Catégories
Croisements/ Interviews

Caroline Vigneaux, humoriste.

Caroline Vigneaux, humoriste

 

 

« Pour dĂ©fendre une cause, l’avocat met sa robe, la femme l’enlĂšve Â».

 

En Guadeloupe, j’étais Ă  peine adulte lorsque j’avais lu cette phrase chez quelqu’un. J’ai oubliĂ© chez qui. Mon pĂšre nous faisait rencontrer tellement de monde. Et nous existions si peu. C’était lui qui parlait et qui nous menait lĂ  oĂč bon lui semblait. C’était son territoire.

 

J’ai retenu la phrase. Notre mĂ©moire est notre territoire. Et c’est Ă  nous de le dĂ©fendre, avec ou sans robe.

 

Pour parler de l’humoriste Caroline Vigneaux, il Ă©tait facile pour moi de me rappeler de cette phrase.

 

Je n’ai jamais vu Caroline Vigneaux sur scĂšne. J’ai Ă  peine vu un ou deux de ses sketches. Mais je sais qu’elle a Ă©tĂ© avocate. En Ă©crivant cet article, je me rappelle, qu’enfant, j’avais pu tenir Ă  dĂ©fendre quelqu’un d’autre. Et, qu’est-ce qu’un soignant, si ce n’est quelqu’un, qui, d’une façon ou d’une autre, Ă  un moment ou Ă  un autre, essaie, aussi, de dĂ©fendre quelqu’un d’autre qu’elle-mĂȘme ou que lui mĂȘme ? Ou peut-ĂȘtre, aussi, de dĂ©fendre une mĂ©moire.

 

« Pour dĂ©fendre une cause, l’avocat met sa robe, la femme l’enlĂšve Â». La phrase est assez misogyne. Et pas toujours vĂ©rifiable. Mais je la garde quand mĂȘme.

 

Alors, j’ai Ă©coutĂ© ce podcast, tout Ă  l’heure :

 

Caroline Vigneaux : d’avocate Ă  la scĂšne de l’Olympia, dans l’émission Hors-piste, sur France Inter, oĂč ce 24 avril 2022, Caroline Vigneaux est interviewĂ©e par Thomas Sotto.

 

Les humoristes, d’une façon gĂ©nĂ©rale, me font l’effet de personnes qui, souvent, en font -et soulĂšvent- des tonnes pour faire rire. C’est un travail ardu. Autant faire rire me plait, autant devoir constamment faire rire, devoir ĂȘtre souvent drĂŽle, est pour moi l’équivalent d’un supplice. Sans oublier le fait de passer pour le petit rigolo de service. 

 

Provoquer le rire, dĂ©pendre du rire des autres, quel risque ! Mais quelles aventures personnelles ! J’admire chez les humoristes au moins cette capacitĂ© imaginative que l’on perd Ă  mesure que l’on se “range” afin d’Ă©viter d’ĂȘtre jugĂ©. 

 

Dans ce podcast, Caroline Vigneaux parle de son premier bide sur scĂšne devant
.4000 personnes. Et d’une de ses premiĂšres tĂ©lĂ©s oĂč une personnalitĂ© mĂ©diatique l’a sĂ©chĂ©e en lui affirmant : « Vous ĂȘtes trop belle pour faire rire ! Â». Des trois semaines, ensuite, durant lesquelles elle est restĂ©e chez elle « en position fƓtale Â».

 

J’aurais aimĂ© avoir l’indulgence de ce producteur qui, ensuite, l’a prise dans ses bras pour mieux l’inciter Ă  remonter sur scĂšne.

 

Dans ce podcast, Caroline Vigneaux parle aussi de sa dĂ©cision de quitter son emploi, trĂšs bien payĂ©, d’avocate pour l’inconnu de la carriĂšre d’humoriste. Son interview peut ĂȘtre prise comme une incitation au dĂ©veloppement personnel.

 

Je me suis dit que ce serait bien, en passant, d’écrire un article-mĂȘme court- sur Caroline Vigneaux. En attendant d’aller la voir, elle et d’autres sur scĂšne. Un jour.

 

En plus, pour Ă©crire cet article, j’ai Ă©coutĂ© de la trĂšs bonne musique :

 

Le titre Hotter Than Hot de High Tone et Zenzile feat Rod Taylor. 

 

 

Franck Unimon, jeudi 28 avril 2022.

Catégories
Corona Circus Le Blog du poisson rouge

Les élections présidentielles de 2022 : Les gens ne se supportent plus !

 

A Osny, dans le Val d’Oise, avril 2022, avant le premier tour des Ă©lections PrĂ©sidentielles.

Les Ă©lections prĂ©sidentielles de 2022 : «  les gens ne se supportent plus ! Â»

 

« Les gens ne se supportent plus ! Â».

 

C’est cette phrase que j’ai retenue de cet homme croisĂ© lors du premier tour de ces Ă©lections prĂ©sidentielles de 2022. Parti voter le matin avant de partir travailler, je croyais arriver le premier au bureau de vote. Cet homme Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ . 

 

Ensemble, nous avons discutĂ© un peu. Il m’a racontĂ©. La vie Ă  Argenteuil s’était dĂ©gradĂ©e. Il aurait aimĂ© partir vivre dans le sud de la France mais c’était impossible. Du cĂŽtĂ© de St RaphaĂ«l, je crois. Le prix de l’immobilier et les problĂšmes de santĂ© de sa femme s’opposaient Ă  ces projets.

 

Retraité, il avait pourtant le pied ferme et avait deux ou trois voitures. Dont au moins une de sport.

 

 

Je l’ai Ă©coutĂ©. Lorsqu’il a appris que j’allais travailler, et aussi parce-que j’ai plaisantĂ© en lui disant que « j’espĂ©rais Â» ĂȘtre le premier Ă  voter, cet homme m’a trĂšs obligeamment laissĂ© passer le premier.

 

Les gens ne se supportent plus
.

 

Emmanuel Macron a donc été réélu comme les sondages le pronostiquaient.

 

Emmanuel Macron, le « Kennedy Â» de France, pour son jeune Ăąge et son aisance de CSP+ Ă  s’exprimer devant les mĂ©dia. Emmanuel Macron qui prĂ©sente bien. Emmanuel Macron qui a donc fait mieux que Nicolas Sarkozy et François Hollande, « seulement» Ă©lus, avant lui, une fois PrĂ©sident de la RĂ©publique.

 

Emmanuel Macron, le plus jeune PrĂ©sident de France, mĂȘme pas quinquagĂ©naire, qui aura fait presque aussi « bien Â», en termes de rĂ©Ă©lection, que François Mitterrand et Jacques Chirac.

A Paris, dans le 3 Úme arrondissement, avril 2022, avant le second tour des élections Présidentielles 2022.

 

Emmanuel Macron, qui, deux fois de suite, aura Ă©tĂ© rĂ©Ă©lu face Ă  Marine Le Pen, fille de son pĂšre, Jean-Marie Le Pen (ex-PrĂ©sident du Front National) et tante de Marion MarĂ©chal-Le Pen, revenue de son « congĂ© parental Â» pour s’allier Ă  Eric Zemmour, le trouble fĂȘte mais aussi le puissant lubrifiant politique – et mĂ©diatique- de ces derniers mois en France contre lequel un peu tout le monde (politiques et journalistes) a voulu s’essayer. ( lire aussi Vivre au temps du Covid avec Eric Zemmour ). 

A Paris, prĂšs de la Madeleine, avril 2022, avant le premier tour des Ă©lections prĂ©sidentielles 2022. En couverture de L’Incorrect, Ă  droite, Eric Zemmour, Ă  gauche, Marion MarĂ©chal- Le Pen. Tout Ă  gauche, une publicitĂ© pour la marque Chanel.

 

Eric Zemmour, aujourd’hui, et ses partisans, seraient déçus du fait de ces 7 % de vote obtenus. Eric Zemmour, aujourd’hui, tenterait de se refaire auprĂšs de Marine Le Pen qu’il avait su plastiquer verbalement comme il sait plastiquer sur un plateau de tĂ©lĂ©.

Mais je trouve que c’est beaucoup, 7 pour « sang Â» pour un homme dont c’était la premiĂšre participation Ă  des Ă©lections PrĂ©sidentielles. Pour un homme qui a fait beaucoup mieux que ValĂ©rie PĂ©cresse dont le vĂ©ritable slogan de campagne plutĂŽt que « Le courage de faire Â» Ă©tait peut-ĂȘtre
 le courage de perdre.

Paris, avril 2022, Bd Raspail, avant le premier tour des élections présidentielles 2022.

 

Je ne me suis pas encore remis du fait qu’une femme politique expĂ©rimentĂ©e, et d’un trĂšs bon milieu socio-culturel, comme ValĂ©rie PĂ©cresse, a pu racler autant d’absurditĂ©s lorsqu’elle s’est exprimĂ©e. Du genre :

« Du bon vin et un bon bƓuf charolais, c’est ça la France que j’aime Â».

 

Afin de draguer la supposĂ©e « France profonde Â» qui serait forcĂ©ment xĂ©nophobe – et aussi trĂšs bĂȘte- et qui constituerait le corpus de l’électorat de Eric Zemmour et de Marine Le Pen.

 

Il m’a fallu du temps pour l’admettre avant qu’il ne soit Ă©lu PrĂ©sident en 2007, mais Nicolas Sarkozy a une habilitĂ© et une luciditĂ© politique indiscutables. Et il a Ă©tĂ© Ă©videmment bien avisĂ© de se retenir de soutenir « ValĂ©rie Â». On parle beaucoup de la campagne pathĂ©tique d’Anne Hidalgo, la candidate PS et maire de Paris, mais entre «ValĂ©rie Â» et « Anne Â», je ne sais laquelle est la meilleure athlĂšte du pathĂ©tique :

 

“Ensemble, changeons d’avenir”. On dirait une rĂ©clame pour un rĂ©gime alimentaire.

Avril 2022, Ă  Paris, Bd Raspail, avant le premier tour des Ă©lections prĂ©sidentielles 2022. Oui, qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?!

 

 

Les gens ne se supportent plus
.

 

 

Le passage de Christiane Taubira dans la campagne prĂ©sidentielle m’a fait l’effet d’une page de pub. Comment faire parler de soi alors que l’on a Ă©tĂ© Ministre de la Justice (poste dont on avait dĂ©missionnĂ© aprĂšs d’autres ) du PrĂ©sident socialiste François Hollande sans prendre trop de risques ?

 

On se prĂ©sente en rassembleuse puis on s’en va dĂšs que l’on comprend que le miracle n’aura pas lieu mais aussi que l’on n’est pas si dĂ©sirĂ©e que cela dans les lieux. Et on se fait passer pour une femme politique libre et indĂ©pendante. Pour rassembler ou dĂ©missionner.

 

Les termes « rassembler Â», « Union Â» sont beaucoup utilisĂ©s en politique. Dans le monde du travail, on remplace ces termes par « la mutualisation des moyens Â» et cela a souvent les mĂȘmes effets : on se dĂ©barrasse de celles et ceux qui dĂ©plaisent et qui sont trop isolĂ©s ou trop vulnĂ©rables pour rĂ©sister ou contre-attaquer.

PrĂšs de la gare d’Osny, avril 2022, avant le premier tour des Ă©lections prĂ©sidentielles 2022.

 

Je m’explique le vote aussi « haut Â» de MĂ©lenchon par le fait qu’il a captĂ© le vote des musulmans de France irritĂ©s par les propos anti-voile ou d’autres termes dĂ©sobligeants envers l’Islam associant Islam et islamisme. Je m’explique aussi son rĂ©sultat par les suffrages qu’il a obtenus dans les « Ăźles Â» et auprĂšs de diverses minoritĂ©s, culturelles, Ă©conomiques et sociales.  Son punch, ses aptitudes oratoires mais aussi son bon sens du rythme dĂ©magogique l’ont rendu plus sĂ©duisant que les Ă©lites lustrĂ©es et abstraites du parti socialiste qui, lifting aprĂšs lifting, liposuccion aprĂšs liposuccion, ne ressemblent plus Ă  rien. MĂȘme si certains « pharaons Â» du parti socialiste disposent d’une baraka de survivant hors du commun.

 

La derniĂšre fois que j’avais aperçu Manuel Valls, il terminait son Footing. Je l’avais vu arrĂȘtĂ©, transpirant, au bord de la route du cĂŽtĂ© du quai Anatole France, pas trĂšs loin du musĂ©e d’Orsay. Je l’avais reconnu en passant devant lui Ă  vĂ©lo sur la piste cyclable. Je m’étais dit :

« C’est Manuel Valls ! Â». Il Ă©tait concentrĂ©. SĂ©rieux. Le sĂ©rieux de l’homme qui croit Ă  son retour et le prĂ©pare.

 

C’était plusieurs mois avant le dĂ©but des Ă©lections prĂ©sidentielles. Il essayait de «rebondir Â». A cette Ă©poque, on ne le voulait pas dans le gouvernement Macron. Mais il a su manifestement rebondir au point de se rendre acceptable lors de cette campagne Ă©lectorale.

 

Je suis sans doute dur avec Manuel Valls mais je crois que si Marine Le Pen avait Ă©tĂ© Ă©lue et lui avait proposĂ© un MinistĂšre, qu’il aurait Ă©tĂ© parfaitement capable de l’accepter et d’affirmer qu’il fait ça avant tout pour son amour de la France !

Il faudrait donc presque remercier Emmanuel Macron, en Ă©tant rĂ©Ă©lu, d’avoir sauvĂ© Manuel Valls deux fois. Une fois pour lui avoir permis de revenir dans le cercle prĂ©sidentiel. Une seconde fois pour l’avoir
sauvĂ© des mĂ©lodies de sirĂšne de Marine Le Pen.

 

 

J’ai pris le temps de regarder une heure, en replay, du dĂ©bat tĂ©lĂ©visĂ© de 2022 entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. DĂšs le dĂ©but, j’ai vu une femme politique battue et traumatisĂ©e. Par le prĂ©cĂ©dent dĂ©bat tĂ©lĂ©visé de 2017. J’ai tendance Ă  penser que depuis des annĂ©es la famille Le Pen fait sa thĂ©rapie familiale aux frais du contribuable. Mais aussi qu’elle se livre Ă  une sorte d’Ă©mission de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© politique qui avait devancĂ© toutes les Ă©missions de tĂ©lĂ© rĂ©alitĂ© que nous avons connues depuis.

Mais concernant Marine Le Pen face Ă  Emmanuel Macron, lors de ce dĂ©bat de 2022, j’ai envie de dire qu’un trauma, ça se soigne en allant voir un thĂ©rapeute. Afin de faire le deuil de certains ambitions ou prĂ©tentions ou aspirations.

 

Car si j’ai vu une femme politique battue dĂšs les premiĂšres minutes de ce dĂ©bat de l’entre deux tours des Ă©lections prĂ©sidentielles de 2022, j’ai aussi vu un moineau face aux serres d’un rapace.

 

Le moineau ou la souris, Marine Le Pen, avait beau sourire pour donner le change et lĂącher quelques coups de bec ou de griffe ( «Si je suis une climato-sceptique, vous, vous ĂȘtes un climato-hypocrite
 Â») hĂ©ritĂ©s de papa Jean-Marie, le rapace Emmanuel Macron, n’a pas eu Ă  s’inquiĂ©ter d’une quelconque mort subite. J’ai mĂȘme eu l’impression qu’Emmanuel Macron Ă©tait amusĂ© autant qu’abasourdi, que lui, le si brillant Emmanuel Macron, se retrouve « seulement Â» face Ă  une adversaire de cette taille.

 

Emmanuel Macron a-t’il Ă©tĂ© « bon Â» dans ce dĂ©bat ? Lorsqu’on le voit et qu’on l’écoute, durant cette premiĂšre heure, il sait ĂȘtre convaincant et est bien plus crĂ©dible que Marine Le Pen.

 

Beaucoup trop facilement.

 

Marine Le Pen est tellement mauvaise que mĂȘme lorsqu’on l’a envie d’ĂȘtre d’accord avec elle (comme lorsqu’elle parle par exemple des infirmiĂšres « licenciĂ©es Â» pour cause de non vaccination contre le Covid), elle passe Ă  cĂŽtĂ© et, en face, Emmanuel Macron, rĂ©ussit Ă  esquiver, Ă  se faire passer pour un grand architecte social. Et Ă  marquer le point.

 

On dirait Djokovic ou Nadal jouant au tennis face Ă  Borg, aujourd’hui. Ce n’est plus la mĂȘme façon de jouer, ce n’est plus la mĂȘme surface, ce n’est plus le mĂȘme matĂ©riel, ce n’est plus la mĂȘme prĂ©paration physique et plusieurs filets d’annĂ©es  les sĂ©parent. Pourtant, Ă  peine dix annĂ©es d’existence sĂ©parent Marine Le Pen d’Emmanuel Macron. Et, question formation politique, Marine Le Pen a plutĂŽt Ă©tĂ© “entourĂ©e” bien plus tĂŽt qu’Emmanuel Macron

 

En regardant ce dĂ©bat, j’ai aussi eu l’impression de voir une dĂ©lĂ©guĂ©e syndicale, Marine Le Pen, face Ă  un grand Patron, Emmanuel Macron. On a beau vouloir faire descendre ce jeune grand patron tĂȘte Ă  claques de son piĂ©destal et lui remettre les pieds sur terre, la « dĂ©lĂ©guĂ©e syndicale Â» qu’est alors Marine Le Pen s’y prend si mal qu’elle n’a aucun poids mais aussi aucun mĂ©rite :

Son succĂšs Ă©lectoral aussi important qu’inquiĂ©tant dans “les Ăźles” ( environ quarante ans plus tĂŽt, une population guadeloupĂ©enne remontĂ©e avait empĂȘchĂ© Jean-Marie Le Pen de dĂ©barquer Ă  Pointe Ă  Pitre) , dĂšs le premier tour, tient Ă  mon avis autant au mauvais vĂ©cu de l’obligation vaccinale contre le Covid et du passe sanitaire qu’Ă  un rejet anti-Macron viscĂ©ral. Et social. 

Dans ce nouveau dĂ©bat, pourtant, une nouvelle fois, cette absence de mĂ©rite de Marine Le Pen se ressent, alors qu’elle est parvenue, grĂące au vote de millions de Français,  sans trop forcer, Ă  obtenir un tĂȘte Ă  tĂȘte privilĂ©giĂ© avec le grand Patron qu’est devenu Emmanuel Macron.

 

J’aurais Ă©videmment prĂ©fĂ©rĂ© un face Ă  face entre Emmanuel Macron et Jean-Luc MĂ©lenchon. Ou, au pire, avec ValĂ©rie PĂ©cresse. Emmanuel Macron aurait sans doute Ă©tĂ© rĂ©Ă©lu malgrĂ© tout mais, pour une fois, il aurait reçu des vrais coups.  Et aurait pris bien plus au sĂ©rieux les arguments de son opposante ou de son opposant.

 

Paris, avril 2022.

 

 

Mais, pour cela, il aurait fallu que les femmes et les hommes politiques français s’amĂ©liorent et arrĂȘtent de se comporter en rentiers ou d’improviser.

 

Pour moi, une Marine Le Pen peut se permettre, sans beaucoup forcer, d’ĂȘtre pour la seconde fois de suite au deuxiĂšme tour des Ă©lections prĂ©sidentielles parce-que les femmes et les hommes politiques de France sont mauvais. Pour moi, un Eric Zemmour peut se faufiler comme il l’a fait et obtenir « seulement Â» 7 pour 100 de votes dĂšs sa premiĂšre candidature parce-que les femmes et les hommes politiques de France sont mauvais. Pour moi, un Emmanuel Macron a pu se faire Ă©lire en 2017, certes, parce qu’il a eu des appuis consĂ©quents, parce qu’il a eu du flair, de l’audace mais aussi parce qu’en face, les candidats Ă©taient dĂ©jĂ  mauvais ou court-circuitĂ©s.

 

La mĂȘme Marine Le Pen qui fustige le « systĂšme Â» et les Ă©lites politiques françaises, jouit, comme son pĂšre, Ă  la fois des failles du systĂšme politique français, du mauvais niveau des femmes et des hommes politiques de France qui se trouvent au premier plan, mais aussi des privilĂšges financiers (et autres) du « systĂšme Â». Et c’est pareil pour Eric Zemmour.

 

 

Si François Mitterrand a, de son vivant, fait en sorte de dĂ©sunir la descendance politique socialiste qui aurait pu ou dĂ», avantageusement, rassembler un peu- ou mieux- la sociĂ©tĂ© française, je me demande quelle femme ou homme politique, Jacques Chirac mais aussi Nicolas Sarkozy, ensuite, ont empĂȘchĂ© d’éclore. Alors que cette femme ou cet homme politique aurait pu faire vraiment du bien Ă  la politique sociale française.

 

Paris, avril 2022.

 

Franck Unimon, ce jeudi 28 avril 2022.

 

 

 

 

 

 

Catégories
Cinéma

Face A La Mer- un film de Ely Dagher au cinéma le 13 avril 2022

    Face A La Mer- un film de Ely Dagher au cinĂ©ma le 13 avril 2022

 

 

« Rien n’est trop difficile pour la jeunesse Â». Jana, la vingtaine libanaise, le sait.

Pourtant partie Ă  l’étranger faire des Ă©tudes dans une Ă©cole d’art « huppĂ©e Â», la voilĂ  qui revient au pays alors que tout se passait bien, « lĂ -bas Â». En France.

 

Si les premiĂšres vues aĂ©riennes du Liban ( Ă  Beyrouth) m’étonnent un peu, j’ai aimĂ© la façon dont notre regard dĂ©couvre Jana (l’actrice Manal Issa qui la porte trĂšs bien) la premiĂšre fois. Jana sort de l’aĂ©roport, seule, un peu telle une Ă©garĂ©e, un simple petit sac Ă  dos Ă  la main. AprĂšs que l’on ait vu un homme enlacer des proches lors de retrouvailles puis les emmener dans sa Mercedes blanche.

 

On pourrait penser qu’il est arrivĂ© « quelque chose Â» Ă  Jana. C’est d’ailleurs ce que pensent ses proches (ses parents, son oncle maternel, son ex petit ami, Adam) qui, Ă  la fois contents de la revoir, essaient de cerner la raison pour laquelle elle est revenue.

 

Je ne connais pas le Liban. Et encore moins Beyrouth. Mais j’ai connu, un peu, une Libanaise d’origine syrienne. Et, je suis allĂ© passer quelques jours en IsraĂ«l il y a quelques annĂ©es. IsraĂ«l, le pays « ennemi Â», n’est pas mentionnĂ© dans le film. MĂȘme si, furtivement, la guerre et d’autres catastrophes ( un tsunami) figurent dans le casting probable du Liban dĂ©crit comme un pays fermĂ© malgrĂ© son accĂšs direct Ă  la mer qu’il transforme en poubelle.

 

Devant Face Ă  la mer,  je n’ai pas pu m’empĂȘcher de penser que la vitalitĂ© de certaines villes d’IsraĂ«l ( Tel Aviv…)  aujourd’hui est peut-ĂȘtre celle qu’a connue le Liban et qu’il ne parvient pas Ă  retrouver. Les habitants du Liban se souviennent encore de cette vitalitĂ©. Sauf, qu’entretemps, ils sont devenus les pilotes vivants d’une Nation dĂ©sormais sans destination. 

 

En passant Jana, l’hĂ©roĂŻne de Face Ă  la mer, au travers du tamis de ses parents, d’un oncle maternel et de son ex-petit ami, le rĂ©alisateur Ely Dagher nous montre au moins trois couches de la sociĂ©tĂ© libanaise. Dans chacune de ces couches, on trouve un attachement  forcenĂ© au Liban mĂȘme si celui-ci continue de disparaĂźtre. Une activitĂ© et une certaine vie sociale sont entretenues mais elles font partie du dĂ©cor.

Jana ( l’actrice Manal Issa) et sa mĂšre Mona ( l’actrice Yara Abou Haidar).

 

Jana est celle qui avait quittĂ© ce dĂ©cor. Des parents inquiets pour elle. Un pĂšre ( l’acteur Rabih El Zaher) sans travail et qui se demande si le travail existe encore au Liban. Une mĂšre (l’actrice Yara Abou Haidar) fĂ©ministe, traditionnaliste et dĂ©pendante. Un frĂšre Ă  DubaĂŻ qui semble heureux de son sort et que Jana ne cherche pas Ă  contacter. Un oncle maternel ( l’acteur Fadi Abi Samra) assez inquisiteur qui reproche Ă  Jana  d’avoir eu des rĂȘves. Ou d’avoir Ă©chouĂ© Ă  les rĂ©aliser surtout d’un point de vue financier. Un ( ex) petit ami ( l’acteur Roger Azar) qui fait comme si la vie continuait.

 

Dans Face Ă  la mer, le Liban est un pays oĂč le pire devait ĂȘtre temporaire mais persiste. Donc, tout le monde fait malgrĂ© tout. Car il n’y a rien d’autre que l’on puisse faire. Jana est celle qui est lassĂ©e de ça. Mais elle essaie de s’étourdir et d’y croire encore une fois.

Jana ( l’actrice Manal Issa) et son petit ami, Adam ( l’acteur Roger Azar)

 

Franck Unimon, ce vendredi 1er avril 2022.