Les misérables 2ème partie

» Posted by on Nov 24, 2019 in Cinéma | 0 comments

Les misérables 2ème partie

 

                                 Les Misérables 2ème partie

 ( suite et fin de Les Misérables )  

 

La salle de cinéma était assez remplie pour cette première séance de 9h10. Je me demandais s’il y aurait du Rap dans Les Misérables, ce genre musical désormais le plus écouté en France chez les moins de 30-40 ans. Le film durait 1h43 (103 minutes). Il n’avait pas encore commencé que je me demandais comment Ladj Ly était parvenu à dire autant en si peu de temps. La durée moyenne des films semble désormais lorgner vers les deux heures. Si l’on pense à première vue au film La Haine de Kassovitz réalisé en 1995 (98 minutes) ou à Wesh Wesh de Rabah Ameur-Zaïmèche réalisé en 2001 ( 83 minutes), son Les Misérables peut sembler « long ». Mais il est plus court que L’Esquive (117 minutes) réalisé par Kechiche en 2004 et dont l’histoire, inspirée également d’un classique de la littérature française, est également transposé dans une cité d’’aujourd’hui. Lequel Kechiche,  par la suite, a contracté une sorte de « tumeur » de la longévité créatrice : son La Graine et le Mulet (2007) percutant ensuite les 151 minutes puis son La Vie d’Adèle (2013), les 179 minutes.

 

On comparera sûrement beaucoup Les Misérables à La Haine mais ce sera une limite grossière d’assigner le film de Ladj Ly au rôle de la « simple » poursuite du film La Haine vingt quatre ans plus tard. Même si les deux films ont des évidents…ronds-points communs. Car on pourrait aussi parler de Un Prophète  (2009, 155 minutes) et de Dheepan (2015, 115 minutes), deux films réalisés par Jacques Audiard que Ladj Ly a sûrement également vu et décortiqué parmi tant d’autres. 

 

Mais reparlons de son film qui a « obtenu » ou « reçu » «  le label des spectateurs UGC ». La première image de son film en couleurs est celle du jeune Issa sortant de son immeuble, recouvert du drapeau bleu, blanc, rouge de la France. Issa est content. Avec des copains de son âge, entre 13 et 15 ans, Issa part sur Paris fêter l’éventuelle victoire de l’équipe de France de Football lors de la finale de la coupe du Monde. La liesse engagée peut d’abord faire penser à celle de la France victorieuse en 1998 et c’est peut-être une astuce maline de Ladj Ly de nous le laisser croire. Mais dans cette image de joie, Ladj Ly délimite très vite le territoire de son cinéma :

 

Au centre, Issa, interprété par l’acteur Issa Perica.

 

Même si Issa et ses potes se rendent sur Paris et qu’on y voit des images joyeuses de la foule sur les Champs Elysées puis au Trocadéro, un plan de quelques secondes sur la gare Raincy-Montfermeil nous informe que l’histoire se déroulera là. Et non dans cette vie parisienne, plutôt bourgeoise et plutôt blanche, surreprésentée dans le cinéma français.

 

La France gagne son match de Foot et l’on entend la Marseillaise. Et, toujours pas de Rap dans le film. On en entendra très peu. A la place, un titre me monte à la tête même si je ne l’entends pas au cours du film : il s’agit du titre Angel du groupe Massive Attack sorti en 1999. Il est vrai qu’Issa est mignon et a une tête d’ange. Depuis, j’ai lu que le prénom « Issa » a une origine hébraïque et arabe, qu’il signifie «  Dieu est généreux » et que c’est aussi le prénom de Jésus dans le Coran. Mais je ne le sais pas en regardant Les Misérables. Par contre, je « connais » l’aspect vénéneux et rampant du titre Angel, qui ne paie pas de mine au départ du groupe Massive Attack puis qui vous accroche à l’angoisse.

 

Je « connais » aussi cette image d’un jeune qui a beaucoup aimé la France puis qui s’en est ensuite  violemment détourné : c’est celle du terroriste Mohamed Mérah dont j’ai appris que lors de la coupe de Monde de Football (de 1998 ?) il était fier de préférer la France à l’Algérie. Alors, d’une certaine façon, peut-être, je comprends que Les Misérables va nous raconter en partie comment une jeunesse peut passer de l’amour pour la France à son rejet pour tout ce qui peut à peu près la représenter.

 

Bien-sûr, au début du film, devant tous ces gens contents sur les Champs-Elysées, on pense aux gilets jaunes. Car c’est « l’actualité » médiatique, chaque samedi, sur les Champs Elysées depuis un peu plus d’un an maintenant. Mais j’ai aussi pensé aux tirailleurs vidés en 1945 du défilé victorieux par le preux Général de Gaulle, l’inamovible référence historique de la fierté militaire et politique française, et dont la décision d’alors a implanté tellement de mal dans la société française. On dira peut-être que la société française – blanche- n’était alors pas prête à recevoir des soldats arabes et noirs et  à les voir marcher avec d’autres sur les Champs Elysées pour fêter la fin de la Seconde guerre mondiale et la défaite de l’Allemagne nazie (antisémite mais aussi raciste, homophobe et anti-communiste). La « mixité » était peut-être un projet de société plus difficile à mener qu’un combat militaire. 70 ans plus tard, on se retrouve à regarder un film comme Les Misérables sur grand écran.  Devant nous, des acteurs jouent les rôles possibles de ces hommes et de ces jeunes  qui ont été vidés du défilé victorieux de la patrie. Or, ils sont encore plein d’énergie et ont des projets. C’est là où intervient la BAC qui, dans LesMisérables, est le seul contact qui reste entre cette banlieue ignorée et la République.

 

Il n’y a ni pit-bull ni éducateur de rue dans le film. C’est étonnant. On dirait que l’ère des pit-bull est passée de mode et que les derniers éducateurs sont partis sans avoir été remplacés.

 

Dans cet écosystème que l’on retrouve aussi dans Do The Right Thing de Spike Lee (1989, 120 minutes) et dans La Cité de Dieu de Fernando Meirelles (2002, 130 minutes)  les trois flics de la BAC qui circulent  (deux blancs pour un noir), malgré leur « pouvoir »,  font aussi partie des misérables. On s’apercevra qu’ils sont aussi prisonniers d’une certaine misère et solitude personnelle, dans des registres différents, comme celles et ceux qu’ils « administrent » et qu’ils sont un « peu » les derniers à le savoir.

 

Même si cela sert d’appui à l’histoire, on peut être surpris par l’évolution rapide du « rookie » interprété par l’acteur Damien Bonnard : même si l’expérience de terrain entraîne aussi le risque d’un excès d’assurance, elle apporte aussi un instinct et un savoir faire dont on s’étonne qu’ils s’expriment aussi rapidement chez le « nouveau venu ». C’est peut-être là où l’on peut voir du cinéma plutôt qu’une vérité documentaire de tous les instants dans Les Misérables ainsi que la persistance d’un espoir dans le regard de Ladj Ly. Ou son souhait que change rapidement la façon dont la BAC peut intervenir par exemple.

 

Alternant humour, clins d’œil (le Ali Boumayé rappelle aussi bien le combat de boxe Ali/ Foreman que le documentaire When we were kings de Leon Gast, 1996, 89 minutes), points de vue, subtilités de langage, éloge d’une certaine folie protectrice (comme dans A Tombeau ouvert de Scorsese, 1999, 121 minutes), Les Misérables est un menu complet :

L’acteur Almamy Kanoute dans le rôle de Salah.

 

 

Islamisme, mafias locales, parents abstraits ou usés, enfance livrée tel un kebab, prostitution, fascination pour le Free-fight (Venum), obsession du buzz et des réseaux sociaux, responsabilité de celle ou celui qui filme avec du matériel de professionnel dans un monde d(a)mateur.

 

Si on appréhende d’avoir du mal à digérer le film, on peut préférer aller voir La Reine des Neiges 2. C’est aussi sur grand écran.

 

 

Franck Unimon, ce dimanche 24 novembre 2019.    

 

 

 

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