Un suicide

» Posted by on Juin 25, 2022 in Musique | 0 comments

Un suicide

Camaret, juin 2022. Photo ©️Franck.Unimon

 

Un suicide

Polyglotte et voisine, elle est allée parler au bitume cinq étages plus bas. Sa langue était inconnue. La traduction ne s’est pas faite. 

 

La nouvelle m’est arrivée quelques heures plus tard après une nuit de travail. La porte de mon appartement à peine ouverte, ma fille m’a parlé d’un « accident ». Plus discrètement, ma compagne m’a parlé de « suicide ».

 

On repense à la dernière fois avant la bifurcation vers « l’accident ». Bien-sûr, rien ne pouvait laisser supposer que. Et même si….

 

Sortie de son, vol sans ailes, arrêt brutal de la routine, le suicide orchestre nos souvenirs. Puis, inspirés ou non, c’est à nous de jouer.

 

Ma fille continuait de jouer plus loin. Après avoir dit une ou deux fois « C’est triste », il m’a fallu plus de dix minutes dans les toilettes pour retrouver un peu de volonté. Ma compagne semblait avoir eu le temps de digérer l’événement. Sans doute en discutant avec deux autres voisines également sollicitées par la police.

 

Ces derniers temps, je réécoute beaucoup deux titres du groupe haïtien Les Ambassadeurs :

 

Evénement et Mission Spéciale.

 

Dans ces deux titres, qui datent des années 70-80, la musique Kompa du groupe  Les Ambassadeurs est un harnachement de vie avec lequel (comme d’autres groupes haïtiens de cette « époque ») il chante aussi son attachement à  son île natale, Haïti, recouverte par la dictature militaire et politique, pays qu’il avait dû quitter.

 

Cette musique me rappelle ces soirées antillaises où, d’abord enfant, mes parents m’ont emmené : baptêmes, mariages, communions…

Souvent dans des grandes salles où beaucoup de gens dansaient sur des titres de plus de cinq minutes.

Pour moi, ce monde était une routine et aussi un spectacle. Une routine disparue en quittant l’enfance en France. C’était avant le Zouk de Kassav’ ( https://vimeo.com/586837210 ;  Jacob Desvarieux ) à partir du milieu des années 80.

 

Mais la vie ne se regarde pas et ne s’admire pas dans les vitrines. Elle s’apprend, se traduit et se danse. Celles et ceux qui affirment le contraire parlent la langue des dictateurs. ( Enfant de la France/ Enfant de la Transe ). 

 

Après les titres Evénement et Mission Spéciale, dans notre appartement, j’ai mis du Dub avec des titres du groupe bordelais Improvisators Dub.

 

Puis, pour finir, au casque, le titre Hommage aux Disparus du groupe haïtien Les Frères Dejean.

( merci à ma cousine Janine pour m’avoir fait parvenir de Guadeloupe via mon frère il y a quelques années ces titres – et d’autres- des groupes Les Ambassadeurs et Les Frères Dejean).  

 

Franck Unimon, ce samedi 25 juin 2022.

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