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Les rappeurs Joey Starr, Orelsan et Tricky : quelques idées pour réussir

»Posted by on Jan 31, 2022 in Musique | 0 comments

Les rappeurs Joey Starr, Orelsan et Tricky  : quelques idées pour réussir

Gare du Nord, ce lundi 31 janvier 2022.

 

 

 Les rappeurs Joey Starr, Orelsan et Tricky : quelques idées pour réussir

 

Ces derniers temps, Orelsan est le rappeur ou l’un des rappeurs français dont on parle le plus et le «mieux ». Même le Président Macron, qui va sans doute se représenter lors des prochaines élections présidentielles d’avril 2022, tenait des propos élogieux à son sujet à la fin de l’année dernière. Comparant Orelsan à un « sociologue » décrivant bien la société française.

Interrogé au sujet de cette flatterie présidentielle, alors qu’il faisait la promotion de son dernier album, Civilisation,  Orelsan a répondu quelque chose comme :

« Il ( le Président Macron) ne serait pas en train de gratter mon buzz ? ».

Avant de réussir et d’être ce rappeur à propos duquel, désormais, beaucoup de monde est content de dire : «  Je l’admire », Orelsan a beaucoup douté. Je le sais comme d’autres car j’ai un peu lu sur lui. Auparavant. Sans trop insister.

 

Lorsque mon petit frère de 14 ans mon cadet, qui a grandi dans le Rap, m’avait offert à Noël il y a trois ou quatre ans maintenant, un album d’Orelsan, je l’avais un peu écouté. Mais, d’une part, avant d’écrire cet article, lorsque j’ai cherché ce cd, j’ai dû constater qu’il n’était plus là où je l’avais initialement rangé. A un endroit facile d’accès. Ce qui signifie que je l’ai rangé avec d’autres cds, dans un carton. Et, d’autre part, j’ai oublié le titre de cet album. Je me rappelle d’Orelsan sur la pochette, attendant à une station de bus en tenue de ninja. Tenue que j’avais trouvée modérément appropriée. A la fois car il est courant que des rappeurs se réclament des Arts martiaux. Mais, aussi, parce-que je trouvais que ces habits ne lui allaient pas. Je me rappelle aussi d’Orelsan derrière une vitre humidifiée. 

On comprend donc facilement qu’Orelsan, aujourd’hui salué et reconnu pour son originalité, ses vertus de rappeur et la qualité de ses textes, ne m’avait pas particulièrement marqué. Alors que cet album, déjà, contenait plusieurs titres que bien des amateurs de Rap, et d’ailleurs, citeront comme des références, tout en s’étonnant de mon ignorance voire de mon handicap psychique et auditif total et évident.

Même si, depuis, j’ai quand même commencé à goûter des textes et des vidéos de l’artiste Orelsan, je vais choisir de continuer de m’enfoncer encore un petit peu plus à parler de lui, de Joey Starr et du Rap en général.

 

Aujourd’hui, tout le monde écoute du Rap. Je ne vais pas prétendre le faire autant que d’autres parce-que je respecte le Rap. Mais, aussi, parce-que, pour moi, écouter de la musique, cela se fait “sérieusement”. En profondeur plutôt qu’en passant. Je n’ai jamais aimé le terme de “musique d’ambiance” ou de “musique d’ascenseur”. Encore moins de “musique de chiottes”.

Or, je sais que je n’ai pas, à ce jour, consacré ou pu consacrer toute mon attention au Rap comme je l’aurais pu ou l’aurais dû. Pour cet article, je vais donc conserver le statut de celui qui sait à moitié de quoi il en retourne lorsque l’on parle de Rap. 

 

Ce faisant, je continuerai de triquer la musique de l’artiste Tricky dont je réecoute et découvre des titres en ce moment.

 

Puisque, selon moi, cela est compatible avec le fait de parler davantage, ici, de Joey Starr et Orelsan. Tricky est du reste un artiste que je vois très mal l’un ou l’autre me reprocher d’écouter. Non seulement il m’est déja arrivé de me dire que Joey Starr et Tricky ont une certaine ressemblance physique. Ensuite, pour sa façon qu’a Tricky d’être envouté par sa propre musique, comme pour ses compositions, je ne peux qu’imaginer Joey Starr et Orelsan plutôt adeptes de la “filière” Tricky. Reste à savoir si toutes celles et tous ceux qui, aujourd’hui et demain, écoutent Joey Starr et Orelsan savent qui est Tricky. Mais cela n’est pas directement le sujet de l’article…

 

 

Cette nuit, dans un de ces moments d’égarement devenu fréquent pour tout individu « connecté », je me suis laissé aller à regarder des rubans d’images et de vidéos. Parmi elles, une intervention de Joey Starr, qui, cinq minutes durant, revenait sur quelques uns des titres qui ont « fait » l’histoire du groupe NTM.  

NTM  : Groupe de Rap aujourd’hui devenu « mythique » ? « Iconique ? » « Intergénérationnel ? ».

Au point qu’aussi bien des personnes qui l’ont connu en activité que des biens plus jeunes le citent comme faisant partie des groupes de Rap qui ont compté et continuent de compter. Là, aussi, c’est ce que l’on appelle la réussite. Et si cette réussite revêt maintenant le panache des pionniers et des anciens, on peut facilement concevoir que plus tard, bien des personnes parleront d’Orelsan et d’autres rappeurs et chanteurs actuels avec le même reflux de dynamisme et de nostalgie : 

Aya Nakamura, Niska, Maes, PNL, SCH, Ninho, Soprano, Damso,  et beaucoup d’autres. 

 

Dans cette vidéo où l’on voit Joey Starr parler de quelques uns des titres de NTM – c’était apparemment avant la sortie du film Suprêmes d’Audrey Estrougo ( sorti en novembre 2021) que Starr cite un moment- il lui est demandé qui, parmi les nouveaux rappeurs, il écoute. Starr finit alors par citer :

«  Orelsan ».

 

Si Orelsan ne fait pas partie de ma catégorie d’âge, Joey Starr, si. A un ou deux ans près. Je reste convaincu que si nous avions habité dans la même cité que nous nous serions connus de vue :

Dans la cité où j’ai grandi à Nanterre, je connaissais de vue, de nom ou de réputation, certains jeunes « durs » ou « voyous ». La fascination qu’ils exerçaient, avant de se faire rattraper par les tridents de la Loi, de l’échec scolaire ou des substances était suffisante pour qu’ils soient connus. Sans oublier cette impression de liberté et de force qui se dégageaient d’eux ou qu’on leur prêtait.

Dans ma jeunesse, j’ai donc connu « des » Joey Starr. Mais ils ne faisaient pas de Rap. Ils ne sont pas devenus célèbres. Ou s’ils l’ont été, cela a peu duré et cela s’est ensuite très mal terminé pour eux. Au point de finir par se faire oublier. Leur jeunesse ayant été sans doute leur acmé fut-il fait d’actes et de comportements hors-la-loi.

 

Mais, moi, comme la majorité des jeunes et sûrement aussi comme la majorité de ces personnes qui écoutent aujourd’hui du Rap, j’ai toujours respecté la loi. J’ai toujours obéi et marché droit. C’est la raison pour laquelle je crois que plus jeune, si nous avions fréquenté la même cité, Joey Starr et moi n’aurions pas été amis ou proches. Je l’aurais peut-être même fui. Par peur ou par jugement moral. Et lui, comme d’autres, m’aurait perçu comme un petit intello de plus ou de trop. 

 

Une peur et un jugement moral qui m’ont suivi même, lorsqu’adulte, le groupe NTM, dans les années 90, a commencé à faire parler de lui.

Je me rappelle encore un peu de ce jour, où j’avais eu à choisir entre :

 

Me rendre à un concert de NTM. J’avais acheté leur album j’appuie sur la gâchette ( sorti en 1993. J’avais 25 ans, et, grâce à mon métier d’infirmier avais alors commencé à m’insérer en trouvant en psychiatrie une discipline qui me plaisait).

 

Et un concert de Me’Shell Ndégeocello après son premier album : Plantation Lullabies.

 

 Si j’avais été dans une bande ou avais connu un groupe d’amis solidaire et curieux d’aller à ce concert, peut-être me serais-je risqué  à aller voir NTM. Après être allé voir le gentil Mc Solaar (que j’aimais beaucoup alors mais dont la prestation sur scène m’avait déçu car trop molle) au Zénith. Et avant d’aller voir I AM à l’Olympia à l’époque de je danse le Mia (un des meilleurs concerts auxquels je sois allé).

 

Mais j’allais seul en concert et avais été plus rassuré par le public de MeShell Ndegeocello. Son concert à l’Elysée Montmartre avait d’ailleurs été très très bon. Artiste que je suis ensuite retourné voir deux ou trois autres fois en concert.

MeShell Ndegeocello, moins connue en France que Joey Starr et Orelsan, mais sûrement connue par au moins l’un des deux (puisque une grande culture musicale est souvent une des caractéristiques des artistes qui « marchent » quel que soit leur genre musical) est une artiste bien plus qu’honorable :

 

Chanteuse, poétesse, rappeuse, bassiste, claviériste, compositrice, elle a joué au moins avec les Rolling Stones, Marcus Miller et, de plus, aujourd’hui, fait figure de féministe militante et LGBT. Donc, MeShell Ndegeocello est tout sauf une artiste de surface.

 

 

Sauf que, ne pas aller à ce concert de NTM, dans les années 90, c’est quand même rater un sacré coche. Parce qu’il m’a fallu du temps pour comprendre l’importance du groupe dans ma vie. Pour dépasser certaines images défavorables du groupe.

 

 

Rencontrer Joey Starr

 

Comparativement à Joey Starr, Orelsan fait plus fréquentable. Il fait plus attention à son image que Joey Starr au même âge. Il a par ainsi gommé la casquette de sa présentation après s’être aperçu que certaines personnes restaient “bloquées” devant un jeune en casquette.

 J’avais aussi oublié qu’il était ce rappeur, qui, il y a presque dix ans, avait fait polémique avec un titre considéré comme misogyne. Un titre que je n’ai pas vraiment écouté. Comme d’autres rappeurs avant lui, Orelsan avait choqué avec un titre et il avait plus été question de ce titre et du sens à donner à son texte qu’au reste de sa discographie. Le groupe Ministère Amer ou le rappeur Disiz La Peste étaient aussi passés par là.

 

Pour NTM, le scandale passait- aussi- beaucoup par les frasques de Joey Starr : frapper un singe dans une cage, insulter une hôtesse de l’air, se battre dans la rue, faire de la prison, prendre des substances, son ancienne relation avec Béatrice Dalle etc….

 

Au point que, pour moi, il était évident que cet homme peu recommandable mourrait jeune. Telle était la sanction morale et pudibonde qui l’attendait d’après ce que j’avais alors compris de l’existence.

 

Mais Joey Starr a survécu. Et moi, aussi. 

Il était également vivant ce jour où je l’ai croisé. La seule fois, à ce jour. C’était en 2007  vraisemblablement. Au festival Furia, aux étangs de Cergy-Pontoise. Festival qui n’existe plus aujourd’hui.

Joey Starr, après la « dissolution » de NTM continuait une carrière en solo. C’était  avant son rôle dans la série Mafiosa ( 2008). Avant son rôle dans le film Polisse ( 2011) de Maïwenn. Film que je verrais d’ailleurs au festival de Cannes, sans pouvoir l’interviewer, car l’attaché de presse du film n’aimait pas le journal cinéma pour lequel j’écrivais alors, journal cinéma aujourd’hui disparu : Brazil.

 

Octobre, 2019, au centre Joey Starr, à sa droite, Béatrice Dalle, aux moments des saluts, à la fin de la pièce “Elephant Man” que j’étais allé voir aux Folies Bergères.

 

Aujourd’hui, on peut trouver normal de voir Joey Starr acteur, au théâtre ou à la télé. Mais, à cette époque, en 2007, Joey Starr -ou simplement le fait d’être rappeur-, en France,  ne rimait pas du tout avec le fait d’être comédien de théâtre ou acteur de cinéma. Mc Solaar, rappeur “chouchou” des média, était du reste allé au festival de Cannes, en tant que membre du jury, plusieurs années avant Joey Starr. En 1998, au sein du jury présidé par Martin Scorsese.  Et, autant que je me souvienne, Mc Solaar, malgré son élégance, n’a jamais fait d’apparition marquante par la suite ou carrière dans le cinéma ou sur des planches de théâtre. Alors que Joey Starr, dans ces domaines, fait aujourd’hui figure d’exemple mais aussi d’exception. Il est ainsi, en France, le premier rappeur à avoir réalisé ce grand écart avec autant de réussite entre son univers artistique d’origine ( le Rap) et le cinéma, le théâtre et la télé. 

 

Joey Starr, quittant la scène, oct 2019, aux Folies Bergères, après voir joué le rôle “d’Elephant Man”.

( Voir l’article Elephant Man ). 

 

 

Hormis peut-être Eddy Mitchell ou Marc Lavoine, que je trouve aussi bons acteurs que chanteurs, il faut ensuite regarder plutôt aux Etats-Unis pour voir une carrière à peu près équivalente d’un chanteur ou rappeur qui a, par ailleurs, une carrière cinématographique notable. Je pense d’emblée, au choix, soit à Harry Connick Jr ou à Common. 

Mais en 2007, en France, Joey Starr était encore Joey Starr. Un rappeur ainsi qu’un bonhomme incontrôlable qui faisait peur ou qui pouvait encore faire peur. En tout cas, en 2007 , avant même son arrivée sur le festival Furia, il m’avait indirectement fait peur ainsi qu’à certaines personnes de l’organisation du festival.

 

Grâce à un ami, Luc Rajaonarison ( chanteur et musicien, alors, du groupe Full Screen, et, aujourd’hui du groupe September Boy ) j’avais pu faire partie de l’organisation du festival, en tant que bénévole. Côté production. Derrière la scène. Je pouvais donc et voir les artistes avant leur concert. Mais aussi sur scène.

 

C’est ainsi que j’ai croisé Joey Starr. J’avais alors une jambe dans le plâtre. Rupture du tendon d’achille. Entre le jour où je m’étais porté volontaire pour être bénévole et le moment où le festival avait débuté, je m’étais rompu le tendon d’achille en faisant du sport.

 

Ce jour-là, je n’ai pas osé aborder Joey Starr. Par contre je l’ai observé. Qui n’observait pas Joey Starr ?

Je me rappelle que le groupe The Roots, convoyé par mon ami Luc, avait tenu, jusqu’au bout à son statut de groupe Star. Le trajet menant du backstage jusqu’à la scène était très peu pratique à monter en camion ou en voiture. Mais par le biais de son meneur, le batteur ?, le groupe avait tenu à se faire emmener en camion jusqu’à la scène. Les roues du camion patinaient dans le ridicule alors qu’il se rapprochait péniblement de la scène située à une centaine de mètres.

 

En attendant son concert, assis, Joey Starr « l’énervé », avait été particulièrement calme. Discret. Aucune frasque. Au moment de monter sur scène, sans faire d’histoire, lui et ses musiciens avaient fait le trajet à pied. Puis avaient donné leur concert. Et étaient ensuite repartis sans plus d’accrochage.

 

Mon admiration pour Joey Starr :

 

Un certain nombre de fois, dans le passé ou même récemment, Joey Starr a déconné. Dans ses comportements comme dans certains de ses propos.

 

Mais en le regardant cette nuit, j’ai listé quelques raisons qui me font l’admirer.

 

D’abord avec NTM, parti de nulle part, car la ville de Saint Denis, et là où il vivait, c’était alors nulle part, Joey Starr a créé quelque chose. Dans la musique, le Rap.

 

Même relativement éloigné de cette scène du Rap qui s’est construite dans les années 90 avec Assassin, NTM ou d’autres groupes, je « sais » que la musique dominante,  dans les années 90 alors, en France, était loin d’être le Rap. Mais, aussi, que cette musique était loin d’être incarnée par des artistes noirs ou arabes comme maintenant avec le Rap.

 

Si je commence à faire un effort de mémoire pour essayer de trouver des artistes noirs ou arabes qui, en France, dans la musique, avaient une grande ou assez grande audience, dans les années 90, qui vais-je trouver ?

 

Henri Salvador ? Kassav’ ? Zouk Machine ? Francky Vincent ? Laurent Voulzy ?

J’ai oublié si La Compagnie Créole tournait encore dans les années 90. Et, avant les années 90, qui avions-nous autrement comme artiste français non-blanc :

 

 

Carte de séjour ? Karim Kacel ? Ottawan ? David Martial ? 

 

En découvrant ce lundi 31 janvier 2022, cette vidéo du groupe Ottawan de ce tube qui doit dater de la fin des années 70, je me dis qu’il a dû falloir beaucoup de courage à ce duo pour surmonter bien des préjugés racistes de l’époque. Cette remarque vaut aussi pour Karim Kacel : je me rappelle d’une de ses interventions, où, agacé, il avait rappelé ” Je ne m’appelle pas Michaël Jackson. Je m’appelle Karim Kacel !”. 

 

J’ai peut-être oublié un ou deux artistes arabes ou noirs tels qu’Alain Bashung ( en partie Kabyle) ou voire Etienne Daho ( né à Oran) ou peut-être Mirwais ( moitié afghan par son père et ex-membre du groupe Taxi Girl ).

 

 

 

Mais, autrement, il faut s’imaginer que tous les autres artistes de la chanson française, jusqu’à l’installation du Rap dans les années 90, étaient principalement ou beaucoup des artistes de variété. Bien des sujets graves sont abordés au travers de la variété et il serait trompeur de croire que les artistes de variétés ne sont que des petites midinettes et des petits gars qui interprètent des chansons « douces ». Sauf que les canons d’expression dominants de l’époque, d’avant le Rap excluaient certaines catégories de populations ainsi que certains codes de langage ou vestimentaires.

 

Le Rap porté et popularisé par des groupes et des artistes comme NTM mais aussi Mc Solaar et I AM  a permis de « voir » certaines de ces catégories de populations jusque là exclues des plateaux télés mais aussi de l’industrie du disque et du spectacle.

 

Si fin 2021, le Président Macron a pu essayer de « gratter le buzz » d’Orelsan en l’encensant, dans les années 90, le Président de la République de l’époque, Mitterrand puis, ensuite, Chirac, s’y sont pris différemment. Jack Lang, le Ministre de la culture de Mitterand avait peut-être tenté de récupérer le groupe NTM. Chirac, lui, ne m’a pas marqué pour ses tentatives de rapprochement avec des artistes Rap. Alors que Nicolas Sarkozy, déjà, une fois Président, lui, s’était « fait » le rappeur Doc Gynéco.

 

Mais j’extrapole.

 

 

Avec le Rap, donc, Joey Starr et NTM  ou NTM et Joey Starr ont créé une nouveauté.

D’autres diraient qu’ils ont créé une rupture plutôt. Une rupture conventionnelle avec la musique qui se faisait avant. Avec les textes qui se disaient avant.

 

Donc, une rupture. Une certaine radicalité. Mais aussi une énergie. D’autres diraient :

Une urgence.

L’urgence de quoi ? L’urgence de faire un voyage, de vivre une expérience, une rencontre.

Une rencontre et une expérience suffisamment proches de soi, de l’auditrice et de l’auditeur qui écoute, pour s’identifier à ce qui est raconté dans le Rap. Mais, aussi, pour donner envie à l’auditrice et à l’auditeur de se rapprocher davantage de ces artistes et de ce qu’ils racontent.

 

Un peu comme on se rapproche d’un feu de camp dans une forêt sombre ou d’une cheminée qui crépite dans une maison où l’on se sent enserré par un certain froid mais aussi par une presque solide solitude.

 

On se rapproche de ces artistes afin de changer d’univers, d’histoire, de condition. On l’espère tout au moins.

 

Créer. Apporter une énergie (ou une chaleur particulière qui, jusque là a manqué à d’autres) dans une certaine radicalité. Que faut-il d’autre pour réussir et ce qui me fait, aussi, admirer Joey Starr ?

 

 

La Longévité :

 

Joey Starr est encore présent pour raconter. Il est un ensemble de héros, artistes ou autres, morts très tôt, et dont l’exemple marque, instruit et guide. Mais je trouve qu’une personne qui vit suffisamment vieux pour transmettre, c’est mieux. C’est mon point de vue.

 

 

Mais il manque encore quelques pièces pour réussir.

 

 

Se canaliser :

 

Joey Starr, d’après ses frasques, a du mal ou a pu avoir du mal à se canaliser. Du moins en apparence. Car, tel le joueur de tennis Mc Enroe, qui, régulièrement, se mettait en colère sur un court de tennis, Joey starr s’est toujours canalisé dans le Rap. Il a su tenir ses engagements. Comme Mc Enroe avait su tenir son tennis. 

 

Je citais Doc Gynéco un peu plus haut. Alors que Doc Gynéco avait fait un très bon premier album solo, toujours plébiscité par certaines personnes, j’ai l’impression que l’on ne compte plus les tentatives de retour ratées de Doc Gynéco. Comme s’il s’était dissous. D’autres artistes, très bons, se sont ainsi évaporés. Par exemple, je pense de temps  à autre, avec tristesse à Finley Quaye, qui, dans les années 90, avait tout un avenir devant lui : Jazz, Reggae, dub, électro….

 

Pour moi, il avait réalisé une fusion unique de plusieurs genres musicaux. Et puis, il s’est en quelque sorte désagrégé.

 

Joey Starr, lui, est resté non seulement compact. Mais, il a continué à se canaliser et à se concentrer dans le Rap malgré ses accidents de parcours, et ses aller-retour en prison.

 

Il a donc cumulé de hautes doses et aussi de hautes charges de travail dans le Rap. Au point de devenir, d’une manière ou d’une autre, un expert dans le Rap. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, son travail et sa persévérance ont été au rendez-vous. Et, cela, sans compter ses heures. Mais, bien-sûr, s’il n’a pas compté ses heures, ses heures de travail n’ont pas compté pour du beurre. Il fallait qu’à un moment, tout ce travail se « voit » et se « matérialise » concrètement. Etre le meilleur rappeur, ou parmi les meilleurs, dans ses toilettes, c’est bien. L’être sur scène ou sur des millions de disques, c’est bien mieux.

 

C’est là où l’on en arrive à ce qui, selon moi, est sans doute, le plus déterminant, et, cela, sans doute dès le début de toute entreprise.

 

 

L’entourage

 

J’ai oublié de parler de la sincérité de Joey Starr ou d’Orelsan lorsqu’ils ont commencé à se lancer dans le Rap. Pour réussir, il me semble que la sincérité est indispensable. On continue, des années après leur mort, de nous parler de la sincérité d’artistes comme Georges Brassens, Jacques Brel  ou Barbara. Et on continuera de nous parler de leur sincérité pendant encore des années. Cela veut bien dire que la sincérité d’un artiste nous touche particulièrement. Comment expliquer, autrement, le succès actuel de l’humoriste Blanche Gardin ?

 

Cependant, à la sincérité de l’artiste, de Rap ou dans un autre domaine, doit correspondre la sincérité de son entourage. Car celui-ci fait, à un moment ou à un autre, la différence. Vers le succès ou vers l’échec.

 

Que cet entourage soit intime ou non, qu’il soit présent dès le début de l’aventure ou ensuite, pour que la réussite soit atteinte, il faut que cet entourage soit un entourage qui :

 

Conseille ; qui guide ; qui soutient et qui fournit du courage plutôt qu’un comportement anthropophage.

 

Il faut aussi que cet entourage soit facilement disponible en cas de besoin. Et prêt à se dévouer, à se battre voire à se sacrifier pour le projet. Et pour sa réussite.

 

Dans la réussite de bien des personnalités que je regarde, chaque fois que je regarde de près, il y a toujours un entourage constitué, permanent et solide autour d’elle. Telle une toile d’araignée.

 

Il y a ensuite d’autres paramètres à prendre en compte.

 

L’époque/ La chance

 

On dit de certaines œuvres et de certains artistes qu’ils arrivent au bon « moment ». Que d’autres sont trop en avance sur leur temps ou trop en retard. Il est vrai que j’ai du mal à m’imaginer le groupe NTM,  Orelsan ou Blanche Gardin dans les années 60. Et, il peut être très drôle de les imaginer à cette époque.

 

Cependant, s’ils avaient vécu dans les années 60, sans doute ou peut-être auraient-ils proposé une œuvre en rapport avec cette époque. Soit mus par leurs envies et leurs instincts mais, aussi guidés par l’exemple ou les conseils de quelqu’un de leur entourage.

 

Enfin, pour conclure, on va terminer avec ce qui est le plus souvent mis en exergue lorsqu’un artiste ou une personnalité « réussit » :

 

Le talent/ Le don :

 

On résume souvent la réussite d’une personne à son talent ou à son don. Beaucoup de personnes ont du talent mais ne réussissent pas pour autant. Soit parce qu’elles s’égarent. Parce qu’elles n’ont pas le meilleur ou le bon entourage. Parce qu’elles manquent de persévérance. Ou parce qu’elles se reposent trop sur leurs dons et leurs « facilités ».

 

Enfin, le mot « réussite » est un mot féminin. Mais on dirait, aussi, parfois, que pour réussir, ne serait-ce que pour réussir tout simplement à vivre, qu’il vaut mieux être un homme qu’une femme.

Charlie Hebdo, de ce 26 janvier 2022.

 

Ainsi, la jeune Shaïna Hansye : « une jeune fille de Creil, dans l’Oise » (….) « retrouvée brûlée dans un cabanon abandonné d’un jardin ouvrier, à l’âge de 15 ans, en 2019. Le meurtrier présumé venait d’apprendre qu’elle était enceinte de lui. Avant cela, la jeune fille avait été victime d’un viol collectif, commis par d’autres garçons de la cité, et avait eu le courage de porter plainte » (….) « Dossier dans lequel nous révélons que, à plusieurs reprises, policiers, experts ou magistrats n’ont pas entendu la parole de Shaïna ». ( Charlie Hebdo numéro 1540 du 26 janvier 2022).

 

Paris, près de la Gare de l’Est, ce lundi 31 janvier 2022.

 

Franck Unimon, ce lundi 31 janvier 2022.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Je cours depuis longtemps

»Posted by on Jan 17, 2022 in self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Je cours depuis longtemps

Spot 13, samedi 15 janvier 2022. Paris 13ème.

                               Je cours depuis longtemps

 

Plus jeune, je courais après les bus et les trains que je voyais arriver. Puis, j’ai arrêté et j’ai cru que j’avais arrêté de courir. Lorsqu’ensuite, j’en voyais d’autres qui couraient après des moyens de transports, j’ai pu sourire. Bien-sûr, cela me permettait aussi d’oublier qu’entre-temps, j’avais vieilli. Mais comme j’arrivais généralement à destination et honorais mes rendez-vous les plus importants, je n’y ai pas accordé d’attention particulière.

 

Je n’ai rien contre le fait de courir, de faire du sport et de transpirer. Mais je n’aime pas courir pour rien. Je n’aime pas m’inquiéter pour rien non plus. Ou, du moins, de fournir beaucoup d’efforts pour, après, devoir m’apercevoir que je me suis éreinté pour très peu de résultats. Les travaux d’Hercule tous les jours seulement pour arriver à l’heure, cela ne vaut pas le clou.

 

 

Alors, j’ai arrêté de courir. Soit je suis à l’heure ou très en avance. Soit je suis en retard. Mais je suis moins en retard qu’avant. On parlera de sagesse, d’expérience, d’économie de moyens, d’anticipation, de maturité, de meilleure perception de soi-même comme de son environnement proche et lointain.  Ou de meilleur système d’évacuation sudoripare. Peut-être. Si on veut.

 

Car, par ailleurs, j’ai continué de courir. Je n’avais jamais véritablement arrêté. En pensées, en actions, en projets, en regrets, en illusions, en désirs, en devoirs, en écriture.

 

Prenons mon blog. Prenons les films qui sortent au cinéma.

 

A ce jour, mes cinq articles les plus lus sont consacrés aux Arts Martiaux. A ma rencontre avec deux Maitres d’Arts Martiaux : respectivement, par ancienneté, à Maitre Jean-Pierre Vignau et à Maitre Léo Tamaki. ( Dojo 5 et Arts Martiaux : un article inspiré par Maitre Jean-Pierre Vignau)

 

Puis suit un article sur le métier infirmier, celui que je pratique depuis quelques années en psychiatrie et en pédopsychiatrie : Crédibilité

 

Devant un article qui raconte ma rencontre avec l’acteur Steve Tientcheu et son co-scénariste et co-réalisateur Tarik Laghdiri dans leur ville en Seine Saint Denis : Le cinema-A ciel ouvert avec Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri

Et, enfin….un article que j’avais écrit après avoir écouté un podcast sur l’ex-actrice française de porno Brigitte Lahaie : Brigitte Lahaie en podcast

 

Je n’ai pas choisi cette chronologie. Comme je ne choisis pas la fréquence de sortie des films dans les salles de cinéma. Malgré ou en dépit des différentes plateformes sur internet qui permettent de voir des films ou des séries chez soi.

 

Plus jeune, j’allais voir autant de films que possible. J’ai aimé ça. Au festival de Cannes, où j’ai pu aller deux fois en tant que journaliste de cinéma, j’ai aussi aimé bouffer du film de manière très rapprochée. Aujourd’hui, je regarde tous ces films sortir en salles. Dont certains en avant-premières lors de projections de presse. Si, auparavant, il m’était impossible de tous les voir, c’est encore plus vrai aujourd’hui.

Si, auparavant, il m’était possible d’écrire sur les films que je voyais en avant-premières, c’est moins vrai aujourd’hui.

 

Abdel, un copain de lycée m’avait dit un jour : «  Si tu veux te battre contre le Temps, c’est perdu d’avance ». C’était à la fac de Nanterre. Je sortais du bassin de la piscine où je venais de terminer mes longueurs. Il arrivait. Abdel devait être en fac de Droit ou d’Economie. J’étais alors en Fac d’Anglais. Pourtant, j’avais parfaitement compris son langage.

 

Le Temps peut faire penser à des arbres ou à ces êtres qui nous entourent que l’on abat et bouscule en permanence. Mais on ne s’en aperçoit pas. Car ces arbres et ces êtres ne crient pas, restent passifs et, aussi, parce qu’on ne les voit pas. Ils font partie du décor. Et lorsqu’ils disparaissent, on ne le voit pas tout de suite.

 

Nous prenons davantage en compte celles et ceux qui crient et réagissent. Qui nous font réagir. Ou qui sont mobiles.

Sauf que le Temps, lui, a cette particularité, qu’il nous repousse toujours vers nous mêmes. Pas besoin de crier ou de s’agiter. Pas besoin d’être vu, non plus. Il s’impose. C’est tout. Tels tous ces films qui sortent, toutes ces pensées et ces expériences qui défilent par bobines et qu’il est impossible de retranscrire exactement.

 

Il faut choisir. Il faut trancher. Il faut écouter. Ecrire. Parfois, c’est réussi. Du titre au contenu. D’autres fois, c’est moins bien. Mais on ne peut jamais savoir avant d’avoir effectué le geste. Et avant de l’avoir publié. Ce que l’on sait, c’est que l’on ne peut pas courir éternellement et après tout ce qui se passe autour de nous. C’est perdu d’avance.

 

 

Lors de mon dernier entraînement d’apnée, ce samedi matin, notre moniteur d’apnée, Maitre Yves (il sera gêné d’apprendre que je le vois comme un Maitre) m’a rappelé l’importance du relâchement :

Alors que j’effectuais une de mes longueurs sous l’eau, mon partenaire qui assurait ma sécurité, au dessus de moi à la surface, avait été dans l’impossibilité de me suivre. J’avais accéléré. J’avais accéléré parce-que je manquais d’air et que je voulais arriver au bout des vingt cinq mètres. Yves m’a alors répondu que, dans ce cas, il fallait se relâcher, et permettre à celui qui est en surface, de pouvoir suivre. Puisque l’on va bien plus vite sous l’eau qu’en surface. Maitre Léo Tamaki, aussi, insiste sur le relâchement en Aïkido.

 

Cela doit être pareil pour mes articles. Au lieu de chercher à aller vite afin de voir le plus de films possibles qui sortent, ou de traiter le maximum de sujets, je vais ralentir.

Hier ou avant hier, ma fille m’a demandé s’il y avait des journaux où j’avais écrit. Je lui ai répondu :

« Oui, dans un mensuel de cinéma papier qui s’appelait Brazil ».

Ce matin, je lui ai montré quelques articles de Brazil en bas desquels se trouvaient mon prénom et mon nom. C’était en 2009. Il y avait d’abord l’interview de Reda Kateb, Lucide à Paris, à la Place d’Italie. Pour le film Qu’un seul tienne et les autres suivront de Léa Fehner.

 

 

 

Puis, je suis tombé sur l’interview que j’avais faite du réalisateur philippin Brillante Mendoza pour son film Kinatay ( Massacre). Kinatay avait eu un prix à Cannes mais avait également choqué pour sa violence. Le film avait fait réagir. Mais aujourd’hui, qui s’en rappelle ?

 

 

 

 J’ai relu quelques bouts de l’interview de Brillante Mendoza. Les piles de mon enregistreur numérique avaient capitulé dès le début. J’avais fait l’erreur de mal les recharger et de ne pas avoir prévu de piles de rechange. En rentrant chez moi, je m’étais empressé de tout restituer de tête.

 

C’était en 2009. Il y a 13 ans. On peut se dire que c’est très ancien. Que c’est ressasser le passé, et les souvenirs de nos « réussites ». Mais en quoi, le passé et l’ancien sont-ils nécessairement des camouflets ? En quoi, la nouveauté est-elle obligatoirement et, toujours, meilleure ?

 

Ce week-end, je me suis demandé la raison pour laquelle, par moments, ou souvent, nous nous tenons régulièrement éloignés de ce qui nous fait du bien ou le plus de bien ?

 

Par soumission ? Par Devoir ? Par lâcheté ? Par idiotie ? Par illogisme ? Par sacrifice ?

 

J’ai commencé hier la lecture de l’ouvrage de Stanley Pranin, paru en 1993, Les Maîtres de l’Aïkido ( Elèves de Maître Ueshiba Période d’Avant Guerre). Un livre d’interviews que j’avais acheté d’occasion, il y a déjà plusieurs mois. A un prix assez élevé (environ 60 euros) car devenu difficile à trouver.

 

 

1993, c’est encore plus ancien que 2009. Et, la période d’Avant Guerre ( avant la Seconde Guerre Mondiale), c’est encore pire. Pourtant, qu’est-ce que la lecture de ces interviews m’a fait du bien ! Cela fait des mois, voire des années, que je cours. Que je m’abreuve à des informations anxiogènes en continu par devoir ou par masochisme. Et que je passe à côté de nourritures bien plus saines qui se trouvent près de moi et qui, comme les arbres et le Temps, ne font pas de bruit et gesticulent très peu.

 

En lisant une partie de l’interview de Brillante Mendoza, pour son film Kinatay, je me suis dit :

 

C’est plaisant à lire. Tout ce travail que j’avais initié avec Brazil mais aussi tous ces films que j’ai pu voir dans le passé, qui m’ont marqué et dont j’ai les dvds et les blu-rays, doivent me servir pour mes articles cinéma. Je ne peux pas et ne veux pas courir après tout ce qui sort à la vitesse d’un Ball-trap, au cinéma ou ailleurs. Par contre, je peux prendre le temps de m’arrêter sur des expériences qui ont été particulières pour moi. Ce qui signifie prendre le contre-pied de cette furie dans laquelle, trop souvent, notre vie prend souche. Comme si nous étions toujours condamnés à mourir.

 

Franck Unimon, ce lundi 17 janvier 2022.

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Mes photos préférées de 2021

»Posted by on Jan 11, 2022 in Corona Circus, Photos | 0 comments

Mes photos préférées de 2021

Mes  photos préférées de 2021 

 

Ce sont des moments et des sentiments que j’ai photographiés avec mon smartphone et mon appareil photo.

 

Au centre commercial des Halles, alors que les magasins étaient fermés pour cause de pandémie du Covid.

 

 

Paris 13 ème. Il faisait assez froid, ce matin là. Pas très loin du spot 13 que je ne connaissais pas encore.

 

 

 

 

 

Près de la Tour Eiffel. Nous pouvions de nouveau sortir sans limitation horaire ou kilométrique.

 

 

Dans un jardin botanique à Amiens.

 

 

Près de la gare du Nord.

 

 

En revenant du travail, je suis tombé sur ce tournage.

 

 

Du côté de Montreuil, en allant acheter un cd d’Erykah Badu à quelqu’un.

 

Certaines oeuvres, alors que vous passez en voiture, arrêtent votre regard. Je suis ensuite revenu quelques jours plus tard. Paris, près de la Place d’Italie.

 

 

Non loin du jardin des Tuileries.

 

Un matin en partant au travail. En haut, le “luxe” lumineux et étincelant de Dalloyau qui reste. En bas, ceux de passage et dans l’ombre, sans qui le luxe plus haut et ailleurs ne tiendrait pas.

 

 

Au spot 13, Paris 13 ème, que C…m’a fait découvrir.

 

A Cergy-St-Christophe, dans une région où j’ai passé la deuxième partie de ma vie. Cette médiathèque m’a connu.

 

 

 

 

Dans Paris, alors que j’allais recevoir ma première ou ma seconde injection de Moderna. J’ai attendu le dernier moment. Lorsque la vaccination est devenue obligatoire ( passe sanitaire ou test négatif obligatoire).

 

Paris 13ème.

 

 

Paris, vers St Michel.

 

Paris. Cette religieuse pourrait être celle de l’affiche du film. Cette idée m’a plu.

 

” Screws” d’Alexander Vantournhout. Un des événements dans la catégorie Cirque/Danse de la manifestation Cergy’soit ! A Cergy-Préfecture ce samedi 25 septembre 2021.

 

A la cathédrale d’Amiens.

 

Sur l’autoroute.

 

A la gare de Cergy St Christophe.

 

Au cimetière le Père Lachaise, le jour de l’enterrement du réalisateur Jacques Bral.

 

Le croisement entre le film ” Les Oiseaux” de Hitchcock avec le rappeur Jay-Z en “sosie” de l’artiste Basquiat avec sa femme, la chanteuse/comédienne Beyoncé en arrière plan, tout cela en plein Paris, c’était une belle opportunité à photographier.

 

Du côté de Quiberon, avec mon club d’apnée.

 

J’ai aimé croire que ces deux femmes, confortablement installées dans leur grand jardin, voient subitement surgir toutes ces personnes inconnues. Au jardin des Tuileries, bien-sûr.

 

Toutes ces photos m’ont donné faim. Mon club d’apnée compte des spécialistes de la chasse sous-marine. Ce qui nous assure, lors des stages, des repas plus qu’améliorés. Un seul plat, sur cette table, comporte un mets acheté. Le reste a été pêché ou chassé. Saurez-vous le découvrir ?

 

Tout ce pouvoir, toutes ces ambitions, parfois toute cette culture… et tout ce ridicule. Avant qu’on ne les oublie : De gauche à droite, Eric Ciotti, Valérie Pécresse, Marine Le Pen, et allongé en Nabilla bimbo, Eric Zemmour.

 

Paris 13 ème, au spot 13.

 

“Grâce” au Général de Gaulle, référence des femmes et des hommes politiques de France, les Indigènes avaient été exclus du défilé de la victoire sur les Champs Elysées, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Car trop arabes, trop noirs, trop sauvages et trop colonisés. Ces deux agents de sécurité auraient pu faire partie des Indigènes. A quelques minutes à pied des Champs Elysées, je me suis demandé à quoi ils pensaient. Et ce lion, non loin de là, pouvait aussi bien être avec eux, pour s’assurer que tout se passe bien. Autant pour le touriste, le passant que pour celui qui part ou revient de son travail comme moi ce jour-là.

 

Paris, près des Galeries Lafayette.

 

 

 

A la cathédrale d’Amiens.

 

 

 

 

 

Paris, spot 13.

 

 

Paris, spot 13.

 

Paris, spot 13.

 

Paris, spot 13.

 

Gare de Paris St Lazare.

 

Paris, spot 13.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Cergy Préfecture. Pendant Cergy, Soit ! ” Screws” d’Alexander Vantournhout dans la catégorie Cirque/ Danse, ce samedi 25 septembre 2021.

 

” Screws” d’Alexander Vantournhout, ce samedi 25 septembre 2021, à Cergy-Préfecture, aux Points Communs/Théâtre 95.

 

 

Cergy-Préfecture.

 

 

 

 

Gare du Nord.

 

 

Argenteuil.

 

Argenteuil. Dans le parc du conservatoire.

 

Cergy St Christophe, pendant Cergy, Soit !

 

Quiberon.

 

Franck Unimon, mardi 11 janvier 2022. 

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Panser les attentats- un livre de Marianne Kédia

»Posted by on Jan 9, 2022 in Corona Circus, Puissants Fonds/ Livres | 0 comments

Panser les attentats- un livre de Marianne Kédia

 Panser les attentats –un livre de Marianne Kédia

 

(Pour ne pas céder à la peur)

 

Détermination et bienveillance

 

 

La couverture découvre deux mains l’une dans l’autre. C’est un geste simple. On pourrait se dire qu’il concerne un adulte et un enfant. Mais il s’adresse à tous. Les derniers mots du livre de la psychologue et psychothérapeute Marianne Kédia sont « détermination et bienveillance ».

 

Une détermination et une bienveillance dont elle entoure son livre et celles et ceux qui le touchent.  Un livre paru en 2016. 2016, cela paraît loin maintenant. Il y a quelques jours encore, nous fêtions Noël 2021. Puis a suivi la nouvelle année, 2022.

L’année 2016, c’est loin alors que la pandémie du Covid reflue lors de l’hiver. Avec le variant Omicron, ses plus de trente mutations- contre moins de dix pour le variant Delta encore présent du Covid. Alors que plus de cent mille personnes attrapent le Covid tous les jours, que le gouvernement, après le passe sanitaire, aspire désormais à imposer le passe vaccinal et sans doute la vaccination anti-Covid pour les enfants de moins de 11 ans.

 

La mort kilométrique

 

 

En 2016, nous étions « ailleurs ». L’assassinat par un terroriste de l’enseignant Samuel Paty, a eu lieu le 16 d’octobre 2020. Mais, déjà,  en 2020, les attentats terroristes nous semblaient plus loin qu’ en 2016. Peut-être aussi parce-que, comme l’explique également Marianne Kédia dans son livre, avec le principe de la « mort kilométrique », notre perception de l’assassinat de Samuel Paty a t’elle été influencée par notre distance avec l’événement :

 

Plus la mort est donnée loin de nous, moins elle nous terrorise. Conflans Ste Honorine, où Samuel Paty a été assassiné, c’est une ville de banlieue distante de vingt kilomètres de Paris. Conflans Ste Honorine est une ville de banlieue parisienne moins connue que d’autres.

 

Bien que située dans les Yvelines, la ville de Conflans Ste Honorine est moins connue que Versailles ou St Germain en Laye, lesquelles, déjà, font sans doute plus partie de l’histoire- ancienne- ou du Patrimoine de France. Même si, ces derniers temps, au travers de la candidate aux élections Présidentielles de 2022, Valérie Pécresse, on entend peut-être un petit peu plus parler de ces deux villes des Yvelines :

 

Saint Germain en Laye et Versailles.

 

Pour ma part, je connais la ville de Conflans Ste Honorine au moins pour y avoir travaillé. Mais aussi pour y avoir vu le guitariste John McLaughlin en concert. Et, une de mes ex y vit sans doute encore. Donc, pour moi, la ville de Conflans Ste Honorine est bien plus qu’un simple nom sur une carte. Je sais également comment m’y rendre. D’ailleurs, j’y suis passé avant hier en train. Mais je fais ici partie d’une minorité même si cette minorité se compte en milliers de personnes.

 

Alors que les attentats du 13 novembre 2015- dont le procès se déroule encore pendant quelques mois, à Paris- avaient eu lieu en plein Paris. Ou à Saint-Denis.

Contrairement à  la ville de Conflans Ste Honorine ou de Magnanville (ville située dans l’agglomération de Mantes la Jolie, à 60 kilomètres de Paris, ou en juin 2016, un policier et sa compagne s’étaient faits  assassiner par un terroriste islamiste) Saint Denis, déjà, est une ville de banlieue proche de Paris.

 

Le 13 novembre 2015, les attentats avaient débuté dans un endroit où peuvent se retrouver beaucoup de personnes de tous les environs dont Paris : Au Stade de France qui peut accueillir un peu plus de 80 000 personnes et où se déroulent des événements sportifs de masse. Le Stade de France reçoit des événements sportifs qui bénéficient d’un retentissement médiatique mondial. C’est donc un lieu sans doute plus connu dans le monde que Conflans Ste Honorine ou Magnanville.

 

Puis, après le Stade de France, le 13 novembre 2015, les attentats avaient essaimé en plein Paris. Je me rappelle encore où j’étais cette nuit-là : au travail, dans le 18 ème arrondissement de Paris. J’avais appris la « nouvelle » des attentats par ma collègue de nuit, qui, elle-même, l’avait appris par son compagnon. Autrement, de notre côté, tout était calme. Tant dans le service que dans le quartier.

Le lendemain matin, vers 7 heures du matin, j’était rentré chez moi. On rentre chez soi différemment lorsque l’on sait que durant la nuit ont eu lieu des attentats dans la ville où l’on se trouve.

Photo prise ce 22 décembre 2021 au Spot 13, à Paris.

En 2016, quand paraît ce livre de Marianne Kédia, notre attention, tant géographiquement, psychologiquement que chronologiquement, est davantage happée par les attentats- rapprochés–  comparativement à aujourd’hui, en 2022.

Rappelons aussi qu’à Nice, le 14 juillet 2016, un attentat terroriste effectué ” au camion-bélier” sur la promenade des Anglais- donc pendant les réjouissances nationales du 14 juillet- avait fait 86 morts et plus de 400 blessés.

 

Détermination et bienveillance

 

 

En 2016, ces attentats semblaient partis pour muter sans s’arrêter. C’est dans ce contexte que Marianne Kédia a écrit ce livre, Panser les attentats.  En psychologue et psychothérapeute dont les armes sont faites de….détermination et de bienveillance. Il faut bien se rappeler que les deux termes- détermination et bienveillance– sont ici rassemblés et clôturent le livre. C’est qu’ils prononcent l’intention principale de l’ouvrage. Une personne terroriste, peu importe son idéologie, islamiste ou autre, est également déterminée. Mais elle est rarement ou exceptionnellement bienveillante pour autrui lorsqu’elle passe à l’action.

 

Selon le dernier ouvrage de Hugo Micheron, Le Jihadisme Français : Quartier, Syrie, Prisons paru en 2020 (cité comme l’ouvrage actuel de référence sur le sujet par Charlie Hebdo dans son numéro de cette semaine), la stratégie des jihadistes serait désormais de privilégier davantage l’infiltration dans la société française par le biais de l’action sociale, politique et culturelle surnommée le « soft power ».  Par ailleurs, d’autres attentats auraient été désamorcés à temps par les services dont c’est la fonction.

 

Mais cela ne nous préserve pas pour autant définitivement d’autres attentats. Notre monde continue de se transformer. Et, ce qui se déroule par exemple en Afghanistan avec les Talibans qui ont repris le Pouvoir, ou ailleurs, peut avoir pour conséquence la réalisation d’autres attentats.

 

Les atouts et attraits de cette lecture

 

La prévention

 

Souvent, nous attendons que certains événements nous heurtent. Comme s’ils étaient à jamais improbables ou disparus pour toujours. Comme si nous devions constamment ou régulièrement découvrir ou redécouvrir que certaines violences et certaines catastrophes subsistent et existent. Alors que nous avons la possibilité mais aussi la capacité, en nous informant mais aussi en nous formant, de le savoir voire de nous y préparer.

 

Aujourd’hui, en 2022, on peut aussi lire cet ouvrage à titre préventif pour diverses situations – extrêmes- de notre vie courante. La prévention est une précaution dont on fait trop souvent l’économie. Je pars du principe qu’il y a de fausses économies :

 

A être trop sûrs de soi, certaines fois, on néglige certains domaines. Et, ensuite, il arrive de se retrouver dans l’embarras, du genre en panne sèche sur l’autoroute à cinquante kilomètres de la première station d’essence, ou en état de panique face à une situation réellement inquiétante qui, pourtant, s’était déjà produite. Dans certains pays tels le Japon, sujet aux tremblements de terre, la population est éduquée ou entraînée de façon à savoir comment réagir lorsque la terre tremble.  

 

Marianne Kédia le rappelle bien : le terrorisme a pour but de détruire la cohésion sociale.

Vu comme ça, la « cohésion sociale », peut faire penser à une chose abstraite, floue et générale, donc très distante de soi. La « cohésion sociale », on peut penser que c’est les autres à vingt ou trente kilomètres de soi. Ou que cela concerne l’assistante sociale. Même si c’est vrai, ce qui va se passer à vingt ou trente kilomètres de soi- ou plus proche de soi- aura des effets, d’une façon ou d’une autre, sur nous.

 

Si le but du terrorisme, c’est de détruire la cohésion sociale, ce qui nous tue, aussi, d’abord, tous les jours, c’est d’être de plus en plus, chacun dans son camp, étrangers les uns aux autres. Cela a ses avantages : une certaine liberté hors du jugement des autres. Sauf que si nous sommes étrangers les uns ou autres, il arrive aussi que nous soyons aussi des étrangers pour nous-mêmes.

Dans la vie sociale, nous sommes souvent plus superposés ou amenés à occuper un espace et un moment qu’ensemble. Donc, déjà, nous sommes plus ou moins quelque peu extérieurs à une certaine cohésion sociale :

 

Si une personne dans les transports en commun, ou ailleurs, se fait agresser devant plusieurs témoins qui restent passifs. Alors que ces témoins sont numériquement plus nombreux que le ou les agresseurs, c’est aussi parce-que cette personne qui se fait agresser devant eux leur est « inconnue ». Distante et inconnue. Etrangère. Le destin de cette victime leur semble d’abord n’avoir aucun rapport avec leur propre destin ou ne serait-ce qu’avec leur réputation.

 

 

Cependant, je ne passe pas mes jours et mes nuits à guetter l’attentat qui rôde. Je continue de préférer d’autres occupations que celles de « chasseur » ou de « pisteur » d’attentats. Et puis, je n’ai pas de compétences ou de dons pour détecter les attentats.

 

Par contre, j’ai trouvé dans les propos de Marianne Kédia des réponses qui peuvent s’appliquer, aussi, à bien d’autres situations que des attentats.

 

Trop souvent, la tendance est à cloisonner les disciplines comme les expériences. Alors que ce que l’on apprend dans une discipline ou dans une expérience peut se transposer dans d’autres domaines. C’est pour cela que j’ai lu l’ouvrage de Kédia autant en tant que personne qu’en tant que soignant.

Par exemple, lors de la nuit des attentats du 13 novembre 2015, après avoir appris par son compagnon que des attentats avaient lieu en plein Paris, où notre service d’hospitalisation pédopsychiatrique pour adolescents se trouve , ma collègue de nuit m’avait alors dit :

 

« J’ai envie d’allumer la télé pour regarder les infos…. »

 

Ma réaction avait été instinctive :

 

« Tu peux. Mais sans moi ! ».

 

Avant même d’allumer la télé, je savais ce sur quoi nous allions tomber. Regarder la télé, à ce moment-là, c’était se faire gaver comme des oies, en continu, avec des informations anxiogènes. Je ne voyais pas en quoi cela allait ou pouvait m’apporter quoique ce soit de bénéfique. Cette certitude me venait sans aucun doute de mes souvenirs de ces heures passées, chez mes parents, à rester cramponné, pendant des heures, à des programmes télé de plus en plus débiles à mesure que je les regardais. Je m’apercevais que je m’avançais de plus en plus sur l’autoroute du néant de la pensée. Pourtant, je restais fixé, crucifié, devant l’écran.

 

Mes souvenirs des spots d’informations répétitifs de la radio France Info, écoutés à une époque où j’ambitionnais ainsi de m’informer et me cultiver, sont sans doute aussi remontés la nuit du 13 novembre 2015. Lorsque j’ai répondu à ma collègue et amie.

 

A la fin de son livre, Marianne Kédia, donne entre-autres, comme recommandation, de limiter notre exposition à la télé en période d’attentats précisément pour éviter de connaître une anxiété galopante qui pourrait franchir toutes les frontières. A la place, elle préconise, à juste titre, de s’informer en lisant des journaux voire, en écoutant la radio (en évitant les radios qui répètent les mêmes flashes en continu).  Car la surinformation fait des dégâts comme le surarmement.  Marianne Kédia fait ainsi cette analyse :

 

Le plus souvent, lorsque des informations nous sont « données »à chaud par rapport à un événement catastrophique ou choquant, ces informations, masquent leur vide par leur répétition industrielle. Elles nous injectent principalement du bruit sonore, des suppositions, de l’agitation et du parasitage qui mettent et maintiennent en alerte. Alors que cet état d’hyper-vigilance, de peur et d’alerte maximale n’a aucune utilité pour la majorité des personnes qui écoutent ou regardent ces informations. 

 

Marianne Kédia considère que les média, lorsqu’ils se comportent de cette manière, agissent comme un « cerveau traumatisé » qui répète en boucle la même information. Je me dis ce soir qu’à comparer alors certains média à un  « cerveau traumatisé » que Kédia est encore trop indulgente. Et qu’elle pense encore en soignante bienveillante et optimiste qui peut aider à guérir.

 

Je suis peut-être moins bienveillant ou moins optimiste qu’elle car, moi, devant cette banalisation et cette hyperproduction de bruit sonore, de suppositions, d’agitation et de parasitage, je vois surtout ce avec quoi notre civilisation et notre société nous  éduque, nous nourrit et nous dirige régulièrement. Et, il faut des événements plus marquants que d’autres, tel un attentat, une pandémie ou les fêtes de Noël avec toute sa mise en scène avec les illuminations, les promotions et les réclames où, d’un seul coup, on se doit d’être joyeux coûte que coûte pour s’apercevoir de certains aspects disproportionnés et pathologiques de notre mode de vie.

 

Pedigree, pédagogie

 

Je n’avais jamais entendu parler de Marianne Kédia avant ma lecture récente de Ricochets-Un livre de Camille Emmanuelle qui la cite, entre autres. Dans son livre, Camille Emmanuelle cite aussi Patrick Pelloux, lequel avait également écrit sur son deuil après les attentats de Charlie Hebdo ( voir L’instinct de vie ). 

 

 

Marianne Kédia, spécialisée dans le traitement des psycho-traumas (ou PTSD dans son appellation anglaise) a également écrit Dissociation et mémoire traumatique et participé à la rédaction de L’aide-mémoire psycho-traumatique.

 

Par ailleurs, elle cite entre autres Bessel A. Van Del Kolk qu’elle présente comme l’un des plus grands spécialistes actuels du syndrome post-traumatique. Lequel a écrit l’ouvrage Le corps n’oublie rien.

 

Diplômée en 2003, Marianne Kédia compte déjà une certaine expérience clinique dans plusieurs univers. Dans le monde de l’entreprise, dans l’Humanitaire, dans des associations et à l’hôpital.

 

J’ai été marqué par son engagement dans son travail. Je me demande comment on peut maintenir un tel engagement, sur la durée, comme elle le fait, là où elle le fait. Son métier est autrement plus éprouvant que d’autres. Pour moi, le métier de soignant consiste à « manger de la violence et de la souffrance ».

 

Son très grand engagement vient-il de son « jeune » âge ou d’une passion comme elle le dit ?

 

Quoiqu’il en soit, dans une période de grande violence et de grande souffrance, les personnes qui savent nous divertir, nous faire rêver mais aussi celles qui visent à nous rassurer et nous soigner jouent un rôle prépondérant dans une société. On l’oublie souvent- même des soignants l’oublient- mais un soignant joue également un rôle fondateur, pacificateur, égalitaire, démocratique et stabilisateur dans une société. Soit l’opposé du terrorisme qu’il soit religieux, intellectuel, économique ou politique.  Ou de l’inquisition.

 

L’ouvrage, Panser les attentats (sans doute aussi un jeu de mot avec le verbe « penser ») de Marianne Kédia est paré de ces vertus fondatrices, pacificatrices, égalitaires, démocratiques et stabilisatrices.

 

Son livre se parcourt plutôt facilement. Il est très pédagogique. L’humour le ponctue dans certains passages. La fin me donne un peu l’impression d’avoir été écrite plus rapidement que les trois premiers quarts. Je trouve aussi qu’elle insiste beaucoup pour orienter vers son corps de métier, en cas de besoin, les psychologues.  Mais elle connaît son sujet. Son livre est à avoir, à lire et  à appliquer. Avec détermination.

 

Franck Unimon, ce dimanche 9 janvier 2022.

 

 

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Pour prendre son temps en main

»Posted by on Jan 7, 2022 in Corona Circus | 0 comments

Pour prendre son temps en main

                         Pour prendre son temps en main

 

« Après la folie des achats de cadeaux de Noël, la folie du retour des vacances de Noël… »

 

 

C’est ce que je me suis dit, il y a quelques jours. Seulement perché sur mon petit vélo pliant acheté dans l’enseigne Décathlon  l’année dernière. Tandis que je me rendais à mon travail depuis la gare St Lazare.

 

Depuis, comme à chaque fois, je m’y suis fait. Puisque je suis aussi fait de cette folie. Nos ennuis avec les autres commencent peut-être – ou toujours- lorsque notre folie est par trop différente de celle des autres. Et qu’elle nous contraint, eux et nous, à nous adapter, à nous adopter, les uns aux autres.

 

A force d’efforts, d’épuisement, de découragement ou peut-être parce-que, précisément, nous n’avons pas du tout envie de faire des efforts, de trop nous fatiguer ou de persister et que nous estimons que c’est aux autres de faire le plus d’efforts, les conflits éclatent. Nos dérailleurs sautent. Nos freins ne fonctionnent plus. Nos phares s’éteignent. Nos cerveaux disjonctent, batterie faible.

 

Ensuite, nous nous escrimons dans l’absolu et la violence, tels des vers de terre emmêlés les uns aux autres, milliers de spaghettis obsédés par cette destination que nous voulons à tout prix atteindre- et au plus vite- hors de l’assiette et surtout hors de portée de la Grande Fourchette. Comme si cet endroit- hors des bouchées du néant-   nous possédait. Sauf que les autres ont, aussi, la même obsession et sont tout autant possédés que nous. Eux, aussi, veulent sortir, par n’importe quel moyen de leur statut de ver de terre ou de spaghetti qui s’enlise dans de la très mauvaise sauce tomate et où toutes les artères, un beau jour, se figent.

 

 

Ce matin, rien de tout ça. Je suis simplement allé emmener ma fille à l’école, à pied, à quelques minutes de chez nous. Je voulais discuter avec le directeur. Mais pas pour lui parler de vers de terre et de spaghettis.

 

Le directeur de l’école était absent dans la cour. Par contre, à l’entrée de l’école, la maitresse de ma fille, et une de ses anciennes maitresses, vérifiaient que chacun ait bien l’attestation sur l’honneur des parents, à la date du jour, spécifiant que, oui, leur enfant avait bien effectué ( ou subi) un autotest antigénique à la maison. Et que celui-ci était bien négatif. Devant moi, j’ai vu un môme d’à peine huit ans, venu seul à l’école, faisant de son mieux pour répondre lorsque la maitresse lui a demandé avec gentillesse s’il avait bien fait un test et s’il avait l’attestation sur l’honneur signée par ses parents. Non, il ne l’avait pas. Elle lui a alors demandé- avec indulgence- d’entrer dans la cour et d’attendre sur le côté.

 

La rentrée des classes s’est faite ce lundi. Premier cas positif du Covid dans la classe de ma fille. Jusque là, j’en entendais parler ailleurs, dans la classe d’un de mes neveux, dans l’ancien service où je travaillais où, cette semaine, une de mes ex-collègues et amie m’a parlé de cluster. Comme j’avais entendu parler des plus de cent mille cas positifs de Covid par jour depuis les vacances de Noël. Mais jusque là, nous y avions échappé. Après m’être fait matraquer, comme tout le monde, par l’abattage médiatique – et autre-  supra anxiogène, à partir de juillet 2020, j’ai quitté l’aussi gigantesque que tentaculaire tapis mécanique qui semblait n’avoir que pour principale activité de faire de nous des soldats de plomb qu’il s’agissait de convoyer d’un champs de mines de la peur à d’autres champs de mines de la peur. Je porte des masques, je me lave les mains avec du savon, j’ai fait mes deux injections de Moderna et bientôt trois quand ce sera le moment. Je ne peux pas faire plus. Et je ne veux pas faire plus en matière de folie viscérale et sociétale.

 

J’avais beaucoup aimé la phrase du psychiatre Serge Hefez. J’ai retenu ça de celle-ci :

 

« La pandémie du Covid a plutôt tendance à stabiliser les patients psychotiques et à rendre fous les gens normaux ».

 

 

Qu’est-ce que nous sommes nombreux à être devenus fous depuis le début de cette pandémie du Covid. Et nous avons encore un très grand potentiel créatif. Je suis sûr que nous sommes encore éloignés de nos plus grands chefs d’œuvre en matière de comportement et de raisonnement à propos du Covid. D’abord, en un temps record, nous sommes pratiquement tous devenus épidémiologistes. Soit la version sanitaire de toutes celles et ceux qui se font les arbitres et les sélectionneurs éminents de matches de Foot,  de hand, de tennis ou de combat UFC. Comme de toutes celles et ceux qui se font critiques de cinéma.

 

Un peu plus fou que d’habitude :

 

 

Moi, ce matin, je suis devenu un peu plus fou que d’habitude parce-que :

 

Trois jours de cours ( ce mardi, la maitresse était absente l’après-midi et le mardi matin, notre fille est restée avec nous) trois tests antigéniques ?

 

Mais j’ai su rester calme et digne devant ma fille. Alors qu’elle s’éloignait dans la cour vers son destin d’écolière, j’ai demandé à discuter avec la maitresse.

 

Fort heureusement, nous sommes rapidement arrivés à nous entendre, la maitresse et moi. Et puis, le troisième test était déjà fait.

C’est un mail adressé par la maitresse et le directeur d’école, lu hier soir sur le compte Beneylu, qui a amené une certaine confusion.

 

Et, ce matin, la solution à cette confusion a été donnée par cette pratique ancestrale, traditionnelle, archaïque, primitive et révolutionnaire :

 

La discussion.

 

 

Une pratique ancestrale, traditionnelle, archaïque, primitive et révolutionnaire :

 

Prendre le temps de s’adresser à l’autre. De le rencontrer. Lui parler calmement. Lui expliquer qu’il puisse comprendre ce qui nous « motive ». Lui laisser le temps d’incorporer et d’additionner les informations que nous lui donnons. Des informations qu’il ne peut pas deviner même si celles-ci sont évidentes pour nous tant nous avons pu les ruminer. Le laisser respirer. Ne pas le saisir comme on jette de l’huile sur un poêle qui se trouve sur le feu depuis une bonne heure. Parler de manière aussi détendue que possible.  Si possible, articuler. Etre écouté de lui. Ecouter sa réponse. Prendre sa réponse comme l’on pourrait prendre notre propre pouls. Avoir encore la croyance ou l’optimisme que cette personne en face de nous est aussi sincère que nous.

 

Cela nécessite du temps. Un peu de temps.

 

En moins de trois minutes – je n’ai même pas eu le temps de chronométrer- la discussion était terminée et l’accord trouvé. Je n’ai, à aucun moment, eu l’impression que ces trois minutes de conversation (cinq si l’on inclue la petite attente afin que la maitresse qui accueillait les enfants qui arrivaient puisse se rendre disponible) m’ont demandé un effort surhumain.

 

Je n’ai pas eu besoin de me ronger les ongles, d’allumer une cigarette ou de donner des coups de pied dans la grille ou de hurler devant l’école pour patienter. Et, je n’ai pas eu l’impression, non plus, de passer pour un moins que rien parce-que la maitresse m’a demandé d’attendre un petit peu.

 

Cela valait la peine d’attendre un peu :

 

Ma fille n’avait pas à subir un nouvel autotest antigénique aujourd’hui après en avoir  déjà eu un la veille. Mais demain, samedi. Soit tous les deux jours. Au passage, la maitresse de me dire qu’elle compatissait beaucoup avec les enfants. Elle-même trouve ça très dur, ces tests à répétition. Merci madame et bonne journée.

 

Le minimum des corrections

 

En rentrant, je passe saluer cette commerçante. Cela fait des années que, quelques fois, je passe pour discuter un peu avec elle. Cela n’a rien à voir avec de la drague. On peut être un spaghetti ou un ver de terre et avoir d’autres intentions que celle de se reproduire.

 

Il existe des commerçants et des commerçantes qui prennent le temps de discuter avec leur clientèle. Même si cette clientèle ne les a sollicités qu’une fois ou deux. J’ai ce profil.

 

Ce matin, je passe la voir parce-que je me dis que, quand même, une nouvelle année a commencé. Et, il y a plus d’un mois, je lui avais demandé de me refaire des masques en tissu anti-Covid. Elle m’avait alors répondu que certains clients le lui avaient demandé, pour, finalement, ne jamais revenir les acheter. Je lui avais passé commande et lui avais  alors assuré :

« Moi, je reviendrai ».

 

Je reviens donc aussi pour ça. C’est le minimum des corrections. Elle m’apprend qu’elle n’en fait plus. Elle s’est renseignée : elle n’a plus le droit d’en vendre car les masques qu’elle fait ne sont pas homologués. Pourtant, elle a pris un de ces masques homologués, l’a ouvert. Ils sont faits de la même manière que les siens. Elle ajoute que certaines entreprises ont beaucoup de stocks de masques en tissus à écouler. Qu’elle pourrait en vendre. Cela lui a peut-être même été proposé.

 

Je lui demande « Pourquoi vous n’en vendez pas ? ».

 

Elle me répond :

 

« Pour vendre des masques cinq euros alors que je vendais les miens, deux euros ? Déjà que je ne prenais pas d’argent sur la vente de ces masques. Je prenais juste sur mon temps personnel. Mais, là, je ferais ça pour gagner un euro ? ».

 

Il existe donc, encore, des commerçantes et des commerçants comme cette personne. Mais la suite de notre discussion se fait plus personnelle lorsque je lui demande :

 

« Alors, quels sont vos projets pour cette année ? »

 

Elle me répond : «  Prendre soin de moi ».

Je lui réponds : « C’est un beau projet ». Elle m’en dit plus alors que je l’interroge. Elle se raconte. Je comprends complètement son expérience. Et l’encourage. Je lui parle aussi un peu de moi, de ma fille qu’elle « connaît ». Tout ce qu’elle me dit m’encourage aussi et concorde avec mes projets de vie. Nous nous apercevons que, malgré une quarantaine   d’années d’écart, certaines de nos expériences de vie se ressemblent. Elle a été une grande prématurée à la naissance. Ma fille a été une grande prématurée à la naissance.

 

Je découvre qu’elle écrit, qu’elle peint, qu’elle a fait du théâtre. 

 

Notre conversation aura duré dix minutes. Peut-être quinze. C’est le genre de discussion qui peut devenir le moteur de toute une journée. Alors que nous passons tant de temps, tous les jours, à nous défoncer pour des actions et des résultats qui ne nous apportent même pas le quart de ce que cette discussion m’a donné ou redonné. Et c’est comme ça, tous les ans. Presque tous les jours. 

 

Donner du temps psychique

 

 

Tout à l’heure, je vais revoir un ancien collègue, éducateur spécialisé. Son pot de départ à la retraite devait avoir lieu hier dans ce service où nous nous sommes rencontrés il y a plus de dix ans. Mais il a été annulé pour cause de pandémie du Covid. C’est lui qui, assez embarrassé de me reprendre, m’avait dit, un jour, alors que je faisais passer le temps en regardant mon téléphone portable :

 

« Notre travail, c’est de donner du temps psychique ».

 

 Après avoir publié cet article, je vais passer le voir chez lui. Comme nous en avons convenu, lui et moi.  Je prendrai le train. Une autre façon de bien prendre mon temps en main.

 

 

Franck Unimon, ce vendredi 7 janvier 2022.

 

 

 

 

 

 

 

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