Ip Man 4

» Posted by on Août 14, 2020 in Cinéma, self-défense | 0 comments

Ip Man 4

 

 

                                        Ip Man 4- Le Dernier Combat

«  C’est naze ! ». Une grimace.

 

Il y a plein de films à voir au cinéma depuis que certaines salles ont rouvert le 22 juin. Des films que j’aimerais voir et à propos desquels j’ai un très bon a priori. Je vais en citer quelques uns :

 

Voir le jour  de Marion Laine ; The Crossing de Bai Xue ; L’infirmière de Kôji Fukada ; Le Défi du champion  de Leonardo D’agostini ; The Perfect Candidate de Haifaa Al-Mansour ; Lil’ Buck, Real Swan de Louis Wallecan et d’autres déjà sortis ou qui vont sortir en salles.

 

Mais je ne pourrai pas voir la plupart de ces films comme d’autres réalisations avant eux. D’abord parce-que j’écris pour le plaisir. Et ce plaisir ne me paie pas financièrement. C’est mon métier d’infirmier en pédopsychiatrie (de nuit depuis quelques années) qui continue de me faire vivre. Je ne me plains pas : bien des personnes sont au chômage ou ont perdu leur emploi récemment du fait du Covid-19 ou vont bientôt le perdre.

 

Ecrire un article

 

Ensuite, écrire un article me prend du temps. Au minimum entre 3 à 5 heures en moyenne.  Et c’est comme ça depuis longtemps.

 

Avant la naissance de ma fille, j’arrivais à concilier mon métier d’infirmier, mes séances de cinéma et l’écriture d’articles à propos des films que je voyais ou des acteurs et réalisateurs que je rencontrais. Ma fille est née. J’en suis content. Et, comme chaque parent, aussi, désormais, je fais l’expérience qu’avoir un enfant ou plusieurs divise mon temps par deux ou par trois.

 

Evidemment, entre choisir de passer du temps avec ma fille et passer du temps au cinéma et à écrire, je choisis encore ma fille.

 

 

Dans sa biographie Ma Vie en réalité que j’ai fini de lire, et dont je compte bien reparler bientôt dans un article, Magali Berdah, qui « s’occupe » des influenceurs tels Nabilla et Julien Tanti mais fait aussi de la télé,  dit travailler 16 heures par jour et fait comprendre qu’après ses journées de travail, elle enchaine avec sa vie de mère ( elle a trois filles) et de femme au « foyer ». Aujourd’hui, elle gagne très bien sa vie. Mais il y a encore quatre ou cinq ans, elle était surendettée.

 

 

Je n’ai pas 16 heures par jour à consacrer à l’écriture et à mon blog en plus de mon métier d’infirmier et de ma fille par exemple. C’est sûrement pour cela que je suis encore « loin » d’une certaine réussite avec mes articles et mon blog. D’autant que je constate « bien » que, souvent, derrière la réussite ( quelle que soit la réussite) se niche une certaine quantité d’heures de travail en plus d’un Savoir faire et d’un « ruisseau » ( un réseau) de connaissances et de sympathies dans le milieu où l’on veut évoluer.

Mon engagement dans mes articles et mon blog est sincère. Mais cet engagement est sans doute encore trop discontinu, trop limité et trop confidentiel pour rencontrer un public plus large. J’utilise aussi sans aucun doute des moyens de communication encore trop inappropriés.  J’aime prendre le temps d’écrire. Mes articles sont assez longs alors que l’on est beaucoup dans une époque d’images, de buzz et de « punchlines ». Une photo ou une vidéo bien choisie, bien montée, a une vitesse de propagation bien plus forte, peut-être équivalente à celle d’une balle, qu’une centaine de phrases.  

 

Et puis, je suis attaché à la polyvalence. Il y a des thématiques qui « marchent » bien sur le net pour peu qu’on en parle « bien » :

 

Mode et people, cosmétique, cuisine, tourisme, bricolage, certaines musiques, fitness, sport, un certain cinéma…..

 

Je ne rejette pas ces thématiques. Je peux aussi les accoster si ce n’est déjà fait. Mais j’aime aussi aller vers d’autres sujets que je crois moins porteurs. Ou peut-être aussi que je les « vends » très mal. Il est vrai que je ne me vois pas passer toutes mes journées sur mon blog, sur mes articles et sur les réseaux sociaux. Mais dès que j’ai un peu plus de disponibilité, j’en profite pour publier plusieurs articles de manière rapprochée.

 

 

A côté de ça, lire aussi prend du temps. Que ce soit des livres ou des articles. Ainsi qu’avoir une compagne (la mère de ma fille).

Même si ma compagne me laisse plus de latitude pour écrire, lire et faire du sport que certaines compagnes ou certains compagnons. Et, chez nous, je peux écrire jusqu’à très tard la nuit. Je peux aussi écrire après une nuit de travail sans me reposer et déjeuner. Puis, manger un bout de pain et de fromage et partir chercher ma fille au centre de loisirs parce-que c’est l’heure. C’est ce qui s’est passé il y a quelques jours en écrivant Gémissements. ( Gémissements).

 

 

On pense peut-être que ce que je raconte n’a rien à voir avec le film Ip man 4 ? Que je ferais mieux de parler du film au lieu de raconter ma vie ? Pourtant, dès le début de cet article, à ma façon, j’ai commencé à raconter le film et à donner mon avis à son sujet. 

 

C’est naze !

 

 

«  C’est naze ! ». C’est une remarque faite par un de mes anciens collègues dans un des précédents hôpitaux où j’ai travaillé. Spock (c’est le surnom que je lui avais donné) allait beaucoup moins souvent moi au cinéma. Mais il trouvait « nazes » tous ces films de Kung-Fu, d’action, d’arts martiaux et de sports de combat où tout était prétexte pour se bastonner.

 

C’était il y a plus de vingt ans.

 

Spock est aujourd’hui à la retraite depuis plusieurs années. Il a fait partie de mes modèles :

 

Que ce soit au travail ou dans la vie, il semblait toujours maitre de lui-même et serein. Il semblait toujours savoir comment agir et penser. Et je l’avais vérifié plusieurs fois en pratique devant des situations où j’estimais que j’aurais fait « moins bien » que lui. Où j’aurais plus que pataugé.

 

Spock avait aussi pour lui la faculté de l’humour et de la dérision.

 

Lors de cette remarque «  c’est naze ! », Spock, mon aîné de plusieurs années, était déja un homme établi avec femme, maison, petit chien, grosse voiture ( une BMW) et enfant. Plus tard, la quarantaine passée, il allait passer son permis moto et nous allions le voir arriver au travail sur sa grosse moto. A ce jour, je n’ai jamais réussi à briser l’interdit maternel me commandant de ne jamais faire de la moto. Pourtant, mes yeux brillent assez souvent en voyant passer une moto.

Aide-soignante pendant des années en réanimation, ma mère avait eu à s’occuper de plusieurs jeunes motards qui, une fois sortis du coma lui avaient dit :

 

« E….tu as un fils ? Ne lui achète jamais de moto ! ». A l’âge de l’adolescence, lorsque, comme d’autres jeunes garçons je m’étais avancé vers ma mère en faveur d’une mobylette, celle-ci s’était très vite montrée catégorique. Et je n’ai même pas essayé d’insister. Ma mère m’avait préparé depuis tellement d’années à ce refus.

 

 

Lorsque j’ai commencé à connaître Spock, après mon service militaire, je venais d’emménager dans un studio de fonction fourni alors par l’hôpital. J’étais encore célibataire et je collectais plutôt les histoires sentimentales à la mords-moi-le-nœud. Professionnellement, j’étais au début de ma croissance même si j’avais déja commencé à me constituer quelques expériences. Spock, lui, il était bien-sûr déjà un professionnel reconnu plutôt unanimement. Une sorte « d’ancien » à qui je m’adressais lorsque j’avais besoin de  réponses diverses sur certains sujets personnels et professionnels sensibles et qui m’a accordé plusieurs fois son attention et sa bienveillance. Il était d’autres personnes dans le service, parmi mes collègues plus âgés, principalement des hommes, que je voyais comme des modèles. Spock en faisait partie. Scapin et D….aussi. Ainsi que P, un autre infirmier dont j’admirais la décontraction en toute circonstance, le fait qu’il soit musicien ainsi que son humour. Tous ces collègues qui faisaient partie de mes modèles avaient le sens de l’humour. Y compris de l’humour très noir. Ce qui me convenait bien.

 

Et puis, à force d’apprendre, on « grandit ». D….s’est suicidé. Il a été retrouvé pendu au bout d’une corde chez lui par son fils adolescent. P est devenu la « chose » de notre cadre que j’avais un peu connue infirmière alors que j’étais encore étudiant ( on disait « l’élève » pour « élève infirmier) et qui, l’accès au Pouvoir « aidant », s’est érigée de plus en plus en autorité dynastique – et supra anxieuse. Et, ceci, avec le consentement mutuel du médecin chef, parfait dans le rôle hypocrite et politique du descendant direct de Ponce Pilate qui s’en lavait les mains pourvu que « sa » maison (le service et le pôle de psychiatrie adulte de l’hôpital) lui appartienne.

Scapin, lui, avait eu besoin de partir travailler dans un autre service de l’hôpital.

De mon côté, j’ai fait quelques conneries dont, selon moi, les principales, ont surtout été de négliger l’image (entre autre, parce-que je m’auto-dévalorisais beaucoup) que je donnais de moi. D’être trop gentil et de m’en remettre un peu trop à la bonne compréhension et au bon vouloir des autres. Et d’être resté trop longtemps collé à ce service et à cet hôpital devenus une sorte de seconde membrane ( névrotique) à laquelle j’avais fini par avoir peur de m’arracher. Alors que je savais qu’il fallait le faire. Comme je savais avoir déjà travaillé ailleurs avant ce service et cet hôpital et donc être capable de le refaire. Mais il y avait une dissociation entre ce que je comprenais intellectuellement : ce que la raison me soufflait de faire. Et mes émotions ( la peur, l’attachement névrotique) et mon corps.

 

Mais quand arrive le déclic, enfin, on part. On part par nécessité. Pour soi.  

 

 

Dans Ip Man 4, Ip Man, la soixantaine, apprend qu’il est porteur d’un cancer malin. Or, son fils adolescent cumule les conneries à l’école. Il se bat tout le temps pour un oui et pour un non. Son fils est  (aussi) en colère contre lui depuis la mort de sa mère. Ip Man (l’acteur Donnie Yen) envisage donc d’envoyer son fils poursuivre ses études aux Etats-Unis puisque l’établissement où est scolarisé son fils ne veut plus lui donner de nouvelle chance. Les Etats-Unis sont l’équivalent d’un pays de la Seconde chance. Là où l’on peut repartir du bon pied. Comme une bonne pension. Mais ce voyage est quand même une aventure. Changer de pays. De langue. De culture. De mœurs. De monnaie. Ip Man, qui a réellement existé, dans la vraie vie, n’a pas fait ce voyage. Mais il aurait pu. D’ailleurs, quand j’y pense maintenant, mon grand-père paternel avait environ la soixantaine, l’âge du personnage d’Ip Man dans le film, la première fois qu’il a quitté sa Guadeloupe natale pour venir en France où plusieurs de ses fils ( dont mon propre père) étaient partis travailler à l’âge adulte.

 

 En quittant mon service de psychiatrie adulte où j’avais connu Spock, Scapin, D, P et d’autres,  j’avais été surpris d’apprendre qu’aucun de mes collègues, dans une certaine unanimité, ne se seraient risqués à tenter l’expérience professionnelle et personnelle que je m’apprêtais à vivre : aller travailler en pédopsychiatrie. A faire le « voyage » en pédopsychiatrie.

 

C’était il y a vingt ans.

 

Entretemps, j’avais aussi appris que les super-héros n’existent pas. Certains modèles que j’avais pu idéaliser à une époque de ma vie m’étaient apparus, avec le temps, plus vulnérables qu’ils ne le semblaient. Plus faillibles. Voire pas toujours si honorables que cela.

J’avais également appris que même celles et ceux qui roulent des mécaniques et qui semblent increvables et très sûrs d’eux ont tous leurs moments indiscutables de faiblesse ou de débâcle. Et, moi aussi, j’avais dû apprendre à faire connaissance avec mes propres limites :

On peut jouer un rôle devant les autres à condition de savoir rester sincère au moins avec soi-même et de bien se connaître. Ça nous évitera de trop en faire. De trop nous la jouer. Ça nous aidera, aussi, à avoir des relations plus sincères avec les autres. On peut truquer les apparences et tricher avec elles. Et on peut obtenir plein de « choses » comme ça. En truquant. Mais cela impliquera de passer sa vie en restant sur le qui-vive en permanence. Je ne veux pas d’une vie telle qu’on la voit dans Le Talentueux Mr Ripley.

 

 

Quand débute Ip Man 4, Ip Man est un homme simple. Il n’est plus ce jeune combattant d’un milieu social aisé aimant relever les défis comme nous le montre Wong Kar-Wai au début de son film The Grandmaster ( réalisé en 2013) avec l’acteur Tony Leung Chiu-Wai dans le rôle d’Ip Man.

 

Dans Ip Man 4, Ip Man, pourtant réputé, subsiste en donnant des cours de Wing Chun dans son école à des élèves qui l’idolâtrent mais qui sont aussi très bornés et assez peu doués. Ils rappellent ces élèves dont Kacem Zoughari parle dans l’interview qu’il donne au magazine Yashima dit ( je cite ce passage dans l’article Gémissements) :

 

 

«  Certains élèves copient le maitre jusque dans ses déformations de dos, de genou, etc. Au-delà de l’aspect caricatural, c’est même délétère pour leur santé ! Ce type de pratiquants intégristes refusent souvent aussi souvent de voir ce qui se fait ailleurs pour ne pas corrompre l’image qu’ils ont de leur maître. C’est une grave erreur ».

 

Ces élèves (comme ceux d’Ip Man dans Ip Man 4) sont incapables de penser par eux-mêmes. Ils se fondent dans le groupe.  A mon avis, ces élèves n’ont pas de conscience. Pas de capacité- bienveillante- d’autocritique. Ils sont soit sur la défensive soit dans l’attaque. Il y a très peu de nuance entre ces deux actions. On peut  aussi retrouver ça chez  certains intégristes (religieux, administratifs,  technocratiques, conjugaux ou autres) qui s’évertuent à appliquer des règles et des protocoles à la microseconde et au millimètre près par automatisme sans prendre le temps, à un moment ou à un autre, de se demander si la procédure ou l’action engagée était véritablement, rétrospectivement, la plus appropriée. On attaque et on frappe d’abord. On réfléchit après. Si on y pense. Si on estime utile de se demander après coup si c’était bien utile d’attaquer d’abord. Dans une scène du film, face à une situation totalement nouvelle – quoique pacifique- on voit donc les élèves d’Ip Man très combattifs, excités et très bavards. Mais aussi très bornés et très sourds. Ils provoquent eux-mêmes la bagarre qu’ils entendent éviter en espérant sincèrement protéger leur Maitre qui, à aucun moment, n’est menacé : Ip Man.

 

 

J’ai choisi de travailler en psychiatrie (puis en pédopsychiatrie) au lieu de rester dans un service de soins somatiques car j’ai refusé d’être un automate. Je crois que la santé mentale est un milieu qui m’a permis de penser, de mieux penser, par moi-même.  Mais on peut travailler en psychiatrie et en pédopsychiatrie et se comporter comme un automate. On peut aussi combattre comme un automate. 

 

On peut même faire sa vie comme un automate tout en cumulant les honneurs et les signes extérieurs de « réussite » et d’épanouissement personnel.

 

On peut aussi très bien penser et croire que l’on peut tout résoudre dans sa vie juste par l’adresse de la pensée. En psychiatrie et en pédopsychiatrie, on peut aussi être très « fort » (on est surtout très névrosé) dans ce domaine :

Pour croire à ce que j’appelle la pensée « souveraine ». Qu’il suffit de penser pour aller bien et mieux.

Dans certains compartiments de ma vie et à certains moments de ma vie, mon « entraînement » en psychiatrie m’a aidé et m’aide. Mais dans d’autres situations, je suis aussi complètement à côté de la plaque ou je peux être complètement à côté de la plaque.

 

 

J’ai appris que, peu après son départ à la retraite, Spock avait quitté femme et enfants pour partir vivre avec un ancien amour. Spock, l’inébranlable, s’est révélé, finalement, plus vulnérable. Il a été jugé moralement, par certaines connaissances communes, pour cela. Il l’est sûrement encore. Spock, homme très droit, en partant vivre avec cet ancien amour a pu alors donner l’impression d’être un fuyard, un menteur, un calculateur et un homme égoïste qui battait pavillon après avoir claironné pendant des années que tout dans sa vie lui allait. Au point qu’il avait pu lui arriver de citer son mariage en exemple, avec un peu de provocation, devant des jeunes collègues ( des femmes) séparées ou divorcées de leur compagnon ou de leur conjoint.

 

 

Plus qu’un vantard et un fuyard, je vois en Spock un homme qui, devant la mort, s’est dit qu’il ne lui restait plus beaucoup de temps pour le perdre dans les options du mensonge. Et pour lequel, vivre selon ses désirs plutôt que selon ses devoirs et les apparences sociales, est devenu alors la priorité. Il y a des femmes et des hommes qui font le même choix que Spock bien plus tôt. Il en est d’autres qui aimeraient pouvoir faire ce genre de choix.

 

Les arts martiaux sont aussi un art de vivre et donnent aussi des réponses à ce qui nous préoccupe. Pour d’autres, la religion joue ce rôle. 

 

Dans Ip Man 4, on pourrait penser qu’Ip Man, expert en arts martiaux, saurait comment s’y prendre avec son fils. On comprend très vite que c’est le contraire. Le grand expert Ip Man est dépassé par les agissements de son fils adolescent qui lui manque de respect de façon répétée. C’est un des points du film que j’ai le plus aimés d’autant qu’il me parle beaucoup en tant que père :

 

Avant d’être père, lorsque je lisais des interviews de célébrités diverses, j’étais obsédé par une question qui revenait assez souvent et qui était :

 

Quelles sont ses relations avec ses parents ?

 

Aujourd’hui,  régulièrement, lorsque je vois une célébrité quelconque, je me dis assez souvent :

 

«  Dans ce domaine, il (ou elle) est extraordinaire. C’est un champion (ou, c’est une championne). Mais je me demande comment il/elle s’en sort avec son enfant lorsqu’il se réveille la nuit ? Son enfant fait-il ses nuits ? ».

 

Récemment, sur un réseau social, un ami très sportif a posté une nouvelle vidéo d’un coach fitness faisant une démonstration. Je n’ai rien à dire sur sa démonstration et je n’ai rien contre ce coach fitness. Mais, ça a été plus fort que moi : nous voyons en permanence des vidéos de vedettes (ou autres) dont la vie semble réglée comme du papier à musique, progéniture comprise. Alors, j’ai laissé un commentaire dans lequel je disais que j’aimerais bien voir ce coach fitness lorsque sa compagne lui rappelle qu’il y a la vaisselle et le ménage à faire, la couche du bébé à changer etc….

 

Je crois que ça n’a pas plu à un internaute. Et je le comprends : ce coach fitness n’est pas là pour nous parler de sa vie personnelle. Mais ma réaction a été provoquée par cette lassitude de voir régulièrement des images de « personnes » quelque peu immaculées tandis que, nous, au quotidien, hé bien, il nous arrive de ramer sans maquilleuse et sans monteur pour raccommoder le tout et nous restituer une image très flatteuse de nous-mêmes.

 

Même si Ip Man, dans Ip Man 4 reste évidemment très digne, il m’a beaucoup plu de voir ce sujet d’une relation conflictuelle entre un père (illustre qui plus est) et son fils adolescent dans un film « d’arts martiaux ». Parce-que l’univers des Arts Martiaux et des sports de combat et de Self-Défense est quand même un univers, où, malgré toutes les paroles officielles de « humilité », « respect de l’autre » etc…on va aussi très loin dans le narcissisme, la suffisance et l’autosatisfaction. Ce que l’on retrouve (ce narcissisme et cette suffisance)  dans Ip Man 4 lorsqu’Ip Man, arrivé depuis peu aux Etats-Unis, va rendre visite au président de l’association culturelle chinoise. Lequel président de l’association culturelle chinoise est le seul habilité à lui faire la lettre de recommandation pouvant lui permettre d’inscrire son fils ans un établissement américain.

 

 

On peut le dire, je crois : si Ip Man croit naïvement et humblement que cette rencontre va se dérouler facilement, il est reçu comme de la merde par ce président d’association culturelle chinoise. Ainsi que par la majorité des personnes qui constituent l’assemblée qui entoure ce président d’association culturelle, équivalent dans cette situation d’un haut dignitaire chinois alors que pour les Américains (blancs) il est n’est qu’un « petit » chinois de rien du tout.

 

Jet Li dans le film ” The One”. Photo achetée lors d’un festival de Cannes au début des années 2010.

 

La Grimace

 

La grimace mentionnée au début de cet article est peut-être celle du lecteur ou de la lectrice devant la longueur de cet article. Mais elle est sûrement celle de Christophe, c’est son vrai prénom, il y a une dizaine d’années, lorsqu’au festival de Cannes, tout content, je venais de lui montrer une photo de Jet Li que je venais d’acheter avec d’autres photos d’autres actrices et acteurs dans des films qui n’ont rien à voir avec jet Li :

 

Karin Viard, Salma Hayek, Antonio Banderas, Béatrice Dalle, Jean-Hugues Anglade et Daniel Auteuil, Forest Whitaker, Sami Bouajila, Wesley Snipes, John Malkovich, Guillaume et Gérard Depardieu, Marie Meideros, Jeanne Balibar….

 

C’était alors l’époque du mensuel de cinéma papier, Brazil, dont Christophe était le rédacteur en chef. Brazil ou Le cinéma sans concessions dont j’étais un des rédacteurs.

 

Brazil était un journal plutôt tourné vers le cinéma d’auteur de tous horizons ainsi que vers le cinéma bis. Et assez peu sur le cinéma commercial et les grosses productions. Donc, pas tout à fait sur les films de Jet Li.

 

 

La continuité de Bruce Lee

 

 

Mais, pour moi, Jet Li, c’était la continuité de Bruce Lee. J’avais été épaté par la prestation de Jet Li plusieurs années plus tôt dans L’Arme fatale 4 (réalisé en 1998 par Richard Donner) face à Danny Glover et Mel Gibson. Et c’est drôle de mentionner L’Arme Fatale 4  dans un article où je parle de Ip Man 4.

 

Les pitreries de Jackie Chan (dans certains de ses films) après la mort de Bruce Lee m’avaient d’abord beaucoup contrarié. Il m’avait fallu des années pour comprendre la valeur d’un Jackie Chan. Sûrement parce-que je n’avais pas vu les « bons » films pour le découvrir.

Mais avec Jet Li, dans L’Arme Fatale 4, ça avait été instantané et, ensuite, j’avais essayé d’en savoir plus sur lui.

 

La mauvaise image des films de Kung-Fu, d’action, d’arts martiaux, de Wu Xi Pian et autres, provient du fait qu’en occident, on a enfermé ces films dans une boite. Celle d’un spectacle. Celle d’une addition de performances. Celle d’une caricature de l’homme infatigable, capable de cascades martiales innombrables comme dans un cirque. On a gardé ce qui tape à l’oeil dans les arts martiaux. On en a fait une sorte de pop-corn ou de téléréalité avec un scénario stéréotypé et simplet que l’on a décliné à la chaine un peu comme cela se fait dans beaucoup de films pornos. Parce-qu’il y avait un marché et du fric à se faire. Les gens voulaient voir des films de Kung Fu ? Ils voulaient un peu d’exotisme ?  On allait leur donner des films de Kung Fu.

 

Résultat : l’Histoire et l’esprit des arts martiaux ont disparu puisque tout ce que l’on a cherché à répliquer, c’est une recette pour faire venir des consommateurs plutôt que des adeptes ou des disciples éventuels. Un peu comme on l’a fait avec Lourdes ou tout autre lieu de recueil religieux devenu l’équivalent d’un centre commercial.

 

 

C’est quand même Spock, je crois, qui m’avait recommandé la lecture de La Pierre et le sabre  que j’avais lu ! ( et beaucoup aimé). Ce livre d’Eiji Yoshikawa, classique pour certains adeptes des Arts Martiaux, a pourtant bien des points communs ( et vitaux) avec des personnalités comme Bruce Lee, Jet Li ou d’autres qui se sont fait connaître dans des films considérés comme « nazes » par Spock et d’autres !

 

 

Bruce Lee et Michaël Jackson :

 

Et puis, à l’inverse, lorsque certains intellectuels, peut-être pour se donner un côté « rebelle » ou « rock and roll », parlaient de Bruce Lee, ça a pu faire flop. Je repense à ce livre écrit par un journaliste des Cahiers du cinéma. Son intention était louable. Mais en commençant à lire son livre ( j’ai vite interrompu sa lecture) dans lequel il nous parlait de son attachement à Bruce Lee, j’avais eu cette impression que la musicienne et chanteuse Me’shell a pu décrire en écoutant certains morceaux de musique de Michaël Jackson produits post-mortem :

 

Celle d’une musique sans corps.

 

Me’Shell Ndégéocello avait appris que Michaël Jackson avait besoin de danser quand il enregistrait en studio. Et que cela ne ressortait pas dans certains des titres produits –et commercialisés- plusieurs années après sa mort.

 

En commençant à lire le livre de ce journaliste des Cahiers du cinéma, j’avais peut-être eu la même impression :

Trop d’intellect. Pas assez de corps. Pour un livre censé nous parler de Bruce Lee !

Ça fait penser à ces musiciens très calés techniquement mais dont la musique nous ennuie. Ou à ces profs très cultivés mais dont les cours sont atones.

 

A travers mes articles, j’essaie autant que possible d’éviter de ressembler à ces exemples.

 

 

 

Ip Man 4 – Le dernier combat de Wilson Yip, donc.

 

 

Le magazine Taichichuan ( le numéro 2 paru il y a plusieurs semaines) montre l’acteur Donnie Yen, interprète de Ip Man, en couverture. Le magazine, par son rédacteur en chef, encense le film.

 

 

 

J’ai envoyé un mail au rédacteur en chef de Taichichuan  (et également rédacteur en chef d’autres magazines tels que Self & Dragon mais aussi Survivre) pour demander à l’interviewer. C’était il y a plus d’un mois. Je n’ai pas eu de réponse. Sans doute ce rédacteur en chef était-il trop occupé. Peut-être aussi considère-t’il que ce sont plutôt les Maitres et experts qui interviennent dans les magazines dont il est le rédacteur en chef qu’il faudrait plutôt chercher à rencontrer et à interviewer ?

Et puis, même si je suis devenu un lecteur des magazines dont il est le rédacteur en chef, je suis un inconnu pour lui. Et il avait sûrement d’autres priorités. Ou, peut-être faut-il que, d’une certaine façon, je persiste et fasse mes preuves ? Comme Ip Man, lorsqu’il débarque aux Etats-Unis dans Ip Man 4, doit faire ses preuves. Lui, avec son attitude et les Arts martiaux. Moi, avec mes articles.

 

 

Ce n’est néanmoins pas pour faire mes « preuves » ou pour apporter des preuves éventuelles que j’ai choisi hier matin, après ma nuit de travail, d’aller voir Ip Man 4. Et de poursuivre la rédaction de cet article aujourd’hui après ma deuxième nuit de travail et avant ma sieste de récupération.

 

Hier, je suis allé voir ce film par plaisir. Comme on peut déjà l’avoir compris avec mon anecdote, à Cannes, à propos de la photo de Jet Li.

 

 

 

L’acteur Donnie Yen

 

J’ai découvert Donnie Yen au cinéma il y a environ vingt ans. Je vérifie tout de suite :

 

Au moins depuis le film Hero réalisé en 2002 par Zhang Yimou. Je ne me rappelle pas particulièrement de lui dans Blade 2  réalisé par Guillermo Del Toro la même année.

 

Et, spontanément, dans L’Auberge du Dragon réalisé en 1992 par Raymond Lee et Tsui Hark, je me souviens surtout de Maggie Cheung que l’on ne voit plus aujourd’hui au cinéma et qui semble avoir « disparu » du cinéma peu après sa palme d’or d’interprétation pour son rôle dans Clean, réalisé en 2004 par Olivier Assayas et qui, pour moi, n’était pas du tout son meilleur rôle.

 

Une fois, j’ai aperçu Maggie Cheung se rendant dans la salle de cinéma dont je venais peut-être de sortir. C’était avant son rôle dans In the mood for love de Wong Kar Wai (réalisé en 2000), je crois. Personne n’avait fait attention à elle m’a-t’il semblé. Par contre, mon regard sur elle avait sans doute été trop appuyé car j’avais eu l’impression qu’elle avait senti mon attention particulière.

 

Dans les années 90 et 2000, lorsque je pense au cinéma asiatique, je pense d’abord à des acteurs comme Tony Leung Chiu-Wai (un de mes acteurs préférés qui rejoue avec Maggie Cheung dans In The Mood for love et qui, lui, obtiendra la palme d’or d’interprétation à Cannes, l’année où Björk obtiendra la palme d’or d’interprétation pour son rôle dans Dancer in the dark  de Lars Von Trier).

 

Dans les années 90 et 2000, lorsque je pense au cinéma asiatique, je pense aussi à Chow Yun-Fat, aux réalisateurs John Woo, Kirk Wong et Johnnie To. Bien-sûr, j’ai entendu parler de Tsui Hark et je lis et achète le magazine HK vidéo dont je dois avoir conservé tous les numéros.

Mais je pense aussi beaucoup, au Japon (pays où je me rendrai en 1999, l’année de la sortie du film Matrix des « frères » Wachowski) et à Takeshi Kitano dont je vais voir la plupart des films.

 

Le premier film que je vois de Takeshi Kitano est Sonatine (réalisé en 1993). Et mon film préféré de John Woo avant son exil pour les Etats-Unis est A toute épreuve (ou Hard-boiled) réalisé en 1992.

 

Evidemment, j’irai voir Tigre et Dragon d’Ang Lee (réalisé en 2000) dont j’ai vu les premiers films comme Garçon d’honneur (réalisé en 1993).

 

J’irai aussi voir Le Secret des Poignards volants réalisé en 2004 par Zhang Yimou par exemple.

 

Mais il me faut encore plusieurs années avant que je n’apprécie vraiment des acteurs comme Leslie Cheung (un des rôles principaux dans Adieu ma concubine, de Chen Kaige, palme d’or à Cannes en 1993 ex-aequo avec La Leçon de Piano de Jane Campion que j’ai également vu et aimé) Andy Lau…ou Donnie Yen.

 

Leslie Cheung s’est malheureusement suicidé il y a plusieurs années maintenant.

Andy Lau m’a marqué par son rôle dans Infernal Affairs  dont le premier volet a été réalisé par Andrew Lau et Alan Mak en 2002.

 

Et, je crois que j’ai commencé à véritablement aimer le jeu de Donnie Yen en prenant de l’âge et avec les Ip Man. C’est assez récent. Un ou deux ans peut-être. J’ai déjà oublié.

 

Ces quelques acteurs asiatiques cités ( Andy Lau, Leslie Cheung, Chow Yun Fat, Tony Leung Chiu Wai, Donnie Yen….) s’ils sont majoritairement chinois ou de Hong-Kong, à l’exception de Takeshi Kitano, qui est japonais, ont pour eux d’avoir interprété des rôles dont des valeurs se retrouvent dans le personnage de Ip Man. A commencer peut-être par une certaine intégrité morale.

 

 Une certaine intégrité morale

 

 

 

Avoir une très grande intégrité morale ne suffit pas à voir Ip Man dans Ip Man 4. Aux Etats-Unis, Ip Man tombe surtout de haut lorsqu’il rencontre avec humilité ses compatriotes chinois. Ceux-ci le méprisent. Le problème, c’est qu’en tant qu’experts d’arts martiaux,  et en tant que chinois, leur attitude aurait dû être le contraire. Mais ils s’estiment en droit d’avoir une telle attitude et, ce, en tant que personnes hautement civilisées et raffinées. L’intégrité morale d’Ip Man se confronte…. à l’intégrisme de ses pairs. Et, ce qui est malin dans le scénario, c’est que ces pairs reprochent à Ip Man les agissements de Bruce Lee aux Etats-Unis, un de ses anciens élèves, mais, aussi, d’une certaine façon, son fils spirituel. On peut dire qu’Ip Man collectionne les problèmes avec ses fils. L’un, à Hong-Kong, passe son temps à se battre et se fait exclure de l’école. L’autre ( Bruce Lee), réussit à s’intégrer aux Etats-Unis et à susciter l’admiration publique mais inspire jalousies et suspicion. On pourrait voir un comique de répétition mais on a plutôt tendance à avoir de la compassion pour Ip man. Alors que reste-il à Ip Man comme atouts ? La persévérance, la confiance en soi et le sens de la diplomatie comme le refus d’offenser qui que ce soit mais aussi le refus de se rabaisser.

 

Bruce Lee dans Ip Man 4

Je m’en remets totalement à la compétence du chorégraphe, des acteurs et artistes martiaux dans ce film. Ce n’est quand même pas moi qui vais espérer apprendre à Scott Adkins ( le Marine Barton Geddes dans le film), à Danny Kwok-Kwan ( Bruce Lee dans le film) à Donnie Yen et aux autres comment on doit donner un coup de pied.

 

Mais Bruce Lee fait partie du panthéon de notre mémoire. Et cela pouvait être très risqué de le faire «revivre » dans Ip Man 4. Hé bien, l’acteur Danny Kwok-Kwan, qui l’interprète dans Ip Man 4 , m’a bien plu. Mieux :

Aux Etats-Unis, on peut considérer que les Américains qui défient Bruce Lee ( Karaté contre Wing Chun pour simplifier) sont des enfants qui ont mal tourné. On me pardonnera mon obsession dans cet article pour la filiation mais cette image me plait. Dans Ip Man 4, je vois tous ces Américains qui, forts de leur Karaté, veulent affronter Bruce Lee, puis Ip Man, comme des enfants qui auraient reçu un enseignement martial  mais avec de mauvais tuteurs et qui souhaitent ensuite ardemment se mesurer ( ou se frotter) à des adultes : des Maitres. 

Il y a d’ailleurs peut-être un sous-entendu dans le film : celui d’opposer la culture chinoise, millénaire, à la culture américaine, une culture jeune voire adolescente, donc immature, faite d’imports en tout genres, et qui croit pouvoir tout surmonter et tout maitriser par les seuls effets de sa volonté, de ses relations et de sa vitalité. D’ailleurs, tous les opposants américains que l’on voit dans le film sont des caricatures du cow-boy bourrin qui sont tout en force. 

 

Kacem Zoughari (encore lui) dans le magazine Yashima, explique que bien des Maitres d’arts martiaux, délibérément, transmettaient partiellement une partie de leur Savoir à leurs élèves lorsque ceux-ci arrivaient à un certain niveau de pratique donc de conscience. Et que pour confondre parmi ses élèves, le « traître » éventuel, celui qui, ensuite allait « donner » ou vendre à une autre école une partie de son Savoir, il arrivait aussi que des Maitres changent des mouvements. A tel élève, ils montraient tels mouvements ou telle variation. A tel autre, d’autres mouvements. Le but était donc de prévenir les trahisons mais aussi de prendre le temps d’évaluer si l’élève était fiable.

 

Dans Ip Man 4, on peut voir les Américains comme des combattants arrogants, très fiers d’exhiber leur trésor de guerre, le Karaté, qu’ils ont arraché aux fiers japonais qu’ils ont aussi humiliés avec leurs deux bombes atomiques. Mais je crois qu’il faut aussi voir ces combattants américains comme les reflets enlaidis par l’ego, donc comme les rejetons, de ces Maitres qui les ont « enfantés ». Car ces combattants américains ont appris leur Karaté avec des Maitres et peu importe qu’ils soient japonais alors qu’Ip man et Bruce Lee, eux, sont chinois :

 

Les Maitres ( et pères spirituels) de ces combattants américains auraient dû s’assurer qu’ils auraient – ensuite- été dignes de l’enseignement reçu.  Cela me rappelle un souvenir :

Enfant, j’ai pratiqué un peu le karaté. Je n’étais pas très doué. Mais je me souviens de Boussade, dont le frère aîné pratiquait aussi le karaté. Un autre de ses frères, que j’allais croiser des années plus tard sur un tatamis, pratiquait, lui, le Judo. Et il avait dû être un très très bon judoka. Je me rappelle encore de certaines des “balayettes” ( ou sasaé) qu’il m’a passées en me narguant des années plus tard, alors, que, très fier de mon judo pubescent, j’attaquais. 

 

Mais notre professeur de karaté, Danco ( ou Danko), avait un jour fait passer les ceintures. Boussade connaissait son kata pour changer de ceinture. J’aimais bien Boussade. C’était un camarade d’école. Mais, ce jour-là, Danco avait refusé de lui donner sa ceinture supérieure (la bleue ou la marron). Parce-que, lors de son kata, Boussade avait mis trop de hargne. Trop de violence. J’avais 12 ans tout au plus ce jour-là. Et j’avais été plutôt triste pour Boussade. Mais  je me rappelle encore de cette leçon aujourd’hui quarante ans plus tard. Comme on le voit, ce genre d’expérience marque.

 

 

Dans Ip Man 4, il est difficile de croire que les combattants américains qui défient Ip Man et Bruce Lee aient été remis à leur place par leur Maitre et père spirituel comme Boussade l’avait été ce jour par Danco ( ou Danko).

 

Un Maitre, un professeur ou même un éducateur peut être un père spirituel ou symbolique. Certains de ces Maitres sont fascinés par la violence et l’encensent. D’autres ne s’en laissent pas conter par la violence. La violence ne les séduit pas. Et j’ai tendance à penser qu’un Maitre qui sait s’en tenir à une certaine abstinence en matière de violence pourra plus facilement inciter ses élèves au pacifisme. Alors que le « Maitre » qui, lui, kiffe la violence et le fait de soumettre les autres encouragera plus facilement ses élèves à aller vers la violence voire et vers….le terrorisme. Surtout si ses élèves l’admirent et boivent ses paroles. Pour certains terroristes, pratiquer le jihad avec force violence et explosions revient sans doute à avoir ” l’esprit du sabre” tel que peut le concevoir un pratiquant d’arts martiaux. Dans le film Opération Dragonle dernier film réalisé du vivant de Bruce Lee, Han, est plus proche du meneur de secte et du terroriste que du pratiquant d’arts martiaux qu’il a pourtant été. L’histoire se déroule sur une île. Mais on aurait pu imaginer que si ce film se tournait aujourd’hui, qu’on y verrait aussi des attentats dans certaines parties du monde comme on peut le voir dans bien des films de James Bond vers lequel Opération Dragon lorgne. 

 

Pour revenir à Bruce Lee dans Ip Man 4, on nous le montre plutôt pragmatique et responsable (bien qu’un peu provocateur tout de même). Il accepte le combat. Car il sait que le combat fait partie du Voyage qu’il a initié en se rendant aux Etats-Unis.  C’est, du reste, un des sens du film et de tous les films de ce genre :

Le combat est un voyage mais aussi un tremblement. S’opposer à l’autre pousse à faire un voyage vers soi-même. Un voyage intérieur dont les tremblements nous révèlent à nous-mêmes. Ulysse a accompli l’odyssée. Bruce Lee, lui, fait de même au travers des arts martiaux qu’il amène aux Etats-Unis. A moins que ce ne soient les arts martiaux qui, par leur existence propre, ne le poussent à se rendre aux Etats-Unis. Puisque au travers de ces Maitres chinois qu’Ip Man rencontre aux Etats-Unis, on comprend qu’ils sont les gardiens exclusifs et féroces d’un art martial qui a peut-être été très vivant en eux auparavant mais qu’ils ont laissé mourir en quelque sorte pour mieux laisser pousser le souvenir qu’ils en ont. 

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 Il me semble que lors du  second combat de rue de Bruce Lee (face à un adversaire qui se servira finalement d’un nunchaku), on accède à une dimension mystique des arts martiaux. C’est une chose de voir que Bruce Lee devine les mouvements – prévisibles pour  lui- car mal appris finalement, mal incorporés, ou trop vite ingurgités, de son adversaire qui a suffisamment de pratique pour intimider le citoyen lambda étranger au combat. Pratique qui se révèle grossière devant un Maitre comme Bruce Lee qui « est » le combat. Un peu comme si, dans l’océan, on voulait battre à la nage un dauphin ou un requin avec une paire de palmes en carbone.

 

C’en est une autre de « voir », lorsque l’adversaire de Bruce Lee, dominé, sort son nunchaku comme une baguette magique,  que c’était comme s’il touchait en fait à une divinité ou à un objet sacré qu’il souillait. Et que, pour cela, Bruce Lee, alors quasiment en transe, le corrigeait.

 

 

Conclusion

 

 

Dans cette opposition entre différents pratiquants d’arts martiaux dans Ip Man 4- Le dernier combat, on perçoit que pour certains adeptes, les arts martiaux servent surtout à détruire ou à assurer un sentiment personnel de suffisance et de supériorité.  Pour Ip Man, les Arts martiaux doivent servir à « vaincre les préjugés ». Si en prime abord, la position de Ip Man est « jolie » moralement et que ses relations avec son fils ainsi qu’avec la fille d’un de ses rivaux font partie des gros atouts du film, le message final gâche beaucoup. Parce-que le message final, concernant l’opposition entre le Wing Chun et le karaté, c’est qu’en raison de son efficacité finalement démontrée, le Wing Chun va être enseigné…aux Marines qui sont formés pour détruire et tuer de par le monde pour assurer la domination américaine. Donc, c’est quand même dommage d’avoir réalisé un film qui prône la tolérance, l’antiracisme, qui montre à des pères qu’ils font erreur lorsqu’ils s’obstinent à vouloir  à tout prix imposer leurs propres rêves à leurs enfants pour, au final, nous dire :

 

Grâce à Ip Man et au Wing Chun, l’armée américaine sera désormais encore plus forte. Merci la Chine ! Quant aux Marines fortes têtes tels que Barton Geddes ( interprété par Scott Adkins) et son bras droit, Collins, qui se font « ratatiner », on ne sait pas ce qu’ils auront appris de leur défaite. Qu’ils ont eu tort ? Ou qu’ils doivent s’entraîner plus dur au karaté pour revenir plus fort et aller défier Ip Man dans sa tombe ?

 

 

Pareil pour la jeune lycéenne américaine, blonde aux yeux bleus, qui, faute d’avoir échoué à museler la jeune chinoise Yonah a eu recours au harcèlement et à la violence physique : on ignore ce qu’elle devient à la fin du film. La maitresse de Bruce Lee ?

 

 

Cet article est une construction. Quelle que soit l’énergie consacrée pour l’écrire et le temps passé dessus, il est loin d’être une vérité absolue. Chaque nouvel article est sans doute un ancien article que l’on a déjà écrit et que l’on essaie de mieux écrire afin qu’il soit au plus près de nos émotions et de nos réflexions du moment.

 

 

 

Franck Unimon, ce vendredi 14 aout 2020.

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

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