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Game of Thrones saison 8

L’actrice Emilia Clarke ( Daenerys) face Ă  l’acteur Kit Harrington ( Jon Snow). Photo issue du site allocinĂ©.

 

 

 

Plusieurs mois sont passĂ©s depuis la fin ( en avril de cette annĂ©e) de la sĂ©rie Game of Thrones. Je l’ai regardĂ©e il y a deux ou trois jours. C’était volontaire : je prĂ©fère voir les sĂ©ries lorsque je dispose de l’intĂ©gralitĂ© des Ă©pisodes. Au calme.

 

Bien-sĂ»r, pendant quelques jours et quelques semaines, lorsque la  dernière saison (la saison 8) « passait Â»,  il avait fallu parfois ĂŞtre sourd pour Ă©viter d’entendre le dĂ©nouement de la sĂ©rie. Mais, lĂ , tout Ă©tait calme lorsque j’ai regardĂ© cette dernière sĂ©rie.  Pas de Marcheur blanc Ă  l’horizon. J’étais curieux et nĂ©anmoins un peu  « inquiet Â» :

 

J’avais entendu parler de certains avis de spectateurs déçus par la fin. Comme de cette pĂ©tition «  d’un millier de personnes Â» dans le but d’obtenir que la fin soit rĂ©Ă©crite. Ces personnes se sont peut-ĂŞtre, depuis, transformĂ©es en Marcheurs Blancs, et mises en tĂŞte de partir Ă  la recherche des scĂ©naristes de la sĂ©rie. A moins qu’ils soient en train de mijoter un nouveau scĂ©nario pour un futur projet cinĂ©matographique. Car j’avais aussi entendu dire que la rĂ©solution de la bataille avec les Marcheurs blancs Ă©tait grossière. Il faut que je fasse attention Ă  ces admirateurs. Certains d’entre eux font peut-ĂŞtre partie de mes collègues. On ne sait jamais ce qu’ils peuvent devenir sous l’influence d’une sĂ©rie. 

 

 Je m’attendais aussi Ă  des Ă©pisodes bâclĂ©s ou Ă  des Ă©pisodes inĂ©gaux entre eux.

 

Les deux premiers Ă©pisodes de la saison 8 (qui en compte 6) m’ont un peu frustrĂ© pour le manque d’action. MĂŞme si j’ai compris la nĂ©cessitĂ© de bien resituer le contexte des personnages et de leurs relations entre eux. Ensuite, dès le troisième Ă©pisode, la sĂ©rie s’envole et tient son niveau. Pour moi, il n y a pas d’épisode bâclĂ© ou inĂ©gal. Et j’accepte totalement la fin de la sĂ©rie telle qu’elle est. J’attribue la dĂ©sillusion de certains au fait qu’avec la fin de la sĂ©rie le spectacle est terminĂ© qu’il y a l’obligation de retourner Ă  sa vie ordinaire, après avoir assistĂ© Ă  la dĂ©faite des hĂ©ros ou des  favoris.  C’est la pĂ©riode gueule de bois, eau plate, lĂ©gumes bouillis et sans sel et Ă©ventuellement mĂ©dicament qui dĂ©branche la perceuse qui nous fait mal dans notre tĂŞte.

 

 

Dans Game of Thrones, bien des personnages charismatiques, sympathiques ou antipathiques, meurent. Les traitres.  Mais en contrepartie, tous, pratiquement, perdent quelque chose dans ce monde sans sĂ©curitĂ© sociale et sans carte vitale. Et aussi sans ces dĂ©dales administratifs voraces qui nous font du mal.

On ne voit pas beaucoup d’argent dans Game of Thrones mĂŞme si on en parle et qu’il a son importance. Cependant, on paie principalement au prix fort avec sa chair, ses frayeurs et son sang le droit Ă  sa prĂ©sence sur terre. Soit un membre, soit un ou plusieurs membres de sa famille de ses proches.  Soit avec sa propre vie. Et on paie comptant. Aucune possibilitĂ© d’échelonner en plusieurs versements sans frais.

 

Jon Snow, par prudence, sagesse, transparence ou par manque d’ambition a peut-être cru qu’il pourrait un peu échapper à toutes ces embrouilles. Il a bien perdu des proches plus tôt dans la série mais il fait partie des personnages équilibristes qui savent se sortir du néant. C’est même un des seuls à resurgir de la mort avec un autre personnage qui va donner sa vie pour Arya.

 

Cela a peut-être fini par le convaincre – et nous convaincre- qu’il aurait toujours le soulier adéquat, le coup de tatane approprié et le dernier mot face à une mauvaise vanne. La fin nous apprend le contraire. Sur la fin, on peut voir le charismatique Jon Snow, dépassé et sans voix, qui se fait marcher sur les pieds, et qui essaie de se convaincre que tout va encore à peu près bien. Et que tout peut encore se raccommoder entre sa dulcinée et celles et ceux qu’elle promet de calciner s’ils refusent de s’agenouiller devant elle. Il essaie de parler fort mais il boit la tasse. Puis il transperce la tasse.

 

Jon Snow, le « bâtard Â» et le ressuscitĂ©, reste en dehors des dernières dĂ©cisions. Les plus dĂ©terminantes. MalgrĂ© sa bravoure, sa droiture ou son mĂ©rite et son endurance, sa vie, lorsqu’il y retourne du fait de la volontĂ© de la sorcière rouge, est peut-ĂŞtre, finalement, un rĂŞve dont il n’a pas Ă©tĂ© informĂ©. Ce qui pourrait expliquer son impuissance finale devant son Amour Daenerys et le fait qu’il soit supplantĂ© par la luciditĂ© politique et empoisonnĂ©e de Sancha. La dĂ©licate Sancha Stark que l’on a connue si Ă©cervelĂ©e et que l’on voit aussi si paniquĂ©e lorsqu’il s’agit de se battre avec une Ă©pĂ©e.

 

Ou, alors, plus prude que la sĂ©rie a pu le laisser supposer, Jon Snow paie peut-ĂŞtre pour l’amour interdit- et cachĂ©- de sa mère. Et son Amour d’abord aveugle pour Daenerys lui est ensuite retirĂ©.  C’est une Ă©preuve, parmi toutes celles qu’il a rencontrĂ©es, qu’il lui est impossible de surmonter. Comme il lui est impossible de retourner dans le passĂ©. A l’approche du trĂ´ne et  pour dĂ©faire Cersei, Daenerys et lui se montrent, dans leur nuditĂ© la plus absolue, avec leurs limites et leurs limbes respectifs. Ce faisant, ils se dĂ©font l’un de l’autre. Le rĂŞve construit entre eux avait l’apparence de la soliditĂ© mais il Ă©tait fragile car il reposait aussi sur l’ignorance et un mensonge. Face Ă  la vĂ©ritĂ©, Daenerys et Jon Snow adoptent une attitude diffĂ©rente.

L’actrice Lena Headley ( Cersei).

 

Cersei la terrible, surpuissant antagoniste, mais aussi plus âgĂ©e et plus expĂ©rimentĂ©e,  les oblige aussi vĂ©ritablement, pour la première fois, Ă  s’opposer l’un Ă  l’autre, les deux jeunes amoureux. Si tout couple a ses crises de nerfs, celles  du couple formĂ© par  Daenerys et Jon Snow a des caractĂ©ristiques hors normes dont les rĂ©percussions sont Ă©normes pour le Monde de Game of Thrones. Ce sont deux personnages aussi forts que des bombes nuclĂ©aires. Et leurs conflits, en cas de dĂ©saccord quant au mode d’éducation, seraient sans doute pire s’ils avaient des enfants.

 

Avec son entourage, Cersei a moins ce problème : elle « gère Â», ne partage pas le Pouvoir et sait faire le vide autour d’elle. Comme elle avait su le dĂ©montrer au pourtant très rusĂ©  Littlefinger :

 

« Power is Power Â».  

 

Son Amour et frère, Jaime Lannister, ne lui conteste pas le Pouvoir politique ni le Pouvoir parental. En outre, Jaime Lannister a les moyens de se satisfaire de son statut de « plus bĂŞte Â» des Lannister. Cela le dispense d’être le Roi. Jaime Lannister n’a qu’à suivre ou s’enfuir. Et, Ă©ventuellement, revenir. Il est peut-ĂŞtre le seul Ă  qui Cersei peut tout pardonner.

 

Cersei a ceci d’extraordinaire qu’on la déteste mais qu’elle est néanmoins indispensable à la série mais aussi à la survie de l’Amour au moins entre Daenerys et Jon Snow.

Du moins tant que Cersei représente une réelle menace.

 

En détruisant une bonne partie de Port-Réal, Daenerys libère sans doute les peurs et la haine qu’elle avait accumulée pendant des années. Mais elle matérialise peut-être aussi l’effondrement de son histoire d’Amour avec Jon Snow qui lui échappe, à elle, la femme aux dragons qui a dû faire avec la mort récente de deux de ses plus proches alliés et conseillers ( Ser Jorah et Missandei).

MĂŞme en perdant, Cersei est l’inconscient qui gagne la bataille : elle s’écroule sous les dĂ©combres (l’attaque de Port-RĂ©al par Daenerys sur son Dragon fait bien penser Ă  la bombe atomique sur Hiroshima) mais dans les bras de son Amour retrouvĂ© qui, malgrĂ© ses blessures, a traversĂ© tous les obstacles et renoncĂ© Ă  une vie honorable pour elle.  

Tandis que Jon Snow, lui, doit  non seulement se couper de Daenerys, tant au niveau amoureux qu’au niveau ombilical, mais il doit en plus accepter que sa dĂ©pouille lui soit enlevĂ©e par le dernier des dragons, « enfant Â» de Daenerys qu’ils n’ont pas eus ensemble. A sa place, on a de quoi avoir le sentiment d’avoir passĂ© une très mauvaise journĂ©e au bureau.

 

Pour ces raisons, voir Jon Snow tel qu’il est Ă  la fin de la sĂ©rie me paraĂ®t vraisemblable. OĂą qu’il aille après la mort de Daenerys, son souvenir l’occupera. Et s’il y a bien un endroit oĂą il peut, peut-ĂŞtre, trouver un peu d’apaisement, c’est dans la garde de nuit. LĂ  oĂą il aurait dĂ» rester et mourir mais oĂą on l’a obligĂ© Ă  revenir parmi les vivants. Toute personne humaine normalement constituĂ©e, Ă  sa place, deviendrait folle, dĂ©pressive, alcoolique, les trois en mĂŞme temps ou se ferait moine. Jon Snow, lui, reste plantĂ© sur son cheval et bien obĂ©issant. MĂŞme s’il se demande si ce qui lui arrive est « juste Â», il l’accepte, cul sec. Ygritte, Son ancien amour de sauvageonne, morte plus tĂ´t dans la sĂ©rie lĂ  oĂą il est condamnĂ© Ă  finir sa vie, lui susurre peut-ĂŞtre «  Tu ne sais rien du tout, Jon Snow ! Â».

 

Je repense dans le dĂ©sordre Ă  mes personnages « prĂ©fĂ©rĂ©s Â» de cette sĂ©rie :

 

Petyr «  Littlefinger Â» Baelish, Khal Drogo, Joffrey Baratheon, Cersei Lannister, MĂ©lisandre, Sandor Clegane, Tyrion Lannister, Brienne de Torth, Viserys Targaryen, Arya Stark, Cersei Lannister, Daenerys Targaryen ( sur la fin, elle m’agaçait de plus en plus), Jorah Mormont, Ygritte,  Theon Greyjoy, Robb Stark, Ned Stark, Stannis Baratheon, Jaime Lannister, Ramsey Bolton (mais  cela a Ă©tĂ© long avant qu’il « paie Â» pour ses crimes) , Ygritte, Jaqen H’ghar, Shae, Le Grand Moineau ( mĂŞme s’il m’a beaucoup exaspĂ©rĂ©), Euron Greyjoy ( un personnage peu supportable qui aurait peut-ĂŞtre dĂ» apparaĂ®tre plus tĂ´t dans la sĂ©rie), Margeary Tyrell, Daario Naharis, Missandei, Sansa Stark ( qui a pu m’exaspĂ©rer de manière presque paranormale mais pas dans la dernière saison), Gregor Clegane, Jon Snow, et, bien-sĂ»r…les sauvageons et les Marcheurs Blancs.

Le “chef” des Marcheurs Blancs. Photo issue du site allocinĂ©.

 

Game of Thrones a offert un taux de « reconversion Â» plutĂ´t Ă©levĂ© dans d’autres projets cinĂ©matographiques Ă  plusieurs de ses actrices et acteurs. Ce sera instructif de voir comment les uns et les autres vont « survivre Â» Ă  Game of Thrones et dans quels univers. Bronn a Ă©tĂ© vu dans le John Wick 3. Jon Snow a depuis tournĂ© dans le dernier film de Xavier Dolan (Ma vie avec John F. Donovan). Sansa Stark a incarnĂ© PhĂ©nix dans le dernier X-Men. Danaerys est dans une comĂ©die dramatique de NoĂ«l mais a aussi pu ĂŞtre vue dans un Star Wars et un Terminator. Tyrion Lannister a jouĂ© au moins dans un X-Men et dans un Avengers.

 

On peut aussi s’attendre à ce que des enfants soient appelés Daenerys, Arya, Sansa, Jon, Cersei, Khal, Missandei, Tyrion ou par d’autres prénoms portés par certains des personnages de la série.

 

L’acteur Peter Dinklage ( Tyrion Lannister). Photo issue du site allocinĂ©.

 

Furie mĂ©diĂ©vale capable d’humour en mĂŞme temps que guerres des Ă©toiles, histoire de morts vivants, de voyance, de vengeances familiales, d’excès, d’incestes, d’obsession d’ascension sociale et de super-hĂ©ros (Brandon Stark, dans son fauteuil roulant, fait bien penser au Professeur Xavier des X-Men) Game of Thrones est une Ă©popĂ©e fantastique qui nous a pris car, comme le dit Tyrion Lannister, ce qui relie les ĂŞtres humains entre eux, c’est l’Histoire.

 

Franck Unimon, ce lundi 30 décembre 2019.

 

 

 

 

 

 

 

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The Ride

Photo du site allocinĂ© comme les photos suivantes du film ” The Ride” de StĂ©phanie Gillard.

 

 

                                                   The Ride (La ChevauchĂ©e) 

                                                   un film de StĂ©phanie Gillard

 

 

Enfant, je les ai dĂ©couverts Ă  la tĂ©lĂ© un peu comme les colons europĂ©ens avaient « dĂ©couvert Â» l’AmĂ©rique. Dans ces westerns mal doublĂ©s en Français,  souvent interprĂ©tĂ©s par des Blancs, ils Ă©taient souvent les mĂ©chants.

 

Dans la cour de rĂ©crĂ© de l’école de la RĂ©publique – l’école Robespierre, Ă  Nanterre- oĂą j’étais scolarisĂ©, le lendemain, pour « en ĂŞtre Â», il fallait avoir vu le film extraordinaire de la veille. Il Ă©tait assez souvent amĂ©ricain. Qu’est-ce qu’ils Ă©taient forts, ces AmĂ©ricains !

Trente ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale que je n’avais pas connue, moi-même, je m’en apercevais régulièrement.

 

Les Westerns, les films policiers et Tarzan «  l’homme-singe Â», les feuilletons amĂ©ricains, avant les dessins animĂ©s japonais du genre Goldorak c’étaient mes Reines des Neiges, Ă  moi. Avec les films de Bruce Lee. Et, quelque part dans un coin… le boxeur Muhammad Ali auquel le kebab Ali BoumayĂ© dans le film MisĂ©rables de Ladj Ly fait rĂ©fĂ©rence ( pour son combat au ZaĂŻre en 1974 face Ă  Georges Foreman : voir le documentaire When we were kings. on peut aussi lire l’article Les misĂ©rables 2ème partie )

 

A cet âge oĂą je dĂ©couvrais les Westerns, celui de l’école primaire, je ne connaissais pas encore la portĂ©e symbolique d’un James Brown ou d’un Bob Marley : plusieurs de leurs disques vinyles faisaient partie des attributs paternels. Ceux de Bob Marley passaient le plus souvent lorsque j’Ă©tais en âge de me souvenir. L’album Rastaman Vibration, particulièrement, Ă  la fin des annĂ©es 70. 

Et, c’est plus tard, vers la prĂ©adolescence puis vers l’adolescence que j’ai entendu parler puis dĂ©couvert des auteurs comme Richard Wright ( Black Boy), Chester Himes ( La Reine des pommes), James Baldwin et des militants comme Martin Luther King, Malcolm X, les Black Panthers , tous noirs ou nĂ©gro-amĂ©ricains. A part Nelson Mandela et Steve Biko. Je ne connaissais pas d’autre leader politique africain ou antillais. CĂ´tĂ© littĂ©rature et poĂ©sie, je connaissais « un peu Â», AimĂ© CĂ©saire, Frantz Fanon, la NĂ©gritude mais j’étais dĂ©jĂ  lycĂ©en. Et les Etats-Unis d’AmĂ©rique Ă©taient encore pour moi un pays magnifique : La rĂ©fĂ©rence.

C’était le Pays oĂą de grands hommes et de grandes femmes (dont Angela Davis) avaient combattu le racisme. C’Ă©taient aussi des athlètes noirs amĂ©ricains qui, lors des jeux olympiques de Mexico, en 1968, avaient levĂ© un poing noir gantĂ© lors de la remise des mĂ©dailles olympiques pour protester contre la sĂ©grĂ©gation raciale aux Etats-Unis. Tommie Smith, Lee Evans, John Freeman….

C’Ă©tait la Première Puissance Mondiale. 

 

 

A part dans les Westerns que je regarde beaucoup moins depuis des annĂ©es, les Indiens d’AmĂ©rique ne m’intĂ©ressaient pas plus que ça. MĂŞme s’il y a bien eu le cours d’Indian Studies Ă  l’universitĂ© durant une annĂ©e. Mais c’Ă©tait il y a trente ans. Et je n’ai pas poussĂ© plus loin par la suite mĂŞme s’il m’en reste quand mĂŞme des souvenirs prĂ©cis quand j’y pense :

Notre professeur Nelcya D…, pourvue d’une autoritĂ© et d’une personnalitĂ© marquantes, avait organisĂ© une rencontre avec certains AmĂ©rindiens.

Je me rappelle d’un de ces artistes amĂ©rindiens Ă  qui l’on demandait Ă  nouveau s’il avait vu le film Danse avec les loups de et avec Kevin Costner ( je n’ai toujours pas vu le film). Celui-ci avait rĂ©pondu avec un peu d’ironie : ” It is the big question today !” ( ” C’est dĂ©cidĂ©ment la grande question du jour!”). 

Mais après avoir obtenu difficilement cette UV – face Ă  la redoutable Nelcya D… qui, pour l’Ă©preuve orale de rattrapage, en me voyant arriver m’avait d’abord lancĂ© un : ” Vous ! Je vous fais la peau !” –  je n’avais pas cherchĂ© plus loin dans ” l’Histoire” des Indiens d’AmĂ©rique. Ce n’est pas de la faute de mon ancienne prof d’universitĂ©, Nelcya D, qui, dans les faits, m’estimait et me reprochait Ă  juste titre d’avoir travaillĂ© mes cours en dilettante :

Les Indiens d’AmĂ©rique ou les AmĂ©rindiens font un peu partie des Marcheurs blancs de l’Histoire humaine. Mais ce sont des marcheurs blancs, cĂ´tĂ© victimes et vaincus. Ils sont donc moins glamours sauf pour les clichĂ©s qu’ils nous permettent d’avoir Ă  leur encontre. Et Ă©videmment pour cette peur et cette honte qu’ils suscitent et que l’on veut voir relĂ©guĂ© au plus loin. Comme tout Ă©tranger, tout migrant, tout SDF, tout dĂ©chet, tout marginal ou tout bâtard de la sociĂ©tĂ© peut susciter honte et peur Ă  celles et ceux qui sont dans une certaine norme et font partie d’une certaine classe, d’une certaine caste ou d’une certaine race dite “supĂ©rieure” qui a “rĂ©ussi” ou est en passe de ” rĂ©ussir”. 

Via les Marcheurs blancs, je fais une allusion à la série Games of Thrones pour actualiser le propos en terme de fiction cinématographique car, dans les faits, les Amérindiens, eux, ont été rayés de leur propre Histoire et parqués au delà de murs et dans des réserves qui ne tombent pas. Ce sont plutôt les Amérindiens qui, génération après génération, depuis la dernière victoire militaire indienne en 1876 de Sitting Bull et Crazy Horse contre le Général Custer pourrissent en quelque sorte sur place sur le sol de leurs ancêtres.

 

Dans les bonus du dvd consacrĂ© Ă  son « film Â» The Ride ( La ChevauchĂ©e) ,  la rĂ©alisatrice StĂ©phanie Gillard se dit en quelque sorte admirative devant la « rĂ©silience Â» et la « force Â» des Indiens. Elle s’étonne, aussi, devant leur absence de « colère Â» après avoir rappelĂ©, entre-autres, l’interdiction qui a frappĂ© les Indiens de pratiquer leurs religions et leurs langues de 1890 Ă  1970.

Mais elle dit aussi avoir envie de pleurer ” toutes les deux minutes” lorsqu’elle se trouve dans une rĂ©serve indienne devant l’injustice imposĂ©e aux Indiens. 

 

Dans The Ride, il est aussi fait mention de l’Allotment Act, loi par laquelle les colons européens, ont dépossédé les Indiens de leurs terres.

EncerclĂ©s par la puissance militaire et des Lois destinĂ©es Ă  favoriser l’appropriation des terres indiennes par les colons, les divers peuples indiens prĂ©sents sur le sol amĂ©ricain ont vu leur futur bandĂ© par l’expansion et la « nĂ©e-cĂ©citĂ© Â» du rĂŞve dit amĂ©ricain. Et ce rĂŞve s’est aussi fait en violant des terres sacrĂ©es.

 

Dans les bonus du dvd, toujours, la rĂ©alisatrice StĂ©phanie Gillard explique qu’elle a tenu Ă  ĂŞtre autre chose qu’une « Ă©nième blanche qui vient filmer des Indiens Â». Il est vrai que StĂ©phanie Gillard a pour particularitĂ© d’être une femme blonde, ce qui aurait pu accentuer ce rapport de la «  femme blanche qui vient filmer des Indiens Â».

 

Pour conjurer  ça, elle explique ĂŞtre venue rencontrer plusieurs fois au prĂ©alable- d’abord sans camĂ©ra- les sujets de son documentaire. Elle s’est appliquĂ©e Ă  leur montrer des photos qu’elle avait pu prendre d’eux. Son Ă©quipe- rĂ©duite Ă  deux personnes en plus d’elle- et elle ont partagĂ© au mois de dĂ©cembre le quotidien de ces Indiens Lakota lors de leur itinĂ©raire en se reposant comme eux, par exemple, au moment des haltes, dans des gymnases.

Et, elle a fait le choix d’exclure les Historiens (souvent « blancs Â» prĂ©cise-t’elle Ă©galement dans les bonus) de son film pour laisser la parole aux Indiens mĂŞme s’ils se trompent quelques fois en racontant leur Histoire.

 

L’édition Digibook Collector du dvd dĂ©bute par ces explications :

 

«  En 1890, Ă  la mort de Sitting Bull, le chef Big Foot et trois cents Sioux Lakotas fuient la cavalerie amĂ©ricaine avant d’être tuĂ©s Ă  Wounded Knee.

 

En 1986, Birgil Kills Straight faisait un rĂŞve rĂ©ccurent : des cavaliers d’aujourd’hui Ă©taient Ă  cheval sur la piste empruntĂ©e par Big Foot dans le Dakota du Sud. Avec Curtis Kills Ree et d’autres membres de la communautĂ© Lakota, il dĂ©cide de faire cette chevauchĂ©e de Bridger Ă  Wounded Knee, et crĂ©e le Sitanka Wokiksuye ( Big Foot Memorial Ride).

 

Dix neuf cavaliers et deux véhicules de soutien font ce premier voyage, et le groupe grandit chaque année (….).

 

 

The Ride suit la commémoration de cette chevauchée à cheval effectuée en 1890.

«  Le trajet dure deux semaines et se termine le 29 dĂ©cembre, date anniversaire du massacre Â».  

 

J’ignore s’il faut y voir un signe particulier mais, alors que je dispose de ce dvd depuis plusieurs mois maintenant, c’est hier, ce 29 dĂ©cembre 2019, un ou deux jours après avoir vu avec elle la fin de la sĂ©rie Game of Thrones,  que j’ai proposĂ© Ă  ma compagne de regarder The Ride avec moi. Je dĂ©couvre cette coĂŻncidence alors que je suis en train de rĂ©diger cet article pour mon blog balistiqueduquotidien.com.

 

 

Cette chevauchĂ©e des Indiens Lakota devait se terminer en 1990. Mais en 1990, « plus de 350 cavaliers viennent, dont certains avec leurs enfants Â». Et, ceux-ci souhaitent que cette chevauchĂ©e se poursuive. « Cela est normalement impossible après une cĂ©rĂ©monie de levĂ©e de deuil Â».

Devant « l’insistance Â» des cavaliers, l’évĂ©nement est « relancĂ©  en 1992 sous le nom de OomakaTokatakiya ( Future Generation Ride).  Le but de cette chevauchĂ©e est dĂ©sormais, en plus de continuer d’honorer la mĂ©moire des Indiens massacrĂ©s Ă  Wounded Knee par le 7ème  rĂ©giment de la cavalerie amĂ©ricaine, de redonner confiance aux jeunes Indiens et de les aider Ă  rassembler leur identitĂ©.

En regardant The Ride, on comprend assez vite ce que cette chevauchĂ©e peut avoir de difficile en pratique :

 

« AmĂ©ricanisĂ©s Â» (bonnet de la marque Under Armor, baskets Nike, tĂ©lĂ©phone portable, passion pour la X-Box ou…le Basket), sĂ©dentarisĂ©s, plusieurs des participants montent sur un cheval pour la première fois. Et puis, il peut faire très froid pendant cette chevauchĂ©e (jusqu’à moins 30 ou moins 40 degrĂ©s selon les annĂ©es) qui consiste Ă  parcourir un peu plus de 450 kilomètres dĂ©sormais. Il y a quelques chutes. Mais personne ne porte de bombe sur la tĂŞte.

 

 

Le titre Buffalo soldiers de Bob Marley m’est alors revenu en tĂŞte. Lorsque je l’écoutais dans les annĂ©es 80, et lorsque plus tard j’ai vu quelques images de sa vidĂ©o, je ne comprenais pas vraiment son sens. Aujourd’hui, je comprends mieux. On est plutĂ´t dans l’esprit du film Glory rĂ©alisĂ© par Edward Zwick avec, entre-autres, Denzel Washington. Un film dont le sacrifice « hĂ©roĂŻque Â» de soldats noirs pendant la guerre de sĂ©cession ne m’avait pas du tout donnĂ© envie de les imiter. Mais avaient-ils le choix ?

 

Par ailleurs, les Buffalo Soldiers auraient participĂ© au gĂ©nocide amĂ©rindien. Ce qui pourrait m’expliquer cette sorte « d’indiffĂ©rence Â» ou de distance entre les militants (politiques ou Ă©crivains) noirs aux Etats-Unis avec les Indiens et « l’Histoire Â» indienne. 

Donc on se retrouve comme Jon Snow avec Daenerys Ă  la fin de Game of thrones. MĂŞme vivant, on ne s’en sort pas. On se sent maudit quoique l’on ait pu rĂ©aliser de « grand Â». On peut donc chevaucher tel Jon Snow les neiges Ă©ternelles Ă  la fin de Game of thrones ou comme certains de ces indiens dans The Ride, on continue nĂ©anmoins de tomber de très haut. 

 

Dans les bonus, la réalisatrice s’étonne de l’absence de colère des Indiens. Peut-être parce qu’ils sont aussi pacifiques que l’océan du même nom. Le navigateur Olivier de Kersauson parle aussi de cet océan dans un de ses livres.

 

La colère connaĂ®t deux expressions principales : contre soi-mĂŞme ou contre les autres. Celle de Daenerys Ă  la fin de Game of Thrones est malheureusement humaine.  Je la condamne et la regrette depuis ma place assise et confortable de spectateur. MĂŞme si j’imagine que d’autres, au contraire, ont trouvĂ© Daenerys «  rock and roll Â» ou «  Punk Â», et approuvĂ© totalement son tempĂ©rament passionnĂ©, libre et entier et face Ă  un Jon Snow qui a pu ĂŞtre considĂ©rĂ© comme falot et sans ambition. Il est vrai que pour lui-mĂŞme, il y a longtemps que l’on n’a plus vu Jon Snow se mettre en colère dans la sĂ©rie Game of Thrones. Mais au moins peut-on le percevoir comme une personne sage mĂŞme si ce terme peut dĂ©plaire et rimer pour certaines personnes avec « couard Â» ou «  irresponsable Â».

 

A l’inverse, l’absence totale de colère de Guillaume Gallienne dans son Les Garçons et Guillaume, Ă  table ! et l’extrĂŞme sympathie que cela a contribuĂ© Ă  donner Ă  son film m’a empĂŞchĂ©, Ă  un moment donnĂ©, d’être aussi enthousiaste que d’autres en le voyant. Je lui prĂ©fère la colère d’un Patrick Chesnais dans le Je ne suis pas lĂ  pour ĂŞtre aimĂ© de StĂ©phane BrizĂ© ou d’un Luca Zingaretti dans Le jour du chien de Ricky Tognazzi. Mais on a beaucoup moins entendu parler de ces deux films. Et on prĂ©fère ĂŞtre en compagnie de celles et ceux qui, lorsqu’ils souffrent, savent se tenir et rester propres.

Et on peut dire que les Indiens de The Ride, eux, savent se tenir. Je partage la plupart des sentiments de la réalisatrice de The Ride pour celles et ceux qu’elle a rencontrés. Sauf que la colère des Indiens a été méthodiquement démantelée par les gouvernements américains successifs. Les Indiens sont aussi, aujourd’hui, en état d’infériorité numérique.

La rĂ©signation et la dĂ©pression, ça « aide Â» aussi Ă  se tenir dans son coin. Pour pouvoir ĂŞtre en colère, il faut pouvoir s’appuyer sur la terre. Mais lorsque l’on vit en permanence sur la pointe des pieds tout près du vide, ou carrĂ©ment dans le vide,  notre colère manque d’air pour s’agripper et s’exprimer.

Le film donne la prioritĂ© Ă  la vertu thĂ©rapeutique de cette chevauchĂ©e. On n’y parle donc pas de l’alcoolisme, de l’usage d’autres drogues ou d’actes de violence ou d’abus condamnĂ©s par la Loi ( Ă  part un père pour avoir fait brĂ»ler sa maison ). Mais dans les bonus du dvd, lors de son interview, la rĂ©alisatrice nous apprend que deux ou trois personnes prĂ©sentes dans le film se sont suicidĂ©es depuis. Parmi ces personnes, un des jeunes donnĂ© en exemple Ă  la fin du film qui avait dĂ©ja participĂ© Ă  plusieurs de ces chevauchĂ©es et qu’elle nous dĂ©crit comme Ă©tant pourtant quelqu’un de “joyeux”.

Lors de The Ride, nous voyons bien quelques hommes abimĂ©s ou obèses et l’on se doute que certains des jeunes que nous voyons font plutĂ´t partie, Ă  l’école, des derniers de la classe. Mais la tĂ©nacitĂ© et l’humour veillent :

 

«  Ils ont perdu Dieu et croient qu’on l’a volĂ© Â». «  Tu sais pourquoi ils ont envoyĂ© l’homme sur la lune ? Parce qu’ils ont cru que les Indiens y avaient des terres Â».

 

Des Indiens ont engagĂ© des poursuites judiciaires contre les Etats-Unis. Cela a durĂ© des annĂ©es. La cour suprĂŞme a donnĂ© raison aux Indiens. En compensation, la Cour suprĂŞme a proposĂ© des indemnitĂ©s financières. Les Indiens, eux, rĂ©clamaient leurs terres et non de l’argent. Comme le dit l’un des protagonistes de The Ride :

 

« Ils n’ont jamais pris le temps de nous Ă©couter Â».

 

 

Franck Unimon, lundi 30 décembre 2019.

 

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Jours de grève

 

                                                          Jours de grève

 

 

Le mouvement des gilets jaunes a dĂ©butĂ© il y a un peu plus d’un an maintenant( CrĂ©dibilitĂ©).  

J’ai lu quelque part qu’il y aurait 8000 manifestations par an en France et que les faire “encadrer” par les forces de l’ordre coĂ»terait 150 millions d’euros Ă  l’Etat. Ce soir, je ne trouve pas mes “sources”. 

Depuis ce 5 dĂ©cembre 2019, la grève des transports en commun en rĂ©gion parisienne a dĂ©butĂ©. LĂ , je n’ai pas besoin de sources. Comme beaucoup, je m’adapte Ă  cette grève des transports en commun. Je m’estime nĂ©anmoins moins pĂ©nalisĂ© que d’autres par cette grève- dure- des transports en commun :

Je peux me rendre Ă  mon travail Ă  vĂ©lo en une quarantaine de minutes. Je peux me doucher Ă  mon travail. Et un certain nombre de trains passe encore par Argenteuil Ă  certaines heures de la journĂ©e. Argenteuil reste mieux desservie que bien d’autres villes  de banlieue et mieux aussi que certains coins de Paris.

Depuis le dĂ©but de la grève des transports, seules les lignes de mĂ©tro 1 et 14, les deux seules lignes entièrement automatisĂ©es, ont vraisemblablement continuĂ© d’acheminer des passagers comme si de rien n’Ă©tait. La ligne 7 du mĂ©tro a pu ĂŞtre active au bout de quelques jours. Et j’ai entendu parler de la ligne 5, peut-ĂŞtre, Ă  certains endroits. Autrement, toutes les autres lignes de mĂ©tro sont actuellement “mortes”. 

Certains bus sont prĂ©sents. Et souvent bondĂ©s. Dans certaines rues de Paris, par moments, on peut ressentir une petite sensation de hâte, parmi tous ces piĂ©tons en surplus. C’est ce que j’ai ressenti avant les fĂŞtes de NoĂ«l Ă  la marche en me dirigeant vers la place Clichy depuis la gare St Lazare.

 

Pour moi, la raison de cette grève prolongĂ©e des transports en commun parisiens est destinĂ©e Ă  protester contre la rĂ©forme des retraites. Le 5 dĂ©cembre, les personnels des Ă©coles et des hĂ´pitaux publics faisaient Ă©galement grève. 

 

Je crois que la longĂ©vitĂ© de cette grève des transports va changer l’Ă©tat d’esprit de quelques personnes : par exemple, dans mon service, plusieurs de mes collègues viennent dĂ©sormais Ă  vĂ©lo au lieu de prendre les transports en commun. Un de mes collègues m’a appris qu’il pouvait ĂŞtre très difficile de trouver un vĂ©lib. Il regrettait d’avoir choisi l’option d’avoir pris un abonnement aux vĂ©lib en prĂ©vision de la grève. Il estimait qu’il aurait mieux fait de s’acheter un vĂ©lo.

J’ai appris par une collègue que les gens faisaient la queue pour faire rĂ©parer leur vĂ©lo Ă  DĂ©cathlon. Cette collègue n’a pas eu de chance : deux crevaisons en deux jours. Elle avait reçu son vĂ©lo neuf trois semaines plus tĂ´t. La première fois, Ă  DĂ©cathlon, sa crevaison avait Ă©tĂ© rĂ©parĂ©e assez rapidement. La seconde fois, elle avait dĂ» attendre 3h30. ” C’est 30 minutes par vĂ©lo” selon les propos d’un des employĂ©s de l’enseigne. Cette grève des transports doit rendre heureux les vendeurs de vĂ©los et de trottinettes .

 

Avant cette grève, je n’avais jamais fait le trajet Ă  pied jusqu’au travail depuis la gare St Lazare. Pourtant, j’aime marcher. Mais la “facilitĂ©” des transports en commun et leur caractère pratique m’ont souvent rattrapĂ©. MĂŞme si j’essaie de plus en plus de rompre avec cet espace d’enfermement que peuvent ĂŞtre le mĂ©tro, les couloirs du mĂ©tro ainsi que les contrĂ´les de ” titre de transport” et leurs auxiliaires  dissĂ©minĂ©s  : les portes de “validation”. 

Il est vrai que j’habite Ă  une distance “raisonnable” de mon lieu de travail. A environ 14 kilomètres. Si j’habitais Ă  Melun ou Ă  Cergy, je m’abstiendrais d’essayer de venir au travail Ă  vĂ©lo ou Ă  pied. 

 

En me rendant au travail Ă  pied depuis la gare St-Lazare, lorsque j’ai pris le train Ă  Argenteuil, j’ai parfois eu l’impression que certaines personnes Ă  vĂ©lo se sentaient particulièrement privilĂ©giĂ©es par rapport Ă  nous, les piĂ©tons. Je me suis dit qu’il suffisait de peu pour se sentir avantagĂ© et aussi de très peu pour crever. Ce qui m’est arrivĂ© d’ailleurs quelques jours plus tard en rentrant du travail. J’ai fini mon parcours en marchant Ă  cĂ´tĂ© de mon vĂ©lo pendant deux kilomètres. Il faisait assez frais. Quelques cyclistes, dont une espèce de club ou d’association de cyclistes, m’a dĂ©passĂ© sans s’arrĂŞter. Je ne leur en ai mĂŞme pas voulu.

J’avais tout ce qu’il fallait dans mon sac pour rĂ©parer. Mais je suis assez peu manuel. Je me suis dit que le temps de trouver l’endroit de la crevaison et Ă©tant donnĂ© ma lenteur, j’avais plus de chances d’attraper une pneumonie.

Bon, j’ai quand mĂŞme fait le nĂ©cessaire pour prendre le temps de rĂ©parer ma crevaison deux ou trois jours plus tard. J’ai mĂŞme fait beaucoup mieux que ça :

Après avoir rĂ©parĂ© ma crevaison,  j’ai gonflĂ© ma chambre Ă  air. Mais je n’Ă©tais pas satisfait. Je l’ai gonflĂ©e davantage. Mais quelque chose me gĂŞnait. Je trouvais que le pneu ne restait pas assez gonflĂ©. Donc j’ai gonflĂ© encore un peu. La chambre Ă  air a Ă©clatĂ©. Je ne crois pas l’avoir (trop) gonflĂ©e. Je crois que cette chambre Ă  air avait fait son temps. Heureusement, j’avais une chambre Ă  air toute neuve de rechange avec moi. Et quand je l’ai gonflĂ©e, elle,  son comportement m’a satisfait. 

 

Le 10 et le 11 dĂ©cembre, j’ai pris les transports en commun pour aller Ă  Paris. Nous sommes le 29 dĂ©cembre mais mes photos ” dans” les transports en commun datent du 10 et du 11 dĂ©cembre. Je n’en n’ai pas pris d’autres depuis : je me suis peut-ĂŞtre dĂ©ja un peu “habituĂ©” Ă  cette grève des transports.

Le 10 dĂ©cembre, je suis allĂ© Ă  Paris pour voir en projection de presse, le premier long mĂ©trage d’Abdel Raouf Dafri: Qu’un sang impur…  . Je suis allĂ© le voir avec une amie dont c’est l’anniversaire demain si je me souviens bien.

Cela aurait sĂ»rement Ă©tĂ© “mieux” d’avoir des photos plus rĂ©centes de cette grève des transports en commun mais je me dis que c’est dĂ©ja “bien” d’en avoir quelques unes pour cet article. Avant que l’annĂ©e 2020 nous entraĂ®ne sur ses rails. Ce sont peut-ĂŞtre quelques uns des derniers clichĂ©s que j’ai pris avec mon Canon G9X Mark II que je crois avoir perdu car je ne le retrouve pas.  

Franck Unimon

A la gare St Lazare, ce 10 décembre 2019.

 

En chemin vers la projection de presse de ” Qu’un sang impur” d’Abdel Raouf Dafri. Comme on peut le voir, la grille de la station de mĂ©tro Miromesnil est baissĂ©e.

 

Au milieu de l’embouteillage, des personnes qui ont sans doute pris le parti de se dĂ©placer Ă  vĂ©lo.

 

 

 

 

 

Après la projection de presse de ” Qu’un sang impur”, sur les Champs ElysĂ©es, vers 18h/18h30 ce mardi 10 dĂ©cembre 2019.

 

Ce mardi 10 dĂ©cembre 2019 sur les Champs après la projection de ” Qu’un sang impur”.

 

 

Aux Halles ce mercredi 11 dĂ©cembre 2019, c’est plutĂ´t rare, en pleine journĂ©e de voir cette station aussi “vide”. MĂŞme si j’ai un peu trichĂ© pour Ă©viter de prendre quelqu’un en photo, il y a toujours du monde Ă  cette station en pleine journĂ©e.

 

Les Halles, ce 11 décembre 2019.

 

Aux Halles, ce 11 décembre 2019.

 

Station Les Halles, le 11 décembre 2019.

 

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Qu’un sang impur…

 

Actress, Linh-Dan Pham.

 

                                                Qu’un sang impur….un film d’Abdel Raouf Dafri. 

 

 

 

 

« Donne-moi la bonne clĂ© Â».

 

C’est ce que demande le colonel Andreas Breitner (l’acteur Johan Heldenbergh), « ancien Â» de la Guerre d’Indochine, Ă  Soua Ly-Yang ( l’actrice Linh-Dan Pham), femme du peuple Hmong, qui semble son reflet autant que sa compagne. Plus tard, Soua Ly-Yang expliquera Ă  la jeune rĂ©sistante algĂ©rienne, Assia «  Bent Â» Aouda ( l’actrice Lyna Khoudri) qu’elle a acceptĂ© de suivre le colonel Andreas Breitner et l’armĂ©e française car :

 

« Les Chinois et les Vietcongs ne nous aiment pas ! Â».

 

Mais avant de voir cela, le premier long mĂ©trage d’Abdel Raouf Dafri se sera ouvert dans l’AlgĂ©rie «française Â» de 1960. Oui, « ouvert Â». Si Ă  première vue, Qu’un sang impur cherche la clĂ© qui pourrait permettre Ă  l’AlgĂ©rie et Ă  la France de mettre un terme Ă  leur carrière guerrière, le film a cette ambition universelle qu’un poète – dont j’ai, pour l’instant, oubliĂ© le nom- avait un peu rĂ©sumĂ© par cette phrase :

 

« DĂ©livre-moi de la nuit de mon sang Â».

 

Plus militaire que poète, Le colonel Andreas Breitner, lui, n’oublie pas ses guerres, sortes de terres «no-limit Â» auxquelles il a survĂ©cu. Mais celles-ci l’ont vaincu et le tiennent entre deux frontières :

 

Il subsiste Ă  l’état civil mais Ă  l’étouffĂ©e. Par contre,  il retrouve son envergure dans le conflit de l’AlgĂ©rie qui n’est pourtant pas « sa Â» guerre. MĂŞme si les guerres ont souvent plus d’hĂ©ritiers que de propriĂ©taires, c’est peut-ĂŞtre dans cet envers du dĂ©cor, ou ce revers de sa mĂ©daille, qu’il peut le mieux se refaire. Ce qui est une croyance très courante. Car, face Ă  lui, bien-sĂ»r, il trouvera d’autres «cartes Â» humaines qu’au fond, il connaĂ®t trop bien, quelles que soient leurs dimensions, leur visage, leur âge, leur couleur, leur religion ou leur sexe. Puisque la guerre, qu’elle accroche son souffle en AlgĂ©rie ou ailleurs, transporte les ĂŞtres vers les mĂŞmes erreurs promises et sert aussi de rĂ©vĂ©lateur :

 

Actor, Salim Kechiouche.

 

 

Ainsi, le leader Mourad Boukharouba (l’acteur Salim Kechiouche, qui Ă©tonne encore après son rĂ´le dans Mektoub My Love de Kechiche) d’abord hĂ©roĂŻque, insère ensuite une intransigeance qui le rapproche du fanatisme ou du souvenir d’un meneur peut-ĂŞtre Ă  l’image du colonel Amirouche, Terreur de l’armĂ©e française lors de la guerre d’indĂ©pendance de L’AlgĂ©rie. ( le colonel Amirouche a Ă©tĂ© abattu en mars 1959 pendant la guerre d’AlgĂ©rie PS : lors de son interview, Abdel Raouf Dafri me dĂ©trompera. Il m’expliquera en effet que Boukharouba Ă©tait le surnom de BoumĂ©dienne, dirigeant de l’AlgĂ©rie indĂ©pendante entre 1965 et 1978. Voir l’interview Interview en apnĂ©e avec Abdel Raouf Dafri ).

 

De son cĂ´tĂ©, le sergent-chef Senghor arabophone, lui, (l’acteur Steve Tientcheu), pourrait dire :

 

« Les Arabes et les Blancs ne m’aiment pas… Â». Soit le prolongement de la thĂ©matique du racisme dont Soua Ly-Yang ( l’actrice Linh-Dan Pham) est la victime après, « bien-sĂ»r Â», les Arabes et les musulmans dans l’AlgĂ©rie coloniale de l’époque. Nommer ce personnage Senghor est sĂ»rement une rĂ©fĂ©rence Ă  la NĂ©gritude et Ă  l’indĂ©pendance du SĂ©nĂ©gal dans les annĂ©es 60, histoire commune avec l’AlgĂ©rie et tant d’autres pays et cultures. Ainsi qu’à la capacitĂ© culturelle de l’Afrique noire. Pourtant, le mot -vautour«  NĂ©gro Â» sera prononcĂ© ( au lieu du terme « Karlouche Â», ce qui m’a beaucoup Ă©tonnĂ©) contribuant Ă  donner l’occasion Ă  l’acteur Steve Tientcheu d’avoir une stature un peu comparable Ă  celle du personnage de Wallace Marcellus dans le Pulp Fiction de Tarantino. Et Abdel Raouf Dafri de rappeler que, oui, mĂŞme en France, un acteur Ă  peau très noire, cela peut ĂŞtre très cinĂ©matographique.

 

On parle de Senghor dans les annĂ©es 60. Mais le film cite aussi Camus. Et si l’on parle de Camus, Ă  l’époque, on est aussi obligĂ© de parler de Sartre. Car plusieurs des caractères de Qu’un sang impur semblent incorporer les positions de ces deux intellectuels de rĂ©fĂ©rence Ă  l’époque qui furent d’abord amis puis rivaux en raison de leurs avis divergents Ă  propos du conflit entre l’AlgĂ©rie et la France. Mais vidons rapidement tout malentendu de cet article concernant Camus et Sartre :

 

Qu’un sang impur compose plusieurs des codes du film d’action. Par moments, on est mĂŞme dans le genre du Western. Il y a aussi un peu d’humour ( noir et serrĂ©, bien-entendu).

Le film Ă©voque Camus- et Sartre par opposition- en Ă©vitant la dĂ©marche paludĂ©enne de la dissertation scolaire. Dans Qu’un sang impur… on est entre la possibilitĂ© d’accorder sa «misĂ©ricorde Â» ou de choisir d’avoir…les mains sales. VoilĂ  pour Camus et Sartre.

 

Actor, Johan Heldenbergh ( Left); Actor, Olivier Gourmet (Right)

 

 

En tant que film, si l’on peut Ă  peu près situer Qu’un sang impur en tant que production française entre le Indigènes de Bouchareb et Les MisĂ©rables de Ladj Ly, le personnage du colonel Delignières (l’acteur Olivier Gourmet) devrait aussi facilement rĂ©ussir Ă  rappeler Ă  quelques uns le colonel Kurtz jouĂ© par Marlon Brandon dans Apocalypse Now. Mais Gourmet ne singe pas Marlon Brandon : Nous sommes bien en AlgĂ©rie et pas chez Francis Ford Coppola lorsqu’il « apparaĂ®t Â». Et sa prescience du jeu combinĂ©e Ă  celle des autres acteurs et de plusieurs idĂ©es de mise en scène permettent Ă  Qu’un sang impur… malgrĂ© plusieurs « flottements Â», de mettre devant nos yeux des petits miracles.

 

 

DĂ©fendre la vie avec des cendres. En nous rappelant en 2019,  l’influence de la pensĂ©e et de l’engagement d’un Camus ou d’un Sartre, Qu’un sang impur nous dit peut-ĂŞtre aussi que les intellectuels d’aujourd’hui ressemblent davantage Ă  des mannequins  sublimĂ©s par leurs marges bĂ©nĂ©ficiaires. Et il nous parle peut-ĂŞtre aussi d’un penseur comme RenĂ© GuĂ©non qui, en 1946, Ă©crivait La Crise du monde moderne , livre dans lequel il affirmait par exemple :

 

« Un des caractères particuliers du monde moderne, c’est la scission qu’on y remarque entre l’Orient et l’Occident Â».

 

Parler du sang et faire parler le sang versĂ© et emmurĂ© dans la sociĂ©tĂ© française. Assez peu de productions s’encordent Ă  ce genre de sujet dans le cinĂ©ma français afin de montrer leurs effets indĂ©sirables  (pour qui ?) sur la France d’aujourd’hui.  Car comme le montre une scène du film Qu’un sang impur :

 

«  Attention, mines ! Â».

 

Plutôt que de détourner la tête et de remettre à demain l’opération- vaste- de déminage de la société algérienne et française, Abdel Raouf Dafri, a choisi avec son premier film de réalisateur de monter en première ligne.

 

Actor, Steve Tientcheu ( Left); Actress, Linh-Dan Pham; Actor, Pierre Lottin; Actor, Johan Heldenbergh ( Right).

 

Qu’un sang impur…sera dans les salles de cinĂ©ma Ă  partir du 22 janvier 2020.

 

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J’avais introduit cet article avec l’article Projection de presse . Mais on pourra Ă©galement complĂ©ter sa lecture avec l’article Les misĂ©rables 2ème partie . 

Ainsi qu’avec l’article Journal 1955-1962 de Mouloud Feraoun

Franck Unimon, ce vendredi 13 dĂ©cembre 2019.  

 

 

 

 

 

 

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Projection de presse

 

 

                                           Projection de presse

 

Contrairement Ă  ce que l’on pourrait croire, il est très rare que je me rende Ă  la projection de presse d’un film, un bon mois avant sa sortie en salles, avec l’une des sĹ“urs du rĂ©alisateur. Habituellement, je n’ai pas de lien personnel direct ou indirect avec les auteurs et les acteurs de ces films que je vois Ă  part le fait d’avoir pu croiser , quelques fois, quelques unes ou quelques uns d’entre eux . Cette fois-ci, c’est diffĂ©rent.  

Le film, Qu’un sang impur…sortira le 22 janvier 2020. Il a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par Abdel Raouf Dafri qui s’est fait connaĂ®tre en tant que scĂ©nariste des films Un Prophète ( 2009), Mesrine ( 2008) mais aussi, par exemple, pour la sĂ©rie Braquo ( Ă  partir de 2011). Je parle ici des Ĺ“uvres cinĂ©matographiques auxquelles il a participĂ© et que j’avais vues Ă  leur sortie. Ma prĂ©fĂ©rence va Ă  Un Prophète  (j’aime le cinĂ©ma d’Audiard depuis Regarde les hommes tomber) et aux deux Mesrine.

Quinze ans plus tĂ´t, peut-ĂŞtre plus, j’ignorais qu’un jour je serais dans cette situation. Pourtant, maintenant que ça me revient, j’ai dĂ©ja connu ce type de situation un peu invraisemblable :

Deux fois en faisant un stage dans le service de rĂ©animation oĂą ma mère travaillait comme aide-soignante. Une fois aux urgences psychiatriques, en voyant dĂ©barquer en tant que patient, un de mes amis de promo qui m’avait racontĂ© sa fuite de l’Iran après une marche Ă©prouvante guidĂ©e par un passeur. Une autre fois encore, dans un service d’hospitalisation psychiatrique, oĂą infirmier intĂ©rimaire, j’Ă©tais tombĂ© nez Ă  nez avec un de mes anciens camarades de lycĂ©e, Ă©galement patient, alors qu’une collègue infirmière titulaire,  devant les images tĂ©lĂ© de la guerre du Golfe et de Saddam Hussein avait lancĂ© :

“Mais qu’ils leur foutent une bombe !”. 

 

 

Je reproche Ă  la sĂ©rie Braquo – que j’ai aimĂ©e regarder- son cĂ´tĂ© un peu trop « clinquant Â» (pourtant, j’aime les films d’Oliver Marchal) mais aussi d’être arrivĂ©e après la sĂ©rie Police District.  Police District est une très bonne sĂ©rie française  que très peu de personnes connaissent (comme la sĂ©rie Engrenages) alors qu’elle Ă©tait passĂ©e en clair Ă  la tĂ©lĂ© sur M6, je crois, et qu’elle Ă©tait une bien meilleure gravure sociale que Braquo. Peut-ĂŞtre parce qu’Hugues Pagan, le scĂ©nariste de Police District, est d’abord un très bon auteur de polars après avoir Ă©tĂ© flic. J’ai dĂ©couvert très rĂ©cemment, par hasard, qu’Hugues Pagan Ă©tait nĂ© en AlgĂ©rie. Ou peut-ĂŞtre l’avais-je oubliĂ©…

 

Tout cela, je l’écris pour moi- comme tout ce que l’on Ă©crit d’ailleurs- parce-que cela me fait du bien et que j’en ai visiblement besoin mĂŞme si, fondamentalement, ça n’apporte rien a priori. Sauf, peut-ĂŞtre, pour reparler du hasard de la vie. Je suis aussi très attachĂ© au hasard. Et, comme le dit le marabout Papa Sanou au jeune « faussaire Â» Armand (dans le très bon film, Seules les bĂŞtes de Dominik Moll, actuellement en salles) :

 

«  Le Hasard, il est plus grand que toi ! Â».

 

 

Une scène du film ” Qu’un sang impur…” avec, au premier plan, l’acteur Steve Tientcheu, la jeune “Chahida”, l’actrice Lyna Khoudri, l’acteur Johan Heldenbergh, l’actrice Linh-Dan Pham puis l’acteur Pierre Lottin.

 

 

Il est très rare aussi qu’en me rendant Ă  une projection de presse, je sois autant en avance (d’une bonne demie heure) et que je m’entretienne un petit peu avec une directrice de casting puis avec un programmateur de salles de cinĂ©ma :

 

« Comment devient-on directrice de casting vu qu’il n y a pas d’études spĂ©cifiques ? Â».

  • Au dĂ©part, je travaillais dans la prod comme assistante de production puis un rĂ©alisateur m’a demandĂ© de m’occuper de son casting….

 

Sur les Champs-ElysĂ©es, ce mardi 10 dĂ©cembre 2019, après la projection de ” Qu’un sang impur…”

 

Il est aussi très rare qu’en pleine période de grève – très suivie- des transports et d’autres corps de métier, pour protester contre la réforme des retraites décidée par le gouvernement, je discute (toujours avec cette même directrice de casting) de la façon de se rendre (à pied) depuis le 18ème arrondissement de Paris jusqu’à cette projection de presse près des Champs Elysées. A l’entendre, cela lui avait pris trente minutes. Pour avoir effectué le trajet après la projection de Qu’un sang impur… (j’ai mis un peu plus de 90 minutes en prenant mon temps), je me demande encore par où elle est passée et à quelle allure elle marchait, elle qui m’avait dit avoir pris son temps.

 

 

Le programmateur de salles de cinĂ©ma, lui, m’a fait le plaisir de me dire que le nom de mon blog, balistiqueduquotidien, lui Ă©tait familier. Je l’ai fait rĂ©pĂ©ter. A moins d’être très connu ou de savoir attirer des milliers de vues, je crois que le blogueur est une espèce de très courte durĂ©e (deux ou trois ans) ou un exploitĂ© du clavier performant ses actions sur les rĂ©seaux sociaux plus de douze heures par jour, sept jours sur sept. Pour ma durĂ©e de vie en tant que blogueur, ma deuxième annĂ©e a dĂ©butĂ© fin octobre, dĂ©but novembre. Et cela fait Ă  peu près deux semaines que je n’ai rien produit sur mon blog. Deux semaines d’absence sur le net- mĂŞme s’il est rare que je m’absente aussi longtemps- c’est très long. Mais j’avais d’autres prioritĂ©s. D’autres conduits vers la vie dont il m’a fallu tenir compte. Et puis, je me rappelle ce matin ce proverbe que je crois asiatique :

 

« Le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui Â». 

 

Je ne sais pas encore si ce genre de proverbe s’accorde très bien avec une carrière accomplie de blogueur ou d’artiste. Je ne suis pas très pressĂ© de le savoir mĂŞme si je trouve par moments que je donne beaucoup de mon temps – et de mon envie- Ă  mon blog et que les retombĂ©es, hormis un plaisir immĂ©diat, me semblent encore abstraites :

 

Je suis très très loin des « royalties Â» des dix mille vues. Je me mĂ©fie de plus en plus de cette très forte addiction ou compulsion sociale qui nous pousse Ă  participer (mĂŞme si j’y contribue Ă©galement)  quotidiennement Ă  cette activitĂ© Ă©trange qui consiste Ă  avoir « besoin Â» de recueillir son pain quotidien en nombre de « j’aime Â», de « like Â»,  de commentaires, de MMS, de mails ou de sms afin de nous sentir, « bien Â», « mieux Â» ou « un peu moins seuls Â».

 

La spontanéité, bien-sûr, c’est très bien. Dans la vie comme sur le net et via les sms et les MMS. Mais il est néanmoins encore difficile pour moi- même si j’ai bien repéré deux ou trois cliniques qui font ça très bien apparemment- de me transformer en pieuvre et d’étendre mes multiples tentacules en même temps sur le clavier et dans mes diverses actions quotidiennes, personnelles et professionnelles. Aussi, pour l’instant, n’ai-je pas d’autre possibilité que de continuer de prendre mon temps lorsque j’écris pour mon blog et ailleurs. Et d’écrire long. Car inutile de s’installer dans le déni:

 

Si j’aime faire certains raccourcis dans la vie comme dans mes articles, j’écris long pour le net et pour toutes ces personnes qui veulent divorcer rapidement de la lecture leurs yeux à peine posés sur le corpus d’un texte. Moi-même, il est bien des journaux que je lis en zig-zag en me concentrant sur certains articles qui m’attirent d’abord. Et, je sais que j’ai déja plus de livres- et de dvds- à lire et à regarder chez moi que de vie restante.

 

Le caractère personnel de la projection de presse de Qu’un sang impur compte pour moi, je crois, parce que, d’une manière gĂ©nĂ©rale, blog ou pas blog, sms ou pas sms, internet ou pas internet, sĹ“ur de rĂ©alisateur ou pas sĹ“ur ( “passeur” ?) de rĂ©alisateur, projection de presse ou pas projection de presse, je suis attachĂ© Ă  ce qu’il y a de personnel dans la vie  comme je suis attachĂ© au hasard. On peut le louer. On peut le contester. Je sais pour ma part que je ne suis pas le plus douĂ© en stratĂ©gie (je n’ai mĂŞme pas pensĂ© Ă  donner le nom de mon blog Ă  la directrice de casting ! ), en calcul, comme en Ă©conomie quels que soient mes atouts. Et c’est peut-ĂŞtre pour ces raisons que je publierai mon article ( j’en ai Ă©crit les premières lignes) sur Qu’un sang impur bien avant sa sortie en salles. Soit ma façon, aussi, d’être spontanĂ© et de laisser le hasard dĂ©cider.

 

Franck Unimon, ce jeudi 12 décembre 2019