Posts made in décembre, 2019

Game of Thrones saison 8

»Posted by on Déc 30, 2019 in Cinéma | 0 comments

Game of Thrones saison 8

L’actrice Emilia Clarke ( Daenerys) face à l’acteur Kit Harrington ( Jon Snow). Photo issue du site allociné.

 

 

 

Plusieurs mois sont passés depuis la fin ( en avril de cette année) de la série Game of Thrones. Je l’ai regardée il y a deux ou trois jours. C’était volontaire : je préfère voir les séries lorsque je dispose de l’intégralité des épisodes. Au calme.

 

Bien-sûr, pendant quelques jours et quelques semaines, lorsque la  dernière saison (la saison 8) « passait »,  il avait fallu parfois être sourd pour éviter d’entendre le dénouement de la série. Mais, là, tout était calme lorsque j’ai regardé cette dernière série.  Pas de Marcheur blanc à l’horizon. J’étais curieux et néanmoins un peu  « inquiet » :

 

J’avais entendu parler de certains avis de spectateurs déçus par la fin. Comme de cette pétition «  d’un millier de personnes » dans le but d’obtenir que la fin soit réécrite. Ces personnes se sont peut-être, depuis, transformées en Marcheurs Blancs, et mises en tête de partir à la recherche des scénaristes de la série. A moins qu’ils soient en train de mijoter un nouveau scénario pour un futur projet cinématographique. Car j’avais aussi entendu dire que la résolution de la bataille avec les Marcheurs blancs était grossière. Il faut que je fasse attention à ces admirateurs. Certains d’entre eux font peut-être partie de mes collègues. On ne sait jamais ce qu’ils peuvent devenir sous l’influence d’une série. 

 

 Je m’attendais aussi à des épisodes bâclés ou à des épisodes inégaux entre eux.

 

Les deux premiers épisodes de la saison 8 (qui en compte 6) m’ont un peu frustré pour le manque d’action. Même si j’ai compris la nécessité de bien resituer le contexte des personnages et de leurs relations entre eux. Ensuite, dès le troisième épisode, la série s’envole et tient son niveau. Pour moi, il n y a pas d’épisode bâclé ou inégal. Et j’accepte totalement la fin de la série telle qu’elle est. J’attribue la désillusion de certains au fait qu’avec la fin de la série le spectacle est terminé qu’il y a l’obligation de retourner à sa vie ordinaire, après avoir assisté à la défaite des héros ou des  favoris.  C’est la période gueule de bois, eau plate, légumes bouillis et sans sel et éventuellement médicament qui débranche la perceuse qui nous fait mal dans notre tête.

 

 

Dans Game of Thrones, bien des personnages charismatiques, sympathiques ou antipathiques, meurent. Les traitres.  Mais en contrepartie, tous, pratiquement, perdent quelque chose dans ce monde sans sécurité sociale et sans carte vitale. Et aussi sans ces dédales administratifs voraces qui nous font du mal.

On ne voit pas beaucoup d’argent dans Game of Thrones même si on en parle et qu’il a son importance. Cependant, on paie principalement au prix fort avec sa chair, ses frayeurs et son sang le droit à sa présence sur terre. Soit un membre, soit un ou plusieurs membres de sa famille de ses proches.  Soit avec sa propre vie. Et on paie comptant. Aucune possibilité d’échelonner en plusieurs versements sans frais.

 

Jon Snow, par prudence, sagesse, transparence ou par manque d’ambition a peut-être cru qu’il pourrait un peu échapper à toutes ces embrouilles. Il a bien perdu des proches plus tôt dans la série mais il fait partie des personnages équilibristes qui savent se sortir du néant. C’est même un des seuls à resurgir de la mort avec un autre personnage qui va donner sa vie pour Arya.

 

Cela a peut-être fini par le convaincre – et nous convaincre- qu’il aurait toujours le soulier adéquat, le coup de tatane approprié et le dernier mot face à une mauvaise vanne. La fin nous apprend le contraire. Sur la fin, on peut voir le charismatique Jon Snow, dépassé et sans voix, qui se fait marcher sur les pieds, et qui essaie de se convaincre que tout va encore à peu près bien. Et que tout peut encore se raccommoder entre sa dulcinée et celles et ceux qu’elle promet de calciner s’ils refusent de s’agenouiller devant elle. Il essaie de parler fort mais il boit la tasse. Puis il transperce la tasse.

 

Jon Snow, le « bâtard » et le ressuscité, reste en dehors des dernières décisions. Les plus déterminantes. Malgré sa bravoure, sa droiture ou son mérite et son endurance, sa vie, lorsqu’il y retourne du fait de la volonté de la sorcière rouge, est peut-être, finalement, un rêve dont il n’a pas été informé. Ce qui pourrait expliquer son impuissance finale devant son Amour Daenerys et le fait qu’il soit supplanté par la lucidité politique et empoisonnée de Sancha. La délicate Sancha Stark que l’on a connue si écervelée et que l’on voit aussi si paniquée lorsqu’il s’agit de se battre avec une épée.

 

Ou, alors, plus prude que la série a pu le laisser supposer, Jon Snow paie peut-être pour l’amour interdit- et caché- de sa mère. Et son Amour d’abord aveugle pour Daenerys lui est ensuite retiré.  C’est une épreuve, parmi toutes celles qu’il a rencontrées, qu’il lui est impossible de surmonter. Comme il lui est impossible de retourner dans le passé. A l’approche du trône et  pour défaire Cersei, Daenerys et lui se montrent, dans leur nudité la plus absolue, avec leurs limites et leurs limbes respectifs. Ce faisant, ils se défont l’un de l’autre. Le rêve construit entre eux avait l’apparence de la solidité mais il était fragile car il reposait aussi sur l’ignorance et un mensonge. Face à la vérité, Daenerys et Jon Snow adoptent une attitude différente.

L’actrice Lena Headley ( Cersei).

 

Cersei la terrible, surpuissant antagoniste, mais aussi plus âgée et plus expérimentée,  les oblige aussi véritablement, pour la première fois, à s’opposer l’un à l’autre, les deux jeunes amoureux. Si tout couple a ses crises de nerfs, celles  du couple formé par  Daenerys et Jon Snow a des caractéristiques hors normes dont les répercussions sont énormes pour le Monde de Game of Thrones. Ce sont deux personnages aussi forts que des bombes nucléaires. Et leurs conflits, en cas de désaccord quant au mode d’éducation, seraient sans doute pire s’ils avaient des enfants.

 

Avec son entourage, Cersei a moins ce problème : elle « gère », ne partage pas le Pouvoir et sait faire le vide autour d’elle. Comme elle avait su le démontrer au pourtant très rusé  Littlefinger :

 

« Power is Power ».  

 

Son Amour et frère, Jaime Lannister, ne lui conteste pas le Pouvoir politique ni le Pouvoir parental. En outre, Jaime Lannister a les moyens de se satisfaire de son statut de « plus bête » des Lannister. Cela le dispense d’être le Roi. Jaime Lannister n’a qu’à suivre ou s’enfuir. Et, éventuellement, revenir. Il est peut-être le seul à qui Cersei peut tout pardonner.

 

Cersei a ceci d’extraordinaire qu’on la déteste mais qu’elle est néanmoins indispensable à la série mais aussi à la survie de l’Amour au moins entre Daenerys et Jon Snow.

Du moins tant que Cersei représente une réelle menace.

 

En détruisant une bonne partie de Port-Réal, Daenerys libère sans doute les peurs et la haine qu’elle avait accumulée pendant des années. Mais elle matérialise peut-être aussi l’effondrement de son histoire d’Amour avec Jon Snow qui lui échappe, à elle, la femme aux dragons qui a dû faire avec la mort récente de deux de ses plus proches alliés et conseillers ( Ser Jorah et Missandei).

Même en perdant, Cersei est l’inconscient qui gagne la bataille : elle s’écroule sous les décombres (l’attaque de Port-Réal par Daenerys sur son Dragon fait bien penser à la bombe atomique sur Hiroshima) mais dans les bras de son Amour retrouvé qui, malgré ses blessures, a traversé tous les obstacles et renoncé à une vie honorable pour elle.  

Tandis que Jon Snow, lui, doit  non seulement se couper de Daenerys, tant au niveau amoureux qu’au niveau ombilical, mais il doit en plus accepter que sa dépouille lui soit enlevée par le dernier des dragons, « enfant » de Daenerys qu’ils n’ont pas eus ensemble. A sa place, on a de quoi avoir le sentiment d’avoir passé une très mauvaise journée au bureau.

 

Pour ces raisons, voir Jon Snow tel qu’il est à la fin de la série me paraît vraisemblable. Où qu’il aille après la mort de Daenerys, son souvenir l’occupera. Et s’il y a bien un endroit où il peut, peut-être, trouver un peu d’apaisement, c’est dans la garde de nuit. Là où il aurait dû rester et mourir mais où on l’a obligé à revenir parmi les vivants. Toute personne humaine normalement constituée, à sa place, deviendrait folle, dépressive, alcoolique, les trois en même temps ou se ferait moine. Jon Snow, lui, reste planté sur son cheval et bien obéissant. Même s’il se demande si ce qui lui arrive est « juste », il l’accepte, cul sec. Ygritte, Son ancien amour de sauvageonne, morte plus tôt dans la série là où il est condamné à finir sa vie, lui susurre peut-être «  Tu ne sais rien du tout, Jon Snow ! ».

 

Je repense dans le désordre à mes personnages « préférés » de cette série :

 

Petyr «  Littlefinger » Baelish, Khal Drogo, Joffrey Baratheon, Cersei Lannister, Mélisandre, Sandor Clegane, Tyrion Lannister, Brienne de Torth, Viserys Targaryen, Arya Stark, Cersei Lannister, Daenerys Targaryen ( sur la fin, elle m’agaçait de plus en plus), Jorah Mormont, Ygritte,  Theon Greyjoy, Robb Stark, Ned Stark, Stannis Baratheon, Jaime Lannister, Ramsey Bolton (mais  cela a été long avant qu’il « paie » pour ses crimes) , Ygritte, Jaqen H’ghar, Shae, Le Grand Moineau ( même s’il m’a beaucoup exaspéré), Euron Greyjoy ( un personnage peu supportable qui aurait peut-être dû apparaître plus tôt dans la série), Margeary Tyrell, Daario Naharis, Missandei, Sansa Stark ( qui a pu m’exaspérer de manière presque paranormale mais pas dans la dernière saison), Gregor Clegane, Jon Snow, et, bien-sûr…les sauvageons et les Marcheurs Blancs.

Le “chef” des Marcheurs Blancs. Photo issue du site allociné.

 

Game of Thrones a offert un taux de « reconversion » plutôt élevé dans d’autres projets cinématographiques à plusieurs de ses actrices et acteurs. Ce sera instructif de voir comment les uns et les autres vont « survivre » à Game of Thrones et dans quels univers. Bronn a été vu dans le John Wick 3. Jon Snow a depuis tourné dans le dernier film de Xavier Dolan (Ma vie avec John F. Donovan). Sansa Stark a incarné Phénix dans le dernier X-Men. Danaerys est dans une comédie dramatique de Noël mais a aussi pu être vue dans un Star Wars et un Terminator. Tyrion Lannister a joué au moins dans un X-Men et dans un Avengers.

 

On peut aussi s’attendre à ce que des enfants soient appelés Daenerys, Arya, Sansa, Jon, Cersei, Khal, Missandei, Tyrion ou par d’autres prénoms portés par certains des personnages de la série.

 

L’acteur Peter Dinklage ( Tyrion Lannister). Photo issue du site allociné.

 

Furie médiévale capable d’humour en même temps que guerres des étoiles, histoire de morts vivants, de voyance, de vengeances familiales, d’excès, d’incestes, d’obsession d’ascension sociale et de super-héros (Brandon Stark, dans son fauteuil roulant, fait bien penser au Professeur Xavier des X-Men) Game of Thrones est une épopée fantastique qui nous a pris car, comme le dit Tyrion Lannister, ce qui relie les êtres humains entre eux, c’est l’Histoire.

 

Franck Unimon, ce lundi 30 décembre 2019.

 

 

 

 

 

 

 

read more

The Ride

»Posted by on Déc 30, 2019 in Cinéma | 0 comments

The Ride

Photo du site allociné comme les photos suivantes du film ” The Ride” de Stéphanie Gillard.

 

 

                                                   The Ride (La Chevauchée) 

                                                   un film de Stéphanie Gillard

 

 

Enfant, je les ai découverts à la télé un peu comme les colons européens avaient « découvert » l’Amérique. Dans ces westerns mal doublés en Français,  souvent interprétés par des Blancs, ils étaient souvent les méchants.

 

Dans la cour de récré de l’école de la République – l’école Robespierre, à Nanterre- où j’étais scolarisé, le lendemain, pour « en être », il fallait avoir vu le film extraordinaire de la veille. Il était assez souvent américain. Qu’est-ce qu’ils étaient forts, ces Américains !

Trente ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale que je n’avais pas connue, moi-même, je m’en apercevais régulièrement.

 

Les Westerns, les films policiers et Tarzan «  l’homme-singe », les feuilletons américains, avant les dessins animés japonais du genre Goldorak c’étaient mes Reines des Neiges, à moi. Avec les films de Bruce Lee. Et, quelque part dans un coin… le boxeur Muhammad Ali auquel le kebab Ali Boumayé dans le film Misérables de Ladj Ly fait référence ( pour son combat au Zaïre en 1974 face à Georges Foreman : voir le documentaire When we were kings. on peut aussi lire l’article Les misérables 2ème partie )

 

A cet âge où je découvrais les Westerns, celui de l’école primaire, je ne connaissais pas encore la portée symbolique d’un James Brown ou d’un Bob Marley : plusieurs de leurs disques vinyles faisaient partie des attributs paternels. Ceux de Bob Marley passaient le plus souvent lorsque j’étais en âge de me souvenir. L’album Rastaman Vibration, particulièrement, à la fin des années 70. 

Et, c’est plus tard, vers la préadolescence puis vers l’adolescence que j’ai entendu parler puis découvert des auteurs comme Richard Wright ( Black Boy), Chester Himes ( La Reine des pommes), James Baldwin et des militants comme Martin Luther King, Malcolm X, les Black Panthers , tous noirs ou négro-américains. A part Nelson Mandela et Steve Biko. Je ne connaissais pas d’autre leader politique africain ou antillais. Côté littérature et poésie, je connaissais « un peu », Aimé Césaire, Frantz Fanon, la Négritude mais j’étais déjà lycéen. Et les Etats-Unis d’Amérique étaient encore pour moi un pays magnifique : La référence.

C’était le Pays où de grands hommes et de grandes femmes (dont Angela Davis) avaient combattu le racisme. C’étaient aussi des athlètes noirs américains qui, lors des jeux olympiques de Mexico, en 1968, avaient levé un poing noir ganté lors de la remise des médailles olympiques pour protester contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis. Tommie Smith, Lee Evans, John Freeman….

C’était la Première Puissance Mondiale. 

 

 

A part dans les Westerns que je regarde beaucoup moins depuis des années, les Indiens d’Amérique ne m’intéressaient pas plus que ça. Même s’il y a bien eu le cours d’Indian Studies à l’université durant une année. Mais c’était il y a trente ans. Et je n’ai pas poussé plus loin par la suite même s’il m’en reste quand même des souvenirs précis quand j’y pense :

Notre professeur Nelcya D…, pourvue d’une autorité et d’une personnalité marquantes, avait organisé une rencontre avec certains Amérindiens.

Je me rappelle d’un de ces artistes amérindiens à qui l’on demandait à nouveau s’il avait vu le film Danse avec les loups de et avec Kevin Costner ( je n’ai toujours pas vu le film). Celui-ci avait répondu avec un peu d’ironie : ” It is the big question today !” ( ” C’est décidément la grande question du jour!”). 

Mais après avoir obtenu difficilement cette UV – face à la redoutable Nelcya D… qui, pour l’épreuve orale de rattrapage, en me voyant arriver m’avait d’abord lancé un : ” Vous ! Je vous fais la peau !” –  je n’avais pas cherché plus loin dans ” l’Histoire” des Indiens d’Amérique. Ce n’est pas de la faute de mon ancienne prof d’université, Nelcya D, qui, dans les faits, m’estimait et me reprochait à juste titre d’avoir travaillé mes cours en dilettante :

Les Indiens d’Amérique ou les Amérindiens font un peu partie des Marcheurs blancs de l’Histoire humaine. Mais ce sont des marcheurs blancs, côté victimes et vaincus. Ils sont donc moins glamours sauf pour les clichés qu’ils nous permettent d’avoir à leur encontre. Et évidemment pour cette peur et cette honte qu’ils suscitent et que l’on veut voir relégué au plus loin. Comme tout étranger, tout migrant, tout SDF, tout déchet, tout marginal ou tout bâtard de la société peut susciter honte et peur à celles et ceux qui sont dans une certaine norme et font partie d’une certaine classe, d’une certaine caste ou d’une certaine race dite “supérieure” qui a “réussi” ou est en passe de ” réussir”. 

Via les Marcheurs blancs, je fais une allusion à la série Games of Thrones pour actualiser le propos en terme de fiction cinématographique car, dans les faits, les Amérindiens, eux, ont été rayés de leur propre Histoire et parqués au delà de murs et dans des réserves qui ne tombent pas. Ce sont plutôt les Amérindiens qui, génération après génération, depuis la dernière victoire militaire indienne en 1876 de Sitting Bull et Crazy Horse contre le Général Custer pourrissent en quelque sorte sur place sur le sol de leurs ancêtres.

 

Dans les bonus du dvd consacré à son « film » The Ride ( La Chevauchée) ,  la réalisatrice Stéphanie Gillard se dit en quelque sorte admirative devant la « résilience » et la « force » des Indiens. Elle s’étonne, aussi, devant leur absence de « colère » après avoir rappelé, entre-autres, l’interdiction qui a frappé les Indiens de pratiquer leurs religions et leurs langues de 1890 à 1970.

Mais elle dit aussi avoir envie de pleurer ” toutes les deux minutes” lorsqu’elle se trouve dans une réserve indienne devant l’injustice imposée aux Indiens. 

 

Dans The Ride, il est aussi fait mention de l’Allotment Act, loi par laquelle les colons européens, ont dépossédé les Indiens de leurs terres.

Encerclés par la puissance militaire et des Lois destinées à favoriser l’appropriation des terres indiennes par les colons, les divers peuples indiens présents sur le sol américain ont vu leur futur bandé par l’expansion et la « née-cécité » du rêve dit américain. Et ce rêve s’est aussi fait en violant des terres sacrées.

 

Dans les bonus du dvd, toujours, la réalisatrice Stéphanie Gillard explique qu’elle a tenu à être autre chose qu’une « énième blanche qui vient filmer des Indiens ». Il est vrai que Stéphanie Gillard a pour particularité d’être une femme blonde, ce qui aurait pu accentuer ce rapport de la «  femme blanche qui vient filmer des Indiens ».

 

Pour conjurer  ça, elle explique être venue rencontrer plusieurs fois au préalable- d’abord sans caméra- les sujets de son documentaire. Elle s’est appliquée à leur montrer des photos qu’elle avait pu prendre d’eux. Son équipe- réduite à deux personnes en plus d’elle- et elle ont partagé au mois de décembre le quotidien de ces Indiens Lakota lors de leur itinéraire en se reposant comme eux, par exemple, au moment des haltes, dans des gymnases.

Et, elle a fait le choix d’exclure les Historiens (souvent « blancs » précise-t’elle également dans les bonus) de son film pour laisser la parole aux Indiens même s’ils se trompent quelques fois en racontant leur Histoire.

 

L’édition Digibook Collector du dvd débute par ces explications :

 

«  En 1890, à la mort de Sitting Bull, le chef Big Foot et trois cents Sioux Lakotas fuient la cavalerie américaine avant d’être tués à Wounded Knee.

 

En 1986, Birgil Kills Straight faisait un rêve réccurent : des cavaliers d’aujourd’hui étaient à cheval sur la piste empruntée par Big Foot dans le Dakota du Sud. Avec Curtis Kills Ree et d’autres membres de la communauté Lakota, il décide de faire cette chevauchée de Bridger à Wounded Knee, et crée le Sitanka Wokiksuye ( Big Foot Memorial Ride).

 

Dix neuf cavaliers et deux véhicules de soutien font ce premier voyage, et le groupe grandit chaque année (….).

 

 

The Ride suit la commémoration de cette chevauchée à cheval effectuée en 1890.

«  Le trajet dure deux semaines et se termine le 29 décembre, date anniversaire du massacre ».  

 

J’ignore s’il faut y voir un signe particulier mais, alors que je dispose de ce dvd depuis plusieurs mois maintenant, c’est hier, ce 29 décembre 2019, un ou deux jours après avoir vu avec elle la fin de la série Game of Thrones,  que j’ai proposé à ma compagne de regarder The Ride avec moi. Je découvre cette coïncidence alors que je suis en train de rédiger cet article pour mon blog balistiqueduquotidien.com.

 

 

Cette chevauchée des Indiens Lakota devait se terminer en 1990. Mais en 1990, « plus de 350 cavaliers viennent, dont certains avec leurs enfants ». Et, ceux-ci souhaitent que cette chevauchée se poursuive. « Cela est normalement impossible après une cérémonie de levée de deuil ».

Devant « l’insistance » des cavaliers, l’événement est « relancé  en 1992 sous le nom de OomakaTokatakiya ( Future Generation Ride).  Le but de cette chevauchée est désormais, en plus de continuer d’honorer la mémoire des Indiens massacrés à Wounded Knee par le 7ème  régiment de la cavalerie américaine, de redonner confiance aux jeunes Indiens et de les aider à rassembler leur identité.

En regardant The Ride, on comprend assez vite ce que cette chevauchée peut avoir de difficile en pratique :

 

« Américanisés » (bonnet de la marque Under Armor, baskets Nike, téléphone portable, passion pour la X-Box ou…le Basket), sédentarisés, plusieurs des participants montent sur un cheval pour la première fois. Et puis, il peut faire très froid pendant cette chevauchée (jusqu’à moins 30 ou moins 40 degrés selon les années) qui consiste à parcourir un peu plus de 450 kilomètres désormais. Il y a quelques chutes. Mais personne ne porte de bombe sur la tête.

 

 

Le titre Buffalo soldiers de Bob Marley m’est alors revenu en tête. Lorsque je l’écoutais dans les années 80, et lorsque plus tard j’ai vu quelques images de sa vidéo, je ne comprenais pas vraiment son sens. Aujourd’hui, je comprends mieux. On est plutôt dans l’esprit du film Glory réalisé par Edward Zwick avec, entre-autres, Denzel Washington. Un film dont le sacrifice « héroïque » de soldats noirs pendant la guerre de sécession ne m’avait pas du tout donné envie de les imiter. Mais avaient-ils le choix ?

 

Par ailleurs, les Buffalo Soldiers auraient participé au génocide amérindien. Ce qui pourrait m’expliquer cette sorte « d’indifférence » ou de distance entre les militants (politiques ou écrivains) noirs aux Etats-Unis avec les Indiens et « l’Histoire » indienne. 

Donc on se retrouve comme Jon Snow avec Daenerys à la fin de Game of thrones. Même vivant, on ne s’en sort pas. On se sent maudit quoique l’on ait pu réaliser de « grand ». On peut donc chevaucher tel Jon Snow les neiges éternelles à la fin de Game of thrones ou comme certains de ces indiens dans The Ride, on continue néanmoins de tomber de très haut. 

 

Dans les bonus, la réalisatrice s’étonne de l’absence de colère des Indiens. Peut-être parce qu’ils sont aussi pacifiques que l’océan du même nom. Le navigateur Olivier de Kersauson parle aussi de cet océan dans un de ses livres.

 

La colère connaît deux expressions principales : contre soi-même ou contre les autres. Celle de Daenerys à la fin de Game of Thrones est malheureusement humaine.  Je la condamne et la regrette depuis ma place assise et confortable de spectateur. Même si j’imagine que d’autres, au contraire, ont trouvé Daenerys «  rock and roll » ou «  Punk », et approuvé totalement son tempérament passionné, libre et entier et face à un Jon Snow qui a pu être considéré comme falot et sans ambition. Il est vrai que pour lui-même, il y a longtemps que l’on n’a plus vu Jon Snow se mettre en colère dans la série Game of Thrones. Mais au moins peut-on le percevoir comme une personne sage même si ce terme peut déplaire et rimer pour certaines personnes avec « couard » ou «  irresponsable ».

 

A l’inverse, l’absence totale de colère de Guillaume Gallienne dans son Les Garçons et Guillaume, à table ! et l’extrême sympathie que cela a contribué à donner à son film m’a empêché, à un moment donné, d’être aussi enthousiaste que d’autres en le voyant. Je lui préfère la colère d’un Patrick Chesnais dans le Je ne suis pas là pour être aimé de Stéphane Brizé ou d’un Luca Zingaretti dans Le jour du chien de Ricky Tognazzi. Mais on a beaucoup moins entendu parler de ces deux films. Et on préfère être en compagnie de celles et ceux qui, lorsqu’ils souffrent, savent se tenir et rester propres.

Et on peut dire que les Indiens de The Ride, eux, savent se tenir. Je partage la plupart des sentiments de la réalisatrice de The Ride pour celles et ceux qu’elle a rencontrés. Sauf que la colère des Indiens a été méthodiquement démantelée par les gouvernements américains successifs. Les Indiens sont aussi, aujourd’hui, en état d’infériorité numérique.

La résignation et la dépression, ça « aide » aussi à se tenir dans son coin. Pour pouvoir être en colère, il faut pouvoir s’appuyer sur la terre. Mais lorsque l’on vit en permanence sur la pointe des pieds tout près du vide, ou carrément dans le vide,  notre colère manque d’air pour s’agripper et s’exprimer.

Le film donne la priorité à la vertu thérapeutique de cette chevauchée. On n’y parle donc pas de l’alcoolisme, de l’usage d’autres drogues ou d’actes de violence ou d’abus condamnés par la Loi ( à part un père pour avoir fait brûler sa maison ). Mais dans les bonus du dvd, lors de son interview, la réalisatrice nous apprend que deux ou trois personnes présentes dans le film se sont suicidées depuis. Parmi ces personnes, un des jeunes donné en exemple à la fin du film qui avait déja participé à plusieurs de ces chevauchées et qu’elle nous décrit comme étant pourtant quelqu’un de “joyeux”.

Lors de The Ride, nous voyons bien quelques hommes abimés ou obèses et l’on se doute que certains des jeunes que nous voyons font plutôt partie, à l’école, des derniers de la classe. Mais la ténacité et l’humour veillent :

 

«  Ils ont perdu Dieu et croient qu’on l’a volé ». «  Tu sais pourquoi ils ont envoyé l’homme sur la lune ? Parce qu’ils ont cru que les Indiens y avaient des terres ».

 

Des Indiens ont engagé des poursuites judiciaires contre les Etats-Unis. Cela a duré des années. La cour suprême a donné raison aux Indiens. En compensation, la Cour suprême a proposé des indemnités financières. Les Indiens, eux, réclamaient leurs terres et non de l’argent. Comme le dit l’un des protagonistes de The Ride :

 

« Ils n’ont jamais pris le temps de nous écouter ».

 

 

Franck Unimon, lundi 30 décembre 2019.

 

read more

Jours de grève

»Posted by on Déc 29, 2019 in Argenteuil, Echos Statiques | 0 comments

Jours de grève

 

                                                          Jours de grève

 

 

Le mouvement des gilets jaunes a débuté il y a un peu plus d’un an maintenant( Crédibilité).  

J’ai lu quelque part qu’il y aurait 8000 manifestations par an en France et que les faire “encadrer” par les forces de l’ordre coûterait 150 millions d’euros à l’Etat. Ce soir, je ne trouve pas mes “sources”. 

Depuis ce 5 décembre 2019, la grève des transports en commun en région parisienne a débuté. Là, je n’ai pas besoin de sources. Comme beaucoup, je m’adapte à cette grève des transports en commun. Je m’estime néanmoins moins pénalisé que d’autres par cette grève- dure- des transports en commun :

Je peux me rendre à mon travail à vélo en une quarantaine de minutes. Je peux me doucher à mon travail. Et un certain nombre de trains passe encore par Argenteuil à certaines heures de la journée. Argenteuil reste mieux desservie que bien d’autres villes  de banlieue et mieux aussi que certains coins de Paris.

Depuis le début de la grève des transports, seules les lignes de métro 1 et 14, les deux seules lignes entièrement automatisées, ont vraisemblablement continué d’acheminer des passagers comme si de rien n’était. La ligne 7 du métro a pu être active au bout de quelques jours. Et j’ai entendu parler de la ligne 5, peut-être, à certains endroits. Autrement, toutes les autres lignes de métro sont actuellement “mortes”. 

Certains bus sont présents. Et souvent bondés. Dans certaines rues de Paris, par moments, on peut ressentir une petite sensation de hâte, parmi tous ces piétons en surplus. C’est ce que j’ai ressenti avant les fêtes de Noël à la marche en me dirigeant vers la place Clichy depuis la gare St Lazare.

 

Pour moi, la raison de cette grève prolongée des transports en commun parisiens est destinée à protester contre la réforme des retraites. Le 5 décembre, les personnels des écoles et des hôpitaux publics faisaient également grève. 

 

Je crois que la longévité de cette grève des transports va changer l’état d’esprit de quelques personnes : par exemple, dans mon service, plusieurs de mes collègues viennent désormais à vélo au lieu de prendre les transports en commun. Un de mes collègues m’a appris qu’il pouvait être très difficile de trouver un vélib. Il regrettait d’avoir choisi l’option d’avoir pris un abonnement aux vélib en prévision de la grève. Il estimait qu’il aurait mieux fait de s’acheter un vélo.

J’ai appris par une collègue que les gens faisaient la queue pour faire réparer leur vélo à Décathlon. Cette collègue n’a pas eu de chance : deux crevaisons en deux jours. Elle avait reçu son vélo neuf trois semaines plus tôt. La première fois, à Décathlon, sa crevaison avait été réparée assez rapidement. La seconde fois, elle avait dû attendre 3h30. ” C’est 30 minutes par vélo” selon les propos d’un des employés de l’enseigne. Cette grève des transports doit rendre heureux les vendeurs de vélos et de trottinettes .

 

Avant cette grève, je n’avais jamais fait le trajet à pied jusqu’au travail depuis la gare St Lazare. Pourtant, j’aime marcher. Mais la “facilité” des transports en commun et leur caractère pratique m’ont souvent rattrapé. Même si j’essaie de plus en plus de rompre avec cet espace d’enfermement que peuvent être le métro, les couloirs du métro ainsi que les contrôles de ” titre de transport” et leurs auxiliaires  disséminés  : les portes de “validation”. 

Il est vrai que j’habite à une distance “raisonnable” de mon lieu de travail. A environ 14 kilomètres. Si j’habitais à Melun ou à Cergy, je m’abstiendrais d’essayer de venir au travail à vélo ou à pied. 

 

En me rendant au travail à pied depuis la gare St-Lazare, lorsque j’ai pris le train à Argenteuil, j’ai parfois eu l’impression que certaines personnes à vélo se sentaient particulièrement privilégiées par rapport à nous, les piétons. Je me suis dit qu’il suffisait de peu pour se sentir avantagé et aussi de très peu pour crever. Ce qui m’est arrivé d’ailleurs quelques jours plus tard en rentrant du travail. J’ai fini mon parcours en marchant à côté de mon vélo pendant deux kilomètres. Il faisait assez frais. Quelques cyclistes, dont une espèce de club ou d’association de cyclistes, m’a dépassé sans s’arrêter. Je ne leur en ai même pas voulu.

J’avais tout ce qu’il fallait dans mon sac pour réparer. Mais je suis assez peu manuel. Je me suis dit que le temps de trouver l’endroit de la crevaison et étant donné ma lenteur, j’avais plus de chances d’attraper une pneumonie.

Bon, j’ai quand même fait le nécessaire pour prendre le temps de réparer ma crevaison deux ou trois jours plus tard. J’ai même fait beaucoup mieux que ça :

Après avoir réparé ma crevaison,  j’ai gonflé ma chambre à air. Mais je n’étais pas satisfait. Je l’ai gonflée davantage. Mais quelque chose me gênait. Je trouvais que le pneu ne restait pas assez gonflé. Donc j’ai gonflé encore un peu. La chambre à air a éclaté. Je ne crois pas l’avoir (trop) gonflée. Je crois que cette chambre à air avait fait son temps. Heureusement, j’avais une chambre à air toute neuve de rechange avec moi. Et quand je l’ai gonflée, elle,  son comportement m’a satisfait. 

 

Le 10 et le 11 décembre, j’ai pris les transports en commun pour aller à Paris. Nous sommes le 29 décembre mais mes photos ” dans” les transports en commun datent du 10 et du 11 décembre. Je n’en n’ai pas pris d’autres depuis : je me suis peut-être déja un peu “habitué” à cette grève des transports.

Le 10 décembre, je suis allé à Paris pour voir en projection de presse, le premier long métrage d’Abdel Raouf Dafri: Qu’un sang impur…  . Je suis allé le voir avec une amie dont c’est l’anniversaire demain si je me souviens bien.

Cela aurait sûrement été “mieux” d’avoir des photos plus récentes de cette grève des transports en commun mais je me dis que c’est déja “bien” d’en avoir quelques unes pour cet article. Avant que l’année 2020 nous entraîne sur ses rails. Ce sont peut-être quelques uns des derniers clichés que j’ai pris avec mon Canon G9X Mark II que je crois avoir perdu car je ne le retrouve pas.  

Franck Unimon

A la gare St Lazare, ce 10 décembre 2019.

 

En chemin vers la projection de presse de ” Qu’un sang impur” d’Abdel Raouf Dafri. Comme on peut le voir, la grille de la station de métro Miromesnil est baissée.

 

Au milieu de l’embouteillage, des personnes qui ont sans doute pris le parti de se déplacer à vélo.

 

 

 

 

 

Après la projection de presse de ” Qu’un sang impur”, sur les Champs Elysées, vers 18h/18h30 ce mardi 10 décembre 2019.

 

Ce mardi 10 décembre 2019 sur les Champs après la projection de ” Qu’un sang impur”.

 

 

Aux Halles ce mercredi 11 décembre 2019, c’est plutôt rare, en pleine journée de voir cette station aussi “vide”. Même si j’ai un peu triché pour éviter de prendre quelqu’un en photo, il y a toujours du monde à cette station en pleine journée.

 

Les Halles, ce 11 décembre 2019.

 

Aux Halles, ce 11 décembre 2019.

 

Station Les Halles, le 11 décembre 2019.

 

read more

Qu’un sang impur…

»Posted by on Déc 13, 2019 in Cinéma | 0 comments

Qu’un sang impur…

 

Actress, Linh-Dan Pham.

 

                                                Qu’un sang impur….un film d’Abdel Raouf Dafri. 

 

 

 

 

« Donne-moi la bonne clé ».

 

C’est ce que demande le colonel Andreas Breitner (l’acteur Johan Heldenbergh), « ancien » de la Guerre d’Indochine, à Soua Ly-Yang ( l’actrice Linh-Dan Pham), femme du peuple Hmong, qui semble son reflet autant que sa compagne. Plus tard, Soua Ly-Yang expliquera à la jeune résistante algérienne, Assia «  Bent » Aouda ( l’actrice Lyna Khoudri) qu’elle a accepté de suivre le colonel Andreas Breitner et l’armée française car :

 

« Les Chinois et les Vietcongs ne nous aiment pas ! ».

 

Mais avant de voir cela, le premier long métrage d’Abdel Raouf Dafri se sera ouvert dans l’Algérie «française » de 1960. Oui, « ouvert ». Si à première vue, Qu’un sang impur cherche la clé qui pourrait permettre à l’Algérie et à la France de mettre un terme à leur carrière guerrière, le film a cette ambition universelle qu’un poète – dont j’ai, pour l’instant, oublié le nom- avait un peu résumé par cette phrase :

 

« Délivre-moi de la nuit de mon sang ».

 

Plus militaire que poète, Le colonel Andreas Breitner, lui, n’oublie pas ses guerres, sortes de terres «no-limit » auxquelles il a survécu. Mais celles-ci l’ont vaincu et le tiennent entre deux frontières :

 

Il subsiste à l’état civil mais à l’étouffée. Par contre,  il retrouve son envergure dans le conflit de l’Algérie qui n’est pourtant pas « sa » guerre. Même si les guerres ont souvent plus d’héritiers que de propriétaires, c’est peut-être dans cet envers du décor, ou ce revers de sa médaille, qu’il peut le mieux se refaire. Ce qui est une croyance très courante. Car, face à lui, bien-sûr, il trouvera d’autres «cartes » humaines qu’au fond, il connaît trop bien, quelles que soient leurs dimensions, leur visage, leur âge, leur couleur, leur religion ou leur sexe. Puisque la guerre, qu’elle accroche son souffle en Algérie ou ailleurs, transporte les êtres vers les mêmes erreurs promises et sert aussi de révélateur :

 

Actor, Salim Kechiouche.

 

 

Ainsi, le leader Mourad Boukarouba (l’acteur Salim Kechiouche, qui étonne encore après son rôle dans Mektoub My Love de Kechiche) d’abord héroïque, insère ensuite une intransigeance qui le rapproche du fanatisme ou du souvenir d’un meneur peut-être à l’image du colonel Amirouche, Terreur de l’armée française lors de la guerre d’indépendance de L’Algérie. ( le colonel Amirouche a été abattu en mars 1959 pendant la guerre d’Algérie).

 

De son côté, le sergent-chef Senghor arabophone, lui, (l’acteur Steve Tientcheu), pourrait dire :

 

« Les Arabes et les Blancs ne m’aiment pas… ». Soit le prolongement de la thématique du racisme dont Soua Ly-Yang ( l’actrice Linh-Dan Pham) est la victime après, « bien-sûr », les Arabes et les musulmans dans l’Algérie coloniale de l’époque. Nommer ce personnage Senghor est sûrement une référence à la Négritude et à l’indépendance du Sénégal dans les années 60, histoire commune avec l’Algérie et tant d’autres pays et cultures. Ainsi qu’à la capacité culturelle de l’Afrique noire. Pourtant, le mot -vautour«  Négro » sera prononcé ( au lieu du terme « Karlouche », ce qui m’a beaucoup étonné) contribuant à donner l’occasion à l’acteur Steve Tientcheu d’avoir une stature un peu comparable à celle du personnage de Wallace Marcellus dans le Pulp Fiction de Tarantino. Et Abdel Raouf Dafri de rappeler que, oui, même en France, un acteur à peau très noire, cela peut être très cinématographique.

 

On parle de Senghor dans les années 60. Mais le film cite aussi Camus. Et si l’on parle de Camus, à l’époque, on est aussi obligé de parler de Sartre. Car plusieurs des caractères de Qu’un sang impur semblent incorporer les positions de ces deux intellectuels de référence à l’époque qui furent d’abord amis puis rivaux en raison de leurs avis divergents à propos du conflit entre l’Algérie et la France. Mais vidons rapidement tout malentendu de cet article concernant Camus et Sartre :

 

Qu’un sang impur compose plusieurs des codes du film d’action. Par moments, on est même dans le genre du Western. Il y a aussi un peu d’humour ( noir et serré, bien-entendu).

Le film évoque Camus- et Sartre par opposition- en évitant la démarche paludéenne de la dissertation scolaire. Dans Qu’un sang impur… on est entre la possibilité d’accorder sa «miséricorde » ou de choisir d’avoir…les mains sales. Voilà pour Camus et Sartre.

 

Actor, Johan Heldenbergh ( Left); Actor, Olivier Gourmet (Right)

 

 

En tant que film, si l’on peut à peu près situer Qu’un sang impur en tant que production française entre le Indigènes de Bouchareb et Les Misérables de Ladj Ly, le personnage du colonel Delignières (l’acteur Olivier Gourmet) devrait aussi facilement réussir à rappeler à quelques uns le colonel Kurtz joué par Marlon Brandon dans Apocalypse Now. Mais Gourmet ne singe pas Marlon Brandon : Nous sommes bien en Algérie et pas chez Francis Ford Coppola lorsqu’il « apparaît ». Et sa prescience du jeu combinée à celle des autres acteurs et de plusieurs idées de mise en scène permettent à Qu’un sang impur… malgré plusieurs « flottements », de mettre devant nos yeux des petits miracles.

 

 

Défendre la vie avec des cendres. En nous rappelant en 2019,  l’influence de la pensée et de l’engagement d’un Camus ou d’un Sartre, Qu’un sang impur nous dit peut-être aussi que les intellectuels d’aujourd’hui ressemblent davantage à des mannequins  sublimés par leurs marges bénéficiaires. Et il nous parle peut-être aussi d’un penseur comme René Guénon qui, en 1946, écrivait La Crise du monde moderne , livre dans lequel il affirmait par exemple :

 

« Un des caractères particuliers du monde moderne, c’est la scission qu’on y remarque entre l’Orient et l’Occident ».

 

Parler du sang et faire parler le sang versé et emmuré dans la société française. Assez peu de productions s’encordent à ce genre de sujet dans le cinéma français afin de montrer leurs effets indésirables  (pour qui ?) sur la France d’aujourd’hui.  Car comme le montre une scène du film Qu’un sang impur :

 

«  Attention, mines ! ».

 

Plutôt que de détourner la tête et de remettre à demain l’opération- vaste- de déminage de la société algérienne et française, Abdel Raouf Dafri, a choisi avec son premier film de réalisateur de monter en première ligne.

 

Actor, Steve Tientcheu ( Left); Actress, Linh-Dan Pham; Actor, Pierre Lottin; Actor, Johan Heldenbergh ( Right).

 

Qu’un sang impur…sera dans les salles de cinéma à partir du 22 janvier 2020.

 

QUUN-SANG-IMPUR_TEASER_HD_H264_VFSTF

 

J’avais introduit cet article avec l’article Projection de presse . Mais on pourra également compléter sa lecture avec l’article Les misérables 2ème partie . 

Ainsi qu’avec l’article Journal 1955-1962 de Mouloud Feraoun

Franck Unimon, ce vendredi 13 décembre 2019.  

 

 

 

 

 

 

read more

Projection de presse

»Posted by on Déc 12, 2019 in Cinéma | 0 comments

Projection de presse

 

 

                                           Projection de presse

 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il est très rare que je me rende à la projection de presse d’un film, un bon mois avant sa sortie en salles, avec l’une des sœurs du réalisateur. Habituellement, je n’ai pas de lien personnel direct ou indirect avec les auteurs et les acteurs de ces films que je vois à part le fait d’avoir pu croiser , quelques fois, quelques unes ou quelques uns d’entre eux . Cette fois-ci, c’est différent.  

Le film, Qu’un sang impur…sortira le 22 janvier 2020. Il a été réalisé par Abdel Raouf Dafri qui s’est fait connaître en tant que scénariste des films Un Prophète ( 2009), Mesrine ( 2008) mais aussi, par exemple, pour la série Braquo ( à partir de 2011). Je parle ici des œuvres cinématographiques auxquelles il a participé et que j’avais vues à leur sortie. Ma préférence va à Un Prophète  (j’aime le cinéma d’Audiard depuis Regarde les hommes tomber) et aux deux Mesrine.

Quinze ans plus tôt, peut-être plus, j’ignorais qu’un jour je serais dans cette situation. Pourtant, maintenant que ça me revient, j’ai déja connu ce type de situation un peu invraisemblable :

Deux fois en faisant un stage dans le service de réanimation où ma mère travaillait comme aide-soignante. Une fois aux urgences psychiatriques, en voyant débarquer en tant que patient, un de mes amis de promo qui m’avait raconté sa fuite de l’Iran après une marche éprouvante guidée par un passeur. Une autre fois encore, dans un service d’hospitalisation psychiatrique, où infirmier intérimaire, j’étais tombé nez à nez avec un de mes anciens camarades de lycée, également patient, alors qu’une collègue infirmière titulaire,  devant les images télé de la guerre du Golfe et de Saddam Hussein avait lancé :

“Mais qu’ils leur foutent une bombe !”. 

 

 

Je reproche à la série Braquo – que j’ai aimée regarder- son côté un peu trop « clinquant » (pourtant, j’aime les films d’Oliver Marchal) mais aussi d’être arrivée après la série Police District.  Police District est une très bonne série française  que très peu de personnes connaissent (comme la série Engrenages) alors qu’elle était passée en clair à la télé sur M6, je crois, et qu’elle était une bien meilleure gravure sociale que Braquo. Peut-être parce qu’Hugues Pagan, le scénariste de Police District, est d’abord un très bon auteur de polars après avoir été flic. J’ai découvert très récemment, par hasard, qu’Hugues Pagan était né en Algérie. Ou peut-être l’avais-je oublié…

 

Tout cela, je l’écris pour moi- comme tout ce que l’on écrit d’ailleurs- parce-que cela me fait du bien et que j’en ai visiblement besoin même si, fondamentalement, ça n’apporte rien a priori. Sauf, peut-être, pour reparler du hasard de la vie. Je suis aussi très attaché au hasard. Et, comme le dit le marabout Papa Sanou au jeune « faussaire » Armand (dans le très bon film, Seules les bêtes de Dominik Moll, actuellement en salles) :

 

«  Le Hasard, il est plus grand que toi ! ».

 

 

Une scène du film ” Qu’un sang impur…” avec, au premier plan, l’acteur Steve Tientcheu, la jeune “Chahida”, l’actrice Lyna Khoudri, l’acteur Johan Heldenbergh, l’actrice Linh-Dan Pham puis l’acteur Pierre Lottin.

 

 

Il est très rare aussi qu’en me rendant à une projection de presse, je sois autant en avance (d’une bonne demie heure) et que je m’entretienne un petit peu avec une directrice de casting puis avec un programmateur de salles de cinéma :

 

« Comment devient-on directrice de casting vu qu’il n y a pas d’études spécifiques ? ».

  • Au départ, je travaillais dans la prod comme assistante de production puis un réalisateur m’a demandé de m’occuper de son casting….

 

Sur les Champs-Elysées, ce mardi 10 décembre 2019, après la projection de ” Qu’un sang impur…”

 

Il est aussi très rare qu’en pleine période de grève – très suivie- des transports et d’autres corps de métier, pour protester contre la réforme des retraites décidée par le gouvernement, je discute (toujours avec cette même directrice de casting) de la façon de se rendre (à pied) depuis le 18ème arrondissement de Paris jusqu’à cette projection de presse près des Champs Elysées. A l’entendre, cela lui avait pris trente minutes. Pour avoir effectué le trajet après la projection de Qu’un sang impur… (j’ai mis un peu plus de 90 minutes en prenant mon temps), je me demande encore par où elle est passée et à quelle allure elle marchait, elle qui m’avait dit avoir pris son temps.

 

 

Le programmateur de salles de cinéma, lui, m’a fait le plaisir de me dire que le nom de mon blog, balistiqueduquotidien, lui était familier. Je l’ai fait répéter. A moins d’être très connu ou de savoir attirer des milliers de vues, je crois que le blogueur est une espèce de très courte durée (deux ou trois ans) ou un exploité du clavier performant ses actions sur les réseaux sociaux plus de douze heures par jour, sept jours sur sept. Pour ma durée de vie en tant que blogueur, ma deuxième année a débuté fin octobre, début novembre. Et cela fait à peu près deux semaines que je n’ai rien produit sur mon blog. Deux semaines d’absence sur le net- même s’il est rare que je m’absente aussi longtemps- c’est très long. Mais j’avais d’autres priorités. D’autres conduits vers la vie dont il m’a fallu tenir compte. Et puis, je me rappelle ce matin ce proverbe que je crois asiatique :

 

« Le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui ». 

 

Je ne sais pas encore si ce genre de proverbe s’accorde très bien avec une carrière accomplie de blogueur ou d’artiste. Je ne suis pas très pressé de le savoir même si je trouve par moments que je donne beaucoup de mon temps – et de mon envie- à mon blog et que les retombées, hormis un plaisir immédiat, me semblent encore abstraites :

 

Je suis très très loin des « royalties » des dix mille vues. Je me méfie de plus en plus de cette très forte addiction ou compulsion sociale qui nous pousse à participer (même si j’y contribue également)  quotidiennement à cette activité étrange qui consiste à avoir « besoin » de recueillir son pain quotidien en nombre de « j’aime », de « like »,  de commentaires, de MMS, de mails ou de sms afin de nous sentir, « bien », « mieux » ou « un peu moins seuls ».

 

La spontanéité, bien-sûr, c’est très bien. Dans la vie comme sur le net et via les sms et les MMS. Mais il est néanmoins encore difficile pour moi- même si j’ai bien repéré deux ou trois cliniques qui font ça très bien apparemment- de me transformer en pieuvre et d’étendre mes multiples tentacules en même temps sur le clavier et dans mes diverses actions quotidiennes, personnelles et professionnelles. Aussi, pour l’instant, n’ai-je pas d’autre possibilité que de continuer de prendre mon temps lorsque j’écris pour mon blog et ailleurs. Et d’écrire long. Car inutile de s’installer dans le déni:

 

Si j’aime faire certains raccourcis dans la vie comme dans mes articles, j’écris long pour le net et pour toutes ces personnes qui veulent divorcer rapidement de la lecture leurs yeux à peine posés sur le corpus d’un texte. Moi-même, il est bien des journaux que je lis en zig-zag en me concentrant sur certains articles qui m’attirent d’abord. Et, je sais que j’ai déja plus de livres- et de dvds- à lire et à regarder chez moi que de vie restante.

 

Le caractère personnel de la projection de presse de Qu’un sang impur compte pour moi, je crois, parce que, d’une manière générale, blog ou pas blog, sms ou pas sms, internet ou pas internet, sœur de réalisateur ou pas sœur ( “passeur” ?) de réalisateur, projection de presse ou pas projection de presse, je suis attaché à ce qu’il y a de personnel dans la vie  comme je suis attaché au hasard. On peut le louer. On peut le contester. Je sais pour ma part que je ne suis pas le plus doué en stratégie (je n’ai même pas pensé à donner le nom de mon blog à la directrice de casting ! ), en calcul, comme en économie quels que soient mes atouts. Et c’est peut-être pour ces raisons que je publierai mon article ( j’en ai écrit les premières lignes) sur Qu’un sang impur bien avant sa sortie en salles. Soit ma façon, aussi, d’être spontané et de laisser le hasard décider.

 

Franck Unimon, ce jeudi 12 décembre 2019

read more