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» Posted by on Mai 12, 2020 in Corona Circus | 0 comments

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Je me suis couché un peu tard cette nuit. Après deux heures du matin. Ce matin, dans mon lit, je me le suis très vite reproché. J’aimerais faire tellement. Reprendre la lecture de tel livre commencée il y a plus de deux mois avant que la pandémie du Covid-19 ne colonise une grande partie de nos pensées et de nos émotions. Continuer de faire le tri dans des magazines que j’ai depuis 2017 et même avant. Faire mes étirements. Aller acheter des fruits et des légumes. Passer voir mon vélo pour vérifier si la roue arrière est restée gonflée depuis la dernière fois afin de pouvoir reprendre mon vélo, rassuré, ce soir, pour me rendre à mon travail. Ce qui nécessitera plus d’une heure de vélo à l’aller.

 

Ma compagne et notre fille étaient parties lorsque je me suis levé environ trente minutes plus tard. J’ai commencé par mes étirements. A jeun. Comme ça, j’étais sûr de les faire.

 

Hier soir, je me suis couché tard parce-que je suis resté regarder des images de combats. Le combat Georges Foreman/ Muhammad Ali dont j’avais entendu parler, enfant, et sur lequel j’avais lu et aussi vu un très bon documentaire, When we were kings.

J’ai aussi lu le résumé de la biographie de l’acteur Donnie Yen que j’avais découvert dans Hero peut-être. Et que je redécouvre dans des extraits de Ip-Man. Bruce Lee, Scott Adkins, Jacky Chan, Jet Li, Van Damme, Chuck Norris, Tony Jaa, Amy Johnston, quelques combats de MMA…. J’ai regardé ou revu des extraits de leurs films. Ainsi que des démonstrations de Self-Défense.

 

J’ai aussi regardé des extraits d’interviews d’anciens membres du GIGN, mais aussi de Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série que j’avais interviewé deux fois, qui m’avait particulièrement déniaisé concernant les tueurs en série, et qu’un article du Monde de ce 21 avril soupçonne d’être un affabulateur.

 

A ces images de combats et de mort, j’avais préféré des images d’humoristes au cours de la journée ou un ou deux jours plus tôt : Mustafa El Atrassi, Bill Burr, Bun Hay Mean, Haroun, Louis C.K. Il faut bien se détendre avant un combat ou entre deux combats. Même si l’on y participe uniquement en tant que… spectateur.

 

Je n’ai pas la carrière de combattant ou d’humoriste qu’idéalement, je souhaiterais, aurais souhaité ou ai pu souhaiter avoir. Pour arriver au niveau de ces humoristes, combattants et ex- intervenants du GIGN, et des autres que je n’ai pas cités, il faut généralement commencer tôt, souvent avant ses 10 ans, cumuler des heures et des heures et des années d’entraînement, donner de sa personne, et, à ce que je comprends, cumuler des expériences dans diverses disciplines, complémentaires ou opposées. Ce qui suppose une extrême persévérance ou une certaine détermination ( d’autres parleront d’engagement) ainsi qu’une marge d’erreurs.

 

Des erreurs, j’en ai faites et je continue d’en faire. Hier, en aidant ma fille à faire ses devoirs, je lui ai affirmé :

 

« Les erreurs, ça sert à apprendre ! ». Ma fille avait refait la même erreur que quelques heures plus tôt avec exactement la même opération et les mêmes chiffres. Une erreur de retenue dans son addition. Je croyais qu’elle avait bien mémorisé d’autant qu’elle s’implique dans ses devoirs. Mais, non, la distraction, l’insouciance et un trop grand sentiment de facilité sans doute l’avaient bernée.

 

J’aurais peut-être pu ou dû ajouter :

«  Les erreurs, ça sert à apprendre ! A condition de savoir ou de pouvoir s’en rendre compte ».

 

Evidemment, un enfant, un novice, un débutant ou un innocent a du mal à s’apercevoir de ses erreurs. Comme pour trouver la solution. C’est donc aux personnes qui les entourent et qui en sont responsables de, autant que possible, les éduquer,  les sensibiliser et de les préserver de certaines déconvenues.

 

Je ne suis pas toujours persuadé, en tant qu’adulte et en tant que père, de toujours être le bon exemple pour ma fille. Tant mieux pour eux si certains parents sont convaincus, lorsqu’ils se regardent, d’être ou d’avoir été les meilleurs parents de l’univers. Mais, hier, alors que nous déjeunions ensemble et que ma fille me parlait, je l’écoutais tout en voguant dans ma tente psychique.

Ma fille était et est dans l’instant présent comme tous les enfants. Moi, j’étais dans un de ces moments où ma conscience  chemine, entre le passé, le présent et le futur. On dira que j’étais dans la contemplation. Ou dans l’extrapolation : ma fille me parlait et tandis que je l’écoutais à la surface, en profondeur, j’étais ailleurs. Il y a d’autres moments où c’est elle qui est ailleurs alors que nous lui parlons, ma compagne et moi. Et il est plein d’autres fois où celles et ceux à qui l’on cherche à s’adresser sont ailleurs.  Il y a aussi d’autres fois où nous portons notre attention sur les autres véritablement mais où, ceux-ci, ne nous voient pas et restent ensuite persuadés d’être sans valeur. C’est l’Histoire des êtres humains. Nous avons beau avoir des agendas, beaucoup de bonnes intentions théoriques et pleins d’inventions technologiques, lorsque ce moteur que nous avons tous à l’intérieur nous pousse vers cet ailleurs, il est difficile de savoir quand nous nous rencontrons vraiment.

 

Heureusement, en partageant l’intimité d’une personne ou avec la répétition des rencontres, mathématiquement, il arrive des moments où nous sommes bien disposés en même temps. Où nous sommes en phase, comme on dit. Ceci pour dire que, finalement, dans l’Histoire des relations humaines, sans doute sommes nous en permanence comme la terre, le soleil et la lune. Nous nous tournons autour. Un certain nombre de fois, tout est bien aligné. D’autres fois, comme nous vivons dans le même périmètre physique et géographique, c’est la collision, l’illusion ( nous croyons être proches les uns des autres mais, en fait, des milliers de kilomètres nous séparent) ou l’ignorance.

 

Depuis, j’ai oublié de quoi je voulais précisément parler. Etre ailleurs, ou vouloir être ailleurs, ça, j’ai commencé avant mes dix ans. Comme tout le monde, je pense. Et, de ce côté-là, j’ai continué l’entraînement comme tout le monde, aussi, je pense.

Evidemment, en regardant cette nuit ces images de combat, j’ai sans doute essayé de voir si j’y étais ou si je pouvais y être. Ce qui est impossible, ne serait-ce que physiquement. C’est bien à ça que nous servent les images. A faire l’expérience cérébrale, émotionnelle, voire physique d’un événement que l’on ne peut pas vivre directement, physiquement, dans l’instant présent. On le vivra peut-être un jour. On l’a peut-être pleinement vécu dans le passé. Mais lorsqu’on le regarde, on ne le vit pas totalement. Les images que nous regardons et qui nous captivent sont peut-être souvent des étoiles mortes que, nous, les vivants, nous regardons afin de pouvoir nous guider….

 

 

J’avais prévu de parler du don. Du don de soi. Je sais que la pandémie du Covid-19 a fait de nous, «officiellement », les soignants, des « héros » avec d’autres professions :

 

les cytokines, les pompiers, les éboueurs, les caissiers, les enseignants ( oui, je mets les enseignants dedans car le travail à distance effectué par les enseignants, même s’il a été limité par les moyens de certains parents et par la technologie elle-même, est pour moi une très grande force d’engagement ), travailleurs sociaux, policiers etc….

 

Dans la vie courante, « normale » et ne serait-ce qu’avec notre administration ( je pense ici au service de la Direction de notre employeur) on verra ce  qu’il restera du crédit que l’on porte aux héros. Mais, en attendant, j’ai bien compris qu’il ne suffit pas de donner de soi aveuglement pour recevoir une quelconque reconnaissance et compensation. Non. Cela ne suffit pas. En étant même un peu provocateur, je crois qu’il faut donner moins pour recevoir plus. Car, lorsque l’on donne trop, sans compter, on encourage forcément quelqu’un, à un moment ou à un autre, à se reposer sur nous tandis que l’on s’épuise. Et, au final, on termine K.O.

C’est ce qui est arrivé à Georges Foreman à Kinshasa en 1974 face à Muhammad Ali, un de mes héros d’enfance.

De Georges Foreman, avant le match, on louait la force physique hors norme. Muhammad Ali partait perdant selon certains pronostics. En regardant et en (re)découvrant le match, cette nuit, je me suis demandé comment tous ces experts avaient pu ignorer à ce point certaines évidences :

Georges Foreman était beaucoup plus limité techniquement que Muhammad Ali. Sa gamme de coups. Ses déplacements étaient monolithiques. Ali esquivait beaucoup mieux, était plus mobile. Ali était plus rapide sur ses appuis et sur ses directs. Il a touché Foreman au visage très vite. La plupart des coups qu’il porte à Foreman sont situés au visage. Signe qu’il n’avait pas peur. Signe de sa détermination. Il est allé à l’essentiel. Là où il savait pouvoir faire le plus mal à Foreman. Le mettre en colère, lui faire perdre la raison. Le désaxer mentalement. Muhammad Ali avait aussi pour lui la ruse, la stratégie. 

En outre, Muhammad Ali a donné à Foreman ce qu’il a voulu lui donner. Et Foreman a foncé sans réfléchir. Il a donné de sa personne comme il le pouvait en se faisant manipuler par Ali : Foreman a réagi comme Ali le souhaitait. Ali était pourtant connu. Foreman avait trop d’assurance. Il a boxé sans sa tête. Il s’est vidé tout seul de sa puissance et de sa résistance. Et Muhammad Ali l’a mis K.O vers la fin du 8ème round.

D’après les images, Ali s’attendait à ce que le match dure plus longtemps même si Foreman, depuis un ou deux rounds, glissait de plus en plus.

Ce match de boxe montre la différence qui existe entre un boxeur stratégique et un boxeur exécutant. Et sans doute aussi entre un boxeur qui a débuté assez tôt et incorporé une gestuelle ou une grammaire technique et un autre qui devait principalement ses victoires à sa force physique hors norme.

 

 

Nous, les spectateurs du quotidien, qui sortons peu à peu du confinement, j’espère que nous serons plus des Muhammad Ali que des Georges Foreman. Même si Muhammad Ali a aussi fait de sacrées erreurs dans sa vie (concernant Malcolm X ou Joe Frazier par exemple) et que Georges Foreman, par ailleurs, est une personne de valeur.

 

Franck Unimon, ce mardi 12 Mai 2020. 

 

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