L’école Robespierre 2ème partie
« Fé-Lix Potin, On y revient ! ».
A l’école Robespierre, je suis sorti des toilettes. Le grand Philippe C m’attendait. Surpris, je me suis arrêté. Il a tiré sur son élastique et me l’a envoyé dans l’oeil. Il est reparti hilare.
En temps ordinaire, je n’aurais pas cafté. Philippe C, avec Cyril T, son grand frère et Enzo B étaient des durs de la rue ou de la cité Creuse (on disait « Greuse »). Une petite cité HLM un peu à l’écart, faite de bâtiments de trois ou quatre étages, située entre le théâtre des Amandiers et la cité où j’habitais faite de tours de 18 étages.
Mais la douleur, la surprise et la peur m’ont fait pleurer. C’est Mr Lambert, je crois, qui, devant toute la cour, a engueulé Philippe C. Celui-ci s’est fait tout petit. Cela a été la première et dernière fois où il s’en est pris à moi.
Certains garçons avaient la réputation d’être de très bons bagarreurs. Amar B frimait parce qu’il avait des grands frères qui se battaient bien et pouvaient le défendre. « Mais, en vrai », il n’était pas fort. C’est ce qui a pu se raconter.
Jacky W, qui était un bon bagarreur, a fait pleurer Amar un jour. Lors de l’unique bagarre – nous étions plutôt copains- que j’ai eue avec Jacky W (pour une raison que j’ai oubliée) j’ai très vite donné un coup de sabot. Ce jour-là, je portais des sabots. Jacky W s’est arrêté. Il est parti s’asseoir quelques minutes à quelques mètres. J’ai attendu, debout et prêt, les poings serrés, pieds nus dans mes sabots noirs. Jacky s’est relevé puis a fait la paix avec moi. J’ai accepté. Je suis reparti de mon côté. Je n’étais pas un bagarreur. Je n’avais rien à me prouver de ce côté-là.
William P avait combattu de façon héroïque face à Cyril T devant la cour de l’école. Cyril T l’avait provoqué. Peut-être parce qu’arrivé en CE2 ou en CM1, William P était nouveau dans l’école. Et, devant ses copains Philippe C, Enzo B, et son grand-frère, Cyril T a dû aller jusqu’au bout.
William P s’est très bien défendu. On m’a raconté. C’est peut-être William P lui-même qui me l’a raconté car on s’entendait bien. Après la bagarre, William a porté un bandage à la main mais il a été respecté et admiré. Cyril T l’a peut-être menacé mais c’était surtout pour ne pas perdre la face.
Dans l’autre école primaire de Robespierre, j’ai entendu parler d’un garçon d’origine vietnamienne, Teduc de V…. D’après la description, dès qu’il s’énervait lors d’une bagarre, il était terrifiant. Je ne l’ai jamais rencontré.
Lorsque j’étais en CM2, j’ai été atterré d’entendre des petites et des petits prononcer dès le CP des gros mots tels que « Ta mère la pute ! ».
Après être entré en 6ème, au collège Evariste Gallois, un tout petit peu en dehors de ma cité, je suis revenu deux ou trois fois dire bonjour à Mr Pambrun. Il m’a à chaque fois écouté durant quelques minutes. Lorsque je lui ai dit que, moi, au collège, je ne faisais pas de bêtises, il a répété mes propos en me souriant. Il a peu insisté. Mais j’ai compris qu’il n’en croyait pas un mot.
Comme d’autres copains, avec Jean-Marc T, en particulier, un Antillais d’origine martiniquaise né en France comme moi, rencontré en 6ème, j’ai commencé à voler dans le supermarché Félix Potin. Anciennement Sodim. Je volais n’importe quoi. J’en remplissais mes poches et n’en faisais rien. C’était d’autant plus idiot que le supermarché Félix Potin, le supermarché le plus proche de ma cité, était le supermarché où mes parents m’envoyaient faire des courses. Autrement, il y’avait le supermarché Suma situé du côté du collège Evariste Gallois. En face de Félix Potin, de l’autre côté de la route, peut-être avant la construction du grand parc de Nanterre, il y’avait un terrain vague. C’est là que Gilles S, qui habitait aux Canibouts, près des Pâquerettes et de l’hôpital de Nanterre où travaillait ma mère, a tenu à faire un concours avec Jean-Marc et moi. Pour savoir qui de nous trois avait la plus grande ou la plus grosse bite. Gilles S avait beaucoup de bagout. Il s’est soudainement retourné vers nous en pressant son zizi dans sa main pour nous montrer. J’ai refusé de participer. Je savais que les gros en avaient une petite.
Sur ce terrain vague, aussi, avec Jean-Marc, j’ai commencé à crapoter. J’ai vite arrêté. Aucun plaisir. En plus, cela prenait beaucoup de temps pour terminer une cigarette. Lorsque Francine B, rencontrée au collège, m’a dit plus tard que cela la calmait de fumer des cigarettes, cela m’a paru très abstrait.
C’est sur la route entre ce terrain vague (ou le parc de Nanterre) et Félix Potin, qu’un jour, des gardiens du parc ont poursuivi des jeunes de la rue Creuse qui avaient traversé le parc en mobylette. C’était interdit. Nous les avions regardés faire. Les deux jeunes, dont le grand frère de Cyril T je crois, déboulaient tête nue sur leur mobylette chaudron au moteur débridé. Ils étaient suivis environ cinquante mètres ou cent mètres plus loin par les deux gardiens du parc assis sur leur deux roues de fonction, vêtus comme des gendarmes avec leur képi sur la tête. Au compteur, il devait bien y avoir trente à quarante kilomètres heures d’écart entre les vélomoteurs réglementaires et de petite cylindrée des gardiens. Et ceux du grand frère de Cyril T et de son copain.
Nous étions plusieurs jeunes (uniquement des garçons sans doute) à regarder ça un peu comme s’il s’agissait du Tour de France. Nous encouragions évidemment les deux jeunes. Vu que les deux gardiens avaient le sens du devoir, cela a duré un moment. Sans suspense.
Non loin de là et à l’entrée du parc, la chapelle St Joseph où je suis allé au catéchisme. Lors des débats, le père André me donnait souvent l’impression que j’étais vraiment intelligent. Lorsque le groupe Police a commencé à être connu, avec d’autres jeunes, j’ai écouté et réécouté le titre Do Do Do Da Da Da. Au catéchisme, j’ai retrouvé un camarade de collège avec lequel j’ai davantage sympathisé- presque fraternisé la religion aidant- Roberto C, d’origine italienne.
Au collège Evariste Gallois, la dernière fois que j’ai vu Enzo B, il était entouré de policiers. Nous étions assez nombreux dans la cour du collège à assister à son arrestation. Le petit Enzo B (Enzo était de petite taille) avec lequel mes quelques échanges étaient sympathiques tout comme avec Cyril T et son grand frère, se tenait fièrement. Enzo est monté dans le camion de police. Je crois ne l’avoir jamais revu. Pas plus que je n’ai revu le grand Philippe C, Cyril T et son grand frère. Ou alors, je les ai revus et ne les ai pas reconnus.
Je ne sais comment. Un jour, j’ai su qu’il était possible de renifler la colle qui sert à poser des rustines lorsque l’on répare les chambres à air de nos vélos. Je ne l’ai pas fait. Je ne voyais pas ce que cela pouvait m’apporter.
Gilles P, un voisin de notre tour qui habitait avec ses parents quelques étages en dessous de notre appartement, mon aîné d’un ou deux ans, serait mort d’une overdose à l’héroïne. Je le croisais quelques fois en bas de notre tour, en attendant l’ascenseur, ou au collège. Son père était policier, je crois. Une des dernières images que j’ai de Gilles P, c’est lui, portant un maillot de foot vert et se battant avec une fille dans la cour du collège. Il avait dû la provoquer. Elle se battait très bien. Sa jambe allait haut. Gilles avait beau jouer la décontraction en reculant tel un boxeur pour éviter les coups, il n’avait pas gagné et avait plutôt été intimidé.
Une autre image me montre Gilles P un peu plus tard et portant un blouson de cuir noir, un Jean foncé près du corps et des baskets Adidas à trois bandes. Les groupes AC/DC et Trust étaient devenus des références musicales pour certains jeunes. Gilles P et moi nous sommes plus croisés que parlés. Deux ans d’écart, lorsque l’on est jeune, c’est beaucoup.
En 4ème, Patrice L m’a proposé un jour d’aller coucher avec une fille. Patrice a ajouté :
« Par contre, ramène l’eau de javel parce-qu’elle se lave pas… ». J’ai refusé.
Une autre fois, j’ai croisé Patrice alors qu’il s’amusait avec ses copains. Il m’a proposé de faire de la mobylette avec eux. J’ai refusé poliment et ai commencé à m’éloigner. Peu après, un camion de police est venu les embarquer.
En 3ème, Mme Epstein, notre prof de Français et professeur principal, petite femme au fort caractère et grande fumeuse, étonnée, nous demandait régulièrement :
« Pourquoi vous écrivez toujours des histoires qui se passent aux Etats-Unis ? Racontez des histoires d’endroits que vous connaissez… ». J’ai quelques fois essayé de réfléchir pendant quelques secondes. Je n’y arrivais pas.
J’ai aimé ma cité. Les représentants entraient comme ils voulaient dans notre tour. Lorsqu’ils s’arrêtaient devant la porte d’un appartement, ils faisaient vriller les tympans avec la sonnette. Puis, sans attendre la moindre réaction, ils passaient à une autre porte d’appartement et ainsi de suite dans les étages. 18 étages.
Sur notre palier, parmi nos voisins, figuraient les M. Ils claquaient la porte lorsqu’ils entraient. Ils la claquaient lorsqu’ils partaient. Je suis allé plusieurs fois chez eux. Christophe M, le fils, et moi étions assez copains. Il avait une voix assez aigüe à l’époque. Corinne, sa grande sœur aînée, avait beaucoup aimé le tube de Patrick Juvet : « Où sont les femmes ? ». A notre étage, on l’avait entendu et réentendu, plus qu’à la radio, ce tube.
Lorsque des gens se disputaient chez eux, on entendait tout. Pareil lorsque quelqu’un se décidait à attaquer un des murs de son appartement à la chignole. Quand un jeune décidait de roder sa mobylette, on était avec lui alors qu’il passait et repassait dans la cité, augmentant petit à petit la vitesse de son engin.
Le terrain de foot en cailloux situé entre ma tour, la tour 13 et la tour 14 avait ses périodes de grande fréquentation. J’y ai connu certains de mes petits matches de foot.
La création du centre commercial Les Quatre Temps à la Défense nous a apporté un renouvellement de notre environnement. Auchan et le Mac Donald.
Avec Jean-Marc, principalement, les premières fois, je suis aussi allé voler dans quelques magasins des Quatre Temps. Même si je m’étais déjà fait prendre une fois. A Suma. L’attrait était trop fort.
Collégien, je suis bien plus de fois entré dans le centre commercial les Quatre Temps qu’au théâtre des Amandiers devant lequel, pourtant, j’étais déja passé quantité de fois depuis l’enfance. Le théâtre des Amandiers fait pratiquement face à la piscine Maurice Thorez. Le théâtre des Amandiers était un endroit qui ne me parlait pas. Les personnes qui faisaient la queue, jusque dans la rue, pour y entrer, nous empêchaient parfois de passer. Ces personnes ne nous parlaient pas, ne nous ressemblaient pas, à mes copains et moi.
Mme Epstein, notre prof de Français de 3ème, nous a emmené voir Combat de Nègres et de chiens au théâtre des Amandiers. Ensuite, elle en a débattu avec nous. Malheureusement, contrairement à l’expérience de la bibliothèque en CE2 avec Mr Pambrun, cette fois-ci, je n’ai pas eu envie d’y retourner. Pourtant, le théâtre des Amandiers était bien plus proche de notre tour que la bibliothèque et le centre commercial des Quatre Temps. J’ignorais ce que le théâtre pouvait m’apprendre et me donner mais aussi ce que j’aurais pu, tout autant, lui donner. Il est vrai, aussi, que l’accès au théâtre était payant. On ne paie jamais pour entrer dans un centre commercial.
Au collège, ce qui me parlait, c’était la télé, le Foot, l’Athlétisme, Bruce Lee, Mohamed Ali, le Tennis, le Cyclisme, les acteurs américains, la musique noire américaine, les Etats-Unis résumés à New-York, le Reggae, la lecture.
Au collège, ce qui me parlait c’était la ceinture de mon père, son soutien scolaire, le créole, la Guadeloupe, la musique antillaise, la mémoire de l’esclavage, avoir des bonnes notes à l’école. Ma mère. Ma petite sœur et mon petit frère. Mon cousin Christophe qui habitait aux Pâquerettes près de l’hôpital de Nanterre. Et les copains.
Parmi ces quelques jeunes cités, et certains de leurs proches, femmes et hommes, il doit malheureusement s’en trouver plusieurs à qui la haine a su parler.
Franck Unimon, ce samedi 2 mars 2019. Fin de la 2ème partie de l’école Robespierre.
2 réponses sur « L’école Robespierre 2ème partie »
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