut-être parce-que, dès mon enfance, j’ai eu recours à la dérision et à l’autodérision.

 

 

Pour autant, je refuse de me voir comme un « féministe ».

 

Je ne suis pas féministe

 

Je ne suis pas féministe et je m’aperçois maintenant que quelques unes des personnalités que j’ai citées plus haut sont sûrement diversement appréciées dans le milieu féministe :

 

Jean-Pierre Mocky ? Qui avait pu se targuer de ne s’être jamais masturbé. Et qui, ouvertement, avait pu revendiquer le droit de pouvoir « baiser » dans une interview !

Mais il est vrai que Mocky était très provocateur.

Ces photos de pubs montrant des femmes dénudées sont bien-sûr là pour refléter la façon dont nous sommes constamment entourés de certaines images qui, même si, elles semblent ne pas nous toucher ont sans aucun doute une incidence sur nous ( femmes ou hommes). La couverture de l’hebdomadaire Le Point et son titre peut s’appliquer à cette normalisation de la nudité publique féminine. Nudité supposée être là pour attester de la “libération” de la femme…. ces images de femmes dénudées sont supposées me flatter. Elles me flattent. Mais pas comme un être humain. Plutôt comme si j’étais un gentil chien-chien et que, régulièrement, on me caressait le museau ainsi que ma paire de couilles….avec des images. Pour continuer de me tenir en laisse. Photo©️Franck.Unimon

 

 

J’ai aussi quelques doutes sur le féminisme d’un Cioran. Peu, importe, je ne suis et ne me sens pas féministe. Au moins pour ces raisons :

 

Même si, aujourd’hui, je « sais » qu’en France, tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint ; que des femmes sont bien souvent les principales victimes de viols ( pas uniquement lors des guerres comme en Ukraine depuis plusieurs mois), qu’à travail égal, les femmes touchent un salaire moindre que les hommes ; que les femmes sont bien plus surchargées, que les hommes, lorsqu’elles se mettent en ménage, par ces travaux invisibles que peuvent être les tâches ménagères, l’éducation des enfants, la cuisine, la présence émotionnelle….

 

 

Je suis évidemment désolé d’apprendre ces faits, ces chiffres, et je suis contre ces injustices.

 

Pourtant, je ne suis pas féministe.

Je trouve cette photo aussi aguichante que comique pour son caractère caricatural. Paris, près de la Gare du Nord, juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

 

Même si je suis plus proche de ma mère que de mon père. Et que dès l’enfance, celle-ci, ainsi que mon père, m’ont mis à contribution pour faire la vaisselle, pour aller faire des courses. Pour garder et emmener à l’école ma petite sœur et mon petit frère nettement plus jeunes que moi. Même si, en Guadeloupe (j’aime raconter cette anecdote), à Pointe A Pitre, ma mère m’avait envoyé lui acheter une paire de collants. Ce que j’étais allé faire, comme d’autres courses auparavant, et que tout cela m’apparaissait parfaitement normal jusqu’à ce que certaines personnes, dans la rue, alors que je marchais, commencent à me regarder « bizarrement » :

Le sac en plastique dans lequel je transportais mon achat était transparent. Et, un jeune homme (j’avais environ 18 ans, je crois) se baladant là-bas avec une paire de bas était susceptible d’être un makoumé (un pédé). Ce qui, au pays du Zouk, des plages de rêve et du soleil, est plutôt une tare.

 

 

Je ne suis pas féministe même si, depuis des années, maintenant, j’évolue dans un milieu professionnel dans lequel j’ai souvent été entouré par une majorité de femmes. Dont certaines ont pu et sont mes supérieures hiérarchiques. Et, lorsqu’il a pu m’arriver d’avoir certains conflits avec quelques unes d’entre elles (collègues ou supérieures hiérarchiques), c’est, selon moi, plus en raison de leur personnalité que de leur appartenance au sexe dit féminin. Actuellement, où j’évolue dans un milieu professionnel majoritairement masculin, c’est avec quelques collègues masculins que j’ai quelques désaccords et conflits : ceux-ci me reprochent…de manquer de couilles. Je serais trop gentil, trop doux et incapable de me défendre tout seul.

Il y a quelques semaines, j’ai posé l’ouvrage de Victoire Tuaillon, bien en évidence, en m’asseyant à la table  dans la salle à manger du service, près d’un de ces collègues ( alors assis) qui estime que je manque de couilles pour le travail que nous faisons….

Ce collègue, je le sais, par réflexe, a jeté un coup d’œil sur la couverture et le titre.Sans rien dire. Toujours sans rien dire, quelques secondes plus tard, il s’est levé et a quitté la pièce.

Peut-être, un jour, apprendrai-je que ce collègue, par ailleurs plutôt réputé pour être un «homme à femmes » et qui aime raconter certains de ses exploits sexuels, qui a aimé me raconter certains de ses exploits à l’époque (l’année dernière) où nous étions “amis”,  a peu goûté ma petite provocation. C’est pourtant un mec très cool et très souvent souriant en général. Pour la galerie.

Couverture des Inrockuptibles dans lequel on peut trouver, aussi, des suggestions de lectures telle celle du livre “Les Argonautes” de Maggie Nelson que je n’ai pas encore lu.

 

Je ne suis pas féministe même si, en apprenant que j’allais être père d’une fille, née depuis, à aucun moment, je ne me suis catastrophé en me disant :

 

« Quel malheur ! Une fille ! Qu’est-ce que je vais pouvoir en faire ?! ».

 

Il est pour moi parfaitement normal d’avoir commencé à montrer à ma fille certains petits gestes d’Aïkido, de lui avoir acheté une paire de gants de boxe, des protèges tibias et un protège dents, et, certaines fois, de m’amuser à me battre avec elle.

 

 

Je ne suis pas féministe même si, visiblement, il a pu arriver que certaines amies femmes puissent se confier à moi. Et, même s’il a pu arriver ou peut sans doute encore arriver que l’on se demande, voire que l’on me demande, si je suis homo. Et je ne me sens pas insulté en particulier par ce genre de question. Mais plutôt amusé.

 

Je ne suis pas féministe même si je n’ai jamais été un « queutard » ou un de ces hommes capables d’embobiner une femme ou de jouer un rôle devant elle afin de pouvoir me vider les couilles et, ensuite, me glorifier auprès d’autres hommes de ma dernière « conquête ».  Si, bien-sûr, je trouve bien des femmes désirables et que j’ai des besoins affectifs et sexuels, je ne comprends pas la satisfaction que je pourrais tirer à recourir à des stratagèmes pour « lever » une fille.

 

Ce n’est pas une position morale de ma part. Je ne me dis pas forcément que c’est « vilain » ou « pas beau ». Ou « pas bien ». Mais simplement :

 

Que ce n’est pas moi. Que cela ne me correspond pas….à moins de me retrouver sur une île déserte, ou enfermé dans un ascenseur ou un endroit clos pour une durée indéterminée. Là, je veux bien croire que je puisse trouver spécifiquement désirable celle qui se trouvera avec moi. La sexualité se réduisant alors totalement à une sorte d’incantation ou de forme d’échappatoire en vue de tenter de se soustraire, de manière éphémère, aux barreaux de notre vaine condition humaine.

 

En dehors de ces circonstances extrêmes, je crois qu’il faut avoir la personnalité qui va avec, lorsque l’on est un séducteur ou un queutard « certifié ». On a une image particulière à donner de soi, un rôle à tenir, dès lors que l’on est un « sex machine ». Afin de vendre du rêve à celles et ceux qui ne demandent qu’à croire à cette arnaque et à essayer d’attraper ce rêve factice qui va, de toute façon, leur échapper. Et c’est ce qui, précisément sans doute, va les attirer et leur procurer excitation et adrénaline.

 

Je me sens incapable, mais aussi non volontaire, pour être comme le personnage de Tony ( très bien joué par l’acteur Salim Kechiouche) dans le film Mektoub, my love : canto uno ( sorti en 2018) du réalisateur abdellatif Kechiche.

Pourtant, le personnage de Amin (joué par l’acteur Shaïn Boumedine) censé être le véritable personnage principal du film ainsi que le double du réalisateur, m’exaspère pour son incapacité manifeste à séduire. Ou, d’abord, à vivre. Il est là, avec son sourire constant, dominé par les événements. Peut-être qu’il m’exaspère parce qu’il me ressemble un peu trop et que je sais, par expérience, que le gentil garçon poli, doux, sympathique, passif et « romantique » est plutôt voué à rester le spectateur puissant et impuissant de ses amours.

 

Paris, juin ou juillet 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Je ne suis pas féministe tout simplement parce qu’aujourd’hui, en 2022, cela fait « bien », cela fait « hype », « branché », « cool », “Yes !”, ” Super !”  et  engagé de se dire féministe.

 

Je ne remets aucunement en cause, par contre, le féminisme de Victoire Tuaillon. J’écris simplement, à ma manière, que je n’ai pas envie de rejoindre toutes ces personnes pour lesquelles se dire « féministe », « cool », « ouvert », « tolérant » ou « gay friendly » sont principalement des expressions qui font joli. Ce sont peut-être des affirmations très sincères. Et puis, dans les faits, ces mêmes personnes prétendument « féministes », « cool », « ouvertes », « tolérantes » ou « gay friendly » peuvent se montrer beaucoup moins « open » que d’autres personnes a priori estimées comme très conservatrices ou de « l’ancien régime ».

 

Cette réclame pour un promoteur immobilier a bien été prise en juillet de cette année 2022 dans la ville de Cormeilles en Parisis, à une vingtaine de kilomètres de Paris, une ville pas particulièrement en retard sur son époque ! On notera néanmoins le côté assez vieux jeu dans ces rôles dévolus à la femme et à l’homme sur l’affiche.

 

Je veux bien passer pour quelqu’un de « l’ancien régime », de « old school », de « traditionnaliste » ou pour quelqu’un de « rigide » et “paternaliste”. De toutes façons, je suis sans doute un peu tout ça. Et même davantage. 

 

 

J’aime dans le film de Ken Loach, Raining Stones (réalisé en 1993) ce passage où un prêtre, absout Bob, catholique pratiquant, un père au chômage, culpabilisé, parce qu’il a utilisé de l’argent qui ne lui appartenait pas afin de pouvoir offrir à sa fille une très belle robe pour sa communion. Si le réalisateur Ken Loach, en tant que communiste, est sans doute athée, j’ai envie de croire que de tels prêtres puissent exister ou ont existé. Pourtant, au départ, on pourrait penser que n’importe quel prêtre catholique (ou d’une autre religion), devant une telle situation, aurait dénoncé ce père à la police ou contraint Bob de rendre la robe de sa fille au vendeur.

 

Certainement que des prêtres catholiques ont aussi aidé certaines femmes à avorter clandestinement au vu des circonstances dans lesquelles elles sont tombées enceintes. Et, je ne parle pas, ici, de femmes qui auraient été ou ont été les maitresses consentantes ou forcées de certains prêtres. Même si ces femmes existent ou ont existé.

 

 

Et puis, je ne suis pas féministe, parce-que, d’une certaine manière, je revendique presque le fait d’avoir été ou d’être, parfois, ou souvent, ou quelques fois, encore, le beauf, le lourdaud, le mec décrit dans l’ouvrage de Victoire Tuaillon.

 

Je revendique presque le fait d’avoir été ou d’être, parfois, ou souvent, le beauf, le lourdaud, le mec pénible

 

 

Les hommes « féministes » ou qui se disent comme tels sont un peu trop parfaits pour moi. Un peu trop artificiels. Un peu trop beaux pour être vrais. Un peu trop « bios ».

 

 

Ces hommes ont le droit de se croire irréprochables et impeccables concernant les droits des femmes. Des femmes ont le droit de trouver ces hommes « féministes » exemplaires. Sauf que, moi, en pratique, je ne crois pas à cette exemplarité de tous les instants. De même que je ne crois pas que les femmes « féministes » soient, elles mêmes, exemptes de certaines contradictions ou exemplaires en toutes circonstances.

 

Dans son ouvrage, Victoire Tuaillon évoque bien certaines de ces contradictions rencontrées chez certaines femmes féministes. J’ai néanmoins l’impression qu’il est deux ou trois sujets qui sont oubliés dans son ouvrage, très documenté, que j’ai aimé lire.

 

Même si certains passages de son ouvrage sont plutôt à charge pour un « homo erectus » beauf comme moi.

Si je prends à la lettre ce que je vois, je pourrais croire qu’en prenant les bus 56 et 96, mais aussi en me rendant dans la rue J-P Timbaud, que je vais tomber sur ces plages où de jeunes et charmantes femmes s’étirent. En sortant du métro, je n’ai rien trouvé de cela. Une nouvelle fois, je me suis fait avoir…. Photo prise dans le métro à Paris, en juillet 2022. ©️Franck.Unimon

 

Plusieurs couches, plusieurs étapes et plusieurs strates chez l’ homme, pour vous, spécialement, les filles :

 

 

Pour conclure cette première partie de mon article, je dirais que je ne suis pas féministe et revendique presque le fait de faire partie, certaines fois, ou souvent, des mecs lourds parce-que je sais, aussi, que je suis différent de celui que j’ai pu être :

 

 

On est un homme différent selon que l’on vit chez papa et maman, que l’on est puceau, que l’on se regroupe entre garçons pour parler des filles qui nous attirent mais que l’on on a aussi plus ou moins peur de rencontrer dans l’intimité. C’est alors, à se demander, qui a le plus peur de se faire violer….

 

On est un homme différent selon que l’on a la possibilité, ou non, de discuter avec des personnes plus âgées que soi, mariées, divorcées, infidèles ou non.

 

On est un homme différent selon que l’on a connu quelques histoires d’amour, que l’on ait été amant d’une femme mariée et récemment maman, ou non.

 

On est un homme différent selon que l’on décide de rester uniquement dans un milieu hétéro cloisonné ou que l’on accepte, à certains moments, de s’en affranchir un peu pour rencontrer d’autres personnes différentes de nos « habitudes ».

 

On est un homme différent selon que l’on est célibataire, que l’on vit en célibataire chez soi pendant plusieurs années, que l’on a du mal à s’engager ou que l’on vit marié, sous le même toit que quelqu’un d’autre, avec ce quelqu’un d’autre avec lequel, après en avoir discuté et un peu hésité, on décide de devenir parent.

 

J’ai connu et continue de connaître ces différentes étapes. Ces différentes strates de moi-même me font avoir, je crois, un certain regard sur l’ouvrage de Victoire Tuaillon. Ce regard peut être féministe ou plus ou moins beauf.

Paris, juillet 2022 sans doute. Photo©️Franck.Unimon

 

Par exemple, Victoire Tuaillon, au départ, me fait sourire :

 

Aujourd’hui, il est très facile de trouver sur le net des photos de personnes un peu connues. On peut aussi avoir besoin de se faire une idée de la personne dont on va lire l’ouvrage.

A voir une photo ou deux de Victoire Tuaillon, à deviner aussi un peu ses aptitudes pour l’humour, et tout en songeant, toujours, au titre de son ouvrage Les Couilles sur la table, je suis tombé sur une de ses photos où on la voit, souriante, charmante, avec sa poitrine qui a commencé à m’opérer la tête.

 

Voilà le beauf ou le mec lourdaud en moi. Celui que les féministes, dont Victoire Tuaillon, en ont assez de se coltiner. Et, je les comprends dans une certaine mesure.

 

Je ne suis, hélas, et ne serai jamais que le 157 000ème homme ou garçon à m’émouvoir ou à faire des commentaires sur cette particularité de son anatomie.

 

Pourtant, quoi de plus « simple » et de plus « normal » que de remarquer ce caractère sexuel secondaire avantageux que constitue, aussi, cette belle poitrine ? Serait-il plus normal, plus sain et plus sincère de faire comme si on ne l’avait pas remarqué ?

 

C’est un des sujets, à propos duquel, en tant que beauf, mec lourdaud ou autre adjectif défavorable à la gente masculine, j’ai beaucoup de mal avec les féministes qu’ils soient hommes ou femmes.

Alors, Victoire Tuaillon, si elle ou d’autres, prennent très mal mes propos concernant sa poitrine, ne me fait plus sourire. Mais me fait peur. Même si, dans les premières pages, elle se veut rassurante et affirme :

 

« J’aime les hommes ».

 

 

Voici ce qu’il en est pour la première partie de cet article que j’ai préféré couper afin qu’il soit plus facile à lire.

 

Franck Unimon, ce dimanche 24 juillet 2022.

read more

J’ai lu Réinventer l’Amour de Mona Chollet

»Posted by on Mai 2, 2022 in Puissants Fonds/ Livres | 0 comments

J’ai lu Réinventer l’Amour de Mona Chollet

 

 

 

Au spot 13, en mars 2022. Oeuvre de l’artiste Clément Herrmann. Photo©️Franck.Unimon

 

 J’ai lu Réinventer l’Amour ( Comment le Patriarcat sabote les relations hétérosexuelles) de Mona Chollet

« On va tellement vous violer que vous ne pourrez plus avoir d’enfants » auraient dit des militaires russes à des femmes ukrainiennes. Depuis le 24 février 2022, l’armée militaire russe a commencé à envahir l’Ukraine. Et la guerre, qui était « prévue » pour être courte, continue entre les deux pays.

 

Il y a quelques années, j’ai envisagé d’aller travailler dans un CMP ( Centre Médico- psychologique) pour adultes en banlieue parisienne, dans une ville assez proche d’Argenteuil, ville où j’habite.

 

Lors du trajet en voiture depuis Gennevilliers vers ce CMP , situé à Villeneuve la Garenne, la cadre infirmière m’avait un peu raconté quelques unes de ses missions humanitaires passées. Dont une durant la guerre en ex-Yougoslavie. Dans la voiture de service, tout en me conduisant, cette infirmière expérimentée, à quelques années de la retraite, m’avait parlé de sa peur. De sa peur du viol. Et de deux sœurs bosniaques qu’elle avait alors connues. L’aînée des soeurs lui avait servi d’interprète.

 

Après  la guerre, l’aînée, avec laquelle elle était restée en contact,  était demeurée célibataire et avait développé un cancer. La plus jeune, femme très coquette à l’origine, s’était mariée et radicalisée religieusement.

 

Chaque fois qu’il y a des guerres, des femmes mais aussi des enfants se font violer. Si, en temps de « paix », certains viols peuvent être- difficilement- condamnés, en temps de guerre, il peut être encore plus difficile de les faire condamner comme de faire condamner leurs auteurs.

 

 

D’autant plus que la « Paix », comme la Santé, ont des définitions très variables. Puisque l’on peut, aussi, être victime d’un viol dans un pays en « Paix » et riche comme la France.

Paris, mars 2022.

 

Les multiples guerres du quotidien

 

 

Car, si certaines guerres militaires sont plus médiatisées que d’autres, il existe bien d’autres déclinaisons de la guerre :

 

Des guerres domestiques, sociales, économiques, relationnelles, professionnelles, culturelles. Et, ces multiples guerres du quotidien, directes ou indirectes, propulsent plus facilement certaines et certains aux avants postes tandis que d’autres, «progressivement », et malgré leurs efforts, régressent, stagnent ou piétinent dans leur évolution personnelle.

 

Récemment, à la gare de Paris St Lazare, j’ai aperçu un patient que j’avais d’abord “croisé” une première fois deux ou trois ans plus tôt dans un service d’addictologie où j’avais effectué quelques remplacements. Puis, au début de la pandémie du Covid, je l’avais reconnu aux abords de la gare St Lazare.

Au début de la pandémie du Covid, il présentait bien, avait même une perception assez critique concernant la pandémie . Quand je l’ai revu à la gare St Lazare, la semaine dernière, il était en train de fumer, sans masque, et ressemblait à un clochard. La première fois que je l’avais recroisé près de la gare de Paris St Lazare, il faisait la manche. Il y a quelques jours, j’imagine qu’il était encore dans la gare de Paris St Lazare pour continuer de faire la manche. Sauf que son état personnel s’était aggravé. Pourtant, depuis des années, cet homme qui a connu l’emploi, comme d’autres femmes et d’autres hommes, a essayé et aura essayé de s’en sortir.

 

 

Je ne peux pas affirmer que, par son livre, Mona Chollet, vise aussi ces sujets puisque le titre de son ouvrage est : Réinventer l’Amour. Mais voilà ce qu’il commence par m’inspirer, ce matin, alors que j’ai terminé sa lecture dans un jardin des Tuileries ensoleillé il y a plus d’une semaine désormais.

Au jardin des Tuileries, Paris, avril 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Mona Chollet parle d’Amour et avec son titre rajoute :

 

Comment le Patriarcat sabote les relations sexuelles. Et, moi, je commence par parler de viols de femmes par temps de guerre et de paix. Puis d’un homme en voie de clochardisation.

 

« On va tellement vous violer que vous ne pourrez plus faire d’enfants… ».

« On va tellement vous violer que vous ne pourrez plus vous exprimer ».

 

Réinventer l’Amour : un livre de « fille » et d’intello favorisée

 

Je n’aurais pas lu ce livre de Mona Chollet, si, une de mes jeunes collègues internes, Chamallow, en stage dans mon service, ne m’en avait parlé il y a plusieurs semaines. Après que j’aie eu la curiosité de lui demander ce qu’elle lisait ou avait lu récemment. 

( voirLe petit fantôme bleu, Mona Chollet-Réinventer l’Amour ).

 

 

J’avais entendu parler de ce livre. Mais je l’avais pris pour un sujet ou un livre de « fille ».

 

Moi, qui, depuis des années, évolue dans un milieu professionnel qui a souvent été majoritairement féminin ; moi qui exerce un métier de soignant (infirmier en soins psychiatriques et pédopsychiatriques ou en Santé Mentale ), métier auquel on attribue plutôt des « qualités » ou des vertus féminines ; moi, qui, en tant qu’aîné, a, à partir de mon adolescence jusqu’à mes trente ans, joué un rôle de substitut parental jusqu’au sacrifice de mon intimité et de mon célibat, j’ai d’abord pensé, en entendant parler de ce livre de Mona Chollet : « C’est un truc de fille ! » ou « Encore une intello favorisée qui a les moyens de vivre de ses concepts ».

 

Mona Chollet est en effet une femme, après avoir été une fille. Et, elle vient bien d’un milieu social et intellectuel favorisé, voire privilégié, en tant que femme blanche, même si ses parents se sont séparés alors qu’elle était enfant, comme elle le mentionne. Néanmoins, son livre m’a rapidement plu.

 

Depuis, j’ai déjà remercié plusieurs fois Chamallow de m’avoir prêté ce livre. A la fois pour le plaisir que j’ai eu à le lire. Mais, aussi, à le lire certaines fois dans mon service actuel : avant de lire Réinventer l’Amour de Mona Chollet, j’ignorais que l’on pouvait prendre d’autant plus de plaisir à lire un livre que son contenu contraste avec l’état d’esprit ou la culture plutôt générale dans le service où l’on travaille.

 

 

Le plaisir de lire Réinventer l’Amour, la nuit, dans mon service actuel où, pour certains collègues, un homme, et un bon infirmier, c’est d’abord quelqu’un qui s’impose.

 

 

Mon service actuel n’est pas un service de collègues violeurs et de collègues femmes violées. Peut-être, qu’un jour, lorsque je me déciderai vraiment à prendre le temps d’écrire que j’inventerai des histoires de ce genre. Mais, pour l’instant, j’en suis encore à décrire le fait que dans mon service actuel, certaines valeurs « viriles » font office de table de Loi. Dans mon service actuel, plus que dans les services et les établissements précédents où j’ai travaillé, pour certains de mes collègues, un homme (et je suis un homme, c’est certain) et un bon infirmier (et je suis infirmier), c’est d’abord quelqu’un qui s’impose.

 

En particulier, physiquement. Pour faire des injections à un patient agité ou opposant à la prise de son traitement par voie orale (sous forme de gouttes le plus souvent).

 

Dans mon service actuel, pour certains de mes collègues, être un homme et un bon infirmier, c’est pratiquer la contention physique. Et, aussi, sans doute, parler fort ou plus ou moins fort, faire connaître ses exploits  physiques, les raconter, parler de certains sujets d’une certaine façon ( le Foot, les femmes, parler de sa vie etc….).

 

Paris, mars-avril 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Peu importe que, lorsque je l’estime justifié et inévitable, je puisse, aussi, faire des injections, de la contention physique, ou y participer avec d’autres collègues lorsque nous devons le faire. Mon personnage, ma personnalité, ne cadre pas avec la conception que se font certains de mes collègues actuels de ce qu’est ou doit être un homme mais, aussi, un bon infirmier. Ou, tout simplement, un être humain dit “normal”. Alors que moi, sans m’en apercevoir, car c’est ma normalité, sans doute que je me comporte “bizarrement”. C’est à dire pas comme tout le monde.

 

Sans doute aussi, parais-je un petit peu trop “intello” pour être honnête. 

 

Et, vu que, paradoxalement,  je parle peu de ma vie conjugale et de ma fille au travail, cela doit vraisemblablement signifier que je dissimule des projets, des pensées et des moeurs fort peu recommandables : j’attends  presque ce moment ( ce suspense devient un peu insoutenable)  où certains de mes collègues décideront ( c’est peut-être déja fait) que je suis probablement pédé ou homosexuel.

Pour moi, ce n’est pas une insulte d’être confondu avec un homosexuel. Je trouve ça plutôt drôle. Mais je sais, aussi, que dans certains milieux et dans certains groupes, être perçu comme un homosexuel peut revenir à être considéré comme un sous-homme ou comme une sorte de perversion. Ce qui peut susciter, de la part de certaines personnes, une agressivité et une violence particulières, redoublées, ou un rejet, à l’encontre de celle ou de celui qui est suspecté(e) d’homosexualité.

 

J’ai donc compris, que, pour certains de mes collègues actuels, je suis un baltringue; un con; quelqu’un à qui « on ne fait pas confiance » ; quelqu’un qui se « débine » ou se « débinerait » lorsque cela se tend avec un patient ou lorsque cela est susceptible de se tendre. Et que je suis quelqu’un, c’est une certitude pour certains de ces collègues,  ou cela l’a été !, que je n’ai rien à faire dans mon service actuel où je travaille, maintenant depuis un peu plus d’un an. Et, cela, malgré plus de vingt ans d’expériences en soins psychiatriques et pédopsychiatriques, de jour, comme de nuit, dans des services intra comme extra hospitaliers où j’ai eu, aussi, à vivre des situations de tension avec des patients et des patientes. Ainsi que certaines confrontations physiques.

 

Je manquerais de “couilles”. Si on ne l’a pas bien compris. Et si j’ai bien décodé certains messages que m’ont adressé certains de mes collègues assez peu courageux, qui marchent et pensent souvent par deux au minimum.  

Je ne compte déja plus le nombre de fois où en me disant bonjour certains de ces collègues virils , et très assurés, ont rapidement évité ou évitent mon regard alors que nous nous retrouvons face à face. Le dégout de ma personne sans doute ou un sentiment proche de la pitié pour l’irrémédiable merde que je suis. 

 

Paris, avril 2022. Photo©️Franck.Unimon

Je serais « trop gentil ». Je « discuterais trop ». Peu importe que, plusieurs fois, cette « gentillesse », cette « discussion » de quelques minutes mais aussi cette « patience » de quelques minutes, aussi, ont déjà permis de désamorcer certaines situations. Dans mon service actuel, avoir certaines aptitudes pour la modération serait plutôt un aveu de faiblesse d’après le point de vue de certains de mes collègues. 

 

Le parallèle avec le livre de Mona Chollet, Réinventer l’Amour ?

 

Si l’on parle de l’Amour, d’une façon ou d’une autre, on en arrive à parler du Pouvoir sur le corps d’autrui.

 

 

Si l’on parle d’Amour, d’une façon ou d’une autre, on en arrive à parler du Pouvoir. Du Pouvoir dont on dispose mais aussi du Pouvoir que l’on peut, ou pourrait, en certaines circonstances, pour certaines raisons, bonnes ou mauvaises, choisies ou involontaires, exercer sur quelqu’un d’autre.

 

Et si l’on parle d’Amour, même si l’Amour spirituel, parental, filial, cérébral ou platonique existe, on parle aussi, du corps. De ce Pouvoir qu’une personne peut exercer, à qui l’on donne cette autorisation ou cette possibilité, sur notre corps.

 

Paris, mars 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Lorsque l’on aime quelqu’un ou lorsque l’on est malade (d’Amour ou d’autre chose), il arrive un moment où l’on se confond avec l’autre. Avec son désir, sa volonté.

 

Où l’on s’abandonne à lui. Où l’on se confie à elle ou à lui.

 

 Où il arrive un moment, aussi, où, malgré l’intimité ou la proximité, on résiste ou s’oppose. Soit parce-que l’on a peur. Soit parce-que l’on perçoit l’autre comme un agresseur dont on veut se défaire ou se défendre.

 

Parfois, nous avons encore la possibilité de nous défaire ou de nous défendre de l’autre. Parfois, il est trop tard ou un peu trop tard lorsque nous réagissons :

 

Les victimes d’un viol, d’une agression, à moins d’avoir été surprises dès le début par leur agresseur (e) ont souvent, au début, laissées celle-ci ou celui-ci s’approcher de leur espace personnel. Elles (les victimes) ont souvent « cohabité » ou « coexisté » un temps avec leur futur(e) agresseur ( e). Que cette agression se répète ou qu’elle soit unique.

 

 

Mona Chollet parle-t’elle de cela dans son livre ? Pas de cette façon.

 

Paris, 2 Mai 2022. Gare St Lazare, près de la ligne 14. Photo©️Franck.Unimon

 

 Prédation et sexualité

 

Récemment, j’ai écouté un podcast dans lequel était interviewée l’humoriste Caroline Vigneaux. En l’écoutant, j’ai appris que ses spectacles étaient très documentés (comme pour beaucoup d’humoristes) mais, aussi, qu’elle visait à faire passer des messages.

Parmi ces messages, bien qu’ouvertement féministe, lors de cette interview, Caroline Vigneaux confirmait aussi s’être accrochée violemment- et verbalement- avec des femmes, sûrement des victimes d’agressions, pour lesquelles « Tous les hommes sont des prédateurs ».

 

S’il est un fait que, le plus souvent, les victimes de viols sont des femmes ( et des enfants filles ou garçons), fermer la boucle par un « Tous les hommes sont des prédateurs » ne permettra pas de….réinventer l’Amour.

 

 

J’ai parlé du corps, tout à l’heure. Parler du corps, c’est aussi, bien-sûr, parler de la sexualité. Nous n’avons pas tous le même rapport à la sexualité. Notre rapport à la sexualité peut être différent selon l’âge que l’on a. Selon nos croyances. Selon notre éducation.

Dans mon éducation de petit antillais né en France, la musique et la danse, qui sont des dogmes sociaux et culturels aux Antilles, m’ont indiscutablement préparé ou initié, sans pour autant faire de moi, un Rocco Siffredi antillais, à un certain éveil corporel et sexuel. Danser le Compas et le Zouk dès l’enfance, que ce soit en France et en Guadeloupe, mais aussi voir toutes les générations, des enfants aux grands parents, danser de cette manière lors de festivités (baptêmes, mariages, communions…) permet sans aucun doute une approche assez précoce et concrète de son propre corps comme du corps de l’autre, qui plus est en rythme ( un rythme binaire pour comparer avec le rythme ternaire du Maloya par exemple qui me semble moins dansable à deux) comparativement à une éducation où, à la maison ou en famille, on va écouter de la variété française, du Rock ou de la musique classique.

On a bien sûr une sexualité et un éveil à la sexualité et au corps même lorsque l’on écoute de la variété française, du Rock, de la musique classique, de la techno ou du Rap ou un tout autre genre musical. Autrement, un certain nombre de lectrices et de lecteurs de cet article ne pourraient pas le lire aujourd’hui et demain.

Mais on comprendra facilement, je crois, que lorsque l’on danse « collés-serrés » sur du Zouk ou du Compas, que la composante sexuelle de la musique et de la danse, est facile à détecter de façon implicite ou explicite. Et si, malgré cela, on danse en toute « innocence », certaines paroles en Créole ( pas uniquement du bien connu Francky Vincent ) de certaines chansons nous signalent assez « bien » que la sexualité et le coït sont envisagés. Ou suggérés.  

Il y a quelques années, maintenant, un copain enseignant avait voulu traduire en Français, à sa classe, les paroles du tube Angela du groupe Saïan Supa Crew mais dans des termes châtiés. Il m’avait donc sollicité. J’aurais tellement voulu lui rendre ce service mais même en faisant tourner dans ma tête diverses correspondances, j’avais été obligé de lui dire qu’il n’y avait rien à faire :

Si je traduisais, honnêtement, une des phrases phares de la chanson, cela donnait quelque chose comme, sur un air enjoué, « Angela, je vais te défoncer (sexuellement, s’entend) pendant l’absence de ton père ». Ce qui est quand même plus « rentre-dedans » que les sous-entendus de La Sucette à l’Anis composée par Gainsbourg pour la naïve France Gall et que, plus tard (car je suis plus jeune que Gainsbourg et France Gall, aujourd’hui disparus) des mômes de 12 à 13 ans, chantaient avec amusement, et en toute lucidité concernant ces sous-entendus sexuels, dans une des colonies de vacances où je fus assistant sanitaire.

 

 

Depuis mon enfance, que je m’en souvienne ou non, j’ai entendu des chansons à caractère sexuel à peine camouflé dans des festivités antillaises. Et j’ai dansé dessus, en toute simplicité, comme la majorité des personnes présentes. Sans y penser plus que ça.

 

Le corps, ça commence par la peau.

 

Paris, avril 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Mais, avant la sexualité, le corps, cela commence par la peau. La peau du nouveau né que l’on a été. Et que l’on est resté d’une certaine façon quel que soit notre âge. Comme une part de notre enfance et de notre adolescence reste en nous, même à l’âge adulte.

 

La peau, aussi, a une mémoire. Une mémoire surpuissante qui dépasse, je crois, notre intellect et notre raisonnement.

Alice Miller, psychanalyste bien connue, a écrit un livre que j’ai emprunté mais que je n’ai pas encore lu et dont le titre est :

 

Notre corps ne ment jamais.

 

Malgré toutes nos expériences, toutes nos prétentions et nos certitudes, toutes nos applications high tech, toutes nos « victoires », tous nos titres  et toutes nos conquêtes, je crois qu’il est des vérités incontestables ou assez incontestables comme le titre de ce livre d’Alice Miller.

 

 

Que l’on parle de la torture, d’un viol, d’une blessure, d’un traumatisme, d’un harcèlement, d’un burn out, d’un désespoir ou d’un plaisir consenti, il m’apparaît très difficile d’échapper à la vérité de ce titre d’Alice Miller. C’est pourtant une vérité à laquelle, quotidiennement, nous tournons le dos ou que nous ignorons.

 

Des expériences de massage bien-être

 

Osny, dans le parc du château de Grouchy, avril 2022. Photo©️Franck.Unimon

Et, sans être psychanalyste, je suis resté marqué par cette découverte que j’ai faite lors de ma formation en massage bien-être il  y a quelques années :

 

Pour asseoir cette formation en massage bien-être, très concrète, je me suis fait masser par différents stagiaires, femmes et hommes de différentes histoires et horizons. Y compris par un homosexuel, à son domicile.

Et j’ai aussi massé des stagiaires en formation massage bien-être comme moi, femmes et hommes. J’ai aussi massé certains de mes proches et moins proches (famille, amis, connaissances).

 

J’ai appris que quelques personnes, une minorité, en se faisant masser au cours de cette formation en massage bien-être, dans un climat de réelle bienveillance, s’était effondrée en larmes. Des émotions douloureuses, anciennes et ancrées en elles (j’ai plutôt entendu parler de femmes à qui cette expérience est arrivée), aspirées par les mains qui les massaient, avaient en quelque sorte « fracassé » ces barrages mentaux qu’elles soutenaient de toutes leurs forces pour juguler une certaine souffrance intérieure et très forte. Cela pouvait être parce-que, jamais, dans leur enfance, on ne les avait touchées avec une telle « bienveillance ». Ou pour toute autre raison…

 

 

De mon côté, je me rappelle de mon effarement en massant deux amis de longue date. Deux amis que je connais depuis le collège. Bien qu’officiellement volontaires tous les deux pour que je les masse, ces deux amis (masculins, donc) se sont révélés particulièrement indisponibles pour profiter du massage.

 

L’un expliquant à sa compagne (j’étais venu le masser chez eux) un peu comme s’il s’agissait d’aborder un problème de mathématiques, que, pour se faire masser, il « faut se laisser aller ». Pour me montrer, ensuite…comme il avait particulièrement du mal à se laisser aller.

Lorsque l’on se laisse aller lors d’un massage, on peut soit se mettre à pleurer si certaines émotions douloureuses font surface ou, au contraire, se détendre jusqu’à l’endormissement. Et il s’agit d’un endormissement réparateur et très agréable. Même si cet endormissement ne dure que quelques minutes.

 

Je me demande si j’ai le droit de faire un parallèle pour cet ami, qui est quand même mon meilleur ami, entre le fait qu’il ait eu autant de mal à recevoir mon massage et le fait que lorsqu’il a tenté de faire une thérapie, il a pu dire qu’il ne s’y passait « rien », car ne parvenant pas, j’imagine, à « s’ouvrir » suffisamment ou à se « laisser » aller ou porter…..

 

J’ignore si le fait que mes deux amis se connaissent a joué. Néanmoins, à plusieurs jours ou plusieurs semaines d’intervalle, le second ami a fait encore « mieux » que le précédent :

Alors que je le massais, chez moi, subitement, cet ami s’est avisé qu’il lui fallait absolument consulter son téléphone portable. Je l’ai donc vu étendre son bras pour attraper son téléphone portable…. 

 

Mon propre père a refusé ma proposition de se faire masser. Tandis que ma mère, ma jeune sœur et mon jeune frère se sont faits masser avec plaisir. Mon frère allant jusqu’à rester endormi dix bonnes minutes après la fin du massage.

Lors d’une autre expérience, alors que, dans un centre de plongée et d’apnée en banlieue parisienne, je le massais à même la peau, un moniteur de plongée ( également motard ) celui-ci, plutôt sympathique, et volontaire également,  parlait sans discontinuer.  Me racontant qu’il avait “déja fait” des massages. S’amusant aussi quant au fait que j’avais peut-être prévu de ” la musique indienne” etc….

Il faut savoir que je fais plutôt partie des personnes, qui, lorsqu’elles sont “dans” le massage, en tant que masseur ou massé, entrent dans une sorte de méditation :

Un peu sans doute comme dans la lecture d’un livre ou lorsque j’écris. Il m’est arrivé d’être appelé alors que j’étais en pleine écriture. Et, souvent, la personne que j’ai eue au téléphone a eu l’impression de me réveiller. J’étais tout simplement encore ” en moi-même” en répondant au téléphone.

Lorsque je masse,  si la personne massée peut “entrer en elle”, j’entre aussi en moi-même, tout en étant attentif à la personne que je masse comme au temps que je mets. C’est un voyage à la fois commun mais aussi individuel. Le corps de l’autre et  le contact de nos mains reliées bien sûr à notre être, donc, également à notre corps et à notre propre vie intérieure permettent ce voyage.

Dans ces circonstances, être en présence de quelqu’un qui se met à parler pour “meubler” ou sans doute parce-qu’il est finalement mal à l’aise, casse en quelque sorte l’ambiance. Un massage, de mon point de vue, est pour beaucoup un voyage intérieur même si l’on part de “l’extérieur” ( le corps, des mains, de l’huile, un environnement et un moment particulier….).

 

Néanmoins, ce jour-là, s’il était particulièrement bavard lors du massage à l’huile de son dos, ce “cobaye” moniteur de plongée, qui était déja descendu à soixante mètres et plus profond en plongée bouteille, s’était soudainement tu. Lorsque j’étais ensuite passé à une forme d’étirements et de balancements plus fermes mais aussi plus toniques qui détendent également. J’en avais déduit que c’était cela qui convenait le mieux à cet homme. Un homme que je n’ai jamais revu par la suite car en revenant plus tard, en accord avec le directeur de ce centre aquatique, pour masser et relaxer des plongeuses et des plongeurs volontaires avant leur séance ( et il y’en eut), j’appris que ce moniteur de plongée s’était tué quelques semaines plus tard à moto. 

Un autre ami, toujours vivant, lui, que j’ai massé deux ou trois fois, m’avait aussi surpris à chaque fois. Plutôt réservé quant à ses émotions et assez dur au mal, très travailleur, perfectionniste, et plus que reconnu dans sa profession, chaque fois que j’avais commencé à le masser, cet ami s’était mis subitement à me parler – lui qui est plutôt du genre à voir toute forme de thérapie comme une absurdité- et à se confier à moi sans que je ne m’y attende.

Je me rappelle aussi d’une fois, en particulier, où, après l’avoir massé, j’avais “ramassé” beaucoup de ses tensions intérieures. 

 

Enfin, bien-sûr, plus d’une fois, des personnes m’ont dit ouvertement qu’elles voyaient le massage comme un préliminaire à l’acte sexuel. Et que, de ce fait, il était pour elles hors de question que je les masse. Cela a pu prendre des proportions très comiques avec mon beau-frère. Ainsi qu’avec un ami, Raguse

 

 

Alice Miller a donc raison : Notre corps ne ment jamais. Et, selon l’état de confiance et de méfiance, d’attirance ou de répulsion dans lequel on se trouve, on accepte, à tort ou à raison, de s’en remettre à l’autre. Et, il me semble que l’Amour, c’est, à un moment ou à un autre, s’en remettre à l’autre dans une certaine intimité.

 

Il est courant de considérer qu’une personne nous inspire de la méfiance parce-que son attitude nous apparaît « louche » ou « suspecte ». Et cela peut être vrai. Sauf que l’on parle moins souvent de ces fois où l’on attribue à quelqu’un des défauts ou des vices, mais aussi des qualités extraordinaires, qui existent principalement dans le décor de notre imaginaire.

 

Couple se parlant, dans le métro. Paris, avril 2022. Photo©️Franck.Unimon

 

Le Décor de notre imaginaire

 

J’ai plusieurs fois été marqué d’entendre des femmes se plaindre d’histoires malheureuses qu’elles avaient pu connaître avec des hommes. Alors que, parallèlement à cela, ces mêmes femmes avaient pu se détourner ou se montrer impitoyables avec d’autres hommes sincèrement attentionnés à leur égard.

 

Pas plus tard qu’il y a quelques jours, une interne qui faisait sa dernière garde dans mon service, en tant que stagiaire, me parlait d’une conférence ou d’un colloque où elle s’était rendue et où elle avait eu l’impression de se trouver « dans une secte » :

 

Un médecin chef (psychiatre, je crois) y était admiré par plusieurs de ses autres collègues médecins. Des femmes, exclusivement.  Et, à un moment donné, l’une d’elle, a pris la parole pour s’exprimer sur un sujet donné. Sauf que son point de vue n’a pas été partagé par le médecin chef qui, devant tout le monde (environ une cinquantaine de personnes) lui a dit : « Tu dis n’importe quoi ! ».

La jeune interne qui me racontait ça m’a ensuite appris, médusée, que la femme médecin humiliée en public avait trouvé des circonstances à ce médecin chef qu’elle estimait si « génial ! ».

 

J’en ai rajouté une couche en disant à cette jeune interne :

 

Peut-être ou sans doute que toutes ces femmes qui admirent ce médecin chef aimeraient s’autoriser à être comme lui. Et j’ai en quelque sorte conclu en disant que, sans aucun doute, d’ici quelques années, plusieurs de ces femmes médecins diront que travailler avec ce médecin chef a constitué ou aura constitué l’une des meilleures périodes de leur vie professionnelle mais aussi personnelle.

 

Mona Chollet, dans son livre, Réinventer l’Amour, parle de ces sujets autrement. Avec d’autres exemples. En citant Marlon Brando et Serge Gainsbourg, deux hommes, deux Personnalités et deux artistes, encore adulés. Des modèles pour bien des femmes et des hommes encore aujourd’hui.

 

Lorsque l’on lit l’ouvrage de Mona Chollet, on rit jaune en découvrant l’envers du décor conjugal de Marlon Brando et Serge Gainsbourg. Pareil pour Miles Davis, mon musicien préféré malgré ce que je savais déja de lui en tant que père plus qu’absent et déplorable.

 

Dans le livre de Mona Chollet, cela m’a fait rire de lire ce passage où Miles, jaloux et paranoïaque, persuadé qu’un rival amoureux se cachait  à la maison, s’est mis à dévaler les escaliers,  un couteau de cuisine à la main.

Je peux me permettre de rire, d’une part, parce que Cicely Tyson, je crois, sa compagne de l’époque, est toujours en vie. Mais, aussi, parce-que, plusieurs années après la mort de Miles (en 1991, la même année que Serge GainsbourgMona Chollet nous apprend dans son livre que Cicely Tyson affirme encore que Miles est « son homme ».

La grande chanteuse de Blues, Billie Holliday, finalement, ne chantait pas autre chose. Et Edith Piaf ?

 

 

Je peux rire jaune concernant Miles et son couteau de cuisine. Pourtant, concrètement, il y a à peine deux semaines, avec deux de mes collègues, nous avons transféré un homme, dans un service d’hospitalisation en psychiatrie, parce-que, Monsieur, après avoir pris de la cocaïne avec sa compagne, et chez elle, a commencé à être persuadé que quelqu’un se cachait dans l’appartement. Et que celle-ci lui mentait. Alors, Monsieur a violenté sa compagne, a confisqué ses deux téléphones portables. Il a fallu l’intervention de la police, appelée par des voisins, pour sortir la compagne de cet embarras. Lors du transfert, que nous avons effectué de nuit, après une nuit passée par ce patient dans notre service, ce Monsieur ne m’a pas semblé plus culpabilisé que cela concernant son comportement. Il ne m’a pas non plus donné l’impression de douter plus que cela de pouvoir renouer avec sa compagne. Laquelle, si elle avait confirmé les faits devant la police, avait refusé de porter plainte contre lui.

 

 

Cette ambivalence toute autant féminine que masculine vis à vis de l’Amour permet de s’apercevoir que le livre de Mona Chollet traite d’un sujet bien plus sérieux et difficile qu’il n’y paraît. Et Mona Chollet a fourni un gros travail de recherche. Son livre est facile et agréable à lire. J’ai aimé la façon, dont, par moments, elle entremêle, sans trop en rajouter, des bouts de ses expériences personnelles qui complètent son livre et en font un objet à cœur ouvert qui tranche avec ces livres pleins de dialectiques alambiquées et théoriques.

J’ai aussi aimé toutes ces références qu’elle nous donne en termes d’ouvrages ou de personnalités portées sur ce sujet des relations entre les femmes et les hommes. C’est en lisant ce livre que j’ai ainsi découvert Victoire Tuaillon dont j’ai emprunté le livre Les Couilles sur la Table que je n’ai pas encore lu. Préférant d’abord lire Retour de flammes ( les pompiers, des héros fatigués ?) de Romain Pudal dont le titre peut faire penser que j’ai eu besoin de me rassurer en me réfugiant dans un sujet « bien viril » alors que, finalement, je trouve que plusieurs caractéristiques des valeurs que l’on trouve chez les pompiers convergent  très bien avec ce que je vis- en partie- dans mon service actuel. Et, donc, avec le sujet du livre de Chollet.

 

Mona Chollet, dans ce livre-ci, parle aussi de l’image de la femme. Des contraintes vestimentaires que la femme peut s’infliger pour plaire. Dans cet article, j’ai inséré des photos- très courantes- de publicités montrant des femmes dénudées. Ces photos ont plu à mon regard tant d’un point de vue esthétique qu’érotique. Mais il m’a semblé que parler du livre de Mona Chollet en l’illustrant, aussi, avec ces photos, peut aussi permettre de se rappeler du monde dans lequel nous vivons comme de la façon dont, souvent, des jeunes femmes, nous sont présentées. Même si, par ailleurs, pour ma part, je sais très bien que je ne rencontrerai jamais, dans la vraie vie, des femmes aussi avantagées physiquement. Et même si cela arrivait, cela ne suffira pas forcément pour devenir intime avec elles ou “amis”.

On dira donc que je regarde ces photos pour “l’art”, car ce sont souvent de belles photos ainsi que pour le plaisir des yeux. Et qu’en lisant un ouvrage comme celui de Chollet, je m’aperçois un peu plus de ce que ces mêmes photos peuvent avoir de brutal et d’oppressant pour l’identité de certaines femmes. Et, évidemment, en tant que père d’une fille, je m’inquiète sans doute aussi un peu plus de la portée de ce genre de clichés photographiques, quasi-pornographiques, sur certains enfants mais aussi sur d’autres personnes plus âgées. 

A propos de la pornographie, on peut peut-être lire cet article que je découvre de plus en plus lu sur mon blog : Brigitte Lahaie en podcast . Un article que j’avais écrit au mois de Mai de l’année dernière.

 

Mais j’ai néanmoins bien parlé de l’ambivalence « autant féminine que masculine » vis à vis à de l’Amour.

Photo©️Franck.Unimon

L’ambivalence « autant féminine que masculine » vis à vis de l’Amour :

 

Certaines œuvres, comme certaines rencontres ou expériences, nous marquent encore plusieurs années plus tard.

 

Le film Mystic River de Clint Eastwood fait partie de ces œuvres et expériences pour moi. A la fin du film, nous savons que Sean Penn, a été persuadé que son ami d’enfance, interprété par l’acteur Tim Robbins, est celui qui avait assassiné sa fille.

Alors, Sean Penn, devenu, adulte, plus ou moins un caïd dans son quartier, a fait « avouer » à son ancien ami d’enfance que c’est bien lui qui avait assassiné sa fille ( la fille de Sean Penn). Une fois que l’ami d’enfance ( Tim Robbins), brutalisé et intimidé par Sean Penn et ses hommes, a « avoué », Sean ( qui porte bien-sûr un autre prénom dans le film) applique ce qu’il considère être la justice d’un père vengeant l’assassinat immonde de sa fille . Et il exécute son ami d’enfance. Car les « aveux » de celui-ci ont balayé ses derniers doutes.

 

Pourquoi Sean Penn croit-il plausible que son ami d’enfance ait pu assassiner sa fille ? Parce-que, plus jeunes, alors que Sean Penn, Tim Robbins et Kevin Beacon, jouaient ensemble dans leur quartier, le jeune Tim, perçu, en le regardant, comme le plus fragile psychologiquement du trio, avait été kidnappé par deux adultes se déplaçant en voiture. Puis violé.

 

Ce qui veut dire qu’un prédateur ne choisit pas n’importe quelle proie. Et qu’une fois que l’on a été la proie ou la victime de quelqu’un, qu’il peut rester en nous, la trace de ce passé qui peut être retrouvée- et utilisée- par quelqu’un d’autre. Si, entre-temps, on n’a pas appris à se défendre en cas d’agression ou à mieux reconnaître, et plus vite, de véritables agresseurs et prédateurs, lorsqu’il s’en présente.

 

On peut être un homme et avoir été, plus jeune, le souffre-douleur attitré de certaines personnes parce-que l’on a été identifié comme celui qui est « faible » ou qu’il est facile de malmener pour s’amuser. C’est ce que j’ai compris lorsque le combattant français Patrice Quarteron, né en 1979, dont je découvre le surnom « Le Rônin sombre », pratiquant du Muay Thaï, a pu dire dans une interview que, plus jeune, malgré ou à cause de sa grande taille, qu’il était souvent celui que l’on venait frapper. Quarteron allant, alors, jusqu’à ironiser en se remémorant ce passé en disant quelque chose comme :

 

« C’était drôle, c’était toujours Patrice Quarteron que l’on venait frapper…. ». On revenait « toujours » le frapper, comme on revenait souvent frapper à une même porte, parce qu’à cette époque, révolue, Quarteron était « connu » comme celui sur lequel on pouvait facilement venir se défouler. Pour faire passer le temps.

Comme on peut le faire pour certaines femmes sexuellement ou physiquement. Ou, sur certains enfants.

Dans Mystic River, face aux trois jeunes garçons dont les personnages sont joués, adultes, par Sean Penn, Tim Robbins et Kevin Beacon, les deux hommes prédateurs, âgés d’une quarantaine d’années, établissent que le « jeune » Sean Penn est un dur à cuire qui va leur donner du mal. Et que le « jeune » Kevin Beacon est trop malin. Cela semble se « voir » ou se deviner en regardant ces trois jeunes garçons qui doivent avoir alors 12 ans tout au plus.

Alors, les deux prédateurs se rabattent sur le « jeune » Tim Robbins. Le plus docile, le plus vulnérable et sans doute aussi le plus poli et le plus gentil. Celui qui est, ici, trop pétri de bonnes manières. Celui, qui, plus tard, sans doute aurait été un homme galant, attentionné etc est celui qui est sacrifié. 

Etant donné que les apparences peuvent être trompeuses, les deux prédateurs auraient pu tomber sur un jeune “Tim”, finalement bien plus combattif qu’ils ne l’avaient cru. Mais il se trouve que le jeune “Tim” s’est révélé être la victime “idéale” pour ces deux hommes. Peut-être du fait de leur déja grande “expérience” mais aussi de leur instinct de “chasseurs”. 

 

A la fin du film Mystic River, Sean Penn apprend qu’il s’est trompé sur son ancien ami d’enfance. Et que celui-ci n’était pas l’assassin de sa fille. Sean Penn a alors un moment d’effondrement face  à sa femme. Et, là, celle-ci, le « remonte » et lui dit, ou plutôt lui assène, qu’il a fait ce qu’il fallait faire ! Qu’il s’est comporté comme un chef de tribu doit le faire ! Nous avons donc, là, une mère, et une femme, qui considère qu’un homme, en tant que chef de famille, même s’il se trompe, doit être capable de s’imposer physiquement et de tuer pour protéger ou défendre sa famille. Nous sommes donc ici très loin du discours selon lequel il est attendu d’un homme qu’il soit aux petits soins avec sa femme et sa progéniture ; qu’il fasse des bons petits plats ; qu’il invite sa femme au restaurant, lui déclame des poèmes, change les couches des enfants, aille faire les courses et participe aux tâches ménagères comme aux devoirs scolaires des enfants etc….

 

Parce-que, même si un homme peut cumuler certaines aptitudes domestiques avec celles d’un Sean Penn dans Mystic River, il m’apparaît peu plausible qu’un même homme puisse et à la fois être l’équivalent d’un Sean Penn dans Mystic River mais, aussi, être un compagnon doux et attentionné selon  certains critères d’égalité officiels entre les femmes et les hommes, et qu’il soit recherché pour cela par la majorité des femmes.

Il me semble que tout en recherchant plus d’égalité avec les hommes, que bien des femmes vont préférer avoir un Sean Penn tel qu’il est dans Mystic River soit comme amant, soit pour mari et père de leurs enfants. Tandis que d’autres femmes ne pourront pas accepter de vivre avec un homme pareil car elles se sentiront incapables de “rivaliser” ou avec lui ou  ne pourront pas le “maitriser” ( le dominer)….

Je me rappelle qu’il y a plusieurs années, un ami guadeloupéen, né en Guadeloupe et y résidant toujours, m’avait dit qu’il était du genre romantique. Et qu’il s’était vite aperçu qu’il ne correspondait pas du tout au type d’homme recherché par les femmes du pays.

Il s’est ensuite marié avec une Polonaise avec laquelle il vit en Guadeloupe depuis des années avec leurs enfants.

 

Dans un podcast écouté récemment, dans l’émission Les pieds sur terre, une jeune femme raconte comment elle aime soumettre les hommes. Peu m’importe qu’elle soit adepte de relations BDSM dès l’instant où celles ci sont consenties entre adultes. Ce qui m’a dérangé, c’est que cette femme a ouvertement dit être attirée par des femmes plutôt que par des hommes. Et, je n’ai pu m’empêcher de voir de la perversion et une très grande satisfaction personnelle de sa part dans ce qui, pour moi, était le contraire absolu d’une relation. Même si les hommes qu’elle soumettait étaient et sont consentants. Car pour qu’il y ait Amour, il faut déjà qu’il y ait un minimum de relation entre deux personnes. Ce qui implique, à mon avis, une certaine égalité, à un moment donné. Si l’on parle d’une relation. Alors que dans le témoignage de cette jeune femme, assez contente d’elle, je ne voyais pas où était cette égalité et cette réciprocité. Cette jeune femme racontait simplement comment elle prenait son pied à humilier et à soumettre avec le consentement de « ses » hommes.

 

Enfin, dans un autre podcast, une femme raconte qu’à un moment de sa vie, elle avait besoin de faire l’Amour tous les jours. En changeant de partenaire régulièrement. Pourquoi pas ? Sauf que sa libido n’était pas au rendez-vous et elle s’est demandée comment elle pouvait y remédier. D’où son podcast dans lequel elle raconte comment elle s’y est prise pour accroître sa libido. Ce faisant, elle a entendu parler de la poudre de Maca qui, sur elle, a eu peu d’effets. Alors que, toujours dans ce podcast, elle interviewe une femme pour qui la poudre de Maca a eu l’effet aphrodisiaque recherché.

J’en profite pour dire que, depuis, je suis allé acheter de la poudre de Maca. Non pour gonfler ma libido. Mais parce-que je me sens fatigué en ce moment et que j’ai découvert, grace à ce podcast, que la poudre de Maca pouvait faire du bien lorsque l’on est fatigué. J’en suis à trois jours de prise quotidienne à raison d’une cuillère à café le matin et j’ai tendance à confirmer pour l’instant les propriétés requinquantes de la poudre de Maca. Et tant mieux, car ces 200 grammes de poudre de Maca m’ont quand même coûté près de 30 euros !  

 

Par contre, alors que j’écoutais ce podcast centré sur la recherche de moyens pour maintenir ou remettre une libido à flot, j’ai été étonné que la personne autrice de ce podcast oublie, selon moi, l’essentiel :

 

Le but est d’avoir une remontée de libido ? Alors, peut-être faut-il d’abord commencer par avoir une relation sincère avec quelqu’un et s’attacher à cette personne. Cela me semble aussi simple que cela. Et je crois – ou espère- que le livre de Mona Chollet va aussi dans ce sens-là. Même si, comme on s’en doute, le sujet de l’Amour peut durer une vie entière.

 

 

Franck Unimon, ce lundi 2 Mai 2022.

 

 

 

read more

Le petit fantôme bleu, Mona Chollet-Réinventer l’Amour

»Posted by on Mar 9, 2022 in Puissants Fonds/ Livres | 0 comments

Le petit fantôme bleu, Mona Chollet-Réinventer l’Amour

 Le petit fantôme bleu, Mona Chollet-Réinventer L’Amour

 

Cette nuit, j’ai retravaillé. Une de mes collègues m’a rendu la trilogie Pusher ( Pusher III : Journée de merde pour papa-poule ) de Nicholas Winding Refn que je lui avais prêtée. Trilogie qu’elle a bien aimé. Elle m’a même dit qu’elle s’attendait à « plus violent ». Qu’elle ne connaissait pas le cinéma danois.

 

Toujours disponible, avec son sourire, ma jeune collègue ne dit « rien » de plus au point que l’on peut croire que c’est à dessein. Car on peut percevoir comme elle est observatrice des autres. Se met-elle en colère ? C’est difficile à savoir.

 

C’est aussi cette nuit que, comme prévu ( Le couple de la Saint-Valentin/ La femme dans l’homme, ) elle m’a prêté son livre de Mona Chollet :

 

Réinventer l’Amour.

 

 

A la réflexion, et je le lui ai dit, j’ai trouvé ça assez « provocateur » qu’elle me prête ce livre dans un service aussi « testostéroné » que celui où nous travaillons. Elle a alors….souri et m’a répondu qu’elle me prêtait ce livre car je lui avais demandé ce qu’elle lisait en ce moment. Une réponse imparable.

 

Cette  nuit, entre 3 heures et 5 heures du matin, j’ai lu les cinquante premières pages de Réinventer l’Amour.  Avec d’autant plus d’intérêt que je savais que son contenu dénotait dans le service. Dans notre service, pour diverses raisons historiques mais aussi pour certaines nécessités concrètes, certaines valeurs et actions « viriles » ou dites « masculines » peuvent s’exprimer et prédominer. Mais aussi s’agripper à une certaine façon de penser. Moi, j’apparais sans aucun doute encore comme suspect selon certains de ces critères et pour certains collègues :

Je serais « trop gentil » ; « trop patient » ; « je discuterais trop » et manque, ou manquerais, vraisemblablement de « poigne ». Ou de réalisme. Tant physique que verbal.

Si j’ai d’abord dit à ma collègue que, dans le service, j’avais soigneusement dissimulé son livre sous des magazines plus virils consacrés à l’Aïkido et aux Arts Martiaux, je n’exclue plus de m’y montrer avec ce bouquin. Cela pourrait être drôle. 

 

Pourtant, alors que je lisais Réinventer l’Amour, je commençais à faire provision, aussi, de quelques réserves. Dont certaines se sont un peu confirmées chez moi.

 

Ce matin, en rentrant du travail, je rangeais mes affaires lorsque j’ai aperçu ma fille qui se cachait derrière la veste polaire bleue de ma compagne qui est aussi sa maman.

 

 Je l’ai vue pratiquement tout de suite. Je me suis dit que tant que ma fille continuerait de se cacher de cette façon lorsque je rentre, et à jouer à être découverte et recherchée, que ce serait bon signe. Mais aussi, peut-être, que tant que je remarquerais aussi vite en rentrant qu’elle se cache afin d’être vue.

 

Que je n’ai pas tout raté. Que je ne rate pas tout dans ma relation avec elle, au travers de l’éducation que je lui « donne » mais, aussi, lui impose.

 

Dans son livre, Réinventer L’Amour,  Mona Chollet cite deux exemples de couples « réussis » où l’Amour a tenu toute la vie.

 

Celui d’André Gorz et celui de Serge Rezvani dont je ne connais pas les œuvres.

 

Le sujet de Réinventer l’Amour porte sur L’Amour entre deux adultes consentants. Et non sur l’Amour filial.

 

Et, Mona Chollet, elle-même, relate sa joie à avoir réussi à garder une relation apaisée avec son ex-compagnon. Je peux l’envier. Je me suis déjà demandé comment faisaient les autres pour garder des relations apaisées avec leurs ex. A ce jour, je n’ai pas réussi.

 

Toutefois, je remarque qu’elle comme André Gorz et Serge Rezvani n’ont pas eu d’enfant.

 

Pas le moindre enfant. Par choix. Un choix que je peux comprendre. Si en tant que personne adulte, je considère le fait d’être père comme une expérience extraordinaire à vivre en tant qu’être humain, je comprends que d’autres puissent décider de s’abstenir de vivre cette expérience. Car pour extraordinaire que soit cette expérience, elle est aussi très personnelle.

 

Cependant, j’ai l’impression qu’il manque « quelque chose » dans Réinventer l’Amour, lorsque Chollet parle d’Amour dans le couple, alors qu’elle cite sa propre expérience et deux couples exemplaires en matière d’Amour. Sans aucun enfant à proximité de ces expériences de couple.

On peut raconter tout ce que l’on veut, de sensé, sur le couple et l’atteinte du couple par le patriarcat. Et de ce qu’il faudrait faire pour éviter la destruction de l’Amour dans le couple. Mais, pour l’instant, si je lis à la lettre son livre, je constate que pour  Chollet, les premiers couples dont l’histoire d’Amour a été aboutie qu’elle cite sont des couples sans enfants.

 

Même si je peux avoir des « choses » à corriger dans ma perception du couple et de la vie, le fait d’être parent change donc la donne dans la « durée d’action de l’Amour » au sein d’un couple.

 

Que l’on n’essaie pas de me convaincre qu’un couple avec enfant dispose exactement des mêmes atouts et de la même disponibilité pour l’autre, qu’un couple sans enfant.

 

Que l’on n’essaie pas.

 

 

Même si le fait d’avoir un enfant peut être un atout.

 

 

Je ne regrette pas, par exemple, malgré certains efforts, certaines difficultés et certains de mes doutes, d’être le père de ma fille. Même si je suis insatisfait assez régulièrement de « mes états de services » en tant que père. Même si je suis contrarié de constater mes  infirmités en tant que père et que je m’inquiète de leurs retombées sur ma fille. 

 

 

Pour ces quelques raisons, aussi, pour essayer de conjurer les éventuelles retombées de mes infirmités, je tenais, ce matin, à parler un peu de ce petit fantôme bleu qui m’attendait, ce matin, à la maison, en rentrant.

 

Petit fantôme bleu, qui, ensuite, m’a présenté/imposé le menu de son restaurant.

 

Comme je n’ai pas réagi tout de suite lorsqu’elle l’a déposé près de moi dans la salle de bain, alors que je récupérais mes affaires de piscine et d’apnée, ma fille a déplacé le dit menu et l’a rapproché de moi. J’ai compris qu’il fallait que je le voie. J’ai donc demandé à ma fille :

 

« C’est pour que je commande à manger ? ».

 

Près de moi, elle a alors acquiescé avec un sourire d’évidence.

 

On est adulte, contrarié, fatigué ou simplement concentré sur diverses pensées qui n’ont rien à voir avec notre enfant ou qui ont simplement à voir avec notre monde intérieur (penser à ranger telles affaires pour se préparer à notre nuit de travail suivante, penser à écrire tel article, ou telles idées d’articles, faire quelques étirements pour le dos car on a fait du vélo en rentrant du travail…).

 

Et votre enfant est là, immédiatement devant vous. Tel un génie dont vous avez rendu l’existence concrète. Car vous avez œuvré pour cela. Personne a priori ne vous a forcé à le faire venir. Et, désormais, pour quelques années, ce génie apparaît souvent. Vous regarde et vous écoute, sans que vous vous y attendiez toujours.

 

 

Et ce génie vous sollicite. Que votre enfant vous gratifie ou vous contrarie, votre enfant est un génie. Vous n’êtes peut-être pas – toujours-  au courant. Car ce génie s’exprime parfois ou souvent sans répit en dehors des heures ouvrables de votre tolérance et de…de votre imagination. Peu importe ce qui s’est passé la veille ou ce que vous venez de vivre. Vous avez travaillé douze heures, dehors en rentrant à vélo, il faisait 7 degrés. Tout cela n’existe pas, ne compte pas, pour lui. Il n’est pas au courant. Lui, il sait qu’il ne vous a pas vu depuis la veille, plus de 12 heures auparavant. Pour lui, c’est tout ce qui compte. Et, ça y ‘est, vous êtes là devant lui, en chair et en os. C’est le moment où jamais. Vous êtes donc disponible. Et cherche donc à renouer avec vous. Pour lui, c’est la normalité. L’anormalité pour lui, c’est d’avoir été séparé de vous. Entre adultes, il existe  parfois ce rituel préliminaire, ou, avant de vous solliciter, ce qui est de toute son intention prioritaire, l’autre vous demande :

 

« ça va ? Tu as passé une bonne journée ? ». Alors qu’en fait, l’autre n’attend qu’une chose. Vous solliciter ou vous parler d’un sujet précis qui, pour elle ou pour lui, nécessite votre pleine et immédiate attention et adhésion. L’enfant, lui, s’il va bien et se trouve dans un environnement familial où il se sent en confiance, s’épargne- et vous épargne- ce genre de salamalecs et de faux-semblant. Plus tard, peut-être, il apprendra à le faire.

 

 

Quoi de plus facile à comprendre. Pourtant, ça, vous qui êtes évolué, adulte, intégré, réfléchi, vous ne le comprenez pas tout le temps. Vous, pas forcément malheureux de votre nuit de travail, pas nécessairement rejetant, vous avez néanmoins besoin d’un certain sas entre le monde dont vous venez ; le monde, les humeurs, les diverses transhumances que vous portez en vous et dans lesquelles vous vagabondez encore. Et l’immédiateté de la demande spontanée de votre enfant que vous ne prévoyez pas. Que, malgré votre « expérience » de lui, une fois de plus, vous n’avez pas vu venir. Pour lui, ce sas dont vous avez peut-être besoin, est une abstraction ou une absurdité d’adulte.

 

Il (votre enfant, bien-sûr, nous ne parlons pas de celui des autres)  semble régulièrement croire que vous avez l’aptitude de lire l’avenir. Mais aussi à lire dans ses pensées.  Cette demande et cette croyance renouvelées sont à la fois bon signe. Et résultent aussi du fait et de l’évidence que vous faites partie de l’Histoire de votre enfant. Mais aussi que  votre enfant fait partie de la vôtre.  Et que c’est comme ça. Un cercle qui semble alors infini. Et cette Histoire, ce cercle en mouvement, durant quelques heures, vous vous en êtes extrait, vous l’avez en partie oublié. Alors que votre enfant, loyal, et toujours magnétisé par le cercle de cette Histoire, s’en souvient. Il vous en rappelle à la fois le conte, l’existence mais aussi la naissance. Votre naissance.

 

Donc, penser ou croire qu’un couple sans enfant et un couple avec enfant – qui a pourtant conçu cet enfant par amour- ont les mêmes aptitudes, ou les mêmes volontés, pour réinventer l’Amour est une erreur. Mais comme je n’en suis qu’aux cinquante premières pages du livre de Mona Chollet, il est trop tôt pour que j’affirme qu’elle laisse sous entendre ça.  Cet article aura bien-sûr une suite.

 

Franck Unimon, ce mercredi 9 mars 2022.

 

 

 

 

 

 

read more

Panser les attentats- un livre de Marianne Kédia

»Posted by on Jan 9, 2022 in Corona Circus, Puissants Fonds/ Livres | 0 comments

Panser les attentats- un livre de Marianne Kédia

 Panser les attentats –un livre de Marianne Kédia

 

(Pour ne pas céder à la peur)

 

Détermination et bienveillance

 

 

La couverture découvre deux mains l’une dans l’autre. C’est un geste simple. On pourrait se dire qu’il concerne un adulte et un enfant. Mais il s’adresse à tous. Les derniers mots du livre de la psychologue et psychothérapeute Marianne Kédia sont « détermination et bienveillance ».

 

Une détermination et une bienveillance dont elle entoure son livre et celles et ceux qui le touchent.  Un livre paru en 2016. 2016, cela paraît loin maintenant. Il y a quelques jours encore, nous fêtions Noël 2021. Puis a suivi la nouvelle année, 2022.

L’année 2016, c’est loin alors que la pandémie du Covid reflue lors de l’hiver. Avec le variant Omicron, ses plus de trente mutations- contre moins de dix pour le variant Delta encore présent du Covid. Alors que plus de cent mille personnes attrapent le Covid tous les jours, que le gouvernement, après le passe sanitaire, aspire désormais à imposer le passe vaccinal et sans doute la vaccination anti-Covid pour les enfants de moins de 11 ans.

 

La mort kilométrique

 

 

En 2016, nous étions « ailleurs ». L’assassinat par un terroriste de l’enseignant Samuel Paty, a eu lieu le 16 d’octobre 2020. Mais, déjà,  en 2020, les attentats terroristes nous semblaient plus loin qu’ en 2016. Peut-être aussi parce-que, comme l’explique également Marianne Kédia dans son livre, avec le principe de la « mort kilométrique », notre perception de l’assassinat de Samuel Paty a t’elle été influencée par notre distance avec l’événement :

 

Plus la mort est donnée loin de nous, moins elle nous terrorise. Conflans Ste Honorine, où Samuel Paty a été assassiné, c’est une ville de banlieue distante de vingt kilomètres de Paris. Conflans Ste Honorine est une ville de banlieue parisienne moins connue que d’autres.

 

Bien que située dans les Yvelines, la ville de Conflans Ste Honorine est moins connue que Versailles ou St Germain en Laye, lesquelles, déjà, font sans doute plus partie de l’histoire- ancienne- ou du Patrimoine de France. Même si, ces derniers temps, au travers de la candidate aux élections Présidentielles de 2022, Valérie Pécresse, on entend peut-être un petit peu plus parler de ces deux villes des Yvelines :

 

Saint Germain en Laye et Versailles.

 

Pour ma part, je connais la ville de Conflans Ste Honorine au moins pour y avoir travaillé. Mais aussi pour y avoir vu le guitariste John McLaughlin en concert. Et, une de mes ex y vit sans doute encore. Donc, pour moi, la ville de Conflans Ste Honorine est bien plus qu’un simple nom sur une carte. Je sais également comment m’y rendre. D’ailleurs, j’y suis passé avant hier en train. Mais je fais ici partie d’une minorité même si cette minorité se compte en milliers de personnes.

 

Alors que les attentats du 13 novembre 2015- dont le procès se déroule encore pendant quelques mois, à Paris- avaient eu lieu en plein Paris. Ou à Saint-Denis.

Contrairement à  la ville de Conflans Ste Honorine ou de Magnanville (ville située dans l’agglomération de Mantes la Jolie, à 60 kilomètres de Paris, ou en juin 2016, un policier et sa compagne s’étaient faits  assassiner par un terroriste islamiste) Saint Denis, déjà, est une ville de banlieue proche de Paris.

 

Le 13 novembre 2015, les attentats avaient débuté dans un endroit où peuvent se retrouver beaucoup de personnes de tous les environs dont Paris : Au Stade de France qui peut accueillir un peu plus de 80 000 personnes et où se déroulent des événements sportifs de masse. Le Stade de France reçoit des événements sportifs qui bénéficient d’un retentissement médiatique mondial. C’est donc un lieu sans doute plus connu dans le monde que Conflans Ste Honorine ou Magnanville.

 

Puis, après le Stade de France, le 13 novembre 2015, les attentats avaient essaimé en plein Paris. Je me rappelle encore où j’étais cette nuit-là : au travail, dans le 18 ème arrondissement de Paris. J’avais appris la « nouvelle » des attentats par ma collègue de nuit, qui, elle-même, l’avait appris par son compagnon. Autrement, de notre côté, tout était calme. Tant dans le service que dans le quartier.

Le lendemain matin, vers 7 heures du matin, j’était rentré chez moi. On rentre chez soi différemment lorsque l’on sait que durant la nuit ont eu lieu des attentats dans la ville où l’on se trouve.

Photo prise ce 22 décembre 2021 au Spot 13, à Paris.

En 2016, quand paraît ce livre de Marianne Kédia, notre attention, tant géographiquement, psychologiquement que chronologiquement, est davantage happée par les attentats- rapprochés–  comparativement à aujourd’hui, en 2022.

Rappelons aussi qu’à Nice, le 14 juillet 2016, un attentat terroriste effectué ” au camion-bélier” sur la promenade des Anglais- donc pendant les réjouissances nationales du 14 juillet- avait fait 86 morts et plus de 400 blessés.

 

Détermination et bienveillance

 

 

En 2016, ces attentats semblaient partis pour muter sans s’arrêter. C’est dans ce contexte que Marianne Kédia a écrit ce livre, Panser les attentats.  En psychologue et psychothérapeute dont les armes sont faites de….détermination et de bienveillance. Il faut bien se rappeler que les deux termes- détermination et bienveillance– sont ici rassemblés et clôturent le livre. C’est qu’ils prononcent l’intention principale de l’ouvrage. Une personne terroriste, peu importe son idéologie, islamiste ou autre, est également déterminée. Mais elle est rarement ou exceptionnellement bienveillante pour autrui lorsqu’elle passe à l’action.

 

Selon le dernier ouvrage de Hugo Micheron, Le Jihadisme Français : Quartier, Syrie, Prisons paru en 2020 (cité comme l’ouvrage actuel de référence sur le sujet par Charlie Hebdo dans son numéro de cette semaine), la stratégie des jihadistes serait désormais de privilégier davantage l’infiltration dans la société française par le biais de l’action sociale, politique et culturelle surnommée le « soft power ».  Par ailleurs, d’autres attentats auraient été désamorcés à temps par les services dont c’est la fonction.

 

Mais cela ne nous préserve pas pour autant définitivement d’autres attentats. Notre monde continue de se transformer. Et, ce qui se déroule par exemple en Afghanistan avec les Talibans qui ont repris le Pouvoir, ou ailleurs, peut avoir pour conséquence la réalisation d’autres attentats.

 

Les atouts et attraits de cette lecture

 

La prévention

 

Souvent, nous attendons que certains événements nous heurtent. Comme s’ils étaient à jamais improbables ou disparus pour toujours. Comme si nous devions constamment ou régulièrement découvrir ou redécouvrir que certaines violences et certaines catastrophes subsistent et existent. Alors que nous avons la possibilité mais aussi la capacité, en nous informant mais aussi en nous formant, de le savoir voire de nous y préparer.

 

Aujourd’hui, en 2022, on peut aussi lire cet ouvrage à titre préventif pour diverses situations – extrêmes- de notre vie courante. La prévention est une précaution dont on fait trop souvent l’économie. Je pars du principe qu’il y a de fausses économies :

 

A être trop sûrs de soi, certaines fois, on néglige certains domaines. Et, ensuite, il arrive de se retrouver dans l’embarras, du genre en panne sèche sur l’autoroute à cinquante kilomètres de la première station d’essence, ou en état de panique face à une situation réellement inquiétante qui, pourtant, s’était déjà produite. Dans certains pays tels le Japon, sujet aux tremblements de terre, la population est éduquée ou entraînée de façon à savoir comment réagir lorsque la terre tremble.  

 

Marianne Kédia le rappelle bien : le terrorisme a pour but de détruire la cohésion sociale.

Vu comme ça, la « cohésion sociale », peut faire penser à une chose abstraite, floue et générale, donc très distante de soi. La « cohésion sociale », on peut penser que c’est les autres à vingt ou trente kilomètres de soi. Ou que cela concerne l’assistante sociale. Même si c’est vrai, ce qui va se passer à vingt ou trente kilomètres de soi- ou plus proche de soi- aura des effets, d’une façon ou d’une autre, sur nous.

 

Si le but du terrorisme, c’est de détruire la cohésion sociale, ce qui nous tue, aussi, d’abord, tous les jours, c’est d’être de plus en plus, chacun dans son camp, étrangers les uns aux autres. Cela a ses avantages : une certaine liberté hors du jugement des autres. Sauf que si nous sommes étrangers les uns ou autres, il arrive aussi que nous soyons aussi des étrangers pour nous-mêmes.

Dans la vie sociale, nous sommes souvent plus superposés ou amenés à occuper un espace et un moment qu’ensemble. Donc, déjà, nous sommes plus ou moins quelque peu extérieurs à une certaine cohésion sociale :

 

Si une personne dans les transports en commun, ou ailleurs, se fait agresser devant plusieurs témoins qui restent passifs. Alors que ces témoins sont numériquement plus nombreux que le ou les agresseurs, c’est aussi parce-que cette personne qui se fait agresser devant eux leur est « inconnue ». Distante et inconnue. Etrangère. Le destin de cette victime leur semble d’abord n’avoir aucun rapport avec leur propre destin ou ne serait-ce qu’avec leur réputation.

 

 

Cependant, je ne passe pas mes jours et mes nuits à guetter l’attentat qui rôde. Je continue de préférer d’autres occupations que celles de « chasseur » ou de « pisteur » d’attentats. Et puis, je n’ai pas de compétences ou de dons pour détecter les attentats.

 

Par contre, j’ai trouvé dans les propos de Marianne Kédia des réponses qui peuvent s’appliquer, aussi, à bien d’autres situations que des attentats.

 

Trop souvent, la tendance est à cloisonner les disciplines comme les expériences. Alors que ce que l’on apprend dans une discipline ou dans une expérience peut se transposer dans d’autres domaines. C’est pour cela que j’ai lu l’ouvrage de Kédia autant en tant que personne qu’en tant que soignant.

Par exemple, lors de la nuit des attentats du 13 novembre 2015, après avoir appris par son compagnon que des attentats avaient lieu en plein Paris, où notre service d’hospitalisation pédopsychiatrique pour adolescents se trouve , ma collègue de nuit m’avait alors dit :

 

« J’ai envie d’allumer la télé pour regarder les infos…. »

 

Ma réaction avait été instinctive :

 

« Tu peux. Mais sans moi ! ».

 

Avant même d’allumer la télé, je savais ce sur quoi nous allions tomber. Regarder la télé, à ce moment-là, c’était se faire gaver comme des oies, en continu, avec des informations anxiogènes. Je ne voyais pas en quoi cela allait ou pouvait m’apporter quoique ce soit de bénéfique. Cette certitude me venait sans aucun doute de mes souvenirs de ces heures passées, chez mes parents, à rester cramponné, pendant des heures, à des programmes télé de plus en plus débiles à mesure que je les regardais. Je m’apercevais que je m’avançais de plus en plus sur l’autoroute du néant de la pensée. Pourtant, je restais fixé, crucifié, devant l’écran.

 

Mes souvenirs des spots d’informations répétitifs de la radio France Info, écoutés à une époque où j’ambitionnais ainsi de m’informer et me cultiver, sont sans doute aussi remontés la nuit du 13 novembre 2015. Lorsque j’ai répondu à ma collègue et amie.

 

A la fin de son livre, Marianne Kédia, donne entre-autres, comme recommandation, de limiter notre exposition à la télé en période d’attentats précisément pour éviter de connaître une anxiété galopante qui pourrait franchir toutes les frontières. A la place, elle préconise, à juste titre, de s’informer en lisant des journaux voire, en écoutant la radio (en évitant les radios qui répètent les mêmes flashes en continu).  Car la surinformation fait des dégâts comme le surarmement.  Marianne Kédia fait ainsi cette analyse :

 

Le plus souvent, lorsque des informations nous sont « données »à chaud par rapport à un événement catastrophique ou choquant, ces informations, masquent leur vide par leur répétition industrielle. Elles nous injectent principalement du bruit sonore, des suppositions, de l’agitation et du parasitage qui mettent et maintiennent en alerte. Alors que cet état d’hyper-vigilance, de peur et d’alerte maximale n’a aucune utilité pour la majorité des personnes qui écoutent ou regardent ces informations. 

 

Marianne Kédia considère que les média, lorsqu’ils se comportent de cette manière, agissent comme un « cerveau traumatisé » qui répète en boucle la même information. Je me dis ce soir qu’à comparer alors certains média à un  « cerveau traumatisé » que Kédia est encore trop indulgente. Et qu’elle pense encore en soignante bienveillante et optimiste qui peut aider à guérir.

 

Je suis peut-être moins bienveillant ou moins optimiste qu’elle car, moi, devant cette banalisation et cette hyperproduction de bruit sonore, de suppositions, d’agitation et de parasitage, je vois surtout ce avec quoi notre civilisation et notre société nous  éduque, nous nourrit et nous dirige régulièrement. Et, il faut des événements plus marquants que d’autres, tel un attentat, une pandémie ou les fêtes de Noël avec toute sa mise en scène avec les illuminations, les promotions et les réclames où, d’un seul coup, on se doit d’être joyeux coûte que coûte pour s’apercevoir de certains aspects disproportionnés et pathologiques de notre mode de vie.

 

Pedigree, pédagogie

 

Je n’avais jamais entendu parler de Marianne Kédia avant ma lecture récente de Ricochets-Un livre de Camille Emmanuelle qui la cite, entre autres. Dans son livre, Camille Emmanuelle cite aussi Patrick Pelloux, lequel avait également écrit sur son deuil après les attentats de Charlie Hebdo ( voir L’instinct de vie ). 

 

 

Marianne Kédia, spécialisée dans le traitement des psycho-traumas (ou PTSD dans son appellation anglaise) a également écrit Dissociation et mémoire traumatique et participé à la rédaction de L’aide-mémoire psycho-traumatique.

 

Par ailleurs, elle cite entre autres Bessel A. Van Del Kolk qu’elle présente comme l’un des plus grands spécialistes actuels du syndrome post-traumatique. Lequel a écrit l’ouvrage Le corps n’oublie rien.

 

Diplômée en 2003, Marianne Kédia compte déjà une certaine expérience clinique dans plusieurs univers. Dans le monde de l’entreprise, dans l’Humanitaire, dans des associations et à l’hôpital.

 

J’ai été marqué par son engagement dans son travail. Je me demande comment on peut maintenir un tel engagement, sur la durée, comme elle le fait, là où elle le fait. Son métier est autrement plus éprouvant que d’autres. Pour moi, le métier de soignant consiste à « manger de la violence et de la souffrance ».

 

Son très grand engagement vient-il de son « jeune » âge ou d’une passion comme elle le dit ?

 

Quoiqu’il en soit, dans une période de grande violence et de grande souffrance, les personnes qui savent nous divertir, nous faire rêver mais aussi celles qui visent à nous rassurer et nous soigner jouent un rôle prépondérant dans une société. On l’oublie souvent- même des soignants l’oublient- mais un soignant joue également un rôle fondateur, pacificateur, égalitaire, démocratique et stabilisateur dans une société. Soit l’opposé du terrorisme qu’il soit religieux, intellectuel, économique ou politique.  Ou de l’inquisition.

 

L’ouvrage, Panser les attentats (sans doute aussi un jeu de mot avec le verbe « penser ») de Marianne Kédia est paré de ces vertus fondatrices, pacificatrices, égalitaires, démocratiques et stabilisatrices.

 

Son livre se parcourt plutôt facilement. Il est très pédagogique. L’humour le ponctue dans certains passages. La fin me donne un peu l’impression d’avoir été écrite plus rapidement que les trois premiers quarts. Je trouve aussi qu’elle insiste beaucoup pour orienter vers son corps de métier, en cas de besoin, les psychologues.  Mais elle connaît son sujet. Son livre est à avoir, à lire et  à appliquer. Avec détermination.

 

Franck Unimon, ce dimanche 9 janvier 2022.

 

 

read more