Erykah Badu

» Posted by on Juin 6, 2021 in Musique | 0 comments

Erykah Badu

 

           Erykah Badu

 

 

Ses albums sont placés derrière les barreaux depuis plusieurs années maintenant. Parfois vingt.  Pourtant, ils continuent de nous libérer. Pourtant leurs canons ont fait et continuent de faire la jeunesse d’artistes que l’on écoute aujourd’hui.

 

Quand on est jeune.

 

Si le corps essuie et colmate avec des rythmes les gestes qui, dans la vie courante, nous manquent ainsi que les bruits que l’on cache et qui nous braquent, notre esprit, lui, détruit ou non, est la gomme qui efface les distances entre les œuvres et nous.

 

Plus jeune, j’avais entendu parler d’Erykah Badu. Je l’avais écoutée. Sûrement en regardant et en écoutant d’autres plus jeunes qui écoutaient les Fugees, Macy Gray, Kelis, Alicia Keys et sont probablement, aujourd’hui, passés à autre chose.

 

Autre chose.

 

Moi, le vieux, depuis peu, je réécoute ses albums. J’en ai emprunté à la médiathèque près de chez moi. J’en ai un acheté un, neuf, vendredi, à une femme d’une trentaine d’années, enceinte de plus de six mois, à Mairie de Montreuil, près d’un marchand de fleurs. Le lieu du rendez-vous avait été choisi par la vendeuse. Deux ou trois jours  plus tôt, j’avais commis un impair. Trop attaché à ce que j’écrivais, j’avais pris trop de retard. Mais, cette fois, j’avais plus d’une demi-heure d’avance. Je lui ai de nouveau présenté mes excuses. Je lui ai donné un peu plus que ce qui était prévu pour le disque. J’ignorais qu’elle était enceinte.

 

Aujourd’hui, j’entends autrement les titres d’Erykha Badu. Je croyais pourtant qu’avec les ans, on devenait sourd. Peut-être pas. Je repense à mon père, tiens. Le premier amateur de musique que j’ai connu. Pourquoi, vers ses quarante ans, a-t’il arrêté d’acheter des disques comme d’écouter de la musique à la maison ? Lui, qui était allé jusqu’à acheter des magazines de musique spécialisés tels Rock & Folk et Best. Des magazines dans lesquels des critiques, qui se dévouent à la musique, passent leur vie à en écouter, à aller à des concerts, à rencontrer des artistes. Puis, à en parler et à donner envie de les écouter et d’en discuter avec d’autres.

 

La musique, ça a à voir avec la vie mais aussi avec notre enfance et notre jeunesse. Alors, mon père a-t’il arrêté de vivre vers ses quarante ans comme beaucoup d’autres ? Ou a-t’il considéré que tout cela était anecdotique et coûtait trop d’argent pour si peu d’épanouissement ?

 

On arrête tous de faire quelque chose à un moment ou à un autre, de notre vie. Mentir. Vomir. Sucer son pouce. Faire du sport. Sortir. Rire de tout.

 

Certaines personnes nous expliqueront que cela correspondait à une étape de leur vie. Et que tout cela appartient désormais au passé. Mais est-on toujours obligé de le croire ?

 

A quarante ans, néanmoins, j’ai arrêté d’aller danser. De danser. Je me sens un peu fautif. Surtout envers ma fille. Enfant et ado, j’ai des souvenirs de soirées antillaises (mariages, baptêmes, communions) où beaucoup de gens dansaient, discutaient et mangeaient pendant des heures dans des grandes salles. Et, parfois, deux ou trois se bagarraient. Je me suis raconté des histoires, certains soirs, à regarder tout ce monde. Mais j’ignorais que ce que je voyais et entendais était exceptionnel. Ce que nous voyons et entendons peut être exceptionnel. C’est nous, qui l’oublions.

A ces soirées, je n’ai pas pris de notes. Je n’en prenais pas. Je n’ai rien filmé. Je n’avais pas de caméra. Je n’ai pas pris de photos. Et les quelques photos qui ont été prises l’ont été par d’autres regards et d’autres intentions. Mais j’ai appris à gesticuler. Ou à…danser.

 

 

J’ai été un peu triste, lorsqu’un jour,  un petit a demandé à sa mère si, à leur mariage, elle et son père, avaient dansé. Elle a répondu un peu gênée, intimidée par cette question posée en public, comme si le sujet était osé :

« Non, on n’a pas dansé ». Elle avait une trentaine d’années et était plutôt d’un abord avenant. C’était au conservatoire d’Argenteuil, au Val d’Argenteuil. J’avais emmené ma fille à son cours de danse. A son cours d’initiation à la danse et au chant. On emmène au conservatoire nos enfants pour qu’ils apprennent ce qui a pu et peut s’apprendre dans les soirées voire entre copains et copines. Ou chez la tante, le grand-père ou avec la cousine ou le cousin.

 

Je ne sais pas quoi penser de ma « défection » à propos de la danse. Si ce n’est que, certaines fois, je me dis que j’en ai assez de répéter les mêmes gestes. Pourtant, je n’aime pas penser que, pour moi, la danse, c’était l’armée. On danse aussi pour arrêter d’être des bêtes traquées.

 

J’ai peut-être eu moins besoin de m’échapper. Et, aussi, celles et ceux que je fréquente désormais sont plus installés dans leur vie et davantage portés sur la parole. Ou, souvent aussi, quand même, nous parlons des mêmes…. sujets.

 

J’imagine qu’Erykah Badu, même si son dernier album a quelques années, a continué de danser et de chanter. Si une Me’Shell Ndégeocello ou une Björk ont pu se mettre en danse sur scène, cela se passait autrement pour Miles Davis. Par contre, j’ai appris qu’Erykah Badu avait dirigé la réédition d’albums de Fela. Mon père avait un de ses albums à la maison. Mais il ne le mettait pas souvent. Et il n’achetait plus de disques lorsque Kassav’ a émergé. Et encore moins lorsque d’autres artistes de zouk sont ensuite arrivés tel Jean-Michel Rotin qui fait partie des anciens, maintenant.

 

Comme Erykah Badu.

 

Rimshot, en concert, a été le titre qui a reposé Erykah Badu sur mon atlas musical. Et, tout cela, suite à un stage d’apnée à Quiberon, en Bretagne, avec mon club le mois dernier. Parce-que j’ai fait des photos. Et qu’ensuite j’ai fait deux  diaporamas, un long et un court, et qu’à chaque fois cette chanson d’Erykah Badu a été celle que j’ai mise au premier plan.

 

De l’apnée en Bretagne, et, aussi, de la chasse sous-marine, à Erykah Badu. Nos directions et notre façon d’écouter la vie restent assez imprévisibles. Notre façon d’écouter, surtout. Car, souvent, le reste suit. A plus ou moins long terme.

 

Franck Unimon, ce dimanche 6 juin 2021.  

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