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Nonne essentielle

»Posted by on Août 31, 2021 in Corona Circus, Vélo Taffe | 0 comments

Nonne essentielle

 

 

                                                 Nonne essentielle

 

Ce matin, afin de retourner à la galerie d’art de l’ami Michel, j’ai emprunté un autre itinéraire à vélo. Je me suis retrouvé en compagnie de compétiteurs et de compétitrices, chacune et chacun avec son engin et son style. Certains exfiltrant toute lenteur de leur cycle. L’un d’eux, plus pressé que d’autres, mais au mauvais moment, s’est fait toper par la police. Au feu rouge où nous étions arrêtés, nous l’avons vu remettre sa pièce d’identité à un agent qui effectuait des vérifications en se servant de son téléphone portable.

 

Nous avons aussi été des vitrines roulantes en file indienne du côté du Boulevard Magenta sans rien d’autre à vendre que le vent et notre vigueur. Dans l’autre sens, c’était pire. C’était la cavalerie des dérailleurs.

 

Lorsque je me suis rapproché du but, j’ai pris une rue qui s’est avérée être celle du Delta. Je n’ai pas su comment bien la prendre, cette rue, avec ce nom de variant en pleine pandémie du Covid. Je jure sur le St Galibier avoir tourné dans cette rue au hasard même si certaines lunes, pétées de thunes, certifieront que l’on ne choisit jamais les costumes que l’on enfile au hasard. Au même titre que certaines rencontres que l’on prend et qui sont des rasoirs nous entaillant la gorge d’une oreille à l’autre.

 

Mais je n’allais pas, par superstition, retourner en arrière, juste pour changer de rue. Même si j’ai évité  de stationner devant le bar Le Sévère Tuant. 

 

Lorsque je suis arrivé, l’ami Michel balayait devant sa porte. Il écartait les feuilles sur le trottoir. Je me suis arrêté, et avec malice, j’ai sonné. Il s’est retourné et m’a souri. Peu après, nous sommes entrés dans sa galerie comme quelques mois plus tôt.

 

La pratique artistique et culturelle est une nonne essentielle. Tandis que l’on parle entre nous, qu’on la regarde ou qu’on l’écoute, elle prie pour nous, nous inspire, nous porte et nous protège.  Mais c’est peut-être la croyance idiote émanant d’une intelligence en manque de stimulation ou épuisée par trop de vélo. Parce-que l’art et la culture, cela ne remplit et n’abrite pas toujours le corps des femmes et des hommes. Mais cela peut permettre la rencontre de la conscience, une expérience qui ne répond à aucun logiciel et qui ne se commande pas.

 

L’art et la culture, ça peut aussi nous sortir de cette vie de portiques, de surdité et de contrôles dans laquelle nous nous enfonçons de plus en plus.

 

 

 

Pour quitter l’ami Michel, je suis remonté sur mon vélo. Celui-ci m’a salué comme si je partais pour un très long voyage. Jusqu’à la gare St Lazare.

 

 

Dix minutes plus tard, j’avançais en touriste quand j’ai croisé Josiane Balasko. Elle promenait deux petits chiens, boulevard Clichy, avec ses cheveux blonds, l’esprit dans un scénario, qu’elle seule pouvait voir. J’ai freiné. J’ai rebroussé chemin. J’ai eu envie de l’accoster pour demander à la photographier pour une amie. J’ai salué l’homme qui accompagnait « Josiane » et qui, lui, aussi, promenait un chien. On aurait dit un Apache ou un Péruvien, assez grand, assez massif. J’ai un petit peu pensé à l’ami indien du photographe de guerre, Patrick Chauvel.

Mais l’homme n’a pas très bien répondu à mon signe de tête. Il se demandait peut-être ce que je voulais. Je ne suis pas fort en télépathie, en nuages de fumée et en langage de signe. Alors, j’ai préféré laisser rêver.

 

Franck Unimon, ce mardi 31 aout 2021.

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La marche de la vie

»Posted by on Août 29, 2021 in Corona Circus | 0 comments

La marche de la vie

La marche de la vie

 

Je crois que je n’avais pas revu cette amie depuis l’enterrement de son ex-mari il y a deux ou trois ans. Après le cimetière, je n’avais pas pu rester. J’avais ma fille à aller chercher à la sortie de l’école. J’étais rentré avec la compagne de mon meilleur ami. Lequel, lui, était parti avec elle rejoindre des proches.

 

Depuis, mon meilleur ami a perdu son père. Cela faisait deux ans qu’il avait développé la maladie d’Alzheimer. J’étais au domicile de ses parents ainsi qu’à la mosquée avant que le corps du père de mon meilleur ami ne soit rapatrié en Algérie. J’étais vraisemblablement la seule personne présente à n’avoir jamais reçu le moindre enseignement musulman.  C’était le 13 juillet de cette année.

 

Cette amie a également perdu son père récemment. Ce vendredi, alors que je sortais de ma deuxième journée de travail, nous nous sommes donnés rendez-vous. Tout est parti d’un sms que je lui avais envoyé la veille en sortant de ma consultation avec la médecine du travail. Près de l’appartement de ses parents.

 

Notre estime mutuelle tient de l’escrime. Et, c’est comme ça depuis trente ans. Lorsque je lui ai appris ne pas être vacciné contre le covid, elle m’a d’abord demandé :

 

« Si ce n’est pas indiscret, tu peux me dire pourquoi ? ». Je lui ai répondu. Après quelques minutes, elle a poursuivi :

 

« Etant donné que je suis vaccinée, tu te doutes que je ne partage pas ton avis. Mais ce n’est pas grave ».

 

Je me suis alors senti obligé d’ajouter :

 

« Non, je ne m’en doute pas. C’est toi qui me l’apprends. Il y a différentes façons de prendre sa décision pour se faire vacciner. Autour de moi, je connais des personnes qui se sont faites vacciner pour éviter les conséquences économiques. Et d’autres, pour voyager ».

 

 

Nous nous sommes revus à la sortie d’une station de métro. Elle m’a alors appris avoir passé ses six première années dans un immeuble, non loin de là. Elle a voulu y aller. Nous l’avons fait. Je n’étais pas pressé. J’avais mon vélo à côté de moi. J’étais aussi curieux de découvrir ça. Elle m’a raconté comment c’était du temps de son enfance. Elle aurait voulu entrer dans la cour intérieure. Mais l’accès était fermé. Désormais, il fallait soit connaître le code ou posséder un badge. Quelques dizaines de mètres plus loin, nous tournant le dos, s’éloignant, et ignorant tout de notre présence, des préadolescents semblaient jouer ou parler entre eux. Ce qui rendait ce milieu encore plus inaccessible.

 

Puis, nous nous sommes éloignés. Elle m’a montré l’église qui était toujours là. Elle m’a passé d’autres témoins de son histoire.

 

Ensuite, nous avons marché en nous racontant nos vies, jusqu’aux plus grandes échelles, jusqu’à chez elle, dans Paris. Sans regarder l’heure. C’est elle qui nous guidait, me proposant de temps à autre le choix entre deux rues.

 

J’ai vraisemblablement beaucoup vieilli depuis que nous nous connaissons. Ou la vie en banlieue et les confinements successifs m’ont rendu aveugle et amnésique. Car, dans les rues, je redécouvrais quelques foules attablées à l’extérieur ou debout, discutant. Je croisais à nouveau des personnes qui passaient à vélo. Je n’avais plus vu ça ou pris part à ça dans Paris depuis quelques années. J’ai même reconnu un jeune acteur entouré de quelques uns de ses amis. Il avançait dans la rue, souriant. Félix Moati.  Je l’ai signalé à mon amie qui a alors tourné la tête. Puis, j’ai ajouté que ça n’avait pas d’importance. Comme si, sur la plage, j’avais subitement remarqué un caillou et que, finalement, en réfléchissant, ne sachant pas trop quoi en faire, j’avais décidé de le laisser dans son environnement. Afin de continuer à profiter du moment.

 

Bien-sûr, il ne s’agit pas de sortir pour sortir. Pour « faire jeune », « branché » ou « dynamique ». Et pour n’être, finalement, rien d’autre qu’un consommateur de plus qui copie avec le sourire ce qui est attendu de lui. Tout en ayant la certitude d’être parfaitement original et maitre de lui-même. Mais, disons que je me suis senti un peu déplacé, inadapté, en apercevant ça. Alors que je sais avoir par ailleurs de bonnes raisons de ne plus être dans ce « mouvement ». Et, puis, aussi, que l’on peut se passer de tout ça pour être proche de quelqu’un.  Ce n’est pas le prestige d’un endroit ou le prix d’une table de restaurant qui rend exceptionnel ce que l’on vit. C’est ce que l’on vit. Et avec qui.  Et quand.

 

Et, je crois que ce que j’ai vécu avec cette amie a été exceptionnel. Puisque cela n’est pas courant. Si je faisais de l’esprit, je dirais qu’il est exceptionnel que cette amie et moi ayons pu nous parler et nous écouter pendant près de deux heures sans nous disputer. Mais je fais ici de la provocation. Non, l’exceptionnel, c’est de pouvoir se parler en toute confiance et, aussi, d’avoir pu se revoir pour des circonstances agréables et suffisamment durables de façon à pouvoir refaire le plein.  

 

 

Nous n’avons fait qu’une halte pour acheter un sandwich à emporter. Puisque moi, je n’avais pas de passe sanitaire. Ce qui m’a peut-être donné l’occasion de frauder pour la première fois. Alors que nous nous sommes assis, seuls, à l’écart, sur un des bancs situé à plusieurs mètres en face du lieu où nous avions commandé et acheté. Ces bancs avaient sûrement été mis là par l’enseigne et étaient occupés par un groupe de jeunes avant notre arrivée.

 

Puis, après avoir mangé, nous sommes repartis. Avant de nous mettre en train, cette amie s’était inquiétée du fait que notre destination, jusqu’à chez elle, m’éloignait de chez moi. J’avais souri :

 

« Mais j’ai mon vélo ! Tout ce qui compte pour moi, ensuite, c’est d’aller à la gare St Lazare ».

 

Près de son immeuble, elle m’a dit de la tenir au courant de ce qui m’arrivait. J’ai acquiescé. Puis, en suivant ses indications, j’ai vite retrouvé le chemin pour St Lazare. Avant la gare du Nord, j’ai aperçu une fête. Il y avait beaucoup de monde. J’entendais la musique alors que nous discutions.

 

A St Lazare, j’ai pris mon train de banlieue.

 

Cette nuit, j’ai compté le nombre d’articles que j’ai écrit lors de ce mois d’aout après avoir publié Photos du mois d’Aout 2021) . Article que j’ai publié en me demandant si toute cette énergie que je mets à écrire avait une réelle utilité. Je n’ai jamais autant publié pour mon blog que depuis ce mois d’aout 2021. Je dépose aussi dans ce blog une partie de ma mémoire.  Ce mois d’aout est peut-être le tour de piste des sujets vers lesquels je vais de plus en plus me concentrer. Ou peut-être aussi ma façon de tirer ma révérence. Car j’ai le pressentiment que ce mois de septembre va m’être difficile. Même si je ne vois pas trop encore pour quelle raison. Parce-que  tout ce que l’on appréhende de façon trop évidente se vérifie, à mon avis, assez rarement.

 

A côté de ça, je me désole de voir que Marche jusqu’au viaduc   est moins lu qu’il le devrait à mon avis. C’est peut-être une histoire d’exposition. C’est peut-être tant mieux, aussi. Mais pour qui ?

 

Franck Unimon, ce dimanche 29 aout 2021.

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Photos du mois d’Aout 2021

»Posted by on Août 29, 2021 in Cinéma, Corona Circus, Vélo Taffe | 0 comments

Photos du mois d’Aout 2021

 

                                     Photos du mois d’Aout 2021

Ces photos ont été prises principalement à Paris. Souvent en me rendant au travail à vélo. Ce diaporama a été réalisé sans tenir forcément compte de leur chronologie.

Une photo a été prise à Argenteuil. Sur une autre, à Aulnay sous Bois, à la ferme du Vieux-pays, on peut voir Steve Tientcheu, acteur, et Tarik Laghdiri, scénariste ( Le cinema-A ciel ouvert avec Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri).

 

Certaines de ces photos devaient servir pour un article que j’avais prévu d’appeler Sommes-nous si prévisibles ?Un titre très enjoué que j’avais trouvé tout seul en tombant sur la couverture d’un journal nous parlant des Talibans en Afghanistan. Après plusieurs semaines durant lesquels la pandémie du Covid, mais aussi la vaccination anti-Covid, avaient occupé systématiquement la première page des journaux, mais aussi nos pensées et nos discussions, subitement, et presque de concert, la priorité médiatique était donnée aux Talibans. Ainsi qu’à la peur du terrorisme. Une peur remplaçait une autre peur. Plusieurs « Dj » avaient changé de disque en même temps pour nous faire danser aussi longtemps qu’avec le tube de la peur précédente. Peur précédente qu’il s’agissait de ne pas trop user afin qu’elle puisse rester disponible et efficace. Il fallait pouvoir continuer de nous pousser vers la piste de danse.

 

D’avance, je sais que nous danserons.

 

On nous parle aussi du réchauffement climatique qui prend des proportions de plus en plus catastrophiques mais, pour l’instant, les grandes capitales ne sont pas frappées. A court terme, les bombes et les kalachnikovs des terroristes (Talibans ou autres), eux, peuvent nous atteindre plus rapidement que le réchauffement climatique.

 

Une influenceuse ou un « influenceur » de bonheur, aussi, peut nous atteindre plus rapidement que le réchauffement climatique.

 

Mais tout cela n’est pas une raison pour s’empêcher de regarder ailleurs. C’est aussi ce que nous faisons.

 

J’ai été très touché de voir cette exposition de quelques photos des films du réalisateur polonais Kieslowski dont « l’anonymat » depuis sa mort me désole. C’est un réalisateur dont j’aurais pu ou aurais dû parler avec Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri. Je l’aurais sans doute fait si j’avais aperçu cette exposition avant de les rencontrer.

 

Kieslowski abordait souvent des sujets graves de manière apaisante. Moins fantastique que Cronenberg et moins déprimant que Bergman, j’ai aimé sa façon de nous entraîner dans ses histoires. Pourtant, ses films ont d’abord été réalisés dans une Pologne « grise » très dépendante du mur de Berlin. Et la musique employée pour la bande son de ses films limitait beaucoup les envies de déhanchement et d’emballement d’une éventuelle conquête. Néanmoins, ses films ont été moralement formateurs.

 

Pour ce diaporama, j’ai pensé à ce titre du groupe Nirvana parce-que je l’aime beaucoup et aussi parce qu’il est court. Je n’ai pas été inspiré par un titre de zouk pour le « coller » à ces photos. Il y aurait pu y avoir des photos de Léo Tamaki Dojo 5 ) qu’il était prévu que j’interviewe à la fin de ce mois d’aout lors de son stage d’Aïkido à Paris . Mais je n’ai pas de passe sanitaire et celui-ci est devenu incontournable après mon premier passage au Dojo 5 en juillet.

Léo Tamaki m’a assuré que l’interview pourrait avoir lieu d’ici quelques mois. Son optimisme m’a fait du bien.

 

J’espère que ce diaporama vous plaira.

 

Franck Unimon, ce dimanche 29 aout, 2h10 du matin.

 

 

 

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Le cinema-A ciel ouvert avec Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri

»Posted by on Août 23, 2021 in Cinéma | 0 comments

Le cinema-A ciel ouvert avec Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri

Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri, vendredi 21 aout 2021 à la Ferme du Vieux-Pays, Aulnay sous Bois.

     

Le Cinema-A ciel ouvert

   avec 

Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri

 

 Le cinema-a ciel ouvert ( https://www.cinemacielouvert.fr ) a été créé à Aulnay Sous Bois par l’acteur Steve Tientcheu et le scénariste Tarik Laghdiri .

 

Cinema- à Ciel ouvert

La boite noire du cinéma est ici là pour dévisser les cercueils dans lesquels les corps, autrement, sont à l’état de flaques  superposées les unes sur les autres. Au point qu’elles finissent par se ressembler toutes.

Au lieu d’être enfermé ou de rester paralysé à l’intérieur de nos histoires, grâce au cinéma, il va être possible de se mettre à circuler ailleurs et différemment. Plutôt que de rester planté, là,  dans un décor de plus en plus sourd à ses habitants. Et, on va les faire germer ces histoires que l’on est les mieux habilités à raconter. Puisque, ces histoires, nous les connaissons. Nous les arrosons tous les jours et tous les soirs.

Parce-que ces histoires, ce sont nos adresses postales, mentales, corporelles et culturelles. Nos omoplates. Nos réservoirs. Sans elles, nous ne tenons pas.

J’écris “nous”. Mais c’est d’abord d’eux, bien-sûr, dont je parle : les fondateurs et les participants impliqués dans ce projet inspiré de leur vécu dans la ville d’Aulnay sous Bois. Et, j’écris “nous” parce-que je m’identifie à ce que je comprends du projet.  

 

 

 

Ciel ouvert“. 

Presqu’un mot de passe. ” A ciel ouvert”. Comme à flanc de ciel.  ” Ciel où vers”. Le ciel est presqu’un cierge que l’on allume pour une prière ou mieux y voir.  “Ciel où vert”. Le vert, l’espoir. Vers…vers à peu près tout ce que l’on veut. “Ciel ouvert”/ ” à coeur ouvert”, quelle différence ?

 

On ne choisit pas les histoires qui nous marquent. Mais on peut choisir de s’en servir.

 

Ce vendredi 20 aout 2021, à la ferme du Vieux-Pays, à Aulnay-sous-bois, Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri nous parlent du projet le cinéma- A ciel ouvert  . C’est à partir de sa pépinière qu’est arrivé ce projet de court-métrage : La Chimère

 

 

La Chimère est le premier court-métrage que Steve Tientcheu  va réaliser avec des personnes d’Aulnay sous Bois. Il a créé une association : C’est une Dinguerie. 

Quatorze personnes ont été sélectionnées après un casting

Le tournage débutera ce lundi 23 aout 2021. Il durera six jours.

 

Ce vendredi 20 aout 2021, je découvre Tarik Laghdiri. Je « connais » un peu plus Steve.   

 

Je crois que c’est le réalisateur Yassine Qnia– dont le premier long métrage De Bas étage est sorti récemment au cinéma- qui, le premier, m’avait parlé du documentaire La Mort de Danton (2011) d’Alice Diop.

Dans ce documentaire, Alice Diop faisait un portrait de Steve alors qu’il avait pris l’initiative de «fuguer » de sa cité, d’abord en secret de ses amis et de son quartier. Afin de suivre une formation de comédien au cours Simon, à Paris.

Yassine Qnia venait alors de réaliser son court-métrage Fais Croquer.

 

A partir de La Mort de Danton, j’avais « suivi » assez régulièrement l’évolution à l’écran de Steve Tientcheu (Qui Vive, Les misérables 2ème partie , Qu’un sang impur… La Nuit Des Rois-un film de Philippe Lacôte).

C’est lors du tournage du court-métrage Molii co-réalisé en 2013 par Carine May, Mourad Boudaoud, Hakim Zouhani et Yassine Qnia, qu’en passant lors d’une nuit de tournage, j’avais rencontré Steve Tientcheu la première fois.

 

Huit ans plus tard, ce vendredi 20 aout 2021, par l’entremise de l’attachée de presse Jamila Ouzahir, je revois donc Steve Tientcheu avec Tarik Laghdiri. Ils me parlent de La Chimère et du projet autour.

 

Pour cela, j’ai fait le déplacement jusqu’à la ferme du Vieux-Pays d’Aulnay Sous Bois, leur ville de naissance et de domiciliation.

La ferme du Vieux-Pays est l’endroit qu’ils ont tous les deux choisi afin de préparer les acteurs de leur film. 

 

Je connais mal le département du 93. Je n’y ai jamais vécu. J’y suis toujours passé. Mais j’ai connu la cité HLM jusqu’à mes 17 ans à Nanterre. J’ai toujours habité en banlieue parisienne. Lorsque j’aurais pu venir habiter à Paris, j’ai eu peur de m’y perdre et j’ai « fui » en restant vivre en banlieue parisienne.  

Par mon  métier d’infirmier en pédopsychiatrie et en psychiatrie, je suis immergé depuis des années, même si cela peut être seulement pour quelques heures, dans l’envers de toutes sortes de cycles et d’histoires. Même si je parle et raisonne comme un intello, avec un Français dit « soutenu » et « posé », je crois être d’une autre contrée que bien des professionnels du journalisme cinéma que j’ai pu rencontrer en France jusqu’alors. Peut-être parce-que, contrairement à eux, il y a eu un peu moins de possibilités de retrait et de zones tampons entre mon corps, ma vie, et certaines souffrances et violences qui composent notre monde.

 

Cela ne fait pas de moi pour autant une personne exemplaire. Cependant, en apprenant ce projet de Steve Tientcheu et de Tarik Laghdiri, j’ai eu envie de venir. Cela a été un plaisir pour moi d’être passé, en même temps qu’une forme de devoir et de responsabilité. Pour eux deux bien sûr mais aussi pour les autres personnes impliquées dans ce projet. Et, je pense aussi aux actrices et aux acteurs que j’ai croisés et photographiés et filmés durant leur séance de Yoga, la dernière phase de leur préparation, avec la prof, Estelle.

 

 

Je « devais » venir le samedi. Mais cette séance de préparation avant le début du tournage de La Chimère a été annulée. Steve me dira au cours de l’interview que la préparation a été « intense ». Et que pour laisser souffler les acteurs avant le « grand jour », cette séance a donc été effacée.

 

Pour être présent ce vendredi à cette dernière phase de la préparation d’avant tournage, je suis donc venu avec ma fille puisqu’elle était avec moi au lieu d’être au centre de loisirs. C’était la première fois que je l’emmènais avec moi pour une interview. Et, j’ai très vite pensé à la faire participer. On l’entendra poser une question à Steve dans une des vidéos.

 

Si j’étais venu ce samedi, je serais arrivé seul le matin, après avoir travaillé, avec mon visage de la nuit. Ces conditions changent une histoire. Mais aussi le regard que l’on peut avoir sur un événement ainsi que celui que les autres peuvent porter sur nous. On ne décide jamais au départ du regard que les autres ont sur nous. Quelles que soient les intentions et les circonstances qui nous amènent. Bonnes ou mauvaises.

 

En écoutant et en regardant Steve et Tarik dans ce que j’ai filmé, on se fera facilement une idée de leur volonté de décoller et de se décoller de certaines frontières. Telle une note de musique imaginaire qui se sortirait de toute entrave et se maintiendrait sur toute la durée. Jusqu’à ce qu’elle parvienne à ses auditeurs et ses auditrices.

 

En regardant Steve à l’image, on comprendra de quoi on parle lorsque l’on dit d’une actrice ou d’un acteur qu’elle ou qu’il a une « présence ». Ou qu’elle ou qu’il « dégage quelque chose ».

 

Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri, vendredi 21 aout 2021, La ferme du vieux-pays, Aulnay sous bois.

Après avoir photographié Steve plusieurs fois ce vendredi, tout en l’interviewant, je n’ai pu m’empêcher de me dire que les professionnels du cinéma qui ont pu penser ou qui continuent de penser qu’un acteur noir est plus difficile à éclairer- et donc à filmer- ont surtout  les muscles trapèzes de la paresse beaucoup trop développés.

 

A la fin de l’interview, j’ai remercié Tarik et Steve. Ils m’ont alors répondu :

« C’est nous qui te remercions ! ».

 

Pourtant, en repartant de cette ferme et de cette Chimère, je me suis rappelé à quel point j’avais besoin d’extérieur, de fantaisie, d’optimisme et de constance. Vivre en permanence le contraire revient à être en prison. Et, la prison est l’un des thèmes de leur film.

 

Merci donc à Steve Tientcheu et à Tarik Laghdiri. A Jamila Ouzahir. A la prof de Yoga, Estelle.  Mais aussi aux actrices et aux acteurs pour leur accueil. Ainsi que pour les photos et les images que j’ai pu prendre d’eux durant leur séance de yoga. Si je les « chambre » un petit peu en les montrant dans certaines postures, qu’ils sachent qu’à leur place, je n’aurais pas fait mieux. Mais aussi que je les envie d’avoir bénéficié d’une telle préparation et de pouvoir vivre une expérience pareille.

 

Un autre article suivra après celui-ci avec d’autres photos, d’autres vidéos. Car cela aurait fait trop à mettre dans un seul article. Et puis, je tenais à en publier un avant que ne commence le tournage…

 

 

 

Franck Unimon, ce dimanche 22 aout 2021 ( avec la participation d’Emmi Unimon).

 

 

 

 

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Un acte politique

»Posted by on Août 18, 2021 in Argenteuil, Corona Circus | 0 comments

Un acte politique

Photo prise ce mercredi 18 aout 2021 à Argenteuil, non loin de la mairie et de la médiathèque.

                                                 Un acte politique

La foule

 

 

« Tout acte est politique ». Nous avons tous entendu ça un jour. A partir de là, tirer la chasse d’eau dans les toilettes ou laisser déborder la cuvette des chiottes- sans les nettoyer- peut aussi être vu comme un acte politique. Pisser par terre sans essuyer, aussi. 

 

Je n’ai pas de passé de militant politique. J’ai très peu mouillé le maillot dans des manifestations ou dans des assemblées syndicales, associatives ou autres. Je me méfie des mouvements de foule et de groupe. Il y a bien-sûr ma conversion très facile au « théorème » de l’humoriste Pierre Desproges qui expliquait que pour connaître le quotient intellectuel d’un groupe ou d’une foule, qu’il fallait le diviser par le nombre de personnes qui le ou la constituait.

 

Mais il y ‘a d’autres paramètres qui comptent pour moi et qui rejoignent ce « théorème ».

 

Une foule, à moins d’y aller en famille, c’est beaucoup de personnes inconnues. On peut bien sûr y faire des rencontres indispensables. Mais, le plus souvent, la plus grande partie de celles et ceux que nous avons côtoyées restent pour nous des anonymes. On est moins maitre de soi dans une foule. En terme de repli, d’esprit critique mais aussi pour nos décisions.

 

D’une certaine façon, se mêler à la foule, c’est lui faire confiance. Et, tout le monde qui constitue cette foule se livre à cette confiance assez aveugle. On suit le mouvement. Ça peut donner à vivre des moments très agréables, de liesse ou de grande communion.  Pacifique ou destructrice. Ça peut aussi revenir à se retrouver dans une cuvette remplie de désherbant lorsque ça dérape. Ou lorsque la peur remplace solidement le fragile sédiment d’union.

 

Les incendies du Monde

 

Ces deux-trois derniers jours, on parle de plus en plus des incendies en Chine, en Russie et dans une autre partie du Monde. Tout cela est lié à la désertification et au réchauffement climatique. On parle aussi des Talibans qui ont repris l’Afghanistan depuis le départ des dernières troupes militaires américaines. L’opticien avec lequel j’ai mes habitudes m’a parlé des conditions de vie qui se sont particulièrement dégradées au Liban ces dernières semaines. Il est très difficile d’y trouver du pain. De l’essence pour les voitures. Les gens ont droit à vingt litres d’essence. Les coupures d’électricité sont fréquentes. La retraite n’existe pas au Liban. On y travaille jusqu’à la mort. Son grand-père, atteint d’un cancer, travaillait encore une semaine avant sa mort.  

 

Ces sujets- et d’autres- sont inquiétants. Ils permettent aussi de parler d’autres sujets que la pandémie du Covid, des pro-vaccins, des anti-vaccins, et des désunions profondes que ces sujets causent.

 

Mais sans parler de ça, et avant même que de nouveaux actes terroristes n’assombrissent encore plus nos visages, quelques événements quotidiens banals nous montrent déjà que notre union générale a une composition assez voisine de celle de certains de ces produits que l’on achète en grande surface.

 

Il y a un peu plus de trois ans, alors que l’on parlait davantage des attentats terroristes islamistes, une jeune femme avait dû subir l’insistance d’un homme en public. C’était dans le métro à une heure de pointe. L’homme était un « beau bébé », d’un mètre quatre vingt à un mètre quatre vingt dix. Il devait porter un vêtement militaire pour que je me sois imaginé qu’il devait être du genre engagé dans l’armée. Laquelle lui permettait sans doute d’avoir des règles de vie. Une tenue de route. Des ordres à appliquer. Une discipline.

 

Là, livré à lui-même, parachuté dans la vie et l’isolement social,  il avait bu quelques bières. En canettes ou en petites bouteilles de verre. Il était plus lourdaud qu’un pervers à la Fourniret. Mais il était néanmoins imposant, intimidant et à côté de la plaque.

La jeune femme avait peine à se soustraire de ses « avances ». Dans le métro qui s’ébrouait, sur la ligne 4, personne ne bougeait. Un de ces métros « serpent » où toutes les voitures communiquent entre elles.

 

C’est en entrant dans le métro et en m’asseyant  à quelques mètres que j’ai vu ça. Ce jour-là, je n’ai pas réfléchi. Parce-que pour agir « juste », c’est cela le paradoxe, que ce soit en amour, lors d’une dispute ou pour aider quelqu’un, il faut aussi savoir…ne pas réfléchir. Savoir se faire confiance. S’exprimer comme ça nous vient.

 

L’homme aux lunettes jaunes

 

Ce jour-là, j’ai été suffisamment confiant pour, très vite, faire signe à la jeune femme de venir s’asseoir à côté de moi. Une place était libre. La jeune femme a vu mon geste puisqu’elle s’est déplacée jusqu’à moi. Je ne suis plus sûr qu’elle se soit assise à côté de moi. Mais je sais lui avoir parlé et lui avoir demandé où elle voulait descendre. C’était une ou deux stations de métro plus loin.

Quelque chose dans mon attitude avait vraiment dû lui inspirer confiance car, à cette époque, je portais des lunettes de vue plus ou moins à double foyer dont les premiers verres étaient de couleur jaune. Si j’était plutôt content de mon choix alors, aujourd’hui, lorsque je revois certaines photos de moi avec ces lunettes, je me dis que je n’étais pas du tout à mon avantage.

 

Le gros bébé, lui, seul sur la piste, comme si une femme l’avait planté en plein slow, s’était un peu énervé. Il avait jeté sa canette de bière par terre. De la mousse avait coulé. Il avait fait quelques pas  dans notre direction. Un autre homme, plus jeune que moi, plus petit que notre « gorille », mais aussi plutôt longiligne s’était comme mis sur la trajectoire de « l’envahisseur ». Lequel avait aboyé des propos ou des menaces que notre deuxième homme, notre deuxième ligne, avait laissé passer. Puis, ça avait été « tout ».

 

Notre jeune femme avait pu sortir du métro. Je serais incapable de la décrire. Je me rappelle qu’un homme, un peu plus loin, m’avait ensuite adressé un regard. Comme si, pour lui, j’avais pu constituer une forme de soutien. Alors que j’estimais être presque rien. Je ne sais pas de quoi j’aurais été capable si notre « homme » avait été agressif physiquement envers moi. Je n’y avais pas réfléchi en faisant signe à cette jeune femme. Je n’avais pas eu le temps d’avoir peur. Mais j’avais eu le temps de me dire qu’en cas de nouvel attentat (ce devait être après l’attentat du Bataclan), la plupart de ces personnes présentes dans ce métro, ce jour-là, seraient parties dans tous les sens. Et que les terroristes auraient pu en faire ce qu’ils voulaient. Dans les rues de Paris et au Bataclan, les terroristes avaient pris leur pied en tirant sur des gens à balles réelles comme dans une fête foraine. Dans ce qui venait de se passer avec cette jeune femme, je ne voyais pas de quel genre d’échappatoire nous aurions pu disposer face à un scénario terroriste identique à celui du Bataclan. Et, cela, les terroristes le savent. L’Etat, aussi. 

L’Ami de quelqu’un

 

C’est aussi pour cela, sûrement, que je me méfie des foules. Lors d’une action commune, je préfère être entouré de peu de personnes et bien les connaître. Et, évidemment, plus cette action commune sera délicate, plus j’aurai sans doute besoin de bien connaître ces personnes qui m’entourent afin de pouvoir mieux me coordonner avec elles. On critique très souvent les personnes qui, dans les transports en commun, ne bougent pas en cas d’agression. Cette « passivité » s’explique aussi par le fait que toutes ces personnes entre elles ne se connaissent pas et ne connaissent pas la victime. Et, l’agresseur ou les agresseurs profitent  aussi de cette brèche. De cette opportunité.

 

Aujourd’hui, on se dit facilement être l’ami de quelqu’un. Mais c’est une formule. Y compris une formule de politesse. Il est facile d’être l’ami de quelqu’un lorsque tout sourit. Et c’est agréable, aussi. On ne peut pas souhaiter rester en permanence sur le qui-vive et dans la méfiance. On ne peut pas passer son temps à devoir ramper constamment dans la boue et le froid, en pleine nuit, le ventre vide, afin d’échapper à des furies. Ou juste pour se rendre à une séance de cinéma ou pour prendre un verre dans un bar avec quelqu’un.

 

L’anomalie

 

Aujourd’hui, j’ai raccompagné ma fille à la médiathèque de ma ville. J’ai vite renoncé à faire remarquer aux bibliothécaires que je « connais » et qui me « connaissent » qu’il y a une grosse anomalie dans le fait que des gens comme moi, non vaccinés contre le Covid, soient désormais interdits d’accès de la médiathèque. Je crois que faire part de cette anomalie aux bibliothécaires les mettrait mal à l’aise. Je me suis contenté de les saluer de loin. Nous nous sommes souris. Je me suis aussi demandé combien de fois faudrait-il que des usagers familiers comme moi repassent et restent ainsi presqu’à la « porte » de la médiathèque pour que l’une ou l’un d’entre eux, à un moment donné, finissent par se dire qu’il y a quelque chose qui cloche dans cette situation. Je me suis aussi demandé combien de temps, si j’étais à leur place, ou lorsque je suis à leur place dans mon travail, me faudrait-il/me faut-il, pour m’apercevoir qu’il y a quelque chose qui cloche dans ma conduite au regard de certaines situations.

 

L’anomalie est  que la mairie de ma ville ne propose aucune alternative. Car les impôts que je paie depuis des années contribuent au financement des institutions publiques comme les médiathèques et les hôpitaux publics. L’Etat et donc la mairie de ma ville n’ont donc aucune légitimité à m’interdire totalement l’accès à la médiathèque de ma ville. Ou, ils se doivent de me proposer un service alternatif. Car je paie pour ce service public avec mes impôts. Or, depuis plusieurs jours maintenant, l’Etat prend l’argent de mes impôts mais ne me rend pas le service pour lequel mes impôts- et ceux des autres citoyens vaccinés et non-vaccinés contre le Covid- le paient. Et, la mairie de ma ville se comporte donc comme un exécutant zélé de l’Etat. C’est un exécutant de poids mais, aussi, un exécutant décérébré qui manque totalement de recul. Et qui manque, là, à sa mission d’inclusion sociale et culturelle.

Lorsqu’une entreprise prend l’argent ou reçoit de l’argent de ses actionnaires, elle lui doit des contreparties. Sauf si les actions n’ont plus de valeur. Dans ce cas, les actionnaires ont perdu leur argent. Refuser l’accès à des institutions publiques à des personnes qui paient leurs impôts parce-qu’, actuellement, ces personnes ne fournissent pas de passe sanitaire ou de test PCR ou antigénique négatif, cela signifie aussi que, pour l’Etat, les “actions” du service public n’ont aucune valeur. 

 

C’est presque le contenu du mail que j’ai envoyé tout à l’heure à la mairie de ma ville.  Je ne sais pas quand ce mail sera lu. Nous sommes en plein mois d’aout, pendant les grandes vacances. Et, je ne suis personne. Je n’ai pas des millions de vues sur une chaine Youtube. Je n’ai aucun ami dans les sphères politiques, médiatiques ou dans le monde des affaires. Mais mon mail est sans doute un acte politique. Et, je n’ai pas prévu d’aller boire de la bière dans un métro en attendant que l’on me réponde.

 

Franck Unimon, ce mercredi 18 aout 2021.

 

 

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