Posts made in mars, 2019

Center Park troisième et dernière partie

»Posted by on Mar 25, 2019 in Voyage | 0 comments

Center Park troisième et dernière partie

 

 

 

 

Center Parcs 3ème et dernière partie

 

 

L’eau du robinet est étonnamment bonne à Center parcs.

 

Hier soir, par curiosité, lors de notre promenade, je suis allé vérifier combien de personnes se trouvaient dans le centre aquatique : 900 !

Nous avons rencontré une copine de l’école de notre fille. Elle était avec ses parents et ses deux sœurs. J’ai reconnu le père que je salue quelques fois à la sortie de l’école. Souriant et sympathique, celui-ci m’a dit : « ça change d’Argenteuil, hein ? ». J’ai acquiescé poliment.

Ce matin, record absolu : un peu moins de 400 personnes à notre arrivée. Comme les autres fois, nous commençons à peine à enlever nos chaussures à l’entrée qu’une vingtaine de personnes nous rejoint.

Lors de notre premier jour, j’avais entendu un employé du Center Parcs dire qu’il y’avait plein de casiers hors services. Nous en faisons l’expérience ce matin. Ma compagne a beau apposer son badge sur une dizaine de vestiaires différents: Cela ne marche pas.

 

Nous réussissons à trouver une employée. Elle repart avec notre badge pour le tester. A son retour quelques minutes plus tard, elle me répond que notre badge est toujours actif. Mais elle constate –aussi- qu’elle n’arrive pas à fermer un quelconque casier avec celui-ci. Elle me propose de fermer notre casier avec son badge et de revenir la voir lorsque nous partirons. Elle termine son service à midi m’apprend t’elle. Il est alors onze heures. Je lui explique que nous resterons au centre aquatique bien après midi. Elle me propose alors de solliciter ses autres collègues qui prendront sa suite. L’idée de devoir solliciter ses collègues et de dépendre de la confiance qu’ils voudront ou pourront bien m’accorder est pour moi à éviter. Je décline cordialement et décide de caser les affaires de ma compagne et de ma fille dans mon casier que je réussis à ouvrir et à fermer de nouveau.

Ce matin, notre régularité au centre aquatique est récompensée. Notre fille a moins peur. Et elle découvre avec plaisir les joies des toboggans : Black Slide, Wide Slide, Jet Slide pour les enfants de son âge. D’abord avec moi. Puis, seule. Ensuite, nous allons tenter l’expérience de toboggans où, pour les enfants de son âge, la compagnie d’un adulte lors de la descente du toboggan est obligatoire.

Lorsque nous sortons vers 13h30, je revois le Mac Do posté stratégiquement devant le centre aquatique. Des parents y déjeunent avec leurs enfants. D’autres personnes y commandent leur repas sur une des bornes prévues à cet effet. Nous n’en faisons pas partie. Il y’a d’autres restaurants dans ce Center Parcs. Mais le Mac Do est le plus proche du centre aquatique. Plus proche que la boulangerie où je me dirige pour acheter nos deux baguettes quotidiennes. Le Mac Do est aussi plus proche du centre aquatique que le supermarché Proxy qui jouxte la boulangerie. Devant moi ce matin, une clientèle allemande. Mais il m’a semblé que la clientèle de ce Center Parcs était majoritairement française. Du moins celle que nous avons pu croiser et entendre parler.

Aujourd’hui, ma compagne et moi faisons rapidement notre bilan comptable. Vu que nous sommes venus avec quelques provisions, nous aurons peu dépensé lors de nos quatre jours à Center Parcs : 30 euros grosso modo. Si l’on excepte les 30 euros d’essence à l’aller pour faire le plein qui sera suffisant pour rentrer.

Nous aurions sans doute dépensé davantage s’il avait fait plus beau. En raison du ciel gris et de la pluie, nous nous sommes concentrés sur le centre aquatique -compris dans le forfait- et sur une petite promenade à pied l’après-midi avant de rentrer. Pas de passage dans l’un des magasins. Pas de commande de repas ou de restaurant. Pas de Mac Do. Et la télé est restée muette. Une radio aurait été bienvenue. Je m’en avise ce jeudi soir en mettant de la musique. Seul journal d’information : Le Canard Enchaîné. J’ai été étonné hier lorsque ma compagne m’a appris que Le Canard Enchaîné était en vente dans le rayon presse du supermarché Proxy.

L’expérience Center Parcs se terminera demain matin. J’en retire que cela peut être bien de retourner à l’Aquaboulevard avec ma fille. Et que cela peut être agréable et reposant à condition d’y rester quelques jours comme nous et ensuite de repartir ailleurs.

 

Depuis, nous sommes rentrés de Center Parcs. Et en discutant avec d’autres parents de l’école où se rend ma fille, j’ai découvert que plusieurs d’entre eux s’étaient rendus ou allaient se rendre au même Center Parcs. Ces parents faisaient l’éloge de Center Parcs :

« Il a fait beau » ; « Nous avons loué des vélos et nous avons pu faire des balades » ; « Nous avons fait du mini-golf » ; « Il y’a plein de choses à faire ! ». Devant eux, je me suis à chaque fois écrasé et les ai écoutés poliment. Plutôt qu’hypocrite, mon attitude avait à voir avec une sorte de pénitence : A Center Parcs, il est indéniable que la majorité des parents que nous avons croisés tenaient à transmettre le meilleur à leurs enfants. C’est ce que je me suis rappelé en découvrant l’enthousiasme de ces parents à me parler de Center Parcs. Et je me suis aussi rappelé que moi, si j’ai accepté de me rendre à Center Parcs, c’est parce-que je fais désormais partie de cette catégorie de parents.

Franck Unimon, ce lundi 25 mars 2019, “loin” de Center Parcs. Enfin, c’est ce que je crois.

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L’école Robespierre 3ème et dernière partie

»Posted by on Mar 18, 2019 in Echos Statiques | 2 comments

L’école Robespierre 3ème et dernière partie

 

 

L’école Robespierre 3ème et dernière partie

 

« Nous sommes comme une petite famille et tout le monde nous déteste. Et, en même temps, cela met du piment dans ma vie. Tout ce que font mes anciens amis me semble terne et sans intérêt ».

Dans le documentaire Exit-La Vie après la haine, la réalisatrice Karen Winther retrouve le professeur Tore Bjorgo (professeur et directeur en Norvège d’un centre de recherche sur les Extrémismes) qu’elle avait rencontré alors qu’elle était encore dans la mouvance fasciste. Celui-ci avait pris des notes.

Guro Sibeko, l’amie alors militante de gauche, qui a aidé Karen Winther à sortir du fanatisme en l’hébergeant durant quelques temps lui dit dans le documentaire :

« Tu étais triste et frustrée. Et tu ne captais rien. Tu voulais qu’on te dise quoi faire et quoi penser. C’est comme si tu attendais de nouvelles personnes qui auraient réfléchi à ta place ». Avec un sourire figé, Karen Winther regarde Guro Sibeko tandis que celle-ci se remémore la Karen qu’elle était alors. Guro Sibeko est une Madame. Ainsi qu’une résistante. Qui la connaît ? J’ignore, si, à la place de Guro Sibeko, j’aurais eu le courage ou l’envie de recevoir chez moi une Karen Winther passée par l’extrême droite. Karen Winther fut-elle une de mes anciennes amies ou connaissances. En effet, il arrive que l’on craigne que l’amie ou la connaissance « égarée » et désemparée que l’on recueille afin de l’aider se révèle une menace qui, finalement, empoigne notre foyer.

Il y a plusieurs années, à Paris, lors d’une soirée, j’avais croisé une personne persuadée que lors de la Seconde Guerre Mondiale, elle aurait fait partie de la résistance. Nous étions plusieurs autour de lui lorsque cet homme avait affirmé :

« Lorsque je rencontre quelqu’un, je me demande toujours si cette personne aurait fait partie de la résistance ».

J’avais jalousé l’assurance de cet homme. Je l’avais aussi trouvé très prétentieux. Je n’étais pas allé jusqu’à me demander si cet homme lisait à travers moi mieux que je ne me décryptais moi-même. Des personnes que je considère très intelligentes, très cultivées et très sûres d’elles-mêmes parmi mes connaissances et rencontres, ou dont je lis et « vois » les engagements, défendent des valeurs que j’estime proches des miennes. Cela me fait du bien même si, paradoxalement, partager des valeurs communes est insuffisant pour être proche d’une autre personne. Néanmoins, parfois, je me demande ce qui retient ces personnes de penser et de réagir tout à fait différemment : comme des personnes d’extrême droite, des fanatiques ou n’importe quel terroriste. Je me demande quels sont leurs « gardes fous ». Je me demande ce qui empêche les super héros Superman, Black Panther, Wonder Woman et Ororo, celles et ceux qui, dans la vraie vie, à mes yeux, leur ressemblent, d’être du côté des sadiques et des fascistes.

On aimerait que la bravoure morale qui différencierait les héros des salopards soit aussi nette, lorsqu’elle s’exprime, que la lame de la baïonnette ou du rasoir. Mais je sais que l’être humain reste insaisissable. Et aussi que toute personne a ses limites. Un film comme Apocalypse Now de Coppola nous a montré ça. Mais aussi Stalker de Tarkovski.

Une erreur d’appréciation fréquente consiste à considérer comme « cons » ou « idiots » toutes celles et tous ceux qui défendent des valeurs contraires aux nôtres. A mon avis, Spike Lee, dans son dernier film BlacKkKlansman( film récemment oscarisé et dont je parle dans la rubrique Cinéma de ce blog) fait cette erreur. Dans son film, la majorité des racistes et adhérents du KuKLuxKlan sont des abrutis. Des très dangereux abrutis mais des abrutis quand même.

Un téléfilm en deux parties, Alias Caracalla, au Cœur de la Résistance réalisé par Alain Tasma en 2013 est inspiré du livre Alias Caracalla, écrit en 2009 par Daniel Cordier, ancien secrétaire de Jean Moulin. Ce livre de Daniel Cordier est depuis sa parution devenu une référence et un exemple sur l’Histoire de la résistance en France lors de la Seconde Guerre Mondiale. Daniel Cordier, comme d’autres résistants connus ou anonymes, est un Monsieur. Pourtant, au début de son engagement dans la résistance, si j’ai bien compris, Cordier, bien que très cultivé, était plutôt antisémite. Vu que je n’ai pas encore pris le temps de lire intégralement son ouvrage, j’ignore encore ce qui lui a permis de changer d’opinion intellectuelle et morale et de cesser d’être antisémite.

Pour expliquer la complaisance de certaines et certains dans leur rôle de bourreaux et d’extrémistes envers leurs victimes et boucs émissaires, certains « spécialistes » souligneraient peut-être davantage le manque d’intelligence émotionnelle et d’empathie, ou un certain mépris pour ces facultés. Pour certaines et certains , l’intelligence émotionnelle et l’empathie, une certaine forme de sentimentalisme, sont des marques de faiblesse. Etre « dur » au mal, inflexible et tranchant est valorisé. On peut retrouver ces valeurs dans le corps militaire, en politique, dans un certain rapport au sport, dans le monde du travail, dans certaines relations familiales, amicales, ombilicales et amoureuses ou l’on se montre « dur comme le cuir » ou « dur à cuire ». Les « héroïnes » et les « héros » qui incarnent ces valeurs avec « réussite » sont montrés en exemple et courtisés. Celles et ceux que ces modèles bousillent sont relégués dans les divisions de l’oubli ou on leur fournit un mandat de déplacement avec aller simple pour une destination si possible inconnue de tous et éloignée de tout. Nous voulons des winners. We Shall overcome ! Si Nou Moli Nou Mo ! (Si on se ramollit, on crève !).

On peut souhaiter critiquer cette mentalité quelque peu « bourrine » et assassine et préférer louer tout ce qui a trait à « l’émotionnel », à la poésie, au sentimentalisme, à la sensibilité et à la « communication ». Mais ce serait manquer de réalisme. Ce serait oublier que bien des entreprises humaines ont eu besoin et ont besoin de l’engagement de la force brute et de l’expérience de personnes dures au mal afin de survivre et de réussir. Le film Green Book de Peter Farrely a lors des derniers Oscars (ce dimanche 24 février 2019) été diversement apprécié par certaines personnalités et journalistes. J’ai prévu de donner mon avis sur ce film dans ce blog. En attendant, dans le film Green Book, je constate que lorsque le Dr Shirley décide de se rendre dans les Etats Unis racistes, il choisit Tony Lip comme homme à tout faire. Et qui est Tony Lip ? Plutôt un bourrin et un homme dur au mal. Pas du tout un esthète et un intellectuel. En cela, le film me semble « juste » :

il est quelques circonstances dans la vie où se contenter d’observer et de pratiquer les manières polies nous réduit au statut de proie et de victime.

En outre, Tony Lip est néanmoins un homme dont certains des principes et valeurs rejoignent ceux du Dr Shirley.

Dans le documentaire Exit-La vie après la haine, David Vallat, ex-jihadiste au sein du GIA, auteur du livre Terreur de jeunesse, affirme :

« Lorsque vous êtes Jihadiste, vous n’avez pas peur de mourir. Vous souhaitez mourir ».

Alors qu’il est en prison, David Vallat lit deux livres par jour. Il découvre que la vie est faite de nuances dès son arrestation où, durant quatre jours, on le traite correctement. Il s’attendait à être brutalisé. Il comprend que la doctrine jihadiste lui a menti. Il explique aussi avoir vécu une « énorme dépression » et ressenti une « angoisse terrible » en sortant de prison. Car il était alors isolé et complètement déconnecté. Et il se demandait par quoi il pourrait bien remplacer le vide idéologique laissé par l’abandon du jihadisme. Il dit l’avoir remplacé par une histoire d’amour et par le travail.

Au cours du documentaire, Angela King révèle, en entendant une autre extrémiste repentie, qu’avant de devenir extrémiste, elle aussi s’était faite violer et qu’elle en avait conçu une grande colère. Plusieurs de ces anciens extrémistes racontent la difficulté à quitter leur milieu activiste : eux comme leurs familles sont menacés et l’ont été. Ils sont obligés de se cacher, de changer de région ou de pays. De cercle relationnel.

On cite souvent le film American History X (1998) de Tony Kaye pour parler de l’extrémisme contemporain. Il est d’autres films qui en parlent- aussi- très « bien » et, voire, jusqu’au terrorisme : L’attentat de Ziad Doueri, Le Ciel attendra de Marie-Castille Mention Schaar, Un Français de Diastème , Incendies de Denis Villeneuve ou Nocturama de Bertrand Bonello en font partie.

D’après le documentaire Exit-La Vie après la Haine, il ressort que le fanatisme, l’extrémisme et le terrorisme deviennent les équivalents d’une addiction. D’une passion. D’une transe au cours de laquelle on se sent supérieur à celles et ceux qui sont extérieurs à notre groupe ; d’une identité sociale ; d’une forme de pensée automatique qui prend le dessus sur une certaine aptitude au discernement et à l’autocritique.

L’autocritique, l’autocensure, la capacité à prendre l’initiative d’une décision contradictoire et/ou bienveillante comme ces deux codétenus turcs qui ont secouru Manuel Bauer, ces détenues noires qui ont protégé Angela King, le journaliste qui a rencontré et fait douter Ingo Hasselbach, Guro Sibeko et son petit ami d’alors qui avaient recueilli Karen Winther sont des actes de résistance. Des actes de résistance réalisés par des Mesdames et des Messieurs et toutes celles et ceux qui leur ressemblent, connus ou inconnus. Et Manuel Bauer, Ingo Hasselbach, Angela King, Karen Winther, David Vallat, même si leurs actions passées sont repoussantes sont aussi d’une façon ou d’une autre des Mesdames, des Messieurs et des résistants : dans ce documentaire, ils ne nous parlent pas de celles et ceux qu’ils ont pu côtoyer et dont ils ont pu être proches alors qu’ils étaient fascistes, terroristes ou néo-nazis et qui ont préféré rester dans le « mouvement » même s’ils avaient, eux aussi, des doutes. Par conformisme ou par peur des représailles.

 

A l’école Robespierre où j’ai commencé ma scolarité puis ensuite ailleurs au collège, au lycée et dans ma cité où j’ai grandi, j’ignore dans quelle proportion celles et ceux que j’ai croisés sont devenus extrémistes, néonazis, fascistes ou résistants. Mais je sais , qu’elles et ils se fassent un jour connaître ou non, qu’il en est bien quelques unes et quelques uns parmi eux qui quelque part ou en ce moment sont des Mesdames et des Messieurs qui rejettent « l’ensaignement ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Franck Unimon, ce lundi 18 mars 2019. L’école Robespierre, 3ème et dernière partie.

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Center Park 2ème partie

»Posted by on Mar 12, 2019 in Voyage | 0 comments

Center Park 2ème partie

 

 

 

                                                    Center Park 2ème Partie.

 

« Tu as l’air de t’ennuyer ? » me demande gentiment ma compagne alors que nous sommes dans l’eau. J’élude poliment. Hier soir, après avoir déposé notre voiture au parking à l’entrée de Center Park comme le veut le règlement, j’avais fait un peu de repérage. Un peu plus de quatre cents personnes se trouvaient alors au centre aquatique Aquamundo. Il était un peu plus de 19h. Ce chiffre m’avait semblé élevé. Comme hier, le temps sera couvert et pluvieux durant notre séjour. Et assez frais. Il faisait environ 6 degrés hier soir.

Nous sommes un peu plus de six cents ce matin dans le centre aquatique. Dans le bassin où nous nous trouvons, j’ai l’impression de me trouver à Calcutta, dans le Gange, parmi des milliers d’Indiens. L’environnement me fait la même impression que l’Aquaboulevard plusieurs décennies plus tôt et je subis un véritable ippon mental. Les endroits sont des robots qui se déplacent et se mettent dans les dispositions qu’on leur demande.

En plus de cela, l’eau, plus ou moins propre, est froide. J’ai du mal à me faire à cet écart entre cette apparence de climat et de décor tropical et cette sensation de douche froide. Pour arriver jusqu’au bassin, nous avons dû fouler plusieurs dalles humides dont l’état me convainc qu’elles transforment les pieds en pieds à verrues. Autour de moi, les gens sont contents. Tout le monde est content. J’agrémente mon retour à l’Aquaboulevard, car je persiste à penser que nous sommes bien à l’Aquaboulevard, de regards circulaires. Ces regards circulaires me permettent d’enregistrer les données correspondant à notre présence ici. Le toit rappelle le dôme du film Hunger Games. Dans l’eau, immergée jusqu’au nombril, une employée de Center Park, en bermuda noir et tee-shirt rouge, prend des gens en photo. Service payant. Je me demande depuis combien de temps elle patauge dans l’eau. Un Maître-nageur, blasé, assis sur son siège un peu surélevé, porte des embouts en caoutchouc dans les deux oreilles. Quelques minutes plus tôt, alors qu’elle était à moins de cinquante centimètres de moi, ma compagne a dû forcer la voix pour que je comprenne ce qu’elle me disait. Bien que nous soyons un certain nombre à nous côtoyer dans l’eau, chacun est dans sa bulle avec son prochain, sa progéniture ou sa famille. Dans une sorte de voisinage cordial et tout autant indifférent.

Lorsque je me décide à découvrir un peu plus le centre acoustique, pardon, le centre aquatique, je croise un autre maître-nageur puis un suivant. Quelle que soit l’action qu’il est alors en train d’entreprendre, déambuler, être assis ou rester immobile et surveiller, chacun semble avoir, depuis très longtemps, renoncé à prendre la peine de saluer les usagers. Il y’a tellement de monde. Tellement de bruit. Tellement d’agitation.

A « l’écart », dans un bassin privatisé, trois personnes font de l’aquagym au son d’une musique choisie. Un homme a l’air d’être le moniteur face à deux femmes. Ils sont tous les trois sérieux, silencieux et concentrés. Cela fait marrer deux adolescents qui passent par là et regardent ça de haut. Puis, les deux adolescents s’éloignent, sûrement en direction d’un toboggan ou de la rivière sauvage. Les panneaux préconisent de rester assis ou de se mettre sur le dos et interdisent de porter des lunettes de natation. Mais plusieurs personnes, dont des mineurs, portent lunettes de natation et/ou se lancent allégrement tête la première en se mettant sur le ventre.

 

Après environ une heure trente dans le centre aquatique, nous partons. Les bons côtés sont que nous reviendrons. L’accès au centre aquatique est compris dans le forfait. Cette régularité permet de mieux se familiariser avec les éléments. Notre fille s’est plutôt bien amusée. Je referai du toboggan et de la rivière sauvage. Alors que nous sortons, je regarde le compteur afin de voir si en venant plus tard, nous aurions été plus à l’aise : 602 personnes. Donc, pas de regret. Autres bons côtés : le pain vendu est bon et à un tarif acceptable. 1 euro 20 la baguette. 1,95 euro, la Florentine faite avec de la farine de levain. J’appréhendais la miche de pain industrielle. Et j’étais prêt à sortir de l’Aquaboulevard, pardon, du Center Park, pour en acheter s’il le fallait. Enfin, lorsque j’allume mon téléphone portable pour la première fois de la journée, il est un peu plus de 14h.

 

Franck Unimon à Center Park, fin de la 2ème partie.

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Center Park 1ère partie

»Posted by on Mar 10, 2019 in Voyage | 0 comments

Center Park 1ère partie

 

 

                                                    Center Park 1ère Partie

 

Center Park est une pensée. Je me suis réveillé ce matin avec cette idée dans la tête après notre première nuit de séjour. Il en reste trois autres à venir.

En bas de « notre » cottage, ma compagne et notre fille sont déjà debout. Notre fille est joyeuse. Cela s’entend. Lors de ces vacances scolaires, j’ai accepté de faire un séjour dans une pensée. Pour des raisons pratiques :

« Ce n’est pas loin en voiture. Ça change. En plus, il y’a tout sur place et il y’a plein de choses à faire » ; « Et puis, pour les enfants, il y’a de l’espace. Ils sont contents ! ».

Il a été répondu à ma compagne qu’en dehors de Center Park, la première ville accessible est assez loin et sans intérêt.

Mais il y’a d’autres avantages à partir en vacances à Center Park : « Ce n’est pas trop cher ». Même si tout y est conçu pour que la note se rallonge. Une fondue savoyarde livrée coûte près de vingt euros pour une personne sachant que seules les commandes à partir de deux fondues sont acceptées. L’accès à la Wifi est payant.

Cependant, pour des raisons sociales et de bonne intelligence, l’absence de Wifi et les conditions du séjour- le côté isolé de Central Park- sont un bienfait : Le témoignage – très enthousiaste- de ma sœur le soir de notre arrivée coïncidait avec leur retour d’un autre Center Park. Quelques heures plus tôt, son enthousiasme avait failli être écrasé par l’arbre de cinq mètres tombé sur le pare-brise de leur véhicule alors qu’ils quittaient le Center Park. Le vent soufflait encore assez fort hier (jusqu’à cent kilomètres heures et plus) et l’état d’alerte orange était encore en cours lorsqu’ils avaient dû partir « avant dix heures » de leur Center Park. Heureusement, personne n’a été blessé dans la voiture.

Mais cela ne doit pas nous détourner des arguments en faveur de Center Park.

Et puis : « Toi qui dis que les gens sont trop connectés et passent trop de temps sur internet et sur leur téléphone portable » ; « Si tu n’es pas content, organise-nous un voyage et paie le nous…si tu as de l’argent ». « Organiser tout ça m’a demandé du temps… ».

J’en rajoute un peu.

Notre départ pour Center Park s’est passé différemment et de façon plus détendue. Mais il est vrai qu’organiser un séjour quelque part, cela demande du travail. Depuis plusieurs semaines, je savais que nous allions quelque part. J’ai appris quelques heures avant de prendre la voiture où nous allions. J’avais un petit peu supposé que cela pouvait être Central Park. J’espérais me tromper. Je l’ai accepté car c’est une expérience à vivre. Et aussi parce-que, avant les lieux, il était pour moi plus important de partir avec ma compagne et notre fille.

Ceci étant dit, Center Park et l’Aquaboulevard, pour moi, sont le même genre d’endroit. Et, cela, depuis des décennies. Au moins depuis ce jour où j’avais accepté d’accompagner une amie parisienne toute contente de découvrir avec moi l’Aquaboulevard, métro Balard. Soit pratiquement au bout opposé de mon lieu de domicile. J’habitais alors Cergy-Pontoise. A peine arrivés dans l’enceinte de l’Aquaboulevard, j’avais été déconcerté. D’abord, il avait fallu payer l’entrée. J’en avais été informé. Citadin de naissance, je suis familier avec la fréquentation des piscines. Ce qui fera sourire et grimacer les puristes ou les pratiquants des rivières, des lacs et des mers. Mais j’étais aussi un Antillais de France. J’étais peut-être un « faux » antillais (oui, car il est supposé exister des « vrais » et des « faux » antillais ou des « bounty » si l’on préfère : noirs dehors et blancs à l’extérieur ) cependant, j’avais déjà mis les pieds plusieurs mois, plusieurs fois, en Guadeloupe. Et je savais qu’en dehors de la pensée de l’Aquaboulevard qui entendait rivaliser (ou faire oublier) avec la nature tropicale originale, il y’avait beaucoup mieux. Je l’avais déjà vu et vécu plusieurs fois sans payer. Et là, je me retrouvais entouré de plein de gens heureux à qui l’Aquaboulevard donnait à vivre du merveilleux. Un peu comme si on vendait trois à quatre fois plus cher à une clientèle nombreuse la mauvaise copie d’un mets original. Un peu comme si on convainquait des milliers de personnes que le Reggae de Pierpoljak ou de Yannick Noah est deux cent fois supérieur à celui de Bob Marley ou de Black Uhuru de l’époque de Michaël Rose et de la paire Sly Dunbar& Robbie Shakespeare.

A l’Aquaboulevard, j’avais fait au mieux pour mettre mes réserves en veilleuse devant mon amie Gavroche. Car, là aussi, le plus important pour moi était d’être avec elle. Etant donné sa grande perspicacité, il est possible qu’elle m’ait néanmoins démasqué. Pourtant, je crois aussi, et c’est en principe une des grandes leçons de notre enfance, qu’il en faut peu pour se distraire. Avec cette amie et d’autres comparses, quelques années plus tôt, à son initiative je pense après avoir vu d’autres enfants le faire, nous avions bien passé une après-midi à nous amuser à glisser sur des planches en carton depuis le haut d’une colline d’Edimbourg, en Ecosse. Nous avions entre 19 et 23 ans. Et, aujourd’hui encore, parmi tous les loisirs et les moyens de distraction que nous utilisons, gratuits ou payants, sportifs ou non, je m’étonne par moments, qu’une fois adultes, nous ayons à ce point pu avoir rejeté un jeu comme celui de la balle au prisonnier. Bien entendu, je n’en parle pas à mon entourage, professionnel comme personnel car il est désormais évident pour tout le monde que nous avons d’autres envies- telles que faire les courses et les magasins- ainsi que tant d’autres priorités.

Toutefois, quelle surprise avec Center Park, des années plus tard, de revenir à ce qui ressemble à un même point de départ mais cette fois-ci avec femme et enfant. Et d’être là plus par devoir, par esprit de conciliation et de bon sens que parce-que cela correspond à un de mes projets.

 

Franck Unimon à Center Park. Fin de la 1ère Partie.

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Noire N’Est Pas Mon Métier

»Posted by on Mar 9, 2019 in Puissants Fonds | 0 comments

Noire N’Est Pas Mon Métier

 

Noire n’est pas mon métier

 

16 actrices noires témoignent d’après une idée d’Aïssa Maïga

 

« Le noir, ça va avec tout ». On a déjà entendu ça quelque part. Dès qu’il s’agit de se mettre à son avantage, de se donner du volume et une bonne image de soi. Vêtement, maillot de bain, paire de chaussures, cosmétique, voiture, vernis à ongle, lunettes de soleil. Même le pétrole, qui permet à l’industrie automobile et à d’autres industries de faire de gros chiffres d’affaires, est noir.

Il est plein de circonstances où la couleur noire, sûrement l’une des plus employées de par le monde, est pratique. Fréquentable. Estimable. On veut être pris au sérieux dans ses fonctions, susciter un air de dignité ? On optera pour un peu de noir voire pour une intégralité de noir. Un peu de trouble et de mystère ? Optons pour du mascara.

Ce serait une erreur de considérer le noir comme la couleur attitrée du deuil et du malheur. D’abord, dans certaines cultures, ce serait plutôt le blanc qui remplira cet office. Ensuite, il faudrait dire à tous les rockeurs et Hard Rockeurs- vivants et enterrés- d’aller se rhabiller et de remplacer le noir de leurs vêtements et de leur musique par du blanc ou du vert par exemple. Il est alors probable qu’ils nous regarderaient de travers et ne comprendraient pas ce qu’on leur baragouine.

Récemment, Karl Lagerfeld est mort. On sait nous parler de sa disparation et de ce qu’il a apporté au monde de la culture et de l’art. Je suis bien moins expert que beaucoup d’autres pour en parler. Je le deviendrais peut-être un jour. Cependant, en tant que grand couturier, Karl Lagerfeld, et celles et ceux qui l’ont précédé, regardé, ainsi que celles et ceux qui lui ont survécu ou se réclameront de lui, en a conçu des vêtements classieux tout en noir. Et, lui-même, comment s’habillait-il ? Les photos les plus connues de lui le montrent souvent portant du noir. Et c’est beau. C’est racé. C’est élégant. Racé ? Oui, racé. Quelle classe ! Personne ne compare Karl Lagerfeld à une guenon ou à Cheetah, l’amie de Tarzan que celui-ci a rencontré un jour sur les réseaux sociaux de la jungle.

Etonnamment, dès que la couleur noire s’anime et devient la particularité d’une personne faite de tissus cutanés, le temps se gâte. Un abîme s’avance. Et, dans certains milieux autorisés, on commence à converger, inexorablement, vers un traquenard fait de miroirs déformants, d’extrapolations, de rumeurs et de superstitions. Un certain racisme se déchaine. Le racisme ressemble à un organe. Il est possible qu’après avoir été longtemps couvé, qu’il devienne autonome, échappe à son créateur, et soit capable de se dupliquer sans fin en se diversifiant, lui qui refuse à d’autres d’être différent de lui.

Le racisme, c’est peut-être l’histoire de Blanche Neige jalousée par sa belle-mère. Entre les deux, un miroir sert de frontière et les départage. D’un côté, une belle mère droguée à sa propre image qui se rêve parfaite. D’un autre côté, la jeunesse insouciante qui ignore que son rayonnement est l’annonce du flétrissement, inévitable de toute façon, de la belle-mère. Il est des personnes, dès qu’elles avancent en âge, qui prennent le parti de l’accepter, de s’allier à la jeunesse, d’apprendre d’elle, de lui transmettre le meilleur et de s’effacer. Il en est d’autres qui veulent continuer à régner et sont prêtes à tout emporter avec elles dans le gouffre plutôt que de concevoir que le monde puisse leur survivre.

Tant que la couleur noire qualifie un objet, ça va. L’organe raciste se met en veille. Dès que la couleur noire prend forme humaine avec une personnalité propre, l’organe raciste se réveille et se met en alerte car le « danger » approche. Et ça peut déraper à n’importe quel moment :

« Pour une Noire, vous êtes vraiment intelligente, vous auriez mérité d’être blanche ! ».

Dans le milieu du cinéma, l’actrice Nadège Beausson-Diagne a eu la primeur de cette photosensible réflexion qui l’a mise sur le côté. Elle et quinze autres actrices françaises témoignent dans le livre Noire n’est pas mon métier de ce que le racisme a pu leur faire au cours de leur carrière. Car leur particularité la plus flagrante est d’être noires.

« Oh, la chance d’avoir des fesses comme ça, vous devez être chaude au lit, non ?».

L’actrice Nadège Beausson-Diagne, encore elle, a reçu ce « compliment ». Elle ne nous dit pas- « la coquine ! »- si c’était le 14 février, jour de la St Valentin.

Mata Gabin, Maïmouna Gueye, Eye Haïdara, Rachel Khan, Aïssa Maïga, Sara Martins, Marie-Philomène NGA, Sabine Pakora, Firmine Richard, Sonia Rolland, Magaajyia Silberfeld, Shirley Souagnon, Assa Sylla, Karidja Touré et France Zobda sont avec Nadège Beausson-Diagne les 16 actrices noires françaises qui témoignent dans ce livre. Et vu que nous sommes encore aujourd’hui le 8 Mars 2019, soit le jour « officiel » de la Femme, les nommer ce jour-là permet doublement de les honorer, elles et celles et ceux qui leur ressemblent qu’ils soient noirs ou pas d’ailleurs. Mais ici, le thème du livre est d’abord la peau de couleur noire.

« Parce-que, pendant des siècles, cette couleur de peau était aussi celle des esclaves, des colonisés, parce qu’elle reste un fantasme exotique ou qu’elle renvoie à une classe sociale pauvre, il faudrait qu’elle raconte encore et toujours cela au cinéma » ( l’actrice Rachel Kahn).

L’héritage du passé colonial de la France est pour quelque chose dans ce regard sur les Noires et Noirs de France. En étant un tout petit peu excessif, il doit bien se trouver aujourd’hui en France quelques personnes qui estiment – en toute bonne foi- que c’est déjà très bien que les femmes et les hommes noirs soient acceptés dans les transports en commun, dans les écoles et dans les lieux de soins. Deux cents ans plus tôt, il en aurait été tout autrement :

C’est donc bien la « preuve » que la France est un pays évolué et très tolérant. Et « notre » cher et charismatique Général de Gaulle parfois surnommé « Papa de Gaulle », lors du défilé de la Victoire sur les Champs Elysées à la fin de la Seconde Guerre Mondiale en 1945 a aussi envoyé un message très fort en expurgeant des troupes victorieuses les Arabes et les Noirs- pourtant français- qui avaient aussi contribué à libérer la France.

La France républicaine, démocratique et exemplaire, a attendu 2007 pour qu’un Président de Droite nomme une Française d’origine arabe au poste prestigieux de Ministre de la Justice. Et il a fallu attendre 2012 pour qu’un Président socialiste- le parti socialiste étant censé être plus progressiste qu’un parti de Droite- nomme une Française d’origine guyanaise – donc, noire- au même poste prestigieux de Ministre de la Justice. Peu importe que, pour des raisons différentes, Rachida Dati, pour la première, et Christiane Taubira, pour la seconde, aient quitté leurs fonctions avant la fin du quinquennat présidentiel. Le symbole est là : la France politique a dû attendre le 21ème siècle pour s’ouvrir à un début de réelle diversité en nommant des Français « d’origine » à des fonctions prestigieuses. Avant cela, bien-sûr, il y’avait eu quelqu’un comme Roger Bambuck- Un Noir qui courait vite lorsqu’il était athlète de haut niveau-  au poste de Secrétaire de la Jeunesse et des Sports.

Mon père, encouragé par l’Etat Français, comme d’autres milliers d’Antillais à venir travailler dans l’Hexagone- au détriment du développement économique de sa Guadeloupe natale- dans les années 60 affirmait il y’a plus de vingt ans : « Je vois plus facilement un Noir être élu Président aux Etats-Unis qu’en France ! ». Pour mon père, la France est un pays de Blancs. Racistes. Pour lui, je n’ai rien à faire en France depuis que je suis diplômé. Je devrais vivre en Guadeloupe ou même à l’Etranger. Mais pas en France. En 1999, en acceptant une mutation professionnelle, mon père est retourné vivre dans sa Guadeloupe natale quelques années avant de prendre sa retraite. Il avait 22 ans lorsqu’il était arrivé en France en 1966. Ma mère en avait 19 en 1967 lorsqu’elle avait quitté sa Guadeloupe natale comme mon père afin d’y trouver du travail.

Barack Obama a donné en partie raison à mon père en devenant le Premier Noir Président des Etats-Unis de 2009 à 2017. Il faudra un jour que je prenne le temps d’en discuter avec Barack. D’autant que son élection n’a pas fait de lui ou des Etats-Unis un Président et une Nation irréprochables. Barack Obama, c’est aussi celui qui, lors de son premier discours d’investiture a pu dire : « Nous n’allons pas nous excuser pour notre mode de vie ! ». Ce qui signifiait qu’il entendait poursuivre avec le même panache et le même aplomb bien des actions de la politique américaine en matière d’ingérence militaire comme en termes de non respect de l’écologie par exemple. En outre, après lui, l’élection de Donald Trump en 2017 fait penser à la revanche d’une certaine Amérique raciste. Et aussi encore plus libérale et individualiste. Donc, nous pondérerons notre enthousiasme envers Obama et certains exemples qui nous viennent des Etats-Unis. Si je cite Obama ici, c’est pour le symbole. Et pour cette forme d’ Espoir qu’il a pu un moment et certaines fois représenter en faveur d’un Monde plus ouvert et moins raciste. Parler des Etats-Unis, c’est aussi parler de cinéma d’une certaine façon. Il existe là-bas un certain « Savoir-faire » dans le domaine.

Noire n’est pas mon métier est paru en France 2018. Ces 16 actrices françaises qui témoignent tournent sur les planches ou au cinéma depuis le début des années 80 pour les plus expérimentées. J’ai beau être assez cinéphile et sensible au sujet de la présence des Noirs dans le cinéma français, je connaissais de visage et de nom seulement cinq de ces seize actrices : Aïssa Maïga, Firmine Richard, Sara Martins, Sonia Rolland et Shirley Souagnon. Le hasard veut que Shirley Souagnon soit actuellement sans doute la plus connue de toutes. Or, Shirley Souagnon fait partie des trois absentes sur les deux photos du livre avec Eye Haïdara et Magaajyia Silberfeld. Même si elle est actrice, Shirley Souagnon est aussi-principalement- l’humoriste du groupe, une humoriste engagée et consciente. Par choix. Pour avoir regardé certains des sketches de Shirley Souagnon, je sais qu’elle ne ménage pas son public : elle est loin d’être la petite rigolote noire que l’on a envie d’inviter à son anniversaire pour qu’elle nous fasse passer un bon moment. Je lui trouve une certaine agressivité et elle ne me fait pas rire pour l’instant. Mais elle n’a sans doute pas d’autre choix : d’une part parce qu’elle est homo dans un monde hétéro activement homophobe y compris parmi les Noirs. D’autre part parce qu’elle sait que le fait d’être Noir (e) et comique expose à être considéré comme une gentille irresponsable. D’une manière générale, à moins d’user de l’ironie ou de l’humour noir, le comique (peu importe sa couleur de peau, son genre ou sa préférence sexuelle) reste d’abord souvent considéré comme une espèce de farfelu pour qui la légèreté et la sérénité sont des évidences. Et, pour beaucoup, c’est une surprise régulièrement renouvelée de constater au travers d’un rôle dramatique ou d’une confession touchante que le comique peut être plus endolori et plus grave qu’il ne le montre. Pour le moment, je préfère largement Shirley Souagnon dans le rôle qu’elle a tenu dans la série Engrenages à ce que j’ai vu- et entendu d’elle- en tant qu’humoriste.

Je connaissais France Zobda de nom mais j’aurais été incapable de citer un film lui correspondant en tant qu’actrice. Même si j’avais déjà entendu parler du film Adieu Foulards réalisé en 1983 par Christian Lara et vu, en décalé, le Black Mic-Mac réalisé en 1985 par Thomas Gilou. Je n’ai toujours pas vu Les Caprices d’un fleuve réalisé en 1996 par Bernard Giraudeau et joué également par lui-même et d’autres acteurs français plutôt confirmés.

« Dans ma ville, Paris, les Noirs sont partout. Dans les films, nulle part ». (L’actrice Aïssa Maïga).

Les noms et les visages d’Assa Sylla et de Karidja Touré auraient pu peut-être me dire quelque chose. Mais je n’ai pas vu le film de Céline Sciamma qui les a fait connaître : Bandes de filles, réalisé en 2014. Même si je me rappelle de ce film et de sa campagne d’affichage.

Karidja Touré s’interroge : « Pourquoi est-ce qu’on n’a pas fait la couverture d’un grand magazine comme Elle ? Avec nos visages d’actrices noires en Une ? ».

J’ai envie de répondre à Karidja Touré :

Parce-que je doute que le magazine Elle mette en couverture des personnalités comme Béatrice Dalle ou Brigitte Fontaine qui sont des femmes blanches. Alors, mettre en couverture de Elle quatre jeunes actrices noires qui veulent conquérir le cinéma français, c’est lui demander l’impossible.

Photo ci-dessous prise ce jeudi 11 avril 2019 au matin et ajoutée ce jour-même. Karidja Touré est la deuxième en partant de la droite, Assa Sylla, la première)

 

D’autant qu’un peu plus tôt, Karidja Touré avait aussi fait ce constat :

« Ce n’est qu’après que j’ai compris qu’il n’y’avait pas de Noires dans les écoles de théâtres ou très peu. On n’existe pas, on y est introuvables ».

Je peux peut-être le confirmer. C’est uniquement en reprenant des cours de théâtre-plus poussés- au conservatoire d’Argenteuil que j’ai rencontré deux autres Noires parmi mes partenaires. J’avais 45 ans. Et je me rappelle aussi de deux autres jeunes noires , qui se connaissaient, et qui devaient être lycéennes. Elles avaient participé à deux ou trois cours. Elles me paraissaient capables. Elles ont pourtant très vite arrêté de venir. Sur mes deux autres partenaires noires, l’une, lycéenne, après le Bac, s’est dirigée vers Sciences Po. Elle me paraissait très capable. Je situerais mon autre partenaire, un peu plus âgée mais bien plus jeune que moi, également très capable, dans un entre-deux. Elle a dans un premier temps pris un poste à responsabilités dans un milieu professionnel extérieur au théâtre et au cinéma. Depuis, je ne sais pas ce qu’elle devient. Quant à moi, je suis très ambivalent. Et j’ai compris depuis peu, depuis la tenue de ce blog, qu’il me faudrait une sorte de « cause » à servir pour me décider à véritablement m’impliquer professionnellement dans le cinéma et dans le théâtre en tant que comédien :

Bien des personnes choisissent de devenir comédien et de vivre de ce métier par plaisir. J’en ai déjà croisé un certain nombre. La majorité. Il me semble que je n’ai pas ce droit-là. Ou que je ne l’ai jamais eu. Cela m’est très difficile de raisonner de cette façon. Je crois que je n’ai pas les moyens de m’offrir cette insouciance. Ne serait-ce que d’un point de vue économique et cela depuis le début. Bien-sûr, ce verrou économique dépend de certaines priorités qui nous viennent de notre éducation, de cette conscience acérée que nous avons de nous-mêmes, de nos chances de réussite, et de notre place dans le monde. Ça me rappelle cette anecdote du DJ français Laurent Garnier dans son livre Electrochoc qu’il avait écrit en 2003 ( depuis, une deuxième version augmentée d’Electrochoc est parue mais je ne l’ai pas lue) avec David Brun-Lambert et que j’avais lu avec plaisir :

Il racontait avoir rencontré au cours de sa carrière un certain nombre de DJs qui faisaient référence et dont il avait pu être un admirateur avant de devenir lui-même DJ professionnel tout comme eux. Parmi eux, un DJ noir américain dont j’ai oublié le nom et qui devait être de Detroit. Naïvement, Laurent Garnier, lors d’une discussion avec ce DJ noir, avait dit faire de la musique « Pour le Fun…. ». ( « Pour s’amuser, pour le plaisir »). Le DJ noir lui avait alors répondu : « Pour le Fun ?! On ne fait pas de la musique pour le Fun ! ». J’ai dû lire ce livre et cette anecdote il y’a plus de quinze ans. C’est seulement en lisant Noire n’est pas mon métier cette semaine que je peux faire un peu plus le parallèle avec moi et mes rapports ambivalents envers le métier de comédien.

Pour certains média français, parler des Noirs, c’est sans doute vendeur lorsqu’il s’agit de montrer des émeutes dans les banlieues. Le sous-texte étant :

« Pourvu que tous ces Noirs restent dans les cages de leurs immeubles de banlieue et tout ira pour le mieux ».

Mais c’est aussi peut-être vendeur lorsqu’il s’agit de montrer deux Rappeurs – et leurs partisans- qui se bagarrent dans un aéroport. Le sous-texte étant peut-être alors :

« Espérons que ces noirs, après s’être battus, vont prendre l’avion pour rentrer définitivement « chez » eux » dans leur pays de macaques ».

Pour certains esprits qu’un ouvrage comme Noire N’est pas Mon Métier dérange, tout irait bien aussi si les actrices qui y témoignent  acceptaient de rester des corps aussi dociles qu’imbéciles. Ce livre de témoignages pourrait ainsi être le tombeau en même temps que le sacrement définitif du scénario fictif de leur intelligence. Mais ces seize actrices sont perspicaces. Elles sont loin de raisonner comme des manches à balai :

« Je commence à être spécialiste de la pute maintenant… » (l’actrice Rachel Khan).

« Les rares fois où on recherche une femme noire, c’est pour raconter une migration tragique, la précarité ou la banlieue délinquante. Les films d’époque aussi nous sont interdits, parce-que encore une fois, l’Inconscient collectif ne peut se représenter une présence noire sur le territoire français avant les années 1980. A moins que ce ne soit une prostituée. C’est le seul genre de rôle où être noire est recommandé ! » (l’actrice Sara Martins).

« Je joue toutes les déclinaisons possibles de la mama et de la putain africaines ; des personnages hauts en couleur sans capital intellectuel ou économique. Si je n’acceptais pas ces personnages, concrètement, je ne travaillerais pas en tant que comédienne » (l’actrice Sabine Pakora).

Et lorsque l’on lit le CV de plusieurs d’entre elles, tant intellectuel qu’artistique, ainsi que leur témoignage, on comprend très vite qu’elles sont surqualifiées pour ce qu’on leur demande de jouer. A titre personnel, je me souviens avoir été contacté en 2014 ou en 2015 pour « jouer » une silhouette d’homme de ménage. J’avais alors repris mes cours de théâtre au conservatoire et comptais déjà plusieurs années d’expériences théâtrales auparavant. La personne qui m’avait contacté ne pensait visiblement pas à mal et j’avais perçu son embarras lorsque je lui avais fait comprendre que je refusais ce genre de proposition. Je n’ai plus été rappelé.

 

Si le racisme anti-noir oblitère les carrières en France (et Aïssa Maïga en donne un témoignage marquant) je crois aussi que certaines personnes décisionnaires sont nommées à leur poste de décision parce-que l’on « sait » qu’elles se conformeront aux directives qui leur seront données sans chercher à innover. Cela existe dans toutes les entreprises. Cela devrait être moins le cas dans une entreprise cinématographique car on est supposé être ici dans un univers créatif et artistique donc plutôt ouvert sur le monde et son évolution. Mais même l’univers créatif et artistique a ses dirigeants conservateurs et nostalgiques. Le cinéma permet de recréer artificiellement des souvenirs et de les façonner de manière à les faire se rapprocher du mythe. Mythe « recréé » devant lequel il sera possible ensuite de se prosterner et d’amener d’autres à le faire avec nous. Si le fantasme absolu d’un producteur est de voir des actrices qui lui rappellent Ava Gardner ou Marilyn Monroe parce que celles-ci l’ont tant fait rêver plus jeune, il aura beaucoup de mal à accepter qu’Aïssa Maïga ou une autre vienne remplacer Ava Gardner ou Marilyn Monroe dans un film qu’il produit. Comment, en regardant par exemple une Scarlett Johansson aujourd’hui, ne pas voir, d’une façon ou d’une autre, un zeste de Marilyn Monroe ? Comment ne pas trouver un air de Demi Moore à la Jennifer Connelly que l’on voit dans le Alita : Battle Angel de Robert Rodriguez sorti dernièrement au cinéma ? Comment ne pas trouver chez Laetitia Casta un quelque chose de Brigitte Bardot ?

Par ailleurs, on peut être très cultivé et raciste. On peut même être une femme ou un homme politique -ou médecin- occuper un poste à haute responsabilité et être raciste.

Mes remarques, ici, peuvent sembler fatalistes. Je suis pourtant de l’avis d’Aïssa Maïga lorsqu’elle dit :

« Mon territoire n’est pas limité à la couleur de ma peau(….) ».

Je suis aussi d’accord avec elle lorsqu’elle dit :

« Ce public au nom duquel on efface de l’histoire les acteurs à la peau sombre est celui que je croise dans le métro, dans la rue, dans les cafés. Si les gens ne s’enfuient pas en courant en me voyant, alors pourquoi le feraient-ils en m’apercevant sur une affiche de cinéma ? Je ne comprends toujours pas pourquoi le « public », prêt à se déplacer au cinéma pour Will Smith ou Denzel Washington, ne pourrait souffrir de voir Mata, Nadège, Eriq ( Ebouaney), Alex ( Descas), Aïssa, Edouard ( Montoute), Firmine, Sonia (….) tous noirs ou métisses….mais Français ? De quelle nature est la différence entre un Noir des Etats-Unis et un Noir venu d’Afrique, d’Outremer ou encore né ici ? Sommes-nous finalement trop Français pour des Noirs ? ».

 

Je crois ici que les Etats-Unis, en tant que Première Puissance Mondiale, continuent d’exercer en France et ailleurs une forte et une folle fascination : beaucoup de gens ont encore envie de s’identifier aux Américains. Le fait que le Basket soit devenu en France un sport aussi prisé est pour moi une preuve supplémentaire de cette fascination pour les Etats-Unis. Pareil pour le Rap. Imaginons le Tony Parker d’aujourd’hui en  1984. A à l’époque où Platini, Giresse, Tigana, Luis Fernandez et les autres étaient devenus champions d’Europe de Football. En 1984, Tony Parker aurait eu beaucoup moins de couverture médiatique qu’aujourd’hui. A cette « époque », le Basket en particulier américain, était moins populaire en France.

Un Noir Américain, c’est tellement plus « stylé ». Plus « affirmé ». C’est plus « cool ». C’est aussi plus « exotique ». En plus, en sport, les noirs américains restent devant. C’est aussi cela, la persistance du Rêve américain pour beaucoup de Français. En outre, culturellement, il y’a un Savoir-faire américain et un sens du spectacle rôdé, puissant, qui est séduisant. Si l’on prend par exemple un animateur télé comme Jimmy Fallon, il a tout de même plus d’envergure qu’un Thierry Ardisson, un Cyril Hanouna ou un Nagui. Et on remarquera que Jimmy Fallon est un homme blanc. Mais tout autant Américain.

Si l’on devait comparer une des prestations de Billy Cristal lorsqu’il avait animé la cérémonie des Oscars et celle de Kad Merad lors des derniers Césars, je suis d’avis que ce serait l’Américain Billy Cristal qui l’emporterait.

Pareil pour certains humoristes qui sont les références de plusieurs de nos humoristes français adeptes du Stand-Up : qui sont ces modèles ? Des Américains.

Je suis peu connaisseur de Beyoncé, Lady Gaga et de celles qui les concurrencent ou les dépasseront. Mais leur succès mondial fait d’elles des modèles. Et, elles sont aussi américaines. Et lorsque certaines vedettes ne sont pas américaines, elles font en sorte de s’y rendre ou de s’y établir. Car c’est là-bas que “ça se passe”.

Et puis, il faut rappeler que pour beaucoup de Français, le cinéma français est synonyme de mauvais cinéma. C’est un préjugé assez tenace. Je l’ai déjà constaté plusieurs fois en proposant d’aller voir un film français. Pour un certain nombre de personnes en France, cinéma français rime encore avec téléfilm, mauvaise série télévisée, film intello pour névrosés ou film d’humour gras. Je ne suis pas sûr que le cinéma d’auteur français d’une manière générale soit autant apprécié à sa juste valeur qu’il le devrait en France. Je crois qu’il existe en France un public «Pop-Corn », jeune et familial assez peu curieux du cinéma.

Lorsque je repense au remake américain True Lies du film français La Totale– qui est une comédie réalisée en 1991 par Claude Zidi- autant l’aspect comédie était raté dans la version américaine réalisée par James Cameron, autant, dans la partie action, la version originale française était ridiculisée. Il y’a une efficacité- ainsi qu’une rentabilité économique- dans le cinéma américain qui captive encore beaucoup de spectateurs et plus encore un certain nombre de producteurs français, qui leur donnent la sensation d’assister de nouveau au débarquement du D-Day sauf que cela se passe sur grand écran. Et Will Smith comme Denzel Washington, même s’ils sont noirs, font partie des GI’S qui débarquent sur les écrans français.

C’est sûrement parce qu’un réalisateur-producteur-scénariste comme Luc Besson ( Un Français, donc) a emprunté les mêmes recettes que ses films d’action marchent auprès d’un certain public, plutôt nombreux en France. Voire aux Etats-Unis. Ou dans le monde.

Il n’y’a pas de héros noir dans la série GOT (Game of Thrones), une série américaine à succès de plus que j’aime beaucoup. S’il s’était trouvé un héros noir dans GOT, au vu du succès de la série, dont la 8ème et dernière saison commence à être annoncée pour être véritablement lancée à partir du 14 avril prochain sur la chaine HBO, l’acteur qui l’aurait interprété aurait aujourd’hui une côte autrement supérieure à nos actrices et acteurs noirs français. Surtout lorsque l’on voit comme le fait de participer à cette série a particulièrement « boosté » la carrière de plusieurs des actrices et acteurs engagés. A un point qui est peut-être exagéré compte tenu du fait que certaines et certains des comédiens ont plus de jeu que d’autres. Mais le cinéma, ce puissant déterminant social, est plus un vecteur d’exagération que de modération.

Néanmoins, plus près de nous, il y’a encore quelques années, un Bilal Hassani, « Arabe et Queer » n’aurait pas pu représenter la France à l’Eurovision ce 26 avril prochain. Et, il est vraisemblable que la dirigeante du RN ( ex-Front National), d’autres dirigeants d’autres partis politiques ainsi que certaines personnalités ou intellectuels français soient particulièrement irrités de savoir que Bilal Hassani représentera la France à l’Eurovision. Parler de « l’effet » Bilal Hassani après avoir évoqué « l’effet » GOT a sans doute un côté comique. Mais c’est pour souligner qu’il y’a quelques ouvertures malgré tout en France. Et que pour avoir regardé la phase finale de la sélection française avec quelques ados dans mon service, j’ai pu percevoir comme Bilal Hassani était un modèle pour ces jeunes car il a eu la force et le courage de prendre le risque de s’affirmer tel qu’il est.

Mais cela prendra encore du temps avant que cela évolue véritablement en France quant à la visibilité des Noirs dans le cinéma. Noire n’est pas mon métier aurait pu s’appeler Noire n’est pas mon pays mais aussi Noire est mon métier à tisser. Pour que le changement soit incontestable, cela nécessitera d’avoir la persévérance et la patience – symbolique et concrète- de plusieurs Pénélope.

Pour l’actrice Marie-Philomène Nga, la solution passe aussi par des projets dont elle est l’initiatrice et qu’elle dirige en France et à l’étranger :

« C’est ainsi que, vivant à Paris dorénavant, je me retrouve conceptrice, organisatrice de projets entre l’Afrique, la France et l’Inde ».

L’actrice Magaajyia Silberfeld et France Zobda sont aussi dans le même état d’esprit.

« (….) Quelques jours après, je suis repartie à Los Angeles, à l’occasion de la première de mon court-métrage Vagabonds et pour être là au moment des Oscar. Là-bas, si on travaille, on peut y arriver. Là-bas, on rencontre quelqu’un qui vous fait rencontrer quelqu’un d’autre, etc. Tout est possible…On pourra me repérer, qui sait ! ». (l’actrice Magaajvia Silberfeld).

Grande aptitude à la « résilience », « entourage de qualité supérieure » et autodérision font partie des « armes » de ces Mesdames. (voir la première partie mon article L’école Robespierre concernant le titre de « Madame » et « Monsieur »).

Certaines personnes souhaiteraient que le cinéma français adopte des quotas comme aux Etats-Unis pour assurer une certaine représentation de la diversité dans le cinéma français. J’étais plutôt contre. Je trouvais ce moyen « artificiel » et assez facile à contourner : Je considérais qu’il suffirait de mettre un Arabe ou un Noir à l’arrière-plan ou dans un rôle sans intérêt pour considérer avoir rempli son quota. Je considérais que des quotas, seuls, seraient insuffisants pour inverser la tendance. Mais, finalement, si on fait une comparaison avec le code de la route, on s’aperçoit qu’il a bien fallu établir des règles de conduite et verbaliser certaines infractions pour réguler certains comportements et faire diminuer certains risques d’accidents ainsi que la mortalité sur la route. Dans le milieu du cinéma et du théâtre, c’est un peu pareil. Cela peut d’abord paraître déplacé de parler de « mortalité » pour des comédiens exclus ou écartés du fait de leur couleur de peau dans un milieu de toute façon très sélectif que l’on soit noir ou blanc. Mais un comédien privé de rôles est comme tout employé privé d’emploi rémunéré : Il est économiquement condamné. L’éventualité de sa mortalité sociale et morale se fait alors plus concrète. Il faudrait donc peut-être pénaliser certains projets théâtraux et cinématographiques qui choisissent leurs comédiens au faciès ou réservent toujours les mêmes rôles dégradants aux mêmes comédiens comme on pénalise les excès de vitesse ou l’abus d’alcool au volant. Pour cela, il faudrait d’abord une réelle volonté politique, culturelle et sociale en vue de permettre une certaine équité. Equité qui serait toujours imparfaite car l’être humain est imparfait. Ensuite, il faudrait que cette volonté politique puisse imposer ces codes ou ces lois à des producteurs et à des distributeurs. Ce qui serait déjà beaucoup plus difficile : malgré les limitations de vitesse de plus en plus strictes, les constructeurs automobiles continuent de vendre des voitures très puissantes afin de les rendre attractives. Et ces voitures trouvent acquéreurs. Ce sont les acquéreurs qui écopent des amendes, de la perte de points et du retrait de permis. Pas les constructeurs automobiles ni les concessionnaires automobiles. Les premiers continuent de “construire”. Et les seconds à vendre.

Le changement viendra sans doute du public qui plébiscitera de plus en plus un certain type de cinéma où une certaine diversité sera montrée. Parce-que cela correspondra à un besoin qu’il essaiera de satisfaire comme cela a été le cas pour le RAP qui, de musique marginale il y’a trente ans, est devenue aujourd’hui un genre musical que n’importe quel jeune, blanc ou noir, de classe sociale modeste ou bourgeoise, écoute.

Pour cela, il faut des artistes chefs de file qui proposent des œuvres qui vont remplir un vide que certains producteurs actuels, accrochés à leurs références et à leur passé, sont incapables de percevoir. Après tout, il est bien des chefs d’entreprise qui, alors qu’ils auraient pu être des pionniers, ont très mal anticipé le développement de l’économie numérique par exemple. Ou de certaines innovations technologiques telles que le smartphone.

Tout à l’heure, j’ai été un peu sarcastique envers Kad Merad en tant que Maitre de cérémonie des Césars cette année. Mais cette année, Kad Merad est peut-être pour quelque chose dans le fait que l’artiste Eddy de Pretto soit venu interpréter un titre de Charles Aznavour :

J’me voyais déjà. Même si l’interprétation d’Eddy de Pretto ne m’a pas convaincu et que j’ai du mal pour l’instant à être emballé par sa présence scénique, je vois dans sa participation aux derniers Césars le signe d’un changement. Il y’a dix ou quinze ans, un artiste comme Eddy De Pretto (Artiste hybride entre le chant et le RAP et homo affirmé) n’aurait pas été convié à la cérémonie des Césars en France.

« Dans cette clarté éblouissante où règnent nos absences, je regarde ma fille qui danse dans la cuisine » (l’actrice Rachel Kahn).

Ma fille, pour l’instant, se croit blanche. Comme beaucoup d’enfants, elle a entonné les paroles de La Reine Des Neiges : « Délivréeéééééééééé ! Je ne serai plus jamais la mêêêêêêêê-me ! ». Comme beaucoup d’autres enfants avant et après elle, ma fille aime porter une robe de Blanche Neige. Dans son école, les enfants viennent de partout. Juifs, musulmans, Arabes, Blancs, Noirs sont ensemble. Malgré quelques mères en tenue musulmane traditionnelle. Malgré, déjà, cette course vers l’école privée. Ma fille, comme la plupart des enfants de son âge, est encore loin de savoir le métier qu’elle souhaitera faire plus tard. Ou elle n’en parle pas pour l’instant. Avec sa mère, je parle de ce monde en noir et blanc et je veille à ce que, à la maison, elle entende toutes sortes de musiques. Et regarde d’autres dessins animés que ceux ou, invariablement, les protagonistes sont uniformément blancs. En sa présence, je discute avec des personnes de différentes origines et différentes cultures. Je ne vois pas pourquoi je devrais déja lui farcir la tête avec l’esclavage et le racisme. Je ne peux pas prévoir ses rencontres et ce qu’elles ( lui) donneront. De temps à autre, je lui parle de la Réunion et de la Guadeloupe.

Je sais que l’on peut être noir et raciste. Je sais que le racisme est multiforme. Et qu’il s’exerce aussi contre d’autres sur d’autres critères que la couleur de peau. Je sais que j’ai des préjugés. Mais, moi, je n’empêche personne de devenir acteur parce qu’il est blanc. Et je n’ai jamais refusé de jouer sur scène ou dans un court-métrage avec une partenaire blanche ou un partenaire blanc. Même si cela pourrait être le thème d’un sketch ou d’un court métrage humoristique.

Cependant, je devrai être prêt le jour où quelqu’un voudra décider à la place de ma fille de la personne qu’elle est parce qu’elle est noire.

Franck Unimon, ce vendredi 8 mars 2019.

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