Barnay-Bambuck, athlètes engagés-un documentaire d’Aurélie Bambuck

»Posted by on Mar 28, 2021 in Cinéma | 3 comments

Barnay-Bambuck, athlètes engagés-un documentaire d’Aurélie Bambuck

Ghislaine Barnay.

         Barnay-Bambuck, athlètes engagés / un documentaire d’Aurélie Bambuck

 

 

C’était il y a un demi-siècle. Mais cela aurait pu être une demi-seconde.

 

Quand il s’agit de jeter nos forces dans une action, une demi seconde, en trop ou en moins, ça peut être pareil qu’un demi siècle.  

 

Le temps, la pesanteur, que l’on soit danseur ou d’ailleurs, nous leur devons toujours des comptes.

 

La France, ex grande puissance coloniale, ne compte plus les victoires et les chronos qu’elle doit sur une piste d’athlétisme aux descendants de ses esclaves et de ses indigènes. Ghislaine Barnay et Roger Bambuck ont fait partie de ceux-là en saut en hauteur et en sprint.

 

 

 

Bambuck participait aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964 et à ceux de Mexico en 1968. Barnay, à ceux de Mexico et de Munich en 1972. On ne parle pas d’Usain Bolt, là. Pas même de Carl Lewis pour celles et ceux qui s’en rappellent. Mais gagner des championnats de France et d’Europe, sauter jusqu’à 1m80 en ventral, courir le 100 mètres en 10 secondes 11 ne se fait pas en  vapotant. Pour cela, il faut détaler. Pousser. Ouvrir en grand les fenêtres de son souffle.

 

Pour cela, il a aussi fallu quitter sa Martinique et sa Guadeloupe natale.

 

 

 

Des jeux de Tokyo, de Mexico et de Munich, j’ai le souvenir de l’Américain Bob Hayes sur 100 mètres. De Bambuck qui finit cinquième sur 100 mètres derrière Jim Hines, le vainqueur. Du poing noir ganté et levé de Tommie Smith, de Lee Evans et John Carlos. Des terroristes palestiniens.

 

Parce-que j’ai lu. Barnay et Bambuck l’ont vécu.

 

Je ne connaissais pas Ghislaine Barnay.

 

Elle et Bambuck, d’abord athlètes individuels, puis couple,  ont concouru sur les pistes dans un monde en pleine décolonisation mais aussi en pleine mutation civique et politique.

 

Il y a l’engagement médiatique façon « poing levé » ou arme à la main. Et l’autre, qui consiste à rester présent là où l’on ne nous attend pas. C’est cet engagement-là, le second, que choisira le couple Barnay-Bambuck et que raconte leur fille, Aurélie, réalisatrice du documentaire.

 

Pour Barnay, ce sera, après sa retraite sportive, son travail d’éducatrice sportive. Pour Bambuck, après plusieurs tâtonnements, cela passera par un engagement en politique dans les années 80.

 

D’après le portrait qui est fait du couple, l’opportunisme ne fait pas partie de sa culture. Ni l’adoration du prestige passé.

 

Cela fait drôle de voir la famille Bambuck assister à la finale du cent mètres masculin aux jeux de Séoul en 1988. Lorsque Ben Johnson, l’astéroïde propulsé sous stéroïdes, sort d’abord le majestueux Carl Lewis de l’écrin de la première place. Je me rappelle de cette finale pour l’avoir regardée à la télé. C’était aussi l’année de « Flo-Jo Griffith », toujours détentrice du record du monde féminin sur 100 mètres, décédée avant que n’ait pu être prouvé son plus que probable dopage. 

 

Le dopage ne se trouve pas non plus sur la planète Barnay-Bambuck. Discrétion, conscience morale et professionnelle ressortent comme les pointes- homologuées- avec lesquelles le couple s’est déplacé sur le tartan de la vie. On ne peut pas dire qu’ils aient toujours été suivis.

 

Avec ce documentaire, Aurélie Bambuck effectue un double tour d’histoire : Celui d’une partie de l’histoire de l’athlétisme français. Celui de l’histoire de ses parents. On peut les voir à l’image s’exprimant de nos jours. Ou entendre Laura Flessel, ancienne championne d’escrime mais aussi ancienne Ministre, expliquer que les Barnay-Bambuck ont pu l’inspirer.

 

 

Peu d’athlètes, même champions et recordmen du monde, bénéficieront d’un tel traitement un demi-siècle après la fin de leur carrière sportive.

 

Franck Unimon, ce samedi 27 mars 2021.

 

 

 

 

 

 

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La Nuit Des Rois-un film de Philippe Lacôte

»Posted by on Mar 25, 2021 in Cinéma | 0 comments

La Nuit Des Rois-un film de Philippe Lacôte

“Roman” ( l’acteur Koné Bakary)

 

                                          La Nuit des Rois/ un film de Philippe Lacôte

 

 

Une fois que l’on aura dit – ou cité- que ce film a à voir avec Shakespeare et un pays d’Afrique noire (ici, la Côte d’Ivoire), il faudra pouvoir ensuite accepter, même sans bien les connaître, que la folie serve ici – comme ailleurs- de filtre et d’intermédiaire entre les deux.

 

Au début du film La Nuit des Rois de Philippe Lacôte, on survole d’abord le poumon vert d’une forêt en Afrique. Après un an de pandémie du Covid, et alors que nous sommes en France dans une période de « reconfinement » et d’impossibilité – sauf pour raisons impérieuses-  de voyage à l’étranger, ces images sont d’abord agréables et dépaysent.

 

Sauf que près de cette forêt, se trouve une prison, la MACA d’Abidjan ( Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan). La prison , surpeuplée, du pays.  C’est là que nous « allons ».  

 

Rappelons que malgré sa croissance économique – qui peut faire penser à un « miracle» avec le développement d’une certaine classe moyenne- quarante pour cent de la population de la  Côte d’Ivoire, aujourd’hui, est pauvre.

 

 “Roman” ( l’acteur Koné Bakary) le héros, à peine adulte, est menotté et transbahuté à l’arrière d’un quatre-quatre. Face au garde armé qui le fixe, il est difficile de s’en remettre à l’espoir en cas de tentative de fuite.

 

Si ce jeune homme faisait partie d’un groupe armé ou de résistance bien entraîné, on pourrait s’attendre à ce qu’une attaque surprise change son trajet. Mais à son air apeuré, on comprend qu’il est vraiment seul et désarmé. Et qu’il n’a rien à voir avec les membres de  L’Armée des ombres  de Melville.  Un destin à la Tahar Rahim dans Un Prophète, alors ?

 

Autant demander à un grillon s’il peut terrasser le vent.

 

A la MACA d’Abidjan, il y a d’abord et surtout….  Barbe Noire, l’acteur Steve Tientcheu (Les Misérables, La Mort de Danton, Qu’un sang impur, Qui Vive….).

 

Barbe Noire ( l’acteur Steve Tientcheu)

 

Barbe Noire, incarcéré parmi les autres, est au dessus d’eux. Mais son règne expire. Malgré toute la chlorophylle environnante, il a du mal à respirer et il lui faut une bouteille d’oxygène à proximité en permanence. Son être peut se situer entre le Caïd de Daredevil et des traits de Marlon Brando dans Apocalypse Now. Mais s’il  compose un danger  repérable, ses mots, eux, en effritent le couperet. Car l’acteur Tientcheu a un peu trop la vulnérabilité du Lennie de Steinbeck.  C’est donc dans une adaptation des Souris et des hommes que je crois qu’il pourrait davantage décoller.

 

Cependant, des souris et des hommes, il y en a dans La nuit des rois de Philippe Lacôte.  Ainsi que des corps et des regards menaçants- plutôt hypnotiques- dont il est difficile de s’extraire :

 

« C’est pas en dansant qu’on a atterri ici ! ».

 

Pourtant, Roman est bien sous l’emprise d’une danse collective. Cette danse sourde, qui soude tous les autres, il ne l’a pas apprise. Car c’est celle de sa mort que tous ont décidée dès qu’il a reçu le titre de…Roman. Celui qui, lors d’une nuit de lune rouge, doit leur raconter une histoire et les étreindre avec.

 

Sa seule chance de survie lui est soufflée discrètement par le personnage… de Silence, le seul blanc du film – interprété par l’acteur Denis Lavant– dont on se demande ce qu’il fait, là.

 

Si tout est possible dans cet univers où les règles peuvent s’inverser ( « La seule prison au monde gouvernée par les détenus »), le blanc reste un souvenir colonial. Or, ici, il devient l’équivalent de l’ange gardien. Et son personnage est trop peu développé pour que l’on comprenne pourquoi il reste à part dans cette prison avec son coq ou son poulet sur son épaule où il va et vient tranquillement sans être inquiété. A moins que son personnage ne soit en fait “rêvé” par Roman ou le résultat d’une vision….

 

Il faut du souffle et du courage à Roman pour trouver quoi dire à tous ces hommes plus âpres et plus âgés que lui. Mais il n’a pas l’érudition ou le lyrisme du Ray-Joshua du film Slam de Sam Levin.

 

Si son histoire est la même que tous ses « guetteurs »,  qui connaissent aussi bien que lui le « quartier sans loi »,  il est par contre encore innocent. C’est d’ailleurs aussi pour ça que Barbe Noire, le premier, le condamne dès son arrivée :

 

« On ne change pas les sentiments. C’est ce qu’on ressent qui est réel…même si c’est injuste ».

 

Réplique de la vie politique récente du pays avec l’évocation de l’arrestation de l’ancien Président Laurent Gbagbo, cette Nuit des rois a aussi son cortège de prénoms distributeurs d’indices mais aussi de sortilèges :

 

Nivaquine ( L’acteur Issaka Sawadogo)

 

Nivaquine (l’acteur Issaka Sawadogo) fait penser à la nécessité d’un traitement pour contrer les convulsions d’un pays en perdition. On découvrira que le traitement est limité et sanglant.

 

Demi Fou (l’acteur Digbeu Jean Cyrille) et Lass (Abdoul Karim Konaté) en opposants politiques cherchant à succéder à Barbe Noire font bien penser à des dirigeants politiques qui préfèrent l’usage des forces ( tant mystiques que physiques) à celui de la raison.

 

 

La nuit des Rois de Philippe Lacôte est un monde à suivre et à voir. Il sortira au cinéma dès que ce sera possible au printemps ou en été 2021.

 

Franck Unimon, ce jeudi 25 mars 2021.

 

 

 

 

 

 

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Un déménagement de 22 ans

»Posted by on Mar 23, 2021 in Corona Circus, self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Un déménagement de 22 ans

 

Un déménagement de 22 ans :

En 1999, il y a 22 ans, j’aidais Vassili, un ancien collègue, à emménager dans son nouvel appartement à Asnières.  Nous devions être quatre ou cinq.

 

Nous nous étions finalement retrouvés tous les deux, lui et moi, à transporter ses meubles depuis son appartement d’Auvers sur Oise jusqu’à son nouvel appartement à Asnières sur Seine. Près de la gare de Bécon les Bruyères. Un appartement de 60 mètres carrés ou un peu plus dans un immeuble ancien des années 30.

 

A cette époque, j’étais encore locataire. Et je n’avais encore jamais été « propriétaire » moi-même de mon propre appartement…moyennant un crédit immobilier de plusieurs années. Il m’avait fallu du temps pour accepter de changer de mentalité :

 

Pour passer de locataire où je payais un loyer mensuel. A l’idée d’un crédit immobilier que j’allais m’engager  à rembourser tous les mois pendant plus de quinze ans. Car j’avais bénéficié, pour partie, d’un prêt à taux zéro. Ce qui était une nouveauté à l’époque, pour inciter à acheter.

 

 

Je connaissais des collègues, souvent en couple avec enfants, qui avaient « acheté » leur maison depuis plusieurs années. Leur exemple et les encouragements de certains d’entre eux avaient fini par me convaincre que c’était une bonne décision, pour moi, à mon tour, bien qu’encore célibataire, « d’acheter » et de devenir propriétaire, même d’une petite surface.

 

En 1999, j’aurais été incapable d’acheter cet appartement que  venait d’acquérir Vassili. Plus âgé que moi d’environ dix années, Vassili avait aussi économisé. Vassili n’est pas du genre « coquet ». Il fait peu de dépenses. Moins que moi. Je crois aussi qu’il avait perçu un peu d’héritage. Son appartement me faisait envie pour sa surface, sa localisation et sa proximité avec Paris. Mais je crois n’avoir jamais eu les moyens de m’en acheter un pareil. A l’époque, je crois qu’il l’avait acheté – moyennant un apport financier et un crédit immobilier-  550 000 francs. A l’époque, ma capacité d’emprunt maximale était de 430 000 francs sur vingt ans. Je m’en étais tenu à un prêt de 350 000 francs pour l’appartement que j’allais acheter ensuite sur plan. Un 23 mètres carrés.  

 

J’aurais sûrement « dû » prendre une surface plus petite que son appartement en cherchant dans l’ancien comme lui. Mais, à l’époque, j’avais besoin d’acheter dans du neuf. Cela me rassurait. J’avais sûrement besoin, aussi, de rester près de ma famille à Cergy-Pontoise :

 

De ma mère, de ma sœur et de mon frère au moins. Ma sœur avait alors 22 ans et commençait à peine à travailler pour gagner sa vie. Notre frère, lycéen, avait 17 ans. Bientôt, à la demande de notre mère, j’allais finalement accepter de renoncer à ma vie de célibataire et de locataire. Afin de permettre à ma sœur et à mon frère de vivre avec moi dans un F3 que nous allions louer et obtenir de la mairie de Cergy-StChristophe en moins de trois mois. Ce qui serait impossible aujourd’hui en 2021 où toute demande de location prend facilement deux à trois ans voire plus, je crois, avant d’obtenir une réponse ou d’être satisfaite.

 

 

Enfin. En 1999, Vassili et moi en avions chié pour son déménagement. Sortir ses meubles de son appartement d’Auvers sur Oise avait été simple :

 

C’était au rez de chaussée.

 

Les monter dans son nouvel appartement avait été plus épuisant :

 

C’était au quatrième étage sans ascenseur.

 

Vers la fin,  alors que nous avions monté une bonne partie des meubles, cela en devenait comique, Vassili décrétait que tout nouveau meuble qui restait allait finir sa marche :

 

«  A la cave ! ».

 

 

J’étais sous le coup d’une rupture amoureuse. Cette rupture amoureuse m’avait donné suffisamment de motivation pour ces travaux de « force ». Mais, malgré elle, à la fin, j’avais approuvé ces décisions de fourguer ce qui restait des meubles…à la cave !

 

Après que nous ayons eus terminés, Vassili m’avait dit :

 

« Je te remercie infiniment ». Il avait aussi parlé d’une « reconnaissance éternelle ». Ces propos m’avaient un peu étonné.

 

Mais il est vrai que, même si par la suite, lui et moi nous sommes modérément revus ou appelés, notre relation est restée. Et, chaque fois que je l’ai sollicité par la suite pour un de mes déménagements, il a toujours été présent.

 

Depuis 1999, notre monde et nos vies ont plus que changé.

 

Prince et Michaël Jackson sont morts. Le Rap et internet ont essaimé.  Les réseaux sociaux, les sites de rencontres type Tinder, Tok Tok ( Tik Tok ? ), Twitter, Snapchat, Instagram et autres aussi.

 

Le Ghosting s’est normalisé au même titre que la marchandisation des rapports humains.

 

On parle des mouvements Me#too et de Balance ton porc.

 

La numéro 2 de Facebook, une Américaine, Sheryl Sandberg,  proclame :

 

« Le monde irait mieux avec les femmes aux commandes ». Mais aussi :

« Les pays gouvernés par des femmes ont eu les taux de mortalité dus au coronavirus les plus bas » (page 11 du journal « gratuit » Vingt minutes du lundi 22 mars 2021). « (….) Lorsque les hommes réussissent, les gens attribuent cela à leurs compétences. Lorsqu’une femme réussit, on attribue cela à la chance et au travail (….) ».

 

 

Toute personne qui a du succès ou une certaine réussite sociale, femme ou homme, blanche ou noire, le doit souvent, à mon avis, en plus de ses compétences, à la chance et au travail.

 

Chance d’être « arrivé » au bon moment, au bon endroit. « Chance » d’avoir rencontré les bonnes personnes au bon moment. A la place, d’autres, tout autant « compétentes » et « travailleuses » ont plutôt la malchance de rencontrer leur « fossoyeur », leur futur proxénète, leur exploiteur ou la mauvaise substance qui va les liquider.

 

Mais peu importe que ce que raconte Sheryl Sandberg puisse manquer de nuance ou occulter les travers de la firme puissante (Facebook) qu’elle représente. Comme toute personne qui a réussi (femme ou homme, de couleur blanche ou autre) ses paroles, du fait, de son « succès » auront toujours plus d’éclat et plus de légitimité que ceux de la personne lambda.

 

Même si Sheryl Sandberg – comme toute personne publique ayant réussi- raconte n’importe quoi. Cela me rappelle ces propos d’un joueur de Foot qui, après avoir rencontré Lilian Thuram, avait dit un jour à son propos :

 

« C’est un Monsieur ! ». 

 

Là encore, peu importe d’être d’accord avec les positions de Lilian Thuram à propos du racisme, ou d’autre sujets. Puisque son très bon palmarès- récent et encore dans les mémoires– de Footballeur professionnel lui attribuait une aura immédiate. Sauf que si  Lilian Thuram avait eu les mêmes idées en n’ayant qu’un CV de Footballeur de quatorzième division, le même footballeur professionnel, en le rencontrant, l’aurait sans doute à peine considéré.

 

 

Nous sommes nombreux à avoir ce genre d’attitude. Nous sommes souvent ébahis devant telle personne parce qu’elle a accompli ce que nous aimerions accomplir ou que peu ont accompli. Ce faisant, nous oublions qu’à notre niveau, nous réalisons l’impossible bien plus souvent que nous ne le croyons. Sauf que ce n’est pas médiatisé. Et que nous avons le tort, aussi, de l’oublier ou d’estimer que cela a bien moins de valeur que les actions de toutes ces « grandes personnes » surmédiatisées – souvent très bien entourées– que nous regardons. Parce-que, contrairement à elles, nous ne sommes pas le numéro un ou le numéro deux d’une émission de télé, d’une grande entreprise, d’un média réputé ou d’une équipe de Foot prestigieuse.

 

 

 

Lorsque hier matin, je me suis préparé pour aller donner un coup de main à Vassili pour ce déménagement, j’ai eu un moment de doute. Je me suis demandé pourquoi, à nouveau, j’allais me retrouver dans une situation où nous allions être si peu pour ce déménagement : Même la chaine TF1 serait absente.

En plus, la veille, j’avais commencé à avoir mal au genou au point de me demander si j’allais pouvoir être en capacité d’y participer. J’aime participer à des déménagements. Mais vingt deux ans étaient passés.

 

Pendant le déménagement, j’ai aussi connu quelques moments de flottement devant l’organisation un peu « empirique » de mon ami Vassili. Lorsqu’arrivés devant la porte du garage donnant accès au double box où nous allions entreposer ses meubles, lui-même ignorait si le camion allait « passer ». Il a aussi exposé quelques limites lorsqu’il s’agissait de piloter le dit-camion. 

 

Le camion ne pouvait pas passer. Et entrer dans le garage. Heureusement que nous avons pris le temps de vérifier tous ensemble au préalable.

 

J’ai un peu entrevu le moment où ce déménagement supposé être « light » pouvait se transformer en épopée ou en sinistre. Ou en supplice de longue durée.

 

Finalement, cela s’est bien passé. Il a fallu un peu guider notre ami de temps à autre pour bien diriger le camion. Ainsi que dans les escaliers de l’immeuble en descendant un ou deux meubles volumineux assez lourds. Ou lui rappeler, en pleine pandémie du Covid, la nécessité de porter un masque voire lui en donner un alors que nous nous retrouvions à trois, côte à côte, dans le même camion.

 

Cependant, vingt deux ans plus tard,  à nouveau, tout s’est bien déroulé.

 

Ce déménagement m’a permis de rencontrer une personne qui s’avère être scénariste de documentaires, être allé plusieurs fois en Afrique et dont la compagne est monteuse. Soit une personne que je suis en principe appelé à revoir.

 

 

Et, à la fin, notre ami Vassili, nous a  pleinement exprimé sa reconnaissance. Alors que nous n’attendions rien de particulier de lui à ce moment-là, je crois, l’autre ami et moi.

 

Il m’a semblé que tous les vaccins contre le Covid, et tout ce fatras de certitudes que nous pouvons avoir sur bien des sujets ne valaient alors pas grand chose en comparaison avec ces remerciements de Vassili, cet engagement commun de nos corps pour réaliser ce déménagement, et la concrétisation ou la confirmation de cette amitié. 

 

Sans doute parce-que je suis vieux jeu, has been mais aussi un loser. Car ce n’est certainement pas en m’y prenant comme ça que je passerai à la télé ou deviendrai numéro deux d’un grand média ou d’une grande entreprise.

 

 

Franck Unimon, ce mardi 23 mars 2021.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rété Simp

»Posted by on Mar 21, 2021 in Musique, self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Rété Simp

 

                                                                Rété Simp

Ce fut le titre que je n’ai pas cité le 16 mars. Lorsque j’ai marché jusqu’au viaduc où, ce 8 mars 2021, la jeune Alisha Khalid a été battue par deux de ses camarades puis « déchargée » dans la Seine. Où son affaiblissement – du à ses blessures-  ajouté à l’hypothermie, l’impuissance et le désespoir sans doute lui ont enlevé sa vie par noyade.

 

Rété Simp ( « Reste simple »/ “Reste modeste”/ “arrête de te la péter” en créole guadeloupéen mais aussi martiniquais) est un titre de zouk de l’artiste Jean-Michel Rotin qui date des années 90 ou peut-être du début des années 2000. Il faisait alors partie du groupe Energy. Il est le deuxième en partant de la gauche sur la photo. 

 

Je n’avais pas envie de zouker quand j’ai écritMarche jusqu’au viaduc . C’est sûrement pour cela que j’ai alors « oublié » de citer Rété Simp.

 

Pourtant, ce titre, je l’avais aussi « entendu » alors que je me rapprochais du viaduc sous la A 15. Mais d’autres émotions avaient enserré le dessus de mes pensées. Des émotions que plusieurs personnes – qui ont lu l’article- m’ont aussi exprimé que ce soit par un mot sur ma page Facebook, un « signe » ou un sms.

 

Avant hier, particulièrement, j’ai passé quelques moments difficiles émotionnellement à « repenser » de près ou de loin, au meurtre d’Alisha. Il arrive aussi que depuis le train que je prends pour aller au travail, j’aperçoive au loin, furtivement, le viaduc sous lequel cela s’est passé.

 

Au vu de ma sensibilité « augmentée », je me suis demandé si j’étais proche d’un « ressenti traumatique». Mais je crois être  « simplement » névrosé. Et touché par ce qui est arrivé.

 

Les images que « j’ai »

 

 

Moi, le cinéphile, je n’ai pas revu beaucoup de films depuis quelques mois. Mais cela a plus à voir avec le contexte Covid qui a remixé nos existences- et en partie nos consciences- depuis un an, maintenant.

 

Le « nouveau » reconfinement depuis un ou deux jours, à mon avis, m’affecte nettement moins que le tout premier de l’année dernière également au mois de mars. L’année dernière, à la même date, comme la plupart, je me faisais tabasser par l’atmosphère de fin du monde qui menaçait de m’encorner pratiquement à n’importe quel moment avec la puissance du phacochère. Une époque où les masques anti-Covid étaient une denrée rare ou vite épuisée. Et où on se rendait au travail en franchissant les « tranchées » de rues vides la gueule offerte faute de masques. Lesquels ont commencé par être parachutés par milliers dans les supermarchés à partir du début du mois de Mai. J’avais réalisé quelques diaporamas ( Panorama 18 mars-19 avril 2020 )de cette « période » alors étrange et hors norme, aujourd’hui, assez banalisée : aujourd’hui tout le monde a un masque anti-Covid sur lui voire plusieurs de rechange. Et ne pas en porter est un délit. Sauf si l’on fait son footing ou que l’on se déplace à vélo. Ou que l’on est seul en voiture. Ou en famille.

 

Paris, Place de la Concorde, en allant au travail, ce vendredi ou ce samedi matin.

 

 

Ce Mercredi, avant ce nouveau « reconfinement » déclaré,  je suis donc allé faire provision de nouveaux blu-ray dans un des magasins où je « m’alimente » près du centre Georges Pompidou. Ce ravitaillement n’a rien à voir avec le nouveau confinement alors encore hypothétique. J’étais alors dans le coin et cela faisait plusieurs mois que je n’étais pas allé dans ce magasin où l’on peut trouver des Blu-Ray et des dvds neufs en promotion.

 

Les images que j’ai, ces derniers jours, sont principalement faites de ces moments que je vis au quotidien avec mes proches ou d’autres, au travail ou ailleurs. Mais aussi de ces photos que je prends et dont j’ai commencé à parler dans la nouvelle rubrique Vélo Taffe Vélo Taffe : une histoire de goudron). C’est peut-être le monde tel que j’aspire encore à le voir.

 

Il y a peu de livres, aussi, qui m’apportent des images en ce moment. Ainsi, je n’ai pas réussi à terminer Verre cassé d’Alain Mabanckou, livre que j’avais pourtant commencé à lire il y a bientôt deux mois. Alors qu’il me reste seulement trente pages à lire et que je l’ai aimé par endroits. Mais je reste un assidu du Canard Enchaîné  et du Télérama que je parcours par « strates ». Et du journal gratuit quand je tombe dessus.

 

Plusieurs fois par semaine, aussi, depuis plusieurs semaines, j’écoute des podcasts. Pour cela, je peux remercier la technique de plus en plus performante en matière de stockage et de téléchargement de nos smartphones que nous payons si chers. Même si les conditions d’extractions des minerais nécessaires à la construction de nos « doudous-portables » en font aussi l’équivalent de doudous de sang. Surtout en en changeant au bout de quelques mois ou chaque année.  

 

Enfin, grâce à un podcast consacré au photographe «  de guerre » Patrick Chauvel -que je ne connaissais pas- je vais peut-être recommencer à lire. Car il a écrit :

 

Rapporteur de guerre, Sky et un autre livre que j’ai réussi à trouver d’occasion sur le net.

 

 

« Tu veux être bon,  va où est le carnage » :

 

Le Maitre d’Arts martiaux Kacem Zoughari a cité cette phrase – en Japonais- d’un de ses anciens Maitres japonais.

 

J’avais cité cette phrase lors de mon pot de départ pendant mon discours il y a un peu plus de deux mois maintenant dans mon précédent service :

 

«  Tu veux être bon, va où est le carnage ».

 

 

 Après l’article Marche jusqu’au viaduc, je peux maintenant m’apercevoir un peu plus à quel point j’étais raccord avec cette phrase. Et ce n’est peut-être que le début.

 

Je n’ai jamais aimé le mois de  Mars. Pourtant, le mois de Mars, si je réfléchis maintenant, c’est bien le mois ou le Dieu de la guerre.

 

Lorsque ce mois de mars a commencé cette année, je me suis dit qu’il allait passer vite compte-tenu de mes divers projets. Et c’est vrai. Même si je ne m’attendais pas à certains événements dans ma ville et dans ma vie comme la mort de la jeune Alisha que je ne connaissais pas.

 

 Aujourd’hui, nous sommes déja le premier jour du printemps, le 21 mars 2021.

 

Reste simple :

 

Jean-Michel Rotin, un temps surnommé «  le Michaël Jackson » du Zouk, est beaucoup moins connu que le groupe Kassav’ ou le « fameux »…..Francky Vincent. Mais il a apporté une nouveauté en mélangeant la « r’n’b » et le « Rap » avec le zouk dans les années 90. Kassav’ avait frappé plusieurs fois à coups de maillet à partir du milieu des années 80 sur la production musicale antillaise mais aussi mondiale. Scellant l’envolée du Zouk. En Afrique, en Amérique du sud et jusqu’au aux Etats-Unis où un Miles Davis, « un peu » condescendant, avait pu faire la « leçon » à un journaliste :

«  Cette musique, ça s’appelle le Zouk. Kassav’, vous connaissez ? ».

 

Dans les années 90, sans atteindre l’envergure internationale de Kassav’, Rotin était apparu avec son style qui le démarquait d’autres artistes de zouk qui rejouaient la « formule » Zouk sans trop de particularités.

 

Aujourd’hui, Jean-Michel Rotin fait partie des « vieux » artistes ( les années 90-2000, c’est « loin ») et je ne sais pas si on peut encore le trouver novateur. Mais, à une époque, certains artistes de zouk bonifiaient leur musique lorsque Rotin se retrouvait impliqué à  la partition ou dans la production.

 

Il y a quelques mois, j’ai trouvé une interview  de lui. Elle date de plusieurs années, avant la pandémie du Covid. Dans cette interview, il exprimait une certaine amertume envers l’industrie du disque. Il estimait s’être fait arnaquer au moins économiquement du fait de sa « naïveté » et de son « ignorance » lors de sa période fastueuse. Il faisait aussi part de cette période où sa principale activité, comme l’artiste Prince (qu’il cite) était de créer un titre par jour. Mais aussi qu’on lui aurait « dit » qu’il allait « trop loin » dans sa recherche musicale. Cela aurait eu pour effet de brider sa production musicale. D’autant qu’il avait pu lui être reproché d’avoir « dénaturé » le Zouk. Je suis sûr que d’autres personnes –artistes ou non- ailleurs dans le monde pourraient retrouver une partie de leur vie dans ce témoignage. L’artiste Cédric Myton de l’ancien groupe de Reggae Congo ne raconte pas autre chose que Jean-Michel Rotin dans le documentaire Inna De Yard : The Soul of Jamaica réalisé en 2018-2019 par Peter Webber

 

Quoiqu’il en soit, aujourd’hui, Rotin a son public. Et ce public comporte plusieurs générations.

 

Jean-Michel Rotin a d’autres titres bien plus connus que Rété Simp : Lé Ou Lov’ , par exemple, a été un de ses premiers gros tubes. Ou Adié An Nou.  Il y a pu aussi y avoir le titre Stop qui, dans sa version studio, m’avait moyennement plu, mais qui sur scène prenait toute sa force. Plus récemment, même si ça date de plusieurs années maintenant, sa reprise du titre Begui Begui Bang avait bien marché à ce que j’avais compris. Et il a fait d’autres tubes.

 

 

 

Un ou une compatriote « opiniâtro- Rotinophile » me reprochera sûrement d’avoir omis une quantité astronomique des tubes produits par Jean-Michel Rotin. Et me fera sûrement remarquer qu’une sérieuse formation de remise à niveau s’impose de manière urgente- et critique- pour moi.

 

Mais ma priorité, ici, est de parler de Jean-Michel Rotin et de contribuer, selon mes moyens, à le faire connaître un petit peu plus. Je rappelle qu’en France, comme d’autres artistes antillais, Rotin reste bien moins connu que Francky Vincent.

 

Francky Vincent a aussi œuvré pour la musique antillaise et est loin d’être le grand « niais » ou l’animateur « pour virées tropicales » façon Club Med qu’il a l’air d’être pour certains amies  et amis « métros ». Francky Vincent a aussi pu composer des titres engagés sur la société antillaise. Mais, même si je suis très loin d’être à jour, il  y a d’autres artistes qui « comptent » en dehors de Francky Vincent et de Kassav’ lorsque l’on parle de Zouk aux Antilles. Jeunes et moins jeunes. Comme le groupe Akiyo dont Kassav’ a utilisé un des titres pour l’ouverture de ses concerts il y a deux ou trois ans. A la fête de l’Humanité par exemple : 

Kassav’  et Quelques photos de la fête de l’Huma 2019 

 

Cependant, pour reparler de Jean-Michel Rotin, je trouve que le titre Mwen Ni To reste sous-estimé. Mais je n’étais pas « au pays » à sa sortie pour pouvoir être péremptoire.

 

Les clips des chanteurs et chanteuses de Zouk peuvent apparaître très kitsch, clichés ou ridicules. Plusieurs révolutions de la pellicule sont sans doute nécessaires.

 

Toutefois, il faut alors se rappeler que le but du Zouk n’est pas de rivaliser avec le cinéma d’un Wong-Kar-Wai ou d’un Lars Von Trier. Ni de se préparer à effectuer des études de philo ou de sociologie à la fac en réfléchissant à la pensée d’un Cioran ou d’un Durkheim. Mais d’abord de trouver et de donner de la force et du plaisir pour vivre et être ensemble malgré la dureté de la vie.  Et, cela part du corps et du bassin. Ce que le groupe Kassav’énonce dans son titre Zouk La Sé Sel Médikaman Nou Ni, un de ses nombreux tubes. Mais aussi au moins…. le réalisateur Quentin Dupieux alias Mr Oizo à travers Duke le flic ripoux- et mélomane- de son film Wrong Cops que l’on put d’abord voir dans une version court-métrage ( 2012-2013). Film dans lequel on peut voir le chanteur Marilyn Manson hilarant dans son rôle de David Dolores Frank.

 

Le titre Zouk La Sé Sel Médikaman Nou Ni est peut-être moins connu – pour certains « jeunes » et moins jeunes- que le Djadja d’Aya Nakamura. Mais c’est néanmoins un tube mondial. Et presque aussi intergénérationnel que le Sex Machine de James Brown lâché dans les oreilles….en 1966. Si je ne me trompe pas.  

 

Enfin, rappelons que Jocelyn Béroard, une des meneuses du groupe Kassav’, faisait partie des chœurs lors de l’enregistrement du titre Rété Simp de Jean-Michel Rotin.

Un Art suprême :

 

 

John Coltrane a composé entre autres le titre A Love Supreme.

 

 

Pour moi, la musique fait partie des Arts suprêmes. Avant et devant le cinéma. Si les images nous parlent, la musique, elle, est l’étincelle qui peut nous déclencher avec très peu. Qu’un titre ait deux jours, cinq mois ou cinquante ans, si le cuivre dont est fait son rythme, son horizon ou son poids, sont calibrés pour nous, ils peuvent nous suivre jusqu’à la mort. Ou semblent nous avoir toujours attendus.

 

Parfois, ce même titre parlera aussi à d’autres. Parfois, pas. Mais ça ne changera rien pour nous. Il fera toujours partie de notre appareil vestibulaire et de notre vestiaire. Il sera toujours à notre adresse.

 

Bien-sûr, tous les arts comptent. Mais un monde sans musiques….

 

La musique que l’on aime écouter brûle l’horreur. Elle nous aide à la soutenir, à la convertir et à la contourner. Bob Marley a pu chanter :

 

« Hit me with Music ! ». Il n’a pas chanté : « Frappez-moi avec des mathématiques ! ». Ou « Frappez-moi avec les concepts spécifiques à la Phénoménologie ! ». Même si ces disciplines ont bien-sûr leur rôle à jouer.

 

La musique peut nous aider à nous redresser. Elle nous entraîne afin de continuer- à vivre- même lorsque l’horreur et la tristesse nous passent et nous repassent dessus.

 

 

Pour moi, le rire est pareil. C’est aussi notre révolution : on ne passe pas notre temps qu’à subir et à se réduire. On réagit, aussi. On crée son Big Bang. On anticipe.

 

Cela ne fait pas de nous des Dieux, des super-héros ou des super puissances. Mais on existe. On apprend à supporter notre matière et les tourments qui peuvent aller avec.

 

Le rire et la musique nous donnent le droit d’exister. Ce droit n’est pas donné à tout le monde. Il y a des personnes qui en sont privées. Et d’autres qui s’en détournent.

 

Ce dimanche 21 mars 2021, je ne vais pas me priver.

 

Depuis quelques jours, je « découvre » Georges Brassens. Jusqu’à maintenant, je n’aimais ni sa voix ni son rythme. Mais, il y a quelques jours, par le titre Je me suis fait tout petit, je crois avoir trouvé une entrée, mon entrée, dans son œuvre. Là où des alpinistes vont trouver une-nouvelle- voie pour escalader une montagne.

 

 

 

Il faut quelques fois un titre pour trouver son propre passage vers un artiste. Comme il faut quelques fois son moment particulier pour trouver son passage vers quelqu’un ou vers une nouvelle discipline.

 

Ensuite, chef d’œuvre, raté, meurtre, ou massacre, le résultat dépend de la co-composition – ou co-création- des uns et des autres.

 

De ce que l’on est capable de détecter et de fabriquer. Des ressources que l’on peut –accepter- trouver chez d’autres. Ou leur apporter.

 

Après  Brassens, il y aura le titre Hear my Train A Comin’ de Jimi Hendrix car, pour moi, c’est l’un des meilleurs alliés du titre de John Lee Hooker Oh, Come back, Baby, Please Don’t Go… One More Time.

 

( il existe différentes versions souvent plus étendues du titre ” Hear My Train A Coming”).

 

 

 

Une autre fois, je parlerai peut-être de Dub,  de Maloya ou de Miles (Davis).

Paris, ce vendredi 19 mars ou samedi 20 mars 2021, le matin.

 

 

Franck Unimon, dimanche 21 mars 2021.

 

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Vélo Taffe : une histoire de goudron

»Posted by on Mar 18, 2021 in Corona Circus, Vélo Taffe | 0 comments

Vélo Taffe : une histoire de goudron

Place de la Concorde, Paris, Février 2021.

 

                                            Vélo Taffe : une histoire de goudron

A chaque coup de pédale, je prends le pouls du macadam. Je m’écarte de l’écrou des tumeurs que sont les correspondances du métro.  Des cycles de « Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée ». (cf.  Une ligne 14 à bloc ! )

 

Pour fuir cette mauvaise fumée et ces rimes qui puent des pieds, cela fait un peu plus d’un mois maintenant que je me rends à vélo au travail.

 

 

 Quelques uns de mes critères pour le choix d’un vélo :

 

Depuis des années – bien avant la pandémie du Covid et premier confinement de l’année dernière qui a stimulé l’usage du vélo – je lorgnais sur le vélo pliant.

 

Je possède le même VTT plutôt léger depuis plus de vingt ans. Je suis déjà allé au travail avec lui depuis chez moi. Mais son inconvénient est que je dois le laisser dans un local fermé à dix minutes à pied de chez moi. Par manque de place à la maison.

Même s’il a vieilli et qu’il ne s’agit ni d’un vélo de luxe ou de compétition, je refuse de l’attacher dehors et de prendre le risque de me le faire voler.

 

L’avantage du vélo pliant est de pouvoir se ranger facilement chez soi. Mais aussi de pouvoir être amené à peu près partout avec autant d’aisance. En plus, en se renseignant un peu, on apprend qu’un vélo pliant peut être aussi rapide qu’un « vrai » vélo :

 

Un vélo de plus grande taille, avec braquets et plusieurs vitesses.

 

A condition de bien choisir son vélo pliant. Bien-sûr, il existe des premiers prix à 150 ou 200 euros mais j’ai facilement accepté le conseil d’éviter ces premiers prix. Il y a ce que j’appelle les « fausses économies» :

 

On prend un article le moins cher possible en pensant que cela ne vaut pas le coût. Et, finalement, en pratique, on le paie plus cher à mesure des ennuis  mécaniques ou autres. Sauf que, là, personne ne vous dira  « Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée » pendant que vous regarderez passer les autres cyclistes bien heureux de continuer de rouler tout en vous ignorant ou, au mieux, en vous offrant un air désolé.

 

 

Il y a donc un minimum à mettre dans un vélo, pliant ou non, afin de se garantir une bonne durée de vie. Il y a plus de vingt ans, j’avais décidé de mettre 3000 francs dans mon VTT. Je m’étais renseigné auparavant sur la qualité des pièces de la marque Shimano qui constituaient le vélo. C’était une somme assez importante même pour l’époque. Mais je pouvais alors me le permettre. Et, aujourd’hui, plus de vingt ans plus tard, je peux témoigner du fait que je n’ai pas eu de mauvaise surprise ou de regret concernant cet effort financier.

 

Je me suis surtout servi de mon VTT pour des parcours que l’on réserve aux VTC  ou aux vélos de course. Je suis un vététiste du dimanche. Mais je voulais un vélo solide qui puisse aller partout si j’en avais le besoin. Et puis, je considère le vélo comme l’une des meilleures inventions mécaniques de l’être humain. Aussi, je crois qu’il faut savoir mettre le prix lorsque l’on s’achète un vélo.

 

Il y a encore des gens qui gardent leur vélo toute leur vie et qui le transmettent à leurs enfants. Pour moi, ce genre de bien a une valeur particulière en plus d’avoir un usage pratique évident. Je m’en rends bien compte lorsque je croise de temps en temps, celles et ceux qui partent fourailler dans les poubelles récupérant ce dont d’autres se débarrassent. Ces « fourailleurs » sont souvent à vélo. Car c’est plus pratique pour se déplacer sur des kilomètres et pour transporter des objets en faisant le moins d’efforts possibles.

 

 

 

La marque Brompton :

 

 

 La marque Brompton est actuellement, et depuis des années, la Rolls du vélo pliant. La première fois que j’avais croisé un Brompton, c’était au quartier de la Défense, au centre commercial Les Quatre Temps il  y a plusieurs années. C’était dans un magasin de bricolage. Le vélo se trouvait avec son propriétaire. Celui-ci m’avait répondu en être content.

 

Le vélo m’était apparu beau. Il m’avait donné envie. Mais, à l’époque, je n’avais pas de besoin particulier de vélo pliant. Je n’ai aucune idée ou aucun souvenir de son prix. Par contre, aujourd’hui, le prix d’un Brompton est exorbitant. Je veux bien mettre de l’argent dans un vélo mais, psychologiquement, et financièrement, j’ai des limites.

Le premier prix pour un Brompton dépasse les 1200 euros. Ensuite, il y a tout un tas d’autres critères à prendre en compte :

 

Le nombre de vitesses, le poids etc….

 

Il m’a été conseillé de prendre un vélo pliant qui dispose au moins de six vitesses. Quant à la taille des roues, je crois que l’on m’avait recommandé un diamètre de 26 pouces.

Mais lorsque l’on se trouve sur un site qui vous présente les vélos Brompton, vous avez un certain nombre de modèles sauf que le prix, lui, reste de plus en plus agressif pour votre compte en banque.

 

J’achèterai peut-être un Brompton, un jour, pour me faire plaisir d’autant que pour en avoir croisé quelques uns sur la route, les Brompton me semblent pourvus de spécificités qui les rendent particulièrement aérodynamiques et performants. Sans forcer. Mais, pour l’instant, c’est trop cher pour moi.

 

La marque Tern :

Moins connue que Brompton, assez confidentielle, cette marque semble offrir des gages de fiabilité mais aussi d’accessibilité financière plus facile par rapport à la marque Brompton. Mais son premier prix se situe aux alentours de 800 euros si j’ai bien retenu. A nouveau, je veux bien mettre de l’argent dans cette technique de pointe qu’est le vélo pliant, mais j’ai pour l’instant du mal à allonger 800 euros dans un vélo pliant qui, pour moi, reste un vélo miniature. Même si j’ai pu apprendre qu’un « vélo pliant peut être aussi rapide qu’un vélo normal…. ».

 

Pour choisir son vélo, on peut aussi le faire selon des canons esthétiques. Pour ma part, je trouve qu’esthétiquement, il y a aussi des beaux vélos dans la marque Tern. Pour faire un jeu de mot très facile: les vélos Tern sont loin d’être ternes.

 

Mais le premier prix est à 800 euros ensuite ça grimpe assez haut, aussi.

 

La Marque Moma :

Je n’ai rien lu de particulier sur cette marque. Mais d’après ses prix, je trouve cette marque sur la ligne des prix pratiqués par la chaine Décathlon. Je parle de cette marque parce-que j’en ai croisé quelques uns et que leurs propriétaires en semblaient satisfaits. Le vélo était assez passe-partout et jouait son rôle de vélo pliant.

 

 

Mon attirail :

 

J’ai opté pour ce qui est actuellement le vélo pliant le plus haut de gamme chez Décathlon : Le B’Twin Tilt 900 qui coûte 499 euros et un petit peu plus si l’on prend la formule crédit pour l’acheter. En trois ou quatre fois. Ce que j’ai fait.

 

Pourquoi ce modèle ?

 

Tout d’abord, j’avais et ai un a priori défavorable sur la marque B’Twin de Décathlon. Même si je veux bien croire que la chaine Décathlon fasse des recherches pour améliorer ses produits et les amener au prix le plus accessible en fonction des possibilités de sa clientèle, pour moi, Décathlon  reste connoté comme une sorte de TATI  des articles de sport. Même si j’ai pu acheter bien des articles de sport à Décathlon et en ai été plutôt satisfait.

 

Mais il y a un déficit d’image ou d’éducation  de ma part envers la marque Décathlon:

 

Pour moi, un vélo Décathlon est de qualité moyenne. Peut-être parce-que Décathlon reste une chaine de grande surface et, qu’en tant que telle, je crois qu’elle ne peut offrir qu’un conseil bas de gamme puisqu’elle privilégie les gros volumes lorsqu’elle vend des produits. Et vu qu’ils sont à un prix courant ou « facile », ce n’est pas grave, si, à un moment ou à un autre, l’article que l’on a acheté « chez » Décathlon nous lâche. Il suffit d’aller en racheter un autre à un prix tout autant abordable que le premier.

 

Par ailleurs, des avis que j’ai pu lire sur le B’Twin Tilt 900 sur le net étaient très critiques. Même si, ensuite, des avis relativisaient expliquant que, depuis, Décathlon avait rectifié ce qui n’allait pas. Mais sans communiquer à ce sujet.

 

 

C’est après avoir vu le film  Maudit !- un film d’Emmanuel Parraud d’Emmanuel Parraud en projection de presse que je me suis décidé à aller commander mon vélo pliant. C’était pendant les vacances scolaires du mois de février.

 

Dix jours plus tard, je recevais un mail ou un sms m’informant de son arrivée dans le magasin où je l’avais commandé.

 

J’ai opté pour le B’Twin Tilt 900 car 500 euros était le maximum que je pouvais accepter de mettre, psychologiquement, dans l’acquisition d’un vélo pliant. Et je me suis dit qu’en prenant le haut de gamme actuel de Décathlon, je pourrais me faire une idée assez juste de ce que peut offrir un vélo pliant à peu près convenable.

 

 

Qu’a mon vélo pliant de convenable ?

 

 

Son poids, par exemple : 12, 2 kgs. Certains vélos pliants font 14 kgs. D’autres peuvent ne faire que 8 kgs mais ils sont nettement plus chers que le mien. J’ai oublié le poids de mon VTT. Mais 12,2 kgs, c’est assez facile à soulever. 

 

Son nombre de vitesses : Il en a neuf. Certains vélos pliants n’ont pas de vitesse ou en ont six. D’autres en ont peut-être plus.

 

Concernant la façon de le plier, j’ai compris que la façon de plier son vélo varie selon la marque. Vu qu’il s’agit de mon premier vélo pliant, je n’ai aucun élément de comparaison. Mais je peux néanmoins dire que s’il est affirmé qu’il suffit de quinze secondes pour le plier et le déplier, que je continue plutôt de mettre une bonne minute pour le faire. Je ne suis peut-être pas très doué alors que le personnel de Décathlon, lui, subit peut-être des entraînements intensifs de pliage et de dépliage de vélo. Mais ça n’est pas grave. Car même en prenant une minute ou deux pour le plier ou le déplier, c’est assez simple. Ensuite, c’est agréable de pouvoir s’en aller sur son vélo et de voir comme on se déplace aisément plus rapidement que les piétons.

De toute façon, même déplié, le vélo prend en effet une place raisonnable dans le train. En effet, si je me passe du métro dans Paris pour aller au travail et en repartir, je continue de prendre le train pour aller jusqu’à Paris et en repartir.

Gare d’Argenteuil, février 2021.

 

 

La maniabilité de mon vélo me paraît bonne.

 

 

Question vitesse, je peux confirmer qu’il m’est arrivé, à mes débuts, de surprendre quelques cyclistes, sur leur vélo « monté » en les rattrapant sans trop forcer puis en les dépassant y compris dans une montée. En remontant le boulevard St Michel par exemple vers le jardin du Luxembourg. Ce fut assez amusant de facilité.

 

 

Ses limites :

A la fin de ma première journée de vélo pliant, j’ai quitté le travail tout content. Et puis, sur les pavés de la place de la Concorde, alors que j’étais à quelques minutes de « l’arrivée » ( la gare St Lazare, pour moi), ma roue avant a déchaussé sans que je ne comprenne pourquoi.

 

Quelques secondes plus tard, j’étais en train d’essayer de me rattraper sur mes deux pieds alors que je me dirigeais dans un sprint survolté vers le haut trottoir qui borde les pavés. Prêt à tenter les qualifs pour le championnat de France des dix mètres.  J’ai réussi à éviter de heurter la “haie” du trottoir. Mais, malgré toute ma volonté pour m’arrêter, mon avant-bras gauche a buté contre un feu de signalisation. L’arrière gauche de mon casque, dans un élan de solidarité, a suivi. Je me suis aussi fait mal au majeur de ma main droite. Depuis, à cette main-là, j’ai encore le doigt d’honneur un peu douloureux. Mais ça va de  mieux en mieux même si je m’en sers peu. 

 

Je ne roulais pas particulièrement vite lors de ma chute. Le sol était plutôt sec. Il faisait plutôt jour. Je n’avais de problème de visibilité particulier. Je n’étais pas fatigué plus que de raison ou distrait.

 

Très vite, deux cyclistes se sont arrêtés à ma hauteur sur le haut trottoir. Ils allaient dans le sens inverse. Ils m’ont demandé si ça allait bien. Mais, oui ! Même si je ne voyais pas ce qui avait bien pu se passer.

 

Le cycliste le plus proche m’a dit :

« ça a été impressionnant à voir ! ». Je les ai remerciés. Puis, ils sont partis.

 

Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur. J’ai plutôt été en colère. Une chute aussi idiote dès le premier jour. Alors que tout allait bien.

 

 

Par précaution, avant de prendre le train, je suis allé voir les pompiers de la gare St Lazare afin qu’ils m’examinent. J’ai ainsi appris qu’était  est fréquent que des personnes glissent sur les pavés de la place de la Concorde. Depuis, même si j’ai vu et continue de voir des cyclistes prendre ce passage avec leur vélo pliant, je l’évite en passant sur le trottoir. A ce jour, je n’ai pas fait d’autre chute. Et, Boulevard Raspail, à quelques mètres derrière moi, récemment, un jour de pluie, c’est un conducteur de Vespa qui a chuté. Sans gravité. J’avais entendu parler du fait que les Vespa ont une très mauvaise stabilité. Pourtant, les pneus de la Vespa sont plus larges que ceux de mon vélo pliant qui sont d’ailleurs supposés bénéficier d’une bonne adhérence.

 

J’ai oublié de dire qu’après ma chute, je me suis racheté un nouveau casque de vélo. Alors, je vois assez régulièrement des personnes porter le très beau casque de la marque Kask. Je me demande souvent comment elles font. Ce casque coûte plus de 150 euros. Je trouve ça très cher. Même si je tiens à ma vie et à ma tête. Le nouveau casque, de la marque Abus, que j’ai acheté (chez Décathlon) m’a coûté 50 euros.

 

L’autre limite que je vois concernant mon vélo, c’est sa « sujétion » au vent. Lorsque je pédale et que je reçois un vent de travers, j’ai un peu l’impression d’être sur la mer, emporté par le courant. Mais ce n’est peut-être qu’une impression.

 

 

Les pièges du vélo d’une manière générale :

Libéré du carcan des correspondances de métro comme de l’attente de son moyen de transport pour se rendre d’un point A à un point B, la tentation est grande de vouloir décider de fractionner l’espace-temps. Et de foncer. Peu importe la signalisation- ou les autres- et peu importe quelques mesures de précaution.

 

Je peux ainsi témoigner du fait que Batman fait du vélo. Il a la trentaine, pédale sans casque, sur un vélo de course de taille normale, mesure environ 1m65 pour une cinquantaine de kilos. Et sprinte, avec son manteau de Columbo grand ouvert, au point de laisser sur place le  cycliste sportswear qui porte un sac de la marque WANDRD PRVKE  , qui, au feu rouge, ne peut que le voir disparaître, une fois son excès de vitesse accompli.

 

Mais ne me faites pas dire que Batman est seulement un homme. Avec ou sans Brompton – qui semble optimiser les effets de la poussée rectale de celles ou ceux qui avancent sur ce genre de vélo- Batman peut aussi être une femme.

 

Des livreurs de Mc Do, après l’heure du couvre-feu durant la pandémie du Covid, près du Panthéon, février ou mars 2021.

 

Batman  peut aussi être un livreur (je vois beaucoup moins de livreuses de repas). Un livreur qui, près du carrefour de l’Odéon, s’engueule avec un chauffeur de bus alors que celui-ci a la priorité ( à droite) lorsqu’il débouche assez subitement. Le livreur voit alors le chauffeur de bus comme celui qui l’empêche de faire son travail et de gagner sa vie ! Tout ça, pour s’arrêter à peine cinquante mètres plus loin où se trouve sa « base » en quelque sorte.

 

 

La vitesse est l’un des ennemis des cyclistes. Prendre son vélo pour aller plus vite est selon moi un des grands pièges. En ce moment, après plusieurs essais d’itinéraires, je mets entre 27 et 32 minutes pour aller au travail et en revenir. Un de mes collègues, pour le même trajet, met….18 minutes. Tranquillement. Il m’a précisé qu’au début, il mettait 30 minutes, tout transpirant. Mais je ne me lancerai pas dans une compétition du chrono à vélo pour aller au travail.

 

Les avantages et les bénéfices du vélo pour aller au travail :

 

Outre l’aspect pratique, se rendre là où l’on a besoin ou envie d’aller, il y a le fait, de concilier comme on le dit « l’utile et l’agréable ». On ne dépend pas d’un métro ou d’un bus. On a donc une certaine liberté ou une certaine autonomie. Et, en plus, on fait du sport sans se dire forcément que l’on fait du sport. Ce qui reste l’une des meilleures manières de faire du sport : en réalisant un acte concret et utile. Et, mieux, de manière ludique.

 

Si je mets entre 27 et 32 minutes pour réaliser mon trajet, c’est parce-que je ne force pas trop pour aller vite. Parfois oui, parfois non. Et, dès qu’à un endroit, je trouve que ce serait bien de prendre une ou deux photos, je m’arrête pour prendre ma photo. Je peux même faire un petit détour s’il le faut. Puisque, de toute façon, j’ai prévu large en partant de chez moi. Et, quand je rentre du travail, je ne fais pas la course.

 

 

Mais l’avantage et le bénéfice les plus étonnants à aller au travail à vélo à chaque fois comme je le fais depuis que j’ai mon vélo pliant, c’est qu’en quelques semaines, j’ai déjà pratiquement oublié ce que ça fait de sortir de son train, descendre les escalators, rejoindre sa correspondance, poireauter sur un quai de métro (ou de RER) en attendant que le véhicule ferroviaire arrive. Monter, descendre des escalators, des escaliers. C’est vraiment une vie de con ! Et, le pire, c’est qu’on l’accepte rapidement, cette vie de con.

 

 

Rouler sous la pluie m’invite à la prudence pour la glisse. Mais, à part ça, avec des vêtements adéquats, ça se passe très bien. En arrivant au travail, comme je suis en avance, je me douche, je me change puisque j’ai cette possibilité-là. Et puis, c’est parti pour la journée ou la nuit de travail.

 

S’il fait froid, faire du vélo, avec, là aussi, les vêtements adéquats, ça réchauffe et ça stimule. Le point sensible reste les mains. Trouver des bons gants lorsqu’il fait froid selon la thermorégulation qui est la nôtre peut être un exercice assez difficile. Mais la solution est sûrement à portée de main dans un article ou une astuce que l’on n’a pas encore dénichée.

 

C’est plutôt s’il fait très chaud que cela m’incommoderait un peu de faire du vélo.

 

Mais le risque maximal,  pour moi, c’est en cas de verglas voire de neige. Ce serait, pour moi, les seules raisons qui pourraient, pendant deux ou trois jours, me décider à recommencer à venir au travail en prenant le métro etc….à ceci près que, je peux aussi marcher. Si je m’y prends suffisamment à l’avance. Si ce n’est pas trop loin. ça me fait sourire lorsque, dans la rue, on me dit que «  c’est loin », alors qu’il s’agit de marcher quinze minutes.

 

 

Vélo Taffe : pourquoi ce titre ?

 

J’ai découvert l’expression « vélo-taf » il y a seulement quelques mois. Mais au moment d’écrire cet article, il m’a amusé de faire un jeu de mot.

 

Si je suis non-fumeur depuis toujours, j’aime ces moments, où, l’on prend le temps de s’apesantir comme lorsque l’on prend une taffe. C’est un petit peu mon équivalent du Birth of the Cool de Miles Davis, lorsqu’il avait décidé de ralentir le tempo du Jazz qui se jouait alors. 

 

Donc, Vélo Taffe, non pour se remplir les poumons et le cerveau- ou les autres organes- de tumeur et de nicotine. Mais pour prendre le temps de respirer. Pour retrouver son souffle et son inspiration. En regardant à nouveau autour de soi. 

Si l’article de cette nouvelle rubrique a été long, c’est parce-que cela faisait plusieurs semaines que je pensais à m’y atteler. Mais je ne disposais pas du temps nécessaire. Les articles suivants devraient être plus courts.

Article écrit avec le concours de l’album Myopia d’Agnes Obel, et, avant cela, de l’album The Good, The Bad & The Queen du groupe du même nom ( avec Feu Tony Allen) et de l’album Meat is Murder de The Smiths que je découvrais. 

Franck Unimon, ce jeudi 18 mars 2021.

 

 

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Marche jusqu’au viaduc

»Posted by on Mar 16, 2021 in self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Marche jusqu’au viaduc

 

                                           Marche jusqu’au viaduc

Elles ont probablement pris le bus 361. On peut le trouver à la gare d’Argenteuil d’où il part. C’est à une dizaine de minutes, en marchant bien, depuis le lycée Cognac-Jay.

 

Si elles sont parties du lycée, elles ont peut-être même pris le bus depuis le centre-ville d’Argenteuil, avenue Gabriel Péri, pour aller jusqu’à la gare. Et puis, attendre et prendre le bus 361 ensuite jusqu’à l’arrêt Belvédère. Là où Argenteuil se rapproche de la ville d’Epinay sur Seine.

L’arrêt ” Belvédère” du bus 361 où Alisha est peut-être descendue avec sa camarade, le 8 mars.

 

 

En partant depuis la gare d’Argenteuil jusqu’à l’arrêt Belvédère, près du viaduc qui passe sous l’autoroute A15,  en bus, cela doit prendre une dizaine de minutes.

 

Ce trajet peut même se faire à pied. C’est ce que je viens de faire, ce matin, après avoir emmené ma fille à l’école. Même si le bus 361 a un arrêt près de chez nous.

 

Intérieur-Extérieur

 

Il y a quelques nuits, au travail, j’ai eu un moment de déprime, en sourdine, venu sans prévenir. C’est passé. Personne n’a rien vu. Ni au travail. Ni chez moi. Je suis comme beaucoup de monde : j’ai un extérieur. Et un intérieur. Entre les deux, je filtre. Je fais le tri entre ce que je choisis de montrer et d’exprimer selon le moment, selon l’interlocuteur que j’ai en face de moi, selon la situation, et, bien-sûr, selon la gravité que j’attribue à ce que je ressens ou pense.

 

Une histoire de confiance

 

Bien-sûr, il y a aussi une histoire de confiance. Certaines personnes se racontent facilement voire à n’importe qui par la voire orale. Je dirais que je sélectionne assez strictement celles et ceux à qui je me confie.  Mais, aussi, que je n’aime pas inquiéter mon entourage d’une manière générale. Des coups durs et des contrariétés, on peut en vivre à peu près tous les jours.

 

Apprendre à encaisser et à esquiver

 

Pour vivre, Il faut donc, aussi, apprendre à encaisser et à esquiver. Mais, aussi, à  alerter des personnes ad hoc, ou qui l’on peut, lorsque cela devient vraiment nécessaire.

 

S’il est certaines menaces et certains dangers que l’on ignore ou que l’on néglige, il est, aussi, trop de fausses urgences ou trop de fois où l’on va brasser beaucoup de forces pour presque rien. On me dira : mieux vaut prévenir que guérir. Bien-sûr. Mais ça peut-être utile, aussi, pour d’autres qui peuvent véritablement en avoir besoin, d’apprendre soi-même la différence entre une vraie urgence et ce qui l’est moins.

 

Le même père

 

A mon travail, donc, il y a quelques jours, personne n’a su, je crois, que j’ai eu un petit passage à vide. A la maison, non plus, pour les mêmes raisons. Ce matin, je suis resté le même père qui engueule sa fille avant de l’emmener à l’école parce qu’elle traînait. Alors que j’avais tout préparé avec elle une bonne vingtaine de minutes plus tôt pour éviter ce genre de situation. Lors du trajet vers l’école, après quelques minutes de marche, ma fille a mis sa main dans la mienne. Bien-sûr, je l’ai prise. Il arrivera un jour où nous ne nous donnerons plus la main, elle et moi. D’ici là, j’espère être parvenu à lui apprendre ce qu’est une vraie urgence, mais aussi à se défendre et à avoir confiance en elle.

 

Si Alisha, ce 8 mars 2021….

 

 

Si Alisha Khalid, ce 8 mars 2021, avait effectué le trajet jusqu’au viaduc en marchant, j’ai envie de croire que sa mort aurait pu être esquivée. 

Ce trajet jusqu’au viaduc où elle a été tabassée puis d’où elle a été jetée dans la Seine, je viens de le faire à pied à l’aller comme au retour. Bien-sûr, là-bas, personne ne m’attendait pour me faire la peau ou me foutre le feu.

 

A l’aller, comme j’avais du mal à situer où ça se trouvait, j’ai dû demander mon chemin à plusieurs personnes.

 

 

14 ans

 

En Mai, cela fera 14 ans que j’habite dans cette ville. Pourtant, je ne m’étais jamais rendu à cet endroit.

 

Il y a 14 ans, Alisha venait à peine de naître. Ses deux meurtriers avaient un an tout au plus. Cela nous rappelle qu’il s’en passe du temps, avant de devenir meurtrier. Dans mon premier article ( Alisha, 14 ans, morte dans la Seine ce 8 mars 2021), j’ai écrit que « trois » personnes avaient tué Alisha. Deux garçons et une fille. J’ai dû mal comprendre ou peut-être que c’est une information qui a au début circulé. 

J’ai décidé de laisser cette erreur dans cet article.

 

Deux visages

 

Cette erreur de « récit » ne change rien : Alisha est morte après s’être faite piégée. On peut aussi se dire que le garçon qui l’a frappé avait, comme nous tous (femmes ou hommes), au moins deux visages. Celui, le plus connu, du garçon tranquille et “sans histoire” ( qu’est-ce que ça veut dire, “être sans histoire” ? Nous avons tous une histoire). Et,  ce 8 mars 2021, celui de l’agresseur qui a attendu sa victime qui lui a été apportée en sacrifice sur un plateau. 

 

On peut bien-sûr avoir deux visages, un visage public et un visage plus intime ou plus secret, sans être pour autant un meurtrier ou un criminel.

 

Mais il se trouve que pour Alisha, le deuxième visage de ce  jeune garçon et de sa complice, a été celui, le 8 mars 2021, de deux meurtriers.

 

 

Erreur de récit et nombre d’agresseurs

 

 

Cette erreur de récit concernant le nombre d’agresseurs d’Alisha ne change rien :

 

Lorsque des événements subits nous arrivent, nous recomposons et interprétons partiellement, difficilement, et souvent avec des erreurs, les informations que nous recevons.

Parce qu’émotionnellement et intellectuellement, nous sommes limités et qu’il nous faut un temps plus ou moins long pour nous ajuster à l’événement. Pour bien et mieux comprendre. Lorsque nous sommes capables de bien reconstituer le puzzle :

Le trauma et la perte d’un être proche – ou non- peuvent nous empêcher de « comprendre » et de reconstituer le puzzle des événements.

 

 

Contributions à la réussite du/d’un crime :

 

Le 8 mars,  le trajet en bus- s’il a eu lieu– a contribué à la réussite du crime. Pour la rapidité du trajet. Car il aurait fallu environ trente minutes, à pied, pour aller jusqu’au viaduc depuis la gare d’Argenteuil. Et un peu plus depuis le lycée. Tout dépend bien-sûr de là où elles sont parties et de là où elles se sont rencontrées pour aller “ensemble” jusqu’au viaduc. 

 

En trente minutes, il faut pouvoir tenir son rôle afin d’endormir la vigilance de la future victime. La complice du jeune agresseur et co-meurtrier avait peut-être la capacité à faire bonne figure. Mais, en trente minutes, on peut, un peu plus facilement à un moment ou à un autre, instinctivement sentir que quelque chose « cloche » dans l’attitude de la personne qui nous accompagne.

 

A ce moment-là, ce qui permet, ou non, la suite du scénario jusqu’à la mort, c’est peut-être l’optimisme,l’incrédulité ou la naïveté de la victime. Mais, sûrement, d’abord, le sentiment de confiance que la victime ressentait vis-à-vis de celle qui l’accompagnait. Ce sentiment de confiance a suffisamment pris le dessus sur les éventuels doutes que la victime ( Alisha, ici) a pu avoir à un moment donné, lors du trajet.

Car elle « connaissait » celle qui l’accompagnait. Et, à ce que j’ai appris, les lieux où elles se sont rendues toutes les deux étaient pour elle des lieux familiers qui entretiennent aussi la confiance.

 

Le sentiment de confiance :

 

 

Je pourrais être le père ou l’éducateur de ces trois jeunes, d’Alisha, et des deux meurtriers. Je suis un homme plutôt en bonne santé et que l’on décrit plutôt comme une personne que, spontanément, on ne va pas aller provoquer ou menacer dans la rue. Mais je suis aussi un trouillard. J’ai aussi été un ado. Et, je sais qu’ado, on aime bien avoir ses coins à soi, avec des personnes de notre âge, à l’écart des adultes où l’on fait notre vie : on y a notre intimité avec des gens de notre âge ou à peu près. 

 

Je suis incapable de dire, si, ado, j’aurais pu me rendre là où Alisha et l’autre jeune fille se sont rendues ensemble ce 8 mars. Par contre, en m’y rendant tout à l’heure pour la première fois là, je me suis dit qu’il fallait vraiment se sentir en confiance pour y aller. Même en plein jour.

 

Il faut passer à droite pour rejoindre les berges de Seine. C’est par là que j’ai vu descendre un cycliste alors que j’arrivais.

 

 

 

 

Même si, avant de m’engager dans cet endroit, j’ai vu passer un cycliste qui semblait un habitué de ce trajet.

 

Vers les berges de Seine en descendant.

 

 

Ce que l’on voit derrière soi, quand on se retourne, quand on descend vers les berges de Seine.

 

 

 

 

On peut sûrement passer de très bons moments et avoir de bons souvenirs ici. Mais ça fait aussi un peu “coupe-gorge”, non ? Et lorsque ces photos ont été prises, nous étions en plein jour ce mardi matin entre 9h et 9h30.

 

En sortant du petit tunnel.

 

 

Je n’ai pas compris tout de suite, en apercevant ce graf’ sur le viaduc qu’il concernait Alisha.

 

Là, non plus, je n’avais pas encore déchiffré le prénom d’Alisha. On peut me trouver Te-bê, mais il faut bien comprendre que je découvrais l’endroit dans des circonstances émotionnelles particulières. Le lieu est loin d’être paradisiaque et a plus eu tendance à mobiliser ma vigilance que mes facultés pour le décryptage et la méditation.

 

Les bouquets de fleurs m’ont aidé à voir.

 

 En bas du viaduc, devant les fleurs posées en mémoire d’Alisha, j’ai ensuite croisé un jogger, qui, en s’approchant, avec ses baskets de la marque Hoka, et en apercevant ces fleurs, a d’abord secoué la tête en signe de désapprobation puis s’est détendu pour me répondre :

 

La direction prise par le cycliste vers St-Denis. Le jogger a pris la direction inverse. Vers moi. Le viaduc est alors pratiquement derrière moi.

 

De là d’où il venait, le long de la Seine, on pouvait aller loin. Jusqu’à la ville de Saint-Denis ! Et, selon lui, le chemin dans cette direction était meilleur pour faire des footing. Puis, il est reparti sans peine.

 

Meurtres glaçants :

Ce matin, avant d’emmener ma fille à l’école, j’ai essayé de trouver de nouvelles informations. Car j’avais vraiment du mal à « voir » où pouvait bien se trouver ce viaduc !

 

Tout ce que j’ai pu trouver comme article remontait à dimanche. Le 14 mars. Il y a deux jours. J’ai compris que pour les média, l’essentiel avait été fait. Couvrir l’événement jusqu’à la marche blanche. Figer les informations. Puis, passer à d’autres sujets. Comme d’autres fois. Comme images ou photos du Viaduc, je trouvais toujours les mêmes. Mais rien pour m’indiquer précisément où cela se trouvait.

 

Du meurtre, on l’a décrit comme « glaçant ». Même le journaliste Harry Roselmack a employé ce terme. C’était il y a quelques jours. Oui, ce meurtre est « glaçant ». Parce qu’il a fini dans la Seine, dans la noyade et dans le sang.

 

Mais on parle beaucoup moins de tous ces meurtres, sans traces de sang,  sans scène de crime, bien mieux prémédités, où l’on licencie des personnes par centaines et par milliers pour assurer à des actionnaires et à des privilégiés leur marge de profit annuelle.

 

 

Cela n’a rien à voir avec le meurtre d’Alisha, vraiment ?!

 

Il s’agit pourtant de meurtres d’autant plus « glaçants » qu’ils sont routiniers et invisibles. Parlez-en aux proches de celles et ceux qui se font licencier. Ou aux personnes licenciées. Expliquez-leur que tout va bien pour elles et eux. Qu’ils n’ont pas été piégés. Que, personne, n’a endormi leur vigilance. Que, eux, au moins, ils sont vivants. Et qu’ils peuvent rebondir.

Pendant qu’on nous montre, et c’est normal, ce meurtre d’Alisha, on passe sous silence, tous ces meurtres de notre vie quotidienne, que nous subissons et acceptons en bons citoyens éduqués, civilisés, apeurés et désarmés.

 

Photo prise “derrière” le graf. Depuis là, où, vraisemblablement, Alisha a été frappée puis jetée dans la Seine. J’ai dû rester là deux à trois minutes. Pas plus. C’est de là que j’ai aperçu le “foyer” du SDF, sur la droite. Mais je ne l’ai pas vu. Le sentiment dominant que j’ai alors ressenti a été la peur. La peur du vide.

 

 

Rebondir

 

 Je ne supporte pas ce terme prémâché et formolé.” Rebondir”….telle une balle de tennis à Roland-Garros.

 

Mais, Alisha, c’est certain, n’a pas pu rebondir le 8 mars. Une fois sur place, tout à l’heure, là où sa vie s’est terminée, je me suis d’abord senti subitement seul ( avant de passer “derrière” le graf et le béton).  On ne réagit pas tous avec la même lucidité ni avec la même combattivité lorsque l’on se sent subitement seul. Quel que soit l’endroit, le moment ou les personnes avec lesquelles on se trouve.

 

Sur le papier, en théorie, ou lorsque l’on se sait entouré de personnes de confiance solides et fortes, on peut peut-être se reposer sur elles ou s’inspirer de leur exemple. Mais, lorsque c’est tout le contraire. Et que l’on est véritablement, et soudainement seul, face à soi-même. Et que toutes les apparences, tous les maquillages et tous les mensonges- les nôtres et ceux de nos agresseurs- qui nous préservent et nous dissimulent disparaissent d’un seul coup, comment fait-on ?

 

Il fallait vraiment se sentir en confiance, être un(e)  habitué(e) de l’endroit ou avoir des intentions pacifiques pour ne pas se sentir menacé sous cette autoroute.

 

J’ai vu ce qui était sans doute le « domicile » du SDF qui se trouve près de là où Alisha a été passée à tabac. J’ai vu, je crois, les traces de sang que le SDF a désignées quand il a témoigné. J’avais vu la vidéo de son témoignage sur le net.

 

Je ne l’ai pas rencontré. Mais j’ai vu ses paires de chaussures, l’aménagement de son lieu de vie. J’ai même vu sa paire de gants de boxes accrochée. J’aurais voulu discuter un peu avec lui. Savoir comment on fait pour continuer de vivre après « ça ». Mais aussi, le connaître un peu. Connaître sa vie. Ce qui l’a amené jusqu’à venir vivre ici. Cependant, je n’insisterai pas car je n’ai pas envie de l’enquiquiner ou de faire le voyeur. Et, c’est pour ces raisons que je ne montre pas de photos de son « foyer » ou des traces de sang supposées d’Alisha sur le sol.

 

Biographie brève des deux jeunes meurtriers :

 

 

A ce que j’ai compris un peu de la biographie des deux jeunes meurtriers, ceux-ci ont en commun de ne pas avoir connu leur père. Ou de l’avoir perdu. Alisha était tout le contraire : c’était, à entendre une partie du discours de sa mère, une adolescente heureuse dans une famille plutôt unie, avec un père, et une bonne élève. Elle était aussi jolie.

 

« Le » meurtrier, lui, n’a pas connu son père et avait beaucoup d’absentéisme scolaire. Même si, une fois à l’école, il semblait plutôt content et dans le coup d’un point de vue scolaire d’après le témoignage de sa mère. Ses absences scolaires semblaient principalement dues au fait qu’il jouait beaucoup aux jeux vidéos. Mais bien d’autres jeunes qui préfèrent passer leur temps devant des jeux vidéos, au lieu d’aller à l’école, ne deviennent pas des meurtriers.

 

« L’autre » meurtrière, j’ai oublié, si elle était bonne élève. Mais elle était aussi sans père. C’est aussi une jolie fille, apparemment, et celle qui est devenue la petite amie du « meurtrier ». Après qu’Alisha ait eu une histoire amoureuse « d’une semaine » avec lui.

 

D’après ce que j’ai « lu » ou « entendu » en glanant sur le net, j’en déduis que le tandem qui a tué Alisha était fusionnel.

 

 

Devant l’obstacle : préméditation et acharnement

 

 

A un moment donné, Alisha, pour eux, a sans doute pris l’apparence de celle qui pouvait devenir un obstacle à leur fusion. Un obstacle, ça s’évite, ou ça se détruit. Ou ça se jette dans la Seine ou dans le vide.

 

On parle de « préméditation ». On apprendra plus tard peut-être jusqu’à quel point. Pour l’instant, je crois que ce qui a été prémédité, c’est surtout l’embuscade, le passage à tabac ou le règlement de comptes. Ensuite, je veux bien croire que, pour se « débarrasser » du problème, ou sous l’effet de la colère, et parce-que l’endroit s’y « prêtait, qu’Alisha a « fini » dans la Seine. Dans un autre endroit, dans un parc, par exemple, loin d’un fleuve, Alisha ne serait peut-être pas morte de noyade. Mais peut-être d’une autre forme d’acharnement.

 

 

Une colère et une tristesse aveugles qui viennent de loin :

 

J’explique cet acharnement des deux jeunes par une colère et une tristesse – aveugles- qui viennent de loin. De plusieurs années. D’avant leur rencontre avec Alisha au lycée Cognac-Jay. Une colère et une tristesse invisibles, indicibles, qu’ils portaient en eux depuis leur histoire personnelle.

 

Une colère qu’ils ont « mutualisée » en fusionnant et, dont, la personne et le corps d’Alisha, sont devenus la cible. Je raisonne bien-sûr en « psy Babou »  ou en “psy de supermarché ».  Je n’ai pas de certitudes sur la façon dont ça s’est passé. Je compose avec ce que j’ai attrapé comme informations à droite, à gauche. Mais je sais que lorsque les mots échouent, les coups peuvent tuer.

 

 

Etre puissants :

Je crois, que, lorsqu’ils ont frappé, les deux jeunes meurtriers, ont estimé qu’ils leur fallait frapper fort et être « puissants » pour se guérir ou se libérer d’une offense ou d’une menace qui avait les traits d’Alisha.

 

Ensuite, après le déferlement ou la bouffée d’adrénaline, est arrivée la redescente sur terre et la prise de conscience. Le : «  J’ai fait une bêtise ». Sauf que ce n’était plus une bêtise d’un enfant de cinq ans qui a cassé la jolie tasse de maman ou de papa sous l’effet de la colère. Une tasse que l’on peut réparer, racheter ou oublier.

 

Non. C’était une personne, cette fois, qui avait pris ou bu la tasse. Après avoir été tabassée. C’était plus grave. Une bêtise de « grand » : de quelqu’un qui a grandi, qui a désormais plutôt une apparence et une force d’adulte mais qui, dans le fond, doit encore apprendre à devenir adulte et à se maitriser. A savoir faire la part des choses entre son intérieur et son extérieur. On a toute une vie pour apprendre ça. Sans prendre pour autant la vie des autres. C’est un travail difficile. Plein de personnes ne réussissent pas à réaliser ce travail. Et, on ne touche pas de salaire pour l’effectuer.

 

Une heure et quinze minutes :

 

 

Sous ce viaduc, après avoir pris des photos et filmé, après avoir fait « le tour », d’un seul coup, je ne savais plus quoi faire de mes mains. C’était le moment pour moi de partir. Je n’avais plus rien à faire là.

 

Un peu plus tôt, en arrivant et en m’approchant des bouquets de fleurs, comme je l’ai écrit, je me suis senti seul. Et, j’ai entendu un peu un titre de John Lee Hooker où celui-ci confirme à quelqu’un qu’il est seul. Peut-être ce titre où il chante Oh, Come back, Baby, Let’s Talk it Over… One More Time.

 

On trouvera peut-être que j’en ai trop fait avec ce « fait divers » ( Alisha, 14 ans, morte dans la Seine ce 8 mars 2021Harcèlement et réseaux sociaux : la démocratisation et la sophistication des guillotines). Qu’il m’obsède par rapport à ma fille  ou que je suis excessif. Ou, limite timbré et paranoïaque. Mais, ce n’est pas grave. En tout et pour tout, cela m’a pris 1h15 pour faire l’aller et retour à pied jusqu’à cet endroit.

 

Je ne vois pas en quoi donner 1h15 de mon temps pour cette marche m’a privé de quoique ce soit. Je ne vois pas pourquoi passer 1H15 dans les rayons d’un supermarché ou pour regarder un énième dvd ou pour zoner sur internet à la place aurait eu plus de valeur.   

 

Je suis désolé si je donne l’impression d’être morbide :

 

Mais si l’agonie d’Alisha jusqu’à sa mort a sûrement été longue, son passage à tabac puis son rejet dans la Seine a sûrement pris beaucoup moins de temps qu’une heure et quinze minutes.

 

 

 

En m’éloignant du viaduc

En commençant à m’éloigner du viaduc, ce qui devait arriver est arrivé :

 

Je me suis mis à pleurer.

 

 

Mais je n’étais pas détruit. J’ai pensé au navigateur Jean Le Cam lors du dernier Vendée Globe. Lorsqu’il avait compris, vers la fin de la course que son navire, endommagé, aurait pu couler et, lui, mourir avec. Une fois arrivé sain et sauf, à terre, il avait expliqué sur le plateau télé que l’être humain était « bien fait ». Car, pleurer lui avait d’abord fait du bien. Ensuite, il s’était repris.

 

Je me suis rapidement arrêté de pleurer en m’éloignant du viaduc.

 

Alors que je marchais dans la rue d’Epinay pour rentrer, la colère que j’ai ressentie, il m’a semblé que rien ne pourrait l’arrêter. Lorsque je suis comme ça, personne, jamais, à ce jour, n’est venu m’enquiquiner.

 

Une fois, chez moi, j’ai jeté mon masque anti-Covid, j’ai changé de chaussures et je me suis mis à écrire.

 

Depuis, j’essaie aussi d’écouter  un album d’Agnès Obel en me disant que cela ne peut que me faire du bien. 

 

Franck Unimon, ce mardi 16 mars 2021.

 

 

 

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Harcèlement et réseaux sociaux : la démocratisation et la sophistication des guillotines

»Posted by on Mar 15, 2021 in self-défense/ Arts Martiaux | 0 comments

Harcèlement et réseaux sociaux : la démocratisation et la sophistication des guillotines

Avenue Gabriel Péri, à Argenteuil, ce dimanche 14 mars 2021. L’Avenue Gabriel Péri est un des moyens d’accès et de sortie de la ville d’Argenteuil en prenant le pont d’Argenteuil, au bout, qui surplombe la Seine. C’est aussi une avenue qui traverse le centre-ville et qui mène, au bout ( derrière nous) vers la mairie actuelle d’Argenteuil. A gauche, sur la photo, on peut lire ” Alisha. Non, au harcèlement”. Sur la droite de la photo, la fresque que l’on voit orne un des bâtiments du conservatoire départemental d’Argenteuil. Ordinairement, l’Avenue Gabriel Péri est évidemment très passante d’autant que le dimanche est un jour de marché, le marché d’Héloïse, “derrière” le conservatoire. Enfin, en face de nous, au loin, on peut apercevoir sur le pont d’Argenteuil, le barrage policier réalisé pour la circonstance de la marche blanche d’Alisha. Rappelons qu’Argenteuil compte plus de 100 000 habitants.

 

 

 

 

Harcèlement et réseaux sociaux : la démocratisation et la sophistication des guillotines

 

 

« Harcèlement » était l’un des chaînons manquants dans mon article ( Alisha, 14 ans, morte dans la Seine ce 8 mars 2021). C’est en décidant finalement de me rendre hier à la marche blanche (ce dimanche 14 mars 2021)  que je l’ai « découvert ». Arrivé un peu après 14h, je suis reparti vers 14h40 avant le discours de la mère d’Alisha que j’ai partiellement entendu tout à l’heure.

 

Dans la ville d’Argenteuil, dont l’entrée par le pont vers l’avenue Gabriel Péri et quelques rues près du lycée étaient bouclées, le mot «  harcèlement » était affiché sur quelques murs. Mais aussi sur quelques tee-shirts comportant une photo d’Alisha. On pouvait aussi lire, inspiré de la phrase reprise après les attentats « de » Charlie Hebdo, ce qui suit :

 

« Je suis Alisha ».

 

Devant le lycée Cognac-Jay, ce dimanche 14 mars 2021. L’avenue Gabriel-Péri, qui traverse le centre-ville et mène à la mairie, passe derrière le lycée.

 

 

Des personnes des deux sexes, masculin et féminin, portaient ce tee-shirt. Il faut le souligner et l’encadrer dans une ville, ou, comme ailleurs, certains apparats religieux entendent marquer les frontières, les corps – et les esprits- entre les hommes et les femmes.

 

Il y avait foule hier devant le lycée Cognac-Jay  pour Alisha et ses parents. La foule était masculine et féminine. Adolescente et adulte. Il y avait même des enfants et quelques voisins qui regardaient depuis leur fenêtre ou leur balcon l’attroupement en « bas de chez eux ».

 

 

Dans la rue, j’ai entendu le chiffre de « 2000 personnes » concernant la foule. Il y avait des journalistes, des caméramen et aussi plein de smartphones qui prenaient des photos ou filmaient. Je n’ai pas aperçu de drones. Mais, peut-être étaient-ils cachés ?

 

Devant le lycée Cognac-Jay, toujours à Argenteuil, ce dimanche 14 mars 2021.

 

 

C’est une des curiosités de notre époque et aussi de notre espèce humaine que d’avoir la capacité de filmer et de prendre des photos de notre espace, comme à peu près de tout ce que l’on veut quand on le veut avec précision. Sans pour autant toujours nous sentir obligés de faire attention à celles et ceux que l’on filme.

 

Si une image peut aider à faire rêver, à libérer et à éduquer, il arrive aussi qu’elle opprime. Tout dépend du projet et de l’intention de celle ou de celui qui s’en sert et du public et de l’époque auxquels elle ou il s’adresse.

 

Au cinéma, il y a déja eu des débats concernant la responsabilité morale de celle ou de celui qui filme. Comme de ce que l’on a le droit de montrer. Quand et à qui.

Dans le monde de la photographie, aussi, cette question existe. En littérature, aussi. Chaque fois que l’on témoigne ou que l’on va rendre public une histoire ou une image sur un sujet sensible ou considéré comme sensible.

 

Il y a celles et ceux qui estiment que l’on peut pratiquement tout dire et tout montrer. Ou que seule «  la fin justifie les moyens ». Tant qu’une image peut faire vendre et donner de la renommée à son autrice ou à son auteur. D’autres qui sont là pour secouer les esprits. Ou pour les enterrer.

 

On pourrait reparler des caricatures puisque je fais le parallèle avec le journal Charlie Hebdo dans cet article. Sauf qu’une caricature, malgré ses défauts, ne lapide pas, ne jette personne au dessus d’un pont ou sous un train. Elle ne fait sauter aucun immeuble ni aucun squelette. Une caricature ne poursuit pas une personne nuit et jour jusqu’à chez elle. Elle ne commet pas non plus d’attentat suicide.

 

 

Notre caricature

 

 

Chaque fois que nous les employons, les réseaux sociaux peuvent devenir une caricature de certains de nos travers.

 

Ils ont aussi du bon. Ils permettent de rester en contact, de rencontrer ou de retrouver des personnes qui comptent. Ils sont le pivot ou la lance de rampement de certaines carrières artistiques et professionnelles.

 

Mais les réseaux sociaux peuvent aussi être le lance-flammes qui, à l’image du chien de combat, peut causer énormément de torts si son propriétaire ou son usager le jette sur une proie ou une cible qui ne peut faire le poids. Et qu’il ne lâche pas.

 

Ils peuvent aussi devenir la béquille sans laquelle nous nous effondrons si nous leur donnons toute notre vie.  

 

Si l’on parle de « harcèlement », alors il faut parler de « l’emprise ». Car les deux vont ensemble. Sauf que des situations « d’emprise », nous en connaissons tous. Certaines sont volontaires, d’autres moins. Certaines plus nocives que d’autres. Etre sous l’emprise de l’alcool ou de la peur n’a pas les mêmes effets que d’être sous l’emprise de la lecture.

 

Près de l’avenue Gabriel Péri, ce dimanche 14 mars 2021.

 

 

Edward Snowden, dans son livre Mémoires vives ( 2019) rappelle cette époque où, adolescent, il a découvert un internet permettant de « converser » avec n’importe qui à l’autre bout du monde partageant le même centre d’intérêt. Cet internet-là,  a été une école alternative ou parallèle et l’est peut-être resté pour certaines et certains. Sauf qu’à cette époque, internet « se méritait » en quelque sorte explique Snowden :

 

Il fallait avoir de sérieuses compétences informatiques pour parvenir à se connecter sur le net. C’était peut-être cette époque, avant l’essor de la téléphonie mobile, où les téléphones fixes à fil à domicile étaient La règle. Et où, chaque fois que l’on tentait de joindre une internaute ou un internaute à son domicile, cela était impossible si celle-ci ou celui-ci était « connecté(e). Car la ligne téléphonique restait alors systématiquement occupée. Aujourd’hui, il est banal de pouvoir être joint sur son smartphone alors que l’on navigue sur le net.

 

Snowden relate aussi certains travers que lui-même a pu avoir, sous couvert de pseudo, adolescent, sur certains forums, où il avait pu se permettre certains propos déplacés. Et, parce qu’il n’a a priori tué personne à cette époque, il explique que l’anonymat des internautes peut aussi permettre de donner une chance à certaines et certains de changer et de se racheter une conduite au lieu d’être fichés pour des conneries qu’ils ont pu faire « plus jeunes ».

 

Il est probable qu’un certain nombre des internautes, qui, aujourd’hui (ou hier) enfants, pré-adolescents ou adolescents ou même adultes se permettent d’écrire et de tenir des propos qu’ils regretteront d’eux-mêmes par la suite. Ne serait-ce, par exemple, que sur Youtube même si ce n’est pas un réseau social en tant que tel. Mais où le fait de visionner une simple vidéo et d’en « parler » suffit pour- très rapidement- voir surgir ici ou là des propos « extraordinaires » d’agressivité et de jugements personnels et définitifs. La façon dont ça peut très vite « dégoupiller » entre deux internautes peut me faire rire. Mais ces dérapages fréquents donnent une idée de ce que la facilité d’accès à internet a amené comme « pollution » dans les échanges entre internautes.  Comme la démocratisation de l’escalade de l’Everest ou de l’Himalaya a pu, dans une moindre mesure, contribuer à polluer une région du monde qui, « auparavant », était pratiquement immaculée ou réservée à quelques uns qui étaient prêts à donner de leur personne pour atteindre un certain sommet.

 

C’est que depuis l’adolescence de Snowden ( E.Snowden est né en 1983), le net et le Web se sont « démocratisés ». Désormais, en quelques clics, n’importe qui, n’importe quand, peut activer une ou plusieurs guillotines à distance. Mais aussi les programmer en s’allouant la complicité spontanée d’autres personnes trop contentes de participer et de faire appliquer leur sens de la justice. Tout en verrouillant leur cible.

 

Devant le lycée Cognac-Jay, ce dimanche 14 mars 2021.

 

 

Alisha est morte de ça, je crois : de la démocratisation et de la sophistication des guillotines.

 

 

Franck Unimon, ce lundi 15 mars 2021.

 

 

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