Pour prendre son temps en main

» Posted by on Jan 7, 2022 in Corona Circus | 0 comments

Pour prendre son temps en main

                         Pour prendre son temps en main

 

« Après la folie des achats de cadeaux de Noël, la folie du retour des vacances de Noël… »

 

 

C’est ce que je me suis dit, il y a quelques jours. Seulement perché sur mon petit vélo pliant acheté dans l’enseigne Décathlon  l’année dernière. Tandis que je me rendais à mon travail depuis la gare St Lazare.

 

Depuis, comme à chaque fois, je m’y suis fait. Puisque je suis aussi fait de cette folie. Nos ennuis avec les autres commencent peut-être – ou toujours- lorsque notre folie est par trop différente de celle des autres. Et qu’elle nous contraint, eux et nous, à nous adapter, à nous adopter, les uns aux autres.

 

A force d’efforts, d’épuisement, de découragement ou peut-être parce-que, précisément, nous n’avons pas du tout envie de faire des efforts, de trop nous fatiguer ou de persister et que nous estimons que c’est aux autres de faire le plus d’efforts, les conflits éclatent. Nos dérailleurs sautent. Nos freins ne fonctionnent plus. Nos phares s’éteignent. Nos cerveaux disjonctent, batterie faible.

 

Ensuite, nous nous escrimons dans l’absolu et la violence, tels des vers de terre emmêlés les uns aux autres, milliers de spaghettis obsédés par cette destination que nous voulons à tout prix atteindre- et au plus vite- hors de l’assiette et surtout hors de portée de la Grande Fourchette. Comme si cet endroit- hors des bouchées du néant-   nous possédait. Sauf que les autres ont, aussi, la même obsession et sont tout autant possédés que nous. Eux, aussi, veulent sortir, par n’importe quel moyen de leur statut de ver de terre ou de spaghetti qui s’enlise dans de la très mauvaise sauce tomate et où toutes les artères, un beau jour, se figent.

 

 

Ce matin, rien de tout ça. Je suis simplement allé emmener ma fille à l’école, à pied, à quelques minutes de chez nous. Je voulais discuter avec le directeur. Mais pas pour lui parler de vers de terre et de spaghettis.

 

Le directeur de l’école était absent dans la cour. Par contre, à l’entrée de l’école, la maitresse de ma fille, et une de ses anciennes maitresses, vérifiaient que chacun ait bien l’attestation sur l’honneur des parents, à la date du jour, spécifiant que, oui, leur enfant avait bien effectué ( ou subi) un autotest antigénique à la maison. Et que celui-ci était bien négatif. Devant moi, j’ai vu un môme d’à peine huit ans, venu seul à l’école, faisant de son mieux pour répondre lorsque la maitresse lui a demandé avec gentillesse s’il avait bien fait un test et s’il avait l’attestation sur l’honneur signée par ses parents. Non, il ne l’avait pas. Elle lui a alors demandé- avec indulgence- d’entrer dans la cour et d’attendre sur le côté.

 

La rentrée des classes s’est faite ce lundi. Premier cas positif du Covid dans la classe de ma fille. Jusque là, j’en entendais parler ailleurs, dans la classe d’un de mes neveux, dans l’ancien service où je travaillais où, cette semaine, une de mes ex-collègues et amie m’a parlé de cluster. Comme j’avais entendu parler des plus de cent mille cas positifs de Covid par jour depuis les vacances de Noël. Mais jusque là, nous y avions échappé. Après m’être fait matraquer, comme tout le monde, par l’abattage médiatique – et autre-  supra anxiogène, à partir de juillet 2020, j’ai quitté l’aussi gigantesque que tentaculaire tapis mécanique qui semblait n’avoir que pour principale activité de faire de nous des soldats de plomb qu’il s’agissait de convoyer d’un champs de mines de la peur à d’autres champs de mines de la peur. Je porte des masques, je me lave les mains avec du savon, j’ai fait mes deux injections de Moderna et bientôt trois quand ce sera le moment. Je ne peux pas faire plus. Et je ne veux pas faire plus en matière de folie viscérale et sociétale.

 

J’avais beaucoup aimé la phrase du psychiatre Serge Hefez. J’ai retenu ça de celle-ci :

 

« La pandémie du Covid a plutôt tendance à stabiliser les patients psychotiques et à rendre fous les gens normaux ».

 

 

Qu’est-ce que nous sommes nombreux à être devenus fous depuis le début de cette pandémie du Covid. Et nous avons encore un très grand potentiel créatif. Je suis sûr que nous sommes encore éloignés de nos plus grands chefs d’œuvre en matière de comportement et de raisonnement à propos du Covid. D’abord, en un temps record, nous sommes pratiquement tous devenus épidémiologistes. Soit la version sanitaire de toutes celles et ceux qui se font les arbitres et les sélectionneurs éminents de matches de Foot,  de hand, de tennis ou de combat UFC. Comme de toutes celles et ceux qui se font critiques de cinéma.

 

Un peu plus fou que d’habitude :

 

 

Moi, ce matin, je suis devenu un peu plus fou que d’habitude parce-que :

 

Trois jours de cours ( ce mardi, la maitresse était absente l’après-midi et le mardi matin, notre fille est restée avec nous) trois tests antigéniques ?

 

Mais j’ai su rester calme et digne devant ma fille. Alors qu’elle s’éloignait dans la cour vers son destin d’écolière, j’ai demandé à discuter avec la maitresse.

 

Fort heureusement, nous sommes rapidement arrivés à nous entendre, la maitresse et moi. Et puis, le troisième test était déjà fait.

C’est un mail adressé par la maitresse et le directeur d’école, lu hier soir sur le compte Beneylu, qui a amené une certaine confusion.

 

Et, ce matin, la solution à cette confusion a été donnée par cette pratique ancestrale, traditionnelle, archaïque, primitive et révolutionnaire :

 

La discussion.

 

 

Une pratique ancestrale, traditionnelle, archaïque, primitive et révolutionnaire :

 

Prendre le temps de s’adresser à l’autre. De le rencontrer. Lui parler calmement. Lui expliquer qu’il puisse comprendre ce qui nous « motive ». Lui laisser le temps d’incorporer et d’additionner les informations que nous lui donnons. Des informations qu’il ne peut pas deviner même si celles-ci sont évidentes pour nous tant nous avons pu les ruminer. Le laisser respirer. Ne pas le saisir comme on jette de l’huile sur un poêle qui se trouve sur le feu depuis une bonne heure. Parler de manière aussi détendue que possible.  Si possible, articuler. Etre écouté de lui. Ecouter sa réponse. Prendre sa réponse comme l’on pourrait prendre notre propre pouls. Avoir encore la croyance ou l’optimisme que cette personne en face de nous est aussi sincère que nous.

 

Cela nécessite du temps. Un peu de temps.

 

En moins de trois minutes – je n’ai même pas eu le temps de chronométrer- la discussion était terminée et l’accord trouvé. Je n’ai, à aucun moment, eu l’impression que ces trois minutes de conversation (cinq si l’on inclue la petite attente afin que la maitresse qui accueillait les enfants qui arrivaient puisse se rendre disponible) m’ont demandé un effort surhumain.

 

Je n’ai pas eu besoin de me ronger les ongles, d’allumer une cigarette ou de donner des coups de pied dans la grille ou de hurler devant l’école pour patienter. Et, je n’ai pas eu l’impression, non plus, de passer pour un moins que rien parce-que la maitresse m’a demandé d’attendre un petit peu.

 

Cela valait la peine d’attendre un peu :

 

Ma fille n’avait pas à subir un nouvel autotest antigénique aujourd’hui après en avoir  déjà eu un la veille. Mais demain, samedi. Soit tous les deux jours. Au passage, la maitresse de me dire qu’elle compatissait beaucoup avec les enfants. Elle-même trouve ça très dur, ces tests à répétition. Merci madame et bonne journée.

 

Le minimum des corrections

 

En rentrant, je passe saluer cette commerçante. Cela fait des années que, quelques fois, je passe pour discuter un peu avec elle. Cela n’a rien à voir avec de la drague. On peut être un spaghetti ou un ver de terre et avoir d’autres intentions que celle de se reproduire.

 

Il existe des commerçants et des commerçantes qui prennent le temps de discuter avec leur clientèle. Même si cette clientèle ne les a sollicités qu’une fois ou deux. J’ai ce profil.

 

Ce matin, je passe la voir parce-que je me dis que, quand même, une nouvelle année a commencé. Et, il y a plus d’un mois, je lui avais demandé de me refaire des masques en tissu anti-Covid. Elle m’avait alors répondu que certains clients le lui avaient demandé, pour, finalement, ne jamais revenir les acheter. Je lui avais passé commande et lui avais  alors assuré :

« Moi, je reviendrai ».

 

Je reviens donc aussi pour ça. C’est le minimum des corrections. Elle m’apprend qu’elle n’en fait plus. Elle s’est renseignée : elle n’a plus le droit d’en vendre car les masques qu’elle fait ne sont pas homologués. Pourtant, elle a pris un de ces masques homologués, l’a ouvert. Ils sont faits de la même manière que les siens. Elle ajoute que certaines entreprises ont beaucoup de stocks de masques en tissus à écouler. Qu’elle pourrait en vendre. Cela lui a peut-être même été proposé.

 

Je lui demande « Pourquoi vous n’en vendez pas ? ».

 

Elle me répond :

 

« Pour vendre des masques cinq euros alors que je vendais les miens, deux euros ? Déjà que je ne prenais pas d’argent sur la vente de ces masques. Je prenais juste sur mon temps personnel. Mais, là, je ferais ça pour gagner un euro ? ».

 

Il existe donc, encore, des commerçantes et des commerçants comme cette personne. Mais la suite de notre discussion se fait plus personnelle lorsque je lui demande :

 

« Alors, quels sont vos projets pour cette année ? »

 

Elle me répond : «  Prendre soin de moi ».

Je lui réponds : « C’est un beau projet ». Elle m’en dit plus alors que je l’interroge. Elle se raconte. Je comprends complètement son expérience. Et l’encourage. Je lui parle aussi un peu de moi, de ma fille qu’elle « connaît ». Tout ce qu’elle me dit m’encourage aussi et concorde avec mes projets de vie. Nous nous apercevons que, malgré une quarantaine   d’années d’écart, certaines de nos expériences de vie se ressemblent. Elle a été une grande prématurée à la naissance. Ma fille a été une grande prématurée à la naissance.

 

Je découvre qu’elle écrit, qu’elle peint, qu’elle a fait du théâtre. 

 

Notre conversation aura duré dix minutes. Peut-être quinze. C’est le genre de discussion qui peut devenir le moteur de toute une journée. Alors que nous passons tant de temps, tous les jours, à nous défoncer pour des actions et des résultats qui ne nous apportent même pas le quart de ce que cette discussion m’a donné ou redonné. Et c’est comme ça, tous les ans. Presque tous les jours. 

 

Donner du temps psychique

 

 

Tout à l’heure, je vais revoir un ancien collègue, éducateur spécialisé. Son pot de départ à la retraite devait avoir lieu hier dans ce service où nous nous sommes rencontrés il y a plus de dix ans. Mais il a été annulé pour cause de pandémie du Covid. C’est lui qui, assez embarrassé de me reprendre, m’avait dit, un jour, alors que je faisais passer le temps en regardant mon téléphone portable :

 

« Notre travail, c’est de donner du temps psychique ».

 

 Après avoir publié cet article, je vais passer le voir chez lui. Comme nous en avons convenu, lui et moi.  Je prendrai le train. Une autre façon de bien prendre mon temps en main.

 

 

Franck Unimon, ce vendredi 7 janvier 2022.

 

 

 

 

 

 

 

Submit a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

code

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.