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Tu ne penses qu’à toi !

»Posted by on Sep 28, 2020 in Corona Circus, Crédibilité, Echos Statiques | 0 comments

Tu ne penses qu’à toi !

 

                                            Tu ne penses qu’à toi !

Depuis deux ou trois jours, les températures ont baissé. Nous avons perdu une dizaine de degrés.  

Il pleut.

Celles et ceux qui portent des lunettes de vue- en plus de leur masque de prévention anti-covid – ont désormais le regard partagé entre des crottes d’eau sur leurs carreaux. Et la buée.

 

Mais le moral est bon. Il est un peu plus de midi. Je viens de déjeuner. Je suis debout depuis 6h30 et c’est seulement maintenant que je vais pouvoir faire un peu ce par quoi j’aurais préféré commencer cette journée : Ecrire un article.

 

J’avais prévu d’écrire sur le film Rouge de Farid Bentoumi qui sortira le 25 novembre. Avec Sami Bouajila, Zita Hanrot, Céline Sallette et Olivier Gourmet pour parler des acteurs les plus côtés et connus du film. J’aimerais bien parler de mon expérience d’il y a plusieurs jours, maintenant, de Google Trad. Mais c’est impossible.

 

Hier après-midi, un dimanche, j’ai travaillé dans mon service. J’ai effectué un remplacement, payé en heures supplémentaires. J’étais volontaire. L’après-midi s’est bien passée. Nous avons même écouté des contes audios. J’avais prévu d’en proposer un seul. Nous sommes d’abord allés sur l’île de Gorée avec Djeneba la bossue. Puis en Bretagne avec Jean Carré.

 

Une jeune a voulu que je mette un troisième conte audio. Je suis resté avec elle, ce faisant, lors du conte De l’or et des dattes  qui nous a emmené en Tunisie. Tout en feuilletant le début d’un livre de Patricia Higgins Clark du service. Ainsi qu’un dictionnaire de rimes. J’ai beaucoup aimé le début du livre de Patricia Higgins Clark. Sa technique. Je savais qu’elle était une référence. Mais je n’avais rien approché de son écriture.

 

 

Un peu plus tard, j’ai regardé quelques passages de l’émission Super nanny avec cette même jeune. Je ne suis pas sûr que ce soit elle qui l’ait choisie. Les jeunes du service sont souvent des adeptes du zapping avec la télé. Et, quand je peux, j’aime regarder avec les jeunes le programme qu’ils ont choisi. Quand je suis capable de le supporter.

 

Super nanny rappelait certains principes lors de trois journées d’action dans une famille :

 

L’importance de donner des limites à nos enfants. En plus d’une certaine affection bien-sûr.

L’utilité de savoir faire diversion en cas de conflit avec son enfant.

La nécessité pour le couple de savoir se retrouver dans une certaine intimité sans les enfants.

L’importance, aussi, d’avoir du plaisir à être tous ensemble.

Le couple concerné avait deux filles. Une de 7 ans environ, et une, de trois ou quatre ans, qui, habituée à recevoir un traitement de « petite princesse », avait tendance à être tyrannique. Le père avait 34 ans. La mère, 28.

 

Je ne connais pas la formation ni l’expérience professionnelle de celle qui incarne Super nanny. Ni les critères de sélection des familles qu’elle part « aider ». Mais il y a un côté magique dans ses interventions. J’ose espérer qu’après son passage, cela continue de bien se dérouler dans les familles où elle est entrée.

 

 

Pendant le dîner, dans le service, nous avons participé à un autre type d’émission. Une émission assez fréquente :

Deux ou trois jeunes ont commencé à déblatérer sur le service ceci et le service cela. Une, sans doute, avait donné le tempo puis les deux autres ont suivi. C’est souvent comme ça que ça marche.

Le synopsis était le suivant : leur hospitalisation les empêchait d’avancer. C’était à cause du service (et de nous, les soignants) qu’elles allaient mal. Et qu’elles s’ennuyaient. Par conséquent, c’était de notre faute si elles fumaient plus de cigarettes. J’ai rappelé que c’était vrai : le service n’est pas le club Med. Mais que leur hospitalisation allait durer un temps puis s’arrêterait. Je suis aussi allé dans l’ironie :

J’ai suggéré que cela irait peut-être beaucoup mieux pour elles si nous les attachions nuit et jour ; si nous les surveillions constamment ; et si nous limitions leur nombre de cigarettes. Elles ont bien-sûr protesté.  J’étais dans mon rôle. Elles, aussi. Leur dîner terminé, elles sont toutes les trois parties fumer dans la cour en se blottissant l’une contre l’autre, assises par terre, près de la porte. Là où elles pouvaient se protéger de la pluie qui tintait sur le sol.

 

Quelques minutes plus tard, une des trois jeunes est venue nous voir, assez catastrophée. Elle se sentait angoissée.  Mon collègue l’a vue en entretien. Pendant ce temps-là, j’avais un œil sur les autres jeunes. Tout en débarrassant et  en lavant la table puisque nous n’avions pas d’agent de service hospitalier ce dimanche après-midi. Du fait, sans doute, de plusieurs arrêts maladie.

 

Ensuite, une autre jeune est partie aux toilettes. Je l’ai entendue vomir. Revenue de sa permission deux heures plus tôt, elle avait été toute fière de clamer qu’elle s’était enfilée une certaine quantité de sushis. A sa sortie des toilettes, je lui ai demandé :

« ça va ? ». Elle m’a répondu :

 

« Je viens de vomir mais à part ça, tout va bien ! ». Ce que j’ai traduit par :

« Tu poses des questions de merde et tu ne sers à rien ! Comme d’habitude…. ».

Au lieu de mal le prendre, je lui ai demandé :

« Qu’est-ce qui a pu te faire vomir ? ».

Elle : «  Je n’en sais rien ! ».

Moi : « Cela a peut-être un rapport avec les sushis ?…. ». Elle ne voyait pas le rapport et elle a filé dans la cour.

 

Dix minutes plus tard, la jeune angoissée qui allait mieux depuis son entretien avec mon collègue vient nous alerter, catastrophée :

La troisième est en train de faire « une crise d’épilepsie » par terre, dans la cour. Mon collègue et moi nous rendons sur les lieux. Recroquevillée, presque en chien de fusil, la troisième jeune a en effet des secousses des membres inférieurs. Il fait alors pratiquement nuit. Ses yeux sont fermés. Elle respire mais ne répond pas lorsque je lui parle et lui prends la main.

 

Les deux autres jeunes qui étaient encore avec elle quelques secondes plus tôt sont parties se réfugier à l’intérieur du service. Par terre, j’aperçois un paquet de tabac à rouler, des filtres et un briquet. J’apprendrai plus tard que ce matériel appartient à la jeune « aux sushis ».

Je dis à mon collègue de rentrer, afin d’être avec les autres jeunes, et d’appeler le médecin de garde qui se trouve être le chef de service.

 

Le chef de service arrive très vite. Je suis toujours accroupi près de la jeune à qui je tiens la main et à qui je m’adresse. Je ne suis pas inquiet même si elle ne me répond pas et que ses yeux restent fermés. De temps en temps, elle est prise de secousses des membres inférieurs. Depuis le début de la « crise », elle s’est mise d’elle-même en position latérale de sécurité. Même si c’est la première fois, pour ma part, que je la vois dans cet état, je me dis que cela va passer. Même si je ne sais pas combien de temps ça va durer. Je lui suggère plusieurs fois de s’asseoir. Je lui parle de la pluie qui va peut-être tomber. Et que cela ne sera pas très agréable pour elle de se faire mouiller par la pluie, par terre, comme ça. Pas de réponse. Je me tais aussi tout en continuant de lui donner la main. Je crois aussi que les trois jeunes, lorsqu’elles étaient ensemble à discuter dans la cour, se sont montées le « bourrichon ». Car je ne crois pas à une coïncidence : en l’espace de trente à quarante cinq minutes, toutes les trois, chacune son tour, s’est sentie mal.

 

Après quinze à vingt minutes, la jeune ouvre les yeux. A ce moment-là, resté silencieux jusqu’alors, le médecin-chef lui parle et l’encourage à se relever. Ce qu’elle fait calmement, sans dire un mot. Je me place un peu derrière elle afin de prévenir une chute éventuelle. La jeune retourne dans le service tranquillement et part s’asseoir près d’une table où elle commence aussitôt à écrire, je crois. Car elle tient un journal. Les deux autres jeunes se tiennent à distance comme si elles avaient vu un fantôme en la personne de leur « copine ». Celle-ci ne semble pas leur tenir rigueur pour leur attitude.

 

Mon collègue m’apprendra quelques minutes plus tard que, tous les jours, cette jeune fait ce genre de crise. Après avoir fait un résumé de l’après-midi à nos collègues de nuit, mon collègue et moi sommes rentrés à notre domicile.

 

Ce matin :

 

Ce matin, j’étais content de la façon dont les préparatifs de ma fille se sont passés pour aller à l’école. Pas de colère de part et d’autre. Nous étions en avance. Nous marchions main dans la main et je ne crois pas que nous nous parlions. Nous étions presque arrivés à l’école quand elle m’a dit :

 

« Tu ne penses qu’à toi ! ».

 

Je lui ai demandé pourquoi elle me disait ça.

Elle : «  Arrête ! Si tu pouvais te taire maintenant…. ». Et, elle de m’expliquer qu’elle ne supportait pas le bruit. Je me suis demandé si elle m’en voulait d’avoir été absent hier après-midi. Ou si elle me répétait des propos tels que « wesh » et d’autres termes que les mômes se transmettent. Pas de réponse. Je lui ai quand même rappelé que dire à son père de se « taire », ne passait pas. Elle s’est alors tue et s’est mise à marcher un ou deux mètres devant moi, pleine d’une certaine autorité. Cela fait des années que je lui connais certaines facilités avec l’autorité. C’est seulement que j’ignore ce qui, ce matin,  a déclenché cette soudaine manifestation d’autorité.

 

 

Devant les grilles encore fermées de l’école, ma fille s’est postée quelques minutes. Puis, elle est venue se mettre contre moi sans rien dire. J’ai refermé mon bras sur elle. Lorsque les portes de l’école se sont ouvertes, nos relations étaient de nouveau détendues.

 

Formulaire :

 

 

 Il y a plus d’un mois maintenant, fin août, le téléphone portable de ma compagne a capitulé. Nous avons décidé d’en acheter un nouveau. Je l’ai commandé sur le site de Darty. A un de ses « vendeurs partenaires ».  J’ai payé par carte. Le téléphone devait arriver au bout de quelques jours.

 

Après l’achat, j’ai appris que le téléphone venait de Hong-Kong. Et qu’il y allait y avoir du retard à la livraison. Au vu du contexte politique à Hong-Kong, j’ai compris qu’il fallait patienter.

Le 5 septembre, le « vendeur partenaire » m’a appris que le téléphone allait arriver dans un délai compris entre 7 et 10 jours.

Le 22 septembre, nous n’avions toujours pas reçu le téléphone. J’ai donc recontacté le vendeur qui m’a appris que nous avions reçu le téléphone….le 3 septembre. C’était ce que leur indiquait leur site. Et qu’il me fallait donc voir avec mon bureau de poste local.

 

Je suis allé à la poste près de chez moi la semaine dernière. Je m’étais trompé de référence et on m’a répondu qu’une réclamation sur place était impossible. Qu’il fallait passer par le 36 31. Ce que j’ai fait en rentrant. Là, après plusieurs minutes d’attente, j’ai fini par avoir quelqu’un qui m’a appris que c’était un colissimo qui m’avait été envoyé et non un chronopost. J’ai préféré remettre mes démarches à plus tard.

 

Ce matin, je suis retourné à la poste près de chez moi. On m’a répondu que, pour eux, aussi, le colissimo m’avait été remis le 3 septembre. C’est ce qui était indiqué sur le terminal de l’agent qui m’a reçu. Cet agent m’a néanmoins remis un formulaire de réclamation. Elle m’a bien proposé de joindre le 36 31 mais j’ai refusé !

 

J’ai rempli le formulaire sur place. Derrière moi, un homme d’une bonne soixantaine d’années expliquait avoir été envoyé à la Poste pour faire une réclamation pour un chronopost qu’il n’avait pas reçu. Le jeune agent qui l’a reçu lui a expliqué que la Poste ne gérait pas les envois de Chronopost. La Poste se contentait de vendre les produits Chronopost. Le client lui a demandé :

« Mais, alors, pourquoi m’a-t’on dit de venir à la Poste ?! ».

L’agent : «  Je n’en sais rien ! ».

 

Pour les démarches que j’ai à effectuer pour la réclamation, il me faut une connexion internet correcte ainsi que, sans doute, l’imprimante qui va avec. Même si, pour l’instant, j’ai la contrariété de l’argent déboursé pour ce téléphone portable et du temps déjà liquidé pour le récupérer ou me faire rembourser, je m’en sors mieux que d’autres.

J’ai un emploi. Un toit. Je mange à ma faim. Ma fille est scolarisée (d’accord, sa maitresse a déjà été malade une dizaine de jours pratiquement dès la rentrée mais elle est revenue depuis hier). Je suis plutôt en bonne santé. J’ai accès à la culture et à certains loisirs. J’ai une connexion internet décente. Et une imprimante qui marche. La France des gilets jaunes, du chômage et du crédit à tue-tête ne dispose pas de tout ça. Ou, alors, elle le paie très cher. Pourtant, avoir dû attendre près de six heures entre l’heure de mon réveil ce matin et le moment où j’ai pu m’asseoir et disposer de mon temps- et de ma vie- à peu près comme je le souhaite, et pour une durée limitée, me paraît un délai assez long. D’autant que je reprends mon travail seulement ce soir, à 21 heures.

 

 

Donc, heureusement que, quelques fois, je ne pense qu’à moi.

 

 

Franck Unimon, ce lundi 28 septembre 2020.

 

 

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Si le vent tombe-un film de Nora Martirosyan

»Posted by on Sep 21, 2020 in Cinéma | 0 comments

Si le vent tombe-un film de Nora Martirosyan

A gauche, Alain Delage ( l’acteur Grégoire Colin).

 

 

                                         Si le vent tombe  Un film de Nora Martirosyan

« L’armée aime la vitesse » dit un militaire à un jeune pompiste dans Si le vent tombe.

 

Cette phrase explique et immatricule peut-être la durée des guerres. Depuis des millénaires, chaque armée reste persuadée qu’elle va atteindre la première, à la vitesse de la lumière, et en solitaire, l’éther de la victoire.

 

Il faut huit heures de route, en taxi, au Français Alain Delage pour atteindre cet aéroport dont il est chargé d’évaluer la conformité. Il y a des parcours plus rapides. Alain, loin de chez lui, est ainsi convoyé dans une «  petite république autoproclamée du Caucase » peu connue où la guerre a servi tout en passant inaperçue : Elle avait été éclipsée par la guerre en Yougoslavie.

 

Un comité d’accueil plutôt chaleureux attend Alain à l’aéroport. L’aéroport, ou la « cathédrale » en raison de sa réussite architecturale , est  achevé et ressemble à ces programmes immobiliers en attente d’être livrés.  Pour la plus grande partie de la population de ce petit pays, militaires inclus, cet aéroport permettrait de s’ éloigner de la guerre et du passé. De s’ouvrir au monde.

 

Alain Delage est interprété par l’acteur Grégoire Colin.  Etonnamment, même s’il a continué de tourner depuis, j’ai l’impression que Grégoire Colin faisait davantage parler de lui en tant qu’acteur, durant les années qui ont coïncidé avec le conflit « yougoslave ». En particulier dans les années 90. Dans Si le vent tombe, désormais plus âgé et aussi un peu plus « épais », Grégoire Colin fait physiquement penser à la fois à l’acteur Benoit Magimel d’aujourd’hui (son aîné d’un an) mais aussi à l’acteur américain…Keanu Reeves. Son aîné de 11 ans.

Mais la réalisatrice Nora Martirosyan est originaire de l’Arménie où elle a vécu jusqu’à ses 23 ans.  Et son film Si le vent tombe est bien entendu plus proche de la réalité géopolitique de l’Arménie, de la Turquie et de la Russie que de la série de films John Wick qui vaut à l’acteur Keanu Reeves de revenir au premier plan cinématographique depuis 2014 après son triple « pontage » médiatique réalisé avec Matrix dans les années 2000.

Rappelons que l’Arménie actuelle a obtenu son indépendance officielle en 1991 et qu’elle dispose aujourd’hui du dixième du territoire de l’Arménie historique ( d’après Wikipédia).

 

 

On ne sait rien et on n’apprendra rien de la vie personnelle d’Alain Delage. Homme pragmatique, missionné pour effectuer un audit, son seul rapport avec le monde extérieur se fera au travers de sa boite qu’il contacte avec son téléphone portable. De son côté, comme nous, Alain Delage ne sait rien de ce pays. Et ses habitants semblent vivre dans un autre temps que le nôtre, en France. La logique d’un Alain Delage, aussi précise qu’une montre suisse, se confronte à une vie un peu plouc, un peu infantile, un peu superstitieuse aussi. Mais c’est une vie néanmoins bien courante alors que le Alain Delage, lui, inspire assez peu de passion tel le fonctionnaire ou l’administratif lambda qui dépend de ses supérieurs et ses « process ».

 

Le film de Nora Martirosyan sent parfois la peinture fraîche et on devine la jeune cinéaste encore en friche, dans certaines scènes mais aussi pour le choix de certains acteurs. Cependant, à la fin de Si le vent tombe, comme Alain Delage, nos certitudes et notre ignorance d’homme occidental sont débusquées. On admire cette sagesse d’un pays qu’on avait d’abord pu penser rétrograde, pour ne pas dire arriéré, et qui nous tombe dessus comme un couperet alors qu’on va le quitter.  On perçoit aussi, un peu, de la fougue et de la folie passées des réalisateurs Emir Kusturica et Fatih Akin. Alors, comme Nora Martirosyan et plusieurs de ses personnages, on y croit !

A gauche, Edgar ( l’acteur Hayk Bakhryan) avec Armen (l’acteur Vartan Petrossian)

 

Si le vent tombe sortira dans les salles le 18 novembre 2020.  Ce film fait partie de la sélection officielle Cannes 2020 et de la sélection Acid Cannes 2020.

 

Le Français, le Karabatsi, l’Arménien, l’Anglais et le Russe sont les langues principalement parlées dans le film.

Acteurs principaux : 

Alain Delage : Grégoire Colin

Edgar : Hayk Bakhryan

Seirane : Arman Navasardyan

Armen : Vartan Petrossian

Kariné : Narine Grigoryan

 

 

Franck Unimon, ce lundi 21 septembre 2020.  

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L’air de rien

»Posted by on Sep 17, 2020 in Corona Circus, Croisements | 0 comments

L’air de rien

 

                                                     L’air de rien

Il n’a l’air de rien. Mais il dit bonjour. Contrairement à sa collègue, plus haute placée, qui, me voyant les approcher, s’éloigne en m’ignorant.

 

J’ai déjà vu sa collègue, peut-être l’adjointe du gérant de ce supermarché, passer devant la clientèle attendant l’ouverture sans adresser le moindre bonjour. Nous étions alors à peu près une dizaine, dont des femmes et des hommes, et, parmi nous, sans doute un certain nombre d’habitués.

 

Dangereux

 

Je ne vois pas ce qu’il y a de si dangereux dans le fait de dire bonjour à des clients mais aussi à des patients dans une salle d’attente. Comme si les voir, et le leur  confirmer, c’était prendre un risque particulier. Equivalent à celui d’entrer dans un poulailler. Sauf qu’à la place des poules, des coqs et des poulets, il y aurait une foule de mendiants qui, nous prenant pour des épis de maïs, pourrait nous transformer en moignons. Bien portants le matin, nous pourrions rentrer chez nous le soir à l’état de cul-de-jatte avec notre carte d’invalidité simplement parce-que nous avons sauté sur une mine en disant « bonjour ».

 

Mais cette collègue n’est pas le sujet : je ne crois pas que l’on puisse réaliser un saut de quatre mètres en s’enterrant. Laissons-la donc et toutes celles et ceux qui lui ressemblent détaler vers leurs apothéoses et leurs fuites. Comme nous tous, ils n’iront pas plus loin, un jour ou l’autre, que la thrombose ou l’extinction. Et leurs signes de distinction sociale muette ou autre n’y changeront rien.

 

Lui, je ne l’avais pas vu depuis plusieurs mois. En souriant, il m’a demandé :

 

«  Et la petite ? ». Je lui ai répondu qu’elle était à l’école. La dernière fois, il avait constaté comme elle avait grandi. Sans aller jusqu’à la poursuite aux flatteries et aux compliments, en tant que parent, ça fait du bien et c’est utile d’entendre le témoignage extérieur, et sincère, de quelqu’un d’autre sur son enfant. Et il n’est pas nécessaire pour cela que ce « témoin » ou cette « témoin » soit notre ami. Sincérité, nuance et contradiction bienveillante devraient, pourtant, aussi, faire partie des piliers de toute amitié réelle ou officielle.  

 

La maladie du temps

 

 

Nous sommes tous les témoins potentiels des uns et des autres. C’est un rôle qui peut être difficile. Mais, le plus souvent, il s’agit quand même, tout simplement, de se guérir partiellement de cette maladie du temps à laquelle nous souscrivons souvent.

 

Le plus souvent, il s’agit quand même, tout simplement, de prendre son temps.

 

J’ai donc pris à peu près cinq minutes pour discuter avec ce vigile de supermarché. Cela fait plusieurs années que je le croise lorsque je vais y faire quelques courses. Et que nous nous disons bonjour. Comme je le fais, aussi, avec ses autres collègues vigiles. Tous noirs.

 

Certains intellectuels très médiatisés en France savent affirmer que la plupart des détenus et des délinquants, en France, seraient des noirs et des Arabes. Et quelques journalistes et patrons, tout autant bien « éclairés » par les projecteurs et leurs fortes personnalités- financières, médiatiques et politiques- boivent ça comme du petit lait.

 

Mais ces intellectuels disent beaucoup moins que beaucoup de vigiles, d’agents de sécurité, d’entretien, de soignants ou d’ouvriers de chantier qui continuent de protéger, de nettoyer, de soigner et de  construire la France sont, aussi, des noirs et des Arabes.

 

 

Pour m’amuser, je veux bien essayer d’imaginer quelques uns de ces intellectuels et journalistes, femmes comme hommes, officiant en tant que vigile, agent de sécurité ou ouvrier de chantier. En tant que médecin, infirmier ou aide-soignant. Ou, même, en tant que caissière ou caissier. Ça changera un peu de certains hymnes nationaux qui voient les vaisseaux de l’immigration, lorsqu’ils ne coulent pas sous les flots et sous le béton, comme la chienlit séparatiste qui ensevelit et abîme la France sous tous les fléaux :

 

Drogues, grand banditisme, terrorisme, maladies, intégrisme religieux, récession du niveau scolaire, carbonisation économique, viols, vols.

 

Car il faut savoir que, pour certaines et certains, un Noir et un Arabe, c’est forcément ça. Même si on lui dit bonjour.

 

Et je ne me fais aucune illusion : une personne originaire de l’Outre-Mer a bien la nationalité française de naissance. Mais ça reste néanmoins une personne noire. Donc, dans la rue, à première vue, c’est une personne susceptible d’être une personne immigrée.

 

 

Norme de pensée

 

Même si je me sens Français, je connais cette « norme » de pensée. Je l’ai d’une certaine façon intériorisée comme une sorte de solfège. Un solfège que je me dois de transmettre en partie à ma fille de manière circonstanciée (ni trop, ni pas assez) afin qu’elle soit suffisamment éduquée pour s’adapter au monde qui l’entoure :

 

Chanter La Reine des Neiges comme d’autres enfants, oui. Mais la laisser croire que tout le monde voudra d’elle comme une personne « libérée, délivrée », non.

 

Il n’est pas nécessaire d’être allé au conservatoire ou d’avoir fait de très hautes études pour apprendre ce solfège. Pas besoin non plus de méthode Assimil. Dès l’enfance, l’air de rien, on apprend ce solfège  un petit peu tous les jours. Chacun, chez soi, en écoutant des gens très intelligents et très affirmés. On apprend ainsi que les Noirs, les Arabes, les Blancs, les asiatiques et les autres ceci…et cela. Et, il faut dire que certains faits collent très bien- comme certaines affiches et certains tracts politiques- à l’image que l’on s’était fait et que l’on se fait de certaines personnes.

 

A la « fin », ce qui peut changer cette lecture de la partition des autres, c’est la rencontre. Le fait de préférer l’action à la superstition et  à la mauvaise expérience. Quand il y  a eu une mauvaise expérience. En sortant de chez soi. Et ça commence par dire bonjour.

Par prendre le temps d’écouter ce que les autres sont et ont à nous dire. S’ils ont envie de nous le dire. S’ils sentent que l’on est prêt à les écouter un peu. Mais aussi à les croire. Et, donc, à les voir pour ce qu’ils sont.

 

Je ne parle pas d’aller discuter avec un proxénète qui est en train de tabasser une de ses « employées-victimes », avec un dealer qui est pleine livraison de marchandise ou avec un braqueur en train de faire l’amour avec sa voiture-bélier. Ou de vouloir sympathiser à tout prix avec la voisine ou le voisin qui, pour une raison ou pour une autre, préfère entrer et sortir de l’immeuble par les toits plutôt qu’en empruntant les escaliers communs.

 

Discuter

 

Je suis resté à peu près cinq minutes à discuter avec ce vigile de sécurité.  Ça, c’était dans mes compétences. Dans ma vie de tous les jours, j’ai cette « chance » :

 

Je rencontre plus souvent des vigiles de sécurité comme lui et avec lesquels ça se passe très bien. Je rencontre très rarement des proxénètes qui tabassent une de leurs « employées-victimes », un dealer livrant sa marchandise de plusieurs tonnes en bas de chez moi ou des braqueurs qui préparent leur prochain casse sur mon palier.  

 

 

Amazon fait le guet

 

A quelques mètres des casiers de livraison du site Amazon situés à l’entrée du supermarché, il m’a appris qu’il avait d’abord arrêté l’école en CM2.

Les 200 milliards d’euros ou de dollars d’Amazon ( la fortune du PDG d’Amazon, Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde, s’est tellement accentuée depuis l’épidémie du Covid que l’évaluer en dollars ou en euros n’a plus d’importance ) ont continué de faire le guet dans notre dos pendant notre conversation. 

 

Après le CM2, il  a effectué un métier manuel  et technique. Sur les chantiers. Je n’ai pas l’impression, s’il en avait eu la possibilité, qu’il se serait arrêté au CM2. Nos penseurs et nos patrons qui, eux, « savent tout » sont généralement allés bien plus loin que le CM2 et ont, plutôt rarement, travaillé sur un chantier comme cet homme. Pendant 12 ans, au Portugal. Un pays qu’il avait « découvert ».

 

Donc, oui, il m’a confirmé avoir appris à parler Portugais. En prenant des cours du soir. Ce qui lui a permis d’atteindre un niveau de 3ème. Mais, étudier dans ces conditions, tout en travaillant et en ayant une vie de famille, c’est « difficile » me dit-il. Et je le concède facilement.

 

Reconversion

 

Puis, il a été au chômage. Ce qui l’a amené à venir vivre en France où il est donc devenu vigile dans ce supermarché. Mais il a une maison au Portugal :

 

 « Là-bas, quand on a un travail, c’est plus facile qu’en France » m’explique-t’il.

J’ai un niveau d’études supérieur à lui et je ne le savais pas. Pas plus que je ne sais parler Portugais. Et, je ne suis jamais allé au Portugal, pays dont j’ai déjà entendu dire du « bien ».

 

Il préfère la vie au Portugal à la vie en France. Trop de stress si j’ai bien compris. Mais nous sommes en région parisienne. Il raisonnerait peut-être différemment en province me dis-je maintenant.

 

Du fait du Covid, il n’a pas pu retourner au pays cette année. Je le croyais Haïtien. Il est de la Côte-d’Ivoire.  Et puis, en été, le billet d’avion revient à 1200 voire 1300 euros par personne. Donc, cette année, les vacances estivales se sont déroulées en Normandie et à la Rochelle. Il connaissait déjà la Rochelle.

 

Vivre en disant bonjour

 

Résumons :

Cet homme, qui a fait moins  d’études que moi, parle autant de langues que moi si ce n’est davantage. Et il a su se reconvertir face au chômage en changeant de pays, de culture et de langue. Et il a une maison au Portugal. Un pays, qui, économiquement, s’en sort plutôt bien même si, actuellement, le Portugal est moins « puissant » que la France.

 

 Je me demande si nos penseurs (politiques et autres) qui chient sur l’immigration en permanence auraient été capables, seraient capables, un jour, de faire ce que cet homme a fait :

Changer de pays, de culture et de langue. Et vivre, l’air de rien. En disant bonjour.

 

Franck Unimon, ce jeudi 17 septembre 2020.

 

 

 

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Police-un film d’Anne Fontaine

»Posted by on Sep 11, 2020 in Cinéma | 0 comments

Police-un film d’Anne Fontaine

De gauche à droite, Grégory Gadebois, Virginie Efira au centre, Omar Sy, au volant.

 

 

 

                                                Police un film d’Anne Fontaine.

Dans la France d’aujourd’hui, en région parisienne, un triumvirat composite  – une blonde, un grand Noir,  un gros blanc –  part en virée  afin d’emmener un individu «  d’un point A à un point B ». Plus qu’une démonstration de géométrie, ou un contrat, il s’agit de leur métier :

 

Virginie (Virginie Efira), Aristide (Omar Sy) et Erik (Grégory Gadebois) sont uniformément policiers. Et ça se passe la nuit. Pourquoi la nuit ? C’est peut-être plus pratique d’un point de vue scénaristique :

La nuit, on remise les apparences.  On déverrouille  nos  conduites intimes.  On peut mieux fuir ce qui nous dérange dans notre vie personnelle.  D’autant que l’on est  en effectifs réduits.  Cela nous rend plus vulnérables mais aussi plus autonomes.  Car la hiérarchie est alors « claire-semée ». Il est néanmoins indispensable d’être solidaires malgré nos insularités personnelles.

 

Police de Pialat, L627 de Bertrand Tavernier, Polisse de Maïwenn

Le soleil,  les lumières artificielles, la crème solaire, les muscles, le grand nombre et les sourires ne font pas une communauté ni une solidarité. Ce sont avant tout des décors. Des décors dentifrice qu’Anne Fontaine, comme dans le film Police de Pialat (1985), Le L627 de Bertrand Tavernier (1992) et le Polisse  de Maïwenn ( 2011) a crachés dans l’évier avant même le début du film.

 

J’ai vu ces trois films dont les deux derniers au cinéma, lors de leur sortie en salles. Et je voulais voir le Police d’Anne Fontaine, sorti ce mercredi 2 septembre 2020

 

Le titre Police de NTM

 

 A l’époque de sa diffusion, puisque je suis « vieux », J’avais aussi écouté et réécouté le titre Police du groupe NTM(1992 ou 1993). Groupe de Rap qui a fait connaître Joey Starr, un des acteurs préférés, en tant que flic, du film Polisse qui avait fait partie des films marquants du festival de Cannes de 2011. J’étais sur les lieux cette année-là.

 

Je me rappelle encore du titre de NTM qui s’était enclenché dans ma tête alors que je me trouvais dans un commissariat du Val d’Oise pour y faire une main courante. Heureusement que je n’étais pas touché par le syndrome de Gilles de la Tourette.

 

Je l’ai écrit et je vais le réécrire : Je n’aimerais pas être flic en 2020 en région parisienne dans certains endroits sensibles. La police est à la fois  «  la baïonnette et la marionnette de l’Etat ».

 

Pages de Pub et bandes annonces

 

 Plusieurs pages de pub et quelques bandes annonces nous accueillent avant le début du film.

 

La pub pour le téléphone portable Galaxy Flip Zip  de Samsung, les Podcast d’Arte Radio et les bandes annonces pour les films Mon Cousin de Jan Kounen et Antoinette dans les Cévennes de Carole Vignal (avec l’actrice Laure Calamy) ont retenu mon attention. Ainsi que la bande annonce de Adieu les cons de et avec Albert Dupontel….et Virginie Efira, devenue une actrice très visible.

 

Virginie/ Virginie Efira

 

Virginie Efira ( Virginie), derrière, l’acteur Payman Mardi (dans le rôle de Tohirov)

 

Dans le Police d’Anne Fontaine, on découvre en pleine nuit le personnage de Virginie dans son lit conjugal. Mariée, mère de famille, elle en est à son troisième réveil car son enfant se met à pleurer pour la troisième fois. Personne ne l’envie. Son mari, attaché et patient, la rejoint néanmoins dans la cuisine où elle a préparé un biberon et posé leur enfant sur une chaise haute. Et l’on apprend que Virginie est très peu avec son mari et leur enfant. Elle s’oublie dans son travail.

 

En quelques secondes, on comprend que l’ordinaire de Virginie, femme flic, est très éloigné du glamour de certaines productions. Qu’il s’agisse de séries télé ou de films. Il y a évidemment plusieurs ambiances de décalage entre le film et celle de Tenet réalisé par Christopher Nolan avec John David Washington, Robert Pattinson et Elizabeth Debicki et qui marche apparemment très bien commercialement en ce moment.

Le film Tenet nous montre des super policiers, descendants de James Bond, très à l’aise pour se faufiler dans les espaces temps. Le film d’Anne Fontaine nous montre de plus près des spécimens encartés dans la vie réelle. Des gens que l’on pourrait rencontrer ou connaître.

 

Virginie/Virginie Efira fait partie de ces innombrables soldats du peu dont l’activité professionnelle et personnelle est un si grand débarras qu’à voir leur façon de continuer de la servir  ils pourraient tout aussi bien être dans un couvent. On se demande où elle trouve le remontant- et comment- pour continuer de réussir à nager à contre courant.

 

Devant Police, du fait du personnage de Virginie, j’ai un moment pensé au très bon film Volontaire d’Hélène Fillières (2018).

Mais si Virginie est très volontaire, elle est aussi nettement moins  carriériste, et plus engagée – plus âgée aussi- dans sa vie de mère mariée, que le personnage de Laure (l’actrice Diane Rouxel) dans le film d’Hélène Fillières.

 

Comme souvent, Virginie Efira a l’allure d’un rade  (je l’ai peu vue dans son univers comique Sibyl  ). Ce qui est parfait pour son rôle de femme-flic. Et, comme souvent, aussi, cela la rend crédible pour jouer ces personnages qui s’accrochent à une vie qui leur échappe. Elle a encore ce pouvoir de laisse poindre le néant dans le regard et d’en faire un départ intermittent. Il est peut-être imminent. Mais c’est peut-être aussi une impression que l’on a trop exagérée.

 

Si l’on s’en tenait à sa seule présence, le personnage de Virginie suffirait. Mais Anne Fontaine a tenu à la doter de désirs alors que l’on est plutôt habitué à voir des femmes flics comme des êtres a-menstrués mais aussi très rarement désirables.

C’est à travers le personnage de Virginie, qu’Anne Fontaine passe pour exprimer sa sensation que l’expulsion d’un ( corps) étranger, cela revient à avorter. 

Aristide/ Omar Sy

Il est un peu « étonnant » qu’Anne Fontaine ait choisi Omar Sy, plutôt que Grégory Gadebois, pour développer la voie sentimentale du personnage de Virginie/Virginie Efira. Je fais bien-sûr un peu d’humour. Car dans d’autres films, Grégory Gadebois a aussi connu de très belles histoires d’amour. (Je repense à Angèle et Tony, réalisé en 2011 par Alix Delaporte).

 

Depuis le succès d’Intouchables, Omar Sy est un peu l’équivalent d’un  boxeur devenu champion du monde poids-lourds par K.O et par accident. Sa carrière n’est plus la même depuis. Son nom, aussi, qui apparaît en premier sur l’affiche du film.

 

Omar Sy a fait d’autres films depuis Intouchables. Et je ne les ai pas tous vus. J’avais bien aimé Yao

Yao).

 

Mais j’ai tendance à attendre de lui qu’il se « salisse » dans ses rôles. Qu’il soit moins ce boxeur qui danse avec les angles et qu’il se transforme – parfois- en cogneur. Bien-sûr, rien ne l’y oblige, que ce soit pour des raisons personnelles ou morales. Ou, simplement, quant à sa façon de gérer sa carrière. Je ne suis pas son agent. Et il sait bien mieux que moi comment choisir ses rôles. Et, heureusement, aussi, qu’il n’a pas compté sur moi pour toutes les décisions lui important le plus. D’autant qu’il y a un certain nombre d’acteurs qui restent toujours du « bon » côté lorsqu’ils choisissent leurs rôles.

 

Si je ne me trompe, Patrick Bruel avait refusé le premier rôle que Cyril Collard lui avait proposé dans son film Les Nuits fauves (1992) réalisé d’après son propre livre. Un film qui avait finalement créé la polémique ( Collard est mort du Sida quelques jours avant la cérémonie des Césars. Son film avait obtenu plusieurs prix) mais aussi eu beaucoup de succès :

Dans le film, Collard – alors que nous étions en pleine épidémie du sida- y révélait avoir eu des relations sexuelles multiples sans se prémunir du risque de contamination mais aussi en exposant ses partenaires.

  Le succès du film avait néanmoins plutôt contribué à bien lancer la carrière  l’actrice Romane Bohringer.

Même si cette anecdote date de l’âge de la poussière, il y a plein d’histoires plus récentes où des acteurs, pour soigner leur image ou afin d’éviter une éventuelle polémique, refusent des rôles. Le réalisateur et scénariste Abdel Raouf Dafri avait par exemple expliqué que l’acteur qu’il avait au départ sollicité pour le premier rôle de son premier film, Qu’un sang impur ( sorti le 22 janvier 2020) et qui relate la Guerre d’Algérie, avait préféré décliner l’offre. Par crainte de la polémique….

Qu’un sang impur…   Interview en apnée avec Abdel Raouf Dafri )

 

Par ailleurs, pour avoir croisé Omar Sy quelques secondes par hasard alors que je me rendais à une projection de presse qui n’avait rien à voir avec lui, je peux témoigner que celui-ci émet une simplicité et une telle sympathie immédiates (   )que je me sens un peu déplacé de parler de lui comme je viens de le faire. Mais je parle ici de l’acteur et de cinéma. Pas de l’être humain. Et je parle en tant que personne qui est allé voir un film et qui avait des exigences en allant voir ce film et les comédiens que sont Efira, Sy et Gadebois.

 

Omar Sy, « cogneur ».

 

Dans Police, il y a un moment où l’on entrevoit ce que ça pourrait donner, un Omar Sy, « cogneur ». Appelons, ce moment ou cette scène Je l’aime, moi, mon fils. Peut-être que lorsque Sy acceptera de se séparer un peu plus de sa pudeur et de sa prudence dans un film, qu’il nous donnera un peu plus, en tant qu’acteur noir (j’ai bien écrit « acteur noir ») de cette violence à l’écran.

Samuel Jackson, depuis des années (oui, je mets la barre très très haute en parlant de Samuel Jackson) nous donne de la violence sur les écrans depuis des années. Et on en redemande. En tout cas, moi, j’en redemande. Pour moi, les deux meilleurs acteurs du Django Unchained de Tarantino (2012) sont de loin Samuel Jackson et Léonardo Dicaprio. Deux ordures dans le film, chacun à leur manière.

 

Dominique Blanc (je fais évidemment exprès de choisir cette actrice aussi au vu de son nom) avait pu dire dans une interview, à propos de Patrice Chéreau :

 

« J’aime sa violence…. ».

 

On parle évidemment d’une violence acceptée, endossable et comprise par des acteurs et des actrices. Et non d’une violence subie. L’athlète ou le pianiste qui répète ses enchaînements pendant des heures accepte une certaine violence afin d’être affûté pour la performance.  Lorsque l’athlète Marie-José Pérec, l’ancienne sprinteuse française, plusieurs fois championne olympique, faisait 1500 abdominaux par jour, c’était son choix. Parce qu’elle savait qu’elle devait aussi en passer par ça pour être dans une forme physique (ainsi que mentale) optimale.

 

C’est de cette violence-là dont je parle dans le jeu d’acteur d’Omar Sy. Mais j’en demande peut-être trop. Et peut-être que, finalement, c’est seulement à moi que je parle en parlant, ici, d’Omar Sy. Car, dans Police, il fait tout de même beaucoup.

 

 Omar Sy  prend beaucoup de risques dans Police :

Je l’ai réécrit : Je n’aimerais pas être flic en 2020. Or, tout le monde à peu près en France sait où  Omar Sy a grandi. En banlieue parisienne, à Trappes. Une ville connue depuis des années plutôt pour sa mauvaise réputation : délinquance, islamisme, drogues….

Même si des personnalités comme Jamel Debbouze  (qu’il connaît) ou le footballeur Anelka ont émergé de cet endroit, Trappes, ce n’est pas St-Germain en Laye, Le Vésinet ou La Celle Saint Cloud. Même si ces trois dernières villes se trouvent également dans les Yvelines.

 

Dans certaines banlieues et dans certains milieux, pas seulement populaires, être flic ou être copain des flics, c’est une tâche.

 

Question bavures policières, au faciès ou non, en tant que personne noire ayant grandi à Trappes, dans un milieu social plutôt modeste ou moyen, j’imagine facilement qu’Omar Sy, même s’il a le sourire, a dû « voir » ou entendre des choses qui mettent peu la police à son avantage. Et,  si je ne me trompe pas, il s’est plutôt engagé aux côtés d’Assa Traoré, la sœur d’Adama Traoré

 

On pourrait me dire que dans « l’Affaire Traoré », ce sont des gendarmes qui sont suspectés d’avoir fait une bavure. Et non des flics. D’accord.  Mais on parle de représentants de forces de l’ordre. Pour celles et ceux qui sont « anti-flics », flics et gendarmes, c’est souvent pareil.

 

Un rôle de Maturité et de nuances :

Or, Omar Sy accepte de jouer le rôle d’un flic comme il aurait sans doute pu accepter de jouer le rôle d’un gendarme.

Joey Starr a joué un flic dans Polisse. Sy, jeune de « la » banlieue, joue un rôle de flic. Et c’est un flic qui bénéficie de la délicatesse d’Omar Sy. De son élan vital et de son acuité mentale. Un flic, qui, au passage, en toute décontraction, combat les préjugés racistes. Ou, je devrais plutôt écrire :

 

« Qui continue de combattre les préjugés racistes ». Car Omar Sy n’a pas attendu ce rôle dans le film d’Anne Fontaine pour essayer de désamorcer bien des préjugés ( j’avais commencé à écrire des «conflits » au lieu de « préjugés ») racistes.

 

Dans les deux situations, que l’on parle de Joey Starr dans Polisse ou d’Omar Sy dans Police (il est temps que je rappelle qu’Anne Fontaine s’est inspiré du livre d’Hugo Boris pour son film), deux Personnalités différentes de tempérament,  de comportement, comme par leur style contribuent à donner une image plutôt favorable et nuancée de la police.

Et ces deux personnalités sont deux hommes noirs. Lesquels ont la quarantaine lorsqu’ils jouent un rôle de flic.  44 ans pour Joey Starr dans Polisse.  42 ans  pour Omar Sy lors de la sortie de Police.   

 

A cet âge, Joey Starr, comme Omar Sy, se sont insérés socialement. On pourrait même dire qu’ils ont plutôt (très) bien réussi socialement. Même si une carrière d’artiste reste aléatoire et que, mal gérée, celle-ci peut très mal et très vite s’achever.

 

Ce sont aussi deux personnes qui sont sûrement devenues pères. Et qui se sont peut-être ou sûrement faites plus nuancées : il arrive fréquemment que l’on raisonne un peu différemment lorsque l’on a quarante ans et que l’on est devenu père comparativement à l’époque ou on avait entre 15 et 25 ans et que l’on était sans enfant. Certaines expériences de la vie et certaines rencontres sont passées par là entre-temps.

 

Réussir

 

Jusqu’à un certain point, on a le choix :

 

Rester dans une description permanente de la destruction.  Tout sur-interpréter de ce qui vient des autres comme une menace. Etre obsédé par les autres. Participer à la destruction des autres et de soi, d’une part.

 

Ou, à un moment,  accepter de vivre, s’accepter un peu plus et accepter un peu plus les autres.

 

Je crois que Joey Starr et Omar Sy ont réussi parce qu’à un moment donné de leur vie, voire à plusieurs moments de leur vie, ils ont accepté de sortir de ce qu’ils connaissaient par cœur. Et qu’ils l’ont fait avec des personnes de confiance et au bon moment pour eux. Et pour leur époque.

 

Mais pour certaines sensibilités, réussir en s’éloignant de ce que l’on a connu, c’est s’embourgeoiser. C’est oublier ce que l’on a connu. C’est renier le passé. Son passé. Je crois que c’est plutôt le contraire. Même si on s’éloigne, on reste attaché à son passé et on s’en inspire pour aller plus loin. Comme une fusée qui décolle pour aller sur la lune.

 

Il est une question qu’Aristide/ Omar Sy pose à deux ou trois reprises : 

” Mais, sur le terrain, je suis un bon flic ou pas ?!”. 

Peut-être que certains compatriotes verront dans cette question une tendance “banania” d’Omar Sy. Comme si Omar Sy se “prend pour un blanc”. Ce n’est pas du tout ce que je vois dans cette question. Dans cette question, je vois Omar Sy qui se pose cette question, même en tant qu’acteur :

” Suis-je un bon acteur ?!” ( puisque je suis un autodidacte….).

Ma réponse, en tant que spectateur, est oui ! Même si la première et la dernière personne la plus compétente pour y répondre, c’est d’abord Omar Sy/ Aristide. Sur le terrain.

 

Ce qui nous amène à l’autre symbole auquel touche Omar Sy dans le film.

 

 

La Femme blanche

Dans Police, Omar Sy touche à la femme blanche. Or, il n’y a pas plus femme blanche, en couleur de peau, face à un homme noir….qu’une femme blonde.   Cette remarque pourra paraître banale pour certaines personnes. Mais je continue de penser qu’en 2020, les relations mixtes, multiculturelles, ou multiconfessionnelles et multiraciales (appelons ça comme on le veut) restent très difficiles à adopter pour bien des personnes en France. Sans parler des relations multi-genres. Et pas uniquement au sein des électrices et des électeurs du Rassemblement National, ex Front National. J’invite à voir ou à revoir le film Un Français réalisé par Diastème en 2014 pour se faire une idée d’un certain état d’esprit au sein des tenants de l’Extrême droite. Je reste encore étonné par le niveau de connaissance de son film concernant une certaine extrême droite.

 

Omar Sy traverse donc plusieurs murs à travers son rôle de flic. D’une certaine façon, avec sa tenue de flic, il réalise plusieurs infractions à certains codes comme à une certaine “morale” :

 Il réhabilite le flic. Le flic attentif à son prochain. Et il rencontre la femme blanche. Une femme mariée et mère de famille.

 

Il ne la rencontre pas façon «  Vas- y Francky, c’est bon ! » cliché qui sous-entend que tous les hommes noirs ont le sang chaud et le sexe dans la peau au même titre que la musique. Ce qui serait bien commode pour entretenir le cliché de l’homme noir chaud lapin et monté «  pour ça ».

 

 Aristide/ Omar Sy rencontre la femme blanche comme cela peut arriver pour n’importe qui sans aucune discrimination de couleur, de religion ou de classe sociale ou de sexe. Comme dans la vraie vie.  Au travail, lieu de rencontre parmi d’autres. Cela va peut-être changer avec le développement du télétravail depuis la pandémie du Covid-19 et la priorité qui a été redonnée à l’économie et à la rentabilité, mais, pour l’instant, le travail reste un lieu de rencontres et de variables humaines.  Comme l’école, le club de sport, le cercle d’amis, les voyages, les associations ou les sites de rencontres.

 

Et l’on comprend dans le film que, même si Virginie et Aristide sont deux opposés sur bien des plans, qu’ils peuvent se rejoindre sur certaines valeurs communes d’autant que la Terre est ronde. Et si A part d’un endroit opposé à B sur la Terre, A et B peuvent néanmoins finir par se rejoindre. Sourire.

 

Moralement, dans la vie réelle, beaucoup de personnes, en France, et ailleurs, ne sont pas libres par rapport à ce que Police montre à ce sujet.  D’ailleurs, ce rapprochement de corps ( A et B)  que l’on voit dans le film entre Virginie Efira et Omar Sy reste rare dans le cinéma français encore en 2020. Et au théâtre comme en danse classique, c’est encore pire. Pourtant, nous sommes dans le pays dont la capitale est surnommée « La Ville lumière ».

Pour parodier un vieux sketch de Philippe Noiret (où il incarnait Louis XIV) face à  Jean-Pierre Darras, à voir les résistances robustes et assez artificielles devant le métissage dans bien des réalisations culturelles françaises, on a de quoi trouver ces résistances « Lu-gubres ! ».

 

 

EriK/ Grégory Gadebois :

Si Aristide/ Omar Sy et Virginie/ Virginie Efira déversent la folie et la lumière sur la toile du film, Erik/ Grégory Gadebois, lui, est le lugubre de l’histoire. Mais c’est un lugubre à la Gadebois. C’est à dire, un flic qui, au départ, a beaucoup contre lui. Obèse, hyper-rigide. Une tête de cerbère plus que de complice. Autoritaire. Sans humour.

En plus, c’est l’alcoolique refoulé du trio. Refoulé par qui et par quoi ? On ne sait pas. Mais personne ne lui volera sa femme.

Erik est aussi un homme de Devoir et droit. Comme Aristide et Virginie. S’il devait avoir une religion, Erik serait peut-être protestant. On n’est pas là pour rigoler.

 

Gadebois ne fait rien de très nouveau dans ce film. Mais un peu comme Jean-Pierre Bacri, si on aime son amertume vigilante, on aura à nouveau de quoi faire le plein dans Police.

 

 

Le réalisme du film

 

 

Le film est-il réaliste ? Il est quand même bien renseigné sur le quotidien des policiers. Certains commentaires et certaines anecdotes concernant les conditions de travail des policiers ne viennent pas de nul part. Et c’est pareil pour leurs trucs et leurs astuces pour décompresser en rentrant du travail.

 

Tohirov, l’acteur Payman Maadi, et Virginie ( Virginie Efira).

 

Tohirov/ Payman Maadi d’un point A à un Point B

Tohirov, «  l’étranger » originaire du Tadjikistan que Virginie, Erik et Aristide sont chargés de transporter d’un « point A à un point B » est interprété par l’acteur Payman Maadi.

L’acteur Payman Maadi rend très  bien la peur de son personnage. Et si ses comportements sembleront peut-être « débiles » ou invraisemblables, il est sûrement le personnage le plus réaliste du film à mon avis vu ce qu’il a vécu dans son pays. La torture.

 

 

En parlant de réalisme, je profite de cette partie de l’article pour (re)faire la promotion de la très bonne série française Engrenages qui va bientôt se terminer. Et dont « l’impopularité », en France, m’a toujours étonné chaque fois que j’ai parlé de cette série policière.

 

J’en profite à nouveau pour écrire qu’avant Engrenages, citée de manière légitime comme une très bonne série par bien des critiques, il y avait eu la série Police District  (2000-2003) crééé par Hugues Pagan, ancien flic et très bon auteur de polars.  Police District est une série encore plus oubliée qu’Engrenages, alors qu’elle bénéficie, aussi, d’une bonne charge de réalisme de l’époque où elle avait été réalisée. Ainsi que de bons acteurs. Dont Oliver Marchal, Francis Renaud, Rachid Djaïdani, Sara Martins….

 

La série Braquo, plus connue, doit beaucoup au moins à la série Police District.

 

Ensuite, pour conclure à propos du film d’Anne Fontaine, il y a bien-sûr une certaine part romanesque.   Optimiste. Et plaisante. 

 

Cet article est le 200ème que j’écris pour mon blog balistiqueduquotidien.com. J’espère qu’il vous a plu.

 

 

Franck Unimon, ce vendredi 11 septembre 2020.

 

 

 

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Le Bonheur

»Posted by on Sep 9, 2020 in Corona Circus, Echos Statiques | 0 comments

Le Bonheur

 

                                                                 Le Bonheur

Je suis un père exigeant. Très exigeant. Sûrement psychorigide par certains côtés. A grande tendance obsessionnelle. Mais on peut faire confiance en ma mémoire concernant  mes travers :

Je suis aussi exigeant avec moi-même. Si je connais et vis des périodes de répit, il est bien des moments où mon esprit me poursuit de ses morsures et de ses critiques à propos de ce que j’ai mal fait. De ce que j’aurais pu mieux faire. Ou de celui que je ne suis pas assez. Ou de celui que je ne suis que trop.

 

Et puis, il y a des trêves comme en ce moment. Les trêves ne durent pas. C’est le principe des trêves.

 

Les mômes ont la particularité de régulièrement nous faire sortir du passage clouté de nos programmes et de nos pensées. Ils nous font aussi sortir de nos gonds. Soit de par leurs initiatives. Ou de par leurs demandes.

 

Alors que j’écris, ma fille et moi sommes en plein bonheur depuis plusieurs minutes. Elle, dans la cabane qu’elle s’est construite (sous une table) et moi qui ai fini de prendre mon petit-déjeuner.

 

Ce bonheur a une musique : l’album MBO LOZA de l’artiste malgache D’Gary. Un album de plus emprunté à la médiathèque il  y a plusieurs semaines et que j’ai découvert seulement ce matin. Je l’ai mis tout à l’heure après que ma fille ait commencé à jouer, après son petit-déjeuner. Il y avait pourtant eu un peu de tension entre elle et moi après son petit-déjeuner :

 

Elle, assise par terre : « Je n’ai pas bien compris ce que tu m’as dit… ».

Moi : «  Ce n’est pas grave car il n y a rien de nouveau ».

Elle, réfléchissant quelques secondes puis :

« Je n’aime pas me brosser les dents ! ».

Moi : « ça apporte quelque chose, ce que tu viens de dire ?! ».

Elle : « Non…. ».

 

Hier après-midi, pour la première fois depuis la rentrée, je suis allé la chercher à la sortie de l’école. Devant l’école, c’était un carnaval de masques anti-Covid attendant leurs enfants à la sortie de l’école maternelle et de l’école primaire.  Une Première pour une rentrée scolaire.

 

Evidemment, la distance de un mètre entre nous était impossible.

 

Parmi les personnes qui patientaient, il en était une minorité bravant les nouvelles normes sanitaires :

Deux ou trois personnes s’affirmaient à visage découvert sans masque. Dont le gardien de l’école, un jeune homme plutôt sympathique qui m’avait, quelques mois plus tôt alors que je l’avais rencontré dans la rue, exprimé son scepticisme quant à la nécessité de se protéger.

 

Enfin, quelques personnes persistaient à baisser leur masque sous leur nez. J’imagine que ces personnes avaient selon elles une bonne raison : du mal à respirer ; il fait chaud ; cela empêche de bien se faire comprendre lorsque l’on parle….

 

La veille, pourtant,  le footballeur Kylian M’Bappé, un des joueurs vedettes en France mais aussi dans le Monde, avait été déclaré forfait pour le prochain match de l’équipe de France car positif au Covid. Un sportif de haut niveau – très médiatisé- de plus touché par le Covid.

 

Face aux récalcitrants du masque, celles et ceux qui n’en portent pas, qui le portent mal ou gardent le même plusieurs jours de suite, j’adopte une attitude passive et spectatrice. Et, quand je peux, je m’en éloigne physiquement. Je n’ai pas beaucoup le choix. Les autres, aussi, nous font sortir du passage clouté de nos programmes et de nos pensées. Pour le pire comme pour le meilleur. Et sortir de nos gonds, dans ces moments-là, n’est pas forcément ce que nous avons de mieux à faire :

 

L’année scolaire vient de reprendre et je serai appelé à retourner chercher ma fille à la sortie de l’école encore un certain nombre de jours. Ailleurs, on a déjà entendu parler de personnes se faisant tabasser ou poignarder parce qu’elles avaient « osé » reprocher ou essayé de raisonner des personnes qui ne portaient pas de masque de prévention anti-Covid. J’estime qu’à moins d’avoir une personne qui me postillonne dessus, cela ne vaut pas la peine de prendre de tels risques. Comme on le voit, le bonheur est fragile. On attend son môme à la sortie de l’école. Parce qu’à côté de nous, l’attitude d’une personne n’est pas conforme, on pénètre dans son univers. Ce faisant, on la dérange comme un intrus. On la renforce dans son sentiment, déjà préétabli, que le Monde entier lui en veut personnellement. Il ou elle s’était déjà retenu(e) et avait pris sur elle ou sur lui mais, cette fois, avec vous, c’est la fois ou le jour de trop. Quelques minutes plus tard, au lieu d’avoir votre enfant dans les bras, vous vous retrouvez dans ceux du coma.

 

Certaines personnes pensent qu’il faut de la répression et tout ira mieux dans notre Monde. D’accord. Mais face à des personnes qui sont, déjà,  constamment, dans la dépression, la revendication, la destruction, la surinterprétation et dans l’obsession qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part, qui leur en veut ( et leur entourage proche pense généralement comme eux), la répression peut se transformer en wagons de poudrière.

 

 

J’écris ça aujourd’hui. Mais peut-être que dans quelques jours, ou dans quelques semaines, j’aborderai une personne près de moi parce qu’elle porte mal son masque ou qu’elle n’en n’a pas sur elle.

 

 

Alors que ma fille joue dans son coin, je sais l’importance qu’il y a à pouvoir générer son propre monde et à s’y pelotonner. Parce-que je me rappelle de ces moments-là, enfant, et qu’adulte, j’en vis encore. Ce sont des moments auxquels on tient. Sans doute sacrés. Et qu’il convient de protéger ou de ne pas déranger. Ces personnes qui, comme moi, attendent leurs enfants à la sortie de l’école, ont leur propre conception du bonheur. C’était déjà comme ça avant les masques anti-Covid. Le Covid, tout ce qui l’entoure, lui ressemble ou en découle, rajoute plus de colère et d’inquiétude quant à la possibilité  d’être privé de bonheur comme d’en être déjà tenu éloigné alors que l’année scolaire vient seulement de commencer.

 

Franck Unimon, ce mercredi 9 septembre 2020.

 

 

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