Vacciner plus pour soigner plus !

» Posted by on Juil 16, 2021 in Corona Circus | 0 comments

Vacciner plus pour soigner plus !

 

Vacciner plus pour soigner plus !

 

 

Ce que j’aime dans les enterrements, c’est que l’on y vit des moments de sincérité. C’est pareil avec l’humour.

 

Il y a deux ou trois jours, le Président de la République, Emmanuel Macron, le Ministre de la Santé, Olivier Véran,  puis la Ministre du Travail, Elizabeth Borne, nous ont fait savoir qu’à partir du 15 septembre tout soignant non vacciné contre le Covid, en cas de contrôle, s’exposerait à des sanctions:

 

Mise à pied, licenciement, suspension du salaire.

 

Ce n’est pas cela qui m’a fait sourire. Et, je n’ai pas vu de sincérité particulière non plus dans ces nouvelles dispositions dans l’intention de pousser les soignants à se faire vacciner à double dose d’ici le 15 septembre. J’ai plutôt vu un passage en force. Je m’attendais à ce que la vaccination anti-Covid devienne obligatoire pour les soignants ou, simplement, pour voyager hors de la France. Mais pas à ce qu’elle le devienne aussi « vite ». ( Des soignants héroïques et irresponsables)

 

Un succès sanitaire et politique. Pour l’instant.

 

Le 15 septembre, c’est dans deux mois. Depuis l’intervention télévisée du Président Macron, « tout le monde » veut se faire vacciner. Donc, son intervention serait un succès.

 

Sanitaire. Et politique. Pour l’instant.

 

Mais si j’ai parlé d’enterrement au début de cet article, c’est parce-que le lendemain de l’allocution présidentielle d’Emmanuel Macron pour « nous » exhorter, nous les soignants, à nous faire vacciner, j’ai appris le décès du père de mon meilleur ami. Cela m’a ramené à Nanterre où j’ai grandi, près du collège où cet ami et moi nous étions rencontrés la première fois. Le collège Evariste Galois qui va bientôt disparaître en raison de l’impasse pédagogique où il s’est emmuré.

 

Je suis allé à l’enterrement le jour-même. Ainsi que dans une mosquée, pour la première fois de ma vie. Une part de chagrin m’inspire donc peut-être certaines de mes pensées dans cet article. Mais, comme je l’ai annoncé, j’aime, dans les enterrements «  les moments de sincérité » que l’on y vit. Et, je ne vais pas renoncer à ces moments de sincérité alors que j’écris.

 

Les réactions de quelques journaux après l’allocution télévisée du Président Macron, ce 12 juillet

 

Il m’est déjà arrivé de rire ou de sourire lors d’un enterrement. Et je souhaite qu’on le fasse lors du mien. On pourra même danser. Avec ou sans vaccination anti-Covid.

Mais ce qui m’a fait sourire ou rire aujourd’hui, c’est plusieurs dessins du dernier numéro du journal Charlie Hebdo que je lis régulièrement depuis « les attentats » de 2015.

 

 

 

Il y a quelques jours, je parlais de l’éditorial du journal La Croix dans mon article Des soignants héroïques et irresponsables. Aujourd’hui, je parlerai plutôt du dernier numéro de Charlie Hebdo : le numéro 1512 du 14 juillet 2021 que je n’ai pu acheter que ce matin( jeudi 15 juillet).

 

J’avais besoin de lire les réactions de différents journaux après l’intervention du Président Macron et des Ministres Véran et Borne. Car j’avais exposé mes réserves envers la vaccination anti-Covid. Même si je suis favorable à la vaccination. Mais pas n’importe comment.

 

En première page de Charlie Hebdo, parmi les titres, on peut lire : Les soignants boudent le vaccin (le verbe « boudent » est écrit en rouge). Il y a la caricature du Président Macron qui plante sa seringue dans la tête d’un travailleur d’un certain âge, plutôt fourbu, et qui dit, sur un fond rouge, avec un air assez diabolique ou sadique :

 

« Vacciner plus….pour travailler plus ! ».

 

Soit une allusion à la réforme des retraites dont le Président Macron compte reculer l’âge. Je viens à l’instant de m’inspirer de cette phrase pour le titre de cet article qui était totalement différent au départ.

 

Puis, en deuxième page de Charlie Hebdo, débute le bal à propos du sujet qui me concerne particulièrement en tant que soignant non vacciné contre le Covid à ce jour. Sujet qui touche aussi visiblement beaucoup plus de Français qu’il n’y a de soignants en France depuis l’intervention du Président Macron.  Puisque depuis, la prise de rendez-vous par Doctolib est débordée :

 

Pour une vaccination anti-Covid.

 

Les dessins de Charlie Hebdo agrémentés du titre ANTIVAX A L’Hôpital (Pourquoi le personnel soignant rechigne-t’il à se faire vacciner ?) m’ont fait sourire voire rire.

 

 

 

 

Pour moi, vivre, faire de l’humour et de l’autodérision vont de pair avec ma santé mentale.

 

L’article de Gérard Biard qui suit est intitulé Pour une vaccination inclusive. Seul le mot « inclusive » est inscrit en noir. Les mots qui le précèdent sont en plus gros caractères et de couleur rouge.

Et le but de Gérard Biard n’est pas de faire rire. Sauf un peu lorsqu’il avance que :

 

 « (….) depuis  un an et demi, les pontes de l’hôpital public sont davantage susceptibles de contaminer un journaliste télé ou une maquilleuse qu’un patient…. ».

 

Plus précis que l’éditorialiste Jérôme Chapuis du journal La Croix pour son article Une obligation morale, Gérard Biard, dans son article, énonce que les soignants récalcitrants au vaccin anti-Covid sont majoritairement des personnels infirmiers et aides-soignants ou autre personnels soignants. « 46% » d’entre eux, dit-il ne sont « toujours pas vaccinés ». Alors que d’après les chiffres de l’AP-HP « seuls 9% des médecins ne sont à ce jour pas du tout vaccinés, et 70 % ont reçu les deux doses ».

 

Soit beaucoup mieux que les personnels aides-soignants et infirmiers.  Est-ce dû à leur esprit matheux, scientifique,  ou à leur côté « premier de la classe » ? De toutes façons, les médecins ont toujours besoin de se démarquer par rapport à nous, les personnels aides-soignants et infirmiers.

 

 

Si Biard reconnaît que la «  raison » de la réticence de ces personnels soignants «  face à la vaccination anti-Covid n’est pas forcément inaudible (….) » il met cependant l’accent sur la priorité qui doit être accordée aux patients. Et, il conclut son article par ces deux phrases :

 

« On choisit de travailler à l’hôpital. On ne choisit pas d’y être soigné ».

 

La vaccination , un autre pass navigo

 

 

J’étais en désaccord avec les conclusions de Biard. Cependant, depuis l’intervention télévisée de Macron et celle de Véran et Borne, j’avais lu quelques articles supplémentaires sur le sujet de la vaccination. Dans des journaux de sensibilité assez différente :

 

Charlie Hebdo, donc, La Croix, mais aussi Le Canard Enchainé et L’Humanité. Si Charlie Hebdo et Le Canard Enchainé sont assez cousins, ils sont assez éloignés de La Croix et du journal L’Humanité. Sauf, peut-être, par le fait qu’ils sont, je crois, les quatre seuls journaux encore indépendants financièrement en France. Et ces quatre journaux font consensus en faveur de la vaccination anti-Covid. De même que le journal Les Echos.

J’ai aussi contacté une amie, connue durant mes études d’infirmier il y a plus de trente ans, qui, d’une part, perçoit la stratégie de Macron et de son gouvernement comme une stratégie dictatoriale derrière une effigie de démocratie mais qui, d’autre part, m’a répondu s’être faite vacciner contre le Covid, ainsi que son mari et leurs enfants ( 18 ans et plus). Afin de pouvoir voyager.

 

De mon côté, je vis près de Paris. Et je dépends économiquement de mon travail en plein Paris, soit dans une région de plus en plus quadrillée. Une région où il est désormais impératif d’avoir son pass navigo pour passer des portiques qui ont poussé partout ces dix dernières années et, où, aussi, les contrôles de titres de transport sont devenus réguliers. Nous sommes de plus en plus contrôlés pour tout. Contrôle technique pour la voiture. Niveau de pollution de la voiture. Nous nous devons d’avoir un téléphone portable. Mais aussi une connexion internet. Et d’avoir des mots de passe. Dans ce monde-là, pour vivre sans le « pass » qui ouvre les portes,  les comptes ou qui déverrouille le téléphone, la tablette numérique ou l’ordinateur, il faut soit être un génie de la fraude ou un Evariste Galois de l’informatique. Soit être étranger à ces normes. Ou être un exclu ou un « inadapté ». La personne « normale » ou névrosée, elle, préfèrera avoir son « pass » afin de s’éviter d’avoir à formuler tout un tas  de calculs en vue de se débarrasser de bien des contrôles et des portiques de son quotidien.

 

Je vois donc cette vaccination anti-Covid, pour le sujet citadin lambda que je suis, comme une épreuve de réalisme. Si je vivais en pleine campagne et dans une certaine autonomie  économique, j’opterais sans doute pour une prolongation de mon abstinence vaccinale.

 

Je tenais à ce passage dans mon article.

 

Par ailleurs, en repensant à l’article de Biard et à celui d’autres journalistes, je me suis aperçu que trois mots au moins manquent invariablement chaque fois qu’est mentionnée la « défiance » des soignants envers la vaccination anti-Covid. Chaque fois qu’il est suggéré que les soignants qui refusent la vaccination anti-Covid sont des irresponsables et des égoïstes.

 

L’épidémie des mots :

 

« Irresponsables », « égoïstes », « immatures », « idiots »,  «  capricieux » ce sont, pour, résumer les quatre ou cinq mots qui servent de piliers pour essayer de comprendre cette « défiance » ou cette « réticence » ou ce « refus » de certains soignants concernant la vaccination anti-Covid.

 

Et, le fait que trois autres mots, au moins, soient rarement rappelés atteste, selon moi, que le mal est vraiment profond et bien antérieur, une fois de plus à la pandémie du Covid. Et contre l’ « oubli » de ces mots, je me demande s’il y aura jamais un vaccin efficace. Car, ce n’est pas faute de connaître ces mots à propos des soignants :

 

 

Saturation. Epuisement. Surmoi.

 

On va commencer par le Surmoi des soignants. Je vais parler ici de celui des aides-soignants et des infirmiers. Tous les soignants ont un Surmoi. Mais concernant la vaccination anti-Covid, les « mauvais élèves » sont visiblement les personnels aides-soignants et infirmiers.

 

Le Surmoi des soignants :

Le « Surmoi » des soignants- ou leur sens du Devoir- est si prononcé qu’à mon avis, il s’accompagne régulièrement d’une certaine autodépréciation constante.

 

Ce qui est bien pratique.

 

Pour les gouvernements qui, depuis vingt à trente ans, doivent se sentir en toute sécurité lorsqu’ils entendent parler de manifestations de soignants qui espèrent des améliorations de leurs conditions de travail. Et, cela, aussi, pour «  le bien des patients ».

 

Ce « Surmoi » des soignants est aussi bien utile à bien des managers, responsables hiérarchiques ou directeurs d’hôpitaux afin de faire accepter certaines conditions de travail difficiles et durables. Mais, aussi, pour culpabiliser les soignants qui feraient « mieux » ou « bien » de penser avant tout «  au bien des patients » ou d’être « solidaires » de leurs autres collègues. Et, c’est comme ça depuis vingt ans, trente ans, plus, moins, selon les services, selon les établissements, selon les personnalités des uns et des autres, selon les circonstances.

 

Il n’y a rien de nouveau.

 

Et puis, arrive la pandémie du Covid.

 

Surmoi + Pandémie du Covid =

Parmi ces journalistes, dont Biard et Chapuis, j’en suis sûr, qui ont su décortiquer le mal-être des soignants depuis des années, il se trouve aujourd’hui des journalistes qui ont oublié ou qui oublient ce qu’endurent bien des soignants depuis des années. Et, cela, bien avant la pandémie du Covid. En termes de conditions de travail.

 

Or, lorsque la pandémie du Covid a été officialisée en France l’année dernière avec le premier confinement, ce qui a été exigé de ces soignants, c’est d’en faire encore plus que d’habitude. Et avec moins de moyens. Dont, moins de masques ou pas de masques. Moins de personnel à certains endroits. Et, pas de vaccin anti-Covid fiable à cent pour cent.

 

S’il est « admis » maintenant que la vaccination anti-covid est actuellement le meilleur moyen, même s’il est imparfait, pour peut-être se sortir de la pandémie du Covid, il est aussi « admis » que cette pandémie du Covid, en un an et demi, a aussi beaucoup éprouvé. Il y a les morts.  Et, il y a les vivants.

 

Dessin dans le “Charlie Hebdo” de ce 14 juillet 2021.

 

Beaucoup, parmi les vivants, ont été touchés économiquement. Et, autant ont été touchés physiquement et moralement. Parmi ces personnes éprouvées, on retrouve des soignants. Des soignants qui, depuis un an et demi, ont donné de leur personne encore plus que d’habitude, du fait de la pandémie, et qui constatent un an et demi plus tard que, malgré leurs efforts, la pandémie est toujours là. Mieux : aujourd’hui, on les voit comme des irresponsables lorsqu’ils se disent opposés à la vaccination anti-Covid. Car il est « admis » qu’il y a un manque de recul. Mais, aussi, qu’il peut y avoir des effets secondaires. Ou que, comme Biard le dit dans son article :

 

« Certes, il paraît que la vaccination n’empêche ni la contamination ni la contagion. Mais elle en diminue grandement le risque et les effets (….) ».

 

 

Face à ces réserves des personnels soignants, la réponse, ferme et, désormais, autoritaire et gouvernementale, donc, hospitalière, est toujours la même depuis vingt à trente ans :

 

« Pan-pan, cul-cul ! ».

 

Culpabilisation et infantilisation des soignants depuis des années mène aussi à cette saturation des soignants. Car, culpabiliser et infantiliser des soignants, c’est assez banal dans le milieu. Et, c’est ce que fait aussi Biard dans son article. Lorsqu’il conclut :

 

« On choisit de travailler à l’hôpital. On ne choisit pas d’y être soigné ». Sa phrase est pleine de bonne sens. Et, elle est inattaquable. On ne va pas reprocher à un patient d’avoir besoin de soins. Ou alors dans un sketch humoristique.

 

Sauf que Biard, comme d’autres, oublie un autre mot, finalement : les limites.

 

Les limites des soignants :

Avoir un surmoi, un sens du Devoir, une conscience professionnelle, ça incite bien des fois à se surpasser. A ne pas compter ses heures. A accepter de vivre- parfois jusqu’à la saturation et l’épuisement- des situations professionnelles et personnelles que le citoyen lambda sera bien content d’éviter. C’est ce qui s’est passé, encore plus que d’habitude, l’année dernière lorsque nous étions applaudis depuis des balcons. Avions-nous vraiment le choix d’aller mourir à l’hôpital en partant y travailler ? Ou avions-nous vraiment le choix de partir travailler à l’hôpital ?

Non.

 

Je ne crois pas que des soignants puissent s’offrir le luxe de « choisir ». C’est plutôt le contraire. Etre soignant, même si l’on « choisit » de le devenir, ou de l’être, cela devient assez vite un non-choix. Puisque très vite, le Surmoi, le sens du Devoir, du sacrifice, la conscience professionnelle, ou le fait d’être sollicité ou désigné, nous oblige en quelque sorte à être là.  Donc, parler de choix pour un soignant, c’est presque très vite une abstraction. Puisqu’être soignant, c’est faire abstraction de soi. Quel choix ?!

 

Constamment, régulièrement, les soignants doivent répondre ou ont à répondre à des injonctions diverses.

 

L’un des apprentissages les plus difficiles à faire pour le personnel soignant, lors de son exercice professionnel, lorsqu’il fait cet apprentissage, c’est celui de ses limites.

Un des dessins du Charlie Hebdo de ce 14 juillet 2021, page 2.

 

 

Si le personnel soignant s’en remettait uniquement à sa hiérarchie pour que celle-ci respecte ses limites ou les fasse respecter, il y aurait sans doute encore plus de personnel soignant en situation de burn-out ou en arrêt maladie. Tant le personnel soignant peut être incité, pour différentes raisons, à en faire plus. Donc, le choix, dans tout ça…..

 

 

Un profond malaise

 

 

Au lieu de percevoir les personnels soignants récalcitrants ou réticents à la vaccination anti-Covid, comme seulement des grands irresponsables, des grands égoïstes ou des grands idiots, il faudrait plutôt, je crois, se dire, que pour que des professionnels aussi dévoués s’arque-boutent de cette manière contre un vaccin, c’est qu’il existe un profond malaise. Envers ce vaccin. Dans la profession. Dans la société. Dans le monde. Et que c’est peut-être de là que vient toute cette résistance contre la vaccination anti-Covid.

 

Et si le malaise est aussi profond, ce passage en force du gouvernement pour la vaccination anti-Covid va déboucher sur des troubles  sociaux radicaux du type gilets jaune.

 

Franck Unimon, ce vendredi 16 juillet 2021.

 

 

 

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