Dune-un film de Denis Villeneuve

» Posted by on Sep 18, 2021 in Cinéma, Corona Circus | 0 comments

Dune-un film de Denis Villeneuve

 

                                          Dune un film de Denis Villeneuve

 

 

 

« Tant de Pouvoir dans un mâle » ; « Les rêves sont des messages de profondeur » ; « Un empereur dangereusement jaloux » ; « Son regard s’aiguise à peine qu’il descend déjà dans l’arène » ; « La main de Dieu perturbe notre système de communication » ; « Le désert prend les faibles » ; « Il a implanté des superstitions » ; « J’aurais dû t’épouser ». «  On tamise les gens comme on tamise le sable ».

 

 

 

L’adaptation cinématographique de l’œuvre de Frank Herbert (1964) par le réalisateur Denis Villeneuve est apparue sur beaucoup d’écrans en France ce mercredi 15 septembre 2021. C’est le très gros événement cinématographique de la rentrée et je suis allé le voir dès la première séance de 8h55. La grande salle était pleine.

 

Ces dernières années, on mentionne régulièrement le réalisateur Christopher Nolan comme étant celui qui sait alterner films grand public et films d’auteur. Devant le Dune de Villeneuve, je me suis avisé que celui-ci faisait beaucoup mieux.

 

Je n’ai pas tenté de lire l’œuvre Frank Herbert. J’avais plusieurs fois entendu dire qu’elle était inadaptable. J’avais vu avec plusieurs années de retard l’adaptation de David Lynch qui, en 1984, était déja devenu un réalisateur qui compte. J’avais lu des avis mitigés sur le film de Lynch estimant qu’il était un « nanar ». Je me rappelle du chanteur Sting, nimbé de son statut de star au sein du groupe de musique Police, y tenant un rôle de méchant. Et d’une scène cruelle dont Lynch, une fois de plus, avait su magnifier le sadisme. Il me reste donc des impressions de ce film et je m’en souviens  un petit peu plus que beaucoup d’autres films que j’avais vus par la suite.

 

Je cite ces trois réalisateurs de référence que sont Villeneuve, Nolan et Lynch car ces vingt dernières années, ils ont pour eux d’avoir su concilier l’esthétisme agressivement séduisant de notre évolution avec celui de nos infirmités. Infirmités dans lesquelles, malgré beaucoup d’efforts et  d’espoirs, nous demeurons souvent enfermés.

 

On a sans doute deviné en lisant cet article que je préfère désormais la filmographie de Villeneuve à celle de Nolan qui avait réalisé la grosse production  qui avait été l’événement cinématographique quelques mois après la sortie de notre premier confinement du à la pandémie du Covid :

 

Tenet était sorti le 26 aout 2020.

 

Tenet avait beaucoup plu et très « bien marché »  au cinéma. Mais, dès ses débuts, dans la salle, son magnétisme supposé n’avait pas opéré sur moi. Même si l’acteur Robert Pattinson m’avait fait une bien meilleure impression que l’acteur principal John David Washington, nouvelle star du cinéma depuis son rôle dans le film de Spike Lee (BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan, 2018) et fils de Denzel Washington.

 

Lorsque je pense aux quelques films de Villeneuve que j’ai pu voir jusqu’à maintenant à leur sortie au cinéma, je ne trouve pas, parmi eux, de films ratés :

 

Incendies, Enemy, Sicario, Premier Contact, Blade Runner 2049.

 

Villeneuve sait, selon moi, aborder les grandes questions morales de notre époque en y associant le sens du spectacle. Sans devenir la réclame publicitaire de ce spectacle.

gare de Paris St-Lazare, ce mercredi 15 septembre 2021.

 

J’aurais donc dû être content et me sentir privilégié ce mercredi matin de pouvoir, une fois de plus, partir au cinéma alors que je prenais les transports en commun avec beaucoup de personnes qui partaient travailler. Sauf que ce mercredi 15 septembre 2021, c’était aussi Le Grand jour dans un autre domaine, plus réel. Et, surtout, plus immédiat.

 

A compter de ce 15 septembre 2021,  l’Etat condamnait légalement à la suspension et à la sanction économique certains des héros de l’an passé lors de la pandémie du Covid :

 

Les soignants qui persistaient à refuser de se faire injecter les vaccins actuels contre le Covid.

Et, moi-même, longtemps récalcitrant et encore dans le doute concernant ce que j’avais finalement accepté de me faire injecter dans le deltoïde deux jours plus tôt, je ne devais la possibilité de cette sortie au cinéma que parce-que je disposais depuis du résultat d’un test antigénique au Covid d’une durée légale de deux ou trois jours. Et, comme la plupart des spectateurs et des passagers rencontrés en me rendant à cette séance, depuis l’année dernière, dans les lieux publics, je portais également sur le visage un masque anti-Covid.

 

 

Ce contexte n’empêche pas de regarder un film. Mais il peut être utile de le préciser quand on en parle ensuite. Puisque ce qui nous concerne personnellement affecte ensuite directement notre façon de voir un film, de lire, et, bien-sûr, notre façon de vivre.

 

 

Dès le début de Dune, je me suis dit :

 

« A la fin du film, je retourne le voir une seconde fois ».  C’était la première fois depuis longtemps que je n’avais pas eue une telle volonté. Au cinéma, il est quelques films que je suis retourné voir plusieurs fois :

 

Le Grand Bleu de Luc Besson ; Le premier Matrix des ex-frères Wachowski ; La trilogie Pusher de Nicholas Winding Refn. Ensuite, il est un autre film que j’avais vu une fois au cinéma à sa sortie, dans une salle déserte, aux Halles, et dont l’attrait sur moi s’est accru à mesure que je l’ai revu. D’abord en dvd puis en Blu-ray. Under The Skin de Jonathan Glazer.  

 

Il est d’autres films, comme des livres, que j’ai vus et lus une seule fois et qui m’ont pourtant beaucoup marqué. Tels, par exemple, des films de Kieslowski, Kitano, Lynch, Spike Lee, Dumont. Ou un livre comme La Supplication de Svetlana Alexievitch,  lors de sa parution, des années avant son Prix Nobel de littérature. Des livres de Chester Himes, Richard Wright

 

 

Mais il est seulement quelques films, pour l’instant, que je suis allé voir plusieurs fois. Et, spontanément, Dune s’est retrouvé sur cette liste. Je ne l’ai pas fait finalement. Non en raison de sa durée (2h35). Ces 2h35 passent comme un fil. On ne les subit pas. Mais parce-que, comme souvent, avant d’aller voir un film, j’aime être « vierge » (cette remarque avait fait grimacer une attachée de presse il y a plusieurs années) et en savoir le moins possible.

J’ignorais donc en allant voir Dune qu’il y aurait une suite. C’est uniquement à la fin du film que j’ai compris que le Dune de Villeneuve allait sûrement être l’équivalent de la trilogie Le Seigneur des anneaux réalisée par Peter Jackson dans les années 90. Trilogie dont chaque volet, si je me souviens bien, durait aussi près de trois heures.

Certaines personnes feront peut-être une analogie avec le succès des Harry Potter qui a compté près d’une dizaine d’adaptations cinématographiques. Mais hormis la toute première adaptation cinématographique que j’avais vue à sa sortie, qui m’avait plutôt plue, et ne m’avait  jamais laissé penser qu’il y’aurait ensuite un « phénomène » Harry Potter dans les salles qu’en librairie, j’ai peu suivi ces réalisations. Même si ma préférée reste celle d’Alfonso Cuaron avec Harry Potter et Le Prisonnier d’Azkaban ( 2004).

 

 

Qu’est-ce que j’ai aimé tout particulièrement dans le Dune de Villeneuve ?

 

Dès le début, le découpage de l’espace. La mise en scène. Villeneuve a fait de son film une poly-scène de théâtre. Le théâtre palpable, au sens organique, dans « son » Incendies (2010) adapté de l’œuvre théâtrale de Wadji Mouawad– que je n’ai pas vue-  se retrouve dans « son » Dune.  Villeneuve pose ses scènes. Nous sommes plusieurs fois entre la photo et le tableau.

 

 

Il y a du désert et des deuils dans Incendies. Il y en a aussi dans Dune. Les femmes sont porteuses et fortes dans Incendies. Elles le sont aussi dans Dune. Dans d’autres réalisations intermédiaires de Villeneuve, aussi.

 

Quoi d’autre ? On parle beaucoup de la voracité de l’économie libérale et d’écologie dans Dune. Cela nous rappelle nos échéances présentes devant le réchauffement climatique, la raréfaction de l’eau encore abstraite dans les pays riches. Mais aussi nos comportements et nos certitudes acquises mais aussi contraintes. 

 

Le sédentarisme démesuré et urbanisé de nos vies est ici exposé comme une vulnérabilité mortelle. Ce sont plutôt les nomades ou celles et ceux qui s’apparentent à des sortes de Touaregs (les « Fremen » comme « Free Men » ?)  qui semblent plus à même de véritablement faire leurs choix. Et de vivre.  

 

Dans Dune, on parle aussi de Savoirs ancestraux connus et crus par certains, ignorés par d’autres. Mais aussi de la peur qui est peut-être une de nos plus grandes Croyances. Et, question croyance en nos peurs, nous sommes nombreux à être encore beaucoup plus fervents et partisans que d’habitude depuis la pandémie du Covid. Ce qui est bien pratique pour certaines politiques et techniques managériales.

 

 

On aimerait pouvoir agir sur nos peurs comme le héros, Paul Atreides (interprété par Timothée Chalamet ) et sa mère, Lady Jessica ( l’actrice Rebecca Ferguson) le font. Mais à les voir, on comprend aussi qu’apprendre à se séparer de nos peurs est le résultat d’un entraînement et de toute une éducation. Cela ne s’improvise pas. «  Notre projet tient sur des siècles » dit un personnage plutôt impitoyable dans le film.  

 

 

J’ai beaucoup aimé l’attention portée par Villeneuve aux différents langages ainsi qu’aux codes culturels. Une scène très drôle avec Javier Bardem en sera un des exemples. Néanmoins, savoir parler dans la langue qu’il convient au bon moment peut sauver. Ou tuer.

 

J’ai trouvé au personnage de Paul Atreides des airs de Lawrence d’Arabie. Et son nom me fait aussi penser à l’histoire de l’Atlantide. On ne peut, aussi, que le rapprocher évidemment du jeune Skywalker, puisqu’il est aussi impossible de ne pas citer le Star Wars de Georges Lucas, d’une façon ou d’une autre, devant Dune. Et, bien-sûr, pendant qu’on y est (mais cela avait déjà été partiellement fait) le Blade Runner de Ridley Scott.

 

De toutes façons, dans Dune, on trouve- pour le meilleur- plusieurs des actrices et acteurs tant européens qu’anglo-saxons qui ont rencontré au moins ces dix dernières années une certaine popularité au travers du cinéma (d’auteur ou de cinéma grand public) ou de certaines séries télévisées :

 

 Les Gardiens de la Galaxie, Game Of Thrones, des films des frères Coen. On peut même déceler une allusion à La Servante Ecarlate.

 

 

Cependant, toutes ces références, et bien d’autres que j’ai oubliées ou qui sont bien là même si je ne les vois pas, n’empêchent pas de voir que Villeneuve a livré là un film- de plus- qui sort du lot.

 

Dune m’a tellement plu que lorsque le générique de fin est arrivé et que j’ai compris qu’il y aurait une suite, que je me suis inquiété du fait qu’il n’arrive quelque chose à son réalisateur qui l’empêche de nous montrer le reste.

 

Ensuite, je suis allé voir Shang-Chi Et La Legende des dix anneaux de Destin Daniel Creton. Parce-que le film bénéficiait de bonnes critiques. Parce qu’un film de Super-héros avec Tony Leung Chiu Wai (son rôle dans A Toute epreuve de John Woo me l’a définitivement attaché. Peut-être aussi que le suicide de l’acteur Leslie Cheung , il y a plusieurs années, y est en partie pour quelque chose)  et Michelle Yeoh ne se refuse pas.

 

Je parlerai bientôt de ce film mais le voir après Dune a été…. à son désavantage.

 

 

Franck Unimon, ce samedi 18 septembre 2021.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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