A Paris, la séance de 11h30 du film A Toute épreuve de John Woo a commencé au cinéma le Grand Action. Cela fait deux semaines que j’essaie de retourner le voir au cinéma, ce film. Je vais encore le « rater ». J’ai le dvd chez moi mais j’aimerais le revoir dans une salle de cinéma.
Mais ce matin, j’ai discuté avec ma mère avant que ma petite sœur ne vienne la chercher. Ma mère, retournée vivre en Guadeloupe avec mon père il y a plus de vingt cinq ans, est encore avec nous en région parisienne pour quelques jours avant de repartir pour la Guadeloupe.
Ma mère a 77 ans. Il y a quelques jours, j’ai eu l’idée de l’emmener voir la représentation théâtrale du dernier ouvrage de Ovidie :
Au départ, j’ai été très content de moi en ayant cette idée sans lui en parler. J’étais venu une première fois, avec une copine, assister à la représentation. En entendant ce texte à charge contre les hommes hétéros qui maltraitent les femmes et les baisent mal, j’avais entendu des femmes rire dans la salle à plusieurs reprises.
C’était le rire de celles qui se reconnaissent. Le rire cathartique de celles qui ont encore la possibilité -ou qui décident -d’extraire d’elles de cette façon autant qu’elles le peuvent des années et des prisons de venin. De souffrance. De colère. De tristesse.
C’était le rire de femmes aptes à l’autodérision. Et, peut-être, aussi, à la vengeance.
Je ne pouvais pas rire comme ces femmes et avec ces femmes. Car j’étais et suis un homme hétéro. Un des échantillons de ces hommes dont Ovidie s’est faite un tailleur sur mesure dans son texte : La chair est triste hélas.
Donc, d’une façon ou d’une autre, je faisais partie de ceux qui avaient maltraité, maltraitent ou maltraiteraient des femmes ou les baiseraient mal.
La copine avec qui j’étais allé à la représentation avait ri à certains moments. Moi, il y a un moment en particulier où j’avais souri et failli rigoler avant de me retenir. Lors de ce passage où Ovidie, à travers la voix et le corps d’Anna Mouglalis, avait déclaré que les hommes devraient raser les murs chaque fois qu’ils baisent mal une femme. Je m’étais un peu imaginé la scène d’hommes se déplaçant honteusement, les yeux au sol, essayant autant que possible de se cacher du regard des autres, et disparaissant aussi vite qu’ils le pouvaient.
Je ne me vois pas comme un expert en sexualité et en plaisirs du corps. Mais comme un adepte depuis longtemps de l’autodérision. Ce rire cathartique des femmes autour de moi dans la salle, je le connais depuis l’enfance.
Je n’ai pas été victime d’inceste, de viol ou d’attouchements sexuels. Mais comme beaucoup d’enfants, sans distinction de sexe, j’ai connu l’angoisse, la violence physique et morale.
J’ai appris, comme beaucoup d’enfants, à faire la distinction entre le châtiment « juste » parce-que l’on a fait une bêtise que l’on est parfaitement capable de comprendre et l’abus de force, de pouvoir comme l’humiliation.
Je n’ai pas fait que subir. Je n’ai pas tout le temps subi et enduré.
Néanmoins, j’ai mémorisé. J’ai été spectateur/observateur puisque je n’avais pas d’autre choix. Puis j’ai pensé.
A des moments divers de ma vie. Grâce à des rencontres, des lectures, des expériences personnelles et professionnelles, de l’introspection. En sortant ou en m’extrayant quelque peu du périmètre mental dans lequel j’aurais pu rester tel un poisson rouge tournant dans son bocal.
J’aurais pu tout reproduire exactement à l’identique comme d’autres l’ont fait et le font. Il aurait suffi » de ne pas se prendre la tête ». Et de (se) laisser faire.
Les thérapies sont arrivées plus tard, à partir de la quarantaine.
Pour moi, aller voir cette représentation La Chair est triste hélas de Ovidie, après avoir lu le livre, c’est, d’une façon ou d’une autre, me prendre moi-même à contrepied. Sortir un peu du bocal. C’est aussi un peu comme accepter de monter sur un ring de boxe tout en sachant que l’on va forcément prendre des coups. Même si l’autre, en face, nous assure :
« Je n’ai pas de compte à régler avec toi. Je ne te ferai pas ( de ) mal ».
Et, en retournant voir cette représentation théâtrale avec ma mère, j’espérais qu’elle, aussi, allait se mettre à rire comme ces femmes que j’avais entendues la première fois. J’espérais qu’elle acquiesce un peu comme on le voit faire dans ces églises où l’on chante du Gospel et où les fidèles répètent « Amen ! » en chœur parfois jusqu’à cette transe qui anesthésie momentanément les souffrances.
J’espérais une « discussion ».
A côté de moi, lors de la « représentation », ma mère n’a pas ri.
Pour commencer, en ré-entendant dès les cinq premières minutes de la représentation, les mots « fellation », « pipe », « sodomie » et autres avec ma mère près de moi, j’ai été très embarrassé.
Mal à l’aise, j’avais très envie de rire. Mais je ne le pouvais pas. Cela aurait été très mal compris autour de nous. Le public était très majoritairement féminin.
Pendant plusieurs minutes, je me suis dit que j’avais finalement été très mal inspiré en emmenant ma mère au théâtre de l’Atelier pour voir cette représentation. Que c’était évident ! Puis, voyant que ma mère ne bronchait pas, j’ai accepté que, pour elle, il n’y avait rien de choquant.
Vers la fin de la représentation -qui dure 1h10 et commence à 21 heures- ma mère s’est endormie. A deux ou trois reprises, sa tête et son corps se sont penchés vers moi. Je me suis alors dit que la représentation ne lui avait pas plu.
Lorsque nous sommes sortis, ma mère m’a répondu-affirmé, que cela lui avait plu. Qu’elle avait préféré ça à une sortie au théâtre qu’elle avait faite avec mon père. J’étais assez perplexe. Je crois qu’elle m’a dit ça pour me faire plaisir. Pour ne pas me vexer. Je me suis dit que la représentation lui était passée complètement au dessus de la tête. Sur scène avaient été employés des termes et du vocabulaire qui ne font pas partie de son monde.
Cependant, je me suis quand même dit que c’était « bien » d’avoir en quelque sorte remis ma mère dans la boucle de la culture. Elle, qui, alors qu’elle était enceinte de moi, était encore garde d’enfants, au 21 rue Condorcet à Paris.
D’une certaine manière, en l’emmenant-entraînant dans cet endroit, à Paris, en France, le soir, moi, son enfant aîné, né en France, j’avais fait mon devoir. Enfant, c’était elle qui m’emmenait dans Paris et ailleurs. Là, c’était moi.
Je ne pourrais pas parler du monde des femmes présentes autour de moi ce soir-là où lorsque j’étais allé assister à la représentation une première fois avec une copine. Je ne connais pas la vie de toutes ces femmes. Si une étude sociologique de ce public est réalisée, j’aimerais bien la lire. Je pense que ces femmes que j’ai croisées lors de ces deux représentations sont dans leur ensemble plutôt « éduquées » et/ou militantes. Ou victimes. Qu’elles ont plutôt fait des études supérieures. Elles peuvent être dans la vingtaine mais ont plutôt la trentaine ou la quarantaine. Des femmes blanches dans leur grande majorité. J’ai dû apercevoir moins de dix femmes noires à chaque fois où je suis venu. Mais ce sont, là, mes impressions à vue d’oeil sans la moindre certitude.
Mais je sais que Ovidie a obtenu un doctorat. Je sais que la copine avec laquelle je suis venu la première fois a fait des études supérieures et est très impliquée au moins comme actrice culturelle en tant que comédienne et metteure en scène. Toutes deux vivent plutôt en ville ou ont toujours vécu en ville.
Ma mère vient d’une famille nombreuse ( 16 ou 17 enfants en l’incluant) de la campagne et d’un milieu social modeste. Elle est née à la fin des années 1940.
Je sais- pour en avoir rediscuté avec elle récemment- que ma mère, en Guadeloupe, avait d’abord dû quitter l’école avant le niveau du certificat d’études pour, dans la maison de ses parents, s’occuper du ménage, des enfants plus jeunes et de la cuisine.
Puis, venue en France un peu avant ses vingt ans, à force de cours du soir et de cours de correspondance, après avoir connu plusieurs expériences professionnelles y compris à l’usine et en tant que caissière, ma mère est finalement parvenue à obtenir le niveau BEPC et à devenir aide-soignante. En répondant à mes questions ces jours-ci, alors qu’elle était chez moi, ma mère m’a permis de continuer à reconstituer une partie de mon histoire au travers de la sienne.
Ces femmes sont soit des militaires, soit des personnes qui ont fait des hautes études et/ou, voire, qui sont issues d’un milieu socio-affectif favorisé. Ma mère, bien que femme qui a aussi surmonté bien des épreuves et mené ses combats, ne fait pas partie de ces mondes.
Hier après-midi, alors que nous nous promenions avec elle et ma fille dans Paris, ma mère m’a répondu qu’elle n’avait jamais entendu parler de la Sorbonne. Initialement, je souhaitais principalement montrer la Sorbonne à ma fille. Car cette université prestigieuse avait été mentionnée dans un podcast où le magistrat Youssef Badr ( auteur de Pour une Justice aux mille visagesle mythe français de l’égalité des chances) racontait un peu son parcours.
« Etrangère » à la Sorbonne, le monde de Ovidie, d’Annie Ernaux , Victoire Tuaillon, Mona Chollet etc…ne pouvait donc pas faire partie du monde de ma mère. Car ces femmes, à un moment ou à un autre de leur existence, ont fait des études supérieures. Pour elles, c’était une expérience normale ou quasi-normale.
Alors que pour ma mère, malgré une trentaine d’années de présence en région parisienne, malgré divers passages dans Paris, l’acte d’oser poser un pied dans une université, ne serait-ce que pour la visiter, serait à mon avis du domaine de l’interdit ou de la prise de risque.
Et cela avait été finalement pareil pour mon père qui avait entretenu une défiance – et me l’avait inculquée ( à moi l’aîné) -envers le monde de l’université et des études longues qui ne garantissaient pas ensuite le fait de trouver un emploi.
Mon père, pourtant, bien plus « éduqué » que ma mère, niveau Bac – ce qui était exceptionnel et admirable pour un homme issu aussi d’un milieu social et campagnard modeste- avait bien fréquenté durant un certain temps l’université de Nanterre, une université plutôt réputée.
Mais c’était pour aller y prendre des douches à l’oeil dans la résidence étudiante après ses matches de Foot dominicaux avec ses collègues des PTT. En me faisant jurer, surtout, de ne pas en parler autour de moi.
Je devais avoir, alors, environ dix ans ou peut-être moins.
Oui, ma mère connaissait le quartier St Michel à Paris. Elle me l’a confirmé hier après-midi. Mais elle ne connaissait pas la Sorbonne, ni le Collège de France et encore moins le lycée Louis le Grand devant lesquels nous sommes passés. Devant lesquels j’ai pris le temps de m’arrêter pour en parler un peu à ma fille. Pour prendre aussi des photos avec mon smartphone de cours prévus au Collège de France. Un lieu où je n’ai toujours pas pris le temps de me rendre alors que je vis en banlieue parisienne depuis plus d’un demi siècle. Alors que j’ai déjà passé un nombre incalculable d’heures dans Paris entre autres pour aller m’enfermer dans une salle de cinéma.
Alors que j’aime « apprendre ».
La Sorbonne, le Collège de France ou le lycée Louis le Grand, en soi, ne sont pas des avant-gardes féministes. Mais ce sont des lieux de Savoir et, donc, en principe, de rencontres, d’ouverture sur le Monde et d’émancipation. Et, ma mère, elle, finalement, faisait peut-être encore beaucoup partie du monde de Rue Cases Nègres. Ce qui ne l’a pas empêchée de vouloir se procurer une montre connectée. Montre que je lui ai offerte hier après-midi en allant l’acheter avec elle et ma fille dans un des magasins Le Vieux Campeur dans le quartier St-Michel.
Il y a plusieurs années, lorsque je me suis décidé à bifurquer vers la psychiatrie, ma mère, aide-soignante durant des années dans un service de réanimation à la maison de Nanterre, a eu peur pour moi.
Elle a eu peur que je devienne « fou ». Cette fois-ci, je ne l’ai pas écoutée.
Je l’avais écoutée pour sa peur de la moto au point qu’au mieux, tout ce que j’ai réussi à faire, c’est, durant une certaine période, porter des blousons de motard sans passer mon permis moto. Je le passerai peut-être un jour. Dans ma tombe.
Ce matin, avant que ma sœur ne vienne chercher notre mère pour l’emmener chez elle, je me suis assis à côté de ma mère. Et, je lui ai peut-être posé des questions de fou.
Pour ce faire, je crois que je suis passé par le Créole. La plupart du temps, j’ai toujours parlé en Français à ma mère. Mais lors de ce séjour, je me suis aperçu que ma mère captait mieux ce que je lui disais dès lors que je m’adressais à elle en Créole.
Aussi, je ne m’en suis pas privé. Même si je le pratique peu ou trop peu et que je le manie maladroitement, c’est une langue que j’ai souvent et suffisamment entendue. Il m’en reste de quoi me faire comprendre au moins de ma mère comme auparavant pour me faire comprendre de mes grands-parents aujourd’hui décédés et qui parlaient très peu le Français.
Tantôt en Créole, tantôt en Français, j’ai donc posé à ma mère des questions qu’habituellement on ne pose pas ou qui ne se posent pas.
Lorsqu’il a été un peu difficile pour elle – qui a toujours fait de son mieux pour me répondre- de se rappeler certains moments douloureux et difficiles de sa vie d’avant ma naissance, j’ai expliqué à ma mère que cette histoire, son histoire, était aussi mon histoire. Et que, seule, elle, pouvait me répondre.
Ma mère m’a répondu.
Ensuite, voyant notre mère pleurer alors que nous venions la rejoindre près de sa voiture, ma petite sœur m’a dit plus ou moins en m’interrogeant :
« ça va ? Il y a une chouette ambiance, chez vous ! ».
J’ai alors fait un résumé à ma petite sœur qui, rapidement, s’est montrée intéressée par les informations supplémentaires que j’avais obtenues sur notre histoire :
L’ histoire de notre mère avant notre naissance.
Ce qui s’est déroulé dans le passé se transmet ou peut se transmettre. Nous pouvons ainsi rester captifs d’un passé douloureux parce-que nous l’ignorons et ignorons comment nous en extraire. Donc, autant le connaître. Mais nos parents ou nos proches ne nous le racontent pas forcément. Ils ont peut-être appris à vivre ou à survivre à ça en le gardant contre eux dans un coin de leur sac à main ou dans une des poches secrètes de leur mémoire. En rasant les murs à certains moments. Parfois ou souvent en affirmant que cela fait désormais partie du passé et que ces événements sont en quelque sorte des reliques inoffensives ou qui pourraient tout détruire autour d’elles si on les expose à l’environnement.
Nous nous devons de ne pas les bousculer s’ils se cramponnent à ces peurs ou à ce genre de croyances. Nous ne sommes pas pour autant toujours obligés de les croire. Mais il est vrai qu’il vaut mieux bien choisir son moment pour certains apprentissages et certaines transmissions.
J’ai plutôt une bonne relation avec ma mère. Elle avait aussi fait de moi son « confident » alors que j’étais enfant.
J’aurais très vraisemblablement regardé certains membres de ma famille avec beaucoup moins d’affection et de patience si j’avais obtenu plus tôt certaines des réponses que ma mère m’a données ce matin. Ou j’aurais également posé à ces membres de ma famille des questions de fou. Des questions auxquelles on préfère ne pas avoir à réfléchir.
J’ai remercié ma mère et je la remercie encore de m’avoir répondu ce matin. D’avoir répondu à mes questions de fou. Des questions qui se contrefichent des belles apparences et des convenances. Des questions qui savent que nous ne sommes pas éternels.
Des questions portées par la vraie vie. Pas celle qu’on nous montre dans les pubs, qu’on nous sert dans des pots de bébés ou de boites de conserves. Pas celle supposée être la vie « normale » qui se tient toute seule attachée à une laisse avec une muselière en attendant qu’un supposé Maitre ou une supposée Maitresse la siffle.
La Guerre au féminin un livre de Dorothée Olliéric
Drôles de dames
Hier, j’ai donc terminé la lecture de cet ensemble de témoignages de femmes militaires recueilli par la grande reporter Dorothée Olliéric.
J’ai lu les dernières pages dans ce foyer de psychiatrie adulte où il m’arrive de faire occasionnellement des vacations de 12 heures en plus de mon poste d’infirmier psychiatrique à temps plein. Dans la ligne 14 du métro, il y a quelques semaines, j’ai entendu une femme au téléphone dire face à moi à quelqu’un :
« En dessous de 5000 euros par mois, je ne m’en sors pas ! ».
Après plus de trente années en psychiatrie et en pédopsychiatrie, mon salaire d’infirmier psychiatrique est bien éloigné de ce chiffre. Je ne cherche pas à l’atteindre. Mais mon salaire ne me préserve pas de la nécessité de devoir faire, de temps à autre, des vacations ou des heures sup. Pour atteindre ce salaire mensuel de 5000 euros, il faudrait que, chaque mois, en plus de mon temps complet d’infirmier, « j’effectue » huit à neuf vacations infirmières de jour de douze heures chacune ou huit vacations infirmières de nuit de douze heures.
Je connais un infirmier qui a touché ce salaire ou davantage tous les mois pendant les années. Il m’avait dit lors d’une de nos première rencontres : » J’ai besoin de gagner beaucoup d’argent ». Il occupait un poste de cadre infirmier de nuit dans le privé en soins somatiques. Il avait un contrat à mi-temps dans un laboratoire d’analyses médicales en journée. Et il faisait environ quatre à cinq vacations infirmières de nuit en plus tous les mois dans une clinique de pédopsychiatrie. Lui et sa femme, infirmière également, travaillaient beaucoup chacun de leur côté. Ils n’ont pas d’enfant. Il était en surpoids. Il avait déjà plus de cinquante ans. Il m’avait expliqué que jusqu’à ses 25-30 ans, il avait surtout beaucoup profité de la vie. Qu’il avait fait la fête.
Il y a plus d’une trentaine d’années, intérimaire, j’avais connu une infirmière qui gagnait sans doute plus que lui, en équivalent en francs. Elle travaillait entre 25 à 30 nuits par mois en soins somatiques . Elle avait près d’une trentaine d’années, vivait seule bien qu’elle ait un copain qu’elle voyait de temps en temps. Elle n’avait pas d’enfant.
Mon métier d’infirmier, dans son ensemble, qu’il s’agisse de l’exercer en soins somatiques ou en santé mentale ( psychiatrie, pédopsychiatrie, addictologie ) n’est pas un métier que l’on « décide » de faire dans l’intention de devenir rapidement millionnaire. Si le fric est le premier objectif lorsque l’on choisit un emploi ou une carrière, on se dirige plutôt vers le commerce ou des secteurs connus pour rapporter.
Le métier d’infirmier fait partie de ces métiers où l’on donne de soi. Et parfois ou souvent où l’on donne plus de soi que demandé ou nécessaire. Ce n’est pas un travail administratif ou un travail ou l’on peut se contenter de larguer et de donner des chiffres et des algorithmes. Puis de partir en sortant d’un service ou d’un bureau pour aller déjeuner dans un restaurant.
Puisque c’est un métier où, selon les spécialités et notre façon toute personnelle et morale de nous impliquer, on ne peut pas se contenter de répéter des actes de manière standardisée, des protocoles ou des fonctions à la chaine sans se préoccuper des réactions des personnes que l’on a en face de soi ou des interactions que l’on a avec elles dans le service où l’on se trouve avec elles. C’est un métier, qui , le plus souvent, ne connait pas d’heures de fermeture. Mais ce n’est pas un commerce. On n’y vend pas la dernière console Switch, le dernier smartphone de Apple ou de Samsung ou la dernière montre connectée. Sauf peut-être, bientôt, dans certaines cliniques privées.
En psychiatrie et en pédopsychiatrie par exemple, les spécialités que je connais le mieux, au lieu d’essayer de vendre une console switch ou le dernier smartphone dernier prix, on essaie autant que possible d’être à l’écoute. Ce qui implique de notre part au moins une certaine disponibilité psychique et une présence concrète pour l’autre. A mon sens, il est un certain nombre de circonstances où on ne peut pas juste faire acte de présence ou débiter des phrases toutes faites ou des protocoles. Ou parler plus que l’autre.
Cela ne signifie pas que l’on doit et que l’on peut tout accepter et tout faire avec lui ou elle ou pour elle. Mais de tenter de savoir. Et de pouvoir être là si la ou les personnes concernées ont besoin d’être aidé(es) ou accompagnées pour mettre ou remettre le pied à l’étrier pour ce qu’elles ont à accomplir ou à accepter.
Je n’y arrive pas toujours. Je ne suis pas toujours persuadé d’être un « bon » professionnel. Même si je peux aussi être satisfait. Même si je sais que j’ai de l’expérience et que je peux être critique aussi envers d’autres professionnels quels qu’ils soient, quelle que soit leur hiérarchie et leur fonction.
Mais j’ai une certaine exigence envers moi-même qui n’a pas besoin des autres pour être active. Je fais des erreurs. J’ai certaines insuffisances et certaines lacunes. Peu m’importe que cela ne se remarque pas ou peu. Moi, je le remarque et je m’en rappelle ou je sais m’en rappeler. Par moments, je m’adoucis envers moi-même, d’autres fois, moins.
» C’était la guerre ! » m’a dit il y a deux ans à peu près, lors d’une vacation de nuit infirmière, une jeune infirmière d’à peine trente ans à me parler de la pandémie du Covid dans le service de réanimation où elle avait été titulaire auparavant. Un service qu’elle aimait et qu’elle avait quitté dès qu’elle l’avait pu, après quatre ou cinq années. Ereintée par les conditions de travail qu’elle y avait connues durant la pandémie du Covid. Devenue intérimaire ( ou vacataire) afin de pouvoir souffler et travailler quand elle le voulait à des conditions qu’elle pouvait accepter et supporter. Elle aussi, elle n’avait pas d’enfant.
Même s’il s’est masculinisé, je fais un métier de femmes et cela a, je crois, une certaine incidence tant dans la façon de le rémunérer que dans la manière de prendre en compte depuis une trentaine d’années sa pénibilité, ses contraintes, ainsi que les diverses revendications et manifestations de la profession infirmière qui doivent beaucoup faire sourire un certain nombre de décideurs (hommes ou femmes). Puisque le travail continue d’être fait et les mouvements de contestation infirmière ont toujours été indolores politiquement.
Récemment, une de mes amies, infirmière en pédopsychiatrie, était assez en colère. Elle allait peut-être devoir se résoudre à recommencer à faire des vacations (une amie lui avait parlé d’une maison de retraite ou d’un EHPAD) car son salaire ne suffisait pas. Elle était obligée assez régulièrement de puiser dans son épargne.
Dans ce foyer psychiatrique adulte ou j’étais hier, des femmes et des hommes sont surtout porteurs, eux, de certaines entraves psychologiques et psychiatriques depuis des années.
« Mais » ils ont acquis ou conservé une certaine autonomie. Certaines et certains d’entre eux sont étudiants, ont un travail ou se rendent à un hôpital de jour ou dans une autre institution d’accueil psychiatrique. Elles et ils peuvent sortir facilement du service.
Au foyer, hier, une des patientes a aperçu le livre de Dorothée Olliéric.
Je croyais que personne ne l’avait vu. Il n’est pas- encore- interdit de lire en public à notre époque où la plupart du temps, nous sommes perchés juste au au dessus de notre écran de téléphone portable.
Mais je pensais avoir été suffisamment discret.
Elle m’a demandé si c’était moi qui lisais le livre. J’ai oublié si elle a dit « le livre sur les femmes ». Il y avait le mot « femme » dans sa phrase. Il n’y avait pas le mot « guerre ». Nous en avons alors un peu discuté.
Je lui ai répondu que j’essaie autant que possible de lire des ouvrages d’après un point de vue féminin. J’ai expliqué que cela me permettait d’apprendre et de voir un peu autrement. Je lui ai donné l’exemple de l’ouvrage qu’avait pu écrire la navigatrice Ellen Mc Arthur. Cet ouvrage lui disait quelque chose.
J’aurais pu citer d’autres ouvrages que j’ai lus :
Femmes puissantes un ensemble d’interviews pratiquées par la journaliste Léa Salamé qui avait plutôt tendance à m’excéder avant de lire ces interviews. Mais aussi Les couilles sur la table Les couilles sur la table, un livre de Victoire Tuaillon. Premières partieset Le cœur sur la table de Victoire Tuaillon ; La vie sans fard de Maryse Condé ; et La chair est triste hélas d’Ovidie La Chair est triste, hélas ! un livre d’Ovidie dont j’ai vu l’adaptation théâtrale deux fois récemment au théâtre de l’Atelier à Paris dans le 18ème.
Je n’ai pas parlé à cette patiente de ces ouvrages. Ni des articles consacrés dans le journal L’Equipe ou Le Parisien au Footballeur Ousmane Dembelé, joueur du PSG, récemment devenu le nouveau Ballon d’Or, nouvelle fierté nationale.
Mes réponses ont satisfait la patiente. Une jeune femme qui doute beaucoup d’elle et qui est rapidement très anxieuse. Mais qui est néanmoins parvenue à faire des études supérieures et à décrocher un emploi à responsabilités. Hier, elle faisait du télétravail depuis le foyer.
Dans mes réponses à la question de cette patiente, j’aperçois de très loin que nous donnons souvent des réponses dont le hors champ est beaucoup plus fourni.
Mais comme notre interlocuteur ou notre interlocutrice se satisfait de ce que nous lui montrons, lui avons donné ou répondu, nous nous en tenons généralement là. A la surface. Au bord du rivage. Là où nous avons pied. Nous sommes un peu des illusionnistes sociaux. Nous partons rarement loin.
Il y aura peut-être un plus tard. Mais il n’y aura peut-être rien aussi plus tard.
Appartenir à un groupe
Les femmes rencontrées par Dorothée Olliéric ont refusé de s’en remettre à un vague plus tard. Elles ont refusé de se satisfaire d’illusions et de peut-être plus tard.
Elles avaient un but ou se sont données un but et, pour y parvenir, elles ont décidé de s’adresser à l’armée et de s’y engager.
Leur décision de s’engager dans l’armée s’est faite en moyenne entre l’âge de 16 et 22 ans. Un âge où beaucoup de personnes, la majorité d’entre nous, hommes comme femmes, se cherche encore à tous les points de vue.
Si le titre du livre de Dorothée Olliéric, La Guerre au féminin, suggère la question du genre dans l’armée française mais aussi dans la guerre, les doutes que l’on peut avoir sur soi-même, lorsque l’on a entre 16 et 22 ans ou même plus, n’ont pas de genre.
Lorsque j’avais 22 ans, j’avais obtenu mon diplôme d’Etat d’infirmier depuis un an. Aujourd’hui, j’ai plus de 22 ans, je suis un homme, et j’ai encore des doutes.
Je crois qu’il faut conserver une certaine aptitude au doute. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles, bien qu’attiré par l’armée et tout ce qui peut y ressembler dans la vie civile, je n’appartiens jamais totalement à un groupe. J’éprouve toujours le besoin, à un moment ou à un autre, de penser par moi-même mais aussi d’agir seul. C’est peut-être une force. C’est aussi une faiblesse.
Mais ces femmes, elles, ont choisi l’armée, s’y sont trouvées, s’y sont épanouies, voire, pour certaines, y ont aussi rencontré leur mari ou leur compagne.
Lorsque l’on entre dans l’armée, on appartient à un groupe.
Je n’ai pas de jugement sur les femmes qui « font » la guerre ou qui se sont engagées dans l’armée. J’ai lu récemment dans le journal Les Echos que l’armée ukrainienne avait décidé récemment de nommer davantage de femmes militaires à des postes plus avancés. Désormais, certaines « (….) opèrent des drones en première ligne » ( Le journal Les Echos de ce jeudi 25 septembre 2025, page 6 et 7, article Kiev fait monter en grade les femmes dans son armée du journaliste Guillaume Ptak).
Etre dirigé/managé par une femme
Au travail, je n’ai pas de problème particulier, à être « commandé » ou dirigé par une femme.
Femme ou homme, ce qui va m’importer, c’est d’abord la façon dont on s’adresse à moi.
La légitimité et le bien-fondé de ce qui peut être exigé de moi. Et par qui ? Une personne que je trouve plus bavarde, dispersée et occupée à faire du copinage que compétente ? Une personne affolée et psychorigide pour un rien ? Une personne fausse ? Ou une personne qui connait son sujet, capable de pragmatisme, qui connait les personnes avec lesquelles elle travaille ainsi que leurs capacités et qui a suffisamment confiance en elles ?
Je ne pensais pas que je parlerais de ma conception du management en commentant ce livre. Cependant, la plupart de ces femmes interrogées, lorsqu’elles sont interrogées par Dorothée Olliéric, occupent – après plusieurs années d’expérience sur le terrain-des postes à responsabilités au sein de l’Armée française.
Formatage
Pour y parvenir, ces femmes ont accepté un certain nombre de conditionnements et d’entraînements. Elles ne sont plus ou beaucoup moins celles qu’elles étaient en entrant dans l’armée. Ou elles ont potentialisé ce qui germait en elles en termes d’aptitudes spécifiques ou hors normes :
Démineuse, pilote d’hélicoptère, pilote d’avion de chasse, apprendre à manier des armes et s’en servir, apprendre à survivre dans le froid, dans la jungle, pouvoir se contenter de peu ou de très peu tout en étant capable d’être au maximum de ses capacités de soldat, se déplacer dans des pays en guerre où certaines personnes engagées (des camarades, des amis, des collègues) se font tuer et mutiler par les mines artisanales, les roquettes, les balles, assister à leur départ dans un cercueil alors qu’ils n’avaient « que » et/ou qu’ils avaient des enfants de tel âge. Ce sont des expériences que ces femmes militaires vivent concrètement, de face, de manière condensée, brutalement, rapidement.
Pas de filtre. Pas de préliminaire. La guerre reste la même que l’on y aille en tant que femme ou en tant qu’homme.
Par provocation, j’ai nommé cette partie « formatage » car on peut bien-sûr plutôt remplacer ce mot par « conditionnement » et «entraînement».
Le terme « formatage » est un terme péjoratif. Et on l’utilise généralement pour parler de personnes qui n’ont pas leur libre arbitre, qui l’ont perdu lors de leur entraînement et de leur formation ou qui ont profité de cet entraînement et de cette formation pour se « délester » et se débarrasser de leur libre arbitre. C’est dans la dernière interview, celle de la militaire pilote de chasse, bien enceinte de son premier enfant et à quelques jours de son accouchement, que cela se voit le mieux.
Celle-ci, qui a effectué des hautes études supérieures, et qui vient d’un milieu très éduqué en matière d’études supérieures, explique être le « bras armé » et seulement exécuter ce qui a été décidé en plus haut lieu. Lorsqu’elle lâche des bombes, c’est seulement parce-que, auparavant, il y a tout une chaine de direction et de réflexion au dessus d’elle qui a décidé que, là où elle va se rendre, il faut lâcher des bombes.
Selon le contexte politique et l’importance qui nous est accordé en tant que citoyen, ce même raisonnement a pu ou peut être reproché à certains militaires ou à des employés qui s’efforcent ensuite de répondre « Je n’ai fait que faire mon travail » et qui constatent, alors, lors de leur jugement, soit qu’on ne les croit pas, soit que l’on estime qu’ils auraient pu ou dû faire autrement.
Cette femme militaire n’est pas plus formatée que la plupart d’entre nous lorsqu’elle déclare simplement faire ce pour quoi elle a été formée et missionnée. Car nous sommes tous formatés dans nos domaines respectifs. Tant dans nos domaines professionnels que personnels. Sauf que, contrairement à elle, nous avons moins la « possibilité » ou la volonté de pouvoir tuer ou détruire quelqu’un d’autre ou quelque chose de manière aussi décontractée et légitime.
Parce-que nous n’avons pas, pour la plupart d’entre nous, été formatés ou conditionnés et entraînés, comme elle et les autres femmes militaires interviewées. Ce formatage militaire, spécifique, leur est nécessaire pour supporter aussi bien leurs entraînements que les environnements dans lesquels elles/ils évoluent.
Cependant, la résultante de cette adaptation et de ce formatage/conditionnement, c’est une certaine absence d’empathie.
Une certaine absence d’empathie :
Je trouve à la plupart de ces femmes militaires une certaine absence d’empathie. Mais je peux le penser aussi pour les militaires dans leur ensemble et les forces de l’ordre.
Ils/ Elles sont entraînés. C’est la guerre. Donc, il faut mener à bien la mission. Mettre en pratique ce que l’on a appris à faire, c’est-à-dire, tuer, détruire et faire régner l’ordre, notre ordre, nos lois.
Les autres, en face, sont des terroristes, des violeurs ou des barbares. Et, nous, nous sommes les civilisés.
Lors d’une mission, une des femmes militaires raconte avoir vu un homme manger le membre d’un rival. A d’autres endroits, cela pouvait être les parties génitales d’un rival avec lesquelles tel « barbare » se baladait. Ailleurs, encore, une femme enceinte tuée dont le bébé, mort, avait été délogé.
Et lorsque des camarades meurent, on les pleure parce qu’ils sont jeunes, qu’ils ont femme et enfants, lorsqu’ils en ont, parce-que l’on a vécu des moments très forts avec eux. On s’attache à celles et ceux que l’on connait et avec lesquels on a enduré et c’est normal. Mais on ne perçoit pas qu’en face, « les barbares » peuvent avoir vécu les mêmes processus.
Lorsque j’ai vu ce passage où cette femme militaire relate cette scène dans un pays d’Afrique noire, j’ai un moment revu passer devant moi le standard colonial raciste selon lequel, en Afrique, c’est des sauvages !
La barbarie et la violence des quelques scènes qu’elle décrit sont incontestables. La douleur de la perte des camarades militaires est également incontestable et parfaitement compréhensible. Pour moi.
Pourtant, en actes de barbarie, à peu près tout le monde conviendra que l’Allemagne nazie était allée particulièrement loin il y a plus d’un demi siècle.
Mais il est vrai que c’était une barbarie de « Supermarché ». Très bien organisée, optimisée et très bien industrialisée. Un modèle de planning de la barbarie, de gestion d’entreprise et de management. C’était en fait une barbarie très « propre », très quadrillée, presque écologique, avec ses camps de concentration, ses quotas de production.
Cette barbarie-là ne débordait pas dans la rue.
On ne faisait pas brûler ou gazer son juif, son homosexuel, son noir, son résistant, sa prostituée, son anarchiste ou son communiste en pleine rue devant tout le monde. C’est très bien montré dans le film The Zone of interest réalisé en 2023 par Jonathan Glazer.
Je parle «d’une certaine absence d’empathie » parce-que, a posteriori, cette femme militaire et d’autres, parmi celles qui témoignent, n’en expriment aucune ou très peu a posteriori concernant ces « autres » qu’elles ont pu croiser ou auxquels elles ont dû se confronter durant leurs missions.
Il y a « nous ». Et les « autres ». Les autres font partie du hors champ. Tant qu’ils y restent et qu’ils n ‘essaient pas de nous barrer par le chemin ou le regard, on ne cherche pas à en savoir plus sur eux.
« On fait » ou » on a fait » l’Afghanistan parce-que l’on y a passé et vécu quatre mois ( ou plusieurs années) en mission dans des conditions militaires très dangereuses. Comme si ce pays, d’autres régions du monde et leurs Histoires pouvaient se « faire » et se « vivre » -et se limiter- à quatre mois ou quelques années sur place en tant que militaire.
Lors de la mission, je sais très bien que l’on ne va pas aller faire des bisous aux mines artisanales ou à l’ennemi. Nous ne sommes pas là non plus pour faire de l’ethnologie et de la sociologie.
Mais, après ? Des années plus tard, on est capable d’avoir un point de vue personnel et un peu critique ou autocritique ?
Très peu.
Pour une raison assez simple, ces femmes militaires, comme beaucoup de celles et ceux qui s’engagent dans l’armée, dans les forces de l’ordre ou ailleurs, veulent principalement de l’action et de l’adrénaline.
Adrénaline et vie normale
C’est le mot qui a été le plus employé par ces femmes militaires jusqu’au stéréotype. L’ adrénaline. Je suis étonné qu’aucune d’elle n’ait nommé sa fille ou son fils Adrénaline.
La quête de l’adrénaline.
On leur présente de l’adrénaline à profusion et elles sautent, tête la première. Elles y vont. Elles partent. Comme des assoiffées d’adrénaline. Sauf qu’elles ont un alibi militaire pour mettre en pratique toutes leurs forces et toutes les capacités logistiques, aussi bien mentales, physiques que techniques, pour tuer, détruire et sécuriser un endroit sans se censurer puisque l’on a déjà pensé pour elles. Et que l’on fait tout ça en groupe, donc en famille, ou tout le monde est d’accord, ce qui nous conforte dans le fait que l’on fait- toujours- ce qu’il faut.
Avec une telle quête de l’adrénaline, le retour à la vie « normale » et à peu près solitaire ou civile – corrélé avec l’extraction du groupe de la mission militaire- est d’autant plus difficile à supporter ou peut devenir difficile à supporter.
Cela arrive à plusieurs d’entre elles. Cela arriverait à n’importe qui d’autre dans des conditions similaires. Aussi bien dans la vie militaire que civile.
Ces femmes militaires vivent donc dans un mélange assez explosif de risque élevé de stress post-traumatique, de burn out, de décès prématuré, de blessures corporelles définitives, de sentiment exacerbé d’existence ou d’extase, de trêves…et de dépression.
Car on ne peut pas toujours partir en mission. Toutes les missions ne se valent pas. Et puis, on perd des sœurs ou des frères d’armes car c’est la vraie guerre. Celle où l’on meurt vraiment. Celle dont on revient aussi amputé. Le livre ne parle pas des militaires amputés qui ne peuvent plus partir en mission. « Seulement » des morts. Alors que toute attaque subie laisse forcément des séquelles.
Puisque lorsque l’on parvient à revenir vivant soi-même, la vie ne peut plus être comme avant au vu de ce que l’on a vécu. Puisque une partie de notre vie est restée engagée – ou marquée- dans ce que l’on a connu ailleurs.
» Quand tu regardes l’abîme, il te regarde aussi... ».
Les personnes qui ont été victimes d’un attentat racontent bien ce que cela a pu changer pour elles et dans leurs relations avec leur entourage. Je trouve que c’est un peu pareil pour certaines de ces femmes (ça peut être pareil pour les hommes) militaires lorsqu’elles « reviennent ». Même si elles ont été plus armées et plus entraînées que les civils victimes d’attentats. Simplement, cela prend un peu plus de temps pour elles pour être rattrapées par les mêmes tourments. Et lorsque j’écris « elles », ces tourments se postent également, évidemment, chez les hommes. Il n’existe pas vraiment de murs, ici, entre les genres pour ces tourments. Seuls les individus se différencient entre eux indépendamment de leur sexe ou de leur genre.
La vie normale et quotidienne, celle de la plupart d’entre nous, c’est plutôt un antidote de l’adrénaline. Un arrêt sur image. Une détention répétée dans nos limites et certaines de nos contrariétés et frustrations :
Les démarches administratives, les embouteillages, les heures de pointe, faire les courses, assez peu de variété, assez peu d’action, assez peu de panache ou d’aventure, l’impression d’être sous employé(e), de subir, de végéter ou de pourrir sur pied et d’avoir, en contrepartie, des distractions de merde ou celles de tout le monde. Alors que, nous, ce que l’on veut, c’est s’illustrer, être des héros ou des héroïnes. Des vrais. Comme dans les films.
Comme dans les films
Deux ou trois des femmes militaires se qualifient de « gosses » ou qualifient les militaires de « gosses » qui partent à la guerre. C’est pareil dans d’autres professions (policiers, pompiers et autres, et pas seulement les représentants des forces de l’ordre).
Deux ou trois, aussi, disent vivre certains moments dans leurs missions comme « dans un film ». Démineurs et Zero Dark Thirty ( voir l’article Zero Dark Thirty/ Un film de Kathryn Bigelow ) de K. Bigelow, Le Chant du loup ( voir l’article Le Chant du Loup ) et la série Le Bureau des légendes font partie des œuvres cinématographiques citées.
Elles, elles vivent ou ont vécu « pour de vrai » ce qui peut être raconté dans ces films. Elles font alors partie du film. D’un film, qu’elles pourront se raconter ou raconter plus tard. Soit à des militaires comme elles qui peuvent les comprendre. Ou à certains proches. C’est tout de même mieux que de raconter ses courses à Auchan ou dans un magasin Picard Surgelés.
Nous sommes nombreux à aspirer à avoir une vie de « film » ou « comme dans un film ». Sauf que, elles, elles se sont données les moyens pour y parvenir et ce qu’elles disent, aussi, c’est que, à l’armée, on a plus de chances de voir tous nos efforts et nos sacrifices récompensés comparativement à la vie civile qui, à la fois, offre moins d’opportunités d’expériences hors du commun mais ne garantit pas pour autant le meilleur à celles et ceux qui le méritent ou l’ont mérité à force d’efforts et de sacrifices.
Féminisme
Malgré les écueils rencontrés par quelques unes à l’armée avec des gradés ou d’autres simples militaires qui ne veulent pas des femmes ou seulement pour leur passer dessus ou les dénigrer, elles sont plusieurs à dire que l’armée française a évolué, qu’elles ont su se faire respecter et que cela a été plus facile pour elles d’être des femmes militaires qu’il y a trente ou quarante ans.
Elles vivent plutôt comme une injustice le fait qu’avoir un enfant en bas âge a pu les priver de certaines missions. Peut-être parce-que, socialement, cela reste souvent la carrière du père ou de l’homme qui reste prioritaire tandis que la mère/la femme est celle qui reste à la maison pour s’occuper des enfants. Elles ont peut-être raison de le voir de cette façon. Je crois pourtant qu’il faut aussi parler davantage de la figure du héros sans distinction de genre.
Le héros et la fierté :
Bien avant de lire La Guerre au féminin, j’ai déjà plusieurs fois réfléchi au fait d’être « un héros », «une héroïne ». Et aussi à propos de « la fierté ». J’aurais dû aussi rajouter le terme « sacrifice » dans ce titre.
Cela fait plusieurs fois que, devant la statue d’un « héros », ou devant le nom de rue d’un « héros », je me fais la remarque que, moi, en tant qu’enfant, je n’en n’aurais rien eu à faire que mon père ou ma mère soit un héros ou une héroïne et ait sa statue ou une rue à son nom. Car tout ce que j’aurais voulu, en tant qu’enfant, c’est que ma mère et mon père soient présents pour m’aimer, me conseiller, me protéger. Ce qu’une statue, un nom de rue ou des « Ton père était un héros, tu peux être fier de lui »/ » Ta mère était une héroïne, tu peux être fière d’elle » n’apportera jamais.
Si nos parents sont des héros, pourquoi sont-ils absents pour nous, lorsque nous sommes enfants puis adolescents ?
Dans les faits, ma mère et mon père sont encore vivants et autonomes. Ils vivent chez eux et non dans un EHPAD. Je ne suis pas orphelin alors que je suis aujourd’hui adulte. Cependant, je ne comprends pas cette espèce « d’avidité » pour le sacrifice et le fait de devenir un héros/une héroïne en mourant au besoin.
Je parle « d’avidité » pour le fait d’être volontaire afin de se jeter de soi-même dans le vide. Lorsque personne ne nous le demande ou ne nous y oblige.
Alors que plusieurs de ces femmes militaires, d’elles-mêmes, demandent avec insistance à pouvoir partir se jeter dans l’action militaire alors que leurs mômes ont quelques mois, un an ou deux ans. J’ai le même raisonnement vis-à-vis des hommes militaires ou autres qui font un métier particulièrement risqué :
Tu es devenu jeune père. Pour qui te prends-tu à continuer à te croire si invincible lorsque tu pars à la guerre alors que ton enfant de quelques mois ou de deux ou trois ans ne te reverra peut-être pas car tu vas mourir là où tu pars, pour satisfaire ton appétence en adrénaline ?
La fierté est importante pour ces femmes ( et hommes) militaires. A plusieurs reprises, l’une d’entre elles évoque le fait que dans le regard des autres (la famille ou d’autres militaires), elles voient qu’elles ont changé de dimension et qu’elles suscitent fierté et admiration. Ou une certaine crainte.
Je n’ai rien contre la fierté ou le fait d’être un héros. Mes buts dans la vie ne se résument pas à être un lâche, à passer mon temps à fuir et à faire le récit de mes courses au magasin de surgelés Picard ou sur le marché d’Argenteuil. Mais le prix que ces femmes et ces hommes sont prêts à payer pour leur adrénaline, pour être des héros, pour être fiers d’eux-mêmes, me parait trop élevé. Et il est en plus très difficile voire impossible de pouvoir tout bien concilier :
Etre des héros, être fier de soi, avoir son quota d’adrénaline, avoir une vie de couple ou de famille épanouie….
Aussi, leur engagement admirable dans l’armée me laisse malgré tout avec des doutes sur la façon dont elles et ils s’engagent dans leur humanité, leur façon d’être des êtres humains, mais aussi sur leurs réelles facultés et leur réelle volonté afin (re)devenir une femme, un homme, une mère, un père…dans la vie civile et par temps de paix.
Je crois que ces femmes vivent l’exceptionnel en tant que militaires mais qu’elles passent à côté de certains aspects de la vie qui sont tout autant exceptionnels. Mais qu’elles l’ignorent car l’armée n’entraine pas à ça. Sauf si elles ont la chance de croiser certaines personnes dans l’armée qui sont suffisamment capables d’empathie, de clairvoyance ( il y en a) et qui leur font relativiser certaines de leurs certitudes acquises durant leur carrière.
Sauf si un burn out, un stress post-traumatique et/ou un divorce leur casse la route, ce qui arrive à deux ou trois d’entre elles au moins.
Mais je suis peut-être aussi dérouté par les choix de ces femmes parce-qu’elles accordent avant tout une grande importance à leur carrière.
Faire carrière et prendre la décision parfaite
Ces femmes militaires sont d’indéniables compétitrices. Et lorsque l’on a un tempérament de compétitrice ou de compétiteur, on aspire sans cesse au meilleur. Et rien ne doit ou ne peut entraver notre parcours. Je me rappelle seulement ce matin ( nous sommes le 27 septembre 2025) alors que je complète cet article depuis sa publication hier, du film Volontaire réalisé en 2018 par Hélène Fillières dans lequel elle joue elle-même un rôle de femme militaire gradée. Un film qui m’avait beaucoup plu lorsque je l’avais vu au cinéma.
Dans ce film, Volontaire, l’actrice Diane Rouxel interprète la jeune Laure Baer qui donne tout pour réussir dans l’armée. Y compris se faire prescrire un traitement -en se servant de son copain « civil » qu’elle finit par quitter- pour bloquer ses règles.
Dans l’esprit de ces femmes militaires rencontrées par Dorothée Olliéric, on est plus proche de cet état d’esprit ou de celui de l’actrice Jennifer Lawrence dans les films Hunger Gamesque du mien. J’ai un état d’esprit sans doute trop spontanément ou trop rapidement sentimental, gogo-naïf et trop gentil envers autrui.
Cet état d’esprit- le mien- qui s’applique, autant que possible, à d’abord chercher à préserver l’autre et à faire le moins de mal possible à autrui. A bien ou comprendre au mieux ses éventuels besoins. A s’assurer qu’il ou qu’elle va bien ou qu’il ou qu’elle est en lieu sûr avec des personnes de confiance avant de pouvoir m’adonner véritablement à ma quête personnelle. Soit un état d’esprit plutôt « maternant » conjugué avec un état d’esprit qui peut être plus agressif, froid, qui peut surprendre, dont on peut douter de l’existence, car à l’opposé de ce côté gentil, rassurant et maternant.
Soit un état d’esprit ou une ambivalence ( chez moi) difficile à concilier, par moments, avec certaines compétitions et certaines situations où il faut d’abord penser à soi avant tout. Et être le plus rapide possible pour agir ou décider sans se préoccuper des conséquences ou des désagréments pour les autres ou notre entourage. Ces femmes militaires, de toute évidence, sont moins ambivalentes et moins tourmentées que moi devant ce genre de choix ou de dilemme. C’est peut-être ce qui nous différencie le plus psychologiquement, et ce qui fait d’elles des guerrières et des militaires « accomplies », des soldats ou des compétitrices plus que des « femmes » et des « personnes ». Tandis que je persiste, moi, dans une espèce d’entre-deux tantôt rassurant et tantôt satisfaisant, tantôt insatisfaisant. Entre être un soldat ou un compétiteur ou être une personne.
A ceci près que ces femmes militaires exercent sur des terrains de guerre en tant que soldats au service de l’Etat français là où, moi, j’exerce par temps de paix, en tant que soignant également au service de l’Etat français mais dans la vie civile.
Si nous pouvons nous ressembler, ces femmes militaires et moi, les contextes dans lesquels nous avons à agir, les moyens d’actions dont nous disposons et les buts que nous visons pour nos missions respectives sont différents.
Mais il n’existe pas de décision parfaite. Il existe plutôt des choix et des conséquences que nous sommes prêts ou capables d’accepter.
Ou incapables.
Des conséquences que nous ne pouvons pas toujours prévoir ni maitriser.
Et, j’ai sans doute eu besoin de lire ce livre pour continuer d’apprendre qu’il faut se faire confiance et donc apprendre à moins tergiverser. Apprendre à accepter aussi l’irréparable comme l’inconcevable.
Cette conclusion efface tout ce qui suivait ensuite dans cet article lors de sa première publication.
Franck Unimon, ce vendredi 26 septembre 2025 puis ce samedi 27 septembre 2025.
Confessions d’un homme hétéro ce 18 septembre 2025
Je me réveille ce matin après être allé hier soir au théâtre avec une copine. Il se trouve que c’était l’anniversaire de cette copine. Je l’ignorais en commandant les places.
Le plus souvent, je sors seul. Je n’aime pas dépendre de la disponibilité des autres pour me rendre ou participer à certains événements que je tiens à vivre ou à connaître. Je n’aime pas dépendre, aussi, de leurs éventuelles réticences concernant le fait de se rendre à tel endroit, de tenter telle expérience ou pour se rendre à tel événement.
J’ai la prétention de croire que je suis plus apte à me rendre avec d’autres là où ils me proposent d’aller que l’inverse. Un ami m’a par exemple proposé d’aller à la fin du mois au concert de l’artiste Eivor. Une artiste que je ne connaissais pas. Je suis tout à fait capable d’y aller. Mais je sais que cet ami n’acceptera pas de se rendre au concert de Meiway où j’envisage d’aller. Au moins parce-qu’il ne sait pas et n’aime pas danser.
C’est une question de tempérament. Et, aussi, je crois, la conséquence d’avoir été, enfant, trop souvent, très souvent, enfermé, cloîtré. Et soumis.
Je crois que, enfant puis adolescent, j’aurais été ouvert et disponible à quantité de découvertes et d’apprentissages. Mais j’ai dû rester un certain nombre de fois à la place où l’on m’avait mis. Non dans un placard. Mais dans un appartement. Sur une terrasse de maison. Tel un meuble, tel un ou une domestique. Ou un toutou( ou une nounou) d’appartement.
Au 20 ème siècle, en région parisienne puis aux Antilles, une autorité familiale s’est chargée de m’inculquer ça. Et j’ai été un bon élève.
Le cloisonnement. La soumission. La peur lorsque l’on sort de ce que l’on « connait ». Le fatalisme. La méfiance vis-à-vis de l’autre. L’esclavage. Voir l’homme blanc et la femme blanche comme des racistes et des ennemis.
Je suis un homme hétéro mais, par bien des aspects, j’ai été éduqué comme une fille soumise et peureuse sous la contrainte et aussi par solidarité.
J’ai été et suis sans doute resté par certains aspects un mec/fille soumise. C’est pour ces quelques raisons, je crois, qu’il est arrivé et qu’il peut arriver que l’on se demande si je suis un homme-eau.
Parce-que je ne m’affirme pas ou ne tiens pas obstinément ou toujours à me montrer ou me rendre visible coûte que coûte au travers de certains types de comportements. De certaines façons de penser et de se comporter qui restent généralement gravées dans la mémoire comme étant spécifiquement « attribuées » aux hommes. Aux vrais hommes comme il existe, aussi, des « vrais Antillais » :
Par exemple. J’ai de la force physique. Je suis plutôt sportif. Je contiens ou suis détenu par une certaine violence au moins physique. Mais aussi une certaine violence morale et psychologique.
Une violence qui m’a été transmise dans certaines proportions avec un certain nombre de rappels.
Dès l’enfance, être capable de faire montre de bonne humeur, de faire bonne figure, être souriant ou rire, faire rire, être discret jusqu’à me faire oublier, ont sans aucun doute été mes premiers maquillages. Aussi, lorsque je vois des humoristes connus ou qui marchent très bien, surtout s’ils me touchent et me plaisent, instinctivement, j’essaie de flairer et de sonder la part de souffrance particulière qui se trouve en eux. C’est la raison pour laquelle j’ai été aussi touché par le décès récent de l’humoriste Bun Hay Mean. Même s’il m’amusait beaucoup, j’’avais sûrement « pressenti » qu’il n’était pas qu’un chinois marrant.
Mais concernant la violence dont je suis fait. Je n’éprouve pas le besoin de faire savoir en permanence autour de moi que je « dispose » de cette violence. Ou de m’en servir pour intimider ou tenter de séduire. J’essaie plutôt de la museler, de la maitriser, de la comprendre et de l’apprivoiser là ou d’autres ont besoin de se montrer démonstratifs.
Mais cela est une attitude finalement assez peu masculine.
Parce-que lorsque l’on est un vrai mec hétéro, on montre ses couilles. On montre ou on tient à faire savoir autour de soi que l’on a des couilles ou le résultat de ses couilles :
On « a » un ou plusieurs enfants. Peu importe que l’on vive ou que l’on ne vive pas avec ses enfants. On les « a » faits. On a une copine ou l’on vit avec une femme. Ou on a une ou plusieurs maitresses. Ou on a des conquêtes et cela se sait ou se voit ou s’entend. Ou on a un avis sur les femmes ou certaines femmes qui fait consensus lorsque l’on discute entre mecs.
On a aussi de la gueule. On peut parler fort, menacer, sanctionner, dire ses quatre vérités. Taper du poing sur la table. Donner des ordres.
Pour faire mal, pour soumettre ou pour prendre du plaisir. Si on le veut. Quand on le veut.
Puisque l’on est très fort. Et, c’est ce que l’on est, dans les grandes lignes, si l’on est un vrai mec hétéro.
Lorsque l’on est un vrai mec hétéro, on peut aussi faire du MMA. On regarde des combats de MMA, de boxe, d’un autre sport de combat ou des matches de Foot. Ou on le pratique à un très haut niveau.
Et on en parle. On le fait savoir. On ne passe pas son temps, comme moi, à écrire ses confessions ou dans un blog. On ne passe pas son temps à faire de l’introspection sauf lorsque ça fait bien durant quelques secondes dans une vidéo ou l’on nous voit en train de « méditer » avant de partir au combat ou à l’entraînement.
On ne passe pas son temps à se branler la tête. On fait. On agit. On n’est pas là pour discuter. Droit au but. On est des hommes d’action. Des guerriers. Des militaires. Des Samouraï. Des sangliers qui n’ont pas peur dans le désert….
J’aime regarder les matches de boxe, des vidéos de sports de combat. J’aime aussi apprendre et pratiquer les sports de combat ou les Arts Martiaux. Je prends plaisir à regarder des vidéos de Greg MMA, Skarbowsky, Léo Tamaki, Youssef Boughanem et d’autres. J’aime regarder leurs démonstrations, écouter leurs propos. Acheter et lire certains ouvrages relatifs au combat, aux Arts Martiaux mais aussi au sport dans son ensemble.
J’ai beaucoup aimé la lecture de Le sens du combat de Georges Saint Pierre. Je suis resté marqué par la lecture, il y a plusieurs années, de Déclassée par l’ancienne joueuse de Tennis française Cathy Tanvier.
Et je constate bien, depuis que j’ai changé d’établissement professionnel, que j’ai moins de disponibilité pour apprendre à « faire » du combat, des arts Martiaux ou tout simplement du sport en raison de mes horaires de travail depuis. Pour écrire. Pour être un peu plus avec ma fille et sa mère. Pour vivre pour moi.
Et ça m’enferme et me frustre.
J’ai l’impression d’être beaucoup trop à la disposition de mon nouveau service. Un service stimulant, prestigieux, formateur ou j’y fais des bonnes rencontres et des bonnes expériences mais à un prix que je trouve élevé pour mon temps personnel.
J’ai l’impression d’être trop dans mon métier d’infirmier en psychiatrie et en pédopsychiatrie.
Donc, cette sortie au théâtre hier soir dans Paris était d’autant plus bénéfique et importante pour moi.
C’était du temps pour moi.
Hier soir, nous sommes allés au théâtre de l’Atelier, à Paris dans le 18ème afin de voir l’adaptation théâtrale du dernier livre d’Ovidie paru il y a quelques mois :
Dans cet article, je ne vais pas parler de mon expérience de spectateur hier soir, devant la comédienne Anna Mouglalis. Je le ferai dans un autre article. Car j’essaie, ici, de faire un article court.
Je remarque qu’avec le développement des réseaux sociaux a aussi pu se développer une appétence pour « regarder », « voir » et « savoir » ce que untel a fait ou dit. Il a pu se développer aussi une certaine consommation, en tant que spectateur, de toutes formes de violences, de destruction.
On pourrait penser que « nous » sommes désormais capables de tout voir, de toute entendre et de tout comprendre puisque nous avons toutes ces informations à disposition en permanence. Et que ces informations deviennent très banales à force d’être diffusées 24 heures sur 24.
Sauf qu’il y a ou peut y avoir un gros décalage entre la quantité d’informations que l’on reçoit et la qualité de nos capacités de compréhension et de prise de conscience :
Des gens sont prêts à voir du MMA que ce soit en direct ou à la télé comme récemment lors du dernier combat que le combattant Benoit St Denis a gagné. Des gens sont prêts à aller s’entraîner pour pratiquer du MMA. A se prendre des coups et en donner.
Par contre, je me figure ce matin que très peu de ces partisans et pratiquants du MMA ou d’un autre type de pratique d’affrontement physique pourtant durs au mal et courageux, mais surtout, déterminés, se rendront au théâtre pour venir voir une comédienne interpréter le texte du dernier ouvrage d’Ovidie.
Ces hommes de combat, qu’ils soient dans l’octogone, sur le ring, sur le tatamis ou au Pao, ou spectateurs de ces combats ne parviendront pas jusqu’à cette salle de théâtre pour écouter et recevoir dans la tête ce que Ovidie a pu écrire et dire.
Parce-que, pour eux, il n’y a pas assez d’action. Pas assez d’adrénaline.
Parce-que c’est trop dur pour ces combattants. C’est trop dur à digérer. C’est trop dur de devoir accepter de ne pas avoir le premier rôle. C’est trop dur de devoir se dire qu’ils ne sont pas toujours très beaux , ni les plus performants malgré leurs abdos, leur extraordinaire condition physique, leur capacité à péter un bras ou des cervicales.
C’est trop dur de ne pas avoir un adversaire tout désigné. Un adversaire à qui on a le droit de casser la gueule parce qu’il est le coupable du crime ou délit. Soit parce qu’il a été volontaire pour affronter un autre adversaire. Ou parce-que sa tête ne nous plait pas. Ou parce qu’il nous a cherché et provoqué.
Lors d’un match de Foot, lorsqu’il y a deux équipes, on peut choisir son camp. C’est très simple et très binaire. Lors d’un combat de MMA, c’est pareil. Deux adversaires. Il y a en un que l’on aime et un que l’on aime moins.
Dans la vraie vie, on ne peut pas faire tout à fait pareil même si on peut en avoir très très envie et que lorsque cela arrive, il existe un risque que l’on ait à en assumer les conséquences. Car on n’est plus spectateur. Et le carton rouge ou le carton tout court peut être pour nous.
Dans une simple relation humaine, beaucoup de ces combattants méritants, acharnés, sont plutôt désarmés. Car même si cela peut faire très mal et blesser de prendre les coups physiques d’un adversaire lors d’un combat, l’entraînement répété et préalable au combat ou au match nous y prépare un minimum.
Il n’existe pas d’entraînement aussi performant pour avoir une relation, une vraie relation, avec quelqu’un d’autre. Une relation, prendre sur soi, se montrer patient, optimiste, détendu, écouter, accepter d’être contredit, c’est beaucoup plus difficile à pratiquer qu’une clé de bras, un coup de genou ou un crochet que l’on va finir par incorporer à force de répétitions.
Si je m’en étais strictement tenu à mes codes et à mes habitudes hétéros, hier soir, je ne serais pas allé voir la représentation théâtrale du dernier livre d’Ovidie avec une copine. Je serais allé prendre une bière dans un bar ou au restaurant « entre mecs ». Pour parler de la vie et du monde à la façon des mecs. Ou je serais peut-être allé faire du sport et transpirer. Qu’il s’agisse d’aviron ou d’un sport de combat. Ou je serais peut-être allé au cinéma ou aurais passé mon temps à scroller sur mon téléphone portable.
Etre allé hier soir au théâtre ne fait pas de moi un homme extraordinaire. Et puis, je ne suis pas féministe. J’ai pu ou je peux avoir des comportements, des pensées ou des propos envers des femmes que l’on pourrait considérer comme déplacés ou inadaptés. Mais j’essaie de faire de mon mieux.
J’ai bien sûr aimé ma soirée d’hier soir. Même si je regrette un peu d’y être allé en étant « prévenu ». En ayant lu le livre d’Ovidie auparavant.
Je continue de penser que ma fille est trop jeune pour l’emmener. Je crois qu’en tant que père, il me revient de la préparer à certains sujets afin qu’elle en prenne conscience. Je n’ai pas envie « d’attendre » qu’elle se heurte à certaines situations pour qu’elle doive, seulement après coup si cela est encore possible, apprendre à y parer. Mais il me semble néanmoins qu’il aurait fallu qu’elle ait au moins 14 ou 15 ans pour être présente avec nous dans la salle hier soir. Elle ne les a pas.
Par contre, depuis ce matin, je pense y retourner avec ma mère qui, elle, a un petit peu plus que 14 ou 15 ans.
De défaites relationnelles, émotionnelles, affectives, cognitives et charnelles.
Certaines de ces défaites nous servent d’amphéts et nous galvanisent pour le meilleur par la suite.
Mais nous n’échappons pas aux règles du casting. Nous sommes quelques fois retenus pour des rôles dont beaucoup d’autres seront privés. Et d’autres fois, c’est nous qui choisirons le mauvais rôle ou qui interprèteront mal celui qui nous est apporté ou réservé.
Ce soir, j’irai voir avec une copine, plutôt sur ma proposition, l’adaptation théâtrale du livre La Chair est triste, hélas !d’Ovidie par Ovidie avec l’actrice Anna Mouglalis.
Un livre dont j’avais oublié la commande. Et que j’ai récupéré il y a quelques jours par hasard avec d’autres livres à la librairie qui me « connaît » bien dans la ville où j’habite.
Un livre que j’ai lu rapidement. Je m’attendais à un livre plus long et plus difficile à lire et à comprendre.
Deux hommes ou deux personnes au moins en moi rédigent cet article. J’espère qu’il sortira le meilleur de ces personnes qui me composent à parler de ce dernier livre d’Ovidie.
Il m’a été très facile de comprendre en le lisant que je suis l’ennemi d’Ovidie et de beaucoup de femmes. Puisque je suis un homme standardisé qui, depuis l’enfance, a été entraîné à détraquer la météo des femmes qui l’environnent.
Un homme hétéro de plus qui va raconter qu’il aime les livres, qu’il sait qu’Ovidie a pu être actrice porno il y a longtemps mais qu’il n’a jamais vraiment regardé un seul des films concernés. Qu’il n’accorde pas ou plus beaucoup d’importance à ce qui a trait à la pornographie, cette anthropophagie des chairs qui s’exerce au moins sur écran. Et que, de temps à autre, il suit/je suis ce qu’elle et d’autres figures féministes peuvent dire, faire ou écrire.
Cependant, je ne suis pas féministe. Je tiens régulièrement à le rappeler.
Je n’aspire pas à passer pour un homme attentif, particulièrement ouvert, évolué ou émotionnellement très intelligent.
Je ne suis pas plus intelligent qu’une autre ou une autre. Je suis plutôt psychorigide à plus d’un titre. Je crois que les personnalités féministes comme Ovidie décryptent des faits, assurent des témoignages qui m’obligent à voir et à apprendre, peut-être à comprendre, ce qui ne va pas dans les relations inter-humaines entre les femmes et les hommes et entre divers genres de personnes et de personnalités.
Mais je crois aussi qu’il ne faut pas toujours suivre à la lettre tout ce que peuvent dire les féministes aussi rigoureuses et brillantes soient-elles dans leurs recherches, leurs observations et autres.
J’ai bien sûr eu ou ai certains des travers masculins décrits pas Ovidie et d’autres. Il serait vain d’essayer de le nier. Car les seuls moyens que je peux imaginer pour échapper à ces travers « masculins hétéros » est d’être mort, d’avoir été éduqué depuis ma naissance et de vivre peut-être dans une autre société, une autre époque et une autre culture que les nôtres ( j’ai deux cultures, une française et une antillaise) , d’être une femme ou de faire partie des minorités trans ou homosexuelles. Ces moyens ne font pas encore partie de mes projets conscients.
Et, je ne crois pas que si je m’adonnais à une espèce de catéchisme féministe consistant à réciter des propos, des actions et des pensées apprises par cœur, même avec la sincérité d’un enfant de chœur, que cela suffirait à faire de moi un homme beaucoup plus fréquentable et plus bienveillant envers les femmes. Je ne crois pas que cela ferait de moi un homme plus désirable ou plus admirable que je ne le suis. Cela m’enfermerait ou m’immobiliserait tout simplement dans un autre carcan ou dans la caricature d’une certaine normativité en « échange » du carcan et de la caricature de normativité dans lesquels je suis sans aucun doute installé depuis des années mais dont j’apprends peut-être à mieux percevoir les trompe-l’œil et les impasses à mesure que je « m’informe » et fais certaines rencontres.
Je crois que comparativement à mes grands-mères ou même à ma mère, que les femmes éduquées comme Ovidie et d’autres féministes nées après Simone de Beauvoir, après la loi Simone Veil pour l’avortement, sont à la fois plus autonomes, peut-être plus « indépendantes », et aspirent à d’autres idéaux relationnels et d’autres formes d’engagement personnel avec les hommes qu’elles aiment et désirent ou sont capables de désirer.
Je peux écrire ça autrement : Récemment ou peut-être en ce moment, on peut apercevoir une vidéo de quelques secondes de l’actrice Salma Hayek, presque 60 ans, en maillot de bain deux pièces. Salma Hayek a toujours été une très belle femme dès son rôle dans le film Desperado réalisé en 1995 par Robert Rodriguez il y a…30 ans !
Il est évident ou a sûrement toujours été évident que Salma Hayek, jeune femme issue d’un milieu social plutôt bourgeois qui a pu être scolarisée dans des très bonnes écoles au Mexique, pays dont elle est originaire, n’allait pas se contenter pour mari d’un ébéniste qui vit dans la Nièvre ou d’un éboueur qui travaille dans la ville d’Argenteuil aussi sensibles et féministes soient-ils tous les deux.
Et, je constate, coït et coïncidence, que François Pinault, milliardaire et homme d’affaires français, un des hommes les plus riches du monde, son mari, n’est ni ébéniste ni éboueur si j’ai été bien renseigné. Mais il est sûrement obstinément très féministe.
Beaucoup d’hommes hétéros se révèleraient, du reste, très féministes avec Salma Hayek, tout au moins au début….
Je crois que bien des idéaux des femmes féministes se heurtent à des défaites diverses. Mais aussi que le fait d’être des personnes et des femmes brillantes ne les dispensent pas de faire des erreurs comme celle, je trouve, de régulièrement oublier que dans une relation, l’autre ne peut pas toujours nous suivre, être au diapason de nos sensations, deviner et prévoir avant nous ce qui nous transfigurera.
Une autre erreur, à mon avis, consiste à croire en l’égalité. Je sais qu’en France, on est supposé vivre dans le pays de la Liberté, Egalité, Fraternité.
L’ égalité.
Ovidie souhaiterait qu’il y ait davantage d’égalité entre les femmes et les hommes. Je comprends qu’elle – et d’autres- en parlent au vu d’un certain nombre d’inégalités dans le monde.
Toutefois, après quelques années d’expériences tant personnelles que professionnelles, et je ne me focalise pas ici sur les relations femmes/hommes, je me dis qu’il existe et peut exister des moments d’égalité. Mais je ne crois pas à une égalité constante et permanente entre les êtres humains. D’abord, s’il existe des règles et des lois pour cela, c’est que l’être humain a besoin d’être encadré régulièrement pour qu’il y ait une forme d’égalité ou d’attention à ce qui l’environne. Ensuite, ces lois et ces règles ne sont pas toujours respectées pas toutes et tous. Que ce soit dans l’intimité, dans la vie sociale et familiale mais aussi dans notre vie professionnelle et amicale.
Je crois donc plus à une complémentarité entre les personnes avec des moments d’égalité dans les mesures de la légalité, lorsque cela est possible, qu’à une égalité effective et irréversible entre les femmes et les hommes. D’autant que j’ai plutôt l’impression que chez l’être humain, l’extrême est la norme. L’être humain, spontanément, me paraît très modestement inspiré par la modération.
Je n’en suis pas encore à affirmer, comme je l’ai lu, dans le journal Libération je crois, que le livre d’Ovidie ou son adaptation théâtrale est « un plaidoyer peu nuancé ». Par contre, le contenu de son livre est plutôt extrême. Aussi argumenté et documenté soit-il.
Nous restons des êtres limités quelles que soient nos volontés et notre potentiel supposé. Et, cela, nous avons tous, à un moment ou à un autre à l’accepter. Et les femmes féministes, Ovidie l’admet elle-même pour elle à un moment dans son ouvrage, ne sont pas du tout dispensées de certains travers qui, s’ils étaient le fait des hommes passeraient au minimum pour de l’indélicatesse, de l’égoïsme, de l’inhumanité ou de l’inélégance. Et, je repense maintenant à l’ouvrage autobiographique de l’écrivaine Maryse Condé, une femme plutôt pionnière, indépendante, admirable et combattive. Dans La vie sans fards Maryse Condé raconte aussi ne pas avoir toujours été une femme très exemplaire d’un point de vue relationnel et moral vis-à-vis d’un de ses maris.
Mais comme beaucoup d’hommes, on aura remarqué que je suis surtout très autocentré. Car j’ai déjà beaucoup plus parlé de moi que du livre d’Ovidie.
L’ouvrage d’Ovidie parle aussi évidemment de ce carcan et de cette caricature de la femme dans lesquelles, elle, ne supporte plus d’avoir été cloisonnée, engourdie, « brûlée » et maltraitée avec son consentement pendant des années pour plaire aux hommes.
Aux hommes hétéros.
On peut donc dire que son livre est un coming out. Celui d’une femme qui n’en peut plus de s’astreindre à certains critères de la féminité désirable pour les hommes hétéros. Celui d’une femme qui a refusé de continuer de participer aux sprints et aux castings de la séduction selon les critères normatifs et violents de la gente masculine hétéro.
. Sur le livre acheté, j’avais lu le commentaire suivant :
« Eléctrisant ».
Ce livre convie peut-être en effet beaucoup d’hommes à se rendre d’eux-mêmes à la chaise électrique. Il existe peut-être un pays ou une région qui s’appelle « Chaise électrique réservée aux hommes » où il convient de se rendre par le premier vol en classe affaires en tant qu’homme hétéro.
Je le comprends seulement maintenant. Sauf que Ovidie ne nous donne pas d’indications précises concernant le lieu exact où se trouve le pays ou la région de la « Chaise électrique – émasculatrice- réservées aux hommes ».
« Avant », quand Ovidie était encore gentille, avant la rédaction de ce livre, peut-être nous l’aurait-elle dit. Mais, là, elle ne nous dit rien à ce sujet. Elle est peut-être en train d’y réfléchir sérieusement et nous en parlera, je l’espère, dans son prochain livre.
De mon côté, je comprends seulement maintenant cette invitation à la chaise électrique sans doute parce qu’on me l’a « soufflée ». Ou parce-que je me la suis auto-suggérée.
Peut-être parce-que cette nuit, j’ai fini de regarder la série La Flamme co-créée par l’acteur Jonathan Cohen et qu’à la suite, presque subitement, j’ai eu besoin de lire les trois quarts du livre L’ Affaire Alexia Daval ( La vraie histoire). Un livre que j’avais emprunté depuis plusieurs semaines et dont j’avais repoussé la lecture, intrigué par la persistance de mon « attrait » pour ce qui a trait à la criminologie dans son ensemble. Au lieu de lire des ouvrages fictionnels, légers. Ou féministes.
Mais la série La Flamme et ce livre sur l’affaire Alexia Daval donnent des portraits des hommes qui confirment le principal du livre d’Ovidie.
D’un côté, on a un homme crétin, irresponsable, mégalomane, borné, intolérant, violent et dangereux. De l’autre, un homme selon moi plus proche du profil d’un « Mr Ripley » qui a fait tout son possible pour coller à l’image du gendre et de l’homme idéal en s’en révélant « incapable » dans l’intimité.
Peut-être aussi parce qu’il ( Jonathan Daval) ignorait que cela était tout simplement impossible. Car, dans la vraie vie, on ne peut pas coller très longtemps avec l’image de l’homme parfait, original ou idéal comme dans les films ou…les contes de fée.
Alors que j’écris cet article avec deux hommes ou deux parties en moi, et malgré mes limites, j’espère ne pas être un mix de ces deux hommes, le personnage interprété par l’acteur Jonathan Cohen dans La Flamme et…Jonathan Daval, l’homme qui a assassiné sa femme Alexia fin octobre 2017.
L’autre homme en moi :
L’autre homme en moi ( peut-être l’homme-eau après l’homme-terre et l’homme-air) ne voit pas dans le livre d’Ovidie un scalpel ou un tesson de bouteille. Mais plutôt un appel à l’aide ou un message glissé dans une bouteille de lettres.
D’une façon ou d’une autre, je crois que Ovidie ne pouvait être que « triste » car elle entretient, à mon avis, une certaine attitude d’absolu et de perfection qui la rend captive.
Il y a dans son titre La chair est triste, hélas ! un « regard » métaphysique.
Elle a dépassé ou semble avoir dépassé les illusions des promesses de la chair. Celle-ci a échoué à lui convoyer l’extase mystique ou spirituelle à laquelle elle aspire.
Ou, en tout cas, les hommes qu’elle a aimés ne l’ont pas convaincue que son épanouissement personnel pouvait véritablement passer par le corps. Un corps, son corps, qui est un vaisseau dont elle entend en quelque sorte moins dépendre selon les critères qui conviennent et plaisent aux hommes. Puisque tous les efforts- les sacrifices- et les souffrances auxquelles elle a pu consentir afin de permettre aux vaisseaux de son corps d’être conformes aux goûts et aux exigences de ses hommes hétéros ne lui ont pas autorisé le voyage existentiel qu’elle espérait ou qu’elle attend.
Sa quête d’absolu, dans son livre, s’exprime quand elle évoque à deux ou trois reprises sa tentation ou son envie de vivre comme les religieuses. Ou son attirance pour le suicide.
Une expérience de vie qu’elle fera peut-être. Une envie que je peux comprendre. Et je pense alors à des films comme La Bonzesse réalisé par François Jouffa en 1974 pour partir de l’érotisme. Ensuite, je pense à plusieurs films du réalisateur Bruno Dumont qui parle du rapport à la foi tels Hadewijch, Hors Satan ou même L’Empire.
Néanmoins, je crois que Ovidie idéalise – il me semble que c’est le propre de beaucoup de féministes d’être aussi plus ou moins idéalistes/irréalistes- les religieuses et leur vie en communauté.
En effet, le monde des sœurs religieuses est aussi un monde violent. Les sœurs religieuses ne sont pas que des bonnes sœurs entre elles même débarrassées en principe de l’acte de la pénétration phallique et du viol masculin.
Je me rappelle encore du témoignage d’une des personnalités féminines interrogées par la journaliste Léa Salamé dans son livre Femmes puissantes. Cette personnalité relatait son amertume à propos du sadisme de certaines sœurs religieuses qu’elle avait pu connaître plus jeune.
Et puis, affirmer que les religieuses sont toutes bienveillantes entre elles reviendrait à croire que toutes les femmes mais aussi toutes les féministes sont bienveillantes et solidaires entre elles.
Si je suis bien obligé de reconnaitre que l’homme est généralement le plus grand prédateur et profanateur de la femme, je n’oublie pas que les dictateurs ont des épouses et qu’elles s’en portent généralement très bien. Je n’aimerais pas être sous les ordres de ces femmes ou être à leur merci d’une façon ou d’une autre.
Je n’oublie pas non plus qu’une Monique Olivier a fidèlement et « brillamment » servi de rabatteuse mais aussi d’assistante à son mari ou compagnon Olivier Fourniret violeur et tueur en série de jeunes mineures.
Je n’oublie pas non plus qu’ailleurs certaines femmes adultes ont assez peu de scrupules à attirer des jeunes femmes naïves et vulnérables dans des réseaux de prostitution.
Suicide et décès
Epuisée et découragée dans sa quête d’Amour et d’égalité avec les hommes hétéros, Ovidie suggère aussi son suicide.
On « sait » qu’il arrive qu’un certain nombre de personnes en arrivent un jour à cette conclusion sans que les proches ou l’entourage ne puissent l’empêcher. J’espère donc qu’Ovidie trouvera néanmoins l’apaisement sans avoir « besoin » de se tourner vers le suicide ou la destruction physique de sa personne.
Et le fait qu’elle « pose » la question du suicide, de son suicide, sur la table, cela me rappelle d’autres suicides et morts de personnalités publiques qui m’ont marquées et dont j’avais très peu parlé jusqu’alors tant par écrit qu’oralement. Car je ne voyais pas avec qui je pouvais le faire. Qui, dans mon entourage tant professionnel que personnel aurait pu comprendre ma « peine » pour ces suicides et ces morts de personnalités publiques que je n’ai jamais rencontrées mais dont ce que j’avais aperçu d’eux, sur des écrans ou dans des lignes m’a concerné particulièrement d’une manière ou d’une autre.
Je pense d’abord au suicide en 2005 à 32 ans de l’ex actrice porno Karen Lancaume, un des premiers rôles du film Baise-moi sorti en 2000 et adapté du livre de Virginie Despentes par elle-même et Coralie Trinh Thi. Le seul livre que j’ai lu à ce jour de Virginie Despentes. J’avais vu le film au cinéma à sa sortie et l’avais bien aimé. J’avais aimé qu’il nous montre autre chose que ce à quoi on était habitué dans bien des réalisations françaises.
J’avais trouvé que Karen Lancaume jouait très bien dans le film. J’avais été ensuite touché d’apprendre des bouts de sa vie personnelle et affective sur le net.
J’ai été touché par le décès à 42 ans de l’actrice Katrin Cartlidge en 2002 dont le rôle de call-girl dans le film Claire Dolan réalisé en 1998 par Lodge Kerrigan m’avait marqué.
Touché aussi par le décès par suicide en 2003 de l’acteur Leslie Cheung à 46 ans. Si ses rôles dans les films de John Woo et Wong-Kar Wai comptent, sa prestation dans Adieu ma concubine réalisé par Chen Kaige en 1993 est inoubliable.
Touché par la mort de Sotigui Kouyaté en 2010 à 73 ans et dont le rôle de père à la recherche de son fils tué dans un attentat terroriste dans le film London River réalisé par Rachid Bouchareb en 2009 ne m’a pas déserté.
Touché par la mort de l’acteur Marcelo Mastroianni en 1996 à 72 ans.
J’ai été très très touché par la mort de l’humoriste Bun Hay Mean ce 10 juillet 2025 à l’âge de 43 ans.
Il n’y a pas que des suicides dans ces fins mais il s’agit de morts « publiques » dans lesquelles on peut piocher ou trouver un peu de soi pour des raisons diverses. Il est d’autres morts privées ou publiques qui m’ont bien sûr affecté. On ne peut pas toutes les lister. Mais certaines morts peuvent aussi servir de boucliers pour divertir et détourner certains élans qui nous poussent, par moments, davantage vers l’abattement que la vie. Et, je souhaite à Ovidie, comme à d’autres, qu’elle trouve ou retrouve l’inspiration à même de la sortir de ce genre d’élans dépressifs ou mortifères.
Plaie et gouffre
Car, par ailleurs, je trouve qu’elle a encore du mal à cicatriser de son « passé » ou de son « vécu » d’actrice porno. Si elle ne le regrette pas comme elle l’écrit, je constate néanmoins que ce passé exerce sur elle l’attrait du gouffre ou de la plaie qu’elle ne peut s’empêcher fréquemment de regarder ou de gratter alors, qu’à mon avis, mais je ne suis pas dans sa peau bien-sûr, elle s’attarde plus et trop sur ce passé que ne le font véritablement celles et ceux qui se réfèrent à cela.
Parler de la « peau » de Ovidie me rappelle aussi le film Dans ma peau de et avec Marina De Van réalisé en 2002….
Néanmoins, bien-sûr, comme Ovidie le dit dans son livre, il se « trouve » des hommes ( ou peut-être des femmes) contents de pouvoir se vanter ensuite de l’avoir ajoutée sexuellement sur leur tableau de chasse.
Je plains ces hommes qui mettent leur vie ou leur « valeur » dans cet acte. Comme je peux plaindre d’une façon générale les personnes qui se contentent uniquement de tirer des coups. Mais peut-être, qu’ici, je deviens ici de plus en plus moralisateur.
Mais la Morale, ou une certaine morale, est une toile d’araignée qui souvent nous entoure ou nous sert d’écharpe autour du cou même lorsqu’on l’oublie ou qu’on ne la voit plus. Car on s’y habitue à force d’y être exposé.
Par ailleurs, il faut se rappeler qu’à une époque et dans certains pays, on jugeait d’ailleurs moralement très durement ou l’on condamnait moralement une femme parce-qu’elle n’était plus vierge. Parce-qu’elle avait déjà couché ou parce-qu’elle avait déjà des enfants. C’est quand même moins vrai maintenant en France et dans d’autres pays. Mais ça dépend pour qui. Et quand.
Mais je suis sûr qu’il existe des hommes qui ne se bornent pas et ne bornent pas Ovidie à son court passé d’actrice porno/travailleuse du sexe d’il y a plus de vingt ans.
J’avais cru comprendre il y a quelques années que l’ancienne actrice américaine de porno Traci Lords, mineure au début de sa carrière, avait par la suite fait un mariage heureux. Celle-ci ne m’a pas donné de ses nouvelles récemment mais si « Traci » a pu faire un mariage heureux, je ne vois pas pour quelle raison cela serait impossible pour une Ovidie. A condition, bien-sûr, qu’elle parvienne à surmonter certaines contradictions que je trouve assez courantes chez les femmes féministes. Comme s’attacher à des « machos hyper-virils » comme le reconnait Ovidie elle-même dans son livre.
Il y a peu, en scrollant, je crois, je suis tombé sur quelques secondes d’une émission où se trouvaient la chanteuse Theodora ( 22 ans), très en vogue en ce moment, et l’actrice Ludivine Sagnier (46 ans) qui a été durant un certain temps ( il y a environ vingt ans maintenant ou un peu plus) la petite préférée du cinéma d’auteur français chez François Ozon par exemple.
Je ne sais pas si Theodora est déjà mère. Par contre, je « sais » que Ludivine Sagnier a eu au moins une fille lorsqu’elle était en couple avec l’acteur Nicolas Duvauchelle.
Dans l’émission, l’animatrice ou la journaliste a demandé à Theodora quel était son homme idéal. Grand sourire de Theodora très jolie, bien maquillée, bien coiffée ( tous ces efforts qu’Ovidie, 45 ans, mère d’une fille, ne peut plus voir en peinture depuis quatre ans maintenant) avant de répondre.
Voici ce dont je me souviens de la réponse de Theodora :
« Un homme aux p’tits soins, mystérieux, qui est passionné lorsqu’il parle de ce qu’il aime et un peu macho ( ou viril, j’ai oublié) ».
A côté d’elle, tout sourire, Ludivine Sagnier a alors dit :
« On dirait qu’elle parle de mon mec… ». Theodora, se tournant alors vers Ludivine Sagnier lui a alors répondu en souriant/riant :
« Oui, mais je vais me le garder pour moi ! ».
Je crois que je n’avais pas encore lu le livre d’Ovidie, La chair est triste, hélas ! avant de tomber sur ces images et ces propos. Mais en voyant et en écoutant Theodora et Ludivine Sagnier, je me suis dit qu’il n’y avait pas que les hommes qui devaient « changer », ou « évoluer ».
Je vais ici prendre le « risque » modéré d’écrire, qu’à mon avis, jamais une femme qui a le profil d’une Theodora, une Ludivine Sagnier, une Salma Hayek, Une Maryse Condé, ou une Ovidie, lorsqu’elle a entre 20 et 40 ans, soit cette période de la vie où, comme l’avait dit Jeanne Moreau une femme peut avoir « la beauté du diable » n’aurait pris pour amant ou compagnon un mec comme moi lorsque j’avais leur âge ou cet âge-là.
Car même si je crois être un peu plus attractif que les personnages joués par Philippe Harel et José Garcia dans l’adaptation cinématographique du livre Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq, même si je crois avoir toujours été sans doute moins terne et moins soumis qu’un Jonathan Daval à une certaine orthodoxie de la « normalité » sociale, je n’ai jamais fait partie et je ne ferai jamais partie du cercle, du périmètre et du carcan où une Theodora, Ludivine Sagnier, une Ovidie et d’autres féministes posent leur regard lorsqu’elles sont en état de désirer un homme. Ou une femme.
Et je ne crois pas être plus responsable ou avoir été plus responsable de ce cloisonnement relationnel et affectif que toutes ces femmes. A moins de considérer que j’aurais dû bousculer les hiérarchies, les codes, les usages, les règles, faire tomber les cloisons, m’imposer d’une manière ou d’une autre. Et, dans ce cas, on ne peut pas vraiment parler d’égalité.
Car s’il faut faire cela pour se faire remarquer et que cela marche ou a marché, pourquoi ensuite s’arrêter à plaire à une Theodora, une Ludivine Sagnier, une Ovidie, une Maryse Condé, une Salma Hayek, une Mona Chollet, une Victoire Tuaillon ou d’autres ?
Mais ce soir au théâtre, pas plus que d’autres fois, je ne ferai tomber de cloisons ou ne chercherai à m’imposer en particulier. Je resterai sans doute à ma place comme d’autres fois tel un poisson rouge dans son bocal et sans doute comme beaucoup trop de fois. Parce-que, malgré mes travers, je suis surtout un garçon poli, patient, obéissant, finalement très scolaire et plutôt gentil malgré certaines de mes bizarreries.
Ce soir au théâtre
Ce soir, au théâtre ou nous nous rendrons physiquement, avec la copine dont j’ai appris tout à l’heure que c’est l’anniversaire aujourd’hui, nous serons dans les premiers rangs.
C’était les places les plus pratiques qui restaient. Je prends peut-être le risque, à un moment donné, d’être un peu pris « pour exemple masculin » lorsque l’actrice Anna Mouglalis sera sur scène.
Je me demande aussi s’il y aura beaucoup d’hommes dans la salle et où ils seront placés. A mon avis, ils éviteront d’être aux premiers rangs.
Mais je m’avise aussi que l’on peut « jouer » ce livre sur scène en France alors que dans d’autres pays, ce serait impossible. C’est peut-être bon signe.
Concernant l’actrice Anna Mouglalis, je me souviens surtout d’elle dans les films Romanze Criminale et J’ai toujours rêvé d’être un gangster. C’était en 2007-2008 pour ce dernier film.
Depuis, la voix de Mouglalis est entrée dans l’empire des graves. Je me demande ce que cela me fera de l’entendre dire le texte d’Ovidie sur scène.
Je crois avoir utilisé le meilleur préservatif mental possible en lisant le livre d’Ovidie auparavant.
Il me sera impossible ensuite de discuter telle quelle de cette pièce avec ma fille, encore trop jeune. Et, je ne vois pas non plus ce que je pourrais raconter de cette pièce à ma compagne et mère de ma fille au vu de ses convictions et de sa pratique religieuse catholique survenue sur le tard que je vois comme plutôt bigote.
Je suis donc plutôt content d’aller « voir » ça avec une copine. Autrement, j’y serais allé seul. Bien-sûr.
Sous diverses conditions, on s’amarre à une ville, à une commune ou à un village. Qu’on y fasse bonne fortune ou non, c’est plus ou moins un container dans lequel on se fait enterrer ou que l’on quitte pour un autre.
A la cité de la voile Eric Tabarly, nous avons appris qu’il se trouve 66 mers et 5 océans sur Terre. Depuis que j’ai appris ces chiffres, j’ai un peu essayé comme on peut jouer avec des dés et des idées, d’imaginer ce que pourrait être un monde « fait » par exemple de 1000 mers et 60 océans. Comment celui-ci serait habité et si nous y aurions exactement la même existence que maintenant.
Contrairement à d’autres, pour l’instant, je ne suis pas allé très loin dans mon scénario. Car il me manque quelques pièces, connaissances et expériences.
Parce que, surtout, je suis encore retenu par la croyance très courante parmi les coléoptères urbains qu’il me faudrait absolument tout connaître des éléments comme des instruments de mesure et avoir la carte de navigation- ou de gravitation- la plus complète possible pour partir.
Parce-que depuis cette visite de la Cité de la Voile Eric Tabarly au mois de juillet, je suis retourné à ma vie de coléoptère chez « moi » en ville, en région parisienne.
Mais je m’interroge. Comme chaque fois que l’on tente de scruter l’horizon ou des suppositions. Chaque fois que l’on parvient à assembler des forces isolantes – mais brèves- de lucidité en soi dans une existence qui paraît davantage bordée pour faire de nous des hémophiles ou des personnes qui ont à peu près peur de tout excepté de la dépression ou des addictions.
Mais pour l’instant – je suis un très bon comédien- j’en suis encore à faire diversion. En mémorisant en théorie la différence entre une mer et un océan.
A la cité de la voile Eric Tabarly, cette différence nous a été expliquée. La mer et l’océan ne sont pas – encore- des endroits auxquels on accède en prenant une autoroute à péage ou le métro en utilisant notre voiture, notre pass navigo, ou en jouant en réseau avec d’autres personnes que l’on ne voit jamais.
Pour les marins, la ville de Lorient est un bon tremplin vers ou sur la mer, ce fantôme qui n’attend rien de nous.
A la Cité de la Voile Eric Tabarly, Juillet 2025.
A la Cité de la Voile, nous avons appris qu’Eric Tabarly (1931-1998), Breton né à Nantes, fils de navigateur, marin, compétiteur, architecte, ingénieur, armateur, militaire de carrière mais aussi visionnaire qui, à chaque nouveau bateau, a révolutionné la construction navale- et qui s’était plus ou moins sédentarisé et même marié et avait enfanté tardivement- avait une affection particulière pour Lorient.
A la cité de la Voile Eric Tabarly, juillet 2025. Une reconstitution partielle de Pen Duick II conçu et piloté par Eric Tabarly.
Pour son ouverture sur la mer, les vents qui y permettaient de profiter de la navigation dans de très bonnes conditions pour qui sait naviguer bien-sûr et pour qui aime être en mer.
Notre billet étant valable toute la journée, après une première visite, ma fille a souhaité y revenir le soir. Ce que nous avons fait environ trois quarts d’heure avant la fermeture.
Dans le port de Keroman, nous avons pu prendre le temps de distinguer plusieurs Pen Duick ( « Petite tête noire » en Breton) qui avaient appartenu à Eric Tabarly et avec lesquels il avait remporté plusieurs compétitions et battu plusieurs records de traversée. La guide de la Cité de la Voile nous avait invité à aller les voir de près. Elle nous avait raconté l’évolution de la voile depuis Eric Tabarly. Elle nous avait parlé des Imoca.
Elle nous avait parlé de la nourriture à bord.
Des maquettes grandeur nature de mats, de coque, de provisions, de matériel de sauvetage et de survie présentes dans la Cité de la Voile permettaient d’équiper un peu les pensées et l’inexpérience du terrien que je suis. Un terrien urbain qui ne connait presque plus rien à la fois de la terre sur laquelle il marche mais aussi de la mer qui l’entoure. Régulièrement accaparé ou distrait par des activités voire des urgences administratives, professionnelles, ménagères, matérielles, de loisirs ou de consommation, en tant que terrien urbain je regarde très facilement la mer et la terre comme des territoires occultes que des intermédiaires, des hommes, des femmes, des enfants, que je côtoie peu, fréquentent, exploitent, dégradent ou « possèdent ».
A la cité de la voile Eric Tabarly, on a opté pour être beaucoup moins moralisateur et sinistre que moi. On a opté pour la pédagogie. De la très bonne pédagogie.
Un certain nombre de jeux ludiques captivants pour les enfants et les adultes nous faisant vivre plus concrètement l’expérience de la navigation. Il y avait sûrement moins de monde que d’autres jours lorsque nous avons visité la Cité de la Voile, ma fille et moi. Nous avons pu nous amuser/exercer à utiliser un winch, à apprendre à faire des nœuds marins, à essayer de guider des petits bateaux en nous servant des vents d’une soufflerie.
A l’extérieur de la Cité de la Voile, nous avons pu aussi apercevoir d’autres bateaux ainsi que certains chantiers navals qui ont pu être le lieu de fabrication ou de réparation de certains bateaux qui ont participé ou participent entre-autres à la course du Vendée Globe.
Contrairement au public présent devant la grande scène environ trois heures avant le début du concert, je n’avais aucune attente envers le groupe Justice. Je connais à peine le prénom et le nom du duo. J’ai entendu quelqu’un crier « Gaspard, je t’aime ! » au début du concert et une autre personne appeler « Xavier ! » à la fin du concert.
Sans vérifier, je me dis que Gaspard doit avoir Augé comme nom de famille. Mais je n’en suis pas sûr. Pour Xavier, je n’ai pas de piste. Je pense à Xavier Lestrat car il a un peu un visage de vampire comme Lestat dans le film Entretien avec un vampire avec Brad Pitt et Tom Cruise.
Mon ignorance vient du fait que cette année, j’étais venu pour Jorja Smith (voir article Jorja smith au festival rock en seine ce 23 aout 2025). Et, la programmation du festival a fait que Justice passait « derrière » elle.
De Justice, je savais qu’ils avaient fait un premier album très remarqué. Puis un second. Et un jeune fan d’une vingtaine d’années devant moi, rappelait à ses amis qu’ils avaient disparu pendant huit ans et qu’il tenait à les voir avant qu’ils se séparent comme l’ont fait les Daft Punk il y a un ou deux ans.
Pour moi, la « faiblesse » de Justice, c’était d’être arrivés ou de s’être fait connaître plusieurs années après les Daft Punk, Alex Gopher, Etienne De Crécy, Laurent Garnier…..tous ceux (et toutes celles) qui avaient fait soit partie de la French Touch dans les années 80/90 ou qui avaient fait de la techno française autre chose que de la musique d’épilation. Chloé, Rebekka Warrior, Maud Geffray,, Agoria, Manu le Malin…
Je ne les connais pas toutes et tous mais j’ai des noms. Et Justice n’en faisait pas partie.
Sans oublier les précurseurs tels que Jean-Michel Jarre, Cerrone, Kraftwerk, hé oui, Kraftwerk. Et d’autres. Et d’autres. Je n’ai même pas cité Jeff Mills et d’autres références en Europe ou aux Etats-Unis.
Pour moi, Justice, c’étaient les petits nouveaux. Et je ne voyais rien de très nouveau chez eux. Ils s’étaient même faits connaître après Cascadeur.
Vraisemblablement après la sortie il y a quelques mois de leur nouvel album dont on avait beaucoup parlé, par curiosité j’avais écouté un ou deux de leurs titres en empruntant un ou deux ou de leurs précédents Cds à la médiathèque. Ça m’avait donné une idée mais ça ne m’avait pas poussé à approfondir.
Mais puisque j’avais payé ma place, que le concert de Jorja Smith s’était terminé en me laissant modérément satisfait et que j’étais près de la scène, j’allais rester pour voir Justice. Je « savais » que Justice allait faire une musique qui tabasse. Je n’en savais pas plus.
S’ils n’ont pas changé la donne en termes de composition musicale et de son, Justice a fait plus que nous mettre de la musique qui tabasse.
Il y a quelques années, on se serait demandé ce que vient faire un groupe comme Justice dans un festival de Rock. Avant de les voir et de les entendre.
On peut voir leur jeu de scène comme une anomalie de sons et de lumières contraires à l’écologie de notre monde de moins en moins préservé. Mais on peut aussi le voir comme des allégories d’Alien, d’un engin spatial extraterrestre, de l’explosion de la bombe atomique, de la pollution dans un univers d’usines et de souricières. Leurs lunettes sont justifiées devant ce déferlement de poussière et de lumières.
Leur spectacle n’a pas traîné. J’ai eu l’impression que les photographes officiels présents avaient le sentiment d’assister à un événement peu ordinaire. Et je les comprends.
Autant le son, lors du concert de Jorja Smith, a manqué quelques uns de ses rendez-vous, autant, là, il était parfaitement maitrisé avec une entrée des basses qui a donné l’impression qu’un lourd vaisseau se posait. C’était le vaisseau Justice.
Lors du concert, j’ai été intrigué de voir que les deux membres de Justice puissent se parler par moments. Et leurs attitudes de statues, imperturbables, froides, inexpressives, sauf pour changer de position de temps à autre, rajoutaient aux impressions visuelles.
A la fin du concert, alors que le duo passait à tour de rôle comme des Rock stars, j’ai commencé à me dire qu’ils avaient très bien trouvé leur nom, Justice, car il passe aussi bien en Français qu’en Anglais. Et, j’ai commencé à réfléchir à la signification de leur croix, symbole de leur groupe.
Il y a quelques mois, j’avais raté son concert, complet, à la salle Pleyel. L’année dernière, à Rock en Seine, j’avais raté le concert de Lana Del Rey.
J’ai donc été surpris de pouvoir acheter une place pour aller voir Jorja Smith à Rock en Seine à peine une semaine plus tôt. Bien sûr, on ne parle pas de la même carrière ou de la même personnalité à « comparer » Lana Del Rey et Jorja Smith, ce que je viens de faire un peu.
Personne, autour de moi, n’avait vu Jorja Smith en concert ou n’a pu me dire comment elle était sur scène. J’avais vaguement perçu quelques commentaires affirmant que ses concerts étaient marquants.
Je savais qu’elle était jeune (28 ans cette année) et qu’elle s’était faite connaître par son premier album Lost & Found sorti en 2018 et qui reste mon préféré en particulier pour les titres Teenage Fantasy dont la vidéo en noir et blanc ( tournée à Paris) m’épate pour la décontraction attractive de Jorja Smith et Wandering Romance.
Sur Wikipédia, on souligne l’obsession de Jorja Smith, adolescente, pour l’album Frank d’Amy Winehouse. Puis, on y relate d’autres influences, des duos avec divers artistes renommés (Burna Boy, Drake, Kendrick Lamar…). On y rappelle aussi la mesure sociale de ses paroles.
Sur scène avant le concert du groupe Justice, Jorja Smith est acclamée lorsqu’elle arrive. Elle est agréable et entourée de musiciens et de choristes performants qui l’épaulent et l’aiment visiblement beaucoup. Mais, assez vite, peut-être aussi parce-que je ne comprends pas suffisamment ce qu’elle chante en public, je ne suis pas entraîné par ce qu’elle « fait ». Et le décor sur scène a probablement à voir avec son dernier album mais je trouve qu’il fait plutôt toc.
Souriante, Jorja Smith n’est pas l’artiste qui se la pète. Elle inspire vraiment beaucoup de sympathie. Mais en concert, ça ne mord pas. Par moments, le son est même un peu raté et, ce que je trouve très frustrant c’est que sa voix me paraît trop soumise. Trop peu mise en valeur.
A la voir et à l’écouter essayer poliment et sagement d’ambiancer le public, je me dis que c’est une trop grande scène pour elle. Ou un public trop « Rock » pour elle. Pourtant, on ne peut pas dire que le public de Rock en Seine soit impatient et malpoli.
Je me dis qu’elle serait beaucoup mieux dans une petite salle de concert ou dans un club. Parce-que sa musique, c’est celle de l’intimité. Pas celle des gesticulations, du bagout et du vacarme. Cela était sûrement mieux à la salle Pleyel.
Lorsqu’elle commence par chanter Teenage Fantasy a capella, cela aurait pu être un climax. Mais cela reste gentil et bien élevé.
Je ne demande pas à Jorja Smith de se forcer ou de se transformer. Elle est comme elle est. Mais j’ai l’impression de ne pas avoir entendu Jorja Smith. De ne pas avoir fait davantage connaissance avec sa voix ! Je m’avise qu’elle est peut-être un peu comme Sade dont les concerts avaient la réputation d’être moins porteurs que les albums studios mais avec des tubes moins gigantesques.
A la fin du concert, la jeune femme avec qui j’ai eu quelques échanges auparavant me dit :
« Je ne suis pas déçue ». Mais je crois surtout qu’elle est contente que le concert soit terminé pour laisser la place au groupe Justice qu’elle attend.
J’ai un peu la tête en bois. Depuis que je suis rentré cette nuit (j’ai dû prendre un taxi entre la Défense et la gare d’Argenteuil), j’ai beaucoup dormi ou fait un peu acte de présence auprès de ma compagne, notre fille et de notre chaton.
Aucune consommation de substance de ma part. Je crois que c’est dû à mon âge, peut-être au poids de certaines nouvelles et, aussi, à l’attente, immobile, devant la grande scène. A peu près une heure avant le concert de Jorja Smith de manière à être le mieux placé possible pour la voir et la prendre en photo.
A Rock en Seine, j’ai dû attraper froid ou pris un coup de chaud. J’étais sans doute encore entamé physiquement en arrivant malgré la sieste que j’avais faite avant de venir. J’étais même arrivé vers 18 heures alors que les premiers concerts de la journée avaient commencé à 14h30. Mais j’avais les jambes lourdes en me dirigeant vers la sortie du festival hier soir après minuit. Et j’étais claqué, assis dans le taxi (heureusement que j’en ai trouvé un à La Défense et que j’avais de quoi le payer, 25 euros la course) en rentrant chez moi.
Même si j’ai vu près de moi des plus jeunes que moi ( dans la vingtaine ou trentaine) s’asseoir en attendant le début des concerts, je me dis que je suis sans doute devenu trop âgé pour un festival comme Rock en Seine.
Je me suis rappelé les propos d’un ami, de quatre ans mon cadet, qui m’a dit cette année ou l’année dernière :
« Je suis trop vieux pour aller dans des festivals ».
Lui et moi nous étions retrouvés au concert de PJ Harvey lorsqu’elle est passée dernièrement à Paris ( PJ Harvey à l’Olympia, octobre 2023 ). C’était déjà il y a bientôt deux ans.
Il y a quelques minutes, en me réveillant de ma sieste, après un déjeuner allégé, j’ai dit à ma compagne que j’allais me recoucher. Elle a exprimé un peu son étonnement. Puis, je suis reparti. J’ai pris une douche. Et, pendant la douche, mes pensées se sont mises à faire un peu de développé coucher à propos du festival.
Je n’ai pas menti à ma compagne. Ma réelle intention était de continuer de me reposer. Mais, je tente, là, une incursion dans le récit plutôt que dans le sommeil.
J’ai commencé à venir au festival Rock en Seine au début des années 2000. J’avais vu les affiches annonçant la venue de PJ Harvey. Je n’y étais pas allé. C’était trop loin pour moi. J’habitais à Cergy-Le-Haut. Et, dans ma tête, j’étais seul.
Je vais à la plupart de mes séances de cinéma, de « mes » concerts ou des festivals, seul. Je préfère y aller en solo plutôt que de ne pas y aller. Plutôt que de devoir dépenser de l’énergie à rassembler ou essayer de convaincre une ou plusieurs personnes autour de moi. Plutôt que de dépendre du planning de quelqu’un d’autre.
Et lorsque je me décide pour une expérience sportive, c’est pareil. Il en aurait peut-être été différemment si ma jeunesse avait été cette période de sorties à laquelle on l’assimile généralement.
Adolescent, je n’ai pas ou très peu connu l’expérience d’aller au cinéma ou à des concerts avec les copains et les copines. Je n’en n’avais ni les moyens ni l’autorisation. Je suis un citadin né dans une ville de banlieue, élevé avec une mentalité de campagnard de parents antillais issus de la campagne. A la campagne, en Guadeloupe, du temps de mes parents, les enfants et les ados n’allaient pas au cinéma. Il n’y en n’avait pas. Et c’était trop cher. Et pour les concerts, on allait sans doute plutôt aux bals, aux soirées telles que baptêmes, mariages et communions où les musiques qui passaient, c’était le Konpa, la musique antillaise de la Guadeloupe et de la Martinique d’avant le Zouk, un peu de Salsa et de Reggae. Puis le Zouk.
Ce sont des soirées que j’ai connues enfant, adolescent et jeune adulte avec mes parents en région parisienne voire un peu en Guadeloupe, où je retrouvais de temps à autres des oncles, des tantes et des cousins et dont j’ai une certaine nostalgie par moments. Je regrette de n’avoir jamais eu d’appareil photo ou de caméra dans les mains lors de cette époque où je regardais beaucoup ce qui se déroulait devant moi. J’ignorais à la fois que ce monde allait disparaître pour moi mais aussi l’importance qu’il prendrait pour moi rétrospectivement.
Je crois que beaucoup des personnes qui se rendent à un festival comme Rock en Seine appréhendent de connaître un jour ce genre de nostalgie. D’être passés à côté de leur vie et de leur époque.
Je crois aussi qu’ils ont entendu parler, d’une façon ou d’une autre, de ces grands festivals de musique qui ont fait « l’Histoire » ou qui font désormais partie de l’Histoire. Woodstock et autres. Jimi Hendrix, les Beatles, Bob Marley, Elvis Presley, Led Zeppelin, Les Stones et beaucoup beaucoup d’autres.
Je cite ici plutôt des « rockers » (même si j’inclue Bob Marley) car je crois que le Rock, en occident, à partir des années 60, est le genre musical qui a donné lieu aux prestations les plus médiatisées dont on se repasse les histoires et les images et qui ont ensuite servi de modèles à d’autres artistes quel que soit leur horizon musical.
Le Rock a été ou est cette musique iconoclaste, de contestation, de la jeunesse du monde dit libre ou qui se veut libre en Occident puis ailleurs. Même si, ensuite, la liberté ne se retrouve pas à l’équilibre.
Je ne connais pas exactement ce qui a poussé les promoteurs ou les créateurs du festival à l’appeler Rock en Seine mais je me hasarde à supposer que le terme « Rock » a été choisi pour entretenir une certaine filiation avec tous ces artistes « Rock » ou « Rock stars » dont on sait nous parler et avec lesquels on nous fait rêver. Du moins, avec lesquels on fait rêver un certain public en occident. Un occident plutôt blanc ou qui a, dans sa grande majorité, un public blanc. Car le Rock, malgré ses diverses inspirations, origines et influences s’adresse plutôt à un public blanc ou un public « de » blancs. Même si ce public ou ses artistes, par ailleurs, peuvent être tout à fait capables d’aller écouter et voir d’autres artistes d’autres genres musicaux.
Même si au festival Rock en Seine, il y a désormais des rappeurs qui passent sur scène (lorsqu’ils n’annulent pas leur présence tels Asap Rocky ou Doeechi cette année) ou Jorja Smith qui sait rapper.
Lorsque tout à l’heure, j’ai parlé de Konpa, de musique antillaise, de zouk ou de salsa, la lectrice ou le lecteur attentive/if s’est peut-être étonné( e ) de me voir parler du festival Rock en Seine où des artistes tels que Kassav’, Meiway ou autres super vedettes africaines ne sont jamais passées et ne passeront peut-être jamais. Des artistes qui correspondent beaucoup plus à mon éducation et à mon « milieu » d’origine. Et, je n’ai pas oublié l’espèce de moue que semblaient faire certains de mes anciens « collègues » journalistes du magazine XCrossroads chaque fois que je m’amusais à leur parler de Zouk ou de Dub. Comme si je leur avais demandé d’avaler une cuillère d’huile de ricin par les narines.
Un jour, après d’autres concerts ailleurs, je suis allé à « mon » premier festival Rock en Seine parce-que je n’avais plus peur de me perdre en route. Parce-que je ne craignais pas de devenir fou. Je n’avais pas ou je n’avais plus l’impression de trahir mon identité, mon groupe, mon histoire ou ma famille. Et je crois que cette attitude a aussi à voir avec le Rock. Sauf que cette partie-là de l’expérience du Rock est peut-être oubliée ou a été oubliée au profit du fait de s’afficher et de s’affirmer. Comme on peut le faire en étant très fier de porter certains drapeaux ou certains discours nationalistes. Et de considérer que l’on est particulièrement attaché à un pays, à une musique ou à une personne parce-qu’on le crie partout et qu’on le (dé)montre au monde entier.
Je ne suis pas là pour démontrer ou pour essayer de prouver quelque chose. Plutôt pour témoigner.
Pour essayer de témoigner.
Mais ce sont évidemment des paroles de vieux. Et le vieux va continuer de s’exprimer car il a appris à utiliser un clavier. Et, comme beaucoup de vieux, il croit que son expérience compte même si celle-ci fond comme une bougie. Car, plus que tout, le vieux croit encore à ses histoires.
A Rock en Seine, avant hier, j’avais vu les Hives, le dernier concert des Rita Mitsouko quelques semaines avant le décès de Fred Chichin, Emilie Simon, Jesus and the Mary Chains ( je crois) ou Faith No More plutôt, Massive Attack et d’autres groupes.
Ma prestation préférée reste celle de Björk qui avait clôturé le festival et qui avait entre-autres chanté son Déclare Indépendance.
J’ai connu le festival lorsqu’il se déroulait sur deux jours (contre cinq cette année) si mes souvenirs sont justes. Le tarif était plus bas mais je n’en suis plus très sûr. Pour 69 ou 79 euros pour une journée contre près de 90 euros pour la journée d’hier. C’était avant le tramway T2. Pour venir en transports en commun depuis Cergy le Haut, je récupérais la ligne 10 du métro. Puis, je marchais une dizaine de minutes en prenant le pont qui passe au dessus de la Seine.
J’ai le souvenir que le festival se terminait à une heure permettant de rentrer chez soi par les transports en commun alors qu’hier soir, après le concert de Justice, il était trop tard pour que je prenne un train depuis la Défense jusqu’à St Lazare.
Le service de presse du festival s’est targué d’avoir attiré 180 000 festivaliers l’année dernière. C’est sûrement plus qu’au début des années 2000. Je ne suis ni comptable ni historien de ce festival et je ne scrute pas le « bizness » ou le modèle économique du festival. Mais ce qui m’apparaît néanmoins, c’est qu’avec le temps, Rock en Seine est devenue une entreprise plutôt rentable.
Burger King et commerces
Comme dans d’autres festivals, avant d’entrer (alors que nous avons payé notre place), pour des raisons dites de sécurité, on nous explique que l’on ne peut pas emporter avec soi certaines quantités de nourriture ou des bouteilles ou des gourdes de telle dimension. On nous limite aussi sur le type d’appareil photo que l’on peut apporter avec soi. Le mien a failli se retrouver à la consigne, ce qui aurait impliqué ensuite la contrainte de devoir faire la queue pour le récupérer. Sauf que, au vu de la technologie de plus en plus poussée des smartphones (et Rock en Seine comme les autres festivals n’interdit en rien les smartphones) en matière d’image, de son, et vue la facilité avec laquelle les images sont aujourd’hui postées sur les réseaux sociaux, il m’apparaît rétrograde et plus que borné de vouloir maintenir cette police des appareils photos.
A l’intérieur du festival (comme dans d’autres festivals), on nous oblige aussi à passer par les portiques de son système économique. Je sais très bien que cela fait déjà plusieurs années que c’est comme ça que ce soit à Rock en Seine et dans d’autres festivals. Mais même si cela est déjà « normalisé », accepté, digéré et assimilé, cela n’empêche pas de parler de cette folie.
Cette « folie » consiste à prépayer nos consommations de nourriture ou de boisson car il est désormais impossible de payer soi-même directement. Nous devons donc nous déplacer jusqu’à des bornes qui débitent nos cartes bancaires ou qui prennent nos espèces. Bornes devant lesquelles, nous devons nous confesser ou prévoir pour combien nous allons en avoir lorsque nous aurons envie, après avoir à nouveau fait la queue devant le stand de nourriture choisi, de commander à manger ou à boire. Et, il nous revient de prévoir juste. Hier, il m’a ennuyé de devoir me dire que le festival Rock en Seine ferait mieux de s’inspirer du système de commande d’un Burger King.
Hier, j’ai tenu à ne rien acheter au sein du festival. Ni boisson, ni nourriture. Rien. J’avais fait en sorte de bien manger auparavant et d’emporter avec moi de quoi me nourrir et boire suffisamment et rapidement : quelques pains au lait ; un snickers ; deux pâtes de fruits. Une petite « gourde » que j’ai remplie à un des robinets du festival.
Un peu plus loin, j’ai été étonné de tomber sur ce bandeau publicitaire en faveur de Revolut. Je me suis demandé ce que cela venait faire dans un festival de Rock ou de musique. Par contre, je n’avais même pas prêté attention à ce « bar » à champagne. J’avais vu l’équivalent lors de ma visite de la Tour Eiffel il y a un ou deux ans.
A côté de certaines préventions sanitaires, la Pub et le commerce ont continué de s’étoffer. Tel le stand de vente des protections auditives Alpine (plus classes et plus ergonomiques) qui permet de s’en acheter si on les préfère aux bouchons standards qui sont, eux, encore distribués.
J’avais apporté mes protections auditives d’une autre marque. Les festivals n’interdisent pas encore de venir avec nos propres protections auditives pour des raisons de « sécurité ».
Je suis très content de mes protections auditives. Elles m’ont à nouveau donné beaucoup de confort pendant le concert de Jorja Smith et, surtout sans doute, pour celui de Justice.
Pour rester dans les sanitaires, tout festival nous amène à ce passage obligé dans les toilettes. Or, nous sommes dans le parc de Saint Cloud. Pas en plein bois de Boulogne ni dans une déchetterie. Il convient donc de se diriger vers les lieux d’aisance.
J’ai pu éviter une très grande file d’attente en m’éloignant finalement d’un premier lieu. Ensuite, j’ai accepté d’être « encadré » par deux autres mecs devant cette pissotière publique qui permettait de passer très vite.
En temps ordinaire, uriner debout à côté d’un autre garçon est une situation très peu quelconque. En certains endroits, c’est un moment de comparaison, d’embarras, ou de drague. C’est ce qui a poussé, je crois, certains hommes à attendre dans la file des femmes. Car je ne crois pas que c’était pour faire caca.
Une fois debout, on le sait, les hommes, quel que soit leur âge et la taille de leur sexe, peuvent avoir du mal à pisser droit et à éviter de s’en mettre plein les doigts. C’est donc un moment clé de notre existence. Celui où l’on se pisse dessus ou par terre ou sur ses pieds ou au contraire, celui, où l’on s’en sort bien. Et, il faut à chaque fois réussir.
En général, j’aime bien regarder en l’air lorsque je pisse afin qu’il n’y ait aucune équivoque avec mon voisin. Mais cette fois, j’ai préféré mettre toutes les chances de mon côté. Et tant pis si un de mes voisins a regardé la mienne. Tant pis si un autre s’est dit que j’étais venu pour pas grand-chose.
C’était bien de pouvoir ensuite se « désinfecter » les mains avec du gel même si j’aurais préféré de l’eau et du savon. Je ne suis pas resté regarder bien longtemps mais j’ai eu l’impression que certains hommes expédiaient cette opération de désinfection sur leurs mains avant de sortir
Les festivals comme ceux de Woodstock ou d’autres par la suite ont eu des volontés politiques. Hier, à deux reprises, environ trente minutes avant le concert de Jorja Smith puis avant celui de Justice, grâce aux grands écrans accolés près de la grande scène, nous avons pris notre leçon (abrégée) de prise de conscience politique. En faveur d’un journaliste français injustement emprisonné en Algérie « pour apologie du terrorisme ». Le message de RSF nous enjoignait à faire un « maximum de bruit » et à signer une pétition.
Je n’avais jamais entendu parler de ce journaliste et je souhaite bien-sûr que cela s’arrange pour lui et ses proches. Mais Rock en Seine, pour moi, était à nouveau à côté de sa grille d’accords. Car parler de ce journaliste, sans parler de la famine à Gaza et de la façon dont le gouvernement de Netanyahou continue de détruire toute possibilité d’apaisement en Palestine ?! Sans parler des Présidents Trump et Poutine qui jouent au chat et à la souris avec l’Ukraine de Zelensky ?!
Un artiste chantait « Give Peace a chance » mais Rock en Seine semble plutôt entonner « Give Business a chance ».
Lors de mes « premiers » Rock en Seine, j’ai l’impression que le festival affichait moins certaines prétentions éthiques ou écologiques. Bien-sûr, j’approuve la démarche qui consiste à rendre bien visible dans le festival l’endroit sûr où pourrait se rendre une personne (une femme) aux prises avec un abuseur ou un violeur. Ainsi que ce lieu où venir reposer sa tête, son corps et ses oreilles de l’amas de décibels. Mais j’ai aussi l’impression que c’est du vernis. Et que le festival se comporte comme n’importe quelle entreprise qui aspire à obtenir et conserver son label de conformité ou d’utilité publique.
Mais je dois être devenu sacrément vieux et très très amer pour raisonner de cette manière et voir le mal un peu partout. Donc, je me sens obligé d’écrire que j’étais d’abord venu pour Jorja Smith et, qu’ensuite, je n’ai pas pu faire autrement que voir ce qui se trouvait devant moi. Ou il aurait fallu que je me rende jusqu’à la grande scène en ayant les yeux bandés.
Ai-je bien vu les concerts de Jorja Smith et de Justice ? Oui. Pourquoi ne pas m’être contenté de parler de leurs concerts ? D’abord parce qu’il est habituel de diffuser des images des concerts et des concerts auxquels on se rend.
Pour partager et faire rêver.
Mais les images que l’on montre et que l’on choisit ne disent pas tout du moment et de l’expérience. Ce serait comme uniquement montrer les photos de mariage d’un couple, cela ne dit pas tout de l’histoire du couple. Mais bien-sûr, on peut préférer le conte de fée à la véritable histoire, le mollard à l’eau de rose qui conditionne plutôt que le polar qui affranchit.
A Rock en Seine, comme dans d’autres festivals ou lieux de concerts, on ne fait pas qu’aller voir et écouter des artistes. Même si c’est notre projet et ce qui nous pousse à payer notre place et nous déplacer. A Rock en Seine comme dans d’autres festivals ou lieux de concerts ou dans des salles de cinéma, nous nous faisons aussi solliciter ou influencer par certains messages publicitaires ou autres. Nous sommes des témoins de notre époque même si nous décidons de ne pas nous attarder sur certaines informations que nous « voyons » pour nous concentrer sur notre plaisir qui est d’aller écouter et voir certains artistes.
Mais il serait naïf de croire que mon expérience à Rock en Seine a été exclusivement musicale. Depuis mon transport à la Défense dans le T2 où j’ai assez facilement identifié des festivalières et des festivaliers jusqu’à mon retour à la Défense dans le T2 après minuit, j’ai été partie intégrante d’un comportement économique, sociologique et idéologique particulier qui tranche avec ma vie ordinaire, elle-même réglée ou préréglée aussi selon certains principes et certaines injonctions.
On peut bien-sûr se contenter de l’expérience musicale et/ou des bons moments que l’on y passe avec d’autres. Car c’est quand même le principal. Mais je m’abstiendrai de croire ou de penser que je me trouvais hier, à Rock en Seine, dans un monde merveilleux, libre et bienveillant qu’il conviendrait de répliquer à plus grande échelle pour que je sois heureux ou plus heureux. Et que la vie, ma vie, devrait toujours être celle que j’ai aperçue ou que l’on m’a vendue à Rock en Seine durant quelques heures.
Ce serait l’horreur si ma vie se déroulait en continu comme dans le festival Rock en Seine. Mais d’autres personnes, au contraire, seraient prêtes à s’engager, à embrigader, à dénoncer voire à torturer et tuer pour que leur vie, la vie, soit toujours comme dans le festival Rock en Seine.
L’autre raison à tout ce laïus est que c’était peut-être la dernière fois, hier, que je me rendais au festival Rock en Seine. Hier, je ne le savais pas. C’est, aujourd’hui, en voyant l’état physique dans lequel je me trouvais, et, donc, le défi un peu ou assez physique que constitue le fait d’aller dans un festival, que je me suis dit qu’il me fallait accepter que ce n’était plus pour moi. Ou alors qu’il faudrait que cela se fasse dans des conditions qui me soient plus confortables. En y allant plus reposé. En évitant d’attendre debout pendant une heure avant chaque concert pour être au plus près de la scène.
Telle était ma conclusion avant de faire une pause de quelques minutes. Depuis, j’ai mis l’album Standing in the Way Of Control du groupe Gossip que j’avais eu la chance de voir il y a un peu plus d’une quinzaine d’années. J’ai aussi préparé l’album Tres Hombres de ZZ Top que je n’ai jamais vu en concert. L’album Ventriloquism de Meshell Ndegeocello vue plusieurs fois en concert depuis son premier album Plantation Lullabies. La compilation L’Année du Zouk 2023 et l’album Jazz is A Spirit de Terri Lyne Carrington.
Je vais maintenant découvrir les photos que j’ai prises hier des concerts de Jorja Smith et Justice. Et l’article qui les concerne apparaîtra bientôt dans mon blog.
Lorient visite guidée juillet 2025- première partie
Au mieux, la mémoire de l’être humain est une vie en soi. Au pire, la mémoire est une folie.
Car si elle peut nous être un renfort elle n’obéit pas pour autant strictement aux lois et aux frontières de la volonté humaine. Dire que la mémoire, notre mémoire d’humains, retombe toujours sur ses pattes ou qu’elle recouvre invariablement son équilibre est une interprétation ainsi qu’une aspiration humaine.
Nous portons en nous une certaine mémoire. Mais nous n’en savons pas grand-chose.
Je peux néanmoins encore me rappeler, pour l’instant, que ma fille et moi sommes revenus de notre semaine de vacances dans le Morbihan il y a bientôt un mois. Nos premières vacances en duo depuis sa naissance il y a bientôt douze ans. Depuis notre retour, je n’ai pas pu prendre le temps de commencer à écrire cet article dans des conditions qui me convenaient :
J’ai repris le travail. J’ai emmené ma fille à la gare Montparnasse pour qu’elle parte à sa première colonie de vacances. J’ai fait plus de cent kilomètres en voiture aller et retour pour me rendre à Rogny les Sept écluses afin d’aller chercher un chaton que j’avais seulement vu en photo afin de l’adopter. Un chaton donné par la sœur d’une collègue.
C’est la première fois que j’adopte un animal domestique. Je l’ai fait après une conversation avec ma compagne dont certains des arguments m’ont convaincu :
Nous connaissions une deuxième vague de souris depuis le mois de Mai après une première fin 2023.
Pour notre fille.
Pour le fait que la présence d’un animal « domestique » dans un domicile permet certaines transitions.
L’écriture, tout comme le songe, est une transition.
Mais il faut du temps pour écrire. Il me faut aussi voir se rapprocher ce moment où je « sais » que je pourrai donner le meilleur dont je dispose pour lancer l’écriture.
Il y a des articles que j’ai perdus et d’autres qui sont en sursis. Il y en a d’autres aussi que j’ai ratés mais qui m’ont peut-être permis d’en réussir d’autres. Il m’est difficile de savoir à quelle catégorie appartiendra celui-ci en dépit de ma bonne volonté de départ.
J’ai véritablement entendu parler de la Bretagne pour la première fois pendant mes études d’infirmier à Nanterre à la fin des années 80. Dans ma promotion et dans mon école d’infirmières de la Maison de Nanterre (l’ancien nom de l’hôpital de Nanterre qui, aujourd’hui, s’appelle, je crois l’hôpital Max Fourastier) il se trouvait quelques Bretonnes.
J’étais issu d’un baccalauréat B option sciences économiques et du lycée. Comme aurait pu le prétendre l’humoriste Fabrice Eboué, qui était alors très loin d’être connu voire à l’école primaire, je n’avais alors « rien vécu ».
J’étais un petit noir à lunettes né en France, dans une ville communiste de banlieue parisienne, à Nanterre, ancien sprinter de niveau régional qui avait pourtant voulu devenir le nouveau Carl Lewis.
Mes parents, deux Antillais de naissance, avaient quitté à la fin des années 60 leur Guadeloupe natale, et plutôt rurale, ainsi que leur commune, Petit-Bourg. Afin d’essayer d’améliorer leur condition sociale et personnelle.
Et, à l’école d’infirmières, ces Bretonnes que je rencontrais, parmi d’autres, avaient, elles, quitté leur Bretagne natale pour venir effectuer leurs études en région parisienne. Leur souhait étant, pour plusieurs d’entre elles, de repartir vivre dans leur région d’origine dès qu’elles le pourraient. Pour se marier, acheter une maison, faire des enfants. Des projets dont j’étais incapable de m’emparer et par lesquels je me sentais assez peu concerné.
Après l’obtention de leur diplôme d’infirmière, certaines sont retournées en Bretagne. D’autres, moins. Moi, je suis resté vivre en banlieue parisienne. Malgré le fait que, pendant un temps, mon père m’ait répété que la France était le pays « des Blancs » et que je n’avais rien à faire en France. Si je l’avais écouté ou suivi à la lettre, après mon diplôme, je serais parti vivre en Guadeloupe et ce serait un article différent que j’écrirais aujourd’hui puisque j’écrivais déjà et qu’après avoir voulu être le nouveau Carl Lewis, à défaut de pouvoir devenir le nouveau Miles Davis, j’espérais vraisemblablement être le nouveau Aimé Césaire, le nouveau Richard Wright ou un de ces intellectuels ou penseurs qui « comptent ».
En attendant, j’ai ensuite réentendu parler de la Bretagne par…la Grande-Bretagne. L’ Ecosse a fait partie de mes premiers voyages en dehors de la Guadeloupe. Avec la Yougoslavie en 1989. Puis, il y a une vingtaine d’années, j’ai été amoureux d’une Bretonne, Highlander, originaire du Finistère. Car il faut bien une histoire d’Amour, de désamour, de violence ou d’injustice quelque part pour fixer notre mémoire ou l’inspirer. Celles et ceux qui ont aspiré ou qui aspirent à devenir de grands artistes ou de grands penseurs qui changent le Monde et la Création le savent.
Au début de ma rencontre avec Highlander (j’avais une trentaine d’années), je m’étais dit : « ça y’est, j’ai rencontré la femme de ma vie ». Highlander avait trois chats lorsque je l’ai connue.
Ajoutons à cela qu’à la même époque, j’avais aussi rencontré Georgette France, notre cadre infirmière, qui avait invité plusieurs d’entre nous à venir passer un week-end chez elle en Ile-et-Vilaine après son départ à la retraite.
Bien que Georgette France n’ait pas de chats, j’ai continué par la suite à venir passer des week-end chez elle et son mari. Mais peut-être étais-je devenu, sans m’en apercevoir, un de ces nombreux chats qui reviennent dans ces maisons où ils mangent très bien et où ils se sentent en sécurité avant de s’en aller jusqu’à la fois suivante.
Entre l’Ile-et-Vilaine et le Finistère, il est difficile de se croire en Poitou-Charente ou dans les Bouches du Rhône. Nous sommes bien en Bretagne.
La Guadeloupe, les Antilles, font rêver beaucoup de personnes :
Les touristes, celles et ceux qui s’y sentent délestés de toutes leurs contraintes et histoires personnelles, sociales et familiales ; toutes et celles et tous ceux qui, lorsqu’ils y passent des vacances en famille s’y sentent libres ou chez eux.
Malheureusement, je n’ai jamais été libre ou suffisamment chez moi durant mes vacances estivales de deux mois lors de mon enfance et mon adolescence en Guadeloupe. J’y ai même été plus enfermé que dans la cité HLM où nous habitions encore à Nanterre, allée Fernand Léger, en face de l’école Robespierre.
Toute forme d’oubli ou d’abandon m’était difficilement possible en Guadeloupe. Je me retrouvais régulièrement sur le tarmac du temps qui ne passe pas ou alors très très lentement.
Et de la mémoire qui vous happe.
La mémoire de la peur. De la méfiance. De la réputation. Une mémoire pas très cool. Pas très sereine. Pas beaucoup portée sur le soleil ou l’optimisme. Pas très Francky Vincent. Plutôt étrangère à la méditation comme à la contemplation.
Il existait toujours une bonne raison à cela. Une crainte ou une inquiétude. Un événement passé. Un devoir. Une exigence. Une croyance. Ou une absence de moyens.
En région parisienne, cette mémoire pouvait se diluer dans l’Hexagone au gré des horizons et des personnes différentes que j’y rencontrais. Mais au pays, cette mémoire pouvait vous reprendre à n’importe quel moment tel le dealer qui, d’une main, vous sourit et vous délivre la substance agréable et qui, de l’autre, vous séquestre soudainement, vous avertit d’un danger possible ou imminent ou vous saisit votre âme ou votre paie.
Sauf que le dealer était un membre de la famille, un « proche », un ami, qui connaissait mieux que vous le pays et le territoire lorsqu’il n’était pas plus âgé, donc plus expérimenté que vous. Il avait donc toujours et systématiquement plus de Savoir que vous d’une façon ou d’une autre. Et ce qu’il vous administrait, c’était toujours une vérité que cela vous plaise ou non. Il fallait donc l’écouter.
Il y avait aussi des moments agréables ou très agréables mais c’était aléatoire. Je n’avais pas la main dessus. Je vivais ou restais là-bas, deux mois durant, dépossédé de la possibilité d’entreprendre une action quelconque pouvant m’assurer de faire d’un moment de plaisir, une certitude.
La présence d’une médiathèque ou d’une activité culturelle voire sportive régulière avec des jeunes de mon âge ou voire des éducateurs officiels ou non aurait pu sauver mes expériences d’enfant et d’ado métropolitain ou négropolitain en vacances en Guadeloupe.
Pour moi, il n’y en n’a pas vraiment eu. Ou par intermittences. Car cela demande de la patience ne serait-ce qu’éducative mais aussi d’avoir certaines ambitions ou certaines visions pour lesquelles nous n’étions ni entraînés ni préparés. Or la patience ne fait pas partie de la palette des vertus les plus recherchées ou les plus pratiquées parmi les adultes. Et la Man Tine ambitieuse et clairvoyante de Rue Cases Nègres ne figure pas dans le casting des personnalités qui m’ont marqué en Guadeloupe ou en France.
J’ai donc dû composer avec ce qui m’a été transmis et aujourd’hui, je continue de composer. Afin de tenter de produire et non seulement reproduire, ce qui me fait prendre quelques risques :
M’éloigner de la Normalité, m’exposer, créer, affirmer et faire reconnaître ma normalité, me tromper, douter, devoir penser par moi-même et prendre certaines initiatives.
En principe, on pourrait retrouver cela dans une histoire d’Amour.
Je n’ai jamais connu la moindre histoire d’Amour en Guadeloupe. Soit presque l’exact opposé de ce que j’ai pu connaître en Bretagne à l’âge adulte ou ailleurs plus jeune en France.
Récemment, Nonrien une amie (qui se trouve avoir des origines bretonnes) m’a demandé la raison de ma « passion » pour la Bretagne. C’est peut-être la meilleure réponse que je puisse (lui) apporter aujourd’hui. Et c’est peut-être aussi ce qui m’a donné envie, pour mes premières vacances avec ma fille, de nous rendre en Bretagne cet été.
Bien-sûr, en Bretagne, il y a la mer ou celle-ci n’est pas très loin. Cela a son importance.
Pour venir en France, mes parents ont bien dû passer par la mer. Pour débarquer en Guadeloupe, on sait aussi que nos ancêtres africains ont dû passer sous la contrainte par la mer.
C’est en Guadeloupe, à Ste Rose, là où mes parents sont retournés vivre après avoir fait construire leur maison pour leur retraite que, au début des années 2000, j’ai passé mes deux premiers niveaux de plongée bouteille au club Alavama créé et tenu par Stephan, originaire de Corse. Alavama semble avoir fermé depuis. Mais c’est dans ce club de plongée que j’ai vraisemblablement poussé un peu plus loin mon processus de libération et d’ouverture personnelle. Un processus d’abord et généralement assez solitaire.
Ma décision de pratiquer l’apnée quelques années plus tard fait sûrement partie du processus.
Les deux responsables de la section apnée du club de Colombes dont je fais partie depuis quelques années sont… bretons. De ce fait, chaque année, nous faisons un stage d’apnée et de chasse sous-marine…en Bretagne. Cette année, c’était à Loctudy.
Même si je suis d’origine antillaise et que j’aime évidemment me baigner dans la mer chaude, je n’ai pas d’appréhension particulière dans le fait d’entrer dans une mer plus froide. Il m’est arrivé et il peut m’arriver d’avoir envie de faire l’expérience d’une plongée sous glace avec bouteille ou en apnée.
Et puis, à l’image de mes séjours en Yougoslavie et en Ecosse, je préfère autant que possible éviter certaines destinations surchargées ou convenues.
Habituellement, en été, la majorité des vacanciers est obsédée par les plages du sud de la France. En hiver, l’obsession se dirige tel un revolver vers les sports d’hiver.
Je ne supporte pas les embouteillages. Je trouve que lorsque nous sommes insérés dans nos véhicules comme des saucisses sur des milliers de kilomètres sur la route, que nous sommes à l’apogée de l’absurdité de notre officielle modernité.
Je ne supporte pas de me retrouver allongé sur une serviette dans le sable parmi une foule de vacanciers au bord d’une plage. Et si j’ai pu aller deux ou trois fois « faire » du ski, ce qui m’a plu, je ne cours pas après cette frénésie des sports d’hiver.
Lorsque je parle de mes moments désagréables et décisifs en Guadeloupe, je n’omets pas les expériences privilégiées que j’y ai aussi faites :
Quand on a pu connaître dès l’enfance les plages de la Guadeloupe où l’on a pu se baigner sans encombrement, ensuite, on ne peut pas s’émerveiller devant « l’événement » de l’ouverture de l’Aquaboulevard dans Paris ; contrairement à Gavroche, l’amie parisienne qui m’y avait alors entraîné il y a plusieurs années. Pas plus que je ne peux accepter de faire près de 800 kilomètres afin de me retrouver dans le sud de la France sur une plage bondée dans une ville bâclée par des commerces touristiques grossiers.
D’ailleurs, l’une des seules fois où je suis allé passer quelques jours sur une plage en été dans le sud de la France, c’était aussi avec cette même amie parisienne, celui qui allait devenir son mari et mon meilleur ami.
Malgré mon amertume et l’ambivalence de mes sentiments envers mon histoire avec la Guadeloupe, moi, le Moon France ou le Bounty, je lui suis non seulement attaché- ou enchainé- et je l’ai suffisamment « vue », « vécue » et approchée pour connaître un certain nombre de ses atouts.
« Le Breton », la femme comme l’homme, est pareil. « Le » Breton est semblable à beaucoup de personnes qui sont attachées à leur région. « Le » Breton est généralement fier de sa ville ou de sa région.
Pourtant, les deux ou trois fois où j’ai prononcé le nom de la ville de Lorient devant un Breton ou une Bretonne, j’ai à chaque fois été étonné de devenir le témoin de ce silence un peu particulier suivi de l’impossibilité pour elle ou lui de me parler de cette ville. Car il ou elle ne la connaissait pas ou n’y était jamais allé(e). Le contraste entre la façon dont le nom de cette ville stimulait mon imaginaire, Lorient, et cette absence d’enthousiasme ou ce simili mouvement de recul poli que je saisissais chez mon interlocutrice ou mon interlocuteur m’a toujours interpellé. Pour moi, Lorient, c’était au minimum la mer, la Bretagne et, chaque année, en été, le festival interceltique de Lorient, donc de la musique, donc, de la vie. Mais en face de moi, on s’effaçait devant tout « ça ».
Pendant des années, au début du vingtième siècle, la Bretagne a été, je crois, la région la plus pauvre de France. Encore récemment, en juillet avant notre séjour, Batman, un ami (Breton), m’avait appris que le terme « plouc » était autrefois utilisé pour désigner les paysans Bretons. C’est dire à quel point les Bretons, et la Bretagne, dans l’imaginaire collectif français, reviennent de très très loin.
Nos collègues, voisins ou amis bretons nous parlent rarement de cette époque mais il est probable qu’il leur en reste quelque chose. Et que cela peut expliquer cette fierté bretonne dont je parlais quelques lignes plus tôt. Car la Bretagne a de sacrés atouts tant touristiques, que culturels…ou immobiliers.
Même si l’on rappelle les dégâts des élevages porcins, des nitrates et des algues toxiques et mortelles sur certaines plages. Même si l’on parle de Bolloré. Ou de la dynastie Le Pen. Et, récemment, je n’ai pas entendu parler de Lorient lorsque des mauvaises nouvelles émanent de la Bretagne.
D’un point de vue culturel, pour évoquer la Bretagne, spontanément, je pense d’abord à Per Jakez Hélias. Je n’ai toujours pas lu son ouvrage Le Cheval d’orgueil paru en 1975 ( j’avais 7ans et cela correspond à l’année de mon premier voyage en Guadeloupe avec mes parents) mais j’ai écouté- et aimé- certains de ses contes.
Je pense aussi à la compositrice, harpiste et chanteuse Kristen Nogues voire à son compagnon Jacques Pellen, guitariste et compositeur. Même s’ils sont aujourd’hui décédés, je ne crois pas discréditer la culture bretonne en les citant.
Je pourrais peut-être aussi mentionner le livre Mémoires du large « de » Eric Tabarly ou un ouvrage de Olivier de Kersauson que j’ai lus. Mais même si Tabarly et Kersauson sont Bretons, en tant que marins et compétiteurs, ils font aussi partie de ces personnes que je qualifierais de « sportifs » de l’extrême mais, surtout, de femmes et hommes libres ou résistants à l’image, pour moi, de personnalités telles que Ellen Mac Arthur, Florence Arthaud, Elizabeth Revol, Hélie de St Marc, Maitre Jean-Pierre Vignau, Madeleine Riffaud, Daniel Cordier. Et, comme eux ou avant eux :
Angela Davis, Nelson Mandela, Martin Luther King, Malcom X, Miles Davis, James Baldwin, Richard Wright, Chester Himes, Aimé Césaire, Frantz Fanon, les Black Panthers, Bob Marley, Muhamad Ali ( même si, aujourd’hui, j’ai plus de mal avec certains de ses travers envers Malcolm X ou Joe Frazier ) James Brown, Kassav’… ainsi, sans doute, que tous les artistes et écrivains qui, contrairement à moi, ont explicitement préservé le Créole ou s’expriment à travers lui que ce soit par écrit, oralement, à travers la musique, le cinéma, un autre art ou une pratique que je n’ai pas mentionné, que je suis incapable de formuler ou à laquelle je n’arrive pas à penser.
Je peux néanmoins citer au moins les musiciens et compositeurs réunionnais Ann O’aro, René Lacaille, Maya Kamaty ou les films Kouté Vwa du Guyanais Maxime Jean-Baptiste (sorti dans quelques salles récemment) Zion du Guadeloupéen Nelson Foix ou Sac la mort d’Emmanuel Parraud. Sans oublier évidemment des références littéraires comme Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau ou Maryse Condé, René Depestre, Frankétienne et d’autres qui ont plutôt tendance à être aimantés par l’envers du décor, par le dessous des serviettes de plage, des crèmes solaires et des cartes sociales ou raciales.
Un film comme L’épreuve de feu d’Aurélien Peyre découvert au cinéma ce 15 Aout avant d’aller voir Kouté Vwa (mais aussi Bahd de Guillaume de Fontenay !) peut aussi me faire le même effet même si je peux prendre grand plaisir à aller voir un film axé sur le spectacle ou l’humour.
Cependant, avec la ville de Lorient, sans le savoir, je retournais avec ma fille vers une partie de l’Histoire qui nous éloigne de la vision de carte postale de la Bretagne. Je m’éloignais des villes et des lumières attractives telle la ville Pont-Aven pourtant proche et dont « tout le monde » m’avait dit beaucoup de bien. Car c’était une ville à voir etc….
Je reste marqué par ces paroles du rappeur Mc Solaar à l’époque où il était, pour moi, une forme d’absolu, alors que je reste un amateur vraiment limité en Rap :
« Il était vraisemblable que tous les faux semblants de la farce humanitaire aboutiraient au néant. C’est une boule à facettes comme dans les discothèques. Ça reflète à la lumière et sans elle…pfou…du vent.J’aime les images fortes car je suis comme toi. Le poids des mots et le choc des photos… ». ( extrait de son duo avec le rappeur Guru pour le titre Le bien, le mal).
Finalement, c’est peut-être en raison de mon rayonnement profondément dépressif que ma fille et moi ne sommes pas allés à Pont-Aven durant notre semaine dans le Morbihan.
J’ai hésité. C’est un choix que j’ai fait sans en discuter avec ma fille.
En l’entraînant peut-être davantage dans les sillons de ma dépression. Car Lorient, même si elle connait un certain renouveau depuis plusieurs années, a hérité d’une histoire triste du fait de la Seconde Guerre Mondiale.
Je sais qu’en faisant ce « choix » d’éviter Pont-Aven que je prenais le risque de passer pour un gogo. Mais je sais aussi que l’on voyage et que l’on vit différemment selon que l’on se trouve avec son enfant mineur ou selon le fait que l’on circule seul ou avec d’autres adultes.
Selon ce que l’on peut partager et/ou transmettre.
Visiter une ville avec une enfant de bientôt douze ans, cela peut lui plaire. Mais cela peut aussi l’ennuyer si ce que l’on trouve sur place, c’est de belles vitrines de magasins et des jolies maisons. A l’inverse, « L’ Histoire » de Lorient, elle, grâce à l’apport des visites guidées à la Cité de la voile, lors de la visite du Bunker K3 et du sous-marin Flore, peut parler à une enfant ainsi qu’aux adultes qui l’accompagnent. Cela peut permettre aussi certaines conversations. Et j’ai tenu, avant tout, à ce que ma fille passe de bonnes vacances. Qu’elle ne doive pas se contenter de me suivre partout où je l’emmenais.
Aujourd’hui, je peux dire que nos vacances lui ont plu. Mais c’est seulement maintenant que je peux l’affirmer. Car, à l’origine, je n’avais rien prévu.
Lorsque nous sommes arrivés à Quéven en juillet, ma fille et moi, là où j’avais réservé une maisonnette pour une semaine, je n’avais pas de programme établi. Mais Peut—être que ma mémoire, elle, avait déjà certains projets pour nous.
Au début de cet été, Nonrien, une ancienne collègue et amie qui a longtemps travaillé dans la finance m’a un petit peu mis au défi d’écrire sur la gentillesse. C’était sur le « réseau social » Facebook qui, désormais, s’appelle Meta quelque chose et qui est, avec les années, devenu une sorte de maison de retraite pour les vieux qui continuent de s’exprimer à propos de sujets toujours très importants pour eux sur les réseaux sociaux.
Les réseaux sociaux sont beaucoup devenus à notre existence ce qu’un pace-maker peut être au cœur. Cela nous anime. Cela nous permet de continuer de croire que nous sommes toujours jeunes, dynamiques, attractifs, originaux et dans le coup.
Ce qui, pendant ce temps, arrange bien par exemple le train de vie du PDG de Facebook, Mark Zuckerberg. Lequel a tout fait ou fait beaucoup comme d’autres pour pouvoir ronronner au plus près de Donald Trump, réélu Président des Etats-Unis il y a quelques mois.
Si Mark Zuckerberg est plus jeune que moi (il doit avoir la quarantaine), le Président Donald Trump est bien plus âgé que moi avec ses plus de soixante dix ans.
Mais quel que soit leur âge véritable, ce ne sont pas des gentils.
Cependant, afin d’être le plus exact ou le plus « juste » possible, il faudrait aussi accepter de les décrire comme des meneurs, des décisionnaires, des autocrates, des entrepreneurs, des combattants, des survivants, des personnes qui ont changé et changent le Monde, des modèles, des personnes qui ont réussi ou qui réussissent.
Ce sont aussi des milliardaires et, on l’a compris, des êtres de Pouvoir qui sont courtisés, admirés, haïs et craints.
Moi, si je devais me comparer à eux deux pour commencer, j’aurais plutôt l’impression de me déplacer en tuk-tuk dans la géhenne. Car je fais plutôt partie des vieux ou des plus en plus vieux, les plus nombreux, qui sont toujours restés hors des cercles où se trouvent un Donald Trump ou un Mark Zuckerberg sauf pour y être pigeonné ou siphonné.
Il est des personnalités a priori plus « sympathiques » qui ont réussi et qui ne sont pas, non, plus, des gentilles personnes. Je me rappelle de l’ancien Footballeur professionnel Olivier Dacourt, relatant que, de son point de vue, parmi tous les Footballeurs français professionnels qui avaient réussi, il voyait uniquement Robert Pires. Evoquant ensuite (avec respect et une même admiration) d’autres Footballeurs professionnels, il a ajouté ceci :
« Zidane, c’est pas un gentil. Thierry Henry, c’est pas un gentil. Makelele, c’est pas un gentil ».
La gentillesse ou le seul fait d’être gentil ou d’avoir « du mérite » est donc, en pratique, incompatible avec le fait de « réussir ».
Or, en plus d’être de plus en plus vieux, je suis un gentil. Donc, un gogo, donc une proie, donc un imbécile, donc, un crédule, donc une victime potentiel(le) ou accompli(e) chaque fois que j’ai eu à rencontrer dans ma vie des personnes qui, de près ou de loin, ont pu ou peuvent faire « leur » Mark Zuckerberg ou « leur » Donald Trump. Ou leur Zidane. Ou leur Thierry Henry. Ou leur Claude Makelele.
Et ce ne sera pas très différent si j’adjoins à ces exemples des noms de femmes qui ont « réussi ».
La « gentillesse » ou le fait d’être gentil, de manière isolée, ne semble pas garantir la réussite, quelle qu’elle soit, dans la vie.
« Elle ( ou il) va réussir dans la vie car elle ( ou il) est très gentil (le) ». Ceci est un conte de fées.
Le genre de la gentillesse
Lorsque Nonrien m’a un peu provoqué pour cet article, il s’agissait d’un jeu entre elle, une femme d’acabit féministe, et moi, un mâle, afin que je m’expose un peu concernant le sujet de la gentillesse qui fait ou ferait beaucoup défaut aux hommes dans une société et dans un monde où, de manière générale, la femme ou le genre féminin, est souvent malmené, violé ou massacré par le genre masculin, les mecs, les hommes, les gars, les machos, les virilistes, les violeurs, les Metoo, les abuseurs, les harceleurs, les pervers narcissiques, les tueurs en série mais aussi les incestueux. Ou, plus « simplement », les militaires, les extrémistes religieux et les milices dans les pays, les régions ou les guerres où ils pratiquent leurs violences et tiennent leurs laboratoires de souffrances en tout genres.
Ou pour employer le terme : par les multiples agents, représentants, enseignants, diplomates et acteurs du Patriarcat. J’ai employé et écrit le terme une fois dans l’article et je ne le répèterai pas. Car j’estime que j’ai fait mon devoir lexical étant donné que le mot « Patriarcat » ( cela fera finalement deux fois) est employé dans tout article, écrit ou discours qui a une certaine volonté ou intention féministe. Même si je ne me déclare pas particulièrement féministe. En fait, j’attends de voir qui j’ai en face de moi avant d’être plus ou moins féministe.
Il arrive que des femmes soient d’emblée ou rapidement tellement agressives socialement, verbalement, qu’elles ne me donnent pas du tout envie d’être « gentil » mais plutôt de prendre mes distances. Je pense en particulier à deux ou trois collègues, heureusement minoritaires, que j’ai pu rencontrer ou peux rencontrer. Je repense aussi à cette femme, comédienne, fille d’attachée de presse, qui m’avait plutôt prise de (très) haut après être arrivée en retard au cimetière à l’enterrement du réalisateur qui lui avait donné le premier rôle d’un de ses derniers films.
Je ne crois pas que ce soit le chagrin qui lui avait inspiré une telle attitude. Mais plutôt le fait que j’étais un moins que rien. Même pas journaliste à Télérama. Même pas Mark Zuckerberg. Mais seulement un blogueur inconnu dont le nom du blog était lui-même tout autant inconnu et qui était venu la saluer avec le sourire comme il la rencontrait pour la première fois. Un homme qui, sur la demande de sa mère, avait pris le temps quelques années plus tôt de lire le scénario du projet de son premier court-métrage afin de donner son avis en tant que journaliste cinéma.
Malgré les évidents manques de savoir-vivre de ces quelques personnes féminines et peut-être féministes, par contre, je dois faire avec les chiffres, les statistiques et les informations que j’ai ou reçois :
Les agresseurs de la gente féminine, mais aussi dans le monde, sont en grande majorité des hommes tant dans la société civile que dans la société religieuse et militaire. Et, moi, je fais partie des « zomes ». Cette zone de l’humanité, qui appartient au genre masculin, la plus agressive et la plus meurtrière sur Terre.
Je ne crois pas pour autant que les femmes soient spécifiquement plus gentilles que les hommes. Ou qu’une femme est obligatoirement plus gentille ou plus indulgente qu’un homme. Renaud l’avait affirmé à une époque dans sa chanson Miss Maggie et il est peut-être devenu ( plus) alcoolique à la suite de ça.
Jusqu’à maintenant, j’ai seulement cité deux hommes, Zuckerberg et Trump et quelques footbaleurs professionnels. Mais on peut être gentil et avoir un peu d’humour. Et j’aime dire en chuchotant, pour faire un clin d’œil tant à la politique actuelle en France qu’à un ancien film du réalisateur Etienne Chatilliez :
« Je crois que Dati (Rachida) est méchante…. ».
On saura me rappeler que dans un milieu masculiniste, très conservateur, compétitif, très exclusif, très raciste ne serait-ce que socialement et très violent (comme celui de la politique) qu’être une femme revient presque à porter un bandeau sur les yeux dans un terrain miné et lardé de crevasses en se promenant en petite culottes avec un wonderbra. Et encore plus quand on est une femme d’origine arabe et de condition sociale modeste au départ alors que l’on s’appelle Rachida, un prénom impossible à confondre avec Valérie, Nathalie, Mathilde, Ségolène, Simone, Edith, Marine, Marion, Nadine, Aurore, Sandrine….
Aussi, à sa façon, Rachida Dati incarne un peu depuis plusieurs années un modèle de réussite et de survie dans cet environnement politique. Et j’en conviendrai facilement. Car, de toutes les femmes nommées Ministres par Nicolas Sarkozy lors de sa Présidence unique, Rachida Dati est la seule à s’en être aussi bien sortie. Peut-être que Rachida Dati devrait donc être la future Marianne de France. Même si je ne voterais pas pour elle tant ses excès nécessitent selon moi qu’elle soit jugée ou freinée un jour ou l’autre. Même si, à mon avis, du fait de ses hautes études, et de ses habilités personnelles hors-normes ne serait-ce qu’en matière de séduction sociale, Rachida Dati sait très bien se placer. Elle sait très bien avec qui s’allier, qui rencontrer. Et qu’elle n’a rien à voir avec moi, l’espèce de gentil, dans ces domaines. Jamais, nous n’aurions été amis ou alors je lui aurais plutôt servi.
Mais, j’aime me rappeler sa performance qui avait consisté à faire reculer François Fillon alors que celui-ci, encore Premier Ministre de Nicolas Sarkozy, avait commencé à envisager de récupérer la mairie du 7èmearrondissement dont elle était devenue la maire depuis 2008. J’avais beaucoup aimé que Rachida Dati fasse comprendre à François Fillon- qui s’était trouvé quelques affinités avec Marine Le Pen- que l’on pouvait s’appeler Rachida et rester maire du 7ème arrondissement de Paris. Je me suis régulièrement demandé, aussi, comment Dati avait pu cohabiter au moins avec un Ministre influent comme Brice Hortefeux, plutôt raciste vieille France.
D’autre part, je ne me suis jamais senti proche de Rama Yade, nommée Ministre par Nicolas Sarkozy en même temps que Rachida Dati, même lorsque celle-ci avait voulu jouer la carte de la victime du fait de sa couleur de peau (noire comme la mienne). Ou lorsqu’elle avait voulu faire croire qu’elle était proche du peuple en tentant de s’installer politiquement en banlieue parisienne dans le 92..
Si je parle autant de figures politiques, c’est peut-être parce-que le sujet de la gentillesse/le fait d’être gentil est finalement très très politique. Mais il s’agit de la politique du quotidien et de la vie de tous les jours.
Dans son livre, Red Flags en amour ( Petit guide pour esquiver les relations toxiques), que j’ai lu en une heure durant mes vacances à la médiathèque Les Sources de Quéven ( dans le Morbihan), Anne Latuille raconte avoir rencontré un homme qui, au début de leur relation, lui avait affirmé avoir « une grande ( ou une très grande) intelligence émotionnelle ».
Puis, assez rapidement, le Monsieur ne s’était pas montré à la hauteur de ses déclarations.
Je ne m’exprime pas ici comme une personne douée d’une grande intelligence émotionnelle. Je ne m’exprime pas non plus comme féministe. J’ai même tendance à être très réservé voire très critique envers les hommes (célébrités ou non) qui s’affichent comme féministes comme si cela allait de soi. Comme si cela était si évident et si facile que cela d’être féministe. Comme s’il était si facile que ça d’être dépourvu de préjugés et d’être parfait et ouvert à tout en toutes circonstances en somme.
Comme si une entente harmonieuse et équitable était toujours instantanée et facile dès lors que l’on rencontrait ou que l’on vivait avec quelqu’un d’autre, femme ou homme, quelle que soit son origine sociale, culturelle, économique, sa couleur de peau, son ou ses orientations politiques, sexuelles, religieuses ou autres.
En affirmant que je suis un gentil, je ne prétends donc pas être ouvert à tout. Je ne prétends pas tout comprendre. Je ne prétends pas tout accepter. Je ne prétends pas être « cool ». Je ne prétends pas être toujours patient. Je ne prétends pas avoir tout bon en toutes circonstances.
En disant que je suis un gentil, je raconte qu’il m’est arrivé, qu’il m’arrive et qu’il m’arrivera de rendre des services que l’on ne m’a jamais rendus ou que l’on ne me rendra jamais. Soit parce-que la personne ou les personnes- ou les institutions- à qui j’ai ou j’aurais rendu ces services n’en n’est pas/ n’en sont pas capables. Soit parce-que cette personne ou ces personnes- ou ces institutions- n’en n’a jamais ou n’en n’ont jamais eu l’intention. Soit, parce-que, pour ma part, je n’attendais rien de semblable en retour de cette personne ou de ces personnes ou de ces institutions mais aussi parce-que je n’aime pas forcément demander que l’on me rende service. Voire, je peux me sentir contraint en demandant ce service. Et je peux préférer trouver tout seul ou autrement la solution.
Je raconte qu’il m’est arrivé, qu’il m’arrive et qu’il m’arrivera de me préoccuper pour quelqu’un d’autre sans que cette personne ne me le demande. Et que je suis capable de faire savoir à cette personne que je pense à elle mais aussi lui rappeler que je peux me rendre présent si elle en a besoin dans la mesure de mes moyens.
Je raconte donc que je peux me mettre au service de quelqu’un d’autre. Et que ce n’est pas une formule pour faire joli. Ou pour faire bien. Ou pour faire « genre ».
Je raconte aussi qu’il m’est arrivé, qu’il m’arrive et qu’il m’arrivera plutôt régulièrement de prendre sur moi. D’accepter certains travers d’autres personnes qui ne sont pas vraiment acceptables et qui amèneraient rapidement des conflits voire des pugilats avec un tempérament plus impulsif ou plus explosif que le mien.
Je raconte que je fais de mon mieux afin d’être diplomate même pour « recadrer » une personne plutôt que de lui sauter à la gueule. Ce qui nous amène au chapitre suivant.
Dans un fim dont j’ai oublié le titre, l’actrice Jeanne Balibar interprète une célébrité radiophonique, je crois, dont la personnalité est telle qu’il lui est dit :
« Vous avez pris des coups mais vous en avez donné, aussi ».
Dans ce film, au début, Jeanne Balibar enferme celle dont elle est amoureuse. Par jalousie. Mais aussi parce que celle-ci lui échappe.
Dans Dogville réalisé par Lars Von Trier en 2003, on peut dire que le personnage interprété par Nicole Kidman est une gentille au début du film. On peut dire qu’elle, elle en prend des coups, au début du film. Sa gentillesse, sa docilité, sa disponibilité, sa patience et son besoin d’être acceptée et aimée, semblent stimuler et décupler chez les habitants de Dogville des variations de violence qui ne demandaient qu’à « sortir ». Et sa gentillesse, sa disponibilité mais aussi sa nouveauté voire sa fraicheur ou sa candeur sont comme des permissions qu’’elle leur donne pour cela.
On peut trouver des similitudes avec le rôle que tient Nicole Kidman dans Babygirl réalisé en 2024 par Halina Reijn mais aussi dans son rôle avant cela dans Paper Boy réalisé par Lee Daniels en 2012. A chaque fois, le personnage joué par Nicole Kidman s’offre à la prédation de l’autre et peut même y trouver une forme de sentiment d’existence ou, voire, d’excitation et de jouissance. Mais aucun des films ne se termine de la même manière pour elle.
On peut rappeler l’âge de Nicole Kidman pour chacun de ces films car je crois que les diverses expériences personnelles acquises par Nicole Kidman peuvent aussi expliquer le choix de ces rôles.
Nicole Kidman, née en 1967, avait 36 ans pour Dogville. Elle n’était donc pas si jeune que ça. Mais le cinéma a souvent pour lui de nous faire régresser et de nous donner l’illusion « de ». Et c’est d’ailleurs pour cela que l’on s’y croit et que l’on y retourne. Comme certaines histoires d’Amour mais aussi certaines rencontres et certaines amitiés.
Nicole Kidman avait donc 45 ans pour Paper Boy et 57 ans pour Babygirl. Femme apparemment célibataire et sans enfant dans Dogville, elle interprète une femme qui en déjà a vu et a eu une vie préalable dans Paper Boy. Une sorte de Thelma sans Louise qui résiste à l’amour que lui porte le très jeune Zac Efron. Et qui reste loyalement amoureuse d’un taulard.
Dans Babygirl, Nicole Kidman est une femme et une mère mariée à l’acteur Antonio Banderas. Une femme que la journaliste Léa Salamé qualifierait sûrement de « femme puissante » puisque dans une société de New York, elle occupe un poste de direction important quoique convoité au moins par un de ses collègues masculins. A moins que ce ne soit plutôt elle, en tant que femme et objet sexuel, que ce collègue marié plutôt quinquagénaire ne convoite et ne désire tout autant.
Puisque la sexualité est souvent associée au milieu du Pouvoir. Actuellement, le Président américain Donald Trump s’applique à se démarquer autant que possible de Jeffrey Epstein, « poursuivi pour corruption et trafic sexuel de dizaines de mineures puis retrouvé suicidé dans sa cellule, le 10 aout 2019 ». Alors qu’une vidéo « de 1992 les montre en train de danser entourés de femmes jeunes à Mar-a-Lago, dans le club privé de Trump, où Epstein a même rencontré Virginia Giuffre, embauchée pour des massages à l’âge de 17 ans, avant de devenir l’une de ses principales accusatrices. Elle s’est suicidée en avril dernier » ( extrait de l’article Trump : « Jeffrey dans le dos et chaud aux fesses » en première page du journal Le Canard Enchaîné numéro 5464 de ce mercredi 30 juillet 2025 Accord bancal entre l’Europe et les Etats-Unis. Après le golf, Trump joue au racket).
Et Rachida Dati, pour parler à nouveau d’elle, avait déclaré avant la naissance de sa fille Zohra que sa vie sentimentale (et sexuelle ?) était « un peu compliquée ». Pour expliquer la difficulté pour elle de parler du père. Par la suite, « nous » avions appris que sa fille est ou serait la fille d’un chef d’entreprise si je ne me trompe. En tout cas d’un homme qui a « réussi ».
Les dizaines de mineures abusées par Epstein et ses amis ( femmes incluses) ont sans doute rendu peu de coups à leurs agresseurs. Ou alors avec un certain délai de retard.
Ceci est une constante.
Dans le film Mystic River réalisé par Clint Eastwood également en 2003 ( comme Dogville ! ) d’après le livre de Dennis Lehane, l’enfant qui sera représenté adulte par l’acteur Tim Robbins est choisi par deux hommes pédophiles ( dont l’un porte une alliance catholique si je me rappelle bien) car ceux-ci évaluent que l’enfant qui sera ensuite interprété adulte par Sean Penn est une forte tête et va se défendre. Tandis que l’autre enfant, interprété adulte par Kevin Beacon est estimé trop malin par les deux hommes. Je précise que lors de cette rencontre, les trois gamins ont une dizaine d’années, sont copains d’enfance et sont en train de jouer dehors lorsque que ces deux hommes en voiture arrivent.
L’enfant interprété adulte par Tim Robbins sera violé et aussi assassiné deux fois. Voire trois fois si l’on prend en compte l’état de dépression du fils de Tim Robbins à la fin du film lors du carnaval.
La personne gentille ou vue comme gentille peut être rapidement identifiable comme « prenable » tel le sac à la main ou la canne de la petite vieille ou du petit vieux qui marche difficilement à quelques mètres devant nous et qui semble déjà prêt pour le dernier coup de grâce. A première vue, il n’y a qu’à se servir. Il devrait y avoir très peu d’efforts à fournir. Ce devrait être très vite terminé au bout de quelques secondes.
La dénomination, le terme « Tu es gentil » ou « tu es gentille » est donc à double tranchant pour celle ou celui à qui cela s’adresse. Et il vaut mieux, pour elle ou lui, qu’en dépit de ses apparences de « gentil » ou de « gentille », qu’elle ou qu’il dispose de certaines provisions intérieures d’agressivité et de combattivité qu’elle/qu’il pourra utiliser rapidement et massivement si cela devient nécessaire.
Afin de noircir encore un peu le tableau car je m’aperçois que tous mes exemples, même s’ils sont « bons », sont blancs et plutôt occidentaux, on n’a jamais dit de :
Malcolm X, Frantz Fanon, Martin Luther King, Miles Davis, Aimé Césaire, Nelson Mandela, Angela Davis, Bob Marley, Fela, James Brown, Aretha Franklin, Chester Himes, James Baldwin, Desmond Tutu, Toni Morrisson, Denzel Washington, Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau, Maryse Condé, Mohamed Ali ou Barack Obama qu’ils étaient ou sont gentils. On les a acceptés, on les accepte, on les admire ou craints tels qu’ils étaient ou sont.
La personne gentille court le risque d’être certaines fois perçue comme inoffensive. De pouvoir être domestiquée. C’est celle dont on peut penser qu’il est possible de caresser la tête comme un gentil toutou, qui s’excuse d’être là et prie d’être acceptée, tolérée.
Le contraire du mot « gentil », ce n’est peut-être pas d’être « méchant » finalement, mais, plutôt, d’être « sauvage », « d’être rock and roll », » s’affirmer », « vibrer », » être imprévisible », « violent », « déterminant », « libre », » sans limites », « être instinctif », « être dans l’instant présent »…
Dans les films où il joue, personne n’a envie de prendre le risque de caresser la tête de l’acteur noir Samuel Jackson comme s’il était un petit chien pékinois. Et ce sera pareil pour l’acteur Denzel Washington. En France, les acteurs noirs et non-blancs doivent plutôt « montrer patte blanche » et rester fréquentables. Ils doivent ou il vaut mieux qu’ils passent par la comédie, la gentillesse. Autrement, cela choquerait beaucoup trop. L’équivalent du film Cet Out de l’américain Jordan Peele serait beaucoup trop violent en France, dans le pays des « Droits de l’Homme » ou seul le Rassemblement National et les figures politiques- et certaines personnalités médiatiques- qui s’inspirent de ses idées ont « le droit » de marteler des propos agressifs, violents et racistes au moins envers les étrangers qui doivent se montrer reconnaissants d’être généreusement accueillis sur le sol français. Même s’ils ont beaucoup souffert pour arriver là et qu’ils continuent de trimer pour s’en sortir.
Pour ma part, il est vrai qu’en tant que gentil, je peux retenir certains de mes coups ou de mes remarques. Et ce que je viens d’écrire depuis « Afin de noircir encore un peu le tableau car jem’aperçois que … » le confirme. Toute cette partie vient de sortir alors que je cela fait déjà plusieurs heures que je suis sur cet article.
C’est l’oeuvre du refoulé chez le gentil. Et, dans certaines situations, cela m’a désavantagé. Certains de ces désavantages ont pu être rattrapés ou contournés. D’autres fois, ce refoulé a guidé mes pas et m’a en quelque sorte fait prendre le départ d’un cent mètres à l’envers. Pendant que d’autres se rapprochaient de la ligne d’arrivée, moi, je m’en éloignais. J’ai été jeune. Cela peut être violent de se prendre ce genre de constat dans la tête. Et, pourtant, je suis beaucoup moins à plaindre que d’autres d’autant que ma vie, en principe, n’est pas encore terminée.
Je crois que la personne gentille se trouve à un moment donné dans une course, une compétition ou dans un combat dont elle prend conscience après les autres. Ou bien après les autres.
La personne gentille n’est pas nécessairement une personne faible, peureuse, idiote ou tout le temps faible et peureuse. Ce peut être une personne optimiste, naïve, pleine de bonnes intentions, un peu ou assez idéaliste, qui croit que les choses peuvent se faire et s’ajuster tranquillement sans qu’il soit toujours nécessaire de se confronter ou de combattre alors qu’en face, ses interlocuteurs et interlocutrices sont dans d’autres dispositions et font acte d’une moindre bienveillance à son égard. Ce peut être une personne qui a une mauvaise connaissance de l’environnement où elle se trouve ou une mauvaise perception des personnes ( et de leurs réelles intentions) qu’elle rencontre ou fréquente. Elle se croit ou se persuade d’être sur la terre ferme alors qu’elle évolue sur des sables mouvants.
Mais il existe d’autres paramètres pour expliquer ce décalage entre la personne gentille et la situation qu’il rencontre.
« Tu es trop bienveillant… ».
Je me rappelle encore ( je l’ai déjà évoqué dans un autre article) de cette remarque que m’a faite plutôt gentiment, de manière éducative, Léo Tamaki, Maitre en Aïkido, alors qu’au Japon, l’année dernière, en juillet, lors du Masters Tour qu’il organise chaque année, lui et moi venions de faire ensemble un exercice d’opposition.
Pourquoi ai-je été aussi bienveillant ? Parce-que je n’étais pas sûr d’avoir bien compris l’exercice. Parce-que je me trouvais « avec » ou « face » à Léo Tamaki, un expert dans son domaine et organisateur qui plus est de ce Masters Tour.
J’ai très certainement fait montre à son égard de trop de politesse, de trop d’attentions. Et, en cela, j’ai faussé et dilué l’exercice qui n’a rien apporté d’autre que l’observation que je pouvais et peux être trop bienveillant mais aussi trop poli ou trop soumis dès lors que je voue à une personne une certaine admiration ou que j’ai pour elle un respect démesuré.
C’est une attitude que l’on peut retrouver, aussi, lorsque l’on est amoureux d’une personne que l’on idéalise ou que l’on met sur un piédestal. Et avec laquelle on se refuse à être en conflit parce-que l’on croit que notre relation sera meilleure sans conflit. Ou que l’on va la gâcher, voire la perdre, si l’on contredit l’autre. Alors que certains conflits, certaines contradictions, certaines remarques et débats mesurés bien-sûr sont nécessaires afin de mieux s’ajuster.
Mais lorsque l’on est dans sa spirale de gentil, on l’est vraiment, comme pris dans un tourbillon. Et comme me l’a dit ma mère, un jour : » Lorsque l’on est gentil, on reste un gentil ».
Quelques minutes plus tard, avec Issei Tamaki cette fois, frère de Léo, j’ai eu grosso modo la même attitude. Mais cette fois, celui-ci, m’a demandé :
« Tu réfléchis ? ».
Extrême bienveillance ou excès de prudence, docilité, manque de confiance en soi ou doutes quant à ses capacités, peur ou crainte de faire ( du) mal ou de mal faire semblent faire partie des inhibiteurs personnels de la personne gentille qui s’imagine tellement brutale et les autres en face si vulnérables qu’elle peine ou résiste pour allonger le bras ou dire ce qu’elle a à dire.
Il m’est arrivé de pratiquer un peu de boxe française. Un sport de combat que j’aime plutôt bien. Et lorsqu’en boxe anglaise ( ce qui nous arrivait lors du cours de boxe française), j’ai pu toucher à la tête un partenaire, je me suis souvent senti mal à l’aise. Ce malaise avait été accentué lorsque ce partenaire était une partenaire même si celle-ci était volontaire et particulièrement combattive. Je savais que dans la tête se logeait un organe vital. Et porter un coup à cet endroit avec la possibilité de détruire ou blesser l’autre m’était difficile à supporter.
Cette attitude constitue ou peut constituer un certain handicap pour la personne gentille, car ,pendant ce temps, ses agresseurs ou ses prédateurs (femmes comme hommes, dans la rue comme au travail ou dans la vie sociale ou conjugale) eux, peuvent en profiter.
C’est dans ces moments-là que la personne offensive peut prendre un avantage ou un certain ascendant sur la personne gentille. La personne offensive « prend la confiance » ou s’habitue à penser et à croire qu’elle peut se permettre d’agir ou de parler comme elle le fait avec une personne « gentille ». Car la personne gentille ne dit rien ou ne montre pas de réaction particulière. Et, comme on le dit :
«Qui ne dit mot, consent ».
Certaines personnes s’en convainquent très rapidement. Ou très facilement.
« S’il ne dit rien, si elle ne dit rien, c’est qu’il ou qu’elle accepte ». Ou, pire :
« Oui, elle/il a bien dit que mais même s’il/si elle râle un peu, ensuite, il/le fait quand même…. ».
C’est de cette façon que certaines situations peuvent perdurer parce-que, d’un côté, il y a une personne qui accepte et endure, et, de l’autre côté, une personne (ou plusieurs) qui se servent ou s’imposent ou sont tout simplement dans leur confort personnel jusqu’à un certain égoïsme voire dans la complaisance.
Le jeune d’environ 18 ans que j’avais croisé un jour alors que j’emmenais ma fille à l’école maternelle ou à l’école primaire avait sans doute une tête de gentil lorsque, quelques minutes plus tôt, il s’était fait agresser par plusieurs jeunes pour lui voler son téléphone portable. Sa mère m’avait été reconnaissante pour avoir permis à son fils de l’appeler depuis mon téléphone portable pour la prévenir.
Dans ce que ce jeune m’avait répondu, j’avais compris que ces autres jeunes ( un peu plus âgés que lui) l’avaient repéré dans le train. Il était certes seul et eux, plusieurs, mais plutôt que « gentil », j’en avais aussi déduit que la peur l’avait sûrement empêché d’échapper à ses agresseurs. Un homme ou une femme qui court vite ou qui se réfugie au bon endroit ou auprès des « bonnes personnes » au bon moment a plus de chances d’échapper à ses éventuels agresseurs, même si cet homme ou cette femme est une personne gentille par ailleurs.
Mais pour cela, il faut d’abord que la victime potentielle perçoive rapidement le traquenard ainsi que les issues qui sont à sa portée lorsque cela est encore possible. Il y a peut-être aussi certaines précautions à prendre afin d’augmenter ses chances pour éviter le traquenard.
Une de mes amies m’a appris qu’elle avait enseigné à ses filles de toujours se mettre dans le métro ou dans le train, dans la voiture la plus proche du conducteur. Avec l’automatisation des lignes de métro, on peut se dire que cette recommandation deviendra plus difficile à suivre dans le temps mais les conseils pratiques de ce genre sont à mon avis très utiles.
Maitre Jean-Pierre Vignau ( plus de 75 ans) m’a dit un jour à l’issue d’un de ses cours :
« Je ne peux pas courir ». Il se déplace en effet en boitant un peu du fait des séquelles d’une cascade en voiture qu’il a faite il y a plusieurs années et qui s’est mal terminée. Il avait entre-autres fait plusieurs infarctus.
En dépit de son caractère, je trouve en Jean-Pierre Vignau ( voir ( Arts Martiaux) A Toute épreuve : une interview de Maitre Jean-Pierre Vignaumais aussi les autres articles que j’ai pu écrire inspirés par lui dans mon blog) une grande gentillesse. Il est le seul Maitre d’Arts martiaux que j’ai rencontré à ce jour capable d’appeler tous ses élèves au téléphone soit pour les informer ou leur rappeler que les cours vont reprendre. Ou pour leur laisser un message téléphonique afin de leur dire qu’il espère qu’ils vont bien et que le principal, c’est d’avoir la santé.
Pourtant, en dépit de sa gentillesse, je sais que le ou les agresseurs qui se risquera/se risqueront un jour à seulement voir en lui un vieux papy qui claudique se rappelleront très douloureusement de leur erreur. S’il reste ou restent suffisamment en bon état.
Je ne dirais pas que Jean-Pierre Vignau est un méchant. Puisque j’ai donné un exemple de sa grande gentillesse. Mais en cas d’agression physique, ou même d’intention d’agression physique, je sais qu’il aura le bagage comportemental mais aussi l’état d’esprit adéquat pour porter les coups là où il faut et quand il le faut. Tandis que la personne gentille, elle, va peut-être hésiter ou trop hésiter ou s’imaginer que, par la parole ou la diplomatie, on peut peut-être essayer de désamorcer la situation.
Par gentillesse ou par pragmatisme, Je ne peux toutefois pas donner raison à cent pour cent à une réaction de défense immédiate ou instinctive. Qu’elle soit physique ou verbale. Certaines personnes réagissent quand même au quart de tour y compris lorsque ce n’est pas justifié. Le personnage de Joe Dalton dans la bande dessinée Lucky Luke en est une très bonne illustration.
Mais je ne peux pas non plus occulter ou oublier qu’il est des circonstances où j’aurais mieux fait de réagir tout de suite ou plus vite que je ne l’ai fait ou ne le fais.
Mais tout le monde n’a pas le tempérament, la volonté ou la faculté de démarrer au quart de tour. Cela signifie-t’il donc que la personne gentille est là pour servir de serpillère ou de défouloir ?
Etre une personne gentille = être une personne non-violente et soumise ?
Même si je suis un gentil, je ne me vois pas comme une personne non violente ou non agressive.
Je suis capable de violence et d’agressivité. Et je sais en être capable. Je vais donner quelques exemples.
Je suis infirmier en psychiatrie et en pédopsychiatrie depuis plus de trente ans. Donc, je fais partie des soignants.
Qu’est-ce qu’un soignant, si ce n’est une personne qui aspire à sauver partiellement ou totalement les autres ? Et, à travers, eux, à se sauver toute ou partie lui-même ?
Les patients et les familles de patients qu’il rencontre sont des reflets ou peuvent être des reflets ou des bouts de lui-même. Des bouts de questions, des bouts de réponses. Des bouts d’échappatoires. Des bouts d’histoires. Des bouts de solutions. Des bouts de vacarmes, aussi.
Un soignant est donc a priori une personne « gentille », « douce », « patiente », « pacifique », « tolérante » voire sacrificielle.
D’autres personnes essaient, elles, de se sauver mais aussi de se pacifier au travers des Arts Martiaux. D’autres, en faisant carrière. En faisant beaucoup de fric. D’autres, en obtenant plus de Pouvoir et plus de fric. D’autres, en collectionnant les conquêtes féminines et/ou masculines. D’autres, en accumulant les expériences et les aventures en changeant d’emploi, de pays régulièrement.
D’autres, en faisant des enfants.
Certaines personnes cumulent tout cela dans le désordre.
L’intention est d’essayer d’arriver quelque part. De faire quelque chose de soi, de son existence, d’obtenir une certaine valeur pour soi ou pour les autres et de vivre certains plaisirs, de faire des expériences que l’on espère extraordinaires ou qui en valent la peine. Et qui valent la peine d’être transmises.
J’ignorais évidemment cela lorsque, à la fin de ma première année d’études d’infirmier (j’allais avoir 19 ans), j’ai « fait » mon premier stage dans un hôpital de jour en psychiatrie adultes à Colombes. Je me suis donc retrouvé en même temps qu’une de mes camarades de promotion avec beaucoup d’adultes. Des personnes plus âgées que moi. Des soignants ainsi que des patients. Je commençais à découvrir la psychose. Pas celle dont on parle dans les médias pour parler d’un tueur ou d’un violeur en série qui sème la terreur dans une ville ou dans un village ou celle que l’on a peut-être évoquée au moment de la pandémie du Covid et des confinements.
Je parle de la psychose au sens psychiatrique. Tous les patients présents étaient psychotiques. Parmi eux, un homme d’à peu près une trentaine d’années qui, régulièrement, alors que je faisais une partie de dames commentait. Il était très fort. Il était tellement fort que, lui, il ne bougeait jamais telle rangée de pions.
Cet homme avait besoin de dire et de répéter. Même s’il était un patient psychotique, limité, immature, et que son avenir dans la vie était plutôt triste, Il avait fini par m’ulcérer.
Mais je n’avais rien dit. Je ne savais rien faire d’autre. J’avais pris sur moi. Je n’avais même pas pensé à en parler au personnel soignant.
Je n’avais pas prévu au départ de jouer avec lui. Et, je n’avais rien contre le fait de perdre une partie de dames ou plusieurs. J’avais d’ailleurs perdu contre un autre patient plus âgé deux fois de suite sans pouvoir rien faire. Et, la seule fois où j’avais réussi à « battre » aux dames ce patient plus âgé ( environ la cinquantaine) c’était parce-que cet homme s’était mis à penser à ses enfants comme il me l’avait dit au point de ne plus être dans la partie.
Puis, j’ai oublié comment mais j’ai joué aux dames avec ce patient qui m’avait vraiment bien « chauffé ».
Je ne me suis jamais, je crois, montré sarcastique ou agressif avec ce patient. Mais je me rappelle que ma concentration était, dès le premier coup, à un sommet que je n’avais jamais connu. Et que lorsque je « mangeais » ses pions, j’éprouvais une sorte de jouissance intérieure que je n’avais jamais ressentie auparavant- et que je n’ai jamais ressentie depuis- lors d’une partie de dames tandis que, en face, le patient constatait, quelque peu étonné, sa déconfiture.
Même si j’ai « battu » ce patient dans les règles en restant calme et respectueux, je sais qu’il y avait alors une quantité de violence et/ou d’agressivité importante qui s’était amassée en moi lors de cette partie de dames.
C’est la même violence et/ou agressivité que j’ai ressentie quelques années plus tard, durant mon service militaire dans le service de psychiatrie adulte à l’hôpital Bégin. J’avais alors obtenu mon diplôme d’Etat d’infirmier et avais décidé de travailler en psychiatrie. Mais pour une des aides-soignantes du service, je n’étais qu’un jeune appelé de plus qui venait effectuer son service militaire dans le service.
Certains des appelés qui faisaient leur service comme moi dans cette unité en psychiatrie disaient quelques fois qu’ils mettraient bien un petit coup ou plusieurs à cette aide-soignante en plaçant sa tête sous un oreiller.
Je n’éprouvais aucun désir pour cette collègue.
Cette femme était d’une prétention ! Mon mari, ceci, mon mari cela. Son mari qui était infirmier en réanimation et qui faisait ceci, et qui faisait cela. Et qui savait ceci et qui savait cela.
Elle m’était insupportable. A nouveau, j’avais pris sur moi.
Un jour, cette « collègue, vient me voir. Elle avait compris ou appris que j’aimais écrire et que j’étais plutôt littéraire. Elle avait écrit un courrier, je crois ( j’ai oublié) et elle me demandait de bien vouloir « corriger » les fautes qu’elle avait faites.
Le gentil, comme je l’ai déjà écrit est un optimiste et un naïf. Donc, au début, lorsque cette collègue est venue me présenter son papier, j’ai véritablement voulu lui rendre service. Ma mère fait des fautes lorsqu’elle m’écrit et je ne lui en veux pas. Mais dès que j’ai commencé à voir la feuille de cette collègue gorgée de fautes, cela a été plus fort que moi, j’ai ressenti une bouffée d’agressivité, l’ivresse de la violence, qui s’est mise rapidement à me prendre.
J’avais de quoi humilier ou maltraiter cette collègue.
J’ai décidé de corriger deux fautes. Je me suis arrêté là puis, en restant calme et poli, j’ai rendu sa feuille à cette collègue en lui disant que, pour moi, le reste était bon. Que pour moi, il n’y avait plus de fautes.
Elle a manifesté son étonnement, a insisté un peu et m’a encouragé en me disant que je pouvais vraiment corriger ses fautes.
J’ai décliné poliment. Nous n’en n’avons plus reparlé ensuite. J’ai aussi oublié si, par la suite, cette collègue avait continué de se vanter devant moi.
Il est d’autres circonstances où je sais qu’après une certaine répétition d’une situation qui devient pour moi insupportable ou inacceptable, mon cerveau et mes inhibitions « lâchent ». Certaines fois, cela prend un certain temps. D’autres fois, moins de temps. Mais je sais que, souvent, ou généralement, j’essaie ou ai essayé auparavant de « dialoguer », de « communiquer », de « prévenir ».
J’ai par exemple appelé une de mes anciennes cadres infirmières pour lui demander de ne pas venir à mon pot de départ. Et, lorsque j’ai appris par la suite qu’elle s’était mise à pleurer dans le service, en se donnant à voir en train de pleurer comme une victime, cela m’avait conforté dans le fait que j’avais pris – assez difficilement au départ- la bonne décision.
Ce n’est pas parce qu’une personne pleure en public qu’elle est gentille ou à toujours la plus à plaindre. J’avais supporté de cette cadre infirmière un certain nombre d’abus de langage et d’autorité voire de mépris pendant plusieurs années avant de devoir prendre cette décision de l’exclure de mon pot de départ. Et je ne l’ai jamais regretté même si, par la suite, elle et « mon » ancien médecin chef se sont arrangés pour me faire un coup de pute.
Donc, je ne suis pas un gentil tout doux. Même s’il m’arrive d’avoir peur, de me soumettre ou d’accepter ou d’avoir accepté certains comportements ou certains propos déplacés ou agressifs et de m’être « laissé faire » comme on dit.
Je crois que c’est peut-être dans le fait de rechercher (et de trouver) d’autres personnes gentilles et, donc, de savoir peut-être s’entourer de personnes gentilles ou à peu près gentilles.
Il est sûrement plus agréable et plus facile d’être optimiste, léger, fantaisiste et confiant dans l’avenir et dans notre entourage si l’on est une personne « gentille ». Etre un « tueur » ou une « tueuse » nous donne sans aucun doute bien des avantages en termes de prestige, de Pouvoir ou de réussite mais cela signifie aussi que notre tête est souvent mise à prix et qu’il peut être difficile de trouver des personnes de confiance et, surtout, sincères.
Je ne pourrais sans doute pas me sentir très à l’aise avec les personnes que fréquentent Trump, Zuckerberg ou Dati et celles et ceux qui leur ressemblent ou font tout pour leur ressembler ou leur succéder. Je crois aussi que ces personnalités ont besoin de conflits pour exister, pour s’affirmer, pour se prouver quelque chose. Et que leur quête est sans fin. Je ne crois pas que Trump soit capable de se contenter de la paix. Il lui faut détruire, s’imposer, manoeuvrer, ou essayer de le faire dès lors que cela lui est possible. Et il sait choisir ses victimes. Les pays européens, par exemple, qui n’osent pas trop se confronter à lui. Trump se contrefiche des conséquences sur le long terme. Il se dit peut-être même qu’il ne sera plus là pour les voir ou pour répondre de ces conséquences car il sera déjà mort. En attendant, Trump expose au moins les faiblesses de l’Europe au monde entier, un continent qui, face à lui, au lieu de montrer la mâchoire puissante et intimidante de pays soudés lui montre plutôt des dentiers de personnes âgées. Cela va donner de la confiance aux futures puissances qui dirigeront le Monde.
Mais on ne peut pas s’improviser dirigeant. Et que l’on soit gentil ou pas, le principal, est sûrement d’abord d’être véritablement soi-même. Donc la gentillesse peut être difficile à porter si l’on en supporte régulièrement et uniquement les inconvénients ou si l’on passe son temps à se l’imposer constamment alors que d’autres ont beaucoup moins de scrupules soit pour exploiter notre gentillesse soit pour s’abstenir d’être gentilles ou gentils.
Cela a été un article long. Mais il pourrait être beaucoup plus long.
J’espère surtout qu’il n’aura pas été trop redondant ni trop hors-sujet. Je ne sais pas encore si je dois remercier Nonrien de m’avoir lancé sur le sujet de la gentillesse. Mais je suis plutôt satisfait de ma « copie ». Et j’invite évidemment toute personne qui me lira à écrire aussi sur la gentillesse/le fait d’être gentil ou à me faire part de ses commentaires. Je sais que certaines personnes sincères considèrent que l’on n’est « jamais trop gentil( le) ». J’ai exprimé dans cet article la raison de mes quelques doutes à ce propos. Mais je veux bien croire que la gentillesse de certaines personnes soit en quelque sorte confondante même si elle les expose à mon avis. Je n’aimerais pas par exemple que ma fille ne soit « que » gentille.
Ps : Nonrien n’a jamais travaillé dans la finance. C’est une ancienne collègue infirmière rencontrée dans un service de pédopsychiatrie où j’ai travaillé pendant une dizaine d’années. Elle est aujourd’hui à la retraite et donne entre-autres des cours.
On peut être gentil et être aussi un peu farceur.
Ps numéro 2 : on peut voir cet article comme la suite de mon article L’Amour vu par un homme ( L’Amour vu par un homme ).