Conocido y conocido

» Posted by on Sep 7, 2020 in Crédibilité, Croisements | 0 comments

Conocido y  conocido

 

                                              Conocido y  conocido

Beaucoup voudraient changer de vie. Puis, ils se figent.

 

Lui, il avait pris les choses en main. Il avait quitté son pays. Interpellé à Paris, sans papiers, inoffensif, il avait été relâché. Il n’avait pas démérité. Il était parti retrouver son père en Allemagne.

Détecté alors qu’il marchait le long de la voie ferrée dans le Val d’Oise, il avait été emmené à l’hôpital puis dans le service où je travaillais alors.

 

L’ambassade de son pays avait été contactée. Un de ses représentants s’était déplacé.

 

Au début, plusieurs collègues voulaient l’accompagner pour le rapatrier dans son pays, du côté de Séville. Mais, par moments, même si assez peu de collègues parlaient sa langue natale, elles comprenaient à sa façon de « cracher » les mots qu’il pouvait tenir des propos orduriers. Et qu’il pouvait, aussi, avoir un comportement inélégant.

 

J’avais donc pu l’accompagner en prenant l’avion avec lui.  Même si, au préalable, à l’aéroport, la fantaisie des réservations ou de l’administration m’avait révélé qu’il était  prévu de nous séparer. Moi en première classe et lui en seconde. Ou le contraire.

 

Après quelques explications, on avait bien voulu nous mettre ensemble. En Première.

 

Lorsque l’on nous avait proposé du champagne, il avait tenté sa chance en m’interrogeant poliment du regard. J’avais refusé. L’alcool et certains traitements sont antagonistes. Il avait accepté.

 

Le vol, de deux ou trois heures, s’était bien déroulé. A notre arrivée, l’infirmier en soins psychiatriques et lui s’étaient aussitôt reconnus. Auprès de lui, il avait alors arboré la mine de l’animal domestique tout content de retrouver une connaissance familière.

 

Interrogé, l’infirmier m’avait répondu en Espagnol :

 

« Conocido y  conocido ». Connu comme le loup blanc. A ses côtés, le patient avait approuvé par un petit sourire tendre de connivence.

 

J’avais ensuite passé deux ou trois jours délicieux à Séville.

 

C’est avec cette histoire en tête que j’ai été volontaire récemment  pour accompagner une patiente à l’aéroport afin qu’elle s’en retourne chez elle, en Corée….

 

Franck Unimon, lundi 7 septembre 2020.

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