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Elephant Man

»Posted by on Oct 15, 2019 in Jeu | 0 comments

Elephant Man

 

Elephant Man Mis en scène par David Bobée

 

Il y a si longtemps que l’on croit les connaître, désormais, ces deux rochers accrochés à la notoriété en même temps qu’arrachés à la sobriété :

 

En 1985-1986, Béatrice Dalle était l’étincelle que Jean-Jacques Beineix, le réalisateur de 37°2, avait attendu, persuadé qu’elle était quelque part alors qu’il la cherchait toujours pour son film après avoir « vu » auparavant bien des actrices.

Dalle n’avait pas pris de cours de théâtre et n’avait pas fait escale dans une école de cinéma. Elle avait quitté sa province, en bisbilles avec sa famille, avant ses 16 ans. Et c’est elle que Beineix avait choisie. D’accord, elle n’avait pas une ride et était très belle. Mais elle était surtout sans bride.

Ensuite, après le très grand succès de 37°2 (qui rendra également célèbre son auteur, l’écrivain Philip Djian ) elle s’était insérée dans la partition de divers films d’auteur. Parmi lesquels, le Trouble Everyday ( en 2001) de Claire Denis avec Alex Descas mais aussi A l’intérieur ( en 2007) de Julien Maury et Alexandre Bustillo qui annonçaient peut-être l’adaptation ( très bien approuvée par la critique) de Lucrèce Borgia par David Bobée à nouveau à la manœuvre avec ce Elephant Man.

Aujourd’hui, on connaît bien plus Béatrice Dalle et Jean-Hugues Anglade (l’autre acteur principal de 37°2 ) que Jean-Jacques Beineix, pourtant un des réalisateurs prometteurs des années 80-90. Celui-ci a fait un certain retour sur sa carrière cinématographique dans son livre Sur les chantiers de la gloire.

Mais on connaît « bien » Dominique Besnehard qui avait aussi été l’agent de Béatrice Dalle à l’époque de 37°2 et les années qui ont suivi. Agent d’acteurs pendant des années, également acteur par exemple pour Pialat, producteur, inspirateur de la série Dix pour cent et Président , depuis ce mois de septembre, de la commission d’Aide sélective à la distribution de films au CNC, Dominique Besnehard a aussi raconté dans son livre Casino d’hiver son amour pour sa Béatrice Dalle. Et comment il était parti la chercher alors qu’elle s’écumait dans la drogue avec son Joey Starr, alors son compagnon, bad boy, et un des piliers Rap du groupe NTM.

Pourquoi le pseudo « Starr » ? En mémoire de ces esclaves qui, un jour, trouveraient ou atteindraient leur bonne étoile. Une étoile de mer, c’est souvent joli fut-elle celle d’un shérif, mais on oublie souvent dans le sable qu’elle fait aussi partie des espèces carnivores. Joey Starr-Didier Morville-ex/ Jaguarr Gorgone, de son côté, a aussi connu une carrière dissonante.

Dans sa première autobiographie, Mauvaises fréquentations, il raconte aussi devoir une partie de ses succès à des rencontres qu’il n’aurait jamais dû faire dans un schéma dit normal. Je l’ai déjà écrit dans un de mes articles antérieurs:

Il aurait été très difficile dans les années 90 d’imaginer que Joey Starr, aujourd’hui, serait le comédien recherché qu’il est que ce soit au cinéma ou pour des séries télévisées. Pour ma part, il y a plus d’une dizaine d’années, je le donnais mort avant ses quarante ans au vu de certains de ses excès très médiatisés. Ma pudibonderie et mon ignorance incrustées jusque dans le fond de mes dents m’ont largement donné tort. J’aurais peut-être mieux fait, comme Joey Starr à une époque, de me faire poser des dents en or. Ça m’aurait peut-être aussi réussi. J’ignore ce que vous en pensez mais en attendant, Joey Starr, aussi, tout comme Béatrice Dalle, a eu une enfance rudoyée. Lui, comme Béatrice Dalle, aurait pu encore plus mal tourner que ce que l’on « sait » :

Si l’on considère leur image publique, plutôt que des créatures de rêve, Béatrice Dalle et Joey Starr sont des créatures de carnage. Personne ne s’étonnera si l’on parle d’eux comme de « bêtes de scène ». Et c’est comme cela qu’en 2019 on arrive très facilement à Elephant Man.

 

 

Mais Béatrice Dalle et Joey Starr ont aussi des armatures people. Cela crée vis-à-vis de Elephant Man un rapport ambivalent en allant le voir….aux Folies Bergères. Il est difficile de savoir si l’on y va en tant que ( pour) voyeur de notre propre folie- et de notre racisme- ordinaire parce que ce sont deux «vedettes » plus ou moins monstrueuses, sachant qu’aujourd’hui, dire d’un artiste qu’il est « monstrueux » est très flatteur.

Si l’on y va parce-que l’on aime leur jeu d’acteur et que l’on est curieux de voir l’alchimie de leurs deux présences scéniques « sachant » ce que l’on croit savoir de leur histoire commune et séparée.

Ou si l’on veut « voir » ce que peut donner sur scène le Elephant Man que l’on a vu au cinéma en noir & blanc réalisé par un autre David ( David Lynch dans les années 80). Même si, au départ, l’œuvre originale The Elephant Man avait été crééé par l’auteur américain Bernard Pomerance pour le théâtre.

 

Ces questions restent solitaires après la représentation car Béatrice Dalle et Joey Starr jouent du trouble véhiculé par leur image publique. Ce qui est le propre, généralement, de l’artiste ou de la personne qui a du coffre.

Béatrice Dalle, sur scène, dit par exemple sûrement avec une réelle jubilation :

« Je suis juste une femme qui compose dans un monde d’hommes » et « Ce que j’expose, c’est une illusion ».

Joey Starr/Elephant Man, quant à lui, ânonne, comme le lui enseigne son nouveau maitre, Frédérik Treves (l’acteur Christophe Grégoire ?), le jeune chirurgien londonien ambitieux et réputé :

« Si je vis selon les règles, je serai heureux » et « Les règles nous rendent heureux car elles sont faites pour notre bien ». L’entendre dire ça peut revêtir un aspect comique tant la « réussite » artistique et professionnelle de Joey Starr incarne, aussi, plutôt le contraire de cette croyance. Mais il répète seulement à voix haute, sur scène, ce que la majorité des citoyens du monde et de France consent à penser : La pièce qui dure apparemment près de deux heures trente est loin d’être vide.

Elephant Man est le contraire d’une pièce « people » dont le socle repose uniquement sur l’affiche Dalle/ Starr. C’est bien sûr très bien écrit.

Et il y a la scénographie : Bien qu’il y ait quelques anachronismes, nous sommes à la fin du 19ème siècle. Et ce décor clinique et froid qui imite la céramique impeccable réplique avec précision le craquement des camps de concentration qui « arriveront » un demi siècle plus tard ; le nucléaire ; la médiatisation du tueur en série avec la figure de Jack l’Eventreur ; et leur consanguinité cachée avec le monde médical, économique et occidental blanc tout puissant de cette fin du 19ème siècle qui nous asservit encore.

Pouvoir rampant, omniprésent et viscéral, cette pensée de fin du 19ème siècle secrète l’esclavage, la névrose traumatique des vétérans de guerre du 20ème et du 21ème siècle, du professeur David Banner hanté par son inconscient colossal, Hulk. Joey Starr, de par son personnage d’Elephant Man, endosse tout ça. Ainsi que le harcèlement, la condition des migrants d’aujourd’hui. Cela lui donne une allure christique. Une image qui m’a marqué de Joey Starr, sur scène, est ce moment où recouvert tout entier par une couverture, émerge uniquement sa tête. Il paraît alors avoir le corps d’un enfant chétif, avec une tête d’adulte, qui fait penser aux enfants dénutris, battus ou à…E.T. Mais avec sa cathédrale, il peut aussi rappeler le personnage de Quasimodo. Et pour “appartenir” à la science, il évoquera aussi la créature du Dr Frankestein. 

 

Dans au moins une autre scène, sitôt que ses bourreaux apparaissent la nuit, période où les cauchemars que nous retenons le jour nous échappent, hypnotisé, en transes ou fanatisé, Joey Starr/ Elephant Man entame une danse comme sur un manège durant laquelle il déclame tel qu’il a été dressé. Le décor, pour l’époque, est peut-être high tech et parfait tout comme peut l’être le décor stérile de l’informatique et des nouvelles technologies. Mais celles et ceux qui l’occupent, les hommes qui dirigent ce bloc et ce décor, sont déviants et le crament comme nous continuons de cramer le bloc et le décor de notre monde que notre regard – intercepté par des écrans- ne voit pas. Elephant Man doit guérir d’une tare qui lui a été imputée. Il doit expier. Même si ce sont ceux qui l’exploitent selon une éthique commerciale, scientifique ou morale – victorienne- qui sont tarés. Mais ils le sont trop et sont par ailleurs trop nombreux, organisés, et trop violents pour être arrêtés.

Bytes ( l’acteur Michaël Cohen), le premier « Maitre » d’Elephant Man, à l’allure plutôt virile, très assurée, et sans doute homme charmeur, est ainsi le croquis du proxénète, du compagnon et du père conjugal, du dealer mais aussi de l’homme dépendant soumis à la petite cuillère de ses rêves de gloire. Homme criminel, il est libre de ses mouvements et de ses jugements tandis qu’Elephant Man, innocent, servile, respectueux des règles et vulnérable, aura une vie de repenti enfermé : D’abord au cirque puis à l’hôpital.

 

Joey Starr est le comédien principal d’Elephant Man. Je crois que cela aurait été mieux qu’il conserve sa voix et son intonation habituelle même si, en les retrouvant à la toute fin, son personnage semble nous dire que, depuis le début, il nous a joué ce que l’on attendait de lui sur scène…comme dans la vie.

L’arrivée de Béatrice Dalle sur scène est une agréable surprise : on sait qu’elle figure dans la pièce, on l’attend et on se demande quand elle va se montrer. Et puis, elle arrive. Elle a un plaisir évident sur scène et dans le fait de jouer avec Joey Starr. Je suis plus partagé sur son jeu vers la fin lors de la mort d’Elephant Man/ Joey Starr.

 

 

L’arrière du décor est assuré par une large vitre panoramique qui permet de voir arriver et partir les personnages : Quelle belle perspective ! On dira que cela reflète aussi très bien notre monde de voyeurs, certaines back rooms, ou nous remémore que nous sommes des êtres de passage. Mais en terme de jeu, ce dispositif rappelle très bien comme jouer, c’est d’abord avoir une présence physique. D’ailleurs, lorsque Joey Starr/ Elephant Man sort définitivement de la scène après sa mort, juste avant d’entrer en coulisses, il est sorti de son rôle et ça s’est vu à sa façon de se tenir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec un duo Starr/ Dalle aussi « connu » et qui sait remplir l’espace, il est peut-être difficile de se faire remarquer à son avantage en tant que partenaire de jeu…. Si les comédiens qui interprètent  l’infirmière ( Clémence Ardoin?), le chirurgien Treves ( Christophe Grégoire?) “Jack l’éventreur” ou encore l’employé de l’hôpital ( Radouan Leflahi ? ) se démarquent , La danseuse XiaoYi Liu est celle qui y parvient le mieux :

Le temps d’un solo, elle évolue dans une dimension où personne ne peut la rejoindre ; animale, araignée éventrée, zombie, danseuse de Butô, elle fait ressusciter plus d’une fois nos cristallins. Que sa gestuelle soit minimaliste ou remorque tout l’espace. Heureusement que son solo le plus long dure seulement quelques minutes car il aurait pu nous faire oublier le reste. Je me demande ce qui a donné l’idée à David Bobée de l’inclure dans ce projet mais il a bien fait.

 

 

Franck Unimon, ce mardi 15 octobre 2019.

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Visage partiel d’un comédien. 2ème acte

»Posted by on Jan 7, 2019 in Jeu | 0 comments

Après mes  articles https://balistiqueduquotidien.com/le-fait-eric et   https://balistiqueduquotidien.com/visage-partiel-dun-comedien, il convenait de devenir concret et de rendre tout cela vivant en  apportant quelques images. Voici donc une première vidéo que certains d’entre vous connaissent déja.

Ma partenaire, Sandrine Cardon, alias Mme Popova, avait déja eu une vie avant cette scène que nous jouons ensemble : théâtre d’improvisation, journalisme….

Sandrine est également photographe, monteuse, désormais prof de théâtre et dispose sûrement d’autres cartes qui ont échappé à ma mémoire.

Quoiqu’il en soit, j’espère que le spectacle vous plaira ou vous captivera de nouveau si vous l’aviez déja vu.

Franck Unimon, ce lundi 7 janvier 2019.

 

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Visage partiel d’un comédien

»Posted by on Déc 28, 2018 in Jeu | 5 comments

Visage partiel d’un comédien

                                    Visage partiel d’un comédien

 

 

 

 

J’ai commencé à prendre des cours de théâtre à partir de la trentaine. J’ai alors estimé que j’en avais le droit. J’y pensais depuis le lycée.

J’ai connu trois profs de théâtre.

Véronique Antolotti a été la première à m’accepter dans son cours à Taverny. Même si,  en raison de mes horaires de travail de l’époque, je pouvais venir au cours hebdomaire uniquement une semaine sur deux. Pour ces raisons, avant elle, deux profs de théâtre m’avaient refusé dans leur cours à Cergy-St-Christophe. J’habitais alors à Cergy-Le-Haut.

Parmi les élèves de Véronique, j’étais donc celui qui effectuait le trajet le plus long. J’étais heureusement véhiculé. Je venais avec ma vieille opel Corsa.

Véronique Antolotti faisait déja partie de la compagnie Théâtre en Stock. Une compagnie réputée dans le Val D’oise, rompue au théâtre de tréteaux et à d’autres genres tels que le théâtre d’improvisation. Véronique avait un côté maternant. Lorsque nous avions du mal avec une scène, elle nous la donnait presque à la becquée en interprétant avec évidence ce qui l’était moins pour nous. Elle insistait sur l’importance de se faire plaisir en jouant. Je suis resté deux ans avec elle, je crois.

Aujourd’hui encore, je me la rappelle au parc de Cergy-préfecture. Sans doute lors du festival Cergy’Soit : elle jouait une femme enceinte exténuée, au bord de se soulager alors qu’elle allait enfin réussir à s’asseoir sur une chaise quand…. finalement, cette place lui était ravie. Sa libération à venir suivie de sa désillusion, tout avait été exprimé/décomposé/exposé au ralenti  sans un mot par son visage et son attitude corporelle. C’était il y’a à peu près quinze ans.

 

Ensuite, grâce à Bernard Fleury, un partenaire du cours de Véronique, j’ai rejoint la compagnie L’Orpailleur dirigée (sans doute crééé) par Christian Bordeleau à Paris du côté de Nation. Bernard prenait déjà des cours avec Christian. Le cours de Christian se terminait à 23h et je m’endormais contre la vitre dans le RER A en rentrant à Cergy-Le-Haut.

Originaire du Québec, Christian était arrivé en France avec une expérience certaine, qu’il avait continué d’élargir, dans le milieu du spectacle vivant. Tout en étant intermittent du spectacle à Disney, il n’en poursuivait et n’en poursuit par moins divers projets. Je suis resté deux ou trois ans avec Christian.

Avec lui, j’ai découvert que l’on pouvait faire du théâtre amateur sur scène à Paris avec une entrée payante pour le public. Il nous est arrivé de faire dix (peut-être plus) représentations de la pièce que nous avions travaillée. Comme nous avions un emploi pour la plupart d’entre nous, les dates étaient espacées sur environ un mois. Parallèlement, Christian met également en scène des comédiens professionnels et il nous incitait à venir voir ce travail. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de l’univers de Torch Song Trilogy par exemple. De temps à autre, il nous répétait:

« Ne vous jugez pas ! ».

 

Après avoir arrêté les cours avec Christian, j’ai participé à deux projets théâtraux professionnels au théâtre du Nord-Ouest.  Gaëtan Aubry, comédien professionnel, qui avait assisté Christian pendant une année m’avait parlé de deux jeunes metteurs en scène, Marion Carroz et Yaël Zlotowski, qui cherchaient des comédiens pour adapter La Comédie des erreurs de Shakespeare. J’ai passé l’audition. J’ai été retenu pour un rôle. Les comédiens professionnels étaient majoritaires dans ce projet. Si, sur scène, j’ai fait mon travail, d’un point de vue humain, j’étais intimidé par l’aisance de plusieurs de mes partenaires. D’un point de vue social, je me suis sûrement mal “vendu” . Erreur que j’allais répéter plus tard lors de mon expérience de journaliste cinéma avec Brazil ( voir mon article Cinéma 2 dans la rubrique Cinéma)

Néanmoins, Martine Delor, comédienne professionnelle, également impliquée dans la pièce La Comédie des erreurs, faisait partie de mes partenaires de jeu. Elle a ensuite pensé à moi lorsqu’elle a mis en scène Le Bourgeois africain toujours au théâtre du Nord-Ouest. Ces deux pièces ont dû être jouées, chacune, entre quinze et vingt fois.

J’ai aussi participé au projet de mon ami Pierre Cassard qui avait écrit sa pièce, Raguse An 01. Pierre était arrivé un an après moi au cours de Christian Bordeleau et nous avons sympathisé.

Nous avons joué sa pièce avec lui et deux autres comédiens au théâtre Darius Milhaud, une bonne dizaine de fois. Peut-être plus.

Grâce à une amie comédienne, metteur en scène et également prof de théâtre, Katia Redier, j’ai eu la chance de me rendre une fois en tant que spectateur au festival d’Avignon.

En 2013, j’ai revu par hasard un copain de lycée, aujourd’hui comédien professionnel : François Podetti. Notre précédente rencontre datait d’environ 20 ans plus tôt. J’étais, je crois, allé le voir jouer sur scène ainsi qu’un autre de ses amis de lycée, Ernesto, à la MJC Daniel Ferry à Nanterre.

En 2013, j’ai revu et reconnu François une première fois dans le métro parisien. Plusieurs mètres nous séparaient. Le métro était plein. Je me suis déplacé jusqu’à lui. François m’a ensuite répondu qu’il m’avait, lui, reconnu…à ma voix.

Puis, quelques semaines plus tard, je l’ai recroisé une seconde fois près de la gare St Lazare. A nouveau par hasard. Nous avons pris rendez-vous pour prendre le temps de nous revoir peu après.

Lors de notre troisième rencontre, François m’a spontanément parlé d’un de ses amis de lycée dont je parle dans mon article Lycée  (voir la rubrique Echos Statiques).  L’événement l’avait évidemment marqué.

Après m’avoir écouté, François m’a dit que ce serait dommage d’arrêter le théâtre au vu de mon parcours. Il m’a conseillé de reprendre des cours pour me remettre dans le coup.

C’est ainsi qu’au lieu de me réinscrire à un cours de guitare basse pour débutants, je me suis inscrit au conservatoire d’Argenteuil pour y suivre des cours d’interprétation théâtrale avec Michelle Brulé. Comme tous les aspirants, j’ai passé une audition.

 

Michelle Brulé m’a permis d’accéder à des cours traditionnellement réservés à des jeunes de 18 à 25 ans qui se destinent à devenir comédiens professionnels. J’en avais 45. Avec quelques autres séniors ou plus jeunes adultes, j’ai ainsi pu prendre part à la formation théâtrale dispensée dans un conservatoire. Pour la première fois, je me rendais à mes cours de théâtre à pied. Certaines et certains de mes partenaires de cours venaient de Paris, Enghien, Courbevoie, Sartrouville….

Je travaillais déjà de nuit lorsque cela a commencé avec Michelle et ma fille est née un mois après le début des cours avec trois mois d’avance.

J’ai néanmoins fait mes trois années de cours avec Michelle à raison, pour la dernière année, de 10 à 12 heures de cours par semaine. Une semaine sur deux, je me rendais au cours de quatre heures du lundi après-midi après avoir effectué deux nuits de travail. Une troisième nuit de travail m’attendait après le cours. J’ai plusieurs fois remarqué que la fatigue me permettait de mieux jouer même si elle avait aussi des petites incidences sur ma mémoire du texte.

Pour mon travail de fin de formation, j’ai écrit mon texte et fait un solo de 30-40 minutes. Je ne suis pas satisfait de la captation qui en a été faite. Je ne peux donc pas la montrer.

Avec Michelle, j’ai découvert encore un peu plus l’exigence. C’était stimulant d’interagir avec des plus jeunes qu’ils se destinent ou non à devenir professionnels. Et, il était gratifiant de pouvoir jouer sur scène au Figuier Blanc à la fin de l’année ainsi qu’à La Cave Dimière. Comme il a été gratifiant que Michelle fasse venir des professionnels extérieurs que ce soit pour regarder notre travail, voire nous filmer face caméra. Et il a aussi été instructif d’aller voir d’autres comédiens en formation à Paris avec un de ses amis, également professeur de théâtre et comédien. Et, avant cela, durant les trois années, de tâter du cours de chant avec Françoise et du cours de danse avec Giovanna.

A la fin de ma première année de cours, Michelle nous avait un peu parlé de son parcours. Après quelques années de théâtre au collège ou au lycée, elle avait débuté  sa formation vers 16 ou 17 ans en étant acceptée à l’ENSATT  ( Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre aussi connue sous le nom de ” Ecole de la rue Blanche” à Lyon). Ensuite, Michelle avait complété sa formation en intégrant le CNSAD ( Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique à Paris dans le 9ème arrondissement). Je n’avais pas perçu avec précision ce que cela impliquait hormis le fait que l’ENSATT comme le CNSAD sont  respectivement une école et un conservatoire accessibles à peu de prétendants. Mais en écrivant cet article, j’en prends un peu plus la mesure alors que je prends le temps de me renseigner ( 3% d’admis chaque année pour le CNSAD) . Et, c’est maintenant que j’apprends les noms de ces comédiens aujourd’hui plutôt indiscutables qui se sont également formés au CNSAD avant, pendant ou après la formation de Michelle. La liste est longue mais citons en quelques uns afin de se donner une idée : Muriel Robin, Jean-Hugues Anglade, Jean-Paul Belmondo, Vimala Pons, Vincent Macaigne, Atmen Kelif, André Dussolier, Céline Sellette, Pierre Niney, Jean Rochefort, Eric Ruf, Philippe Torreton, Grégory Gadebois, Zita Hanrot, Jeanne Moreau….

(L’entrée du CNSAD au 2, Bis Rue du Conservatoire à Paris dans le 9ème arrondissement. Photo : par Franck Unimon)

 

 

Après le CNSAD, pendant des années, Michelle a tenu  des rôles de jeune première dans des classiques du théâtre.  Elle a travaillé, entre-autres, avec Pierre Debauche. Elle a aussi fait des études de philo. Puis, vers la trentaine ou la quarantaine, elle s’est lancée dans une carrière de musicienne et de chanteuse Rock avec son accordéon. Elle est toujours comédienne.  Et, nous avons eu la possibilité de venir la voir sur scène alors qu’elle donnait sa création en solo.

 

Véronique, Christian et Michelle m’ont tous les trois étonné à plusieurs reprises par l’étendue de leur culture et la tenue de leur engagement personnel. A les voir, Il semble qu’évoluer dans le milieu du théâtre soit synonyme au moins de ces deux mots.

 

Depuis mes cours avec Michelle, terminés en 2016, j’ai fait un tout petit peu de figuration. Dans un long métrage de Lucien Jean-Baptiste, Dieu Merci (on a tous un rêve de gosse) grâce à Claire Diao, journaliste cinéma spécialiste du cinéma d’Afrique, co-fondatrice de la revue digitale AWOTélé . Je crois que Claire est également productrice. Entre-autres. Claire est également l’auteure du livre Double Vague. J’ai fait la connaissance de Claire alors que j’écrivais pour le site Format Court. ( je parle un peu de cette expérience dans l’article Cinéma2 dans la rubrique…Cinéma).

Depuis 2016, j’ai aussi fait un petit peu de figuration dans le court-métrage Na, tout pour elle de Djigui Diarra rencontré sur le tournage du film de Lucien Jean-Baptiste. Djigui poursuit son éclosion. Il a figuré dans le long métrage de Raoul Peck sur Karl Marx. Il continue de réaliser des courts métrages dans lesquels il joue tel que Malgré eux qui a remporté plusieurs prix.

 

J’ai aussi fait une brève apparition dans le long métrage de Pascal Tessaud : Brooklyn. Mais comme je l’avais expliqué à mon copain de lycée, François Podetti, je n’aime pas passer des casting. J’ai beaucoup de mal à me faire aux codes des casting. Cela m’ennuie. Je me rappelle de l’air aussi éberlué que compréhensif d’un comédien lors du tournage ( une scène de nuit) du court métrage Virée à Paname de Carine May et Hakim Zouhani. J’y faisais de la figuration et je venais d’expliquer que je n’aime pas passer des casting. Sage et pragmatique, ce bon comédien auquel je venais de m’adresser ( qui a un bon rôle dans le film Rengaine de Rachid Djaïdani ) m’avait répondu : ” Pourquoi pas ? Si tu as le réseau…”. Je n’avais pas de réseau particulier en tant que comédien. Plutôt des mèches ou des amorces. J’avais tout à faire.  Quand j’y repense, cela me rappelle une lointaine discussion avec mon grand-père lorsque celui-ci était encore vivant, sur la terrasse de sa maison à Morne-Bourg, en Guadeloupe. Muni de ma plus pénétrante intelligence, je venais de déclarer à mon grand-père que j’aimerais bien vivre en couple avec quelqu’un avec qui il n’y’aurait ni dispute ni désaccord. Magnanime, mon grand père m’avait alors répondu :

“Sa Pa On Mové Bitin”. ( Ce n’est pas une mauvaise chose). J’avais néanmoins décelé dans sa politesse un indice. Plus tard, j’ai compris que mon grand-père m’avait témoigné une certaine indulgence pour ma stupidité et mon ignorance. Allez savoir ! Ce comédien rencontré sur le tournage de Virée à Paname m’a peut-être dit les mots que l’âme de mon grand-père lui a alors soufflé. C’était il y’a trois ou quatre ans.

Or, depuis 2016, j’ai plutôt eu envie de souffler.  De me consacrer à l’écriture. J’étais supposé me consacrer à l’écriture d’un scénario. Finalement, pour l’instant, j’ai surtout été inspiré pour créer un blog…. et, avant cela, pour découvrir l’apnée. Ce qui est une façon de souffler.

 

J’avais prévu, à la fin de cet article, de poster une vidéo me montrant sur scène avec une de mes partenaires en 2016. Mais la vidéo, d’une durée de 16 minutes, est pour l’instant trop lourde pour être mise sur le blog. J’espère réussir à l’alléger  afin de la publier très rapidement.

 

 

Franck, ce vendredi 28 décembre 2018.

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