Ton appel

» Posted by on Fév 26, 2021 in Pour les Poissons Rouges | 0 comments

Ton appel

 

 

                                                                  Ton appel

Je sais que tu n’appelleras pas. Il me reste suffisamment de lucidité. Mais je continuerai de m’en tenir au même emploi du temps. A attendre cet appel. Trois fois par semaine, à la même heure, je me posterai près de chez toi. Grâce au résultat d’une filature de précaution, je sais où. Je ferai très attention.  Si cela s’apprenait, ce serait le désastre.

 

Tout a commencé lorsque nous nous sommes rencontrés. C’était peut-être il y a des années maintenant. Au travail ou ailleurs. Cela n’a aucune d’importance. Il ne s’est rien passé ou dit de particulier.  Tu m’as sûrement oublié depuis comme d’autres avant toi car je fais partie du décor. J’ai simplement été sensible à ton aura. Mais impossible de l’expliquer. A toi comme à qui que ce soit. Je n’ai pas envie de déranger. Cela ne sert à rien d’essayer d’expliquer. Il faut séduire, c’est tout. Or, moi, je ne séduis pas.

 

D’autres ont déjà été enfermés pour des situations similaires à la mienne. Lorsqu’ils ont joué leur va-tout et se sont jetés à l’eau. Ils croyaient qu’on les écouterait, qu’on les accepterait.  Cela a été catastrophique ou ridicule. Ils se sont fait humilier.

 

Je n’ai pas cette naïveté. Moi, je me tais. Je ne me répands pas sur l’espace public. J’en fais une affaire privée. Personne ne peut me reprocher quoique ce soit tant que je reste à ma place. C’est ce que je fais. Je le fais très bien et tous les jours.  Depuis le temps, j’ai acquis une certaine expérience dans ce domaine. Tous les jours, je me polis et me rends irréprochable. Il n’y a que durant cette heure « avec » toi, où, enfin, je suis autrement.

 

Qu’est-ce je te trouve exactement ? Difficile à définir. Difficile à retenir. Je te trouve tout. C’est comme un rêve déclaré qui ne peut se soustraire à mes pensées. Cette heure avec toi, j’en fais mon affaire. Rien ne doit dépasser. Personne ne doit interférer. Pas même mes propres peurs. Alors, je prépare toujours tout à l’avance. Je m’entraine mentalement à revenir secrètement. Pour l’instant, tu ne vois rien, tu ne sens rien. Enfin, je ne crois pas et c’est aussi bien. C’est très bien comme ça, cette sorte d’entente sans conflit. On peut croire que l’absence de conflit est synonyme d’ennui. Pas pour moi. Je préfère rester dans mon coin telle une béquille posée contre un mur. Ou céder chaque fois que l’on veut que je me batte ou que l’on me contredit. Je n’ai rien à perdre et rien à prouver non plus. Je veux juste être tranquille avec toi de temps en temps. Et, pour ça, je veux pouvoir ne laisser aucune trace.  Après ça, le reste suivra puisque tout est réglé. Et qu’il suffit de s’en tenir à une routine consentie de part et d’autres. Avoir très peu d’ambition m’aide beaucoup. Cela m’évite bien des désillusions. Je ne suis pas comme toutes ces personnes qui attendent beaucoup chaque fois qu’elles entreprennent une action. Je me concentre seulement sur cette heure avec toi sur laquelle je veille comme s’il s’agissait d’une fleur qui pousse dans un pot. Je prends soin de la qualité de la terre, de l’eau que j’y mets. Mais aussi de la façon dont je la verse. Il faut être doux et parler délicatement. Sans brusquer. C’est un bercement de tout mon poids au dessus de toi. Pour l’instant, tu ne sens rien mais ça viendra. Tu verras.

 

Franck Unimon, ce mercredi 20 janvier 2021.

 

 

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